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Séance 5 

: les vices du consentement, l’erreur - Cas pratique

Séance 5 : les vices du consentement, l’erreur

Cas pratique

Monsieur Florestan, commerçant, est confronté à diverses situations contractuelles,


où il y fait une erreur sur la chose, objet de l’obligation, ou sur la cause de
l’obligation.

L’erreur est une croyance erronée du cocontractant par rapport à la réalité, c’est
donc un cas de vice du consentement, car celui-ci est dénaturé.

I/ Erreur sur la chose, objet de l’opération contractuelle

L’erreur porte ici sur les prestations mêmes prévues par le contrat.

L’article 1110 du CC dispose que l’erreur ne peut être prise en compte que si elle
porte sur la substance même de l’objet, ce qui qui correspond aux deux cas suivants.

1. Cas d’une serviette en cuir

Le contrat est formé dès qu’il y a acceptation de l’offre. Or une offre est une
proposition précise et ferme. L’offre de vente de serviette en cuir est précise car
comportant tous les éléments essentiels : le prix et l’objet. L’offre et également
ferme, car le fait d’y afficher le prix exprime sans équivoque la volonté de son auteur.

La vente de la sacoche en cuir assorti d’un prix de 500 euros est donc apparemment
valable.

a) L’erreur sur la valeur

L’erreur directe sur la valeur de l’objet est indifférente à la validité du contrat, comme
le rappelle la cour de cassation, 1ère chambre civile, le 4 juillet 1995, qui refuse la
nullité d’un contrat de vente d’une bague qui vaut 460.00 euros et qui a été vendu à
10.000 euros. En effet, accepter l’erreur sur la valeur entrainerait une trop grande
insécurité juridique, malgré le fait que la lésion existe en droit immobilier.

b) L’erreur-obstacle

Cependant, en l’espèce, l’erreur sur la valeur ne résulte pas d’une appréciation


économique erronée, mais d’une erreur matérielle dûment établie, l’erreur
d’étiquetage, le prix offert ne correspondant pas à celui qui était réellement voulu. La
volonté exprimée diffère ainsi de la volonté réelle.

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Séance 5 : les vices du consentement, l’erreur - Cas pratique

Or, l'article 1156 du code civil dispose bien que l' « on doit rechercher la commune
intention des parties plutôt que de s'arrêter au sens littéral des termes ».

On peut ainsi rapprocher cette erreur indirecte sur la valeur d’une erreur-obstacle,
qui fait obstacle à la rencontre des consentements, comme l’a jugé le tribunal de
grande instance de Strasbourg, en juillet 2002, concernant le prix d’un
vidéoprojecteur proposé à un dixième de sa valeur.

M. Florestan peut donc demander la nullité du contrat de vente conclu avec M.


Nemorino, non sur le fondement de l’erreur sur la valeur, mais sur celui de
l’erreur obstacle.

2. Cas d’un tableau authentique de V. Kandinsky  : erreur sur la qualité


substantielle in abstacto

L’article 111 du code civil dispose que «  L’erreur n’est une cause de nullité de la
convention que lorsqu’elle tombe sur la substance même de la chose qui en est
l’objet ». L’erreur porte non seulement sur la matière même de l’objet, mais
également sur ses qualités substantielles.

L’authenticité d’une œuvre d’art est une qualité in abstracto : elle est tenue pour telle
par tout le monde. Elle est donc cause de nullité.

La vente du tableau de Kandinsky est donc, en principe nulle.

Cependant, il convient de vérifier si ce contrat a un caractère aléatoire. En


effet, « l’aléa chasse l’erreur », car celle-ci ne peut être invoquée lorsque les parties
ont accepté un risque.

En l’espèce, M. Florestan s’est rendu à une galerie d’art et a montré sa toile à un


professionnel, qui a affirmé que cette dernière n’avait pas grande valeur, ce que son
supérieur, propriétaire de la galerie, M. Curzio, a confirmé avant de proposer à M.
Florestan de lui acheter son tableau.

M. Florestan, profane face à deux professionnels de l’art, a donc, légitimement, fait


confiance à leurs expertises. Pour lui, le caractère aléatoire de l’authenticité ne
rentrait donc pas en cause.

L’erreur de M. Florestan est donc excusable (ce qui n’aurait peut-être pas été le cas
si le vendeur était M. Curzio) : la vente de ce tableau de Kandinsky est donc
nulle.

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Malgré la faute de M. Curzio, l’erreur ne peut entrainer à elle seule des


dommages et intérêts. Pour ceci, M. Florestan devrait prouver la mauvaise foi de M.
Curzio. Celle –ci semble peu probable, étant donné l’estimation semblable de son
employé, M. Bartolo, et le temps écoulé entre l’achat de la toile et la découverte de
sa véritable valeur. La mauvaise foi étant un fait juridique, elle peut se prouver par
tout moyen.

II/ Erreur sur la cause de l’opération contractuelle

L’erreur sur la cause d’un contrat s’agit d’une erreur qui porte sur ses raisons d’être.

1. Le principe législatif

L’article 1131 du code civil dispose expressément qu’est sans effet l’obligation
consenti sur une fausse cause.

En l’espèce, Monsieur Florestan a acheté à Monsieur Almaviva un appartement pour


son neveu qui devait être muté à Strasbourg et a appris, ultérieurement à la vente,
que ce dernier part réalité travailler à Salzbourg.

La vente conclue par M. Florestan est donc consentie sur une cause erronée et
pourrait donc, sur le fondement de l’article 1131, faire annuler la vente.

2. Les interprétations prétoriennes

Mais la jurisprudence opère une distinction, entre la cause du contrat et les


mobiles du contrat. La différence se fait au niveau des personnes touchées par
l’erreur. Si l’erreur a poussé un seul des cocontractants à conclure le contrat on parle
d’erreur sur le mobile de cause. Il y a en revanche erreur sur la cause du contrat si
l’élément qui a déterminé le consentement des deux parties ou de l’une d’entre elle
à la connaissance de l’autre, est entaché d’erreur.

Dans notre cas, le lieu de mutation du neveu de M. Florestan n’a déterminé que son
consentement, et non celui de M. Almavira. On est donc en présence d’une erreur
sur le simple mobile de M. Florestan.

Or, cette erreur sur le mobile, n’est pas, depuis la décision de la première
chambre civile de la cour de cassation, le 13 février 2001, une cause de nullité dans
les contrats synallagmatiques, et ceci même s’il a été porté à la connaissance du
cocontractant.

M. Florestan ne peut donc faire annuler la vente de l’appartement à Strasbourg.

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