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Ils se trouvaient devant la grande porte. Ils attendaient patiemment qu¶on vienne les
chercher. Il avait posé une grande cape sur les épaules de la femme qui
l¶accompagnait. De fait on ne distinguait absolument rien de cette étrange compagne,
une longue et large capuche recouvrait entièrement sa tête, tête qu¶elle avait baissée
d¶ailleurs. L¶elfe voulait la protéger comme il avait protégé son maître à sa demande.
Il ne voulait pas que les serviteurs la voient dans cet état lamentable. Et tandis qu¶ils
attendaient, il revivait les dernières lunes, les dernières heures, il la revoyait, assise à
cette table, les yeux rivés sur son Whisky«

¤¤¤

Il ne la reconnaissait plus. Ce n¶était pas elle, c¶était impossible !! Il la connaissait


bien pourtant, il l¶avait observé lorsqu¶elle était arrivée, son maître le lui avait
demandé, mais là «
Il l¶avait retrouvé dans un de ses infâmes bouges. Elle était là, buvant Whisky sur
Whisky, portant les mêmes vêtements d¶un jour à l¶autre, d¶une lune à l ¶autre, d¶une
dizaine de lune à l¶autre« Il l¶avait retrouvé mais quand il l¶avait vu, il avait douté. Il
l¶avait appelé par son nom de femme, par ses titres, par son prénom« Rien n¶y avait
fait. Elle n¶avait pas réagit, pas bougé, elle n¶avait même pas eu un battement de cils.
Mais c¶était pourtant bien elle, il reconnaissait la marque. Alors il s¶était installé à sa
table, face à elle. Il avait agit comme elle, bu autant qu¶elle. Il avait gardé ses
vêtements, comme elle. Après quelques jours, elle avait finit par lever les yeux sur lui.
Il avait tenté de captiver son attention mais hélas, elle avait replongé son regard dans
son verre sans prononcer un seul mot. Il avait donc silencieusement insisté. Les jours
avaient passé, le manège avait continué.
Puis, une nuit, sans savoir pourquoi elle l¶avait à nouveau regardé, la couleur de ses
yeux avait changé. Ils étaient verts. Son regard autrefois si dur, si noir, inflexible,
méchant meurtrier était maintenant tellement tendre, si seul, si meurtri, tellement
désespéré« Elle entrouvrit les lèvres, murmura quelque chose. Chose qu¶il ne comprit
pas, qu¶il n¶entendit pas. Il se risqua tout de même à répondre :

- Je suis désolé Madame, je« je n¶ai pas entendu« Vous« voulez-vous bien« répéter
un peu... Un peu plus fort« s¶il vous plaît ?

Elle ne bougea pas, son regard vert planté dans celui de l¶homme.

- Madame « Allez-y, je vous écoute«

Elle murmura à nouveau. Pas assez fort toutefois pour qu¶il entende. Il la regarda
fixement, risqua sa main vers la sienne. Pourtant cela lui était difficile. On ne l¶avait
pas préparé à cela. Son Maître ne lui avait pas enseigné l¶art de parler aux femmes.
Pour la première fois il ne savait pas ce qu¶il devait faire. Toute sa vie, depuis le
commencement, il l¶avait consacré à son Maître, tout entière, il n¶avait jamais rien fait
d¶autre, jamais rien fait pour lui-même. Rien pour améliorer son quotidien. Il n¶avait
ni femme ni enfant, ne possédait aucune terre, aucune maison, aucun bien. Tout lui
avait été fourni par son Maître. Et po urtant jamais il n¶était tombé aussi bas que celle
qu¶il avait en face de lui. Elle, elle a tout !! Des terres, des châteaux, des enfants, des
amants. Elle eut des maris, des aventures, elle a aimé, tant aimé. Elle a connu des
joies immenses et des douleurs qui l¶étaient tout autant. Et pourtant ce soir là, elle
était ici. Sale, mal vêtue, le regard vide, la peau si sale qu¶on n¶en voyait plus la
couleur. Regardant autour de lui il s¶aperçut que la plupart des hommes évitait leur
table, aucun d¶eux ne risquait un regard vers la femme. Lui il la connaissait, il savait
que si tous ces hommes évitaient de croiser le regard de sa maîtresse cela voulait dire
qu¶elle avait défini des limites et que tous ici savaient ce qui arriverait si jamais elles
étaient franchies. Tout à coup il entendit. Il venait de comprendre !!

- Nîn ôre nà elyë, se prit-il à répéter.


Il reporta son regard sur la femme. Elle répéta après lui, un peu plus fort.

' Nîn ôre nà elyë.


'
Un sourire, timide, hésitant, mais naissant sur son visage. U n simple sourire«. Mais
un sourire qui voulait dire beaucoup. Pour Yirjö ce sourire voulait tout dire, et laissait
présager un espoir, un avenir. Il savait également que cette phrase ne lui était pas
destinée. Mais cela n¶importait pas. Ce n¶était pas le but d¶ailleurs. Il devait la
ramener. C¶était vital. Mais la ramener physiquement n¶était pas suffisant. C¶est
entière qu¶il devait la ramener.
Petit à petit le contact s¶établissait. Ils n¶échangèrent que peu de mots, il n¶y en avait
guère besoin. Il avait réussi à capter son regard, à garder son attention, il avait gagné
une bataille, mais ce n¶était pas terminé.
Elle voulut porter le verre à sa bouche une nouvelle fois. Doucement sans brusquer
les choses, il posa la main sur son bras, essayant de ralentir son geste.

- Je « il serait bon de« Madame je n¶ai pas d¶ordre à vous donner« ni de conseils«
mais«

Il n¶avait pas réussi à finir sa phrase, il ne savait pas comment la formuler. Il savait
surtout que des mots mal choisis, une intonation, une injonction et tout serait à
refaire. Mais la femme n¶avait pas attendu qu¶il finit sa phrase. Elle avait lentement
posé le verre sur la table, puis elle l¶avait lâché. Il s¶était alors levé, et elle l¶avait suivit
du regard. Il s¶était approché d¶elle, avait posé sa main sous son coude et l¶avait invité
à se lever.
Elle avait obéit, comme si un mécanisme bougeait son corps à sa place. Son esprit
semblait absent, inexistant, seuls ses yeux trahissaient un semblant de vie. Yirjö la
regardait tandis qu¶ils allaient cher cher le peu d¶affaires qu¶elle avait emporté en
fuyant son existence. La vie de la femme s¶étiolait doucement tel un long et infini fil
de soie qui peu à peu menaçait de se briser à tout instant.
La femme ouvrit la porte de la chambre. Il y faisait nuit no ire, elle, elle n¶osa même
pas en franchir l¶embrasure, restant debout, sur le seuil. La première réaction de Yirjö
fut de chercher la bague. Seule protection de la Dame face à la lumière du jour. Il
alluma une chandelle, et, dans le peu de lueur qu¶elle diffusait, il explora le lieu.
Une chambre simple, un lit, une écritoire, un broc d¶eau pour la toilette, Mais l¶eau
était croupie, la poussière avait prit place dans la chambre. Le lit n¶avait jamais été
occupé mais les draps ne s¶y trouvaient plus. Les vêtements de la femme étaient
éparpillés au sol et dans un recoin sombre il trouva les draps, roulés en boule. Elle
avait dû, pensa-t-il, dormir à même le sol. Il ramassa toutes les affaires, les entassa
dans un sac qu¶il avait emmené. Sur le bureau il avisa un coffret, il l¶ouvrit et trouva la
bague de protection. Il l¶amena à l¶elfe qui n¶avait pas bougé, lui prit la main et remis
la bague à la place qui lui revenait. Dans le coffret il trouva une autre bague : une
alliance. C¶était l¶alliance que son Maître avait mise au doigt de son épouse lors de
leur union. Il hésita, ne sachant ce qu¶il devait en faire. Puis il prit la main gauche de
la femme et remit également l¶alliance à sa place.
Une lueur rouge apparut alors sur la bague. Puis ensuite une légère co loration
sanguine se fit voir sur le front de la Dame. Yirjö le savait. Elle serait bientôt de retour
!! ¤¤¤

La lourde porte s¶ouvrit enfin. Les elfes de Yog s¶inclinèrent devant eux. Aucuns ne se
risqua à faire un quelconque commentaire. Yirjö, tenant t oujours le bras de la femme,
s¶avança en direction des appartements princiers. Personne ne vint à leur rencontre,
personne ne leur proposa une collation, ils auraient pu se croire seuls. Mais cela
n¶était pas le cas.
Puis la femme refusa d¶avancer, elle retint l¶elfe par le bras, le forçant à la regarder.

- Yirjö ?!!
- Oui Princesse ?

- Vous êtes de retour ! Chez vous !! Parmi votre peuple. Je vais m¶occuper de tout.

¤¤¤

«Je m¶occupe de tout «. Elle avait déjà entendu cette phrase. Cela l¶avait ra ssuré.
Depuis combien de lunes errait-elle dans cette taverne ? Depuis quand était-elle
partie ? Elle était incapable de répondre à cette question. De quoi se souvenait-elle ?

Elle se souvenait d¶avoir tout quitté, de n¶avoir pris avec elle que quelques a ffaires,
d¶avoir dit à Li de s¶occuper des enfants. Elle n¶avait pris aucun grimoire, aucun
parchemin. Elle avait sellé un cheval et était partie sans regarder en arrière.
Elle se souvenait avoir chevauché longtemps, sans but. Elle avait fini par donner so n
destrier puis elle avait continué à pied. Elle avait traversé des villages, des villes. Elle
avait dormi à la belle étoile, puis un jour elle s¶était fixée là où Yirjö l¶avait trouvé.
Une petite ville, où personne ne s¶intéresse à personne, une taverne avec ses habitués
et ses voyageurs. Elle avait prit une chambre, s¶était installée, avait ôté sans aucun
remord le peu de bijoux qu¶elle avait sur elle. Elle avait attendu la nuit et était
descendu. Elle avait bu des Whiskys à en être complètement saoule. Elle était
sûrement remonté dans sa chambre mais elle ne se souvenait pas comment. Elle se
rappelait avoir ôté les draps du lit et s¶être accroupi dans un coin. Elle n¶avait, depuis,
plus jamais prononcé un mot. Et chaque jour et chaque nuit s¶étaient suivi s et
ressemblés. Plus rien n¶avait d¶importance et la flamme dans ses yeux s¶était
lentement éteinte.
Puis un jour elle avait entendu l¶appel des limbes. Elle savait qui appelait, elle savait
aussi qui on nommait mais jamais l¶homme désiré ne reviendrait. Il était parti pour
toujours... Alors les limbes s¶étaient adressés à la seule femme capable de les entendre
et de venir. Mais elle avait ignoré l¶appel, elle avait érigé une protection. Elle ne
voulait pas qu¶on la retrouve. Jamais ! Elle avait alors bu d e plus en plus, ne se lavant
plus que rarement, ne se changeant plus. Puis elle avait attendu. Attendu quoi ? Elle -
même l¶ignorait.
Et un jour, un homme était arrivé. Elle se souvenait vaguement l¶avoir déjà vu, mais
elle était, à ce moment précis, trop saoule pour se souvenir où c¶était et pour fouiller
ses souvenirs. L¶homme s¶était approché, il l¶avait appelé plusieurs fois mais une seule
dénomination l¶avait touchée : Xüne
Puis lentement, très lentement, son esprit avait refait surface. C¶était comme si Yirjö
la ramenait vers lui, comme si à chaque minute qui passait le long fil de soie se
renforçait et prenait le dessus sur la volonté de Xüne. Elle l¶avait entendu dire : je
m¶occupe de tout. Cela lui avait fait du bien, elle s¶était sentie rassurée. Mais elle ne
savait toujours pas qui était cet homme.
Elle s¶était retrouvée devant un château, puis devant une porte. Tout cela lui était
familier, elle était déjà venue ici« Et soudain le nom de l¶homme lui était revenu en
mémoire : Yirjö !! Le fidèle lieutenant de Morrdred. Celui qui avait aidé le père de ses
enfants lorsque« lorsque« elle préférait oublier cette période. Elle avait alors parlé :

- Yirjö ?!!
- Oui Princesse ?

- Vous êtes de retour ! Chez vous !! Parmi votre peuple. Je vais m¶occuper de tout.

¤¤¤

Finalement ils entrèrent dans les appartements princiers. Tout était silencieux, il y
régnait une agréable clarté, un feu dans la cheminée réchauffait le salon principal.
Yirjö emmena Xüne dans un des fauteuils près de l¶âtre.

- Princesse, je vais m¶occuper de tout, m¶occuper de vous. Je ne vous veux pas de mal
mais je dois prendre soin de vous. J¶ai tout préparé, renvoyé vos domestiques. Li est
avec vos enfants sur Charmodhil. Nous sommes seuls.

Xüne ne manifestait aucune émotion. Yirjö se demandait si elle l¶entendait. Il était


devant elle, se tenant bien droit comme toujours. Il portait l¶uniforme des serviteurs
de Yog. Il n¶était pas certain de ce qu¶il devait faire, ni même si c¶était la bonne façon
de procéder mais il devait le faire. Il devait s¶occuper d¶elle, son maître le lui avait
demandé. Il avait déjà failli à sa tâche en ne s¶apercevant que tard de sa disparition. Il
devait réparer sa faute.
Il regardait Xüne. Comme elle était différente ! On avait du mal à distinguer la
couleur de sa peau tant elle était sale. Ses vêtements l¶étaient tout autant. De plus ils
étaient abîmés, déchirés par endroit. Yirjö décida que cela n¶avait que trop duré et
que Xüne devait reprendre sa place.

- Princesse, je vais vous préparer un bain, ne bougez pas je vous prie, je reviens.

Yirjö laissa Xüne dans le fauteuil espérant qu¶elle n¶allait pas s¶enfuir à nouveau. Il
avait déjà préparé certaines choses avant d¶aller la chercher. L¶eau désormais était
chaude. Mais avant tout il devait lui faire prendre une douche. Il avait peur. Xüne
n¶était pas capable de se laver elle-même, il allait devoir l¶aider et cela impliquait de la
voir nue. Tout en préparant l¶eau il renforça sa volonté de bien faire, il protégea son
esprit de ce qu¶il allait voir. Il allait servir sa maîtresse, c¶est tout. Il retourna dans le
salon, Xüne était là, debout, devant la cheminée.
- Madame, si vous voulez bien me suivre, je vais vous amener à votre bain.

Xüne s¶avança un peu, puis s¶arrêta.

- Je vous en prie princesse !!


Il tendit sa main vers elle.

Xüne hésita un instant, puis tendit sa propre main qu¶elle déposa dans celle de Yirjö.

Yirjö emmena Xüne dans une salle qui contenait deux grands bacs. Il l¶emmena près
d¶un des bacs, à côté il y avait des cruches remplies d¶eau chaude. Le second bac était
déjà plein d¶eau chaude.

- Madame« je « vous pouvez ôter vos vêtements« derrière ce paravent. Ensuite il


faudra faire couler l¶eau sur vous« pour«et« ensuite vous pourrez prendre un bain
dans le second bac.

Xüne resta là, devant le bac sans bouger, sans même accorder un regard à Yirjö. Ce
dernier poussa un soupir résigné puis s¶avança doucement vers elle.

- Princesse, si vous ne le faites pas, je vais devoir le faire. Je vous en prie« faites-le !!

Cela n¶eut aucun effet. Alors Yirjö s¶avança encore un peu, tendit très lentement ses
mains vers elle. Elle ne bougea pas plus. Doucement il ôta les lacets de son corsage. Il
restait sur ses gardes, s¶attendant à ce que Xüne ne réagisse violement. Mais rien
n¶arriva. Il lui ôta son corsage, s¶efforçant de ne pas regarder la poitrine dénudée de
Xüne. Il passa derrière elle, ôta les lacets de sa jupe puis la lui enleva. Il prit sa main
et la mena dans le bac.

- Princesse, asseyez-vous s¶il vous plaît.

Sans dire un mot Xüne s¶installa dans le bac. Yirjö prit une des cruches et commença
à faire couler l¶eau sur Xüne. Il prit du savon et une éponge pour le corps.
Doucement, il passa l¶éponge couverte de savon sur le dos de Xüne. Il espérait qu¶elle
allait prendre la relève, qu¶il ne devrait pas la laver entièrement. Il continua à la
nettoyer tout de même. Il lui fit renverser sa tête en arrière, mis du savon sur ses
cheveux et les lava. Xüne ne bougeait pas, elle se laissait faire tel un pantin obéissant
au maître des fils. Yirjö rinça Xüne avec une seconde cruche d¶eau chaude. Il lui
demanda de se lever, ce qu¶elle fit sans réticence. Ce premier bain avait ôté le plus
gros de la saleté qui s¶était collée à son corps. Il voyait enfin la couleur de sa peau. Elle
n¶avait rien perdu de sa beauté, son corps était toujours aussi agréablement équilibré.
Yirjö se demandait comment elle avait fait pour garder son corps intact alors que
visiblement cela faisait longtemps qu¶elle ne s¶était pas nourri correctement. Il amena
Xüne dans le second bac, la fit s¶asseoir. Elle obtempéra sans plus de difficulté.

- Merci «

Yirjö suspendit son geste quelques secondes, sans être certain de ce qu¶il avait
entendu. Faisant fi de ses doutes, il se concentra de nouveau sur sa maîtresse. Xüne
s¶installa dans le bac, ramena ses jambes contre sa poitrine, passa ses bras autour
d¶elles et posa sa tête sur ses genoux. Elle ferma les yeux, poussa un soupir de
satisfaction. Comme c¶était agréable, un bain, cela faisait si longtemps qu¶elle n¶avait
pas goûté ce luxe. Yirjö prit à nouveau du savon et une éponge et savonna doucement
le dos de Xüne.
Quiconque serait entré à cet instant aurait été surpris de cette image. Il faisait frais
dans cette pièce, les volutes de chaleur de l¶eau s¶évaporaient autour des deux elfes.
On aurait pu voir là, une scène de vie entre deux époux. Un homme s¶occupant avec
tendresse de sa femme. Un homme quelque peu timide, peu sur de lui et maladroit.
Elle tranquillement, elle profite de l¶instant de douceur qui lui est offert. Bien
entendu, l¶étranger serait trompé par les apparences.

Yirjö finissait de laver Xüne, il était content d¶avoir mené sa mission à sa fin. Il
demanda à Xüne de se lever. Ce qu¶elle fit. Il l¶enveloppa dans une grande serviette et
la fit s¶approcher de la cheminée du salon. De petites flaques marquaient le passage
de Xüne, ses cheveux avaient énormément poussé, désormais ils cachaient son
fessier. Sa peau avait retrouvé la pâleur qui lui était dévolue. Néanmoins ses joues
étaient creusées et l¶on devinait que son corps, bien que remarquablement conservé,
avait tout de même souffert des privations que Xüne lui avait infligées.
Yirjö demanda à sa maîtresse de rester devant le feu pendant qu¶il allait chercher une
robe afin de la vêtir. Il ne fut pas long et lorsqu¶il revint, il la trouva examinant son
corps, ses mains, cherchant sa marque sur son front.

- La marque est là, mais vous êtes trop faible Maîtresse. Une fois que vous serez
habillée, vous pourrez vous restaurer.

Xüne leva les yeux sur Yirjö. Ils avaient retrouvé leur couleur ténèbres et un timide
sourire apparut sur son visage. Yirjö lui tendit la robe, lui indiqua où elle pouvait se
changer. Mais Xüne ne l¶entendit pas ainsi. Elle laissa tomber la serviette qui
l¶entourait, prit la robe et s¶en vêtit devant lui. Elle lissa ses cheveux, les tordit afin
d¶en extraire l¶eau superflue, puis elle les laisse retomber sur son dos. Elle regarda à
nouveau Yirjö.

- Pourquoi suis-je ici ?


- Vous le savez Maîtresse.
- Non, je ne sais pas.
- L¶appel Princesse« l¶appel.

Celui qu¶elle avait choisi d¶ignorer. Elle n¶était même pas certaine de vouloir à
nouveau ouvrir son esprit. Elle aurait préféré rester où elle était. Là au moins
personne ne se préoccupait d¶elle et l¶inverse était vrai. Et puis comment l¶avait -il
retrouvé ? Il est vrai que Yirjö est imbattable dans certaines situations.

- Yirjö ? Je suis fatigué, je souhaite partir. Je ne resterais pas ici.


- Princesse, au risque de vous déplaire vous ne le pouvez pas. Yog ne le voudra pas.
Vous avez des fonctions à assumer.
- Cela m¶est égal, je ne resterais pas.
- Nous allons nous restaurer.

Xüne n¶eut pas le temps de répliquer qu¶il était déjà sorti. Après tout elle pouvait bien
manger et partir ensuite. Elle ne devait rien à personne. Enfin presque personne. Sa
fonction de prêtresse de Yog l¶obligeait à une certaine tenue. De toutes façons si Yog
ne voulait plus d¶elle, son Dieu le lui ferait savoir.
Un repas, un seul repas et elle partirait. Un repas ça n¶engage à rien après tout. Elle
regarda le salon. Rien n¶avait changé. Rien ne changeait jamais chez les Syphonn.
Tout était immuable depuis des lunes. Après tout le peuple était soumis. Princesse !
C¶était ainsi que Yirjö l¶avait nommé. Mais elle ne l¶était pas. Le roi Syphonn ne l¶avait
jamais reconnu comme telle. Morrdred était le Prince, elle, elle n¶était rien. Elle sourit
en se demandant comment le roi Syphonn et son fidèle Chambellan envisageait la
succession du Royaume. Xüne le savait.

Morrdred n¶étant plus là, le Chambellan prendrait sa place à la mort du Roi et cela en
serait finit de la lignée des Syphonn. Morrdred n¶avait jamais voulu l¶entendre mais le
Chambellan ne voulait qu¶une chose : le Pouvoir.
Elle en était là dans ses réflexions lorsque Yirjö entra avec un plateau de victuailles. Il
le déposa sur la table basse, approcha les fauteuils et invita Xüne à prendre place
pour se restaurer. Elle obtempéra sans dire un mot et s¶installa confortablement. Elle
regarda les mets qui se trouvaient sur le plateau. Il y avait là de quoi se régaler. Yirjö
avait tout prévu. Il l¶invita à se servir. Xüne avisa une carafe remplie de sang. L¶odeur
qui s¶en dégageait réveillait ses sens endormis. Son corps s¶agitait malgré elle, des
tremblements apparaissaient, le manque se faisait sentir.
L¶appel du sang !! Comme lors de sa vampirisation, l¶air venait à lui manquer, le
breuvage appelait son Maître. Ses sens s¶aiguisaient de plus en plus, ses sensations
revenaient, sa non-vie reprenait place dans son corps, dans ses muscles, dans ses
veines. Doucement elle tendit le bras vers la carafe, elle versa du sang dans un verre.
Elle porta le verre à son visage, huma longuement le contenu, faisant monter
l¶excitation de l¶attente. Elle prit une gorgée, la laissa développer son goût, son odeur,
se texture dans sa bouche. Elle laissa le sang envelopper son palais dans un écrin de
sensations qu¶elle avait voulu oublier. Elle avala le sang et poussa malgré elle un
soupir de plaisir. Elle finit son verre d¶un seul trait, se resservit et le vida tout aussi
vite. Son corps réclamait encore plus de sang, mais du sang frais. Elle leva ses yeux
sur Yirjö, le regardant avec avidité, passant sa langue sur ses lèvres. Yirjö comprit
tout de suite ce qui risquait de se passer. Il avait réveillé la vampire, il ne lui restait
plus qu¶à la rassasier et à réveiller la femme qu¶elle était.
Il se leva, veillant à ne pas être trop brusque. Il alla dans le boudoir et en ramena une
humaine. La peur se lisait dans ses yeux. Yirjö ne l¶avait pas attaché, il voulait
réveiller le chasseur, il voulait la ramener entière, elle devait revenir, c¶était impératif.
Xüne regarda la proie qui venait d¶arriver. La chasse «. Depuis quand n¶avait -elle pas
chasser ? Depuis quand n¶avait -elle pas bu du sang frais ? Elle s¶approcha de la jeune
femme. Cette dernière était tétanisée. Elle n¶osait bouger. La peur l¶empêchait de
s¶enfuir, ses jambes se dérobaient. Yirjö l¶avait lâché et s¶était reculé pour assister au
spectacle. Xüne se délectait de ce qu¶elle ressentait. Les éléments refaisaient surface,
sa peau vibrait à nouveau, ses sens se perfectionnaient un peu plus à chaque pas qui
l¶amenait vers le soulagement. Elle ressentait la peur qui émanait de son futur repas,
chaque pore de sa peau s¶en nourrissait. Xüne revivait.
Elle se planta devant la jeune femme. Celle-ci pleurait, suppliait, implorait qu¶on la
laisse en vie. Mais Xüne ne l¶entendait pas. Elle approcha encore plaquant le corps de
l¶humaine contre le sien, d¶une main ferme. Elle huma l¶ode ur de peur qui suintait de
la peau de sa victime. Xüne souriait. Elle sentait tout, absolument tout !! Elle était
revenue, enfin !! Doucement, avec tendresse, elle déposa un baiser sur les lèvres de la
femme. Cette dernière fut si surprise qu¶elle cessa de pleurer. Elle regarda son
bourreau ne sachant plus ce qu¶elle devait en penser.
Xüne murmura quelques mots à son oreille. La jeune femme se mit à sourire. Xüne la
regarda attentivement, passant une de ses mains sur la joue de sa proie. Les deux
femmes s¶examinaient. L¶humaine s¶était apaisée, la peur avait disparue elle regardait
la vampire avec tendresse.
Yirjö se délectait de cette situation. Ces deux femmes, l¶une contre l¶autre, éveillaient
en lui des sensations, des désirs qui lui étaient jusqu'alors inconnus. Il se demandait
comment cela allait évoluer.
Xüne se concentrait sur sa victime. Elle lui caressait les joues, le cou. Doucement le
sang affluait, il ne demandait qu¶à être libéré. Xüne continuait de parler à la jeune
femme, d¶une voix douce, enivrante. Elle déposa à nouveau un baiser sur ses lèvres.
L¶humaine ferma les yeux. Les lèvres de Xüne se posèrent sur ses joues, sur son cou.
Sa victime poussa un soupir de plaisir.
Ses yeux s¶ouvrirent brusquement lorsque les canines de Xüne s¶enfoncèrent dans sa
jugulaire. L¶incompréhension fit place à la douceur. Au fur et à mesure que Xüne
buvait le sang de l¶humaine, celle-ci perdait pied. Sa peau devenait livide, ses lèvres se
faisaient plus blanches. Xüne but avec avidité tout le sang de ce corps qui lui était
offert. La jeune femme s¶effondra alors dans un dernier râle de douleur. Xüne la
regarda tomber à ses pieds, un grand sourire sur son visage. La marque de Yog
rougeoyait sur son front. Elle se tourna vers Yirjö :

- Et maintenant Yirjö ? Que devons-nous faire ?

Yirjö la regarda attentivement, puis sourit. Sa Maîtresse était désormais de retour.

- Il faut répondre à l¶appel Princesse.


- Oui, l¶appel vous avez raison ! Faites entrer Messire «. Elragen.

Yirjö fut surpris par la réponse de Xüne. Ainsi elle savait déjà tout ! Il n¶y avait plus
aucun doute, elle était bel et bien là !! Il s¶inclina devant Xüne :

- Bien Maîtresse, je vais le chercher de ce pas.

Yirjö sortit sans ajouter un seul mot.