Vous êtes sur la page 1sur 2
CREATION Dans l'optique de Georges Rousse Georges Rousse a créé deux oeuvres, & Chatellerault et Saint-Savin, ou il montre que nos sens nous égarent. Cet artiste manie a merveille Vart du trompe-t’oeil. JeanLac Terris 22 Actuate Potou-Charontos- N-33 escartes expose sa découverte de la loi de la réfraction de la lumiére dans la Dioptrique, V'un des trois essais qui suivent le Discours de la méthode. C'est ce qui a motivé linvitation faite A l'ar tiste Georges Rousse & Chatellerault, dans le adre de la célébration de la naissance de Des- cartes, «La dioptrique étant Vart de mesurer les distances, affirme Gildas Le Reste, direc: teur de I’école municipale darts plastiques, le choix de Georges Rousse semblait naturel, car c'est ce dont il est question dans son travail.» En effet, depuis le début des années 80, cet artiste manie A merveille l'art du trompe-1' oe Chaque oeuvre résulte d’un long processus. Georges Rousse commence par choisir un es- pace de travail, le plus souvent un batiment la démolition ou désatfecté. Dans cet espace done non visible, il peint des images a l'aide de craies colorées, qui recou- \rent murs, sol et plafond. Ensuite, il photo- sgraphie la piece. Un espace fictif, dessiné ou peint, mais révélé par la photographie Cette photographie constitue oeuvre ; seule chose offerte au regard du public, car la pein- ture sera soit détruite, si elle se trouve dans un biatiment pouvant étre fréquenté, soit laissée a abandon, ar un jeu savant de lignes et de plans asso- la photographie révéle un volume ou une forme qui semblent flotter dans I'espace réel ou bien I’annuler complétement. Elle erée Vil- lusion de produire tant6t une forme & trois di- mensions dans un espace & deux dimensions (le papier photographique), tantot une image plane — comme une peinture sur toile ~ dans tun espace a trois dimensions (Ia pice oit s'ef- fectue la photographie). Cette illusion d’opti- que, impossible & voir A l'oeil nu in situ, n'est révélée que par la photographie, Chatellerault, Georges Rousse est intervenu dans la maison familiale de Descartes, au pre- mier étage fermé au public, le rez-de-chaussée Gtant classé (xvr sidcle). L'image produite nous ‘montre une cloison, dont les lambris ont été découpés, ouverte sur une succession de pit- ces étroites, le tout recouvert de craie blanche sur fond noir, Cétait le petit appartement du gardien, au début du sigcle. Le mur du fond, qui semble si proche, est en fait situé une douzaine de metres. Pourquoi ? La distorsion introduite parle dessin a la craie vise & aplanir espace. dans les deux ouvertures verticales apparais s : les deux montants, qui semblent former une encadrure de porte, sont en fait mnt situé & quelques métres derriére l'autre. En outre, la phote compresser I’es- pace et nous ferait presque croire qu’a la place des lambris déposés, il y aurait un dessin Lroeuyre de Chatellerault évoque plus le Des: cartes philosophe «masqué> que I’auteur de la Géomeétrie. Georges Rousse a réservé l'autre versant de son art A Saint-Savin. Invité par Sylviane van de Moortele, directrice du Cen: tte international dart mural, artiste est inter venu dans le batiment conventuel de l’abbaye, 6difié au xvi siécle. Précisons que la peinture Lattifice est visible, par exemple, sant e dessinés sur deux murs différents, un 61 raphie vier est posée sur un support qui n’altére pas la pierre Que voit-on sur l'image créée & Saint-Savin Des formes géométriques tourbillonnant dans espace, du plancher aux voites d’ogives, comme aspirées par quelque bouche invisible. Larchitecture du batiment n’apparait qu’en rane derriére cette étrange projection de figures colorées qui reerée un espace fictif & trois dimensions. C'est "intrusion de formes solides et organisées dans un espace que l'on n fait, nous voyons des carrés bleus dessinés en perspective, qui convergent vers un point situé au centre du mur du fond. D’ot. cette impression de mouvement et flottement, sait vide. encore accentuée par le cadrage de la photo: graphie, qui n'est pas frontal mais décalé & droite —déplacement qui rappelle la vision obli- que de I'anamorphose. Exceptionnellement, Georges Rousse n'a pas détruit Ia peinture. Il laisse découvrir aux visi teurs la photographie, tirée dans un grand for mat, fave & son «chantier» : «C'est la premizre fois que je travaille dans un espace religieux et si haut. Je souhaite done montrer cette di: ‘mension au public, sachant qu’il ne s'agit pas d'une installation dont le but serait de retrou ver le point de perspective. La peinture n'est qu'une étape pour aboutir a oeuvre, c'est-a~ dire @ la photographie.» Aucun risque. Le face-i-face démontre que seule la photo- graphie peut délivrer ce nouveau visible ima- gin€ par I'artiste, car de plain-pied dans l'es- pace, c'est toujours T'architecture de Saint- Savin qui s'impose. Les oeuvres de Georges Rousse sont visibles ala galerie de école municipale darts plastiques de Chatelieraut, qui présente sept autres ‘oeuvres, jusqu'au 8 ‘septembre, du lund au ‘samedi 14h-18h (tal 49.9903 12), eta Vabbaye de Saint-Savin jusqu’en novembre, '9h30-19h en julllot et ‘200 (16. 49-48 6522). ‘Signalons que le Contre international dart mural organise, ennovembre 2 Saint-Savin, un ‘Séminaire international Surst'intervention artistique dans le cadre une ceuvre muraie» LActuait Poitou-Charentes-N°s3 23