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”Madame Bauvary”- comparaison entre le livre et le film

Lire Madame Bovary, au XXIe siècle, c'est affronter le scandale que représente une oeuvre aussi
sincère qu'impérieuse. C'est un livre offensif, corrosif, dont l'ironie outrage toutes nos valeurs.

Madame Bovary correspond à mon rêve d’œuvre d’art, où le fond et la forme ont autant d’importance
l’un que l’autre et s’exaltent réciproquement. Le roman contient dans un récit limité et daté une sorte de
condensé de toute l’histoire du monde. C’est une de ces œuvres qu’il ne faut pas toucher à moins d’avoir
la folie d’oser. Nous avons alors sous les yeux une œuvre originale qui échappe aux règles trop étroites
d’une doctrine. Son roman y gagne en profondeur, en personnalité, en universalité, pourrions-nous dire.

Ce que j’aime dans le film sont les acteurs, les décors et le fait de toucher à un classique. C'est un
succès! Il m’a plu aussi la magistrale interprétation de mademoiselle Frances O’Connor en une Madame
Bovary languissante, ce qui confirme son talent d'actrice. Elle interprète si bien les rêves, les chimères,
la passion et l’agonie d’Emma Bauvary. Elle est complètement habitée, envahie par le personnage
d’Emma. Une actrice “folle de son rôle”. Ce qui ne m'a pas plu: le film va trop vite et oublie des
passages du livre.
Celui que j'apprecie le plus dans ce roman, c'est Charles, vraiment. Même si “ La conversation de
Charles était plate comme un trottoir de rue, et les idées de tout le monde y défilaient dans leur costume
ordinaire, sans exciter d'émotion, de rire ou de rêverie”, je l’aime quand même. Charles n’est peut-être
pas un beau ténébreux, mais un mal aimé. Lui aussi, il meurt d'amour à la fin, ne l'oublions pas. Il
n'hésite pas à triompher de sa modestie et de son humilité naturelles pour tenter une opération vouée à
l'échec. Lucide, il connaît ses limites mais s’efforce de les dépasser pour plaire à sa redoutable épouse,
jamais contente, jamais satisfaite, quoiqu’il fasse. La troisième victime, c’est Berthe, l’enfant de ce
couple mal assorti et voué à l’échec dès le début. Je n'aime pas Emma. Flaubert me le pardonnera.
Même s'il a dit ”Madame Bovary, c'est moi”. Emma est une vulgaire petite égoïste, grandie par des
passions qui la dépassent. Peu sensible aux souffrances des autres, elle soucie comme d’une guigne de
son propre enfant, trop attentive aux soubresauts de son cœur de midinette pour se préoccuper une
seconde du bien-être des siens, de ceux qui l’aiment vraiment, sans rien recevoir en retour. Touts ces
détails nous présente le film aussi, à travers les trois parts. Elle préfère la fuite, après avoir précipité sa
propre famille dans la ruine, à cause des folles dépenses destinées à complaire à ses bellâtres d’amants.
On dit que celui qui n’est pas content de ce qu’il a, de ce que Dieu lui a donné, celui n’est pas béni. On
doit remercier tant pour le bonheur que pour les souffrances de la vie. À mon avis Emma n’a pas de la
foi. C’est pourqoui je ne l’aime pas. Elle s’inflige à elle-même son propre châtiment. Le suicide est
indiscutablement le fruit d’une douleur immense et je ne nie pas qu’il demande énormément de courage.
Ici je veux dire que l’actrice du film inerprète si réellement l’agonie d’Emma qu’on la sent si profonde,
en même temps qu’elle. Mais il s’agit malgré tout d’une fuite, qui laisse l’entourage dans la détresse la
plus totale. Emma ignore le véritable amour, je la crois incapable d’aimer, elle ne connaît que la passion.
“…et le chagrin s’engouffrait dans son âme avec des hurlements doux comme fait le vent d’hiver dans
les châteaux abandonnés.” Décidément, je compatis au chagrin d’Emma, mais je ne l’aime pas.
Je crois aussi que Flaubert aurait aimé l'adaptation de Madame Bovary que nous a donnée le directeur
de ce film. Il avait lui-même l'étoffe d'un prodigieux réalisateur, je ne suis pas la première à le souligner.
Le directeur du film a réussi le tour de force de rester fidèle à l’œuvre tout en y apportant un éclairage
personnel. Il est rarissime de ne pas être déçu par l’adaptation d’une œuvre littéraire à l’écran. Pourtant
j’ai une objection, le film insiste sur quelques scènes sexuelles, par exemple l’aventure d’Emma et de
Rodolphe, l’aventure d’Emma et de Léon. Flaubert nous présente ces scènes beucoup plus délicatement.
On ne se sent pas gêné en lisant le livre, ce que je ne peut pas dire du film. Chaque fois que Flaubert se
laisse aller à la rêverie, la phrase prend l’ampleur et la cadence de la période romantique. Ainsi, la veille
de sa fuite avec Rodolphe, Emma contemple la lune en compagnie de son amant: ” La lune, toute ronde
et couleur de pourpre, se levait à ras de terre, au fond de la prairie”.

Face à ce monde éprouvant pour une sensibilité d’écorché vif comme celle de Flaubert, nous
éprouvons cependant une intense impression d’harmonie, de beauté. Seul le style permet d’échapper à la
“ triste plaisanterie de l’existence”. Il essaie de peindre ce qui est visible. À défaut de pouvoir rendre
toute la réalité, il choisit les détails pittoresques et justes. Le détail est non seulement vivant, il est
révélateur de la légendaire vertu d’économie normande. Comme un photographe, Flaubert apprend à
connaître ses modèles de l’extérieur vers l’intérieur. À travers des comportements, nous voyons peu à
peu les caractères se dessiner. Flaubert nous convie à observer. Avec lui, nous devinons progressivement
la timidité maladive de Charles Bovary, son incompréhension, son application bornée comme si nous
étions les témoins amusés du chahut déclenché par l’arrivée du “nouveau”. Voilà posé l’essentiel de la
personnalité de celui qui sera incapable de satisfaire et de comprendre sa femme! De même la sensualité
d’Emma nous est révélée, avant même qu’elle envahisse sa vie, par la manière dont la jeune
campagnarde boit la liqueur par petits coups de langue gourmands. Cependant la vérité essentielle du
livre, c’est que l’idéalisme n’a pas sa place dans un monde où triomphent les intérêts mesquins et la
bêtise. Emma est une victime. Les vrais coupables ne sont pas punis: Rodolphe, Lheureux, Homais.

Cette volonté de réalisme, nous la retrouverons aussi dans la façon de parler. Chaque personnage
possède le langage de sa classe sociale, en accord avec sa psychologie. Ensuite nous devons noter cette
tendance continuelle à expliquer les caractères par l’influence du milieu et du tempérament. Flaubert
n’hésite pas à heurter notre sensibilité par des détails insupportables lors de l’agonie d’Emma. Rien ne
nous est épargné. En conclusion, il m’a plu le film, mais le livre reste incontestable. Il y a beaucoup
d’aptations du livre et il y encore aura, mais elles ne pourront jamais connaître le succes du livre de
Flaubert.