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GUENAIS

BAPTISTE Comment détermine-t-on, selon Hume, la règle du goût ?


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Hume, dans sa dissertation, prend pour point de départ l'opinion populaire selon laquelle les

goûts et les couleurs ne se discutent pas, même pour un « esprit clairvoyant », pour qui ces

différences ne paraitraient que plus grandes. Pourtant on se sert généralement des mêmes

expressions pour désigner des sentiments différents. C'est à dire que si nous pouvons facilement

trouver un consensus sur les éléments qui nous rendent agréable, l'expérience esthétique que nous

faisons d'un objet, lorsqu'on en vient au cas particulier, au « détail » de cette expérience,

l'uniformité des opinions disparaît. La similarité des préceptes chez tous les hommes ne serait

qu'une illusion de langage. Un simple mot auquel nous attacherions chacun un sentiment, un affect

différent. Il n'y aurait donc que peu d'intérêt à ériger des préceptes généraux dans le domaine des

mœurs, et de la morale, puisque suivant la traduction qui en est faite dans une langue différente, la

valeur qu'elle exprime sera interprétée différemment (bien que certaines expressions contiennent

déjà le blâme ou le louange en elles-mêmes). Mais il existe selon Hume un sens commun qui limite

le premier, le fait que lorsque nous disons que tous les jugements se valent, on parle d'un ensemble

restreint d'objets à la valeur esthétiques à peu près égales. Il serait difficilement admis que l'on

compare la tragédie au vaudeville, ou du Tim Burton à du Ed Wood.

Il s'agit donc de chercher une règle du goût qui pourrait nous permettre de décider entre les

divers sentiments des hommes ceux à conserver et ceux à réfuter. Hume commence par faire la

distinction entre le jugement, propriété de l'entendement, et la sensation, propriété de l'imagination.

Si les jugements découlent d'états de faits, ils peuvent aussi s'élaborer plus librement et s'éloigner

de la règle – de leur archétype – au moins momentanément. Ils ne sont pas nécessairement vrais. La

sensation contient en elle-même sa part de réalité, elle est ce qu'elle doit être, elle est toujours

vérité. Mais elle ne représente pas un objet réel, plutôt qu'un rapport entre l'objet et les organes

sensibles du sujet. Le beau, plus particulièrement, n'est pas inhérent aux choses, mais il est dans

l'âme qui fait l'expérience de l'objet. Le beau est une relation entre l'objet et la personne, une

manière dont elle l'affecte. Comme les règles de la beauté sont fondées sur la règle, ou le modèle et
sur l'observation attentive, si un objet nous plaît, il est en général possible d'expliquer pourquoi, ou

au moins de désigner les qualités qui nous affectent. Si les objets manquent leur effet, il s'agit plutôt

de l'imperfection (ou l'imprécision) de l'organe qui les perçoit.

Les concepts et les principes, les règles générales qui peuvent guider l'esprit dans son

jugement de goût, aucune de ces règles donc, ne peut se déterminer à-priori, dans les sphères

métaphysiques des idées immuables. Ces règles trouvent leurs fondements dans l'expérience, une

synthèse de ce qui a pu plaire ou déplaire aux différents juges à travers les siècles. Ces règles ne

sont pas des critères stricts, elles peuvent se découvrir et s'enseigner. Fondées sur l'expérience et les

observations, sur les sentiments (au sens de sensations intellectualisées), elles sont donc communes

à tous les hommes. Selon Hume, « affectés à la nature humaine », autrement dit l'idée d'une

disposition naturelle de l'homme pour inter-agir avec son environnement. Hume part d'un postulat

naturaliste en supposant une mécanisation, une certaine organisation dans la nature, au moins

supposée et supposable par l'esprit, qui d'une suite de sensations récurrentes peut déduire certaines

règles générales sur le monde autour de lui (les principes de cause à effet, ou de contiguïté par

exemple). S'il y a des principes de reconnaissance, d'approbation et de blâme, opérations de l'esprit,

il y à donc certaines formes ou qualités dans la nature et les objets, déterminées à nous plaire ou

nous déplaire. Mais il ne s'agit pas de dire que tous les hommes doivent se référer à la même règle

(puisque le jugement peut justement en dévier) et la suivre. Les émotions de l'esprit sont fragiles, et

il faut pour expérimenter une œuvre d'art, optimiser les conditions d'expérimentation de la relation

entre la forme de l'objet et le sentiment, de manière à ce que le jugement se fasse de manière claire

et distincte.

Car pour juger du beau, il existe plusieurs critères nécessaires. Le premier est de posséder

une certaine « délicatesse » de goût. Hume note la ressemblance entre le goût corporel et spirituel.

Car si les sensations(internes ou externes) possèdent une part de réalité propre, il faut des objet

possédant les qualités propres à susciter ces sentiments. Or ces qualités peuvent s'y trouver

seulement en petites quantités, parfois mêlées et ne touchant le sentiment que de manière très

confuse. Lorsque les organes de l'observateur sont assez fins, il est possible de démêler ces qualités
et de les expliquer (c'est l'exemple des parents de Sancho Pancha dans « Don Quichotte » qu'utilise

Hume), tout en saisissant les légères nuances et en ne laissant rien échapper. La finesse d'un organe

nous permettra donc de recomposer les éléments et de les définir, de faire preuve de goût.

Mais les différences entre les goûts délicats persistent, et survivent dans bien des domaines.

Il ne suffit pas de posséder un goût délicat pour pouvoir juger du beau, il faut avoir contemplé le

même objet plusieurs fois et beaucoup d'objets du même type, maintes et maintes fois. Car la

première fois qu'un objet se présente à l'imagination, le sentiment qui s'en dégage est qu'obscur et

confus. On peut saisir un sentiment général, mais il est bien difficile de définir proprement son

expérience esthétique, d'avoir un point de vue réfléchit sur le sujet, et donc un jugement certain.

Si on s'est suffisamment exercé avec des objets du même genre, des peintures par exemple,

provenant de différentes époques et de différentes cultures, il deviendra facile lorsqu'on

« expérimente » une nouvelle toile de lui attribuer une valeur relative, en comparaison des autres

œuvres et l'usage de mon imagination à me les représenter le plus adéquatement possible. Plus on

connait de peintures, plus on est à même de juger d'une nouvelle toile et d'en reconnaître les

qualités. Ce qui donnerait un avantage non négligeable aux hommes du futur sur les hommes du

présent, puisqu'il est presque impossible d'avoir un jugement juste sur les œuvres qui nous sont

contemporaines, et que c'est dans le regard de l'historien de l'art que celui-ci fait sens.

Pour produire un effet, une œuvre d'art exige une situation, un point de vue. L'exemple de

Hume est celui d'un orateur qui aurait à tenir compte des dispositions du public à son égard, et à

s'adapter au contexte. Une personne qui jugerait ce discours sans tenter de se replacer dans les

conditions de production de l'œuvre (même si Hume n'écrit pas le terme il s'agit d'une mise en

situation, ou en contexte) ne pourrait pas répondre aux critères de la règle du goût. Afin d'habiliter

nos jugements de goût, nous devons donc également nous débarrasser notre esprit de ses préjugés,

de ne pas fausser les opérations de ses facultés intellectuelles. Car si la raison n'est pas essentielle

au jugement de goût, elle est néanmoins requise pour en diriger les opérations. Lorsqu'on juge, on

effectue une proposition pour laquelle on attend une confirmation, par la raison, qui départage entre

les préjugés que nous pouvons avoir sur une œuvre particulière et le sentiment qu'elle crée en nous.
Une œuvre d'art possèdent une finalité, vers laquelle elle doit tendre (la poésie doit faire

naître les passions par exemple), et le juge doit pouvoir déterminer si l'artiste a bien utilisé les

moyens convenables en vue de ces fins, pour attacher une cohérence dans l'ouvrage. Puisque c'est

l'ouvrage d'un homme, il contient « une chaîne de proportions et de raisonnement plausibles », qui

doit s'y fondre. Si on manque de « l'étendue d'esprit » (au sens ouverture d'esprit ?) nécessaire, il est

dès lors contestable de pouvoir procéder à la comparaison d'autres œuvres « similaires », ou à la

mise en relation des parties, de leur amalgame dynamique, de leur fusion dans un tout uniforme. On

croit souvent qu'il existe un critère fixe de connaissance dans les sciences, alors que la relativité

règne dans les jugements artistiques. En fait c'est tout le contraire, puisque les méthodes

scientifiques ont fort changé depuis l'antiquité, alors que certaines œuvres immuables au

panthéons(celles du poète Homer par exemple datent de la même période) procèdent de la même

admiration, de tous temps, chez tous les hommes, ou presque.

Si les principes qui régissent le goût sont universels et communs à tous, seuls quelques uns

ont un sentiment qui puisse servir de base pour déterminer la règle du goût, dont les sens délicats

puissent faire l'association du général au particulier, expérimentant un sentiment en conformité avec

la règle générale. La règle du goût selon Hume, constitue en un consensus de faits des juges

possédant les qualités de finesse de goût, de l'usage des œuvres, comparé avantageusement et par un

esprit ouvert qui se fie à sa raison. Quand ces juges donc, à travers les différentes époques et les

différent pays dans lesquels ils vivent, sont parvenus à ce mettre d'accord sur la beauté d'un objet, et

plus ou moins d'accord en ce qui concerne les règles auxquelles ils se rapportent pour expliquer

leurs sentiments, cet objet ci peut-être considéré comme beau. Lorsqu'un juge admire une œuvre, il

communique son admiration à d'autres hommes, et leur permet parfois de s'ouvrir eux-aussi sur

l'expérience esthétique, et la beauté.