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Coco Chanel

Gabrielle Bonheur Chasnel dite Coco Chanel née le 19 août 1883 à


Saumur et morte le 10 janvier 1971, à Paris, est une créatrice, modiste et styliste
française célèbre pour ses créations de haute couture et de parfum. Elle est à
l'origine de la maison de haute couture Chanel, « symbole de l'élégance
française ».

Sommaire

•1 Biographie
o 1.1 Enfance
o 1.2 Gabrielle devient « Coco »
o 1.3 Une modiste à contre-courant
o 1.4 Ouverture des premières boutiques
o 1.5 Naissance d'un style : « la reine du genre pauvre »
o 1.6 Le succès continue
o 1.7 Un cercle d'amis artistes
o 1.8 L'Empire Chanel
o 1.9 La guerre : fermeture de la maison et liaison amoureuse gênante
o 1.10 L'après-guerre, l'escapade en Suisse
o 1.11 Le retour à Paris, le triomphe du tailleur en tweed gansé
o 1.12 Fin de carrière
•2 Anecdotes
•3 Citations
•4 Cinématographie
•5 Notes et références
•6 Voir aussi
o 6.1 Articles connexes

o 6.2 Bibliographie

Biographie

Enfance

Elle est issue d'une lignée de marchands forains cévenols, de Ponteils-et-


Brésis. Elle est la fille d'Albert Chanel, un camelot originaire du Gard et de Jeanne
Devolle, couturière originaire de Courpière, tous deux établis à Saumur.

La mère de Coco Chanel meurt à trente-trois ans à peine, épuisée par des
grossesses successives et par le travail qu'elle effectue sur les marchés, dans le
froid. La jeune fille n'a alors que douze ans. Son père l'abandonne pour aller faire
fortune en Amérique et elle se retrouve ainsi seule avec ses deux sœurs, Julie,
treize ans, et Antoinette, huit ans, dans un orphelinat à Aubazine en Corrèze. Ses
deux frères sont, quant à eux, placés à l'âge de dix et six ans dans une ferme
comme garçons à tout faire.
À l'âge de dix-huit ans, Gabrielle est confiée aux dames chanoinesses de
Moulins, qui lui apprennent le pointilleux métier de couseuse. Elle y retrouve sa
cousine Adrienne, qui avait le même âge et, surtout, la même ambition de s'en
sortir. En 1903, habile à manier le fil et l'aiguille, elle est placée en qualité de
couseuse dans une maison spécialisée en trousseaux et layettes.

Gabrielle devient « Coco »

Chapeau créé par Coco Chanel en 1912.

Vers 1907-1908, très courtisée, Gabrielle, qui ne compte pas partager le sort
anonyme des « cousettes », est prête à prendre des risques. Lors d'un voyage à
Vichy, chez son oncle, en quête d'un avenir dont elle refuse qu'il se limite à broder
sur des draps de coton, elle se met à poser sur la scène du Beuglant de la
Rotonde, un café-concert où elle fait ses premières apparitions, silencieuses.
Bientôt, elle ose pousser la chansonnette et se met à rêver de music-hall. Âgée de
vingt-quatre ans, elle se produit en spectacle devant les officiers qui la
surnomment « Coco », parce qu'elle a pour habitude de chanter Qui qu'a vu Coco
dans l'Trocadéro ? (paroles de Baumaine et Blondelet, musique de Deransart). Ce
surnom ne la quittera plus.

Admirée par une horde de jeunes garçons fortunés ou titrés, sa jolie


silhouette séduit Étienne Balsan, un homme du monde, riche gentleman qui vient
de rendre ses galons d'officier pour se consacrer à l'élevage de chevaux et aux
courses. Il lui fait découvrir la vie de son château, le domaine de Royallieu près de
Compiègne resté malheureusement célèbre pour son histoire pendant la Seconde
Guerre mondiale. Pendant près d'un an, elle apprend les arcanes de la haute
société, mais l’idylle ne dure que quelques mois : elle se rend compte qu’elle ne
l’aime plus, elle s'ennuie et pleure. Elle a vingt-cinq ans et nulle part où se
réfugier. Elle s'échappe alors en jodhpurs, et galope dans la forêt de Compiègne
en essayant de défier son avenir.

Heureusement, les fréquentations de Balsan lui font rencontrer son premier


amour, l'anglais Arthur Capel, surnommé « Boy ». On le dit fils naturel du banquier
Pereire. Boy est un riche homme d'affaires qui a fait fortune dans les frets
charbonniers. Il est aussi un homme de cheval possédant une écurie de polo. Ce
sera un amour irrégulier (il épousera malgré tout une Anglaise) et sincère qui
durera dix ans, jusqu'à un accident de voiture en 1919 auquel il ne survivra pas.

Une modiste à contre-courant

Coco Chanel ne reste cependant pas oisive. Comment oublier les rudiments,
enseignés à Moulins, du maniement du fil et de l’aiguille ? Saisissant la balle au
bond, c’est peut-être par la couture qu’elle franchira l’obstacle qui mène à la
liberté et l’indépendance. Ne perdant pas de temps, elle s’imprègne de
l’enrichissante initiation prodiguée par Lucienne Rabaté, célèbre modiste du
moment. Elle se confectionne de petits chapeaux originaux qu’elle pose très bas
sur son front. Pour assister aux mondaines courses de chevaux, elle n’arbore pas
les robes des grands couturiers mais ses propres réalisations. Jeune femme
charmante mais au style décalé, tantôt écolière en tenue sobre et sage noire et
blanche, tantôt garçonne n’hésitant pas à porter polo, cardigan, jodhpurs et
pantalons, elle invente déjà un nouveau style, une nouvelle allure. Ses créations
avant-gardistes, très sobres, contrastent avec celles que portent les élégantes de
l’époque.

En 1909, sur les conseils de Boy Capel, son artisanat débute Boulevard
Malesherbes, dans la garçonnière parisienne de son protecteur Étienne Balsan.
Les chapeaux qu'elle propose à ses clientes ne sont que des déclinaisons de ceux
qu'elle fabrique pour elle-même et qui, au château de Royallieu, près de
Compiègne, ont séduit ses amies, des demi-mondaines qui fréquentaient le lieu.
Balsan ne croit pas à un succès commercial.

N'ayant pas de formation technique, ni d'outils de fabrication, Gabrielle


achète ses formes de chapeaux dans les grands magasins, puis les garnit avant
de les revendre. La nouveauté et l'élégance de son style font que, très vite, elle
doit faire appel à sa tante (ou cousine?) Adrienne, et à sa sœur Antoinette, pour la
seconder. Ses créations de chapeaux, débarrassées des grandes plumes
d'autruches ou autres froufrous volumineux, commencent à être appréciées pour
leur exquise simplicité et leur sophistication retenue.

Ouverture des premières boutiques

Devenue la compagne de Boy Capel, Coco Chanel développe ses activités


avec l’aide de ce dernier. En 1910, son amant britannique lui prête les fonds
nécessaires à l'achat d'une patente et à l'ouverture d'un salon de modiste au 21
rue Cambon à Paris, sous le nom de « CHANEL MODES ». À l’été 1913, alors que le
couple séjourne à Deauville, Boy Capel loue une boutique entre le casino et l’Hôtel
Normandy. Comme à Paris, elle est modiste mais l’enseigne est changée en
mentionnant son nom complet : « GABRIELLE CHASNEL » ; la boutique ne
désemplit pas. En 1915, à Biarritz, elle ouvre sa troisième boutique et première
vraie maison de couture. Suivant sa seule inspiration, elle raccourcit les jupes et
supprime la taille. Elle libère le corps de la femme. Ses boutiques bénéficient de la
clientèle de toute la société élégante qui s’est repliée pendant la guerre dans ces
deux stations balnéaires.

Naissance d'un style : « la reine du genre pauvre »

Dès 1915, l'étoffe manquant, elle taille des robes de sport dans le jersey des
sweaters de lads, ces tricots de corps pour les soldats, qu'elle a depuis longtemps
adoptés. Libérant le corps, abandonnant la taille, Chanel annonce cette
« silhouette neuve » qui lui vaudra sa réputation. Pour s'y conformer, les femmes
s'efforcent d'être « maigres comme Coco », qui, d'un coup de ciseaux libérateur,
devient une des premières femmes aux cheveux courts à créer des vêtements
simples et pratiques, dont l’esthétique s’inspire d'une vie dynamique et sportive
qui aime jouer avec les codes féminins/masculins.

En 1916, elle utilise la belle et élégante Adrienne comme mannequin à


Deauville, qui est alors un lieu de villégiature à la mode. Elle y promène aussi sa
propre silhouette androgyne, en testant ses nouvelles tenues contrastant avec
leur extrême simplicité et leur confort sous les yeux d'aristocrates européennes
encore très couvertes d'apparat et maintenues dans des corsets rigides. La
pénurie de tissus due à la Première Guerre mondiale, ainsi que la pénurie relative
de main-d'œuvre domestique ont créé de nouveaux besoins pour les femmes.
Chanel, femme libre et active, perçoit ces besoins. Elle achète à Rodier des
pièces entières d'un jersey utilisé à l'époque uniquement pour les sous-vêtements
masculins.

En 1918, immédiatement après la guerre, elle commence à édifier peu à peu


l’une des maisons de couture les plus importantes de l’époque, elle emploie plus
de 300 ouvrières, et rembourse enfin Boy Capel refusant à jamais le statut de
femme entretenue. La guerre terminée, Boy doit prendre femme, selon les codes
de l'aristocratie anglaise. Coco en éprouve une insupportable humiliation. Mais,
comme sa mère, elle accepte le pire au nom de l'amour. Elle aimera sincèrement
Boy jusqu'à cette nuit du 22 décembre 1919 où, réveillée à 4 heures par un
messager, on lui apprend qu'il s'est tué la veille sur la route. « En perdant Capel,
je perdais tout. » avouera-t-elle 50 ans plus tard.

Profondément affectée par la mort de son amant, afin de ne pas sombrer


dans le chagrin, elle se raccroche à son travail comme une forcenée. Cette
attitude sera payante, car le succès de ses modèles va grandissant et l'incite à
développer encore sa maison.

Le succès continue
Coco Chanel et le Duc de Westminster

Dès 1921 à Paris, à côté de la luxueuse Place Vendôme, Coco Chanel


annexe en quelques années les numéros 27, 29 et enfin 31 de la rue Cambon. Une
adresse mythique où se trouve aujourd'hui encore la célèbre maison de couture
qui porte son nom. Elle dispose en outre de ses propres fabriques de tissus en
Normandie et s'associe avec les propriétaires de la marque Bourjois — les frères
Wertheimer — afin de diffuser commercialement ses parfums. Ses liaisons
masculines lui donnent souvent de beaux motifs d’inspiration, c’est ainsi qu’elle
crée des robes à motifs slaves lorsqu'elle a une liaison amoureuse avec le Grand-
duc Dimitri Pavlovitch de Russie, cousin du dernier tsar de Russie en exil qui lui
aurait inspiré la forme du flacon de son célèbre N°5 (flasque de vodka des troupes
russes). Elle fut aussi la maîtresse du poète Pierre Reverdy, avant que celui-ci de
plus en plus mystique ne se retire à l'abbaye de Solesmes. Elle héberge Stravinski
et les siens pendant deux ans à Garches. Plus tard, elle emprunte à son nouvel
amant, le Duc de Westminster, réputé l’homme le plus riche d’Angleterre, des
éléments de costume masculin, comme le chandail, la pelisse, le béret de marin
ou la veste en tweed. Elle les adapte ensuite à la panoplie vestimentaire de la
femme qu’elle souhaite moderne et dynamique, sachant allier le confort à
l’élégance.

Elle est l'une des premières à lancer la mode des cheveux courts, elle
s’oppose résolument à la sophistication prônée par Paul Poiret (qui accusait
Chanel de transformer les femmes en « petites télégraphistes sous-alimentées »)
(D'après la télésuite « Coco Chanel », elle aurait répliqué en disant qu'elle ne
voulait pas de femmes ayant l'air d’« esclaves échappées de leur harem » en se
référant à la mode orientaliste de l'époque). Elle privilégie une simplicité
soigneusement étudiée, des tenues pratiques, comme le pyjama, à porter sur la
plage comme en soirée ; les premiers pantalons, la jupe plissée courte, le tailleur
orné de poches. Une mode qui s'inspire du vêtement de sport en lieux balnéaires
(golf, tennis, plage, yachting). Elle propose des cardigans en maille jersey sur des
jupes courtes, le tout surmonté d'un chapeau cloche. De même les robes de
cocktail taille basse s'arrêtant au-dessus du genou, que l'on peut associer aux
danses charleston populaires entre 1925 et 1935.

En 1926, la célèbre petite robe noire (couleur jusqu’alors exclusivement


réservée au deuil), fourreau droit sans col à manches 3/4, tube noir en crêpe de
Chine, correspondent parfaitement à la mode « garçonne » effaçant les formes du
corps féminin. Maintes fois copiée, cette « Ford signée Chanel » faisant référence
à la populaire voiture américaine, ainsi que devait la qualifier le magazine Vogue,
ne tardera pas à devenir un classique de la garde-robe féminine des années 1920
et 30.

Récusant le qualificatif de « genre pauvre » souvent accolé à ses créations,


Chanel entend distinguer la véritable sobriété du dépouillement : si la toilette
féminine doit être simple, celle-ci, en revanche, doit être agrémentée
d’accessoires. Chanel recourt, par exemple, à de faux bijoux mêlant pierres semi-
précieuses, strass et fausses perles, ainsi qu’à des bracelets ornés d’un motif
« croix de Malte », ou encore à des broches d’inspiration byzantine ou à motifs
d’animaux, de fleurs ou de coquillages — à la création desquels ont présidé
Étienne de Beaumont, Paul Iribe et surtout, entre 1929 et 1937, Fulco di Verdura,
qui a su conférer aux bijoux de Chanel leur identité propre.

En 1927, elle fait construire à Roquebrune Cap-Martin, une maison appelée


la Pausa. Elle demande à l'architecte Robert Streitz de la dessiner en intégrant
quelques éléments, l'escalier et le cloître, rappelant son enfance à l'orphelinat
d'Aubazine. Elle la meublera essentiellement de mobilier anglais et espagnol du
XVIe et XVIIe siècle. Elle y accueillera le duc de Westminster, Jean Cocteau,
Pierre Reverdy, Paul Iribe, Salvador Dali, Luchino Visconti. Une partie de la maison
a été recréée au Dallas Museum of Art lors de la donation de la collection Reves.

Un cercle d'amis artistes

Misia Sert, rencontrée en 1919 chez son amie Cécile Sorel, sera la meilleure
amie de Chanel pendant l'entre-deux-guerres. Misia tenait salon, était l'hôtesse du
gratin culturel et artistique de Paris; elle a ouvert les portes du « monde » à Coco.
Égérie de nombreux peintres et musiciens du début du xxe siècle, Toulouse-
Lautrec, Pierre Bonnard, Odilon Redon et Auguste Renoir, Misia Sert se fait
connaître dans le milieu artistique parisien par ses talents de pianiste (elle était
élève de Fauré) et par sa beauté. Elle fréquente Stéphane Mallarmé et Marcel
Proust, puis Erik Satie, Colette, elle se lie avec Serge Diaghilev, Picasso, Cocteau
et Serge Lifar. Les journalistes la surnomment la « Reine de Paris ».

La proximité de Chanel avec les artistes a toujours été à l'honneur. En 1924


elle réalise les costumes du Train Bleu, ballet de Bronislava Nijinska sur un livret
de Cocteau et une partition de Darius Milhaud, créé par les Ballets russes de
Serge de Diaghilev. Elle était une personnalité du Tout-Paris, amie de Cocteau,
pour lequel elle créera des costumes de scène : Œdipe roi (1937) et Antigone
(1943). Elle signa des chèques qui évitèrent à Serge Diaghilev quelques
précipices; elle paya même ses funérailles qui eurent lieu à San Michele de
Venise. Elle réalise également des costumes pour le cinéma, notamment, en 1939,
pour la La Règle du jeu de Jean Renoir.

On lui prête, en suivant Misia Sert, une liaison amoureuse avec le poète
Pierre Reverdy à la fin des années 1930.
L'Empire Chanel

Parallèlement, Chanel est la première couturière à lancer ses propres


parfums. Avec l’aide de son parfumeur Ernest Beaux qui conçoit : No5 (1921), qui
connaîtra une célébrité mondiale, mais aussi No22 (1922), Gardénia (1925) Bois
des Îles (1926) et Cuir de Russie (1926). Pour diffuser internationalement son
produit, Chanel fait appel à l'expérience commerciale des frères Pierre et Paul
Wertheimer qui dès 1924 possèdent 70 % des parfums Chanel. Leurs descendants
Alain et Gérard Wertheimer possèdent l'intégralité de la maison Chanel
aujourd'hui.

Chanel saura s’adapter aux mutations des années 1930, au cours desquelles
elle affrontera à la fois les revendications syndicales de ses ouvrières et l’étoile
montante de la Haute Couture parisienne qu'était Elsa Schiaparelli. Privilégiant
alors une silhouette plus épurée, Chanel présente notamment des robes du soir
légères et transparentes en mousseline de soie, en tulle ou en laize de dentelle, le
plus souvent dans des couleurs faussement neutres (blanc, noir ou beige), parfois
brodées de perles ou de strass. Comportant une combinaison cousue à l’intérieur,
la coupe très simple de ces robes permet à la femme du monde de s’habiller sans
l’assistance d’une domestique. Un peu plus tard, elle crée les premières robes à
balconnet, puis, en 1937, le style « gitane ».

Féminine, Mademoiselle ne se déplaçait jamais sans ses perles et avait un


goût très prononcé pour les bijoux. Dès 1924, elle ouvre donc son atelier de bijoux
fantaisie. Comme à son habitude, la créatrice sait s'entourer : Étienne de
Beaumont puis le duc Fulco de Verdura contribuent au développement des bijoux
de la maison. Mais, c'est en 1932 que Gabrielle Chanel défraye à nouveau la
chronique. À la demande de la Guilde internationale du Diamant, Coco crée Bijoux
de Diamants sa première collection de Haute Joaillerie. À l'honneur, les diamants
sont montés sur platine, une extravagance que seule Coco peut se permettre
après le krach de 1929.

En 1939, elle était alors à la tête d'une entreprise de 4 000 ouvrières qui
fournissaient 28 000 commandes par an.

La guerre : fermeture de la maison et liaison amoureuse gênante

À l’annonce de la déclaration de la Seconde Guerre mondiale, elle ferme


subitement sa maison de couture et licencie l'intégralité du personnel, se
consacrant uniquement à son activité dans le domaine des parfums. Elle profitera
alors de la confusion et de l’antisémitisme ambiant pour tenter de récupérer la
marque de parfum Chanel No5. La célèbre fragrance dont elle ne détient les droits
qu’à hauteur de 10 % est en fait la propriété d'une famille juive, les Wertheimer.
Elle attire l’attention des pouvoirs publics sur la fausse « aryanisation » de la
société Bourjois qui protège leurs intérêts alors qu’ils sont réfugiés aux États-
Unis. Installée à l'Hôtel Ritz, parmi ses paravents en laque de Coromandel, elle y
vit durant la Seconde Guerre mondiale de 1941 à 1944 avec l'officier nazi des
services de renseignements SS Hans Gunther von Dincklage. Ils auront une liaison
amoureuse au cours de laquelle Chanel tentera d'organiser une action de paix
entre l'Allemagne nazie et la Grande-Bretagne (1943), mais l'opération, baptisée
« Chapeau de couture », échouera. Seule l'amitié de Winston Churchill, qu'elle
avait connu pendant sa liaison avec le duc de Wesminster, lui évite de graves
ennuis à la Libération.

L'après-guerre, l'escapade en Suisse

En 1944, Coco Chanel décide de s'installer en Suisse, sur les hauts de


Lausanne, au bord du lac Léman. Elle y séjournera 10 ans. Elle se fait soigner à la
clinique Valmont, et l'on peut souvent la rencontrer au salon de thé Steffen, sur
les hauts de Montreux, lieu de rencontre de nombreuses célébrités. Pendant ce
temps, à Paris, le « newlook » de Christian Dior fait fureur : taille de guêpe et
seins pigeonnants obtenus par la pose d'un corset ou d'une guêpière. Elle est
effondrée. Tout son travail de libération du corps de la femme serait-il réduit à
néant ?

Le retour à Paris, le triomphe du tailleur en tweed gansé

Pourtant, en 1954, âgée de 71 ans, elle accepte de rouvrir sa maison sur


l'insistance de ses commanditaires, les frères Wertheimer, qui comptent sur sa
présence pour relancer la vente des parfums. Par ce biais, elle renoue avec la
création. Sa première collection est pourtant mal accueillie, dans la mesure où
elle s’inscrit résolument à contre-courant du style de Christian Dior. Négligeant
les balconnets et les formes bouffantes qui faisaient le succès de ce style d'après-
guerre, Chanel impose de nouveau des robes près du corps, une silhouette
androgyne au service de vêtements sobres et raffinés.

Le tailleur de tweed, dont la veste à quatre poches – d'inspiration militaire –


est décorée de boutons-bijoux et ornée d’une ganse de couleur contrastée,
complété par une blouse de soie réalisée dans le même tissu que la doublure, des
chaussures bicolores et un sac matelassé à chaîne dorée, façonnent la nouvelle
silhouette Chanel qui deviendra un classique.
Boutique Chanel Joaillerie, en face de l'Hôtel Ritz, place Vendôme, à deux
pas de la rue Cambon.

Son style est copié partout dans le monde. Elle habille les actrices du
moment, notamment Romy Schneider ou Jeanne Moreau dans Les Amants (1958)
de Louis Malle, et Delphine Seyrig dans L'Année dernière à Marienbad (1961)
d’Alain Resnais. Jackie Kennedy portait un tailleur Chanel rose lors de
l'assassinat de son mari John F. Kennedy.

À partir de 1954, la création de bijoux est confiée à Robert Goossens.


Parallèlement, de nouveaux parfums sont créés sous l’impulsion d’Henri Robert,
nouveau « nez » de la maison, qui lance Pour Monsieur (1955), No 19 (1970) et
Cristalle (1974).

Coco Chanel n'a pas d'appartement, ni de maison, elle ne se sent pas chez
elle dans le petit deux pièces situé dans sa maison de couture. Elle s'installe alors
dans une suite de l'Hôtel Ritz, pour des raisons pratiques tout d'abord, car l'hôtel
est entre la Place Vendôme et la Rue Cambon – juste à côté de la maison Chanel –,
et certainement pour la luxueuse discrétion qu'offrent les grands palaces. Elle y
séjournera fidèlement pendant une quinzaine d'années.

Mais Chanel est encore plusieurs fois confrontée à l’Histoire. Après les deux
guerres mondiales, c'est la minijupe popularisée autour de 1965 par Mary Quant et
Courrèges qui a fait l'effet d'une bombe et la met en colère. Rien n'y fera,
« Mademoiselle » ne relèvera pas la jupe au-dessus du genou, car elle pense que
les genoux sont laids. Elle continue donc de varier son classique tailleur avec des
jupes sous le genou, faisant fi de la mode des midinettes de l'époque, qui
importaient des apparences anglaises et américaines, véhiculées par la musique
pop. Les défilés de haute-couture ont toujours eu lieu dans les salons du 1 er étage
du 31 rue Cambon dans un silence religieux, Coco, comme à son habitude, est
assise sur les marches de l'escalier qui mène à l'étage supérieur, elle observe les
réactions de ses clientes par le biais de miroirs qui tapissent les parois de
l'escalier.
Fin de carrière

Aux événements de mai 1968, la vague hippie change la donne de la mode.


Chanel affirmait que les modes n’étaient bonnes que lorsqu’elles descendaient
dans la rue, et pas quand elles en venaient. Chanel devient tyrannique, s’enferme
dans son monde, fait d’essayages, de défilés, de mannequins et de courtisanes.

Sèche et acariâtre, Coco Chanel est très seule, elle est accompagnée dans
ses dernières années par sa confidente de longue date Lilou Marquand. Elle
souffre de blessures intimes jamais cicatrisées que masque mal sa renommée
professionnelle de femme de fer ne montrant pas son désespoir.

Le 10 janvier 1971, à l'âge de 87 ans, elle meurt dans sa suite de l'Hôtel Ritz
à Paris. Elle est enterrée au cimetière du Bois-de-Vaux à Lausanne, Suisse.

Anecdotes

•C'est Coco Chanel qui lança la mode des peaux bronzées, après un
bronzage accidentel lors de ses vacances en mer du Nord, alors qu'avant les
peaux claires étaient à la mode. À la fin de sa vie, elle reviendra sur cette mode
en insistant sur l'aspect dangereux de trop fortes expositions au soleil.

•Ses intimes la surnommaient « Mademoiselle ».

•De 1955 à sa mort, elle se rendait à son travail presque quotidiennement


vêtue d'un imperméable attaché à la taille qu'elle nommait « caoutchouc ».

•Elle fait partie des cent personnalités les plus marquantes du XXe siècle,
selon un classement du magazine Time réalisé en 1999.

Citations

•« Dans une réception, si l’on dit à une femme : Quelle belle robe ! c’est que
sa robe est ratée. Mais si l’on dit : quelle belle femme ! C’est que sa robe est
réussie. »
•« Je ne fais pas la mode, je suis la mode. »
•« J’ai rendu au corps des femmes sa liberté ; ce corps suait dans des habits
de parade, sous les dentelles, les corsets, les dessous, le rembourrage. »
•« Quand on me demande mon âge, je réponds : Après 50 ans, ça dépend des
jours. »
•« La mode passe, le style reste. »
•« La mode se démode. Le style, jamais. »
•« Avec les accessoires, le plus important c’est de toujours enlever le
dernier que l’on a ajouté. »

Cinématographie
•Coco Chanel est une télésuite en deux épisodes de 2008; une coproduction
européenne, dans laquelle Shirley MacLaine incarne la couturière de retour de
Suisse, à 71 ans, et Barbora Bobulova campe Coco Chanel à partir de ses 18 ans.
•Coco avant Chanel, film réalisé par Anne Fontaine, sorti en France en 2009.
Audrey Tautou interprète la jeune Coco Chanel.
•Coco Chanel & Igor Stravinsky, film réalisé par Jan Kounen, avec Anna
Mouglalis qui interprète Mademoiselle Chanel, relate sa relation amoureuse avec
le compositeur Igor Stravinsky à la même période que la création de son Sacre du
printemps.
•Le couturier Karl Lagerfeld a réalisé un court métrage muet en noir et
blanc, à l'occasion du défilé Paris-Moscou montrant Coco Chanel en tant que
modiste, à ses débuts. Il est disponible sur le site internet de la Maison Chanel.

Bibliographie

•Edmonde Charles-Roux, L'Irrégulière ou mon itinéraire Chanel, Grasset,


1974
•Paul Morand, L'Allure de Chanel, Hermann, 1976
•Edmonde Charles-Roux, Le temps Chanel, Éditions du Chêne, 1979
•Lilou Marquand, Chanel m'a dit…, JCLattés, 1990
•Isabelle Fiemeyer, Coco Chanel, un parfum de mystère , Éditions Payot &
Rivages, 1999
•Louise de Vilmorin, Mémoires de Coco, Éditions Gallimard, 1999
•Henry Gidel (textes), Coco Chanel. – Paris : J'ai lu, 2000
•Claude Delay, Chanel solitaire, Gallimard, 1983 : J'ai Lu, 2001
•Brigitte Labbé et Michel Puech (textes), Jean-Pierre Joblin (illustrations),
Coco Chanel. – Toulouse : Milan jeunesse, coll. « De vie en vie » no 17, 2005
•Cyril Eder, Les comtesses de la Gestapo. Grasset, Paris 2007
•Marcel Haedrich, Coco Chanel, Coco par Chanel, Gutenberg, 2008

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