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OGM : les experts de l'Afssa se plaignent d'être dénigrés

Marc Mennessier 03/03/2009 | Mise à jour : 19:48 Le Figaro.fr

Dans leur communiqué, les 23 signataires notent que «les avis émis par les comités d'experts scientifiques ne sont pas systématiquement favorables à tous les OGM» mais que «curieusement, les avis négatifs ne sont jamais objets de récriminations.» Crédits photo : AP

Une vingtaine de scientifiques font part de leur exaspération face à la «diffamation» dont ils sont l'objet de la part des opposants aux OGM.

«Les experts en ont assez !» C'est sous ce titre rageur que 23 scientifiques, membres pour la plupart de l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) et de l'ex-Commission du génie biomoléculaire, ont diffusé la semaine dernière un communiqué dénonçant les attaques dont ils sont l'objet depuis la publication dans le Figaro d'un avis concluant à l'absence d'effets sur la santé humaine et animale du maïs transgénique MON 810, interdit à la culture en France depuis un an. «Les experts doivent pouvoir travailler dans la sérénité, ils en ont assez du dénigrement, voire de la diffamation dont ils sont l'objet de manière répétée», peut-on lire dans le communiqué publié vendredi dans la lettre électronique de l'Association francophone pour l'informatique agricole.

«Les déclarations de Corinne Lepage à l'AFP ont été la goutte d'eau, confie Philippe Joudrier, président du comité d'experts «biotechnologies» de l'Afssa . L'ancienne ministre de l'Environnement brocardait «les soi-disant rapports de l'Afssa et de l'Efsa (son homologue européenne) pour valider le maïs MON 810», les comparant aux «rapports des années Tchernobyl niant une contamination de la France.» Dans la foulée, le biologiste Christian Velot affirmait sur le site Internet du Nouvel Observateur qu'«il est de notoriété publique que certains des experts de l'Afssa sont des partisans systématiques, et de longue date, des OGM.» Des propos qui auraient pu valoir «une plainte en diffamation», déplore Philippe Joudrier. Mais les procédures judiciaires, ce n'est pas notre cœur de métier, nous avons préféré réagir en publiant ce communiqué.»

C'est la première fois que des experts mandatés par des agences publiques en charge de l'évaluation des risques potentiels des OGM sur la santé et l'environnement montent ainsi au créneau pour répondre à leurs détracteurs.A ceux qui les accusent, à longueur d'interviews, d'entretenir des liens étroits avec les producteurs d'OGM, ils «rappellent publiquement leur engagement d'indépendance» vis-à-vis de «tout groupe d'intérêts en relation avec leur mission.»

«Depuis le temps que l'on nous reproche d'être à la solde de Monsanto, il serait temps que ceux qui nous traitent de corrompus en apportent la preuve. C'est du trucage de A à Z !» s'emporte le Professeur Louis-Marie Houdebine, expert OGM à l'Afssa et à l'Efsa. Quand j'entends Jean-Louis Borloo, déclarer, mardi, qu'il faut, «une vraie expertise pluridisciplanaire et indépendante» en Europe, je me dis qu'on marche sur la tête, que nos gouvernants sont prisonniers du deal qu'ils ont passé l'an dernier avec les écologistes lors du Grenelle de l'Environnement : l'apaisement sur le nucléaire contre un moratoire sur le maïs MON 810.»

Interrogée par le Figaro, la directrice de l'Afssa, Pascale Briand, nous a fait part de sa «forte préoccupation face aux attaques dont sont victimes ces scientifiques de haut niveau» dont elle comprend l'agacement. Selon elle, «la qualité de leur expertise pluridisciplinaire, collective et indépendante ne peut être mise en doute. C'est le cas sur les OGM comme sur tous les autres dossiers qui leur sont soumis.» Mme Briand s'étonne par ailleurs que «les médias ne mettent jamais en avant les avis négatifs formulés par l'Afssa sur les OGM qu'elle a étudiés. Or depuis

dix ans, cela s'est produit dans 55 % des cas.»

Dans leur communiqué, les 23 signataires notent eux aussi que «les avis émis par les comités d'experts scientifiques ne sont pas systématiquement favorables à tous les OGM» mais que «curieusement, les avis négatifs ne sont jamais objets de récriminations.»

Plus généralement, ils considèrent que «leurs conclusions ne doivent pas servir de prétextes à

des prises de positions basées, en réalité, sur des arguments économiques, sociologiques ou

politiques de quelque bord qu'ils soient.» Un vœu pieux ?