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UNIVERSITE GASTON BERGER


UFR DE SCIENCES JURIDIQUES ET POLITIQUES

DROIT CONSTITUTIONNEL ET
INSTITUTIONS POLITIQUES

1ère Année du 1er cycle


Cours du Professeur Babaly SALL

Textes, documents et exercices à l’usage des travaux dirigés


Réunis et élaborés par Madame Marième Sy TALL et
Messieurs Abdou Fatah NIANE et Lamine SAMB

ANNEE UNIVERSITAIRE 2004-2005


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REGLEMENT DES ETUDES ET DES EXAMENS

1. L’affectation d’un étudiant dans un groupe de travaux dirigés (T. D.)


est irrévocable, sauf autorisation accordée pour le Directeur de l’UFR,
dans des conditions exceptionnelles, sur proposition du chef de
section.1

2. La présence des étudiants aux séances de T. D est obligatoire. Nul ne


peut se présenter aux épreuves écrites terminales de juin-juillet ou
d’octobre s’il n’a satisfait à cette condition.

- Tout étudiant ayant totalisé quatre absences non justifiées ou


huit même justifiées, sur l’ensemble des séances de T. D de
l’année ne pourra se présenter aux épreuves terminales
écrites de juin-juillet et d’octobre.

- Sont admises comme pièces justificatives des absences


:

a) - dans le cas de maladie, un certificat médical adressé


au service pédagogique, dans les trois jours de la première
absence ;

b) - dans le cas d’absence pour d’autres motifs, une


pièce officielle envoyée au service pédagogique, dans un délai
d’une semaine.

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Livret de l’étudiant.
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PLAN DE COURS

DROIT CONSTITUTIONNEL ET INSTITUTIONS POLITIQUES

INTRODUCTION GENERALE

Section 1. - Les notions de base du Droit constitutionnel

§1. - La notion de droit


A. Définition et caractères
B. Droit et pouvoir

§2. - La notion de pouvoir politique


A. Le phénomène du pouvoir dans la sphère politique
B. L’évolution du phénomène

Section 2. - Le droit constitutionnel et les institutions politiques

§1. - Le droit constitutionnel ressortit au droit public


A. - Les origines de la notion de droit public
B. - La définition et les caractères du droit public
C. - Les autres branches du droit public

§2. - Le droit constitutionnel transcende le droit public


A. - La matière
B. - L’évolution
C. - L’objet de la matière

PREMIERE PARTIE

THEORIE GENERALE DU DROIT CONSTITUTIONNEL


ET DES INSTITUTIONS POLITIQUES

TITRE 1. - LES ELEMENTS FONDAMENTAUX DU DROIT CONSTITUTIONNEL :


L’ETAT ET SON POUVOIR

CHAPITRE 1. - LE PHÉNOMÈNE ÉTATIQUE : NOTION, ORIGINES ET FORMES

Section 1. - La notion d’Etat

§1. - L’approche sociologique


A. - Le territoire
B. - La population
C. - Le gouvernement
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§2. - L’approche juridique


A - La personnalité
B - La souveraineté
Section 2. - Les origines de l’Etat

§1. - Les théories du contrat


A - Exposé
B - Critiques

§2. - La théorie du conflit


A - Exposé
B - Critiques

§3. - La théorie de la fondation


A - Exposé
B - Critiques

Section 3. - Les formes de l’Etat


§1. L’Etat unitaire
A - La signification du principe d’unité
B - La mise en oeuvre du principe d’unité
1 - La déconcentration
2 - La décentralisation
3 - La régionalisation : L’Etat régional

§2. - Le fédéralisme
A - Les unions d’Etats
B - Les confédérations d’Etats
1 - La notion d’association
2 - L’intérêt de l’association

C - Les fédérations d’Etats

1 - Le principe d’autonomie
2 - Le principe de participation

CHAPITRE 2. - LE POUVOIR DE L’ETAT : JUSTIFICATION ET DÉVOLUTION

Section 1. - La justification du pouvoir

§1. - Les théories de la souveraineté


A - Les souverainetés de droit divin
B - La souveraineté nationale
C - La souveraineté populaire
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§2. - La mise en oeuvre des théories de la souveraineté

A - L’utopie et le réalisme
B - La synthèse ou l’amalgame des théories démocratiques
de la souveraineté

Section 2. - La dévolution du pouvoir

§1. - Le mode de dévolution normale du pouvoir : les élections

A- Le droit de suffrage
1 - L’étendue du droit de suffrage

2 - Les différentes modalités du droit de suffrage


B - Les modes de scrutin
1 - Présentation
a - Les scrutins majoritaires
b - Les scrutins proportionnels
c - Les scrutins mixtes

2 - Répercussions sur les modes de gouvernement

§2. - La dévolution exceptionnelle du pouvoir : les modes de transmission


violente du pouvoir

A- Les révolutions
1 - Causes explicatives
2 - Conséquences

B - Les coups d’Etats militaires


1 - Les causes
2 - Les conséquences institutionnelles de l’irruption des
militaires dans la sphère politique

CHAPITRE III. - L’EXERCICE DU POUVOIR DE L’ETAT : FONDEMENT


JURIDIQUES ET MANIFESTATIONS POLITIQUES

Section 1. - Le fondement juridique du pouvoir dans l’Etat :


La Constitution

§1. - La notion de constitution


A- Les constitutions matérielles et les constitutions formelles
B - Les constitutions souples et les constitutions rigides
C - Les constitutions écrites et les constitutions coutumières

§2. L’établissement et la révision des Constitutions


A - L’établissement des constitutions
B - La révision des constitutions
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Section 2. - Les manifestations politiques du pouvoir


§1. Les principales fonctions de l’Etat
A- La fonction législative
B - La fonction exécutive
C - La fonction juridictionnelle

§2. Les forces politiques


A- les partis politiques
1 - Notion
2 - Fonctions
B - Les groupes de pression
1 - La Notion
2 - Typologie

TITRE II - LES PRINCIPES DIRECTEURS DU DROIT CONSTITUTIONNEL

CHAPITRE 1. - LE PRINCIPE DE LA CONSTITUTIONNALITÉ DES NORMES

Section 1. - Le sens du principe de la constitutionnalité

§1. Le contrôle de constitutionnalité des lois et les controverses doctrinales


A - L’admission du principe
B - Le rejet du principe

§2. Les principes généraux du contrôle de constitutionnalité des lois

A- Les organes de contrôle

1 - Le contrôle assuré par un organe politique


2 - Le contrôle assuré par un organe juridictionnel

B - Les sources du contrôle : le bloc de constitutionnalité


C - Le champ du contrôle d’application
1 - Le contrôle obligatoire
2 - Le contrôle facultatif

D - La sanction attachée à la déclaration d’inconstitutionnalité

Section 2. - La portée du principe de constitutionnalité


§1. Les différentes techniques de contrôle et leurs conséquences
A- le contrôle par voie d’action
1 - Caractères fondamentaux
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2 - Autorités compétentes
3 - Procédure et délai du contrôle
4 - Organes compétents pour connaître du contrôle
5 - Effets de la décision du Juge constitutionnel
B - Le contrôle par voie d’exception
1 - Particularités de ce type de contrôle
2 - Effets

§2 - Les hypothèses d’échec des techniques de contrôle de constitutionnalité


A- Les causes de l’échec du contrôle de constitutionnalité des lois
1 - Les causes structurelles
2 - Les causes conjoncturelles

B - Les conséquences de l’échec du contrôle de constitutionnalité


Des lois
1 - La défiance politique
2 - La justification de la défiance politique

CHAPITRE II : LE PRINCIPE DE LA SÉPARATION DES POUVOIRS

Section 1. - Les origines et la signification du principe

§1. Les origines du principe


A- Les précurseurs de Montesquieu
B - Montesquieu et son oeuvre

§2. La signification du principe


A- Le sens classique du principe
B - Le sens classique contemporain du principe

Section 2. - La mise en oeuvre du principe

§1. La portée contemporaine du principe


A- Les différentes formes de séparation des pouvoirs
1 - La séparation des gouvernants
2 - La séparation des gouvernants et des juges

B - Les principales implications du principe


1 - La technique souple de séparations des pouvoirs
2 - La technique rigide de séparation des pouvoirs

§2. Les déviations dans la mise en oeuvre du principe


A - Confusion du pouvoir au profit de l’exécutif : le césarisme
B - Confusion du pouvoir au profit du législatif : le régime d’assemblée
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DEUXIEME PARTIE

PRINCIPAUX REGIMES DEMOCRATIQUES CONTEMPORAINS

CHAPITRE 1. - LE RÉGIME POLITIQUE BRITANNIQUE

Section 1. - L’organisation institutionnelle

§1. Le pouvoir exécutif


A- La couronne britannique
B - Le gouvernement ou cabinet britannique

§2. Le pouvoir législatif


A- La chambre des communautés
B - La chambre des lords

Section 2. Le fonctionnement du système britannique

§1. Les origines du bipartisme


§2. L’influence du bipartisme sur le fonctionnement du système

CHAPITRE II. - LE RÉGIME POLITIQUE FRANÇAIS

Section 1. - Aperçu historique


§1. - L’Ancien régime
A- Les fondements de l’Ancien régime
B - Les institutions de l’Ancien
C - La consolidation de l’apport révolutionnaire

§2. - La Révolution de 1789


A - Son sens
B - Son apport

§3. - La maturation du régime parlementaire

A- Les conditions de naissance du régime


B - Les éléments constitutifs du régime

Section 2. - L’organisation des pouvoirs publics en France

§1. - Le pouvoir exécutif


A- Le Président de la République
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B - Le premier ministre et le gouvernement

§2. Le pouvoir législatif


A- Le statut du parlement
B - Les fonctions parlementaires
1 - Le vote de la loi
2 - Le contrôle du gouvernement
Section 3. - Les rapports entre les pouvoirs publics en France

§1. La lecture présidentialiste du régime


A- La France sous de Gaulle
B - La France sous Mitterrand

§2. La lecture parlementariste du régime


A- Le sens de la cohabitation
B - Les conséquences de la cohabitation

CHAPITRE III. - LE RÉGIME POLITIQUE DES ETATS-UNIS D’AMÉRIQUE

Section 1. L’organisation du pouvoir

§1. - Le pouvoir exécutif


A- Le Président de la République
B - La main mise du Président sur l’exécutif

§2.- Le pouvoir législatif


A- La chambre des Représentants
B - Le Sénat

§3. - Le pouvoir judiciaire


A- La Cour Suprême
B - Les autres juridictions

Section 2. - Le fonctionnement du pouvoir

§1. - Les relations exécutif-législatif


A- En théorie, une séparation des pouvoirs
B - En pratique, une collaboration

§2. - Le couple président-congrès


A- Le parlementarisme de couloirs
B - L’arbitrage de la Cour Suprême

CHAPITRE IV. - LA DEMOCRATISATION A L’EST ET EN AFRIQUE

Section 1. - Le régime politique Russe

§1. L’organisation du pouvoir politique russe


§2. Le fonctionnement du pouvoir politique
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Section 2. - Les régimes politiques africains

§1. - L’importance de l’Exécutif


§2. - Déclin ou renaissance des parlements ?

CALENDRIER DES SEANCES DE TRAVAUX DIRIGES

I ère séance : Présentation générale de la matière et méthodologie, autre document


distribué : la nouvelle constitution du Sénégal ;

2ème séance : Réflexions sur le droit constitutionnel. La méthodologie du commentaire de


texte ;

3ème séance : L’Etat ;

4ème séance : L’Etat et la Nation ;

5ème séance : L’Etat unitaire ;

6 ème séance : L’Etat fédéral ;

7ème séance : Les théories de la souveraineté ;

8ème séance : Les systèmes électoraux ;

9 ème séance : La révision des Constitutions ;


ème
10 séance : Bilan du semestre et préparation du galop d’essai ; quelques
recommandations de travail - Méthodologie ;

11 ème séance : La procédure législative ;

12 ème séance : La séparation des pouvoirs ;

13 ème séance : Le régime parlementaire ;

14 ème séance : Le régime présidentiel ;

15 ème séance : Le contrôle de Constitutionnalité des lois ;

16 ème séance : La Vème République ;

17 ème séance : Bilan du semestre et préparation de la première session d’examen.


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INTRODUCTION GENERALE
Les mots qui composent la matière paraissent très familiers aux citoyens des Etats
démocratiques. L’explication se trouve dans l’importance de la notion de constitution dans les
Etats modernes. En effet la Constitution occupe une place fondamentale dans l’Etat
contemporain parce qu’elle en est effectivement la base. Il s’y ajoute que la notion revêt aussi
une dimension médiatique assez forte dans la mesure où tout ce qui se rapporte à la
constitution fait aujourd’hui l’objet d’une sollicitation intense par l’actualité.
Mais derrière cette impression première, il y a une réalité qu’il nous faut découvrir.
Pour ce faire, il y a lieu de revisiter un certain nombre de notions de base de la discipline.

SECTION I - LES NOTIONS DE BASE DU DROIT CONSTITUTIONNEL


Le droit constitutionnel est le droit de la Constitution. La Constitution est à la base de
l’Etat. Donc le droit constitutionnel est le droit de l’Etat. S’il y a deux notions qui symbolisent
le mieux l’Etat dans la réalité de tous les jours ; ce sont bien le droit et le pouvoir. Nous allons
les envisager tour à tour.

La notion de droit :
A - Sens et caractère du mot droit
Le mot droit renvoie, dans une approche générale, à un ensemble de règles juridiques
applicables à une structure sociale donnée. Mais cette approche générique de la notion ne rend
pas exactement compte de tous les sens qu’elle peut revêtir en fonction de la diversité des
situations à couvrir. Il en est ainsi par exemple de la situation où la personne dispose de la
possibilité d’agir d’une certaine manière ou de ne pas le faire. Cette situation recouvre une
faculté, un pouvoir que le droit (mode d’organisation sociale) reconnaît à la personne et qui
est appelée prérogative. Chaque société reconnaît à ses membres une pluralité de prérogatives,
c’est-à-dire des possibilités quasi infinies de réaliser leur volonté dans le cadre de leurs
rapports mutuels sous réserve de conformité au droit. L’ensemble de ces possibilités sont
désignées par le terme « droits subjectifs » ; ce sont des droits qui s’exercent sur des choses
où à l’encontre d’autres personnes. Le sens du mot droit ainsi décliné renvoie à la prérogative
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reconnu à un individu à l’encontre d’un autre individu. Mais la marque de ce premier type de
droit est la pluralité parce que non seulement il est conféré à tous les membres du groupe
social mais aussi il implique différentes possibilités d’être ou d’avoir au profit de ceux-ci. Il
s’agit donc ici de la première situation dans laquelle on peut envisager la notion de droit. Mais
il en est une autre où un autre type de comportement est en cause, celui à caractère général qui
serait exigible de toute personne dans une hypothèse donnée. C’est le second sens du mot
droit : celui que l’on appelle le droit objectif et qui nous retiendra dans le cadre de ce cours.

Le sens de ce mot est le même que celui qu’on a donné à prime abord avec la précision
qu’ici les règles s’appliquent sous l’autorité d’une institution collective. Il s’en suit une
définition plus précise du droit objectif, à savoir : un ensemble de règles qui ordonnent,
défendent ou imposent quelque chose sous l’autorité d’une institution commune, soit à tous
les membres du groupe soit à certains d’entre eux seulement, lorsqu’ils se trouvent dans une
situation particulière.

De cette définition se dégagent deux choses qui requièrent notre attention : la première
est l’obligation qui ressort des termes « ordonner, défendre et imposer », la seconde est
l’autorité qui découle des notions d’obligation, de contrainte et d’autorité. Celles-ci sont
inséparables du mot sanction qui est la première marque du droit.

La sanction est une institution juridique, un instrument du droit qui permet de


différencier les règles juridiques des autres règles sociales ; la morale et la religion ont
vocation aussi à régir les individus dans leur comportement. Contrairement à la sanction
religieuse ou morale, la sanction juridique n’est pas seulement hypothétique, virtuelle,
mythique ou intime elle est à la fois extérieure et sociale, donc collectivisée. Elle est donc
socialisée car elle relève d’une autorité spécialement revêtue du pouvoir d’intervenir pour la
faire appliquer à chaque fois que la prescription juridique n’a pas été respectée.

La création par les hommes d’institutions représentatives de leur volonté et dotées


d’un pouvoir de répression est une chose à la fois … et quasi naturelle. En effet, l’émergence
des règles juridiques munies de sanction est une conséquence logique de la détermination par
les communautés humaines d’un certain nombre d’objectifs à atteindre sous la conduite d’une
autorité collective. Il y a donc une relation étroite entre les notions de droit et de pouvoir.
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B - Droit et pouvoir
Si l’on reprend la définition précédente, on en déduit que le droit en soi n’a aucun
sens ou ne revêt aucune réalité s’il n’est pas fondé sur la notion de Pouvoir ; c’est d’ailleurs ce
qui apparaît dans la notion elle-même. En effet avoir le droit de faire quelque chose : c’est le
pouvoir d’accomplir cette chose conformément à sa volonté, c’est avoir la capacité de se
comporter d’une certaine manière. Ce pouvoir d’accomplir la chose ne sera effectif que si elle
n’est pas entravée par quelqu’un d’autre ou par quelque chose d’autre. Autrement dit la liberté
n’existe dans le groupe que si une institution puissante est capable d’en garantir la viabilité.
Cette institution puissante est représentée aujourd’hui sous la forme institutionnelle : c’est
l’Etat. L’étroitesse de la relation entre ces notions de droit, Pouvoir et Etat va produire
différents concepts aujourd’hui à la mode comme l’Etat de droit, le droit de l’Etat ou le
pouvoir du droit. Ce qu’on peut donc retenir c’est que l’Etat est à l’origine du droit parce que
c’est lui qui, soit le sécrète directement soit le reconnaît. Mais le pouvoir de l’Etat ne naît pas
ex nihilo ; il se fonde sur le groupe qu’il entend régir et dont il assure la direction ; toutes
raisons qui font qu’il est appelé pouvoir politique.

2 - La notion de pouvoir politique.


Cette notion est une composition de deux mots : pouvoir et politique que nous allons
envisager tour à tour.

a- La notion de pouvoir dans la sphère politique. Le mot pouvoir revêt plusieurs


sens dont un seul nous intéresse ici : c’est celui qui évoque soit l’emprise de quelqu’un sur
quelqu’un d’autre, soit l’emprise d’une chose sur une autre. Le lieu de réalisation par
excellence de la notion est le monde animal ou humain.

Dans la sphère animale, l’emprise est fondée sur la contrainte alors que dans la sphère
humaine, elle emporte parfois le consentement. C’est essentiellement cette deuxième sphère
qui recouvre notre champ d’intérêt parce que c’est en son sein que la notion de pouvoir
renvoie au phénomène d’autorité. Le phénomène du pouvoir dans la sphère humaine est
dominé par le couple commandant obéissance.
La meilleure illustration en est l’image du policier qui règle la circulation. Derrière ses
injonctions, il y a autre chose que la simple force répressive que sa fonction emporte : c’est
l’objectif ou l’idéal d’une vie en mouvement bien réglée qui réunit à la fois agents de
circulation et automobilistes.
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Cet idéal est conçu ou à tout le moins formalisé par le pouvoir politique. On peut
définir celui-ci comme étant l’institution représentative du groupe chargée de traduire en actes
la volonté de vie commune de ses membres. En d’autres termes, le pouvoir politique est un
ensemble d’individus ou d’institutions choisis et mis en place par la communauté pour donner
corps à la solidarité, par l’encadrement des activités et des hommes. Dans cette perspective,
l’institution est dotée du pouvoir de commandement qui est la faculté de poser les règles et de
se faire obéir en ayant recours, en cas de besoin à la contrainte. Dans les sociétés
contemporaines, le pouvoir politique prend le visage de l’Etat. C’est donc l’Etat qui
représente les sociétés humaines et qui est investi de l’autorité de décider ou d’agir en leur
nom. Toutefois, la confusion entre l’Etat et le Pouvoir n’est pas totale dans la mesure où l’Etat
bien qu’étant émanation du groupe peut parfois poursuivre d’autres objectifs et même entrer
en conflit avec le groupe. Voilà pourquoi, la notion de pouvoir très souvent confondu avec
celle de gouvernant ou de dirigeant, renverrait plutôt chez certains auteurs aux gouvernés
(pouvoir populaire). La réunion des deux notions : gouvernants et gouvernés donne le Pouvoir
National.

L’expression symbolise l’entité humaine qui se trouve à l’intérieur des limites


géographiques d’un Etat. Le pouvoir national renvoie donc au pouvoir politique appliqué à un
territoire donné. Cette notion a évolué dans le temps.

B - L’évolution du phénomène de pouvoir


Le phénomène de pouvoir revêt quand il s’exerce dans le cadre de l’Etat une
dimension politique. Le pouvoir ainsi qualifié revêt essentiellement trois caractères : il est
contraignant, parce que reposant sur la force qu’il fait intervenir en cas de besoin ; il est
global, dans la mesure où il régit toute la société ; il est enfin initial, étant à la base de
l’organisation sociale. Mais ce pouvoir politique n’a pas toujours revêtu les mêmes caractères,
pas plus qu’il n’eût pas la même nature tout le long de l’histoire des sociétés humaines. Ce
pouvoir a varié dans le temps et dans le sens d’un plus grand raffinement. A ce propos, les
anthropologues ont établi la typologie suivante : les hommes ont tout d’abord connu un
pouvoir diffus, ensuite un pouvoir individualisé et enfin le pouvoir institutionnalisé que l’on
retrouve dans les Etats modernes. S’agissant tout d’abord du pouvoir diffus ou anonyme, c’est
le type de pouvoir qui existe dans toutes les sociétés anti-étatiques de sociétés dites primitives
ou archaïques. On parle à ce propos de pouvoir diffus ou anonyme parce qu’il y a une
indifférenciation entre ceux qui gouvernent et ceux qui sont gouvernés ; autrement dit tout le
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monde obéit et commande à la fois. Le ressort de fonctionnement de ce type de société réside


pour l’essentiel dans les croyances et coutumes et la seule préoccupation de ses membres est
la survie. Mais ce type de rapports politiques se compliquent à mesure qu’augmentent et se
diversifient les besoins sociaux. D’où l’instauration d’un pouvoir plus raffiné.

- Le pouvoir individualisé
Il caractérise les sociétés féodales c’est-à-dire des structures correspondant à des
entités géographiques appelées seigneuries ou fiefs au sein desquelles s’établissent des
relations hiérarchisées entre des seigneurs (chefs religieux ou militaires) et des vassaux qui
représentent tout le reste de la population. Les seigneurs font eux-mêmes acte d’allégeance à
l’égard un roi à qui ils doivent obéissance et aide en échange de sa protection. Dans ce type
d’organisation sociale, le pouvoir politique est dit individualisé parce qu’il se confond avec la
personne de celui qui l’exerce. Le chef compte sur sa force, son prestige ou la crainte qu’il
inspire pour perpétuer son règne. Seulement ce type de pouvoir est par nature instable, fragile
dans la mesure où le jour où l’élément qui le structure disparaît, le chef lui-même tombe. Le
rapport politique disparaît avec le chef, c’est pourquoi les hommes vont imaginer un autre
type de rapports plus sereins. C’est l’avènement du pouvoir institutionnalisé.

- Le Pouvoir institutionnalisé
C’est le modèle de structuration par excellence des Etats modernes. Le vocable Etat
moderne, recouvre le type d’organisation politique qui apparaît à la fin du 15ème et au début du
16ème siècle et qui permet aux hommes de stabiliser leurs rapports sociaux. Derrière ce concept
il y a une réalité, c’est le processus qui a conduit à l’unification des anciennes seigneuries par
la création d’un certain nombre d’institutions royales (armée, administration fiscale…). Ce
qu’il faudrait retenir dans le cadre de ce processus d’avènement de l’Etat, c’est le mode
d’organisation de la transmission de pouvoir. On a institutionnalisé la façon d’accéder et de
demeurer au pouvoir. Le processus a commencé au sein même des familles régnantes dans la
mesure où la succession d’un chef n’était plus synonyme de période d’instabilité, de guerres
de rivalité.

Dans ce cas précis, on a parlé de pouvoir institutionnalisé pour signifier


l’établissement de règles claires et stables qui non seulement aménagent la procédure
d’accession au pouvoir mais aussi et surtout différencient celui qui exerce le pouvoir de celui
qui en est le détenteur originel. Le pouvoir appartient au peuple et celui qui gouverne n’en est
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investi que pour une période déterminée, et pour les besoins d’une cause précise. La
conséquence directe et immédiate de ce processus fera la stabilité dans la succession et dans la
gestion du pouvoir. Cette conséquence se reflète dans les écrits des historiens de la royauté
française par la mise en exergue de deux concepts : l’indisponibilité de la Couronne royale et
la continuité de son exercice. D’où le terme « le Roi est mort ! Vive le Roi ! Indisponibilité et
continuité deviennent deux caractéristiques majeures du pouvoir politique que la matière de
droit constitutionnel va recueillir et enrichir pour en faire le fondement des institutions
politiques modernes.

SECTION II - L’ETUDE DE DROIT CONSTITUTIONNEL.


L’enseignement du droit constitutionnel découle de l’apparition de règles stables et
claires pour la conquête et la gestion du pouvoir public. Le droit constitutionnel, comme tel
est inséparable de la notion de droit public. L’évocation de celles-ci renvoie nécessairement à
à une autre catégorie du droit, qu’on lui oppose trait pour trait. C’est le droit privé dont il ne
sera pas question dans ce cours. Il en est ainsi pour deux principales raisons :
………………………………………….
1 - c’est un droit qui postule l’égalité entre les protagonistes de la règle de droit ;
2 - c’est un droit qui sous-tend une relation fondée sur un accord de volontés libres.
Mais à la vérité, l’opposition entre droit public et droit privé n’est fondée que sur des
raisons pratiques et pédagogiques. C’est pourquoi au fur et à mesure que les sociétés évoluent
et se complexifient, la différenciation s’estompe. Il n’empêche qu’il faut toujours essayer
d’étudier le droit constitutionnel au regard de cette distinction principale (Droit-privé).
L’étude de notre matière révèle aujourd’hui que le droit constitutionnel appartient au droit
public, mais cependant dans bien des aspects, il le dépasse largement.

Parag. 1 - Le droit constitutionnel appartient au droit public.


Avant d’en arriver à la définition de ce droit, il est nécessaire de parler de ses origines.
A- Les origines de la notion de droit public.
On s’accorde dans la doctrine pour faire remonter l’apparition du droit public à
l’époque romaine notamment lorsque deux légistes Ulpien et Paul remplissaient auprès du roi
un rôle de consultance et de conseil juridique. Cette activité les amena pour des raisons
méthodologiques et pédagogiques à inventer un mode d’archivation des demandes qui leur
étaient soumises par le roi lui-même. Ils distinguèrent entre deux types de demandes, celle qui
se rapportaient à l’institution royale (elle-même) et les autres qui concernaient les sujets entre
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eux, dans leurs rapports mutuels. C’est de là qu’est née la distinction droit public et droit
privé.
B - Définition et caractères de la notion de droit public
La notion de droit public renvoie à cette partie du droit qui traite de tout ce qui est
relatif aux institutions publiques (du groupe) à la fois dans leurs rapports intrinsèques et avec
d’autres personnes (physiques ou morales). De cette définition emporte trois remarques qui
sont autant de marques distinctes de la notion de droit public :
1 – celle-ci ne recouvre en principe dans son acceptation que les seules personnes
publiques ;
2 - le droit public ne s’intéresse qu’aux choses qui touchent l’ensemble du groupe ; et
à elles seules en principe (la notion d’intérêt général)
3 - Dans la mesure où il se rapporte qu’à l’intérêt général, le droit public postulerait
nécessairement l’existence de rapports inégalitaires entre acteurs publics et acteurs privés. Le
droit public postulerait nécessairement l’existence de rapports inégalitaires entre acteurs
publics et acteurs privés. Le droit public tout an régissant les premiers cités leur confèrent en
même temps des « moyens exorbitants du droit commun » : exemples : la possibilité
d’imposer aux autres acteurs des décisions sans leur aval préalable.

C - D’autres branches du droit public


A côté du droit constitutionnel, on retrouve deux principales branches ou sous branches qui
ont vocation aussi, comme le droit constitutionnel, à régir certains aspects des activités
publiques : il s’agit du droit administratif et du droit financier.

• Le droit administratif recouvre l’ensemble des règles publiques qui régissent l’action
de l’administration. Celle-ci est définie comme étant l’ensemble des structures qui
sont mises au service du gouvernement pour exécuter ses décisions quotidiennes. Il y a
ensuite le droit financier (finances publiques) qui est l’ensemble des règles juridiques
qui se rapportent aux activités financières des collectivités publiques. Droit
constitutionnel, droit administratif et finances publiques constituent des sous-branches
du droit interne (ensemble des règles relatives aux activités de l’Etat à l’intérieur de
ses frontières). A ce droit interne, on oppose le droit international. Le droit
international se rapporte aux relations entre Etats ou entre Etats et Organisations
Internationales ou entre Organisations Internationales elles-mêmes. Cette subdivision
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du droit public en branches et sous branches est à la fois quelque chose de subtil et
relatif.

Parag. 2 - Le droit constitutionnel transcende le droit public


Un constant s’impose d’emblée : l’importance du droit constitutionnel est telle
aujourd’hui qu’il irrigue et vivifie le droit public qui l’a pourtant fondé. L’explication de cet
état de chose réside à la fois dans l’objet de la matière et dans son évolution en rapport avec
celle de la vie politique contemporaine.

A- La matière du droit constitutionnel


D’un point de vue sémantique, le droit constitutionnel se confond avec son objet,
c’est-à-dire la Constitution. La constitution représente l’ensemble des normes contenues ou
qui se rapportent au texte fondamental placé au sommet de la hiérarchie des règles juridiques
dans l’Etat et dont la modification intervient par une procédure spéciale. Le droit
constitutionnel a pour vocation d’étudier ces normes. Mais ainsi défini, le droit constitutionnel
suscite relativement à son rôle et à sa nature deux positions opposées. La première position
tendrait à voir dans le droit constitutionnel une activité d’interprétation et de systématisation
des normes constitutionnelles. On serait alors en présence d’une science : celle du droit
constitutionnel. A l’opposé de cette première position, il y a celle qui dit que le droit
constitutionnel renvoie à une simple activité de description des normes constitutionnelles. Le
droit constitutionnel équivaudrait alors à la dogmatique juridique, avec comme principal
fondement la neutralité. La seconde position a prévalu pendant longtemps parmi les auteurs et
les hommes politiques, mais elle est aujourd’hui totalement dépassée sous l’influence d’un
certain nombre de facteurs.

B - L’évolution du droit constitutionnel


L’insuffisance et la fragilité de la seconde position est apparue très tôt dans le milieu
des années 50, lorsqu’on s’est rendu compte que le cantonnement de la connaissance des
normes constitutionnelles à leur seule production, sans tenir compte des conditions de celle-ci,
représentait une vaine entreprise. Le droit constitutionnel est né vers 1834, lorsqu’une
ordonnance royale créa la faculté de droit à Paris, avec une Chaire de droit constitutionnel
conférée à un certain : Pelligrino Rossi. En effet, ce que l’expérience allait révéler c’est que
non seulement les règles atteignaient rarement leur but (structurer totalement le pouvoir) mais
19

aussi et surtout elles ignoraient les ressorts non apparents de ce pouvoir politique, à savoir les
hommes et les stratégies de pouvoir. Cette faille commence à être comblée seulement à partir
du moment où le droit constitutionnel se donne comme ambition d’étudier scientifiquement,
c’est-à-dire de façon rigoureuse et constante, l’organisation et le fonctionnement des
Institutions politiques de l’Etat.

Dès lors, il a pu englober dans un même mouvement à la fois les normes, la façon de
les produire et l’incidence de cette production sur les dirigeants et dans leurs rapports mutuels.
Dès lors le droit constitutionnel fait corps avec la science politique pour mériter l’appellation
de science sociale. Depuis lors le droit constitutionnel n’a plus perdu cette dimension qu’on
lui connaît aujourd’hui, même si la science politique s’en est détachée pour acquérir le titre de
discipline autonome.

Certes la rivalité entre les deux tend à se rétrécir pour confiner à l’aspect strictement
juridique des rapports politiques. Mais ce que le droit constitutionnel a tendance à perdre dans
ses rapports avec la science politique, il le récupère sur les autres disciplines du droit par le
canal de deux choses :
- la première est la recherche de la légitimation des comportements politiques dans les
normes constitutionnelles ;
- la seconde est l’activité débordante et le prestige nouveau dont bénéficie le Juge
constitutionnel.

En conclusion, nous dirons que plus qu’une simple référence à la Constitution, le droit
constitutionnel apparaît comme une discipline globalisant, seule apte à rendre compte des
multiples enjeux notamment politiques qui secouent les sociétés contemporaines ; d’où son
caractère central dans l’Etat moderne.
20

PREMIERE PARTIE :
THEORIE GENERALE DU DROIT CONSTITUTIONNEL

L’objet du droit constitutionnel est de rendre compte des fondements du jeu politique
ou de l’ordre politique. Mais pour atteindre cet objectif, il est nécessaire de commencer par
déblayer le terrain pour une tentative d’identification des notions de base. Cela nous mène à
évoquer dans un titre 1er les éléments fondamentaux du droit constitutionnel à savoir l’Etat et
son pouvoir.

TITRE I – LES ELEMENTS FONDAMENTAUX DU DROIT


CONSTITUTIONNEL : L’ETAT ET SON POUVOIR

L’Etat apparaît comme étant un cadre singulier d’établissement et de développement


des rapports humains. Et plus précisément, l’Etat est l’institution de représentation du groupe
ou de la société et en tant que telle il bénéficie de la POTESTAS (terme qui renvoie à la
puissance ou à la souveraineté) que l’on peut définir comme le pouvoir de décider et d’agir au
nom et pour le groupe. L’importance de ce qui est sous-entendu ici commande d’aller
successivement à la rencontre dans un premier temps du phénomène étatique lui-même et
dans un second temps du pouvoir dont il bénéficie et des modalités de son exercice.

CHAPITRE I – LE PHÉNOMÈNE ÉTATIQUE : NOTIONS, ORIGINE


ET FORMES

La singularité de l’institution étatique peut être établie à trois égards. En considération


de la notion d’Etat tout d’abord, par rapport aux origines de l’Etat ensuite, et eu égards aux
différentes formes que l’Etat peut emprunter enfin.

SECTION I - LA NOTION D’ETAT


Parag. 1 – L’approche sociologique
L’approche sociologique de l’Etat renvoie à la démarche qui vise à identifier à travers
un certain nombre d’éléments qui, à chaque fois qu’ils sont présents, permettent de dire que
l’Etat est constitué. C’est pourquoi d’ailleurs on les appelle les éléments constitutifs de l’Etat.
21

Il s’agit du territoire, de la population et du pouvoir politique. On peut définir l’Etat comme


étant un groupement humain, établi sur un espace géographique délimité, et soumis à une
seule autorité politique.
A – Le territoire
Le territoire est le lieu sur lequel s’établit une population. On peut dire aussi que c’est
le cadre de détermination géographique de l’Etat. Il est donc cette portion de terre qui sert à
délimiter géographiquement ce dernier. Sans territoire il ne saurait y avoir d’Etat. Le territoire
occupe une place primordiale dans la reconnaissance de l’Etat. Il est composé de trois
espaces : l’espace terrestre, maritime et aérien.

1 – L’espace terrestre
Il est déterminé par le tracé de frontières. Celles-ci peuvent être de deux types : les
frontières naturelles et celles artificielles. Les premières sont représentées par les montagnes
ou par le tracé des cours d’eau. S’agissant des montagnes, la ligne de partage entre les espaces
des différents Etats passe par le sommet de celles-ci. C’est ce que l’on appelle la ligne des
crêtes. S’agissant des cours d’eau, le tracé de la ligne frontalière passe par le milieu du cours
ou des cours. Ce type de tracé est appelé Thalweg. Quant aux secondes, (les frontières
artificielles), le tracé de la frontière se fait sur la base d’un accord de volonté entre les Etats
concernés ou avec eux et se faisant, l’on peut retenir qu’il n’y a aucune condition particulière
relative à la taille ou à la forme du territoire. En d’autres termes, il n’y a aucun chiffre requis
en la matière pour l’identification d’un Etat. De la même façon, s’agissant de la forme, aucune
exigence particulière n’est de mise pour la reconnaissance d’un Etat.

2 – L’espace maritime
La notion d’espace maritime est une notion relativement récente dans la mesure où,
pendant longtemps, la doctrine des Etats (position qui exprime une idée de l’Etat sur un
problème donné) était fondée sur le principe selon lequel la mer comme l’air ne saurait
constituer des territoires, car on ne pouvait être propriétaire de la mer ou de l’air. Mais au fur
et à mesure que les conquêtes territoriales se faisaient et que des conflits de plus en plus
nombreux en découlaient, il a fallu s’entendre sur la délimitation de ces espaces d’évolution
de la souveraineté. En ce qui concerne l’espace maritime, cela s’est fait par pallier : dans un
premier temps, on a admis que la souveraineté de l’Etat pouvait se déployer en partant de ses
côtes vers le large jusqu’à la portée d’un coup de canon : c’est ce qu’on appelle 3 miles
marins (1,6 km). Mais par la suite, cette distance a été portée à 12 miles et cela, depuis la
22

convention sur le droit de la mer de Montego Bay en Jamaïque en 1982. A côté de la mer
territoriale, on reconnaît à l’aide d’une zone d’exercice de droit économique de 200 miles
marins. Cette zone économique exclusive repose sur le plateau continental. Au-delà de ces
200 miles marins, c’est la haute mer qui est régie par le principe de la liberté à la fois de
navigation et d’exploitation.

3 – L’espace aérien
On peut le définir comme étant la zone qui surplombe le territoire de l’Etat, en-deça de
l’espace atmosphérique. Cet espace revêt pour l’Etat une grande importance pour des raisons
de sécurité et pour autant, il est tout aussi important sinon capital pour les Etats enclavés, de
pouvoir traverser l’espace aérien d’autres Etats, pour ne pas être coupés du monde, d’où de
nombreux et incessants conflits par le passé. C’est ce type de conflits que la convention de
Chicago de 1944 a entendu éviter depuis cette date. Cette convention réglemente le survol des
espaces aériens en distinguant entre les périodes de guerre et les périodes de paix. En période
de paix, le principe de liberté de survol est largement admis et consacré ; en période de guerre
cette liberté est restreinte.

B – La population
La population est l’élément fondamental au même titre que le territoire dans la
constitution de l’Etat ou d’un Etat. Sans sujets ou objets des normes de l’Etat, il ne saurait y
avoir d’Etat. Cet élément essentiel qu’est la population peut être définie comme étant l’entité
qui regroupe l’ensemble des individus qui se trouvent à l’intérieur des limites territoriales que
l’on retrouve sur le territoire de l’Etat. L’idée de composantes humaines renvoie à la
consistance de la population de l’Etat. Mais celle-ci n’est pas homogène du point de vue de sa
structuration.

1 – La structure de la population
Ce que l’on appelle la population de l’Etat se subdivise entre étrangers et nationaux.
Ces deux composantes se différencient autant du point de vue conceptuel que des statuts qui
leur sont conférés par le droit. En effet, ceux que l’on appelle les nationaux de l’Etat, ce sont
les individus qui en ont la nationalité, c’est-à-dire ceux qui sont unis à cet Etat par un lien à la
fois politique et juridique. S’agissant des étrangers, ce sont les personnes qui se trouvent dans
le territoire de l’Etat mais qui relèvent de la nationalité d’un autre Etat. Il y a lieu de
distinguer entre les étrangers ordinaires et les diplomates qui revêtent un statut particulier. Les
23

premiers sont redevables d’un certain nombre de droits et de devoirs à l’égard de l’Etat
d’accueil. Ils bénéficient notamment de ce que le droit unitaire appelle le « Standard
minimum », c’est-à-dire d’un minimum de droits qui sont mis à la charge de l’Etat d’accueil
vis à vis des étrangers. Mais globalement, ils sont soumis au droit commun du pays hôte.

En revanche les seconds c’est-à-dire les diplomates, bénéficient, compte tenu de leur
statut de représentants d’un autre pays, d’un certain nombre de textes notamment
internationaux (convention de Vienne). Ces textes prévoient notamment une immunité de
juridiction et un privilège d’exécution au profit de ces représentants diplomatiques.

2 – Le concept de nation
A – Définition et éléments constitutifs de la nation
Les auteurs s’entendent pour définir la nation comme étant un regroupement de tous
les individus qui ont avec l’Etat un lien politique que certains fondent sur des éléments divers.
Il y a donc une définition consensuelle de la nation. Cependant deux positions s’y ajoutent
quant aux éléments constitutifs de la nation.

La première soutient que ce sont des éléments d’ordre subjectif qui fondent le lien
avec l’Etat. Exemple : la position de Edmond Michelet qui a écrit au milieu du 19ème siècle un
ouvrage sur l’histoire de la France. Il décrit la nation comme étant une communauté
spirituelle. Autrement dit, pour Michelet, la nation apparaît comme une volonté de vivre
ensemble qui découle d’une communion d’esprit.

Pour d’autres auteurs ces éléments seraient plutôt d’ordre objectif (et c’est la deuxième
position). Parmi ces auteurs, on retrouve des italiens comme Mancini ou l’Allemand Fitchte
qui définit la nation comme étant une composition d’éléments liés à la race, à la langue, au
territoire c’est-à-dire à tout élément qui relève du déterminisme. De fait, ces deux positions
doctrinales reflètent des positions politiques nationales des Etats européens qui, tout au long
du 19ème siècle, se sont affrontés dans le cadre d’une expression de leur identité nationale. A
cet égard, on peut dire que l’Allemagne et l’Italie furent considérées comme les tenants de la
thèse objective de la nation tandis que la France était censée incarner la thèse subjective. La
thèse objective a abouti à une conception restrictive de la nation parce qu’elle est basée sur
l’idée selon laquelle la nation serait exclusivement fondée sur une conjonction d’éléments
……… la langue, la race, la religion, la culture. S’agissant de la thèse subjective, elle
24

débouche sur une conception extensive de la nation. C’est d’ailleurs elle qui va prévaloir
parce qu’elle fait appel au volontarisme et à la communion spirituelle pour fonder la nation.
C’est cette conception qui porte sur le commun vouloir de vie commune des membres du
groupe. En vérité, la perception que l’on a aujourd’hui de la nation serait plutôt mixte dans la
mesure où l’on associe toujours les éléments subjectifs aux éléments objectifs pour expliquer
le lien qui unit l’Etat à ses nationaux et cette position contemporaine est demeurée presque
invariable depuis la fameuse conférence que, Ernest Renan avait donnée à la Sorbonne en
1882 et à l’occasion de laquelle il définissait la nation comme étant un groupe humain dont
les individus se sentent unis les uns aux autres par des liens à la fois matériels et spirituels.
Cette position de Renan, si elle connaît une aussi grande postérité, c’est parce qu’elle recèle
un certain humanisme qui permet l’adaptation des positions nationales à l’évolution des idées
et des hommes : il s’agit aujourd’hui des grands flux migratoires.

B – Les rapports entre l’Etat et la Nation


Sur ce point précis, il y a deux thèses différentes qui s’affrontent, la thèse de la
coïncidence d’un côté et la thèse de la non-coïncidence de l’autre. S’agissant de la première
thèse, elle a longtemps prévalu dans les pays d’Europe Occidentale notamment en France ou
en Allemagne. L’idée qui la sous-tend est la suivante : l’existence d’une formation
sociologique antérieure qui, compte tenu de son individualité, doit déboucher sur la
constitution d’un Etat. Ici, l’Etat apparaît comme la consécration (juridique notamment) de
l’idée nationale. L’Etat a donné raison en France à la doctrine de la souveraineté nationale ou
principe de souveraineté nationale qui revêt une double portée du point de vue interne ou du
point de vue externe.

Au plan interne, cette thèse de la coïncidence entre l’Etat et la Nation a permis,


substituer notamment ; sous la révolution de 1789, de l’idée de collectivité humaine (nation
ou peuple) à celle de divinité comme fondement du pouvoir.

Au plan externe, la thèse a favorisé l’indépendance de communautés par rapport à


d’autres qui les englobaient. Cette interprétation est reflétée par deux principes que l’on
rencontre fréquemment dans le droit interne : ce sont d’abord les principes de nationalité et
ensuite le principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes qui se traduit dans les faits
par le droit à l’autodétermination. La thèse de la coïncidence postule un certain dialectique
dans les rapports Etat/Nation. Il en est ainsi parce qu’elle implique que chaque Nation doit
25

donner naissance à un Etat et que chaque Etat suppose nécessairement l’existence d’une
nation. C’est la théorie de l’Etat- nation. Mais cette théorie d’Etat-nation s’est révélée tout
autant fausse que dangereuse. Fausse, parce qu’elle ne s’est pas traduite dans les réalités,
dangereuse car elle a eu des conséquences graves sur l’humanité. C’est pourquoi elle a été
dominée par la thèse de la non-coïncidence. Cette dernière a été retrouvée bien après dans la
tradition anglo-saxonne. On la justifie par la nécessité de désolidariser l’Etat de la Nation en
se fondant sur deux arguments précis : le premier repose sur l’idée selon laquelle, en posant
l’identité sur l’Etat-nation on confond deux choses différentes : une réalité c’est-à-dire le
gouvernement et une idée c’est-à-dire la nation et le deuxième argument qui suppose ……. la
césure entre l’Etat et la Nation, ferait disparaître la cause des conflits entre Etats en
dépolitisant la question de la nationalité. Le triomphe de la thèse de la non-coïncidence serait
fondé sur la nécessité de pacifier les relations internes. C’est ce qui explique la création de
l’ONU à éclater.

Mais si on considère les autres continents comme l’Afrique par exemple, on peut dire
qu’il n’y a jamais eu de coïncidence entre l’Etat et la Nation. On serait plutôt en présence
d’une antériorité de l’Etat qui, du fait des circonstances particulières de sa formation (legs
colonial) n’a jamais pu déboucher sur une nation. En Afrique, on parle plutôt d’Etats
plurinationaux qui reflètent l’échec de nos dirigeants politiques qui, au moment des
indépendances, misaient sur la formation progressive de la nation africaine. Cet échec est
aujourd’hui reflété par des exemples de conflits qui découlent de l’existence d’un renouveau
national.

Finalement, on peut dire que le renouveau de l’idée ou du fait national ne constitue


pas pour autant une remise en cause de la thèse de la non-coïncidence. Il implique seulement
l’idée selon laquelle le concept de nation demeure une projection qui recouvre une meilleure
harmonie dans la vie en communauté. En attestent d’ailleurs aujourd’hui les grandes nations
qui sont à l’œuvre dans les regroupements inter-étatiques. On peut d’ailleurs se demander si
ces moments n’impliquent pas à terme la disparition des gouvernements.

C – Le gouvernement ou la puissance publique


On peut définir le gouvernement comme étant l’institution centrale qui, dans une
société, prend en charge la réalisation des objectifs définis. Son importance se mesure à la
discipline qu’il assure dans la vie du groupe, par l’exercice d’un commandement. Le
26

gouvernement joue un rôle primordial dans les sociétés contemporaines. Ceci apparaît
nettement à travers ses caractères et ses moyens.
1 – Les caractères du pouvoir politique
Le premier caractère du gouvernement c’est d’être un pouvoir public et neutre c’est-à-
dire exercé au profit de tous. Il n’y a pas d’exclusion dans la répartition de ses bienfaits (on ne
tient compte ni de la naissance, ni de l’appartenance politique). Le deuxième caractère du
gouvernement, c’est d’être un pouvoir civil et temporel. Cela signifie que la base de cette
organisation politique est la société elle-même ; et la préoccupation de ce pouvoir politique
tourne essentiellement autour de la vie matérielle du groupe. Le troisième caractère c’est que
le gouvernement est un pouvoir exclusif et irrésistible. Son exclusivité se rapporte à ses
ambitions par rapport au groupe et aussi à sa place dans la société. Quant à son irrésistibilité,
elle est relative à sa force contraignante. Dans sa fonction de représentant du groupe, il est
porteur des décisions à prendre au nom du groupe. A cette fin, le pouvoir politique dispose de
moyens particuliers.

2 – Les moyens du pouvoir politique


Le gouvernement est le siège d’un déploiement de forces de divers ordres. De ce point
de vue, on peut d’abord dire du pouvoir politique qu’il est une force de contrainte ou un
pouvoir de répression ou de coercition. Cela signifie que le pouvoir politique est un ensemble
de moyens physiques qui permettent de venir à bout d’une existence individuelle de la part
des membres du groupe. Seul le pouvoir politique a le monopole de la contrainte légale ou
légitime.

En second lieu, on peut dire que le pouvoir est une force de persuasion en ce que le
gouvernement est une institution qui suscite l’adhésion du groupe. En d’autres termes, eu
égard à sa mission d’intérêt général, l’institution emporte la reconnaissance ou le
consentement des membres du groupe.

Troisièmement, le pouvoir politique est un instrument d’allocation de ressources. En


effet, il est une institution de distribution ou des ressources nationales. En d’autres termes, la
mission du pouvoir politique est de rechercher et de trouver les moyens de survie du groupe.
L’ensemble de ces moyens font ainsi du pouvoir politique et de l’institution qui le porte à
savoir l’Etat, un instrument à triple dimensions : symbolique, rationnelle et institutionnelle.
Ainsi, on peut dire que l’Etat est une institution particulière au sens juridique du terme.
27

Parag.2 – L’approche juridique de l’Etat


L’Etat n’est pas seulement une chose matérielle c’est-à-dire un territoire, une
population et un gouvernement, mais aussi il est un phénomène intellectuel à nul autre pareil.
Cette idée est bien synthétisée par Raymond Carré de Malberg qui disait de l’Etat que c’est un
être de droit en qui se résume la collectivité nationale. Il faut cependant aller plus loin pour
essayer de donner une idée plus précise de l’Etat par l’identification par exemple d’un certain
nombre de caractères qui lui seraient propres. Mais ces derniers découlent d’une certaine
définition de l’Etat.

A – Définition de l’Etat
L’Etat est une institution qui conçoit le droit pour le mettre en œuvre au nom et au
profit de la société toute entière. En ce sens, il constitue l’unité organisationnelle et
intellectuelle du pouvoir du groupe. En d’autres termes, ce que l’on appelle Etat se confond
avec le statut juridique de la direction politique du groupe. C’est dans cette perspective que
Léon Duguit et Maurice Hauriou assimilaient respectivement l’Etat aux gouvernants et à
l’idée d’entreprise publique. Mais dire que l’Etat est à la fois créateur de droit et droit lui-
même c’est-à-dire statut juridique, c’est reconnaître qu’il entretient avec le droit des relations
équivoques. Et cette ambivalence des rapports entre l’Etat et le droit a suscité de nombreuses
positions doctrinales ou différents courants de pensée. On en évoque généralement trois (03) :
d’abord l’école qui soutient que l’Etat ne crée pas le droit. Selon les tenants de cette pensée,
le droit s’impose à l’Etat. Cette école de pensée comporte 3 variantes doctrinales : la première
est appelée la théorie du droit spontané, la deuxième variante c’est la théorie du droit
naturel et la troisième, la théorie du droit objectif.
La deuxième école de pensée, l’Etat et le droit se confondent. Ici, nous avons deux
variantes doctrinales : la première c’est la théorie de la pyramide normative (selon Hans
Kelsen qui conçoit l’Etat selon un être agent de normes) et la deuxième correspond à la
théorie marxiste du droit qui appréhende celui-ci comme étant le reflet de la domination des
bourgeois sur les prolétaire.
La troisième école de pensée est celle qui soutient que l’Etat crée le droit. Ce courant
de pensée est appelé aussi l’école du droit positif. Il repose sur le postulat que le droit n’est
envisageable que dans et avec l’Etat. Cette école comprend deux variantes : le positivisme
28

sociologique (le droit provient du peuple) et le positivisme étatique (l’Etat a une grande
maîtrise dans l’élaboration du droit).

B – Les caractères de l’Etat


Deux caractéristiques fondamentales fondent la spécificité de l’Etat : c’est tout
d’abord sa personnalité et ensuite sa souveraineté.

1°/- L’Etat est une personne (au sens du droit)


De nombreux auteurs ont eu recours à différentes formules pour essayer de saisir
l’Etat dans ses rapports avec le groupe. C’est d’abord Jean Jacques Rousseau qui a dit de
l’Etat qu’il représente la somme des intérêts individuels (théorie du contrat social). C’est aussi
Charles Eisenmann qui assimile l’Etat à la personnification juridique de la nation. C’est enfin
Raymond Carré de Malberg pour qui l’Etat est un être de droit en qui se résume la collectivité
nationale.

De ces différents propos émerge une seule idée qui fait de l’Etat un être à part, une
entité douée de vie et son existence sera consacrée par le droit avec la reconnaissance de statut
juridique d’où le concept de personnalité morale que l’on accorde à l’Etat et duquel découle
un certain nombre de conséquences ou caractéristiques majeures.

La première caractéristique, c’est la permanence et la continuité de l’institution. Celle-


ci est permanente parce que l’Etat, en tant que symbole de la volonté du groupe à vivre en
commun, a vocation à l’éternité. Mais l’Etat est aussi une institution continue car l’institution
étatique est un cadre investi par des organes, par des hommes donc pour servir de relais entre
deux moments ou deux phases de son existence.

La deuxième caractéristique de l’Etat, c’est qu’il dispose d’un patrimoine qui est une
universalité de grande maîtrise dans l’élaboration du droit. La personnalité juridique en droit
est un centre d’intérêt juridiquement protégé. Donc l’Etat a la possibilité de s’exprimer dans la
continuité et la permanence. Le patrimoine, c’est l’existence d’un certain nombre de moyens
qui permettront à l’institution d’exister. L’on distingue deux sortes de souveraineté : la
souveraineté interne qui, l’Etat est l’institution la plus importante dans une société et la
souveraineté externe (calque souvent l’importance de l’Etat, il est considéré sur le même pied
d’égalité d’un autre Etat.
29

Dire que l’Etat a un patrimoine va signifier deux choses essentielles : la première c’est
que les biens de l’Etat ne doivent pas être confondus avec ceux des gouvernants. La seconde,
c’est que ce sont des biens qui lui permettent de vivre et de faire face à ses propres
responsabilités. La notion de personnalité de l’Etat a fait l’objet de critiques dont la plus
importante a consisté à dire que la personnalité de l’Etat est une fiction parce qu’on ne peut
dire de l’Etat que c’est ‘un être doué de vie car il n’existe que des émanations de l’Etat.

2 – La souveraineté de l’Etat.
Pour comprendre l’importance de la souveraineté dans la vie de l’Etat, il faut remonter
aux combats des légistes qui, dans les temps d’émergence et d’affirmation de l’Etat, voulaient
libérer les rois de la triple tutelle qui pesait sur eux et qui émanait de l’Eglise, de la féodalité
et de l’empire romano-germanique. Tutelle que les légistes symbolisaient par l’adage suivant :
«Omni potestas nissi a deo » (il n y a de point de pouvoir qui ne vienne de Dieu). Le pouvoir
de décider et d’agir découlait alors de ce pouvoir divin.

Mais après la révolution de 1789, c’est le peuple qui devient le dépositaire de ce


pouvoir. Cette notion de souveraineté revêt un double sens en tant qu’elle se rapporte soit au
fondement du pouvoir c’est-à-dire à la souveraineté dans l’Etat soit au statut du pouvoir de
l’Etat : c’est ce que l’on appelle la souveraineté de l’Etat.

Dire que l’Etat est une entité souveraine, signifie qu’il n’est subordonné à aucune autre
institution. Cela renvoie à une chose simple et immédiate : l’Etat définit lui-même ses règles
d’organisation et de compétence : « l’Etat a la compétence de ses compétences » comme le dit
Laband. Cette signification revêt deux aspects : un aspect interne et un autre externe.

Au plan interne, il y a lieu d’évoquer la plénitude et l’exclusivité des compétences de


l’Etat, cela veut dire qu’à l’intérieur de sa sphère nationale, la liberté de l’Etat est totale (mais
en droit, la notion de liberté totale est relative). En ce sens, l’Etat a des attributions qu’il
exerce seul sans se référer à d’autres pouvoirs. Ces attributions impliquent en principe tout ce
qui est nécessaire à l’accomplissement de sa mission. En somme, on note une concentration
des pouvoirs qui renvoie elle-même, à la possibilité pour l’Etat d’édicter ses règles de droit
dont il va fixer les conditions de mise en œuvre et garantir dans le respect au besoin par la
force. Cette concentration des pouvoirs au profit de l’Etat implique un pouvoir qui soit à la
fois absolu, initial, exclusif et suprême.
30

La non-subordination de l’Etat au plan externe renvoie à un principe d’égalité


souveraine. Elle postule l’existence d’un pouvoir suprême et indépendant sur la scène
internationale. Cette notion de souveraineté a été magnifiée par Jean Bodin qui l’a systématisé
théoriquement dans son ouvrage intitulé : « De la République ». Mais cette suprématie et
cette indépendance de l’Etat revêtent une signification précise et un certain nombre
d’implications.

En premier lieu, l’indépendance postule la liberté et la capacité de l’Etat à conduire les


relations internationales de la communauté qu’il représente, avec d’autres collectivités.

En second lieu, cette non subordination postule l’égalité des Etats dans cet ordre
juridique. En troisième lieu, la liberté implique néanmoins un devoir de coopération qui est
seul à même de réaliser l’équilibre nécessaire dans la confrontation ou l’articulation entre de
nombreuses souveraineté, d’où l’importance des accords et traités internationaux. Le droit
international que ces accords internationaux véhiculent, peut donc limiter la souveraineté de
l’Etat. Mais il ne s’agit pas toujours une simple qui plus est résulté de la volonté de ces
mêmes Etats. Dès lors le droit international constitue parfois une entrave à l’indépendance et à
l’existence même de l’Etat en tant qu’institution représentative des groupements sociaux.
C’est donc …... lui qu’il faudrait agir pour préserver les idéaux de paix et de justice
internationales.

SECTION II – LES ORIGINES DE L’ETAT


Les écrits sur les origines de l’Etat constituent le plus souvent une sorte de réponse
globale à deux types de question :
1 – D’où vient l’Etat ?
2 – De quoi procède-t-il ?.
Les réponses à ces questions revêtent une certaine importance dans la mesure où elles
sou-tendent des positions idéologiques des Etats sur le problème de leurs rapports avec les
citoyens. Aujourd’hui, toutes ces réponses s’articulent autour d’un dénominateur commun qui
est la nécessité d’inscrire le fondement sociopolitique de l’Etat dans un acte positif, c’est-à-
dire qu’on s’intéresse sur ce qui fonde l’Etat. Donc ici, il importe de préciser que l’Etat repose
sur un acte qui est le / un produit des hommes. Deux types de réponse que peuvent être
31

envisagée dans ce cas. La première consiste à dire que l’Etat procède d’un fait naturel : c’est
la théorie de l’émergence naturelle de l’Etat et la deuxième consiste à dire que l’Etat est le
fruit d’un contrat entre les individus : c’est la fameuse théorie du contrat social.

Parag. 1 – Les théories de l’émergence naturelle


L’idée de base ici, est que l’Etat est le résultat d’un processus naturel qui s’inscrit dans
le cadre de l’évolution de l’espèce humaine. En guise d’illustration, on peut choisir deux
écoles : l’école du marxisme-léninisme et celle de la fondation.

A – L’école marxiste-léniniste ou la thèse du conflit


Le marxisme-léninisme soutient que l’apparition de l’Etat est dans l’ordre normal des
choses parce que celui-ci représente l’instrument de domination d’un groupe d’individus sur
une autre ou d’une classe sociale sur un autre. Autrement dit, l’Etat serait le résultat d’un
processus historique qui reflète l’état des rapports de forces sociales différentes à un moment
donné de l’histoire. Cette conception de l’origine de l’Etat peut être rapprochée à une autre
théorie qui apparaît dans les écrits de Léon Duguit dont le fondement réside dans la
distinction entre gouvernants et gouvernés. Dans cette théorie duguiste de l’Etat, celui-ci est
appréhendé comme étant une puissance de contrainte irréductible dans le groupe que l’on
place entre les mains des gouvernants (pour le bien de tous). L’école de la fondation se
décline autrement.

B – La conception de l’école de la fondation


A chaque fois qu’on évoque la théorie de la fondation, on pense à Maurice Hauriou
qui a enseigné dans la première moitié du 20ème siècle à l’Université de Toulouse. L’idée
majeure de cette théorie consiste à dire que l’Etat repose en grande partie sur la coutume. La
coutume pour Hauriou, c’est la conjonction d’un certain nombre d’éléments qui conduisent à
l’émergence d’une institution sociale commune à plusieurs hommes. Ainsi, pour lui, l’Etat est
une institution fondée sur l’accord coutumier. La fondation selon Hauriou est un processus
articulé autour de deux éléments précis que sont un gouvernement organisé ou en voie de
l’être qui assure la direction du groupe et une comite permanente nationale désireuse de se
réaliser sous la forme d’un Etat. Selon Hauriou, la construction de l’Etat s’articule
historiquement autour d’une succession d’événements comme la constitution d’une
communauté nationale qui conduit à la création d’un gouvernement central et à l’entreprise
d’une chose publique. Cette chose publique c’est l’existence de l’Etat, c’est aussi un ensemble
32

de moyens affectés à cette entreprise. Cependant, une partir de la doctrine s’accorde sur le fait
que l’origine de l’Etat est à chercher dans les contrats.

Parag. 2 – Les théories du contrat


L’idée de base, c’est le contrat social qui est un pacte autour duquel des hommes se
sont unis, en confiant leur sort à une seule autorité commune. Mais la nature, la consistance
comme la portée de ce pacte différent selon les auteurs. Précisément, on note trois type de
contrat ou de pacte : il y a le contrat civil, le contrat politique et le contrat social.

- Le contrat civil
Il lie les individus entre eux à l’effet de constituer une société politique. Cette idée de
contrat civil a été exposée pour la première fois par Thomas Hobbes. On en trouve des
développements substantiels dans son ouvrage, le Léviathan, qui date de 1651. Les termes du
contrat civil sont les suivants : il y a une renonciation totale de la part des individus à leur
liberté, au profit d’une autorité sociale communément reconnue qui, en retour, assure
protection de bonheur. La portée de ce pacte civil, selon Hobbes, c’est ce que l’on appelle
aujourd’hui le totalitarisme c’est-à-dire l’émergence d’un mode de gouvernement tyrannique.
La thèse de Thomas Hobbes de la société politique va séduire jusqu’à faire des émules
(disciples). Parmi ceux-ci, on peut citer John Locke qui va s’employer à polir les excès de la
thèse « du Maître ». Il va le faire dans le cadre d’une nouvelle théorie, celle du contrat
politique.

- Le contrat politique
Cette thèse se trouve exposée dans son ouvrage : Essai sur le gouvernement civil qui
date de 1960. John Locke va partir de l’enseignement de Hobbes relatif à l’existence d’un
accord des membres du groupement autour de la constitution d’un organe politique qui sera
chargé de les représenter. C’est précisément cette fonction de représentation politique qui fait
la puissance de l’autorité centrale commune (le gouvernement). Toutefois, ce caractère
n’implique nullement, comme dans la thèse de Hobbes, l’absence d’une alternative à
l’obéissance pour les citoyens. En effet, John Locke va envisager la possibilité pour ces
citoyens de se retrouver contre le pouvoir si celui-ci devenait tyrannique (c’est la raison pour
laquelle on considère John Locke comme étant le père du libéralisme).
33

La portée de ce contrat, c’est l’implication de la possibilité de contrôle politique du


pouvoir. C’est ce qui va donner naissance au libéralisme politique. Mais, de toutes les thèses
du contrat, celle de Jean Jacques Rousseau apparaît comme la mieux élaborée et la plus
approfondie parce qu’il va s’employer à construire une base théorique beaucoup plus large et
plus affinée à la société politique.

- Le contrat social
Cette notion se trouve exposée dans l’œuvre de J. J. Rousseau intitulées : Du contrat
social ou principe de droit politique (1762). Le postulat de base, c’est que la vie en société
résulte d’un accord de volonté entre des individus qui, auparavant, vivaient dans une situation
de totale anarchie qu’il appelle l’état de nature. Mais pour Rousseau, il s’agit tout simplement
d’une hypothèse de travail (hypothèse d’école) de laquelle il est parti pour élaborer sa théorie
sur le gouvernement des hommes et des choses. Cette thèse du contrat social postule la
rencontre entre plusieurs citoyens, lesquels seraient porteurs, chacun, d’une liberté qui serait
différente de celle de toutes les autres libertés et cette liberté ne saurait être fondue dans une
autre. Cette thèse sur le fondement contractuel de la société politique, va connaître une grande
postérité car elle va permettre l’éclosion de l’idée de liberté dans les rapports entre l’Etat et le
peuple.

L’origine de l’Etat était objectivée, il importe maintenant d’étudier les formes de


l’Etat.

SECTION III – LES FORMES DE L’ETAT


On appelle forme de l’Etat, le modèle d’organisation sur lequel il repose, de façon à
répondre aux attentes qu’il suscite dans les rapports avec les citoyens. Ce modèle va varier en
fonction des préoccupations de l’Etat ou des gouvernants du moment. En la matière, on
évolue de la forme la plus simple à la forme composée. La forme simple donne lieu à l’Etat
unitaire et la forme composée à l’Etat composé.

Parag.1 – L’Etat unitaire


Actuellement, l’Etat unitaire est la forme la plus répandue, notamment sur notre
continent. Dans le cadre de l’Etat unitaire il y a une articulation du pouvoir politique autour
des principes d’unité et de centralisation. Mais ce pouvoir politique va connaître pour sa mise
en œuvre, des variantes qui tendraient à assouplir le degré d’unité et de centralisation.
34

S’agissant tout d’abord du principe d’unité, on lui connaît une signification et plusieurs
justifications possibles.

A – Le principe de l’unité
1 – Signification du principe d’unité
Le principe d’unité de l’Etat renvoie à la notion de centralité de la production et de la
diffusion de la décision politique. En conséquence, l’Etat unitaire, c’est l’Etat centralisé au
sein duquel règne un seul pouvoir politique qui se situe au centre et chargé de produire et de
diffuser la volonté de l’Etat vers la périphérie. Cette notion d’unicité du pouvoir politique
emporte des conséquences précises du point de vue de l’organisation et du fonctionnement
des institutions publiques. En effet, dans cette perspective, il n’existe qu’un seul parlement,
qu’un seul gouvernement, qu’une seule organisation judiciaire du territoire. Ici pour
l’ensemble, on ne reconnaît pas les spécificités locales. En somme l’Etat unitaire, c’est l’Etat
au sein duquel la mise en œuvre du pouvoir politique obéit à une relation univoque entre un
centre (initiateur des décisions) et une périphérie (réceptacle des décisions).

2 – Justification du principe d’unicité


Il y a diverses justifications. Cependant, on peut en dresser un catalogue qui serait
fondé sur l’histoire des communautés politiques, plus particulièrement celle de la société
française. D’un point de vue historique, la centralisation de l’Etat monarchique a coïncidé
avec la période où le pouvoir royal cherchait à asseoir son autorité à l’égard d’un certain
nombre d’institutions concurrentes comme les seigneurs locaux ou les féodalités locales.
L’héritage de cette centralisation sera entretenue et raffermie par les successeurs du pouvoir
royal c’est-à-dire les révolutionnaires, pour des raisons liées à des principes de cohésion
nationale, de solidarité et de générosité entre les différents membres. Aujourd’hui, le principe
d’unité se justifie essentiellement par l’efficacité et la sécurité qu’il est censé procurer dans la
production et l’exécution de la décision politique.

A raison ou à tort, on pense aujourd’hui que le notion de république se déploie mieux


dans le cadre de l’Etat unitaire que dans le cadre de l’Etat composé. Mais la question que l’on
continue de se poser c’est de savoir si le rendement politique est réellement plus élevé dans
une situation de centralisation du pouvoir. Dans l’optique de donner une réponse plus ou
moins précise, il faudrait étudier le déploiement de ce principe d’unité.
35

B – La mise en œuvre du principe d’unité


L’assouplissement de la mise en œuvre du principe d’unité va donner lieu à deux
formes d’aménagement technique du pouvoir : la déconcentration et la décentralisation.

1 – La déconcentration
C’est la forme d’aménagement typique de la centralisation. Elle conduit à la création
de relais territoriaux par le déploiement de l’action publique. C’est la définition habituelle de
la déconcentration. Il s’agit d’une technique consistant à placer des agents publics à différents
niveaux du territoire, en leur conférant un pouvoir de décision qui reste néanmoins
subordonné au pouvoir central. De cette définition se dégagent trois éléments qu’on peut
considérer comme étant constitutifs de la déconcentration ou du pouvoir déconcentré.

- L’existence d’agents locaux du pouvoir central


- La dotation d’un pouvoir de décision à ces agents.
Un pouvoir de décision subordonnée au pouvoir central. C’est un pouvoir hiérarchique
lequel implique la possibilité à une personne de donner des ordres et le devoir pour une autre d’y
obéir. Cette technique de gestion est exclusivement tournée vers la satisfaction des besoins de
l’administration. Il s’agit précisément de l’efficacité de l’action administrative. Autrement dit, la
technique permet certes de désengorger le pouvoir central mais elle ne résout nullement le
problème du nécessaire pris en compte de l’avis des destinataires de la décision publique. C’est
pourquoi dans la plupart des Etats, la déconcentration est associée à la décentralisation, comme
c’est le cas au Sénégal. Du reste, elles sont toutes deux des types–idéaux et dans la pratique l’on
ne rencontre pratiquement que des situations intermédiaires, mais à présent précisons le contenu
de la décentralisation.

2 – La décentralisation
Cette technique suppose l’institutionnalisation d’un certain nombre d’entités ou de
groupements fonctionnels au profit desquels est reconnu un pouvoir de gestion sur lequel ne
pèse qu’un simple contrôle. Ce système de gestion participe de la philosophique
démocratique, de la répartition du pouvoir dans l’Etat. En effet, le pouvoir de décision est
confié aux intéressés eux-mêmes par la conception et la mise en œuvre du bien public. C’est
pourquoi, on distingue d’une part la décentralisation fonctionnelle qui suppose la création
d’établissements publics tels que les hôpitaux, les Universités etc.… et d’autre part la
décentralisation locale ou territoriale (collectivités locales) qui signifie la création par l’Etat
36

de collectivités locales en leur conférant une autonomie de gestion de leurs propres affaires.
Toutefois, cette autonomie de gestion va de pair avec le contrôle de l’Etat qu’on nomme
contrôle de tutelle. Formellement, on peut identifier quatre éléments qui sont constitutifs de
la décentralisation :
1. L’existence d’une personnalité juridique propre, différente de celle de l’Etat.
2. Cette personnalité juridique repose sur des affaires propres à la collectivité. En
d’autres termes, on peut, dans le cadre de cette collectivité, identifier un intérêt
local différent de l’intérêt national.
3. La prise en charge de la réalisation de cet intérêt local grâce à la mise en place
d’organes propres (C’est le contrôle de tutelle).

Mais la satisfaction de cet intérêt doit passer par le maintien d’un droit de regard du
pouvoir central.
4. . Cette technique de gestion administrative revêt une certaine dimension
politique dans la mesure où une importante liberté de manœuvre est reconnue à
la collectivité locale. Cette liberté politique relative est fondée sur le souci de
satisfaire l’exigence de la diversité que constitue le moteur de toute société.

Cependant, dans les faits, il est toujours apparu que la participation effective des
intéressés à la gestion de leurs propres affaires est insuffisante. Les raisons en sont diverses et
variées. Il serait trop long de les énumérer et il suffit de s’arrêter sur deux constats qui
pourraient résumer toutes les autres insuffisances. En effet, une des limites des systèmes de
décentralisation, c’est la faiblesse des moyens financiers de toutes collectivités locales.
Egalement la lourdeur du contrôle de tutelle que le pouvoir central exerce généralement ; mais
pas exclusivement sur les actes des collectivités décentralisées fragilise le dit système. On
peut mesurer le poids de ces deux insuffisances dans le cas de l’expérience sénégalaise. Celle-
ci est chapelet bâtie sur trois niveaux : le niveau régional qui repose sur le chapelet de lois
prises le 22 mars 1996 portant code des collectivités locales (loi 96-06 du 22 mars 1996), le
niveau communal qui repose sur le code de l’administration communale (loi du 30 juin 1966)
et au niveau rural qui découle de la loi du 17 juin 1964 dite loi sur le domaine national.
Chacun de ces niveaux est géré par un organe délibérant (qui prend des décisions) et un
organe exécutif (chargé de les exécuter).
37

C’est peut-être l’insuffisance des systèmes de décentralisation qui pousse aujourd’hui


dans plusieurs Etats à élargir le champ de la décentralisation à la région. Cet élargissement est
devenu un phénomène à la mode en Afrique notamment, mais qui reste malgré tout sur ce
plan, très en retrait par rapport à l’Europe ; laquelle connaît des expériences qu’on peut
qualifier d’anciennes et très diversifiées, citons simplement un exemple de régionalisation ou
de décentralisation poussée : l’Italie. En Italie c’est la constitution du 27 octobre 1947 qui
fonde l’adhésion à la philosophie de l’autonomie locale et de la protection des minorités
géographiques et culturelles. Cela se traduit notamment par l’aménagement d’un titre entier
consacré à la mise en place de régions, de provinces et de communes, chacune de ces entités
étant dotée d’un exécutif et d’un législatif locaux. Cette forme de miniaturisation est surtout
remarquable dans le cadre des régions autonomes (--« des mini Etats). Ce sont des régions de
taille plus ou moins vastes qui ont donné naissance à l’Etat régional.

L’Etat régional est un système d’organisation de l’Etat unitaire au sein duquel les
collectivités territoriales disposent d’une autonomie réelle organisée, garantie par les textes
fondamentaux (la constitution nationale par exemple) comme c’est le cas en Espagne et en
Italie. On ne peut escompter donc une réelle prise en compte des spécificités locales ou une
vraie participation à la base, dans le cadre de l’Etat unitaire simple. C’est pourquoi d’ailleurs,
la formule de l’Etat régional bien qu’elle soit très limitée, connaît un grand succès. Pourtant,
ces dernières années ont vu les Etats régionaux connaître à des revendications régionalistes
tellement fortes qu’elles ont été relayées par les forces politiques. C’est dire que ce système
l’Etat régional comporte des limites qui sont inhérentes à la technique de la décentralisation
elle-même. En effet, la décentralisation, si approfondie soit-elle, reste une simple variante du
principe unitaire qu’il est nécessaire de remettre en cause à chaque fois qu’il y a de fortes
tensions entre les communautés qui composent l’Etat. Cela a été le cas de la Belgique qui, en
1992 –93, est passée d’un Etat unitaire à la qualité d’Etat composé.

Parag. 2 – Les Etats composés


L’expression « Etats composés » est choisie pour rendre compte des nombreuses
situations où deux ou plusieurs Etats sont regroupés pour réaliser une certaine unité politique.
Cependant, celle-ci, peut se manifester diversement par la soumission de leurs populations et
territoires respectifs, soit à un seul, soit à plusieurs pouvoirs politiques. Cette diversité de
formes d’association se traduit aujourd’hui par l’existence de deux types d’Etats composés : il
s’agit d’une part de la confédération d’Etats et d’autre part de la fédération d’Etats.
38

A – La confédération d’Etats
On appelle confédération d’Etats, une association d’Etats, qui, pour fortifier leurs
relations, créent sur la base d’un accord international, des organes communs auxquels ils
confient certaines de leurs compétences. Elle est fondée sur le désir de se prémunir quelque
part de quelque chose.

De cette définition, se dégagent plusieurs éléments qui font la spécificité de la


confédération d’Etats :
- Il s’agit d’une association d’Etats. Celle-ci renvoie à une rencontre entre entités
pourvues de la personnalité juridique internationale désireuses de faire quelque chose
ensemble ex : confédération de la Sénégambie créée en 1982 et la confédération helvétique en
Suisse du 14ème siècle à la fin de la première moitié du 19 ème siècle (1848) lorsque cette
confédération s’est transformée en fédération.
- Le but de l’association : la fortification des relations. Dans le cadre de la
confédération : il s’agit le plus souvent d’une volonté d’intensification des courants d’échange
économique ou politique entre plusieurs Etats. Mais cela peut être aussi une volonté commune
de se préserver mutuellement d’attaques extérieures. On peut citer le cas des cantons suisses
qui se sont regroupés pour assurer leur sécurité au 14ème siècle contre l’invasion d’armées
voisines. Mais cette volonté de fortification des relations entre deux ou plusieurs pays est
toujours articulée à des liens historiques de voisinage, de communauté de culture ou de
langue.

- Il s’agit également d’une rencontre qui se réalise au plan du droit en se traduisant


par la signature d’un accord international. A la base de toute confédération, il y a
un traité parce que les Etats sont formellement indépendants les uns des autres.

- La réalité de l’association se traduit par la mise en commun d’un certain nombre


de compétences. Celles-ci vont être confiées à des organes communs : il s’agit
d’une harmonisation de politiques sectorielles pour pouvoir faire front ensemble
devant certains événements : c’est d’onc l’idée de fortification dans certaines
domaines qui fonde la confédération, laquelle n’est pas stable parce que d’un point
de vue naturel ou logique, l’une des parties arrivera à prendre le dessus sur l’autre
ou les autres.
39

B – La fédération d’Etats
Il est un constat majeur que l’on peut faire aujourd’hui : c’est l’actualité et la primauté
de la forme fédérale des Etats sur la forme unitaire. On peut prendre l’exemple de la Belgique
qui en 1993 est devenue un Etat fédéral. La question qu’on peut se poser dès lors est de savoir
qu’est-ce qui justifie cet engouement autour de la forme fédérale de l’Etat. La réponse peut
être simple et immédiate. C’est parce que cette forme de l’Etat est censée pouvoir mieux
résoudre les préoccupations qui sous-tendent les regroupements d’Etats. On en a une
confirmation de la Suisse et des Etats-Unis, qui tous deux, ont évolué de la confédération à la
fédération d’Etats. Dans ce type d’organisation fédérale de l’Etat, il y a le souci de la
performance des collectivités politiques de l’Etat notamment par la mise en œuvre d’une
philosophie, d’une association plus intégrée et plus poussée. C’est ce que traduit le concept de
fédéralisme. Il importe cependant d’étudier la manière par laquelle les Etats en arrivent à ce
type d’association ou encore les processus de réalisation du fédéralisme. Il y a le fédéralisme
par association, intégration ou agrégation que l’on peut qualifier comme étant un ensemble
d’Etats désireux de mettre en commun leurs moyens tout en conservant leur indépendance. En
guise d’exemple, on peut citer les treize premières colonies britanniques d’Amérique du Nord
qui se sont rassemblées à la fin du 18ème siècle pour former les Etats-Unis. Autre exemple
historique : les 10 cantons suisses qui vont unir leur volonté à partir du 14 ème siècle pour
donner naissance à la fédération helvétique. A cette forme de l’Etat fédéral s’oppose le
fédéralisme par dissociation, désintégration ou désagrégation qui évoque l’idée d’un Etat
unitaire qui se décompose en plusieurs entités auxquelles est confiée l’autonomie politique et
juridique. On peut citer comme exemple l’ancienne URSS qui était auparavant un empire
appelé : la Russie et que l’on va décomposer en plusieurs Etats après le révolution d’octobre
1910. On peut donc considérer que la fédération est une concrétisation d’une idée de
rencontre ou de séparation. Mais, il y a lieu de considérer d’autres éléments que l’on peut
regrouper sous la notion de fédéralisme tendant à conférer plus de liberté aux intéressés.

On peut essayer de comprendre ce qu’est la fédération d’Etats en partant de l’idée de


fédéralisme qui en est la notion de base. Ceci permet de ne pas confondre fédération d’Etat et
fédéralisme.

1 – La notion de fédéralisme
Le mot lui-même renvoie à la philosophie de l’association entre plusieurs Etats ayant
en commun un certain nombre de caractéristiques et désireux de réaliser quelque chose
40

ensemble. De ce point de vue, on ne trouve pas de différence fondamentale entre la


confédération et la fédération d’Etats. Ce qui permet plutôt de différencier les deux, c’est le
mode de réalisation ou de concrétisation de cette idée de fédéralisme.

A ce propos, on pourrait définir l’Etat fédéral sous la forme d’une technique


d’association d’entités politiques en une entité de même nature mais beaucoup plus vaste
parce que dotée de compétences générales. De manière plus synthétique on peut dire que
l’Etat fédéral est un ensemble d’Etats fédérés qui ont consenti un transfert de leur
souveraineté internationale au profit de leur regroupement unitaire. On est alors en présence
d’un Etat composé d’entités politiques secondaires qui participent à son organisation et à son
fonctionnement par des procédures garantissant au plus haut niveau, leur autonomie. A travers
ces différentes définitions on saisit la substance de l’Etat qui est l’association de volontés pour
produire une nouvelle volonté politique. Ce qui se traduit au plan juridique et politique par
l’existence de deux sphères d’organisation politique et juridique constitutionnellement
garanties mais néanmoins intrinsèquement liées. C’est ce qui inspire l’évocation d’un principe
de superposition que l’on ajoute aux autres principes (autonomie et participation) et qui est à
la base du fédéralisme.

En définitive, on pourrait n’évoquer qu’un seul ordre juridique dans la mesure où la


constitution fédérale impose aux entités fédérées un certain nombre de limites censées
pouvoir concrétiser leur autonomie. Cette prééminence de l’ordre juridique fédérale est
illustrée par le principe de répartition des compétences entre les deux types d’entités. A ce
propos, retenons qu’il y a différentes formes de répartition des pouvoirs dans les rapports
entre l’Etat fédéral et les Etats fédérés.

- La première forme c’est celle qui consiste à conférer une compétence générale aux
entités fédérées, en ne laissant à l’Etat fédéral le soin d’intervenir que dans un certain
nombre de domaines limités : c’est le cas des Etats-Unis.
- La deuxième forme c’est celle qui consiste au contraire à attribuer la compétence
générale à l’Etat fédéral en ne laissant aux entités fédérées le soin d’intervenir que dans
certains domaines : c’est le cas de la Belgique.
- La troisième forme est à mi-chemin entre les deux premières. C’est celle-là qui
consiste à déterminer des domaines de compétences propres à chaque entité en plus d’un
41

champ d’intervention partagé ou commun entre les deux : c’est le cas de la République
Fédérale d’Allemagne (RFA).

Le choix d’un mode de répartition donné obéit à un certain nombre d’éléments plutôt
relatifs à l’histoire et au processus de réalisation de l’idée du fédéralisme. L’idée qu’il importe
de retenir en définitive c’est qu’il s’agit tout simplement d’un aménagement d’espaces
d’évolution au profit des différentes catégories d’entités par la constitution fédérale et dans le
but de permettre au pluriel de se fondre en une unité. On en mesure les effets dans la mise en
œuvre des principes du fédéralisme.

2 – Les principes du fédéralisme


La consécration du fédéralisme serait liée au souci des pères fondateurs de la
fédération américaine de concilier la recherche de meilleures conditions de vie et la liberté
qu’ils ont arrachée à l’Etat britannique. Cette consécration tient dans un juste milieu avec
l’avènement d’une forme d’association politique reposant sur deux piliers que sont
respectivement la participation à la réalisation de l’ensemble fédéral et la sauvegarde malgré
tout de l’autonomie des composantes. Le premier principe dit de participation témoigne de la
présence de l’entité fédérale et de l’adhésion à un projet commun en voie d’édification ou de
réalisation. C’est un principe qui permet à l’entité fédérée de désigner des représentants par la
constitution des organes fédéraux et par l’élaboration de leurs décisions. Ce sont là
essentiellement les deux niveaux de manifestation de ce principe de participation. S’agissant
du premier niveau, l’entité fédérée contribue à l’organisation des institutions fédérales en
envoyant ses représentants siéger à son nom propre au sein de celles-ci. Mais la représentation
de l’entité fédérée ne se fait pas nécessairement au sein des trois pouvoirs qui composent
l’Etat. Il suffit en effet pour remplir l’exigence de fédéralisme de s’en tenir au bicamérisme ou
bicaméralisme législatif. Cette notion consiste à prévoir à côté de la chambre populaire qu’on
retrouve dans les Etats unitaire, une seconde appelée chambre des Etats, chambre haute ou
sénat, destinée à accueillir les représentants des collectivités fédérées et qui est spécialement
choisie à cet effet. On a un exemple patent dans le cadre de la constitution américaine dans
laquelle l’article 1er dans sa section une, institue le congrès au sein duquel on retrouve le
Sénat.

Le deuxième niveau de participation réside dans l’association des entités fédérées au


processus de révision des normes ou règles constitutionnelles qui régissent l’ensemble fédéral.
42

Pour illustrer ce propos, on reste dans le cadre de la constitution américaine où l’article 5


institue deux voies ou procédures de révision de la constitution. Selon la première, l’initiative
peut provenir des deux chambres avec une majorité de 2/3. Pour la seconde, l’initiative
pourrait provenir des Etats eux-mêmes avec toujours une majorité de 2/3. Dans les deux cas,
la révision n’est validée que si la 2/3 du congrès y est favorables et les entités fédérales sont
entièrement associées du début à la fin de la procédure.

Au regard de ces deux niveaux de participation, il est clair que chaque entité fédérée
est invitée à contribuer à l’édification de l’œuvre commune. S’il en est ainsi c’est parce que
chaque entité dispose d’une part d’autonomie qui lui permet de concevoir quelque chose de
spécifique ou de propre.

Le principe de l’autonomie se résume dans la latitude dont disposent les entités


fédérées en vue de concevoir et assurer la mise en œuvre de leur propre ordre juridique. Cela
signifie donc que ces entités fédérées sont dotées d’une constitution qui régit l’organisation et
le fonctionnement des trois pouvoirs que l’on a traditionnellement dans l’Etat. Mais ces ordres
juridiques spécifiques coexistent avec l’ordre juridique de l’Etat fédéral auquel ils sont en
définitive soumis. La constitution fédérale impose souvent par exemple aux entités fédérées
de revêtir la forme républicaine comme c’est le cas pour la Russie. C’est dire que la latitude
qui est conférée aux entités fédérées connaît des limites qui sont inhérentes à la notion de
fédéralisme mais il faut préciser que cette autonomie tout autant que ses limites sont garanties
au niveau le plus élevé de la hiérarchie juridique de l’Etat fédéral. Le respect de telles
dispositions est assuré par un tribunal fédéral dont la saisine reste en général largement
ouverte au profit des représentants des différentes catégories d’entités. C’est cette
consécration et cette garantie constitutionnelle de l’existence des entités fédérées d’une part et
des modalités de leurs relations avec l’entité fédérale d’autre part qui permettent de
différencier l’Etat fédéral de l’Etat unitaire fortement décentralisé. Mais depuis quelques
années, la pertinence de cet élément de distinction se trouve fortement relativisée ou remise en
cause du fait de la conjonction de deux facteurs. Ce sont d’une part, l’approfondissement des
expériences de décentralisation à l’intérieur des Etats unitaires et d’autre part une évolution
tendant à restreindre la portée des principes ou lois du fédéralisme. En d’autres termes, il y
aurait une sorte d’évolution des principes du fédéralisme que les auteurs appréhendent comme
étant révélateurs d’une crise. Mais en quoi y aurait-il crise du fédéralisme ?
43

L’évolution des principes du fédéralisme incite aujourd’hui à parler d’une crise dans la
mise en œuvre de l’idée de fédéralisme. Cette crise tient d’une part à l’uniformisation des
comportements (culturelles et politiques) et au rétrécissement des champs de compétences au
profit du centre.
S’agissant de l’uniformisation des comportements, c’est un élément de la nouvelle
culture médiatique qui tend à marginaliser de plus en plus les entités fédérées dans leur
existence politique au profit de l’Etat fédéral. Pour ce qui est du rétrécissement des champs de
compétence, il est consécutif aux modalités d’intervention des différentes entités dans la
mesure où on constate souvent dans le cadre du fonctionnement des Etats fédéraux que
l’intervention première de l’entité fédérale réduit la compétence ou la portée de l’intervention
des entités fédérées à chaque fois qu’il y a une concurrence dans la prise de décision.
Toutefois, il y a lieu de relativiser cette crise dans la mesure où, tout d’abord, si on relève un
certain recul des principes du fédéralisme, on constate aussi l’engouement réel pour la
formule de l’Etat fédéral. Ensuite, il y a aujourd’hui un renouvellement et un élargissement de
la formule de l’Etat fédéral.
En effet, la tendance est à la création d’un fédéralisme de type nouveau au plan
régional. C’est le cas en Europe (Union Européenne), en Amérique (Mercosur) et en Afrique
(CEDEAO, UEMOA, Union Africaine). Mais il ne s’agit pas à proprement parler d’une
disparition du modèle classique de l’Etat. D’où l’intérêt persistant d’une étude sur le mode de
dévolution et la justification du pouvoir de l’Etat dans le cadre de la formule classique.
44

CHAPITRE II – LE POUVOIR DE L’ETAT : JUSTIFICATION ET


DEVOLUTION

L’institution étatique remplit une fonction primordiale à l’égard du groupe. Elle veille
à sa bonne organisation et à son fonctionnement harmonieux. Pour ce faire, elle dispose à la
fois d’une grande autonomie et d’une réelle puissance : C’est le pouvoir politique. Celui-ci
fait l’objet de modes de transmission variés. Mais dans tous les cas, il échoit à un groupe
d’individus restreints auquel les citoyens doivent en principe obéissance : ce sont les
gouvernants. Mais ce devoir d’obéissance n’existe que dans la mesure où les gouvernants
disposent de la légitimité c’est-à-dire de la reconnaissance du groupe qui délègue lui-même
son pouvoir ou sa souveraineté.

Section I - La justification du pouvoir de l’Etat


Plusieurs théories ont été avancées par différents auteurs pour justifier l’obéissance au
pouvoir de l’Etat. Mais ces théories différentes autant dans leur énoncé que du point de vue de
leurs conséquences pratiques.

Parag. 1 – Les théories de la souveraineté


Il y a deux types de souveraineté qui se seraient même succédées dans le temps selon
qu’on impute l’origine du pouvoir à Dieu ou aux hommes. Dans le premier cas, on parle de
théories théocratiques du pouvoir et dans le second on évoque les théories démocratiques du
pouvoir.
Les premières ont donné naissance à la souveraineté de droit divin alors que les
secondes ont, quant à elles, donné naissance respectivement aux théories de la souveraineté
nationale et de la souveraineté populaire.

A – La souveraineté du droit divin


Selon l’adage des anciens romains : point de pouvoir qui ne vienne de Dieu. Cet adage
signifie que la souveraineté dans l’Etat appartient à Dieu. En d’autres termes, le pouvoir de
commander des hommes provient et se réfère à Dieu. Mais cette position de principe connaît
deux modes de réalisation différents.
En effet, selon une première frange d’auteurs chrétiens, non seulement le pouvoir en
lui même est d’origine divine mais aussi son bénéficiaire fait l’objet d’une détermination
divine, (c’est la théorie du droit divin surnaturel). Pour d’autres en revanche, le pouvoir
45

provient certes de Dieu, mais il ne fait nullement l’objet d’une quelconque détermination
quant aux titulaires. Il appartiendra aux intéressés eux-mêmes de se choisir un guide avec
l’aide de la providence (c’est la théorie du droit divin providentiel). A ces deux constructions
théoriques s’opposent les théories démocratiques.

B – Les théories démocratiques


Elles sont composées de la souveraineté nationale et de la souveraineté populaire.
La souveraineté nationale véhicule l’idée selon laquelle le pouvoir politique émane de
la nation. La nation étant définie comme cette entité collective et abstraite qui symbolise
l’ensemble du groupe dans le processus de sa réalisation historique. On traduit dans un certain
nombre d’instruments juridiques ou textes comme l’article 3 de la Déclaration Universelle des
Droit de l’Homme de 1789. …………. L’importance du concept de nation apparaît dans
l’article 3 pré-cité qui dispose : le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans
la nation, nul corps, nul individu, ne peut exercer d’autorité qui en émane expressément.

La souveraineté populaire quant à elle, repose sur le principe selon lequel, le pouvoir
suprême émane du peuple et de lui seul c’est-à-dire de l’ensemble des individus qui forment
le corps social.

Cette notion de peuple revêt cependant deux connotations. Une connotation générale
tout d’abord, dans la mesure où par peuple, il faut entendre la communauté des citoyens dans
son ensemble : c’est la volonté générale du groupe. Une connotation particulière …. Parce
que cette volonté générale, là n’est en fait que la somme des volontés individuelles des
membres du corps social. La filiation ou le fondement de cette théorie réside dans la pensée
de Jean Jacques Rousseau exprimée dans son ouvrage : « Le contrat social ». Ce type de
souveraineté a eu un écho dans le cadre de la Constitution du 24 juin 1793 mais il ne sera pas
jamais appliqué pour des raisons contextuelles et pratiques dans la mesure où cette théorie
implique la participation de tous les citoyens à l’exercice du pouvoir politique, ce qui
impossible sauf dans le cadre de petites entités politiques. Se pose alors la question de la mise
en œuvre des théories de la souveraineté.

Parag. 2 – La mise en œuvre de ces théories de la souveraineté


Les théories de la souveraineté présentent une mise en perspective des rapports
gouvernants / gouvernés. C’est une façon de concevoir l’existence de l’autorité politique en
46

elle-même. Il faudrait envisager ensuite la façon dont ces rapports gouvernants / gouvernés
sont mis en œuvre. Sur ces points précis, le constat qu’on a fait dans la doctrine et dans les
Etats, c’est que les tentatives de mise en œuvre isolées de ces différentes théories ont conduit
à des situations pour le moins difficiles ou en tout cas non souhaitables. Aussi est-on conduit
aujourd’hui à réaliser une synthèse entre les différentes théories.

A – Les conséquences des théories de la souveraineté


La mise en application de chacune de ces trois théories aboutit à un certain nombre de
conséquences parfois contradictoires. Dans le cadre de la théorie de la souveraineté de droit
divin tout d’abord, on pourrait déboucher sur la mise en place d’un pouvoir absolu qui ne
souffrirait pas de critiques de la part des citoyens. La raison fondamentale en est que le
détenteur du pouvoir ne se croit comptable qu’à l’égard de Dieu. C’est pourquoi cette théorie
a été fortement combattue tout au long des 16ème et 17ème siècles par les monarchomaques. En
ce qui concerne la théorie de la souveraineté nationale, elle se distingue en premier lieu par
ses caractères conduits par la permanence et l’unité qui affectent le concept de nation lui-
même (l’indivisibilité de la République, l’aliénabilité et l’imprescriptibilité). Cette théorie de
la souveraineté nationale débouche sur la mise en place d’un gouvernement représentatif et
sur l’institution de l’électorat fonction. Pour ce qui est enfin de la théorie de la souveraineté
populaire, il postule l’avènement de la République qui est un type de gouvernement fondé sur
le respect de l’égalité entre les citoyens. Ce type de gouvernement est le plus souvent
susceptible de réaliser la liberté politique dans le groupe. Les théoriciens libéraux allient
République et démocratie. Cette théorie postule l’avènement du suffrage universel et la
réalisation de l’électorat droit. Mais il y a une différence de mise en oeuvre de cette théorie de
la souveraineté populaire à tel point qu’elle est tenue pour une utopie. C’est compte-tenu de
ces différences qu’on a évolué d’un gouvernement direct à un gouvernement semi-direct
représentatif allié ………. à l’existence d’un mandat impératif et des procédés d’intervention
directe du peuple dans la gestion du pouvoir. Ces procédés sont l’initiative, le veto et le
référendum.

B – La synthèse des théories de la souveraineté


Cette synthèse correspond à la combinaison ou l’association des deux types de
souverainetés démocratiques dans la désignation de l’origine du pouvoir politique dans les
Etats modernes. Cet amalgame conceptuel se traduit dans les faits par le recours à la fois à des
procédés ou techniques de gouvernement représentatif et de gouvernement semi-représentatif
47

direct. Exemple : quand on désigne le représentant du peuple pour exercer le pouvoir politique
au quotidien mais en prévoyant en même temps des modalités d’intervention ponctuelle du
peuple par référendum, veto ou initiative populaire. Aujourd’hui, on peut dire que c’est le
triomphe du type de régime de démocratie indirecte dans la mesure où dans la plupart des
Etats c’est le système de gouvernement représentatif qui prévaut mais ceci n’équivaut pas à
une exclusion du peuple du processus de décision politique. Il en est ainsi parce que le peuple
est à la fois la base et la finalité du pouvoir politique.

SECTION II – LA DEVOLUTION DU POUVOIR


La transmission du pouvoir politique du peuple au gouvernement intervient par le
canal des élections parce que l’élection constitue le procédé qui est à la fois le plus
démocratique et le plus pacifique. Elle constitue le principe de base de la démocratie.
Cependant le régime démocratique n’a pas totalement triomphé partout. Du reste même dans
les Etats qui pratiquent le régime démocratique ; il existe des moments de reflux où le mode
d’exercice normal du pouvoir politique dégénère ou d’autres moments où ce pouvoir politique
fait l’objet d’une transmission non pacifique (instabilités, troubles politiques). Dans ces
moments-là on est en présence d’une dévolution anormale du pouvoir.

Parag.1 – La dévolution normale du pouvoir politique : l’élection


Les élections, c’est le procédé par lequel le citoyen est invité à participer à la
désignation de ses représentants politiques ou à prendre une décision qui est relative à la vie
du groupe. Ainsi définie, l’élection apparaît comme étant le fondement de la légitimité
politique des gouvernants. Par l’élection donc, le citoyen exerce son droit de suffrage qui
toutefois peut se réaliser de diverses manières.

A – Le droit de vote
Le droit de suffrage est synonyme du droit de vote et il revêt deux sens principaux. La
première signification est d’être un acte par lequel on donne son opinion sur un problème
donné ou sur une solution donnée. La deuxième signification du droit de vote est le statut que
revêt l’acte de voter lui-même et le statut en droit renvoie toujours à un régime juridique.

Dans le cadre du régime juridique du droit de vote, on va s’intéresser de près à


l’étendue de ce droit de vote et à ses différentes variétés.
48

1° - L’étendue du droit de suffrage


Le principe de base du fonctionnement du système démocratique est le suffrage
universel. C’est un suffrage qui se définit surtout de façon négative par opposition au suffrage
restreint. C’est un système de gouvernement dans lequel le droit de suffrage ne serait pas
limité par des considérations liées soit à la naissance de l’individu, à sa classe et à sa fortune,
donc à son statut social, soit à son niveau d’instruction. Exemple : comme aux USA, dans les
pays du Sud, jusqu’à l’avènement du 15ème amendement (1870) où on refusait de reconnaître
le droit de vote aux noirs américains. Autre exemple : Sous la restructuration en France où
une loi conditionnait le droit de vote (1833) dans les colonies françaises au paiement d’une
somme de 300 F de l’époque (c’est le suffrage censitaire). Le suffrage universel est
aujourd’hui le système politique dans lequel le droit de suffrage subit le moins de restriction
possible car il n’existe pas de suffrage totalement universel. Exemple : Dans la constitution
sénégalaise, il est dit à l’article 3 in fine : « Tous les nationaux sénégalais âgés de 18 ans et
jouissant de leurs droits, sont électeurs dans les conditions fixées par la loi ». Mais il y a lieu
de noter que l’évolution du droit de suffrage se fait dans le sens d’un élargissement constant.
Aux Etats-Unis, c’est le 26ème amendement (1971) qui abaisse la majorité électorale à 18 ans.

2° - Les différentes variétés du droit de suffrage


Le droit de suffrage ou droit de vote revêt des formes variables. Il y a le suffrage direct
et le suffrage indirect. Le suffrage direct c’est le système de votation (comme on dit en
Suisse) qui permet à l’électeur de choisir directement c’est-à-dire sans intermédiaire, les
représentants du groupe. A contrario, le suffrage indirect est le système dans lequel cette
désignation se fait par l’intermédiaire de personnes spécialement choisies à cet effet : ce sont
les notables politiques ou les grands électeurs qu’on retrouve toujours par exemple en France
dans la désignation des membres du Sénat français, ce fut également le cas au Sénégal sous
l’ancienne constitution.

Il y a ensuite une deuxième distinction entre le vote individuel et le vote plural. Dans
le cadre du vote individuel, chaque homme ou chaque individu correspond à une voix alors
que dans le système de vote plural on permet à l’individu de disposer de plusieurs voix sur la
base de conditions fixées par la loi et généralement à son statut social ou fonctionnel. Dans
cette hypothèse de vote plural, le suffrage s’entend d’un vote social et il correspond à un
système de gouvernement dans lequel l’individu vote en fonction de sa situation ou de sa
place dans le groupe. On distingue aussi contre le vote facultatif et le vote obligatoire. Dans le
49

vote facultatif, le citoyen est libre de participer ou non aux consultations électorales. Ce vote
est en adéquation avec le système de gouvernement direct où l’électorat est un droit. Dans le
système de vote obligatoire, la participation du citoyen aux consultations électorales est
requise sous peine de sanction. Ici l’électorat est une fonction comme dans le cadre du
système de gouvernement représentatif : Exemple de la Belgique. En la matière, il faut
toujours faire la différence entre le vote public et le vote secret. Le vote public est un système
dans lequel le choix de l’électeur se manifeste au vu et au su de tout le monde tandis que le
vote secret est un système qui permet au citoyen de faire son choix sans que celui-ci soit
révélé au public. Dans le système de gouvernement démocratique, ce procédé constitue une
garantie de la liberté de l’électeur et par voie de conséquence, de la sincérité du scrutin quel
qu’il soit.

B – Les modes de scrutin


Le mode de scrutin peut être défini comme étant un système, ou une technique ou
l’ensemble des techniques qui permettent de déterminer les élus à partir du vote des électeurs.
Le choix d’un mode de scrutin revêt une grande importance dans la mesure où il est révélateur
dans un régime politique de la façon dont un pays est gouverné et mais aussi des rapports que
ce système de gouvernement entretient avec la démocratie. Le choix et le déroulement d’un
mode de scrutin, on en convient aujourd’hui largement dans les Etats démocratiques, doit être
articulé autour de trois principes majeurs que sont la liberté du vote, la sincérité du scrutin et
enfin l’égalité du vote. L’importance de ces trois principes dans l’évaluation d’un scrutin ou
d’un mode de scrutin à l’aune de l’exigence démocratique, implique deux choses. La première
c’est qu’il faut veiller à la consécration théorique des trois principes par tout système qui se
veut démocratique. La deuxième c’est de veiller à ce que dans l’organisation matérielle du
scrutin, ces trois principes ne soient dénaturés par des données techniques. Exemple : le
gerrymandering qui consiste à tailler ou .à découper sur mesure des circonscriptions
électorales par les candidats qui auraient la majorité au pouvoir. Il est aussi appelé la
technique de la salamandre.

1° - Présentation des modes de scrutin


On oppose généralement dans l’étude de ces modes de scrutin, le scrutin majoritaire et
le scrutin proportionnel. Entre ces deux pôles, s’intercalent de nombreux systèmes, de vote
qui sont qualifiés de mixte parce qu’ils empruntent à l’un et à l’autre leurs avantages
50

respectifs en essayant de les cumuler. Dès lors, il importe de préciser les contenus de ces trois
modèles.

a – Le scrutin majoritaire
Il se définit comme étant la technique de représentation ou le procédé de répartition
qui permet d’attribuer les sièges mis en compétition aux candidats ou à la liste ayant reçu à
l’issue des confrontations le plus grand nombre de voix. Ce type de scrutin peut se réaliser de
différentes façons. Il est uninominal lorsqu’il oppose plusieurs candidats qui se présenteraient
individuellement devant les électeurs. C’est là un mode de scrutin qui ne se réalise
généralement que dans le cadre de petites et moyennes circonscriptions. Mais il peut aussi
opposer plusieurs candidats regroupés des différentes listes sur la base d’une affinité
idéologique ou politique. D’où son appellation de scrutin de liste ou scrutin plurinominal.
Dans le cadre de ce type de scrutin, des possibilités sont offertes aux électeurs de procéder
eux-mêmes à différentes combinaisons entre les listes.

Dans ce cas là on dit que le panachage et le vote préférentiel existent. Lorsqu’on les
refuse, on est en présence d’un scrutin de liste bloqué. Le scrutin majoritaire peut être à un ou
à deux tours. Il est à un tour lorsque la majorité relative suffit pour être élu. En d’autres
termes, le (s) siège (s) sont attribués aux candidats en tête quelle que soit son avance sur les
autres. Il est à deux tours quand l’élection n’est acquise du 1er coup qu’à la majorité absolue
ou à la majorité qualifiée. On parle de la majorité absolue lorsqu’il s’agit de considérer la
moitié des votants plus une voix ; tandis que dans le cadre de la majorité qualifiée, il est
question d’un pourcentage plus important de la majorité des voix que l’on combine
généralement avec l’autre pourcentage des inscrits. A défaut de ce type de majorité, il est
procédé à un second tour entre les candidats arrivés en tête soit en fonction de leur rang ou du
pourcentage de voix qu’ils ont recueilli (ballottage).

b – Le scrutin proportionnel
C’est une technique qui consiste à répartir des sièges en compétition entre les
différentes listes en présence au prorata des voix que chacune d’elles a recueillies dans le
cadre de cette compétition. D’un point de vue historique, ce mode de scrutin serait né en
Belgique, à la fin du 19ème siècle (créé par Hondt). C’est un mode de scrutin qui est loin d’être
simple. Il pose en effet, de nombreux problèmes dont deux sont d’une grande acuité. Il s’agit
respectivement de la détermination du chiffre ou nombre de référence c’est-à-dire un nombre
51

uniforme et identique qui permet d’envisager ou d’accepter l’élection de tout candidat (c’est
le quotient électoral) et d’autre part la répartition des restes de voix après la première
opération de distribution. Le quotient électoral c’est le nombre de voix qui donne droit à un
siège. Autant de fois ce chiffre est contenu dans le total de voix recueillies par une liste autant
de candidats élus obtient cette liste. On recense trois variétés de quotient électoral : quotients
uniforme, local et national.

Le quotient est dit uniforme ou fixe lorsqu’il désigne la quantité de voix pré-
déterminées au plan national et qui serait nécessaire pour avoir droit à un siège. On parle par
ailleurs de quotient local lorsqu’on divise le nombre total de suffrages exprimés par le nombre
de sièges à pourvoir au plan local. Enfin le quotient est dit national lorsqu’on vise le quotient
qui est obtenu en divisant le total des suffrages valablement exprimés au plan national, par le
nombre de sièges à pourvoir. Ce quotient dit national est réputé plus conforme à l’esprit de
justice qui fonde le système de la représentation proportionnelle. Mais le choix du quotient
national ne remplit réellement cette fonction que dans le cadre de la représentation
proportionnelle intégrale. Celle-ci est un système de répartition dans lequel, les restes sont
distribués sur la base d’un nouveau quotient déterminé après division du nombre de voix non
utilisés au plan national par le nombre de sièges restants. Mais, il s’agit d’un procédé qui est
rarement utilisé.

Le plus courant, c’est la représentation proportionnelle approchée qui postule la mise


en œuvre de trois techniques principales de répartition des restes. Ce sont les techniques de la
répartition au plus fort reste, à la plus forte moyenne. Selon la méthode du plus fort reste, elle
consiste à attribuer les sièges restants aux listes ayant le plus grand nombre de suffrages
inutilisés. Cette technique de répartition est réputée favorable aux petits partis.

S’agissant de la technique de répartition à la plus forte moyenne, elle est réalisée


comme son nom l’indique sur la base de la plus forte moyenne. Celle-ci est le résultat du
rapport entre un nouveau chiffre répartiteur et le nombre de suffrages obtenus par chaque
liste. Le nouveau chiffre répartiteur correspond au nombre de sièges recueillis par chaque liste
après la première répartition, plus un siège fictif.

Par ce procédé, on attribue à la distribution des sièges restants, un par un, jusqu’à
épuisement. Ce système de répartition est réputé plus favorable aux grands partis.
52

Il y a ensuite la technique d’Hondt qui permet de déterminer, grâce à une seule


opération, le nombre de sièges auxquels chaque liste aurait droit en divisant ces suffrages
obtenus par chaque liste par 1,2,3,4 ou plus selon le nombre de siéges en compétition. Les
résultats ainsi obtenus sont rangés par ordre décroissant jusqu’à concurrence du nombre de
sièges à pourvoir. C’est le dernier suffrage que constitue le chiffre de répartiteur ou le
quotient (système-belge). Il existe d’autres techniques qui permettent de répartir par ailleurs
les sièges restants mais elles sont moins utilisées parce que plus compliquées. A côté des
scrutins majoritaire et proportionnel il y a le système mixte.

c – Le système mixte
C’est l’ensemble des systèmes électoraux fondés sur la combinaison du système
majoritaire avec le système proportionnel. La finalité des systèmes mixtes c’est la
maximisation des avantages que comportent le scrutin proportionnel et le scrutin majoritaire.
L’exemple type des systèmes mixtes, c’est la technique de vote qui est en vigueur en
République Fédérale d’Allemagne de laquelle nous nous sommes inspirés. En Allemagne,
l’électeur dispose de deux voix, la première sert à désigner la moitié des députés du
Bundestag au suffrage uninominal majoritaire dans le cadre des Landers., l’autre permet
d’élire la moitié de ces députés à la représentation proportionnelle sur une liste nationale
présentée par chaque parti politique. Au Sénégal, c’est la même logique qui prévaut sauf que
l’électeur ne dispose ici que d’une voix. Mais la grande question qu’on n’arrête pas de se
poser dans les grandes démocraties, c’est de savoir : qu’est-ce qui fonde le choix d’un mode
de scrutin donné ?

2 – Répercussion des modes de scrutin sur le système politique


Chaque mode de scrutin comporte des avantages et des inconvénients perceptibles à
certains niveaux dont celui du nombre de partis existants et celui du système politique lui-
même. D’impressionnants travaux de recherche ont été consacrés à la question mais c’est
surtout l’étude de Maurice Duverger au début des années 50 sur : « l’influence des systèmes
électoraux sur la vie politique » qui retient l’attention. Il a dégagé ce que d’autres auteurs
appelleront par la suite les lois sociologiques de Maurice Duverger. Celui-ci relativisera cette
appellation. Ces lois sociologiques sont au nombre de trois. La première suggère que
l’adoption du scrutin majoritaire uninominal à un tour conduit « nécessairement » à un
système bipartisan (Système politique au sein duquel ce sont deux grandes formations qui se
partagent le pouvoir en s’y succédant comme en Grande-Bretagne ou aux USA par exemple).
53

Ce mode de scrutin est généralement caractérisé par ce que l’on appelle le vote utile
des électeurs (l’électeur pense qu’il n’est pas utile de donner sa seule voix à un parti qui a peu
de chance d’accéder au pouvoir). Ce mode de scrutin comporte des avantages à savoir la
clarté et la simplicité qui sont les gages d’une stabilité gouvernementale et qui ouvrent la
possibilité à l’alternance. Cependant ces avantages sont contrebalancés par l’injustice et
l’inéquité notamment à l’égard des petits partis qui sont de fait privés de représentation
parlementaire. La deuxième loi de Duverger enseigne que le système majoritaire à deux tours
favoriserait contrairement au premier, un multipartisme modéré en ce qui qu’il permet au
premier group de se compter au premier tour c’est-à-dire de voter par leur sensibilité politique
réelle avant de voter utile au second tour. D’où une chance pour les petits partis de subsister
grâce à la logique des alliances qu’ils pourraient essentiellement nouer au second tour.
Exemple : la France, sous la Vème République, lors des scrutins législatifs, système électoral
sénégalais. Les avantages attendus ici c’est qu’il y aura une stabilité gouvernementale du fait
d’une bipolarisation de la vie politique (Exemple : la gauche et la droite). Mais ces avantages
sont contrebalancés par des inconvénients qui tiennent aux tractations (alliances) politiques et
qui conduisent à des alliances contre nature du point de vue idéologique.

La 3ème loi c’est celle qui dit que l’instauration de la représentation proportionnelle
permettrait de déboucher sur le multipartisme. L’explication ici c’est que dans la mesure où
les électeurs seraient assurés de voir effectivement leurs suffrages au décompte final du
nombre de siège devant revenir à leur liste préférée, ils donneraient libre cours à leurs
préférences idéologiques ou partisanes. Le principal avantage est le renforcement de la
présence des partis notamment au sein du Parlement. Les inconvénients résident en ce que ce
mode de scrutin entraîne le dispersion de l’électorat et par voie de conséquence l’éclatement
de la représentation parlementaire, d’où le risque d’instabilité politique c’est-à-dire des
situations où les partis politiques exercent une emprise sur le système, ce qui se traduit par des
tractations politiciennes permanentes. Exemple : 3ème ou 4ème République en France.

Mais il y a lieu de nuancer ces enseignements de Duverger en ce que tout d’une part,
les conséquences du choix d’un mode de scrutin ne sont jamais uniformes ou linéaires, et que
d’autre la tendance dans les faits est au rééquilibrage entre les effets induits des principaux
modes de scrutin par le succès grandissant des scrutins ou systèmes mixtes. Cependant la
dévolution du pouvoir ne se fait pas toujours de manière pacifique.
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B – Les modes de scrutin


Le mode de scrutin peut être défini comme étant un système, ou une technique ou
l’ensemble des techniques qui permettent de déterminer les élus à partir du vote des électeurs.
Le choix d’un mode de scrutin revêt une grande importance dans la mesure où il est révélateur
dans un régime politique de la façon dont un pays est gouverné et mais aussi des rapports que
ce système de gouvernement entretient avec la démocratie. Le choix et le déroulement d’un
mode de scrutin, on en convient aujourd’hui largement dans les Etats démocratiques, doit être
articulé autour de trois principes majeurs que sont la liberté du vote, la sincérité du scrutin et
enfin l’égalité du vote. L’importance de ces trois principes dans l’évaluation d’un scrutin ou
d’un mode de scrutin à l’aune de l’exigence démocratique, implique deux choses. La première
c’est qu’il faut veiller à la consécration théorique des trois principes par tout système qui se
veut démocratique. La deuxième c’est de veiller à ce que dans l’organisation matérielle du
scrutin, ces trois principes ne soient dénaturés par des données techniques. Exemple : le
gerrymandering qui consiste à tailler ou à découper sur mesure des circonscriptions
électorales par les candidats qui auraient la majorité au pouvoir. Il est aussi appelé la
technique de la salamandre.

1° - Présentation des modes de scrutin


On oppose généralement dans l’étude de ces modes de scrutin, le scrutin majoritaire et
le scrutin proportionnel. Entre ces deux pôles, s’intercalent de nombreux systèmes, de vote
qui sont qualifiés de mixte parce qu’ils empruntent à l’un et à l’autre leurs avantages
respectifs en essayant de les cumuler. Dès lors, il importe de préciser les contenus de ces trois
modèles.

a – Le scrutin majoritaire
Il se définit comme étant la technique de représentation ou le procédé de répartition
qui permet d’attribuer les sièges mis en compétition aux candidats ou à la liste ayant reçu à
l’issue des confrontations le plus grand nombre de voix. Ce type de scrutin peut se réaliser de
différentes façons. Il est uninominal lorsqu’il oppose plusieurs candidats qui se présenteraient
individuellement devant les électeurs. C’est là un mode de scrutin qui ne se réalise
généralement que dans le cadre de petites et moyennes circonscriptions. Mais il peut aussi
opposer plusieurs candidats regroupés des différentes listes sur la base d’une affinité
idéologique ou politique. D’où son appellation de scrutin de liste ou scrutin plurinominal.
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Dans le cadre de ce type de scrutin, des possibilités sont offertes aux électeurs de procéder
eux-mêmes à différentes combinaisons entre les listes.

Dans ce cas là on dit que le panachage et le vote préférentiel existent. Lorsqu’on les
refuse, on est en présence d’un scrutin de liste bloqué. Le scrutin majoritaire peut être à un ou
à deux tours. Il est à un tour lorsque la majorité relative suffit pour être élu. En d’autres
termes, le (s) siège (s) sont attribués aux candidats en tête quelle que soit son avance sur les
autres. Il est à deux tours quand l’élection n’est acquise du 1er coup qu’à la majorité absolue
ou à la majorité qualifiée. On parle de la majorité absolue lorsqu’il s’agit de considérer la
moitié des votants plus une voix ; tandis que dans le cadre de la majorité qualifiée, il est
question d’un pourcentage plus important de la majorité des voix que l’on combine
généralement avec l’autre pourcentage des inscrits. A défaut de ce type de majorité, il est
procédé à un second tour entre les candidats arrivés en tête soit en fonction de leur rang ou du
pourcentage de voix qu’ils ont recueilli (ballottage).

b – Le scrutin proportionnel
C’est une technique qui consiste à répartir des sièges en compétition entre les
différentes listes en présence au prorata des voix que chacune d’elles a recueillies dans le
cadre de cette compétition. D’un point de vue historique, ce mode de scrutin serait né en
Belgique, à la fin du 19ème siècle (créé par Hondt). C’est un mode de scrutin qui est loin d’être
simple. Il pose en effet, de nombreux problèmes dont deux sont d’une grande acuité. Il s’agit
respectivement de la détermination du chiffre ou nombre de référence c’est-à-dire un nombre
uniforme et identique qui permet d’envisager ou d’accepter l’élection de tout candidat (c’est
le quotient électoral) et d’autre part la répartition des restes de voix après la première
opération de distribution. Le quotient électoral c’est le nombre de voix qui donne droit à un
siège. Autant de fois ce chiffre est contenu dans le total de voix recueillies par une liste autant
de candidats élus obtient cette liste. On recense trois variétés de quotient électoral : quotients
uniforme, local et national.

Le quotient est dit uniforme ou fixe lorsqu’il désigne la quantité de voix pré-
déterminées au plan national et qui serait nécessaire pour avoir droit à un siège. On parle par
ailleurs de quotient local lorsqu’on divise le nombre total de suffrages exprimés par le nombre
de sièges à pourvoir au plan local. Enfin le quotient est dit national lorsqu’on vise le quotient
qui est obtenu en divisant le total des suffrages valablement exprimés au plan national, par le
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nombre de sièges à pourvoir. Ce quotient dit national est réputé plus conforme à l’esprit de
justice qui fonde le système de la représentation proportionnelle. Mais le choix du quotient
national ne remplit réellement cette fonction que dans le cadre de la représentation
proportionnelle intégrale. Celle-ci est un système de répartition dans lequel, les restes sont
distribués sur la base d’un nouveau quotient déterminé après division du nombre de voix non
utilisés au plan national par le nombre de sièges restants. Mais, il s’agit d’un procédé qui est
rarement utilisé.

Le plus courant, c’est la représentation proportionnelle approchée qui postule la mise


en œuvre de trois techniques principales de répartition des restes. Ce sont les techniques de la
répartition au plus fort reste, à la plus forte moyenne. Selon la méthode du plus fort reste, elle
consiste à attribuer les sièges restants aux listes ayant le plus grand nombre de suffrages
inutilisés. Cette technique de répartition est réputée favorable aux petits partis.

S’agissant de la technique de répartition à la plus forte moyenne, elle est réalisée


comme son nom l’indique sur la base de la plus forte moyenne. Celle-ci est le résultat du
rapport entre un nouveau chiffre répartiteur et le nombre de suffrages obtenus par chaque
liste. Le nouveau chiffre répartiteur correspond au nombre de sièges recueillis par chaque liste
après la première répartition, plus un siège fictif.

Par ce procédé, on attribue à la distribution des sièges restants, un par un, jusqu’à
épuisement. Ce système de répartition est réputé plus favorable aux grands partis.
Il y a ensuite la technique d’Hondt qui permet de déterminer, grâce à une seule
opération, le nombre de sièges auxquels chaque liste aurait droit en divisant ces suffrages
obtenus par chaque liste par 1,2,3,4 ou plus selon le nombre de siéges en compétition. Les
résultats ainsi obtenus sont rangés par ordre décroissant jusqu’à concurrence du nombre de
sièges à pourvoir. C’est le dernier suffrage que constitue le chiffre de répartiteur ou le
quotient (système-belge). Il existe d’autres techniques qui permettent de répartir par ailleurs
les sièges restants mais elles sont moins utilisées parce que plus compliquées. A côté des
scrutins majoritaire et proportionnel il y a le système mixte.

c – Le système mixte
C’est l’ensemble des systèmes électoraux fondés sur la combinaison du système
majoritaire avec le système proportionnel. La finalité des systèmes mixtes c’est la
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maximisation des avantages que comportent le scrutin proportionnel et le scrutin majoritaire.


L’exemple type des systèmes mixtes, c’est la technique de vote qui est en vigueur en
République Fédérale d’Allemagne de laquelle nous nous sommes inspiré. En Allemagne,
l’électeur dispose de deux voix, la première sert à désigner la moitié des députés du
Bundestag au suffrage uninominal majoritaire dans le cadre des Landers., l’autre permet
d’élire la moitié de ces députés à la représentation proportionnelle sur une liste nationale
présentée par chaque parti politique. Au Sénégal, c’est la même logique qui prévaut sauf que
l’électeur ne dispose ici que d’une voix. Mais la grande question qu’on n’arrête pas de se
poser dans les grandes démocraties, c’est de savoir : qu’est-ce qui fonde le choix d’un mode
de scrutin donné ?

2 – Répercussion des modes de scrutin sur le système politique


Chaque mode de scrutin comporte des avantages et des inconvénients perceptibles à
certains niveaux dont celui du nombre de partis existants et celui du système politique lui-
même. D’impressionnants travaux de recherche ont été consacrés à la question mais c’est
surtout l’étude de Maurice Duverger au début des années 50 sur : « l’influence des systèmes
électoraux sur la vie politique » qui retient l’attention. Il a dégagé ce que d’autres auteurs
appelleront par la suite les lois sociologiques de Maurice Duverger. Celui-ci relativisera cette
appellation. Ces lois sociologiques sont au nombre de trois. La première suggère que
l’adoption du scrutin majoritaire uninominal à un tour conduit « nécessairement » à un
système bipartisan (Système politique au sein duquel ce sont deux grandes formations qui se
partagent le pouvoir en s’y succédant comme en Grande-Bretagne ou aux USA par exemple).

Ce mode de scrutin est généralement caractérisé par ce que l’on appelle le vote utile
des électeurs (l’électeur pense qu’il n’est pas utile de donner sa seule voix à un parti qui a peu
de chance d’accéder au pouvoir). Ce mode de scrutin comporte des avantages à savoir la
clarté et la simplicité qui sont les gages d’une stabilité gouvernementale et qui ouvrent la
possibilité à l’alternance. Cependant ces avantages sont contrebalancés par l’injustice et
l’inéquité notamment à l’égard des petits partis qui sont de fait privés de représentation
parlementaire. La deuxième loi de Duverger enseigne que le système majoritaire à deux tours
favoriserait contrairement au premier, un multipartisme modéré en ce qui qu’il permet au
premier group de se compter au premier tour c’est-à-dire de voter par leur sensibilité politique
réelle avant de voter utile au second tour. D’où une chance pour les petits partis de subsister
grâce à la logique des alliances qu’ils pourraient essentiellement nouer au second tour.
58

Exemple : la France, sous la Vème République, lors des scrutins législatifs, système électoral
sénégalais. Les avantages attendus ici c’est qu’il y aura une stabilité gouvernementale du fait
d’une bipolarisation de la vie politique (Exemple : la gauche et la droite). Mais ces avantages
sont contrebalancés par des inconvénients qui tiennent aux tractations (alliances) politiques et
qui conduisent à des alliances contre nature du point de vue idéologique.

La 3ème loi c’est celle qui dit que l’instauration de la représentation proportionnelle
permettrait de déboucher sur le multipartisme. L’explication ici c’est que dans la mesure où
les électeurs seraient assurés de voir effectivement leurs suffrages au décompte final du
nombre de siège devant revenir à leur liste préférée, ils donneraient libre cours à leurs
préférences idéologiques ou partisanes. Le principal avantage est le renforcement de la
présence des partis notamment au sein du Parlement. Les inconvénients résident en ce que ce
mode de scrutin entraîne le dispersion de l’électorat et par voie de conséquence l’éclatement
de la représentation parlementaire, d’où le risque d’instabilité politique c’est-à-dire des
situations où les partis politiques exercent une emprise sur le système, ce qui se traduit par des
tractations politiciennes permanentes. Exemple : 3ème ou 4ème République en France.

Mais il y a lieu de nuancer ces enseignements de Duverger en ce que tout d’une part,
les conséquences du choix d’un mode de scrutin ne sont jamais uniformes ou linéaires, et que
d’autre la tendance dans les faits est au rééquilibrage entre les effets induits des principaux
modes de scrutin par le succès grandissant des scrutins ou systèmes mixtes. Cependant la
dévolution du pouvoir ne se fait pas toujours de manière pacifique.
B – Les modes de scrutin
Le mode de scrutin peut être défini comme étant un système, ou une technique ou
l’ensemble des techniques qui permettent de déterminer les élus à partir du vote des électeurs.
Le choix d’un mode de scrutin revêt une grande importance dans la mesure où il est révélateur
dans un régime politique de la façon dont un pays est gouverné et mais aussi des rapports que
ce système de gouvernement entretient avec la démocratie. Le choix et le déroulement d’un
mode de scrutin, on en convient aujourd’hui largement dans les Etats démocratiques, doit être
articulé autour de trois principes majeurs que sont la liberté du vote, la sincérité du scrutin et
enfin l’égalité du vote. L’importance de ces trois principes dans l’évaluation d’un scrutin ou
d’un mode de scrutin à l’aune de l’exigence démocratique, implique deux choses. La première
c’est qu’il faut veiller à la consécration théorique des trois principes par tout système qui se
veut démocratique. La deuxième c’est de veiller à ce que dans l’organisation matérielle du
59

scrutin, ces trois principes ne soient dénaturés par des données techniques. Exemple : le
gerrymandering qui consiste à tailler ou à découper sur mesure des circonscriptions
électorales par les candidats qui auraient la majorité au pouvoir. Il est aussi appelé la
technique de la salamandre.

1° - Présentation des modes de scrutin


On oppose généralement dans l’étude de ces modes de scrutin, le scrutin majoritaire et
le scrutin proportionnel. Entre ces deux pôles, s’intercalent de nombreux systèmes, de vote
qui sont qualifiés de mixte parce qu’ils empruntent à l’un et à l’autre leurs avantages
respectifs en essayant de les cumuler. Dès lors, il importe de préciser les contenus de ces trois
modèles.

a – Le scrutin majoritaire
Il se définit comme étant la technique de représentation ou le procédé de répartition
qui permet d’attribuer les sièges mis en compétition aux candidats ou à la liste ayant reçu à
l’issue des confrontations le plus grand nombre de voix. Ce type de scrutin peut se réaliser de
différentes façons. Il est uninominal lorsqu’il oppose plusieurs candidats qui se présenteraient
individuellement devant les électeurs. C’est là un mode de scrutin qui ne se réalise
généralement que dans le cadre de petites et moyennes circonscriptions. Mais il peut aussi
opposer plusieurs candidats regroupés des différentes listes sur la base d’une affinité
idéologique ou politique. D’où son appellation de scrutin de liste ou scrutin plurinominal.
Dans le cadre de ce type de scrutin, des possibilités sont offertes aux électeurs de procéder
eux-mêmes à différentes combinaisons entre les listes.

Dans ce cas là on dit que le panachage et le vote préférentiel existent. Lorsqu’on les
refuse, on est en présence d’un scrutin de liste bloqué. Le scrutin majoritaire peut être à un ou
à deux tours. Il est à un tour lorsque la majorité relative suffit pour être élu. En d’autres
termes, le (s) siège (s) sont attribués aux candidats en tête quelle que soit son avance sur les
autres. Il est à deux tours quand l’élection n’est acquise du 1er coup qu’à la majorité absolue
ou à la majorité qualifiée. On parle de la majorité absolue lorsqu’il s’agit de considérer la
moitié des votants plus une voix ; tandis que dans le cadre de la majorité qualifiée, il est
question d’un pourcentage plus important de la majorité des voix que l’on combine
généralement avec l’autre pourcentage des inscrits. A défaut de ce type de majorité, il est
60

procédé à un second tour entre les candidats arrivés en tête soit en fonction de leur rang ou du
pourcentage de voix qu’ils ont recueilli (ballottage).

b – Le scrutin proportionnel
C’est une technique qui consiste à répartir des sièges en compétition entre les
différentes listes en présence au prorata des voix que chacune d’elles a recueillies dans le
cadre de cette compétition. D’un point de vue historique, ce mode de scrutin serait né en
Belgique, à la fin du 19ème siècle (créé par Hondt). C’est un mode de scrutin qui est loin d’être
simple. Il pose en effet, de nombreux problèmes dont deux sont d’une grande acuité. Il s’agit
respectivement de la détermination du chiffre où nombre de référence c’est-à-dire un nombre
uniforme et identique qui permet d’envisager ou d’accepter l’élection de tout candidat (c’est
le quotient électoral) et d’autre part la répartition des restes de voix après la première
opération de distribution. Le quotient électoral c’est le nombre de voix qui donne droit à un
siège. Autant de fois ce chiffre est contenu dans le total de voix recueillies par une liste autant
de candidats élus obtient cette liste. On recense trois variétés de quotient électoral : quotients
uniforme, local et national.

Le quotient est dit uniforme ou fixe lorsqu’il désigne la quantité de voix pré-
déterminées au plan national et qui serait nécessaire pour avoir droit à un siège. On parle par
ailleurs de quotient local lorsqu’on divise le nombre total de suffrages exprimés par le nombre
de sièges à pourvoir au plan local. Enfin le quotient est dit national lorsqu’on vise le quotient
qui est obtenu en divisant le total des suffrages valablement exprimés au plan national, par le
nombre de sièges à pourvoir. Ce quotient dit national est réputé plus conforme à l’esprit de
justice qui fonde le système de la représentation proportionnelle. Mais le choix du quotient
national ne remplit réellement cette fonction que dans le cadre de la représentation
proportionnelle intégrale. Celle-ci est un système de répartition dans lequel, les restes sont
distribués sur la base d’un nouveau quotient déterminé après division du nombre de voix non
utilisés au plan national par le nombre de sièges restants. Mais, il s’agit d’un procédé qui est
rarement utilisé.

Le plus courant, c’est la représentation proportionnelle approchée qui postule la mise


en œuvre de trois techniques principales de répartition des restes. Ce sont les techniques de la
répartition au plus fort reste, à la plus forte moyenne. Selon la méthode du plus fort reste, elle
61

consiste à attribuer les sièges restants aux listes ayant le plus grand nombre de suffrages
inutilisés. Cette technique de répartition est réputée favorable aux petits partis.

S’agissant de la technique de répartition à la plus forte moyenne, elle est réalisée


comme son nom l’indique sur la base de la plus forte moyenne. Celle-ci est le résultat du
rapport entre un nouveau chiffre répartiteur et le nombre de suffrages obtenus par chaque
liste. Le nouveau chiffre répartiteur correspond au nombre de sièges recueillis par chaque liste
après la première répartition, plus un siège fictif.

Par ce procédé, on attribue à la distribution des sièges restants, un par un, jusqu’à
épuisement. Ce système de répartition est réputé plus favorable aux grands partis.
Il y a ensuite la technique d’Hondt qui permet de déterminer, grâce à une seule
opération, le nombre de sièges auxquels chaque liste aurait droit en divisant ces suffrages
obtenus par chaque liste par 1,2,3,4 ou plus selon le nombre de siéges en compétition. Les
résultats ainsi obtenus sont rangés par ordre décroissant jusqu’à concurrence du nombre de
sièges à pourvoir. C’est le dernier suffrage que constitue le chiffre de répartiteur ou le
quotient (système-belge). Il existe d’autres techniques qui permettent de répartir par ailleurs
les sièges restants mais elles sont moins utilisées parce que plus compliquées. A côté des
scrutins majoritaire et proportionnel il y a le système mixte.

c – Le système mixte
C’est l’ensemble des systèmes électoraux fondés sur le combinaison du système
majoritaire avec le système proportionnel. La finalité des systèmes mixtes c’est la
maximisation des avantages que comportent le scrutin proportionnel et le scrutin majoritaire.
L’exemple type des systèmes mixtes, c’est la technique de vote qui est en vigueur en
République Fédérale d’Allemagne de laquelle nous nous sommes inspiré. En Allemagne,
l’électeur dispose de deux voix, la première sert à désigner la moitié des députés du
Bundestag au suffrage uninominal majoritaire dans le cadre des Landers., l’autre permet
d’élire la moitié de ces députés à la représentation proportionnelle sur une liste nationale
présentée par chaque parti politique. Au Sénégal, c’est la même logique qui prévaut sauf que
l’électeur ne dispose ici que d’une voix. Mais la grande question qu’on n’arrête pas de se
poser dans les grandes démocraties, c’est de savoir : qu’est-ce qui fonde le choix d’un mode
de scrutin donné ?
62

2 – Répercussion des modes de scrutin sur le système politique


Chaque mode de scrutin comporte des avantages et des inconvénients perceptibles à
certains niveaux dont celui du nombre de partis existants et celui du système politique lui-
même. D’impressionnants travaux de recherche ont été consacrés à la question mais c’est
surtout l’étude de Maurice Duverger au début des années 50 sur : « l’influence des systèmes
électoraux sur la vie politique » qui retient l’attention. Il a dégagé ce que d’autres auteurs
appelleront par la suite les lois sociologiques de Maurice Duverger. Celui-ci relativisera cette
appellation. Ces lois sociologiques sont au nombre de trois. La première suggère que
l’adoption du scrutin majoritaire uninominal à un tour conduit « nécessairement » à un
système bipartisan (Système politique au sein duquel ce sont deux grandes formations qui se
partagent le pouvoir en s’y succédant comme en Grande-Bretagne ou aux USA par exemple).

Ce mode de scrutin est généralement caractérisé par ce que l’on appelle le vote utile
des électeurs (l’électeur pense qu’il n’est pas utile de donner sa seule voix à un parti qui a peu
de chance d’accéder au pouvoir). Ce mode de scrutin comporte des avantages à savoir la
clarté et la simplicité qui sont les gages d’une stabilité gouvernementale et qui ouvrent la
possibilité à l’alternance. Cependant ces avantages sont contrebalancés par l’injustice et
l’inéquité notamment à l’égard des petits partis qui sont de fait privés de représentation
parlementaire. La deuxième loi de Duverger enseigne que le système majoritaire à deux tours
favoriserait contrairement au premier, un multipartisme modéré en ce qui qu’il permet au
premier group de se compter au premier tour c’est-à-dire de voter par leur sensibilité politique
réelle avant de voter utile au second tour. D’où une chance pour les petits partis de subsister
grâce à la logique des alliances qu’ils pourraient essentiellement nouer au second tour.
Exemple : la France, sous la Vème République, lors des scrutins législatifs, système électoral
sénégalais. Les avantages attendus ici c’est qu’il y aura une stabilité gouvernementale du fait
d’une bipolarisation de la vie politique (Exemple : la gauche et la droite). Mais ces avantages
sont contrebalancés par des inconvénients qui tiennent aux tractations (alliances) politiques et
qui conduisent à des alliances contre nature du point de vue idéologique.

La 3ème loi c’est celle qui dit que l’instauration de la représentation proportionnelle
permettrait de déboucher sur le multipartisme. L’explication ici c’est que dans la mesure où
les électeurs seraient assurés de voir effectivement leurs suffrages au décompte final du
nombre de siège devant revenir à leur liste préférée, ils donneraient libre cours à leurs
préférences idéologiques ou partisanes. Le principal avantage est le renforcement de la
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présence des partis notamment au sein du Parlement. Les inconvénients résident en ce que ce
mode de scrutin entraîne le dispersion de l’électorat et par voie de conséquence l’éclatement
de la représentation parlementaire, d’où le risque d’instabilité politique c’est-à-dire des
situations où les partis politiques exercent une emprise sur le système, ce qui se traduit par des
tractations politiciennes permanentes. Exemple : 3ème ou 4ème République en France.

Mais il y a lieu de nuancer ces enseignements de Duverger en ce que tout d’une part,
les conséquences du choix d’un mode de scrutin ne sont jamais uniformes ou linéaires, et que
d’autre la tendance dans les faits est au rééquilibrage entre les effets induits des principaux
modes de scrutin par le succès grandissant des scrutins ou systèmes mixtes. Cependant la
dévolution du pouvoir ne se fait pas toujours de manière pacifique.
B – Les modes de scrutin
Le mode de scrutin peut être défini comme étant un système, ou une technique ou
l’ensemble des techniques qui permettent de déterminer les élus à partir du vote des électeurs.
Le choix d’un mode de scrutin revêt une grande importance dans la mesure où il est révélateur
dans un régime politique de la façon dont un pays est gouverné et mais aussi des rapports que
ce système de gouvernement entretient avec la démocratie. Le choix et le déroulement d’un
mode de scrutin, on en convient aujourd’hui largement dans les Etats démocratiques, doit être
articulé autour de trois principes majeurs que sont la liberté du vote, la sincérité du scrutin et
enfin l’égalité du vote. L’importance de ces trois principes dans l’évaluation d’un scrutin ou
d’un mode de scrutin à l’aune de l’exigence démocratique, implique deux choses. La première
c’est qu’il faut veiller à la consécration théorique des trois principes par tout système qui se
veut démocratique. La deuxième c’est de veiller à ce que dans l’organisation matérielle du
scrutin, ces trois principes ne soient dénaturés par des données techniques. Exemple : le
gerrymandering qui consiste à tailler ou à découper sur mesure des circonscriptions
électorales par les candidats qui auraient la majorité au pouvoir. Il est aussi appelé la
technique de la salamandre.

1° - Présentation des modes de scrutin


On oppose généralement dans l’étude de ces modes de scrutin, le scrutin majoritaire et
le scrutin proportionnel. Entre ces deux pôles, s’intercalent de nombreux systèmes, de vote
qui sont qualifiés de mixte parce qu’ils empruntent à l’un et à l’autre leurs avantages
respectifs en essayant de les cumuler. Dès lors, il importe de préciser les contenus de ces trois
modèles.
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a – Le scrutin majoritaire
Il se définit comme étant la technique de représentation ou le procédé de répartition
qui permet d’attribuer les sièges mis en compétition aux candidats ou à la liste ayant reçu à
l’issue des confrontations le plus grand nombre de voix. Ce type de scrutin peut se réaliser de
différentes façons. Il est uninominal lorsqu’il oppose plusieurs candidats qui se présenteraient
individuellement devant les électeurs. C’est là un mode de scrutin qui ne se réalise
généralement que dans le cadre de petites et moyennes circonscriptions. Mais il peut aussi
opposer plusieurs candidats regroupés des différentes listes sur la base d’une affinité
idéologique ou politique. D’où son appellation de scrutin de liste ou scrutin plurinominal.
Dans le cadre de ce type de scrutin, des possibilités sont offertes aux électeurs de procéder
eux-mêmes à différentes combinaisons entre les listes.

Dans ce cas là on dit que le panachage et le vote préférentiel existent. Lorsqu’on les
refuse, on est en présence d’un scrutin de liste bloqué. Le scrutin majoritaire peut être à un ou
à deux tours. Il est à un tour lorsque la majorité relative suffit pour être élu. En d’autres
termes, le (s) siège (s) sont attribués aux candidats en tête quelle que soit son avance sur les
autres. Il est à deux tours quand l’élection n’est acquise du 1er coup qu’à la majorité absolue
ou à la majorité qualifiée. On parle de la majorité absolue lorsqu’il s’agit de considérer la
moitié des votants plus une voix ; tandis que dans le cadre de la majorité qualifiée, il est
question d’un pourcentage plus important de la majorité des voix que l’on combine
généralement avec l’autre pourcentage des inscrits. A défaut de ce type de majorité, il est
procédé à un second tour entre les candidats arrivés en tête soit en fonction de leur rang ou du
pourcentage de voix qu’ils ont recueilli (ballottage).

b – Le scrutin proportionnel
C’est une technique qui consiste à répartir des sièges en compétition entre les
différentes listes en présence au prorata des voix que chacune d’elles a recueillies dans le
cadre de cette compétition. D’un point de vue historique, ce mode de scrutin serait né en
Belgique, à la fin du 19ème siècle (créé par Hondt). C’est un mode de scrutin qui est loin d’être
simple. Il pose en effet, de nombreux problèmes dont deux sont d’une grande acuité. Il s’agit
respectivement de la détermination du chiffre ou nombre de référence c’est-à-dire un nombre
uniforme et identique qui permet d’envisager ou d’accepter l’élection de tout candidat (c’est
le quotient électoral) et d’autre part la répartition des restes de voix après la première
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opération de distribution. Le quotient électoral c’est le nombre de voix qui donne droit à un
siège. Autant de fois ce chiffre est contenu dans le total de voix recueillies par une liste autant
de candidats élus obtient cette liste. On recense trois variétés de quotient électoral : quotients
uniforme, local et national.

Le quotient est dit uniforme ou fixe lorsqu’il désigne la quantité de voix pré-
déterminées au plan national et qui serait nécessaire pour avoir droit à un siège. On parle par
ailleurs de quotient local lorsqu’on divise le nombre total de suffrages exprimés par le nombre
de sièges à pourvoir au plan local. Enfin le quotient est dit national lorsqu’on vise le quotient
qui est obtenu en divisant le total des suffrages valablement exprimés au plan national, par le
nombre de sièges à pourvoir. Ce quotient dit national est réputé plus conforme à l’esprit de
justice qui fonde le système de la représentation proportionnelle. Mais le choix du quotient
national ne remplit réellement cette fonction que dans le cadre de la représentation
proportionnelle intégrale. Celle-ci est un système de répartition dans lequel, les restes sont
distribués sur la base d’un nouveau quotient déterminé après division du nombre de voix non
utilisés au plan national par le nombre de sièges restants. Mais, il s’agit d’un procédé qui est
rarement utilisé.

Le plus courant, c’est la représentation proportionnelle approchée qui postule la mise


en œuvre de trois techniques principales de répartition des restes. Ce sont les techniques de la
répartition au plus fort reste, à la plus forte moyenne. Selon la méthode du plus fort reste, elle
consiste à attribuer les sièges restants aux listes ayant le plus grand nombre de suffrages
inutilisés. Cette technique de répartition est réputée favorable aux petits partis.

S’agissant de la technique de répartition à la plus forte moyenne, elle est réalisée


comme son nom l’indique sur la base de la plus forte moyenne. Celle-ci est le résultat du
rapport entre un nouveau chiffre répartiteur et le nombre de suffrages obtenus par chaque
liste. Le nouveau chiffre répartiteur correspond au nombre de sièges recueillis par chaque liste
après la première répartition, plus un siège fictif.

Par ce procédé, on attribue à la distribution des sièges restants, un par un, jusqu’à
épuisement. Ce système de répartition est réputé plus favorable aux grands partis.
Il y a ensuite la technique d’Hondt qui permet de déterminer, grâce à une seule
opération, le nombre de sièges auxquels chaque liste aurait droit en divisant ces suffrages
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obtenus par chaque liste par 1,2,3,4 ou plus selon le nombre de siéges en compétition. Les
résultats ainsi obtenus sont rangés par ordre décroissant jusqu’à concurrence du nombre de
sièges à pourvoir. C’est le dernier suffrage que constitue le chiffre de répartiteur ou le
quotient (système-belge). Il existe d’autres techniques qui permettent de répartir par ailleurs
les sièges restants mais elles sont moins utilisées parce que plus compliquées. A côté des
scrutins majoritaire et proportionnel il y a le système mixte.

c – Le système mixte
C’est l’ensemble des systèmes électoraux fondés sur le combinaison du système
majoritaire avec le système proportionnel. La finalité des systèmes mixtes c’est la
maximisation des avantages que comportent le scrutin proportionnel et le scrutin majoritaire.
L’exemple type des systèmes mixtes, c’est la technique de vote qui est en vigueur en
République Fédérale d’Allemagne de laquelle nous nous sommes inspiré. En Allemagne,
l’électeur dispose de deux voix, la première sert à désigner la moitié des députés du
Bundestag au suffrage uninominal majoritaire dans le cadre des Landers., l’autre permet
d’élire la moitié de ces députés à la représentation proportionnelle sur une liste nationale
présentée par chaque parti politique. Au Sénégal, c’est la même logique qui prévaut sauf que
l’électeur ne dispos ici que d’une voix. Mais la grande question qu’on n’arrête pas de se poser
dans les grandes démocraties, c’est de savoir : qu’est-ce qui fonde le choix d’un mode de
scrutin donné ?

2 – Répercussion des modes de scrutin sur le système politique


Chaque mode de scrutin comporte des avantages et des inconvénients perceptibles à
certains niveaux dont celui du nombre de partis existants et celui du système politique lui-
même. D’impressionnants travaux de recherche ont été consacrés à la question mais c’est
surtout l’étude de Maurice Duverger au début des années 50 sur : « l’influence des systèmes
électoraux sur la vie politique » qui retient l’attention. Il a dégagé ce que d’autres auteurs
appelleront par la suite les lois sociologiques de Maurice Duverger. Celui-ci relativisera cette
appellation. Ces lois sociologiques sont au nombre de trois. La première suggère que
l’adoption du scrutin majoritaire uninominal à un tour conduit « nécessairement » à un
système bipartisan (Système politique au sein duquel ce sont deux grandes formations qui se
partagent le pouvoir en s’y succédant comme en Grande-Bretagne ou aux USA par exemple).
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Ce mode de scrutin est généralement caractérisé par ce que l’on appelle le vote utile
des électeurs (l’électeur pense qu’il n’est pas utile de donner sa seule voix à un parti qui a peu
de chance d’accéder au pouvoir). Ce mode de scrutin comporte des avantages à savoir la
clarté et la simplicité qui sont les gages d’une stabilité gouvernementale et qui ouvrent la
possibilité à l’alternance. Cependant ces avantages sont contrebalancés par l’injustice et
l’inéquité notamment à l’égard des petits partis qui sont de fait privés de représentation
parlementaire. La deuxième loi de Duverger enseigne que le système majoritaire à deux tours
favoriserait contrairement au premier, un multipartisme modéré en ce qui qu’il permet au
premier group de se compter au premier tour c’est-à-dire de voter par leur sensibilité politique
réelle avant de voter utile au second tour. D’où une chance pour les petits partis de subsister
grâce à la logique des alliances qu’ils pourraient essentiellement nouer au second tour.
Exemple : la France, sous la Vème République, lors des scrutins législatifs, système électoral
sénégalais. Les avantages attendus ici c’est qu’il y aura une stabilité gouvernementale du fait
d’une bipolarisation de la vie politique (Exemple : la gauche et la droite). Mais ces avantages
sont contrebalancés par des inconvénients qui tiennent aux tractations (alliances) politiques et
qui conduisent à des alliances contre nature du point de vue idéologique.

La 3ème loi c’est celle qui dit que l’instauration de la représentation proportionnelle
permettrait de déboucher sur le multipartisme. L’explication ici c’est que dans la mesure où
les électeurs seraient assurés de voir effectivement leurs suffrages au décompte final du
nombre de siège devant revenir à leur liste préférée, ils donneraient libre cours à leurs
préférences idéologiques ou partisanes. Le principal avantage est le renforcement de la
présence des partis notamment au sein du Parlement. Les inconvénients résident en ce que ce
mode de scrutin entraîne le dispersion de l’électorat et par voie de conséquence l’éclatement
de la représentation parlementaire, d’où le risque d’instabilité politique c’est-à-dire des
situations où les partis politiques exercent une emprise sur le système, ce qui se traduit par des
tractations politiciennes permanentes. Exemple : 3ème ou 4ème République en France.

Mais il y a lieu de nuancer ces enseignements de Duverger en ce que tout d’une part,
les conséquences du choix d’un mode de scrutin ne sont jamais uniformes ou linéaires, et que
d’autre la tendance dans les faits est au rééquilibrage entre les effets induits des principaux
modes de scrutin par le succès grandissant des scrutins ou systèmes mixtes. Cependant la
dévolution du pouvoir ne se fait pas toujours de manière pacifique.
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B – Les modes de scrutin


Le mode de scrutin peut être défini comme étant un système, ou une technique ou
l’ensemble des techniques qui permettent de déterminer les élus à partir du vote des électeurs.
Le choix d’un mode de scrutin revêt une grande importance dans la mesure où il est
révélateur dans un régime politique de la façon dont un pays est gouverné et mais aussi des
rapports que ce système de gouvernement entretient avec la démocratie. Le choix et le
déroulement d’un mode de scrutin, on en convient aujourd’hui largement dans les Etats
démocratiques, doit être articulé autour de trois principes majeurs que sont la liberté du vote,
la sincérité du scrutin et enfin l’égalité du vote. L’importance de ces trois principes dans
l’évaluation d’un scrutin ou d’un mode de scrutin à l’aune de l’exigence démocratique,
implique deux choses. La première c’est qu’il faut veiller à la consécration théorique des trois
principes par tout système qui se veut démocratique. La deuxième c’est de veiller à ce que
dans l’organisation matérielle du scrutin, ces trois principes ne soient dénaturés par des
données techniques. Exemple : le gerrymandering qui consiste à tailler ou à découper sur
mesure des circonscriptions électorales par les candidats qui auraient la majorité au pouvoir. Il
est aussi appelé la technique de la salamandre.

1° - Présentation des modes de scrutin


On oppose généralement dans l’étude de ces modes de scrutin, le scrutin majoritaire et
le scrutin proportionnel. Entre ces deux pôles, s’intercalent de nombreux systèmes, de vote
qui sont qualifiés de mixte parce qu’ils empruntent à l’un et à l’autre leurs avantages
respectifs en essayant de les cumuler. Dès lors, il importe de préciser les contenus de ces trois
modèles.

a – Le scrutin majoritaire
Il se définit comme étant la technique de représentation ou le procédé de répartition
qui permet d’attribuer les sièges mis en compétition aux candidats ou à la liste ayant reçu à
l’issue des confrontations le plus grand nombre de voix. Ce type de scrutin peut se réaliser de
différentes façons. Il est uninominal lorsqu’il oppose plusieurs candidats qui se présenteraient
individuellement devant les électeurs. C’est là un mode de scrutin qui ne se réalise
généralement que dans le cadre de petites et moyennes circonscriptions. Mais il peut aussi
opposer plusieurs candidats regroupés des différentes listes sur la base d’une affinité
idéologique ou politique. D’où son appellation de scrutin de liste ou scrutin plurinominal.
69

Dans le cadre de ce type de scrutin, des possibilités sont offertes aux électeurs de procéder
eux-mêmes à différentes combinaisons entre les listes.

Dans ce cas là on dit que le panachage et le vote préférentiel existent. Lorsqu’on les
refuse, on est en présence d’un scrutin de liste bloqué. Le scrutin majoritaire peut être à un ou
à deux tours. Il est à un tour lorsque la majorité relative suffit pour être élu. En d’autres
termes, le (s) siège (s) sont attribués aux candidats en tête quelle que soit son avance sur les
autres. Il est à deux tours quand l’élection n’est acquise du 1er coup qu’à la majorité absolue
ou à la majorité qualifiée. On parle de la majorité absolue lorsqu’il s’agit de considérer la
moitié des votants plus une voix ; tandis que dans le cadre de la majorité qualifiée, il est
question d’un pourcentage plus important de la majorité des voix que l’on combine
généralement avec l’autre pourcentage des inscrits. A défaut de ce type de majorité, il est
procédé à un second tour entre les candidats arrivés en tête soit en fonction de leur rang ou du
pourcentage de voix qu’ils ont recueilli (ballottage).

b – Le scrutin proportionnel
C’est une technique qui consiste à répartir des sièges en compétition entre les
différentes listes en présence au prorata des voix que chacune d’elles a recueillies dans le
cadre de cette compétition. D’un point de vue historique, ce mode de scrutin serait né en
Belgique, à la fin du 19ème siècle (créé par Hondt). C’est un mode de scrutin qui est loin d’être
simple. Il pose en effet, de nombreux problèmes dont deux sont d’une grande acuité. Il s’agit
respectivement de la détermination du chiffre ou nombre de référence c’est-à-dire un nombre
uniforme et identique qui permet d’envisager ou d’accepter l’élection de tout candidat (c’est
le quotient électoral) et d’autre part la répartition des restes de voix après la première
opération de distribution. Le quotient électoral c’est le nombre de voix qui donne droit à un
siège. Autant de fois ce chiffre est contenu dans le total de voix recueillies par une liste autant
de candidats élus obtient cette liste. On recense trois variétés de quotient électoral : quotients
uniforme, local et national.

Le quotient est dit uniforme ou fixe lorsqu’il désigne la quantité de voix pré-
déterminées au plan national et qui serait nécessaire pour avoir droit à un siège. On parle par
ailleurs de quotient local lorsqu’on divise le nombre total de suffrages exprimés par le nombre
de sièges à pourvoir au plan local. Enfin le quotient est dit national lorsqu’on vise le quotient
qui est obtenu en divisant le total des suffrages valablement exprimés au plan national, par le
70

nombre de sièges à pourvoir. Ce quotient dit national est réputé plus conforme à l’esprit de
justice qui fonde le système de la représentation proportionnelle. Mais le choix du quotient
national ne remplit réellement cette fonction que dans le cadre de la représentation
proportionnelle intégrale. Celle-ci est un système de répartition dans lequel, les restes sont
distribués sur la base d’un nouveau quotient déterminé après division du nombre de voix non
utilisés au plan national par le nombre de sièges restants. Mais, il s’agit d’un procédé qui est
rarement utilisé.

Le plus courant, c’est la représentation proportionnelle approchée qui postule la mise


en œuvre de trois techniques principales de répartition des restes. Ce sont les techniques de la
répartition au plus fort reste, à la plus forte moyenne. Selon la méthode du plus fort reste, elle
consiste à attribuer les sièges restants aux listes ayant le plus grand nombre de suffrages
inutilisés. Cette technique de répartition est réputée favorable aux petits partis.

S’agissant de la technique de répartition à la plus forte moyenne, elle est réalisée


comme son nom l’indique sur la base de la plus forte moyenne. Celle-ci est le résultat du
rapport entre un nouveau chiffre répartiteur et le nombre de suffrages obtenus par chaque
liste. Le nouveau chiffre répartiteur correspond au nombre de sièges recueillis par chaque liste
après la première répartition, plus un siège fictif.

Par ce procédé, on attribue à la distribution des sièges restants, un par un, jusqu’à
épuisement. Ce système de répartition est réputé plus favorable aux grands partis.
Il y a ensuite la technique d’Hondt qui permet de déterminer, grâce à une seule
opération, le nombre de sièges auxquels chaque liste aurait droit en divisant ces suffrages
obtenus par chaque liste par 1,2,3,4 ou plus selon le nombre de siéges en compétition. Les
résultats ainsi obtenus sont rangés par ordre décroissant jusqu’à concurrence du nombre de
sièges à pourvoir. C’est le dernier suffrage que constitue le chiffre de répartiteur ou le
quotient (système-belge). Il existe d’autres techniques qui permettent de répartir par ailleurs
les sièges restants mais elles sont moins utilisées parce que plus compliquées. A côté des
scrutins majoritaire et proportionnel il y a le système mixte.

c – Le système mixte
C’est l’ensemble des systèmes électoraux fondés sur le combinaison du système
majoritaire avec le système proportionnel. La finalité des systèmes mixtes c’est la
71

maximisation des avantages que comportent le scrutin proportionnel et le scrutin majoritaire.


L’exemple type des systèmes mixtes, c’est la technique de vote qui est en vigueur en
République Fédérale d’Allemagne de laquelle nous nous sommes inspiré. En Allemagne,
l’électeur dispose de deux voix, la première sert à désigner la moitié des députés du
Bundestag au suffrage uninominal majoritaire dans le cadre des Landers., l’autre permet
d’élire la moitié de ces députés à la représentation proportionnelle sur une liste nationale
présentée par chaque parti politique. Au Sénégal, c’est la même logique qui prévaut sauf que
l’électeur ne dispos ici que d’une voix. Mais la grande question qu’on n’arrête pas de se poser
dans les grandes démocraties, c’est de savoir : qu’est-ce qui fonde le choix d’un mode de
scrutin donné ?

2 – Répercussion des modes de scrutin sur le système politique


Chaque mode de scrutin comporte des avantages et des inconvénients perceptibles à
certains niveaux dont celui du nombre de partis existants et celui du système politique lui-
même. D’impressionnants travaux de recherche ont été consacrés à la question mais c’est
surtout l’étude de Maurice Duverger au début des années 50 sur : « l’influence des systèmes
électoraux sur la vie politique » qui retient l’attention. Il a dégagé ce que d’autres auteurs
appelleront par la suite les lois sociologiques de Maurice Duverger. Celui-ci relativisera cette
appellation. Ces lois sociologiques sont au nombre de trois. La première suggère que
l’adoption du scrutin majoritaire uninominal à un tour conduit « nécessairement » à un
système bipartisan (Système politique au sein duquel ce sont deux grandes formations qui se
partagent le pouvoir en s’y succédant comme en Grande-Bretagne ou aux USA par exemple).

Ce mode de scrutin est généralement caractérisé par ce que l’on appelle le vote utile
des électeurs (l’électeur pense qu’il n’est pas utile de donner sa seule voix à un parti qui a peu
de chance d’accéder au pouvoir). Ce mode de scrutin comporte des avantages à savoir la
clarté et la simplicité qui sont les gages d’une stabilité gouvernementale et qui ouvrent la
possibilité à l’alternance. Cependant ces avantages sont contrebalancés par l’injustice et
l’inéquité notamment à l’égard des petits partis qui sont de fait privés de représentation
parlementaire. La deuxième loi de Duverger enseigne que le système majoritaire à deux tours
favoriserait contrairement au premier, un multipartisme modéré en ce qui qu’il permet au
premier group de se compter au premier tour c’est-à-dire de voter par leur sensibilité politique
réelle avant de voter utile au second tour. D’où une chance pour les petits partis de subsister
grâce à la logique des alliances qu’ils pourraient essentiellement nouer au second tour.
72

Exemple : la France, sous la Vème République, lors des scrutins législatifs, système électoral
sénégalais. Les avantages attendus ici c’est qu’il y aura une stabilité gouvernementale du fait
d’une bipolarisation de la vie politique (Exemple : la gauche et la droite). Mais ces avantages
sont contrebalancés par des inconvénients qui tiennent aux tractations (alliances) politiques et
qui conduisent à des alliances contre nature du point de vue idéologique.

La 3ème loi c’est celle qui dit que l’instauration de la représentation proportionnelle
permettrait de déboucher sur le multipartisme. L’explication ici c’est que dans la mesure où
les électeurs seraient assurés de voir effectivement leurs suffrages au décompte final du
nombre de siège devant revenir à leur liste préférée, ils donneraient libre cours à leurs
préférences idéologiques ou partisanes. Le principal avantage est le renforcement de la
présence des partis notamment au sein du Parlement. Les inconvénients résident en ce que ce
mode de scrutin entraîne le dispersion de l’électorat et par voie de conséquence l’éclatement
de la représentation parlementaire, d’où le risque d’instabilité politique c’est-à-dire des
situations où les partis politiques exercent une emprise sur le système, ce qui se traduit par des
tractations politiciennes permanentes. Exemple : 3ème ou 4ème République en France.

Mais il y a lieu de nuancer ces enseignements de Duverger en ce que tout d’une part,
les conséquences du choix d’un mode de scrutin ne sont jamais uniformes ou linéaires, et que
d’autre la tendance dans les faits est au rééquilibrage entre les effets induits des principaux
modes de scrutin par le succès grandissant des scrutins ou systèmes mixtes. Cependant la
dévolution du pouvoir ne se fait pas toujours de manière pacifique.
B – Les modes de scrutin
Le mode de scrutin peut être défini comme étant un système, ou une technique ou
l’ensemble des techniques qui permettent de déterminer les élus à partir du vote des électeurs.
Le choix d’un mode de scrutin revêt une grande importance dans la mesure où il est révélateur
dans un régime politique de la façon dont un pays est gouverné et mais aussi des rapports que
ce système de gouvernement entretient avec la démocratie. Le choix et le déroulement d’un
mode de scrutin, on en convient aujourd’hui largement dans les Etats démocratiques, doit être
articulé autour de trois principes majeurs que sont la liberté du vote, la sincérité du scrutin et
enfin l’égalité du vote. L’importance de ces trois principes dans l’évaluation d’un scrutin ou
d’un mode de scrutin à l’aune de l’exigence démocratique, implique deux choses. La première
c’est qu’il faut veiller à la consécration théorique des trois principes par tout système qui se
veut démocratique. La deuxième c’est de veiller à ce que dans l’organisation matérielle du
73

scrutin, ces trois principes ne soient dénaturés par des données techniques. Exemple : le
gerrymandering qui consiste à tailler ou à découper sur mesure des circonscriptions
électorales par les candidats qui auraient la majorité au pouvoir. Il est aussi appelé la
technique de la salamandre.

1° - Présentation des modes de scrutin


On oppose généralement dans l’étude de ces modes de scrutin, le scrutin majoritaire et
le scrutin proportionnel. Entre ces deux pôles, s’intercalent de nombreux systèmes, de vote
qui sont qualifiés de mixte parce qu’ils empruntent à l’un et à l’autre leurs avantages
respectifs en essayant de les cumuler. Dès lors, il importe de préciser les contenus de ces trois
modèles.

a – Le scrutin majoritaire
Il se définit comme étant la technique de représentation ou le procédé de répartition
qui permet d’attribuer les sièges mis en compétition aux candidats ou à la liste ayant reçu à
l’issue des confrontations le plus grand nombre de voix. Ce type de scrutin peut se réaliser de
différentes façons. Il est uninominal lorsqu’il oppose plusieurs candidats qui se présenteraient
individuellement devant les électeurs. C’est là un mode de scrutin qui ne se réalise
généralement que dans le cadre de petites et moyennes circonscriptions. Mais il peut aussi
opposer plusieurs candidats regroupés des différentes listes sur la base d’une affinité
idéologique ou politique. D’où son appellation de scrutin de liste ou scrutin plurinominal.
Dans le cadre de ce type de scrutin, des possibilités sont offertes aux électeurs de procéder
eux-mêmes à différentes combinaisons entre les listes.

Dans ce cas là on dit que le panachage et le vote préférentiel existent. Lorsqu’on les
refuse, on est en présence d’un scrutin de liste bloqué. Le scrutin majoritaire peut être à un ou
à deux tours. Il est à un tour lorsque la majorité relative suffit pour être élu. En d’autres
termes, le (s) siège (s) sont attribués aux candidats en tête quelle que soit son avance sur les
autres. Il est à deux tours quand l’élection n’est acquise du 1er coup qu’à la majorité absolue
ou à la majorité qualifiée. On parle de la majorité absolue lorsqu’il s’agit de considérer la
moitié des votants plus une voix ; tandis que dans le cadre de la majorité qualifiée, il est
question d’un pourcentage plus important de la majorité des voix que l’on combine
généralement avec l’autre pourcentage des inscrits. A défaut de ce type de majorité, il est
74

procédé à un second tour entre les candidats arrivés en tête soit en fonction de leur rang ou du
pourcentage de voix qu’ils ont recueilli (ballottage).

b – Le scrutin proportionnel
C’est une technique qui consiste à répartir des sièges en compétition entre les
différentes listes en présence au prorata des voix que chacune d’elles a recueillies dans le
cadre de cette compétition. D’un point de vue historique, ce mode de scrutin serait né en
Belgique, à la fin du 19ème siècle (créé par Hondt). C’est un mode de scrutin qui est loin d’être
simple. Il pose en effet, de nombreux problèmes dont deux sont d’une grande acuité. Il s’agit
respectivement de la détermination du chiffre ou nombre de référence c’est-à-dire un nombre
uniforme et identique qui permet d’envisager ou d’accepter l’élection de tout candidat (c’est
le quotient électoral) et d’autre part la répartition des restes de voix après la première
opération de distribution. Le quotient électoral c’est le nombre de voix qui donne droit à un
siège. Autant de fois ce chiffre est contenu dans le total de voix recueillies par une liste autant
de candidats élus obtient cette liste. On recense trois variétés de quotient électoral : quotients
uniforme, local et national.

Le quotient est dit uniforme ou fixe lorsqu’il désigne la quantité de voix pré-
déterminées au plan national et qui serait nécessaire pour avoir droit à un siège. On parle par
ailleurs de quotient local lorsqu’on divise le nombre total de suffrages exprimés par le nombre
de sièges à pourvoir au plan local. Enfin le quotient est dit national lorsqu’on vise le quotient
qui est obtenu en divisant le total des suffrages valablement exprimés au plan national, par le
nombre de sièges à pourvoir. Ce quotient dit national est réputé plus conforme à l’esprit de
justice qui fonde le système de la représentation proportionnelle. Mais le choix du quotient
national ne remplit réellement cette fonction que dans le cadre de la représentation
proportionnelle intégrale. Celle-ci est un système de répartition dans lequel, les restes sont
distribués sur la base d’un nouveau quotient déterminé après division du nombre de voix non
utilisés au plan national par le nombre de sièges restants. Mais, il s’agit d’un procédé qui est
rarement utilisé.

Le plus courant, c’est la représentation proportionnelle approchée qui postule la mise


en œuvre de trois techniques principales de répartition des restes. Ce sont les techniques de la
répartition au plus fort reste, à la plus forte moyenne. Selon la méthode du plus fort reste, elle
75

consiste à attribuer les sièges restants aux listes ayant le plus grand nombre de suffrages
inutilisés. Cette technique de répartition est réputée favorable aux petits partis.

S’agissant de la technique de répartition à la plus forte moyenne, elle est réalisée


comme son nom l’indique sur la base de la plus forte moyenne. Celle-ci est le résultat du
rapport entre un nouveau chiffre répartiteur et le nombre de suffrages obtenus par chaque
liste. Le nouveau chiffre répartiteur correspond au nombre de sièges recueillis par chaque liste
après la première répartition, plus un siège fictif.

Par ce procédé, on attribue à la distribution des sièges restants, un par un, jusqu’à
épuisement. Ce système de répartition est réputé plus favorable aux grands partis.
Il y a ensuite la technique d’Hondt qui permet de déterminer, grâce à une seule
opération, le nombre de sièges auxquels chaque liste aurait droit en divisant ces suffrages
obtenus par chaque liste par 1,2,3,4 ou plus selon le nombre de siéges en compétition. Les
résultats ainsi obtenus sont rangés par ordre décroissant jusqu’à concurrence du nombre de
sièges à pourvoir. C’est le dernier suffrage que constitue le chiffre de répartiteur ou le
quotient (système-belge). Il existe d’autres techniques qui permettent de répartir par ailleurs
les sièges restants mais elles sont moins utilisées parce que plus compliquées. A côté des
scrutins majoritaire et proportionnel il y a le système mixte.

c – Le système mixte
C’est l’ensemble des systèmes électoraux fondés sur le combinaison du système
majoritaire avec le système proportionnel. La finalité des systèmes mixtes c’est la
maximisation des avantages que comportent le scrutin proportionnel et le scrutin majoritaire.
L’exemple type des systèmes mixtes, c’est la technique de vote qui est en vigueur en
République Fédérale d’Allemagne de laquelle nous nous sommes inspirés. En Allemagne,
l’électeur dispose de deux voix, la première sert à désigner la moitié des députés du
Bundestag au suffrage uninominal majoritaire dans le cadre des Landers., l’autre permet
d’élire la moitié de ces députés à la représentation proportionnelle sur une liste nationale
présentée par chaque parti politique. Au Sénégal, c’est la même logique qui prévaut sauf que
l’électeur ne dispose ici que d’une voix. Mais la grande question qu’on n’arrête pas de se
poser dans les grandes démocraties, c’est de savoir : qu’est-ce qui fonde le choix d’un mode
de scrutin donné ?
76

2 – Répercussion des modes de scrutin sur le système politique


Chaque mode de scrutin comporte des avantages et des inconvénients perceptibles à
certains niveaux dont celui du nombre de partis existants et celui du système politique lui-
même. D’impressionnants travaux de recherche ont été consacrés à la question mais c’est
surtout l’étude de Maurice Duverger au début des années 50 sur : « l’influence des systèmes
électoraux sur la vie politique » qui retient l’attention. Il a dégagé ce que d’autres auteurs
appelleront par la suite les lois sociologiques de Maurice Duverger. Celui-ci relativisera cette
appellation. Ces lois sociologiques sont au nombre de trois. La première suggère que
l’adoption du scrutin majoritaire uninominal à un tour conduit « nécessairement » à un
système bipartisan (Système politique au sein duquel ce sont deux grandes formations qui se
partagent le pouvoir en s’y succédant comme en Grande-Bretagne ou aux USA par exemple).

Ce mode de scrutin est généralement caractérisé par ce que l’on appelle le vote utile
des électeurs (l’électeur pense qu’il n’est pas utile de donner sa seule voix à un parti qui a peu
de chance d’accéder au pouvoir). Ce mode de scrutin comporte des avantages à savoir la
clarté et la simplicité qui sont les gages d’une stabilité gouvernementale et qui ouvrent la
possibilité à l’alternance. Cependant ces avantages sont contrebalancés par l’injustice et
l’inéquité notamment à l’égard des petits partis qui sont de fait privés de représentation
parlementaire. La deuxième loi de Duverger enseigne que le système majoritaire à deux tours
favoriserait contrairement au premier, un multipartisme modéré en ce qui qu’il permet au
premier group de se compter au premier tour c’est-à-dire de voter par leur sensibilité politique
réelle avant de voter utile au second tour. D’où une chance pour les petits partis de subsister
grâce à la logique des alliances qu’ils pourraient essentiellement nouer au second tour.
Exemple : la France, sous la Vème République, lors des scrutins législatifs, système électoral
sénégalais. Les avantages attendus ici c’est qu’il y aura une stabilité gouvernementale du fait
d’une bipolarisation de la vie politique (Exemple : la gauche et la droite). Mais ces avantages
sont contrebalancés par des inconvénients qui tiennent aux tractations (alliances) politiques et
qui conduisent à des alliances contre nature du point de vue idéologique.

La 3ème loi c’est celle qui dit que l’instauration de la représentation proportionnelle
permettrait de déboucher sur le multipartisme. L’explication ici c’est que dans la mesure où
les électeurs seraient assurés de voir effectivement leurs suffrages au décompte final du
nombre de siège devant revenir à leur liste préférée, ils donneraient libre cours à leurs
préférences idéologiques ou partisanes. Le principal avantage est le renforcement de la
77

présence des partis notamment au sein du Parlement. Les inconvénients résident en ce que ce
mode de scrutin entraîne le dispersion de l’électorat et par voie de conséquence l’éclatement
de la représentation parlementaire, d’où le risque d’instabilité politique c’est-à-dire des
situations où les partis politiques exercent une emprise sur le système, ce qui se traduit par des
tractations politiciennes permanentes. Exemple : 3ème ou 4ème République en France.

Mais il y a lieu de nuancer ces enseignements de Duverger en ce que tout d’une part,
les conséquences du choix d’un mode de scrutin ne sont jamais uniformes ou linéaires, et que
d’autre la tendance dans les faits est au rééquilibrage entre les effets induits des principaux
modes de scrutin par le succès grandissant des scrutins ou systèmes mixtes. Cependant la
dévolution du pouvoir ne se fait pas toujours de manière pacifique.
Parag.2 – Les modes de transmission violente du pouvoir : les révolutions et les
coups d’Etat

a – les révolutions
La révolution comme mode d’accession au pouvoir est aujourd’hui une forme
surannée, dépassée, bien que certains dirigeants continuent à qualifier leur coup de force de
révolutionnaire. C’est pourquoi nous n’étudierons cette modalité que de façon rapide.

La révolution signifie le renversement par la violence de l’ordre politique établi et son


remplacement par un nouvel ordre (révolutions 1789 ou de 1917). Ce renversement a des
causes et des conséquences.

1 Les causes explicatives des révolutions


Elles sont généralement de trois ordres : politique, économique et parfois culturel. En
effet, les révolutions politiques sont souvent fondées sur une revendication de la liberté
politique. Les causes économiques évoquent généralement la paupérisation des populations
rurales, la famine ou de façon générale l’état de récession économique dont serait victime
l’Etat de façon générale. Les causes sont enfin culturelles, lorsque la révolution a pour objet
de mettre fin à un phénomène d’acculturation qui frapperait les populations. Ces causes
donnent lieu à un certain nombre de conséquences.

2 – Les conséquences des révolutions


78

Elles peuvent être résumées à l’établissement d’un ordre politique nouveau. Dans cet
établissement, il y a en fait deux choses : l’action de table rase que l’on fait en détruisant tout
ce qui était là et qui symbolisait l’ordre ancien (les organes et les textes) et la mise en place de
nouvelles institutions (organes et textes). Il s’agit donc véritablement de l’avènement d’un
nouveau pouvoir politique qui s’entend de nouvelles classes politiques, d’un nouveau pouvoir
local et de nouvelles mentalités. Mais le phénomène le plus courant et le plus fréquent
aujourd’hui notamment en Afrique, ce sont les coups d’Etat militaires.

b – Les coups d’Etat


D’un point de vue sémantique on serait tenté d’en faire la distinction entre les coups
d’Etat civils et coup d’Etat militaire. Celui-ci est un renversement par la violence du pouvoir
civil et son remplacement par l’autorité militaire. Les coups d’Etat ont des causes et des
conséquences.

1 – Les causes exploratives des coups d’Etat


On en recense deux : causes économiques ou politiques.
S’agissant des causes économiques, on peut évoquer des situations de marasme
économique pouvant donner lieu au déclenchement des révolutions militaires. Le marasme
économique c’est le décalage que l’on note souvent entre la faiblesse des performances
économiques de l’Etat et à la fois l’urgence et l’ampleur des besoins économiques en matière
de nourriture par exemple. Dans ces causes économiques, les auteurs de ces coups d’Etat
s’élisent en justiciers venant sanctionner la faillite des élites politiques. A côté des causes
économiques, il y a les causes politiques. Ce sont des revendications à titre libertaire dans la
mesure où les interventions sont motivées par la volonté de libérer le peuple de l’oppression
politique. En certaines occasions, les militaires interviennent en assumant une fonction
arbitrale pour éviter, soutiennent-ils, le chaos politique ou pour rompre l’immobilisme
politique comme ce fut le cas au Niger avec le Colonel Baré Maynassara (janvier 1996). Mais
derrière ces revendications, il y a en réalité le dessein inavoué de prendre la place des civils.
Evidemment, l’entrée en scène politique des militaires donne lieu à des conséquences d’ordre
institutionnel et politique.
79

2 – Les conséquences des coups d’Etat


Elles sont surtout institutionnelles dans la mesure où elles se traduisent par la mise en
place de mécanismes et procédés permettant le plus souvent aux nouveaux venus d’asseoir et
de consolider leur place. On voit ici un scénario se dérouler en trois phases : la première c’est
la table rase des organes politiques et des textes. La deuxième correspond la mise en place des
institutions provisoires de substitution. La troisième phase c’est l’adoption d’actes fondateurs
des nouveaux régimes politiques qui suivent l’arrivée au pouvoir des militaires (c’est
l’avènement de nouvelles constitutions). Cette adoption s’accompagne le plus souvent de la
création de nouveaux partis politique et de l’organisation de nouvelles élections. On peut donc
dire de façon générale que cette dernière phase de normalisation politique n’est qu’un leurre,
une simple façade démocratique dans la mesure où ce sont en général des régimes
monocratiques qui sont souvent incapables de densifier à la fois leur assise et leur pratique
politique. Il y a donc ici un risque d’instabilité politique c’est-à-dire une situation dans
laquelle l’exercice du pouvoir politique normal est affecté tant dans ses assises que dans ses
formes classiques de manifestation populaire.

CHAPITRE III – L’EXERCICE DU POUVOIR DE L’ETAT :


FONDEMENT JURIDIQUE ET MANIFESTATIONS
POLITIQUES

Le pouvoir de l’Etat signifie la faculté ou la prérogative qui serait conférée par le


souverain (peuple) à l’Etat pour gérer les affaires de la société. Cette prérogative est assurée
par des organes publiques dont les tâches qui leur sont imparties font l’objet d’une répartition
suivant un certain nombre de principes ou de règles à caractères soit politique ou juridique,
soit les deux à la fois. Ces textes qui fondent le pouvoir sont contenus dans la constitution qui
servirait ainsi de référence à ce même pouvoir dans ses différentes formes de manifestation. Il
y a lieu de s’intéresser donc tout d’abord à la Constitution.

SECTION I – LE FONDEMENT JURIDIQUE DU POUVOIR : LA


CONSTITUTION

Parag.1 – La notion de constitution


Pour bien mesurer l’importance de la Constitution dans l’Etat, il faut se reporter à la
Déclaration Universelle des Droits de l’Homme qui est une œuvre majeure que les
révolutionnaires français ont voulu dédier à l’humanité tout entière notamment en son article
80

16 qui dispose que l’objet de la Constitution est d’assurer la garantie des droits des citoyens
dans l’Etat en assignant des limites au pouvoir de cet Etat par une certaine disposition des
organes ou pouvoirs publiques. Au regard de ces dispositions, ce qui est énoncé c’est plus
qu’un principe ou une philosophie politique, c’est véritablement un mode d’existence de
l’Etat moderne sur droit. C’est à ce propos que les auteurs ont pu établir un lien entre les
notions de constitution, de constitutionnalisme et d’Etat de droit.

S’agissant du constitutionnalisme, c’est une notion qui serait née dans la Grèce antique
et qui se rapportait alors au corps des lois anciennes qui servaient de fondement à l’action de
l’Etat et qui ne pouvaient de ce fait être modifiés par les lois ordinaires.

Quant à l’Etat de droit, c’est la philosophie politique selon laquelle l’Etat serait fondé
sur le respect des règles de droit articulées selon le principe hiérarchique sur la base duquel il
y aurait une pyramide dont le sommet serait la constitution. Pour ce qui est enfin de dernière,
d’un point de vue historique, elle désignait l’ensemble des règles fondamentales dont l’objet
était de limiter les prérogatives du pouvoir royal. Cette différence de contexte va donner lieu à
différentes formes de constitution que l’on peut en fonction des contextes et des réalités,
opposer entre elles.

a – Les constitutions matérielles et les constitutions formelles


Au sens matériel, la constitution s’entend du contenu des règles qui ont à la fois pour
objet l’organisation et le fonctionnement des pouvoirs publics, les normes qui leur sont
applicables notamment dans leurs rapports avec les particuliers. C’est une définition large de
la constitution matérielle dans la mesure où les règles dont il est question peuvent être écrites
ou non, contenues dans un texte unique ou éparpillées dans plusieurs textes.

Au sens formel, la constitution c’est l’ensemble des règles qui obéissent pour leur
adoption et leur révision à une procédure spécifique.

b – Les constitutions souples et les constitutions rigides


Les constitutions souples sont les constitutions dont les règles n’obéissent pour leur
adoption ou modification à aucune procédure particulière différente de celle-ci, exemple : les
Constitutions de la Grande-Bretagne, de l’Israël, de la Chine (Constitution de 1782). Les
constitutions rigides désignent celles qui aménagent une procédure spécifique, solennelle pour
81

l’adoption et la modification des règles qu’elles contiennent (art. 89 de la constitution


française et article 103 de la Constitution sénégalaise du 22 janvier 2001.

c – Les constitutions écrites et les constitutions coutumières


A prime à bord, la notion de constitution renvoie toujours aux règles fondamentales
qui régissent dans l’Etat, l’organisation et le fonctionnement des pouvoirs publiques et qui se
trouvent consignés par ailleurs dans un document solennel et unique : c’est la constitution
écrite. Or toutes les Constitutions ne sont pas écrites. En effet dans certains pays comme la
Grande-Bretagne, les règles essentielles d’organisation et de fonctionnement des pouvoirs
publics ne sont écrites nulle part. Elles font simplement l’objet d’une convention entre les
acteurs du pouvoir politique. Mais il y a lieu de préciser pour ce pays que les conventions
dont il s’agit sont des conventions vieilles de plusieurs siècles. Par ailleurs, toutes les
constitutions ne sont pas qu’écrites car même dans les pays à constitution écrite, des règles
constitutionnelles importantes peuvent naître parfois de façon coutumière. Ici, le plus souvent,
la coutume vient se greffer sur la règle écrite. Tout comme on peut noter dans les pays à
constitution coutumière, la subsistance de règles constitutionnelles écrites à côté d’une
majorité de règles coutumières. La place de la coutume dans la constitution revêt une grande
importance pour les auteurs au point de susciter parfois de larges débats doctrinaux. Mais ce
débat est lui-même induit par la mise en parallèle des avantages et inconvénients des modèles
écrits ou coutumiers de constitution.

Parag.2 – L’établissement et la révision des constitutions


Au moment de la création ou de la refondation de l’Etat, on procède à l’élaboration
d’une constitution. Il s’agit d’un acte inédit qui est l’œuvre du pouvoir constituant originaire
(le PCO). Mais une fois qu’on juge nécessaire de changer les règles d’organisation ou de
fonctionnement de l’Etat au cours de son Existence, on fait alors appel à un pouvoir
constituant dérivé (le PCD).

a – L’élaboration des constitutions


Elaborer ou établir une constitution c’est mettre en place à la fois des institutions et les
règles fondamentales devant régir la vie du groupe. C’est l’œuvre du PCO qui se situe soit
avant ou après les révolutions ou coups d’Etat. Cette œuvre du PCO peut prendre diverses
formes notamment selon trois modalités : l’octroi des constitutions (chartes royales),
82

élaboration de la nouvelle constitution par un individu ou un groupe d’individus, l’élaboration


par une assemblée ad-hoc avec ou sans référendum.

- L’octroi des constitutions.


Ce système consiste de la part du monarque à élaborer lui-même une constitution pour
l’octroyer à ses sujets. Il s’agit ici d’une modalité autoritaire d’élaboration de la constitution
dans la mesure où celle-ci est le fait d’un homme qui l’impose par la suite aux citoyens, mais
cet homme n’est rien d’autre que le dirigeant que la providence a donné à un groupe.
L’exemple type se trouve dans la charte de 1814 que le Roi français Louis XVIII a octroyé à
ses sujets au moment où il a fallu restaurer la monarchie après la révolution de 1789.

- L’élaboration de la constitution par un individu ou à un groupe d’individus


Il s’agit d’un processus en deux étapes : la première c’est l’élaboration de la
constitution par les gouvernants (l’exécutif : on peut confier au ministère de la Justice le soin
de mettre en place une nouvelle constitution). La deuxième étape verra l’approbation de ce
projet par le peuple lui-même par voie référendaire. Il s’agit certes ici d’une modalité
démocratique mais qui peut renfermer une dimension plébiscitaire assez dangereuse pour le
système démocratique lui-même.

En effet, ce risque de manipulation apparaît nettement dans la mesure où la rédaction


de la constitution s’est faite en dehors du peuple alors que pour son adoption, son association
étroite avec son promoteur conduit à plébisciter beaucoup plus celui-ci qu’a notifier le texte
en tant que tel. Exemple : Ratification de la constitution sénégalaise de janvier 2001 et celle
napoléonienne de l’an 8.

- L’élaboration de la constitution par une Assemblée Ad-hoc avec ou sans


référendum final

Cette modalité comprend deux variantes. La première correspond à la désignation


d’une Assemblée spécialement chargée d’élaborer la constitution. Exemple : les conventions
américaines dont il est fait état dans la constitution de 1789. La deuxième variante est celle
qui débouche sur la mise sur pied d’une Assemblée chargée d’élaborer un texte qui sera
ensuite soumise au référendum. Exemple : constitution de la IVème République française (celle
d’octobre 1946).
83

b - La révision des constitutions


Les constitutions sont certes faites pour durer mais elles n’en doivent pas moins faire
l’objet de révision, autrement dit il y a nécessité de réviser périodiquement la constitution
pour adapter le droit aux faits sociaux. Toutefois le problème se pose de savoir quel type
d’organe mettre en place pour procéder à cette opération et aussi quelles sont les limites qu’on
devrait lui poser ? Les réponses à ces questions tiennent lieu de préalable dans l’étude de la
révision des conditions. Le premier préalable est relatif au principe de la modification : cette
constitution est-elle révisable ou modifiable ? La question mérite d’être posée dans la mesure
où on peut être confronté à une situation dans laquelle une constitution interdit la modification
de façon générale ou la modification de certaines de ses dispositions. Tout comme il est
possible par ailleurs qu’il n’y ait aucune indication sur le caractère modificatif ou non d’une
constitution ou de certaines de ses dispositions. Dans ce cas là que faut-il faire ? Doit-on
s’interdire de modifier cette constitution ou non ? Dans ce cas précis on va être confronté à un
blocage qui pourrait se régler par la violence comme ce fut le cas lorsque Napoléon Bonaparte
organisa le coup d’Etat du 18 Brumaire An 8 pour faire tomber le pouvoir. Autrement dit si
aucune disposition n’est prévue par la révision du texte fondamental, le peuple ou ses
représentants pourraient y pourvoir. Mais cette thèse de non-révision des constitutions a
rarement prévalu dans les faits. Aujourd’hui, la révision est largement prévue et mise en
œuvre par un organe spécifique et selon une ou des procédures (s) préalablement indiquée (s).
Mais il y a aussi un certain nombre de limitations qui sont apportées à l’action de ce P.C.D..
Elles sont de nature diverse et peuvent tenir au temps comme à l’objet de la révision. Mais à
part ces limitations, la révision est largement consacrée par un certain nombre de voies ou
procédures. A ce propos, on parle de procédure de révision. Celle-ci comprend deux grandes
phases : l’initiative et l’approbation ou la modification. S’agissant de la phase de l’initiative,
elle fait l’objet d’une détermination de celles parmi les autorités publiques et politiques qui
doivent prendre la décision d’initier la procédure de révision. S’agissant de l’approbation, elle
fait intervenir le souverain, le détenteur de la prérogative finale dans le groupe, c’est-à-dire le
peuple mais entre la décision de réviser et la révision définitive, peuvent s’intercaler d’autres
actes. C’est l’association de ces différentes phases qui fonde la procédure de révision
proprement dite. Mais cette procédure doit obéir à deux paramètres : le premier est de devoir
éviter une grande complication de cette procédure de modification. Le deuxième est de se
garder d’une trop grande facilité dans la mise en œuvre de cette procédure de révision. En
d’autres termes, la procédure de révision doit être fondée sur un juste milieu qui va assurer la
pérennité de la constitution. Cela étant la procédure de révision comporte trois modalités
84

principales. Mais dans la détermination de ces trois modalités : il n’y a pas nécessité de faire
distinction entre la phase de la discussion sur la révision et l’approbation de ce texte à
proprement parler. La première modification consisterait à faire appel au parlement avec ou
sans formation spécifique et avec ou sans procédure de révision spéciale. La deuxième
modalité tient à la mise sur pied d’une association spécialement désignée à cet effet (Ad hoc)
comme cela peut être le cas dans le système américain. La troisième modalité est
l’intervention du peuple par voie référendaire. S’agissant du Sénégal, on peut dire qu’il y a
une combinaison dans les 1ères et 3ème modalités dans le cadre de l’article 103. Pour conclure
cette interrogation sur l’élaboration et la révision des constitutions, on peut dire qu’elles
constituent des moments essentiels où le peuple se réapproprie sa prérogative de souverain
dans le cadre des systèmes de gouvernement représentatif. Autrement dit, aujourd’hui, on a
des systèmes de gouvernement dans lesquels le pouvoir qui est exercé par les gouvernants
n’est que délégué. Mais il l’est dans un but précis qui est d’atteindre les objectifs qui sont
définis par le peuple lui-même. Reste maintenant à connaître les modalités d’organisation
concrètes du pouvoir politique ou des gouvernants de façon générale, pour y arriver. La
réponse à cette question se trouve dans les manifestations politiques du pouvoir.

SECTION II – LES MANIFESTATIONS POLITIQUES DU POUVOIR


Le pouvoir politique n’existe donc que par et pour le peuple. Il découle de cette
considération générale une nécessité ou un devoir d’organisation conséquente et à la mise en
œuvre efficiente de ce pouvoir. L’organisation du pouvoir politique va se rapporter à la
répartition des tâches de l’Etat en termes de fonction alors que la mise en œuvre efficiente de
ce pouvoir va être possible grâce à l’appui d’un certain nombre de forces organisées.

Parag. 1 – Les fonctions de l’Etat


Il est classique depuis Montesquieu de distinguer trois catégories de fonctions dans
l’Etat : la fonction législative, la fonction exécutive et la fonction juridictionnelle.

a- La fonction législative
Elle a trait à la conception et à la mise en forme des décisions générales qui intéressent
le devenir du groupe. S’agissant de leurs modalités de réalisation, ces décisions générales et
abstraites font l’objet d’actes-règles par lesquels l’organe formule une disposition normative
propre à modifier le droit objectif. C’est grâce à cette fonction législative que l’on crée les
85

lois. Comme nous l’avons vu précédemment la loi peut être définie suivant deux conceptions :
organico-formelle et matérielle. Par ailleurs on rencontre différents types de lois.

b - La fonction exécutive
Cette fonction se confond avec la fonction administrative qui est assurée par le
gouvernement et qui se matérialise dans la mise en œuvre de la règle générale et abstraite.
Elle consiste dans l’exercice d’un certain nombre d’attributions générales tenant à la mise en
œuvre de la force armée et à la mise en œuvre du pouvoir réglementaire, de même que dans
la gestion et le contrôle de l’appareil administratif. Toutefois, dans la cadre de son exercice, la
fonction pose le problème classique de l’autonomie du gouvernement par rapport au
parlement. Ce problème est résolu de façon tout aussi classique par le recours à la
classification des régimes politiques. C’est ainsi que le régime parlementaire postule une
relation de dépendance entre les deux alors que le régime présidentiel est censé être fondé sur
un rapport d’indépendance entre les deux. Mais en la matière il y a lieu de distinguer entre la
théorie et la réalité.

c - La fonction juridictionnelle
Outre la question liée à sa définition, cette fonction pose essentiellement le problème
de ses rapports avec la fonction exécutive. S’agissant de la définition, on peut dire que la
fonction juridictionnelle est le fait d’un certain nombre d’organes de l’Etat qualifiés de
judiciaires, de trancher les litiges qui surviennent entre les personnes dans le groupe. Cette
action d’arbitrage revêt une importance capitale dans la mesure où elle conditionne la
présentation de la liberté politique dans le groupe d’où la question fondamentale de savoir
comment organiser l’exercice de cette fonction de façon à garantir à son organe la neutralité
nécessaire ? La réponse à cette question a été formulée suivant deux niveaux. A un premier
niveau il s’est agi de consacrer par la constitution ou par la loi l’existence du pouvoir ou de
l’autorité qui en aurait la charge et à un deuxième niveau, il a fallu garantir à cette autorité ou
aux organes bénéficiaires, un statut. Une fois les fonctions de l’Etat précisées, il importe
d’étudier les forces politiques en présence.

Parag. 2 – Les forces politiques


Ce sont respectivement les partis politiques et les groupes de pression et il n’est pas
sans intérêt de préciser leurs contenus pour éviter les confusions.
86

a - Les partis politiques


Il y a lieu de voir la définition, les modes de structuration et éventuellement leurs
origines. S’agissant de la définition, on s’accorde aujourd’hui largement dans la doctrine pour
identifier le ou les partis politiques sur la base de quatre critères qui ont été dégagés par des
auteurs américains du nom de Lapalombara et Wiener : le critère de l’organisation durable, de
la structuration nationale comme locale, la volonté de prendre le pouvoir et le soutien
populaire par le canal des élections notamment.

S’agissant de leurs modes de structuration, on évoque gratuitement la démarche


classique qui fut proposée au début des années « 50 ». Maurice Duverger tendant à distinguer
entre les partis de masse et les partis de cadre. Les premiers se caractérisent par la
centralisation des organes et du mode de fonctionnement alors que les seconds seraient
articulés autour d’une organisation très souple ou très large. Mais cette approche est très
fortement remise en cause dans les faits. En effet, aujourd’hui, le constat est que tous les
partis politiques sont organisés de façons rationalisées avec une liaison certaine entre la base
et le sommet. Concernant enfin l’origine des partis politiques, on peut là aussi se rapporter
aux premiers résultats des recherches de Duverger consistant à distinguer entre les partis
d’origine parlementaire (Angleterre) et ceux d’origine extraparlementaire. Les partis d’origine
étant ceux nés en Angleterre à la suite de l’extension du suffrage universel et de la mise sur
pied des premiers comités électoraux devant constituer les intermédiaires entre les élus et
leurs électeurs. Les partis d’origine extra parlementaire sont ceux qui sont nés en dehors de
cette relation avec le Parlement.

Les fonctions des partis politiques


Il y a lieu de distinguer les fonctions classiques des fonctions dites modernes.
S’agissant des premières, elles sont au nombre de trois : la fonction de formation de l’opinion,
la fonction de sélection de candidats que devrait opérer le parti politique et enfin la fonction
d’encadrement des élus que doivent remplir tous les partis politiques. Ces trois fonctions
correspondent aux tâches qui sont imparties aux partis politiques. S’agissant des fonctions
modernes, on peut les résumer en deux tendances : celle d’intégration politique et sociale que
remplissent les partis politiques de façon générale et celle de redistribution sociale (le rôle du
parti politique est de procurer des avantages à ses militants et de promouvoir une meilleure
répartition sociale des biens de la communauté).
87

Certes les groupes de pressions sont moins bien connus que les partis politiques mais
sont tout aussi présents dans la vie politique nationale.

b - Les groupes de pression


1 – La notion de groupe de pression
Cette notion revêt une caractéristique majeure qui est son élasticité. Celle-ci n’exclue
pas cependant toute tentative de définition. En effet, on peut voir dans le groupe de pression
une structure composée d’individus ayant en commun certains intérêts qu’ils entendent faire
prévaloir à la fois par des relations suivies et une action de pression sur les autorités habilitées
à prendre des décisions à leur égard. Mais il existe différents types de groupes de pression.

2 - La typologie des groupes de pression


Pour avoir une idée de ces types de groupes de pression, on peut envisager les
différentes façons grâce auxquelles on peut les distinguer. La première pour ce faire c’est de
s’intéresser tout d’abord à la nature des intérêts qu’ils défendent (matériels, idéologiques ou
spirituels). La deuxième ce serait en fonction du nombre et de la position sociale détenue par
les membres du groupe de pression (groupe de pression de masses et groupe de pression de
cadres). Une troisième variété est de s’intéresser à la nature des activités qui sont entreprises
par le groupe de pression et qui peuvent être publiques ou privées. La quatrième façon
consiste à s’intéresser aux stratégies qu’ils déploient ou aux types d’action de pression qu’ils
mettent en œuvre. Une cinquième et dernière possibilité est d’investir les types de rapports
qu’ils développent avec les pouvoirs publics, c’est-à-dire en fonction de l’audience qu’ils ont
avec les pouvoirs officiels (groupes de pressions consultées et groupe de pressions ignorées).
88

T I T R E II
LES PRINCIPES DIRECTEURS
DU DROIT CONSTITUTIONNEL
Pour les révolutionnaires de 1789, le but de toute association politique, c’est la
conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme (cf. : article 2 de la
Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et du Citoyen). Cette idée fait écho à la
position des pionniers américains qui déclaraient dans leur constitution que l’association
politique n’a de sens que par rapport à la conservation de ces droits naturels de l’homme or
celle-ci n’est possible que s’il existe une constitution susceptible de pouvoir garantir, par une
procédure adéquate de contrôle les actes des gouvernants et assurer l’équilibre des pouvoirs
par une séparation effective. Ce sont là les deux piliers fondamentaux des systèmes
démocratiques modernes.

CHAPITRE I – LE PRINCIPE DE LA CONSTITUTIONNALITE DES


NORMES DANS L’ETAT

Le principe réside dans l’idée toute simple qu’il existe une Constitution qui sert de
référence à toutes les règles juridiques dans l’Etat. Cela signifie précisément que la validité de
ces règles se mesure à leur conformité à la Constitution. Pourtant, cette idée à la fois simple et
logique a eu beaucoup de mal à s’imposer dans la majorité des Etats modernes. En effet, son
acceptation a été graduelle. C’est aux Etats-Unis que pour la première fois l’idée a été admise
comme principe de fonctionnement de l’Etat à l’occasion de la décision rendue par un Juge
nommé Marshall en 1803 dans une affaire qui opposait un ancien Président des USA à un
fonctionnaire (Madison contre Marbury). On en viendra à cette position beaucoup plus tard
s’agissant de l’Europe, précisément au lendemain de la deuxième guerre mondiale. Mais pour
cela il a fallu réfuter l’argument majeur selon lequel, censurer la loi équivalait à remettre en
cause la décision du peuple. Il s’y ajoute que pendant longtemps, on a entretenu au sein du
Parlement une méfiance certaine à l’égard des Juges qui, en tant qu’un symbole d’une
institution indépendante, étaient les seuls à pouvoir assurer ce contrôle de la régularité des lois
à l’égard de la constitution. La question qui se pose dès lors est de savoir jusqu’à quel point
on reste attaché à ce principe et par ailleurs selon quelles modalités devrait-on le mettre en
œuvre ?

SECTION I – LA SIGNIFICATION DU PRINCIPE DE LA


CONSTITUTIONNALITE DES LOIS

Assurer ou garantir le principe de la constitutionnalité des lois dans l’Etat, c’est


appliquer le système du contrôle effectif de la conformité des lois au texte de la constitution
suivant un certain nombre de principes généraux consacrés aujourd’hui par les Etats
démocratiques.

Parag.1 – Les principes généraux du contrôle de constitutionnalité


L’exercice de ce contrôle fait l’objet d’un certain nombre de règles qui se rapportent à
la fois aux organes et aux sources du contrôle.
89

a – Les organes du contrôle de constitutionnalité


On répertorie deux types d’organes qui revêtent soit la nature politique soit la nature
juridictionnelle. Dans le premier, on parle d’organe politique et dans le second cas d’organe
juridictionnel.

1 - Contrôle assuré par un organe politique


Rares sont aujourd’hui les démocraties où les Etats qui consacrent ce type de contrôle.
Il est symbolisé par un certain nombre de cas ou d’exemples relevant plutôt du passé. En
effet, le cas le plus récent est celui de la Chine Populaire dont la constitution de 1982 consacre
le type de contrôle politique. Les autres exemples que l’on peut citer, en remontant le passé,
sont respectivement celui de l’ex-URSS où c’est le Présidium du Soviét. Suprême qui assurait
le contrôle de constitutionnalité des lois et celui de la France où, sous l’influence des idées de
l’Abbé Sieyès le constituant mit pour la première fois en place un type de contrôle des lois
mais de nature politique parce qu’assuré par un Sénat conservateur auquel il revenait de
sanctionner les lois inconstitutionnelles. Ce précédent va inspirer par la suite le constituant du
second empire qui confia la même tâche au Sénat. Mais cette fonction ne fut jamais
réellement exercée par ces organes parce qu’on était en présence d’une institution qui était à
la fois juge et parti. Aussi, ce type de contrôle était d’une efficacité douteuse compte tenu du
fait par ailleurs que non seulement l’indépendance des membres n’était pas garantie mais
aussi et surtout qu’il y avait une confusion entre le contrôle de légalité et celui de
l’opportunité. Ce type de contrôle conduit donc à une sorte de néant juridique en la matière ou
à tout le moins à des solutions inefficaces. En ce qui concerne la France, c’est cette situation
qui va durer jusqu’au début de la IVème République, moment à partir duquel, on va adopter la
solution ou formule juridictionnelle.

2 – Le contrôle assuré par un organe juridictionnel


Ce contrôle postule deux possibilités. La première consiste à confier ce contrôle de la
régularité des lois au Juge ordinaire alors que pour la deuxième possibilité, la préférence irait
vers un organe spécial. Dans le premier cas (le contrôle est assuré par un Juge ordinaire), on
est en présence du prototype ou de logique américaine de contrôle de la constitutionnalité des
lois. C’est un système dans lequel les justiciables peuvent se référer au Juge de droit commun
en cas de doute sur la constitutionnalité d’une loi. S’il est saisi, le Juge ordinaire peut soit
trancher lui-même soit faire remonter le problème au Tribunal qui est situé au-dessus dans la
hiérarchie. Dans le cadre de la seconde possibilité, on se retrouve avec la logique du modèle
européen qui reste caractérisée par la mise en place d’un tribunal spécial appelé Cour
Constitutionnelle ou Conseil constitutionnel chargé d’assurer ce contrôle. Exemples : France,
Autriche, République Fédérale d’Allemagne. Il revient à ces tribunaux le soin de contrôler la
conformité des lois à la constitution et de procéder, le cas échéant, à l’annulation de celles qui
se révéleraient inconstitutionnelles. Dans ce cas précis, le déclenchement de la procédure de
contrôle peut être confié soit aux organes politiques soit aux organes juridictionnels soit aux
deux à la fois. C’est cette logique de combinaison de plusieurs organes de saisine qui a été
adoptée par le Sénégal. Mais, la question que l’on se pose est de savoir sur la base de quelles
normes le juge va apprécier l’ampleur de la violation.

b – Les sources du contrôle


Par source du contrôle de constitutionnalité des lois, il faut comprendre toutes les
règles juridiques qui vont servir de fondement à ce type de contrôle : bloc de
constitutionnalité. Dans ce bloc, on trouve généralement trois, quatre à cinq types de règles ou
90

d’actes selon les systèmes juridiques et les Etats. S’agissant de la France, par exemple, on
parlerait de quatre, le doute existerait sur le cinquième, au Sénégal on en était à quatre mais
maintenant on est à trois. Le premier acte qu’on trouve c’est le texte de la constitution lui-
même. Ce texte comprend toutes les dispositions qui sont contenues dans les articles de la
constitution. Autrement dit, la loi doit se conformer à la constitution tant dans sa forme que
dans son fond. Le deuxième type de règles est celles qui sont contenues dans le préambule de
la constitution, c’est ce qu’il y a avant les articles, c’est-à-dire l’ensemble des dispositions qui
revêtent un caractère juridique selon certains auteurs et qui sont placés au début des textes
constitutionnels et expriment l’adhésion d’un groupement politique à une philosophie donnée
ou à un mode de vie déterminé. Ce type de règles est apparu très récemment c’est-à-dire au
lendemain de la deuxième guerre mondiale. Mais il pose un problème particulier : celui de
savoir si le contenu du préambule revêtait réellement ou non une valeur contraignante c’est-à-
dire est-ce que c’est du droit ou non ? Depuis la décision du conseil constitutionnel français
du 16 juillet 1971 sur la liberté d’association, il est convenu que les dispositions contenues
dans le préambule peuvent revêtir un caractère contraignant. Ce que l’on trouve dans le
préambule en France notamment, ce sont les droits et libertés qui sont consacrés dans le texte
de 1789 et ce que l’on appelle les principes fondamentaux reconnus par les lois de la
République (PFRLR) et en troisième lieu ce que le juge lui-même appelle les principes
économiques et sociaux particulièrement nécessaires à notre temps. Au Sénégal aussi, le Juge
constitutionnel fait du préambule une source effective et pertinente du contrôle de
constitutionnalité. Le troisième acte ce sont les ordonnances qui sont les actes législatifs qui
ont servi notamment en France-et l’appellation nous vient de là-bas - à mettre en place des
institutions de la République au sortir de la deuxième guerre mondiale. Aujourd’hui, ces
ordonnances sont prévues par l’article 106 de la Constitution de janvier 2001, titre 13 se
rapportant aux dispositions transitoires ou passagères. Par ailleurs, il y a d’autres types d’actes
qu’on appelle les lois organiques sur la base desquelles on peut apprécier parfois la régularité
d’une loi par rapport à la constitution. Ce sont des actes législatifs relatifs à l’organisation et
au fonctionnement des pouvoirs publics et qui font l’objet d’une procédure d’adoption
spécifique et / ou de contrôle. Selon les circonstances, il peut arriver que cette régularité par
rapport à la Constitution soit mesurée sur la base d’autres textes : c’est le cas des traités. Les
rapports entre le traité et la loi ont pendant longtemps préoccupé les commentateurs,
notamment en France qui se sont toujours demandés s’il fallait intégrer, au regard de la
position fluctuante du Juge, le traité dans le bloc de constitutionnalité. Aujourd’hui avec
l’intégration de l’Euro, on penche de plus en plus vers une réponse positive. Mais, il n’y a pas
que la loi comme acte susceptible d’être soumis au contrôle.

Parag.2 – Le champ d’application et la sanction du contrôle de constitutionnalité

a – Le champ d’application du contrôle de constitutionnalité des lois


Le champ d’application du contrôle de constitutionnalité des lois, c’est le domaine
d’exercice de ce contrôle ou encore les actes qui sont l’objet de ce contrôle. Il y a lieu ici de
distinguer entre les actes qui sont soumis à contrôle obligatoire et les actes qui n’y sont pas
soumis, c’est-à-dire ceux qui sont soumis à un contrôle facultatif.

1 – Les actes soumis à contrôle obligatoire


Avant l’entrée en vigueur de la nouvelle constitution de janvier 2001, on avait au
Sénégal, deux types d’actes soumis au contrôle obligatoire. Avec la nouvelle constitution, on
n’en a plus qu’un, il s’agit du règlement intérieur de l’Assemblée nationale article 62 in fine.

2– Les actes soumis à contrôle facultatif


91

Il y en avait deux avant la nouvelle constitution. Ils sont maintenant au nombre de


trois : la loi organique article 78, la loi ordinaire article 74 et le traité article 97 et article
premier de la loi organique du 30 mai 1992 qui organise le conseil constitutionnel. Cela
signifie que le Conseil Constitutionnel peut vérifier la régularité des engagements
internationaux par rapport à la constitution sur la base d’une saisine des dispositions de
l’article 74.

b – La sanction du contrôle de constitutionnalité.


Il y a précisément deux types de sanction qui peuvent découler du contrôle de
constitutionnalité des lois. La première peut être qualifiée de radicale et définitive qui … porté
à une deuxième forme de sanction qui serait quant à elle à la fois relative et provisoire.
S’agissant du premier type de sanction, il équivaut à l’annulation de la disposition contestée et
effectivement jugée contraire à la constitution. L’annulation en droit, est un terme qui est
consacré à l’élimination d’une disposition ou d’un ensemble de dispositions du circuit
normatif ou du système juridique. On parle d’annulation ab initio (à l’origine) et erga omnes
(à l’égard de tous) des dispositions contestées.

On fait comme si la chose contestée n’a jamais existé. Mais, s’agissant d’une
disposition déjà existante, l’annulation peut n’être que partielle c’est-à-dire n’affecter qu’une
partie de cette disposition. Le deuxième type de sanction c’est celui qui concerne l’exception
de constitutionnalité ou de légalité (par excès de langage car ces deux termes sont différents
en réalité). L’exception de constitutionnalité correspond à la situation où l’annulation ne
vaudrait que pour les protagonistes et relativement au fait qui les ont opposés devant le Juge
tel que cela advient parfois aux USA. Mais à l’instar de la plupart des principes, la
constitutionnalité des lois a une portée qu’il convient d’apprécier.

SECTION II – LA PORTEE DU PRINCIPE DE LA CONSTITUTIONNALITE


DES LOIS

Il y a lieu de distinguer d’emblée entre les techniques de contrôle elles-mêmes et la


portée qu’elles peuvent avoir notamment en cas d’échec.

Parag.1 – Les différentes techniques de contrôle


Il y a le contrôle par voie d’action et le contrôle par voie d’exception que l’on oppose
généralement.

a – Le contrôle par voie d’action (CVA)


Il peut être défini comme étant une voie de droit ouverte au profit de certaines
autorités, pour contester la validité constitutionnelle de certaines lois auprès d’un juge qui, le
cas échéant, pourrait procéder à l’élimination radicale du texte mis en cause. Cette définition
englobe plusieurs éléments qui fondent les spécificités de cette modalité de contrôle et les
effets que celles-ci induisent.

1 - Les spécificités du contrôle par voie d’action


Elles se rapportent à un certain nombre de caractéristiques principales. La première
c’est que le CVA est un procédé direct en ce sens que l’action qui est reconnue à ces organes
se rapporte directement aux dispositions mises en cause. Le deuxième c’est que le CVA est un
procédé offensif dans la mesure où il permet de s’attaquer directement à la disposition mise en
œuvre. C’est enfin un procédé immédiat en ce sens qu’il peut produire des résultats qui
92

seraient simultanés à l’attaque. Mais les particularités du CVA résident par ailleurs dans les
organes ou autorités qui en sont bénéficiaires. Il s’agit d’un nombre généralement limité.
Seulement, dans cette restriction, on peut parler de système fermé, restreint ou semi-restreint.
En d’autres termes, le mode de saisine du juge qui doit prendre la décision finale peut être
fermé ou restreint. En fait, la fermeture ou semi-fermerture est souvent fonction de la nature
des autorités de saisine. En réalité, la plupart du temps, il appartient aux organes politiques,
les élus (ex : France et Sénégal) d’enclencher le contrôle par voie d’action. Les particularités
du CVA se rapportent ensuite à la procédure et au délai ouvert par ce type de contrôle.
S’agissant des modalités de saisine du Juge, elles sont généralement déterminées dans les
textes qui organisent l’instance juridictionnelle elle-même. S’agissant du CC sénégalais, c’est
la loi du 30 mai 1992 qui en parle. Elle précise que la saisine du Juge se fait par lettre faisant
l’objet d’un dépôt auprès du greffe du CC. Cette procédure concerne aussi le moment du
dépôt qui se situe après le vote législatif avant la promulgation et la publication. S’agissant du
délai c’est-à-dire le moment auquel le CVA doit s’exercer, il est prévu dans les dispositions
de l’article 74 de la Constitution, un délai de six jours avant la promulgation. Les
particularités du CVA se rapportent enfin à l’organe compétent pour juger. Il s’agit le plus
souvent d’un Juge spécial qui est dénommé soit Cour, soit Conseil Constitutionnel. Il s’agit
donc de créer l’organe avec une composition spécifiée pour délibérer les conflits d’ordre
constitutionnel.

2 – Les effets du CVA


Les effets se résument tout simplement dans la portée de la décision de sanctionner la
non-conformité d’une disposition ou d’un ensemble de disposition à la constitution. Ici, dans
la mesure où on a défini le CVA comme étant un procédé énergique, il va de soi qu’il va
conduire à des résultats à la dimension de ce caractère. Il s’agit d’une disparition ab initio
(totale) et erga omnes (définitive). Le CVA est donc un procédé direct et immédiat. Il
s’oppose à un autre type de contrôle appelé par voie d’exception.

b – Le Contrôle par Voie d’Exception (CVE)


Contrairement à la modalité précédente, le CVE est une voie de droit ouverte à tout
citoyen ou justiciable, pour demander dans le cadre d’un procès, l’arbitrage du Juge
constitutionnel au sujet de l’application d’un texte dont il conteste la validité. Il s’agit d’une
action contingente avec à la fois des particularités et des effets limités.

1 – Les particularités du CVE


Contrairement au CVA, le CVE est un procédé de contrôle indirect, médiat, défensif et
ouvert. Il est indirect ou médiat parce qu’il intervient à l’occasion d’un autre litige ou
contestation. Il concerne seulement une action relative à une disposition de la loi. Ce qui est
donc en cause ici c’est une disposition ou un ensemble de dispositions qui ont fait l’objet
d’une mise en œuvre dans le cadre de laquelle elles sont contestées. En d’autres termes, il
peut s’agir d’une situation révélatrice de dysfonctionnement d’un instrument juridique. Il va
s’agir au cas échéant, d’une action de correction de la défaillance d’un élément du système
juridique. Mais cette action de correction a comme pendant une autre action défensive, celle-
ci émane de la victime du dysfonctionnement juridique. En l’occurrence, tout citoyen qui
serait confronté à la situation en cause. Il y a aussi des effets qui découlent de la décision du
juge constitutionnel. La reconnaissance de la non-conformité des dispositions ou du texte
contesté a pour principal effet de les tenir en échec à l’égard du demandeur et dans le cadre du
litige pendant.

2 – Les effets du CVE


93

A la vérité, une telle décision donne lieu à des conséquences aux effets élargis compte
tenu du rôle de la jurisprudence dans le règlement des conflits.
Parag.2 - L’échec des techniques du CCL
Le CCL est un moyen qui est conçu pour garantir la finalité de la constitution dans
l’Etat de droit. Aussi est-il rare aujourd’hui de trouver un Etat qui ne le consacre pas dans le
texte fondamental. Pourtant sa bonne mise en œuvre n’est pas toujours assurée pour diverses
raisons, ce qui donne parfois lieu à des conséquences graves pour la stabilité de l’Etat.

a – Les causes de l’échec des techniques du CCL


Il y a des causes structurelles et des causes conjoncturelles.

1 – Les causes structurelles


En la matière, c’est surtout le type de contrôle politique qui retient l’attention. On peut
rappeler la consistance de ce contrôle politique qui se déroulerait selon le scénario suivant :
lorsqu’un organe législatif qui a voté la loi est chargé lui-même d’en vérifier la conformité par
rapport à la constitution, ou bien ce contrôle est confié à un organe de même nature que celui
qui a voté la loi. C’est la consécration de l’adage : « Qui se ressemble s’assemble » ou bien
lorsque cet organe qui a voté la loi est chargé en même temps de mettre en place une structure
qui émanerait de surcroît de lui pour assurer le contrôle de constitutionnalité. Le résultat ici
est l’existence d’un contrôle vain qui serait en même temps sélectif et discriminatoire. Il en
sera ainsi la plupart du temps parce que tout simplement l’organe de contrôle ne censurera en
fait que les dispositions qu’on voudrait bien le voir censurer. Les autres dispositions
essentielles seront toujours à l’abri parce que constituant un enjeu pour l’organe législatif et
qui se retrouve ici dans une situation de Juge et de partie. Les exemples historiques c’est le
jury constitutionnaire que l’Abbé Sieyès avait mis en place en 1795 ou le Conseil de la
République sous la IVème République et enfin le présidium du Soviét. Suprême dans
l’ancienne URSS.

2 – les causes conjoncturelles


Ce sont les blocages occasionnels qui découlent d’un contexte déterminé. On en
dénombre principalement deux. La première cause ou blocage c’est l’offensive médiatique
contre les juges et les décisions qu’ils rendent (l’affaire du New Deal aux USA) ; on appelle
cela le spectre du gouvernement des Juges (c’est quand le juge en fait plus qu’on lui en
demande) ce qui a un effet psychologique démobilisateur et qui aboutit à un phénomène
d’autocensure des Juges eux-mêmes. La deuxième cause ou blocage, ce sont les réactions
négatives des autorités politiques qui mettent en œuvre les prérogatives qui leur sont
légalement conférées pour anéantir les décisions juridictionnelles. Ce sont là des attitudes qui
pourraient emporter des conséquences politiques.

b – Les conséquences de l’échec du CCL


Il y a une conséquence majeure qui découle généralement des situations d’échec dans
la mise en œuvre des techniques de contrôle : c’est la défiance politique à l’égard des
pouvoirs publics. Défiance qui trouve parfois, de temps en temps aujourd’hui et beaucoup
plus souvent par le passé, une consécration doctrinale chez de grands auteurs.

1 – La défiance politique
C’est une action de contestation ou de désapprobation politique du gouvernement dans
sa façon de conduire les affaires publiques. C’est de la part du titulaire originel de la
souveraineté une attitude qui consiste à faire remarquer le décalage entre ses aspirations et ses
modalités de prise en charge par ses représentants. Théoriquement, cette action de
94

contestation publique du pouvoir n’est pas admise aujourd’hui pour la bonne raison qu’il
existe dans les Etats modernes des instances et des procédures grâce auxquelles le débat
s’instaure soit par la prise de la décision soit par sa mise en œuvre. Mais, dans les faits, ce
type d’action est toujours consécutif à une situation d’échec ou d’inefficacité des procédures
formelles ou officielles de contrôle. Dès lors, tout se passe comme si le mandant reprend ou
tente de reprendre l’initiative c’est-à-dire son pouvoir souverain y compris parfois de façon
violente. Cette action de révolte politique peut trouver grâce, aux yeux de certains théoriciens.

2 – Les justifications doctrinales de la défaillance politique


L’intervention du peuple est appréhendée comme étant la forme ultime de sanction de
la violation du droit de la part des gouvernants. On parle ici de « sanction inorganisée » que
l’on oppose aux sanctions organisées. Parmi les sanctions inorganisées, on a le droit à la
résistance à l’oppression qui est un droit fondamental si l’on considère le concept des droits
de l’homme en y intégrant les droits civils et politiques, en d’autres termes, si on fait
perpétuer la tradition politique des révolutionnaires de 1789. En effet l’article 2 de la
Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et du Citoyen dispose : le but de toute
association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’Homme.
Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression » De même, le
Constituant de 1793 fait état des mêmes préoccupation, (cf. article 4 de la Constitution de
1793).

En outre, la Séparation des Pouvoirs est, à bien des égards, un rempart contre
l’oppression.
95

CHAPITRE II – LE PRINCIPE DE LA SEPARATION DES


POUVOIRS.

Il n’y a pas d’Etat aujourd’hui qui ne se réclame dans son organisation et dans son
fonctionnement du principe de la séparation des pouvoirs. Depuis 1789, (avec la Déclaration
des Droits de l’Homme et du Citoyen (DDHC) en son article 16), c’est ce principe qui fonde
la distinction entre les Etats dits libéraux et les Etats dictatoriaux ou autoritaires. Ce principe,
on le doit à Montesquieu qui, lors de son séjour en Angleterre rapporta un certain nombre
d’enseignements après l’observation du fonctionnement de la société politique anglaise. Ces
enseignements consignés dans son ouvrage majeur « De l’Esprit des Lois … » peuvent être
résumés de la façon suivante : les gouvernements modérés n’existent que là ou le pouvoir est
partagé entre des organes rivaux.

De Montesquieu à nos jours, on a conféré une signification théorique précise au


principe. Cependant, dans sa mise en œuvre, on va voir apparaître un décalage important par
rapport à l’idée de base.

SECTION I – LA SIGNIFICATION DU PRINCIPE


Le principe revêt un double sens à la fois classique et contemporain.

Parag.1 – Le sens classique


Au regard de la finalité que Montesquieu assignait au principe, c’est-à-dire la
préservation de la liberté politique dans la société, il s’agissait de neutraliser la capacité de
nuisance du pouvoir politique, seul à même de pouvoir porter gravement atteinte aux droits et
libertés du Citoyen. La justification ici, c’est que la fonction de représentation politique
qu’assure l’Etat lui procure des moyens sans commune mesure avec ceux qu’une autre
institution sociale peut détenir sur la base de sa fonction de représentation politique. L’Etat est
le détenteur exclusif ou principal du pouvoir de légitimation et de contrainte sociale. Il en
découle qu’il pourrait dans certaines circonstances porter atteinte à la liberté même du
citoyen. Comment faire alors pour l’en empêcher ? La réponse, c’est le recours au procédé ou
mécanisme de la division de la force de l’Etat (ou principe d’éclatement du pouvoir) et sa
répartition entre différents organes concurrents, parce que chargés chacun en ce qui le
concerne d’une tâche ou fonction précise (il s’agit de l’organe législatif et de l’organe
exécutif ; Montesquieu tenait le pouvoir juridique pour nul parce qu’il n’intervient que
rarement dans les affaires politiques). Mais l’acceptation du principe a connu une évolution.

Parag.2 – Le sens contemporain


Aujourd’hui, l’opposition de principe (ou la rivalité) qui avait été suscité entre les
organes politiques n’est pas tout à fait adéquate, à cause de l’importance accrue du rôle des
partis politiques. Cet élément introduit une nouvelle situation qui est la subordination d’un
organe à un autre organe pour les nécessités et la pérennisation du pouvoir. C’est ce que l’on
appelle le phénomène majoritaire. Le résultat en est un déséquilibre persistant susceptible de
porter atteinte à la garantie dont le citoyen peut bénéficier dans la situation normale de
concurrence entre les deux pouvoirs (comme le pensait Montesquieu). D’où la nécessité de
trouver un nouveau contre pouvoir susceptible de rétablir l’équilibre. Celui-ci se trouverait du
côté de l’instance judiciaire. On peut avancer trois arguments pour soutenir cette position.
96

- Le premier consiste à dire que la fonction judiciaire a pris de l’importance au fil du


temps. En effet, il était aussi important de juger que de prendre des décisions pour le groupe et
de les exécuter.
- Le second argument c’est que cette fonction de juger ne se limitait pas à la société
civile mais elle s’étendait aussi au pouvoir politique lui-même. Il en était ainsi parce que la
rivalité qui était suscitée entre les deux principaux organes politiques allait donner lieu à des
conflits parfois graves dont le règlement devient impératif pour ne pas bloquer le
fonctionnement de l’Etat. C’est en tenant compte de l’importance de la fonction de juger que
l’on a mis en place dans les systèmes démocratiques, un statut indépendant qui fera émerger
alors le juge ou les tribunaux au niveau des autres pouvoirs et on l’a fait pour garantir la
stabilité sociale. Cette logique fonctionnelle va combler le dysfonctionnement qui serait
consécutif à une entente entre le législatif et l’exécutif au détriment du citoyen.

SECTION II - LA MISE EN ŒUVRE DU PRINCIPE DE LA SEPARATION


DES POUVOIRS

Affirmer la nécessité d’éclater le pouvoir de l’Etat c’est poser le problème de son


organisation concrète ou de sa distribution entre différents pouvoirs.

Parag.1 – La portée du principe de la séparation des pouvoirs


a – Les différentes formes de séparation des pouvoirs
On peut envisager deux formes de séparation du pouvoir de l’Etat. Il y a une première
forme de séparation qui se réalise au sein du politique c’est-à-dire entre les gouvernants
proprement dits et il y a une deuxième forme de séparation qu’on envisagerait entre le
politique et le judiciaire.

1 – La séparation des gouvernants


Son fondement théorique réside dans les enseignements de Thomas Hobbes sur le
contrat politique qui serait à la base de toute société politique. Hobbes distinguait entre ces
représentants directs du groupe dont le rôle consiste à prendre des décisions générales et
d’autres représentants de même nature chargés quant à eux de mettre en œuvre ces décisions.
La différence entre ces deux types de représentant politique réside dans le fait que les
premiers siègent par intermittence alors que les seconds sont au contraire organisés en
formation quotidienne pour résoudre les besoins naturels et immédiats du groupe. Donc, chez
Hobbes, la séparation des fonctions ou pouvoirs est sous-tendue par la technicité, par
l’impératif matériel, par l’idée d’opportunité. C’est la même logique de séparation des
gouvernants qui va prévaloir chez Montesquieu, mais le fondement va différer car chez cet
auteur, la séparation entre ceux qui décident et ceux qui mettent en œuvre ces décisions est
une nécessité absolue si on veut garantir la liberté du citoyen. Des deux conceptions de la
séparation des pouvoirs, c’est celle de Montesquieu qui va finir par triompher. L’idée de
séparation des pouvoirs en elle-même connaîtra, d’ailleurs par la suite, un nouvel
approfondissement avec les modalités de séparation d’organes relevant d’un même pouvoir.
C’est ainsi qu’on aura dans certains Etats, deux organes législatifs ou deux têtes au sein de
l’exécutif. (Exemple : Etat-Unis et Grande-Bretagne).

2 – La séparation entre les gouvernants et les Juges


L’idée de cette séparation réside dans la proclamation de l’indépendance du Juge par
rapport au pouvoir politique. Cette proclamation existe dans tous les textes fondamentaux des
Etats. Elle est consécutive à la nécessité de spécialisation du Juge. Dans le fonctionnement
des Etats, cependant, il y a parfois un grand décalage entre cette affirmation et sa réalisation
97

effective. Il en est ainsi parce que le pouvoir judiciaire y est conçu comme étant un succédané
du pouvoir exécutif. En effet on relève le plus souvent une dépendance étroite du Juge à
l’égard de l’exécutif du point de vue de ses moyens et de son statut, ce qui va entraîner
comme conséquence majeure l’enlèvement au principe de toute sa valeur originelle.

b – Les implications du principe de la séparation des pouvoirs


La mise en œuvre du principe de la séparation des pouvoirs va donner lieu à deux
modalités de gestion des rapports politiques au sein du groupe, c’est-à-dire à deux principales
techniques de gestion des relations entre l’exécutif et le législatif. Il s’agit d’une part de la
technique souple de séparation des pouvoirs et d’autre part de la technique rigide de
séparation des pouvoirs. Chacune de ces techniques comporte un certain nombre d’éléments
qui lui sont propres.

1 – La séparation souple des pouvoirs


Elle correspond au régime parlementaire. Le régime parlementaire est ce type de
régime qui permet de réaliser une collaboration étroite entre les principaux organes politiques
de l’Etat mutuellement dépendants par l’institution d’un cabinet ministériel. Le régime
parlementaire trouve ses origines dans l’Angleterre de la fin du 17ème siècle au début du 18ème
siècle, période pendant laquelle on va procéder à la limitation progressive de l’intervention du
roi dans les domaines législatifs et la gestion quotidienne du pouvoir. Mais pour identifier ce
type de régime, il faut nécessairement faire recours aux quatre éléments suivants : le dualisme
de l’exécutif (deux pôles de mise en œuvre des décisions : un Chef de l’Etat et un chef de
gouvernement). l’irresponsabilité du chef de l’Etat (on ne peut pas mettre en cause la
responsabilité du chef de l’Etat devant les tribunaux), la responsabilité ministérielle (les fautes
du chef de l’Etat son endossées par l’équipe ministérielle) et le droit de dissolution (le
Parlement peut mettre fin à l’existence du gouvernement mais le Chef de l’Etat peut lui aussi
renvoyer le Parlement). La combinaison de ces différents éléments va donner lieu à la mise en
place d’une équipe gouvernementale autonome, qui gouverne en rapport avec le Parlement.
Chacun de ces organes a le cas échéant et en cas de conflit, les moyens de mettre fin à
l’existence de l’autre.

2 – La séparation rigide des pouvoirs


Cette technique donne lieu au régime présidentiel. Celui-ci est défini comme étant le
régime qui réalise l’indépendance entre les différents organes politiques sur la base d’une
stricte égalité entre eux. A certains égards, on peut dire que le Régime présidentiel se présente
comme étant l’antithèse du Régime parlementaire. Du point de vue de ses origines, le régime
présidentiel serait le finit d’une démarcation (d’une révolte même) des premiers colons
américains à l’égard du modèle qu’ils avaient connu dans leur patrie qu’est l’Angleterre.
Concrètement, le régime présidentiel reste à la fois un anti modèle du juge parlementaire de
peu à la fois ses modalités de fonctionnement et en même temps son imitation du point de vue
de ses principes d’organisation. C’est pourquoi, il y a eut une reproduction de l’institution
royale anglaise avec l’institutionnalisation du Président de la fédération américaine qui a
« tous les aspects d’un monarque élu ». Le Régime présidentiel présente les principaux traits
de caractères suivants : le premier : c’est la consécration d’une spécialisation fonctionnelle de
chacun des organes politiques (l’idée consiste à cantonner chaque organe théoriquement dans
un domaine d’activité précis, d’où l’incorporation d’une incompatibilité entre les fonctions
parlementaire et exécutive ; le deuxième l’inexistence d’une prérogative de destruction
spécifique permettant à chacun des organes de mettre fin à l’autre, le troisième et dernier
élément : c’est l’élection du Chef de l’Etat au suffrage universel direct. Au regard de ces
différents éléments, on peut dire qu’on est en présence d’un régime présidentiel lorsque
98

l’articulation des rapports entre les pouvoirs tend à réaliser l’équilibre politique et plutôt en
présence d’un Régime parlementaire, lorsque cette articulation tend à réaliser l’égalité entre
les pouvoirs. De fait dans un cas comme dans l’autre, il ne s’agit que de simples principes qui
peuvent être infirmés dans les faits.

Parag.2 – Les déviations dans la mise en œuvre du principe


La mise en œuvre du principe de la séparation des pouvoirs peut parfois donner lieu à
un certain nombre de déviations tantôt favorables à l’exécutif tantôt au législatif.

a – La confusion des pouvoirs au profit de l’exécutif : le césarisme


Le césarisme est un régime politique dont l’organisation et le fonctionnement
rappellent la gestion napoléonienne. C’est un régime de type populaire avec la mise en œuvre
de mécanismes de consultation exclusivement tournés vers la célébration du culte de la
personnalité du principal dirigeant de l’Etat. Ainsi, l’essentiel des pouvoirs va être concentré
entre les mains du chef de l’Etat. La conséquence qui en découle c’est une subordination de
l’organe législatif par divers mécanismes fondés sur la personnalisation du pouvoir et sur le
phénomène majoritaire. A titre d’exemple, on peut citer l’Espagne sous le Général Franco.
Ainsi, s’agissant de la portée de ce type de régime, on n’a plus qu’un seul pouvoir en réalité :
le pouvoir exécutif.

A l’opposé et comme le note Georges Burdeau, « si la collaboration des pouvoirs est


marquée par la suprématie des Chambres législatives, on tend à une forme adoucie de
gouvernement d’assemblée.

b – La confusion des pouvoirs au profit du législatif : le Régime d’Assemblée


(RA)
Le Régime d’Assemblée est celui dans lequel l’essentiel des pouvoirs est exercé par
l’Assemblée, directement ou indirectement. L’exemple type de ce système se trouve dans la
Troisième ou la Quatrième République française, en Italie jusqu’à une période relativement
récente avant qu’on y ait introduit une dose de système majoritaire. Dans les troisième et
quatrième Républiques, les chutes ministérielles étaient tellement fréquentes qu’on en était
arrivé à une instabilité politique permanente. Pour caractériser la puissance parlementaire de
l’époque, les auteurs utilisaient la notion de souveraineté parlementaire. L’explication réside
dans un contexte où l’exécutif en arrive à perdre l’utilisation de ses moyens de défense à
cause d’un certain nombre de faits.

DEUXIEME PARTIE
Jusqu’à la fin des années 80, on pouvait parler de deux types de régime démocratique
opposés quant à leurs visions des rapports politiques à la fois internes et internationaux.
L’idée était tellement ancrée dans la doctrine que des auteurs éminents comme Maurice
Duverger leur consacraient des développements substantiels. Dans ce cadre là, on était en
présence de deux modèles opposés de philosophie et de pratiques politiques. Ce sont d’une
part le modèle libéral (Occident) à et d’autre part le modèle socialiste ou démocratique.

Aujourd’hui le triomphe du 1er modèle est largement acquis à tel point qu’il n’existe
plus de prototype du 2ème modèle. Nous ne nous intéresserons ici donc qu’à la démocratie
libérale, le modèle socialiste ou démocratique marxiste.
99

La démocratie, c’est le pouvoir du peuple, c’est à dire le pouvoir de plusieurs


personnes que l’on peut opposer au pouvoir d’une seule personne. Et ce rapport au pouvoir
donne lieu à différentes classifications des régimes politiques. La notion de régime politique
elle-même tend à rendre compte de la manière dont les pouvoirs publics sont organisés dans
un Etat.

Toutefois, il y a une ligne de partage qui n’est pas toujours bien dessinée et qui donne
lieu à bien des variantes dans le cadre d’un même modèle. C’est pourquoi on parle de
démocratie réelle, de démocratie fictive ou encore de démocratie pluraliste et démocratie de
autoritaire.

TITRE UNIQUE – LE MODELE TRIOMPHANT : LA DEMOCRATIE


LIBERALE

La démocratie libérale est fortement marquée par ses origines occidentales et comme
telle, elle est structurée autour d’un certain nombre de valeurs que sont l’affirmation de
prérogatives et de droit reconnus aux individus qui doivent être sauvegardés en face de l’Etat,
l’existence du pluralisme et enfin la nécessité d’une équilibre des pouvoirs. Ce sont ces
valeurs que partagent les principaux régimes politiques occidentaux comme le régime
américain, le régime français et le régime britannique.

CHAPITRE I – LE REGIME POLITIQUE FRANÇAIS

Pour bien comprendre ce régime tant dans son organisation que dans son
fonctionnement, il est nécessaire de remonter le cours de l’histoire.

Section I – Rappel historique


Il ne s’agira pas ici de rendre compte du débat doctrinal qui a opposé de grands auteurs
français sur les cycles constitutionnels ou politiques qui affectent l’histoire de la France mais
beaucoup plus modestement de découper cette histoire en trois grandes phases, en essayant de
coller de plus près deux principaux tournants dans l’évolution de ce régime politique.

Parag.1 – L’Ancien régime


On appelle Ancien Régime toute la période d’avant 1789. Cette appellation est à
dessein parce qu’elle tend à rendre compte de la rupture qui est intervenue en 1789. L’Ancien
Régime a fait l’objet de beaucoup d’études relatives notamment à son avènement et à sa
disparition.
A – Les fondements de l’Ancien Régime
Depuis le 16ème siécle avec la fédération des Seigneuries, les rois de France étaient
parvenus méthodiquement à étendre leur autorité sur ce qu’il conviendra d’appeler plus tard le
royaume de France composé de différentes seigneuries proches du pouvoir et à la tête
desquelles il y avait ces Chefs féodaux.

De façon corrélative, la royauté était aussi arrivée à asseoir son autorité aux plans
philosophique et politique. Elle était devenue une monarchie de type héréditaire et de droit
divin. Cela signifie que le Roi tenait son pouvoir de Dieu lequel l’a définitivement confié à la
famille régnante. Cette position revêtait un intérêt double dans la mesure où elle permettait au
roi non seulement de s’affranchir de l’autorité ecclésiastique pour laisser libre cours à sa
recherche d’absolu mais aussi de s’imposer définitivement aux seigneurs locaux.
100

B – Les institutions de l’Ancien Régime


En théorie, dans un système féodal, il y a au sommet de la pyramide un souverain, un
roi qui se subordonne plusieurs autres autorités, les seigneurs qui lui font allégeance.
Cette logique était aussi de mise entre les seigneurs et leurs vassaux. La loyauté
reposait donc sur une organisation intellectuelle rationnelle qui permettait d’assurer un
fonctionnement harmonieux des institutions politiques et sociales à différents niveaux.

Dans les faits, le système va finir par reposer sur la confusion des pouvoirs au profit
du roi dans la mesure où celui-ci concentrait tout entre ses mains à savoir le pouvoir législatif,
le pouvoir exécutif et même le pouvoir judiciaire, grâce à son droit d’évocation de plus en
plus fréquent des décisions rendus par les Parlements.

Cette concentration du pouvoir n’était contrebalancée par aucune action positive dans
le fonctionnement de l’Etat. Au contraire, la population (notamment dans sa troisième
composante le Tiers était confronté à toutes sortes de privations. Et c’est le conjonction entre
les forces du tiers état et celles des deux autres composantes (la bourgeoisie et la noblesse) qui
fera tomber le Roi.

Parag. 2 – L’avènement et la consolidation de la Révolution


Pour trouver les bases de la Révolution de 1789, il faut remonter au siècle des lumières
et plus précisément aux théoriciens de l’époque qui se sont employés tout au long du XVIII°
siècle à dégager une nouvelle orientation politique du pouvoir. Et ce sont ces idées là qui ont
joué le rôle de fervent de La révolution de 1789.

A – La Révolution et son apport


L’origine immédiate et événementielle de la Révolution correspond à la décision prise
par le Roi le 05 mai 1789 de réunir les Etats Généraux pour réfléchir sur les problèmes de
l’époque et leur trouver des solutions. Le Roi va être rapidement débordé parce qu’assailli de
demandes à la fois nombreuses et variées émanant des Etats généraux qui vont se transformer
rapidement en assemblée libérale.
Cela a été favorisé par la coalition entre la bas-clergé et le Tiers-Etat. Cette coalition
va donner naissance à une nouvelle constitution porteuse d’idées qui animaient le peuple. A
partir de ce moment, il y a eu assimilation entre Constitution et garantie des droits et libertés
du Citoyen. Et le résultat apparaît sous la forme de deux textes : la Déclaration de 1789 et la
Constitution de 1791.

L’apport de ces deux textes peut être résume comme suit :


Pour la Déclaration :
1 - Déclaration de droit civile et de liberté politique de l’homme : un certain nombre
de prérogatives intemporelles et universelles accordées par la nature à l’homme et qu’il
faudrait défendre ;
2 – Principes devant structurer les gouvernements : le premier est celui de la
souveraineté nationale c’est-à-dire l’affirmation d’une autorité provenant de la nation
caractérisés par son inaliénabilité, son imprescriptibilité est son indivisibilité et qu’on oppose
à la royauté. Le deuxième principe c’est celui de la séparation des pouvoirs (cf. art. 16) de la
déclaration.

Pour la Constitution de 1791


101

Elle est relative à la mise en œuvre des principes qui viennent d’être déclarés d’une
part et d’autre part d’une mise en place d’instituions tendant à limiter la puissance de la
Monarchie. Avec le Déclaration des droits et leur mise en œuvre, les citoyens cessaient d’être
soumis à l’arbitraire royal en même temps qu’ils étaient mis à l’abri d’une répression qui
pourrait provenir de l’Etat. Désormais, la liberté est la règle.

B – La consolidation du processus révolutionnaire


On peut dire que de fait, la nouvelle dynamique libertaire s’accommodait de
l’institution symbolique de l’oppression de par la passé (la royauté). Mais celle-ci allait être
rapidement éliminée et la République proclamée au 20 septembre 1792. A partir de cette date,
une ère nouvelle s’ouvrait et allait se poursuivre avec la mise en place d’une autre
Constitution porteuse d’un régime beaucoup plus conforme aux idées prônées naguère par
Jean Jacques Rousseau.

On est en présence d’un régime d’assemblée qui permettait au peuple de s’exprimer de


façon beaucoup plus directe dans l’exercice du pouvoir. Mais cette période est surtout
caractérisée par le chaos dans la mesure où prédominait un mouvement d’alternance entre un
suffrage généralisé et un suffrage restreint et ceci jusqu’en 1814 avec la chute de Napoléon
1er.

Mais curieusement, c’est sous le règne de Napoléon 1er que l’essentiel des textes qui
fondent l’ordre libéral fut adopté. Parmi ces textes, on retient par exemple le code civil de
1804.
Malheureusement, ce mouvement ne va s’enraciner qu’à partir de sa chute et la
restauration de la Monarchie avec cependant de fortes limitations constitutionnelles. Celles-ci
étaient contenues dans une charte au terme de laquelle le gouvernement était soumis au roi
tout en fonctionnant sur la base du pluralisme. Autrement dit, c’est un régime parlementaire à
l’anglaise qui était mis en place. Mais en vérité, jusque-là, dans la pratique, on évoluait encore
hors norme parlementaire, en deçà des principes structurant ce type de régime.

En effet, le peuple n’était souverain que de nom car le droit de suffrage était très
restreint. Ceci précipitera d’ailleurs la fin du régime. Avec la Révolution prolétarienne de
1848 et la seconde proclamation de la République le 20 février 1848, de nouvelles institutions
vont apparaître avec le rétablissement du suffrage universel et l’avènement d’une autre
constitution le 04 novembre 1948 qui va organiser le pouvoir sur le modèle américain mais
dépourvu de ses principes philosophiques c’est-à-dire l’équilibre et la collaboration des
pouvoirs. Il s’agit d’un Gouvernement de stricte répartition des pouvoirs tendant à leur
immobilisation. C’est ce qui est à l’origine du coup d’Etat de Louis Napoléon Bonaparte le 08
décembre qui va mettre en place un nouvel empire caractérisé par un pouvoir exécutif et à
tendance populaire dans la mesure où c’est un type de régime qui est fondé sur le plébiciste.

Il en sera ainsi jusqu’en 1870 avant que ne s’instaure la seconde République à la suite
de laquelle l’Empereur capitulera pour laisser place à son gouvernement provisoire, qui va
signer l’Armistice sous le Commandement de Tiers chargé de conduire la pays jusqu’à la
mise en place de nouvelles institutions. Cet intermédiaire durera de 1872 à 1875 et sera
marqué à la fois par une sorte d’instabilité, d’attente et de maturation d’un certain nombre de
principes qui donneront naissance au régime parlementaire.

Parag. 3 – La maturation du régime parlementaire


102

A – Les conditions de naissance du régime parlementaire


D’un point de vue historique, ce qu’il faut retenir dans le cas de la France, ce sont
deux faits marquants : la défaite de Sedan et la capitulation de l’empereur, l’empire se
retrouvait orphelin et désemparé, (tout le pouvoir entre les mains de l’Empereur). Toutefois,
la réaction des députés parisiens sera à la fois prompte et dommageable. Dans le contexte de
l’époque, on allait mettre en place un gouvernement provisoire mais non représentatif, ce qui
engendre le chaos politique.

Dans cette situation de chaos, il y avait un deuxième fait marquant, c’est la querelle
qui opposait différentes branches royales prétendant au trône sous l’arbitrage des députés. La
non-entente a abouti à la politique de la terreur, c’est-à-dire une solution d’attente consistant à
confier le pouvoir à des régents et en l’aménageant plus précisément par deux textes : celui de
1871 et celui de mars 1873, textes qui confiaient le pouvoir exécutif pour sept (7) ans, au
Maréchal Mac mahon. Mais avant ces 7 ans un amendement allait transformer la destinée de
ce régime.

B – Eléments constitutifs du régime parlementaire


Cet amendement provenait d’un député M. Wallon et consistait à légitimer le choix du
chef de l’Exécutif par une élection des Chambres réunies en congrès à la majorité absolue. Et
cet amendement av être concrétisé dans ses différents aspects par trois lois successives qui
vont asseoir le régime parlementaire. Ce sont ces trois lois qui vont être qualifiées de
Constitution de 1873.
• La première date de 1873 ;
• La deuxième loi date du 25 février 1875 ;
• La troisième loi date du 16 juillet 1876.

Elle se rapporte aux rapports entre pouvoirs publics c’est-à-dire d’une part un exécutif
dual dépendant et d’autre part un parlement composé d’un Sénat et d’une Chambre des
députés. C’est de cette loi que date la responsabilité politique du gouvernement devant les
chambres. La philosophie de ce gouvernement était fondée sur le modération dans la mesure
où les rapports politiques entre l’exécutif et le législatif étaient équilibrés. Mais on allait être
en présence de deux mouvements plus ou moins contradictoires.

D’une part, on va assister à l’effacement progressif du Président de la République


devant un gouvernement qui prend de plus en plus d’importance et d’autre part un
affaiblissement progressif d’un exécutif au profit du Parlement par la mise en jeu de la
responsabilité politique. Mac Mahon tentera de résister avant d’être vaincu et démissionné.
Prenant la mesure de la puissance du Parlement, son successeur allait d’emblée déclarer sa
soumission au Parlement affirmant du même coup la nature parlementaire du régime. Et cette
soumission allait de pair avec un effacement dans la mise en œuvre du pouvoir exécutif au
profit d’une équipe gouvernementale de laquelle émergeait un personnage qui assurait de fait
le rôle de Chef. C’est ainsi qu’on verra apparaître un Premier Ministre ou un Président du
Conseil non initialement prévu par la Constitution. Ce gouvernement est une institution de fait
qu’on va transformer en 1934 en un véritable organe. Mais, il était soumis au Parlement. Et
ces rapports entre l’exécutif et le législatif se fondent sur un certain nombre de moyens
permettant de raffermir la domination du Parlement.

Par ailleurs, le régime était marqué par une certaine incohérence et une instabilité dans
la mesure où il n’existait pas de majorité solide au Parlement. C’est ce qui va d’ailleurs
favoriser en partie la défaite de la France devant l’Allemagne en 1940. Avec la libération on
103

va installer un régime provisoire qui va durer jusqu’à l’adoption de la Constitution de la IVè


République laquelle va rétablir la légitimité constitutionnelle. Ce régime durera jusqu’en 1958
lorsque le Général De Gaulle sera rappelé au Pouvoir. Ce rappel est dû à l’instabilité politique
qui perdurait : 22 cabinets en 12 ans. C’est cette instabilité politique que va essayer de
corriger la nouvelle Constitution de 1958.

SECTION II – L’ORGANISATION DES POUVOIRS PUBLICS


Par pouvoirs, il faut entendre, conformément à la loi constitutionnelle du 3 juin 1958
qui charge le Général De Gaulle de rédiger une nouvelle constitution pour la France,
l’ensemble des institutions issues du suffrage universel et desquelles dérive le pouvoir
souverain (exécutif et législatif).

Parag.1 – Le pouvoir exécutif


Il est composé du Président de la République et du Gouvernement qui dans la
Constitution de 1958 font l’objet de statuts différenciés.

A – Le Président de la République
Aux termes de l’article 5, titre II de la Nouvelle Constitution, des prérogatives
importantes lui sont conférées ; sept prérogatives lui sont reconnues par la constitution ;
dispositions qui font de lui la clé de voûte du système politique. Cette notion de « clé de
voûte » est de Michel Debré (ancien Premier Ministre du Général De Gaulle) et elle rend bien
compte de l’importance de son statut et de ses pouvoirs (Bayeux, 16 juin 1946).

1 – Le statut du Président
Pendant sa traversée du désert, le Président De Gaulle a tenu un discours dans lequel il
souhaitait pour la France un Président au-dessus de la mêlée politique. Mais ces idées ne
triompheront que douze (12) ans après dans la mesure où c’est dans la Constitution de 1958
que l’on va imaginer un statut conséquent au chef de l’Etat fondé sur un mode d’élection
nouveau et bénéficiant d’une protection réelle. Pour le mode d’élection, le Président est
désigné dans un premier temps par un collège d’élus nationaux et locaux. Depuis le
référendum du 06 novembre 1962, sa désignation se fait au suffrage universel direct pour un
mandat de 7 ans. Cette durée de mandat est un héritage de la IIIè République.

Le Président bénéficie d’une protection juridique à la hauteur de sa stature, au titre de


son rôle de garant de l’indépendance nationale, de l’intégrité du territoire. Il incarne aussi
l’esprit de la République et bénéficie d’une protection politique majeure en tant qu’institution
arbitrale, située au-dessus des autres institutions et assumant un rôle de neutralité donc
d’irresponsabilité politique sauf dans les hypothèses de haute trahison (article 68 de la
Constitution française).

Cette irresponsabilité signifie que les actes accomplis dans le cadre de ses activités
sont endossés par le Gouvernement qui, au besoin, en répond devant le Parlement. Quels sont
ses pouvoirs ?

2 – Les pouvoirs du Parlement du Président


Ils recouvrent deux choses : un domaine propre partagé.
Le domaine propre : c’est surtout ce qui touche à la garantie de l’unité politique du
peuple et de la suprématie de l’Etat. On peut de manière négative appréhender ces
prérogatives en disant que ce sont celles qui se rapportent à toutes les matières de la
compétence du Président de la république autres que celles prévues à l’article 19 de la
104

Constitution. Ii s’agit par exemple de la dissolution de l’Assemblée de la mise en œuvre des


pouvoirs en temps de crise, de l’opportunité d’entrer en contact avec les représentants de la
Nation, et enfin de la saisine du Peuple.

Le domaine partagé : il a trait aux matières où s’exercent naturellement les


prérogatives relatives au fonctionnement quotidien de l’Etat, c’est-à-dire tout ce qu’il
incombe à l’Etat de faire pour la continuité du service public, par exemples : s’agissant de la
convocation du Parlement à une assemblée extraordinaire ou bien lorsque le Président de la
République demande une nouvelle délibération à l’Assemblée. Ce sont-là des prérogatives
qu’in enclenche à la demande du Premier Ministre.
B – Le Gouvernement
Conformément au principe de la séparation des pouvoirs, il appartient à l’exécutif plus
précisément au Gouvernement, de mettre en œuvre les décisions générales issues du
Parlement. Et à ce titre, il engage sa responsabilité devant l’Assemblée nationale. Dans le
cadre de la détermination et de la conduite de la politique nationale par le Gouvernement, le
Premier ministre joue un rôle fondamental.

Parag.2 – Le Pouvoir législatif


Il est exercé par le Parlement et ses prérogatives sont prévues au titre IV de la
Constitution de 1958. Il est composé d’une part de l’Assemblée nationale et d’autre part du
Sénat. Donc on est en présence d’un bicéphalisme qui n’en reflète pas pour autant le
fédéralisme.

L’assemblée nationale fait l’objet d’une grande considération et c’est ce qui va se


refléter dans son statut et dans son fonctionnement.

A – Le statut du Parlement
Le premier élément, c’est le mode d’organisation. On est en présence d’un
bicéphalisme dans le cadre duquel on veut faire jouer au Sénat un rôle de modérateur,
d’équilibre au profit des collectivités locales. C’est une chambre fort ancienne dans la mesure
où, aussi bien sous le directoire, le premier et second empire comme sous la première et la
deuxième Républiques, il a toujours eu deux Chambres.

L’Assemblée nationale regroupe des députés élus au suffrage universel direct sur la
base d’un scrutin majoritaire à deux tours et leur chiffre avoisine les 600.

S’agissant des Sénateurs, ils sont au nombre de 322 à raison d’un sénateur pour
145000 habitants. Ils sont élus pour 09 ans renouvelables au tiers. Ils sont élus au suffrage
universel indirect. Le mode de scrutin est double c’est-à-dire pour certains départements on
applique le scrutin majoritaire à deux tours tandis que pour d’autres (plus de 5 sénateurs à
désigner), on applique le scrutin proportionnel. Le Parlement français est régi par un
règlement intérieur, symbole de l’Autonomie et de la puissance de l’Assemblée. Il a pour
objet de régir l’organisation et le fonctionnement du Parlement à travers notamment de
nombreuses commissions.

B – Le fonctionnement du Parlement
La Constitution de 1958 assigne au Parlement français un double rôle : le vote des lois
et le contrôle du Gouvernement.
105

1 - Le vote des lois : Le parlement français vote les lois dans les matières qui sont
limitativement énumérées à l’article 34. Cependant son action emprunte deux modalités
différentes : soit fixer dans les détail les règles intervenant dans une matière déterminée, soit
déterminer les principes fondamentaux qui gouvernent une matière (Défense nationale).

Cependant quelle que soit la modalité, elle laisse place à l’intervention de l’exécutif.
S’agissant de la création de loi, elle obéit à une procédure appelée processus législatif. Il y a le
phénomène de la navette législative qui impose que toute proposition ou projet de loi fasse
l’objet d’un examen successif par les deux assemblées jusqu’à accord identique. Mais si
l’accord ne se trouve pas facilement le dernier mot est donné à l’Assemblée nationale.

Cette procédure s’étale sur plusieurs phases. Il y a aussi différents types de lois
ordinaires, organiques, ou relatives aux finances, comme au jeu politique lui-même qui font
que le parlement intervient dans les activités du gouvernement.

2 - Le contrôle du Gouvernement
Dans le cadre des rapports entre le Parlement et l’Exécutif, il y deux moyens qui sont
conférés à celui-là pour contrôler celui-ci : les moyens de contrôle ordinaire et les moyens de
contrôle spécifiques au régime parlementaire.

Moyens ordinaires
Il y en premier lieu les questions que les parlementaires peuvent adresser aux membres
du gouvernement et qui y répondent oralement lors des séances hebdomadaires. Il leur est par
ailleurs loisible d’adresser des questions écrites au gouvernement ou à ses membres par
l’intermédiaire du Président de l’Assemblée nationale. Ces procédés de contrôle entrent dans
le cadre normal de la représentation politique. Le Parlement peut aussi constituer des
commissions d’enquêtes ou de contrôle. Il s’agit ici d’un instrument dont la création et la mise
en œuvre sont laissées à la discrétion des parlementaires c’est-à-dire des commissions peuvent
être créées relativement à divers objets. Les commissions de contrôle proprement dites se
rapportent à la gestion administrative, financière ou technique du Gouvernement. Mais quels
qu’ils soient, l’utilisation de chacun de ces moyens peut déboucher sur une situation politique
grave pour le gouvernement, celle qui consiste à son renvoi même si pour la mise en œuvre de
cette prérogative majeure et ultime, il y a des moyens spécifiques plus adéquates.

Moyens de contrôle spécifiques


L’article 20 établit la responsabilité du gouvernement sur la base du faut que celui-ci
détermine et conduit la politique de la Nation. Les conditions de la mise en œuvre de cette
responsabilité sont prévues aux articles 49 et 50 et sont le seul fait de l’Assemblée nationale.

Aux termes de l’article 49 alinéas 1, le Gouvernement peut engager sa responsabilité


sur son programme ou sur une déclaration de politique générale. Cela intervient à la suite
d’une délibération du Conseil des ministres et de la soumission de ce texte par le Premier
ministre au Parlement. Si les députés veulent renverser le gouvernement, ils votent alors la
motion de censure à la majorité des députés présents. Mais l’Assemblée nationale elle-même
ne peut statuer que sous certaines conditions, que sont la signature de la motion par 1/10ème
des députés, sa soumission au vote 48 heures après et son adoption par la majorité composant
l’Assemblée.
106

Quoiqu’il en soit, l’Assemblée nationale détient en dernière instance les clés de la


survie politique du Gouvernement c’est-à-dire en mettant en œuvre la motion de censure, le
Parlement peut amener le gouvernement à démissionner même si celui-ci doit rester en place
jusqu’à la nomination d’une nouvelle équipe. Mais en retour (art. 12), le président peut
dissoudre l’Assemblée nationale. Cela signifie que le Gouvernement est l’organe
intermédiaire entre le Président de la République et l’Assemblée nationale. Autrement dit peut
servir, selon les cas, d’arme ou de bouclier dans les rapports entre le Parlement et l’Exécutif.

SECTION III – LES RAPPORTS ENTRE LES POUVOIRS PUBLICS

Les constituants de 58, lorsqu’ils donnèrent naissance à la Vème République,


voulaient consacrer un régime parlementaire dualiste. L’œuvre de ces constituants allait
revêtir une autre portée après le référendum de 1962. De la jonction de ces deux choses, il en
est résulté deux lectures de la Constitution de 1968 : une lecture présidentielle et une lecture
parlementaire.

Parag.1 – La lecture présidentielle


Le Général De Gaulle n’a jamais fait mystère de son souhait de voir conférer à la
fonction de Chef d’Etat un statut conséquent, protecteur, éminent, à la hauteur de sa stature, à
la dimension de la République elle-même. Et ses quelques mois d’expérience
gouvernementale, l’en ont plus que jamais persuadé, il se sentait étroit dans les habits de la
Constitution de 1946 ; ce qui allait conduire à la démission. Commence alors la traversée du
désert. C’est seulement en 1958 que ces idées trouvèrent à se réaliser à trois points de vue.

1. – L’élection du Président de la République dans la mesure où De Gaulle réclamait que


le Président, à défaut d’être élu par le peuple, le soit par un échantillon suffisamment
représentatif de celui-ci.
2. – Les fonctions présidentielles : le Président De Gaulle va les rehausser par les notions
de neutralité et d’arbitrage. Ce qui va lui permettre d’entrer en contact avec le peuple.
3. - La protection politique dont le président va faire l’objet : ce statut allait se densifier
au sortir de la référendum du 06 novembre 1962 à l’occasion duquel, le Général De
Gaulle réussira à faire admettre la nécessité de faire élire directement le Chef de l’Etat
par le Peuple. Cette réforme a bénéficié il est vrai de circonstances politiques
favorables parce qu’elle coïncida avec l’attentât du Petit-Clamart.

Ce rapprochement voulu par le Général est qualifié par certains auteurs de caprices
d’un vieillard qui a souvent besoin d’un bain de jouvence populaire. Mais curieusement ce
sont les institutions partisanes qui lui seront à la fois le maintien au pouvoir et les moyens de
sa réalisation politique.

En effet, De Gaulle va bénéficier d’une majorité hétéroclite composée de son propre


parti UNR et de quelques mouvements d’anciens résistants. C’est à partir de là que commence
l’infléchissement du régime politique français. Ce mouvement va continuer avec les
présidents qui lui succéderont. Ce phénomène est entre tenue par des mécanismes comme
celui qui consiste à organiser simultanément les élections législatives et présidentielles.
107

Parag.2 – La lecture parlementaire


La Constitution du 04 octobre 1958 a mis en place un régime parlementaire dualiste
c’est-à-dire d’un côté un pouvoir exécutif à deux têtes et de l’autre côté un pouvoir législatif
qui a pour rôle de voter les lois et de contrôler le pouvoir précité. Mais l’importance politique
de ce contrôle est telle que le gouvernement démissionne à chaque fois qu’il fait l’objet d’un
désaveu par l’Assemblée nationale. Cela s’inscrit dans la logique du régime parlementaire
dans la mesure où le Gouvernement en tant qu’émanation de la majorité parlementaire
détermine et conduit la politique de la Nation dont la mise en œuvre engage sa responsabilité.
Cette orientation politique est cela que nous avions en France jusqu’au présidentielles passées.

Jacques Chirac ne pouvait renvoyer L. Jospin que consécutivement à un désaveu


parlementaire. Dans le cadre du régime parlementaire, le gouvernement et son Premier
ministre bénéficient d’un certain nombre de prérogatives qui leur sont propres sur la base des
responsabilités politiques qui leur incombent. C’est aussi sur la base de ces prérogatives que
le gouvernement peut jouir d’une autonomie vis-à-vis du Président de la République.

Après ces deux périodes de cohabitation et celle plus récente entre 1997, et 2002, on
peut dire que le système politique français est entrain de vivre une période de maturité et c’est
que le Président Chirac lui-même disait après son élection.

CHAPITRE II – LE REGIME POLITIQUE BRITANNIQUE

Le régime politique britannique bénéfice du Label de société politique la plus policée


et de plus vieille démocratie. Ce label, la Grande-Bretagne le doit à deux choses : une
organisation institutionnelle particulière et surtout un fonctionnement spécifique de ses
instituions politiques.

SECTION I – L’ORGANISATION INSTITUTIONNELLE


L’œuvre majeure sur les institutions politiques écrite par Montesquieu, « De l’Esprit
des Lois » a été occasionnée par l’observation des mécanismes de fonctionnement du régime
politique anglais. De ces mécanismes est tirée une logique de spécialisation des pouvoirs de
l’exécutif d’une part et du législatif d’autre part.

Parag.1 – Le Pouvoir exécutif


Il englobe deux entités distinctes : la couronne et le gouvernement proprement dit.

A – La couronne
C’est le symbole du royaume, l’incarnation à la fois du pouvoir exécutif avec son faste
et son protocole et du règne d’une famille à la tête d’un royaume. Elle matérialise par ailleurs
la souveraineté du peuple britannique, représentée par la Monarchie qualifiée parfois aussi de
parlementaire pour souligner son adéquation avec la majorité au Parlement.

Cette incarnation est consacrée par les Parlements anglais depuis 1701 avec le vote
d’une loi constitutionnelle. Cette légitimité fut renforcée par les lois de 1753 et 1757 sous la
régence. Mais le roi règne tout en ne gouvernant pas. Il ne remplit que des fonctions
politiques symboliques (nomination du 1er ministre, ouverture et fermeture des sessions
parlementaires, convocation ou dissolution de l’Assemblée). Il garde cependant un certain
108

nombre de prérogatives : critique ou appréciation de la politique gouvernementale,


consultation politique, encouragement …).

B – Le Gouvernement
Il comprend deux organes : le Premier ministre et le Cabinet :

1 – Le Premier ministre
Il est désigné à la suite des élections législatives et il est toujours le chef de la majorité
sortie des urnes. C’est pour cela qu’il bénéficie d’un soutien quasi absolu du Parlement. Mais
de soutien n’est ni permanent, ni inconditionnel. Il a aussi un certain nombre de pouvoirs celui
de la nomination et de la révocation des membres du gouvernement choisis parmi les députés
de son parti. Il bénéficie en apparence d’une grande liberté d’action et de choix pour la
désignation des membres de son équipe ; en réalité, il est limité par la logique partisane.

Il est rempli enfin d’un certain nombre de fonctions comme la représentation du


gouvernement et la direction du cabinet.

2 – Le cabinet
C’est le rouage essentiel de l’Exécutif. Ses ministres sont souvent des députés issus du
parti majoritaire au Parlement. Mais cela n’exclut pas la possibilité de choisir des membres
venant d’autres horizons politiques (cabinet de coalition). La taille du cabinet varie selon
qu’on est en temps de guerre ou de paix ou en fonction des turbulences politiques ou
électorales. Mais en réalité ce qu’on appelle cabinet en Grande – Bretagne ce sont les
ministères-clès dont les chefs portent le titre de Secretary of State (les finances, les affaires
étrangères, la couronne, la défense) : tous les autres sont des ministères secondaires. Cela
n’affecte nullement cependant l’efficacité du cabinet. Celui-ci se subdivise en commissions
spécialisées dans divers domaines politiques. La coordination entre ces différentes
commissions est assurée par le Secrétariat du cabinet. Les fonctions principales incombant au
Cabinet sont elles aussi allégées. La première fonction consiste à prendre une décision sur les
grands problèmes qui affectent la politique générale du royaume.

La seconde fonction, c’est d’assurer la responsabilité collective du gouvernement


devant le Parlement, c’est l’organe fondamental dans le régime anglais (Cf. adage :
« Parlement peut tout faire sauf changer la Reine en Roi ».

Parag.2 – Le pouvoir législatif


Le Parlement britannique qui siège à Westminster est composé de deux chambres : la
Chambre des communes ou Chambre basse et la Chambre des Lords ou Chambre haute.

A – La Chambre des communes


Elle reflète dans sa formation, la composition du royaume lui-même dans ses quatre
parties que sont l’Angleterre, l’Ecosse, Irlande du Nord, le Pays de Galles. Ses députés sont
élus pour cinq (05) ans au suffrage universel. Mais le caractère majeur de ce régime c’est la
possibilité de dissolution qui affecte parfois cette chambre des communes avant l’expiration
de ces 5 ans.
Le speaker joue un rôle de porte-parole du Parlement et remplit un certain nombre de
fonctions. Dans leur fonctionnement, les communes tiennent quatre (04) sessions
parlementaires par an mais qui sont tellement longues que le travail parlementaire en devient
permanent. Les principales activités parlementaires sont : l’élaboration des lois, le contrôle
budgétaire et le contrôle du gouvernement.
109

Pour l’élaboration des lois, les communes sont organisées en plusieurs commissions
subdivisées entre commissions spécialisées et non spécialisées. Les commissions spécialisées
ont pour vocation d’étudier toutes les propositions de lois alors que la commission plénière est
seule compétente pour l’étude des projets de budget.

S’agissant de l’activité de contrôle du gouvernement, est institué ce que l’on appelle la


question-time qui est un intermède de 45 mn au début de chaque séance pendant laquelle des
questions sont posées directement aux membres du gouvernement.

B – La Chambre des Lords


C’est la chambre des nobles et comprend un millier de membre subdivisés en quatre
grandes catégories : les Lords temporels qui sont les plus nombreux (1171 en 1988). Parmi
ceux-ci, il faut faire la différence entre les pairs et pairesses du royaume (Lords héréditaires) :
les pairs à vue et enfin les lords légistes. De l’autre côté on a les Lods spirituels moins
nombreux et qui sont des hommes d’Eglise. Pour son fonctionnement, la Chambre des Lords
travaille de façon beaucoup moins soutenue que la Chambre des Communes. Elle n’a que 110
sitting days par an. Mais cela ne porte pas à conséquence majeure dans le fonctionnement du
régime car elle ne remplit que le rôle d’initiateur des lois sauf celles ayant trait aux finances.

SECTION II – FONCTIONNEMENT
Le système est désigné sous le terme de régime parlementaire dont la caractéristique
principale est de se fonder sur le principe de la souveraineté parlementaire. L’usage de ce
terme est ici spécifique en ce sens qu’il rend compte de la toute puissance du Parlement qui
est à l’origine du gouvernement et sui domine toute la vie politique britannique. Il est
composé de deux grands partis. C’est ce que l’on appelle le bipartisme anglais. L’équilibre de
ce système pour la garantie de la liberté politique est tel qu’il a été copié un peu partout dans
le monde. Il faut donc essayer de déterminer ses origines avant de mesurer son influence sur
le système politique lui-même.

Parag.1 – Les origines du bipartisme


On peut définir le bipartisme comme étant le système du parti où deux grandes
formations politiques dominent de façon durable le jeu politique en s’y succédant de façon
régulière. A l’origine de ce système, il y a le scrutin majoritaire à un tour et son aspect
déformant qui permet au parti sorti vainqueur des élections d’obtenir plus de sièges qu’il n’a
eu de voix. Mais ce système est relativement récent, c’est seulement dans le courant du XIX°
siècle qu’il a commencé à prendre forme. Cela va donner lieur par la suite à une opposition
entre libéraux et travaillistes dans la course au pouvoir. Il faut préciser que la domination de
ces deux grands partis laisse toujours subsister un troisième parti qui peut prendre de
l’importance en fonction des circonstances ou périodes.

Parag.2 – L’influence du bipartisme sur le système politique


La domination du système par les deux grandes formations politiques a de
conséquences majeures sur le système lui-même. Ce sont les suivantes :
- la stabilité politique qui renoue à une entente entre les deux grands partis sur
l’essentiel ;
110

- l’alternance politique, c’est-à-dire la possibilité pour les électeurs britanniques de


changer de majorité et de gouvernement pour exprimer leur mécontentement
politique (shadows cabinet) ;
- l’homogénéité politique sous-tendue beaucoup plus par des principes coutumiers
que par des dispositions formelles.