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Philippe CREISSEN COUR DE CASSATION - CHAMBRE CRIMINELLE

REQUETE ET MEMOIRE
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AVEC DEMANDE D’ADMISSION IMMEDIATE

CONTRE
Affaire CREISSEN C/ MP
L’ARRET DE LA CHAMBRE DE LINSTRUCTION
DE SAINT-DENIS DE LA REUNION DU 13 avril 2010, n°
81 (2010/06) :

N° du parquet 08/17919
N° Instruction 03/09/1

Pour Monsieur Philippe Creissen, né à Saint-Mandé (94160), le 4 juillet 1969, de nationalité fran-
çaise, exerçant la profession d’avocat inscrit au barreau de Saint-Denis de la Réunion et demeurant
au 202 chemin Couturier à Saint-André (97440) ;

Monsieur Philippe Creissen, exposant, défère la décision visée ci-dessus à la censure de la Cour de
Cassation, en tous les chefs lui faisant grief, par les faits et moyens suivants, qui seront, par suite,
complétés et développés par le mémoire de son avocat à la Cour de Cassation.

- I - FAITS ET PROCEDURE

- Monsieur Philippe Creissen a été mis en examen, le 11 septembre 2009, du chef de violence vo-
lontaire avec arme et préméditation ayant entrainé une IIT inférieure à 8 jours (0 jour d’IIT pénale
en l’espèce :voir le rapport d’expertise judiciaire du médecin légiste du mois d’avril 2010), pour
avoir à Saint-André de la Réunion, le 22 septembre 2008, tiré au moyen d’une carabine à air com-
primé de calibre 4.5 (arme de 7ème catégorie, sous réserve du test de puissance en joules restant à
effectuer), sur son voisin Monsieur Bernard Dalleau à la suite d’un différend de voisinage lié à la
construction d’un mur de clôture par Monsieur Creissen, dans les limites de son fonds et des droits
que lui confère son titre, avec cette circonstance qu’il est établi que Monsieur Bernard Dalleau, se
trouvant sur la propriété de Monsieur Creissen, a lancé un galet en direction du prévenu, dans un
temps concomitant des faits visés par la prévention. Le mis en examen invoque la légitime défense ;

- L’exposant a saisi la Chambre de l’instruction de St Denis de la Réunion d’une requête en nullité


des actes de la procédure, le 24 décembre 2009.

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- Il demandait notamment à la chambre de l’instruction de :

Constater la violation de l’article 5 § 1 et 3 de la CEDH, ensemble l’article 66 de la constitu-


tion pour détention arbitraire (garde à vue) : application des garanties de l’article 6 dès la
phase préliminaire (Dumoulin C/Belgique, 15 juillet 2002).
Annuler la mesure de garde à vue du fait que pendant sa détention Monsieur CREISSEN n’a
pas été présenté aussitôt à un magistrat au sens de la CESDH ;

Annuler les actes effectués dans le cadre de la violation précitée ;

Annuler les procès verbaux d’audition effectués pendant la garde à vue en ce que Monsieur
CREISSEN n’a pas pu bénéficier de l’assistance d’un avocat et de l’accès au dossier à
l’occasion de ces interrogatoires ;

Annuler les perquisitions intervenues pendant une détention arbitraire (article 8 de la CEDH) ;

Annuler l’acte constatant la première comparution du 19/12/2008 et tous les actes postérieurs
pour violation des dispositions de l’article 116 du Code de procédure pénale ;

Annuler la deuxième convocation pour première comparution ;

- Par un arrêt rendu le 27 avril 2010, notifié à l’exposant le 20 mai 2010, la Chambre de
l’instruction a décidé :

« En la forme, reçoit la requête en nullité,

Au fond, la dit partiellement fondée, Ecarte comme mal fondées les différentes demandes
d'annulation à l'exception de celle relative à la perquisition effectuée au domicile de M. P.
CREISSEN le 20/09/20098 à 10 hlO cote D11, en ce qu'elle a conduit à la saisie d'un verre
d'huile contenant des plombs de carabine scellé N°3, et un bidon contenant de l'essence
scellés N° 4,

Ordonne en conséquence la cancellation du procès verbal D11 à compter de la 20 éme


ligne jusqu'à la ligne 46 et la restitution des deux scellés susvisés à M. P. CREISSEN,

Dit n'y avoir lieu à annulation de la saisie du scellé N°2,

Ecarte les autres demandes de M. P. CREISSEN »…

C’est la décision soumise à la censure de la Cour.

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- II - DISCUSSION

- L'exposant s’est régulièrement pourvu en cassation contre cette décision.

Les griefs invoqués par l’exposant affectent directement ses intérêts en ce que la chambre de l'ins-
truction méconnait des dispositions substantielles d'ordre public. Les violations en cause concernent
notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme (articles 5 et 6) à
l’occasion et dans le cadre de la garde à vue, ainsi que la violation des dispositions de l’article 116
du code de procédure pénale.

Cet arrêt ne met pas fin à la procédure mais aussi bien l'ordre public qu'une bonne administration de
la justice commandent l'admission immédiate du pourvoi.

Les moyens proposés dès maintenant par l’exposant suffisent à justifier cette admission immédiate,
car d'une part ils sont manifestement sérieux, d'autre part les motifs par lesquels la chambre de l'ins-
truction les a écartés ne sont manifestement pas satisfaisants.

Enfin, une décision de la Cour de Cassation sur ces moyens permettrait, dans l’intérêt de la
loi, d’uniformiser l’interprétation du droit sur le territoire national à un moment où les juris-
prudences des juridictions inférieures sur la légalité des gardes à vue et des droits des per-
sonnes gardées à vue divergent profondément d’une juridiction à l’autre.

L’exposant se trouve manifestement dans une situation défavorable en ce qu’il réside à Saint-
Denis et non à Paris ou à Nanterre.

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- 1 - SUR LE MOYEN PRIS DE LA VIOLATION DES DISPOSITIONS DE
L’ARTICLE 5 de la CESDH en ses paragraphes 1 et 3, et les articles 485, 575 et
593 du code de procédure pénale et 5 du code civil

A/ Sur l’article 5§1 de la CEDH

- Au cas présent, le requérant a contesté la privation de liberté qu'il a subie en ce qu’elle n’a pas été
conforme aux « voies légales » au sens de l'article 5 § 1 ; qu’elle se trouvait dépourvue de base lé-
gale, que l'on envisage celle-ci sous l'angle du droit international ou du droit interne.

Sur le terrain de l'article 5 § 3, le requérant invoquait que le procureur de la République ne peut être
regardé comme « magistrat habilité par la loi à exercer des fonctions judiciaires » au sens de ces
dispositions.

La législation en vigueur autorisant une privation de liberté doit être suffisamment accessible et
précise afin d'éviter tout danger d'arbitraire ; dans tous les cas, la législation doit offrir une protec-
tion adéquate et la sécurité juridique nécessaires pour prévenir les atteintes arbitraires de la puis-
sance publique aux droits garantis par la Convention (Amuur c. France, arrêt du 25 juin 1996, Re-
cueil des arrêts et décisions 1996-III, §§ 50 et 53).

En France, la mesure de garde à vue est placée sous la seule surveillance du Procureur de la Répu-
blique.

Or, force est de constater que le procureur de la République n'est pas une « autorité judiciaire » au
sens que la jurisprudence de la Cour donne à cette notion, il lui manque en particulier l'indépen-
dance à l'égard du pouvoir exécutif pour pouvoir être ainsi qualifié (voir Schiesser c. Suisse, arrêt
du 4 décembre 1979, série A no 34, §§ 29-30).

En conséquence, et eu égard tout particulièrement à « l'adhésion scrupuleuse à la prééminence du


droit » qu'impose l'article 5 de la Convention (voir McKay précité, mêmes références), on ne saurait
dire que le requérant a été privé de sa liberté « selon les voies légales », au sens du paragraphe 1 de
cette disposition.

Au cas présent la détention de plus de 24 heures infligée à Monsieur CREISSEN ne l’a pas été sous
la supervision d’une "autorité judiciaire" au sens de l’article 5 précité de la CEDH (le procureur de
la République n’ayant pas cette qualité) et Monsieur CREISSEN n’a pas été traduit aussitôt devant
un juge. La violation des droits de Monsieur CREISSEN est donc patente et tous les actes effectués
dans le cadre d’une détention arbitraire, l’ont été en violation des droits reconnus par la CEDH ;

Partant, il y a avait bien violation de l'article 5 § 1 de la Convention.

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- La chambre de l’instruction a considéré que :

1/ Synthèse du moyen de l’exposant par la chambre

« Demande d'annulation des actes de l'enquête de flagrance et la mesure de garde à vue tirés de vio-
lation des art 5, 5§1, 5§3, 6 de la CEDHL, nullité de la garde à vue; violation de l'article 66 de la
constitution »,

« La garde à vue initiale de Philippe CREISSEN est entachée de nullité ainsi que les actes interve-
nus au cours de cette garde à vue au motif que selon la jurisprudence de la CEDH, le magistrat du
parquet français n'est pas une autorité judiciaire au sens de l'article 5 alinéa §3 de la Convention
européenne des droits de l'homme. CREISSEN n'a pas été présenté aussitôt « devant l'autorité judi-
ciaire compétente ». Or, «toute personne arrêtée ou détenue, dans les conditions prévues au para-
graphe 1du présent article doit être aussitôt traduite devant un juge ou un autre magistrat habilité par
la loi exerçant des fonctions judiciaires»

« En application de la jurisprudence de la CEDH, le procureur de la République n'est pas une autori-


té judiciaire, étant observé que l'article 5 de l'ordonnance du 22 décembre 1958 prévoit que les pro-
cureurs sont placés sous l'autorité du garde des sceaux, ministre de la justice. Il est ajouté qu'à sup-
poser qu'il soit avéré que le procureur de la République ait été tenu informé pendant toute la durée
de la détention, il ne s'agissait pas là « d'un magistrat habilité par la loi à exercer des fonctions judi-
ciaires », il s'ensuit que le requérant n 'a pas été privé de sa liberté dans des conditions légales; la
détention de plus de 24 heures infligée à Philippe CREISSEN n'est pas régulière, il y a eu violation
de l'article 5alinéa 1 de la Convention, »

2/ Réponse de la Chambre

Attendu que la prolongation de la garde à vue de M. CREISSEN sur autorisation du parquet a duré
effectivement 1 heure 10 et a été destinée à permettre à l'épouse du gardé à vue d'apporter aux en-
quêteurs une copie de l'acte de propriété des époux CREISSEN, ce qui a été fait à 19 heures cf: 068
et st ;

Attendu que le requérant se réfère à « l’obiter dictum" de la motivation d'une décision de la CEDH
du 10/07/2008 pour fonder sa demande d'annulation de la garde à vue ; Mais attendu que l'arrêt ren-
du depuis lors par la Grande Chambre le 29/03/2010, (statuant sur une requête introduite le
19/12/02), ne reprend pas dans sa motivation l'affirmation selon laquelle le parquet n'est pas une
autorité judiciaire, étant du reste observé que la CEDH n'était pas directement saisie de cette ques-
tion,

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Qu'outre les dispositions de l'article 63 du code de procédure pénale et suivant applicables à la garde
à vue, il sera rappelé que par décision du 11/08/1993, le Conseil Constitutionnel a affirmé que le
parquet était une autorité judiciaire et que la chambre criminelle de la Cour de Cassation n'est tou-
jours pas, à ce jour, revenue sur sa jurisprudence du 10/03/1992, selon laquelle, statuant sur l'appli-
cation de l'application de l'art 5§3 de la CEDH, elle a décidé que le procureur était un magistrat ha-
bilité, à prolonger la durée de la garde à vue dans les limites que la loi autorise;

Qu'en l'état ce moyen sera rejeté;

3/ Moyens de cassation

En premier lieu, la chambre n’a pas répondu au moyen selon lequel le procureur n’est pas une
autorité judiciaire habilitée à autoriser une garde à vue initiale ; la chambre n’a répondu en fait que
sur la décision de prolongation de la garde à vue prise par le procureur de la république ; Il y a donc
une omission de statuer sur les conclusions du requérant (article 593 du cpp) ;.

En deuxième lieu, la chambre de l’instruction a dénaturé les pièces dossier en indiquant que la
prolongation de la garde à vue « a été destinée à permettre à l’épouse du gardé à vue d’apporter aux
enquêteurs une copie de l’acte de propriété des époux CREISSEN, ce qui a été fait à 19 heures cf :
D 68 et st »,

Alors que durant cette prolongation de la garde à vue, la personne gardée à vue à fait l’objet
d’une quatrième audition au commissariat cf D 86 et suivantes :

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Partant la violation de l'article 593 du Code de procédure pénale est encourue.

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En troisième lieu, en indiquant que « l’arrêt rendu depuis lors par la Grande Chambre le
29/03/2010, ne reprend pas dans sa motivation l’affirmation selon laquelle le parquet n’est pas une
autorité judiciaire » la Chambre de l’instruction a méconnu l’autorité de la chose jugée par les
arrêts de la Cour européenne, qui depuis l’arrêt Schiesser c. Suisse (arrêt du 4 décembre 1979,
série A no 34, §§ 29-30) affirment le contraire.

.
En quatrième lieu, la chambre la chambre de l’instruction a violé les dispositions précitées de la
CESDH en refusant d’exercer un contrôle sur compatibilité des règles de procédure pénale, en
l’espèce l’article 63 du cpp, avec les normes supérieures qui étaient invoquées (Violation de la
CEDH), pour s’être bornée à indiquer à titre de motif principal « qu’outre les dispositions de
l’article 63 du cpp et s. applicables à la garde vue », laissant ainsi accroire que cet article du code
de procédure pénale est non seulement d’une portée supérieure à la CEDH, mais que de surcroit il
n’est pas incompatible.

Alors qu’un texte de droit pénal ne peut être appliqué que s'il n'est pas contraire à un autre texte,
plus élevé que lui dans la hiérarchie des normes. En cas d'incompatibilité, le juge répressif doit ac-
cueillir l'exception d'illégalité et écarter l'application du texte litigieux. Il appartient au juge répres-
sif de contrôler cette compatibilité, et de s'assurer que la loi interne n'est pas contraire à une conven-
tion internationale, l'article 55 de la Constitution disposant que « Les traités ou accords régulière-
ment ratifiés ou approuvés ont, dès leur publication, une autorité supérieure à celle des lois, sous
réserve, pour chaque accord ou traité, de son application par l'autre partie ». Sur le contrôle de la
conformité du droit interne à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme
voir en ce sens Cass. crim., 2 juill. 1997 : Bull. crim., n° 264 .

En cinquième lieu, la chambre de l’instruction a procédé à titre principal et non à titre sura-
bondant (dès lors que l’expression « outre les dispositions de l’article 63 du cpp » ne peut être re-
gardée comme un motif) par référence faites à des décisions antérieures et en particulier à une
décision du conseil constitutionnel du 11/08/93 et à une décision de la Cour de Cassation du
10/03/92 : « il sera rappelé que par décision du 11/08/93 …. Et que la chambre criminelle de la
Cour de cassation n’est toujours pas à ce jour revenue sur sa jurisprudence du 10/03/92 »…

Alors qu’ « Il est défendu aux juges de prononcer par voie de disposition générale et réglementaire
sur les causes qui leur sont soumises » (C. civ., art. 5). Et que méconnaît ce principe la cour d'appel
qui, pour écarter l'exception d'illégalité d'un arrêté préfectoral, se borne à se référer à ses précé-
dentes décisions ou à des arrêts de la Cour de cassation (Cass. crim., 18 juill. 1991 : Bull. crim., n°
301). La référence faite par une décision à la « jurisprudence » de la juridiction, ou à des décisions
antérieures, ne peut être acceptée qu'à titre de motif surabondant (Cass. crim., 3 mars 1993 : Bull.
crim., n° 100).

La cassation de l’arrêt s’impose à ce titre.

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En sixième lieu, la chambre a violé ensemble les dispositions de l’article 485 et 593, en ce que les
motifs l’ayant conduit au rejet de la demande se bornant à rappeler l’existence d’un article du code
de procédure pénale, au cas présent l’article 63 du cpp, et deux décisions antérieures caractérisent
une insuffisance de motif qui ne permet pas à la Cour de cassation d'exercer son contrôle et de
reconnaître si la loi (la norme supérieure) a été respectée dans le dispositif (« Attendu que tout ju-
gement ou arrêt doit comporter les motifs propres à justifier la décision ; que l'insuffisance des mo-
tifs équivaut à leur absence » (Cass. crim., 25 janv. 1996 : Bull. crim., n° 52.).

B/ - Sur l'article 5 § 3 de la CEDH

Le requérant a indiqué qu’il n'a pas été présenté, pendant comme au terme de la garde à vue, à « un
juge ou un autre magistrat habilité par la loi à exercer des fonctions judiciaires » au sens de l'article
5 § 3 ; Que la convocation devant un juge n’est intervenue pour la première fois, que le 19 dé-
cembre 2008, soit presque trois mois après la mesure de privation de liberté ; Que toutefois cette
convocation est restée sans suite et sans possibilité d’exercer des droits jusqu’à la nouvelle convoca-
tion pour le 11 septembre 2009, soit prés d’un an après les faits reprochés .

Or un tel délai est incompatible avec l' « exigence de promptitude » qu'expriment les termes « aussi-
tôt traduite » que l'on trouve dans la disposition précitée. Seules des « circonstances tout à fait ex-
ceptionnelles » (inexistantes au cas présent) pourraient le justifier, étant toutefois entendu que rien
ne saurait dispenser la France de l'obligation d'offrir en toutes circonstances aux personnes se trou-
vant sous sa juridiction des garanties adéquates contre les privations arbitraires de liberté.

Le requérant concluait donc que le délai qui s'est écoulé entre le moment de la mise en détention du
requérant, le 22 septembre 2008 et sa présentation au juge d'instruction a excédé la promptitude
telle qu'elle est conçue au paragraphe 3 de l'article 5 précité de la CEDH. Il restait en outre que la
détention imposée à Monsieur CREISSEN au commissariat de Saint-André n'était pas sous la su-
pervision d'une « autorité judiciaire » au sens de l'article 5 (le procureur de la République n'ayant
pas cette qualité).

Il n’a donc pas bénéficié de la protection contre l'arbitraire.

Partant, il y a eu violation de l'article 5 § 3 de la Convention.

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La chambre a considéré que :

1/ Synthèse du moyen de l’exposant par la chambre de l’instruction

« Sur le délai de présentation, art 5§3 de la CEDH »,

« Attendu que Philippe CREISSEN expose qu'il n'a pas été présenté au terme de la garde à vue à un
juge ou un magistrat habilité par la loi à exercer des fonctions judiciaires ; art 5§3 de la convention,
que la convocation devant un juge n'est intervenue en effet que trois mois plus tard, pour le 11 sep-
tembre 2009, qu'un tel délai est incompatible avec l'exigence de promptitude qu'exprime les termes
« aussitôt traduites », qu'il n' y avait aucune impossibilité matérielle de le conduire physiquement
devant l'autorité judiciaire dans un délai plus bref; Attendu que la garde à vue a commencé le
22/09/08 à 18 heures 10 minutes et s'est achevée le 23/09/08 à 19 heures15, »

2/ Réponse de la Chambre

Attendu que durant le temps de garde à vue, il a été procédé à l'audition de M. CREISSEN à quatre
reprises, à celle de la victime DALLE AU Bernard, de témoins; BEGUE Eugène, de GRONDIN
Christine, GANOFSKY David, MEDARD France LUCAS Fred, M. IMAZOUTE François, qu'un
transport sur les lieux a été effectué, qu'une confrontation a été organisée entre M. CREISSEN et le
plaignant Bernard DALLEAU, que la victime a été examinée par un médecin qui a évalué son ITT,
qu'il a été effectué une recherche de précédents concernant le mis en cause, qu'une perquisition a eu
lieu le 23/09/08 à 17h05 par décision du Procureur, en présence de ce dernier et du Bâtonnier BI-
DOIS, que la garde à vue a été prolongée à compter du 23/09/2008 à 18 heures 10, qu'elle a été le-
vée le 23/09/08 à 19 heures 15,

Attendu qu'ainsi durant ce temps, il a été procédé à tous les actes utiles de l'enquête de flagrance
avec promptitude, que le fait qu'il se soit écoulé 3 mois entre la fin de la garde à vue et la présenta-
tion de M. CREISSEN devant le juge ne lui fait pas grief, dés lors qu'il a été remis en liberté après
25 heures de garde à vue,

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3/ Moyens de cassation

En premier lieu, la chambre a violé les articles 485, 575et 593 du cpp en omettant, d’une part de
répondre aux conclusions du requérant tendant à faire à constater que sa privation de liberté est
intervenue sans qu’il soit présenté aussitôt à une autorité judiciaire et que celle-ci à durée plus de 25
heures sans qu’il soit présenté à un juge impartial et indépendant au sens des dispositions de
l’article 5§ 3 de la CEDH et 66 de la constitution française ; et d’autre part, en ne motivant pas
suffisamment sa décision en indiquant « que le fait qu'il se soit écoulé 3 mois entre la fin de la
garde à vue et la présentation de M. CREISSEN devant le juge ne lui fait pas grief, dés lors qu'il a
été remis en liberté après 25 heures de garde à vue », alors qu’il est fait grief d’une privation de li-
berté de plus de 25 heures sans avoir été présenté devant un juge ; la remise en liberté au terme de la
garde à vue étant indifférente au regard du non respect des droits pendant la privation de liberté. Un
tel motif ne répond donc pas au moyen selon lequel une personne privée de liberté doit être aussitôt
présenté devant un juge.

En deuxième lieu, la chambre a violé l’article 66 de la constitution et 485 du cpp en considérant


implicitement au terme de son motif qu’il n’y avait pas lieu d’être présenté devant un juge au sens
du mot « aussitôt » du texte précité dès lors que la garde à vue n’a durée que 25 heures, alors qu’une
telle durée est incompatible avec les exigences des dispositions précitées et en l’absence de circons-
tances exceptionnelles.

La cassation de l’arrêt s’impose.

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- 2 - SUR LE MOYEN PRIS DE VIOLATION DE L’ARTICLE 6 DE LA
CESDH et 485, 575 ET 593 DU CODE DE PROCEDURE PENALE ET 5 DU
CODE CIVIL

L’exposant a indiqué, sur la violation de l’article 6 de la Cedh dans le cadre de la procédure


d’enquête de flagrance et la mesure de garde a vue, que :

Tous les procès-verbaux d’audition effectués pendant la garde à vue sont intervenus en violation du
droit au procès-équitable en ce que le mis en cause n’a pas pu bénéficier de l’assistance d’un conseil
pendant les auditions, pas plus qu’il n’a pu bénéficier, lui ou son conseil, d’un accès au dossier et
plus généralement bénéficier du respect du contradictoire pendant l’enquête de flagrance.

Partant que l’article 6 n’a pas été respecté.

Le requérant ajoutait également sur l’article 6 § 1 et 3 de la CEDH

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Qu’il en résultait que les auditions du gardé à vue, dès lors qu’il n’a pu bénéficier de l’ensemble des
interventions qu’un citoyen européen ou français sont en droit d’attendre d’un avocat, étaient irré-
gulières.

Qu’il y a donc bien lieu d’annuler ces actes.

L’exposant précisait enfin que les poursuites engagées par le procureur de la République l’ont été au
vu des éléments recueillis à l’issue de la garde à vue qu’il a autorisée ; Qu’aucune investigation n’a
pu être demandée par le conseil du prévenu tenu dans l’ignorance du déroulement de l’enquête et de
l’existence même des auditions ou confrontations. Il n’a pu demander ainsi que soient entendues les
personnes susceptibles d’apporter un éclairage différent, favorable à la défense.

Qu’ainsi il y avait bien d’annuler non seulement les auditions précitées mais également l’ensemble
des poursuites subséquentes.

(Voir en ce sens Tribunal correctionnel de Paris, 12ème ch /2 , 28 janvier 2010, 13 h30, n°


0815530244)

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La chambre de l’instruction a considéré que :
Art 6 de la CEDH

1/ Synthèse du moyen du requérant par la Chambre

Le requérant fait valoir que tous les procès-verbaux d'auditions effectués pendant la garde à vue ont
eu lieu en violation du droit au procès équitable en ce que le mis en examen n 'a pu bénéficier de
l'assistance d'un conseil pendant les auditions, pas plus qu'il n'a pu bénéficier lui ou son conseil d'un
accès au dossier, que dans son mémoire du 11 février 2010, il complète cette argumentation enfai-
sant sienne la motivation de la décision rendue par le tribunal correctionnel de Paris (XIIe chambre)
le 28janvier 2010, qu'il y a donc lieu d'annuler non seulement les auditions précitées mais également
l'ensemble des procédures subséquentes "

2/ Réponse de la Chambre

Attendu que M. CREISSEN (qui est avocat) a déclaré dés le début de la garde à vue qu'il ne désirait
pas s'entretenir avec un avocat, qu'il a renouvelé ce refus lors du début de la prolongation de la
garde à vue, cf ; D 13 , D64 et 090 ,

Qu'il a apparaît dés lors malvenu à affirmer qu'il n'a pas pu bénéficier de l'assistance d'un conseil,
qui aurait dû avoir accès au dossier, que le moyen est sans portée,

3 / Moyens de cassation

En premier lieu, la chambre de l’instruction a violé les dispositions protectrices de la liberté pré-
vues par l’article 6 précité de la CESDH ensemble celle de l'article 55 de la Constitution, en refu-
sant, d’une part, d’exercer un contrôle sur la compatibilité des règles de procédures pénales,
en l’espèce, l’article 63 du cpp, avec les normes supérieures qui étaient invoquées (Violation de la
CEDH) pour s’être bornée à indiquer à titre de motif principal « qu’il ne désirait pas s’entretenir
avec un avocat [pour l’unique entretien de 30 minutes : article 63-4 du cpp] », alors que les droits
dont l’exercice a été privé recouvrent l’ensemble des actes et auditions intervenants pendant la
garde à vue, outre le seul entretien de 30 minutes prévu par la loi française ; laissant ainsi accroire,
sans plus de motivation, du fait d’un prétendu refus d’exercer ses droits par le mis en cause, que cet
article du code de procédure pénale n’est pas incompatible avec les droits prévus par l’article 6 pré-
cité ; et d’autre part en refusant, par arrêt de règlement, visant la qualité d’avocat du gardé à
vue, de reconnaitre à l’exposant – du fait qu’il se serait implicitement assisté lui-même pendant
les auditions - le droit à une procédure équitable prévue par l’article 6 de la CEDH à l’occasion
de la garde à vue en ce qu’elle est une mesure de privation de liberté;

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En second lieu, la chambre de l’instruction a également violé les dispositions des articles 6 de la
cesdh et 485, 575 et 593 du code de procédure pénale et 5 du code civil en omettant, d’une part,
de répondre aux conclusions selon lesquelles le mis en cause, en violation des droits qui lui sont
reconnus par l’article 6 précité, n’a pas pu bénéficier de l’assistance d’un conseil pendant les audi-
tions, pas plus qu’il n’a pu bénéficier, lui ou son conseil, d’un accès au dossier et plus généralement
bénéficier du respect du contradictoire pendant l’enquête de flagrance ; qu’en se bornant à indiquer
que le mis en cause a refusé l’entretien de 30 minutes prévues par l’article 63-4 du cpp n’a pas ré-
pondu aux conclusions pourtant claires dont elle était saisie sur le non respect du droit au procès
équitable dès le début de la mesure de garde à vue ; d’autre part en ne motivant pas sa décision
sur l’absence de violation des droits prévus par l’article 6 précité dont la violation était clairement
invoquée, dès lors qu’elle n’a pas caractérisé en quoi le droit au procès équitable a bien été respecté
à l’occasion des quatre auditions intervenues pendant la garde à vue et des autres actes effectués à
cette occasion ; en enfin, en dénaturant les pièces du dossier en venant considérer implicitement
que le fait de refuser un entretien de 30 minutes, seul prévu par l’article 63-4 précité, équivaut à
renoncer à des droits dont la lecture n’a pas été faite au mis en cause à l’occasion de la notification
des droits du gardé à vue .

- 3- SUR LE MOYEN PRIS DE LA VIOLATION DES ARTICLES 113-1, 113-2,


116, 485, 575 ET 593 DU CODE DE PROCEDURE PENALE ET 5 DU CODE
CIVIL

Sur la nullité de la première comparution du 19 décembre 2008 et les actes subséquents le re-
quérant invoquait :

- L’exposant a fait valoir devant la chambre de l’instruction que le premier procès-verbal de pre-
mière comparution du 19 décembre 2008 est entaché de nullité en ce qu’au terme de cet interroga-
toire mené par le juge d’instruction, le mis en cause ne s’est pas vu notifié les droits prévus par les
dispositions de l’article 116 du code de procédure pénale et que ce n’est que le 11 septembre 2009
suivant, que le mise en examen s’est vu notifié ses droits et alors que des actes importants compor-
tant la mention selon laquelle Monsieur CREISSEN était déjà mis en examen, sont intervenus dans
ce laps de temps.

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L’exposant précisait également que Monsieur Creissen a été nommément visé par un réquisitoire de
Monsieur le Procureur Muguet du 5 novembre 2008 et une information judiciaire a été ouverte ;
qu’il a été convoqué une première fois pour une première comparution le 24 novembre 2008, en vue
de sa mise en examen (D 145) ; que sa comparution est intervenue le 19 décembre 2008, en pré-
sence de ses avocats désignés (D 147) ; qu’il aété entendu sur une partie des faits visés par
l’information judiciaire ; que le juge d’instruction s’est également entendu lui-même à cette occa-
sion sur des faits figurant aux procès-verbaux établis dans le cadre de l’enquête de flagrance ; qu’un
procès-verbal d’audition a été établi par le juge d’instruction ; qu’à l’issue de cette audition la per-
sonne convoquée n’a reçu aucune des notifications prévues par l’article 116 du code de procédure
pénale et son statut de personne mise en examen ou de témoin assisté ne lui a pas été précisé.

Alors que la loi ne prévoit pas que le juge d’instruction puisse sursoir à statuer sur ce point et uni-
quement pour des motifs tenant à la personne du juge et parfaitement connus avant l’audition.

Que le 3 février 2009, le juge Flavien Noailles a procédé à la désignation d’un expert balistique en
précisant « vu l’urgence » et indiquant avoir respecté les dispositions de l’article 161-1 du code de
procédure pénale ; que les 25 et 26 mars 2009, le nouveau juge d’instruction a procédé à l’audition
de témoins en faisant mention de ce que l’audition intervient « hors la présence de la personne mise
en examen » ; que le 21 avril 2008, l’intéressé a demandé au juge de bien vouloir procéder à sa con-
vocation, de sorte qu’il soit en mesure de faire usage des droits de la défense (D 282).

Qu’ainsi il y avait bien lieu de constater la nullité de l’acte lui-même (le procès-verbal d’audition
du 19/12/08) ainsi que tous les actes de la procédure ultérieure (Crim 15 mars 1973, Bull
n°134) et en particulier la nouvelle convocation pour première comparution du 21 août 2009.

La chambre de l’instruction a considéré que :

1/ synthèse du moyen du requérant par la Chambre

M. CREISSEN invoque la nullité de la première comparution du 19décembre 2008 et des actes sub-
séquents.Au soutien de cette affirmation, il dit qu'il a été convoqué une première fois le 24 no-
vembre 2008 en vue de sa mise en examen, que cette comparution est intervenue le 19 décembre
2008 en présence de ses avocats désignés mais qu'à l'issue de cette audition, il n'a reçu aucune noti-
fication prévue par l'article 116du code de procédure pénale et que son statut de personne mise en
examen ou de témoin assisté ne lui a pas été précisé, La première audition du 19/12/08 n'a pu inter-
venir sans que la personne concernée ne se trouve sous un statut légal prévu par le code de procé-
dure pénale, art 113-1 et 113-2 du CPP,
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Il y a lieu de considérer a minima, que la personne a été entendue sous le régime du témoin assisté,
que l'article116 du CPP précité prévoit que la notification des droits doit intervenir à cette occasion,
ce qui n'a pas été le cas. En application de l'article 113 - 1 du code de procédure pénale.' "la per-
sonne nommément visée par un réquisitoire introductif et qui n'est pas mise en examen ne peut être
entendue que comme témoin assisté» " ; Les notifications prévues par l'article 116 du code de pro-
cédure pénale n'ont pas été respectées. Elles sont prescrites à peine de nullité tant de l'acte lui-même
que de la procédure ultérieure; Il y a donc lieu de constater la nullité de l'acte lui-même, le procès-
verbal d'audition du 19 décembre 2008, ainsi que de tous les actes de la procédure ultérieure et en
particulier dans la convocation pour la première comparution;

2/ Réponse de la Chambre de l’instruction

Attendu que par requête du 3/09/09, complétée par un mémoire du 7/09/09, puis d'un second mé-
moire du 16/11/09, M CRE1SSEN a déjà saisi la chambre de l'instruction de ce moyen, que la
chambre de l'instruction a décidé par arrêt du 22/12/2009 N°09/191 que le 19/12/08, il n'avait pas
été procédé à la mise en examen de M CREISSEN, pas plus qu'il ne lui avait été conféré le statut de
témoin assisté, le juge ayant décidé d'interrompre l'interrogatoire du fait que M CREISSEN avait
confirmé sur question dujuge qu'il n'excluait pas de citer le magistrat comme témoin, qu'il convient
de se référer à cette décision; « Que le 19/12/08, son interrogatoire de première comparution par la
vice présidente chargée de l'instruction, Mme LA GlERE, a été en effet interrompu;

Qu'après avoir vérifié son identité et lui avoir fait connaître les faits dont elle était saisie en
vertu d'un réquisitoire introductif et avoir avisé Philippe CREISSEN de ce qu'elle envisageait
de le mettre en examen pour ces faits, en présence de ses avocats à disposition desquels la procé-
dure avait été mise quatre jours ouvrables avant l'interrogatoire, la vice présidente chargée de l'ins-
truction. avant même d'aviser Philippe CREISSEN qu'il avait le droit, soit de se taire, soit de/aire
des déclarations, soit d'accepter d'être interrogé, s'adressant à ce dernier, lui a demandé s'il en-
tendait toujours la citer « comme témoin dans la présente affaire auquel cas elle serait dans
l'obligation eu égard à l'impartialité dont doit faire preuve un juge d'instruction de mettre
immédiatement un terme au présent interrogatoire et de demander son dessaisissement» ;

Que Philippe CREISSEN a répondu après avoir discuté avec ses avocats, qu' il lui était difficile; «
de renoncer définitivement au droit qui est le sien de faire citer un témoin» "

20
Que le magistrat instructeur a immédiatement déclaré; «dans ces conditions, nous indiquons à M
CREISSEN que nous arrêtons en l'état le présent interrogatoire sans même nous décider sur le
statut qu'il convient de lui donner dans la présente instruction et que nous allons immédiatement
demander à M le président du tribunal de grande instance de désigner un autre juge d'instruction
dans la présente procédure », qu'il n'a donc pas été procédé à la mise en examen de Philippe
CREISSEN, pas plus qu'il ne lui a été conféré le statut de témoin assisté, que pour cette raison, les
informations relatives à son statut, non encore déterminé, ne lui ont pas été notifiées; que M
CREISSEN n'a pas davantage et pour la même raison été avisé de ses droits énumérés à l'article 116
du code de procédure pénale, ainsi que de la durée probable de l'information,

Attendu qu'i1 est de jurisprudence ancienne et constante que le juge d'instruction demeure
maître d'apprécier l'opportunité du moment de la notification d'une mise en examen, après avoir le
cas échéant procédé à toutes les investigations qu'il juge utiles;

Que le fait que le réquisitoire introductif vise nommément Philippe CREISSEN n'a pas eu pour effet
de lui donner la qualité de témoin assisté au seul motif qu'il ne pouvait pas être entendu comme té-
moin, (art 113-1 CPP), que le moyen sera écarté;

3/ Moyens de cassation

En premier lieu, la chambre de l’instruction a violé les dispositions des articles des articles 113-1,
113-2, 116, 485, 575 et 593 du code de procédure pénale et 5 du code civil en indiquant, d’une
part, par référence, à titre principal, sous la forme d’un arrêt de règlement, « qu'i1 est de juris-
prudence ancienne et constante que le juge d'instruction demeure maître d'apprécier l'opportunité du
moment de la notification d'une mise en examen, après avoir le cas échéant procédé à toutes les
investigations qu'il juge utiles », après avoir pourtant constaté que le juge d’instruction a procédé à
un interrogatoire, de sorte que le juge pouvait entendre la personne visée dans le réquisitoire sans lui
donner de statut ; d’autre part en omettant de répondre aux conclusions selon lesquelles, aux
termes des dispositions de l’article 116 du cpp, le mis en cause ne peut être convoqué et entendu par
le juge d’instruction sans que ses droits lui ait été notifiés et nonobstant le fait que le juge
d’instruction décide ultérieurement de demander son dessaisissement ; mais également en ne mo-
tivant pas suffisamment sa décision au regard des circonstances de l’espèce où le juge ne pouvait
plus apprécier l'opportunité du moment de la notification d'une mise en examen, dès lors que
l’interrogatoire avait commencé, de sorte qu’il y a absence de motif ; enfin, la chambre de
l’instruction est coupable de contradiction de motifs affectant le dispositif et de ne pas avoir
tiré les conséquences de ses propres constatations en relevant que le juge d’instruction a décidé
d’arrêter en l’état l’interrogatoire qu’elle avait entrepris avec le mis en cause, après lui avoir indiqué
qu’elle envisageait de le mettre en examen, mais sans lui notifier ses droits, et alors que la procé-
dure s’est poursuivie pendant 9 mois avant que les droits du mis en examen ne soient notifiés par un
second juge d’instruction, que ce faisant elle a violé les dispositions de l’article 116 du code de pro-
cédure pénale ;

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En second lieu, la chambre de l’instruction a violé les droits de la défense prévue par les disposi-
tions de l’article 116 dès lors que le mis en cause, convoqué en vue de sa mise en examen et inter-
rogé par le juge, ne s’est pas vu notifié ses droits ; alors que les personnes à l'encontre desquelles il
existe des indices graves et concordants d'avoir participé aux faits dont le juge d'instruction est saisi
ne peuvent être entendues comme témoins (CPP, art. 105, L. 24 août 1993). Elles doivent être mises
en examen de façon à pouvoir bénéficier des droits de la défense, faute de quoi leur audition est
entachée de nullité.
.
- - -

D'où il suit que la cassation est encourue de ces chefs ;

* *
*

Il est donc essentiel que la Chambre criminelle puisse à ce stade, exercer son contrôle sur la régula-
rité de la procédure. Au regard d'une bonne administration de la justice il convient de ne pas laisser
se poursuivre une procédure aussi irrégulière.

L'intérêt de l'ordre public comme celui d'une bonne administration de la justice, commande donc
que le pourvoi soit déclaré immédiatement recevable.

A cet égard, l’éventuelle décision à intervenir permettrait à la Cour de Cassation d’unifier la juris-
prudence française au vu des dernières décisions de la Cour de Strasbourg ;

Qu’en effet, il est aujourd’hui évident que si la requête en nullité du mis en examen avait été sou-
mise à une autre Cour d’appel une décision parfaitement inverse aurait pu être rendue ; Qu’en outre,
selon le tribunal où le prévenu serait tenu de comparaitre l’appréciation de la légalité de la garde à
vue et de la prorogation de sa garde à vue sera différente ; la jurisprudence des tribunaux correc-
tionnels de Paris et Nanterre étant plus favorable au comparant que celle de Saint-Denis de la Réu-
nion ; Qu’il existe donc une rupture d’égalité entre les citoyens du fait de la localisation des procé-
dures dont ils sont l’objet, en l’absence de décision claire et précise de la Cour de Cassation no-
tamment sur les droits des citoyens pendant la garde à vue.

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PAR CES MOTIFS, et tous autres à produire, déduire ou suppléer, même d'office, la requérante
conclut à ce qu'il plaise à Monsieur le Président de la Chambre criminelle de la Cour de cassation:

DECLARER le pourvoi immédiatement recevable avec toutes conséquences


de droit.

Et pour le cas où l’admission immédiate sera ordonnée :

CASSER et annuler la décision attaquée.

Pour requête et mémoire déposé dans le délai de dix à compter de la notification de la décision.

Fait à Saint Denis de la Réunion, le 26 mai 2010;

Philippe Creissen

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