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Economie Internationale L3 AES

Économie Internationale

Examen : dissertation avec deux sujets au choix en deux heures.


Présentation : 15 points
Introduction : 20 points, mise en contexte du sujet, énoncer le sujet lui-même, dégager une
problématique (une question ou un ensemble de question distinct du sujet), dégager un plan
(le plan découle logiquement de la problématique)
Développement : 45 points, chaque paragraphe doit développer un argument avec des
exemples
Conclusion : 20 points, on peut terminer par une ouverture

Plan du cours :

Introduction Générale : Au tournant du siècle quelques faits marquants

Chapitre 1 : D’une brève histoire des échanges internationaux aux caractéristiques de la


mondialisation actuelle

Chapitre 2 : Les théories traditionnelles du commerce international

Chapitre 3 : Quelques éléments d’Economie Politique Internationale

Chapitre 4 : La place des pays en développement dans le monde contemporain

Introduction générale : Au tournant du siècle quelques faits


marquants

La fin du 20e siècle a été marqué par un certains nombre de phénomènes, de circonstances qui
ont eu un impact à l'échelon international et si le tournant des années 1980 aux années 1990 a
été marqué par la chute du mur de Berlin et par la décomposition du bloc soviétique en
république aux aspirations démocratiques, on peut dire que la transition entre le 20e et le 21e
siècle aura été encore plus brutal et les attentats du 11 septembre 2001 sont venus conforter la
thèse d'un choc des civilisations.
Quelques rappels sur les faits officiels : le 11 septembre 2001 à quelques minutes d'intervalles
4 avions se seraient écrasés sur la côté Est des Etats-Unis. Les deux premiers sur les tours
jumelles du World Trade Center à New York, le troisième se serait écrasé sur le pentagone à
Washington et le dernier se serait écrasé en rase campagne quelque part en Pennsylvanie. Le
bilan de ces attentats a été très lourd puisqu'on a dénombré plus de 3 000 morts qui sont
presque tous des civiles. Suite à ces attentas la réaction de l'état américain qui a subit le choc a
été très rapide et un certains nombre de liens ont été vite établit entre ces attentats et le
mouvement terroriste Al Qaida et leur chef Houssama Ben Laden.
Ces attentats ont semé le trouble à bien des niveaux. En effet, comment un état sécuritaire
comme les Etats-Unis d'Amérique avaient-ils pu laisser opérer des terroristes sans que les
services secrets américains soient avertis ? Quelles étaient les motivations profondes de ces

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attentats ? Et pourquoi s'attaquer à des civiles en même temps qu'au symbole du libéralisme et
de la mondialisation qui était situé en plein milieu du quartier des affaires et à deux pas de
Wall Street ? Il semblerait que les révélations des semaines suivantes ont démontrés que ces
attentats n'avaient pu être organisés que de longue date c'est-à-dire bien avant l'arrivée au
pouvoir de George W Bush en janvier 2001 et même bien avant la reprise de la 2e Intifada
(révolte des pierres) en septembre 2000. Par ailleurs, les auteurs de ces attentats et leur
cerveau présumé Mohamed Atta n'étaient absolument pas des palestiniens de la bande de
Gaza ni même des Irakiens opprimé par une dizaine d'années d'embargo par les nations unies.
Mais sur les 19 terroristes, 15 d'entre eux étaient originaire d'Arabie Saoudite et les 4 autres
étaient originaires de riches familles d'Egypte, du Liban ou encore des Emirats arabes Unis.
De plus, les 19 terroristes kamikazes n'étaient de jeunes désœuvrés à l'avenir incertain mais la
plupart étaient diplômé de grandes universités et donc voué à un avenir prometteur. Les
causes de ces attentats sont sans doutes à rechercher ailleurs et donc plutôt dans la pratique
d'un islamisme radicale et belliqueux où les impies de confession chrétienne et à l'idéologie
libérale étaient visés.
Le traumatisme causé par le 11 septembre a été mondial et pour la première fois depuis leur
constitution au 18e siècle les USA étaient touchés sur leur sol en plein cœur des centres de
décision politique, militaire et économique. On peut souligner que bien peu d'experts en
géostratégie ou en géopolitique avaient émis l'hypothèse de tels attentats. Par exemple, un
ouvrage a été publié par Pascal Boniface intitulé « Les guerres qui menacent le monde » mais
il n'a pas été assez lucide pour prévoir un tel phénomène.
On peut tenter de mettre en évidence les liens qui peuvent exister entre cet événement et le
phénomène de mondialisation. Le sociologue Zaki Laidi avait en 2001, quelques semaines
après ces attentats, mis en évidence trois éléments qui mettent en rapport le 11 septembre
2001 et le phénomène de mondialisation. Tout d'abord « le fait que la mondialisation est aussi
porteuse d'une violence collective à l'abri de laquelle aucune société ne peut se placer »,
ensuite « le fait que sans régulation politique la mondialisation démultiplie les maux publics
mondiaux (drogue, terrorisme, inégalité sociale) ainsi que les risques d'une double violence :
la violence différencialiste qui s'exprime dans l'intention de casser ce qui apparaît comme un
processus d'uniformisation culturelle du monde et la violence mimétique qui s'exprime parce
que l'on ne possède pas ce que le puissant ou le riche possède », enfin « la révélation du
profond déficit de sens dont souffre la mondialisation, déficit qui s'exprime de deux façons,
d'une part la difficulté croissante de faire de la libéralisation des échanges une finalité de
l'ordre social mondial et d'autre part l'impossibilité de doter la communauté internationale
d'un principe d'ordre ».
Au delà des enseignements de ces attentats et de la chute du mur de Berlin, on peut identifier
un ensemble de phénomènes qui permettent de caractériser la transition qui s'opère ou qui
s'est opéré entre le 20e et le 21e siècle.

I- La fin d'un monde polarisé


On est passé d'un monde composé au plan diplomatique par deux blocs Est et Ouest à une
recomposition des relations internationales, recomposition qui s'avère chaotique et peut-être
d'avantage marquée par des disparités culturelles ou religieuses même si la composante
idéologique demeure importante. Dans ce contexte là, on a assisté à une multiplication de
conflits d'origine ethnique et religieuse entre les composantes d'un même état. Parmi ces
conflits, on retrouve du terrorisme en Tchétchénie, en Afghanistan, au Mexique... Comme le
note Ignacio Ramonet, Geopolitique du chaos, « la plupart des conflits
en cette fin de siècle sont des conflits internes,
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intra-étatique qui opposent souvent un pouvoir


central à une fraction de sa propre population ». A
ces conflits vient s'ajouter une accentuation des disparités économiques et sociales au sein des
pays mais aussi entre les pays. A la polarisation Est-Ouest fait place à une mosaïque de
conflits localisé et en même temps une polarisation Nord -Sud qui s'accentue notamment au
plan économique.

II- L'émergence de nouveaux acteurs et une nouvelle répartition des


rôles
La transition entre le 20e et le 21e siècle a aussi été marqué par l'émergence des ONG
œuvrant au plan mondial comme le WWF, Amnesty International ou encore Attac. Cette
modification des règles du jeu diplomatique s'est surtout révélée en 1999 lors de la première
réunion interministérielle de l'organisation mondiale du commerce qui avait été organisée à
Seattle et c'est lors de cette réunion que des manifestants anti-mondialisation ont réclamé de
prendre part aux discussions sur les enjeux mondiaux. Ces nouveaux acteurs internationaux
viennent s'ajouter aux acteurs traditionnels que sont les états et les organisations
internationales (ONU, Unisef, FMI, la banque mondiale...). Dans ce contexte on peut
s'interroger sur le poids de l'état nation ? Et on peut notamment se demander si l'échelle
nationale à encore une signification ? On peut rappeler aussi que la fin du 20e siècle a
également marqué une transition dans la place accordée aux institutions internationales. En
effet, depuis 1945 (accords de Bretton Woods) les institutions créées par ces accords
fonctionnaient sur une régulation reposant sur une concertation entre les états. Or, les années
1980 vont marquer un coup d'arrêt aux politiques nationales d'état providence pour laisser
place à une doctrine libérale dont les plus fervent défenseurs ont étaient Margaret Tatcher ou
encore Ronald Reagan. D'une certaine manière le centre du pouvoir politique à l'échelle
internationale a progressivement basculé de New-York (siège des nations unies) à Washington
(sièges de la banque mondiale et du FMI). Certains l'ont qualifié de consensus de Washington
qui marque le nouveau paradigme (idée dominante) des relations internationales fondé sur la
domination de l'économique sur la politique. Les réunions annuelles qui se déroulent à Damos
en Suisse ou encore les réunions du G8 illustrent bien ce nouveau paradigme.

III- La montée des préoccupations environnementales et l'émergence


du développement durable
On est toujours dans la fin du 20e et début du 21e siècle. Les décennies 1980 et 1990 ont
également mis sur le devant de la scène les problématiques environnementales avec un
certains nombres d'évènements importants comme la catastrophe de Bhopal en 1984, la
catastrophe de Tchernobyl en 1986, un certains nombres de marées noires, la raréfaction de
l'eau douce, le trou dans la couche d'ozone, le phénomène des pluies acides ou encore le
changement climatique avec l'accroissement de l'effet de serre. Les enjeux environnementaux
apparaissent désormais manifestement liés aux enjeux économiques, sociaux, culturels et
géopolitiques. De ce point de vue, la diffusion du concept de développement durable permet
l'annonce d'un changement dans la façon d'appréhender la relation entre l'homme et la nature.
Définition du développement durable : défini en 1987 dans le rapport Brundtland,
développement qui répond au besoin du présent sans compromettre la capacité des
générations futures de répondre à leurs propres besoins.

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IV- Les rapports entre la technique et l'éthique


Les relations entre l'homme et la technique ont toujours été sulfureuse (mythe de Prométhée).
Le génie génétique couplet au progrès de l'informatique permet d'espérer des progrès de la
médecine fondamentaux mais ils ravivent aussi les craintes des plus sceptiques. D'une
certaine manière les rapports entre science et éthique sont au cœur des préoccupations
contemporaines. Par exemple comment s'assurer que l'usage d'internet puisse se faire sans
violation de la vie privée ? Les manipulations génétiques ne vont-elles pas conduire certaines
personnes à tenter le clonage humain ? Au cours du 20e siècle bien des techniques se sont
développées mais se sont sans doute les biotechnologies et les nouvelles techniques de
l'information et de la communication qui avivent le plus d'espoir mais aussi le plus de crainte.
En effet depuis une trentaine d'années, l'essor de moyens de télécommunication et des moyens
de transports à rendu les évènements de ce monde plus instantanés et la diffusion de l'outil
internet et de l'ensemble des nouvelles technologies de l'information et de la communication
conduit à une recomposition des relations aussi bien au sein de l'entreprise qu'entre les
citoyens du monde. Cependant il faut rappeler que si le développement à l'accès internet à été
rapide il demeure largement inégalitaire.
Parallèlement, on assiste depuis une trentaine d'année à un développement sans précédant des
biotechnologies et du génie génétique à tel point que tous les grand pays se sont lancé dans
une course au décodage du génome humain. Si les enjeux alimentaires et médicaux de ces
techniques sont importants (les OGM permettraient de cultiver diverses plantes dans des
milieux hostiles ou le génie génétique offrirait la possibilité de soigner des maladies
génétiques), les enjeux économiques sont tout aussi important. On assiste à une course au
brevetage du vivant qui a été lancé dès les années 1990 par les grandes firmes
pharmaceutiques mondiales. Là encore il est permis de percevoir un processus qui est
fondamentalement inégalitaire à travers les échanges dette-nature. Les pays « pauvres » du
Sud qui sont richement doté en biodiversité vont échanger leurs ressources naturelles contre
une annulation de leur dette. En contre partie les pays du Nord qui sont faiblement doté en
ressources génétiques investissent dans la recherche et achètent massivement des brevets ou
en déposent dans l'espoir que l'une des plantes qu'ils auront breveté devienne un vaccin
efficace. Dans ces conditions même si les firmes pharmaceutiques affirment que leur
découvertes pourraient profiter à tous, y compris aux habitants des pays en développement, il
est permis d'en douter.

V- L'explosion démographique
En l'an 2000, on a atteint le chiffre symbolique de 6 milliards d'êtres humains sur terre. Cette
question de l'accroissement démographique à l'échelle globale avait été soulignée dans les
années 1960. Au niveau de la prospective, les études estiment à environ 9 milliards le nombre
d'être humain qui devraient peupler la terre en 2050 et à partir de là ce chiffre devrait se
stabiliser pour ne plus croitre que faiblement. La question de la démographie est liée de
manière étroite à celle de la culture et du niveau de développement. Par exemple dans les
sociétés occidentales on a assisté à une baisse du taux de fécondité et en même temps à un
vieillissement de la population qui est vraisemblablement lié au développement du planning
familial mais aussi à l'accroissement du niveau de l'éducation. Ce processus conduit à des
situations contrastées entre les pays du nord et les pays du sud. On assisterait à une
mondialisation à deux vitesses où les pays riches du nord détiennent la plus grande part du
PIB mondial (20 % de la population mondiale détiendrai 80 % du PIB mondial) tandis que les

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pays pauvres se partagerai la plus petite part c'est-à-dire 20 % du PIB mondial pour 80 % de
la population mondiale. A cela s'ajoute des processus migratoire et notamment un exode rural
très important dans les pays en développement qui conduit à des phénomènes de
métropolisation. La planète regroupait environ 50 % d'urbains en 2002 et selon les études
prospectives, elle devrait en compter environ 60 % en 2025. Ce processus croissant
d'urbanisation va s'accompagner d'une concentration de la population dans les très grandes
agglomérations. En 1900 Pékin comptait 1 million d'habitants, aujourd'hui il y a une
multiplication x 10. Face à la poussée démographique, on se rend compte que c'est dans les
pays en développement que le nombre de mégapole de plus d'1 million d'habitant est le plus
élevé.

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Chapitre 1 : D’une brève histoire des échanges


internationaux aux caractéristiques de la
mondialisation actuelle

I- Une brève histoire des échanges commerciaux


1- L’Antiquité : la domination de l’espace méditerranéen

Contrairement à une idée reçue, les économies qui se sont développées depuis l’Antiquité
n’étaient pas toutes fondamentalement tournée vers l’échange marchand.

Comme le remarque Jacques Adda dans son ouvrage « La mondialisation de


l’économie » : « s’ils n’ignoraient pas le marché les
premiers empires de l’Antiquité et les sociétés
primitives qui les ont précédées étaient
généralement organisées selon des principes
différents fondés sur la réciprocité, sur la
redistribution et sur l’autarcie. La réciprocité
qui est caractéristique de nombreuses sociétés
primitives signifie que les actes économiques
s’inscrivent dans une chaine de don et de contre
don réciproque qui à long terme s’équilibre
avantageant de la même façon chacune des parties
concernées. »
Effectivement, si on regarde d’un point de vue historique l’Antiquité nous a légué des
constructions monumentales dont on peut encore admirer les vestiges telles que les pyramides
d’Egypte, aux temples Grecs, Romains ou Maya… dont le but initial n’était absolument pas
tournée vers l’échange marchand. Au-delà de ces caractéristiques, on peut rappeler que
l’Antiquité est aussi la période où se sont développés les premiers échanges marchand entre
les civilisations et entre continents. Par exemples c’est l’âge d’or du commerce chez les
grecques, la route de la soie qui partait de la Chine jusqu’en Turquie ou jusqu’au Liban et ce
voyage durait de 5 à 7 ans, chaque étape était un lieu d’échange d’épices de thé et de soie.

2- Le Moyen Age : le temps des marchands, des foires et du développement de la


monnaie

Au Moyen Age les foires et les marchés vont s’étendre et se spécialiser et les caravanes de
marchands sillonnent les routes et donc avec l’arrivée de nouvelles activités se créent de
nouveaux besoins. Il n’est pas étonnant que ce développement de la sphère marchande se soit
accompagné d’un développement de la monnaie, de sa forme fiduciaire jusqu’à sa forme
moderne qui est la forme scripturale. Dans ce contexte, les banques se développent et bientôt
les banquiers italiens vont ouvrir des succursales dans toutes les grandes villes d’Europe.
Précisément, cette époque va voir l’essor et l’autonomie des villes et en particulier des ports

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de commerces notamment de Venise, Gènes ou Pise ou encore de Bisance. Mais c’est aussi le
temps des foires régionales qui vont permettre à certaines villes de se développer de façon
importantes (exemple : Arras).
Cette première poussée du capitalisme marchand va s’interrompre brutalement à partir du
milieu du 14e siècle parce qu’on assiste à une série de crises et de dépressions avec
notamment des grandes famines et des guerres et des épidémies de peste, de coléra. On peut
retenir l’exemple de l’épidémie de peste noire de 1348 puisqu’elle a été favorisée par le
développement des voies de communication entre les villes. Cette épidémie a été
particulièrement meurtrière puisqu’elle va tuer un européen sur trois. Cela va faire passer la
population totale en Europe en dessous des 50 millions.

3- La Renaissance et le grand désenclavement de l’Europe

En l’espace d’un peu plus d’un siècle, entre 1430 et 1540, c’est-à-dire en pleine Renaissance,
les navigateurs conquérants vont découvrir ou défricher de nombreuses terres jusqu’alors
inconnues des européens. C’est l’âge d’or des navigateurs italiens mais aussi espagnols et
portugais. Par exemple les voyages de Vasco de Gama en 1490 et en 1492 Christophe
Colomb part à la conquête de l’Inde mais découvrira l’Amérique. A partir de ce moment là,
les espagnols essentiellement vont investir les territoires d’Amérique du sud et d’Amérique
centrale en ramenant des gigantesques quantités d’or et de métaux précieux en même temps
qu’ils vont perpétuer le plus grand génocide de l’humanité. A partir de là les espagnols et les
portugais vont détrôner les italiens et c’est Lisbonne qui va devenir la capitale du commerce
des épices. Pendant ce temps, le port d’Anvers va se développer et va bientôt s’imposer
comme le port de commerce le plus important d’Europe dans la première moitié du 16 e siècle.
L’énorme empire de Charles Quint va se constituer et va s’étendre du Sud au Nord de
l’Europe et cela va conduire à consacrer les Pays-Bas et en particulier Amsterdam comme
centre principal de décision et de commerce. La Renaissance est aussi marquée par la
consolidation des états nations comme la France et l’Angleterre, par exemples, et par la
prédominance d’une doctrine le mercantilisme qui fait des marchands les conseillers du
prince. La doctrine mercantilisme a été forte au cours du 17e siècle et elle conduit notamment
au protectionnisme et au développement de l’auto suffisance alimentaire.

4- De l’époque classique aux prémisses de la révolution industrielle

Le 18e siècle, appelé siècle des Lumières, voit le développement de la science (théorie de la
gravitation) mais aussi une ouverture et un cosmopolitisme croissant. Par exemple dans ses
cahiers Montesquieu s’affirme comme citoyen du monde. Et c’est le développement aussi de
l’encyclopédie de Diderot et d’Alembert avec pour projet de rendre accessible les
connaissances au plus grand nombre.
Sur les travaux économiques se sont le début de l’économie politique (Adam Smith). Sur le
plan de l’activité économique, on observe une prédominance du secteur agricole qui
représente entre la moitié et les trois quarts du revenu national en Angleterre et en France. Il y
a la disparition du servage et la constitution d’une société rurale où les ouvriers agricoles
peuvent louer ou acheter leurs terres et où ils vivent en autarcie complète. A cette époque, les
techniques ont peu progressées et les productivités restent faibles et l’élevage reste extensif.
Dans ce contexte on assiste à des famines et des disettes plus ou moins importantes. Au
niveau de l’industrie, la production reste très liée à l’activité agricole. Les paysans ou les
agriculteurs fabriquent eux-mêmes les objets de … et s’ajoute à cela une industrie rurale très
dispersée dans les régions et en même temps très spécialisés.

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Au cours du 18e siècle, les activités vont se diversifier et la manufacture qui au départ était la
simple réunion commerciale ou d’ateliers familiaux indépendants va devenir un bâtiment à
part entière situé près du lieu d’exploitation de la matière première ou près de l’eau et du bois
qui sont les deux principales sources d’énergie. On passe à des systèmes de fabrique d’où
vont naitre les industries nouvelles, l’essentiel des produits de l’industrie est destiné à la
consommation et la production de biens d’équipement reste relativement marginale. La seule
industrie massive qui se développe à cette époque c’est l’industrie textile et malgré tout, on
est encore dans des économies qui restent relativement figée, sans réelle croissance et
l’absence de croissance est liée essentiellement à la faiblesse de la circulation. Le transport le
plus sûr est par voie d’eau. Un seul secteur évolue véritablement est le secteur du commerce
maritime, transocéanique et colonial.

5- De la révolution industrielle à la Première Guerre Mondiale

Les historiens ont pour habitude de désigner sous l’expression de révolution industrielle une
période qui a complètement bouleversée l’histoire du travail et des travailleurs. Cette
révolution industrielle débute dans la seconde moitié du 18e siècle et va donner naissance à la
machine qui va progressivement se substituer au travail manuel et qui nécessitera d’autres
sources d’énergies que celles qui étaient jusque là utilisées (animale, musculaires, éolienne,
hydraulique) comme la vapeur. Le terme de révolution ne doit cependant pas faire illusion
puisque en effet les nouveaux modes de travail mécanique ont eu du mal à s’implanter dans la
mesure où il menaçait les situations acquises et les attitudes héréditaires. L’apparition des
machines n’a pas été vue par un très bon œil car les ouvriers craignaient de se voir privé de
travail, c’est-à-dire être réduit au chômage et leurs chefs se sentaient menacé dans leurs
positions sociales et dans leurs privilèges. On peut citer Claude Fohlen, 1971, « Qu’est-ce que
la révolution industrielle ? » : « les transformations ne furent pas
seulement industrielles mais sociales et
intellectuelles. D’autre part, le terme de
révolution implique une soudaineté dans le
changement qui peut difficilement affecter une
révolution économique. ». De nombreux secteurs avaient acquis dès le 17e
ou le 18e siècle les caractères reconnus à une industrie moderne c'est-à-dire la concentration
de la main d’œuvre, le recours à des investissements importants ou encore l’emploi des
machines sans que cela ait modifié en quoi que se soit l’économie du pays. Si la
transformation d’un ou de plusieurs secteurs ne suffit pas à créer une révolution celle-ci ne
suppose pas que tous les secteurs ne soient touchés. Pour Karl Marx, la révolution industrielle
se manifeste avec l’apparition de la machine à vapeur, la transformation des rapports de
production et à l’apparition du prolétariat. Pour Karl Polanyi (1944, « La grande
transformation ») la révolution industrielle est une des manifestations d’une transformation
structurelle dans l’histoire de l’humanité qui va être caractérisé d’un point de vue économique
par le passage à une économie de marché.

La révolution industrielle s’est manifestée :


 par une révolution dans les transports avec le développement du chemin de fer et des
voies navigables, des routes ;
 par une accumulation du capital et développement des investissements ; par
l’établissement de la constitution d’un système bancaire moderne ;
 par des transformations sociales avec la naissance de la classe ouvrière et l’affirmation
de la bourgeoisie industrielle.

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A partir de 1850, on assiste aux premières crises de surproduction qui sont liées à la saturation
du marché international. La solution trouvée à ces crises est l’augmentation des salaires qui va
permettre de maintenir la production et les profits.
Le mouvement de colonisation du 19e siècle et du début du 20e siècle aura aussi contribué au
développement du commerce mondial à tel point que certains analystes caractérisent la
période qui s’étend entre 1880 et 1914 comme une première vague de mondialisation.

6- De la Première à la Seconde Guerre Mondiale

Le processus de mondialisation qui s’était développé dans la période antérieure va être


complètement remis en cause entre les deux guerres mondiales.
Le premier choc va découler directement des conséquences de cette guerre puisque les
grandes puissances européennes vont sortir de la guerre très affaiblies et en particulier elles
sont très endettées et elles sont devenues incapables de poursuivre leur stratégie de
développement de leurs investissements directs à l’étranger (IDE). La nouvelle économie
dominante s’est les Etats-Unis qui sont sortis renforcés de leur intervention en Europe à partir
de 1917. Cette époque marque la fin de l’ère des Tsars, suite à la révolution russe de 1917.
Les années 1920 vont confirmer l’ampleur des changements qui sont issus de la guerre avec la
fin du système de l’étalon or et l’affaiblissement des monnaies européennes. Par ailleurs, il y a
un ralentissement des échanges commerciaux.
Dans ce contexte la crise qui va s’étendre de 1929 à 1932 va exprimer l’ampleur des
déséquilibres qui se sont accumulés depuis 1914. Dans le même temps, la montée des
dictatures agressives au Japon, en Allemagne et en Italie va conduire progressivement le
monde vers la Seconde Guerre Mondiale.

7- Les Trente Glorieuses et les prémisses de la mondialisation actuelle

Les Trente Glorieuses est une période qui s’étend de la fin de la Seconde Guerre Mondiale et
qui s’achève au moment du premier choc pétrolier (1973). Durant cette période, le monde et
en particulier les pays industrialisés vont connaitre une croissance économique soutenue,
régulière et d’une ampleur inégalée sur une période aussi longue. Jean Fourastié a utilisé pour
la première fois cette période de Trente Glorieuses et il écrivait : « ne doit-on pas dire
glorieuses les trente années qui ont fait passé la France de la vie végétative traditionnelle au
niveau de vie et au genre de vie contemporain. »
Les transformations économiques au cours de cette période sont tout à fait spectaculaires
puisque le produit national brut mondial est passé de l’indice 100 en 1950 à l’indice 170 en
1960 et à l’indice 270 en 1970. Cette croissance s’est effectuée sans recul d’une année sur
l’autre. Mais ceci dit, cette croissance a surtout bénéficié à quelques pays développés puisque
6 d’entre eux (Etats-Unis, URSS, Japon, République Fédérale d’Allemagne, France et
Royaume-Uni) assuraient les deux tiers du PNB mondial en 1970.
Cette période a été marquée sur le plan politique par le processus de décolonisation dans les
années 1960 et par des tensions diplomatiques importantes entre les deux blocs Est et Ouest
(Guerre Froide). Dans ce contexte les échanges internationaux vont s’organiser autour de ce
clivage politique fort.

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II- Les caractéristiques de la mondialisation


Si on a vu que le développement des échanges internationaux est un phénomène ancien, on
assiste depuis une trentaine d’années à un développement sans précédant de ces échanges.
Depuis les années 1970, l’internationalisation des économies s’amplifie. Cette
internationalisation participe au processus de mondialisation économique c'est-à-dire à
l’émergence d’un vaste marché des biens, des services, des capitaux et de la force de travail
s’affranchissant de plus en plus des frontières politiques entre les états et accentuant les
interdépendances entre les pays.
Le terme de mondialisation ou encore globalisation est apparu dans les années 1960 mais son
usage s’est surtout répandu à partir des années 1980. Jacques Adda affirme que la
mondialisation est un processus distinct du processus d’internationalisation. Il dit « la
mondialisation c'est-à-dire l’intégration croissante des parties constituant le tout de
l’économie mondiale donne à celle-ci une dynamique propre échappant de plus en plus au
contrôle des états et portant atteinte aux attributs essentiels de leur souveraineté tels que le
contrôle monétaire et la gestion des finances publiques ». Dans ce sens, la mondialisation
constituerait donc une rupture qui contribuerait à instituer un nouvel ordre planétaire. Pour
d’autres auteurs, la mondialisation ne doit pas être dissociée de l’internationalisation, elle
constituerait donc un approfondissement de l’internationalisation des échanges.

1- Une intégration commerciale croissante

Le commerce mondial s’est très nettement développé au cours des 25 dernières années.
D’ailleurs, le rapport entre les échanges et le PIB mondial a plus que doublé entre 1980 et
2005. Cette hausse a été en grande partie générée par l’évolution des économies émergentes
dont la part dans les échanges mondiaux a significativement progressée puisqu’elle est passée
d’environ un quart au début des années 1980 à environ un tiers en 2005. Sur cette période,
l’expansion des flux commerciaux internationaux a été particulièrement forte à partir de 1995.
Depuis 1999, les économies émergentes représentent plus de 40 % de la croissance des
importations mondiales et plus de 50 % de la croissance des exportations mondiales. Dans ce
contexte, il est intéressant de noter que depuis 1990 plus des trois quarts de l’augmentation de
l’ouverture commerciale des Etats-Unis et de l’Union Européenne résultent des échanges
internationaux avec des pays qui n’appartiennent pas à l’OCDE. L’insertion de ces nouveaux
acteurs ne se limite pas à l’extension du commerce mondial car elle en transforme aussi la
nature.
Les échanges commerciaux entre deux pays peuvent être de deux natures différentes, c’est ce
qu’on appelle le commerce intra branche et le commerce inter branche.
 Le commerce intra branche est celui qui recouvre les échanges de biens similaires
(exemple : automobiles de qualités différentes ou identiques).
 Le commerce inter branche représente des échanges de biens différents (exemple :
échange de textile contre des avions entre la Chine et la France).
Suivant ces distinctions, on peut noter que les échanges au sein de l’Union Européenne sont
très marqués par des échanges intra branche dont la part continue d’augmenter
significativement sur la période récente avec 58 % en 1993, 64 % en 2002.
A l’inverse, le commerce inter branche est plus important dans nos échanges avec les pays
tires et notamment avec les pays en développement.
Jusqu’à la fin des années 1990 l’approfondissement des échanges avec les pays développés
qui dominaient la structure du commerce de l’UE et des Etats-Unis a contribué à la réduction
de la part du commerce inter branche au profit du commerce intra branche. En ce sens, les
gains de la mondialisation proviennent alors principalement de l’accroissement de la variété

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des biens qui sont consommés. Cependant, depuis quelques années et contrairement à ce
qu’on peut observer dans les échanges intra européens, la part du commerce inter branche
remonte aussi bien dans les échanges des Etats-Unis que dans ceux de l’Union Européenne.

2- La transformation de la place des Etats et l’émergence des firmes


multinationales

Avec le processus de mondialisation, on assisterait à l’affaiblissement voire à la disparition


des Etats non en tant qu’instance de régulation politique mais en tant qu’espace économique.
Si on met de côté certains Etats forts comme la Chine, par exemple, on peut admettre que le
pouvoir politique cède progressivement la place au pouvoir économique. Les limites de
l’intervention de l’Etat qui sont calquées sur les limites de son territoire vont exclure la plus
grande part du domaine économique puisque celui-ci est devenu international. Cela signifie
que l’interventionnisme économique des Etats a trouvé ses limites. Le concept de patriotisme
économique qui a pu être évoqué sous différentes formes par des pays comme la France,
l’Italie ou encore les Etats-Unis a finalement peu d’outils à sa disposition dans le cadre du
libéralisme qui règne à l’échelle internationale.
De la même manière la nationalité des firmes n’a plus tellement de signification comme le cas
français puisqu’entre 1917 et 2005 la part du capital étranger d’origine étrangère dans les
entreprises du CAC 40 est passée de 33 à 47 %. D’après les estimations de la CNUCED
(conférence des nations unies sur le commerce et le développement) il existe aujourd’hui dans
le monde environ 65 000 entreprises multinationales qui comptent environ 850 000 filiales
étrangères établies dans différents pays.
Une firme est qualifiée de firme multinationale lorsqu’elle réalise des investissements directs
à l’étranger (IDE) c'est-à-dire une prise de participation assez significative dans le capital
d’une entreprise étrangère qui lui donne en même temps un certain contrôle sur les décisions
de cette firme. Les conventions internationales retiennent le seuil de 10 % du capital pour
avoir un certain contrôle. On peut rappeler que l’IDE peut se faire selon deux modalités
principales.
 Tout d’abord la construction d’un site de production ex nihilo (à partir de rien), on
parle d’investissements greenfield.
 Par le rachat d’un site de production existant, on parle de fusion et acquisition
internationale
L’évolution des flux d’IDE permet de traduire l’extension du poids des firmes
multinationales. Sur la période récente, on remarque que ces investissements ont augmentés
rapidement sur une trentaine d’années, en particulier depuis les années 1980. Si bien que
selon certains analystes la mondialisation serait davantage portée par l’accroissement des flux
d’IDE que par l’ouverture commerciale des pays. L’essor ou le développement de la place des
firmes multinationales dans l’économie mondiale a deux conséquences principales :
 L’impact de la multinationalisation des firmes est une source de préoccupation
croissante pour les responsables politiques du monde entier mais aussi pour les
travailleurs des pays développés
 Cette activité importante des firmes multinationales amène à revisiter les analyses de
la mondialisation. En effet, comme ces entreprises sont naturellement très actives sur
les marchés mondiaux (d’après les estimations de la CNUCED, elles sont appliquées
dans près des deux tiers des relations commerciales internationales), les réflexions sur
le développement du commerce international ne peuvent plus négliger l’influence de
ces acteurs aujourd’hui. Les FMI sont devenus des acteurs incontournables de la
mondialisation économique.

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3- Mondialisation économique mais intégrations économiques régionales

Les deux mouvements de mondialisation d’une part et d’intégration régionale d’autre part
sont souvent perçus comme contradictoire car la mondialisation est sensé refléter la
disparition des frontières alors que l’intégration régionale va traduire au contraire la volonté
d’imposer des nouvelles frontières. La coexistence de ces deux mouvements constitue une
sorte de paradoxe.
Tout d’abord, d’un point de vue dynamique (dans le temps), la séquence entre mondialisation
et intégration régionale n’est pas la même pour toutes les économies. En effet, dans un certain
nombre de pays l’intégration dans le processus de mondialisation semble avoir précédé la
constitution de groupements régionaux institutionnalisés comme c’est le cas par exemple du
regroupement en Asie de l’Est : l’ASEAN. Pour d’autres pays et notamment les pays
d’Amérique latine membre du MERCOSUR, l’inverse est vrai. Cette constatation suggère
finalement que les liens entre les dynamiques d’intégration régionale et de mondialisation
sont complexes. Finalement, la coexistence de ces deux mouvements voire même leur essor
parallèle pourrait suggérer que ces deux mouvements se renforcent mutuellement. Dans le
cadre d’une conception économique libérale, l’intégration régionale peut être envisagée
comme une étape vers la mondialisation. Dans ces conditions, le régionalisme ne serait rien
d’autre une forme de méso mondialisation (étape intermédiaire entre l’intégration régionale et
la mondialisation économique). Le cas du régionalisme ouvert illustre ce cas de figure
puisque le principal déterminant de cette forme d’intégration est la recherche de l’efficacité
économique ou de la croissance économique à travers la participation à des activités qui crée
de la richesse au niveau global. L’UE constitue une de ces formes d’intégration régionale à
travers le traité de Lisbonne.
L’un des principaux bénéfices de la mondialisation économique est d’ouvrir de nouveaux
marchés et de favoriser la spécialisation. Toutefois, le revers de la médaille est qu’on assiste
souvent à un accroissement de la concurrence et en intensifiant la concurrence au niveau
mondial (on parle d’une concurrence sur les IDE ou sur les marchés à exportations) et en
exacerbant les exigences de compétitivité, la mondialisation pourrait inciter aux
regroupements régionaux. En effet, dans un environnement fortement concurrentiel il est
important d’atteindre la taille critique ce que précisément l’intégration régionale ne peut que
favoriser. En d’autres termes, l’intégration régionale peut constituer un moyen de catalyser les
effets bénéfiques de la mondialisation. Là encore, on peut prendre l’exemple de l’UE, le
mouvement d’intégration européenne constitue une bonne illustration puisque le projet du
marché unique puis l’établissement d’une monnaie unique étaient un moyen de répondre à la
concurrence qui provenait essentiellement du Japon et des Etats-Unis.

4- La globalisation financière

La mondialisation économique et la globalisation financière ont fortement impulsé la


croissance économique mondiale depuis une quinzaine d’années. D’une certaine manière,
c’est le capitalisme international productif et financier qui a assit sa domination sur
l’économie mondiale contribuant en cela à une forte croissance. En moyenne la croissance
économique de 1990 à 2007 a été de 3,8 % par an. Ceci a essentiellement bénéficié aux pays
en développement. Mais cette croissance a été instable. Cela est une différence majeure par
rapport aux Trente Glorieuses. L’économie mondiale a été secouée par une série de crise
financière d’une fréquence inégalée dans l’histoire économique contemporaine. L’intensité de
ces crises est devenue importante. Après la crise de la dette des pays en développement au
début des années 1980, la crise du système monétaire européen en 1992-1993, la crise
mexicaine en 1994-1995, la crise asiatique en 1997-1998 et la même année la crise russe,

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1999 et 2002 pour le Brésil, en 2000 la crash des valeurs de la nouvelle économie, la crise
Argentine entre 2001 et 2003, 2007 la crise actuelle. Toutes ces crises montrent les risques en
termes de stabilité et de soutenabilité d’un mode de croissance qui est impulsé par les firmes
multinationales et par les marchés financiers mais aussi des risques qui sont liés à des
stratégies nationales non coordonnées et sans institution de gouvernance mondiale.
La globalisation financière repose sur trois processus c’est la règle des 3 D :
 Déréglementation : conduite essentiellement par les états et qui amène à abolir les
entraves aux flux de capitaux et qui favorise les innovations financières (possibilité de
créer de nouveaux placements) et qui permet de libéraliser les transactions sur le
marché des changes ;
 Désintermédiation financière : processus qui permet à des agents à besoin de
financement de recourir directement au marché financier plutôt que de faire appel à un
établissement bancaire ;
 Décloisonnement des marchés : se traduit par la suppression des barrières entre les
différents marchés monétaires et financiers au sein de chaque pays et en même temps
par l’ouverture vers l’extérieur des marchés nationaux de capitaux.
Depuis le début des années 1980, l’économie mondiale a connu un prodigieux développement
des institutions et des marchés financiers qui gère des masses énormes de capitaux et qui sont
en quête d’une rentabilité forte qui est découplée des performances réelles.
Tous ces marchés financiers, de capitaux contribuent à la détermination des taux de change
mais aussi des taux d’intérêts et par conséquent, déterminent les conditions de financement
des entreprises et des ménages. La globalisation financière avec ces alternances de boom et de
crash révèlent que les marchés sont « myopes » et en plus ils sont instables mais aussi
« moutonniers » et « cyclotynique » (lunatique). La globalisation financière va conduire au
gonflement de déséquilibres qui finissent un jour par éclater.

5- Un monde sans cesse plus urbanisé

Aujourd’hui, une personne sur deux dans le monde est un urbain. Environ 3 milliards d’autres
personnes devraient rejoindre les villes d’ici à 2050. Tout ceci accentuant un mouvement qui
s’accélère depuis la fin des années 1980. Pour l’essentiel, cet accroissement de la population
urbaine se produit dans les villes d’Afrique, d’Asie et d’Amérique Latine. Ces villes qui
accueillent chaque mois 5 millions de nouveaux habitants contre 500 000 dans les villes
d’Europe et d’Amérique du Nord. Finalement si on peut dire que ce processus d’urbanisation
est un processus commun aux cinq continents, les trajectoires différentes restent marquées par
les cultures et les conditions sociales, économiques et techniques locales. De cette manière, ce
sont essentiellement des grandes villes qui vont attirer la nouvelle population urbaine en
Amérique Latine, en Amérique du Nord et en Asie alors qu’en Europe et en Afrique la
croissance urbaine se fait majoritairement dans les villes moyennes qui sont nées de
l’urbanisation des zones rurales. En même temps, on observe que dans d’autres villes,
notamment en Europe de l’Est, la population diminue ceci étant la conséquence de la crise
économique que ces pays traversent. Le facteur économique est déterminant pour comprendre
cette dynamique d’urbanisation.
En effet, le premier ressort de l’urbanisation est économique. Certaines villes vont devenir des
moteurs incontournables de la mondialisation, c’est ce qu’on appelle la ville globale. Quand
on analyse les échanges mondiaux concernant les biens, les services ou les capitaux se font
surtout entre des villes qui sont reliées les unes aux autres par de multiples réseaux matériels
(voie de communication) mais aussi immatériels (réseaux politiques, culturels ou
scientifiques). Ce sont ces opportunités d’enrichissement, économiques qui attirent toujours
plus de personnes vers les centres urbains. L’impact environnemental de ces migrations va

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être proportionnel à l’ampleur du phénomène d’urbanisation. En effet, on estime que les villes
seraient responsables d’environ 75 % des émissions de gaz à effet de serre en même temps
qu’elles consommeraient environ 75 % de l’énergie à l’échelle globale. Cela s’explique par le
fait que les villes accueillent la moitié de la population mondiale mais surtout parce qu’elles
concentrent l’essentiel de l’activité économique. Ces proportions importantes s’expliquent
aussi parce que l’urbanisation a, jusqu’à aujourd’hui, reproduit le modèle d’expansion des
villes des pays industrialisés comme les villes étalées des Etats-Unis avides de ressources et
qui ont été façonnées par le développement du transport automobile et par un prix de l’énergie
relativement faible depuis environ un demi siècle. Or, on sait que les ressources naturelles
mais également les ressources financières n’existent plus en quantité suffisante pour continuer
sur ce type de trajectoire. Tout ceci appelle à une rupture profonde en termes de transport
mais aussi industriel et tertiaire et enfin en termes d’habitats. Toute transition urbaine est
marquée par une ségrégation sociale et spatiale grandissante. La plupart des nouveaux citadins
s’installent dans des quartiers irréguliers mal desservis, mal équipés et qui concentrent
souvent une très forte pauvreté. Selon quelques chiffres, la part de la population urbaine
précaire ou pauvre s’élève à 43 % en Asie du Sud et à 62 % en Afrique Subsaharienne et ceci
sans que les politiques d’accompagnement dans ces quartiers soit à la hauteur des besoins.
Pourtant, parmi les objectifs du millénaire on retrouve la réduction de moitié de la population
pauvre et avoir accès des réseaux d’eaux et d’assainissements pour cette population.
Finalement, les villes sont aujourd’hui prises dans les flux de l’économie mondialisée et les
plus grands centres urbains qui sont directement connectés aux réseaux commerciaux,
financiers, scientifiques, culturels et politiques en sont les principaux acteurs et parfois même
ces acteurs ont plus d’importance que les états. Exemple : le produit national brut de Tokyo
est le double de celui du Brésil et la capitale japonaise concentre une population plus
importante que la Suède, la Finlande, le Danemark et la Norvège réunie. Cette puissance
économique n’est pas le simple résultat de l’urbanisation mais plutôt le résultat d’une stratégie
économique qui est fondée sur des investissements ciblés comme les infrastructures
notamment, secteur économique porteur, mais aussi le capital humain : éducation, culture tout
ceci permettant de rendre les villes attractives, innovantes et dynamiques.

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Chapitre 2 : Les théories traditionnelles du commerce


international

I- L’analyse traditionnelle du commerce international


Ce chapitre expose la démarche et les principaux résultats de ce que l’on peut considérer
comme l’expression traditionnelle de la théorie du commerce international. Ce qui est au
centre de l’analyse va être la question du libre échange. Dans cette perspective, l’inspiration
des premiers auteurs relevait pour une bonne part d’une démarche normative (analyse de ce
qui doit être). L’analyse va tenter de favoriser le libre échange. L’objectif de ces auteurs était
de montrer l’avantage que les pays pouvaient retirer d’une libéralisation du commerce.
Finalement, la dimension normative dans l’analyse du commerce international va demeurer
dans une très large mesure dans les travaux ultérieurs.
Dans cette perspective le libre échange va être décrit comme une situation optimale de
référence. Ceci dit, comme dans toute approche économique, il existe toujours une dimension
positive de la théorie qui cherche à comprendre le fonctionnement effectif de l’échange
international va être également présente dans ces approches. Le fait que les modèles
théoriques multiplient les hypothèses restrictives ne signifie pas qu’il se désintéresse de la
réalité. Mais en réalité, ils vont s’efforcer de la simplifier, de n’en retenir que les aspects les
plus fondamentaux et ceci pour mieux l’expliquer. Afin de préciser le cadre de l’analyse du
commerce international, on commence par en exposer les caractéristiques et les hypothèses
essentielles.

Tout d’abord, l’analyse est a-monétaire, a-temporelle et a-spatiale. Cette analyse ignore la
monnaie en supposant sa parfaite neutralité et elle va raisonner en termes réels plutôt qu’en
termes nominaux. Par ailleurs, elle ne fait pas intervenir le temps ce qui signifie qu’elle va
ignorer tous les problèmes de dynamique, de l’ajustement à l’équilibre. Elle ne prend pas en
compte l’espace et lorsqu’il est question de localisation des activités, cela va se faire en
référence aux caractéristiques propres au pays indépendamment de leur éloignement
géographique. Par ailleurs le cadre théorique reprend les hypothèses qui fondent l’analyse
microéconomique dans un monde de concurrence pure et parfaite et de parfaite certitude.
Enfin, la dimension internationale de l’échange va être caractérisée en faisant référence à une
différence de mobilité des biens et des facteurs de production. Les biens sont supposés
parfaitement mobiles au sein de chaque pays et entre les pays alors que les facteurs de
production vont être supposés parfaitement mobiles à l’intérieur d’un même pays mais
totalement immobiles entre les pays.

1- Les fondements classiques

La théorie du commerce international est née de l’analyse qui a été développé essentiellement
par les auteurs classiques anglais. Les thèses de ses auteurs ont été élaborées au moment de la
révolution industrielle en Grande Bretagne. Ces thèses s’opposaient aux arguments des
mercantilistes qui étaient favorables au protectionnisme et elles défendaient l’argument
opposé c'est-à-dire celui du libre échange. En ce la, elles répondaient aux attentes de
l’industrie anglaise qui était naissante. Les deux arguments principaux pour soutenir cette idée
des vertus du libre échange étaient d’une part la libéralisation du commerce qui permettait une
baisse du coût de la main d’œuvre en rendant possible une diminution des coûts de

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subsistance grâce à l’importation de produits agricoles étrangers moins onéreux. D’un autre
côté, le libre échange offrait des débouchés à la production industrielle britannique.
Cette adéquation entre la théorie traditionnelle du commerce international et les attentes de
cette époque expliquent sans doute, au mois partiellement, le succès de cette analyse. Mais si
l’analyse nous intéresse aujourd’hui encore, c’est parce que le schéma général qu’elle a tracé
reste toujours au cœur de la théorie contemporaine de la théorie internationale.
Finalement, toute l’analyse du commerce international va s’articuler autour de trois questions
essentielles :
 Pourquoi les pays échangent-ils ? Question du fondement de l’échange ;
 Quel pays échange quel produit ? Question du sens de l’échange ;
 Comment se fait l’échange ? Question des termes de l’échange avec son corolaire qui
est la question de la répartition de ses gains.
Il est possible d’établir une correspondance entre les trois grands auteurs classiques et les trois
questions fondamentales. L’apport essentiel de Smith (1776) résiderait dans sa réponse à la
première question. Pour lui, l’échange est le corolaire de la spécialisation, de la division du
travail qui est source de richesse. David Ricardo (1817) a marqué l’analyse du commerce
international par sa réponse à la deuxième question. La réponse la plus complète à la question
des termes de l’échange va être fournie par John Stuart Mill en 1948 avec sa loi des valeurs
internationales qui n’est autre qu’une reformulation de la loi de l’offre et de la demande. Les
réponses apportaient par les auteurs classiques sont encore d’actualité. Certes, elles ont pu être
reformulées, complétées mais elles n’ont jamais été complètement rejetées.

a- Le fondement de l’échange : la spécialisation des tâches

Adam Smith1 est connu pour avoir célébré les avantages de la division du travail ou de la
spécialisation des tâches. Cette division du travail est pour lui un moyen de produire
davantage ou de produire à un moindre coût. Mais cette question de la division du travail va
en réalité de paire avec l’échange. En effet, se spécialiser implique de renoncer à soi même
certains biens qui sont obtenus en échange du surplus de production que permet cette
spécialisation. Cette idée va fonder toute la doctrine libérale d’Adam Smith et plus largement
de l’ensemble des économistes classiques. Ce principe va fonctionner aussi bien à l’échelle
individuelle qu’à l’échelle internationale. Selon cette doctrine, l’ouverture au libre échange
doit être la plus large possible puisque c’est l’extension du marché qui va accroitre la faculté
d’échanger et cela va donner lieu à la division du travail considéré comme une source de
richesse. Par ailleurs l’échange va permettre à chacun de concentrer ses activités dans le
domaine où il est le plus performant voire de renforcer ses compétences si la spécialisation
accroit la productivité. L’échange va permettre une affectation plus efficace des ressources
productives. En se spécialisant chaque pays va abandonner une part de la production dans
laquelle il est le moins performant pour se concentrer sur la production où il est performant.
Cette idée générale, se retrouve dans toutes les analyses du commerce international mais elle
va apparaitre de manière différente dans les analyses qui à la suite des travaux de David
Ricardeau vont constituer les bases de l’analyse traditionnelle du commerce internationale
depuis cette époque (début 19ème siècle) jusqu’à la période contemporaine. Dans ces
formulations l’accent va être mis sur la capacité d’exploiter par la spécialisation des tâches,
des écarts de compétences qui sont pré déterminées. Pour Adam Smith, il ne s’agit pas là du
seul avantage de la spécialisation. Pour lui la spécialisation permet aussi d’accroitre la
productivité. Le renforcement de la production va pouvoir s’accompagner d’une baisse du
coût unitaire.

1
Ouvrage de 1876

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b- Le sens de l’échange : de l’avantage absolu à l’avantage relatif

Deux pays : l’Angleterre et le Portugal qui produisent chacun deux biens : des draps et du vin.

Les coûts unitaires en travail

Production
Pays Drap Vin
Angleterre 3 4
Portugal 6 2

Chaque pays est capable de produire un bien à un coût unitaire qui est dans l’absolu plus
faible que celui de son partenaire. Suivant l’analyse de Smith, l’Angleterre possède un
avantage absolu dans la production de drap tandis que le Portugal possède un avantage absolu
dans la production de vin. A partir de là on comprend que la production totale des deux pays
peut être accrue si chaque pays se spécialise conformément à son avantage. Mais compte tenu
de la variété des besoins dans chaque pays, une telle spécialisation n’est acceptable que s’il
existe une possibilité d’échange avec le pays partenaire qui s’est spécialisé dans la production
qui a été abandonnée.
La réponse à la question pourquoi les pays échangent-ils est assez claire : ils échangent pour
bénéficier des avantages de la spécialisation c'est-à-dire de la division internationale du
travail. Cette théorie va aussi apporter un début de réponse à la question du sens des échanges
puisqu’elle enseigne que chaque pays doit se spécialiser dans la production pour laquelle il a
l’avantage. Ceci signifie qu’il va produire dans ce secteur au-delà de ses besoins et qu’il
pourra exporter le surplus de production. C’est grâce à ces exportations que l’on pourra
acquérir par le biais des importations les biens que le pays a renoncé à produire. Chaque pays
va exporter le bien pour lequel il a un avantage absolu c'est-à-dire le bien qu’il produit à un
coût plus faible que son pays partenaire.
Cependant on peut souligner des limites à cette théorie de l’avantage absolu. Ces limites
apparaissent notamment quand on tente de répondre à la question qui échange quoi ? En effet,
l’exemple mentionné ci-dessus donne une réponse assez claire, mais on ne peut pas traiter un
cas où l’un des deux pays serait capable de produire à un coût unitaire plus faible que son
partenaire.

Pour tenter de résoudre ce problème, Ricardo va proposer sa théorie ou son principe général
de l’avantage relatif (ou avantage comparatif).

Les coûts unitaires en travail

Production
Pays Drap Vin
Angleterre 3 4
Portugal 6 5

Plutôt que de retenir les coûts absolus tels qu’ils apparaissent dans le tableau, Ricardo va
raisonner sur le rapport de ces coûts. C’est ce qu’on appelle les coûts relatifs. L’idée est que
pour bénéficier des avantages de la spécialisation et de l’échange, chaque pays doit
développer la production dans laquelle il a le coût relatif le plus faible. Dans l’exemple,
l’Angleterre va posséder un avantage relatif dans la production de drap et le Portugal va avoir
un avantage relatif dans la production du vin. Dans un cadre avec deux pays et deux biens, on

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voit qu’on a une distribution des avantages relatifs où les positions des deux pays sont
symétriques.
Selon la division du travail la spécialisation et l’échange international conformément au
principe de l’avantage relatif doit permettre une plus grande efficacité productive. En effet
pour développer se production de drap de une unité, l’Angleterre va avoir besoin de déplacer
trois unités de travail de sa production de vin vers la production de drap. Cela signifie qu’il
suffit de renoncer à produire trois quart d’unité de vin qui signifie que le coût relatif du drap
est de trois quart en Angleterre et symétriquement, en renonçant à produire une unité de drap,
le Portugal va pouvoir accroitre sa production de vin de 1,2 unité. Le coût relatif du drap au
Portugal est de 6/5ème. Ces coûts relatifs mettent en évidence un avantage réciproque.
La spécialisation des pays conformément à leurs avantages relatifs a permis une création nette
de richesse puisqu’on se rend compte qu’on a une augmentation de la production mondiale de
vin sans diminution de la production de drap.
Si on suppose que les coûts unitaires de production restent constants, le gain que l’on a fait
apparaitre peut être obtenu de nouveau par l’abandon d’une unité supplémentaire de la
production dans laquelle le pays n’a pas l’avantage. La recherche d’un gain maximal va
pousser chaque pays à renoncer totalement à la production pour laquelle il n’est pas
compétitif. On est face à une logique de spécialisation intégrale sous réserve que les capacités
de production soient suffisantes pour satisfaire les besoins totaux des deux pays.
Un élément supplémentaire est qu’on n’a pas raisonné sur la taille des pays. Si les deux pays
sont de taille inégale, on peut supposer que le grand pays peut être conduis à réduire sa
production dans le secteur où il n’a pas l’avantage relatif mais sans l’annuler ceci si le petit
pays ne peut répondre à la demande totale mondiale.

c- Les termes de l’échange : la loi de l’offre et de la demande

La théorie de l’avantage relatif va aussi permettre de donner un début de réponse à la question


des termes de l’échange. En effet, en situation d’autarcie les rapports d’échanges des biens
dans chaque pays sont déterminés par les rapports de coût de ces biens. Pour s’ouvrir à
l’international, pour être accepté par les deux partenaires, le rapport d’échange international
doit avoir une valeur comprise entre les rapports d’échanges d’autarcie. John Stuart Mill a
permis da poser les mécanismes qui sont sous-jacent à la détermination de l’équilibre
international. Selon ses propres termes, il ne s’agit que d’une extension de la loi générale de
l’offre et de la demande.

Les coûts unitaires en travail

Production
Pays Drap Vin
Angleterre 3 4
Portugal 6 5

En situation d’autarcie il faut l’équivalent en travail de trois quart d’unité de vin pour produire
une unité de drap en Angleterre. Alors que cette même unité de drap peut être obtenue avec
l’équivalent en travail de 6/5ème d’unité de vin au Portugal.
Si on suppose qu’on ouvre les possibilités d’échanges entre les pays, et donc possibilité
d’arbitrage entre les deux pays. Il est plus avantageux d’acquérir le drap en Angleterre en y
vendant du vin et symétriquement il est plus avantageux d’acquérir du vin au Portugal en y
vendant du drap. On fait face à un double déséquilibre dans cette situation. On se retrouve
face à une demande excédentaire de drap en Angleterre et une demande excédentaire de vin

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au Portugal. Tout ceci va conduire à une hausse de la valeur d’échange du drap en termes de
vin en Angleterre et à une baisse de ce même rapport au Portugal. Ce double mouvement va
se poursuivre jusqu’à l’élimination de l’écart justifiant l’échange entre les deux marchés
nationaux. Si on fait l’hypothèse d’une nullité des coûts de transaction2 cet équilibre
international va être atteint lorsqu’un même rapport d’échange va prévaloir dans les deux
pays. C’est la loi du prix unique qui caractérise la loi d’intégration des marchés. Ce rapport
d’échange international d’équilibre qui est compris entre les rapports d’échanges d’autarcie
correspond à une spécialisation et à des flux de commerce qui sont conformes à la distribution
des avantages relatifs. Le rapport d’échange du drap en termes de vin va être plus élevé sur le
marché international qu’en Angleterre lorsque celle-ci vivait en autarcie. Tout ceci constitue
bien une incitation pour les producteurs anglais à réorienter leur activité vers la fabrication du
drap ce qui implique une réduction de la production de vin. Evidemment l’inverse vaut pour
le Portugal.
Le mécanisme marchand qui conduit à l’équilibre des échanges s’accompagne d’une
spécialisation des pays qui est celle dont l’analyse de Ricardo a pu montrer qu’elle était
source de gain.

2- L’interprétation factorielle du commerce international

Ce sont deux économistes Suédois Heckscher (1919) et Ohlin (1933) qui ont développé une
analyse des déterminants de l’avantage relatif. La démarche de ces auteurs est liée au cadre
général d’hypothèse dans lequel s’inscrit le modèle néoclassique. Dans ce cadre d’analyse, ce
qui va caractériser l’échelle internationale et ce qui va la différencier de l’échelle nationale
c’est la question de la mobilité des facteurs de production. Cette mobilité est nulle entre les
pays et parfaite à l’intérieur de chacun des pays. Dans cette perspective ce qui va caractériser
un pays c’est sa dotation factorielle. On chercher à identifier ou à expliquer l’avantage relatif
et donc l’échange international dans les différences de l’interprétation factorielle de chacun
des pays.

La loi des proportions de facteur


La loi des proportions de facteurs appelés aussi le théorème de Heckscher et Ohlin peut être
énoncé de cette manière : sous certaines hypothèses, un pays à l’avantage relatif dans la
production utilisant plus intensivement le facteur de production relativement plus abondant.

 L’analyse reprend l’ensemble des hypothèses du modèle néoclassique standard c'est-à-


dire du principe de la concurrence pure et parfaite. Par ailleurs, dans sa version
initiale, l’analyse se limite à une configuration où on ne retient que deux pays qui
échangent deux biens qui sont produits chacun à l’aide de deux facteurs qui sont le
capital et le travail.
 En situation d’autarcie, chacun des pays produit les deux biens.

A ces hypothèses on peut en ajouter d’autres qui permettent d’isoler les dotations factorielles
comme déterminant de l’avantage relatif. Les conditions de production vont dépendre
simultanément des dotations en facteurs et des fonctions de production.

La validation de ce théorème de Heckscher et Olhin va exiger dans un premier temps que soit
neutralisé l’influence potentielle des écarts technologiques entre les pays. Cela signifie que
l’hypothèse qui est faite est que pour chaque bien, on a une fonction de production identique
2
Ce sont les coûts d’information, de négociation qui amène à la conclusion des contrats. Le contrat est la forme
principale d’échange dans les mécanismes économiques.

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dans les deux pays. Avec cette hypothèse, la question de la division internationale de
l’innovation technologique ne va pas se poser. Cette identité des fonctions de production va
permettre de garantir que la comparaison des intensités factorielles peut être effectuée sur une
base identique dans les deux pays. Mais cette hypothèse n’est pas suffisante. Il faut encore
supposer une absence de renversement des intensités factorielles.
L’intensité factorielle d’une production peut être définie par sa technique c'est-à-dire par le
rapport des quantités de facteur qui sont utilisés. On distingue les facteurs substituables et les
facteurs complémentaires. Si on prend le cas général d’une production avec des facteurs
substituables, le rapport des quantités de facteurs va varier en fonction du rapport de prix des
facteurs. Une augmentation du prix relatif du travail par rapport au capital va induire une
technique de production plus intensive dans le capital. La caractérisation des productions en
termes d’intensité factorielle n’est possible que s’il existe une invariance du classement de
leurs techniques. Si la technique de production d’un bien est moins capitalistique que celle de
l’autre bien pour une valeur donnée du prix relatif des valeurs, elle doit le rester pour toute
autre valeur de ce prix relatif. C’est l’hypothèse d’irréversibilité des intensités factorielles.

On peut établir une relation entre les rapports de prix des biens et de facteurs. Si on prend
l’exemple d’une augmentation du prix relatif du bien dont la production est relativement plus
intensive en travail, ce mouvement d’augmentation du prix relatif va inciter à développer la
production de ce bien en réduisant celle de l’autre bien. Etant donné les écarts d’intensité
factorielle des deux secteurs la réduction de la seconde production va libérer relativement plus
de capital que de travail ce qui va conduire à un déséquilibre sur le marché des facteurs de
production. Il résulte de ce processus une augmentation du prix du premier facteur de
production par rapport au second.
Cela peut se résumer à travers le théorème de Stolper et Samuelson qui traite de la variation
du prix d’un bien qui sera associé à une variation de même sens du prix relatif du facteur qui
est utilisé intensivement dans la production de ce bien. Cette relation va permettre de fonder
le théorème de Heckscher Ohlin Samuelson.

II- Les nouvelles théories du commerce international


Depuis les travaux des premiers classiques jusqu’au modèle de Heckscher et Olhin, on peut
considérer que la théorie du commerce international a connu un développement linéaire.
Finalement, chaque étape a tenté de reformuler et d’approfondir la précédente sans qu’il y ait
de véritable rupture dans la démarche qui avait été initié par les premiers classiques. A partir
de la fin des années 1950, on va assister à une explosion des recherches dans le domaine du
commerce international. Sans remettre fondamentalement en cause l’approche théorique
traditionnelle, un certain nombre de travaux se sont efforcés de relâcher certaines hypothèses
particulièrement restrictives. Le renouvellement théorique s’est encore amplifié avec le
développement d’un certain nombre d’analyse qui ont proposé d’expliquer l’échange
international non plus sur la base d’une logique d’exploitation de différences entre les pays
mais plutôt sur une logique d’exploitation d’économies d’échelles.

1- Le paradoxe de Leontief3

La loi des proportions de facteurs qui se fonde sur une explication de l’échange qui porte sur
des caractéristiques physiques et donc des caractéristiques observables, se prête assez bien à

3
Economiste Russe.

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A.Closse
Economie Internationale L3 AES

des travaux de validation empirique. Dans un premier temps une observation rapide des
échanges internationaux conduit à accepter la proposition selon laquelle chaque pays exporte
le bien qui utilise davantage le facteur dont il est relativement le mieux pourvu. Mais ce qui
semblait évident à était remis en cause par les travaux de Wassili Leontief qui a tenté pour la
première fois de mener une vérification empirique du théorème de Heckscher et Ohlin.

Les travaux datent de 1953. Il est parti de l’idée que les Etats-Unis étaient relativement mieux
dotés en capital que le reste du monde. Leontief a voulu montrer que leurs exportations
avaient un contenu en capital plus élevé que leurs importations. Il s’est trouvé confronté à un
certain nombre de difficultés. Pour évaluer le contenu en facteur des biens qui sont échangés,
Leontief a mobilisé les informations rassemblées dans le tableau des échanges inter
industriel4. A partir de là, l’étude de l’intensité factorielle des secteurs américains qui sont
exportateurs pouvaient être effectué de manière directe. Il s’est retrouvé coincé puisqu’il ne
disposait pas d’un tel tableau pour le reste du monde. De ce fait, il a évalué le contenu en
facteur productif des biens importés par les Etats-Unis à partir de l’intensité factorielle dans
les secteurs américains qui produisaient des biens concurrents des produits importés. Même si
il s’agit d’une approximation, cette procédure semble tout à fait acceptable si on retient
l’hypothèse de non renversement des intensités factorielles.
Les résultats auxquels Leontief est parvenu ont créé la surprise puisque selon ses calculs la
production domestique de biens destinés à remplacer les importations des Etats-Unis
nécessitent 30 % de capital par unité de travail en plus de ce qui est utilisé dans les secteurs
exportateurs. Ce résultat contredit la loi de proportion de facteurs puisqu’en théorie les Etats-
Unis auraient dû utiliser moins de capital dans leurs secteurs importateurs que dans leurs
secteurs exportateurs. On a pris l’habitude de désigner sous l’expression de paradoxe de
Leontief ce résultat.
Ce paradoxe de Leontief a alimenté un nombre important de travaux à la fois théorique et
empirique. La plupart des études empiriques qui ont été réalisées à la suite des travaux de
Leontief n’ont fait que confirmer les doutes qu’avaient fait naitre les premiers résultats
auxquels Leontief avait été parvenu. Leontief a poursuivit des études dans ce même domaine
et il a obtenu de nouveaux des résultats en contradiction avec la loi des proportions de
facteurs. D’autres travaux sont venus parfois confirmer ou infirmer les conclusions de ce
théorème. Les tests empiriques qui ont été conduits à la suite de Leontief ont soulevé par leur
résultat à la fois peut satisfaisant et parfois contradictoire un certain nombre de questions.
Trois positions sont possibles face à ce paradoxe :
 Rejeter purement et simplement le théorème de Heckscher et Ohlin
 Considérer que les études menées par Leontief et ses successeurs ne constituent pas un
test fiable du modèle théorique qui resterait valide.
 Approfondir l’analyse théorique pour dépasser les faiblesses du modèle que les teste
empiriques ont mis en évidence.
C’est cette troisième voie qui a été empruntée de manière majoritaire dans les années qui ont
suivies puis à partir des années 1960, on a eu une éclosion, un essor du nombre de théories
concurrentes qui sont plus ou moins hétérodoxes.

2- L’approche néo technologique

Quand on parle de technologie on parle d’innovation. L’innovation est définie comme étant
un changement dans une fonction de production. Elle joue un rôle central dans l’approche
technologique en levant l’hypothèse d’une identité des fonctions de production qui seraient

4
Tableau qui met en relation les biens et les facteurs de production

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A.Closse
Economie Internationale L3 AES

assurés par une diffusion internationale parfaite de la technologie. Posner (1961) va s’efforcer
de préciser cette approche en étudiant plus précisément les composants de l’écart
technologique. Selon lui, l’innovation va permettre une brèche technologique en procurant un
avantage temporaire pour les firmes qui innovent à la fois dans la production et dans
l’exportation. L’importance de cet écart technologique va dépendre de deux délais de
réponses de la part des pays partenaires. Le premier concerne la réponse de la demande
étrangère face à l’apparition d’un nouveau produit. Le second délai est celui qui est nécessaire
à une réaction de l’offre étrangère soit pour imiter soit pour acquérir cette nouvelle
technologie. Posner va considérer que le premier de ces deux délais est plus court que le
second. Si bien qu’il existe une période pendant laquelle les consommateurs étrangers vont
exprimer une demande que les producteurs étrangers ne seront pas en mesure de satisfaire.
C’est cet intervalle de temps durant lequel le pays innovateur va pouvoir exporter le nouveau
produit.
C’est en 1966 que Vernon va prolonger cette approche technologique en proposant une
synthèse originale de cette approche et d’autres apports. C’est ce qu’on appelle la théorie du
cycle de vie du produit. Cette théorie qui va agréger un certains nombres d’apports théoriques
multiples va proposer une approche, une conception biologique du cycle de vie du produit.
Selon cette conception, la période d’existence d’un produit peut être découpée en phase :
 La naissance
 La croissance
 La maturité
 Le déclin
On va assister au cours du cycle de vie du produit à une modification progressive des
conditions qui caractérisent sa production, sa consommation et la structure de son marché.
Pour définir la dimension internationale du cycle de vie du produit, on va croiser les
caractéristiques de ce cycle avec les caractéristiques de différents pays qui vont être répartis
en trois groupes :
 Le pays leader : il doit cette position à l’existence d’un marché intérieur large, à des
niveaux de revenus élevés, à une abondance de la main d’œuvre qualifiée et une forte
capacité de recherche et développement
 Le second groupe occupe une position intermédiaire et réunit les pays industrialisés
autre que le pays leader. L’ensemble des caractéristiques de ces pays sont légèrement
inférieures à celles du pays leader à la fois en termes de revenus et en termes de
capacité de recherche et développement mais ces caractéristiques vont faire apparaitre
un avantage de dotation en capital et en main d’œuvre moyennement qualifiée.
 Les pays en développement : il est caractérisé par de faibles niveaux de revenus et par
une abondance de la main d’œuvre non qualifiée.
En confrontant les caractéristiques du cycle de vie du produit et celles des pays on va pouvoir
décrire l’évolution de la production et de la consommation du produit par différents pays et
donc d’en déduire les flux d’échanges internationaux.
La naissance du produit a lieu dans le pays leader. On assiste ensuite à une période de
développement du produit mais qui est limitée au marché interne du pays leader. Puis
progressivement à une extension vers les autres marchés. La diffusion du produit à l’échelle
internationale, et en même temps la diffusion de la technologie incorporée au produit qui se
standardise, va provoquer une modification progressive de la distribution des avantages
relatifs puisque les besoins en capacité de recherche et développement et les besoins en main
d’œuvre hautement qualifiée vont diminuer tandis que vont augmenter, par la suite, les
besoins qui accompagnent le passage à une production en grande série. A partir de là, les pays
industrialisés qui sont relativement bien dotés en capital et qui ont été les premiers à être
touché par la diffusion du produit vont pouvoir concurrencer le pays leader et ultérieurement

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Economie Internationale L3 AES

lorsque la concurrence par les prix conduit à rechercher la mise en œuvre au moindre coup
d’une technologie banalisée, on va assister à un dernier basculement des avantages relatifs en
faveur des pays en développement.

Cette théorie possède incontestablement des atouts puisqu’elle est une tentative d’intégration
d’une variété d’apports antérieurs variés à la fois dans une vision globale et en même temps
dans une vision relativement cohérente. Tout d’abord, elle possède une conception plus
dynamique de la distribution des avantages relatifs qui est capable d’expliquer une évolution
des courants d’échange des produits qui est donc un aspect positif de cette analyse.
Cependant, même si elle introduit une vision plus dynamique du commerce internationale,
l’analyse semble toujours marquée par un assez grand déterminisme5. Déterminisme qui
apparait sous deux angles : à la fois dans la hiérarchisation des pays et dans le déroulement du
cycle.
En effet, il parait tout à fait concevable qu’un pays ou une firme puisse adopter une stratégie
de remontée technologique dans une filière. Dès lors que l’on accepte l’idée d’un possible
rattrapage technologique la conception d’un pays leader doit être relativisée selon les produits
ou selon les stratégies de développement industriel mises en œuvre. Le second aspect du
déterminisme de l’analyse va résider dans la conception même du cycle. L’analyse ne prêtant
pas quantifiée la durée de chaque phase de ce cycle de vie mais elle semble admettre une
forme d’inéluctabilité dans son déroulement. Pourtant des stratégies industrielles ou encore
commerciales peuvent altérer le déroulement du cycle, par exemple en prolongeant certaines
phases ou en abrégeant d’autres phases, ceci afin de maintenir ou de renforcer une position
sur le marché mondial. La mondialisation des marchés et la multinationalisation des firmes ne
peuvent que favoriser le développement de telles stratégies, ceci afin d’échapper au
déterminisme du cycle de vie du produit. Vernon lui-même en 1979 a reconnu ces
phénomènes et l’a amené à sensiblement nuancer le pouvoir explicatif du cycle de vie du
produit compte tenu des modifications de l’organisation du commerce mondial.

5
On est condamné à suivre un comportement donné, à suivre une évolution inéluctable.

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Economie Internationale L3 AES

Chapitre 3 : Quelques éléments d’Economie Politique


Internationale

L’économie internationale en tant que discipline constituée connait aujourd’hui un certain


essoufflement dans la mesure où elle ne parvient pas à rendre compte de la complexité des
relations qui se tissent dans le cadre de la mondialisation économique car elle se focalise
essentiellement sur les questions de commerce international et de finance.
Berthau et Kebabdjan, ‘La question politique en Economie Internationale’, 2006, Paris, La
Découverte, Collection ‘Recherches’.
Précisément Aubin et Norel prennent actes de cette transition qui s’opère dans l’analyse
économique et ils tempèrent dès lors la pertinence des théories traditionnelles de l’économie
internationale. Ils écrivent en introduction de leur ouvrage : « il n’en reste pas
moins que toute analyse fine (positive ou
interprétative) des situations réelles doit
immanquablement avoir recours à l’Economie
Politique Internationale, discipline relativement
neuve qui conceptualise les comportements
complexes des états en interaction (avec la
théorie des régimes internationaux) et qui
étudient le fait transnational ».
L’économie politique internationale serait-elle en mesure dès lors d’offrir un cadre de
réflexion pertinent pour penser les relations entre acteurs dans le contexte de la mondialisation
économique ?

I- Les courants de l’économie politique internationale


L’économie politique internationale vise à expliciter les rapports de force entre les états et à
donner un sens au désordre mondial en analysant les jeux de pouvoirs économique et
politique des états, des firmes multinationales, des organisations internationales et des ONG.
Christian Chavagneux estime que l’une des questions centrales auxquelles les théoriciens de
l’économie politique internationale tentent de répondre est la question suivante : qui dirige
l’économie mondiale ? Cela lui permet de retenir trois courants qui se distinguent à la fois par
les outils qu’ils vont mobiliser mais aussi par les visions du monde qui les sous tendent.
Le premier courant est l’EPI américain, on parle aussi de l’approche néo réaliste. Les
représentants sont Robert Gilpin, Robert Keohane et Joseph Nye. Ce premier courant va tenter
d’analyser le rôle des états dans l’économie mondiale ceux-ci exerçant un ‘pouvoir
relationnel’ car ils s’expriment dans un affrontement direct entre les acteurs. Tout d’abord, ce
courant s’inscrit dans une perspective de légitimation de l’ordre établi qui est porté par la
suprématie américaine et par la doctrine libérale de la bonne gouvernance qui est défendue
par les institutions internationales. On cherche à définir le bon modèle qui suscitera les bonnes
pratiques qui seront capables d’assurer une action efficace des institutions
intergouvernementales.
Le second courant est l’EPI Britannique, la représentante est Susan Strange. Ce courant
montre que le pouvoir exercer par la présence de quatre structures fondamentales, la structure

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A.Closse
Economie Internationale L3 AES

de sécurité, la structure de la production, la structure de la finance et la structure de la


connaissance régule les rapports de force entre les états, les firmes multinationales, les ONG
mais aussi d’autres acteurs émergents comme les mafias. Chavagneux avance que cette
approche structurelle du pouvoir « permet de décrypter la façon
dont s’exerce le pouvoir dominant des Etats-Unis
mais aussi les canaux d’influence de la montée en
puissance des acteurs privés internationaux ». Si ce
second courant offre une perspective plus critique de l’état du monde, c’est une approche
hétérodoxe, le troisième courant l’est tout autant.
Le troisième courant est porté par Robert Cox, il s’agit de l’EPI Canadienne. Selon cette
troisième vision, l’hégémonie du modèle néo libéral qui est fondé sur la suprématie du marché
est soutenue par une classe dirigeante qui s’approprie toutes les ficelles du pouvoir et qui
impose sa vision du monde aux autres acteurs. Cette approche est caractérisée par une critique
de l’idéologie dominante et par un appel à un contrôle démocratique des décisions politiques
et économiques mondiales. Ce courant et Robert Cox en particulier souhaitent voir dans la
constitution des mouvements internationaux alter mondialistes la voix d’une mondialisation à
visage humain.

II- De la théorie de la stabilité hégémonique à la théorie des régimes


internationaux : l’école réaliste américaine
Même si les concepts qui ont été forgé par le courant américain de l’économie politique
internationale ont perdu à la fin du 20ème siècle une partie de leur pertinence avec notamment
la fin de la Guerre Froide mais aussi avec l’essor de la mondialisation économique, les
attentats du 11 septembre 2001 et l’attitude très offensive des Etats-Unis dans les années qui
ont suivies ont contribuées à renouveler l’intérêt pour cette approche de l’économie politique
internationale. Cette école américaine s’est constituée au cours des années 1970 dans le
prolongement du courant réaliste des relations internationales. Elle a pris pour qualificatif de
réaliste puis de néo réaliste et elle propose une lecture des relations internationales fondée sur
les hypothèses suivantes.
 Les Etats nation constituent les principaux acteurs du système international. Les autres
acteurs n’exercent pas d’influence déterminante sur ce système. Dans ce contexte,
chaque état va disposer de la même légitimité et en l’absence d’une autorité supérieure
qui permet la coordination entre les états l’anarchie va devenir une caractéristique
fondamentale du système. On retrouve l’influence de Hobbes et de son état de nature
c'est-à-dire la guerre de tous contre tous dans cette représentation de l’économie
politique internationale.
 Chaque état va agir rationnellement (sens de rationalité économique). Chaque état va
agir rationnellement, il va faire une analyse des coûts avantages de chaque situation.
Chaque état poursuit un objectif de puissance qui le conduit à défendre ses propres
intérêts. Comme le souligne Kebabdjan en 1999 la notion de puissance est une notion
fortement subjective et sa mesure va poser des problèmes méthodologiques. Est-ce
qu’on va mesurer la puissance à partir de facteurs objectifs (taille de la population par
exemple, la quantité de ressources naturelle, le nombre de firmes…) ou doit-elle
prendre en compte des facteurs plus subjectifs (par exemple la capacité
d’intimidation) ?
 Il existerait une hiérarchie d’objectifs qui va conduire à donner la priorité aux
questions de sécurité extérieure et donc aux questions militaires (high politics) sur les

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questions économiques et sociales (low politics). L’idée est que le politique prime sur
l’économique et le social. Ceci dit il ne faudrait pas minimiser l’importance de
l’économie. Mais on peut remarquer que cet aspect ne va être perçu pour ce courant
que comme servant les objectifs de sécurité internationale. Kebabdjan remarque à ce
propos en 1999 que « lorsque les intérêts économiques
d’’un état s’opposent à ses intérêts
politiques (faire une guerre coûteuse sans
contre partie économique ou accepter de ne pas
faire la guerre et enregistrer un recul
politique), lorsque les arbitrages doivent
être fait entre l’’économique et la politique
l’’hypothèse qui est associée au réalisme est
que le politique prime sur l’’économique »
C’est en s’appuyant sur ces trois séries d’hypothèse que la théorie de la stabilité hégémonique
puis la théorie des régimes internationaux ont été forgés.

1- La théorie de la stabilité hégémonique

On doit à Robert Keohane en 1980 d’avoir été le premier à introduire dans le vocabulaire
socio politique contemporain l’expression de théorie de la stabilité hégémonique. Ceci dit,
cette théorie doit beaucoup à Kindleberger dans un ouvrage publié en 1973 même si celui-ci
préférait l’expression de leadership à celle d’hégémonie. Kindleberger a étudié la crise de
1929 et il va tenter d’expliquer les raisons de la persistance de cette crise tout au long des
années 1930. Il remarque en particulier que cette période charnière coïncidait avec le déclin
du Royaume-Uni et avec la montée en puissance des Etats-Unis mais sans que cet état ne soit
encore devenu la puissance dominante susceptible de stabiliser le système financier
international. Pour cet auteur, la nécessité d’un leader ou d’un hégémon résulte du fait que
l’économie mondiale a besoin de biens collectifs internationaux et la production de ces biens
pose le problème du passager clandestin. La théorie de la stabilité hégémonique va s’appuyer
sur cette analyse pour affirmer que les états ont intérêts dans leur ensemble à abdiquer une
partie de leurs pouvoirs au profit de l’un d’entre eux (l’hégémon) qui assurera la stabilité et la
sécurité internationale. Cet hégémon ne va pas assurer ce rôle par simple générosité mais
parce que lui-même y trouve un intérêt et notamment parce que ceci va garantir sa propre
sécurité. En outre, comme le souligne Grégory Vanel « cet acteur en
promouvant le libre échange et en produisant un
bien public international à cette fin prend à sa
charge la responsabilité de stabilisation du
système international. Aussi, deux éléments
complémentaires peuvent être associés à cette
proposition théorique. D’une part cet acteur
hégémonique provisionne un régime de commerce
international stable et, d’autre part, même si
celui-ci en tire partie tous les états en sont
bénéficiaires. Ces deux éléments ont des
implications normatives énormes puisqu’ils

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Economie Internationale L3 AES

reviennent à justifier l’existence de l’hégémonie


par l’augmentation générale du bien être qu’elle
produit en permettant la stabilité ». Selon Gilpin la question de
la stabilité à moyen et long terme du système se pose notamment pour l’hégémon dans le
cadre d’une société libérale. En assurant le bien être collectif et la sécurité de tous les pays, la
stabilité hégémonique concoure à diffuser les innovations de telle sorte que les pays qui
bénéficient de la sécurité du système peuvent concurrencer sérieusement l’hégémon lui-
même. Cette situation marquerait une période de transition avec le passage d’un hégémon en
déclin à un nouvel hégémon et les grandes puissances se livreraient une guerre hégémonique
pour s’assurer le pouvoir de l’économie mondiale.

Cette théorie a suscité de nombreux travaux et de nombreux commentaires en particulier


parce qu’elle offre une clé de lecture assez caricaturale des relations internationales. Ceci dit
en présence d’un état qui déclarait livrer une guerre sans merci contre les « forces du mal »
pour assurer la sécurité du monde et ceci en investissant des territoires sans aucun mandat des
nations unies. Cette théorie semble encore détenir un pouvoir explicatif ne serait ce que pour
comprendre les schémas mentaux qui alimentent la réflexion et qui ont justifié la position de
ce pays à l’égard des autres pays de la planète.

2- La théorie des régimes internationaux

Pour des auteurs cette théorie apparait comme un complément plutôt que comme un
concurrent de la théorie de la stabilité hégémonique. La notion de régime international part de
l’idée d’un monde sans hégémonie. Dans ce contexte, la coordination entre les états est
rendue plus difficile mais la coopération peut conduire à la constitution de régimes
internationaux. Robert Krasner dans un article paru en 1983 introduit une définition des
régimes internationaux qui fait aujourd’hui encore figure de référence pour ses défenseurs
comme pour ses détracteurs. Les régimes internationaux désignent « les
principes, normes, règles et processus de décision
autour desquelles convergent les anticipations des
acteurs dans un domaine précis d’interaction ». Malgré
le caractère relativement flou de cette définition on retient la division hiérarchique suivante
entre les quatre attributs du régime. Les deux premiers attributs (les principes et les normes)
désignent les finalités du régime et se sont des éléments invariants qui désignent les buts
fondamentaux (principes) et les droits et obligations (normes). D’un point de vue hiérarchique
ce sont les attributs principaux des régimes. Les deux attributs suivants (règles et processus de
décision) sont généralement considérés comme secondaires. Il s’agit d’éléments variables qui
désignent les instruments dont les régimes disposent pour remplir leurs objectifs. L’idée est
que les régimes sont multiples, ils opèrent dans un nombre important de domaines, et cette
multiplicité offre la possibilité d’aboutir à une stabilité des relations internationales même en
l’absence d’un hégémon. Pour chaque domaine des relations économiques et politiques
internationales, dans le domaine du commerce ou de la finance par exemples, une négociation
s’instaure entre les pays pour aboutir à une sorte de hiérarchie enchevêtrée où les forces des
uns vont contrebalancée celles des autres. Le monde n’est plus dominé par un seul acteur mais
la pluralité des régimes va faire jouer des rapports de force qui sont beaucoup plus complexes.
Dans cette approche de l’EPI les questions de pouvoir ne sont pas absentes mais on a à faire à
un pouvoir qui est beaucoup plus diffus et qui ne repose pas uniquement sur un rapport de
force frontal pour qu’un seul vainqueur se dégage dans cette lutte. Toutefois, même si cette

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théorie est bien distincte de la stabilité hégémonique. Elle partage les mêmes hypothèses que
la théorie de la stabilité hégémonique puisque les états demeurent les seuls acteurs importants
sur la scène internationale.
De nombreuses études empiriques ont tenté d’appliquer la théorie des régimes internationaux.
On peut retenir trois approches qui tentent d’expliquer la formation et la transformation des
régimes internationaux : l’approche par les intérêts, l’approche par le pouvoir, l’approche par
le savoir. Cette distinction on l’a doit à Hasenclaver, Mayer et Rittberger (1997).
La première approche est l’approche par les intérêts. L’idée est que finalement les
régimes internationaux se mettent en place sous la pression des états qui poursuivent chacun
leurs propres intérêts. Dans cette perspective, ces régimes permettraient grâce aux
informations qu’ils contribuent à diffuser de réduire les incertitudes ce qui favoriserait dès
lors la coopération entre les états. Par exemple la constitution d’un régime pétrolier qui a été
mené suite au premier choc pétrolier par les pays de l’OPEP (organisations des pays
producteurs et exportateurs de pétrole) qui ont tous bien compris la nécessité de s’unir pour
déterminer et avoir un certain poids dans la détermination du prix du pétrole.
La seconde approche est l’approche par le pouvoir. Selon cette idée les relations de
pouvoir qu’entretiennent les états entre eux conduiraient à la formation de régimes dont la
stabilité serait renforcée par la présence d’un état dominant.
La troisième approche est l’approche par le savoir. L’idée est que les régimes se
mettraient en place dans la mesure où les croyances et les savoirs normatifs des décideurs
définissent les relations entre les états et influence la constitution de régimes.
En termes d’application, la théorie des régimes internationaux a été appliquée pour
comprendre les coalitions qui se forment notamment au sein du commerce international et
également dans le cadre de régimes monétaires. Ceci dit un certains nombres d’auteurs ont
souligné le caractère assez décevant des études empiriques qui ont été menées sur les régimes
internationaux. Par exemple une critique de Christian Chavagneux « Economie Politique
Internationale », 2004. En fait il s’agit d’une critique assez ancienne qui avait été formulée
dès 1982 par Susan Strange qui qualifiait le régime international de concept mou. Au-delà de
ces critiques, il est possible de relever une série de problèmes que cette approche doit
affronter pour passer d’une définition et d’une description des régimes à une véritable
problématique des régimes. Le premier problème est la question du flou conceptuel de la
notion de régime. D’ailleurs Hasenclaver, Mayer et Rittberger ont répertorié dans leur travail
de synthèse sur la théorie de régimes internationaux au moins six cadres conceptuels
différents. Et ils concluent à la validité de la critique de Susan Strange. Le second problème
est que le questionnement proposé par la théorie des régimes internationaux est jugé trop
américano centré. Cela contribue à légitimer un certain ordre établi. Le troisième problème est
le fait que la théorie des régimes internationaux présente une vision trop statique et finalement
elle ne donne qu’un cadre d’analyse qui observe un ensemble de régimes à un moment donné
mais elle ne s’interroge pas sur leur origine, sur les transformations de ces régimes. On peut
aussi se demander pourquoi ces régimes sont supposés être stables ? Toutes ces questions
restent sans réponse quand on applique strictement la théorie des régimes internationaux.
Enfin, le quatrième problème est qu’on a toujours à faire à une approche qui est trop stato-
centrée. Elle est préoccupée par le rôle des états.
C’est en se basant sur ces critiques qu’un certain nombre d’auteurs ont tenté de remobiliser la
notion de régime international mais en lui donnant une dimension beaucoup plus critique.
C’est ce que va proposer Claude Serfati dans une contribution parue en 2006 dans l’ouvrage
de Hugon et Michalet (2006), « Les nouvelles régulations de l’économie mondiale », Paris,
Karthala, Collection « Economie et développement ». Il va remobiliser la notion de régime
international pour l’appliquer à la question de la défense. Mais il va opérer un certains
nombres d’ajustements. Premièrement, il va relâcher l’hypothèse de la dimension stato

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centrée des relations internationales pour prendre en compte le rôle des firmes et surtout les
coalitions qui peuvent exister entre les firmes et les états. C’est ce qu’on appel les systèmes
militaro-industriels qui montrent que les intérêts des états en lien avec les intérêts des firmes
de la production d’armement sont souvent très liés. Deuxième élément il va essayer de donner
une dimension plus historique à l’analyse. Toujours en mobilisant cette dimension de régime
international, il essaye de comprendre l’évolution des régimes internationaux. On peut
identifier deux manières de se positionner dans la critique des régimes internationaux. C’est
soit de mener une critique interne au régime (approche favorisée par Serfati) ou on mène une
critique externe ce qui revient à rejeter la théorie des régimes internationaux pour proposer
une approche alternative. C’est l’un des axes du programme de recherche que s’est donné
Strange.

III- L’EPI Britannique de Susan Strange


L’approche hétérodoxe6 de l’EPI qui a été développé par Susan Strange s’est construite en
réaction aux propositions des réalistes et des néo réalistes de l’école américaine. Evidemment,
l’idée est que leurs cadres d’analyse sont jugées trop étroitement liés aux rôles des états et
minimisent de fait le rôle des autres acteurs de la mondialisation. C’est ce qu’elle va affirmer
dans l’un de ses derniers travaux en 1999 « nous devons échapper et
résister au statocentrisme inhérent à l’analyse
des relations internationales conventionnelles.
L’étude de la mondialisation doit inclure celle du
comportement des firmes tout autant que celle des
autres formes de pouvoir politique. L’économie
politique internationale doit être réassociée à
l’économie politique comparative au niveau
infranational comme au niveau de l’état ». Suivant cette
approche le pouvoir ne résulte pas les seules pressions exercées par les états mais il doit
prendre en compte l’ensemble des autres acteurs. Celle-ci défini le pouvoir comme « la
capacité d’une personne ou d’un groupe de
personnes d’influer sur l’état des choses de telle
sorte que ses préférences aient la priorité sur
les préférences des autres. L’exercice du pouvoir
relèverait de quatre structures fondamentales : la
structure de sécurité, la structure de production,
la structure financière et la structure du savoir,
des connaissances.». C’est une approche du pouvoir structurelle qui se distingue
de l’approche du pouvoir américaine, réaliste qui est d’avantage relationnelle.

1- Les quatre structures du pouvoir

6
Hétérodoxe : travail sur l’historique. Critique de l’approche libérale.

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Comme le souligne Susan Strange, ce découpage n’a de sens que dans la mesure où les quatre
dimensions sont mises en réseau pour faire apparaitre leur poids relatif et leurs
interconnexions.
Tout d’abord, la structure de sécurité. Susan Strange ne l’a jamais vraiment développé par la
suite. La structure de sécurité dépasse le stricte cadre militaire puisqu’elle prend aussi en
considération les questions de sécurité sanitaire, de sécurité alimentaire ou encore de sécurité
environnementale. Elle est définie comme l’ensemble des accords qui déterminent les
conditions dans lesquelles est distribuée la protection qui permet aux sociétés humaines de se
mettre à l’abri des menaces qui pèsent sur elle. La quête de sécurité est une des
caractéristiques des sociétés modernes et Susan Strange estime qu’il est peu probable qu’un
conflit militaire majeur oppose les grandes puissances occidentales qui ont plus intérêt à la
paix qu’à la guerre. Cependant, elle se distingue d’autres penseurs comme Auguste Comte ou
Raymond Aron qui pensaient que le développement du commerce international était un
facteur d’harmonie et de paix. Selon elle, l’arrogance commerciale conduit à des situations
conflictuelles mais la paix se maintient néanmoins car la guerre peut occasionner des dégâts
considérables et ruiner les accords commerciaux qui ont été établis. Dans ce contexte Strange
affirme que depuis la deuxième moitié du 20è siècle l’industrie d’armement occupe à côté des
états un rôle important et ce sont les alliances entre les états et les industries d’armement qui
vont influencer cette structure de sécurité. D’un point de vue méthodologique, le
fonctionnement de cette structure de sécurité va pouvoir être analysée à travers les
marchandages auxquels se livrent les acteurs présence. Cela dit, dans le contexte récent la
sécurité militaire n’est pas la menace la plus importante qui pèse sur les états et on peut
mobiliser cette notion de structure de sécurité pour adresser la question des catastrophes
naturelles, la question des épidémies ou encore aux questions de changement climatique.
La deuxième structure proposée est la structure de production. Elle va désigner l’ensemble
des accords qui déterminent ce qui est produit, par qui, pour qui, à quel endroit, avec quelles
méthodes (combinaison de facteurs de production) et dans quelles conditions. Dans le
contexte de la mondialisation actuelle, on peut dire que la structure de production est dominée
par les fusions acquisitions qui conduisent à donner un poids croissant aux firmes
multinationales. Selon Strange, cette concentration du capital dans les mains de grands
groupes est le produit des innovations technologiques qui amènent les entreprises à renouveler
plus rapidement leurs équipements. Ceci conduit à rendre plus coûteux le capital et en même
temps à diminuer sa durée de vie. Dans ce contexte particulier, la recherche du profit devient
un objectif d’autant plus important pour les entreprises. Comme le souligne Chavagneux, pour
autant, les états n’ont pas perdu tous leurs pouvoirs sur les entreprises puisqu’ils conservent
une capacité d’influence sur les règles du jeu économique et social au niveau des marchés
nationaux dans lesquels les firmes doivent s’inscrire. Par exemple on a pu assister à la fin des
années 90 à la mise en place des 35 heures, qui est une mesure qui n’a pas fait fuir les FMN
puisque la France est restée parmi les pays qui accueillent le plus d’investissement directs à
l’étrangers. Malgré tout, le pouvoir d’influence des états sur l’organisation de la production de
biens et services a diminué. Ils ne peuvent aujourd’hui que marchander leur place dans un
environnement de concurrence exacerbée.
La troisième structure est la structure financière. Elle est définie comme l’ensemble des
accords qui décident de la disponibilité des financements dans les différentes parties du
monde et qui définissent le niveau des taux de change entre les devises. Dans ces domaines,
les états ont clairement perdu de leur pouvoir puisqu’ils sont incapables de déterminer le
niveau des taux de change ou encore le montant des crédits disponibles à un endroit ou à un
autre. A ce sujet, Strange s’est surtout attachée à retracer dans ses travaux sur la finance
l’histoire des différentes décisions comme le passage des taux de change fixes aux taux de
change flottants ou encore la libéralisation de capitaux mais aussi l’histoire de l’absence de

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A.Closse
Economie Internationale L3 AES

décisions politiques comme par exemple le refus de légiférer sur les paradis fiscaux qui ont
amenés la structure de finance dans son état actuel c'est-à-dire une absence totale de maitrise
des risques que cette structure financière a fait subir à l’économie mondiale. L’idée est de
démontrer que la finance est la principale zone de non droit ou de non gouvernance de
l’économie mondiale.
La quatrième structure est la structure du savoir. Elle peut se définir à un niveau plutôt abstrait
comme l’ensemble des représentations du monde et donc l’ensemble des contraintes et des
opportunités que chacun peut développer en lien avec ses représentations. Et à un niveau plus
pratique elle concerne tous les accords qui définissent les conditions permettant de découvrir,
d’accumuler, de stocker et de communiquer des informations. Ces deux représentations du
savoir sont liées selon Strange.
Elle précise que les quatre structures n’évoluent pas de manières indépendantes. Les
interactions qui peuvent exister entre ces structures vont déterminer les structures secondaires
de la mondialisation dont les plus importantes sont la structure des transports, de l’aide public
au développement, de l’énergie ou encore du commerce international. Une des grandes
erreurs des spécialistes d’économie politique internationale est de se focaliser sur ces
structures secondaires alors que à ses yeux ils négligent les structures jugées les plus
importantes à part la structure de sécurité. De ce point de vue elle réfute l’approche
économique traditionnelle qui est d’abord préoccupé par les questions de commerce
international et par le rôle que jouent les états dans ces questions de commerce international.
Roger Tooze a poursuivit ses travaux dans la même perspective. Tout comme Pierre
Berthaud, économiste à l’université de Grenoble.

2- L’approche britannique de l’EPI comme méthode de diagnostic

L’idée est de souligner que cette approche de l’économie politique internationale ne se


présente pas comme une théorie mais plutôt une méthode de diagnostic articulé en cinq
points. Cette méthode de diagnostic serait valable pour n’importe domaine qu’on souhaite
aborder.
La première étape consiste à identifier le réseau complexe d’autorité et de pouvoir qui sont à
l’œuvre.
La seconde étape consiste à mettre en évidence les accords que ces autorités ont passés entre
elles et le résultat qui en découle.
La troisième étape est de mettre en évidence l’ensemble des valeurs qui sont retenues par ces
autorités (valeurs de justice et d’équité, de liberté et d’autonomie de décision, la richesse et la
prospérité, la sécurité, à l’ordre et à la stabilité) et d’identifier comment ces valeurs se
répartissent entre les groupes sociaux et les individus.
La quatrième étape consiste à identifier les points de fragilité des accords étudiés.
La cinquième étape consiste à mettre en évidence les accords alternatifs possibles.

Si on souhaite qualifier cette approche de l’économie politique internationale on peut


reprendre ce qu’en dit Roger Tooze. Ce type d’économie politique internationale ne propose
pas une théorie mais plutôt « un champ d’investigation, un
ensemble particulier de questions et une série
d’hypothèses sur la notion de système
international et sur la façon dont on peut le
comprendre ».

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