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Valorisation des Rôles Sociaux

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Va lorisation des Rôles Sociaux

octobre 2007

La Valorisation des Rôles Sociaux, Comité Européen pour le Développement de l'Intégration Sociale (CE DIS)
« Attribuer un rôle reconnu pour sa valeur sociale, c'est placer la personne dans les meilleures conditions de développement de ses potentialités » J. Feragus

L'intervention en Valorisation des Rôles Sociaux vise à amener les structures à mettre en place un projet centré sur la personne à partir de valeurs claires, affirmées, porteuses de sens dans le secteur social et médico-social, et de l'évaluer. Elle prend racine sur un questionnement simple : Que faisons-nous en réalité pour les personnes? Elle s'acte sur un pri ncipe fort: « Dire ce qu'on fait et faire ce qu'on dit » La valorisation du rôle social ne se décrète pas, elle se construit et peut se décomposer en 3 niveaux:
« La valorisation de la personne elle-même:

• Considérer la personne avant sa déficience ou ses difficultés • Considérer la personne comme ayant des capacités à Capacité à évoluer, quel que soit l'âge, la gravité des développer: Capacité à remplir les taches de vie quotidienne déficiences ou difficultés pourvu que l'on veu ille l'aider en développant des adaptations pour elle. Pour qu'elle puisse en faire usage par elle-même et gagner ainsi son autonomie. Capacité à faire des choix pourvu qu'on lui propose un éventail de possibilités de vie promotionnelles, exercer sa responsabilité pourvu qu'on la considère comme citoyenne à part entière. La valorisation de ses conditions de vie. • Lui assurer de vivre dans un monde sa ns ségrégation liée au sexe, à l'âge ou aux origines de naissance • Respecter son intimité et son droit à une vie affective et sexuelle • Valoriser son environnement, son habitat • Valoriser son em ploi du temps, c'est -à-dire ses activités, qu'elles appa rtiennent eu temps contraint (scolaire ou professionnel) ou au temps li bre (activités rés identielles, sport, loisirs) . Les droits et les devoirs ga rantis pa r le législateur (soi ns, éducation, fo rmat ion profess ionnelle, emploi, garantie de ressou rces, accès au logement, aux lieux publics, transports) doivent s'enraciner dans le quotidien et avoir un impact rée l sur la qualité de la vie. • Cette amélioration des conditions de vie ne peut se fa ire sans l'appui et l'implication morale et financière de l'Etat et de la comm unauté. La va lorisation de son rôle socia l:

Développer ses capacités à apporter sa collaboration au sein d'un groupe social, qu'il soit scolaire, professionnel, associatif, sportif, culturel, syndical, politique,.. Cette collaboration ne peut se faire que si la personne est intégrée physiquement, fonctionnellement et socialement. Sa présence doit servir à l'évolution et au projet du groupe qui l'accueille. En d'autres termes, elle doit être un partenaire de qualité. La Valorisation du Rôle Social implique également qu'elle participe à l'élaboration de son projet individuel, qu'elle, ou ses représentants puissent donner leur avis sur les décisions qui la concernent, voire qu'elle les conteste, pour que ce projet, souvent construit et mis en æuvre par dhutres, devienne son projet personnel de vie,
Les personnes qui vivent avec des déficiences ou qui sont en difficultés d'adaptation sociale ne veulent pas être seulement des objets de mesures d'assistance ou de compensation. Elles veulent et doivent être des sujets et des partenaires de l'action sociale. Leur demande rejoint sur ce point les déclarations du Président du Conseil de l'Europe : < lbbjectif de l'action sociale est de rechercher à provoquer un progrès de la société grâce au concours actif des intéressés eux-

mêmes
<<

>>.

>>

...

>>

Louis Vanet, CEDIS.

La VRS intervient sur deux

fronts

:

> La société

r

l'individu

La VRS a deux

buts

:

> Lhmélioration de l'image sociale > L'amélioration des compétences personnelles
En utilisant des moyens culturellement valorisés
La Valorisation des Rôles Sociaux c'est l'ensemble des éléments

qui nous conduisent à

la

conclusion suivante

:

Il est nécessaire dhtteindre et de présenter des rôles sociaux valorisés afin d'être et de devenir
valorisé sur le plan social.
La VRS c'est : le développement, la mise en valeur, le maintien et/pour la défense de rôles sociaux valorisés pour les personnes. Plus particulièrement pour celles présentant un risque de

dévalorisation sociale en utilisant le plus possible des moyens < culturellement valorisés

,>.

Elle s'effectue essentiellement selon deux grands axes en interaction : L'amélioration des images et le développement des capacités des personnes, Sept grands principes de la VRS
:

1/ le rôle du conscient et du non conscient

2/ La pertinence des attentes et la circularité des rôles

3/ La compensation positive 4/ le modèle développemental et l'amélioration des compétences personnelles 5/ 6/
La force de l'imitation La dynamique

et la pertinence des images sociales

7/ L'importance de l'intégration

sociaux (article)
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Le principe de la valorisation des rôles
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I,E PRINCIPE DE T,A VAI.,ORISATION DES ROI,ES SOCTAUX Introduction

Malgré les dispositions législatives, le handicap reste une cause d'exclusion, en termes d'éducation, d'accès au patrimoine commun, d'intégration professionnelle, mais aussi d'acceptation sociale. L'objectif, pour les personnes handicapées et leurs proches, demeure le même : participer pleinement à la vie de la cité.
Les interactions humaines sont des phénomènes complexes qui sont régis entre autres par les perceptions d'autrui. Ces perceptions peuvent faire en sorte que des personnes soient valorisées socialement et que d'autres soient dévalorisées, avec comme conséquences, que certaines personnes pourront jouir plus facilement de la vie et d'autres moins, ou pas du tout.
La Valorisation des Rôles Sociaux (VRS) est un principe d'organisation

de services sociaux et médico-sociaux qui prend en compte cette réalité.

Il permet aux personnes en risque de dévalorisation sociale, par
exemple les personnes qui présentent des déficiences sévères, de

vivre des conditions et des rythmes de vie, semblables à ceux de lnoyenne des personnes de leur âge.

la

C'est la volonté aussi de changer le regard des autres sur le handicap et c'est, comme le dit Pascal Bruckner, donner aux personnes handicapées accès pleinement au droit : c'est-à-dire la possibilité pour toutes les catégories de personnes d'accéder un jour au privilège de la citoyenneté ordinaire, en retrouvant à la fois la parole et la visibilité.
Origines

La VRS est apparue dans le domaine des services aux personnes

handicapées en Amérique du Nord et en Europe dans les années 1980. Elle fut précédée par un autre principe, celui de la normalisation, qui apparut comme un des concepts des services humains vers la fin des années 1960 en Scandinavie et en Amérique du Nord.

Il a depuis lors été élaboré et systématisé, plus particulièrement, par Wolfensberger en Amérique du Nord, qui en a fait un principe directeur
universel pour concevoir et diriger toutes sortes de services.
Bien que les professionnels des services sociaux et médico-sociaux, lesbureaucrates, les gestionnaires et les politiciens utilisent maintenant beaucoup les termes << valorisation des rôles sociaux >>, ils le font souvent de façon imprécise, incohérente, superficielle ou mal à propos. De fait, beaucoup de gens utilisent ces termes sans en posséder ni en proposer une définition réelle et des actions en lien avec le concept.
La formulation de Wolfensberger en 1982

fut la première que nous
:

connaissons et qui soit systématique et globale

.

"Dans la mesure du possible, dit-il, l'utilisation de moyens culturellement valorisés afin de permettre, d'établir et/ou de maintenir des rôles sociaux valorisés pour les personnes et cie vivre des vies culturellement valorisées."
:

La définition contemporaine de la VRS est la suivante

La valorisation des rôles sociaux (VRS) est un ensemble de

connaissances qui explique deux types de phénomènes reliés :

et d'évaluation et leurs liens avec la construction des rôles sociaux et, I'effet des rôles sociaux sur Ia façon dont des indivîdus, des groupes ou des c/asses sociales serant perçus et traités.
Cet ensemble de connaissances trouve ses origines dans plusieurs sciences humaines, notamment la psychologie sociale, la psychosociologie, la sociologie, la psychologie et la philosophie. ( Ce concept est par ailleurs essentiellement empirique. )
La VRS s'intéresse en particulier à l'interaction de

les phénomènes de perception

trois phénomènes

psychosociaux

:

.

les dynamiques liés à la perception des personnes risquant la dévalorisation sociale, comment ces perceptions influencent leur intégration sociale et leur fonctionnement dans la collectivité, et comment I'intégration de ces personnes modifient le fonctionnement et les normes sociales de la collectivité.

Applications

La VRS peut s'appliquer à une multitude de domaines liés aux rapports

humains, Nous l'avons surtout utilisée pour développer des stratégies d'intervention afin de soutenir l'intégration sociale de populations spécifiques, l'évaluation de la qualité de structures de services sociaux, le marketing social et les stratégies de communication, le développement organisationnel et la conception de lieux publics.
En appliquant les principes de la VRS auprès des populations qui sont

habituellement prises en charge ou accompagnées par des structures de services, on peut faire l'hypothèse que plus une personne risquant d'être exclue et dévalorisée socialement est en mesure de se percevoir et se faire percevoir positivement dans sa collectivité, moins elle aura de chances d'être exclue ou dévalorisée socialement et plus elle sera

apte à être incluse et valorisée ou tout le moins acceptée,
Une personne sévèrement handicapée, qui vit en permanence à l'écart de la société, n'a pas beaucoup de chances d'être perçue positivement puisque d'une part, elle n'est pas présente dans la communauté, et que d'autre part, le fait qu'elle vive cachée ne fait que renforcer les idées que la population se fait à son propos : si on ne la voit pas c'est qu'elle est trop laide, trop handicapée, trop quelque chose...
Ceci nous amène à une deuxième hypothèse selon laquelle une personne en risque de dévalorisation sociale sera davantage apte à apprendre, acquérir et jouer des rôles sociaux valorisés si son

entourage la perçoit positivement, comme étant apte à pouvoir jouer des rôles sociaux valorisés et comme étant socialement compétente.

Mais comment peut-on influencer positivement la perception de personnes qui sont perçues comme << différentes >> ou << marginal€s <. singulières >>?

>>,

Une personne est en risque de dévalorisation sociale dans un groupe, une société, une collectivité, lorsqu'une caractéristique personnelle significative (différence) sera jugée négativement (dévalorisée) par les autres. La différence ne devient source de marginalité que lorsqu'elle est suffisamment empreinte de yaleurs négatives aux yeux des

observateurs.

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Donc les causes profondes de la dévalorisatioÀ 3oêiât. sont dans les fv'"" li< y'({o''-:'i1---7-yeux du témoin : elles sont culturelles. 2' :' ,7;'/., ,'"' Le postulat est en soi relativement simple : si on peut réduire les aspects d'une différence, d'une singularité qui agresse des valeurs collectives et si on peut modifier un tant soit peu les valeurs culturelles en question, on peut diminuer ou éliminer une déviance sociale ou au moins diminuer la marginalisatiorr qui peut en résulter. Faisons un peu de fiction pour illustrer ce qui précède. Une personne qui, présente des déficiences physiques et mentales, intègre une collectivité qui n'a jamais vu d'individus aussi gravement

handicapés. En plus de ses différences physiques et intellectuelles, cette personne semble avoir une autre grande différence avec les habitants du coin, une différence qui agace les gens : elle se déplace en fauteuil roulant électrique dans la rue, en pleine circulation automobile, et non sur les trottoirs, alors que les trottoirs sont adaptés aux fauteuils roulants. Cette différence, qui s'ajoute aux autres, sera jugée négativement par la population en général et les autorités. Notre personne risque de se retrouver dans une situation de marginalisation, voir d'exclusion (empêchement de se déplacer à certaines heures, enfermement, hospitalisation suite à un accident, etc.). A partir de la situation qui vient d'être décrite, si on veut favoriser l'intégration de cette personne dans ladite collectivité, on travaillera à diminuer ou éliminer les aspects de cette différence qui choquent en lui apprenant, notamment, comment se déplacer en ville sans créer des bouchons, sans risquer de se faire tuer ou de provoquer des accidents. Parallèlement, en tant que collectivité, on peut aussi se donner les moyens de redonner la rue aux piétons, aux cyclistes, aux rollers et aux fauteuils roulants à certains moments (on ferme les rues du centre-ville le dimanche par exemple). Ceci permettrait à notre personne de se déplacer dans la rue à certains moments et permettrait à la collectivité de modifier un peu ses valeurs, de poser un acte écolologique et de favoriser le développement des contacts humains, etc.
Dans cette fiction, on aura réussi à restituer ou à offrir à la personne une compétence et à améliorer son image auprès des autres. Mais on aura aussi modifié de vieilles habitudes, La norme sociale ou la valeur culturelle en jeu au point de départ aura été quelque peu modifiée. Qui sait, un jour, certaines rues seront peut-être fermées à la circulation automobile en permanence...et si tout le monde se met à marcher dans la rue, la donne culturelle aura suffisamment changé pour que notre personne ne soit plus du tout perçue négativement lorsqu'elle se déplace en fauteuil dans certaines rues.

Nous tendons, ainsi, vers un modèle social du handicap qui ne néglige plus la prise en compte des facteurs environnementaux, et la relation de cause à effet entre les déficiences individuelles et les désavantages sociaux, qui prennent en compte l'ensemble des barrières physiques

ou socioculturelles. Voilà une façon de concevoir la VRS. Evidemment, cette théorie s'applique à bien des personnes dans nos sociétés. On peut penser aux personnes handicapées, aux personnes âgées, aux minorités ethniques et religieuses, aux réfugiés et aux immigrants, aux personnes souffrant de maladies mentales, du SIDA, aux SDF, aux toxicomanes, aux personnes sans emploi et chômeurs, aux personnes pauvres. Dans nos sociétés occidentales, nous estimons à 30% la proportion de la population qui est marginalisée ou à haut risque de marginalisation. Nous ne serions nullement surpris d'apprendre que notre estimé est conservateur...
Vous aurez aussi compris que nous avons pris un exemple facile avec notre personne handicapée gui se déplace dans la rue. Dans la vraie vie, les perceptions négatives des personnes sévèrement handicapées et la dévalorisation sociale, soit l'exclusion et la marginalisation qui en découlent, sont des phénomènes complexes qui sont difficiles à changer.
La personne qui présente une déficience intellectuelle et aussi une maladie mentale et qui, par exemple, crie dans la rue, fait peur aux gens.

fait peur parce que ses cris amplifient la peur de la maladle mentale et les préjugés à propos de sa déficience. Ses comportements
Elle

la dévalorisent âux lzssy du public et elle risque de se voir marginalisée, internée, exclue.
Si on l'aide à diminuer ses cris et si on l'aide à se trouver du travail ou une occupation, elle sera un peu mieux perçue. Et si elle demeure dans le quartier pour quelques années, les gens s'habitueront graduellement à sa présence. Les gens qui la croisent ne

feront plus grand cas (ne seront plus scandalisés) de I'eniendre et la voir se parler à elle-même. Les nouveaux arrivés dans le quartier la prendront peut-être pour une artiste, une originale... On aura modifié un peu son image, on I'aura aidée à développer quelques compétences. on ne pourra pas la << guérir >> ou la rendre aussi intelligente que la moyenne des gens, mais on peut travailler à diminuer certaines caractéristiques qui la dévalorisent et en même temps progressivement changer l'optique sociale, ou la valeur culturelle.

on pourrait illustrer ces stratégies d'application de la VRS avec
milliers d'autres exemples similaires.

des

Modifier les perceptions
comment peut-on rendre positive la perception de personnes en risque de dévalorisation sociale, qui sont aux prises avec les à priori , avec les préjugés qui accablent les personnes perçues comme << singulières >> quand elles sont comparées à << nous >>, les personnes qui vivent dans des milieux qui les prennent en charge totalement et les institutionnalisent, ce qui les rend encore plus << différentes >> et donc plus vulnérables à la dévalorisation ?
Premièrement nous croyons qu'il est essentiel qu'elles soient visibles, qu'elles soient présentes dans la collectivité et qu'elles participent à leur façon à la vie sociale.
Plus on

vit dans un monde artificiel, notamment les grandes

institutions ségrégées, loin de la réalité sociale, plus on est traité différemment, plus les probabilités sont grandes pour que res difficultés, telles que les troubles du comportement soient amplifiées.
La différence, même quand elle est extrême, est déjà moindre à partir du moment où, grâce à sa visibilité, elle aide à redéfinir le sens du
<<

nous ,r, lâ .. normalité >.

La première fois que l'on rencontre une personne polyhandicapée dans une grande surface, sa présence sera remarquée et il est possible

qu'elle en choque plus d'un. Mais on finit par s'habituer, si on la rencontre régulièrement, dans des endroits publics, à faire des choses ordinaires.
On s'habituera encore plus, et on sera porté à lui adresser la parole si elle est bien mise, correctement vêtue, propre. On commencera à la prendre pour une de nous si en plus elle occupe une fonction jugée utile, ou importante. Parfois, les personnes handicapées sont rendues vulnérables par leurs conditions, mais plus souvent parce que les personnes qui les soutiennent ne sont pas conscientes de l'importance de l'imagerie sociale et de l'impact que peut avoir l'exercice de compétences aux yeux de la société. Présentes et potentiellement actives << parmi nous >>, ces personnes en risque de dévalorisation doivent donc aussi, être soutenues pour que leur image de soi et l'image qu'elles projettent d'elles-mêmes soient la plus positive possible.
Bien sûr, nous sommes tous différents les uns des autres. Nous sommes tous des êtres à part entière. C'est ce qui sauve l'humanité, nous en sommes convaincus. Mais au-delà des différences humaines essentielles, il y a les

caractéristiques qui nuisent à l'image des personnes, surtout quand elles sont déjà en risque d'être dévalorisées dans une collectivité. Qu'il s'agisse de leurs comportements en public, de leurs attitudes, du vocabulaire utilisé pour les décrire ou pour leur parler, de leur habillement, de leur image corporelle, de leurs occupations, des symboles et des mots que les structures de services utilisent pour décrire leur action sociale auprès de ces personnes, tous ces éléments vont influencer, positivement ou négativement, l'image des personnes et la manière dont elles seront perçues.
Par ailleurs, améliorer l'image des personnes doit aussi passer par

l'amélioration de leurs compétences.

Perceptions et rôles sociaux
La perception des autres à notre égard et l'évaluation qu'ils font de nous, ont un impact capital sur les rôles sociaux que nous sommes appelés à jouer. C'est un phénomène que nous connaissons tous sous une forme ou une autre. Si nos parents nous ont perçus en bas âge comme de << bons enfants >>, (< câpables >> et << intelligents rr, il est probable que cela a eu un effet positif et dynamisant sur nos rôles de fils, de fille, de frère, de sæur, de cousin, de voisine, d'aîné, de cadet, de benjamine, de parrain, de gardiennes d'enfants, de copains, pour ne nommer que ces quelques rôles, et sur notre façon de les jouer, de se les approprier lorsque nous étions enfants, et encore quand nous sommes devenus adultes.

Il en est de même, pour nos instituteurs, nos enseignantes, nos professeurs : si leurs perceptions et leurs évaluation de nous, pour
quelque raison que ce soit, étaient positives, ils étaient intéressés à nous enseigner, à ce qu'on réussisse et nous en donnaient les moyens... Les rôles sociaux que l'on s'approprie sont en grande partie liés aux perceptions des autres et à leur évaluation.
Nous savons également que les rôles sociaux que nous jouons influeront sur la manière dont nous serons perçus et traités. Par exemple, si nous sommes perçus et reconnus comme étant << utiles >> à la société en général, à notre collectivité ou à notre employeur, il est probable que nous serons traités avec plus d'égard que si nous sommes perçus comme << inutiles >>.

L'immigrant qui est perçu comme un exploiteur du système de sécurité sociale de son pays d'adoption ou qui est perçu comme un danger, aura moins de chance de travailler dans un emploi bien rémunéré et prestigieux dans cette collectivité ou pays.Ceci le forcera peut-être à dépendre du système de sécurité sociale, ou même à devoir s'adonner à des activités qui le marginalisent davantage, ne serait-ce que pour survivre, ce gui renforcera les préjugés à son égard de mêrne que celui d'autres personnes dans sa situation.

Ces jugements le cantonneront vraisemblablement dans des rôles

moins importants et souvent marginaux, soit des rôles sociaux dévalorisés.
Le principe de la VRS trouve vraiment sa raison d'être avec des personnes ou des groupes qui sont en risque de dévalorisation sociale, de marginalisation, d'exclusion, de discrimination. Parmi les personnes les plus vulnérables, notons les personnes qui présentent des déficiences physiques, intellectuelles ou sensorielles, les personnes ayant des difficultés sévères de santé mentale, les personnes atteintes de maladies mentales chroniques, tel que la schizophrénie, les personnes atteintes de maladies neurodégénératives (démences) telles que la maladie d'Alzheimer, les personnes atteintes de troubles envahissants du développement, tel que l'autisme, les personnes qui ont des troubles de la personnalité, les personnes qui ont des troubles du comportement, les personnes qui rejettent l'affection, les minoi-ités ethniques ou religieuses, les personnes dont les styles de vie ou les états remettent en cause les valeurs sociales, les personnes chroniquement pauvres, les personnes âgées ou en fin de vie.
La liste pourrait s'allonger. Pour toutes sortes de raisons, ces personnes sont en risque de dévalorisation sociale. Le jeune adulte qui présente une déficience mentale sévère, accompagnée par des déficiences neurologiques, qui ne communique pas verbalement et qui a tendance à ne pas contrôler sa salivation, risque d'être perçu comme quelqu'un qui doit être assisté et soigné et non comme quelqu'un qui peut aussi participer,

communiquer, accomplir, aimer, être utile.
Et, si tel est le cas, il aura tendance à assumer les rôles de malade, d'usager, de bénéficiaire, plutôt que les rôles de fils, de voisin, de frère, de parrain, de travailleur, de citoyen. Qui plus est, dans ce type de rôle, il a de fortes chances cle vivre exclu, isolé, ségrégué a\.1ec d'autres personnes qui présentent des caractéristiques semblables ;

donc, une situation qui fera obstacle à une perception valorisée de qui

il est,
Plus les personnes en risque de dévalorisation sociale sont vulnérables et incapables de bien se défendre elles-mêmes, plus le principe de la VRS prend de l'importance, du sens.
La VRS se veut un principe d'organisation des services sociaux et

médico-sociaux qui puisse aider à prévenir, diminuer ou éliminer les pratiques courantes qui, inconsciemment, conduisent à la dévalorisation sociale telle que décrite précédemment.
Conséquences

Le fait que certaines personnes soient dévalorisées par leur société

implique trois points importants

:

.

Les personnes dévalorisées seront mal traitées. Elles auront généralement moins d'estime et de statut que les personnes valorisées. Les personnes dévalorisées sont susceptibles d'être rejetées, persécutées et traitées de façon à diminuer leur dignité, leur adaptation, leur développement, leur santé, leurs possessions, leurs compétences, leur espérance de vie, pour ne nommer que ceux-là.

Parexemple, en 2003,lors de la canicule en Europe, parmi les quelque 15,000 personnes âgées décédées, plusieurs d'entre-elles sont mortes parce que personne ne se préoccupait de leur sort. Elles vivaient souvent seules, abandonnées par les membres de leurs familles. Même mortes, certaines personnes n'ont jamais été réclamées par leurs familles. Cette forme de mauvais traitement montre que la maltraitance peut aussi être passive. L'abandon, l'isolement et la solitude qui en résultent, sont des formes de maltraitance tout aussi dévastatrices que les coups, ou les abus psychologiques.

.

traitement accordé aux personnes dévalorisées prendra des formes qui expriment la perception des rôles sociaux de la
Le

personne ou du groupe dévalorisé.
Si les personnes âgées en fin de vie sont essentiellement perçues comme des mourants, elles seront contraintes de vivre les dernières années de leur vie dans des mouroirs... si elles sont perçues comme nos aînées qui nécessitent des soins et de l'accompagnement pour mieux vivre leurs dernières années, elles seront hébergées dans des lieux qui feront en sorte qu'elles vivent chez-elles.

.

dont une personne est perçue et traitée par les autres déterminera fortement à son tour comment elle agira
La façon

subséquemment.
Par conséquent, plus une personne est perçue et traitée de façon dévalorisée, plus elle se conformera à cette attente et agira de la façon socialement attendue ou qui n'est pas socialement valorisée.

Si l'adulte handicapé est perçu par son entourage comme un éternel enfant il se comportera en enfant, ce qui renforcera notre perception, et renforcera son rôle dévalorisé. Si l'adulte handicapé est perçu comme une personne de son âge, elle se comportera en adulte.
Intégration, participation sociale et citoyenneté : assurer une vraie vie pour nos proches ayant des incapacités

La façon traditionnelle de concevoir Ia déficience et l'incapacité dans notre société produit de nombreuses conditions dites << incapacitantes >>, des conditions qui, notamment, soustraient les personnes ayant une incapacité de leurs oblîgations civiques.

Historiquement, l'incapacfté a été perçue comme étant située à l'intérieur des personnes, ce qui crée une impression qu'elles sont < défectueuses >>, fr€ pouvant vraisemblablement pas contribuer à la
société,

personnes ayant une incapacité ne sont pas reconnues comme des ressources sociales ef économiques, oLr camme des individus qui
Les

peuvent offrir une contribution à leur communauté ou à la société. L'isolement et la solitude qui résultent de ces perceptions sont probablement les conditions les plus incapacitantes qui soient car elles créent des barrières autour des personnes ayant une incapacité,
Les stafistiques tendent à démontrer ce

fait : "Les personnes

handicapées sont cinq fois plus aptes à affirmer qu'elles sonf insatisfaites de leur vie (24% vs. 5o/o, parmi les répondants aduttes du sondage Harris de 1994 au canada). L'isolement est une raison majeure citée pour expliquer ce triste état de fait. Ptus de ta moitié (51o/o) des personnes handicapées qui furent sondées et qui pouvaient s'exprimer disent que l'absence d'une vie sociale remplie constitue un problème pour elles." (1)
Nous avons tous besoin d'appartenir, de contribuer, de donner un sens à nos vies. Pour la plupart d'entre-nous, ce type de besoin est comblé par le biais de nos relations avec les membres de nos familles, nos voisins, nos amis. Nous donnons, nous recevons et ainsi nous donnons un sens à notre vie en compagnie des autres. Pour les personnes handicapées, ce type de besoin n'est souvent pas comblé parce qu'elles ont peu ou pas de relations significatives. En fait pour plusieurs personnes handicapées, les seules relations sociales dont elles jouissent sont avec des personnes qui sont payées pour en prendre soin.

Plusieurs personnes handicapées sont prises en charge par des systèmes de services et entourées par des professionnels des services de santé et sociaux. L'isolement et les à priori sociaux sont des barrières à I'acquisition de la pleine citoyenneté des personnes ayant une incapacité.
La pleine citoyenneté n'est pas un attribut accordé par une autorité gouvernementale. Il s'agit d'un statut qui nous est conféré par nos concitoyens quand ceux-ci prennent conscience de nos contributions.

L'isolement des personnes ayant une incapacité fait que leurs contributions ne sont pas reconnues, ce qui les empêche de

s'approprier leur citoyenneté, Qui plus est, de nombreuses personnes considèrent qu'un individu qui présente une déficience intellectuelle ou physique est << incapable >>. Ce préjugé les amène à conclure que cette personne ne peut donc pas se responsabiliser et contribuer à la société, ce qui augmente l'isolement et empêche encore plus l'appropriation de la citoyenneté, L'antidote à l'isolement et la solitude est la relation humaine.
Relations = Contribution

Contribution
Donc

:

Citoyenneté

:

Relations = Citoyenneté

Quels rôles sociau-x valorisés pour dcs personnes sévèrement cléficientes

Un des principaux obstacles à la formation de relations est sans doute la perception que les personnes handicapées ne contribuent pas.

Il existe deux types de contribution : être et faire. Habituellement,

on

accorde une plus grande valeur aux contributions de type faire qu'aux contributions de type êfre. Par exemple, le travail, les sports et la performance ont tendance à être hautement valorisés dans notre société. Parler est plus valorisé qu'écouter ; accomplir plus que réfléchir. Notre société accorde plus de valeur au courage, au sacrifice et à l'attachement qu'à l'hospitalité, la préoccupation de l'autre et la loyauté. Dans ce contexte de valorisation de faire par rapport étre, les personnes ayant une incapacité qui sont isolées sont désavantagées.

ont beaucoup à apporter à la société et à nos vies en général du simple fait qu'elles existent, qu'elles scnt là, qu'elles prennent plus de temps pour faire des choses, qu'elles communiquent parfois de façon non orale, qu'elles sont capables de transmettre une grande affection, qu'elles voient la vie différemment que les personnes dites << bien portantes >> mais ô combien stressées.... Les rôles sociaux qu'elles peuvent jouer, et dont on se prive et prive la communauté, sont des rôles que nous devons
explorer davantage, en commençant par se poser des questions
à

Les personnes sévèrement handicapées

propos des contributions liées davantage à éfre qu'à faire.
Voità donc un beau grand principe, mais comment peut-on I'appliquer concrètement avcc tles personncs sévèremcnt hanclicapécs ?

Voici, peut être, quelques façons concrètes d'appliquer le principe de la Valorisation des Rôles Sociaux avec des personnes qui manifestent des déficiences mentales et des troubles du comportement.

o

Traitez-les comme des personnes de leur âge, si ce sont des adultes, ils ne seront pas infantilisés
Protégez et faites la promotion de leur statut social...elles ne sont pas que des usagers,.. elles sont des filles, des fils, des frères, des sæurs, des amis, des collègues, des Suisses, des Genevois, des citoyens...

Améliorez et défendez leur image (l'image qu'elles projettent sur elles-mêmes et vers I'extérieur) : apparence personnelle, routines et rythmes de vie, vocabulaire, noms des services et programmes

Offrez-leur des milieux de vie typiques, confortables, beaux, conformes à leurs fonctions et rappelez-vous que les troubles du comportement sont souvent la réponse à des environnements physiques et sociaux inadéquats
Utilisez des équipements adaptés à leurs capacités et non seulement à leurs incapacités Incluez-les dans les rites et pratiques (religieux, politiques, culturels etc.)

o " "

Aidez-les à se socialiser dans des rôles sociaux positifs Aidez-les à acquérir des biens et à en prendre soin Offrez-leur une continuité physique et sociale : quand les

personnes qui nous sont significatives changent constamment, ce qui est le cas dans bien des milieux institutionnels, nos comportements en seront influencés et très souvent ils seront décrits comme << troublants
>>

o

Aidez-les à développer des relations significatives et interdépendantes avec d'autres personnes que les seules personnes qui leur fournissent des soins
Compensez positivement leurs déficiences, ou au moins,

o o " o o o o o o o o ,r

n'en ajoutez pas
Développez leurs compétences et leurs capacités
Aidez à développer leur résilience Rendez-les visibles, soutenez leur intégration sociale

Offrez-leur l'accès aux activités courantes de leurs collectivités Offrez-leur l'alternative la moins restrictive possible
Servez de modèles positifs Donnez-leur l'occasion de vivre des expériences de vie valorisantes
Favorisez le développement de leur identité

Aidez-les à développer leur individualité Donnez-leur les moyens d'avoir des projets personnels et de les réaliser Donnez-leur la possibilité de contrôler le plus possible leur vie (une des meilleures façons de diminuer les troubles du

comportement)

o
En résumé

Donnez-leur l'occasion de contribuer

La VRS compte donc faire évoluer les regards portés sur les personnes en situation de handicap et à réduire les frontières entre les personnes

handicapées et la communauté.
La VRS fonde ainsi son action sur une éthique d'écologie biopsychosociale et une compréhension intégrée des processus

naturels du développement de la vie, elle souscrit au respect de la vie et en particulier à celle de l'être humain. Elle a une vision de l'homme et de la société qui replace la personne dans sa dignité et qui redonne sens à sa dimension existentielle, communautaire et spirituelle.
Considérant les personnes comme des sujets-citoyens, elle vise avant tout une valorisation de leurs capacités et de leurs ressources individuelles et environnementales.
La VRS défend l'accès aux personnes handicapées et à leur proche à

l'information et à la formation et leur droit à des activités valorisantes et socialement reconnues. Elle ambitionne une amélioration du statut et de la participation des personnes concernées par le handicap.
Et comme le dit Albert Jacquard
<<

Nous sommes ce que le regard des autres fait de nous ; quand le regarcl des autres nous méprise, nous dcvenons nréprisables et quand le rcgard des autres nous rcnd

nrcrvcillcux, ch bicn ! Nous sommcs mcrvcillcux. L'important, c'cst cle se voir merveilleux d:rns le regard des autres
>>

Ainsi, la VRS nous donne la possibilité de choisir d'accueillir et d'apprivoiser les singularités, les différences qui nous font peur et de permettre ainsi de contribuer à la construction d'une société plus ouverte et plus sereine.
La VRS est l'affaire de tous, de

tout en chacun, c'est une histoire de

bon sens.
Alain Dupont .Iuillct 2005

1) National Organization on Disability/Harris Survey on Community Participation, 2000

l"

La valorisation des rôles sociaux

La valorisation des rôles sociaux se définit par < I'utilisation de moyens culturellement valorisés pour établir ou maintenir autant que possible des expériences, des apparences, des perceptions et des rôles sociaux qui soient valorisés sur les plans
culturel et social >. Elle se traduit par
:

. .

le développement des capacités et des habiletés personnelles; I'amélioration de I'image sociale de la personne.

Le développement des capacités et habiletés personnelles suppose la présomption de compétence chez la personne ayant une déficience intellectuelle ou un trouble envahissant du développement (TED) et I'adoption de modes d'intervention orientés en
fonction de la croissance de la personne,

L'amélioration de l'image sociale implique que des rôles sociaux valorisants, correspondant à l'âge, au sexe et à la culture, sont accessibles aux personnes ayant une déficience intellectuelle. Elle suppose également la mise en place de tout ce qui contribue à améliorer l'image sociale de ces personnes en répondant à leurs besoins spécifiques.
Dans la classification québécoise processus de production du handicap, la notion de rôle social est une dimension centrale des habitudes de vie. Elle est également à la base d'un principe soutenant un vaste mouvement en faveur de I'intégration sociale des personnes ayant des incapacités, connu sous le nom de Valorisation des rôles sociaux (VRS). L'article rédigé par Robert J.Flynn dresse un portrait de tout le développement de ce courant de pensée. Le second article de Patrick Fougeyrollas et de Kathia Roy brosse un portait assez complet de la notion de rôle social aux plans théorique et conceptuel en plus de la situer dans la perspective du processus de production du handicap.

Wolf Wolfensberger
Tout a commencé déjà à la fin des années cinquante, lorsque des pionniers de I'action sociale dans les pays nordiques ont dénoncé les conditions de vie inhumaines des personnes handicapées. La mise à l'écart de la communauté et le non-respect des besoins individuels de ces dernières ne pouvaient être corrigés qu'en se référant à des critères éthiques et en proposant aux intéressés de mener une existence aussi normale que possible. Le principe de normalisation était né.
Quelques années plus tard, Wolf V/olfensberger systémise le concept et le relie aux théories ainsi qu'aux résultats des recherches issues de la psychologie sociale. Il proposa alors le principe de la Valorisation des rôles sociaux, qui insiste sur I'importance d'attribuer des rôles sociaux valorisés à toute personne dévalorisée ou qui risque d'être rejetée, isolée et exclue.
de permettre à chacun d'utiliser des moyens culturellement valorisés pour établir, développer ou maintenir autant que possible des expériences, des comportements, des apparences, des perceptions et des rôles sociaux qui soient valorisés sur le plan

Il s'agit donc
culturel.

Ce texte d'introduction à la théorie de la Valorisation des rôles sociaux (VRS) de Wolf Wolfensberger constitue un document de réference dans le domaine des services humains et pour tous ceux qui veulent porter leur réflexion dans le champ de I'intégration communautaire.
est reconnu pour la fermeté de ses convictions et sa rigueur intellectuelle, il a réussi depuis vingt ans à guider un réseau intemational de personnes qui partagent ces valeurs en développant entre autres des programmes de formation à la VRS et des stages d'initiation à l'évaluation des systèmes de

Wolf Wolfensberger, auteur, penseur et chercheur,

services avec les méthodes PASS et PASSING. sociale

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De la Normalisation à la Valorisation des Rôles Sociaux:

évolution et impact entre 1982 et 1992*

Cette communication a deux objectifs majeurs. Le premier est de retracer rapidement l'évolution du principe de normalisation au cours des 10 demières années, en notant surtout pourquoi Wolfensberger a choisi de reconceptualiser la normalisation et de la renommer la "Valorisation des Rôles Sociaux" (VRS). Entre parenthèse, nous signalerons des parallèles intéressants entre la VRS et le modèle "déficience-incapacité-handicap" de I'Organisation mondiale de la Santé. Le second objectif est d'examiner I'impact international de la normalisation / VRS, moyennant un survol rapide de la littérature pertinente. Bien entendu, notre discussion sera nécessairement extrêmement sélective.

Évolution: de la Normalisation à la Valorisation des RôIes Sociaux

Wolfensberger (1 991, p. l3) déclare que la théorie de la VRS a pour origine le principe de normalisation, qu'elle est censée englober et remplacer. Il ajoute qu'il a développé les principaux aspects de I'histoire du principe de la normalisation dans d'autres textes (i.e., Wolfensberger,1972,1980 a, 1980b), dont il nous sera donc utile ici de faire un bref rappel.

La Normalisation

Le livre de Wolfensberger, The Principle of Normalization in Human Serviceq (1972), a été voté par 178 experts en éducation spécialisée des personnes ayant une déficience intellectuelle comme I'oeuvre classique la plus importante jamais publiée dans le domaine de la déficience intellectuelle (Heller, Spooner, Enright, Haney, & Schillit, 1991). Wolfensberger y définit la normalisation comme "l'utilisation de moyens aussi culturellement normatifs que possible afin d'établir etlou de maintenir des comportements et des caractéristiques personnels qui soient aussi culturellement normatifs que possible" (p.28). Il ajoute que la normalisation affecte I'environnement d'une personne (potentielle'ment) " déviante" ou dévalorisée moyennant deux dimensions, les interactions et les interprétations, qui agissent sur trois niveaux diffërents, ceux de I'individu. des systèmes sociaux primaires et intennédiaires, et de la société. Par ailleurs, il insiste sur I'intégration physique et surtout sociale coffrme le corollaire par excellence de 1a normalisation, ct articule d'autres irnplications du principe sur le plan de la programmation, de I'architecture, du travail, des besoins socio-sexuels, du contrôle de sa propre vie, de la dignité du risque, du parrainage civique, et de l'évaluation de la qualité des services. Dans un chapitre ultérieur, Wolfensberger (1980 a) a décrit le

développement historique des formulations majeures de la normalisation en Scandinavie et en Amérique de Nord. Il a également répondu à ce qu'il considérait comme les principaux malentendus, critiques, distorsions, voire perversions de la normalisation. Dans un autre chapitre (Wolfensberger, 1980b), il discute des rapports entre les valeurs et la recherche empirique et essaie de montrer que beaucoup de recherches empiriques s'accordent avec la normalisation.

La Valorisation des Rôles Sociaux

Dans un article publié en 1983, Wolfensberger a proposé que le nouveau terme, "valorisation des rôles sociaux", remplace I'ancien, "normalisation". (Les 178 juges étudiés par Heller et al., 1991, ont d'ailleurs accordé à cet article le 17ième rang sur leur liste de 25 æuvres classiques en déficience intellectuelle.) Il a justifié ce changement pour les raisons suivantes. Premièrement, beaucoup de gens ne distinguaient pas les différents sens du terme "normalisation", ou bien croyaient (souvent à tort) en avoir compris immédiatement la signification précise. Deuxièmement, Wolfensberger a saisi au début des années 1980 que I'objectif le plus important de la normalisation devait être la création, le soutien, et la défense de rôles sociaux valorisés pour les personnes risquant d'être dévalorisées. Il était persuadé que la société accorderait des choses souhaitables aux personnes si elles occupaient des rôles sociaux valorisés (et les dévaloriseraient si elles avaient des rôles peu estimés). Deux grandes stratégies sont à suivre pour atteindre I'objectif ultime de rôles sociaux valorisés (et par conséquent des conditions de vie valorisées): I'amélioration de I'image sociale des personnes (qui sont au moins potentiellement dévalorisées) aux yeux d'autrui, et I'amélioration de leurs compétences. (PASSINH {Wolfensberger & Thomas, 1983, 1988) est un instrument d'évaluation qui opérationnalise la VRS et qui consacrc27 de ses 42 mesures ou "items" à I'amélioration de I'image sociale et les autres 15 à I'amélioration des compétences.)

Dans la monographie qu'il a publiée en 1991, Wolfensberger définit la VRS comme,

"le développement, la mise en valeur, le maintient eUou la défense de r![es sociaux valorisés pour les personnos et particulièrcment pour celles présentant un risque de dévalorisation sociale en utilisant le plus possible des moyens 'culturellement valorisés"' (p. 53).

Wolfcnsberger explique que la VRS prend tout son sens pour deux groupcs de personnes: celles qui sont déjà dévalorisées par la société, et celles qui ont toujours été valorisées

mais qui courent un risque d'être projetées dans une identité dévalorisée à cause d'un événement quelconque. Des exemples de rôles sociaux valorisés seraient les suivants : dans le monde de l'éducation, les rôles de professeur, enseignant, étudiant, ou élève; au travail, les rôles d'employeur, travailleur, salarié, membre d'un syndicat, apprenti, etc.; dans le domaine des loisirs, les rôles d'athlète ou d'entraîneur. Les rôles sociaux valorisés qui ont un rapport avec la participation à la vie de la communauté incluent ceux de propriétaire, locataire, contribuable, fonctionnaire, citoyen, électeur, membre d'un club sportif ou culturel, membre du conseil d'administration d'une organisation, etc. Dans le domaine relationnel, les rôles d'épouse ou de mari, de parent, de fille ou de fils, de grandparent, de neveu ou de nièce, etc., sont socialement valorisés.

Finalement, Wolfensberger (1991) articule sept thèmes qui font partie de la VRS et qui aident à comprendre la dévalorisation et à identifier des mesures de prévention ou d'amélioration: la nécessité de rendre consciente la dynamique souvent inconsciente de la dévalorisation, afin de la confronter et de la maîtriser; la pertinence des attentes et de la circularité des rôles dans la création et la suppression de la dévalorisation; le besoin de chercher une compensation positive (i.e., un statut aussi positif que possible) du statut dévalorisé; la place du modèle développemental dans I'amélioration des compétences personnelles; I'utilisation positive et effrcace de I'imitation comme mécanisme d'apprentissage; I'importance de la mise en valeur de I'image sociale; et la centralité de I'intégration sociale personnelle et de la participation sociale valorisée.

Étant donné le contexte de ces remarques, i.e., un atelier consacré au développement des modèles conceptuels, je voudrait conclure cette partie sur l'évolution récente de la normalisation et de la VRS en signalant, sans plus d'élaboration, quelques parallèles qui me paraissent intéressants entre ce cadre de pensée et celui de la Classification international des déficiences, incapacités et handicaps (CIDIH; World Health Organization, 1980). D'abord les deux approches, la VRS et la CIDIH, se servent de la notion-clefde rôle social, du coup introduisant un discours et une vision "sociocentriques", axés sur la vie interpersonnelle et sociale, dans un domaine ou des cadres de pensée médicaux, psychologiques, cliniques, et, dans I'ensemble, passablement a-sociaux, ont été dominants depuis longtemps. Bien sût, les deux approches diffèrent quant au poids qu'elles semblent accorder aux rôles sociaux: la VRS vise de façon centrale I'acquisition ou le maintien de rôles les plus 'valorisés" possible, tandis que la CIDIH (dans le manuel de 1980 au moins) parle plutôt de rôles de "survie" ("survival roles") dans le domaine du handicap, ce qui me paraît quelque peu limitatif et rnême limitant. Deuxièrnement, les deux approches parlent explicitement de I'intégration sociale, bien que celle-ci me semble conceptuellement plus centrale pour la VRS que pour la CIDIH. Troisièmernent et surtout depuis les travaux de la Société canadienne et du Comité québécois, pour la CIDIH (Bolduc, 1992) les deux approches prennent très au sérieux I'influence de I'environnement--i.e., les politiques gouvernementales, les serviccs sociaux, sanitaires, éducatifs, professionnels, etc., et les valeurs et les attitudes dans la production et dans l'élimination d'obstacles à I'intégration et la participation sociale des personnes vivant avec une incapacité.

Impact International de la Normalisation et de la VRS

Le plus grand impact de la normalisation et de la VRS a certainement été dans le domaine de la déficience mentale, bien que son influence ait également été considérable dans celui de la santé mentale (e.g., Ramon 1991; Jacobson, Buschard, & Carling, 1992). Les affirmations de la centralité de la normalisation, et de son influence sur I'importance accordée à I'intégration sociale comme objectif primordial des politiques sociales, abondent. Lakin et Bruininks (1985), par exemple, déclarent que la normalisation a exercé la plus grande influence dans les changements récents qui se sont produits dans les services pour des personnes ayant des handicaps. Et Heal (1988) souligne que la normalisation "domine" les chapitres de son livre, qui fournit une synthèse les recherches faites sur I'intégration des personnes ayant une incapacité développementale.

Dans le domaine de la déficience intellectuelle aux États-Unis, durant la période t9771988, Braddock et Fujiura (1991) ont trouvé que les ressources consacrées aux services communautaires ont progressé très rapidement, de $ 879 millions en 1977 à $5.6 milliards en 1988, une augmentation de 73%o en 12 ans (compte tenu de I'inflation). Cependant, en 1988, seulement 21 des 51 systèmes sur le plan des États américains dépensaient autant ou plus sur leurs services communautaires que sur leurs institutions. Donc, il est clair qu'aux Etats-Unis (comme dans beaucoup de pays), nous sommes encore dans une période de transition. Braddock et Fujiura (1991) ont découvert que deux variables, à elles seules, expliquaient presque toute la variance dans les dépenses en faveur des services communautaires: des politiques progressistes, sur le plan de l'État, vis-à-vis de la promotion de l'égalité raciale, et I'existence d'organismes de promotion forts (i.e., State Associations for Retarded Citizens (ARC)). Donc, il est tout à fait plausible que la normalisation et, plus tard, la VRS, ont exercé une partie de leur impact durant 1977-88 gràce aux etïorts des ARC.

Selon Ashman (1989), la normalisation a cu une influence majeure en Australie depuis les années 1970 et surtout pendant les années 1980, dans les secteurs des services communautaires, de l'éducation, et des programmes de transition entre l'école et le marché du travail. Par contre, dans le domaine du travail les services restent plutôt traditionnels, dominés par lo modèle de I'atelier protégé. Et, malgré les progrès réalisés, le systèrne Australien de services reposent toujours sur les institutions résidentielles, d'après

Ashman (1989).

En Suède, une loi de 1986 a aboli toute institution pour personnes ayant une déficience intellectuelle et a exigé que celles-ci repoivent des services dans la communauté (Pedlar, 1990). Un élément intéressant de la nouvellc loi est qu'elle encourage des contacts

informels entre les citoyens ordinaires et les personnes ayant une déficience. Pedlar suggère que la qualité des services de soutien en Suède est excellente et que l'intégration physique et I'intégration fonctionnelle sont à la hauteur. Par contre, en Suède comme en Amérique du Nord, I'intégration sociale reste un défi important à relever.

Miron et Katoda (1991) ont comparé le Japon, les États-Unis, et la Suède, quant à la normalisation et I'intégration scolaire des enfants avec des incapacités. Ils étaient de I'avis qu'au Japon, le débat philosophique se poursuit actuellement, tandis les Etats-Unis et la Suède ont adopté une politique de normalisation et d'intégration et s'occupent à I'heure actuelle de sa mise en pratique. En Finlande, d'après Kivirauma (1991), I'objectif d'intégration scolaire remonte aux années 1960 et 1970, dfi à I'influence des autres pays Nordiques, surtout celle de la Suède. Il semble que I'intégration reste incomplète, appuyée sur le plan national mais souvent rencontrant des résistances sur le plan local.

Dans le domaine des services professionnels, Gaylord-Ross (1987) a comparé la situation dans cinq pays en Europe occidentale: le Danemark, la Grande Bretagne, I'Italie, la Suisse, et I'Allemagne (de I'Ouest, à l'époque). Il a conclu que I'emploi en milieu nonprotégé pour les personnes avec une déficience intellectuelle allait continuer à prendre de i'u*pi.,rr en ItaliL et en Grande Bretagne, comme aux États-Unis. Il était moins clair, par contre, que le virage du travail intégré se fasse dans les pays le Danemark, I'Allemagne, et la Suisse où" des systèmes de travail protégé étaient très ancrés. Selon Gaylord-Ross, il est possible que I'intégration scolaire dans ces pays introduise un changement important avec le temps.

Finalement, la normalisation et la VRS ont eu une autre sorte d'impact international considérable, avec I'utilisation de PASS (Wolfensberger & Glenn, 1975,1989) et PASSING ( wolfensberger & Thomas, 1983, 1988), deux outils d'évaluation de la qualité des services. On sert de PASS et de PASSING dans plusieurs pays, y compris le Canada,les États-Unis, I'Angleterre, l'Écosse, I'Ireland, I'Australie, la France, et la Suisse. Dans un échantillon de 519 programmes communautaires et institutionnels américains et canadiens évalués avec PASS 3, Flynn (1985) a trouvé que la moyenne sur l'échelle totale était 42%o du score maximal possible, en-dessous du niveau (50%) que les auteurs de I'outil considèrent comme le seuil de la qualité de service "tout juste acceptable". Ceci s'explique en partie par le tait qu'il y avait peu d'intégration sociale dans l'échantillon de programmes. Plus récemment, Flynn, LaPointe, Wolfensberger, et Thomas ( I 99 i ) ont lait une analyse sernblable d'un échantillon de 213 programmes colnmunautaires et institutionnels américains, canadiens, et britanniques qui avaient été évalués avcc PASSING. Encore une fois, il y avait peu de programmes socialement intégrés. La moyenne pour I'ensemble des programmes était 32Yo du score maximal possible, bien endessous du seuil de la qualité "tout juste acceptables". Dans les deux échantillons, i.e., sur

les deux échelles PASS et PASSING, la qualité des services communautaires était significativement plus élevée que celle des services institutionnels, et les services résidentiels communautaires étaient de meilleure qualité que les services vocationnels, Donc, la traduction de la normalisation et de la VRS en termes concrets de programmes qui sont socialement intégrés et de haute qualité, est un défi de taille en Amérique du Nord, comme en Europe, à long terme.

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