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L'ANNEE

!SOCIOLOGIQUE
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ÉM~E DURKHEIM
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A.MEtH.ET..hn"'te~ra)Èm.)<)<))<mt<:<-f:t.t')tf,
HtCHARD, '')<"f~ d.- teu~ 4 t't'tut'-niiM ')': Bordet~x.
80UGLÉ, pff'fM'ettr )'t!nit.'r*!t<- de Tuutnm'
WU9EHT e' MtUSS. mtttrM de <'at)Mr.:t).M<t rK'mie ')e< Hwtf.).:t..dM
HUVet.)NetË.LËVY.pf')f«"M<t'tF!tCntt<i')<)r'.it.te).y'.)).
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AU8'N,it)!')Mt'Mr'i't'<dfmif'4A')r!n*
BOUHG~, FAUCONMET, HOURTfOO. 0. PAHOO). F. StM~NO,
*i:~t!f<')'-)'L'tt!M~M.

S!X!ËME ANNÉE (190i.i902)

MÈMO~ES OH~G~NAUX & REVUES GÉNÉRALES


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M. Boue! – ~<'c«f o~x'<«< f/fit ~/tt?«. f.< ,'A<t<t' <x'-
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)t. ANALYSES
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(rs7ie et,~ arJ,r, uc, crimi.
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FEUX ALCAN, ÉDITEUR

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4) L'uhtftit't de B~rdKtUt.
de MK'ioto~ie
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CtMr~dfruurtthtMuMdxfkUn'tdet'Mt.

Chacunedes & prentu'M!années f'~t'meun votunn'In- de h Mt/(o</tf'y«e</e


~/«/MO~/t<<CO))f<'Mtp«<'<)«tf. 10 ti'.

JPrem~j'o aance. – )MO-)M-?.– K. UUHKHHtM prohibition


de l'inceste et Mitorigines. – U. StMMRL Commentles fonnM sociittes ge
tuMinttenneftt.– .tM«/~f< des n-avM!:du t" juillet )<? au 3Ujuin t)i97.
Deuxième année. t8!'7-)M8. – K. DCKKHKtM t)e tadêftxhion
des phéMouxiM'~ religieux. H. HUBHUTet M. MAUSS Sur h nature et fit
fonoiun du MCt'iKca. ~K«~M.
Troisième année. )89<i-f80*<. RA'MKt. Le Sot. Société,
)')!tat. tOCHARL) b's crises t«<:i<tte< et lu Ct'inunaHte.
–STËtXMETX
Chitsineationdes types <ueiaut. .t««<~<fM.
Quatrjéme année. t)!M).tUM).– MOCQLK Sur le t-~ittte des
castes. K.UURKHKtM )h.'tti toi!!do l'évolutionpenitte. – CHA.MtOXT
Sur les causesd'cMiMCttoa de la pt'upfiet6«jrpomtive. ~tfXt~.wA'.
Cinquième année. t9')0-i90[. t'. StMïA~U Sm le pr:x du

charbon,en t't-aOMet au X' siècle. E. UURKUKtM Sur te totoui~ute. –
~K<t/~<'<.

DH Ptnr.OSOl'HIE
!)!HUOTHf-:QL'Ë CO~TEMPOHAtXE

AUTRES TRAVAUX DE M. Emile DUM(WE<M


De la division du Travail Mciat. edit. 1 roi. :a-it< 7 ff. M)
Les Réglée de la Méthode aoototoetque.cdit. t vot.m.t8. 2 tr. St)
Le Sttiotde (<)«<<uctu~f/K''}.) v't). in-s" 7 ff. SO

C. BOCGLH. Les Soiences sociales en Allemagne, cdit.,


tvot.in-t: Xt'r.M
C.BOUOLH.-LeBïdéeeëgaUtaires.tYot.tn-)!- 3 fr. '!&
P. LAPtK. – Les Civilisations tunisiennes (muauttuan!ist-M-
lites, eerupeen!!),f/M~ef/<t'/c/<«~e.<ect«<t'. t vol. in'tS! 3 fr. SC
P. LAPtK. – La JtMttce par l'État. e/f~f '/f mont/eMcia~.
)vot.in-): afr.50
P. LA!E. Logique de la votonté. 1 vol. in-!)* fr. 50
G. RtCttARh. – Le Sooialisme et la Science Mciate, a' edit..
)vo).in-)2. Si'r.&O
0. RtCHARD. – L'idée d'évolution dans la nature et dans
l'histoire )OM''<'n?f f;OM)'MKM~ des .SctMCMHtOfa/M
/Kt<'<tc<!</<'MtX'
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L'ANNÉE =

SOCIOLOGIQUE
PUULtMKSOUSLADIKM t)t

ÉMtLE DURKHEtM
Pffetiieut' de socioj~~ie :t i'U!Ut'et'it<: de Bnrdenut.
Ch~r);" de cuurs & la Facotte des tettt't's de t'arit.

AYKC[.A cfU.t.AKOKA'HOX
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A. MEtLLËT,dirM~ur t. t~o'e des thut<;<-É~')e5i
RtCHARO.<:)ttr);ëde c)<tf<<t t CoheMMde Botd<:«tx
BOUCLÉ.j;mf«'<'t)rit !'L'HJtef!t<de T'jutea~e:
HUBERTut MAUSS,)n!t)tre<dt<cuMf'')'~MC''t <t t'I'~te dc~ HitUtp~-Ktude'
HUVEUMet E. t.ÈWÏ,F)-«h~ur' a lu ttcutt~de dtuit de i~mt!
).A)')E,<:)f<tftf<d<'<-et!rtt<'L')«t<!Mt<d'Ait;
AUBtN,httt;ccteur<)'a''ad~'tMtoaAunUM;
BOUftQttt, FAUCOMMET. HOURTtCa, 0. PAROOt. F. S)M)ANO.
~d~r~~M~

SIXIEME ANNEE ~90i-i902) 1

). M~MtOtS0)))6)M))tETMtUES NÉXtMLM
B. ttttrhhetm et N. MttMXt. – /«' ~Mf~Mm /HfMtf<r~t-<.
Ht~t'rf. f/ <M.t</tf«~«M. C'M<n ri ~'t'~M'/ff/M
<t'/«Me«fK<K.< CMtfC'f«'<'<.
C. Bomtîte. – ytft'xc ~nt'f'ft~' t/f.! //ft'«t-tt'~ t-t't'nt/t't .<
<«f/<f'n'/M<t'«t'f«7.
')).–AMAt.YSES
t)M't-a'tU][dn)"ju)))<'t)U)H~n~Ujuint''t)~a~tn-
<'f/f'/«'MM. Mt'«vf/f f'/ j'«<'«/f'Y<te.<'«'««'-
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PARIS
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i08. ttOL'LHVAK)) .SttXT-HXMAtX, tOS

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ToM%'irohftrcseri'~<.
L'ANNEE SOC! 0 LOGIQUE
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PREMIÈRE PAR'HE
MÉMOtRES
ORIGINAUX
ET REVUESGENERALES

1
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i)H(:LASStFH:AT)OX
<:<~T)UH)j')')O~A
LMTLDH
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itHP)tMSt-:X'fATtOXSCm.mCTt\'KS
ParMM.Kotn:Ut'HKHKtM
et )). MAUSS

Lesdécouvertesde la psychologiecontemporaineont mis


onévidencel'illusionsi fréquentequi nousfait prendre pour
simpleset élémentairesdes opérationsmontâtes,en réalité
<nrtfhmp<<"<:f~.~on" M\'nnsmn!ntcnnntde queUen)u!t)p!i-
cité d'élémentss'est formé le mécanismeen vertu duquel
nousconstruisons,projetonsau dehors, localisonsdans t'es-
lace nos représentationsdu mondesensible.Maisce travail
de dissociationne s'est encoreque bien rarementappliqué
aux opérationsproprementlogiques.Lesfacultésde définir,
de déduire,d'induire,sont généralementconsidéréescomme
immédiatementdonnéesdans la constitutionde l'entende-
mentindividuel.Sans doute, on sait depuis longtempsque,
au cours de l'histoire, les hommesont appris à se servirde
mieuxen mieuxde cesdiversesfonctions.Maisil n'y aurait
eu de changementsimportants que dans la manièrede les
employer; dans leurs traits essentiels, elles auraient été
constituéesdes qu'il y a eu une humanité. On ne songeait
mêmepas qu'ellesaient pu se former par un pénibleassem-
H.)))')t);))m'–~t)))'«!'tu)..)))m-)''M. t
blaged'élémentsempruntésaux soureesles plus diMérentes.
les ptus étrangèresà la logique,et laborieusement
organises.
Et cetteconceptionn'avait rien de surprenant tant
que le
devenirdesfacultéslogiquespassait pour ressortirà la seuie
psychologieindividuelle,tant quon n'avait pas encore eu
l'idée de voir dansles méthodesde la penséescientifiquede
véritables institutionssocialesdont la sociologieseule
peut
retraceret expliquerla genèse.
Los remarquesqui précèdents'appliquenttout particuiie-
remeut &ce que nous pourrions appelerta fonctionclassifi-
catrice. Les logicienset même tes psychologues
prennent
d'ordinaire commesimple, commeInné ou, tout au moins,
commeinstituépar les seulesforcesde l'individu,le
procédé
qui consisteà classer les êtres, les événements,les faitsdu
mondeen genres et en espèces,à les subsumerles uns sous
les autres, à déterminerleurs rapportsd'inclusionou d'ex.
clusion.Les logiciensconsidèrentla hiérarchiedes
concepts
commedonnéedans les choseset immédiatementexprimable
par la chaine infiniedes syllogismes.Les psychologuespen.
sent quele simplejeu de l'associationdes idées, des loisde
contiguïtéet de similarité entre les états mentaux, suffisent
à expliqueri'aggtutinationdes images,leur organisationen
concepts, et en concepts classés les uns par rapport aux
autres. Sansdoute, en ces dernierstemps,une théorie moins
simple du devenirpsychologiques'est fait jour. Ou a émis
l'hypothèseque les idéesse groupaientpas seulementd'après
leurs amnités mutuelles, mais aussi suivant les
rapports
qu'fttM ~tiennent nvrc t~ mmn'pmeo~ X~UHiuiuo,
quelleque soit la supériorité de cette explication,elle ne
laisse pas de présenterla classificationcommeun
produit de
l'activitéindividuelle.
Il y pourtant un fait qui, à lui seul, pourrait suffireà
indiquerquecette opérationa d'autres origines c'est que la
manièredont nous l'entendonset la pratiquonsest relative-
ment récente.Pour nous, en effet,classerles choses,c'est les
ranger en groupesdistincts les uns des autres, séparés pur
des lignesde démarcationnettementdéterminées.Dece
que
i'évo!utionnismemodernenie qu'il y ait entre eux un aMme
infranchissable,il ne s'ensuit pas qu'it tes confondejusqu'à
réclamerle droit de les déduire les uns des autres.Il y a, au

1.V.M&nstf!rher~,Np(<ty~j.p.fpf).)e/nt.
tt3: !).), M9eh'.
H. )'L'HK)U!tM – Ct.A~tt'tCATtOX.
KTM.MAt.'Si!. t'tttMt't'n'K!!:}:
fondde notre conceptionde la classe, l'idéed'une circons-
cription aux contours arrût~ et définis. Or, on pourrait
presque dire que cette conceptionde tu classificationne
remontepas au delàd'Aristote,Aristoteestle premierqui ait
proclamél'existenceet la réalitédes difïéreneesspécifiques.
démontre que te moyenétait causeet qu'il n'y avait pas d''
passage direct d'uu genre a l'autre. Piatonavait un bien
moindre sentiment de cette distinctionet de cette organisa-
tion hiérarchique,puisque,pour lui, tesgenresétaient.en u«
sens,itomogeneset pouvaientse réduiretes unsaux autres par
la dialectique.
Nonseulementnotre notionactuellede la classificationa
une histoire, mais cette histoireeiie-memesupposeune pré.
histoireconsidérable.On ne saurait, en e.llet,exagérerl'état
d'iodistinctiond'où l'esprit humain est parti. Mêmeaujour-
d'hui. toute une partie de notrelittératurepopulaire,de nos
mythes, de nos religions,est baséesur uneconfusionfonda-
mentalede toutes les images,de touteslesidées.IJn'eu est
pas pour ainsidire qui soient,avecquelquenetteté,séparées
des autres.Lesmétamorphoses, testransmissionsde qualités.
les substitutionsde personnes, d'âmes et de corps, ies
croyancesrelativesà la matérialisationdes esprits,à ia spi-
ritualisation d'objets matériels, sont des éléments de ht
pensée religieuseou du folklore. Or l'idée même de sem-
blablestransmutationsne pourrait pas naître si les choses
étaient représentéesdans des conceptsdélimitéset classé"
Le dogme cclm~1iell au la lraussuLslaLtiadiuu eat uue cùiàtir-
quencede
quence do cet état d'esprit et peut servir àc~en prouver
et peut h
uu~cuubt'-
généralité.
Cependant,cette mentalité ne subsiste pius aujourd'hui
dans les sociétéseuropéennesqu'à l'état de survivance,et,
mômesous cotteforme, on ne la retrouveplusque dans cer-
tainesfonctions,nettementlocalisées,de la penséecoitective
Mais il y a d'innombrablessociétésoù c'est dans !<;contr
étiologiqueque réside toute l'histoire naturelle, dans les
métamorphoses, toute ia spéculationsur lesespècesvégétales
et animales,dansles cyclesdivinatoires,lescercleset carré}:
magiques,toutela prévisionscientifique.EnChine,dans tout
l'Extrême-Orient,danstoute l'inde moderne,commedans la
Grèceet la Romeanciennes,les notionsrelativesaux actions-
sympathiques,aux correspondancessymboliques,aux in-
fluencesastraies~on seulementétaient ou sont très répan-
t.'AXSKK ~OOOUMfQL'K. )UU!.tM!!

dues, mais encoreépuisaient ou épuisentencorela science


collective.Or ce qu'elles supposent,c'est la croyanceon la
transtormatioMpossibledes chosesles plus hétérogènestes
unes dans les autres et, par suite. l'absenceplus un moins
complètede conceptsdéfinis.
Si nous descendonsjusqu'aux sociétésles moinsévoluées
que nous connaissions,celles que les Allemandsappellent
d'un terme uu peu vague les A'~«ffo<&<'< nous trouverons
une confusion mentale encore plus absolue'. Ici, l'individu
tui-méme perd sa personnalité. Kntre lui et sou âme exté-
rieure, entre lui et son totem, l'indistinctionest complète.Sa
personnalité et celle de son /W~'f.<tM~'«< ne (ont qu'un
L'identificationest telle que l'homme prend tes caractères
de la chose ou de t'animât dont it est ainsi rapproché.l'ar
exemple,à Mabuiag,les gens du clan du crocodilepassent
pouravoir le tempéramentduprocodile ils sonttiers, cruels.
toujours prêts à la bataille Chez certains Sioux.it v a une
sectionde ia tribu quiest dite rougeet quicomprendtesclans
du lion dos montagnes,du buMe,de l'élan, tous animaux
qui se caractérisentpar leurs instincts viotents;les membres
decesclans sont, de naissance,desgens de guerretandis que
les agriculteurs, gens naturellementpaisibles,appartiennent
à des clans dont lestotems sontdes animauxessentiellement
pacitiques
S'it en est ainsi des hommes, a plus forteraisonen est-il
de mêmedes choses.Non seulemententre le signeet l'objet.
'c nom d <!<pcr~nnc. t<'<ti<tx Pttes habitant! il y a unf
indifférenciationcomplète, mais, suivant une très juste
remarque que fait M. von den Steinen à propos des Ba-
kairis' et des Bororos,le « principede la ~K'~to ~/Mteof«
B
est prouvépourle primitif C'estde bônuefoique le Hororo
s'imagineêtre en personneun arara; dû moins,s'il ne doit
en prendre ta forme caractéristiquequ'une fois mort, dûs

Mf'<< <M
). Cf.BMtiitt). )/tt'<'M.M.?< <t''tM: /<<M~tM
.MM«'/)M-MM<t'ceM<MM</f,
iSXH, l, p. ))!.
el Gittcn.
S.Spencer J~~a/M.)"9' p.«)Tt't
\<f/;t-t'r"<tfit t-<'M~'«/
~n.
3. Hitddun, MM'<M«M/c' )''< )' 103.
4. tJOfiiKy,NfOMNH
.'<')t- X)T' Mf/ n//A'' «Mn'MM
.t)Mf). 7.7/<M~
)!M)6,)). ~08.
M':(a<i))etnent
CaM!he.
Anciens surt':Xi))t<)).
)"u)~i<tM
ti..Yt/Mf-t'~Mf)- r<'t)/a~B~<<'<K". M! p. 3!i.
H.tOOtMHfH'TM.MAUSS.–OLASHfMATtOMPHfMtTtVK)! tt

cette vie, ilest à cet animalce que la chenilleest au papillon.


C'estde bonnefût que les Trumajsont réputés être des bêtes
aquatiques. « t).manque à t'fndiennotre déterminationdes
senres tes uns par rapport aux autres, en tant que l'un ne se
mélangepas à l'autre Les animaux,leshommes,tes objets
inanimésont étépresquetoujoursconçusà l'origine comme
soutenantles unsavecles autres des rapportsde la plus par-
faiteidentité. Lesrelationsentre la vachenoire et la pluie,le
chevalblanc ou rouge et le soleilsont des traits caractéris-
tiques de ta tradition indo-européenne~;et l'ou pourrait
multiptiera l'infiniles exemples.
Au reste, cet état mentalne diffèrepas très sensiblementde
celui qui, maintenantencore,a chaquegénération, sert.de
point de départ au développementindividuel.La conscience
n'estalors qu'un flotcontinude représentationsqui se perdent
les unes dans ies autres, et quanddes distinctionscommen-
cent à apparaître, elles sont toutesfragmentaires.Ceciest a
droite et ceciest il gauche,ceciest du passéet ceci du pré-
sent, ceci ressembleà cela, cecia accompagnécela, voilà il
peu près tout ce que pourrait produire même l'esprit de
t'adutte, si l'éducationne venaitlui inculquer des manières ·
de penser qu'il n'aurait jamais pu instaurer par ses seules
forces,et qui sont le fruit de tout le développementbisto-
rique. Unvoittoutela distancequ'il y a entrecesdistinctions
et ces groupementsrudimentaires,et ce qui constituevrai-
ment une classification.
Bienloin donc que l'hommeclassespontanémentet par
tinc ourtcJe uecti~itc-Mtutctie,du J<jbu;t,JtiauuuJiUdUi; t<M
plus indispensablesde ta fonctionclassificatricefont défaut
a t'hnntanite~Usuffit d'ailleurs d'analyser l'idée même,de
classificationpour comprendreque 1 hommen'en pouvait
trouveren tui-métnelesélémentsessentiels.Uneclasse,c'est
un groupede choses orloschosesnese présententpasd'elles-
mêmes ainsi groupéesà l'observation.Nous pouvons bien
apercevoirplus ou moins vaguementleurs ressemblances.
Maisle seul fait de ces similitudesne suffit pas à expliquer
commentnous sommesamenésà assemblerles êtres qui se
ressenthtentainsi, à les réunir en une sorte de milieu idéal.
). /&<'<)).?).
C<d.nx). Pt- tf~M./ttt~i'M. Att~'tJtUt). Mt). – nitMfnnxn. t'm/McAf
?<««< tt'«f-M<M. tsao. p. <i!t). – JaUu!! von Kegetein. Mf t'o/Mm~c/tf
Mf«~fK~ <h'<-«'f;.M('Ht'ot-tf, in~t'hf/o-ty~t' f//o)u~tf. tMt.
)/AfX~HSt«;t<M.tM:)~')t.~M.HM

t'ntermudans des limites déterminéeset que nous oppotons


un genre, nue espèce, etc. Rien ne.nousautorise &supposer
~ue notre esprit, en naissant, porte tout (ait eu tui le proto-
type de ce cadre cicmontairede toute ctassincution, Sans
'toute, le mot peut nousaider à donnerplus d'unité et de coo-
tistance a l'assemblageainsi îorm* maissi le mot est un
moyende mieux réaliser ce groupement«ne fois qu'on en a
conçula possibilité, il ne saurait par tui-memenous eu sug-
~'rer t'idee.LD'unautr&cote. classer, ce n'est pas scutement
'o))!!tHuordesgroupes~c'est disposercesgroupessuivant des
relations h'es sp6ciaie~ Nous.nousles représentonscomme
coordonnesou subordonnésles uns aux autres, nous disons
'lue ceux-cifies espèces)sont inctusdans ceux-là(lesgenres),
<)ueles secondssubsument les premiers,tt en est.qui domi-
nent, d'autres qui sont dontines, d'autres qui sont indépen-
dants les uns des autres. Toute classificationimplique un
ordre hiérarchique dont ni te mondesensibleni notre cons-
cienceue nous ourent le modèle.Uydonc lieude se deman-
der oit noussommesallés techercher.Lesexpressionsmêmes
dont nousnous servonspour te caractériserautorisent a pr6.
sumer que toutes ces notions logiquessont d'origine extra-
logique.Nousdisons que les espacesd'un même genre sou-
tiennent des rapports de parenté; nous appelons certaines
cesses des familles; le mot de genre iui.memene designait-
il pas primitivementun groupe famiiia!.('«);)? Ces (aits ten-
dent à faire. conjecturer que le schémade la classification
«'est pas uu produit spontané de l'entendement abstrait,
mais resutted'uneeiaborationdanstuquettesontentres toutes
sortes
d'élémentst'trangers.
Bienentendu,ces remarquespretintinairesn'ontnullement
pour objet de résoudre te problème,ni même d'en préjuger
la solution, mais seulementde montrerqu'il y a là un pro-
bième qui doit être pose. Loin que t'en soit(ondeà admettre
commeune évidenceque les hommesclassenttout naturelle-
ment. par une sorte denécessitéinternede leur entendement
individuel,ou doit, au contraire, se demanderqu'est-cequi fi
pu les amenerà disposer leurs idéessouscette formeet où ils
ont pu trouver le plande cette remarquabledisposition.Cette
question, nous ne pouvonsmême pas songer à la traiter ici
dans touteson étendue. Mais,après l'avoirposée, nous vou-
drions réunir tin certain nombre de renseignementsqui sont,
croyons-nous,de nature à l'éclairer. Enenet, la seule manière
K. CUHKH)!tU – CLAMtFtCATiu~
KTM. MAt;S<. t'KtM)T)\'KS7

d'y repondreest de rechercherles classificationsles plus rudi-


mentairesqu'aient faites les hommes,afinde voiravec quels
clémentseiles ont été construites. Or nous allons rapporter
dans ce qui suit uu certain nombrede classificationsqui sont
certainementtrès primitiveset dont la significationgénérale
ne parait pas douteuse.
Cettequestionn'a pas .encoreété poséedans les termes que
nous venonsde dire. Maisparmites faitsdont nous aurons it
nousservirau coursde ce trayait, il en est qui ont été déjà
signalés et étudiés par certains auteurs. M. Bastian s'est
occupé,a maintesreprises, des notions cosmologiquesdans
leur ensembleet il en a assezsouventtenté des sortesde sys-
tématisation Mais)1 s'est surtout attachéaux cosmologies
des peuples Orientauxet à cellesdu moyenâge, énumérant
plutôt les faits qu'il ne cherchaità lesexpliquer. Pour c&qui
est desclassifications plus rudimentaires,M.Howittd'abordé
M. FraMr ensuite' en ont donne déjà plusieurs exemples.
Maisni l'un ni l'autren'en ont senti l'importanceau point de
vuede l'histoiredela logique.Kous verronsmêmequel'inter-
prétationque M.Frazer donne de ces faits est exactement
l'inversede celleque nous proposerons.

Les systèmesde classificationles plus humbles que nous


connaissionssontceux que l'on observedans les tribus aus-
traliennes.
Onsait quel estle typed'organisationle plus répandudans
cessortesdesociétés,(chaquetribu estdiviséeendeux grandes
sectionsfondamentalesquenous appelonsdes phratries Cha-
1.B<'fMWto </<w) .~«-~MNf/fM,avectt)MintcntSiiMt (Xi!7);Me<t/<'
tV~/w<tM3). utc.
S.KfOHHaro)andAMf-MHf )t.tt!8 ~f~f .Yo<M
(t8SO). onMe~M~~M')
C<aM ~<eMM<,ia .foxt'm~ </<e
o/' ~M//t<'o~«/<)jr/tc<t<
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(noui!dt~ign'"
fo<Mdoteaavaat cuttopuhtic~Uonpur )c<it)iti)t)''s
J. A.j'.).XVIII.p. M.
Howitt
dittoxtuettentent « Cecm'eittpMpMUcuUMf&ces tribus,mais
serencontre
dansdesendroitstrf<distantslesMf)!< desautreset Mtttent-
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Il enest beaucoup do
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desconfaeioni! itvc tciictassestmtnntonittk'!
m~rettab~'s dontil
8 O'Mt-t'.tM
)L'AXXÉK~OC)(fK)U)QUt:.
r
que phratrie, &son tour, comprend un certain nombre de e~ns.
c'est-u-dire de groupes d'individus porteurs d'un même totem.
En principe, les totems d'une phratrie ne se retrouvent pas
dans l'autre phratrie. Outre cette division en clans, chaque
phratrie est divisée en deux classes que nous appellerons ma-
trimoniales. Nous leur donnons ce nom parce que cette
organisation a, avant tout, pour objet de régler les mariages
une classe déterminée d'une phratrie ne peut contracter de
mariage qu'avec une classe déterminée de l'autre phratrie
L'organisation générale de ia tribu prend aussi la forme sui-
vante
<7fMM' M«f/n')t««tff</f Ctjt))<< )')'ttt')M.
.t – <)ttserpt'nt.
)')))ttTM))t
t
(7«M<' «Mf/n'MtMtM/f ()f ta chcoi))' f'tr.
C/<tM''M)M/<'tM<tHM/<'
.t. dM)(a))tt"Ut'"M.
PMtttT)))t:)t
Il (;t!t)t
– ()<'t't'j)"Uttt.
<7f).< x'n~'mtMW/fM' – <tt)t'ot'!)t'<tU.<'tr.)t'.

Les classes désignées par une même )ettr<' (A, A' et Il, M
sont ceues qui ont enh'c elles le connubimn.
Tous les membres de )a tribu se trouvent ainsi classés daos
~es cadres définis et qui s'emboîtent les uns dans les autres.
la f'<«M~aH ~M f~MM t'PpW/M~ ff/~ <X!M~fOM dëx
hommes,
DejaTtirCamerou avait remarque que, chez tml'a-ta-ttiis~. 2.
« toutes les choses de l'Univers sont divisées entre les divers
membres de la tribu « Les uns. dit it. s'attribuent les arbres.
quelques autres les plaines, d'antres le ciel. le vent, ia pluie et
ainsi de suite. Matheureusement.ce renseignement manque

<"itquestion Mn),u pta~ toix. t'uur <hit<')<-('i.)TM)r<. tuotos )t-sfuMtjtt'Mtt


«haen'ateMr)tjtpc))otachtSiieanc phrittrif. nous n.'tt)p)<t('M"0!t le pMMth't'
«tôt p<n'le )!<iK(jtt').
L'unité de la tct'tHtMt'togit' tt'ttthtt p)))s Kn'i)ula tOH<-
et lu
pr<!)t<!n!iiun fompaMisott ttefifints. « i-omit<)'<t)))<'UM. bien d'Mntt))"
<)M l'on 'Mnt'n'ttt uoe M.<pouf t(<ot''9<.u)n'tt)' (<'rt)tit)t')<')<h' si snMtt'n!
<'tnp<oyt?e.
1. Ce iicttfoff Mofcpti'so))))'))Uf i'")').!uni<'M)iu)) f)m' «"us eu)Mit))'')n)).s
<-om<f)« typiqutt. Htc <~tlu ptu~.xOx'raff.Mtt)!tfilinscet'tttin!!t'as ")) M la
trouve tju'attcn'e. Ici.les ch:.<!us ""t tt~'scians ft «'nt t'M)pttM'<'('
tot)itni')H('s
)<ar dt'; (;roup<-i<pm'eMtcxt!) )o<UMt)M.on ne tromc plus de phmtrif.!ni
le chiiiiM. Mt';n)f!. pour t'tn- tout H litil cc)))p)<').it faudrait ajnutt'rMHc
division en f:m)pc< tocaox <)Mitt' f.upMrpu~-i.tun't'tft ttn< <)iti<i'~<f)u
prudent.
R.A'o~tH w~f :f't-tAcjt .~A'fx-~MM/A n'fif~.J. /t. XtV. p. aSC.tt n'Mii)
RM dit d'aiUetxrsqu'i) ne s't~is't' <jncde.< Ta-tM-Ttm. Le)))tf)if<mp)": pti'm!-
dent Hteotiennt'tuut un )t'p')'')rit)U'.
UT M. HACSS. – t;f.AS~t-H:\T[OX!. )')tt!ttThK.< t'
K. OL-KKHKUt

deprécision.Onne nous dit pasà quelsgroupesd'individustes


divers groupes de choses sont ainsi rattachés Maisnous
avonsdes faits d'uootout autre évidence,des documents tout
à faitsignificatifs.
Lestrit'usde la rivière BetMugersont diviséeschacuneen
deuxphratries;or, d'aprèsM.fatmer. cettedivisions'applique
est divisée
également&.ta nature. « Toutela nature, dit-il,
ditesmaies
d'aprèstes noms des phratries'. Les chosessont
ou femeifes.Le soleil, la lune et lesétoiles sont deshommes
et des femmeset appartiennentà tette ou telle phratrietout
commeles Noirseux-mêmes < Cettetribu est assezvoisine
d'uneautretribu, celle dePort-Mackay.dans le Qaeenstand,
oit noustrouvonste .même systèmede .ciassiftcation. D'après
la réponse faite par M. Bridgmannaux questionnairesde
Curr,de Br. Smyth et de LorimerFison,cette tribu et même
les tribus votsinescomprennentdeux phratries, l'une appe-
tëe Yungarpo.l'autre Wutaroo.tt y Ilbien aussi des classes
matrimoniates;maisettesnc paraissentpas avoirattecMles
notionscosmotogiques.Aucontraire,la divisiondesphratries
est considérée.«commeune loi universellede la nature
« Toutesles choses, animéeset inanimées,dit Curr d'après
M. Bridgmanc,sont diviséespar ces tribus en deuxclasses
les choses
appeléesYungarooet Wootaroo" « !)s divisent Ils disent
entre eux, rapporte le même témoin (Br.Smyth).
sont
que iesattigatorssont Yungarooet que les Kangourous
\ootaroo. Le soleil est Yungaroo,la lune Wootaroo,et ainsi
desuitepour tes constellations.les arbres, les plantes,etc.Il
)-:tt-'ison « Tout dans la nature se répartit d'aprèseuxentre
les deux phratries. Le vent appartient ul'une,la pluie it
l'autre. Sion tes interrogesur telle étoiteen particulier,ils
dirontà quelledivisionf phratrie)elle appartient.
t.i.-n.).ot.)iU)'ff-it s'tw~ .<- ni'tn-)iti..<.
). Il s.-ntt)).) ).tn-t:j'cs
.-cM.
!Ut)t)')f{" c.-))e')~t il ~t ptus
'fu.Mtion Ma~
t'Mt).
t..t<in)i.)M'
.(«'une f);'jtftth<e. o"
t/autout-su suft 'ta 't'"t 'tc'-h~-it's. <)«'; tK'u.<t-etu~a.;m~ par~'nu
mnMu)t<:<<-)trnous <'n'v"t". K'ndre !U<
uhMtnfi. ')))))))<; nuU!' )'itv"
)-.<)<))) tc<mi. pourt'Mt. "t )"t!' at~otuttH-nt '-(air.. t~(.t-)uatii)tfm~
'(- f<"<'f'
)..mn~ fit suh-titati.jn .«tos ..). p~v'-Mir to tMteur. (nut'-< H)
.mm )tt!<<t'i't"ut''s sur ht ))'')K' <)'tjtutt'ut's.
.t" M~. X')'. )' !')))). Cf.
3. Patm'-r.)<f<
p. ~M.
4. Curr, .<'M~f/'«M nHtf, )t). )'. M.
Br. S~yU), r/ff .)&o<<M'" e/' )'<e<0).M()8XT v<.t. t. )'.
'). Mr"))) Hn~itt, ~MW/M'f" HM<<K'W«, Il. <<?.
'.AXX)!)-u<:)t)Lmi)<j~H.t!)U).)')Oî

Une telleciassitieationest d'une externe


simplicitépuis-
qu'elle est simplementbipartite. Toutesles chosessont ran-
gées dans deux catégories qui correspondentaux deux
phratries. Le systèmedevient'ptus complexequandce n'est
ptus seulementta divisionen phratries, maisaussi la dtvi.
sion en quatre classes matrimonialesqui sert de cadre à la
distributiondes êtres. C'est le cas chez les Waketbùradu
Queenstand-Nord-Centra). M. Muiritead,foton qui a habité
longtempsdanste payset observateurperspicace,a envoyéà
plusieursreprisesà MM.Curr et Howittdes renseignements
"ur t'orgauisationde ces peuples et sur teur
cosmologie,et
<-esinformations,qui paraissent bien s'étendre à plusieurs
tribus 1. ont été corroboréespar un autre témoin,M. Ci).
'i.
Lowe~.LesWakeibùrasont répartisen deuxphratriesMattera
et \utarù: chacuneest, de plus, divisée.en deux classes
matrimouiates.Les classesde la phratrie Matieraportentles
)tomsde Kurgiiaet de Baube: cellesde ia
phratrie Wntarù
sont appeléesWuagoet Ohù. Or ces deux phratries et ces
deux classes matrimoniales « divisent tout ,l'univers en*s
groupes « Lesdeux phratries, dit Howitt,sont MaUeraou
Wutheru fequh-aieutde Wùtarù);
coM~t«.~ tous les
objetssont i'un ou l'autre DemémoCurr La nourriture
mangéepar les Banbeyet tes.Kargitiaest appeléeMuiiera,et
cciiedes Wongooou Oboo( Obù.) est appetueWothera)'Wù-
tarù)'. Maisnous.trouvonsde ptus unerépartitionparciasses
matrimouiates.« Certainesclasses sont seules autorisées à
manger certainesespèces de nourriture. Ainsi les Banbey
sont restreintsà l'opossum,au kangourou,au chien,au miel
de la petiteabeille, etc. Aux Wongooestattribué
tcmou,te
handieoot,le canard noir, le serpent noir, le serpent brun.
Les Oboose nourrissent de serpents tapis, du miel des
abeilles piquantes,etc. Les Kargillaviventde
porcs-epics,de
dindons desplaines, etc. Deplus, à eux
appartiennentt'eau,
la pluie, le feu et le tonnerre. H y a d'innombrables sortes
t_U.-witt.
f~</M w,//<)~«,,
le.GI
n. a. 0(m~M,). x\'U).
Cun'ttM~-a/'nM
/iffc< t)) jt
r.~
le.
N(rIPR ~!(r'L .l. L. ~1'ttl. 1.,61 Il. a.
t..<«~ nt. p.S- Nousav.< .m);. M.Currquidit.ct-i-
«<(..e
d.n."nt par. t..) .t..).r.<si.,n.u.. n..u.-ntur.MMm
~t~p~ 0). W.t),m.)) ~ait fa<rai)).r.Ad. .Jtos Wonttù
dX Ob~
Wulh'llI,
tt. ttUMKMtitM)ft' M. MAUM.– <:t.AS!itF)(:ATtUMMMMtmt! tt

do nourriture. poissons,gibiersde poi) et deplume. daos ta


distributiondesquellesM.Mutrheadn'entre pas <'
)t parait y avoir, il est vrai, quelque incertitude dans les
renseisoementsrecueillis sur cette tribu. D'aprèsce que dit
M. Howitt, on pourrait croireque c'est par phratries et non
par classesmatrimonialesquese fait lu division.Huetïet,les
choses attribuéesaux Manbeyet aux Kar~iiiaseraienttoutes
Mattera~.Mais la divergencen'est qu'appareute et ''ite est
mêmeinstructive.Ku ett'et,la phratrie est le genre. ia classe
matrimonialeest l'espèce; or le nom du genre convieat à
l'espèce,ce qui no veut pas dire que l'espèceu apash: sien
propre. Memêmeque le chat rentre dans ia classe fluadru-
pède et peut être désignepar ce nom, leschosesde l'espèce
Kargilla ressortissentau genresupérieur MaUera(phratrie)
et peuvent,par suite, être diteseues mêmesMattera.C'est lit
preuveque nousu'avous plusaltaireà une simple dichotomie
des chosesen deux genresopposés,mais, dans chacunde ces
genres, il unevéritableinclusionde conceptshiérarchises.
L'importancede cette classificationest telle qu'elle s'éteud
iltous les faitsde lit vie onen retrouve lit marque dans tous
les rites princtpaux. Ainsi, un sorcier qui est de la phratrie
Mallerane peut se servir pour son art que des choses qui
sont égalementMattera Lorsde l'enterrement, t'echafaud
sur lequelle corps est expose (toujours dans l'hypothèseou

). Curr..)fM<)'«M<fK <(f<f,t)t. )'?. Ot)MUinijm't'u ~jUf<'ha')U'; )'ht.ttfh-


ottct~tiu.sfn~tc )<t
<'t)t)su)<tntt.'rfttttir' )''<nt)i')))tMf
')"i lui ~un) ! m)!iit)tri-
hufs.Or.n')))"Mumos n tf~t'tth'durCM )min). )'<!mito)tM< uin~iMHri)))h's
Munephmtnu"u&onu'-t<ih!i'; ont)j~n't)';)t":tttmt<')tm<'tf)-u tut~«ti))ue
et pursuitelu t'uttsotuttmtton'-n'-ttiut<ik'aux tf)-«up'!id'indh'idU!. aux-
')u<:)<ilsiutttuttt-ihu~. )'-fnitcontritir'-
Pcttt.t'-h-e, ei-t
')uinuui! mjtput' dt'<
AVaketbttra. un cas.'h:<-uthott«tta)i"n
t-oniititue-t-i) t-ituct)'- ')'- )'u')tt<.)t
tutcmi'jue pourh' f;MU))e totMt))i<)Mc cut'rHSj~'ndMxt ?XoM-ine ~urtuns h-
')im.P')Ut-<h'('MU!i!-iy u-t-itdanscuUK 'tb~enution ')))'')')')<; ')h))'
t;t't'<-ut'
pn'tation. Mt-t-uur
tuttjuurs aMs.-i
facilefnt)'-stx~tic~'s t'otnpt'-xes t'td'(tp)"<-
''i~tioM tm~i)ua)ui~e. Il est.Mt) '-)M.Ui<'n mn<Ht'')U)ttth!')ut!tt"-t"<L'tH:.
'fu))t)t)tnth-iMMaXfiM, tMt<t)))c<mx
<t'a)')'<i tju'ohn"Ms)h)))XH. fu)~t'opua-
~NH). te (tindot)dt'<buio-'xw. la
)'- kM)t!t'<))).)wtit< abuit)' t <'u« 'mimuu):
dontla consottunatuju <eh-ouvt! jus)'')))';)))))fr)))M<' aux dt'uxctiM'-t'h
domU<'
)))tttri)t)Ut)i)t)< tfhMtt')! c't~t.&-dit' Mux Kut-t:'U'''L thn))K'y
i<:f.ttowitt.«/mu« //«' .t<M<< <.<<M'' .jth'M<.J..). 1..Xtt.t'
Uowitt. Xoti''t!.s)u'
t'ahtn.'i'M/c<M<"M"' .)'M/<-H/w<t r''< J..). /XtH.
)..:n.i.
j. itewiU. «« .tMmf JfM/t-H~'HKr<-)'<'Mt<)M«'<M/ ~< X)U.
).. 43)!.n. 2.
3. HoWitt.('<)'<')M .t<M/<-«/f'«M<Mf'm~f-Sf;<t. 1.. X\'))). )'. :i;
~'M)-</ff)'.Yo~, J..). A X\'t)), le. tit n. X.
t2 t.<xx)!E!!M:tt)t.W!t~rf!.<9(tt-)'ne

il s agit d'un Maitera' « doit être fait du bois de quelque


arbre appartenant &ht phratrie MaHera ii eu est de même
des branchagesqui recouvrentle cadavre. S'it s'agit d'un
Banbe,on devra employerl'arbre a grande feuiiio car cet
arbre est Hanbe et ce seront des hommes de la môme
phratrie qui procéderontu l'accomplissementdu rite. Lu
mêmeorganisationd'idéessert de buseaux prévisions;c'est
eu la prenantcommeprémisseque l'on interprèteles songea,
que l'on détermineles causes,que ion définitles responsahi-
lités. On sait que, dans toutesces sortesde sociétés,ta mort
u'est jamais considéréecomme,un événementnaturel, dû a
l'actionde causes purementphysiques; elle est presquetou-
joursattribuée à l'influencemagiquede quelquesorcier,et lu
déterminationdu coupable fait partie intégrante des rites
funéraires.Or, chezles Wakeibnra,c'est la classificationdes
chosespar phratrieset par classesmatrimonialesqui fournit
le moyende découvrirla classeà laquelle appartient!e sujet
responsable,et peut-êtrece sujet iui-meme Sous l'échafau-
dage oit repose )e corps et tout autour, les guerriers apla-
nissent soigneusementia terre de telle façon que ia pluc
légèremarquey soitvisible.Lelendemain,on examineatten-
tivementle terrain sous le cadavre.Si un animal a passépar
là, on en découvreaisémentles traces; les noirs en infèrent
la classede la personnequi a causéla mort de leur parente
Par exemple,si l'on trouvedes traces de chien sauvage,on
sauraque le meurtrier est un Malleraet un Banboy car c'est
à cettephratrie et à cette classequ'appartientcet animai".
It y a .plus.Cet ordre logiqueest tellementrigide, le pou-
voir contraignantdeces catégoriessur l'espritde l'Australien
estsi puissantque, danscertainscas.on voittout un ensemble

t. ?;< – cf. )t.iu, /<f/). xv)t).p.<.).


i Hhwit), Un.'w.tt./tM~,f~,)
Mc/tf/i!.J. /t. XHf.)).)'.))x.1.
:).Cu<T..)tM~'a<«f«Ha<t',U).!7.<SinnnoirAV~tt):')aicittttjx! tut)t
n't't- !t
!.<')<), <jt)'i) tu~)))< il <-r~ifM
))tn-)--c).it-. .jn'itvet't'a
) (-)ctM)f.tt)tin
«tt
)t"i)'K'trgitta.
t. ttowttt. f~t .«wc /<)M/<-ff<«f<)
NfA'f/:<.J..). 1.. X)H.j). )!)) te. 1.
:i. Curr, JtM/f'<t<M«;th<-t'. Uf. ).. as.
M. Cut'r .-i<')f<tj)f!
tttf'nx- tu'intifotm't' M j)t'uj!'tj. ~uf ('fs itniuxtux i'uttt
hicn des tuh'ftt.s, et tju'its sont )c:! ttH'tttt's quo les Mttttt'rituroit
nresentet
« tu n<eartMest ttttfi).ue )t <tuc)f)uc )ncn)bn' <te )H tribu datM t'tichoHeati-
)))ont<HM<)m)<t<)t ) <U)innU. oMettMuuff(<mt-.)'i.t inctui. si c'cxt un Mt-pont
ta)'M.'anOttttt),ce x'Ta unOtmd. et )'«n n'tmrit tt)<'itfcchcn'))ci'f)ae)Ob)Mi
c'était «.
– t:US.<tfîCA'noX'! i'tttMtTH'KS t3
K. )));ttKtt~!t HT M. MAL'

d'actes, de signes,de chosesse disposersuivantces principes.


le
Lorsqu'une cérémonied'initiation doit avoir lieu, groupe
local qui prend l'initiative de convoquerles autres groupes
locauxappartenant au mômeclan totémique, les avertit en
leur envoyant un bâton de messagea qui doit appartenir à
)u mêmephratrie que l'envoyeuret le porteur'. Cetteconcor-
danceobligatoireparaitra peut-êtren'avoirriende bienextra.
ordinaire, étant donné que, dans presque toute l'Australie,
l'invitationà une session initiatoirese fait par un messager
porteur de « diabies (ou~MM-t'oaw, ft«'K<<MK, r~'t'K~ qui
sont évidemmentla propriétéde tout ie etau. et par conséquent
du groupe qui invitecommede ceux qui sontinvités<. Maisla
mêmerègle s'applique aux messagesdestinés à assignerun
rendez-vousde chasse et, ici. l'expéditeur,le destinataire, le
la couleur
messager, le bois du message,le gibier désigne,
dont Uest peint, tout s'accorderigoureusementconformément
nu principeposépar la classification Ainsi,dans un exemple
unObù.
ilue nous rapporte Howitt'.ie bâton était envoyépar
Par suite, le bois du bâton était en gydea, sorted'acacia qui
est de la phratrie Wùtarù donttout partie les Obù. Le gibier
animaux
représentésur le bâton était l'émouet le wallaby,
de la même phratrie. Lacouleurdu bâtonétait le bleu, proba-
Momentpour la mêmeraison.Ainsitout se suit ici, à la façon
d'un théorème l'envoyeur,le destinataire, l'objet et l'écri-
ture du message,le boisemployésonttous apparentés. Toutes
ces notions paraissent au primitifse commanderet s'impli-
quer avec une nécessitélogiqueL,
) ttuwin.M".SuMc .t'M/t'a/taff o/~f<«t~o«. J. Xt)t,
<.<'<-MtoMt<M
MS n. 2.Cr.~t. 1..XVIII, p)an.:hcXtV,fix.
V. desex''t))('t'dansllowilt,/&M., p. t3!
3 HowtX. JM~'a<Mf<M?e Sticks,J..1. XYU). )..
XVnt. XtV.lig. SS. '?.
4./AM..f. M'
S Muirh'tt't di).u.'<m-s<)fnt cctt<!
<tU': ')e ~rocmter
tttitnien: ustsui.
vie'~t-tMtribusvoisina. -A cesy~tf-odeWaMbùntily )"<
.ncnttiou<tcmttMherMssi)MM's.-itM ). M.K~th. &pr..pusdMP.t&.
de~Mitaku.)di.
des.\litukwrdi.dM\(.on!t)nuMtt.tnut~
des\aunumurru., voisines
des
toutesvu.itneitdes
t'itm t(te~Ketktdoon.
l'ittu, icsliulkuduon,
H'e~-C'M<M< Queens.
W~etbtrm MM<t;M
(t:</foo<o~c<!< «M<oM!f Me
~L.<. t. W)?. p.S-t.?. Cf.f'~<. Jt..S.< ~«~~< <897,.
d~ ,~H-i.un~)c~cs..ncd'inKn)ietif.nsa .mcma.res «.)..
<:)..quc de tribu..<t<t.vt~M re
.de ou. « toutela noun-itur.' la déposition t'.tttt-
i.M.bt-M «'<-<tc.. t'. <). t'nspnt.e~)p'ctcs de
t'itta Lostndividus 'if lit cta~ed.'AK'K))M)un)u n'!pem-f-ot tM)t<)({et-
<t.tdingojaun. du )).(itp.on jaun. b
t-i<!U.n< )c bandtcoot.
d)))do)td.~ bu)ii!!<'ns,
~) '.7. )' W""Kh"
H tHOt-M
t/~KX~sauMUMH~t'B.
Unautre système de classification.ptus complet et peut-
t~treplus caractéristiqueest celuioHles chosessont réparties
Monptus par phratries et par classesmatrimoaiates, mais
par phratrieset parctansou totems.«Lestotemsaustraliens.
dit Fison, ont chacun leur valeur propre. Quelques-uas
répartissent non seulement l'ttumanite,mais tout l'univers
en ce <{u'onpeut appeterdes divisionsgentittces t) y a
ceht une raison bien simple. C'est que si le totémisme
est, par un certain côté,le groupementdes hommesen clans
suivantles objets naturels (espècestotémiquesassociées),il
estaussi,inversement,ungroupementdesobjetsnaturelssui-
vant les groupementssociaux. « Le sauvagesud-australien.
dit plus loinle mêmeobservateur,considèrel'univers comme
lu grandetribu Mt'une desdivisionsde laquelleil appartient,
et toutes les choses, animéesou inanimées,qui sont de sou
groupesontdes parUesdu corps (&o;~co~o~f) dont il est
iui-m<!me partie. Elles sont absolumentparts de tat-meme,
comme MStewart le remarquehabilement'.
L'exemplele plus connude ces faits est celui sur lequel
M.Mson,Br. Smyttf, Curr,AndrewLang,Frazeront succes-
invomeatappelé l'attention Hse rapporte à la tribu du
Mont'Gambier.Les renseignementssont dus à AI. Stewart
qui a connu intimement<'ettetribu. Elleest diviséeen deux
phratries,appelées l'une Kumiteet l'autre Kroki; ces deux
nomssont d'ailleurs fort répandusdanstout le sud de l'Aus-
tratie on ils sont employésdans le mêmesens. Chacunede

)'ai);)Mfim<))t, )o tf'Hjf" n<'ir.Jf canard « abtiuftmxiutUttnt: otc.; aux


K<Mff<i)))t suHt int'*rdit<)o kon~ourou,te serpent tapis, lu carpe. io otnan)
it Ktc brune et & )!fru<vontr~.diverMi)esptccitd'oiMau<ptongouM. etc.;
aux ttanbani'cm~u,t'' M'fpentJNune,cortai))e captéedo faucon. uneMp~M
!t<!))«fro<)act. ?!uu<an)n< ici Mntout cas, un exemplodo cttMittHeation qui
~ten<t ttt tooins it un groupe 'Mtormm'?d'objets, &sat'oit'dux produits
do ttctMSM'.Kt)-<'tt''t'tm9ai<)fa(inn apour tno<Mecelledf))ttfibt) en quatM
''tMiies))Mtt'i)uonMt)).'s ou '<~rnupc!!pMd<"matfon;tni()uc!i eothme dit
Mtm auh'uf. M. Xfttt) ni' partttt pas avoir rceheMhë si cette divisio))
f'rtotxtititMUre~h' <)'" <-h<tii)". n~turette~.
). ~owA<f'«! ao'/A/«'offt.p. <C8.
~K/ p. )70.(~f.ttt-.S))tyth.~te)'<?<oe«!/1 «-/af-)a.t. p. M,quicmopMttd
''t signât'' t'in)))orta)t< <)'' M fatt sur teque), dit-ti. N i) y a beaucoup &
dire
:L)tt. S«t\)h..tAMt~<«Mo/ ) <e/or<a.t. 09. – fison et tiowitt. X<tMt<<tro'
t)Mt/A'«t't)«t.p. XiX:.\nd)'w )~nj;. ~<M. Cultes. /!<<j~teH.Tmd. fr..
ji. t~ –Fm~o'. !'o/<'Mt~tM. p. ?; Me 0«~«) «/' To~Mton in fo~M~/f~
<(Mw'.<)()?.p. SM. Curr, /t<M/t' /<ecf. (tt, p. 469. Notre o~pO!
!"t fait ')'!tpr<'i.<:Ut'r''t Fit<n)et !)'jwi)t.
KT M. MAt.< – (;t..M.~fU:ATMtX:. )')tHHH\R" t&
.m~M

ces phratries est elle-mêmediviséeeu cinq clans totfmiques


MfiliationutérineC'est entre ces ctans que les chosessont
réparties. Otaeun des ctans ne peut consommeraucun des
objets comestiblesqui se trouvent uinsi lui ~tre attribues.
« Unhommene tue ni ne mangeaucundes animauxquiappar-
tiennenttala mêmesubdivisionque lui-même ='. » Maitt,outre
ces espècesanimaleset mêmevégétâtes"interdites, a chaque
classese rattacheunemultitudeindéfiniede chosesd~toutes
sortes.
« Les phratriesKumiteet Kroke<Kroki~ sont chacunedh'i-
sées en cinq sous-classes(entendezclans totémiques;sous
lesquelles(sic) sont rangés certains objetsqu'ils appetient
<oomMM (qui sigaifiee/M~'jou M't'ttjjfo
'qui signifie«MM;.Toutes
les chosesde ia nature appartiennentà l'un ou n) autre d''
ces dix clans Curr nous indique, mais seulementà titre
d'exemptesquelques-unes des choses qui sont ainsi ces-
sées.
Le premierdes totemsKumite est celui du Muia~ou tuu-
con pêcheur; lui appartiennent,ou, commedisent r'ison et
Howitt, y sont iuclus ta fumée. ie chevrefeuiite, des
arbres, etc.
Le deuxièmeest celui du Ilaratigalou K'ticttn !)U(juei sont
rattachest'arbre &bois noir. les chiens,ie feu. la glace, etc.
Letroisièmeest celuidu Waou corbeau, sous lequel sont
subsumésla pluie, le tonnerre. t'éctair. la ~rete, les nuages.
etc.
Le quatrième totemest celui du Wita ou cacatoisnoir.
auquel sont rapportésla lune, les étoites,etc.
Eufin,au totemduKarato(serpentinottensif/upparticunent
le poisson,l'arbre à filaments,le saumon.le phoque,etc., etc..
Sur les totemsde la phratrie Kroki, nous avonsmoinsde
1.Cut-r.nt.p.46t.
Uson et ttuwtt), t.. t6'.).
3. Curr.tiï. )'. Mi!.
t. (;ufr.)t).p.4C).
S.Currditformettoment quecenesontt(u<'dM c)tent(')'
)i.Cetteexpression ne doit
pas fairt)c roir'' y ait unt hi'')Ttf'hi''
<)M'i)
<'ntfMtcitfhm!).L'ordre pas)uttX'mu
n'Miit c)t<'i!
Hmnt't <-))('/
Curr.K'"t'.
soivum Fiwn.
7.t.anomdechaînetott'tu'stpru)'Md)S <)u))t~)ix<)tnt't
«0tttfm'))p)iveut
<U)'e Me.Nuusl'omettons <huM )<tliste.
8. Cet ~c. indi~ao ()ae la liste dt' dtOifM i'ut~MHtccs n, .~)p!t'')it)ti):t-
tiv<
((t L'AK~t!<'tH!t<H.<'t)~Ct!H'M
lia
renseignements.Saus M'enconnaissonsque trois.Au totem
Werio (Arbreà thé) se relient tes canards, les wallabies,tes
poules, l'écrevisse,etc.; Mceluidu Mùrun (espècede racine
comestible'),le buzard.iedolvich (espècede petitKangourou), i,
tes cailles,etc.; ù celuidu Karaal(cacatoisblanc, sanscrête
le kangourou,le tauxchêne,t'été, le soleil, l'automne(goure
féminin),te vent (mémegenre).
Nous sommesdonc ici en présenced'un systèmeencore
plus conpiexequetes précédentset ptus étendu, t! ne s'agit
plus seulementd'uneclassificationeu deux genresfondamen-
taux (phratries),comprenantchacunedeux espèces(tes deux
classesmatrimoniales).Sans doute, le nombre des genres
fondamentauxest, iciencore,le même,mais celui desespèces
de chaquegenreest beaucoupplus considérable,car tes clans
peuventêtre très nombreux.Mais,en même temps,sur cette
organisationplus diCéreneiée,l'étatde confusioninitiatod'oit
est parti l'esprit humainest toujours sensible,Si ies groupes
distinctssesont multipliés,à l'intérieurde chaquegroupeélf-
mentairerègnela mêmeindistinction.Leschosesattribuéesà
une phratrie sontnettementséparéesde celles qui sontattri-
buées à l'autre; cellesattribuéesaux difîérentsclans d'une
mêmephratrie ne sont pas moins distinguées. Mais toutes
celles qui sont comprisesdans un seul et mêmeclan sont,
dans une large mesure,iuninerenciees.Ëtles sont de môme
nature; il n'y a pas entreellesde lignesde démarcationtran-
chées commeil eu existe entre les variétés ultimesde nos
classifications. Lesindividusdu clan, lesêtres de l'espècetoté.
mique,ceux des espècesqui y sont rattachées, tous ne sont
que desaspectsdiversd'une seule et même réalité.Lesdivi-
sionssocialesappliquéesà la masseprimitivedes représenta-
tions ont bien pu y découperun certain nombrede cadres
délimités,maisl'intérieurde cescadresest resté dans un état
relativementamorphequi témoignede la lenteur et de la dif-
ficultéaveclaquelles'estétabliela fonctionclassificatrice.
Dansquelquescas, il n'est peut-êtrepas impossibled'aper-
1.X'ttpr'M.f:un-.)''totM'u 'tudin<tt)n
~rait''<-)))! ()M.f-t.ttttpt-PMdttut
lese)KHM
j)<u')t)i ''cftaine!)
')uiy Mntt'!tUa';M<;s rit'-)M'<cooxxtihhM. Ce-.
Vttnatiunsn'ontriendu.Mtrj'renttxt.KUMs ~rum'ont AMUh.ftK'Ht estsou.
<ju'it
vontdinh-ito ded'it'-rminw quoite ptmni <-))nii<i!!
uxtM-tutxeftt est. t t)< <)))i
sontainsi t ')<K'it:es
MU& le dan.cuMo <tui ~ d
ort <:
t oh't))
i t toutte Kf"")"
?. M.)''i~'ndit'tuece totun) est)'-f-aMtob ooif.n'<t .-at).< nn''
jUnutp
tMren!'eignMN)''Mt:i
erreur.f:u' 'fuicopiesilllJllelll!!1I1 df M.Sk-WMt-t dit
blanc,f ')')'''st vmi~em)))a)))''t)t';nt
)'h)!<''xact.
H. UUnKMKtMt:T M. MAL'Sfi. – Ct..MStF)(;ATtOXtt'K)M)Tn'ES ni

cevoircertains des principesd'après lesquelsse sont consti-


tuésces groupements.Ainsi,dans cette tribu du Mont.Gam-
bier, ait cacatoisblancest rattachale soleil,t'été, le vent au
cacatoisnoir la lune, tes étoiles, tes astres de la nuit. H
semble que ia couleur ait comme fourni la ligne selon
laquellese sont disposées,d'une manière antititétique.ces
diversesreprésentations.Demême, le corbeaucomprendtout
naturellement,en vertude sa couleur, la pluie, et par suite
l'hiver, tes nuages, et, par eux, t'éctair et le tonnerre.
M. Stewart ayant demandéil un indigèneà quelle division
appartenait le taureau, reçut, après un momentde réflexion,
la réponsesuivante « tt mangede t'herbe,donc il est Boort*
werio.c'est-à-direduclan det'arbre à thé, qui comprendpro-
bablementtous tes herbageset les herbivores» Mais ce
sontta. très probablement,des explicationsaprès coup aux-
quellesle noir recourt pour se justifier li lui-mêmesa classi-
ficationet la ramener à des règles générâtes d'après les-
quellesit se guide. Bien souvent,d'ailleurs, de semblables
questions le prennent à l'improvisteet it se borne, pour
toute réponse, à invoquerla tradition. « Lesraisonsqui ont
faitétablir le cadre ont été oubliées,maisle cadre subsisteet
ou t'applique tant bieu que mal mêmeaux notionsnouvelles
commecettedu bœufqui a été tout récemmentintroduit'H.
A plus forte raisonne faut-ilpas nous étonnerque beaucoup
decesassociationsnousdéroutent.Elles ne sont pas t'œuvre
d'une logiqueidentique&ia notre. Des lois y présidentque
nousae soupçonnonspas.
Uncas analoguenousest fourni par les Wotjobattuk,tribu
desNouvelleGallesdu Sud,l'une des plusévoluéesde toutes
tes tribus australiennes.Nousdevons les renseignementsà
M.Howittlui-mêmedonton connaltlacompétence*. La tribu
est divisée en deux phratries, Krokitchet Gamutch1,qui,
dit-il, semblent eu fait se partager tous tes objets naturels.
Suivant 1 expressiondes indigènes,« tes choses appartien-

i. A<Mt</mcn«<t<<
j).)tiU.
A<«'MUf.
AttMt<«t'Ot, ft): p. )<i9.
3. f«W/«'f- MO<M0« //tf.<M~t-H/t«MCf<Mf.OM.J..t. XVH). )t. t!0 ft
MtV.
Ottvoit)a p~Mntu decet:nuuM
av': ceu!:deKrokia<.de Kumite
euiptoy~)) ttttriba
j))tr du prouvet~uUtenUcitt'decc
Mont-GtnxbiefitCfti
du Mttouvo
)!)'sMtncctassXtottiun'juis'; ainsi~ ut'dtM
pointsaussi''toign'~
J'undot'<mtr<
K.)hnKHEt)).–))ttM's'j';iu)..H')))-)UM.
itt ~AS'iKKSttKKth~t~MMmtS
cent aux phratrieso. Meplus. chaquephratne comprendun
certain nombrede ctans. A titre d'exemples,M.Howittcite
dans la phratrie Krokitctt tes ctans du vent chaud, du caca-
toisblancsanscrête,des choses(tu soleil,et, dans la phratrie
Gamutch.ceuxde la vipère sourde,du cacatoisnoir, du peti.
can'. Maisce ne sont là que des exemptes « J'ai donne.
dit-it, trois totemsde chaquephratrie commeexemples,mais
il y en a plus; huit pour les Krokitehet. pour tes Gamutch.
au moinsquatre' Or. te: classéesdaus chaque phra-
triesuntrépartiesentrett .sctansqu'ette comprend.
De la mémofaçonque la dtvision primaire (ou phratrie) est
de
partagéeen un certain nombre de divisions totémiques,
mêmetousles objetsattribués a la phratrie sontdivisésentre
ces totems.Ainsi chaque totem possède un certain nombre
d'objetsnaturelsqui ne sont pas tous des animaux, car iLya
parmi eux une étoile, le feu, le vent, etc. Les choses ainsi
cessées souschaquetotem, sont appeléespar M.Howittdes
sous-totemsou des pseudo-totems.Le cacatois blanc, par
exemple,en comptequinze et le vent chaud cinq Enfin ta
classificationest poussée à un tel degré de complexitéque.
parfois, à ces totems secondaires des totems tertiaires se
trouvent subordonnés. Ainsi la classe Krokiteh (phratrie;,
comprendcommedivisionle pélican(totem); le péticancom-
prend d'autressous-divisions(sous-totems,espècesde choses
classéessousle totem) parmi lesquellesse trouve le feu et le
feu tui-mëmecomprend, commeune sous-divisiondu troi-
sièmedegré,les signaux (faitsprobablement ùt'aidedu feu)".

). MOW'tt./tM/t~«tM ~W~ Mn/MMM. )Ht('yv/ //)''tt<'j?fM/.t <ft!


&))~M))KtM /M<tW<aH. (). <M3. Sttt.
Howitt.W(<:<f. t't<«-' .Ye<M. '-t< X\'))).p. ttt.
9.Uowitt.tt. 't.
4..4Mt<m~Mp~<<o~inN<'p<')-/ H~M)~«<< <M.3p.818.
5. t~termet;uemp)oientte!.in<<ividai qui contpoMnt cettesous-division
ttuaoan'hnpoursedésigneriixoitieexactement NousnousaverUMttni.
lesaulres
lesU11.4
)csun< tasMtros Vole$. J\'e/M.J..).
(~'M)'<Ac<' A. XVIII,
J. 1.X\'t)(.l.là. 1), – si
p. 66t). Si t'onveut
l'onveut
(n'oiruneid~;e<Mtcdo )a comptexit)' tte ccHectassintation, Hfaut
fneot'fy ajouterun autret'-Mment. les choMsnesontpas seulement
entrelesctftnsdu*
fep)n-tit's vivants. lestnod<.euxaussi,forment
mais dM
dansouionUeuri! totems leurschosesattribueM.
fropres.ptreot)!i<?f]uent
C'estceqa'onappelle lestotemsmortMire: Aini'iquandun Krottitch dn
totentNt~tt(tesoteit) tHMUft.H perd ~n nom. ilce~su ( i'~tfe
N(j;ttutpottf
devenir
do\'onir
Mitbaf;ftu't{r.Écorce
MiUltIgrt1I'gr. il
de
ticorct.' t'arbre
l'arbreM atteo
ullee(Mowitt.f«<'<Aer
Pui,ther
(110%vitt. MO~,
noteir,pour
J. A.L
XVMf. p. M).D'autrepart. entre)e<totems desvivants et ceux dos
morts.il t )" d'' d'~tt'ft'fancp. ))<ntrent dans le mKmesystt'ttte d«
<:)M!tif!<'ati"n.
K. t~MKMtnM Xt M. MA<!M. – ChMMMCATMMi~
ftMMtTH'M i9

Cettecurieuse organisation d'idées, parallèleà cellede ta


société.est, &sa complicationprès, parfaitementanalogue&
cetteque nous avons trouvéechez les tribus du Mont-nam-
bler: elle est analogue également&la divisionsuivant les
classes matrimoniales que nous avons observée dans le
Queeustand.et &la divisiondichotomiquesuivant les phra-
tries que nousavonsrencontréesun peu partout'. Mais,aprëa
avoirdécrit les différentesvariétésde ce systèmed'une ma
niereobjective,telles qu'ellesfonctionnentdansces sociétés,
il serait intéressant de savoirde quelle façonl'Australiense
les représente quelle notion il se fait lui-mêmedes rap-
ports que soutiennent les uns avecles autresles groupesde
choses ainsi classées. Nous pourrions ainsi mieux noua
rendre compte de ce que sont les notions logiquesdu pri-
mitif et de la manière dont elles se sont formées.Or, nous
avons,à proposdes Wotjoballuk,des documentsqui permet-
tent de précisercertains pointsde cette question.
Commeon pouvaits'y attendre,cette représentationse pré-
sentesousdes aspects diOerents.
Tout d'abord,ces relations logiques sont conçuessous la
formede relations de parenté plus ou moinsprochainepar
rapport à l'Individu. Quand la classificationse fait simple-
ment par phratries, sans autre subdivision,chacun se sent
parent et égalementparent des êtres attribuésà la phratrie
dont il est membre; ils sont tous, au mêmetitre, sa chair,
ses amis, tandis qu'il a de tout autres sentimentspour les
êtres de l'autre phratrie. Mais lorsqu'à cette divisionfonda-
mentales'est superposéela division en classesou en clans
totémiques,ces rapports de parentése dllïérenclent.Ainsiuu
Kumitedu Mont-Gambiersent que toutesles chosesKumites
sontsiennes mais celles-làlui tiennentde plusprèsqui sont
de son totem. La parenté, dans ce dernier cas, est plus
proche.« Lenom de phratrie est général,dit Howlttà propos
des Wotjoballuk le nom totémique est, en un sens, indi-
viduel, car il est certainementplus près de l'individuque le
nomde la moitié de la communauté(entendezphratrie) à
laquelle il appartient? Les choses sont ainsi conçues
t. Nouii docotul'action
laissons quepeutat'oireuo<!t division
desindi-
viduseen
vidu!) n f;r«upM sexuelsnettonMnt
Rl'ljUIIC~
sexueis diuëMnciëi!
cl!oluenl surladivision
su)-
diO'l!ronciés ta division
doschostt.4
de::chascs
.'nf~nre~. Mcependant. )&surtoutoù chaqueMMa sontotempfOpK. il
it
fit difncitoqno cetteinttuenfon'aitpas étéeon"i<MraMe.Xotti'nuttii
b or-
)MM)< &siHnaict- M.Pt-azer
)<ttjuesticnapr('<- (\ ~MHt'c~)t- )V,p.8fit).
?-/<./tf'<M«7/M. ~M< i8!3,p. 810.
2U ).<XKt!Ct<'f.U':f'~H.<BO)-t!'M

comme disposéesen une série de cercles concentriquesà


l'individu los plus éloignés, ceux qui correspondent aux
genres les plus généraux, sont ceux qui comprennent tes
chosesqui le touchent le moins; elles lui deviennentmoins
indiuerentes&mesure qu'elles se rapprochent de lui. Aussi,
quand eites sont comestibles, est-ceseulementles plus pro-
ches qui lui sont interdites'.1.
Dans d'autres cas, c'est sous la forme de rapports entre
possédants et possédésque sont pensées ces relations. La
diueronceentre les totems et tes sous-totems est, d'après
Howitt, la suivante « Les uns et les autres sont appelés
M<H(plurielde Mt)< qui signifietotem). Maistandis qu'un de
mes informateurs, un Krokitck, <'mp<MM~' son nom,,Ngaui,
au soleil (totemproprement dit), it possèdeBungill'une des
étoiles fixes (qui est un sous-totem)..<~Levrai totemle pos-
sède, mais it possèdelui-mêmele sous-totem » Demêmeun
membre du clan Wartwut (vent chaud). réclamait comme
« lui appartenant plus spécialement un des cinq sous-
totems, Moiwuk(le serpent-tapis)".A parier exactement,<?
n'est pas l'individuqui possèdepar lui-même te sous-totem
c'est au totem principat qu'appartiennent ceux qui tui sont
subordonnes.L'individu n'est là qu'un intermédiaire. C'est
parce qu'ii a en lui le totem (lequel se retrouve également
cheztous les membresdu clan) qu'il a une sorte de droit de
propriétésur.leschosesattribuéesà ce totem. D'ailleurs,sous
les expressionsque nous venons de rapporter, ou.sontaussi
quelque chose de la conceptionque nous nous oQorcions
d'analyser en premier lieu. Car une chose « qui appartient
spécialementà un individu est aussi plus voisinede lui et
le toucheplusparticulièrement
H est vrai que, dans certains cas, l'Australien parait se
représenter lu hiérarchie des choses dans un ordre exacte-
mentinverse.Cesont les plus éloignéesqui sont considérées
par lui commeles plus importantes. L'un des indigènesdont
). ~)u<haut Xi.noteà [<ru))u;<deta tribuduMoat-GtHubier.
f'<«'<Af<'
))"\vitt, «o/M.)')< p. ti),Hi.
Hf/)<'< < //t" «~M~ < </)<-.~N)<tMM;ffMt<M/ )8M. p. 8)9.
t. U textes <t)ti (ftuCL'detttM <'M)t:ft')tMtt <)U~tM )ttppU)'t!!du !it)U)!'toU:t)t
au tot'~m.
10b'III, non
11011
CI!II"dl/loloill
ct-nx <)u totom &à lu phratMf. Mttis,
ta pbrall'il!, <!videtnment, cos
aluis, é,'idolnmonl, ces dornijl/'s
(ternipM
ont dû t~tte con' us (le lu même n<anicru. Si nous c'avoox pas do tMt~ttqui
nouii Mn~ignent sjM'ciatement f.m- Cf )«)tt<t, c'est tfue tit phratrie ne jou<i
)))M~qu'un rAta cfTac< dans c' tri))0- ';t tient une muiodre p)a<'<i')<ttMte~t
pn~ccupations.
Ë. t))'HK)H:)MKTM. MAL' ':t~S-!tFt(:.n'K)XS)')ttMt'rtYH< ât

nous avous déjà part)',qui avaitpour totem le soleil (Ngaui)


et pour sous-totemuneétoile(Bungit)disait « qu'ilétaitNgaui,
non pas Bungit M'. Un autre dont nous avons égalementfait
mention, dont le totemétait Wartwut(veutchaud)et le sous.
totem Moiwuk(serpenttapis;, était, de t'avis mêmed'un de
t;<'scompagnons, Wartwut, « maisaussi pf«'<«'«eM~t< Moi-
wuk it n'ya qu'une partde lui qui soit serpent-tapis.C'est
ce que signifieégalementune autre expressionque nous rap.
porte M. Howitt.Un Wotjobattuka souventdeuxnoms. l'un
est son totem et l'autre son sous-totem.Le premier est véri-
tablement son nom,l'autre «vient un peu derrière M";il est
secondaireen rang. C'estqu'en onetleschosesles plus essen-
tielles a l'individu ne sont pas les plus voisinesde lui, ceites
qui (jeûnentle ptusétroitementusa personnalitéindividuelle.
L'essence de l'homme,c'est l'humanité. L'essencede t'Aus-
traiien est dansson totemplutdtque dans son sous-totem,et
même, mieux encore,dans l'ensemblede choses qui caracté-
risent sa phratrie. Il n'y a doncrien dans ces textes qui con-
tredise les précédents.Laclassificationy est toujoursconçue
de ta mêmemanière,sauf que les rapportsqui la constituent
y sont considèresd'un autre point de vue.

Il

Apres avoir établi ce type de ctHSsHtcation, il nous faut


chercher à en déterminer,autant qu'il est possible,la géné-
ralité.
Les faits ne nous autorisentpas à dire qu'il se rencontre
dans toute l'Australieni qu'il ait la rn~meextension que t'or-
gantsation tribaleen phratries,classesmatrimoniales et clans
totémiques. Sans doute, noussommespersuades que, si l'on
cherchait bien, on le retrouverait,complet ou altéré, dans
nombre de sociétésaustraliennesoù il est resté jusqu'à pré-
sent inaperçu; mais nous ne pouvons préjuger le résultat
d'observationsqui n'ont pas etu faites. Néanmoins,les docu-
ments dont nous disposonsdes maintenant nous permettent
d'assurer qu'it est on aet' certainementtrès répandu.
t. )t)UAhitUt,
).
(.st ûtt
f«~/«'<- ~o/<w. <')' p. Ct. ))!Ut'. )'' il y !t i'-i Mui\\ituk
syoonynt'' dcM'tiwuh.
3. XowiH, ttM.
82 L'A!<Xt!tt HMt.tUM
<iOt:h)t.<Mt~){.
Toutd'abord, dans biendes casou t'eu na pusdirectement
observenotre forme de classification,on a cependanttrouvé
et l'on nous signaledes totemssecondairesqui, commenous
l'avonsvu, la supposent.C'estce qui est vrai notammentdes
!!esdu détroit de Torrès voisinesde la Nouvelle-Guinée Bri-
tannique. A Kiwai, les clans ont presque tous pour totem,
<M<M)M<M'a) des espècesvégétâtes;l'un d'eux, t'arbreapatme
(M<p'<).a pour totem secondairele crabe, qui habite l'arbre du
mêmenom AMabuiag(ttesituéeà l'ouestdu détroit deTor
rès noustrouvonsuneorganisationdes clansen deux
phra-
tries: celle du petit ««yM(augùdsignifietotem)et cette du
grand <t)«jM.L'une est ta phratrie de la terre, l'autre est ln
phratrie de l'eau; l'une campesous te veut, l'autre vers le
vent; l'une est à l'est, l'autreà l'ouest.Cellede l'eau a pour
totemsle dugonget uuanimalaquatiqueque Haddonappelle
te~oe~-fKMf ~ah'; les totemsde l'autre,à l'exceptiondu cro-
codilequi est un amphibie,sont tousdes animauxterrestres
le crocodile,le serpent,le casoar'.Cesont là évidemmentdes
traces importantesde classification.Maisde plus,M. liaddon
mentionneexpressémentdes « totemssecondairesou subsi-
diaires proprement dits le requin à tête de marteau, le
requin,la tortue, le rayonà aiguillon(<t(<~ray)sont rattachés,
à ce titre, à la phratrie de l'eau; le chien, à la phratrie de la
terre. Deuxautres sous-totemssont,en outre,attribuésà cette
dernière; ce sont des ornementsfaitsde coquillagesen forme
de croissants'. Sil'on songeque, dans ces ties, le totémisme
est partout en pleine décadence,il paraitrad'autant ptuslégi-
timede voir dans ces faits les restesd'un systèmeplus com-
plet de classification.– It est très possiblequ'une organisa-
tionanaloguese rencontreailleursdans le détroitde Terreset
à l'intérieur de la Nouvelle-Guinée. Le.principefondamental,
la divisionpar phratries et clans groupéstrois partrois, a été
constatéformellementà Saibai(liedu détroit)et à Daudaiv.
<.)t)tddon. ~<«/~MM/< LondfM, MO).;).<?.
2.OnMtt(teput~ liaddon(MM<< MMM<em. p. 13.et Me t-/A«o~<M
<<-H~.<-M !-< o/-y«t-)t-w a/-
?<-««<.~t. < X)X.p.38)quel'uunercn.
<tMtffde tot<;t))«!<)tM
(taudanstexliesderOuestetnoM <)an)!
cellesde
Clial. ·
:t. )t)tddon.
//e<M/
~Mf~ffft.
p. )?. M<u~h-~xutx!!
< «oui.')<jt«mtM
auxx
phfatfiM nesont pas doxn'~ purM.Maddun.
t. M'uMon. ~M.. p. )3S.Cf.W.Il. Mvcf).J MM<~c~fe< <f<-<~<o/
c~ee/t/t~.Mh-J. J. iXOO, p. H«t suh.
H. Outtdon. op. t.'t/ p. )'?).
tt. ttUHKHMtt KT M. MAUSit. – tit.AMtffCATtOX~ t'tUMtTtV)!< M

Nousserionstentésde retrouver des traces de cette même


dassUicationaux lies Murray, Mer,Waier et Dauar'. Sans
entrer dansle détail de cette organisationsociale, telle que
nousl'a décriteM.Hunt, nous tenonsà attirer l'attention sur
)c faitsuivant.Uexistechezces peuplesun certain nombrede
totems.Orchacun d'euxconfèreaux individusqui le portent
des pouvoirsvariéssur diuérentes espècesde choses. Ainsi,
les gensqui ont pour totem le.tambouront tes pouvoirssui-
vants c'està eux qu'il appartient de faire la cérémoniequi
consistea imiter les chienset à frapperles tambours; ce sont
eux qui fournissentles sorciers chargés de faire multiplier
les tortues, d'assurer la récolte des bananes, de devinerles
meurtrierspar les mouvementsdu lézard; ce sont eux enfin
qui imposentle taboudu serpent. On peut donc dice avec
assezde vraisemblanceque du clan du tambour relèvent,à
certainségards, outre ie tambour iui-méme, le serpent, les
bananes,les chiens,.les tortues, leslézards.Toutesces choses
ressortissent,au moins partiellement,à un même groupe
socialet, par suite, les deux expressionsétant au fond syno.
nymes,à une mêmeclassed'êtres*.

LamythologieastronomiquedesAustraliensportela marque
de ce mêmesystèmemental. Cettemythologie,en efïet, est,
pourainsidire, mouléesur l'organisationtotémique. Presque
partout les noirs disent que tel astre est tel ancêtre déter-
mine*.Hest plus que probablequ'ondevait mentionnerpour
cet astre, commepour l'individu aveclequel il se confond,à
quellephratrie,à quelle classe, à quel clan il appartient.Par
cela même,il se trouvaitclassé dans un groupe donne; une
parenté, une place déterminéelui étaient assignéesdans la
société.Cequi est certain, c'est que ces conceptionsmytholo-
gitluess'observentdans les sociétésaustraliennes où nous
). ttuut.M/OM~m~/tica~ MoteoOM f/teJtM~-a~ Mftfxt'.J. t.. ))uuv.
t'hn!,t. p.Sotsuh'.
Nous teniuns d appeler t'aHenttunsurMfait,)wec<}a'it nousfournit
CoMMion d'unuremarque t'artoutoùl'onvoitun clanouune
t;Mt)<!f&)e.
K)M)MrM! reHsMUM ciceMor destM~'oirima){ico-t'eU({tenx
surdMeiiptceit
dfchoMs (MtMrentes.ilestlégitimodoMdentMder e'i)n'ya paslà t'indico
d'anoancionne ct)iS!!itic<ttinn
<tth'i))tmn)<'e
it )(MU()c !i0t:it[
cesditMrentes
d't'h'f!).
ci-peco!)
3.U;sdoeutxents surcosujet!ionttMtt'itxeut
ttombt'cuxquenousnetes
ritons toa! Cettemytho~gte c<.t.mt-moteHetnent que,tou-
d6vetopp<5c
vint.lesËttropeCM ontcru'tuo)t'sastres<;t<m!ttt
tes&nM!i desmorts(V.
CMn-, ).p.235.p. M3 tt. p. tï!) nt. p. î:i).
t-'AtSëE iiMMEOCïQFK. <'mt.tt)OÏ

avous trouvé, avectous ses traits caractéristiques,la ctassi.


ficatioudes choseseu phratrieset en clans; dans lestribus du
Moat-Gambier. chezles Wotjobatiuk,dans les tribus du Nord
de Victoria.« Lesoleil, dit Howitt, est une femmeKrokitch
du clan du soleil, qui va chercher tous les jours sou
petit
garçonqu'elleaperdu Guujit(t'etoiie Fomathaut)(ut,avant
de monterau ciel,un puissant cacatois blancde lu
phratrie
Krokitch.H avaitdeux femmes,qui, naturellement,en vertu
de la regte exogamique,appartenaient à la
phratrie opposée,
Camutch.Etiesétaientdes cygnes~probabtemeatdeux sous-
totemsdu pélican).Or ellessont. eites aussi, des étoiles'. –
Les Woivorung,voisinsdes \otjoba!)uk croient que
Bungit
(nomde ia phratrie)est mouteau ciel dans un tourbillonavec
ses fils qui sont tous des êtres totémiques(hommeset ani-
mauxà la fois);il est Fomathaut,commechezles
Wotjobaituk.
et chacunde sesfils est une étoile'; deux sont i~ et
io de
la Croixdu Sud. Assezloinde là, les Myeooioondu Suddu
Queensland classentJes nuages de ia Croix du Sud sousle
totem de l'émou; ia ceinture d'Orion est pour eux du chtn
Marbariogal.chaqueétoile filante du clan Jinbabora.Quand
unede ces étoilestombe,elle vient frapper un arbre Gideaet
elle devient un arbre du n~me nom. Ce qui
indique que cet
arbre était lui aussi eu rapport avecce m~meclan. La tune
<'stun ancienguerrierdont on ne dit ni le nom ni lu classe.
Le ciel est peupléd'ancêtresdes temps imaginaires.
Les mêmes classificationsastronomiquessont eu
usage
chez les Aruntas, dont nous aurons il reparler tout a l'heure
d'un autre pointde vue.Pour eux, le soleil est une femmede
la classematrimonialePanunga,et c'est la
phratrie Panunga-
Huitharaqui est préposéeà la cérémoniereligieusequi le cou-
cerne fi a laissésur la terre des descendantsqui continuent

1.Ou~M/<-a<Mo
.V«/;<M<-
.)/<-«.). x\').p.M.j,.
Hf'witt. On tAf ui<.f/)-<)<;OH
o/ ~«' A«tWft ~)t-m/'«'.<, J..). .t);,
note 1. Cf. ~«'«'< .Yo~ft, ) te.. ~). XVUt. j,. M, “.
3. f«'io' Ne/<'< et). J. J. XYtH. ),. 6)i.
4./AM..j).S9.Cf.là.6: n. S. )).ofi-)).)t)dt-)tt :t)).\.i)~).i~t., .tuht
nMin.
~<W..)).6K.
0.V.f'M)m'!r.at)i'')utitr.~t. L.XIII.il.iii):2''t.
T.Lei(indit'idus
<jui fontlu f~t'cntotoMfiuh'cnt.pourla plupart.<tn)d"
cettephriUrif.V. Spox'rrt-t ):!))<;)).
A'M~n-7'«'t<'<
&<n!<.t«;t/)-afta,
p. S6t.
H.)t')t);))t.:tMETM.MU;.<–CLASOt'tCATtOX'-t'tttMtTh'E't
M
à se réincarner' et qui formentun clan specia).Maisce der-
nier détail de la, tradition mythique doit être de formation
tardée, Car< dans la cérémoniesacrée du soleil, la role
prépoadôrantestjoue.pardesindividusqui appartiennentau
groupe totemiquedu « bandicoot « et à celui du. « grand
lézard M.C'est donc que le soleil devait être autrefoisune
Panuuga,du ctundu ba~dicoot,habitant sur le terrain du
grand lézard.Noussavons,d'ailleurs, qu'il enest ainsido ses
9mu)'s.Or elles se confondentavec lui. H est « )eur petit
enfant", « leur soteiia ensomme,ellesn'en soutqu'undédou-
blement. –Latuneest, dans deuxmythesdifférents,rattachée
au clan dei'opossum.Danst'un d'eux, elle est un hommede
<;eclan' dansl'autre, elleest eite-memo, maiseHea etccnie-
\'6oà un hontmeduciuu et c'est ce dernier qui lui a assigne
sa route.Onne uousditpas, i! estvrai, de quellephratrieelle
était. Maisle clan impliquela phratrie, ou du moins!'impii.
'[uaitdaHsioprincipechezles Aruntas.–Det'etoiiednmatin
Mus savonsqu'elleétait do la classeKumara; ellevaseréfu-
gier tous lessoirsdansune pierre qui est sur leterritoiredes
Ilgrands MzardSM aveclesquelselle semble etreetroitemeHt
Hpparentee'.Le feu est. de même, intimement t'attacheau
totem de l'euro. C'estun itummede ''e cian qui t'a dccouvert
dans l'animaldu mêmenom

Enfin,dans bien des cas ou ces classificationsnesont plus


immediatenteutapparentes,on ue laisse pas de les retrouver.
mais sous une (ot'tueditïet'eutede celle que nousvenonsde
décrire. Des changementssont survenus daus ta structure
sociale,qui ont aitere l'économiede ces systèmes,maisuo))
}usqu'ata rendre comptôtemeutn)cconaaissab)e. D'aitieurs,
ceschangcmeutssontenpartie dos a ces cinssi<!cations elles-
metneset pourraient8uMre:'<tes dece!er.
Ce qui caractériseces demieres. c'est que lesidéesy sont
v
~rsaniscessur un MtHdeieqotestfounnpar la société.Mais*
uue fois que cette ot'~aoisatioude ta meutatitecottective
c.tiste,elle est susceptibicde reagirsur sa causeet de contri-
). Uft!<!ti)'jU)'. t' Anuttft~.
))'))n' t'~ff)trcitM'tHtatiutt
nnisson''t!
<')t'tt[u~
.f.')'t's))t'i(.
'f'UttMttc.'tr.'
nnOti'jUt'
t.U'')f<;t'ioff<i;.
/A«/ j).~it.
:).74K/)..U6u.
t. MM.. ;). !?). in {!<)<
S. /M. ).. ;tt.
~6 L'tXX)tBMcmLûU)t)M.~Mt-t)Mg

buer à la modifier.Nousavons vu comment les espècesde


choses,cesséesdans un clan, y serventdetotemssecondaires
on sous-totems;c'est-à-direque, à l'intérieur du ctau, tel ou
tel groupeparticulier d'individusen vient, sous l'influencede
causesque nous ignorons,à se sentir plus spécialementen
rapports avec telles ou tellesdes chosesqui sont attribuées,
d'une manièregénérale,au clan tout entier. Quemaintenant
celui-ci,devenutrop volumineux,tendeà se segmenter,et ce
sera suivant les lignes marquéespar la classificationque se
fera cotte segmentation.Il faut se garder de croire, en enet,
que ces sécessionssoient nécessairementle produit de mou-
vementsrévolutionnaireset tumultueux.Le plus souvent,il
semble bien qu'Us ont eu lleu suivant un processusparfai-
tement logique.Déjà, dans uu grand nombre de cas, c'est
ainsi que les phratries se sont constituées et partagéesen
claus.Dansplusieurs sociétésaustraliennes,elless'opposent
l'uneà l'autrecommeles deuxtermesd'une antithèse,comme
te blanc et le noir', et, dans les tribus du détroitde Terres,
commela terre et l'eau de plus, les clans qui se sont formés
à l'intérieurde chacune d'eiies soutiennentles uns avecles
autres des rapportsde parenté logique.Ainsi, il est rare en
Australieque le clan du corbeau soit d'une autre phratrie
que celui du tonnerre, des nuages et de l'eau". De même.
dansun clau, quand une segmentationdevientnécessaire,ce
sont les individus groupés autour d'une des chosesclassées
dans le clan qui se détachentdu reste, pour formerunclan
indépendant,et le sous-totemdevient un totem.Le mouve-
ment une foiscommencépeut, d'ailleurs, se poursuivreet
toujoursd'aprèsle mêmeprocédé.Le sous-clanqui s'estainsi
émancipéemporte, en efïet, avec lui, dans son domaine
idéal, outre la chose qui lui sert de totem, quelquesautres
qui sont considéréescommesolidairesde la première.Ces
choses, dans le clan nouveau,remplissentle rôle de sous-
totems,et peuvent, s'it y a lieu, devenir autant de centres
autour desquels se produiront plus tard des segmentations
nouvelles.
).V.t))a<thMt.p. t7.
V.plus)Mtut.p.
3.0))s'<!n
<;u)tV!nn<'t~
<;ndudiwt)Miiiitcs<to<;hms m)phmtt'iM.
rtiptrti!!
fjOC M.Uowitt d'tOno dansses~0<MOM</? jMtM~MH MfMM Sjj~MM,
J. Xt),
p.<t$.' hn!<s esfw<At)'
.Vo/~MK <Ae ~htt~aH.etc..J. /t.
XVUt. p.M !i.). et .titM~Mf«-~OM ~m~C~mSM<<m<, MM..
Xtt.p.i)K,.
X. MMKHKtM
ET M. M. –' t:t.A!MH'tC.HJ'Xt
t'MNfm'KS 3?
Les Wotjobattuknous permettentprecisémeutde saisir ce
pttéuomene.sur le vit, pour ainsi dire, dans ses (apports
avec la ctassiucation P'apt'es M.Mowitt.ua certain nombre
de sous-totemssont des totems en voiede formation Us
conquièrent une sorte d'indépendance'. Ainsi, pour cer-
tains individus, le pétican blanc est un totem, et le soleil un
sous-totem,alors que d'autres tes classenteu ordre inverse.
C'est que, vraisemblablement,ces deux dénominations de-
vaientservir de sous totemsa deuxsectionsd'un clan ancien,
dont le vieux nom serait « tombé et qui comprenait,
parmiles choses qui lui étaient attribuées, et Je pélican et le
soleil.Avecle temps, les deux sectionsse sont détachéesde
leur souchecommune l'une a pris le pélican commetotem
principal, laissant le soleil au second rang, alors que l'autre
faisait le coutraire. Dans d'autres cas, où t'OMne peut pas
observeraussi directement ta manièredont se fait cette seg-
mentation,elle est renduesensible par tes rapports logiques
(lui unissententre eux les sous-clansissus d'un mêmeclan.
Ou voit clairement qu'ils correspondentaux espèces d'un
tnéme genre. C'est co que nous montrerons expressément
plusloin, à propos de certaines sociétésaméricaines
Or it est aisé de voir quels changementscette segmentation
doit introduire dans les classifications.Tant que tes sous-
ctans, issusd'un mêmeclan originaire,conserventle souvenir
(le leur commune origine ils sentent qu'ils sont parents,
associés,qu'ils ne sont que les parties d'un mêmetout; par
suite, leurs totems et les chosesctasséessous ces totems res-
tent subordonnés,eu quelque mesure,au totem commundu

). C'Mt
l. C'ost
)t)t''tnf
wi~me ti<
tcc
co puint
paintdf
rlevuouxcluail'
vueext:htsit'<)MC
tlovrïlltt);tu')iu
yuotto\itt uelurüvtloaes Wotjo-
lVoljo·
etc'estceUot!<))!'n')Mt)ttion
ttattntf, 'iofttisttnt
<tUi, qu'une)n<\)M e~fcpdu
<;)MM!!a
t<M)Mt le cttfMH't'c(fut)totemettantôt<'e)ut d'unsous-toteM. a
n'ndudtnfcitN t)H'on<!Htuti')n't'ttMtableauexact'fost:t)tn!!et destotottti..
i. fM)-<Af<Vo/<'<f.
<;<<p. ? et t.artoatCt.
N..tM<)'M<<a«Ct'oM/) He<«<<o<M, in ~!ppft'</h'S'i/A. t'M/ 1883, p. 818.
t. t'M)-</«-)'.o/e<, (). Kt. 6t, 39.
!i.V.)))tt<
tuitt,p. K. Cuttc<e){))M)tttttiu)) et les tt)otfi<ic<ttio)ti!
')t)i
onf(''<t))tM)t l a dM
dtn)'. ))Mnt)t;)))<i totcatsot 'tesiioue-tutcu)~jtennMttfttt
))tiut.)'tM<t't"f)ttit)uer
unut)arti':u)CLfite
int<!r':Mtntud'M!!<yat('mc!! sociaux.
<tnmit que,''H.~Uiittittx! sonttf~ ({unoMtentent
lestot-'M);)
Mutatxttteut,
ftu-iMtinmux,bo~ucuap plus~t'outintdosohjct!! Onpeutc)'oh''i
i)t)t))it)«'
<)UM toMétaientc)nj)<T)nte!i
prin)itive))ft))tt au txon'tcattim~). Maiitiout
<'Miitutoospt'!)nttihse trouvaient (teKohjet!tinanimé<)ai,p<n'
c))Hi«;:i
do
suite M.'j~xjttttttioMtt,
(ini<i~tttpa)')!tf<:
pt~Mtusau tttOK<tet~tt))nN)n'ijt''i.
)MtUt.
28 L'AXXt!f!~0<:)0).m!K'LE.)fM)-t"t)2

clan totai. Mais,avec le temps, ce sentiments'eiîace.L'imK-


pendancede chaquesection augmente et thit par devenirune
autonomieeompiete.Les liens qui unissaienttous ces clans
et sous-clansen une mêmepin'atrie se détendentencoreplus
aisémentet toutela sociétéfinit par se résoudreen une pous-
sière de petitsgroupesautonomes,égauxles unsaux autres,
sans aucune subordination.Naturellement.la ciassi(!cation
se modifieeu conséquence.Les espècesde chosesattribuées
u chacunede ces subdivisionsconstituentautant de genres
sépares, situéssur ie mêmepian. Toutehiérarchiea disparu
Onpeut bienconcevoirqu'il en reste encorequelquestracet
at'iatérieur de chacunde ces petits clans. Lesêtres, rattachés
au sous-totem,devenu maintenanttotem, continuentà etrf
subsuméssous ce dernier. Maistout d'abord ils ne peuvent
plus être bien nombreux,étant donne le caractèrefraction
naire de ces petits groupes.De plus, pour peuque le mouve-
ment se poursuive,chaquesous.totemfinira par être ciev6 il
la dignité de totem, chaque espèce,chaque variété subor-
donnée sera devenue un genre principal. Alors,l'ancienne
ciassiticationaura fait place il une simple division sans
aucune organisationinterne, à une répartitiondeschosespar
tètes, et non pluspar souches.Mais.en mêmetemps,comtne
ellese fait entre un nombreconsidérablede groupes,elle se
trouveracomprendre,à peu près, l'univers tout entier.
C'estdans cet état que se trouvela sociétédes Aruntas.JI
n'existe pas chez eux de classificationachevée,de système
constitué. Mais,selon les expressionsmêmesemployéespar
MM.Spenceret Citien, « en fait, dans le paysoccupépar les
indigènes,il t)'y Il pas un objet, animé ou inanimé qui t)f
donnesonnom à quelque groupe totémiqued'individus'
Nous trouvonsmentionnéesdans leur ouvragecinquante-
quatre espècesde choses servant de totems a autant de
groupestotémiques et encore, commeces observateursne
sesont paspréoccupésd'établireux-mêmesune listecomplète
de ces totems,celle que nousavons pu dresser, eu réunis-
sant les indicationséparses dans Jeur livre, n'est certaine-
ment pas exhaustive Or,la tribu des Aruntas est certaine-

). ~<7/yt-<-
y~.t c/'cm~ ~tM~-H/w. L'~t<)-<<,~Mtt. m.
3. N~usffoyons n'n'treserviceentt!)iro<)MMMnth'iceHe)Mt')t:t)ettuc
noust'at'oniir<K;on!itituea.
Mioncnt<'t<')N.
nuusw xuhunsau''unurtttu
'fansnotret'nuntemttot) tf
)ovent, i'Mau
.iotti). uunuaffe()'.t )2j.)Mntt.
ta t'hfni))'')rf<c/)< )<-kitttpuuma,h- )'~)'<).t'eatou.)MXcur)ttt){<'it
K. t)t:n):UKtM m' M. mc~. Mf.À~t'tM~'nuxs ~tttt'rtVf:~ ?

ment une de celles où le processus de segmentation s'est


poursuivi presque jusqu'à sa plus extrême limite car, par
fuite des changements survenus dans Ja structure de cette
société, tous les obstacles, susceptibles do le contenir, ont
disparu. Sous t'inituence de causes qui ont été exposées ici
même', tes groupes totémiques des Aruntas ont été amenés
très tôt &sortir du cadre naturel qui tes tenait primitivement
enserrés et qui leur servait, en quelque sorte, d'ossature;
c'est à savoir le cadre de la phratrie. Au lieu de rester stric-
tement localisé dans une moitié déterminée de la tribu,
chacun d'eux s'est librement répandu dans toute l'étendue de
la société. Devenus ainsi étrangers à l'organisation sociale
rugutiere, tombés presque au rang d'associations privées, ils
ont pu se multiplier, s'émietter presque à l'infini.
Cet émiettement dure même encore. Il y a, en enet, des
espèces de choses dont te rang dans la hiérarchie totémique
est encore incertain, do l'aveu même de Spencer et Giiten
on ne sait si ettes sont des totems principaux ou des sous.
totems C'est donc que ces groupes sont encore dans un état
mouvant, comme les clans des Wotjoballuk, D'un autre coté,
entre des totems actuellement assignés à des clans indépen-
dants, il existe parfois des liens qui témoignent qu'ils ont
dû primitivement être classés dans un même clan. C'est le

(p. HO),t'aigte faucon, tectonka (fruit comestit)))').une esp'-code manne.


le chat sauvage, t'imattura (espècedo botbe). la chenittodu papillon ton):i-
cntno. te bandicout, la manne ttpiria. la fourmi & miel. la f;<'uitie, ht
haie ehanhuna, to prunier, le poisson trpungu, l'opossum, le cttien sau-
vaso. t'euro (p. 177et suivantes), le lictlt faucon (p. 29!). le seront tapis
la gmndc chaave'sourh blanche <p.!)()().
(p. !!M).t<tpetit'' c))«t<i)tc. !?)). ta
iiomen''e du f(M"n (p. :Ht). te poifitionittterpitoa (p. Nt6t. )c Mrpaot
t:o)na (p. 3H). le M~m natif, unu autre citpëec do fruit de Mandinia
tp.M). te rat jorboa <p.3N), t'tuUo du Mit' (p. MU),io ){M:tM!ard,le
petit te<!ar<i(p. 3M). le 'petit rat <p. it«9. 3')~, ta MmMncaat<:hantwa
ip.390). une autre csptct! de petit rat (p. 3!)6),le petit faucon (p. 397),to
-.t'rpontokmninft <p. lu dindon MUMS". la pie, ta chauve.souris
t)tunc))e,la potito ctutuvc-Mori!!(p. 40t, tOt. M6).tt y a encore tes clans
't'une certaine Hitpeco de semenceet du );ran't ~<*araMo(p. 4tt), dcspigeonii
tntutiht 'p. 4tC),de la Mte d'eau (p. ttt). du faucon (p. tte). do ta caille,
de ta fourmi ttoute-doKUu (p. MT).ftu deux sortes de tezards (p. M9).du
wattatty (?)a ta ft"< onguléo(p. tH), d'une autre espèce de llour hakea
(p. ttt), d)' la mouette(p. EM),do t'uiMau ctoetMt.p.63U).
t..tKMt~M'<'«)/O~Mf, t. Y, p. tCS.sq.
9. AinsiSpenceret Gittenno savent pas au juste si le pigeon des roctter.}
est un totoxt ou un totem Mcondaire(Cf.p. ttO ot 4M).Uo mémo la valeur
totemiquc des dh'erset e<pece~do lézards n'e~t pas déterminée ainsi te!.
<<?<!tnyttnqae!!qui créeronttes premieMttOtumet(luieurent pour totemte
t<?!ardso traniforn)'n*nten une autre espèce do lézard (p. 3~.
M L'AXXKK t.(tt:h'(.o(.)Qt E. tUOt.Mii
1. a -1 1
eusdela fleur hakeaet du chat sauvage.Ainsi,les marques
gravéessur tes churingasdes hommesdu chatsauvagerepré-
sentent et ne représententque des arbres à fleurs Hakea'. 1.
D'après tes mythes, dans les tempsfabuleux, c'était de ta
fleur hakeaque se nourrissaientles chats sauvages or, los
groupes totémiquesoriginaires sont généralementréputés
s'être nourris de leurs totems*. C'est donc que ces deux
sortes de choses n'ont pas toujours été étrangères l'une &
l'autre, mais ne le sont devenuesque quand le clan unique
qui tes comprenaits'est segmenté.Le clandu prunier semble
être aussi un dérivéde ce mêmeclan complexe gour bakea
–chat sauvage Du totemdu lézardse sontdétachéesditK'-
rentes espècesanimaleset d'autres totems, notammentcelui
du petit rat*. On peut doue être assuré que l'organisation
primitivea été soumiseMun vastetravail de dissociationet
de fractionnementqui n'est mêmepas encoreterminé.
Si douconne trouveplus cheztesAruntasun systèmecom-
plet de classification,ce n'est pasqu'il n'y en ait jamaiseu
c'est qu'il s'est décomposéà mesureque tesclansse fragmen-
taient. L'état où il se trouvene fait que refléterl'état actuel
de l'organisationtotémiquedans cette même tribu; preuve
nouvelledu rapportétroit qui unit entreeux ces deux ordres
de faits. D'ailleurs,il n'a pas disparusans laisser destraces
visiblesdesonexistenceantérieure.DéjAnousen avonssignalé
des survivancesdans la mythologiedes Aruntas.biais on en
trouve de plus démonstrativesencoredans la manièredont
tes êtressont répartis entrelesctaos. Trèssouvent,au totem,
sont rattachéesd'autres espècesde choses, tout commedans
tes classificationscomplètesque nousavonsexaminées.C'est
un dernier vestigede subsumptiou.Ainsiau clan des gré-
nouillesest spécialementassociét'arbreà gomme à l'eauest
rattachée ta poule d'eau Nous avons déjà vu qu'il y a

f.p.w.
p.m. tM.
p.X83.~T.tM.t~t.
t. p. )<M.
i!i0.Mt.
:i. p. 4H.
)i. t<M < ))Ut'it)M<M.
t'e~ (')t)h))')UMindividuels où fiunt censés ftMjfk'r los
«MM dM at)<tft! p«rt''ttt. f)<tf)9le rlan des ~fonoxittM. des mpH~etttatiooit
'te KommieM )f- n't~Xtonies où sont fcpruMttte:) tes «)ythe< du c)<u).
t'omprenncn) h tit<um))on d'un tt~'M f( <it-M:t MKioM (p. tM. <t7. MX.
~fi. n70. f!f. ).. :!2: Xtt rt ti~. K, 7t).
).. H8.

K. Ct'fMfftKttt f!T M. MAt' Ct<ASHMMT<fM fBMtTtV~f 3i

d'étroits rapports entre le totem de l'eau ot le feu d'autre


part,au feusontreliés lesbranchesde l'eucalyptus,lesfouilles
rougesde t'érémophite !e son de ta trompette, ta chaleur et
t'amour~.Auxtotemsdu rat Jerhoase rattache la barbe au
totemdes mouches,lesmaladiesdes yeux Lecas le plus fré-
quent est celuioù l'être ainst mis en relationavecle totemest
un oiseau'. Des fourmis à miel dépendent un petit oiseau
noir, Alatirpa, qui fréquente commee!ies les buissons de
muiga et un autre petit oiseau Alpirtakaqui rechercheles
mêmes habitants~. Une espèce d'oiseaux appelé Thippa-
Thippaesti'aHièe du téxard*. La plante appelée Irriahuru a
pour annexe le perroquet à cou rouge Les gens du clan de
la cheniUewitchettyne mangent pas de certains oiseauxqui
sont dits leurs commensaux(~««/<aW que Spencer et Uiiten
traduisantpar ~<ma~). Le totemdu Kangouroua sous sa
dépendancedeux espècesd'oiseaux et il en est de mêmede
l'euro Cequi achèvede montrer que ces connexionssont
bien des restes d'une ancienne classification,c'est que les
êtres qui sont ainsi associésà d'autres étaient autrefois du
mêmetotemque ces derniers. LesoiseauxKartwuogawuugtt
étaientjadis, d'après la tégende, deshommes Kangourouset
ils mangeaientdu kangourou.Lesdeuxespècesrattachéesau
totemde la fourmià mielétaient autrefoisdes fourmisà miel.
LesUnchurunqa,petits oiseauxd'un beau rouge,étaient pri-
mitivementdu clan de l'euro. Les quatre espècesde lézards
se ramènentà deux couples de deux, dans chacun desquels

t. ii38.9M.
A p. 545.
3p. 3M.
4. p. St6.
8.Spencer et Gillenneparlent<tMe<t'uiseauf. )''fait"tt
Mtt's,enr<'atit'\
beaucoup ptusgénérât.
6.p. 4M.M7.
t. n.t4S.ti}8.6t0. Ont-etnM't))t<'rit qu'Uy u entretcuMnomi.
l'analogie
legrandanc<tre
..tcelui(t'tttttirp". decetotem.
8, p.SOS. Danscertainetccremonte~ dudan. autourdu « tczarde on
fait danserdeux:ndh-idus oiseauxdecetteespec'
ttaircpn:SM)tentdeux
Ht.d'âpre les mythM.cettedanse)?taitdMJ4 en u<agedu t")npsde
t'Atehcrinfpt.
9. p. !!M. Cf. :)S. 3t<
M.p.447,MS.
Il. p. 4M.
)~.M.<
? f/AXXËKSOt;MMetQt;E.t''Ot.t''«ï

l'un est, à h) fois, l'associéet la transformationde l'autre


Mutin,une dernièrepreuveflue nous avonsbien anairc chez
les AruntasIlune formealtéréedes anciennesctassiftcatione,
c'est que l'on peut retrouverla série des j~tatsintermédiaires
par lesquelscette organisationse rattache, presque sanssolu-
tion de continuité,au type classiquedu Mont.Cambier.Chez
les voisinsseptentrionauxdes Aruntas, cheztes Chingatee',
qui habitent le territoire nord de l'Australie méridionale
(golfede Carpentarie),nous trouvons,commechextes Aruntas
eux-mêmes,uneextrêmedispersiondes chosesentre desclans
très nombreux, c'est-à-dire très fragmentes; on y relève
SUtotemsdifférents.Commechez tes Aruntaségalement.les
groupestotémiquesont cesséd'êtreclassessous les phratries;
chacund'euxchevauchesur lesdeuxphratriesqui se partageut
la tribu.Maisla diftusioon'y est pas aussi complète Aulieu
d'être répandus,au hasardet sans regte, dans toute l'étendue
de la société,ils sontrépartis d'après des principes fixeset
localisésdans des groupesdetermtnés, quoiquedinerentade
la phratrie. Chaquephratrie est divisée, en effet, en 8 .classes
matrimo.ntates*; or chaque classe d'une phratrie ne peut se
marier qu'avec une classe déterminée de l'autre, qui com-
prend ou peutcomprendretes mêmestotemsquela première.
Réunies,ces deux classescorrespondantescontiennent donc
un groupedéfinide totemset de choses,qui ne se retrouvent
pas ailleurs.Par exemple,aux deux classes Chongora-Cha-
balye appartiennentles pigeonsde toute sorte, les fourmis.
les guêpes,les moustiques,les centipedes, l'abeille indigène,
t. ?<.< H!t.HM.
2. V. H.)f, Mttth' y/«' tt'Mm~M n/' </ff.tM/t'a/MM
M<Y/'«x:'</ttt«
.tto)-tst))< in~Mf<'icaM .tM~«'<~o<o'<<. K. S.,iMO. )).tMtetsuiv.
3.Sut puUtt ''OKOt'u. il y a une~fu'entc futoxrquabtt!cnt)M CMUe tribu
''t cettettpsArantaii "it.h'ictusscsHtatroooniahis tonttig&tcntent aunombre
'te huit du muins l ecas chM lesAruntas du nord, e t cttozte~'autMii.
la.ttftncsubtth'Mion.det! f)Mtrfchss''i! pt'inutit'esMtoo toiodufpr<a)t-
tion.L)t'tu<e<f<! cesMtiunnetMont e<ttôtm'~tne dans<< deuxsceieMi!
c'esttiitraMfornmtiott deta fitiation ot'?<-in''
en filiation tnuscutine. t)<t
et':tnontrM icint''<Mec«tnfMent cetterevutttttonaurait,uneffet,pourfesn)-
tat')''rendretouttHNrtittfe impossible, quatreclassesittitMoit
si )M no<e
xobdivistient J))K<'e.foe{e< V.p.«Mi.n. <).–C)tM )e~Chiagaiee. co
eh!tn)!ontent t'est d'ailleurs produitd'unetnanieretrèsi!pucia)c. Laphrt-
triuet, parsuite,h cta~ematrimoniate, continuent à :) tr<n)i<mettr<)
e)t
k tfttemsentest Mrttedu pbro.On x'exptiqae
)ign':)n!tt''rn)-t)e; <nn!.i
eotnment chatteetatsod'unephratrie a. danxt'autro.unech~Mcorre!)-
pondant'i qui comprend )~ mentextote<us. C'mtt)Met'enfant apparti(;nt a
uneda~' 'tela plitutrie )naterm:)t< tuaisil a lesn~HtC!; totv))''j)tciion
p':rc.tMtjuc)itpjMu'tientiuttu'<-)aM';<ic t'autre phratfit!.
K. OfKKHKm ET M. MAC~. (H.ASSU'MATtOX~
PtHMtTtVES 33

le gazon, la sauterelle,divers serpents,etc.; au groupeformô


par les classes Chowanet Chowardtngsont attribuées cer-
taines étoiles, le soleil, les nuages, iû pluie, la poule d'eau,
l'ibis, le tonnerre, l'aigle fauconet le txucon brun, le canard
noir, etc.; au groupe.Chamboen-ChangaHa, te veut, J'éctmr,
lu tune, iagreoouiUe,etc.;~)ugroupeChagarra'Chooarroo.-ies
coquittages,le rat M)bi,le corbeau, le porc-épic,le kangou-
rou, etc. Ainsi, en un sens, tes chosessont encore rangées
dans des cadres déterminés, mais ceux-ciont déjà quelque
chosede plus artificielet de moinsconsistantpuisquechacun
d'eux est (orme do deux sections qui ressortissentà deux
phratries difîéreutes.
Avecune autre tribu de la mêmerégion, nous allonsfaire
uu pas do plus daus ta vole de i'orgauisationet de la sys-
tématisation. Che~ les Moorawaria,de ta nvieroCuigoa',
la segmentationdes ctaos est encorepousséeplus loin que
chez les Aruutas; nous y connaissons,en enet, tS2 espaces
d'objets qui serventde totemsil autantde clans différents.
Mais cette nyultitpde innombrablede choses est.régutie*
t'ement encadrée dans les deux phratries tppai'Kumuoet
Kubi-Murri~.Noussontmesdoucici tout près du type'clas-
sique, sauft'6)HiettemeHtdes elnus.Que la société,au.lieu
d'être à ce point dispersée, se concentre, que les ctans,
aiusi réparés., se rejoignent suivant leurs aMuites natu-
relles de manièreà fortner des groupesplus volumineux,
que, par suite, le nombre des totems principaux dimi-
nue (les autres choses, qui serventprésentementde totems,
prenant, par rapport aux précédents,une place subordon-
née) et nous retrouveronsexactementles systèmesdu Moat-
Gambier.
En résumé, st nousno sommespas fondés à dire que cette
manièrede classer les chosesest nécessairementimpliquée
dans le totémisme,il est, en tout cas, certain qu'elle se ren-
contre très fréquemmentdans les sociétésquisont organisées
sur une base totémique.!t y a doncun lien étroit, et non pas
un rapport accidentel,entre ce systèmesocial et ce système

t. R.U.Mdtt))<s.int')'«M<'(<<«M of</)f~M)M'«'a)(Mt7oMH/t«'a/&'oc)'e~
<t'h))<Mto~)tiK).
))<?!.'r.XXXYH. p. IStet sui~ntes.
it.Un'y a pasdtin!!cettetribudonon)!connus<)))! dMignentspéciale-
ntMntles phnttrit's.Nousdésignons <)o))c
chacune')'<'tbsparlesnon)!!
deiiosdeuxc)a:iMS tMttitn'jniatc!nnvoitqueta nomenctatah: Mtcône
du syslimeK<nni)!troi.
E.))t'M):)tEtM.–Ann6cso<'io)..t9))).)'!Oï. 3
34 t/AX~S SOOtOKM~fK.i'Mt-t903

logique. Nous allons voir maintenant comment, a cette forme


primitive de la classification, d'autres peuvent être rattachées
qui présentent un plus haut degré de complexité.

lit

Un des exemples les plus remarquables nous est ottert pur


le peuple des Zunis
Les Zunis, dit M. Poweti « représentent un développement
inusité des conceptions primitives concernant les relations
des choses Chez eux, la notion que ia société a d'eUe-meme
et ta représentation qu'elle s'est faite du monde sont telle-
ment entrelacées et confondues que l'on a pu très justement
qualifier leur organisation de mytho-sociotogique "M. M. Cus.
hing n'exagère donc pas quand, parlant de ses études sur ce
peuple, il dit « Je suis convaincu qu'elles unt de l'impor-
tance pour l'histoire de i'hmnauité. car les Zunis. avec
leurs coutumes et leurs institutions si étrangement locales.
avec les traditions qui concernent ces coutumes, représentent
une phase de civilisation M. Et il se félicite de ce que leur
contact ait éiargi sa compréhension des plus anciennes

i. LtMXntusunt t't'; tithniriibtfnfL-utctudic~ pin M.Cn<i)ttnK </«<!<Cfe«-


/MKJf~M. t!}"' /<<'po<«~//<f /~«<'Mt< o~ .<mc< t'f/«fo<e~}/c/' //< .Sw)</n.
/M<<<i:M. p. :t:'&.et XM~tt'f/«AM. ii"-~< j).M.4!i).t)s iiont &lu Mu,
«
dit cet auteur, pat'txi )f!. ptu~ at'cttuIttNf~«t;t )<at'n<i t tes j'tus dt't'etop-
»
pM. (t~ /<< p. H:!S). U!. o nt une a'iotimbte jtutcno, t-utth ootle btOot
t<M t'<
pGehMqu'ont ttupot-tt-s K~pttgnot! ~unt'fosjuaittieM<t)stit)gu<!<; pon'
'tMt prf'ade deux f'itttii af)!i.ils ont cto en )-<;)ttti)tt))t uvut; tes Mcticntni-.
'Aajuufd'hui, ils snnt cMthutxtuc: ottus ï<:u)M<)«'ttt d uttu <u)mi<'t'u extérieure:
ils ont rotMmy!k-ur:!t'itfM.tcu)-!fusu)te:iet k'ur!i <'n)yMee)i(/<'«< )). 89)!).
)ts habitent tous ct~etHt'h' un (tuebto. c'Mt-A-dircune iicutc vU)c, forn)<!('
';n feetitc(tesix uujcpt «tttituft! ptutôt fjm'<)csix ou iitiptgroupes da mai-
~ons. )))<«' camt'tft-isent ')"n'' j)ar une oxtrottf t'Mtcentmtion i.tt''i<t)e,un
':on:ermti4t)<f)i'otttt'')ua)')ct'n )<)'))«' t~;)t)p~ ')u'; )«n- une <:rnnd<'faeuttt!
')')td<tpt<ttion et d'<o)ution. Si nou:- ne trouvons pas t'hex ''ttx 0' primitif
dont noM puftottt MM. Cu~hinx et t'owM))~:< M~ p. Mn <'t 2<
p. xxTit;. il est t'c'tain ')uc nous <nons !tfutir<'il unu p<'nsuo <)ui s'otit
dt'vetoppeesuiv)t))t'k'.s princi)Mi:itt'cs pnntitif!
t/hiiitoire dt- c)iH.'tribu est rusumA' )))trill. Cuslting. <3"' Me/w~,p. 3!T
''ttuif.; t')typot))';s<iftu'i) pt-opose. <)'uprt!s)a(tU(;)tu tf'sXunit aumicntwne
doubleorigine, n'; nou;! p<n'itttnuttf'tttent prouva, ~iousciteroM ffs (h'a~
om'ra~ de~t. Cashing u t'uid'' d'-s th'u~ xhft'vhtiMti'J!.< ut X.F.
~HtpoW, p. m.
M.Cuthinx. ~MMt <'<'M/~M.V.At. p. :M7<;)pit~int.
H- <M;))K))t:tMKT M. MAL'< – ':H~tt')':ATtu\)! t'KtMrnvES 3S

conditionsde l'humanité, commerien d'autre ne t'aurait pu


faire') 1)
C'est qu'en etïet nous trouvonschezles Xunisuu véritable
arrangement de l'univers'. Tous les ~treset tous les faits de
la nature, « le soleil, la tune, les étoiles,le ciel, la terre et lu
mer avec tous leurs phénomèneset tousleurs éléments, les
êtres inanimés aussi bien que les plantes,les animaux et les
hommes? sont classés, étiquetes,assignésà une place déter-
minéedans « un système uniqueet solidaireet dont toutes
les parties sont coordonnéeset subordonnéesles unes aux
outres suivant « des degrésdeparenté
Telqu'il se présente actuellementù nous,ce systèmea pour
principe une divisionde l'espaceen sept régions celles du
Nord, du Sud, de l'Ouest.de l'Est, du Zénith, du Nadir, et
cnllu celle du Milieu. Toutes tes chosesde l'univers sont
réparties entre ces sept régions. Pour ne parler que des
saisonset des éléments, au Nord sont attribués le vent, le
souffleou l'air, et, comme saison, l'hiver; à t'Ouest, J'eau,
le printemps, les brises humides du printemps; au Sud,
!e feu et t'été; à l'Est, la terre, les semencesde la terre,
les getées qui mûrissent les semenceset achèvent l'an-
née Le pélican, la grue, la grouse, le coq des sauges, le
chêne vert, etc., sont choses du Xord; l'ours, le coyote,
l'herbe de printemps sont choses de l'Ouest. A l'Est sont
classés le daim, l'antilope, le dindon,etc., etc. Non seule-
ment les choses, mais les fonctionssocialessont réparties
de cette manière. Le Nord est régionde la force et de la
destruction; la guerre et la destructionlui appartiennent; à
l'Ouest,la paix (nous traduisonsainsile mot anglais MM~'csrc
que nous ne comprenons pas bien), et la chasse; au Sud,
région de la chaleur, l'agriculture et la médecine; à t'Est.
région du soleil, ta magieet la religion;au mondesupérieur

<.):}"~<<(..37S.
~M.. là. KM.
3. j!<~Nfp., p. U. )). 9. O'uptfs M.Cushi));; t'Mdc){t~<df pa'fnM (x/n-
f<OM</«p) s'')t)bt<;t)t);tt'ctargettK'nt,-iitMt)MUticMmcot, deto'ntmcs ~t' do:!
de~rcsd''t'<!SSHmM<tn<;c)'.Ai))oaM<Xm"'N~M<p.SM!. 370)t'&uteuraIl
<;ruptwuir )t)t))ti'tu<'r!<un!i)s(''))Md'cxjtiicati~ndan)- toute 'ot ngueut'; on
voit quo. en ce tjui t'oncofneles XuRM,il fuut <tr<iphts ~!i';t'M.KuU!!mon-
trerons. est eNr'it.f'ftfbittttire de '< <:)aM)fi)-atio)))!.
s.
-t. Cushinx. < C..tf-, f. 3'i!-370.t~s !<Uteut:);s <)o))t tfrm ctaitjnt Mtt'c-
fois )n';a)i!«;M!t
uu :iUd.
M t. AXX~ESOCtOUMUWE. tMt-tMj

et au monde inférieur sont assignées diverses comhintusotts


de ces fouettons'.l,
A chaque reginn est attribuée une couleur dëtermineo qui
Ja caractérise. Le Xord est jaune parce que, dit-on au lever
etau couche)'(tu soleil, lit lumière y est joune; i'Ouestesthteu,
a cause de it) lumière bieuequ'on y voitoucoucherdu so)ett\
Le Sud est rouge parce que c'est ta région de l'étti et du feu
qui est rouge. L'Est est bjanc parce que cest htcoutour du
jour. Les régions supérieures sont hnriotees comme tes jeux
de ))) lumière dans les «un~es; les relions t))f6rieure8sont
noires commetes profondeurs de lit terre. Quunt au f milieu M,
Hombrit du tnonde. représentant de toutes tes régions. il en
a, il ia fois, toutes les couleurs.
Jusqu'à présent, il semble que nous soyons en présence
d'une ch)ssif!cation tout à fait ditïerente de celles que nous
avons étudiées en prctnier Heu. Mais ce qui permet déjà de
pressentir qu'it y a un lieu étroit entre ces deux systèmes,
f'Mt ~'«' <'<<'<T~a<K </C.< M<(W/M ('.<<
f.M('~M<t'K<Mt<ne~W
celle<<M c<HH.ù <'<'nh'«')~'(~t ~«W< '< Cetui-ci est, lui aussi.
divise, d'une manière qui n'est pas toujours très visible, mais
que les indigènes trouvent très claire, en sept parties. Ces
parties correspondent, non pas peut-être au point de vue des
arrangements topographiques, mais au point de vue de teur
ordre, aux sept quartiers du monde. Ainsi une division est
supposée ôtre en rapport avec le Nord. une autre représente
i'Ouest, une autre te Sud, etc. M Larelation est si étroite que
chacuodecesquartiersdu pueuto a sa couleur caractéristique,
comme les relions; et cette couleur est celle de ia région
correspondante.
Or chacune de ces divisions est un f{''o"ps de trois dans,
sauf celle qui est située au centre et quin'en comprend qu'un,
et « tous ces clans, dit M. Cushing, sont totemiques comme
tous ceux des autres Indiens' Nous en donnons le tableau

~Cu!ihin)i;.Z.<M..)).3Ct,3ST,~S.
S. Nousmpp"rtf'n!!Ms e<p)ications. sansnf<)]!!)M)'t''r~ttrants()MJuuf
valeur.Lesntti-ons<j))! ont pf~idc &))JLr'{)at'Ut)ondesenufeuM sontpro-
babtemontptu:.Mtttjttuxc~ f'nc'<re.M<tiii
)os misottsttonnJpfi ne )iut)tpus
intf~t.
s<n):!
't't 'jt)'; <'<'st&caui.H dubteu'ta )'<tci<f<juc
!).M. Cu!'))i"H «)<ni.
il
n'<!tab)it
pas<)MelesXaf))~ a ientjamais connu t'Of&m.
4. MM.,)<.3ti7.
N. 74«t.,p. 3~0.L~tfi)i)t(iut) y 't )tt)i'rn';))< le tnari tttthitt'ctxn!M
femme.
K. ULHKXHtM – cr~sstnc.WtMS t'H<!ttTtVt! 3?
ET M. ~AU.<-<.

complet car il y aura lieu de s'y reHrer pour comprendretea


observationsqui suivront
.(" .urf/. )'-s <-)tmt de )u- s" – t"
<)':la xrou.'u– "u ''oq des !'uut<
– jaune– uu''hftt<:vrt tcttU)
du <"<)'. )'t'e«tua
'-tt:i))t;.
.< f'«)tf~<. ttitt'tm~ <itit'OKt'.t.
dm'oy"t<' (chien <k'): pt'inrk" 1.
– f~'i'hut)'du;tri)ttut)t['<.
.-t'f Sw~, )M ''tans du tahuc.
– du<))!Hi.
– du M<t<)'?<!K.
A ft'.t/. t!"<''ton.<
dudtut)).
– d<'l'unlilupe.
– (tudindon.
.tf'XtM/t.tK'n.'tiit~du sut-'it ~;tftut).
– de t'f)t~<
du '-M.
.)«.<«/;<)< 'taniiduluf;enoui))' uudu crapaud.
du serpent il sonnftt'
d); rmu.
t'-ct<mdu))t!fi'<)')Met<nac.tW)Ut)'<)rttM)ceta))dupttr.
.)<;c<'Mf<'<
faitmitiutt.

Le rapport entre la répartition des ctans et la répartit:on


desêtres suivant les régionsapparaîtra comme plus évident
encore, si t'on se rappelloque, d'une manière générale,
toutes les fois où l'on rencontredes clans dittérents groupés
ensemblede manière à formeruu tout d'uue certaine unité
morale, on peut être à peu près assuré qu'ils sont dérivés
d'un mêmeclan initiai par voiede segmentation.Si doue on
appliquecotte règle au cas desZunis,il en résuitequ'it a d&y
avoir, dans l'histoire do ce peuple, un moment où chacun
des six groupesde troisclansconstituait un clan unique,où,
par suite, la tribu était diviséeen sept clans", correspondant
exactementaux sept régions.Cettehypothèse.déjà très vrai-
semblablepour cetteraisongénérale,est d'ailleurs expressé-
ment confirméepar un documentorat dont l'antiquité est
certainementconsidérabte'.Nousy trouvons une liste des

t. /<~<p. 368.
a. HncMtputnth'chmdu ecntn-etcn d~torsun
<t<)u)ettantqu't)fot'tn)nt
cettuie&t
!<r.)Ut'a4t)<itrt,e<)<)Mh')Mdusdt-u):tthrtitriesdo3d)tns;douteux.
MSt
3. Let);<k- vo~ittuor tM(uxtcsversin~su consen'<:nt buitueMtp
tniou~quelestuxtesestprose.Il<:steotain. d'atUcuM. que,pourune
tt-"<)!mndepart,losXuM~ au tt;~p!idotearcunv'tston.
avaient, eMt't-
diroouXYn<' tn''svoi!ii))M
tiicde.unem-gani~tiu)) M.Cuetttn)!
docelle(jUti
chu:oux.Lu.ptupartd'i!)
? <:tu')i<!e conMriMt et desdans tmiiu-
existaient
t/AXXÉEMCtomc~rK. t9')t-!)"t:

six grands prêtres qui, dansl'importantecunirérie religieuse


dite « du couteau M.t'eprêsenteutles six groupes de dans.
Or, le prêtre, maître du Xord,y est dit le ~'<*Mtw </aM~
race des o<«.<celui de l'Ouest,le ~<'M!'<'<' ~<!M< <'«ct''/f
coyote;celui du Sud, ~'<'<«x'<' </oo</« ~w<*
</«~«'ffa«; celui
de l'Est, pf<'tH«'<'
<<««<!~Mr«fff<ttth«~f)t; celuidu dessus,~M'f-
tK~<!M<! <'a<v</<' f~t'; celuidu dessous,~'c~tw~ /«
race </«~<'t'/x'H~
Si 1 oaso reporteau tableau des ciaus, OM
verra que les six animaux it la race desquels appartieuuent
ainsi les six grands prêtres serventde totehts à six clans, et
que ces six ctans sont exactementorientes commeles ani-
maux correspondants, à la seule exception de l'ours qui,
dans les classificationsplus récentes, est classé parmi les
êtres de l'Ouest~. Ils appartiennentdonc (toujourssouscette
seule réserve) à autant de groupes diiïerents. Par suite,
chacun de ces clans se trouveim'esti d'une véritable pri-
mauté à t'interieur de songroupe;il en estévidemmentconsi-
déré comme le représentant et le chef, puisque c'esten lui
qu'estpris le personnagechargeeffectivementde cetterepn'.
sentatiou. C'est dire qu'i! est le c)anprimaire dont les autres
ctans du même groupe sont dérivéspar segmentation.C'est
un fait gênerai citez les Pueblos(et même ailleurs,)que ie
premier cian d'une pliratrie en estaussi le ctan originaire
H y a ptus. Non seulementla division des choses par
régions et la divisionde la sociétépar clansse correspondent
exactement, mais elles sont inextricabientententreiaceeset
confondues.On peut dire égalementbien que les chosessont
classées au Nord, au Sud, etc.. ou bien dans les ciaus du
Nord, du Sud, etc. C'est ce qui est tout particulièrementevi'
dent desanimaux totémiques ils sont manifestementclassés
dans leurs clans, en même tempsque dansune régiondéter-
minée tien est ainside touteschoses,et mêmedesfonctions
htmentidenti()n);ii,
commeun t'eutt'~htftir &)tm)f<)' tx~«.s
in.n)-Mr
!<"<Mgistn's df
);M))ti!imanx fittftii-inn
tX.
<V.. :tM).
)<.
i. C..U.,~.HS.
U <'<t prubahtf <;u'av<'<')*' t''th))S <'f t')un a rtjHJtx~d'')t'iHtt)ati"t).
:t. Commenou!' t)"u< u<t)))Hn!< i'-i M-u)<-)t)t'))t()f nx'nt~'t' <)uc )t-~ ~it
XrtMpf-)! <)Mtru)!, dans !<<- sont r~nm' j))n- '-t~tMi-nt~tion 't<- '.i< <')i<))~'tri-
f;i))atffs, nntt~tjti~sottadt' cOtr )<'t)i<-tMU\'it-)tt!<'t«t<. Xc))!!y n'Yif'odn'ns
plus loin,
4. « Ainiti tt' )'n''tt\i-j"-r''< ')t''tt-ra)it)<'rti)tt')u' t)" créature- '') )(' f'))Mus
de )'Mt<?tit de- t't'spuct! -U)t r'<«f)itT)i<M) ![))< ~Mf).-'iu 4-M<): t't'Hes <)<t
t'hivet' t't <te )'cxpaM nû~) !M\ ifn. <)[' ton t ). t'
K. HCHKOKH)HT M. MAM-i. tif.ASSU'tCATMititcmmftVKS 3)t

sociales.~ous avons vu commentettes sont réparties entre


les orients' or cette répartition se réduit en rcatité aune
divisionentre les ctuns.Cesfonctions,eu enet,sont actuelle-
tnentexercéespar de:! confrériesreti~ieusesqui,pour tout ce
qui concerneces diuerents oOices,se sont substituéesaux
<uns. Orcesconfrériesse recrutent sinon uniquement, du
moins principatement,dans les ctnns attribués aux mêmes
régionsqueles fonctionscorrespondantes- Ainsiles sociétés
du couteau,du bâtonde ~taceet du cactus, qui sont les con-
fréries de guerre, sont groupées, non pas d'une manière
absolumentrigoureuse. mais en principes dans les clansdu
nord; dans les ctans de l'ouest sont pris les gens du sacer-
doce, de l'arc et dela chasse dans ceux de l'est, ttes prêtres
de prêtrise », ceux (tu duvet de cotonnier et de l'oiseau
monstre qui forment la confrériede la grandedanse drama-
tique (magieet re)i(;ion) dans ceux du sud, les sociétésdu
!;ran<tfeu oude la braise dont les fonctionsne noua sont pas
expressémentindiquées, mais doivent certainementcon-
cerner t'a~ricuttureet la médecine~.En un mot. à parler
exactement,on ne peut pas dire que les êtres sont classés
parctans, ni par orients, maispar clans orientés.
11s'en faut donc que ce système soit séparépar un aMme
du systèmeaustralien. Si diitérenteque soit en principeune
<:tassincation par clans et uneclassificationpar orients, chez
lesZnnis,ettesse superposentl'une t'autre et se recouvrent
exactement.Nous pouvonsmêmealler plus loin. Plusieurs
faitsdémontrent(tue c'est la classificationpar clans qui est
Ja plusancienneet qu'elle Ilété commele modèlesur lequel
t'uutres'est formée.
tuLadivisiondu mondepar orients n'a pastoujours été ce
qu'ette est depuis un certain temps. Elle aunehistoiredont
ou peut reconstituerles principalesphases.Avantla division
par sept. il yen eut certainementune par six dont noustrou-
vons encoredestraces Etavantla division par six, it y en

1. )'<u'tthn~ inthtt). t)«M-!<)«<)<


«'n'ox ')<?M'ttn e<pM~iun pour daigner
)' r'~ion!rio)))<s.
:.X.C.Jf..t).3'!t')tSf!?-38X.
:t. t'artout, ''n .\)m'-t't')u< il y it un ntppot't t'ntn' )K t'hak-ur. surtout ('e)h'
.tu soleil, et t')tf!ri)'u)tU)t! et tii tHMtecinti. – Qutmt aux cuttMrics qui soot
))ri))f)t<)au.<les t'usions du dessus et du dessous, elles ont pour fonctions
ttt~nMrMtionpUftp~erva.tiondt'tavi).
t. ?!<)!- on'un~ ')u'' la notion du « mi)i'')t t <~t d'uriftixf MtttthetOcnt
M (.X)!H SOCf"U)t!«~K. )!)Ot-)')M

eut une par quatre, correspondantaux quatre poiutscardi-


naux. C'est sansdoute ce qui explique que les Zu~isn'aiout
distingueque quatre éiémeuts, situés en quatre régions
Orii est tout au moinstrès remMt'<tuubiequ'& ces variations
de la ciassincatiou par orients en correspondentd'autres,
exactementparallèles,dans la classificationpur ctans. tt est
souvent questiond'une divisioneu sixclans qui a été évidem-
ment antérieureà ia division par sept c'est ainsi que les
ctaHs parmi lesquels sont choisis les grands-prêtresqui
représentent la tribu dans la confrériedu couteau, sont au
nombre de six. Knnu, la division par six a été eiie-mame
précédéed'une division en deux ciuns primaires ou phra-
tries qui épuisaient la totalitéde la tribu; le fait sera ulté-
rieurementetabiP. Or la divisiond'une tribu on deux phra-
tries correspondà un tableau des orients divisé en quatre
parties. Une phratrie occupele Nord, une autre le Sud, et
entre elles, il y a, pour les séparer, la ligne qui va de l'Est à
i Ouest.Nous observeronsdistinctement citez les Sioux le
rapport qui unit cette organisationsocialeà cette distinction
des quatre pointscardinaux.
~°Un fait qui montre bieu que la classificationdesorients
s'est superposéeplus ou moinstardivementà la classification
par clans, c'est qu'elle n'est parvenueà s'y adapter que ma-
laisémentet à l'aide d'un compromis.Si i'on s'en tient au
principesur lequelreposele premiersystème,chaque espèce
d'êtres devrait être tout entière classée dans une région
déterminée et une seule par exemple, tous les aigles
devraient appartenir a la région supérieure. Or, en fait, le
XuiUsavait qu'il y avait des aigles dans toutes les régions.
On admit alors que chaque espèce avait bien un habitat de
prédilection que là, et là seulement,elleexistesous sa forme
éminenteet partaite. Maisen même temps on supposaque
cettemême espèceavait, dans les autres régions, des repré-
sentants, mais plus petits, moins excellents, et qui se dis-

« futtruu\)'t &un
~)tr'tiv.t.c)tti)i<'u )ttO))tMnt
dt;t<;Ht)iM~'
(~.C.~f.,)).3M,
3M,99t<,ï9'),<oa.~t.t3U).
<<J'V., p. M9.t<t'!i péages :'uivitnt!t'ionttrt!fi~fno()stmti
tit iiMt'c~
p'unt H!)poftufMnt)ostubes <)e~
choMS<u:))MC!t
mu notHhrMdo quatre,
cofreapondant aux niionsdo~hommes, f)« tt&jmrM't'tiMt
te*votantade
divinfttic'a
aunombre dequatre,mrreiipondantauxn'gtonsdeshotnmo!)t
(/&M.. p. 4M.Mt).
i V.infra,p. 43,K.
m'KKHMM
RTM. MAt'-tX. Ct.i!tf!t:ATtO!<S
ftHMtftVKS4t
fÎ11LY111111f.
~nt2Iuns
tu));ucut les ntt tlne 1.r.l~
des autres en ce que chacun a la couleur
caracturistique de lit région à laquelle il "st attribue uiusi
eu dehurs de l'aigle locatif au xéttith, il y a des ai~lei;
fétiches pour toutes les régions il y Il l'aislo janno, 1 uigle
bleu. l'aigle blanc, l'uisie noir Chacun d'eux a dans M
région toutesles vertus attribuées à l'aigle en général.11n'est
pus impossible de reconstituer lu marche qu'a suivie la
pensée des Zu'iis pour uboutir a cette couceptioncotnptexe.
Les choses contt)teae6rentpar ûtre ctasseespar china; chaque
espèce animatofut, par suite, attribuée tout entièreuoctaa
détermiué. Cette attribution totale ue soulevaitaucuoe di<H-
cuM6 car Uu'y avait {tucuHe contradicttou&ce que toute une
espèce fut conçue comme soutenant un rapport de parenté
avec tel ou te~groupe humain. Mais quand la classification
par orients s'établit, surtout quand elle prit le pas sur
l'autre, ulle véritable hnpossibiHtéapparut les faits s'oppo-
Mtienttropévidem<nenta une localisationétroitemetttexctu-
sive. U fallait donc de toute nécessité que l'espèce, tout en
restant concentréeéminemmentsur un point unique, comme
dans l'ancien système, se diversifiât cependantde manièreà
pouvoir se disperser, sous des formes secondaires et des
aspects variés,dans toutes les directions.
3"Dans plusieurs cas on constate que leschosesaoût ou ont
été. à uu momentdooce du passé, directementclasséessous
les clans et ne se rattachent que par l'intermédiairede ces
derniers à leurs orients respectifs.
Tout d'abord, tant que chacun des six clans initiaux était
encore indivis, les choses, devenues depuis les totems des
clans nouveaux qui se sont formés, devaient évidemment
appartenir au clan initial en qualité de sous-totemset être
subordonnéesau totem de ce clan. Elles eu étaient des
espèces.
La même subordination immédiate se retrouve encore
aujourd'hui pour une catégorie déterminéed'êtres, à savoir
pour le gibier. Toutesles espècesde gibier sont réparties en
six classes, et chacunede ces classesest considéréecomme
placée sous la dépendanced'un animal de proie déterminé.
Les animauxauxquels est attribuée cette prérogativehabitent
chacun une région. Cesont au nord, le lion des montagnes
qui est jaune; à l'ouest, l'ours qui est sombre;au sud, le blai-

i. M< ~'eWxM,
)). iS,:t. SS,M.m.YL
).'AX)f6ESO<:tM.Mttt~'t!.Wt-<i'M9

reau qui est blancet noir'; it ('est, le loup blauc; nu xeuitb.


t'aigte au nadir, lit taupe de proie, noirecommeles proton-
deursde ia terre. Leurâme résidedans de petitescoucréttous
de pierres qui sont considéréescommeleurs formeset que
i'ou revêt, le cas échéant,de tourscouleurscaractéristiques
Par exempte, de l'ours dépendent le coyote, ta brebis des
montagnes,etc, Veut-on,par suite, s'assurer une chasse
abondantede coyotesou entretenir la puissancespécifiquede
t'espëce?C'est le fétichede l'ours que t'eu emploiesuivant
des ritesdétermines Or, il est très remarquableque,sur ces
six animaux, trois serventencorede totemsa des ctansexis.
tants et sont orientéscommeces clans eux-mêmes;ce sont
l'ours,le blaireau et t'aigte. D'autre part. le lion des mon-
tagnesn'est que lesubstitutdu coyotequi Jadis était le totem
del'un des ctans du nord'. Quandle coyotepassa u i'ouest,il
laissa, pour le remplacerau nord, une des espècesqui lui
étaient parentes, ti eut donc un momentou quatre de ces
animauxprivilégiesétaient totémiques.Pour ce qui est de la
taapede proieet du loup blanc, il fautobserverqu'aucundes
~tresqui servent de totems aux ctaus des deux régions cor-
respondantes(est et nadir) n'estunanimalde proie".!) fallut
doncbien leur trouverdes substituts.
Ainsi,les dHïerentessortesde gibiers sont conçuescomme

1.U' f!t!i!')t))))'«tt't<t
j.Mft'ij~-t)<<Xuhi'ju~itit'ntf'-ttftt:tsit;ttMtiott
d"
tt[itic(Mttt
tnoM're cotnhien )-)-~u.<ueit<)i'tn.<d'id~c~d-pt-ndent (tu(-)H).L~
'"MtAfait <'tM))t:f!'t tanatuffintfins')upd<')«')t<t'stt..H)(-t~"). LftBd
ftk rou~G et
))«ur<'<tuto))'ottdit (;ue))'htaireeuf'~t du !<«<)
purcf<jM'
't'ottepMt.it
il estbtuttet'tnoir.t't (;))''')')'auht'.h'fuuto'n'c'iftoi
h)<tn'')ti
ttoir(/«<«fe/MAf.<. p. i7L ')<'<
\'t)i)tt i d' 'jui th'ttt
i -untmt
une h'ttiom'
dit)'cn')tt<-
).itt){Uti~rcn)fttt <~fan"tn'.
i ?.<< p.i:
:t. ~<t rt!partiti<t<t dt'.<)tit)i<')..cntn.- tt-') t-i);M)ti))t:tUt'tL-jtf«i'!0!.t
t'xpoo'.o
dam p)M!.it)t)MxtyUM'i) (V. Z, f' (.. tu) Ilui nf- <-f.Mutdo<tt(~ dans tous
les f~t<n)<, tnitis ~ui Mjto~-Mt am- ). tt.tt)f.< ;)) i))':ipe.<.CM diM-ordMtox
~'etpti~nent ui~ment t'H rxiM'x dt". mf<()ifi<()in)t!i')ui i-c MM) prodaitt-s
da)).<i'orio))tutif)t) dps t'ttm.
4. f.'at six «nifttau): ~)i'')M.<tncidcntcMCtM«<-ttt. «Htfdfm, <n-<!t-h";
six attintttUt de proie df). )Hyt)t(" L<t dh't-t~cnc); tifnt
i.itnptonx-nt de t-f
')<te deux )'!i)))'<-<-A ont f-tc r)'m)'t<M-< jtar d''ux itu~ ((M)<?ttuent tpptt.
renMtii aux t'rf;ttth''rt'!f.
:i. Ce qui lu prouve. <) <)))e)p ft'tifttt'd)) «'y'.h'jaun. 'fti est attribt~
au nord coMttfi'' ~pMce ijccandttht-. a f-t')«'))()ant m) Mttt! de pn'M'Mnf'' sur
t<!Miche da Mt~tc Mea, t.'tjUft ').~ de t'ttm-jit. Y. <tM.. ?. :tt.
C. t) y <t bifn )f' .-f:r[))'ftt((Ut t.t totem du nadir )'t <)ai. tt'np)'< ))tM id'S
actuelles, <<) una«i)ou) d'- ptoit-. Mtu.s il n'tt <-i.ttta;- ainsi poo)' )t' Xuhi.
t'oartni. )<<to'-t!~ <)'-proif t)r jMWf-nt .tt' f)M''d(M)«'-t''s ««)))!< de ~fiHos.
K. OfKKttHtM –Ct.A~tt'H:ATt"S!4
KTM.MAt;S!t. 43
t')MM)'ftYEi'

subordonnéesdirectementaux totemsou à dessuccédanésdes


totems.C'estseulementà traverscesderniers qu'ils se ratta-
chent à leurs orients respectifs.C'est donc que la ctassiuco.
tion des choses sous les totems, c'est-à-dire par clans, a
précédél'autre.
Sousun autre pointde vueencore.les mêmesmythesdéno-
tent cette antériorité d'origine. Lessix animaux de proie ne
sont pas seulementpréposesau gibier, mais encore aux six
régions; à chacun d'eux une des six parties:du monde est
affectéeet c'est lui qui en a la garde C'est par son intermé-
diaire que ies êtresplacésdanssa régioncommuniquentavec
)edieu créateur deshommes.La région et tout ce qui y res.
sortit se trouventdonc conçuscomme dans un certain rap-
port do dépendancevis-à-visdes animaux totems. Ce qui
n'aurait jamais pu se produiresi ht classificationpar orients
avait été primitive.
Ainsi, sous la classificationpar régions. qui, au premier
nbord, était seule apparente, nous en retrouvons une autre
qui est, de tous points, identiquecelles que nous avons
observéesdéjà en Australie.Cetteidentité est mêmeplus com-
plète qu'il ne parait d'après ce qui précède. Non seulement
les chosesont été, à un moment, directement classéespar
clans mais ces clans eux-mêmesont été classés en deux
phratries toutcommedans lessociétésaustraliennes.C'estce
qui ressort avec évidence d'un mythe que nous rapporte
,U.Cushing".Le premiergrand prêtre et magicien,racontent
les Xu"is, apporta aux hommesnouvellement venus à la
lumière deux paires d'œufs; l'une était d'un bleu sombre,
merveilleuxcommecelui du ciel; l'autre était d'un rouge
sombre, commela terre-m-h'e.tt dit que dans t'une était t'été
et, dans l'autre, t'hiver,et il invitales hommesà choisir.Les
premiers qui tirent leur choixse décidèrent pour lesbleus:
ils se réjouirent tant que les jeunes n'eurent pas de plumes.
Mais quand celles-ci poussèrent, clles devinrent noires:
c'étaientdes corbeauxdont lesdescendants,véritablesNéaux.
partirent pour le nord. Ceuxqui choisirenttes œufs rouges
virent nattrele brillant perroquetmacaw; ils eurent en par-
tage les semences,la chaleuret la paix. « C'est ainsi, conti-
nue le mythe,que notre nation fut divisée entre les gensde

p. )X.)'
t. MM.,
X. M..p. Mt '-)sxiv.
44 t/AKStM! !KM!MH)':tj)UK.KMt-tttM

l'hiver et les gens de t'été. Les uns devinrent des perroquets


macaw, apparentés uu perroquet macaw ou Muta-kwe, tes
autres devinrent des corbeuux an Kù-ka-kwel Ainsi doue.
la société commença pur être divisée ou deux phratries situées
l'une au nord. l'autre au sud elles avaieut pour totems l'une
le corbeau qui a disparu. l'autre, le perroquet nmcaw qui
subsiste toujours La mythologie a même gardé le souveuir
de ia subdivision de chaque phratrie eu ctaus". Suivant leur
nature, leurs goûts et leurs aptitudes, les gens du Nord ou du
corbeau devinrent, dit le mythe, gens de l'ours. gens du
coyote, du daim, de ta grue, etc., et de même pour les gens
du sud et du perroquet macaw. Kt uue fois constitués, les
clans se partageront les essences des. choses par exemple,
aux étaus appartinrent les semences de la grêle, de ta neige
aux clans du crapaud, les semences de t'eau, etc. l'rouve uou-
velle que les choses commencèrent par être classées par clans
et par totems.

tt est donc permis de croire, d'après ce qui précède, que te


système des Zunis est en réalité uu devetopponeut et une

1. L" mot de K&.ktt-ttwenous setnbk bien''tt~' t'anfica nom du curitotM.


Cfttc identification <tdfni.'fetntneh'iftUttoutes )'~ <)uusti<)ti!t qu~' soulève
~f)ywutuf< "'ut et f'~K' la t' ~& t''t kw)'. Waitor
t'Mwku! rM.w<MA'(«t.-««M. in .ï)' /t< ~M)'of A7/«t..~7, )<.MX, n. 2.
LMcttmdu ))crru<jttot, qui fUttinhitOMt est )Hseul'te lu r)');iM)du )f)U)ou.
ctait donc [)rin)ith'fn«'nt te prMtttit't'eht),)'' ctun .wucttfdMfit )')<mtn<)df
t'
X. p.?0 Cf.p.<?.t~-MO.
4. N"m<disum le iiy.stctu''des Xuffia.ptt)i;e<)Ufc'est<'hei!eux <)U'i)tt fMto
mieux ft lu piut cottiptt'teotm).Mb~'rvc. Muusne ['ouvons [Mi!) <!tabtir
d'unt) tmmi''M tout & fait cmtt~ut'htuuquo tfs autres Indiens t'uebtos ont
pruoide du t)«'t)t't t<mi!inous !.oH<n)Cft
eonYttincui!tjoc tes otudM que font
fnee motnent sut'cefiditftifuntspouph'tiMM. t''cw)<f!). Huur){e,M'*Stevon!Kn).
M. Oonteyconduiront a des fMiiuttatii tifuittifes. qui est certain, c'est t)UM
ch' les )tc))i.<de Waijti et de Tusayan on trouvo neuf f{fouposdo ctuns,
analogues &ceux que nous ttvuniit'encont~i!<'))<)!! hM XuRiit )e jfrennfr
ctan de chacun de ces ({roupesa le f))''<))M nom que te groupe tout ont~r.
';u
pt'euve ')Ut' t<u))'mMttt )Mtda à lit d'un ':h)n initiât
!ie;{'"ent<ttioM
(V.Mindetc))',.1 .S<«<o/' 7'Mt'Mo ~<f/t~<'c/«t'f<HrK.tfa~Kaw/f'Ma.in
t~ e''p0)'<f~</<eM«<a«o/'M/<«a/ iffitO.ttiX~puttii': en iXH).p. ~).
Cus neuf St'oupeiiMnf'jnnunt une muititude innotnhritbtede )ious'tot<!m).
<tuiparaiitiientLien opuisurtoute)<tnature. t)')iutr<!paK. it f'st fait expnM-
tttSntentntenti'tn pour ces dans d'oricuts n)'.t)nf)UMt ftétorntitM?~.
Ainxi h*
ohm du set'pcnt i1sonnettes est t'onu do t'oue~tt't du nord et il c'Mnpfend
un cerhtin noottx'edoc)t0!!csqui iiont,p<trcela mente.orienK'')t (titKt-entes
~nt~fs f)f)ca<:t))S,)M f:o)ot«he! tes mannoth; eh;. t)e t'est fc~t venu )'!
groupe d'' <')<t<t!t
'lui <tpour totem la corne et <)uicomprend.t'Mttitopo.)<)
du.itn, la brebis des montitgn'M.OttUtuegroupe est originaire d'une tegion
KTM.MACS:– CtA~nKATtOXii
K. U~KXHMM t'tttMtTtVKX
M

compUcHtioo du système Australien. Mais ce qui achève de


démontrer la réalité de ce rapport, c'est qu'il est possible de
retrouver les états tntet'm'jdittiros qui retient deux états
extrêmes et, ainsi. d'apercevoir comment le second s'est
dégagé du premier.
La tribu Siou des Omattas. telle que nous t'a décrite
M. t)orsey' se trouve précisément danscette situation mixte
ht ctassiticatioa des choses par clans y est encore et surtout y
a été très nette, mais la notion systématique des régions y est
seulement en voie de formation.
La tribu est divisée en deux phratries qui contiennent cha-
cune ctnq ctaHs. Ces cian:! se recrutent par voie de descen-
dance exclusivement maseutine c'est dire que l'organisation
proprement totemique, le culte du totem y sont en décadence
Chacun d'eux se subdivise à son tour eu sous-ctansqui, par-
fois. se subdi visent oux-)H6mes. NI. Dorseyne nous dit pas que

t)cth')))<M)t urit'ntw. «'autre pur) te svtnttotisux' d< rouh'ur:. c')rM'!p<)K<!


bien t f'-tui ']U'i ))t"tVO'o)))ipft'M Khe:tosXufnsifV.W. Fcu'fMit. it) ~t'
lieliort of </)'*Ilureau or ~</<M.. p. 26Ï et suit'.–Cf. Ma))e)'y.~<c~M
o~ /A)!.o)-</t~H<f)'«-. /Mtf«<M«, in P'' Mfp..)<.M'. Httfin.comne ctu'! les
XuMs<!natL'tt)''n(. les tUtfnstfcit()c pf'uif et les ){i))ioMsont r<?pm't)!< )KU-
r~)! Il y toutffoi!' ceth.' t)i)Kt'M!)eoque icx r~iûHs nf ct)t'ft;spMnd<;nt
p~< «m points MrdinNux.
Le pttctttu fu!n<!'tu S)a !!Hf))t))o avoir coniiervuun souvenir fort nul de
cet état 'tu tit jM'nitJeeoOecUvo(V. StavcMS'tn,Me S<a, ht X)~' ~ep.,
p. M, ~9, M. ?. t).) Ce qui montM bien ))ue tMschuMit y unt 'St'idhisCet
d'abord )M)'ctunti. 'it ensuite par t-e){ioM.c'oiitqa'i) existe dans eha<)<M
n~ion uti Mp)'t''x'ntttt)td'' c)))n)uoanutut) divin. Miti~<i<:(ue)f<'<))enH<;s clans
n'y existent ptui! <)tt'at'etttt de survivance.
Kooscroyut)'!qu'ott troMvutttitthé!! te~XtU'aho-! <)<'set)t)))ab)M)net))M()M
chMifiottt'ic' MitUttew! Me ~<tMAo ~<~<<a<M c/«<M<, in A't~
t8M-)Mt. p. 44MM. Cf. A. W. Mtt<'k)ttt)<). /'e<H/.tof CoH~aW &~)t'teH«M
toorMand cM~fomte/' lhe A'aMtAc ~o«M/aMcAaM<, in J. 7.. XXV),)8')3.
sanit t'(ab)h'
p. 349).Kou!im)ttttM(i~<u)!)!ii ()erf!)))n)' pouvoir ici, ')t)ebean.
coup 't') faits <)« tt sy)«)~))<t){ie<iMttuieitots (cf. plus loin )o c'ttnptt:rendu
do t,t)t«)<«))x..S~ttc<MM «/'</te /<'<«'/t«<At~tMM). Mtft<: c elle de!;Attt<)ue!
« ces )tMt)t'<t'UMMu):eoxttttc dit Morgan '/tMct<K< ~Mt<ot' p. M9;, trou.
vuMiextuxee':pti':aHontt~ci'iivcdt~ns t!<!x faitii dece ft~nre. L'idfo it d'tut-
tfurii MtM MXti~par MM.t'uwou, MilU~t'y Cyrus Thotxas.
et
t. Om</A« .Sfcie~ in W'' «~ N' F~" <88it-t883.p. 2tt ..t suiv.
/< .<?/ 0/' ~iuMM<;««<,in X~ Hep.. 1890,)). ?0 sq.xoMen .SOc-MoM.
~Y~!t7<qM~,p. ~OS«). Cf. tM pubHottiot)!!do textes Tétons (t~kotat),
<)<Ma)nt!! et U<ta){''xdan~Co«(W&K<ioM~o ;Vo<A-/tM)M')'t'<M /!YAw/Ojyy. vof.tt).
parti' t't vol. V), )" pat'tie; Kobter, Zf«' ~Mt'Att'A/e < A'Af,gtott.
«<trt,)8*)~.
Hn ''tft!t, d'uno )Mani''Mg)!t)Mnih:.ta où ht fitiatiuttest tt«t!<:)))ine. to
cttthitut':)ui()Mu t'atMbnt et tond t dispttfattfM(V. ~ufkheitM. pt-o/oM/tOM
f/ef'Mce~f, in ~Mt~eSoc'o~ t. p. 23;. Ett fait. Oor~-ytm-ntionnetadMOt~
dcnKCdes cultes toMtnit)MMi! (SfOMnf«/<.<.p. MU.
46 t.XX)4K .-tUCtOKM~Ut!.
~Mt-~UZ

ces ditïérentsgroupes se répartissenttoutes ies chosesde ce


monde.Maissi la ctassitieatioun'est pas et, peut-être même,
n'a jamaisété rÈeitementexhaustive,certainementelle dA
être, aumoinsdans le passé.trëseomprétteusive.C'estce que
montrel'étudedu seul clan completqui nous ait été conservé;
c'est leclan desChatada.qui fait partie de lu premièrephra-
trie, Noustaisserousde côtéles autres qui sont probablement
mutins etquinous présenteraient,d'ailleurs, tes mômes phé-
nomènes,mais à un moindredegréde complication.
La significationdu mot qui sert u désignerce clanest incer-
taine mais nous avons une liste fort complète des choses
qui y sont rapportées. U comprendquatre suus-ctans.eux-
tnemessectionnés
Le premiersous-clanest celui de l'ours noir. ii comprend
l'ours noir,le Raccoon,l'ours grizzly,le porc épie qui semblent
être destotemsde sections.
Le deuxièmeest celui des « gens qui ne mangent pas les
petits oiseaux Delui dépendentt*'lesfaucous tes oiseaux
noirs qui eux-mêmesse divisenten oiseauxù têtes blanches.
à têtes rouges,à têtes jaunes, à aites rouges; 3" les oiseaux
noir-grisou « gens du tonnerre ?, qui se subdivisentà leur
tour enalouettesdespréset poulesdes prairies; 4"leschouettes
subdiviséeseites-memesen grandes,petites et moyennes.
Le troisièmesous-ctanest celui de t'aigte il comprend
d'abordtrois espècesd'aigies et une quatrième section ne
parait pas se rapporter à un ordre de choses déterminé elle
est intitulée« les travailleursM.
Enfin le quatrième sous-clanest celui de la tortue. H est
en rapports avec le brouillardque ses membresont le pou-
voir d'arrêter~. Sous le genre tortue se trouvent subsumées
quatreespècesparticulièresdu mêmeanimal.
Commeonest fondéà croireque ce cas n'a pas été unique,

1. \St«M«« ~cMc~. p. & !) t)uu~ parait ttii~e;:(tfM~Utttabte quu ce


clan a'it': un ciM de t'ouM: c'est en <:))<;), tf «ottt du j'r''<Hi<riious-etan.
Ue p)u: tu ctiKtqui lui correspond d(tn!i
l es autres trihu~ Siouxest un cttm
de t'oufs.
S. 0)))a~<t!eeie(c;)M,p. !!? et <iUi\. noMeypouf dM.ognfrCMsxroa-
pement!'se sert destxots de genleset d<'«<A-tM/<'<. U nu nous puratt p<"
noceasairod'adopter une expression nouvette pour dMi.ignft'les clans Il
dcscendtMcctnftiicutin' Ce n't qu'une esptco du gen)'<
3. Le broaintu'dest. s<u!<doute, fephisentosous la forme d'une tortue.
le hrouittan)''t )tt tempête retevax'tttdu clan
On Mit ')«'' ehstteii (ro((u<tti!
du fif'vn'. ':t.fnn!er.~tw/ r~fM)MN<.)H fo)-~)~/<f~H<*<))!M'.p. X4t.
K'fM. M.U'«. – ':),A!i''H'M:ATtUX!t
K. Ht«KttHtM )'tHMtTtVti!<
t?

que bien d'autres clans out dd présenter de sentbtabtesdivi-


sionset subdivisions,on peut supposer sanstéméritéque le
systèmede classification,encoreobservablechezles Omahas.
Meu autrefoisune complexitéplus grande qu'aujourd'hui.Or,
a côtéde cette répartition des choses, analogueà celleque
nousavons constatéeen Australie,on voit apparaltre,mais
sousune formerudimentaire, les notions d'orientation.
Lorsquela tribu campe, le campementaffecteune forme
circulaire;or, à l'intérieur de ce cercle, chaquegroupepar'
ticutier a un emplacementdéterminé. Les deux phratries
sont respectivementà droite et à gauche de la route suivie
par la tribu, le point de départ servant de point de repère.A
l'intérieur du demi-cercleoccupé pur chaque phratrie, les
claus,à leur tour, sont nettement localisésles uns par rap-
port aux autres et il en est de même des sous-clans.Les
placesqui leur sont ainsi attribuéesdépendentmoinsde leur
parentéque de leurs fonctionssociales,et, par conséquent,
'te la nature des chosesplacéessous leur dépendanceet sur
lesquellesest censée s'exercer leur activité. Ainsi, il y a,
danschaquephratrie, un clan qui soutientdes rapportsspé-
ciauxavec le tonnerre et avecla guerre; l'unest le clan de
l'élan, le secondest celui des lctasandas, Orils sont placés
l'un en facede l'autre à t'entrée du camp, dont ils ont la
garde, d'ailleurs plus rituelle que récite' c'est par rapport
à eux que lesautres clans sont disposéstoujoursd'après le
mêmeprincipe. Leschosesse trouventdonc situées,decotte
manière, à l'intérieur du camp, en même temps que les
groupessociauxauxquels elles sont attribuées.L'espaceest
partagéentre les clanset entre les êtres, événements,etc..
qui ressortissentà ces clans. Mais on voit que ce qui est
ainsi réparti, ce n'est pas l'espace mondial, c'est seulement
l'espaceoccupépar la tribu. Clans et chosessontorientés,
non pas encore d'après les points cardinaux, mais simple-
ment par rapport au centre du camp. Les divisionscorres-
pondent, non aux orients proprementdits, maisà t'ayantet
à l'arrière, a la droite et à la gauche, à partir de ce point
centrait De plus, cesdivisionsspécialessont attribuéesaux
).MissA.FtMtehct,
ï7«'~<f<Mce of </)f«'a~-<ect (OtMttAa
t-)'<«o/).
inJ. ~t. mtX,p.<:?. Cettedisposition n'estsuhi<!
~au dans)~
)))0)ivenu!t)t!
générauxdela tribu(V.Ow<t/«! tfocMe~,p. ~ttet suiv.,
p.:!M,§<?: Cf.SioMan
.Soctoto;j).226).
PoureoMtpffndM
combien i'nrit'atation
desdus esti)td<itt)mtin<!e
par
48 t90t.tf<H
t/A~t! SM<ot.M))QfË.
ctaus, bien loiu que tes clans tour soient attribués, connno
c'était le cas chez tes Zuni<.
Dansd'autrestribus Sioux, lu notion d'orientationprend
plus de distinction.Commeles Omatms,tes Osasessontdivisés
en deux phratries, situéesl'unea droite et l'autre a gauche
mais tandis que chez les premiers les fonctions des deux
phratries se confondaientpar certains points (nous avonsvu
que l'une et i'autre avaient un clan de lit guerre et du ton-
nerre), Ici, ettessont nettement distinctes. Une moitiéde lu
tribu est préposéea la guerre, l'autre à ta paix. II en résulte
nécessairementune localisationplus exactedes choses.Chez
les Kansas, nous trouvons la mûme organisation. De plus,
chacundesclanset dessous-ctans soutient un rapport défini
avec les quatre point. cardinaux'. Hnfin,citez les Ponkas",
nous faisons uu progrès de ptus. Comme chez les précé-
dents, le cercleformépar ia tribu est divisé en deux moitiés
égales qui correspondentaux deux phratries. D'autrepart,
chaque phratrie comprend quatre clans, tuais qui se rédui-
sent tout naturellementà doux doublets; car le mêmeété-
ment caractéristique est attribué à deux ctans a la fois.
U en résultela disposition suîvaute des gens et deschoses.
Le cercle est divisé en quatre parties. Dans la première,
à gauche de t'eatt'ée, se trouvent deux clans du feu (ou du
tonnerre); dans la partie située derrière, deux claus du
vent dans la premièrea droite, deux clans de l'eau der-
rière, deux clans de la terre. Chacun des quatre éléments
est donc tocatiséexactement dans l'un des quatre secteurs
de la circonférencetotale. Dès.lors, il sutura que l'axe de
cette circonférencecoïncide avec l'un des deux axes de la
rose des ventspour que les clans et les choses soient orien-
tés par rapport aux points cardinaux. Or on sait que, dans

t'apportaut pointscardinaU! il suffitdf.rcp)t;!icnterf)u'<'))):


change ton<-
ptttefncntsuivant 'jaeta route suivie pat'h t tribuva dunordau <)td.oa
d~t'<ixtit l'ouest,un itm'MCtnt'nt. Ait«i,)tM.Dot'My <'t MMCeei~o
sontaventures enr.tpprfx-htnt.autant<tu'n< t'untf<ut.eusystème Omtthit
do t<tctitiiiiitication desclans
eM)np)<:te et dc~ choses« oua les t'egioni(V.
.~(e«<t/t
C«M'.j). et sui\ et MacUee,!<e.StoM«H /w~<tox. p.2MJ.
t..StetM« p.SS; Cf.p.3)t.
.Socf'û/0~.
Dan!'lu'M'))t')nit!decireuu)'ambu)tttiet) autout'de~ peint!)cardinaux.
le point<t'ondoitpartirchaqae~tunvariesuivanttesdan!!t~tûMfM C«/<tt,
t.. MO).
3. ~<'wf<M
.St)<:<e~ p. MO .S«MH« f.'«/h,p. !i~ CettetribM a d'assez
intportattt~xttUi-tutN))-.
K. M~HKMKtM
BT M. MAL'SS. – Cf..t~~t'tt;ATtMXS
f'MMtThK-. <&

ces tribus, l'entrée du camp est généralementtournée vers


l'ouest'.
Maiscette orientation (hypotitétique,d'ailleurs. en partie)
reste encore indirecte. Les groupes secondairesde ta tribu,
avec tout ce qui en dépend, sont situésdans les quartiers du
citinptl(il sont plus ou moinsuettementorientés mais. dans
aucun de ces eus, il u'est dit que tel clan soutientune retu-
tion définie avec tette portion de l'espace en générât. C'est
eucore uniquement de l'espace tribat qu'il estquestion nous
continuons donc ù rester assez loin desZufiis Pournousen
rapprocherdavantage, il va nous falloir quitterl'Amériqueet
revenir en Australie. C'est dans une tribu australienneque
nous attons trouver une partie de ce qui manqueainsi aux
Sioux, preuve nouvelle et particulièrementdécisiveque les
dinéreucesentre ce que nous avons appelé jusqu'ici le sys-
tème américainet le système australien ne tiennentpas uni-
quement à des causes tocateset n'ontrien d'irréductible.
(Jettetribu est cette des Wotjobattutt,que nousavons déjà
étudiée. Sansdoute, M.Howitt,à qui nous devonsces rensei-
gnements, ne nous dit pas que les points cardinaux aient
joué aucun rôle dans la classificationdes choses et nous
n avons aucuneraison de suspecterl'exactitudede ses obser-
vations sur ce point. Mais,pour ce qui est desclans, it n'y a
aucun doute à avoir chacun d'eux est rapportéà un espace
déterminé, qui est vraiment sien. Htil ne s'agit plus cette
fois d'un quartier du camp, mais d'une portiondélimitéede
l'Horizonen générât. Chaquectan peut être ainsisituésur la

1.CheztfsWintx'tMgos, ont'ot)trmt\ctu ttn'')o" r~'M~itinn t)<~<'))t))~


!'t
t)Mchostii.('('Htt'Mf C!)tu i'UUCSt(.(OM~M C«~,p. M~. Cf. )'M)er,//tt/M/<
~cor</«)M< it)~tM«'<')'Cf«'f«t')'«/<t-
/tM/o<'t<'<t<</«<ft, )S8'i,)).(i~S-'Ht.)Mais
<;(!ttM
ut'ifMt&tittn 'nttëf.'ntc
doi'ftttrcett)'n)udi«<: )i(tst'a~jK'ct g~ncrat'ta
cittopetnt'nt.Litmt'mc(tispu~ition <ett'tt'ouv)'
~'HU)).-t)r!.
f'tu'xk'sUtHHhns.
nonpas dans )'NS!M*tttt)Mo ' )f
~n~rt))' totribu,muisdatts)<;s!i~<f)H)))A-~
des
~itfticutiM'eiictatM, ou.toutau «toms,det-~rtait);! dani.Cest nutant-
)<)'ntte<'U!! duf'tanCbttt~du. UMts)f't'erctcqu'i) )'orm!' quimdilsf réunit.
ht tcft'f.lefeu.)tit'f.'Mt
etf'uxusont<itUM cx~ctcHteutdelu «)')<))'tunMit'tu
ddns<)mttru sectfUM ditt~t'untstStOHHM CM~t. ~
)<. St.
U y it pourtantunutrilmSiouoùnousrett'nuvun!< )''s chose.vrai.
toentctoii!);tousdesorieutti. Mutmtte ';))<)c'<Xafti~<'<;sontlesUm'otahs.
Maiti,chez ce jx'uj))'tfs ctansot~ disparuHt,par i-uitc )&rt)t«itic<ttion
parclans.<J'<;at w <)uinousett))<f'<:)M d'enfain-~tittd!tnsuutredtintoos.
tMtion. V..StoMaK C' )'.6S3.p. H* XSO, S~.M7.Cf.Hig); ?'n/t.Aoo-
Wa/t-A'cM (W'usttittgtux. t8!5,[<.6)}. La dasiiiOMtion UMottttt e~ti'inf;u-
tiMfetucnt ttnttugUf &la '')!tMifi';)ttiou''hiuuise
~u'inous<!tudi<:Mns tou~
tt)'))OUM.
K.Ocf)ffttKM.–A<)MWM<-iu)..t'~).)MU. t
5M t/ASSKK S<K:H)).OHt<~K.fKi.tUtfS

t'osedes vents. Le rapport entre le c!<«)<*tsou espace est


mêmetellotnentintimeque sesmembresdoiventêtreenterrés
dans lu directionqui est ainsi déterminée KPar exemple,
un Wartwut, vont chaud est enterrô avec ta tête dirigéeun
peu vers l'Ouest du Nord, c'est-à-diredans la directiond'où
le vent chaud souNe dans leur pays. Les gens du soleil
sontenterrés dans la direction dit tever du soleilet ainsi de
suite pour les autres'.
Cettedivisiondes espacesest si étroitementliéea ce qu'il
y a de plusessentieldans l'organisationsocialede cettetribu.
que M. Howitta pu y voir <fune méthode mécaniqueem-
ployéepar les Wotjobattukpour conserveret pourexposer
le tableau de leurs phratries. de leurs totems, et de leurs
relations avecces ditïérents groupes et les uus par rapport
aux autres Deuxctans ne peuvent pas être parentssans
être, par cela même, rapportés à deux régionsvoisinesde
t'espace. C'est ce que montre la figure ci-contre que
M.Ilowitt a construited'après les indicationsd'un indigène,
d'ailleurs fort intelligent. Celuici. pour décrire l'organisa-
tion de ta tribu, commençapar placer un bâtonexactement
dirigé vers t'Est~carNgaui, le soleil.est le principaltotemet
c'est par rapport à lui que tous tes autres sont déterminés.
En d'autres termes, c'est le clau du soleil et l'orientationEst-
Ouestqui a dû donner l'orientation généraledes deuxphra-
tries Krokitchet Camutch,la premièreétant situéeau-dessus
de la ligne E.-O., l'autre au-dessous.En fait, on peut voir
sur la figureque la phratrie Camutchest tout entièreau Sud,
l'autre presquetout entière au Nord.Unseul clan Krokitch,
le clan 9, dépasse la ligne R.-O.et il y a tout lieu de croire
que cette anomalieest due ou à une erreur d'observationou
à une altération plus ou moins tardive du systèmeprimi-

i. llowitt.~«<<<'ff<<««
m~tctHfM<'«. in J. A. ).. XVt.jt.!tt fto'~f)'
.etM.etc..inJ.A.t., XVIII, p. 0:
S.Lamotde W&rtwut veutdire4htfois~or<)et vontdx ~t.-K.~aest,
uuvontchaud. f«)'<Ae<Vo<M. in J. A.)..XVttt.p.62.n.ii.
3.~M~f.NtM/tftnc M!<K,p. 3t.
t. f«)'<Ao'~<M. p. Met suiv.Cequisuitestie re~Utn)! dutexte.
5.Voici,autant<)u'e)ie
peutêtreétablie.la traduction destermrsindi.
~f-ne! tesclans 1 et 2 (rfttaui)
désignant signifieSoleil3 (Barewun).
Unecave(?);et « (Bttchengat). Petiean:S (Wartwat-Batehan~), Pe-
iicimventchaud:6 (Wartwut) Ventchaud:7 (Moi)Sorpent-tapis 8 et9
(Munya) Kangourou (?) )0(\Vurant),Cacatois noh-:<9(!tf;ungut).
Lamer:
13(Jallan).VipCretnortt-ttu.
t'tttMtTiYK-5t
KTM. MAt'S~.– t:).A!<!Hm:Tt('tS
K. ML'tUCftEMt

tif.On aurait ainsi nue phratrie du Nordet une phratrie du


Miditout it fait aoatoguesitcellesque nous avonsconstatées
dansd'autres sociétés.LaligneNord-Sudest déterminéetrès
exactementdans la partie Xont par le chu)du péiicande ta
phratrie Krohiteh,et, dans lu partie sud. par le cfaa de la

phratrie Gamutchqui porte le même nom.Ona ainsi quatre


secteurs dans lesquelsse localisentles autres clans.Comme
chezles Omahas,l'ordre selonlequelUssontdisposés exprime
les rapportsdo parenté qui existententre leurs totems.Les
espacesqui séparent les clansapparentesportent Jenom du
clan primaire, dont les autressont des segments. Ainsi les
clans 1 et 2 sont appelés, ainsi que J'espaceintermédiaire,
« appartenantau soleil lesctans2 et 4 ainsi que la région
intercaléesont complètementau cacatoisbtanc t. Le caca-

1. HnoHftM.))uw!U mentionne )))i')))t'))tf


')Me~0)]infonu~teu)' !t
t;Msurcepointdt'sttesitatiam. etanesten refttit)'
O'aMtreptu't.ce )<;nt'tH<'
te'-)<tn
.jn<: 8M)n''.<n (tiittinsMe s
f)u':ptn' estotems mortnaitt.s.
52 ).'AX\H)!Su(H«).0<!)'fK.t'Mt-)')M

tois blanc étant un syuonymo do soleil, ainsi que nous


l'avons déjà montré, ou peut dire que tout le secteur qui va
de t'Hst au Nord est chose du soleil. De même les etans qui
vont de 4 a 9,c'est*à-dire qui voutdu Knrdàà l'Ouest sont tous
des segments du pélican de ia première phratrie. On voit
avecquotte régularité les ettoses sont orientées.

En résume, non souiemeut ta ou les deux types de ciassi-


fication coexistent. comme c'est le cas chez les Zunis, nous
avons des raisons de penser que ta classification par ctans et
par totems est ta plus ancienne, muis encore nous avons pu
suivre, à travers les difïérentes sociétés que nous venons de
passer eu revue, ia manière dont le second système est sorti
du premier et s'y est surajouté.
Dans les sociétés dont t'orgauisution u un caractère tote-
mique, c'est une règle générale que tes groupes secondaires
de ia tribu, phratries, clans, sous-ctans. se disposent dans
l'espace suivant tours rapports de pHrentéet les similitudes
on les dittet'ences que présentent leurs fonctions sociales.
Parce que les deux phratries ont des personnalités distinctes.
parce que chacune a un rôle dinereat dans ta vie de la tribu,
eUes s'opposent spatialement l'une s'établit d'uu côte,
l'autre de l'autre; tune est orientée dan-un seus. t'autre
dans le sens oppose. A l'intérieur do chaque phratrie, les
clans sont d'autant plus voisins, ou, au contraire, d'autant
plus éloignes les uns des autres que les choses de leur ressort
sont plus parentes ou plus étrangères les unes aux autres.
L'existence de cette rigle était très apparente dans les sociétés
<tont nous avons purte. Nous avons vu, en effet, cognent.
chez les Zunis. à t'int<:rieur du t'ucbto, chaque clan était
orienté dans le sens de ta région qui lui était assignée com-
ment. chez les Sioux. les deux phratries, chargées de fonc-
tions aussi contraires que possible, étaient situées t'une à
gauche, l'autre à droite. l'une à l'Est, l'autre à t'Ouest. Mais
des faits identiques ou analogues se retrouvent dans bien
d'autres tribus. On signale également cette doubleopposition
des phratries, et quant à la fonction et quant à l'emplace-
ment. chez les troquois chez les Wyandots*, chez les Sémi*
i. V. Morgan.~c«H< t!oc<f~.p. M. M-9ii tcHjifMe
o/ </)<7)'<~Mt)M,
p. 394et suiv. Mi~ E.A. Smith..V~/Mt<A<' ixi!
<~ ffa~wa)~, Aep.e/~«r.
B~<)).,p. m.
CoMntmeN<,
Powoll,tV~<tM<h'< in Hfp.««)'.Mt.. p. 44.
Bt M. MAE~. –
K. M'MKMtMM fK!M)Tf\'H~ S3
Ct.A!MfK!ATM!M

uoles, tribu dégénérée de tu Fioride', chez tesTbttokits, cttM


les Indiens Loucheux ou Dcu6 Diadje, tes plus septentrio-
naux, les pins abâtardis, mais aussi les plus primitifs des
hjdieHS En Metanésio. t'empti'cement respectif des phra-
tries et des cians n'est pas moins rigoureusement détermine.
!t suffit, d'nitieurs, dp se rappeler le fait déjà cite, de ces
tribus divisées en phratrie de t'eau et phratrie de ta terre,
campant t'une sous le veot, l'autre vers le veut Dans beau-
coup de sociétés mélanésiennes, cette division bipartite est
<nemetout ce (lui. reste de l'ancienne organisatiot) EuAus-
trMiie.à maintes reprises, ou a constaté tes mômes pbeuo-
mènes de hK'idisatiuu. Alors metuc tjne les membres de
chaque phratrie sont dispersés t'<travers une multitude de
groupes locaux, a i intérieur de .chacun d'eux eites s'oppo-
seut dans le campement' Mais c'cst.surtout dans iesrassetn-
bietneuts de ta tribu tout eotiëre que ces dispositions sont
opparentes, ainsi que i'orientuUon qui en résulte. C'est le cas
tout particulièrement chez les Aruatas. Nous trouvons, d'ail-
leurs, chez eux. la notion d'une orientfttion spéciale, d'une
direction mythique assignée chaque clan. Le clan de l'eau
appartient à une région qui est censée être celle de t'oau'°,
C'est dans la direction du camp mythique ou sont censés
avoir huhité les ancêtres fabuleux, les Atcheringas, que l'on
oriente le mort. La direction du camp des ancêtres mythiques
deit) mère entre en ligne de compte lors de certaines cérémo-
nies religieuses (le percement du nex. t'extractioa do l'inci-
sive supérieure'). Chez les Kuiin. et dans tout le groupe de
tribus qui habitent ta cote de ta Nouvelle-Galles du Sud. les
clans sont places dans t'assembtee tribale suivant le point de
rhorixon d'où ils viennent".

<.Moonuy. in YOt/< ~AM..it.M-)8i)4. ).. M)7-0t).


t'cUtut.Tf'a~'otMt'o~x'Mttm </«C"'M(/«.\(«f<-OMM< (M't't-'<< 'f"
t'ffpu)..XXV)).)). tii et SO.Ch' f'i UtU<-)«'u.<, it y U)")j'htftt-iedu
t
fin'Jt' unu<)oi~u<'))c et unedu<)'i)i''u.
!).V. plus))m)tp. M.
4. t'ffi)..S7~<'<* ~e<~<</<< p. ?.
S. Mt)'-ttt;rctt!))tun,.MT<-tt'<. )t.3!0. ~'T,2X7.3~ Mt.
0. Spt-ncer et Citt-'n.Mif~.p.<
T. Wf/ )).H)'i.Koui-!iY«n!. Mvi'h'nnnentutfintot<-isuitft un c')tt)tnen-
ct'tocnt.M)it. à un rcst':<)))t"m)t5U[ion(h'st-)a)M.C'st.pt-')y()t~-))f'u:
)))t)t<tt
M«M!ite.Si, cott'txaonttOMtty);<h' t t-d~monh~ ici!'a« dernier. " )' M'htx't
()au tesct<ttts ont 'U~ rt~Mtrti~ k-s))hntt)iC!.
entre ttMp)H')ttri<i.<-M))"K' st)))t
)p6<:tftt):i
)))t'ftf)!i<:t;!i, fttttffÛr~tft.
X.Xowitt, CMftt/Mttt.)tM~'<t<t«t)<f)-('M)OM«'ht' ") J. J. 7..XtH.
St t.'AS\tiHf.')t:tut.ummi:.ttOt.t4t~

<.ecipas. un comprendaisémentcommenth) ctassiiication


pat' orients s'est établie. Leschoses furent d'abord classées
par ctans et pin' totems. Maiscette étroite localisation des
ctans dont nousvouonsde purto'entratnaforcémentune toca
tisation correspondantedes chosesattribuées aux clans. Du
momentque les gensdu loup, par exempte,ressortissentà tei
quartier du camp. il en est nécessairementde ntOne des
chosesde toutessortesqui sont classéessousce mêmetotem.
)'i't- suite, que le camp s'oriente d'une manière définie, et
textes ses parties se trouverontorientéesdu même
coup avec
'"ut cequ'eOes comprennent,choseset gens.Autrementdit,
tous les êtres de la nature seront désormaisconçus comme
"outenaotdes rapports déterminesavec des portions égale.
ment déterminéesde l'espace. Sans doute, c'est seulement
t'espacetribal qui est ainsi divise et réparti. Maisde même
que la tribu constitue pour le primitif toute l'humanité, de
même que t'ancétre fondateurde la tribu est le père et le
créateur des hommes,de mêmeaussi l'idéedu camp se cou-
fond avecl'idéedu monde Lecampest le centrede l'univers
et tout l'univers y est eu raccourci.L'espace mondial et l'es-
pace tribal ne se distinguentdonc que très imparfaitementet
l'esprit passede l'un à l'autresans dinicuité, presque sans en
.'voir conscience.Et ainsi les chosesse trouvent
rapportéesà
tels ou tels orients engénérai. Toutefois,tant que t'orgaoisa.
tion en phratries et en ctaus resta forte, ia classification
par
'-tans resta, prépondérante: c'est, par l'intermédiaire 'des
totems que les choses furent rattachéesaux régions. Nous
Mvousvu que c'était encorele cas chez les Xunis,au moins
pour certains êtres. Maisquetes groupementstotémiques, si
curieusementhiérarchisés,s~évanonissentetsoient remplacés
par des groupementslocaux,simplementjuxtaposésles uns
aux autres, et, dans la même mesure, la classification
par
urientssera désormaista seulepossible'.
p.
fi.iki, 442.
<H,M: I)s~
tt'' du!zKatilllaroiIV.
tri4illi(~.
tf)~ntt.<-ht'i!t<KM)ittH-t)i
~M<tU)Mw~tf~aw
Tièe 1101'1"
'JI'
w~x7M<.
lili/iu-
/MHCffM)M)tM o/'~/«'
A«Mf;«-<}< )t)J.J.
rt-<A<M. XXtV,
)).ttt.MtXX\'
t'. 3M,326~.
1. On trouv.- .-xt-otfit «'ttu.: dM (nn-e< .)f <-cs i.)!;us: KtMw/t~
Kigniae ù
In f«i< lu mon.)') et lu lieu f'ù de n~uoi~aient )M c'Muieo).
L'identinctt-
U~n 'tf fit tribu oa 't'i la cit'~ <:t de t'hatnftnitM n'est
donc p~ duo simpt~-
m<'n<)t rfjta.ttHtion rie )'ot't!Uci) tMtiuxe). tttai~ & un entiouLtc de concep-
tions qui font de la tnhu le M)et'ee<'e<M<e</e <'«n{re)'<.
2. Uans ce M!i. tout ce qui survit de t'MCMMsyitMm< f'est t'<tttt-ihat!on do
K'TttiM pouvoirs aux ~mt)p'-< tocaux. Ainiii, chci! )<;? Kumai.
chMUt;
)!i''<Np'- tofit) f~) tttattm d'un c'-rtiiin vent <}niest Mn!!c veni)' de son c0t<~
K. HUttKHKtMR'f M. MAL'M. CLAMtnCATtUS!; t'ttUttTtYK'i X:;

Ainsi, tes deux types de ctussifieution que nous venons


d'étudier ne font qu'exprimer. sous des aspects dinérents,les
sociétésmêmes au sein desquelleselles se sont étaborees;la
première était, modelée sur l'organisation juridique et reli-
gieusede la tribu, ta secondesur sou organisation morphoto.
gique.Lorsqu'il s'agit d'établir des liens de parenté entre tes
choses,de constituer des famillesde ptus en plus vastesd'êtres
et de phonomeaes,ou a procédéà l'aide des notionsque four-
nissaient ta famille, le ctau, la phratrie et l'on est parti des
mythes totemiques. Lorsqu'il s'est agi d'établir des rapports
entre les espaces,ce sontlesrapportsspatiaux que leshommes
soutiennentà l'intérieur de ta société qui ont servi de point
de repère, Ici, le cadre a été fourni par le clan lui-même,là,
parta marquematérielleque le ctau a mise sur le sot. Maisl'un
et l'autre cadre sont d'origine sociale.

[V

it nousreste maintenantà décrire, au moins dansses prin-


cipes, un dernier type de classification qui présente tous
les caractèresessentiels de ceux qui précèdent saut qu'il est,
depuis qu'il est connu, indépendant de toute organisation
sociale.Le meilleur cas du genre, le plus remarquableet le
plus instructif, nousest offertpar le système divinatoireastro-
nomique,astrologique,géomautiqueet horoscopiquedesChi-
nois. Ce systèmea derrière lui unehistoire qui remonteaux
tempslesplus lointains; car il est certainementantérieuraux
premiersdocumentsauthentiqueset dMtésque nousait conser-
veaia Chine Dèstes premierssièclesde notre ère, ilétait déjà
en plein développement.D'autre part. si nous allons~'étudier
depréférenceen Chine,cen'est pas qu'il soit spécialà ce pays
ou le trouve dans tout l'Extrême-Orient~.Les Siamois, les
Cambodgiens,les Thibetains, les Mongolsle connaissentet
l'emploientégalement. Pour tous ces peuples, il exprimele
« Tao c'est-à-dire la nature, it està la base de toutela phi-
losophie et de tout le culte qu'on appelle vulgairement
Taoisme Il régit en sommetous les dctaits de la viedans le

l. ttcGfuut.T/<<' .~</p')) <<w.)'. St't:t f.pB


Rf~'tXM . Me) suiv.
S. MM..?.?«'.
S. 7<'{f< p.98'
&& t/ASNKKMHttH.MtOP)!.<Mt~9&!

ptus immense groupement de population qu'ait jamais connu


t'humauité.
L'importance même de ce système ne nous permet pas d'en
retracer autre chose que les grandes lignes, Nous nous but'-
neroMsà le décri redansta mesure strictement nécessaire pour
faire voir combien il concorde, dans ses principes généraux,
avec ceux que nous avons décrits jusqu'ici.
Il esKait lui-même de plusieurs systèmes cntremeiHs.
L'un des principes les plus essentiels sur iesquets il repose
est une division de l'espace suivant les quatre points cardi-
uaux. Unanimât préside et donne sou non) à chacune de ces
quatre régions. proprement parler, t'animai se confond avec
sa région le dragon d'azur est l'est, l'oiseau ronge est le sud,
letigre btaucest l'ouest, lu tortue noirete nord. Chaque région
a )a couleur de son animât et, suivant des conditions diverses
que nous ne pouvons exposer ici, ette est favorable ou défavo-
rable. Les êtres symbottquesqui sont ainsi préposés à t'espace
gouvernent daiiteurs aussi bien ta terre que le ciel. Ainsi
une coHine ou une configuration ~eosrHphique qui paratt
ressemblera an ti~re ost du tigre et de t'ouest; si elle rappetie
un dragon, elle est du dragon et de t'est. Par suite, un empla-
cement sera considère comme favorable, si les choses qui
l'entourent sont d'un aspect conforme à teur orientation; par
exemple, si celles qui sont à l'ouest sont du tigre et ceties qui
sont a i'est sont du dt'a~on
Mais l'espace compris entre chaque point cardinal est lui-
même divisé en deux parties de là résulte un total de huit
divisions~ qui correspondent aux huit vents. Ces huit vents.
a leur tour. sont eu rapports étroits avec huit pouvoirs, repré-
sentés par huit trigramtMesqui occupent le centre de lit bous-'
soie divinatoire. Ces huit pouvoirs sont d'abord, aux deux
extrémités (le t"' et le 8" lesdeux substances opposées de la
terre et du ciel; entre eux sont situés les six autres pouvoirs,
a savoir t" les vapeurs, nuages, émanations, etc. le feu,
la chateur, le soleil, la tumiére, t'éctair 3° le tonnerre; 4"le

1. Litc))'M''t!'itd'<ti)k'U)- t'Muru dans chacux);<t<


?))).<''ot))j)ti')ucc
4 rt!f;i!)t)ssont n~Mt-tk-.t
? con.~dta.tions. <)'où tes i8 tKterisnx'ehi-
nois.{Onsuit<f))~i bcaucuup <)'<<n.mt!)attribuentuno Mfigitto au
fhinuiBe
non))j)'ed'Mastet'M)u<< <tani)<<")tt'Of-ient).Lesi«t)t)t)nco!i tornis-
<tstn*)u!
t)'M.atnMJph<'rif[)M)! <'«n':uur).'nt
toutesduns'-c ditdu
jiyst<)ne. Fun~.shut.
«a da ventet da l'eau«. Sm-m sy<t)'t))e. voirr)eGroot.op .c<< t'ttrt.t,
chap. J:M,('t)MSn?fcr';nt-< f-it~o;
2. /<.M.,p. 9M.
K.OOitHHEtM – t:LASStt'K:ATtnSS
M M.MAUSS. t'mMHh'Kit
M
vent et le bois S"les eaux, rh'teres, lacset mer (!°lesmon-
tagnes.
Voilà donc un certain nombred'etemeutsfondamentaux,
classesaux différentspoints de la rosedes vents.Maintenant,
Mchacun d'eux, tout un ensemble de choses~estrapporté
~/t!e)<,le cict, principepur de lu tumiëre,du mate, etc., est
placé au sud'. Il « signifieMt'itnmobititéet la force. la t~te, ta
sphère céieste, un père, un prince, ta rondeur, le jade, te
met!)!,ta t{h)CM, le rou~e,un bon cheval, unvieux cneva),uu
nros cheval, un bancatc, le fruit desarbres, etc. Eu d'autres
termes, le ciel coonoteces différentes sortes do choses,
comme, chez nous, le geure coouutoles espècesqu'il corn-
prend en lui. A''f«M,principe femelle, principe de la terre,
de t'obscuri~, est au nord ù lui ressortisseutta ftocititc,le
hétait. te ventre, luterre mère,tes habits, les chaudrons, la
muttitude, le noir, les grands churrois,etc. Soleil » veut
direpenetratiou; souslui sont subsumesle veut, le bois, tu
longueur, la hauteur, lu volaille,tes cuisses,tantieatnée, les
mouvementsen avantet en arrière, tout gain de 3 pJOO,etc.
Nous nous bornons &ces quelquesexemples. La liste des
espècesd'êtres, d'événements,d'attributs,de substances,d'ac-
cidents ainsi classéssous la rubrique des huit pouvoirsest
vraiment infinie.Elle épuiseu ta façond'une gnose ou d'une
cabale l'ensemble du moude. Sur ce thème, les classiques
et leurs imitateursse livrent à des spéculationssans fin avec
une verveinépuisable.
A côté de cetteclassificationeu huit pouvoirs,on en trouve
une autre qui repartit les chosessouscinqcléments, la terre,
t'eau. le bois, le meta),le leu. On a remarque,d'ailleurs, que
ta premièren'était pas irréductibleil la seconde si, en effet,
on en élimine les montagnes,si, d'autre part, ou confondles
vapeurs avec l'eau et le tonnerre avec le feu,les deux divi-
sions coïncidentexactement.
Quoiqu'il en soitde ta questionde savoirsi ces deuxclas.
siticatiousdérivent t'unode l'autre ou sont surajoutéesl'une
à l'autre, lesétementsjouent le mêmerùteque les pouvoirs.
Nonseulementtoutesleschosesleur sont rapportées,suivant
i. V.<mYih.KiMK.f'' ''httj'.xut.'hit:.J)ttfaduftitu)<)cM.Lc~c.~ffo'f~
/Mh<o/*</<e KfM< (t.X\'); X uusfiuhut)!!h'tuhttMt) dm~su(tu)'M.dt!Ufoot.
c~.<:{<p. Mt.X<tt)tt'):thi)))antce!!<:)!is!iific<tti<'n!! de tout<'e<)a!
t)Mt)')<x'n<
f<MS)!t))t))o
&)tt.toniquet;rce<jne et t'atop~enne.t.). t'ootradit
(ion:te:!dcvia-
ti('M.lesc))HV<tucho)t)Mt)t!!
y (tbondcnt. Ëttcs n et) sont(f'tuNeufii
<)uaplus
inttSMMttnt~ &nosyeu:
M L'AXXKKS'tChtt.ucu~CH.taet-HtM
tes substancesqui les composentou suivant leurs formes,
mais encore les événementshistoriques, les accidents du
sol,etc Lesplanèteseltes-mèmesleur sontattribuées Venus
est l'étoile dumétal.Marsl'étoile du feu,etc. Vautrepart,cette
ctassiticationest reliéeà l'ensembledusystèmeparcefait que
chacundes élémentsest toeatisédans uue division(ondamea*
tale. ti a sutMde mettre,commeil était justed'aiHeurs,ta terre
i'u centredu monde,pourpouvoirta répartirentre tes quatre
régtonsde t'espace,i'ar suite, ils sont, eux aussi, commeles
relions, tjous ou mauvais,puissants ou (aibles,générateurs
ou engendres.
~ous ne poursuivronspas lu peuséechiooisedans sesmille
et mille replis traditionnels.Pour pouvoiradapter aux faits
tes principessur lesquelsreposece système.elle a
multiplié,
complique, sans se lasser, les divisionset subdivisionsdes
espaceset des choses.Htlen'a mêmepascraint les contradic-
tions les plus expresses.Par exemple,on a pu voir que la
terre est alternativementsituée au nord, au nord-estet au
centre.C'estqu'en enët. cetteclassificationavaitsurtoutpour
objet de régler la conduitedes hommes or, ette arrivait à
cette nu, tout en évitant lesdémentisdel'expérience,grâce à
cettecomplexitémôme.
H nous reste pourtant à expliquer une dernièrecomplica-
tion du système chinois comme les espaces, comme les
choseset tes événements,les temps eux-mêmesen font par-
tie. Aux quatre régionscorrespondentles quatre saisons.De
plus, chacune de ces régionsest subdiviséeen six parties, et
ces vingt-quatre subdivisionsdonnent naturottement les
vingt quatresaisons de l'année chinoise Cetteconcordance
n rien qui doivenous surprendre. Danstous les systèmes
de pensée dont nous venonsde parler, la considérationdes
tempsest parallèleà celledes espaces'. Dèsqu'it y a orienta-
tion, les saisons sont rapportéesnécessairementaux points
cardinaux.l'hiverau nord, t'été au midi, etc.Maisla distinc-
tion des saisous n'est qu'un premier pas dans le computdes
temps. Celui-ci, pour être complet, supposeen outre une
divisionen cycles, années, jours, heures, qui permette de
mesurertoutes lesétenduestemporelles,grandes ou petites.

1.)).-<;r-t./&M..
)).?'
ii.)h'<itn.)t.
?«/ p.a'H.
\'mr ;))us ))<tU), )). :).
H. (tUMKMKtM – O.AMni'mMf'!t'HtMtTtVK"!M
HTM. MAL"!}. 9
LesChinoissont arrivésà ce résultat par le procedfsuivant.
ttsont constituédeux cycles,l'uu dedouzedivisionsett'autre
de dix chacunede ces divisionsa son nom et son caractère
propre. etainsi chaque momentdu temps est représentépur
un binômede caractères, empruntés aux deux cycles diuf-
rents'. Ces deux cycles s'emploient concurremmentaussi
))ien pour tes années que pour tes jours, tes mois et tes
heures,et l'on arrive ainsi &une mensurationassez exacte.
Leur combinaison(orme, par suite, un cycle sexagésimal
puisque,après cinq révolutionsdu cycle de douze, et six
révolutionsdu cyclede six, le m<hn<'binantede caractères
revientexactementqualifierle mêmetemps. Toutcommetes
saisons,cesdoux cycles, avecteurs divisions,sontreiiésa ta
rose des vents et, par l'intermédiairedes quatre points
cardinaux,aux cinq éléments; et c'est ainsi que les Chinois
en sont arrives à cette notion,extraordinaire au regard de
nosidéescourantes,d'un tempsnon homogène,syt'nbotisépar
les éléments,les points cardinaux,les couleurs,les chosesde
toute espècequi leur sont subsumées.et dans les dinérentes
partiesduquel prédominentles influencesles ptus variées
Cen'est pas tout. Les douzeannées du cycle sexagénaire
sont rapportées,en outre, à douzeanimaux qui sont ranges
dans l'ordre suivant le rat, la vache, le tigre, le tievre, le
dragon,le serpent, le cheval,la chèvre, le singe, la poute, t''
chienet le porc Cesdouzeanimaux sont repartis trois par
trois entreles quatre points cardinaux, et par là encorecette
divisiondes temps" est reliée au système géncrat. Ainsi,
disent des textes datés du début de notre ère, « une année
« (~ » a pouranimalle rat, et elle appartient au nord et à
i'oau uneannée« trie» appartientau (ou,c'est-à-direau sud,
t. V.duUt'out,
/tM.p.Uti'973.t)'M)< i)-~t~
te;!ptu!.ant-h'nt'')u.i<)u';s
tu nx'n)!!
K)))M))<hit's et tesi2 'infime.
i On suit ')au <<Mdivi~iott.'i duodecint;t)'Jii et st:i[!tt{"t<'s ""t "i ')''
hMe & ta otonsuMttMt ''hinui!M 'in t'en-tc D'.JMtt'. '!) it fit <)iviiii"t) <).- ht
)t"Msiiu)edhitttttmn;.
3. D') Cfw), MK< j). iHi6.
t. MM..;).'tSC-tMS.
ii. MM..p. tt. ?7.
'i. JiuNS t)' jMtttuM.-i
tt')Ue~H<)M'tx;r<)'';)''t)~t'')))''t!'cy't'i't''s douze
'tiviiiiuttif
et tc~duu:)anuM'M t'op~sMntc' )')n''t'-saMimttux n't<nont.a
t'odgino,qu'unoseuleot ftxttoodivisiuudu tettttx,t'un'!fitoturiqU).
t'anh-e exotc~tjue.Unt'[tu lesappelle « tas<h')tx doaxain''lui<')tp)Mtr-
ti'!nnc))t)'ce ')ai paraitbit'n it«ti<jMc)'
<ju'<;))<;ii 'ju'un';~euht
t)''M'ti<'))t
t't)t)t''nn'
'touMincdive)'~<'m'*t)t
!t\tnbuii:icu.
60 L'AXEE sORMt-OOQM. <90i.t909

et sou animât est lie chevat etc. Subsumées sous tes 6)6.
ments tes annéeste sont aussi sous les régions, représentées
elles-mêmes par des animaux. Nous sommes évidemment eu
présence d'une multitude de classemeuts entretaeés et qui,
malgré leurs coutradictions, enserrent la réalité d'assez prés
pour pouvoir guider assez utilement faction~.
Cette ctussincation (tes espaces, des temps, des choses, des
espèces animales domine toute lu vie chinoise. Ktie est le
principe mémode ia fameuse doctrine du Pung-shui, et, par
tu, etic détermine i'orientation des édinces. la fondation des
villes et des maisons, l'établissement des tombes et des cime-
tières si l'on fait ici tels travaux, et là tels autres, si l'on
entreprend certaines afïaires il telle ou telle époque, c'est
pour des raisons fondées sur cette systématique tradition.
nette. Et ces raisons ne sont pas seulement empruntées a la
!;éotnaucie elles sont aussi dérivées des considérations rela-
tives aux heures, aux jours, aux mois, aux années telle
direction, qui est favorable ;<un moment donné, devient défa*
vorable un autre. Les forces sont concourantes ou discor-
dantes suivant les temps. Ainsi, non seulement dans le
temps, comme dans l'espace, tout est hétérogène, mais les
parties hétérogènes dont sont faits ces deux milieux se cor-
respondent, s'opposent et se disposent dans un système un.
Et tons ces éléments, en nombre infini, se combinent pour
déterminer le genre, i'espece des choses naturelles, le sens des
forces en mouvement, les actes qui doivent être accomplis,
donnant ainsi l'impression d'une philosophie à la fois 8ubtilo
et naïve, rudimentaire et raffinée. C'est que nous sommes en
présence d'un cas. particulièrement typique, où ta pensée
cottectivea travaitié, d'une façon réitéchie et savante, sur des
thèmes évidemment primitifs. 1
Un effet, si nous n'avons pas le moyen de rattacher par un
lien historique lesystème chinois aux types de classification

1. t';i)e.<'n~'nt!' ne<unt)))<).<do nouvuau<))!'jutttrc lu terre CM<!<a


'i'~tr.'<~M)nent jxturd'ivenirnn principeptutuier.Cet!ttranK'!ment <!tait
)t(')!ai)'<)pom-(jM'uft pût t-tre<!tab)t
rappot-tnrithtnMtu)u'i Mnh'c)c<<i)u
<tt''t)t<<itfui!(toaxeMtttttauif.
L' cuntra'tieHon!! sont !nf!n!es.
W<:t)~ Wi))i)m).i.rte ~«Mt A'tM~OM..idition 'te <Mt. Il, p. G!)ut

suiv. WiUiMt))~ rMtuitdo plus le eyc)'!dumireaux cin') Mtctnunt!
''htqMecooptettota division dëcimttted~'stffxp!!<:ofrespond<mt
&untiMment,
Hscrititfortpossitth' tus~itjMeludh'isic'nd~ntuft;Mtptiftied'uneorientatiutt
<'n';inq r)!gio))s, tu divisionduodcnuircd' t'oritntittiof)on quittrupuiatt
''itfdinitUï.
K. Bt'ttKMtMM ET M. MA).'it!i. – Ct.ASStMCATtM~ t'ttttUTnK- t;t

que nous avons étudiés précédemment, il n'est pas possibte


de ue pus remarquer qu'il repose sur les marnes principes
que ces derniers. Lit<;)assificntit)ndes choses sous huit chefs,
tes huit pouvoirs, donne une vcritahte division du mondeen
huit familles, comparable, sauf que lit notion du clan en est
«tMettte. aux classifications australiennes. D'autre part.
comme chez les Xunis, nous avons trouvé il la base du sys-
tème une division tout il fait analogue de t'espace en régions
fondamentales. A ces régions se trouvent également rapportés
les étéments, les vents et les saisons. Comme chez les Zunis
encore, chaque région a sa couleur propre et se trouve placée
sous t'inuueuce prépondérante d'un animât déterminé, qui
symbolise, en même temps, les éléments, les pouvoirs et les
moments de la durée. Nous n'avons, il est vrai, aucun moyeu
de prouver péremptoirement que ces animaux aient jamais
été des totems. Quelque importance que les clans aient con-
servée en Chine et bien qu'ils présentent encore le caractère
distinctif des clans les ptus proprement totémiques. il savoir
t'exogamie', il ne semble pourtant pas qu'ils aient autrefois
porté les noms usités dans la dénomination des régions ou
des heures. Mais il est tout au moins curieux qu'au Siam,
d'âpres un auteur contemporaine il y aarait interdiction de
mariage entre gens d'une même année et d'un même anima).
alors même que cette année appartient a deux duodécados
ditïéreutes; c'est-à-dire que le rapport soutenu partes indivi-
dus avec t'animât auquel ils ressortissent agit sur les rela-
tions conjugales exactement comme le rapport qu'ils soutien-
neut, dans d'autres sociétés, avec leurs totems. D'autre part.
nous savons qu'en Chine. l'horoscope, la considération des
huit caractères joue un rôle considérable dans ta consultation

). WiUitUM. t. p. T-ë.
S.Yuunj!. T/'eK<f);~< )'<< «"tf.))!?, p. M.LMMtrf.'imtcu)'
ne Mtenti~nHent t)u<;lucftmutttti'tt)<)'< 'k'vitti et ttt ':unsidt'-Mtion des
cychM. )'a))<;t!«ix.f'w)'<~«'H '< Mo.MMMtc T/Mï.t. p. N3:~«'~«Hft«(t'e
~MtM)CM-aK!a< tntf"t.. p H: (!)t''vit)ant.tf .SMM< et /M.Stfot««'t'arif-.
tKtt9,p. S5: cr. p. ~M;U' )'t Luutwti;.~fito'i~fm~~M <'u.a«Mf'f/c.SM)n.
~t
Att«t<tt)t. )?)<. ). p. 'M!: v"' ",)' "2.
tti~t"in'tt.<iiHi! – AN(:!m)))'")({a.
t'uxtj~iftUt:')'.
Co<'yc)('!if'nth)))av'<it'oaune
)<-cy<')c '-n Chi'x).M«tira.)«f-«t<~«;t'<<)<:
<-itott)'to\t'-t-utntm- <t).<-f-<tt«.
tof/awt. )H7<i. ().t: MaX ni )f.<itu~'UM ))))' r"<tc< t~ <)'intMt'-
))(tt-)ut)t
V. A'tMo'tU'L''fb' Co<~
tti(;tious)M)tt)'in«'ftia)'t'<'tatit'<'iitt'«')(;.(
<:<tMtto<q.jt.Paris.)'<!?). t)f-<t<)<")'- y n t~toutsimptonent
pt'otxtiitcfju'it
unecwydnccd'ori); cx':)usive)))unt (th'iMtuiMett)'aut)t)tt)')U!' ~f)p)thi)'<)
lu divination e hinoi. est )<)us eM u~tje dans ''c-!!.oci~t~.
f)U<3
)iS L'ASXKK MUt.taOS
SM:K)).UUt~<K.

des devins préalable « toute entrevue matrimoniale !t est


vrai qu'aucun des auteurs que nous avons consuls ne mon-
tionne comme légalement interdit un mariage entre deux
individus d'une même année ou de deux années de même
nom. 11est probable pourtant qu'un tel mariage doit être
réputé commeparticulièrementinauspicieux. Eu tout cas, si
nousn'uvonspas en Chinecettesorte d'exogamieentre gens
nés sous un mêmeanimal, il ne laisse pas d'y avoirentre eux.
a un autre point de vue, une relation quasi-familiale.
M. Doolittle,eu effet,nous apprend que chaque individu est
réputé appartenir à un animal déterminé', et tous ceux qui
appartiennentà un même animal lie peuvent pas assister it
t'cnterrementles uns des autres

La Chinen'est pus. d'ailleurs, le seul pays civiliseoù nous


retrouvions tout au moins des traces de classificationqui
rappellent cellesque nous avons observéesdans les sociétés
inférieures.
Tout d'abord, nousvenonsde voir que la classificationchi-
noise était essentiellementun instrument de divination.Or
les méthodesdivinatoiresde la Grèce présentent avec celles
des Chinoisde remarquablessimilitudes,qui dénotentdes pro.
cédés de mêmenaturedans la manièredont sont classéesles
idées fondamentales'.L'attribution des éléments,des métaux
aux planètesest unfait grec,peut-êtrechaldéen, aussibien que
chinois.Marsest le feu,Saturne, l'eau, etc. La relationentre
certaines sortes d'événementset certaines planètes, la consi-
dération simultanéedes espaces et des temps, la correspon-
danceparticulièrede telle région avec tel momentde l'année,
avectelle espèced'entreprise,se rencontrent égalementdans
ces dinérentes sociétés". Uoe coïncidence plus curieuse
encore est colle qui permet de rapprocher l'astrologie et ta
t. V. )t<K.ti)t)f..S'f"<H/<<-o~~Af (.«?<.«-.)X7!<.
t. MMtX').
MM..U. p. 3H.
:). /4M.. p. 3tS.Cf.<tu(!rof't. /(t~. e/'C/ttM,t.i. )).M6,ot)e
mftT)f <'tn-
faitii~tnbte n~ntionn~ sous unefortnodiMeMntf.
4.Oo s'M-tm~mc «'<)n'y avaitpas ouemprunt.directo)t
ttetuftn')~
indiro-t,t)'undeces)M*up)C!! &t'Mtre.
U«uc))M-L<'c)erc< ~~w~te~f~M~.p.390et suiv..p.318.
fi. Hpi''))!'t'critiqaepfëcitutnent les pronosticstife! des animaux
(oite'itt'it) t'ofn'ut'
étantt)<te<!i)
sur rhypothttede ta coincidenca daii
h'tnp~. d'Mdh'()M))!t. ot <)c!)
<:t'~nemcn(j ~u<cit~pur )<tdiviniM(<<</
~')~/<n')<t'n(!)'.~«~M/'m. K'.
)). ). )!)
UUKKttHM KT M. M.~C< – Ct.A~)ft(:AT)"X'- f'mffTftH" <<

physiognomoniedes Chinoisde cette des Créeset, peut-être,


de celle des égyptiens. !<nthéorie grecque(le ht tttt'tothésie
zodiacaleet planétaire qui est, croit-on, d'origineégyptienne
etpour objet d'établir entre certaines partiesdu corps,d'une
part, et, de l'autre, certaines positions des astres, certaines
orientations, certains événements, d'étroites correspondances.
Or il existe également en Chine une doctrine fameusequi
repose sur le même principe. Chaque élémentest rapportéit
un point cardinal, a une constellation,à une couleurdéter-
minée, et ces divers groupes de choses sont censés, a leur
tour, correspondre à diverses espèces d'organes, résidence
des diverses âmes, aux passions et aux difïérentesparties
dontla réunion forme« le caractère nature! Ainsi,te Yan~.
principe mate de la lumière et du ciet, Il pour viscèrele foie.
pour MtCfKMOK lit vessie, pour ouvertures les oreilleset tes
sphincters*. Orcette théorie, dont on voit tagénératité, n'a
pas seulement un intérêt de curiosité elle implique une
certaine manièrede concevoirles choses.Lemondey est, en
effet,rapporté à l'individu; les êtres y sont, en quelquesorte,
exprimés en fonction de l'organisme vivant; c'est propre-
ment la théorie du microcosme.
Hien, d'ailleurs, n'est plus naturel que le rapport ainsi
constaté entre la divination et~tes ctassiHcatioasde choses.
Toutrite divinatoire, si simple soit-il, reposesur une sympa-
thie préalable entre certains êtres, sur une parentétradition-
nellementadmiseentre tel signe et tel événementfutur. De
plus, un rite divinatoire n'est genéraiemeutpas sent: i) fait
partie d'un tout organisé. La science des devins ne constitue
donc pas des groupes isolésde choses, maisreliecesgroupes
les uns aux autres. H y a ainsi, à la base d'un systèmede
divination, un système,au moins implicite,de classification
Mais c'est surtout il travers les mythologiesque i'on voit
apparaltre, d'une manière presque ostensible,des méthodes
do classementtout à fait analogues a cellesdes Australiens
ou des Indiens de l'Amérique du Nord. Chaquemythologie~
est, au fond, une classification,mais qui emprunte ses prin'

<'t.p. 3)').T(t.Mj.Cf.H)Mit~.
t. )tKUc)M't.udut'c'j. )'/<)')'
BifA'i)'pf)'/Ae)<<
A'<t)MM<
(n
B«~M/tMtf/Mti</ ~yp~x. (<4Mt/ A~ Bajw..)t«t/. «M<
M..t. XX),'1897.p. 79M)).1.
3.U'aprê:Pan-Ru,auteurda')eux!t')ne!nActe.<jMi
s'appuiesurdesauteurs
beaucoup V.DeCroo).Me Mt~io'M
plus<n)<-ie))S. o~f~tna,t'aft.
S'/ft/fm
tt. t VoltV.p. t3.bll.
6t Mtt.MOe
f/AX<~B !Wt:HM;<Mtt()L'R.

cipes &des croyances religieuses, et non pus à des notions


scientifiques.Les pantttéonsbien organisés so partagentla
nature, toutcommeailleurs tes ctans se partagent l'univers.
Ainsi t'tnde répartit les choses,en mémo temps que lours
dieux,entre les trois mondesdu ciel, de l'atmosphèreet de
la terre, tout commeles Chinoisclassent tous les êtres sui.
vant les deux principes fondamentauxdu Yang et du Tin.
Attribuertelleset telles choses naturellesà un dieu, revient
à les groupersous une mêmerubrique générique, il les ran-
ger daua une mcme ciassu et les généatogies,tes ideutDtca-
tionsadmisesoutre les divinités impliquentdes rapports de
coordinationou de subordinationentre tes classes de choses
que représententces divinités.QuandXeus,père des hommes
et des dieux, est dit avoir douné naissance à Atheue, la
guerrière, la déesse de i'iatetUgeuce. lu maltresse de la
chouette,etc., c'est proprement deux groupes d'imagesqui
se trouvent reliés et ctasses l'un par rapport a l'autre.
ChaqueDieua ses doublets, qui sont d'autres formesde lui-
meme,tout en ayaat d'autres (onctious par là, des pouvoirs
divers,et leschoses sur tesquettcss'exercentces pouvoirsse
trouventrattachesà une notion centrale ou prépoMderaute,
commet'espèceau genre ou une variétésecondaireà l'espèce
principale.C'estainsiqu'u t~osoidoudieudes eaux, serelient
d'autres personuatit.ésptus pdies,des dieux agraires (Apha-
reus,Aloeus,le laboureur, le batteur.),des dieux de chevaux
(Actor. Htatos,Hippocoon,etc.), ua dieu de la végétation
(Phutatmios).
Cesclassificationssont mêmedes élémentsteHemoutesseu-
tiels des mythologiesdéveloppéesqu'elles ont joué un rôle
importantdansl'évolution do )a penséereligieuse elleseut
facilitéla réductionà l'unité de la multiplicité des dieuxet,
par là, ellesont préparé le monothéisme.L' « Monothéisme'')Il
qui caractérisela mythologiebrahmanique, au moinsune
foisqu'elleeutatteint un certaindéveloppement,consiste,en
réalité,dansune tendanceà réduire de plusen plus tes dieux
les uns aux autres, si bien que chacuna fini par posséderles
attributs detous lesautres et mêmetours noms. Uneclassili-
catiou instable où le genre devient facilement l'espèce et

t. KMMr, <<«<<cAe in Mteinhc/tM~«MUM. t. t~t. p. 3K.


.S~H«t)i/)t)fn,
2. mut <<tde Ma):Mattcr(ju), ffitiHeuci),)')tppH')uot tort aux formes
primitives du brahmanisn)').
B. MMXMMM<iT ?, MACSS. – C~MftCA'ttOS!! t'tUMmVE~ 6S

inversement,mais qui manifeste une tendance croissante


pour l'unité, voilà ce qu'est, d'un certain point de vue, io
panthéismede l'Inde preboudhique:et 11en est de mêmedu
civaîsmeet du vishnouismeclassique'. M. UsenerMégitte-
ment montre' dans la systématisationprogressivedes poty-
théismesgrecset romainsune conditionessentiellede l'avè-
nementdu polythéismeoccidental. Les petits dieux locaux,
spéciaux,se rangent peu à peu sousdes chefsplus généraux,
les grandsdieuxde la nature, et tendentAs'y absorber.Pen-
dant un temps,ia notionde ce que les premiersont de spc-
cial, se maintient;ie nomde l'anciendieu coexisteaveccelui
du grand dieu,maisseulementcommeattribut de ce dernier;
puis son existencedevientde plus en plus fantomatiquejus-
qu'au jour ou les grands dieux subsistentseuls, sinon dans
le cuite, du moinsduns la mythologie.On pourrait presque
dire que les c!assi(!catiousmythologiques,quand elles sont
complèteset systématiques,quand eiies embrassent i'uni-
vers, annoncentla fin des mythologiesproprement dites.
Pan, le Brahman,i'rajùpati, genres suprêmes, êtres absolus
et purs sont des figures mythiques presque aussi pauvres
d'imagesque le Dieutranscendantaldes Chrétiens.
Et par là, il semble que nous nous rapprochionsinsensi-
blement des types abstraits et relativementrationnels qui
sont au sommetdes premièresclassificationsphilosophiques.
Déjàil est certainque la philosophiechinoise,quand elle est
proprementtaoïste, reposeessentiellementsur le systèmede
classificationque nous avonsdécrit. Un Grèce,sans vouloir
rien affirmerrelativementà l'originehistoriquedesdoctrines,
on ne peuts'empêcherde remarquerque les deux principes
de i'jonismehèraciiteen, ia guerre et ia paix, ceux d'Ëmpc'
docle, l'amour et Ja haine, se partagentles choses, comme
font le Yinet le Yangdans la classificationchinoise.Lesrap-
ports établis par les Pythagoriciensentre les nombres, les
éléments,les sexes, et un certain nombred'autres chosesne
sont pas sans rappelerles correspondancesd'originemagico-
religieusedont nousavonseUl'occasiondo parier. D'ailleurs,
même au temps de Piatoa, le monde était encore conçu
commeun vaste systèmede sympathiesclasséeset hiérarchi-
sées~
1.V.Harth.
r/«'fM)'/WMO/M.i!!9).
p.29.p. tCO.s.j.
2. ô'tWffMMeH, <M)R.p. Mt. t.).
ï. La)'hit<Mophio
hin'toue
Mon'fo
unct<ts!ii(!<!ttiuns <)M
correspondantes
H.f)CMMt:))t.–Annceswi<)).,)')Ot-t9M. 5
06 t.'A!<S)!t;S<X:tOf.O)!MrE.t9t)-<9M

Les ctassincations primitives ne constituent donc pas des


sin~uiarités exceptionnelles, sans analogie avec celles qui
sont eu usage chez tes peuples les ptuscuitivés elles sembleut.
au contraire. se rattacher sans solution de continuité aux
premières ciassincationsseienttuques. C'est qu'en efïet, si pro-
fondément qu'elles ditïërent do ces dernières sous certains
rapports, elles ne laissent pas cependant d'en avoir tous les
caractères essentiels. Tout d'abord. cites sont, tout comme les
ctassifications des savants, des systèmes de notions hiérarchi-
sées. Les choses n'y sont pas simplement disposées sous la
forme de groupes isoles les uns des autres, mais ces
groupes
soutiennent les uns avec iesautres des rapports définis et leur
ensemble forme un seul et même tout. De plus, ces systèmes,
tout comme ceux de la science, ont un but tout
spéculatif, Ils
ont pour objet, non de iaciiiter l'action, mais de faire com-
prendre, de rendre intetti);ibtes les relations qui existent
entre les êtres, ratant donné certains concepts considérés
comme fondamentaux, l'esprit éprouve le besoin d'y rattacher
les notions qu'il se fait des autres choses. Detelles ctassiuca'
tiens sont donc. avant tout, destinées à relier les idées entre
elles, à unifier la connaissance: a ce titre, on peut dire sans
Inexactitude qu'eties sont œuvre de science et constituent une
première philosophie de ta nature'. Ce n'est pas en vue de
régler sa conduite ni même pour justifier sa pratique que
l'Australien repartit to monde entre les totems de sa tribu

choses,des 'céments. du: suns. de! hypostases. On truavera enameHieset


communtuMles principalus dans UenMen. ~«~<M<tafCMF/<«-A<e der M<.
losophie.t. 2. p. 8:i. x'J. etc. Une bonne partie des UpanMtmd~ consiste
'))) !tp<!ca)fttion!
sur les ~~nt;<t)ej;i'"i
dit les t-orfoiipondtncei!.
i. t'ar )à. e)hiise diitinRat-nt.tr<-snett'itnentde
<'G<jw'onp'tOfnm<ippetef
les classifications t<!<;).n'j)o«it)ue.i.tt est probable <)uo.de tout temps,
rhontme a plus ou moins nettement e)~e les chMMdont il <e nourrit
suivant te!! prof-cduaqu'il employait Rnur s'MnNUiiit par en
animaux qui t-it-nt 'ians t~u, ou dam les <nri).ot sur la exemple terre. Maiit
d'abord, les ftreape!;ainsi <-on~itue!ine sont pM rctMtles aM aux autres
et systentatise~.Ce sont (tes divisions,dos ftistin'-tio)«do notions,non dm
tabkMit de etossitif-ittion.Uc plus, il fst évident f~t: ces distinctions
sont etroitoncnt Rn~e'-ex dans )<tpr)tti.juedontei)ei!ne font <)n'cxpfime)'
certa.insaspttcti. C'Oiitpour cette raison que nous n'enavonopu parlé dan<
ce tMveit où nous cherchunitsurtout & éclairer un
peu les origines du
procédé logique qui est <t)<tbasede* ctaMificatiM)!.scientifiques.
)!Ti). MAt' – <:t.A''Mf!(:ATtMfB
K.BfXKHMM MtMtTn'KS
07
maisc'est que, la Notiondu totem étant pour lui cardinale,
il est nécessitéà situer par rapport a elle toutes ses autres
connaissances.On peut doncpenser que les conditionsdont
dépendentces classificationstrès anciennesne sont pas sans
avoir joué un rôle importantdans ta genèse de la fonction
classificatriceen généra).
Or il ressortde toute cetteétude que ces conditionssont de
nature sociale. Bien loin que, comme semble l'admettre
M. Fraxer, ce soient les rotations logiquesdes choses qui
nient servi de base aux relations socialesdes hommes,en
réalitéce sontceites'ci qui ont servi de prototypea cettes'ià.
Suivant lui, les hommesse seraient partagés en clans sui-
vant une eiassiftcationpréalabledes choses;or, tout au con.
traire, Ils ont classé tes chosesparce qu'ils étaient partagés
en ctans.
Nousavonsvu, en effet, comment c'est sur l'organisation
socialela plus procheet la plus fondamentaleque ces classi-
ficationsontété modelées. L'expressionest même insuffisante.
Lasociétén'a pas été simplementun modèled'après lequel la
pensée classificatriceaurait travaUté ce sont ses propres
cadresqui ontservide cadresau système.Lespremièrescaté-
gories logiquesont étédes catégoriessociales les premières
classesdechosesentêté des classesd'hommesdans lesquelles
ceschosesontété intégrées.C'estparceque les hommesétaient
groupés et se pensaient sous forme de groupes qu'ils ont
groupé idéalementles autres êtres, et les deux modes de
groupementont commencépar se confondreau point d'être
indistincts. Les phratries ont été les premiers genres les
clans, les premièresespèces.Les chosesétaient censéesfaire
partie intégrantede lasociétéet c'est leurplacedans la société
qui déterminaitleur placedans la nature. Mômeon peut se
demander si la manière schématique dont les genres sont
ordinairementconçusne dépendrait pasen partie des mêmes
influences.C'estun fait d'observationcouranteque les choses
qu'ils comprennent sont généralement imaginées comme
situées dans une sorte de milieu idéal, de circonscription ·
spatialeplus ou moins nettementlimitée.Ce n'est certaine-
ment pas sans cause que, si souvent, les concepts et leurs
rapportsont été figuréspar descerclesconcentriques,excen-
triques, intérieurs, extérieursles uns aux autres, etc. Cette
tendanceà nous représenterdes groupementspurement to-
giques sous une forme qui contraste à ce point avec leur
08 L'AXXÉESOCfUMUtQUE.iMt-tMS

aature véritable ne viendrait-ellepas de ce qu'ils ont com-


mencépar être conçussousta formedégroupes sociaux,occu-
pant, par suite, un emplacementdéterminédans l'espace? ?Kt,
en fait, n'avons-nous pas observécette localisationspatiale
des genres et des espècesdaus uu assez grand nombre de
sociétéstrès diuérentes?
~on seulement ta forme extérieure des classes, mais les
rapports qui les unissent les unesaux autres sont d'origine
sociale.C'est parce que les groupeshumains s'emboîtentles
uns dans les autres, le sous-clandans le clan, le clan dans la
phratrie, la phratrie dans la tribu, que les groupes de choses
se disposentsuivant le mêmeordre. Leur extension régotie-
rementdécroissanteà mesurequ'onpassedu genre à l'espèce,
de l'espèce à la variété,etc., vient de l'extension également
décroissanteque présententles divisionssocialesà mesure
qu'ons'éloignedes plus larges et des plus anciennespour se
rapprocherdes plus récenteset des plus dérivées. Et si la
totalité des choses est conçue comme un système un, c'est
que la sociétéelle-mêmeest conçuede la mêmemanière.Elle
est un tout, ou plutôt elle est le <ox<unique auquel tout
est rapporté. Aiusi la hiérarchielogique n'est qu'un autre
aspect de la hiérarchiesocialeet l'unité de la connaissance
n'est autre choseque l'unité mêmede la collectivité,étendue
à l'univers.
Il y a plus les liensmémesqui unissentsoit les êtres d'un
même groupe, soit les dinérents groupes entre eux, sont
conçuscommedes liens sociaux. Xousrappellions au début
que les expressionspar lesquelles nous désignons encore
aujourd'hui ces rotationsontune significationmorale; mais,
tandis qu'elles ne sont plus guère pour nous que des méta-
phores,primitivementettesavaienttoutleur sens. Les choses
d'unemêmeclasseétaientréellementconsidéréescommepa-
rentesdes individus du même groupe social, et, par Mite,
commeparentes les unes des autres.Ellessont de « la même
chair )', de lamêmefamille.Lesrotationslogiques~ontalors,
en un sens, des relations domestiques.Parfois aussi, nous
l'avonsvu, elles sont de tous pointscomparablesà celles qui
existent entre le maître et la chosepossédée,entre le chefet
ses subordonnés.Onpourraitmêmese demandersi la notion,
si étrange au point de vue positif,de la préce!!encedu genre
sur l'espècen'a pas ici sa formerudimentaire.Demêmeque,
pour le réaliste,l'idéegénéraledominel'individu,de mêmele
K. CL'BKHtitM )'H)M<T)\'t:.<
ETM. MAMS.– CLAS~tCA'nOKS 69

totemdu clandomine celui des sous-clanset, plus encore, le


totempersonneldes individus et ta où la phratrie a gardés~
consistancepremière,elle a sur les divisionsqu'elle comprend
et les êtres particuliers qui y sont compris une sortede pri.
mauté. Bien qu'il soit essentiellementWartwut et partielle-
ment Moiviluk,le Wot~obailukde M. Howittest, avant tout,
un Krokitchou un Gamutch.Chezles Xufiis,les animauxqui
symbolisentles six clans fondamentauxsont préposéssouve-
rainement à leurs sous-cians respectifset aux êtres de toute
sorte qui y sont groupes.
Mais si ce qui précède permet de comprendre comment
a pu se constituer la notion de classes, reliées entre elles
dans un seulet même système,nous ignoronsencore quelles
sont lesforcesqui ont induit les hommesa répartir les choses
entre ces classesselon la méthodequ'ils ont adoptée. De ce
que le cadre extérieur de la classificationest fourni par la
société,il ne suit pas nécessairementque la fa(:ondont ce
cadre a été employé tient à des raisons de même origine.
Il est très possible fi pnot't que des mobiles d'un tout autre
ordre aient déterminé la façon dont les êtres ont été rap-
prochés, confondus, ou .bien, au contraire, distingués et
opposés.
La conceptionsi particulièrequ'on se fait alors des tiens
logiquespermet d'écarter cette hypothèse. Nous venonsde
voir, en euet, qu'ils sont représentés sous in formede liens
familiaux,ou comme des rapports de subordinationécono-
miqueou politique; c'estdonc que les mômessentimentsqui
sont à la basede l'organisationdomestique,sociale, etc., ont
aussi présidéà cette répartition logique des choses.Cettes-ci
s'attirent ou s'opposentde la mêmemanière que les hommes
sont liés par la parenté ou opposéspar la vendetta. Ellesse
confondentcommeles.membresd'une mêmefamillese con-
fondentdans une pensée commune. Ce qui fait que les unes
se subordonnent aux au.tres. c'est quelque chose de tous
points analogue à ce qui fait que l'objet possédé apparaît
commeinférieur à son propriétaire et le sujet à son maître.
Cesont doncdes états <lel'âme collectivequi ont donnénais-
saucea ces groupements,et, de plus, ces états sont manifes-
tementaffectifs.II y a des atnnités sentimentales entre les
chosescommeentre les individus, et c'est d'après cesaffinités
qu'elles se classent.
Nousarrivons ainsi à cette conclusion c'est qu'il est pos-
Tt) L'At)~ M<:H)MOtOC)!.
t9et.t)'0~

sibie de classer autre choseque des concepts et autrement


que suivant les loisdu pur entendement.Car pour que des
notions puissentainsise disposersystématiquementpour des
raisons de sentiment,il faut qu'elles ne soient pas des idées
pures, mais qu'ellessoienteiies. mentes ouvre de sentiment.
Et en euet, pour ceux que l'on appelle des primitifs, une
espècede chosesx'est pas un simpleobjet de connaissance.
mais correspondavanttout à une certaineattitude sentimen-
tale. Toutesorte d'élémentsaffectifsconcourentà la repré-
sentation qu'on s'en fait. Desémotions religieuses notam-
ment, non seulementlui communiquentun coloris spécial,
mais encore lui fontattribuer les propriétésles plus essen-
tielles qui la constituent.Les chosessont avant tout sacrées
ou profanes, pures ou impures amiesou ennemies, favo-
rables ou défavorables' c'est dire que ieurs caractères les
plus fondamentauxnefontqu'exprimerla manièredontcites
aCectentla sensibilitésociale.Les différenceset les ressem-
blances qui déterminentla façondontelles se groupent sont
plus affectivesqu'intellectuelles,Yoiiùcommentil se fait que
les choseschangent,en quelquesorte, de nature suivant les
sociétés; c'est qu'ellesaffectentdifféremmentles sentiments
.jtes groupes. Cequi est conçuici commeparfaitementhomo-
gène est représentéailleurscommeessentiellementhétéro-
gène. Pour nous. l'espace est formé de parties semblables
entre elles, substituabiesles unes aux autres.Nousavonsvu
pourtant que, pour bien des peuptes, il est profondément.
différenciéselon les régions.C'est que chaque région a sa
valeur affectivepropre.Sousl'influencede sentimentsdivers,
eUeest rapportéeà un principereligieuxspécialet, par suite,
elle est douée de vertus «xt ~efM qui la distinguent de
toute autre. Et c'estcettevaleurémotionnelledes notionsqui
joue le rôle prépondérantdans la manièredont tes idéesse
rapprochent ou se séparent.C'est elle qui sert de caractère
dominateurdans lit classification.
On a bien souventdit que l'hommea commencépar se
représenterleschosesen se tes rapportantà tni-méme.Cequi
précèdepermetdemieuxpréciseren quoiconsistecet anthro-
pocentrisme,que t'en appellerait mieux du ~oc«M'Mt<n'M«'.
Le centre des premierssystèmesde la nature, ce n'est pas
i. Maintenant
encore,poar)ocroyantdobiendeicuÛM.tMtdmMttb M
classentavanttoutendft)t xmn<k~nM, lesf;f)M et tes MXtigfM,
et
l'onsaittoutce qu'ilydo Mhjeetifttanscettuc)a!isit)catien.
H. I)UliKliplu
F. t~MKMKtM .4. MAC~.– cL~f~A'n'tXS t~tMrriVKS~t
HTM
F~-r
t
l'individu c'est lit société C'est elle qui s'objective, et non
plus t'hontme. Hien n'est plus démonstratif à cet égard que
ta manière dont les indiens Sioux fout tenir en quelque sorte
le monde tout entier dans les limites de t'espace tribat et
nous avons vu comment l'espace universel lui-même n'est
autre chose que l'emplacement occupé pur ta tribu, mais
indéfiniment étendu au delà de ses limites réelles. C'est en
vertu de la même disposition mentale que tant de peuples ont
placé le centre du monde, te nombril de lu terre o, dans leur
capitale politique ou religieuse~. c'est-à-dire là où se trouve
le centre de leur vie muraie. Uemême encore, mais dans un
autre ordre d'idées, la force créatrice de l'univers et de tout
ce qui s'y trouve a d'abord été connue comme t'ancétre
mythique, générateur de ta société.
Voitacomment il se fait que la notion d'une classification
logique a eu tant de mai a se former, comme nous le mon-
trions au début de ce travail. C'est qu'une classification
logique est une classification de concepts. Or, le concept est
la notion d'un groupe d'êtres nettementdétermine tes limites
eu peuvent être marquées avec précision. Au contraire,
l'émotion, est chose essentiellement tloue et inconsistante.
Son influence contagieuse rayonne bien au dcia de son point
d'origine, s'étend à tout ce qui t'entoure, sans qu'on puisse
dire où s'arrête sa puissance de propagation. Les états do
nature émotionnette participent nécessairement du même
caractère. On ne peut dire ni où ils. commencent,ni où.ils
finissent iis se perdent les uns dans tes autres, metent leurs
propriétés de telle sorte qu'on no peut les catégoriser avec
rigueur. D'un autre côté, pour pouvoir marquer tes limites
d'une classe, encore faut-it avoir analysé tes caractères aux-
quels se reconnaissent les êtres assemblés dans cette classe et
qui les distinguent. Or l'émotion est naturetiement réfractairc
a l'analyse ou, du moins, s'y prête malaisément parce qu'elle
est trop complexe. Surtout quand elle est d'origine collective.
elle défie l'examen critique et raisonne. La pression exercée
par le groupe social sur chacun de ses membres ne permet

t. M. 'te la Grasseriaa d'iVftoppu aMC!! otwoMoent.ctsartoat sans


\'CS,des itl.!cs
pr'-avM.
prl'u idéest~sez
ILssez
anatoRUcs
analogues aau\
ux niltrus
assez ddans
ansses
ses/<<fjy«'M
lteligions
<:<)<n~at'<M
cosiapai-des
au ~'<'M/de vue .tOCtf~~Mf. t'ttitp.t)).
pour)< Romainset tn~tnepourlesZuhi!
Cequi est to<cprche))si)))c
t'Mtmoinspuurtes habitant:!do)'))cdo t'a.)a~,appetueTut'ito-tpUenua
de la terru) maist'iduM
(tM)))t<rn est partuutp<nfait<ment oatoM))e.
7g L'AXEEMCMLOCtQCB.
iWt-iSO!

pas aux individusde jugeren libertéde Motionsque la société


a étaboréa&éite-môme et où elle a mis quelque chose de sa
personnaitté.Depareillesconstructionssont sacréespour les
particuliers. Aussi l'histoire de la classificationscientifique
est-elle, en définitive, t'histoire mêmedes étapes au cours
desquellescet élément d'aiïectivitésociale s'est progressive-
ment affaibli,laissantde plus en plus la placeiihre &la pen-
séeroMchiodes individus.Maisil s'en faut que cesinfluences
lointainesque nous venons d'étudier aient cesséde se faire
sentir aujourdhui. Ellesont laisséderrière ellesun effetqui
leur survit et qui est toujours présent c'est le cadre même
de toute classification,c'est tout cet ensembled'habitudes
mentalesen vertu desquellesnousnous représentonsles êtres
et les faitssous la formede groupescoordonnéset subordon-
nésles uns aux autres.
Onpeut voir parcetexemplede quelletumiéreia sociologie
éciairela genèseet, par suite, le fonctionnementdesopérations
logiques.Ce que nousavons essayéde faire pour la classifi-
cationpourrait être égalementtenté pour les autres fonctions
ou notionsfondamentalesde l'entendement.Déjànous avons
eul'occasiond'indiquer, cheminfaisant, commentmêmedes
idéesaussi abstraites que celles de temps et d'espacesont. à
chaquemomentde leur histoire,en rapport étroitavecl'or-
ganisationsociale correspondante.La même méthodepour-
rait aider égalementà comprendrela manièredontse sontfor
méesles idéesde cause, de substance, les différentesformes ·
du raisonnement,etc.Toutesces questions, que métaphysi-
ciens et psychologuesagitent depuis si longtemps, seront
enfinlibéréesdes reditesoù elles s'attardent,du jour où ettes
serontposéesen termes sociologiques.Il y a ta du moins une
voienouvellequi mérited'être tentée.

EtHMDUMUSM
ETMARCEL
MAUSS.
Il

REVUE GÉNÉRALE DES THÉORIES RÉCENTES

SUR LA DIVISION DU THAYAtL

t'ttrM.BOUum l~

Nous uous proposons de rassembler et de coordonuer ici,


dans une sorte de rapport, les principaux résultats récemment
acquis par les sciences sociales en ce qui concerne la division
du travail, ses formes, ses conséquences et ses causes'. t.

t. )<Mprincipaux travaux ttUiisM pour''u rapport sonUMeuivanti'


K. Biicber.t'/M'~Md'~Moo-e <<fft'eottomff politique. Paris, Atean. i9Ut.
fTntduetittt)(!cta S' édition (tM6~de OttA'<)<.t<<At«)j?f<f)-t'o<~<f«'</Mc/«!<:
lu i' tiditiunest de «!9!tt. L. th-chesM.La ~<'ct<t<Ha~of< et ses coK~-
ences. Paris, Larrtse.tttt (Kxtf.de taHcxMe<t'mMt)M'!epolitique (HOt).
– G. Sd))not)cr. ~fKK<MM (/<'<-/t</jye;of«tcHfo~M'M/MC/ta/'MfA''e.
<" partie. Leipzig, Uuncko-,iaoo (Les chttpttt'Mt4 et 6 du tn'rt- !) n-sumfnt
)K!t)<su)t<tttdes travaux ))Ub)iM!i tmgu~M MarSehwuUet'sur ta division
fiu travail dans )c Ja/«-A«c/</'a<- CM~~M~.~M ft tMO.traduits c«
partie dans la Hetw <fK<<Mo~<<t<< <88')et ,1890)~–H. Oarkheint.
IJe la </ft'tt<oMdu /<'«K<f/social, ï< <'d..i'ari!. Alean, ~!)0!.(La S' t'ttiUon
est au){"'e))tued'une prt;'t'a<'e
fur )<'s~fOM~oHeM/t- pt-o/i'~tOMMe~. La i' 'M.
est de HM3). 0. t'ctreni'. I)ie t'n/f-tcA-~MH~ ~<'t'~Mo~e~MM~<« /.e'
:f~)' Ctttw&c.t'oK)7&tAh ~fine.Leip!'ift.t)un<;)fer. fOt. – A. Coiit' Le
/4tc<e<«'pep«<a<<ott dana <'ft'a<M/'<'<tsociale. in «M~ «)~t'Ma<<'e<)a~ <<f
sociologie,Mat-Mpt''t)t)'ro MOt.– U.Simme).ffAo' sociale ~t/~)'M:'et'Mn'7.
LeipxiK.Oanctor. t89a. P. (JatKttx).La ma)Mf/'<f«tw~f/MeHe dans
l'ancientteM~ce. Paris. AtcM,)')t)0. Spencer.~M <K~i<"<'o)M ptf/~xw-
utiles e<m(/M«/t'«Ke)t. Paris. CuiHauMtin.)St)t. A. Sutith. HecAercAe.'
i'M)'<<tMa~)'cf< /McaM<M</f<«t'f'cAfMf~M M«~t<MM. Avignon.Niet, t79t.
–K. MaM./.eC«/)t/< Traft.Rov. Pari~.)8?a. Rodberms. 0<MCf~Mat.
Berlin. M. W~ncr. tX!)'). HOhfing.CMtwM f/ft-.ttf<o<)«/-<~<<.SoctftMAo-
HeM)<e.Lt:i))zix.Heittund. tS')2.–Ch. Gide. P)-<Hc'pM<<<'o"<'M)ffpo<)<~M<.
t!' ud. Paris,Laf~M,«M. – M.Bi&ctt.LesPt'o~t'~~c la sciencef'eoMOMx/Me.
Paris, GuiMautoin.)MO.– A. Lie!t:!c./<ef)'«rof/«K~po'H/<de fM''MfM-
/(/e. ~M<)'M''<w<-t«/. Paris, Cuittautnin.M'M'.–Ott. ï'a)<<' t/coMO<«t<-
sociale, ï'td., Paris, Fischhachor.t899.– U.Tardu.~e/fa<ea« ~e<!t)o~)~)«'.
Paris, Alcan, tao~. – tt. <;urewit!ich.~'e KH<tt'«:Mu))a f~f M)MMcA<it/<e)t
MCt'/))Mtt-MM</ die sociale C~Me~M~<~)'G<~bc/«t/ï. Loip:)~.Oun'-hcr.
190t. A.La)ande.o<~M<~M/)OH e~p<M''e')~ro!<f<«)H. Pari~.Atcan.iSU'.).
– Ë.Oobtot.les classes~<-t«<M. in ~e<'«e<f~<)MMM)~ poM~MC.jxnviertX!t9.

– A. Bauer.~<d<M~ sociales. Pari~.Hian). ?.?!. Vcbien.rAt rAe'')-
o/«te<M)-e(;~M.Xt'w-Y<)t-k.MacMuUan.M).–J. A. ««bson. ]'AfMcfa<
p~Mem. Londres. NMbtit.l'X)~. G. Richard. /Mt'<- ~w~M') </aM <<t
7t L'.t'{XÉE!:OC!or.O(i)QCH.t9')t.)BM

1
LES t'OKNE~ DE LA HtVISMS OU TRAVAtL

Dans telle sociétédonnée la divisiondu travail se ren-


contre-t-etteà i'état embryonnaireou à l'état développe?Et
sous quelles formes au juste s y manifestc-t.etie? Pour
répondrea ces questionsde fait, encore faut-ilque la notion
metne de )a divisiondu travail soit définie, et les diverses
(ormesdu phénomènedistinguéeset classées. Où trouve-
roHS-uouscesconceptsdirecteurs? '1
A eu croire certainsauteurs, ces conceptsauraientété éla-
borasde mainde maitre. depuislongtempset pour toujours.
La théorie d'AdamSmith sur la division du travail serait
définitive.Depuisson apparitionou n'aurait guèrefait que la
commenterou t'iiiustrerpar de nouveauxexemples,La ma-
tière, quasi du premiercoup, aurait été épuisée'.
l,

Chacun connaltcette théorie, tant de (ois reproduiteen


effet2. Trois exempleset un principe la caractérisent.Les
trois exemplessont l'epingte de !a manufacture,le clou du
forgeron,l'habillementdu journalier. Grâceà la divisiondu
travail, dix-huitouvriersfabriquentensemblepeut-êtredeux
cents(ois autant d'épinglesqu'iis eu fabriqueraientsi chacun
travaillaitde son cote, uu forgeron-ctout.ier
fabriqueprès de
dix fois plus de clousdans sa journéequ'un forgeronordi-
naire, uu humblejournalierde nos pays, enfin,est incompa-
rablemeutmieuxvêtu, abrite, nourri, qu'un monarqueatri-
cain.
Et à quel principe est d~ cet accroissement de la richesse
générale? A l'échange. Otieissant à leur penchant inné pour
i't'change, apparenté tui-meme à leur désir de persuader", tes

'w/<ft'<' <~t/t~M MM/uit-f(Appf~fi'-c F. /.<t /<«'< /« ~oM/«n/w) f< <M~«rf.


f«Hc«f f<««~/M<ift'M)«H<ftt <<'Mt'M<< sociali. – C. Buu~)e..Vo/e ««' la
<'MKM<MM C</t'/)<'<fM. in~t'Mff/f.tyH/A~<<Mur<~«C, tUM.
Qwa.nd nous
Qu,me! nous fcruus ~lIi\"rl! le
hruns ~ui%'M te nI/ru
nom el'urs ilu ifteî
't'un ')': ')' de auhuM<tMl'indicittigin
t'inftie'tti'jn
o~). e<7., c'est ~uu num nutt~ r';t'er':runs à l'un dci uUt'ra{jH3 <'it<'sdttt~
.ttu )Mtt-.
t. V. par )'H))t)c )t. B)u<;k. op. cil.. t. t, chap. ~vn.
i V.A.ëmUi). ).H.lit.
c<< Lhfef,chit)).
<)/).
3. V. )u coufs <ie A. Sfuiti), eitu pur K. na~vy. /.« /f)'m«<<f)H</« <w<«:a-
<MMf~t)~0~/<i~«f. t,p. )Ct.
– Tf~MMfM
BOUOt.É. !tC)tt.AMVtStOX
M!-)'MA\'Att. ~5
individus entrent en rapports d'affaires.Chacuncomprend
qu'it a intérêt à produire telle espèce.d'objetsdont ses sem-
biabtesont besoin,afin d'obtenir d'eux en retour teis autres
objetsdontil a besoinlui-même.Ainsiuait spontanément,
pourrait-on dire, du calcul utilitaire des particuliers.cette
organisationsi conformeAt'interet commun.
Est-il vrai que cottethéoriesoit définitive?à ta foisaussi
complèteet aussiprécisequ'on peut le souhaiter?
Onsait le reprochegénéral adressé par « je sièclede Dus
toire"àl'économie classique. HUeuniversalisaitle présent.
Les catégories économiquesqu'elle constituait et qu'elle
extrayait consciemmentou non de la réalité contemporaine,
elle semblait les tenir pour valablesen tous tempset en tous
lieux; elle ne les reconnaissaitpas,suivantie motde Lassatie,
commedes «catégorieshistoriques)).Lathéoried'AdamSmith
ne porte-t-ellepas la marquede cet état d'esprit?
En rattachant la divisiondu travail à l'échangecomme&
sou principeuniqueet universel,n'élargit-ilpas abusivement
le champ d'uae hypothèsequi ne se vérifiepleinement,peut-
être, que dans un état déterminéde civilisation'?Pour que
tes iadh'idus possèdent, commeceux qu'il nous présente,
l'habitude, ta.faculté,l'idée de marchanderet de dire « /Jo !<t
</M)', n'y faut-il pas la réunion de certainesconditionsqui
sont loin d'être partoutréunies? Toujoursest-il que le peu-
chant à l'échangequ'il prête aux hommessedérobesouvent,
eu fait, au regard des voyageurset des historiens.Ceux-là
nouscitent nombrede tribus qui ne pratiquentpast'échange
et le comprennentdifficilement-:volontierselles donnentou
ptus volontierselles votentrt'amourou la haineentrent aisé-
mentdans leur esprit; mais il se prête mal ce débatd'in.
téréts qui est un marché Leshistoriensnous font remar-
quer de leur côté que, mêmeau sein de civilisationstrès
compliquées,commeà Kome,l'acte de l'échangeproprement
dit, de la venteet de l'achat, est un acte proportionnelle-
ment rare, et longtempssolennel.Jusqu'au moyenâge, ou
a pu dire qu'on n'achetait qu'à la .dernièreextrémité~.Et
ainsi faudrait-t-ilconclure,s'ii est vrai que la division du
travailest étroitementliéeà t'échange,que bien loin d'être
un phénomèneéconomiqueuniverselet élémentaire,la clivi-
). V.Tttrde.o/).<< )f.p.3M-363.
cihnt(Momb. Magetttn. Bougain-
nU'
Huche)'.
0~.c<<)).7t !{. Cf.Schtuotter, t. )).M~.
M<'M'K<<'<
W M~9~~
t/n<)!E~OKMLOOt~rE.
sion du travail n'est elie-memequ'un phénonéme « histo-
rique »
Mais cette intime liaison de concepts est-elle recevable?
Cédant à leur tendance individualiste,les économistesclas-
siques nous montrent la division du travail instituée en
quelque sorte délibérément,après débat et accord, par les
échangistes.Maisc'estprendre sans doute,– commele disait
Rodbertus~en parlantde Bastiat,– unaccidentpour l'essence
c'est ériger ù la dignité deformenaturelleet unique une des
formes particulièreset peut-être récentesde la division du
travail. En fait, le travail se diviselà mêmeoù les individus
ne connaissent pas t'échangeproprementdit; et il n'attend
pas pourse diviserqu'ils aientmesuréleurs intérêts la sphère
de la division du travail est singulièrement plus vaste que
celledes calculsutilitaires. Elles'étendjusqu'aux sociétésles
plus simples, et jusqu'aux êtresvivants.
Laconceptiond'AdamSmithestdoncen réalité trop étroite.
H n'a vu qu'un des milieuxet une des formes de la division
du travail; et nous comprenonsaujourd'hui qu'il faut les
passer tous et toutes en revue, si l'on en veut obtenir enfin
une théorie à la fois préciseet complète.

Danscet élargissementde nosrecherchessur la divisiondu


travail on a vouluvoirunedespreuvesdel'heureuse innuence
exercée,sur le progrésdes sciencessociales,par les conquêtes
des sciences naturelles. On sait en effet le grand rôle que
celles-ciont fait jouer au « principede la ditlérenciation», et
commentelles ont montré,dansla vie des organismessupé-
rieurs, un résultat de la collaborationdes élémentsentre tes'
quels les diverses fonctions se sont réparties. Ces décou-
vertes reculaient notre horixou.Elles nous incitaient&voir,
dans la division du travail, un phénomèned'une généralité
que les économistesn'avaientpu soupçonner;ellesnous ame-
naient aussi, en nous le présentantcommeantérieur à l'hu-
manité même,à le concevoircommemoins« artificieln qu'ils
ne lavaient conçu enfin en assimilant, de si loin que ce
fût, la réalité socialeà la rcalitéorganique, et en nous habi-
tuant à la considérationde l'ensemble,elles nous aidaient
à réagir contre l'excès de leur individualisme". 'l,
i. jtM.. p.!M3.
<~t.< p. M.
3. V.HMf)(MtM, op.<< p.Msfjf).Cf.hurkheim.
op.cM..p. 3.
MNf'i).)!. – TttËontES SfK LA tMVMOM Cf TftAV.tft. 77

Maisil importe d'ajouter que si elles avaient voulu s'en


tenir aux suggestionsdes sciences de la vie et calquer leurs
théoriessur les théories desnaturatistes, !essciencessociales
auraient piétiné, au milieu des métaphores stériles. Xous
avonsessayéde montrer' que la « théorieorganique. si elle
avait pu à un certain momentaider les études sociologiques â
dégagerleur objet, restait en dernière analyse incapablede
leur fournirdes directions précises,et de résoudreaucun de
leurs problèmesparticuliers. Les (ormes socialessont spéci*
tiques, et singulièrement pius compliquées que les formes
organiques.On ne saurait conclure de celles-cià celles-là.
Dansle cas qui nous occupe,l'analogiebiologiquene pouvait
faire penserqu'à l'une desformes que prend dans les sociétés
ia divisiondu travail au régime des castes.Là seulementles
individussont emprisonnésde père en fils dans le métier,
commeles cellules dans l'organe ià seulement une diiïéren*
ciation véritable accompagnela répartition des fonctions~.
Mais,bienloin qu'elle soit unique, c'est là une formede la
divisiondu travail qui se rencontre rarement, au moinsà
l'état pur Or ce sont toutes ses formes, et en eties'mémes,
qu'il importe d'examiner. Pour préparer cette revue, il ne
fallaitrienmoinsque ce grand mouvementde curiositédésin-
téresséequi pousse les historiens contemporainsic décrire
dans leur originale diversité les réalités sociales, des plus
récentesaux plus lointaines.
Pour l'étude des plus récentes, des soucis pratiques colla.
boraientce mouvement.On sait l'impulsion fécondeque le
socialismea donné, sur plus d'un point, aux recherchesdes
économistes.Kn ce qui concernelu division du travail, ses
observationsn'auront pas été inutiles. C'étaitla manufacture
proprementdite que l'économieclassiqueavaitsous les yeux;
et la plupart de ses théoriesse rapportaient au régimeindus-
triel qui correspond à l'âge de la manufacture. C'est sur la
manufacturetransformée par le machinisme, c'est sur la
« machino'facture», ses conditionset ses enets propresque
le socialismeattirera l'attention.Le principal effort de Marx,
dans les chapitres où il résumeet discute les théoriescou-

t. /<MM<!B~</e~<i<«'j'MC
(ta~Ofto/tto/c~~Mp <<;n~«/«'(/M
(.'<M~.
ayn))''M.
g.Cf.La)a))d)'.
o;).<t7..)).S!<8.
3. V. ~t~Mt'X'/C.~t~MF, [. tV, )). t-)S.
Tt t.'AS~BMCtM.'MtOCE.lMi.ttOS

rautessur la divisiondu travail est d'analyser les transfor.


matiousque !a grande industrie impose aux habitudes ios-
talléespar le régime manufacturieret de montrer comment
d'une part. en les mettant nu servicedes machines,elle tend
à uniformiserh majorité des travailleurs. commentd'autre
part elletend &tes mobiliser,en!es toisantpasser d'un genre
de productionà un autre au gré des oscillationsdu marché.
Lesocialismenousforceainsi à réfléchirsur la nouveautédes
(ormesprésentesde la divisiondu travail, et a rechercheren
quoi ellesse distinguentde cellesqui les précèdentimmédia-
tement.
Mais-de qustles formescettes.ci à leur tour étaient.elies
précédées' C'estce que nous font connaîtreavec précisionles
recherchesentreprisessur les métiers, les corporations,les
ghildes.Lesmodesde distributiondu travail dans les classes
ouvrièresau moyent)ge nous sont décrits avec dotait nous
entronsdans une atmosphèrehostileaux spécialisationsiné-
dites, rebelleaussi,dans une certaine mesure, au morcette.
mentde la production,et où chaque atelier cherche, pour y
incorporerle pius possiblede travail, à retenir )e produità
façonnerle pluslongtempspossible; noua acquéronsainsila
visionnetted'un état économiqueoù beaucoupdes traits que
postulaientles théories de l'écouojnieclassiquene se retrou-
ventpas.
Desperspectivesplus nouvellesencorenous sont ouvertes,
si nous allons chercher nos documents plus haut ou plus
loin,– auprèsdes peuplesanciens ou des peupladesencore
primitives.OncoHnattlesrencontresfécondesde la philologie
et de l'ethnographie;et commentelles s'accordentpour nous
montrer, aux premièresphasesde toutes les civilisations,
et non pas seulementdans les races aryennes, – l'humanité
répartieen groupesfamiliauxanalogues,quels que soientles
noms différentsqu'on leur donne Les études inaugurées
par Fustetdo Coulangeset SumnerMaine,étendues et preci*
sées dans tous les sens, nous font de mieux en mieux con'

t.0~.ett.)tap.x'H.Xtv.xv.
V.par Momp).' {.ouflu t-'rance Le~sMur.~ott'e d« tfaMM
eMt-)-ie)tM~
</f<nt<<Mf<-<e
enff-oo<'<«MK< tM9.P)tt~.tt)00 pourt'Aho.
ruulruet~ierko,
))ta):ne Hierku. Uax
CM Ueulaclee
~«<<f<<e <<e(MMe)t<c/)o/'h)'teA<.
lierlin, Bertin.)M8.)88)
18G8·1881
pourt'Anf!)cterru A~tey.?<<«:)'< (~M<<M<rtnM
~CMMMMMM ~n~<.
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TnM). fr..t'an.<,
«MO.
3.V.ptt-ewmpte.G. Colm, Gea)«ntf<'M<)<t/?)<))<a«~eH<)MfMe~a/'<.
UOUC). – TU~MtKii RUK LA tMVfStOXDU TM.Att. /:?

naître ces petitsenclos, avecleurs institutionset leursmœurs


propres. M aussile travailestdivisésans doute,etla division
en est parfoispousséeextrêmementioin. Maisentre t'esctnve
qui, sur l'ordre dit pereet pour ia seule famille,exécutetelle
ou telle besogneet l'ouvrier qui va offrirses brasd'usine.en
usine,Moù Je poussentles fluctuationsdu marcheuniversel,
il y a tout un mondede révolutionséconomiques-
Ainsi, f~race&la conspirationde ces diversesdisciplines.
les milieuxtres.diilérentsque traverse ta divisiondu travail
sont présents à nos esprits, -– ia famiiie,l'atelier, la manu-
facturt', lamacttino-facturo.D'unefaçon-generxte,ia succes-
sion de cesmilieuxcorrespond ta successiondes phases
que les nouveaux économistessont amenés à distinguer,
d'après la nature des rapportsqui s'établissententre la con'
sommationet ia production la phase de l'économiedomes-
tique, – où le groupechercheà se suffire,produitpour lui-
même et consommésur ptacf; – ta phase de l'économie
urbaine on tes.corps do métiers produisentpour d'autres
que pour eux-mOnes,mais encore pour une clientèle res-
treinte et déterminéedont souventils attendentia commande
et reçoiventia matièrea façonner:– ia phase de l'économie
nationute, où l'industrie se procureeite-meateia matière
premièreet n'attendplus les commandes,où lecommerceva
offrirles produitsà unectienteieinconnue,en lesfaisantcir-
culer dans toute la société la phasede l'économiemon-
diale enfin,–oùi'on voit, avecl'extensionquasiindéfiniedu
marché, la grandeindustrie multiplier et varierses produc-
tionsà outrance,guidéepar la spéculationcapitaliste
A mesure qu'on passed'une phaseà une autre, à mesure
que le cercledes consommateurs.s'élargitet que s'acerott.la
distance qui les sépare des producteurs,c'est, nous dit-on,
tout l'ensemble,tout.ie système des relationséconomiques
qui se transforme.La divisiondu travail n'échappentpas a
cette loi. Ellene saurait rester immuablequand tout le reste
varie. Etc'est pourquoi,avertis par l'histoire,nousnerecher-
cherons plus la forme unique qu'etic conserveraitde tout
temps; nous essaieronsde discernerau passageles diverses
formesqu'elle a pu successivementrevêtir.

<. Co sont cex dit'ifionx qu'un retrouve, a tW's peu ttf cttui.f près. ttani
tM (fUt'rttRM <t<iMchtooUct-et dans ''t'ux ')<; Buctfr. Cf. )).' ch<t)'itre do
Ch.idc sur la division du twai).«~.c~)<.)?<')').
80 PASSÉE t90t.iM!
SOCMMQtOPE.
Maisencore ne sufura-t-it pas pour les dégagerdo caracté-
riser fidèlement, eu essayant de restituer t'originatitéde la
réalité historique, tel ou tel stade de l'économie.La jeune
ceotehistorique, entraînée par sa crainte desabstractionset
par son goût pour les descriptions. s'est complueà cette
méthode. Mais t'ou se rend compte aujourd'huique si l'on
veut extraire, du chaos des documents,unevéritablescience
sociale,torce est de constituer, par une abstractionmétho-
dique, les ditïérents « types Hde phénomèneséconomiques
et de dresser le tableau de leurs formes possibles Lathéorie
de la divisiondu travail devait elle aussi porterla marquede
cette réaction contre l'excès de t'historisme.Nousvoyonsen
etïet qu'on essaie, de divers côtés, non plus seulementde
dérouler la succession des différents milieuxque le phéno'
mènetraverse, mais d'établir une classificationsystématique
de ses divers modes.
Si l'on cherche, pour bien comprendre!a naturede la divi-
sion du travail, ce à quoi elle s'opposesymétriquement,on
rencontre,conduit par le langage même, le conceptd'union
du travail. Mais le langage est-il Ici uu bonguide?Ces
idéessont-ettesvraimeatantithétiques?Oubiencelleci nefait-
elle qu'enveloppercette-tà? En un sens, – tous nos auteurs
le reconnaîtraientavec Rodbertus~,– toute divisiondu tra-
vail est encore union de trayait. L'expressionde division du
travail est mal faite si elle nous fait penser la séparationet
à l'isolementdesindividus l'essentieldu phénomène,c'est ta
connexionqu'il établit entre leurs efforts.Maissi l'on entend
par union de travail l'accomplissementde ditlérentessortes
d'activité par une même personne, le cumul de fonctions
qui est le propre <ie la femme dans la maison,de l'ouvrier
bon à tout faire, du mineur qui est en mêmetempsagricui*
teur. alors il faut reconnattre que l'union du travail est bien
le contrairede ladivisiondu travail.Aulieud'êtreinférieure,
la quantité d'énergie productivedont disposel'hommeest ici
supérieure a telle besognéparticulière; il assumedonc plu-
sieurs besognesafin d'occupertout son tempset d'employer

t. C'e~en eu!n'- ';<M ttuchprsoutient~u' pourorgMiMr tesmatu-


il n';fautjm'icr<nn<tr<!
riam~'hi.stoifcc'tnottti'ju'). d'userdost)~tho'tc!t
isotant'M<f''t'ancienne
<<:onoM)i''
[)'))itifjue ct< p.4!i.Cf.ce
!tt<str!tit«,
e~).
<)a~et)ftt'inmt)titWa~)tOf'M/'Mw/«/t'i'</<')'/M/)7McA<'ot)&«MMK',<'partie.)
/<«'.V«<iOH«<'t'toMemff,
et ttictzet(/a/«'Mc/«'<' tMt).
2. 0/ <<,p. Cf.n~-h~nr.o/).<;<<j). ?.
– TMÉMUSS
tMUQUL Sttttt.A BtVtMMM TtJKA~ St
toutesses forces.Or la division du travail ne commence,à
proprementparler, que la où tes activitésse distribuententre
plusieurs mains'.
Maisdirons-nousqu'il suHit,pour qu'apparaissela division
du travail, qu'il y ait aide mutuelleet addition des effortsY
Des hommes,s'assemblentpour pousser une poutre ou pour
faucher un champ. Leursefforts s'ajoutent. mais on ne peut
pas dire qu'ils soient ajustes,précisémentparcequ'ils ne sont
pas différents. Ils collaborent, mais leur coopération est
simple c'est une communautéde travail-. 11faut à la divi.
sion du travail une coopérationcomplexe,où les tacitesdes
différents coopérateurssoient différentes,fi importe, pour
que nousla reconnaissions,non seulementque leserviceéco-
nomiquequi incombaitjusqu'alorsà une seule personnesoi~
reporte sur plusieurs, mais encoreque chacunede ceiles'ci
accomplisseune partie différentede l'ouvragequi jusqu'alors
constituait un tout.
Maisil ne faut.pas que ce trait commun,par où toutesles
formes de la divisioqdu travailse distinguentde la commu-
nauté d'action ou du cumuldes fonctions,nous fasseoublier
les caractères propres il chacune d'elles. Présenter sur la
même plan, à la suite d'AdamSmith, commedes exemples
de travaux divisés; les opérationsqui produisent l'épingle
dans la manufacture,-celtesqui façonnentle clou dans l'aie.
lier du forgeron, celles qui procurentenfin son habillement
au journalier, n'est-ce pas confondredes choses très diffé-
rentes?
Dansle dernier cas, en ellet, nombrede producteursindé-
pendants, le berger,le cardeur,le flleur,le tisserand,le fou-
leur, le teinturier, le tailleur, – ont collaboréa l'achèvement
du produit. Avantd'arriver à sa formedéfinitive,il a change
plusieurs fois de propriétaire, il a traversé plusieurs « éco.
nomies » autonomes.La production nous apparaît doncici
commesectionnée,répartie en tranches différentes.Aucon-
traire, dans le casde l'épingle,c'esta l'intérieur d'une même
section,d'un mêmeorganismeéconomiqueque tout se passe.
Des opérationsqui naguère étaient toutes exécutéespar un
même ouvrier sont distribuées maintenant entre dix-huit

i. V.Bâcher,
op.c<<p.2t2.!22.
9. C'est <-ufjne M. Hacher )tp)x.-))ti.)<-A<eM''<nM/)<t~ et fjM'i) distingue
'te t'/tf'rft'ftot~MM~.

K.OcM:nt!)i).–AMnMU!.oeiot..Me).t!)M. c
82 L'AXM~E M0t-i902
SûCtOMOtQUE.
ouvriers. Le produit change de mains, mais U ce changepas
de propriétaires, il ne sort pas d'une mômeentreprise. Nous
n'assistons plus à uu sectionnementde la production,mais,
à l'intérieur d'une mêmesection,à uneanalyse,à une décom-
position du travail. Le cas du forgeroncioutier est différent
encore. Le forgeron cloutier ne façonnepas seulement une
partie du clou, comme l'ouvrierde manufactureune partie
de l'épingle,et son travail n'est pas plusanalyséque celuidu
forgeron ordinaire. Mais il ne s'applique qu'a une espèce
d'objets. Cet objet no passe entre les mainsni de plusieurs
producteurs ni de plusieurs propriétaires. La fabrication
d'un seul produit par une seuie main, &l'intérieur d'uue
mômeéconomie,telle est la caractéristiquede ce phénomène,
distinct aussi bien de la décompositiondu travail que du
sectionnement de la production. H n'a plus pour résultat
de diviser les travaux en tranches successives, mais en
branches divergentes; les sectionsqu'il trace dans le pro-
cessus de la production sont longitudinales et non plus
transversales. C'est la spécialisation proprement dite qui
nous apparait1.
Mais dans la spécialisation mômeit faut distinguer des
variétés car elle peut se produirede façonsbien différentes.
Tantôt on voit tel genre de travail se détacherduigroupeéco-
nomiqueà l'intérieur duquel et dans l'intérêtduquel il s'exé-
cutait. Désormaisil sert de centre à une économieautonome,
il « nourrit son homme une professionest formée.Ainsi
la plupart des métiers naissent en se séparant du ménage.
Maisil y en a bon nombre aussi qui, au lieu de sortir direc-
tement des premières unités économiques,se sont formés
ultérieurement, et c'est précisémentle cas du forgeron-
cloutier, – par une spécialisationnouvelledes métiersdéjà
spécialisés. II faut donc distinguerde la formation propre-
ment dite la subdivisiondes professions*.
Ajoutonsque danscertainscasdes professionsnaissentque
rien ne faisait prévoir, auxquellesrien d'analoguene corres-
pondait dans les régimes économiquesantérieurs. Elles ne
résultent pas d'un morcellement;c'est l'apparitiond'espèces
de biens jadis inconnus qui les suscite. Tel est le cas par
exemple pour la photographie,la fabricationdes glacesou

< << p. S50-255.


). Cf.Bûcher,
2. /&M..p. 9SM59.
MUQtA – TM6oBtS:t
SUttU MV~tûMtHJTtttV.~th 83
desvélocipèdes.t) y a M. ù vrai dire, non pas division. mais
créationvéritable'.
Ainsi, -formation, subdivision, création des professions,
décompositiondes opérations, sectionnementde la produc.
tion, il faut, si l'on veut que les confusionssoient évitées,
avoir présentsa l'esprit ces ditléreuts modesde la divisiondu
travail; et torsqu'onnous dira que ta divisiondu travail s'est
développéeà telle ou tetto phase de l'évolution économique,
il faudra précisersuivant lequel de ces modes cette division
s'est opérée.
Non qu'il faille s'attendre à une correspondance étroite
entre les phaseshistoriques et les types
que nous venonsde
distinguer.Jamais les catégories auxquellesaboutit t'unatyse
ne s'appliquent,avec une exactitude absolue, à telle ou telle
tranche dela réaiité. Maisce qu'on peut légitimement
espérer
établir, c'estque cette catégorie, ici ou i:'t,prédomine.
Par exemple,s'il est vrai de dire que là ou la division du
travailse développele cumul des fonctionsdeerott, il ne fau-
drait pas en conclure que ce cumul est d'ores et
déjà une
habitudeuniversellementabandonnée, et quedésormais, dans
tes sociétésà civilisationcomplexe, chaque homme n'a
plus
qu'une occupation.Les statistiques récentes prouvent au con-
traire que le progrès des diflérentes formes de la
spécialisa.
tion n'éliminenullementl'union de travail Afortiori ces dif-
férentesformesne s'excluent-elles pas les unes les autres.
Ainsi on peut soutenir que ta décompositiondu travail est
un phénomènecaractéristique de la grande industrie. H no
peut se développerlibrement que ta ou sont concentrés des
ouvriers assez nombreux, comme dans les grands ateliers
modernes.Sesplus remarquables progrès sont déterminés
par le passagede la manufacture à la machinofacture.(~
ainsi que dans la cordonnerie, tandis qu'une manufacture
proprementdite ne comptequ'une dizaine d'opérations dis.

<.Koui! suivonsicilaclassiiication ~r )<u<-)h't'


))r))))<ts''f ~'M/f/Mn.y
– Be''K/M~a«MM</ (ouS/)M<f~<4M/t~M)
–~w/Mt/'nM.~<'<7MM,/
– .)).tt')7.<:(-t~.
f/MH'?.N')U!!))tnx'mi<)Bssut-<)''t)X))ni)t)!)Mu)''ttt<;nt.t)a!i!iupprHnMn!.c<)tttu)o
inutile,contonMtit)t''nt
!m.tobservation!,
duM.th.'t'heiitte'o/).ct< )).t8))(t
'!itct{ori6<)N
df~/ao'MM/f/M /t'<tc<!</
t.~t'Aft'~fCtW/ttftMH~
<.t t)OUSitJ()Utut)!i
cunmten)i<'cs<ajtiru.
cu))fur)))CH)o))t
ttUit«)M<!t't-t)ions<te
M.t'ctrfnz. fw.cil.,
p. t))!t<:)ttM)p)t'i'!ttcc<-ff<<t'Ott<<e;0/f)M
(M<'<'M/:Mf/<C~t«)~j.
2. HuctxirfMntfad'<tphis lesr.~u)t<tt!t
du t-e''<;nMn)<int
<icipt-ofcssions
en AUctntgM ())<?).<)ueprtBdo S mittionsdMpersonnes y exef':('nt.&
e&tu detout'profession
principalo,une pt'ot'Msi<mM''e!.iioiM.
84. (.'A~tt IfH-tMS
SOCMt.OO~CR.

tinctes, une fabriqueen compteprès de cinquante'. Ce n'est


pas Adire toutefoisque dans ses phases antérieuresl'industrie
ignore cette analyse. Les grandes tumiitcs antiques, avant
même qn'ii leur vint l'idée de produire pour d'autres que
pour leurs membres,avaient des ateliers où la spécialisation
des besognes était dejù pousséetrès loin Onverrait de même
que la productiondes livres dans les monastèresdu moyen
ùge,ou des armesdans la cour decertains rois sauvagessup-
poseune décompositiondu travail assez avancée
Inversementon peut soutenir q'~e le phénomènede la for-
mation des professionsappartient aux premièresphases de
l'évolutionéconomique.Hest caractéristiquede.ta période où
1 ou passe de l'économiedomestique à l'économieurbaine.
C'est à ce moment,avec rétablissement des marchés et !a
constitution d'une clientèle, que la plupart des métiers –
travailleurs du fer et du cuir, de ia terre cuiteet du bois, –
se détachentde la famille Croit-oncependantque le phéno-
mèneaitdennttivementcesse? Lafamilleperdencorechaque
jour quoiqu'unede ses attributions. Le blanchissage,la con-
fection et la réparationdes habits, la cuisinemême, autant
de serviceséconomiquesqui, accomplisnaguèreà l'intérieur
de ia maison, le sont aujourd'hui ou vontl'être demain « en
ville'. M
J)
tt n'en reste pas moins que la formation des professions
prédomine ià où l'industrie est encore embryonnaire.C'est
avec t'efttoresceneode l'économieurbaine qu'on les voit se
subdiviser. Maisencorefaut-il, pour qu'ellescontinuent de
se ramifierprogressivement,que les barrièresdu régime des
corporations soient abaissés. De même Il faut une certaine
expansiondu commercepour que s'installe,dans une société,
un sectionnementcomplexedela production.Demêmeencore
c'est grâce aux découvertes.de la science que se multiplient
indéfinimentlescréationsde métiera.
Ainsi s'expliquece fait que la division du travail, malgré
qu'etie soit de tout temps,ait pris, et principalementsous ces
dernières formes, une extensioninome dans la civilisation

op.cil.. p. 75.
t. V.U'*c)tMne,
op.<-«..p. M,5S.)M.
3. V.GuintO').
3.BMtcf.op.e~ p. 2TS. en nnt'
4.V.GuirM't.
citanlXen~phon. p. S3-St.
/&M.,
S. V. Petrenz.o~. cit., p. <9 s')f[.
MuL'ûLH. – 'n))!o)U)M ~L'tt t.A P)V).<<0}!m; T)m'A)f. 83

oecidentatecontemporaine.Jamais on n'a compté un aussi


grand nombrede spéciatités,et jamaison n'a vu ce nombre
s'accroître aussi rapidement. En chiftres ronds il a' a pas
moins,nousditK.Bitcher', de tO.OOOmodesd'Mctivitéhumaiue
dout chacun, dans notre sociétémoderue,peut devenir pour
un individu l'occupationde sa vie. Ht chaque Jour de nou-
vellesvoiess'ouvrent en treize ans, de )8Mà 1895,te chiure
des désignationsde professionsdans !a statistiqueallemande
s'est accrude plus de 4000.Ces résultats seraientplus frap-
pants encoresi l'on pouvait suivrepas a pas. dans unemomo
localité,le développementdesdiiïérentesformesdela division
du travail. C'est ce que M. Petrenza tenté pour Leipzig,en
comparant, à diverses époques depuis 175t, les livres
d'adressesde la .viite.De i75i a t89Ûit compteainsi, pour
4Cformationsde professionset ~3sectionnementsde ia pro-
duction, 72créationset 300subdivisionsde professions.C'est
d'ailleursdepuis i860 surtout que ce mouvementest sensible.
Tandisque de t830à i8u0 M.J'etreuzno marqueque créa.
tions et C8subdivisionsde professions,il marque,de t8UOà
t8!)0,4~deceites-cietiTCdecelles-là Quedes monograptties
de ce genre, guidéespar des classificationsméthodiques,se
multiplient, et l'on-pourra, non plus seulementremarquer
d'une manière vagueque telle formede la divisiondu travail
prédomineà telle ou telle phase do l'évolutionéconomique,
maisétablir ia proportion-précisedans laquelle,a cesdiverses
phases,se rencontrentcesdiversesformes.

Maisil faut pousser plus toiu t'analyse.Nous ne serions


pas encore suJ)isamn)eHtrenseignéssur i'état de la division
du travail dans une société si noussavions seulementdans
quelle proportion s'y rencontre la formation,la subdivision
ou la créationdes professions,iesectionnementdola produc-
tionou la décompositiondes opérations.Le phénomèneveut
être envisagésuccessivementsous tousses aspects.Acôté de
l'aspect technique, il importe d'en éclairer les aspectsplus
proprementsociaux–économiques, juridiques, politiques,
et de discerner, non seulementles relationsde fait que les
formesde la division du travailétablissententre l'hommeet
l'objet ou la partie d'objet à produire, mais les relationsde

1.
). < cil..)).9<)t.
op.c)< p. SX.
a. V.luHbteMd-itiunu,
M t.'AXX~CMLOMQCE.MOf-Wi!

droit,entre les hommeseux-mêmes,auxquellesellesdonnent


lieu.
Onsait combienlongtemps,en économiepolitique,le point
de vuetechniqueet le point de vue proprement économique
ont étéconfondus,et commentle socialisme,loin de dissiper
cette confusion,s'en est servi, au contraire, pour étayer sa
philosophiede l'histoire. Après les discussionsrécentesaux-
quellescotte philosophiea donné lieu, principalementaprès
la critiqueméthodiquede Stammtér', ii semblequel'équi-
voquesoit dénnitivementruinée.On nousa rappeléque si la
vapeura produit dans notre mondesociallestransformations
que t'en sait, cen'est pas eu tant que force matériette,c'esten
tant queforceappropriéepar des possesseursde capitaux la
transformationdes modesde production,n'exerceson action
socialequ'à travers lescodes.Il importe donc de rendre à la
machinece qui vientde la machine,et à la loi ce qui vient de
ta ici. tt importe
de distinguersoigneusement,de leurs tqrmes
techniques, les formes juridiques des phénomènes écono-
miques.Cesremarquesont déjàprovoquéd'utilesKreclasse-
mentsM.C'estainsi qu'on nous proposait,ici même'.de réser-
ver pourdes emploisdistincts les termesde/mcetder~m?
de la production,celui-ci désignant « les institutions de la
productionéconomiquedéfinieset classéesselon.lesrotations
juridiques et socialesqui les caractérisent.», celui-làdési-
gnant« les institutionsde la productionéconomiquedétmies
et classéesselon les relations technologiquesou morpholo-
giquesqui les caractérisent." »
Qu'unepareilledistinction puisseêtre utiliséepour la théo-
rie dela divisiondu travail,ons'en rend aisémentcompte.Kt
en effet,pour apprécierses résultats, ce n'est pas le tout de
savoirsi un homme travailledansune manufactureou dans
un atelier, si son travailest synthéth}ueou analysé, s'il fait
un clouentier ou seulementune partie d'épingte.Maisdans
quelles conditions sopiales travaille-t-il? Voilà ce qu'it
importede préciser. Et pour le préciser, il faudra distinguer
encore,parmi lesrelationsqui caractérisentun régime,celles
qui retientl'homme auxchoses, celles qui le relientdirecte-
mentaux personnes,cellesquidéftnissentsa propriété,celles

1. H'f~/t.«'/<<7 MH<<f< t)f<c/t~fmaferK<~<Mc/<en <;McAt<;A<MM/fiM-


.<KM~.)~)pi!it{.<)<9ti.
'M.Sinuand.a.utun)!'tV.p.5)t. f..
MOL'C).)!.
– T))!!OR(E.<
SCMt.ADm~mxUKTMAVA)). 87

qui délimitent sa liberté. Les unes et les autres sont, à vrai


dire, définies par des règles juridiques, qu'elles soient ou
non expressément formulées. Malxces règles sont tantôt
« réelles », et tantôt « personnelles» tantôt elles se rappor-
tent à l'état des biens, et tantôtà t'étatdes personnes, Il fan.
drait donc distinguer,dans tes régimesmêmesauxquels la
divisiondu travail peut être soumise,entre l'aspectjuridico.
économiqueet l'aspecturidico-politique.
Le travailleurest-il ou non propriétaire des instruments
avec lesquels il exécute sa besognespéciale? Est'ii ou non
acquéreur de la matière première? vendeur du produit
façonné? Reçoit-ii,commeil arrivait souventà t'artisan du
moyenâge, la matièreà façonnerde l'acheteur,qui loue en
quelque sorte ses services? Entre celui qui l'emploieet lui,
y a't-ii communautéà la fois de productionet de eonsom-
mation, commedans la familleantique, ou seulementcom-
munauté de production, sans aucuneespècede communauté
de consommation,commedans l'industrie moderne? L'ou-
vrier spécialiséà domiciletravaille-t-il« à son compte )' ou
au compte d'un entrepreneur? Les ouvriersentre lesquelsle
travail est distribué dans une fabrique participent-ilsen
quelque mesureau bénéiicede la vente? C'esten répondant
à des questions commeceties-ià qu'on classerait les divers
régimesjuridico économiques qu'une mêmeformede spécia-
lisation peut traverser.
Quantaux régimesjuridico-politiques,on lescaractériserait
en répondant à des questionscommecelles-ci la tâche spé-
ciale que le travailleur accomplit,l'a-t-il choisie librement,
et peut-il la quitter à volonté7 Y est-ilrivé par la naissance,
comme il arrive dans la caste, ou du moins pour la vie,
commeil arrivedans la corporation? Y a-t-it dans la société
des catégories de citoyens auxquels certains métiers sont
réservésde par la loi, ou toutes les carrières sont-elles, en
principe, ouvertes à tous ? Y'a-t-il des professionsprivilé-
giéesqui assurentcertainsdroits à leurs détenteurs, ou bien
toutes les professions, quelles qu'elles soient, sont-elles
égales devant le pouvoir politique? C'est seulement après
avoir répondu à ces questionsqu'on pourraitdéterminerdans
quelle mesureet parquets moyensla contrainteou la liberté
présidentà la répartitiondes tacitesdans telleou tettesociété,
et comment, autour des tachesainsi réparties, s'ordonnent
les différentesclassessociales.
Bti ).'AXXK6 St)t;)OMtitQL'E. )90).tM):!

Maiseu répondantà ces questions,ii importede n'oublier


aucune des matièresauxquelles la divisiondu travail peut
s'appliquer et de ue pas restreindreabusivement,commeon
l'a fait longtemps euéconomiepolitique, le sensdu mot tru.
vail.
Lemême auteur qui nous fait remarquerquel'expression
de divisiondu travail pécliepar l'étroitessede sou premier
terme puisque la notion de spéciaiisatiouest pius large
que cellede division, ajouteque le deuxième termerisque-
rait, lui aussi, de restreindre & l'excès le champ de nos
recherches.Al'expressionde ia divisiondu travail,c'est celle
de spécialisationde la productionqu'il nous proposede subs-
tituer car ce u'est pas seulement,nousdit. dans l'organi-
sationdu travail des ouvriers que se manifestele progrèsde
la spécialisation,c'estdans l'ensemblede la productionéco.
nomique,y comprisles choses mêmes,la nature et la ma-
chine. 11faut aller plus loin. Cen'est pas seulementde ia
production proprement économique,c'est de toute espèce
d'activitéqu'il fautse demanderdans quelle mesureet sous
quelle forme elleest spécialisée.
Par exemple, à coté des travaux auxquelson réserve, en
général, le nom de producteurs, il fautfaire entrer en ligne
de compteles travaux dits destructeurs,à côté des travaux
matérielsles travauxproprementspirituels,a côtédu travail
d'exécution ie travaiide direction.Si diftérentesque soient
les opérationsmilitairesdes opérationsindustrielles,on peut
soutenirqu'elles aussi, visentà être productives– la guerre
n'est-ellepas souvent,selon la remarquede B. Constant la
premièreforme de l'industrie? –eties aussi supposentx un
but, des moyens, desobstacles ') eiiesaussi comportent,en
vued'un intérêt social,un déploiementd'activitésdont il est
très important de savoircommenteUessont spécialisées~. De
même,les activitésde toutessortes qui alimententla vie spi-
rituelleet qui otfrentleurs produitsà la compréhensionou à

<.fiechesn'op.c<<p. :iT.
2. M<i~Mf coMMt~fMtncMc. H.p. SU.
S.C'est):tdetinitinnqM)!.Tanh'propose )utravailfJf's
pour<)i<tint{Mer
autrestondesd'Mtivtte. On nu comprend gucre. c'iUe
il h~ite il classerparmi!tMtntvautte~aprf's dëfinittun,
pourquoi opt:ration<
militaires
(V.~cAo~/x'<'cooeM~«e. 1.p. S~MiiS).
t. C'ett ce dont une etadM a eM MfjuiiiiiM dans tes conférences faites jt
Meotede Saint-Cyr, sur ~t'nt~M <<'aM<\t<M<~M.
– T)t&)R[MSPK).A DtV~tO~M TMtV.tth
BOL'ULÉ. 89

l'admiration des hommes,pour moinsvisiblesque soient les


efforts qu'elles commandent,et pour moins aptes qu'elles
paraissentd'ordinaire ù être régléeset disciplinées,n'en sont
pus moinsdes travaux. Et il faut établir, d'une part, si ces
travaux sout cumuléspar certains individus ou spécialisés
d'autre part, s'ils sont réservesa certaines classes ou acces-
siblesà tontes si les organesproducteursde cette espècede
travaux sont concenU'ésdanscertainescouchesde la popula
tion oucommedisséminesdansla masse Onendirait autant
de cesactivités dont le résultatest l'ordre, l'unification,l'or-
ganisationdes autresactivités".Cen'est pas seulementdans
la vie militaire ou économique,c'est jusque dans lit vie spi-
rituelle, c'est dans la viesocialetout entière, que le besoin
de directionse fait sentir et ii est intéressantde constater
par quels procèdes,grâce à quellecatégoriede personnes il
est paré à ce besoin, d'établirsi l'autorité, elle aussi, quoique
formequ'elle reveto,est diminuéeou concentrée,si elleest le
priviiegedecertainescastesou te monopole de fait decertaines
classes,et dans quelle mesurela massedes citoyensest appe.
ice ù en prendre sa part. U est clair, en effet, que pour défi-
nir la situation que la divisiondu travail fait a un homme,
U nesuntt pas de savoirle rôle qu'iljouedans l'industrie pro-
prementdite, il faut connaitreencore le degré et ie mode de
sa participationù ia défense,au gouvernement,à la vie spi-
rituelle de la société.
/?
It faut donc outrepasserdécidémentles limitesordinaires
de l'économiepolitique,en se servant non d'une biologie
transposée, mais d'une histoire analysée, seule capable de
dresser, par ses réponsesà nos questionnairesméthodiques,
un tableau complet des milieuxque traverse la division du
travail, des régimesauxquelselleest soumise,des modessui-
vant lesquels elle s'opère, des matièresauxquelleseUe s'ap-
plique. Ainsi seulement,on embrassesans lesconfondreles
différentsaspects du phénomène,et on peut eu élaborer une
théorievraiment sociologique.
t. C'est<'e')uoSpencer étudieen dwt'hwtth'tt'etnppcntent ')< /<M<<-
/«<t<MM p)'0/'f.W'OtMe«' diiitiMgW
~M'tt 'tes/M<)<«/)OM)H'~M<f//M.
i!. M.Ottfo/<. faitpt<w&')<M
cil.,). p. 110) Honsifierutioni!
de<-c({enM
i(tMt)u'i)
pn)pu!i< ')«distinguer c oux
lestfaMUt yui
(Mfttti tendentit)t
')MOfV)ttion itntivi'))Mt)<i. ceux(luiontpuurbat)a cr~tiuttdf!!instru-
des pM'tuits,– c'ux 'lui ten'kntt
tnenta'htttm'tt)<'tt)t distribatiun
cûnicrvfttiuttiiucitte
tph;tM. pruf<:<~Uf.Mvant.))MM'Mt, sohiat).
? t.'AXX)!ES<)CtUt.O':f~PE.t9M-i9'

II

DELACtVtStOK
LESCOKSÉOUHXCES PUTHAVAtL

II est encore plus important,si l'on veut non plus seule-


ment classer méthodiquementIfs formes, mais juger impar-
tialement les conséquencesde la divisiondu travail, de dis-
tingueravec netteté les différentspointsde vue d'où on peut
l'envisager. C'est la multiplicitéde ces points de vue qui
explique comment l'opinion a oscilléet oscitte encore, en
pareillematière, de l'optimismeau pessimisme.

D'une façon générale, l'ancienneéconomiepolitique, qui


voit le monde à traverstes idéeset pour ainsidire avec les
yeux de la grande industrie naissante,cétébre les bienfaits
de la divisiondu travail.Pour en juger, ellese place surtout
à un point de vue « réet ? et « quantitatife. Elle calcule la
quantité et le prix des chosesjetéessur le marché.Elle loue
doncla spécialisationde fournir plus pour moins –, plus de
produits à moins de frais. Marxeu fait justementl'observa-
tion les apologistesde la divisiondu travail, dans l'anti-
quité, la félicitaientsurtout de cequ'elle raffinaitla qualité
des choses en utilisant pour le mieux les aptitudes des
hommes,de ce qu'elle perfectionnait,en somme, à ta foisle
produit et le producteur.Si, à l'occasion,ils mentionnent
aussi l'accroissementde la massedes produits, c'est aux
valeurs d'usage qu'ils pensent plutôt qu'aux valeurs d'é-
change. L'accroissementdes valeurs d'échange, rabaisse-
ment du prix de revientdes marchandisesest, au contraire,
ce qui frappe d'abord lesmodernes.Lorsqu'ilsescomptentle
bénéficede la spécialisation,ils ont surtout en vue le travail
analysé,et bientôt mécanisédansla fabrique.Là surtout se
cumulent les avantages que leurs théories énumerent'.2,
L'adaptation,non seulementdes organes, mais des instru-
ments aux tâches diversifiéesdevient chaque jour plus
intime. La spécialisationdes entreprisesdiminue le nombre

t. Op.cit. p. <S8.
X.Y.Block, e~.<-<<chap.xvn.
Mf'fCt.)!. – Tm~MES SfH H tttVtMOt DV fKAtAt). 91

des « mobiliersindustriels » complexes,qui seraient néces'


sairos à une société. La concentration des ouvriers et la
décompositionde leurs travaux, eu même temps qu'elles
diminuent tes pertes de temps inséparablesdu transfert des
objetset du changementdes occupations,raccourcissentaussi
le temps nécessairepour apprendre ù confectionnerun objet
complet.
En un mot, grâceà ces économiesde toutes sortes, de temps
et d'espace,de capitauxet d'apprentissage, le rendementdes
forceshumainesteud son maximumdans la manufacture,
etft/'o~tondans la fabrique. C'est sous leurs espècesque
l'économiepolitique admire la division du travail, créatrice
de « l'opulencegénérolf», qui inondele marche universelde
produitschaquejour plus nombreuxet moins coûteux.

Le mouvementdes esprits au x<x"siècle devait, par plus


d'un cote, miner cet optimisme. Ona souvent observé qu'a-
près l'expansionde la philosophieindividualiste,verslaquelle
convergeaient la plupart des doctrines dominantes du
xvnf siècle, un vague besoin semblait s'être fait sentir par-
tout de construire, d'unifier, d'organiser. Le développement
de cette tendance, secondé par l'élargissement de l'horizon
limité auquels'en tenait l'économiepolitique, nous (aitcom-
prendrecommentl'attention devait être attirée sur tesincon.
vénientsde la divisiondu travail.
Cen'estptus seulement dans l'ordre économique, disions-
nous, qu'ons'inquiète des formeset des eitets de la division
du travail c'estdans tous les ordres d'activité,c'est, en par-
ticulier, dans l'ordre intellectuel.Pas ptus que la vie maté-
riette. la vie spirituelle, on s'en rend compte, ne progresse
sans la spécialisation~' pas plus que l'industrie proprement
dite, tascienceett'artmëmen'échappentàcette loi.
Toutefois,dans ce domaine nouveau, cette loi est-elletou-
jours bienfaisante et ne suscite-t-elle que des progrès'?
Pour fart. il est trop évident qu'elle comportedes inconvé-
nients graves,s'il est vrai qu'une véritable œuvre d'art est
commeun tout vivant, sur laquelle une personnalitécréa.

j. C'MU'0!:pr<i6!)one))))))oy~'
purBMtitt(«Hxt'fc*Y),p. M7;.
Ï. C'estce'jtteM.LatandcnoU!! illiola ),j)t"'i,t)):Ht.
jwattoah)i<'f<jMan<t
liona desncccsiiiMi!dula natureftnimtte.et nouiihl pt'ost'ntM
comnM
« i«)p')!!MK
<tde:!~h-cs pur leurcondition't'cttfsxtMt~.mt:.
t)en<i!mt:i
tC~.ct'f.,p. :«).
M t.'AXXKHXUKtOt.UtittiCE.MOt-tUM
trice a mis sa marque.La spécialisationperfectionnerasans
doute Mle métier Met raMinerata technique de l'art mais il
tt'y a que trop de chances pour que ces avantages soient
compensespar tes mutilationsque cette spécialisationmême
imposea l'artiste sa virtuositéne crottra peut-être qu'aux
dépens de son humanité.Mais, pour la science etie-meme,
œuvreévidemmentplus impersonnelle,et a l'avancementde
laquelleon peut véritablementcoopérer,croit-on que la spé-
cialisationsoit tout bénéfice? Grâce t1 sou entremise, nos
découvertesont centuplé sans doute, et chaque jour elle
entassedes connaissancesplus préciseset plus nombreuses.
Maisle but de la sciencen'est pas d'accumuler,c'est d'ordon-
ner, et de fairedes corpsaveclesvérités éparses. Or, le pro-
grès de la « micrologie ne nousfait-il pas, souvent,perdre
de vuecet idéat? et ne dimiuue.t-it pas notre capacité de le
réaliser? Lestêtes encyclopédiques, à fortiori les têtes syn-
thétiquesse fontde plus en plus rares. La sciencemoderne
risquede manquerd'architectes1. Etcelaserait fâcheux, non
seulementpour le progrèsde la philosophiegénérais qu'on
devraitextrairedes sciences,mais pour le progrès mêmede
chacuned'elles en s'isolant, elles se stériliseraient. C'est
sur des argumentsde ce genre que le positivismes'est fondé,
pour dresser le procèsde ladivisiondu travail". Et contreces
arguments,l'apologiedes économistesne saurait servir de
bouclier.CarIl nes'agit plus icide produire le plus possible
dansle moinsde temps le pointde vue réet et quantitatif
n'est plus de mise. Lesvérités ne sont pas des choses. Et
l'importanten matièrede productionintellectuelleest moins
le nombreque l'ordre.
Cetteabsenced'ordre et d'organisationn'est-elle pas d'ail-
leurs, a y bien regarder,aussi préjudiciableen matièred'in-
dustrie qu'en matièrede science?Il est à remarqueren eitet
que le systèmede productionvanté par tes économistes,s'il

1.V.Hobsun. fntK<~e<~<«!<
x)v:Off<q''M')<!<t:«<fo)<
e/i.c<7..<;)tap. life.
Cf.A.Cr<MSun. ~Mc..<«)-t/M-cMMn/fOH. Vantes. < *Mt.Dans desnotes
F.<)'!CoutMfM. pab)M);sparlaM<n« </e~/)<AM<<M'<<M'«e 'juin~!M)t).
de-i'tanf~er~
f)nvui~~a'itsept-MOt-cup~it f Onae
du.</)fc<«<Mn)e plaintfjoe
diinst'indnittrie
ce~enrff))' i'mprit it ttfm))]"in!!
(nn'aUn:tr<!t:it t'tVtn-
htj!dufinirpar faiMdehonnMmontro!. Ene~t-itdela !!eien''f cottttne
det'hof)e~<:rieEttjMMd nousauronst'io't sixcentstrafitifieurf) f)"
t'iauxsurunn)';Hte connattrons-nous
si'vit-, t
tesi'ci«entift'. onrmttt'OM-
ouuiila suei~MCcta estp'.ssiht'*ntai~noncertain
V.<eM<~ t~/<t~o/i/«e/KMt<f)~. tV.p. titt,4S~.
MMOLÉ. –- TttÉtUttEt SUtt t<AMÏMOX Dt: TMVAH.

installea l'intérieur de ses entreprises,entre ouvriers qui se


partagent le travail, des rapports strictementréglementés.
laisseau contraire en dehors(tetoute réglementationles rap-
ports de ces entreprisesentre et tes'. En ce sens, les organes
(lecoordinationmanquentà l'industriemoderne.Sousle coup
de fouet de la concurrence,chaqueentreprise lance sur le
marché le plus de produits qu'elle peut, quitte à avilir les
produitspar la surproduction.Ainsinaissentcescrises pério-
diques on l'on voit.suivant l'expressionde Fourier, la pau.
vretcnaître de la surabondancemême.C'est« t'anarchieéco-
nomiqueM.Ht)eest la preuveque ta divisiondu travail livrée
ù elte'mèmo est capable de bouleverserpar de brusques
secoussesle monde qu'elle supporte. En développantces
remarques, le socialismefaisaità la divisiondu travail, à
proposdes chosesde l'industrie,le mêmeprocèsque lui fai'
sait le positivismeà proposdes chosesde l'esprit. !i appelait
l'attentionsur la nécessitédu travailde direction,et montrait
que, faute d'organesconsacrésà cette tache, ia spécialisation
des industries cciébréepar les économistespouvait aboutir
à des résultats désastreux.

Maisoù le Mciatismetrouvedes raisonsde pousser beau-


coupplus loiu le pesslmisme,.c'estlorsqu'il attire le regard
non plus seulementsur les produitset leur repartition, mais
sur les producteurseux-mêmeset la situationque leur crée
le travaildans la fabrique,Suivanttuieneuet, non seulement
letravailleursoutireindirectement,dans ta société,du carac-
tère « inorganisé ~)de ta grande industrie, mais it souftre
directement, dans t'atetier, de son caractèremécanique. H
n'est pas seulementen butte aux contre-coupsde ces crises,
qui lui imposentles longschômagesou les brusqueschange-
mentsde métiers mais, lors mêmequ'il trouve l'emploide
ses forces, il est asservià des besognesmonotones, fasti-
dieuses, déprimantesqui, commeeiies exigentde moinsen
moins d'apprentissage,exigent do moinsen moins d'initia-
tive. Les travaux qu'onlui demanden'ontplusà aucun degré
le caractèrede l'art; il n'est plus tui-mémequ'une sorte d'ap-
pendicede la machine.Uncertain« rabougrissementdu corps
et de l'esprit » des massesest donc inséparablede la divi-
sion du travail telle que la grande industrie l'organise, elle

.1.Mart,e/).ct<p. iiiS.
? LASSÉ)!M)CtOMMMW:E.MM.tM:!

réduit l'ouvrier à n'être plus qu'une partie d'un homme;elle


eu fait un « travailleur parcellaire»; elle empêcheson déve-
toppementintégrât'.
Ondit quelquefoisaujourd'hui que le socialismeest t'heri*
tier véritablede l'individualisme,qu'il est « l'individualisme
logiqueet complet~,et quetoutes les revendicationsformulées
au uomdesdroits de la personne humaine,il se lesest incor-
porées~.Nutte part cette incorporation n'est plus manifeste
que dans la question de ta division du trayait. Contrecette
mutilationde t'hommepar ta machine,le socialismerecueille
et reprend a son comptetes protestationsles plus véhémentes.
tt répète tes formulesde Schiller et d'Urquhardt « Toutce
qui devait être ua a été violemmentsépare, t~ernettement
enchatoé à une fraction du tout, l'hommene se développe
aussi que commeune fraction au lieu d'empreindrel'huma-
nitédans sa nature, it nedevient qu'une simple empreintede
ce qu'il fait < « Subdiviser un homme,c'est t'exécuters'il a
mérita uue sentence de tnort c'est t'assassiner s'il ne te
mérite pas. La subdivision du travail est l'assassinat d'un
peuple. »
<Ju'ens'appropriant ces protestations, le socialisme ait
exagéré les effets reets de ta division du travail dans les
fabriques,que le servicedes machines,par la culture tech-
nique générale qu'il exige, ait contribué a élever plutôt
qu'à abaisser le niveaumental de la classeouvrière, c'estce
qui est probable",Desenquêtes sur t'influencedu machinisme
démontreraient sans doute que la critique socialistede la
division du travail poussait trop loin sou pessimisme.Elle
avait du moinsle méritede substituerle point de vue « per'
sonnelau point de vue « réel et de faire remonterl'atten-
tiondes marchandisesaux producteurs, deschosesaux indi*
vidus.

Maispour arriver à un point de vue vraimentsocialil fat-


t. /A;<p.<:iO.)'M.
9. V. jMrM..So<)(tfM)M):t< LiAft- ttant la HeMt de ~'o)-M, )" (Mcembro
t8M Fuumifrf, .E~ta! ~w <«<<<fMM<!<<~M.Lu tociatiiftno Mmit f)) cela
tidett! à ti~ p~'n~e de Sistnondi L<!<iniititutiot)!) duiv<;at accomplir les
destin); de l'espèce haniainH ettes aUeisnent d'autant mieux leur but
tju'eUM titt-vent le p)tt!) );t'and non<t)r<- puiiiiibto du citoyon~ & la plus )nato
dittnUMmutate. f
J. V. Liesse, e~. et< ch~t'. vn. Cf. 0*! Bt-ou<-M)t'. Le socialisme )'/ les
<M<t«ec<M<<.< (d)tn!) tu .)fo«<t<'mf«<socialiste du t" juillet )«9'), p. )!! tifj.).
– THEMESSUtt(.ADH'fSMtbu TMAV.Ut. 9a
tMUOf.)!.

lait se poser une questionplus large encoreet se demander


quelle devait être l'influencefavorableou néfastede tadivi.
siondu travail, non plus seulementsurle développementdes
individusconsidérésen quelquesortechacunà chacun, mais
sur leurs relations réciproques,sur tes modalités de leur
groupement,en un mot sur-l'organisationsocialeeile-méme.
Jetencorece qu'on a d'abordaperçuc'esti'tn(!ueucedisper-
sante de la divisiondu travail,c'est son pouvoirdo séparatiou
et de diuérenciation Leprestigede la biologiey prédispo-
sait sans doute les esprits. Dansle corpssocialcommedans
le corps animât on cherchaità retrouverles orgues nette-
ment séparesqui devaientcorrespondreà ta distinctiondes
(onctions.C'estaiusi qu'on en venaità attribuer à ia spécia-
lisation tadivisionde la sociéténonseulementen classesmais
en racesdistinctes.
« Les progrèsde l'industrie, disait sir Robert l'eei, vont
créer une nouvelle race d'hommes ?. Suivant certaines
théories anthropo-sociologiques,il faudrait prendre cette
pensée&la lettre et la généraliser.Detout temps l'exercice
des ditlerentsmétiers a entratnéle développementd'aptitudes
difïerentes, qui s'enregistrentdans l'organismeet se traits-
mettent par t'hérédité. Le métier déposeson empreinte de
plus en plusprofondenonseulementsur l'individu, maissur
sa descendance.Pour peu que des générationsasseznom-
breusesse succèdentdans l'exerciced'une même profession,
c'est vraiment une race qui se forme.Et ainsi s'expliquece
fait que tous ou presque tous les groupessociaux.compren-
nent des sous-groupes, distinctsnon seulementpar le costume
et les coutumes, mais par des facultésmentalesliéeselles-
mêmes à des dispositions physiques,et qui sont comme
autant de « variétés humaines~.
Quellesexagérationset quellesconfusionsse cachentsous
cette thèse, il n'a pas été dinicilede le faire remarquer. Elle
1. « Uivisiun
c'estdispersion u,disaitM.KfipinMi~M <oe<e<MN))<'M«~<<.
p.3!i0).
i!.t<t:hn)ot)urpaM)!-m!taH''rjus<j)t'i't
cuttaU~'M Mcm'ait
tnt'Mju'il ~<t)'-
tMe/t. a )<t
X)Y) quo t'oncUott d'un
))p)!ci<[)<] individu h)ivientn")fsuut)'.
tountdesesaptitudes individMUM etduhusard, muisansiiiduMtcuniititu-
tiunpi);'si'ju':
Htint'itf'tueiie.
d':se.~ tterfi.d'' sestuu!)< toutesf'ho!<es
o
ontunfondomont
ntunffincieiiietit
glui unfundtjfnont
'tutont
yui Ivni~liluirv;
it)'n'dituir<!et-iontd(hitumtintioa
et
otsnnt
%ont ~,torroiW cy put·
J)arunoclmine
ptir unel~-liafne
unu
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f)Uireiieunes)!riodof;t:n<intti"tti!.
UtditMreneo du ranKsurit).do
htrichesse,da htconeifMmtion ''t du revonun'estqu'unec«t)~ae<tCM
«cundairede faditHrencittion Mciatet).
t)!tM )o Ct'MM</)'tM,
lu Hftse est !ttt''))MMmuis non aban'iontxiu.
OC ).'AX!<)iE!K)CML(MH~'X.
M0t.)90~

fait fond d'abord sur la théorie de l'hérédité des qualités


acquises. théorie qui n'est, aux yeux de nombrede biolo-
gistes, rien moins que démontrée eu admettant que des
qualités simples et généralesse transmettentde père en fils,
il en est tout autrementde ces systèmescomplexesd'aptitudes
qui sont nécessairesAl'exerciced'un métierspécial.Quant à
vérifiercette thèse par l'étude directedes faits sociaux, c'est
ce qui est sans doute impossible étant donné que dans les
cas relativementraresoù des générationsasseznombreusesse
succèdent entre les cadres d'une mêmeprofession,l'actionde
l'éducation soustoutesses formesmasquecellede l'hérédité.
et empêche de décider si les qualités de métier sont bien
affaires de race. Que si d'ailleurs on regardede près les cas
les plus favorables&)athèse, et si l'onexaminepar exemple
les conséquencesdu régimedes castesdansla sociétéhindoue,
– ou s'aperçoitqu'il n'est nullementcertainque desaptitudes
héréditaires spécialesy correspondentà la séparationsécu-
laire des professions. A fortiori, s'ii s'agissaitdes sociétés
autres que cette société« privilégiée», le phénomèneserait-
il invraisemblable'.
Mais du moins, à défaut de ces formationsde races, ne
faudra-t-il pas attribuer &la division du travail la création
des classes sociales? N'est-ce pas elle qui a constitué ces
groupes,de mêmerace sans doute ou de races mètées, mais
séparespar les mœurset souvent par les lois, qui se retrou-
ventà l'intérieur de presquetoutesles sociétés?Nombred'au-
teurs paraissent accepter, au moins implicitementcette opi-
nion en assignant aux classes une origine professionnelle".
Le socialisme en particulier parait croire que la division du
travail est la mèredes classes', et que la spécialisationsociale
nait de la spécialisationtechnique.
Laquestion est des moinséclairées.Lesconceptsdirecteurs
des recherches, en matière de répartition sociale,n'ont pas
été méthodiquement dégagés et classés tout ce travail est
encore à faire Mais déjà les distinctions que nous rappe.
lions plus haut, entre les formeset les régimesde la division

1. V.dansta~fatx/e~CMt.nosartictes:
LaMfeMM cM<H'/<ï<MMec~o
)'.K)t.
(novt'mhre Mvfx'r)ae~.etCa~ett~MtcM(<n'fi)
i!)t)tj.
ii.V. Bimer. /.Mt~<M<f«o<'<a<M.
3.C'exU'opiniond't'~tb. Cf.Schm&tter. p.400.
CfMHdffM,
4.C'ostcetrin-tutquelelivrerécentde M.Baunrnufaitm~theufease
mentpas.Y.plusbas,p.tM.
HOMLÉ. – TMKOM6A ?« H MVtStOX nu THAVAn, 97

du travail, entre son aspecttechniqueet son aspect juridico.


économiqueou juridico-politiquepeuvent rendre ici quelques
services.Sur ce pointencoreles explications « matérialistesM
de l'histoire sont ébranlées par ces distinctions. On no peut
pas soutenir, d'une manière générate, que les rapports des
hommesentre euxdérivent(leleurs rapports avec les choses,
et que la distinctiondes classesne fait que décalquer la dis.
tinction préalabledes métiers.Hn réalité bien d'autres difîé-
rences que tes dinérencesdes professions collaborent a la
constitutiondes classes dinérences de prestige religieux,
d'influencepolitique, de pouvoiréconomique'.Kt bien sou-
venttes classesainsiconstituéessont antérieures, en un sens,
illa spécialisationprofessionnette~au lieu qu'on appartienne
atettectasse parcequ'on a pris tel métier, on prend tel métier
parcequ'on appartient à telle classe'. La subordination des
situations commandela répartition des fonctions. U serait
donc vain de chercher,dans la division technique du travail;
l'origine première et l'origine uuique des distinctions de
classes.
H importe d'ailleurs, si l'on veut apprécier les répercus-
sions de la spécialisationdans l'organisation sociale tout
entière,de n'oublieraucun des domaines dans lesquels cette
spécialisationpeut s'exercer, et de ne pas s'en tenir a la
considérationdu travail matériel. Nous avons vu combienil
importede savoir, pour caractériser une société, si le travail
militaire, le travail spirituel et le travtit de directiony sont
réservésà une certaine catégoriede ses membresou partages
entre tous, concentrésou disséminés. !t y a des cas ou la
répartition de ces travauxest calquée sur Ja répartition des
fonctionséconomiques l'exercice de telle do ces fonctions
interdit, de droit, toute participationà ta vie militaire, poti-
tique, intellectuellede la société.Mais, dans les sociétéspro.
gressives,où cesdinérentesespècesd'activités se rattinentet
se compliquent, il est rare que de pareilles barrières subsis-
tent. Et nous voyonspar exempte que dans nos sociétés,ut')
la formede la grande industrieréduit le travailleur manuel

1.V.Scht))f<))<'r.
o/).f~ p.3Msfjq.n<fb)f)t. /")/ )8!).t:f.dans
/<ff.<<')'<
t'.tMMf
Mefu~~up.)V(fXMHtuitf' sur/Mca~/p~).h rofutatif"')';)atMii''
do~oneh))M'w/' t'x'fo/' </<?
c<M<f <M)) 'tuiparaissaitfat-otubtu au
MtatefittistHe
hiittttt'itjae.
2.C'estCM
<juuDùhnnsobjecte itluttx-oric
sociittisto p. 78!.
.f.'«)'<Kt,
3.V.Bitfher.
discutant o~.c<)). ~Oa-Xtt.
SchtoeUt;)-,
)-rhMM6)M.–AnM''M':M.m).)UU2. 7
h'AXXKKSOCtOLOOIQCK.t90t-t9M

a une besogne très spéeiuie.il n'est jamais rivé,en droit, a


sa fonctionéconomique.tl est appelé,par exemple,à servir
pour la défensenationale tes arméesmodernesbrassentet
mêlent, en même temps que toutes les provinces,tous les
métiers de ta Nation.i)e mente,quel que soit leur métier,tous
les citoyenssont préparés, par uu minimumd'instruction,a
prendre leur part. de tu vie intellectuelle.Eu vain certains
économistesout-ils dénouéel'instructionde ta massecomme
contraire aux lois naturelles de la division du travail les
mesures destinéesà rtrpprocireria sciencedu peuplese tnul-
tiptient uuh'erseitcmeut dans les sociétés occidentales.Ku
mêmetemps se multiplientles mesuresqui lui permettentde
participer plus ou moins directementa la souveraineté,eu
déléguantses pouvoirset en contrôlantses délégués.Toutes
ces institutions sont commeautant de contrepoidsaux excès
de ta spécialisationindustrietie' le travailleur n'est pas pri-
sonnier de sa fonction; tous les cercles difîérentsde la vie
socialelui restent ouverts.
Et sans doute le socialismeobserveraque ces possibilités
restent dans bien des cas purement « théoriquesH que
nombre de droits reconnusen principe à tous les citoyens
restent en fait lettres mortespour les prolétaires; que leur
situation économiqueles empêched'enuser librement.L'iné-
gale répartition des propriétésentraveraitainsi l'égalejouis-
sancedes droits personnels.Lescontrecoupsdenotre régime
juridico-économiquerendraient ainsi illusoires la plupart
des précautions de notre régimejuridico-politique.Celui-ci
aurait détruit sans doute d'anciennes catégoriessociales;
mais aussitôt, sur leurs ruines,celui-làenconstruiraitde nou-
velles. Et c'est pourquoi,commenaguère,la divisiondu tra-
vail correspondraitencoreà des classes.
Quoiqu'il en soit, il restequ'entreles classesd'aujourd'hui.
qui dérivent indirectementde l'organisationéconomique,et
les classesd'autrefois, qui découlaientdirectementde l'orga-
nisation politique, les didérencessont profondes,et qu'on
ne peut plus soutenir que les sociétésvont se différenciant,
commeles organismes, à mesure qu'y progressela division
du travail.
En réalité, aufur et à mesurede ces progrès,c'estun phé-
nomènenouveau,inconnuauxorganismes,qui se développe

t. c'7..p.Mu.Cf.Limande,
SchmoUct-,
o/<. "p. cil.,p.?.
)tu(;t!).K. TfOtutttM ~tt f.A tttV~MX M tttAVAtL 09

ce n'est pasla dlflérenclatlon,c'est ce que nousavonsproposé


d'appelerla complication sociale'.Ouvoitdiminuerlenombre
des groupestermes qui embrassaientl'individutout entier et
commandaient&toutes ses activités, tandis qu'augmente le
nombre des groupes ouverts, auxquels l'individu n'adhère
quepar un cOtéde sa personneet ne consacrequ'unepartiede
son énergie,auxquelsil peut participer sansieur appartenir.
En un mot,de plus en plus lescerclesqui se dessinenTa~in-
térieur d'unesociétés'entre-croisent et aux points d'entre-
croisementde ces cercles se dressent les individus, diffé-
rents les uns des autres par celamême que diiïerentce qu'on
pourraitappelerieurscoUectionsde groupements.Ence sens,
et lorsqu'elle se réalise ainsi par une multiplicationdes
cerclessociaux,c'estl'individualisationque ladivisiondu tra-
vail favorise.Elle accroît, par la diversitémêmedes rapports
qui les relient, les petites dinérences qui séparent les per-
sonnes mais elle ne sectionneplus les sociétésen organes
nettementtranches. Elleconcourtà la différenciationindivi-
duellebien plutôt qu'a la différenciationsociale'.

Que la divisiondu travail soit en ellet, en même temps


qu'un principed'émancipationpouf l'individu,un principe,
non de dispersion,mais de cohésionpour ia société,c'est ce
que M. Durkheims'est proposé de démontrer. Nousavons
remarquéque jusqu'ici, en recherchant les effetssociauxde
la divisiondu travail, on était frappé des distinctionset des
séparationsqu'elle introduit. C'est l'autre aspect du phéno-
mèneque M.Durkheimmeten relief.A ses yeux la véritable
fonctionde la spécialisationn'est pas de produirede plus en
plus économiquementplus de choses, mais de relier les
hommesde plus en plus intimement.Instaurer, entre lesindi-
vidualitésdontelle respectepourtant la distinction,une soli-
daritéintime, voilàla conséquenceessentiellede souprogrès.
Et lorsque nous voudrons porter un jugement impartial,
scientifique sur ce progrès, et prendre rationnellement
). Cf./.M«<<'Mt'i/a/~c'M, partie,chap.Ht.C'estce<)ueM. SiMfne)
tippt'He dMscet'L-tes
)'entt'<croit«t)t<;nt soc)M< Mo'a~ef
(t'fto'f<feX''eu:);Hy
Are< <;h<tp. Y<]'<f4f)'MC)'«/<'
~f~e)VM:<t)'«H~).
M.Simmet t'MtuttKjUO
'ju'MntMt*'(tt;ve)opputt)<'nt
det'ancet<)<:
t'autn'.
i) pantfty avoiropposition bit))p)ut-)t <)ue
paMttutisn'e(op.f)< p. t3T).
on trouveraun e'[';mp)tt ' )''s
topi~ae M<)u!vo<juei! aux~Uf))e~ onat'nuUt
~uan'tonn'*f)titpaiicesdxtinctiuns, <tuni
lesarticlos
rucenhdeM.t'rins
(/.M Tendance in Nct'MC
collectiviste, </M~<M.r )3septembre
JtJoM</M, t'JM;.
tOO tMt.t9t2
t.'A!)~B MCtOt.O<HCPB.

parti pourou contre, il faudra noussouvenirde cette consta-


tationde la sociologie,que la fonctionnormaledo ta division
du travailest unefonctionmorale'. l,
Quela divisiondu travail entraîne une solidarité « objec-
tive qu'elle rende, eu (ait, mutuellementdépendants les
êtres qui se partagentles fonctions,les économistesl'avaient
des longtempsdémontré,et les « solidaristesle démontrent
chaquejour MaisM. Uurkheimva plus loin c'est une soli-
darité « subjectivea qu'iifait découlerde la divisiondu tra-
vait. Elleagit, suivant lui, sur les consciencesmêmes. Elle
n'abouchepas seulementles intérêts, elle soude les senti-
ments.Nonseulementelle forceles hommesà s'aider les uns
les autres, mais elle ies incline à se respecter tes uns les
autres. Des servicesmêmes qu'ils échangent natt tout un
systèmed'obligationsmoralesqui les enveloppentet les rap-
prochent. C'est ce côté qu'on avait jusqu'ici laissé dans
l'ombre.Onsemblaitcroire que la coopération,reposantsur
la différencedes activités qu'elle concerte, et les réunissant
pour un momentsur un point unique, n'était qu'un mode
économiquede groupement";pour fonder un groupement
éthique,où les individusse sententmoralementunis, la res-
semblanceseule, sembtait-it,était nécessaireet suffisante.
En réalité la dissemblanceaussi est principe d'union. Ce
qui est vrai desamisdifférentsdetempérament,oude l'homme
et de la femme dans le mariage est vrai aussi, dans l'en-
semblede la société,des coopérateursspécialisés.Par cela
mêmequ'ils différentilsse complètent,et le ressententinces-
samment.La division du travail, en entremêlant leurs fins
d'un boutà l'autre de leur vie, rappellechaquejour à cha-
cun d'eux qu'il ne se suffit pas a lui-même elle l'habitue
à se concerteravecles autres, à régler son activité en fonc-
tionde leur activité;en un mot, à tout instant elle renouvelle
dans son âme le sentiment qu'ii est une partie d'un tout,et
que son bien dépend de ce tout commele bien de ce tout
dépendde lui. Elleest donc moralisatrice.Et si l'on ne s'en
est pas aperçuplus tôt, c'estqu'on se faisaitdes phénomènes
de t'échangeet du contrat, auxquelson liait la théoriede la
divisiondu travail, une idéetrop étroite et trop sèche.

i. Op.cil..p. t'3~.
V. Bû))ff{'*ois,&~Ma)'f/< et le C<M)~<'M
<f</«ca/t'M <oe!a/c, pas-'im).
3. \Dur)<))eim, op. ci< p. iKMt.
))OM).)i.–T)))if.))UJM!tt'H).AOfn-!)''X)'UTMA\H. tOt

H faut considérerles tenantset les aboutissants,et comme


Jerayonnementsocialde ces phénomèneséconomiqueet juri-
dique ce que chacun d'eux implique et ce qu'il produit.
L'acte de l'échange n'est que l'expression momentanéeet
superficielled'un état durable et profond, d'un état de
« manque « qui suscite, dans l'âme de chacundes échan-
gistes, tout un ensemblede sentimentset d'images.Chacun
se représented'une manièreconstante ceux qui le complè-
tent, et dont lu vieest nécessaireà sa vie.Sa penséese reporte
naturetiementnon seulementaux produits maisaux produc-
teurs. Ils prennentune ptaceprivilégiéedans sa vie mentale.
Et ainsi, non par un pur calcul d'intérêts, mais par le jeu
spontanédes sentiments, chacunest porté à se sentir obligé
enversceuxavec lesquelsil coopère
Ces obligationsdépassent d'ailleurs de beaucoup,d'ordi.
naire,cellesqui sont formuléesdans lescontratspar lesquels
nous fixons les conditionsde notre coopération.tt est très
vrai que plus la spécialisationet avecelle ta coopérationse
dfvetoppe,et plus aussi nous réglons nos activitésnon pas
uniquementmais principalementd'après des contrats.Mais
on aurait tort de ne voir, dans l'acte du contrat, que deux
volontés individuellesmomentanémentabouchées.H faut
apercevoirderrière elles la société préexistante,qui seule
prête force impérativoà leurs engagementsqu'elle régte-
mente,et dontelleest capabled'annuler lesuns tandisqu'elle
sanctionneies autres. C'est elle encorequi, du contrat une
foissigné par les coopérateurs,fait découlercertainsdevoirs
qu'elle leur imposealors mêmequ'ils n'y auraientpas pensé,
bien plus, alors même qu'ils auraient voulu s'y soustraire.
Touspouvoirsqui prouventbien que lorsque nouscontrac-
tons pour échanger.tesproduits de nos activitésdiftérentes,
nous sommesenglobésdans un systèmede droitset dedevoirs
définis,antérieuret supérieurau contratmême".Quidit coo-
pérationd'individus spécialisésdit donc soumissionà une
mêmeréglementationsociale.
!t est doncavéré que la divisiondu travail nose développe
pas dans un groupe sans tendre d'un individuà l'autre un
filetde sentiments sociaux, sans faire peser sur tous une
même équerre, en un mot sans convierou obliger inces-

). M«/ p. ~iSfj'
a. MM..)).)Ms.)'
tM )/AXX~ -)CML~M!~t.'E.)90f-t9M

sammentles hommesà respecter leursdevoirsde solidarité.


Ainsis'explique la persistHneedu lien socialau milieudu
progrèsde ht civilisation.Car il est trop clair que dans nos
sociétésvolumineuseset denses, ou tout se méie et où tous
s'agitent, les ressemblancesnon-seulementphysiquesmais
mentalesqui unissaientles individusvont s'etîritant.Et pat-
suite la communautédes consciences,qui reposaitsur ces
ressemblances,s'affaissepeu à peu. Detous côtés ta part des
traditions collectives est rognée. La mode l'emportesur la
coutume,la recherchesur la croyance,l'initiativesur le cou-
formisme.Au milieu de cette décroissancegénéralede l'ho-
mogénéité,commentse fait-ilque la cohésionsocialene soit
pas ébranlée? C'estqu'elle s'appuie à un contrefortnouveau.
Ladivisiondu travailvientprendrela placedela communauté
des conscienceset, par ta quantité,la complexitéet t'intimité
des rapports qu'elleétablit entre les individus,restaurant la
solidarité menacée, elle fournit ses points d'appui néces-
saires à la vie morale
Il faut ajouter seulement que, après cette restauration,
l'axe de la vie moraleest comme déplace. L'anciennesoli-
darité éteignait en quelque sortet'individuatité.La nouvelle
solidaritémet les droits de l'individualitéen lumière.Quand
les ressemblancesqui unissentles membresd'un groupesont
très nombreuses,les sentimentscollectifssont très intenses
Ils s'exprimenten traditions pesantes,d'un caractère reli-
gieux, et eninterdictionsstrictes,d'uncaractèrerépressif.La
consciencecommune e)out!e les consciencespersonuelles.Là
au contraireoù la divisiondu travail est pousséetrès loin,
cette conscienceperd de son empire et laissevarier les indi-
vidus.On leur reconuattla facultéde ditTérer.et si différents
qu'ils soient les uns des autres, on leur conserveles mêmes
droits. La solidarité est « organique et non plus « méca-
nique< c'est-à-direqu'elle impliquela diversitéet la spon-
tanéitédesélémentsqu'elle unit. Les règlesrestitutives,des-
tinées à faire respecterles intérêts individuels,gagnentsur
les règlesrépressives,destinéesà faire respecter l'autorité
des sentiments communs. Le seul sentiment commun qui
grandisseau milieude ces transformationsest précisément
le cultede la personnalitébumaine2,

). /AM..
p. )H<s.).f.
~tf< ),. )M-tH.t97-d')3. idée~aeM.Faguetcon).
f"MtMUfn).n)<i
BH Tn.Att. tM
MCt!).)!. – -ft't!"H))M ~'tt M~UX

Ainsi la divisiondu travailn'assure pas seulementla coite.


sion sociale,elle en modifiela nature, elle imprime une nou-
veUeorientationà notre moralité. Si elle ébranle sur plus
d'un point t'obéissancëaux traditions anciennes, elle fait
de A la solidarité
passer au premier plan lesouci la justice.les incline tous
fondée sur t'annihitation des individus, qui
ensembledevantune forcesupérieureà eux, ellesubstitue une
solidaritéfondéesur le libredévetoppementdesindividus, et
leurs droits person.
qui les invite à respecter mutuellement
nets. C'estdu respectde la personnehumaine qu'eUe fait le
centrede ta morale sociale.

Voicidonc arrêté le jugementpessimiste que nous étions


en train de porter sur la divisiondutravail. Car il est etair
est pour notre moratite
que nous devonslu respecter,si elle
un principe de vie et de progrès,s'il est vrai que spontané-
ment et quasi mécaniquement,rien qu'en continuant son
œuvre de subdivistoudesfonctions,elle harmontseet cgatise.
Encorefaut-il, aHn que cetteœuvred'équité s'accomplisse,
la réunion de certaines conditionspreahtbtes.Et–pour peu
faction
qu'elles manquent, M.Uurkheim te recoxuatt, euh'avee.
bienfaisantedeladivision du travail estetroitement
n importepar.exemplepour que la divisiondes fonctions
aussi exac-
porte tous ses bonsfruits, que ces fonctionssoient
tement adaptéesque possibleà la diversité des {acuités,et
u cette fin qu'elles soientchoisiesen toute liberté. S'il n'yy
a pas corrélationentre lesmétierset les facultés,si nombre
d'individus sont à chaque instant rebutés par leurs occu-
leur enuemie
pations quotidiennes, si leur profession est autre chos.'
intime, si elleleur demandeplus, ou moins, ou
difficile d'har-
que ce qu'ils peuvent donner, il .deviendra
moniserces spéciatisationsmanquées.Un mataises'ensuivra
d'autant plus dangereux pour l'ordre social que cet ordre
n'est plus soutenu par les traditions reçues, et que la con-
sciencecollectivelie pèse plus de tout son poids, pour tes
réduire à la raison, sur les consciencesindividuettes: c'est
travail est pous-
pourquoi,dans les sociétésoula divisiondu
sée très loin, il est si important que les individus soient
vraiment libres dans leur vocation,qu'ils puissent cbcrchcr
H~otc et 'est 't')). 'jU'itUt<'
danssontivren!int surk /JM<v</)MMf,
)clihéralisme
dansunEttttntodurnc,
<'f.n<-)MiM..jae estlaVt-nmbtctorot.-
du jjitU'iutismc.
t~ ).XXKBSUCMU't!tt.'rE.i9('t-tCM

leur voie, essayerteurs forces,gagner lu fonctionà laquelle


la nature les préttispose.
Mais imagine!!que, grâce a la situation économiquede
leurs pareuts. les uns jouissentd'une éducationdéveloppée,
prolongée. raffinéetaudis que les autres sont assujettis des
l'enfance a uu travailmanuelintensif,alors, entre les uus et
les autres, lesconditionsde la concurrencene sont pas égaies.
L'interventiondes « facultés socialestroublele libre jeu, le
juste concoursdesfacultésnaturelles.Dèslors la divisiondu
travail est contrainte,et non spontanée.
Et ainsi il y a bien des chances,les uns étant tout portés et
les autres pt'esqu'écraséspar la force des choses, pour que
l'adaptationdes aptitudes aux fonctionssoit mal réalisée. Eu
d'autres termes, ta où il n'y a pas égalité dans les conditions
extérieuresde la concurrence,il n'y a pas liberté véritable
dans le choix des fonctions et la cohésionsocialeest par là
menacée tt lie suffitdonc pas pour qu'elle soit assurée que
les travaux soientdivisés il faudrait encore que les condi-
tions fussent égalisées.
Par un autre chemin nous rencontrons une conclusion
analogue. Dans tes sociétésoù fp travail est très dh'isé il
importepar-dessustout, puisquede plus en plus les relations
entre individus y prennent la forme contractuelle,que les
contrats soient formésen pleine liberté. Cela est nécessaire
pour que le respecten soit garanti cou seulementpar !aforce
deslois mais par l'uniondes consciences.Quesi nombred'in-
dividusne contresignentles contratsqui règlent leur activité
que contraintset commeà leur corpsdéfendant, l'ordre social
estébranlé. Or à quelleconditionest-on suc que les contrats
seront, de part et d'autre, librementconsentis?A ta condi-
tionqu'il y ait équivalencedansles « causesIldu contrat à
la conditionque les objetsoutes serviceséchangéssoientbien
d'égale valeur, et tels que les parties contractantesaccepte-
raient au besoinde changerde place Mais imaginezmain-
tenant une inégalitédes situations économiques telle que
l'une des parties soit talouuée par la nécessitéet forcée
ainsi de se ptieran'importe quellesexigences,il y a trop de
chances pourqu'il n'y ait paséquivalencedans les « causes».

4./4f' )).3M-367.
V.t'u~iigf~ufle <.:.o)idari~tH!'
hit decettenotionditnste tn'rcdo
M.SuUt'H' Jtitiut).aj'jn'tidi~t.
)t<!t').t.t5. THH'~tUES ~'K LA DtYtOOX PL- TKAY.U). <05

L'un des contractants N'accepteraque des lèvres, non du


cœur, des clausesqu'il n'aurapas débattuesen pleineliberté
Ici encorec'est ia.contrainte,.nonta spontanéitéqui dominera
dans lesrapportsauxquelsdonneralieu ia divisiondu travail;
et par suite c'est un état de guerre, déclarée ou latente.
sociale.
qu'elle engendrera, bien plutôt qu'un état de paix ce
it faut donc ie reconnaitre; pour qu'elle produise qu'on
attend d'elle, pour qu'elle harjnonise les consciences,il fa.ut
donnée~
qu'une certaine structure sociale soit préalablement
La divisiondu.travail ne porte pas sa moisson de solidarité
dans tous les terrains. Que lui fasse défaut un certain milieu
certainedose d'égalité,
juridico-économique,que manqueune aille crois-
que la disproportiondes conditions économiques
sant, et l'on pourra constaterque ladivision du travail oppose
bien plutôt qu'eiten'unit.
s'en
D'ailleurs, t'égaiité des conditions (ût-ette réalisée, il
faudrait encore que ia division du travail imprimât d'etie.
mêmeaux individuscette habitudede régter leur activité,de
se « contrôler eux-mêmesen vue les uns des autres, sans
nous
laquelleii n'ya.pas de vie morale. Et en euet pour que et
contractions de pareilles habitudes il faut une pression,
comme une-conspirationdescirconstancesjournalières;faut
que noussoyonsrappelés a l'ordrepar un groupe permanent,
autorité. Seules
qui consacre ces règles de conduite de son
des associationsde ce genre sont capablesde sauvegarderla
notion et d'assurer le respect des obligations spéciales.aux
membresdes diverses professions. En un mot des groupe-
ments professionnelsdûment organisés sont nécessairesà
l'entretien de ta moralité proprea un régimede coopération.
Là où manquent ces organes protecteurs et directeurs, c'est
bientôtie. régime du désordre, de la discordeentre les pro-
d'elles.
fessions,du désarroi morat a l'intérieur de chacune
Htc'est pourquoiNI.Durkheimajoute, a la deuxièmeédition
de son livre, une préface'.destinée n compléter la liste des
conditionsnécessairesà l'action moralisatricede la division
du travail il montreque pour que cette action pût s'exercer
librement, il faudrait non-seulementun remaniementcom-
une reconsti-
plet des conditions économiques,mais encore

). MM.,)..3<M7t.
t*.)-m. M.))urkt":itur.'t<rfnd d<s
et ()~)u).)M.dan!'Mttc).n:-t'dC'
idéesqu'ittHititindi')U~dansta con<:taniundu~K";tWe.
t<M L.tXfÉË~ocMLMt~s. tMt~MS

tution méthodiquedes corporations,adaptées aux exigences


de l'industriemoderne.
1)'unemanièreplusgénérale,cene sont pas seulementcer'
tainesinstitutions,c'esttout un ensemblede sentimentspréa-
lablesque la divisiondu travail suppose,pour produire de
l'harmonie sociale ce n'est pas seulementun milieu juri-
dique ou économiqueparticulierqui lui est nécessaire,mais
unecertaine atmosphèremorale.Et eu eue;, la coopération
complexene créepas la vie sociale;elle en dérive. Pouc que
les hommesaient non-seulementridée, mais ia faculté de
coopérer,et pourqu'itsacceptentdecoopérersuivantcertaines
règles, il faut déjàqu'ils soient unis et ieurs rapports régies.
Les(onctionsqui se spécialisentne s'adapteraientpas i'une à
l'autre si tes hommes qui se les partagentn'étaient capables
et désireuxde s'entendre,s'ils n'étaientdéjà rapprochesnon-
seulementmatériellement,mais moralement,en un mot si
les ressemblancesne lesavaient misdéjà sur le cheminde la
sympathie.C'estce que M. Durkhetmexprime en constatant
que la solidaritéorganiquene peut fleurir que sur le terrain
préparépar la solidaritémécanique Euce sensla fraternité
apparait commeune conditionpréalablede t'égatité, et la
justice,qui s'accommode desdinérences,n'est qu'une émana-
tion de l'amour,qui fructifiepar les similitudes.
Uira-t-onque cemilieumoralétait nécessairea t'éctosion
de la solidaritéorganique,mais qu'ellepeut désormaisvoler
de ses propres ailes? ou croirons-nous,au contraire, que ce
mêmemilieutui est perpétuellementnécessaireet doit être
quotidiennementrecréé? -On peut craindre, en etïet, que la
divisiondu travail, à mesurequ'ellese perfectionne,ne tende
par certainscôtésà isolerles individus,et ne rende illusoires
cesrapprochementssur lesquelson comptait pour accorder
les personnalités. Quand les relations restent directes et
d'hommeà homme,entre producteurset consommateurs,ou
entre entrepreneurset ouvriers, alors on peut croire que la
spécialisationentraîne,en effet,dans l'esprit de ceux qu'elle
meten présence,certainesassociationsd'imageset de senti-
mentsqui les inclinent naturellementà se respecter. Mais
quandces relationsse distendent,quand on travaille les uns
pour les autres sansse toucher et sans se voir, l'effetmorat
peut-ilêtre le mêmeN'est-ce pas une des conséquencesdu

). f~. c<7.,
p. jM.'jo.
))<));<![.)!.– TH)!oMtM "H t.A MVKMX DU Ta~'Att. t0~

rôle de l'argent dans nos sociétés que do remplacerun peu


partout les rapports concrets, vivantset humains,par des
rapportsimpersonnelset commeabstraits ? Legrand inter-
mfdiaireest aussile grand isolateur.Par sou omniprésence
les âmesse refroidissentet se contractent. Ht ainsi, dans la
mesureoft ta.dtvisiondu trnvailest responsabledu dévelop-
pementde tout le système commercial,on peut dire qu'elle
noushabitueà ue plus voir les hommesderrière les closes,
a traiter les hommescommedeschoses. Pour réagir contre
cesinfluencesiso)antesetdesséchantes,est-cetrop de toutes
les forcesassimilatricesqui par-dessousnos spécialisations
continuentde nous rapprocher, nous rappelant ainsi que
nousdevonsnous traiter commedes semblables,et attisant
en nous la flammevacillantedu senssociaP? H est donc
heureuxque par certains côtésnousne cessionspasde nous
ressembler,s'il est vrai que, fautede cesressemblancesper-
sistantes les sentiments sympathiquesperdraient de teur
chaleur,et que cette chaleur est nécessaireà ta vitalitédu
souci mêmede la justice.
Hest doncdifficilede soutenir que ia diyisioudu travail
produitd'ette-mémeet mécaniquementla solidaritévoulue.
tt faut encore, pour parer aux tiraillementset aux disjonc-
tionsauxquellessoudéveloppement peut donnertieu, un cer-
taiu nombrede conditionspréalables des situationsécono-
miquesenfinégalisées,des groupementsprofessionnelsréor-
ganisés. des consciencesdéjà socialisées.Il se dégagedonc
de l'apologie présentée par M. Durkheimune impression
presqueaussi pessimisteque celleque cherchaientà donner
lescritiquessocialistesde la divisiondu travail. Et eu effet,
pour reprendre un coupled'expressionsdont Comteaimait à
se servir, nous comprenonsbien que les conditionseu ques-
lionsont <findispensablesa la division du travail pour
l'exercicede sa fonctionmorale mais nousne voyonsnulle-
meutqu'elles soient Ilinévitables et se réalisentautomati-
quement. En fait, bien qu'elles se rencontrenttoujours et
partout,on pourrait soutenirqu'ettesn'ont jamais encoreété
pleinementréalisées. Et ainsi M. Durkheimnous découvre
moinsce que la divisiondu travail produit en fait que ce

< <ju'M.f-i!tt)m.')
).C'f.<t t<ont;uenx*nt dansson)hr' <«-
<~v<:)n))[).;
</M
<««~)/ftC 'M/<<.).)'))t!tg.
t'JOU.
/.«f<<Mo<M<<utt
L~im'te, Tarde./.Mlois</<'
<'<Mo<«<)e)t.
pM-im.
i08 ).'ASXKE ~)CMf.u(:fOCË. !90t-t'~

qu'elledevrait produire, moins son enet nécessaireque sou


effetidéal.

Au vrai, il ne nous semble pas qu'on ait réussi à nous


fournir,sur les conséquencesde la division du travail, une
opinionproprementet purement scientitique.Les jugements
pessimisteou optimiste que nous porterons sur elle dépen-
dront sans doute toujours, en dernière analyse, des finsque
nousproposerons&la vie, tant individuelleque sociale.Et
que cesjugementsde valeur doivent se modelersur des juge.
mentsde réalité, que ia connaissancedes loisdoive détermi-
neria positiondes fins, qu'une étude objectivedes différents
« types s sociaux, en nous découvrantleur évolutionuur-
male et ce qui pour chacun d'eux, comme pour chaque
espèceanimale, constitue l'état de santé, doive nous dicter
notreidéal, c'est ce qui ne nous paraît pas encorecertain. i)
y faudrait,en tout cas, des analyses et des comparaisonssiu-
gulièrementplus nombreuseset plus approfondiesque celles
dont la sociologiedispose aujourd'hui.
La sociologiene nous parait donc pas prête, si tant est
qu'elle doive l'être jamais à se substituer à )a morale
Maisque celle-làpuisse d'ores et déjà rendre des servicesa
celle-ci, on s'en est sans doute rendu compte. Après les
recherchesque nous venons de résumer, la question de la
divisiondu travail ne reste plus comme extérieure à la
morale,et abandonnéeaux seules disputes des économistes.
Xousmesuronsses effets non plus seulementsur les choses
maissur les hommes, non plus seulementsur les individus
maissur l'ensemblede la société. Ainsi, de nouvelles
ques-
tions sont poséesà nos consciences,en même
temps que de
nouveauxélémentsd'appréciation leur sont fournis.

III
LESCAUSES
DHLA OtVIStOXPC TKAVAtt.

Onmontreraitaisémentqu'eu ce qui concernela recherche


des causesde la divisiondu travail, l'influenceetargissanto
de !a sociotogien'a pas été moius féconde.

Lescauses,c'était en se repliant sur lui-mêmeque récouo-


NM'Hf.K. Tt~O))t<M M'B LA DtVtHMt DU Tt~VAtt. tU9

miste classique pensait les trouver. Fils d'un monde où


i'écttangeétait la regte, it érigeait en penchantuniverselet
innéla tendance&échangerqu'il y avaitcontractée.Suivant
lui, c'est en obéissantà ce penchantque les individus sont
amenésil comprendre les avantagesde la spécialisation,et
c'est en vue des échangesà venir que chacund'eux se fait
i'honme d'un seul métier.
Mais,nous l'avonsvu, pour démontrerl'étroitessede cette
thèse, il sutiït d énumérerles milieuxque traversela divi-
sion du travail. Nousen avons rencontrequi connaissentla
spécialisationsansconnaître,a proprementparler,i'échHCge:
on a pu dire qu'avant l'expansionde « l'économieurbaine a
la règleest de n'échangerqu'à ta dernièreextrémité La pré-
sencede t'échangene saurait donc être nécessiureà la nais-
sancede !a spécialisation.
Bien plus, la préoccupationd'échangerse retrouvât-elle
partout, elle ne suturait pas encoreà rendrecompte de la
divisiondu travail. La fin ne créepas les moyens.En admet.
tant que les hommesaient comprisque chacund'eux aurait
avantageà produire une choseque les autres ne produisent
pas,encorefaut-il qu'ils soient capablesdedifférencierainsi
leur production,– ce qui supposenon seulementune diver-
sité de métiers inventés, mais une diversité de facultés
données.
it esttropctair, en effet.que pourquelesactivitésdivergent,
il fautque des routesmultiples leursoientouvertes.Toutde
mêmequ'il n'y a pasde photographessansplaquessensiblesou
d'artilleurssanscanons, l'existencede certainescroyanceset
decertainsrites est nécessaireà la formationd'uneclasse de
et de certaines
prêtres, l'existencede certainesconnaissances
recettesest nécessaireà la constitutiondu métier de méde-
cin. Ence sens, M.Tardel'a plus d'unefoisrappelé– l'in-
ventionest mère du progrès de la spécialisationcommede
toutesles transformationséconomiques.Lasubdivisionoula
création des professions dépend immédiatementdes trou-
vantes, humblesou grandioses, de l'esprit.Htta où il s'est
façonnéun instrumentde découvertesqui nes'arrête jamais,
commela science moderne, c'est alors surtout qu'on voit
décupler,nousl'avonsconstaté, le nombredes professions

i. Y. plushMt.p.M.
2. plushaut.p.
110 t.'AXXHE«JC)Ot.OUMt.'E.t9M.e2

distinguées.Leur multiplicationest liée au perfectionnement


de la technique'.l,
Mais il ne suffit pas encore que de nouvettespossibilités
soient ainsi offertes,et de nouveauxcadresouvertsaux arcti-
vitésdes hommes.Il importe,pour qu'il eu découlelesavan-
tagesescomptes,que les activitésdonnéessoientà la hauteur
des métiersinventes, que la diversité des aptitudescorres-
ponde,eu un mot, a la diversité des fonctions.
Smith ne croyait pas a la diversité origiueiiedesaptitudes.
Hien loin que les hommessoient portes ir échanger parce
qu'itsnaissentdiflérents,ils ne deviennentdiftérents.suivant
lui, que parce qu'ils sont portés à échanger. Mais le
x)x" siècle,averti par )a biologie,a ouvertles yeux sur l'es-
sentiellehétérogénéitédes êtres. Les espècesvégétaleset ani-
males voient putiuier les variétés individuellesqui luttent
pour se fixer. L'humanité n'échappepas à cetteloi. Nonseu-
lementses membressont différenciéspar lesmilieuxauxquels
ils s'adaptent, et acquièrentdes qualités différentessuivant
qu'ils habitentle nord ou le sud, la montagneou la plaine, le
bord des fleuvesou les rivagesde ia mer maisles « idiosyn-
crasies » qu'ils apportent eu naissant sont d'une extrême
variété.C'estcette variété qui montre le cheminà la spécia-
lisationEn cesens, bien loin de nousapparattrecommeune
sorte de combinaisonartificielle, résultant de l'ententedes
volontésqui cherchentleur intérêt, la divisiondu travail doit
nous apparaître commefondée en nature elleest i'œuvre
moins d'un calcul préméditéque d'une diversitéspontanée.

t~u'onse garde, toutefois,d'exagérer la part de ces causes


naturelles. Sinous cherchonsà les suivreà traversl'histoire,
nous voyonsaussitôt leur action se méterà l'actionde causes
d'ordre social; et ceiie-ci,non seulementmasquer,maissou-
vent neutraliserceiie-iu.Combiende fois, en effet,n'arrive-
t-il pas qu'un être se trouve voué u telle ou telle fonction
moins en vertu de ses dispositionsindividuellesque de sa
situationsociale? Ainsi,)a force des institutions,politiques
ou économiques,prime les tendancesde la nature.
L'exemplele plus typique s'en rencontredans les sociétés
conjugales.Ons'attendrait ici a ce que la divisiondu travail

1. 0/).t-t' p.M.
A Sj~-ncer. Les w~<<'f<<MKtt'H</Mt<
<'<??'<. (<<t)-t..cho;). «.
Mt~'t.).)!. – Ttt~K))~ St'R ).A MVtttOS t)U THAVAtt. m

fut calquéesur les dinérencesnaturellesqui séparent lesdeux


sexes.En fait, les besognesles plus fatigantes sont réservées
souventau sexe le plus faibie.Le plus fort abuse de sasitua-
tion pour répartir ses travaux lion suivant le vœu de sa
nature, mais suivant ses propres intérêts'. Mais qu'on ne
croie pas que cette divisiondu travail contrainte soit propre
à lit société conjugale.M. Uumptowiczva jusqu'à dire que
jamais le travail lie s'est divisé librement'. Suivant lui, tout
Etat est composéde divers éléments ethniques; mais c'est
moinsleurs dispositionsnaturellesque leur situation respec-
tive qui détermine leurs fonctions.Le groupe qui a le pou-
voir se réservecertainesprofessionset abandonne ou impose
les autres aux groupessubordonnés.En un mot la division
techniquedu travail est précédéeet gouvernéepar la diilé-
reneintioupolitique
U'aiiieurs, là mêmeoù les inégalitéspolitiques sont effa-
cées, il faut se souvenirqueles inégatitéseconomiquesjouent
souvent un ro!e analogueet exercentindirectement la même
pression. C'est ainsi que dans nos sociétés modernes, t'in-
fluencedes dons naturels sur la répartition des taches est
singulièrement réduite, ti lie faut pas dire satis doute que
ces dons ne guident le choix du métier que dans les pre-
mières phases de ia spécialisation l'ouvrier modernetient
compte des aptitudes physiques et intellectuelles de ses
enfants pour les orientervers !a professiond'ébéniste ou de
forgeron, de comptableou de dessinateur*. Mais combien
plus souvent est-il obligé de tenit' compte des ressources
dont il dispose Pour entrer dans telle ou telle carrière il
faut de l'argent, ou il faut du temps, qui est encorede l'ar-
gent. H y a ainsi commedes étages économiquesde profes-
sions, et il est singulièrementdifficilede passer sans aide
d'un étage à l'autre*. En ce sens encore les différenciations

). Y. Bifuer.fjp.cK.,p. M s']').BOchcr remarquejust'ntent')')';ta


division~
tlh'isionMcxuol1e do!-OCeUllo.tium
du.
ouette oecupatiuns d'o.iJleurg
sou\'cnt
jft'uo'tted'aiUeurs
Ilrur,¡"lc Muvent d.!CI")YILlICt!S
')<:<:roy'me''x
sup'')'5titieu!i({).:)S).Cf. conclusionn ta'ju~teith'utit8)tGt)'<r.
uprt'~
iivoircit'i')' f<nbduccUoottturc<o~.cil.. p. ~t):i'.Les0~ 'tu fMteur
suttt a te)p'~intf'ontf.iri'js
)te\'t')tu-}))fy<n)uo par t~'seMs d'autresfitf.
t<urstjtt'onnepeutriendiredetn' précisausuj'*t(tetajxtrt <jU'it pft'n't
danst'or~anxatiun del'industrie
<M~cf/ex t-acM, p. ~Ot. 2t< MS.
3. Cf.tMhfinff,
op.c'< p. 7X.
4. V. P''tK-M, op. ei< p. ti!) s~j'j.
&.V.Uurhcr,
o~.cil..p.3etst('j.
ii~ t/ASXËE~CtOLOO~UB.iMt.i~
socialessont capabiesde neutraiiserles différenciationsnatu-
relles.

Au surplus, eût-onétabli avecprécisionla part qui revieut


aux diitcreuciations de ce genre, on n'aurait pas encore
dégage les causes véritablesdu progrèsde la spécialisation.
Après les réilexious qui précédent,sur la diversitédes pro.
cèdes inventés, des facultés innées,des situatioos acquises,
nous pouvouspressentir dans quel sensse divisera le travail
s'il doit se diviser. Maisla division n'est pas encorerendue
nécessaire par la diversité. En fait, cette diversité (t'est pas
toujours utilisée. Combiende procédésont été inventes,com-
bien de métiers spéciaux étaient techniquementpossibles
avant qu'un vit se produire les diuérenciationsprofession-
nelles correspondantes!Inversement combien d'aptitudes
naturelles ont attendu avant d'être mises en valeur et de
trouver une fonction il teur mesure On ne uous a donc
montré que les conditionsqui rendentla divisiondu travail
possible et non celles qui la rendent indispeusaMe,que des
causes permissives, non des causesnécessitantes Leressort
de l'évolution, iepnwKMtmorfK.f restecacité.
Ce n'est pas eu nous repliant sur nous-mêmes,nous dit
M. Durkheint, que nous le découvrirons,mais en étudiant
objectivement les phénomènessociaux, et d'abordlos plus
extérieurs c'est la « morphologiesocialeM qui détient la
clef du problème.
Ou a longtemps considèrecomme indinerente la forme
extérieure des sociétés qu'elles tussentgrandes ou petites,
denses ou clairsemées, il semblaitque cela ne dût changer
en rien leur constitution intime. Les économistesavaient
signalé l'importance de l'extensiondu marché, et montré
comment elle rend possible,par les perspectivesqu'elleouvre
au calcul des vendeurs, les transformationsde l'industrie;
mais ils ne paraissaient pas remarquer la pressionspéciale
exercée, par la forme même des sociétés, sur la tendance
). V.SchtnuUMt'.o~. e<<)t.MO.
Ourhhcim, op.c'< p.~H.
3.C'est!!umc':tt''ft)bt'i<)uc
tjueM. t)ur)<h<tim
a ~fupus~defanfmr)M
t:tu'tMeuneernimtt'! mtorieure
!it))«(ntm<aHf)';),t)ifunne <)<<sof'Mtes
(V.
.4«n<!eMcM.,U).p. MO). M.A.Costc, /.M
danasesouvrages ~-tMcf~M
J'MMf <ocM~<c )899.et t'~p~MMce
oA/'fe/ft-e. f(MpfMpfM. t(KM.devait
«tuttroen tuttti'-t'e
t'itopurtance~tterittcdc~Mtudci!
< cej{e)tn:
etentirer
«
ce~u'itapjtUeune !.m;iumct)'iu n.
jtftftt~. '– THÉontM SCtt t.A MYfStOX B<: TRAVAtL «X

spontanéede teurs unités composantes.Le positivismeet le


socialisme attirèrent l'attention sur cette pression <)<'
~(')(c«s'.En rechercimnt mÉthodiquementles causes propre-
ment socialesde la division du travail, la sociologiecontem-
porainedevait mettre en pleine lumière sa force contrai-
gnante.
Hest remarquabteen effet quetessocié~ outa subdivision
des professionsprend un développementhors de proportion
avec tout ce qu'on voit ailleurs, sont aussicaractériséespar
une certaineforme elles sont les plus Yoiumineuseset sur-
tout les plus denses. C'est principalementchex elles que la
massesocialese rassemble en centres compacts c'est chez
elles que croissent,en mêmetempsque lenombreet la rapi-
dité descommunications,le nombreet la grandeurdes agglo-
mérationsurbaines, si bien qu'on peut aller jusqu'à dire que
la divisiondu travail varie en raison directedu volumeet
de la densité des sociétés' M. N'est-celà qu'une simple
coïncidenceconstante; ou n'est-it pas possiblede découvrir,
entre cesdeux phénomènes,un rapport decausalité
H suffirapour cela d'utiliser une indicationde la biologie.
I)arwin l'a note la concurrence entre les organismesest
d'autant plus iutensequ'ils sont plus rapprochespar l'espace
et plus analoguespar le type. Où dix membresd'une même
espèce ne peuvent coexister,cent membres d'espècesdifïé-
rentes se développentaisémentcOteà cOte.La concurrence
intensifiéepousse donc naturellement a la divergencedes
caractères tes individus qui sauront sediftérencierles pre-
miers, auront le ptus de chances de survivre.C'est cetteloi
qui s'applique l'humanité condensée.Pressestes uns contre
les autres, tes individus sont obfiges de lutter plus ardem-
mentpour la vie. Par suite, ils sont naturellementportésa
chercherleur salut dans la spécialisation.Ils chercheront
instinctivementune placequi ne soit pas remplie, un emploi
qui ne soit pas tenu. Us se gênent d'autant moins qu'ils
exploitentdesfilons plus divergents,que différentdavantage
i. M.Dut'kht'itMfit''phsicut'sj)MM!!f!id<' Comte f)ùfettcif)~s':trouve
'!<(u')t))M'! <o<«'.<.
<)'M'!i(. IV,4M!.Marxdonnait(tasunc~t)!uneindi);a-
ti~t<mtt)'J){ue.Cf./.e'npf/a/.t.t~ï. ))unt'n~''jttu 'Jivisiott dutravail
<))tn-ila tMMut'Mhtt'c ijuppos): c'mttne))a"e)n)it';rici)M
un eM'tinn nombru
d'om'fMM oecujxii dotuf-tof!
en t))'tt)ot'itnpit, ladivisiondu travail'tans
)!tsociëK' supposeune certaineHt'M't'JU'' 'tela poputation)tc<)tnptf!t)u''
ft'afM )'t:)'tnino
't<'nstt'tintueUc 'tam
!'ag~t«tu'hTitio)t
r.;n)ptac'i ftit~ticr
t)t)t')ihoin),
op.c<<p..i4t.
H. DmKMtM.– Antuie mciut., )UOt.tM2.
tt4 t.'A))X~H -!f)t:tOM<itOUE. )')0!.t9M

les besoinsauxquels ils satisfontou les procèdesdont ils


usent. Le chapelierne prend pas sa cliente~ au cordonnier,
ni t'ocutisteà t'atiéniste. De mêmele prêtre et le guerrier,
l'industrielet le savant, ne visent pas les mêmes buts. ne
chassent passur les mêmesterresCe n'est donc pas seule-
ment dans l'ordre éconotnique,c'est dans tous les ordresde
productionque les hommesont intérêta se spécialiser,s'ils
veulentcoexisteren paix. La densité sociale,en intensifiant
leur concurrence,les force à chercher inlassablement les
voiesnon foulées;sa pressionles lanceen quelque sortedans
toutes les directions, ft faut bien, comme disait Auguste
Comte,qu'ils tentent « de nouveauxefforts pour s'assurer,
par des moyensplus raMnés, une existence qui autrement
deviendraitplus difficile Ainsi s'explique l'accroissement
incroyablede la divisiondu travail dans nos sociétés c'est
qu'étant donnéeleur forme,cette divisiondevientpour leurs
membresune nécessitévitale.
Ainsiia morphologiesociale, en dirigeantnotre regard en
dehorsde nous-mêmes,nous découvrece qui nous manquait
jusqu'ici )a puissancedéterminante,la cause motricedu
progrésde la spécialisation.

Est-cea dire, commeon a paru le croire quelquefois,que


nous noustrouvionsdes lors enfermésdans une théorieà la
fois mécanisteet mystiquede t'évotutionsociale, qui {era.it
découlerimmédiatement les variationsdela conduitehumaine
du moavenMOtspontané d'une reatitésuperieureet extérieure
aux individus,sans se préoccuperen particulier des causes
naturellesni surtout des causes psychologiquesqui peuvent
collaborerà cette évolution?
Tellesne sont pas, nous semble-t-il,les conséquencesde la
théorie que nous résumons. Si elle se contentait de nous
montrerque l'accroissementet la condensationde la masse
socialenécessitentla spécialisationdes individus, sans nous
dire comment,a l'aidede quels intermédiairescela produit
ceci, on pourrait retourner, pour s'en servir contre elle,
l'objectionqu'elle adressait aux théories précédentes; elle
nous montrerait bien pourquoi la divisiondu travail est
indispensable, non comment elle est possible. Mais en
réatitél'explicationproprementsociologique n'étiminopas les

i./AM..p.~t).
BOUGt.É. – TMHUME~i-(;)t LA PW:.(f)X ne nm'.Ut. US

autres explications eUe les englobe e') même temps qu'elle


les complète. La cause mise en avant par la morphoto~o
sociale n'exclut nullement les diverses influences favorables
a ta division du travail signalées jusqu'ici. Ces influences
sont au contraire suscitées et stimulées par ta formemémc des
sociétés elle utilise ces forces disponibles et en facilite te jeu.
Elle rend la division du travail plus aisée eu mente temps
qu'eite la rend plus nécessaire.
C'est ainsi que l'accroissement du volume et de ta densité
sociale favorise t'éctosion de cette diversité d'aptitudes utile à
lit spécialisation. Les réflexions de Spencer trouvent ici leur
plus une société est étendue, plus les milieux naturels
uHelle se développe ont de chances d'être variés plus il y a
de chances aussi pour.que soient variées les aptitudes natu-
relles dont elle disposera D'unefaçon plus généraie, et indé-
pendamment de la diversité des habitants Danvin t'a
remarqué, plus les échantillons d'une même espèce sont
nombreux, plus les variations individuelles sont probables.
Ainsi, ptus une société rassembiera de membres, et plus il
est probable qu'il y nattra des individus capables d'innover.
D'aitteurs. commele fait observer NI. Geste", l'agent io plus
puissant des variations de toutes sortes n'est pas la féconda-
tion croisée? On peut retrouver t'auatogue de ce phénomène
dans nos sociétés denses et mobiies où le métissage est la
règleet oùtoutes les races se métent, pour )e désespoir de t'an-
throposociotogie. H y a donc des chances pour qu'on ne voie
pas dans ces sociétés se former des races nouveiies, aux apti-
tudes nettement fixées par l'hérédité et dont la fixité même
pourrait contrarier le progrés de la spécialisation L'entre-
croisement des hérédités y donnera lieu à des composés plus
complexes, plus hétérogènes, plus instables: c'est-a-dh'equ'it
y préparera les individualités les mieux faites pour se plier
aux innovations spéciaiisatrices.
L'action de l'esprit ne sera d'ailleurs pas moins secondée
sur ce pointque celle de la nature. Pour que ces innovations
puissent se faire jour, encore faut-il que les traditions reçues
ne pèsent pas trop lourdement encore (aut-it que ta conscience
collective supporte les essaisdes consciencesindividueties. Or

1.~'ffMt<j'<t/M'<M<'t~M.
)).:?). <Jf.Outkht'hn.H~.ctf..p. :!M.
/<<')-)«'<'
j'M.-H~w/te.
Mùt-C)'t''mhr<;fut. p. :)'Jti-'M7.
ï.t)t)rkh.;it<t~).c< )).Mt.:ttU.
t(& r.'AX\HE mctOt.MtOt'R. MOt.t'M

c'est précisémentdans les sociétés volumineuses,denseset


mobilesquecelles-cisontle mieuxlibéréesde la tyranniede
celle-là.Plus l'aireque doit gouvernerta consciencecottective
est étendue, plus elle devient fatalementabstraite, indéter-
minée, et par suite tolérante. De même,plus les individus
changentaisémentde milieux, plus ils sont soustraitsà t'in-
fluenceimmobilisantedes anciens. {{ardions des traditions.
Plus enfinils sont «ombreuxet concentres,moins ia surveit-
tance exercéesur chacund'eux est étroite et sévère'. C'est
doncdanslesgrandesnationseten particulierdanslesgrandes
villes que s'abaissent le mieuxlu plupartdes obstaclesque
peuvent rencontrertes innovationsprofessionnelles.!I faut
ajouter que c'est la aussi qu'elles rencontrent les meilleurs
stimulants.Xesait-onpas. enenet.commeM.Tardet'a montre,
qu'une inventionest le plus souvent le résultat d'une inter-
férence, de feutre-croisementde deux traditionsdiverses?
Or tes agglomérationsurbaines, recrutéespar l'immigration
bien plus encore que par la natalité, sont des centres de
rendez-vouspour tes traditions tes plus variéesvenuesdes
quatre coinsde t'horixon.Cesont ces milieuxqui portentà
leur maximumla variabilitéet la souplessementalefavorables
au développementde la divisiondu travail
Ou voit parlà que l'explicationmorphologique n'exclutpas
les explicationspsychologiques si l'accroissementde la
densitépousseà la divisiondu travail, c'estgrâceaux facultés
qu'eHemeten jeu, et qui seulesrendentpossiblele progrès(le
cette division.Maisil faut aller plus loin.Pour expliquerla
possibilitéde ce progrès,cen'est pas seulementle raffinement
desbesoinshumainsqu'il faut faireentreren lignede compte.

t. MM.. ),.:Ï.JM.
M.C<titf <Nt'cil..p. UM;n~utttcinnsi<k.< considérations )tnutu){u«
Je n'dij:nn:ti< pruten'tuiM'cor'ter
aut villesun'i~m't'; de pouvoir n)y~-
de
ti.jmiin<h')Mt)t)a)tt <)'J
leurs
htcotnpu~iU'n habitM~, cotome siunt)an)-
hit;pouvait unoti~ueor
dtitMt-t~'HMpr'xittirf' fitrhuh,t[ud.<<)U); fmMnUMi
in~di<!nt.< 'juct'unyYcrjAt. Jeshutiens uniqaetx'-nt f';i
')t)c t'itk'!sontftes
matraiiuù ~t-fu~mnnent tes racfs,ufts'anoutent lesinstioet!herudi-
')()< n<;utra)i~nt
t&ir';<, les!entim<;nt<ftt'tu~iheth;~)<)')!juf{~ obstinés
dusil)');dN<'a.tiontr~dMionn<'t)(i
ft in\'4ri:t)tt'oùM funnent.parcoMo.
';ucnt.d'5foutesaroorjfhcs d'tHt/f't'tt/fH
fon)j")!'<!e3 dout' d'unerertainf
vttnabiUt' d'unesou)))':ss<:t)X!nt:tt<!
'jailesrendaccOtOtuodahtes a toutes
tf.<i-cinilition~;
Ip. conditions nout')te.<
nd)uvelleid'onesociétéen
ol'une en cours
';OUM dotmnsforiiiatioià
flotransfunnstiun etde
ettiu
civiUMtiunPtU9~'m)e m6me&utenrpatie de CM tatjontoircit
urbaitts.
urlrains,
urhains, uû

oùs'oloère
Plus le4!rfjii(-nient
sbpere lucrr,i;r·roent
(ecrc.iscntent
desirarlitions
destmdition~
destraditions rrtuüae
parle
et où~eccrée
crvielufMufte
es )tla facultd
fatujté»-
rle
de
(le
variation ()uu ))<ettraen'f'avre ta concarrence en
vitate. déterminant une
nouvt'Ue adaptation desfunction-iaux h'soins. < '
))Ut.i).K.–TttHuK))M.<t.'Rt.AM\);-tuXUU)nA\.Uf. it7

Préoccupe de dénoncer l'insuffisance des théories qui se


fient à la seuleintrospection,M.Durhheimmontrejustement
qu'il ne saurait suffire, pour rendre compte de la divisiondu
travail, de postulerciteztousleshommesune vagueaspiration
vers plus de bonheur bonheur incertain, aspiration elle-
mêmeproblématique*. Mais il reconnaitaussi que la division
du travail nesaurait se développerià où les besoinshumains
ne crojtraient pas en nombre, en variété, en délicatesse'.
L'hommepressépar la lutte pourla viechercheraiteu vuin à
vivred'un métierspécial si ce métiern'avait a qui satisfairei
il faut pour quela spécialisationsubsiste,eu faisantsubsister
son homme, qu'elle réponde à quelque exigenceau moins
latente.
Comment donc ce progrés des besoins s'expliquet-ii ?
M. Durkhcim le rattache à la mêmecause qui est, suivant
lui, le moteur.de toute l'évolutionsociale la même conçu<-
rence née de la concentration qui pousse il lu création de
nouveaux moyens,hâte aussi la maturation de besoinsm'u-
veaux. Et, en effet, plus la lutteest ardente, plus les indi.i-
dus demandentà leur organisme,et plus celui-cidemandera
à son tour. Pour restaurer un équilibre sans cesse menacé,
ils se dépensentet s'ingénient de toutes façons. Leur corps
plus viteusé réclame une nourriture plus abondanteet plus
variée.Leur cerveau surexcitédevient plus délicat et plus
difficile.Ainsi, toutes sortes de raffinements,d'ordre maté-
riel ou spirituel, passent au rang de besoinsvitaux, prêts à
utiliser lesoffresde la spécialisationcroissante.L'accroisse-
ment de la densité multiplieet varie,.du même mouvement,
les modesde la consommationet de la production il n'est
pas étonnant, par suite, qu'ils continuentde se correspondre
les uns aux autres'
Onjugera peut-êtreque cette théorievoudrait être complé-
tée, et que,pour rendre comptede.la multiplicationsi rapide
des besoinshumains, c'est trop peu que d'uttirer l'attention
sur les dépenses de l'organismeet leurs répercussions.A
cette explication psycho-physiologique,des explications
psyeho-sociologiquess'ajouteraient utilement. X'est-il pas
vraisemblable, par exemple, comme le fait remarquer

). o/c<< p. stt-~M.
M«/p.:K)K.
M;< ;). jS!i.Si').
tt~ t.XN~ MCtO~tiWB. iWt-t~S
M.Curewitscil quela division mêmedes sociétéseu classes
surexcite singulièrement le déveioppementdes besoins
ttumains? Dans des milieux ainsi disposés,ce n'est pas la
lutte pour lu vie pure et simple qu'on voit se déployer, c'est
encore et surtout la lutte pour la puissaucesociale Ledésir
de se distinguer et te désir de s'assimiler, de marquer les
distances ou de les ettacer.de tenir son rang ou de sortir de
sou rang, voila, saus doute, les ressortssecrets les plus puis-
sants de la consommation Oul'a justement observé de
quelque produit qu'il s'agisse, c'est toujours le luxe qui
t'inaugure et qui le tance et si tant d'objetsde luxe sont si
universellementconsidérés,avec le temps, connue des objets
de première nécessité,c'est que la « capillarite socialeMest
universelle1 l'inférieur fait tout cequ'ilpeut pour se rappro-
cher du supérieur, qui fait tout ce qu'il peut pour ledistan-
~r. Kuce sens encore,et dans la mesure où ce développe-
..t~ntdes besoinsfavorisele développementde la spécialisa-
tion, la division des.sociétésen classesdevrait être rangée
parmi les causes/bien plutôt que parmi les conséquencesde
la division du travail. Et ces causesdevraientêtre cherchées
non plus seulement dans l'influenceexercéesur les facultés
et les besoins des,hommespar lu forme extérieuredes socié-
tés, mais dans l'influenceexercéesur les sentiments mêmes
par leur structure interne, par toutessortes de phénomènes
d'organisation dont l'étuderelèveraitnon plus de la morpho-
logie socialeproprementdite, mais de la sociologiepolitique
ou économique.
D'une façon plus générale,qu'on soit forcé, pour expliquer
le progrès de la spécialisation, de faireentrer en ligne de
compte nombre de sentimentscomplexeset dépendants eux-
mêmesde causestrès variées,on s'en convaincraaisémentsi
l'on fait attention à ta nature de cette « nécessité » qui
impose, nous dit-on, la spécialisationaux sociétés volumi-
neuses et denses. Est-it vraique ce soit une nécessitéd'ordre
tout extérieur et mécanique,une sortede fatatité qui pousse-
rait les hommes sans qu'ils s'en aperçoiventet sans qu'its

t. c~ :i3.7)..S).
± C'f-t f-r~uoi Lan~'at-aittttir. rétention f~et/H'f. pa~in)).
M. Cf. T.u-.t. ~h ele t'iM))tM<ien.p. :M') \i,t~n. Jte T~<'a<-vo/' //tf
/.fMK<v<M<. pas-ifn.
t. t: t'Mj)r.h,n <-ttt).)~ par M. Ounmn', <)ani, Cot/ha/t'an el M.
Mt0t't'<t~'f.
– Tt)K"Mt!st'R t.A MV~f'f ff fttAVAff. <«t
HnfGLK.

puissent, eu toutcas, tu! résister ? Non, sans doute car si la


division du travail s'offrecomme une solution de la lutte
est une
pour la vie, elle n'est pas la solution unique. KHe
solution « adoucie mais d'autres restent possibles vers
lesquellesles hommespourraient pencher, si, pour des.rai.
sons à déterminer,ils n'étaient portés déjà vers )a solutionlu
la
plus douce, la plus paciBante, et pour tout dire, plus
« sociale La divisiondu travail n'est donc indispensable
que sous condition.Pour que tes hommesaient le sentiment
de cettenécessité,il faut non seulementqu'ils veuillent vivre,
–sans quoi ils ne lutteraientmêmepas, mais encorequ'ils
veuillentvivred'une certaine façon,qu'ils soient, en un mot,
attachésà un certain idéal, sans quoi ils auraient pu choi-
sir d'autres dénouements à cette lutte. Parmi ces autres
dénouements,M. Durkheimcite' l'émigration, la résignation
à une existenceplus précaire et plus disputée, enfin t'éiimi-
nation totale des plus faibles, par voie de suicide ou autre.
ment". » Pourquoi ces solutions ne sont-elles pas préiérées,
sinonà cause de certains sentiments. préalablementinstalles
dans l'âme deshommes?S'ils ne se suicident pas, c'est qu'ils
ont des raisons de tenir à la vie. S'ils ne se résignent pas,
c'est qu'ils ont des raisons de tenir à un certain niveaude
vie. S'ils ne se fuientpas, c'est qu'ils ont des raisons de tenir
à une certaine communauté de vie. Le résultat de la
concurrence est donc, d'après les expressions mêmesde
M. Durkheim 3. « contingentdans une certaine mesurea sa
nature dépend des sentimentsque la pression de la densité
sociale rencontre dans la consciencedes hommes.Et sans
aucundoute, cessentiments eux-mêmesdépendent, dans une
large mesure, des formes et des tendances de la société.
Mais,du moins, ils ne découlentpas immédiatementde la
concentrationdes masses.Ils ne sont pas expliqués par elle,
et cependantits sont nécessairespour expliquercommentelle
une
peut pousser à la spécialisation. Ce n'est qu'à travers
série d'états intérieursque les modalitésextérieuresdes grou-
pementsagissent,en définitive,sur la conduite des hommes.

C'estpourquoi nous pourrionsdire que l'explicationsocio-

). t)u~hcitn.
op.<-<p. 253.
KM..p.:7).
ï. Mf'tnu pa<t<
)2U t-'AXXKE St)CtOt.U<it~UK. t9')t.t'JM

,u- 1 _t
logiquen'élimine pas les explicationspsycimiogiquesmais
elleles subsume,elle les implique eu se les subordonnant.
La théorieà laquellenousaboutissonsn'est donc pas exclu-
sive, à vrai dire, des théories prée6dentes la cause mor-
phologiqueque uousavonsmise en relief n'eHacenullement
l'action des autres conditions,naturelles ou intellectuelles,
de la division du travail. La sociologienousa seulement
prouvéque ces conditionsu'etaient pas encoredes raisons
suffisantes et, replaçantchacuneà son rang, elle nous les
montretoutes misesen Œuvrepar une forcemotrice qui est
d'origineproprementsociale,puisqu'elledécoulede la forme
mêmedesgroupements.

Onjugerapeut-être,aprèsce rapport sommaire,qu'il serait


exagèrede soutenirque la théorie de la divisiondu travail,
depuisAdam Smith, n'a fait aucun progrès.Hnoussemble
que l'euort récentdes sciencessocialesn'aura pas été inutile
à cettethéorie. Qu'il s'agisse des formes, des conséquences
ou des causes,elle nousapparait d'oreset déjà commenota-
blementenrichie,à la {oisplus large et plus précise,embras-
sant plus d'aspectset classant mieux les diversaspects du
phénomène.C'estainsi qu'en décrivantles formesde la divi-
sion du travail, nous avons été amenés à distinguer les
« économies qu'elle traverse,les modestechniquessuivant
lesquelselle s'opère, les régimesjundico-poiitiquesou juri-
dico-économiquesauxquels elle est soumise, les matières
enfin auxquelleselle s'applique.Pour apprécierses consé-
quences,nous nous sommesplacés d'abord au point de vue
de la quantité des chosesproduites, puis au pointde vue de
la destinéedes individusspécialisés; en dernier lieu, nous
élevantà un point de vue proprement social, nous nous
sommesdemandé en quoi la division du travailcontribuait
soit à la différenciation,soit à la cohésiondes groupes.En
recherchant, enfin, comment elle s'explique, nous avons
subordonnéles conditionsnaturelles ou intellectuellesqui
favorisent la divisiondu travail aux conditionsmorpliolo-
giquesqui 1 exigent.
Et sans doute, dans cettetriple analyse,ce ne sont pas des
résultatsdéfinitifsque nous'avons consignés nous avions à
classerdes problèmesaussi souvent que des solutions;nous
"C)t ).A M\')~f
Mon,).H. – TOHOUttH UL'Tn\Uf. !2t

avonsmontré plus d'échafaudagesque d'édillcesachevés.11


n'importe les grandes liguesdes constructionsfutures se
laissentdé}:\entrevoir et il noussembleque. mieuxqu'une
coursea travers les abstractions, cette visite aux chantiers
de la sociologiedonne l'idée de ce qu'elle veut et de ce
qu'elle peut, et précise la nature de ses rapports avec la
morale, avec la psychologie,avec tes diverses sciencesde
l'histoire.
On a paru croire naguère que la sociologieprétendaitse
constituer de toutes pièces, il part et en l'air, en spéculant
sur les propriétés d'un objet qu'elle aurait préalablement
crée: que pour étudier cette réalité-!<t<~<'H<'n.supérieureet
extérieure aux individus, elle pensait se passer de psycho-
logieaussi bien que d'histoire: qu'en assimilantcetêtreaux
organismes,elle espérait obtenir des lois pour éclairernon
seulementle passé, mais l'avenir des sociétéset constituer
ainsi, en même temps qu'une science inédite, une morale
touteneuve.L'examen de sesrecherchesconcernantla divi-
siondu travail montre combiennous sommeséloignésde ces
prétentions.
En ce qui concernela morale, nous avonsreconnuque la
sociologien'est nullement près de la suppléer et nousavons
dénoncél'erreur de ceux qui dictent des lois auxsociétésen
leur proposant l'exempledes organismes.Ceuxd'entre nous
qui pensent que, dans l'avenir, la sociologiepourra fournir
des plans de conduite scientifiques,ne se fient pas à ces
métaphores.Cen'est pas en comparantles sociétésaux orga-
nismes, c'est en comparant les sociétésentre elles et en
classant leurs différentstypesqu'ils estimentqu'on pourrait
fixer, pour chacun d'eux, l'état normal, l'état de santé, et
par suite l'idéal. Que maintenantla déterminationde l'état
normalpar la sciencesoitsuffisantepour dicter leur conduite
aux hommes, c'est ce qui peut être matière à discussion.!1
reste que des aujourd'hui, en élargissant notre horizon,en
nous découvrant les tenants et les aboutissantssociaux de
nosdifférentsmodesd'activité,le développementactuel de la
sciencesocialen'est pasinutile&la conscience;s'ilne l'oblige
pas, il l'éclairé, et nous permet uneaction plus méthodique.
Demême, nous l'avons vu, la sociologiene nousparait pas
exclurela psychologie.Pourétablir, entre telle formesociale
et telleorientation de la conduitehumaine, non seulement
un rapport constant mais une relation intelligible,encore
t2Z t'AXSKH ~RtNt.MH.U'H. iWt.t9<~

faut-il que nous analysions les transformationsque la pré-


sencede cette forme impose à nos états intérieurs, et tout ce
qu'elle provoquede combinaisonsd'idées ou de réactions
sentimentales.Maisit reste que nous trouvonsle moteurde
ceséhraniementspsychologiquesdans des phénomènesexté-
rieurs et que par suite, pour découvrirles déterminantesde
la conduitehumaine, nous ne jugeonsplus suffisantde nous
replier sur nous-mêmes c'est sur la masse des phénomènes
historiquesqu'il nous faut porter nos regards,pour y dis-
cerner lescausesproprement sociales.
Dans ce chaos, diverses disciplines essaient depuis long-
temps, chacuuesuivant sa voie, d'introduire de l'ordre. Nous
avons vu que la sociologien'aurait garde, sous prétexte de
rechercherdesterres inexplorées,de négligerles résultatsde
leurs ettorts. Elleessaie seulement de compléteret de coor-
donner ces résultats. D'une part elle met en relief les di<!é-
rentes formes que peuvent prendre ies rapports entre les
hommes, et auxquelles les études de l'économiepolitique,
de la philologieou de l'ethnographie ne touchaientqu'acces-
soirement et comme accidentellement. D'autre part, elle
essaie de distinguer et de classer, de replacer en un motà
leur rang les différents phénomènes d'ordre technique, ou
proprementéconomique,ou juridique, ou politique, mis au
jour par les recherchesspéciales.
En ce sens on peut dire que la sociologieessaie, pour sa
part, d'obvierou de remédier aux inconvénientsde la divi-
sion du travailscientifique,en suivantla méthodedonti'expé'
riencede la vie socialerévèle la supériorité elle ue cherche
pas à gouvernerles scienceshistoriquesdu dehors, et en leur
imposant les conclusions de spéculations qui leur reste-
raient extérieures; c'est du dedans, et en s'assimilant leurs
conquêtes,qu'elle cherche le meilleur moyen de les orga-
niser.

C. BOUCLÉ
DEUXIÈME PARTIE
ANALYSES

!'tm)HKHI-:SECTtu.\
SOCIOLOGIE GKXMttALE

t. -OtUETKTM~T))Ut)H )))':LASOCtOLUCtH
t'ar ))M.A.Auttx. C.B'MH et H.Dt'ttKM6)tt

G. SALYEMIXt.– La storia considerata corne scienza.


~tt'Mfft(/!.SofMo~M, AnnoYi.Fase. l, p. t7-S4.
B. CHOCK. La storla. oonslderata corneaoienza. ~Mf
/<crMp,Anuo\'I, Fasc.2-3.p. 273.27C.
G.SOREL.–StopiaeSctenzesooif.M. 3ff'H)<' 7<c(Kf,Anao
Y!, Fasc.2.3, p. 3(2-227.
Cesdifférentsarticlestraitent de )amêmequestion.H s'agit
(le savoirsi l'histoireest une scieuee~buut)art. M. Sah'emiui
tient pourlit premièrethèse.Et cependantla manièredont il
l'énoncene lui permetpas d'employer,pour la démontrer, les
preuvesordinaires. Généralement,en euet, quand on fait de
l'histoire une science,on lui assigne pour objet, non le
detoitdes événementsparticuliers, mais les institutions, les
m(Burs.tes croyances,les chosescollectiveseu un mot, dont
on opposela constanceet la régularitéà la contingenceet à
l'extrémeHuiditédesfaitsindividuels.M.Salveminin'admet
pas cettedistinction.Pour lui, il n'existerien que des iudi-
vidus les phénomènessociaux ne sont que des phénomènes
indiv)due)sgêneratises; par conséquent,ces choses coHpc-
tives,dont on voudraitfaire ta matièrede l'histoire,ne sont
que desabstraits que l'on ne peut étudierà part des formes
concrètesou ils se réalisent.
Et cependant,suivantlui, l'histoire est une science.Pour-
quoi,dit-il, n'aurait-ettececaractèrequ'à conditionde porter
sur un objetgénérât?Lasciencedu généralne suppose-t-elle
pas, au préatabte, lu science du particulier?« Le lion n'au-
t~t t.'AM~t: -UOMUt'jCE. t90t-t9M

ruit pas pu être déterminé scientifiquement,si t'eu n'avait


eonunencépar observeret par décrire des tiens particuliers
<p.~t). lUende plus évident. Maissi touteslessciencesde la
nature partent des faits concrets,c'est pour s'éleverau géné-
ral, pour constituer des types et des lois; l'histoire, au con.
truire,aurait pour fonctiond'exprimer le particulier en tant
que têt. C'estce que Croce objecte à Salveminiet l'objection
nous parait sans réplique. Même quaud la scienceest pure-
ment descriptive,elle ne décrit pas tels ou tels individus,
mais telle espèce. Sans doute, l'histoire peut-être entendue
de la mémomanière; mais alors elle cessed'être l'histoirede
tel peuple particulier, pour traiter d'une espèce socialeen
générai. Elle n'a plus pour objet la trame d'événementscon-
crets, qui constituela vied'unesociétédéterminée.On revient
a la conceptionque l'auteur écartait. Muisc'est surtout quand
il s'agit d'expliquer, de lier les faits les uns aux autres, que
l'histoireapparaît comme réfractaireà la forme scientifique.
Carcommentpouvons-nouschoisir dans la masseénormede
faits historiquesqui s'accompagnentet se succèdentet dire
que tel est causede tel autre ? Pour remplacerl'expérimen-
tationimpossible,il nous faudraitau moinsla comparaisonet
ta comparaisonsupposeque dans te particulieronfait abstrac-
tion du particulier pour ne voir que le général. La méthode
comparativesatisfaite toutes les exigencesde la science,mais
impliqueque l'étude n'a paspour objet des phénomènesindi-
viduels. Or, cette méthode écartée, il ne reste plus que la
déduction arbitraire. On lie tels et tels événementspar ce
qu'ils semblentse lier logiquement;et, en fait, il parait bien
que, pour l'auteur, toute explicationse ramèneà une cons-
truction idéale.Il ajoute, il est vrai. qu'il y a lieude la con-
trôler, mais sans qu'il nous eu dise les moyens.Sans doute,
l'hypothèsejoue un grand r')e dans toutes les sciencesde
la nature; mais. Ici, les faits qui suggèrent la conjectureet
ceuxqui la vérifientsont différents.Maison ne voit pas com-
ment il en pourrait être ainsi eu histoire, si elle traite de
phénomènesqui sont uniques en leur genre.
Il faut doncchoisir. L'histoire aepeut être une sciencequ'à
condition de s'élever au-dessus de l'individuel; il est vr~u
qu'alors ettecessed'être elle-mêmepour devenir une branche
de la sociologie.Elle se confond avec la sociologiedyna-
mique.Elle ne peut rester une disciplineoriginaleque si elle
se borue l'étude de chaque individualiténationale, prise en
ASALï!H!:i. – Ott)t!T KT MÉTttuDH DE LÀ i-MH~~ti t~~

cité-mêmeeteonsidéréedanslesdiversmomentsde son deve-


nir. Maisalors elle n'cst plus qu'une narration dont l'objet
est surtout pratique. Sa fonctionest de mettre les sociétésen
ftat de se remémorerleur passé; c'est la forme éminente de
la mémoirecollective,Aprèsavoir distingué cesdeux concep.
tiens de l'histoire, il convientd'ailleursd'ajouter que, de plus
f'n pins, elles sont destinéesà devenir inséparables.H n'y a
pius entre elles d'opposition,mais seulement des dinérenees
tie degrés. L'histoire seientinqueou sociologie ne peut se
passer de l'observationdirecte des faits concrets, et, d'un
:)Utrecôté,l'histoire nationale,l'histoire commeart, ne peut
que gagner n se pénétrer des principes généraux auxquels
arrive le sociologue. Car pour bien faire connaître un
peuple son passé, encorefaut-il faire une sélectionentre la
muttitude des faits pour ne retenir que ceux qui sont parti-
cuUërementvitaux et pour cela il faut des critères qui sup-
posentdes comparaisons.Demême, pour pouvoir, avec plus
de suretc, découvrirla manièredont s'encha!nenttes événe-
ments concretsd'une histoiredéterminée,il est hon de cou.
naître les rapports générauxdont ces rapports plus particu-
liers sont des exempleset comme des applications. Il n'y ya
donc pas là en réalité deuxdisciplinesdistinctes, mais deux
points de vue différents,qui, loin de s'exclure, se suppo-
sent mutuellement.Mais ce n'est pas une raison pour les
confondreet attribuerà i'un ce qui est !a caractéristiquede
l'autre.
H. !).

A. BAUER.– Les Classes soctfdes..««~c <A'<« <)<'


Paris, Giardet Brière, t902.3!;3p., in-8".
Mct«<e.
Sur la foi du titre on pourraits'attendreà trouver dans cet
ouvragece qui serait actuellementtrès utile, en effet, à la
sociologie une définilionde ce qui constitue les classes, une
analysedes différentsrapportsqu'elles peuvent soutenir les
unesavecles autres, unerevuedes différentesformesqu'ciies
peuventprendre dansl'histoiredes sociétés.
En réalité le livrede M.Bauerest une dissertation métho-
dulogique. C'est comme mémoire traitant « Des méthodes
applicables t'élude desfaitssociaux" qu'il acte récompense
par l'Institut. Ce n'est que pour illustrer ses préceptes de
méthode que AI.Bauer nous parle des classes sociales il
i;M L'~XXÉK«)CMLOOtQUB.
HOt-t9M

entreprend moinsd'analyser la viesocialeque de nous mon'


trer comment nousdevrions nousy prendrepour l'analyser.
La sociologiedoit étudier non des abstractions forgées&
piuisir, mais les faits sociaux.Maisencorelui faut-i),pour
introduire de l'ordre dans ce chaos,des idéesdirectrices,&la
fois assez larges et assez précises. C'estce que ne saurait
lui fournir ni l'étude de l'humanitéeu général, ni l'étude
des individus en particulier. Avecla première, elle s'en-
volerait dans les généralitésvagues avec la seconde,elle
s'enfoncerait dans le détail des contingences. H lui faut
doue chercher desobjets qui comportentù la foisde i'hétero-
Héueet de l'homogène,des réalitéssocialesdistinctesà t'inte-
rieur desquelles les individus se ressemblent ce seront
précisément les classes <p.Se, ti.'i).Ellesseulesse prêtent a
l'emploi d'une méthodecomparativeet explicative.Détermi-
nées par la nature des occupations.ellesseulesnousoffrenta
la fois les types spécifiques, les éléments simples, et les
causes déterminantes dont nous avonsbesoin. Partiescom-
posantesdes sociétés,ce sontellesqui modèlentlesdifférentes
espèces d'hommes,et qui produisentlesdivers ordres defaits
sociaux. Il nous suffirait, suivantM.Bauer,de conserverpré-
sents a nos esprits ces conceptsdirecteurs pour orienter
décidémentla sociologievers des recherchesà )n foisgéné-
rales et précises.
Combiences conceptsseraientaucontraireinsuffisant:! pour
la
guider recherche, et comment)a théorieimpliquéepar la
méthode ainsi esquisséese heurteaux faits déjà connus,on
s'en rend aisément compte.
Etd'abordl'idée centraleaux yeuxdeM.Bauer,l'idée même
de classe reste obscure et ambiguf. H ne suffit pas pour la
préciser de comparer les classessocialestantôt aux espèces
animales et tantôt aux organesdu corps (p. 91, 93, 33). tl
ne suffit pas non plus de dire qu'une classe repose sur la
similitude des individus. Caron peut sansdoute se ressem-
bler sans appartenir encore à la mêmeclasse. Uira-t-onque
pour constituer une classe, il faut que les individussem-
blables soient entrés en relations, et soient unis par un
« esprit de corps )'? M. Hauer parait l'admettre à cer-
tains moments. Tandis qu'à d'autres il admet que des indi-
vidus disséminés, entre lesquels« les rapportsn'existent pas
ou sont tellement faibles que l'unionne peut se former
constituent encore une classe ~p. HC'. 11sembleen somme
AXALMË! UMETET MÉTthJDË
UK).A!-0<)L')GtK 127

qu'n ses yeux le véritable indicede la classe soit )a corn'


munauté (le profession. Mais il ne semble pas se douter
quebiendes questionsse posentà ce propos qu'il n est pas
sûr qu'on puisseexpliquer, par ta distinctionet la hiérarchie
des professions,la formation des castes, « /'t)t'fw<lu for-
mationdesclasses: que des causes d'ordre économique,ou
politique,ou religieuxvienneut en pareille matière tantôt
seconder,tantôtcontrarierl'action des causes purementpro-
fessionnelles.
D'unemanière plus générale, il semble oublier que c'est
surtoutpar des <<<o<<s. dûmentformulesou tacitementrecon-
nus,que secaractérisentles classessociales,t-tt'on comprend
qu'it l'oublie.Carla méthodequ'il nousproposes'accommoda
malavec ce simple fait. Que signifie.t-ilen effet, sinon que
lesclassesse définissentessentiellementpar des rapports, par
leur placedans un ensemble, par la situation qu'une con-
sciencecommuneleur assigne? Qu'est-ceà dire sinonqu'il est
paradoxalde poserles classescommelogiquementantérieures
i) tasociété,et quec'est un étrangeabus de mots qui assimile
la classeà l'élémentinitial et simple dont il faudrait partir
pourrespecterle préceptecartésien?'p. 34C).
Aussibien,malgrécet attachementaux préceptescartésiens,
lelivrede M.Bauermanque-t-itnon seulementd'une défini.
tion nette de la classe, mais d'une énumérationdes formes
quepeut prendredans les sociétésde types divers,la division
des classes. L'auteur distingue bien les diftérents types
sociauxsuivant que telle ou telle classe y parait dominer.
C'estainsi qu'il définitta cité guerrière, la cité religieuse,la
cité commerçante,la cité industrielle (p. 184-H:4,mais il
parait croire que les différentescatégories qu'it a une fois
distinguées, en s'inspirant de la réalité contemporaine,
législateurs,– juges, chefs d'Etat, – agents exécutifs.
armée. – prêtres, – mattrcsde l'opinion, paysans,
ouvriers,– patrons,–commerçants, – voyageursou trans-
porteurs,– pauvres,–criminels) doiventse retrouverdans
toutes les sociétés.Et si des sociétésse présententqui ne
paraissentpas « cadrer » avecces distinctions,la solutionde
M.Bauerest simple il lesexclutde ta sociologie.
C'estainsi qu'it en écarte '<les familles isolées,les hordes,
lesciauset mêmeles tribus où lesfonctionsne sont pas net-
tementséparées. La naturedeces groupes est tropdinérente
de cellequi est propre aux sociétéspour que cette counais-
<38 L'AXXËK M0t-ti)62
SOCtOLOUtQtK.

sauce assezdifficileà acquérir, – soit d'une véritabte


utilité pour lusociologieM<p.t47).i.
Le remèdeest hëroïque. ~taisil est vraisemblableque h
sociologiel'accepteradifficilement.Cars'it est trop clair que
ses rechercheslie doiventpas se bornerà l'étudedes sociétés
primitives,il est sur aussi que cette étude lui a déjà fourni
et lui fourniraencoreles indicationsles plus fécondes – et
précisémenteu ce qui concerne l'origine des distinctions
sociales, la genèse réelle des classes. On peut dire qu'une
méthodequi nousprescriraitde renoncerpréalablementà ces
sources d'informations sociologiquesserait jugée par là
même.
Comment!a méthodepréconiséepar M. Bauer serait d'ail.
leurs capabledenousameuer,nonseulementà uous priverde
découvertesprécieuses,mais encore:àméconnaîtreun certain
nombrede faitsd'oreset déjà établis, ons'en rendra compte,
si l'oufait attentionà la relation qu'it se croit obliged insti-
tuer entre lescessessocialeset les faitssociaux.Enaffirmant
quetes classessontlesprincipesmoteurset directeursde toute
vie sociale, il essaie de démontrer que les divers ordresde
faits sociaux économiques,religieux, politiques, – ne
sont, chacun à chacun, que les produits de l'activité des
diversesclasses(p. 264). Et a vraidire il recule lui-même,à
de certainsmoments,devant les conséquencesde cette thèse.
C'est ainsi qu'après avoir distingué une classe spéciale de
criminels, il reconnaltpourtant que les crimesne sont pas le
ntonopoted'une classe ~p. 336;, mais sur d'autres points
il se montre plus hardi, et ne craint pas de déHnir les faits
politiques en disant que ce sont Il ceux qui procèdentdes
chefsd'Etat et desfonctionnaireschargésdu pouvoirexécutif
(p. ~ft), commeles faits religieux ne sont autre choseque
« les produitsde l'activité sacerdotale
C'està cesexagérationsque l'onaboutitsi l'on perd de vue,
en étudiantles faits sociaux, l'idée de l'ensembleauquel ils
appartiennent.M.Bauera eu raison sans douted'attirer notre
attention sur le phénomènesi important, et si malétudié
encore, desclassessociales.Maisd'une part malgrél'ingé-
niosité dont il donne la preuve en maints endroits (voy.
par exempleles « portraits du paysanou du moine) il ne
nous sembleavoirréussi ni à définirl'essenceniaà classerles
formes du phénomèneen question. D'autre part la méthode
généralequ'il préconisenous parait inapplicable elle n'irait
~X.U.ME! – "H)HT HT MKfttuUt: OË LA ~uCtOt.0~tE H9

il rien moins qu'à enteverà ta sociologiece sentiment de l'en-


semble et ce souci de l'histoire qui sont indispensables à son
progrès.
C.B.
Il. VtLLAKL – L'histoire est.elle une science ?
t*. LACOMHH.– L'histoire comme science, à propos
d'un article de )1. HtcKHRt.
A. U. XËXOPOL. – 1 Étude critique sur une nouvelle
histoire universelle a' la Psychologie et l'Histoire.
M. K. LAMPRECHT. Une préface suivie d'une Bibtiogra-
phie metttodotogique.
/<fCHC M/Mf/t~f'/«'~on'~«' août HMt-avt'n i9(H.
(<<*

La ~cttc </f .t/M<AM<' /t<.<fnn'(t' verse de nouveaux docu-


ments aux débats qu'elle a ouvert!: fan dermcr sur la uature,
les limites et la méthode de Dnstoire.
M1'. VtUar) pense que pour résoudre ces questions, il
vaudrait mieux substituer aux disputes théoriques des con-
sidérations sur ta marche mOne des éludes historiques dans
les temps modernes. H nous onre. en euet, un tableau des
ditît'rentcs formes qu'eites ont prises, itesitant entre la science
et l'art elles s'enorcext aujourd'itui de relier méthodique-
ment le développement des sociétés au développement de l'es.
prit humain qui en serait comme le modete idéal en même
temps que la conséquence. Mais fauteur estime que maigre
leurs tendances scientifiques, elles ne sauraient se passer du
sentiment. En somme, la conversation de M Villari est inté-
ressante, mais il ne s'eif dégageaucune conctusion bien nette.
M. Xenopoi s'en tient rii'idee qu'il a maintes fois dévelop-
pee c'est chimère que de rechercher en histoire des lois de
production, permettant la prédiction des phénomènes. L'his-
toire est bien une science, mais une science de séries, et non
une science de répétitions.
M. Lamprecht, au eontratre. assure qu'on peut d'ores et
déjà dégager de l'histoire des lois empiriques d'une parfaite
certitude. C'est ainsi que « les périodes de vie symbolique,
typique, conventionnellc, individuelle et subjective, décou-
vertes d'abord dans i'évotution du peuple allemand, sont
d'une valeur absolument gcneraie et se retrouvent dans
l'évolution de tous les peuples du globe sans exception M.
M. Lacombc remarque sagement qu'au tond de toutes ces
discussions, entre partisans de l'histoire considérée comme
– Ann.?.!Mtci..)..)i"))-)!M.
H. XctMMt!"). 9
i30 L'AXEE SOCmf.OCtQt'E.MOt-tM:!

sciencede séries particulière!)et partisans de l'histoire con-


sidérée commesciencede répétitionsgénérâtes,ityasurtout
des ~uereUesde tnots. C. B.

BOL'GLr;.– Le procès de la soototogie biologique.


HMt.t. Il, p. i~i.
/~t'i~ ~/t</M~/t«/tf<
TARDE. La Récité sociale. ~«/ p. 4S8.
La discussionsur la méthodeorganieistea conUnuudansta
/<<'(')«'p/n'b.w~~t<F.Dans l'articleci-dessus, Ai. Hougiéa
répondu à MM.Novico\vet Espiuas.
A M.Novicow,ii objectele caractèrevagueet contradictoire
des conclusionssociologiquesquepeuventfournirles analo-
giesbiologiques.M.Nuvicowarrivequelquefoisà justifiersou
individualisme; mais, par ta mêmeméthode,on justifierait
tout aussi bien uu autreidéalpolitique,t'étatisée oule natio-
natisntc. – Sur ce point,M.H.s'entendavecM. Hspinasqui
admet aussi la stérilitélie cette méthode mais il s'en sépare
en ce qu'il Me recoouait pas, entre les sociétéset t'orga.
nisme. les rapports quafta'mait M.Espinas.
Pour ce dernier, c'est ta famillequi fait le trait d'union
entre les deux mondes,puisqu'elleconstitueune sociététout
en étant biologiqueà sa racine. Mais,répond M. Bouglé,les
sentimentsqui précèdentou suiventl'acte sexuelne dérivent
pas de sescaractèresphysiologiqueset les formesdiverses
que prend ta réglementationdesrapportssexuelsne peuvent,
en aucunefaçon,s'expliquerpar la biologie or, sansunetette
réglementation,il peutbien y avoir contact des épidermes,
mais non pas sociététamitiute.De plus, il est inexact que
toute sociétéreette soit composéede familles. N'est-cepas
mutiler la sociologieque de mettreen dehorsd'elleles socié-
tés contractuelles Lue fois constituées,ces sociétés, elles
aussi, durent, évoluentet agissentsur les individus com-
ment donc,sinon par uu parti pris organiciste,nier qu'elles
sont des êtres ? En admettant,d'aiitcurs,que la nation soit
la seule société réelle, on ne voit pas qu'elle ait une base
organique.M.E. lui-mêmene croit pointque la nationsoit la
(amilleagrandie, et qu'on puissechercherdans la racel'ex-
plication de l'unité nationale. L'unité d'une nation vient
d'idées collectives qui se transmettent de génération en
génération or, il est contraire à toute vraisemblance
d'admettre que cette transmissionse fait par une hérédité
AXAU'~S. – OMt"r ET M)!'f)tODt:PB LA SOCMf.OCt)! i3i

physiologique « )a voix des morts qui parlent en nous »,


« l'hérédité des instincts sous.jacents c'est ta de la littéra-
ture nationaliste cotte transmissionse fait par l'influence
du milieu social sur l'enfant. Donc la réatité propre des
phénomènessociaux est psychiqueet non pas biologlque.
Maisalors ta sociologielie se résout-ellepas en une psycho-
logieindividualistetoute à priori?2
Pour montrer que cettecrainte est chimérique,M.B aurait
pu invoquer des argumentsd'ordresdivers. 11s'est contenté
d'un seul qui le dispensed'en chercherd'autres c'est qu'il
existeen fait unesociologiescientifiquequi ne demanderien
&la biologie,c'est la sociologiedo l'école dont t'.tttHf'esocio-
/M«/M<' est l'organe.Nul n'a antrméavec plus de netteté que
M.Durhheim la rea!Hesociale et la nécessité d'étudier les
phénomènessociauxcommedes« choses», nul n'acondamné
avecplus do force ta méthode introspectivequi réduit la
sucioiogioà un vain jeu do conceptssubjectifs or, M. Durk-
ttpimet ses collaborateursfont de ta viesociale un ensemble
do représentations,vont mêmejusqu'à dire que la sociologie
est une psychologie,psychologiedistincte de ta psychologie
individuelle,et ils ne regardent plus la réalité socialeà tra-
versle prisme simplificateurdes analogiesbiologiques que
l'on jette un coup d'oeilsur le travailde coordination,déplus
en plus satisfaisant, accompli dans l'.tHH~ Mc<o(o~)<)' et
l'on verra que ia biologie no lui a été d'aucun secours.Et,
sans doute, s'il fallait trouver une formule précise pour
exprimer l'essence de la réalité sociale,tous les collabora-
teurs qui, à t'.tMM~'wcto~~Mf,rassemblent,pour les coor-
donner systématiquement,les élémentspositifsd'une socio-
logieobjective et spécifique, ne réussiraient peut-être pas
à s'accorder mais il n'importe il leur suffit, pour tra-
vaitierà t'ouvre commune,d'admettre que tes faits sociaux
sont des choses, sont soumis à des lois qu'on no saurait
dcdoirede ta psychologieindividuelle.
Cepostulat, M.B.est d'accordavecM.Espinaspour enfaire
la condition,-!M<! <«' H""de la sociologie.Et puisquecelui-ci
condamnel'usage des analogiesbiologiquesen sociologie,ils
sont d'accord sur la méthode. Après cola, la question de
savoir si la sociétéa ou non une baseorganiquepeut facile.
mentêtre laisséedécote peut-êtreest-ce ta une de ces dis-
cussionspar lesquelles,d'après M.B. lui-même, la sociolo-
giese fait tort auprès des espritsépris de positivité.
t32 t.s'~E ~ocMLoat'E. tCCt'iM?

M. Tarde, commeM. B. affirmela réalité de l'être social


tout en rejetant la conceptionorganiciste.Et, à M. Espinas
qui lui demandaitpar quel mirage il pourrait, du rapproche.
meut déments individuelsdont chacunexiste par soi, faire
jaillir une réalitésocialedinéreutedécès individus,il répond
par un article reproduisant « sans modificationla subs-
tanced'une de ses leçonsau Collègede France.
La sociétéest un tout, et ce tout, en tant que tel, est réel
car on peut dire qu'un tout est réel et objectifquand ses été.
ments agissentles uns sur les autres, et sa réalité est d'au-
tant plus grande que cesinter-actionssont plus nombreuses
et plus intenses. L'objetdela sociologie,c'estl'étude systéma-
tique de ce tout, c'est-à-direde l'ensemblede ces actions et
réactions,principalementinter-spirituelles,que les individus
exercent les uns sur les autres. Un sentiment, un principe,
un dessein, d'abord individuel, se répand et, en se généra-
lisant, se consolide,s'oppose et résiste au moi de chaque
associé, devient une chose sociale objective. Les choses
socialessont doncdes faits psychiqueset la seule explication
qui leur convienneest une explicationpsychologique.
Mais M. T. ajoute aussitôt que le fait social n'est point
« extérieur et supérieur à l'individu x <p. 461) que le moi
national n'est que « la collection et l'inter-action des moi
individuelsa (479; que les états de la consciencesocialesont
seulement « la similitude et la simultanéité d'empreintes
cérébrales multiples produites par une accumulationet une
consolidation d'actions individuelles» (461).Il va plus loin
encore. Pour lui il n'y a pas de types sociaux ni de lois
sociales et l'évolutiond'unesociétéest d'autant plus contin-
genteque cette sociétéest plus réelle, c'est-à-dire que les
individus ont plus de relations les uns avecles autres. Pour
expliquer un changementdans la société, il faut toujours
remonter à une penséeou à une action individuelle,répercu-
tée ensuite d'individu en individu or, les pensées indivi-
duelles sont « originales».
Voilà qui précise et atténue singulièrementle sens de
cette affirmation la sociétéest un être. La réalité que M.T.
accorde à la société est bien peu do chose les individus
agissent les uns sur les autres, non la sociétésur les indivi-
dus le phénomène social qui résulte de cette inter-action
n'est qu'une ombre, un épiphénoméne.Si doncnous laissons
de coté l'étude desactionsinter-corporellesdes individus, et
– umKTKT MtiTttUDE
.tX.t).Y.«:< OE LA~CtOLOUtt! 133

des actions et réactionsde l'individu et du milieu physique


l'un sur l'autre, tout s'expliquerapar une inter-psychologie
individuelle. M.Tardelui-mêmedit que la sociologieet son
inter-psychoiogioont le même objet seulement l'une étudie
« synthétiquement et « en musse Mce que l'autre étudie
<fanalytiquement et « en détail (4S~. S'it est vrai que des
sciences distinctes doiventavoir un objet distinct, n'est-ce
de la psy-
pas avouer qu'il n'y a pas de sociologiedifférente
chologieinter-individuelie?
Si donc lesdifférencesqui séparaientM.Espinas de M.Bou-
glé étaient de peu d'importanceau fond, M. T. s'opposenette-
ment :t ces deux sociologues.En vain, M. T. dit-il dans une
note que M.Uurkheim,pour qui les phénomènessociauxsont
des choses, « s'est beaucouprapproché dela conceptionpsy-
chologiquedes faits sociauxH il y a là une équivoquecontre
laquelle M.Durkheim a protesté(/~):Mep/«~op/<~<«',t90t, t. 2,
p. 704).M.Durkheimadmetque la viesociale est un système
d'états mentaux, de représentations mais ces représenta-
tions sont difïérentes« en nature » des représentationsde la
conscienceindividuelle telle a toujours été sa pensée et,
comme MM.B. et E., it nie absolument ce que M. T.
admet au contraire, que les phénomènes sociaux « s'expli-
indivi-
quent immédiatementpar les faits de la conscience
dueUe". Or, à ce qu'il semble, c'est bien là, en définitive,le
seul point vraimentcapital, dans la discussionentre MM.Es.
pinas, Bougléet Tarde.
A. A.

H. SOCtALt-TttKOtUKSf:ËX)-;RALES
t'fHLOSOt'Ht):
C.Bot.NH:.
t'ar MM.A. At-BtX. et t). )'Amoot
H.))mKUE)M

B. Ktt)D. – Principles of Western Civilisation. Londres,


Macmiitan,1902,8)8 p. iu-8".
Ou sait le succèsobtenu, dans tes pays protestants, par
t'<~««w MC!«<c, de M. Kidd. Son nouveau volume aura
sans doute la même fortune, car il tend à justifier, de la
même façon, la religionpar la science, le christianisme par
l'év'lutionnisme.
L'auteur ne veut pas opposer, comme tluxley, le « pro-
cessus éthique » au « processus cosmique L'histoire de
134 L'AXSÉH~OCtOUMtm'K.U'Ol-MM

l'humanité n'est !t ses yeux que l'ultime périodede l'histoire


de la vie. Unesociétéqui se vouerait à un idéal autinaturet
serait donc bientôtbrisée par le jeu régulier des lois de la
nature (p.3t, 6C,t3C).Maisil reste &savoirce queréctamont
au juste ceslois.
Il a pu semblerd'abord que la sélectiontravaillait pour io
bien des individus.Darwinlui-mêmene nous montre-t-ilpas
les exemplairessupérieurs de telle ou telle espèce tirant,
daus !a lutte pour )a vie, un profitpersonnelet actuel de leurr
supériorité même? Mais l'auteur entend, comme dans son
premier livre, corrigerDarwinpar Weismann.En cherchant
les raisons du raccourcissementde la vie, celui-cia montré
que les espècesles plus sures de triompher sont souvent
cellesoù lesindividussont le plus sacrifiés,celles en un mot
où les intérêts duprésentsont te plus nettementsubordonnés
aux intérêtsde l'avenir (p. 40.4?).C'est cette idéequi, appli-
quée à la phiiosophiesociato,duit y provoquerde radicales
transformations.
Et en ellet « une ère est closeB, celle où prédominait un
individualismemal compris, utilitaire et matérialiste, tout
imprégné de préjugésde juristes et d'économistes,et qu'on
croyaità tort justifiépar la sciencenaturelle. C'est en effetle
trait communau radicalismephilosophiqueet à l'esprit de
la Révolutionfrançaise,aux manchesterienset auxsocialistes,
que de négligercesintérêtsdel'avenir dont la natureest sur-
tout préoccupée.Les uns et les autres, oublieux de cette
immense majoritéqui est la postérité, veulent organiserla
société dans l'intérêt des individus actuellementvivants;
pour eux le progrèsn'est que la lutte du présent contre le
passé ils poussentau premierplan les préoccupationséco-
nomiques,identifiantle légal et le moral, confondantl'Etat
avecla société(p. 64-72).Ils nous ramènenten un mot, sui-
vant l'auteur, aux conceptions qui dominaient dans les
sociétésantiques,dans la civilisationpréchrétieune(Ch.v<
ï7tf .t<MH~H<f~tC P~'MC~).
H n'a fallu en effet rien moins qu'une religion nouvelle
pour sauvegarderdans nos sociétésoccidentalesles intérêts
de l'avenir,en donnant aux hommes le sentimentde leurs
devoirsenversune réalité qui les déborde (p. 160, ?7). Et à
vrai dire cettereligion,en soudant sa causeà cellede l'Etat,
est devenue« temporellewet par là mêmeoppressive.De
grands effortsont été nécessairespour briser cette alliance
.~SAU.<K'i. – )')))).'<s<Jt'))tË TUH'tmK-:
MOAt.K, <iKXKK.\t.E< t:<5

néfaste.Maisenfinlaconsciencereligieuses'est définitivement
annexéht tolérance(p. 3St). C'estcetteconsciencereligieuse
qui est te tneiileur soutien d'un liMrolismobien compris,
moinssoucieux de l'intérêt des individus vivants que des
droitssacrésde l'avenir (p. 403 et demandant,non pas cette
soi-disantlibre concurrence qui n'est qu'une survivancedo
la barbarie(p. 45H), maisune organisationplus justede l'hu-
manité,quipermetteà toutes ses puissancesde se développer
librement.
it est difficilede discuter, tant ellese tient daus le vague,
cette nouvelle philosophiede l'histoire. L'antithèseautour
de laquelle elle gravite l'oppositiondes intérêtsdu pré-
sent et des intérêts de l'avenir resteobscureà nos yeux.
Car enfin de quel droit soutenir que le peuple romain,par
exempte,n'a pas été aussi soucieuxde son avenir, de sa
mission,que le peuple anglais de nos jours? Et d'autre part,
commentprouver que ce soucide l'avenirest 1 œuvred'une
1j certainereligion? Le patriotismepar exemple,oula croyance
au progrès,n'ont-ils pas éveilléce souci aussi bien que les
sentimentschrétiens?`?
C, B.
C. B,
<
F. Il. GIDDiXGS.– Inductive soctoloery..t <~«<'Mof
?</«)</<,.-t)M/y.<M, <<M'/ «tt~ pt'0ft'<0)!«<~
C<«M</«'«<<n))j!,
/b<'MM/«<c(<~H<('<.Londres et New-York,MacmiUan,i90],
302p. in.8~.
) Cesont moins des résultais que des cadres que nousofh'o
M. Giddings,dans les sommaireset les tabieauxde ce
manuel.H y dresse les questionnairesque les reciterchesdo
J la sociologieauraient suivant lui à ronptir. Et nous recon-
naissons,dans l'organisationde ces questionnaires,l'action
desidéesdirectricesdéjà dégagéespar l'auteurdanscesMM-
ripes(<esociologie que nousavonsanalysésnaguère ici même.
Maissur certains points l'auteur développe,sur d'autresil
amendeou préciseses conceptions.
L'ouvrageest diviseen quatreparties(~'mcH~ A*h <hfonc
j Mftoh~xe. – ~/<mfH~et <)<t'<«rf~c<«~oc<t~ /ot'y«Mt-
.!M<tb)tMfM/t*. /« p<'o.<~ MCM/c) qui correspondentà
;j peuprès aux livres1et Il des P)'<t)c<pM.Lessujetsqui étaient
abordesdans les livres lIt et IV (/fo<«t«w /«<!<on~(«' de <«
soetf~. J~ttloietla c«)MP <~<tM social),ne sont pas
~'p)'of<*MM<!
repris ici. Us ferontsans doute l'objetd'étudesultérieures.
t:)<i ).tXX);K!;Ot:)()).)'.)<K.)W)-it)~

Nous retrouvons, dans la troisième partie du nouveau


volume, la distinction, fundamentate au< yeux de M. Gid.
dings, entre la composition et la constitution sociale. La corn.
position sociale résulte du rapprochement des groupements
homogènes et globaux (familles, villages, cités, etc. Qu'ils
soient « ethniques ou « démotiques fot'tnés par tes des-
cendants d'une même race (agrégation génétique' ou par les
descendants de races diltérentes (congrégation;, ce qui les
caractérise, c'est qu'ils puun'aieut il la rigueur se suffire à
eux-mêmes ils seraient capabtcs de mener une vie indépen-
dante et de perpétuer lu société humaine. La constitution
sociale résulte au contraire du rapprochement de groupe-
ments hétérogènes et partiels (églises, associations « cnttu-
reUes », économiques, politiques, etc.. Ils peuvent eux aussi
unir des gens de même sang, être « ethniques » aussi bien
que détnotiques H.Mais6tantconsaeresa à la recherche d'uue
fin spéciale, Us seraient incapaMesde se snffit'eà enx-mOnes,
de renouveler la société humaine, en ce sens que les groupe-
ments constituants supposent l'existence des groupement!}
composants, dont ils se présentent comme des divisions nou-
vettes.
En résumant naguère ces distinctions, nous faisions remar-
quer qu'elles correspondaient a peu prés a celles qu'établit
M. TOnnies, lorsqu'il distingue entre ta ~<'HtfiH.<fAf</Y et la
<<'M~f~, ou M. Murkheim, lorsqu'il distingue entre la .M~<-
~tn/(' M!«M«jt«<' et la sof<f/(«'<~o~/fN«'~«'.Mais quoique chose
empêche, ajoutions-nous, d identifier les conceptions de ces
sociologues et c'est l'idée singulière que se fait M. Giddings
des rapports qui unissent les individus, à l'intérieur de ces
deux types de groupements là où il y a composition, les
individus sont, à l'intérieur des groupes, plus din'érents les
uns des autres, tandis qu'ils sont plus sembtabies les unsaux
autres, lorsqu'il y a constitution. M. Giddings reprend ici
cette idée, mais il la précise heureusement 'p. Musqq.t, et
l'on s'aperçoit alors qu'il reconnaît, avec tous les autres socio-
logues, que les ressemblances entre individus sont plus nom-
breuses et plus profondes a l'intérieur desgroupesdu premier
type. C'est seulement <*en fonction de ta ftn proposée Het qui
est à vrai dire son seul principe de cohésion que le groupe
proprement constituant, ou spécialisé, réclame l'unité d'acti-
vité de ses adhérents pour tout le reste il les laisse en effet
libres de différer ~p.2~.
AX.U.~E: – fttH.'tSOMf))! i.MfALR, Ttn!t'M)!& <Mi'!ÉKAHM t3'!

Maisc'est surtout pour la recherchedes racinespsychoto-


niques de l'organisationsociale que M. Ciddin(;sapporte le
plus d'indications nouvelles.C'est a proposde tu genèsede
l'esprit socialqu'il muttiptie les analyses(Part.tt). L'esprit
socialn'est en ettetà ses yeuxni unesubstance.ni mêmeune
forceù part; c'est bien plutôt une résultante it est compose
de ces manièresde penser et d'agir, auxquellesles individus
ne seraientjamaisarrivés s'ils avaient vécu isolés,moisqui
sont les conséquencesde leurs rapports, de leur inter-action
<p.()3-(M). Cesontcesrapportsetlesformesdecetteinter-action
qu'ii faut étudier pour comprendrela formationde l'esprit
social.
Pour qu'un esprit socialpuisse se former, il faut d'abord
qu'it existe, entre les individus, un certain nombrede res-
semblances.Il faut que leurs organismeset leurs esprits
« répondent » de façons analogues.On pourra classer ces
« réponsesMsuivantles différentsproblèmesque la vie.pose
u l'homme.On constateraalors que tes hommespeuventse
ressembler ou s'opposer dans leurs manièresd'estimer les
choses(<n'f<«~/K, de s'adapter le milieu (t<<<<t':«<<Mi), de
s'adapter au milieu.f~'af'<fn:«<<0}(), de s'adapterles unsaux
autres (MCM<tj«ft'<ut).(p. 86-89).Onsera ainsi amenéà distin-
guer des types par exemple, parmi les typesdetemp'h'a-
ments, le vigoureux,le fucite,l'austère,le raisounaC!e;parmi i
les types d'esprits, t'ideo-moteur,t'ideo-emotionne),le do};-
matique.umotionne),le critique intellectuel(p.C3).C'estsur
la consctencede ces ressemblanceset de ces différencesque
roule toute lit vie des sociétés. Cette consciencccomporte
d'ailleurs biendes degréset revêtbien desformes.C'estainsi
que l'estimationdesrcssembh'ncespeut aller de la sympathie
purement organiqueà ta sympatitiela plus réfléchie,en pas-
sant par bien des nuances (t'anectionproprementdite, le
désir d'être remarquéet payede retour,etc.).Lorsquetoutes
ces formesde ta sympathieagissent ensemble,alors la M)ts-
('totMHc.M or ttwf, le sentiment qu'on appartientà la même
espèce,atteint son plein épanouissement.
Parfait ou imparfait, développéou embryonnaire,il fautl
que ce sentiment soit présent pour qu'it y ait concert des
volontés, coopérationsimple ou complexe,directe ou indi-
recte (p. ttC sqq). It est à remarquer en effetque la eommu-
jMutudébut n'ameue les hommesà l'actioncommuneque là
où cesentimentest donne,et que, lors mêmequ'ils ont atteint
t38 t/A!)iE t90t-t!'0?
"OC<Ht.f«!)QCE.

les buts pour lesquels Ils s'étaient concertés, il continuede


les unir. H préexiste, et survit, et commandeaux raisons
spécialesque peuventavoir les hommes de s'associer.
tt ne faudra douejamais le perdrede vue lorsqu'onétudiera
les différentesformes que peut prendre ia coopération,lors-
qu'elle tend à développereu même temps qu'a réglementer
les différentesaptitudes des hommes coopérationsde cul-
ture, qui out pour objet les facultésd'appréciation,–coopé-
rations économiques,qui correspondentaux facultésd'utili-
sation, – coopérations morales, qui tendent à la formation
des caractères,– coopérationspolitiques,qui visent&main-
tenir ou à modifierle tien social (p. i~0-t33).
A mesureque se développeainsi, sur ditlérents terrains, la
collaborationdes volontés. à mesure se développeaussi la
communautédes esprits. Et elle peut a son tour revêtirdes
formesqui correspondentaux typesd'esprits quo nous avons
distingués: l'instinct, puis la sympathie, puisl'espritdogma-
tique, puis l'esprit de critique et de discussiony domineront
l'un après l'autre (p. t33-n3). Plus ou se rapprochedesder-
nièresformes, plus le niveau des « choix sociaux» s'éteve.Et
plus se multiplient aussi les associationsproprementvolon-
taires, formées par des personnes pleinement conscientes
des servicesque la société rend à la personnalité.
Avons-nousbesoin d'ajouter que ces classifications,sou-
vent ingénieuseset suggestives,ont à nos yeux le défautde
rester en t'air? Ce n'est qu'à l'user, et après avoir essayéde
les appliquer aux faits qu'on pourra décider de leur valeur.
Alors seulementon pourra déterminer, parmi tant de distinc-
tions, cellesqui sont vraiment fécondes,et celles qui ne sont
qu'arbitraires, – celles qui ouvrent des perspectivessur des
réalités inaperçues, et celles qui ne sont que de « fausses
fenêtres?.
C. H.
A LORIA. Le basi economiche detta. Costituzione
Sociale :AM<<a<!<M MOHom~MM ~e CoKs<<<M<<OM wc«!<c),
3" édition. Turin, Bocca, t9(H,479 p. in-8".
Le grand ouvragede M.Loria, dont il nous onre une3'édi-
lion entièrementrefondue, s'appuie sur une très réeUeinfor-
mation historique et se dévctoppeavec une habiletéet nne
soiiditédialectiquesqu'on ne saurait méconnattre.Lesidées
maltressesen sont connues, et ont été rappelées l'an dernier
A:<Af.YS)M.– t'xn.O'MftffE SOCtAt.)?,TMKOftfH~f:)tX)~.tU!S iM

ici même. Pour M. L., la base de la constitution sociale


tout entière et la sourcede toutesses transformationsréside,
non pas, commepour Marxet Hngels,dans te9 phénomènes
économiquesen général, mais plus particulièrement, depuis
qu'a l'occupationde la terre libre a succèdele régime de la
propriété privée et du capital. dans la divisionde la société
en deux classes fondamentateset hostites, les possédants
d'uu côté, et, de l'autre, ceux qui sont exclus de toute pro-
priété. Toutesles grandes formationssociales, la morale, le
droit, la coustitutioupolitiqueproprementdite ou l'état ne
sont que les moyensplus ou moinsinconsciemmentemployés
par ta premièreclassepour maintenirla secondedans l'ordre
et dans ta sujétion; ellessont représentéespar une troisième
classesociale, celle des « ~'«r(««<'HM », qui, aux
tm~'o<<)«'<</s
gages des possédantsou inconsciemmentconduits par leurs
intérêts, emploientet ta religionou la morale, et le droit, et
la puissance militaireà endormir ouà enrayer ta massedes
déshérites.Mais,que les conditionsde la propriété se modi-
fient en vertu de tuis immanentes,alors les rapports entre
les diverses classes sociales,et, par contre-coup, les idées
morales,juridiques et politiquessetransforment à leur tour
les travailleurs improductifs, prêtres, savants, artistes,
juristes, soldats – sonttes agentsdéterminantsde cescrises,
en s'alliant aux non-possédants,en leur dévoilant les men-
songesqui les dominaient,en teur donnant et la volonté et
les moyens de se libérer. C'estce qui se vérinerait, selon
M.L., dansles troisgrandespériodesde l'histoire proprementt
dite, après l'ère primitivede la terrelibre et de la propriété
commune ce sont l'esclavage,le servage et le salariat,
périodesau delàdesquellesse produirasans doute un retour à
la propriétécommune,maiscettefoisconscientectorganisee.
Danschacunedecesphases,tout lecoursdo l'évolutionsociale
s'expliquepar la subdivisiondes deuxclasses essentiellesen
sous-classes,tour à tour hostiles on alliées contre t'enuonu
commun ainsi ta distinctionet l'oppositionentre le capital
foncieret le capital mobilier est la clef de toute l'histoire
moderne.
Dansla conclusionqu'il a écritepour cetteédition nouvette,
l'auteur, après avoir fait l'historiquede sa théorie, s'attache
à répondreà ses divers critiques, et, en précisant te sons de
ses doctrines, sur biendes pointsil lesrestreint et les limite.
11maintientd'abord sa conception,si contestable, de l'ordre,
~40 ~XX)~B -:0t:ft)f.f<tit~. <Wt-)9M

a ta fois ctu'onotogique et logique, dans lequel agiraient les


diverses institutions morales, juridiques et politiques fac-
tiou morale est considérée comme tu pius primitive. à chaque
phase de t'évotution sociale, parce qu'elle est ht plus écono-
tnique, et faction politique, comme lu plus reconte. – M. L.
se défend d'ailleurs de refuser a ces divers ordres de phéuo-
tMfues toute autonomie il admet qu'une fuis formes, les
divers systèmes de moraie, de droit, ou de politique, sont
capabtes d'évoluer setou leurs lois propres par là, & cote et
sous ta domination de l' « économique les diverses sciences
sociales peuvent se constituer et se développer avec quelque
indépendance; mais seul le ptténomeoe économique de lu
lutte des classes est capubte d'expliquer ies origines, seul il
tonne la base inaperçue de tous les autres ordres de pheno-
mMneset seul les oriente dans leurs directions ("-seutieties.
i)e même, M. L. ne prétend pas nier que les hommes, eu
tant qu'individus, ne puissent parfois agir selon des motifs
(lui n'ont plus rieud'ccunontique, il veut bien que les intérêts
de cet ordre n'expliquent pas t'ame d'un Socrate ou d'un
Jésus mais ils expliqueut seuls et te succès et le fens de
leurs doctrines; et, si l'un prend t'humauite dans sa masse.
comme donuée collective ou sociale, ils apparaissent comme
seuls en état de conduire la moyenne de l'humanité, d'y déter-
tniufr des phénomènes collectifs, et, par suite, de fournir des
explications et des lois sociales.
Dans cette mesure, il n'est pas douteux que la théorie de
M. L. n'acquière une certaine vraisemblance, et qu'elle ne
contieune une part de vérité beaucoup de ses analyses his-
toriques sont ingénieuses et fécondes.Mais, en même temps,
ht doctrine perd un peu de son caractère systématique et ne
justifie plus ses prétentions li l'explication universelle et suf-
fisante. Car, en premier lieu, si i'on avoue que les pbéno-
meues sociaux tels que le droit ou la morale et, it plus forte
raison, d'autres dont M. L. ne parle guère parce qu'ils sont
les moins favorabtesàsa thèse, comme la science ou l'art, ont
des lois propres et peuvent m~me,à leur heure, réagir sur ta
constitution économique, on peut bien dire ensuite que cette
action reste secondaire et restreinte cela revient il reconnattre
simplement, ce que tout le monde accorde, que les besoins
d'ordre physiologique, dont les phénomènes économiques sont
la traduction sociale, sont les plus urgents de tous et que
Jeur action doit être ta plus primitiveet la plus générale mais
AS.U.Y-.f:<. – tWt.OMPtttK <0<;)AH!, TtH~OME-4QÉXÈttALtM itt

ou n'a piusde raison pour prétendre que les autres tendances


de l'âme humaine perdent leur originalité et leur realité, ni
qu'elles ne soient que de simples reflets de la tendance éco-
nomique, ni enfin quecelie-ei fournisse le seul principe d'ex-
– M. L. entend, il est
plication vét'itabieeu matière sociale.
vrai, que si parfois des phénomènes sociaux ont des causes
momies, juridiques ou politiques il suffit de chercher les
causes de ces causes pour les voit' dériver d'innuences 6co-
uomiques antérieures. Or, en vertu do la complication et do
l'enchevêtrement des actions sociales, il est bien probable en
eftetqu'on trouvera toujours, derrière tout phénomène donne.
des intluenceséeonomiques mais il reste à prouver que celles-
ci seront les seules, et l'on pourrait aussi bien dire que, der-
rière tout facteur économique, si l'on remonte la série
causale, on trouvera des inHueuces moraies, juridiques ou
politiques nntcrieures. Des qu'où recule devant le paradoxe
de refuser radicalement à celles-ci toute action et toute exis-
tence sociales, des qu'on ne les déclare pas a priori illusoires,
des qu'on veut bien les voir où elles apparaissent, on les
découvre partout, inextricabionent meifes aux influences
économiques, et, si l'on s'en tient aux données de l'histoire,
aussi universeliesetaussinueieuMesqueceUes-ci. Sans doute,
il faut accorder il M. L. qu'elles sont en général moins puis.
santes sur la masse humaine mais ce n'est plus qu'une ques-
tion de mesure que de déterminer, dans chaque cas, la part
légitime qu'on peut faire, au facteur économique d'une part,
et, d'autre par), à tous les facteurs d'un autre ordre, dans l'ex-
plication sociale.
Mais M. L. semble admettre que si l'on remontait assez
haut le cours du temps, ou trouveraitdes causes économiques
premières, seuls facteurs sociaux vt'aiment originaux et pri-
mitifs, seules vraies causes. Nul doute que ce ne soit alors en
remontant au delà de toute donnée historique positive, eu
abordant au domaine des origines et de la préhistoire mais
là, il nous fautbicu accepter pour guides de nos hypothèses et
la logique et l'étude de l'ùme humaine dans ce qu'elle semble
avoir d'universel et de constant M. L. paraît admettre en e)Ïet
ce recours inévitable &la psychologie. Or, que nous apprend-
elle à cet égard? Hst.il psychologiquementetaini quel'intt'ret
soit le seul élément primordial dans l'âme humaine, et par
conséquent dans la société? Si large que soit le rôle qu'il
faut lui attribuer dans l'association, il semble bien, eu tout
<43 t/AXx~it sumoLOM~fR. tO&t.MOg

cas, impuissantà expliquerl'associationelle-même.Lebesoin


génésiquo.par exemple, et par ta peut être tous les seu.
timents altruistes dans leur germe, semblentd'une impor.
tance aussi primitiveet aussi grande, et imposentpeut-être
des conditionsaussi inéluctablesaux tormes constitutives
de tafamitteoude l'associationhumaine.Et.si les possédants
peuventse servirde la moraleet de ht religion pour asseoir
ou maintenirleur domination,n'est-cepas qu'ils toutservirà
leur profitdesinstinctsou des sentimentsde l'âme humaine
qu'Us necréentpas? Si ces sentimentssont assez forts pour
tromperles déshéritessur leur véritable intérêt et y substi-
tuer des intérêts imaginaires,commentexpliquer qu'ils ne
puissentpas agir autrement encore,et indépendammentdu
facteuréconomique? – !t sembledonc bien, en somme,que
AI. L. doive accepter comme données, inexpliquées par
l'action économiqueet par ta lutte des classes, des tendances
morateset descroyancesreligieuseset l'existenced'un pou-
voir quieommande,réglementeet légifère.Aussine repond-il
rien de décisif&M.Tarde, pourqui la propriété, loindecréer
la puissancepolitique, )a suppose,car ce n'est qu'autant et
parce qu'ils ont la puissanceque certains hommespeuvent
s'approprier la terre et en exclureles autres. M. L. réplique
que l'Étatproprementdit, avecsesorganesessentiels,est tou-
jours postérieurà ta propriété mais ce n'est plus là qu'une
questiondemots si l'État proprerient dit est peut-êtreposte-
rieur à la propriété,il reste que les formesprimitiveset ins-
tinctivesdece qui sera l'État – à savoirla puissanceacceptée
d'un oude plusieurs individussur leurs semblabless'expri-
mant par desordres et des règlesédictés par les uns et obéis
par les autres, semblentantérieuresà la propriété, et, loin
d'en dériver,la fondent.
tt resteraità signalerce qu'il subsiste d'équivoqueou de
confusdansla conceptionque M. L. se fait des lois écoao'
miquesousociales;tantôtellessemblentconçuescommeagis-
sant d'une manière immanenteet inconsciente, inaperçue
de ceux mêmesqu'elles dirigent,et tantôt, surtoutlorsqu'il
s'agit des travailleursimproductifs,elles paraissentleur pro-
poser des fins conscientes,et agirpar l'intermédiairede cal-
culs d'intérêtsindividuetsoucottectifs.– En somme, t'tenvre,
intéressanteet fécondeet l'apport sociologiquetrès réel de
M. L.doiventêtre,semble-t-il,réduitsà desproportionsmoins
ambitieusesque cellesqu'ils prennentdans sespropresécrits
ASAt.Y~. – ftHLOiQt'Hf); SOCfALE, Ttt~M))!j OËXÉXA).~ t43

au lieu d'une théorieintégraleet suffisantede la constitution


sociale, i! nous o)I)'e,et cela doit suffire, une contribution
précieuseà l'étude du facteur econoMiquoet de ses contre-
coupssur tous les autres céments de l'évolutionsocisie.
!). P.
LtNDNHR.– GeschichtaphUosophie. Binteittm~zu einor
Weltgesohiehte seit der Voetkerwanderun~ ~'A<7o.M-
~«'C </<* <'A~fo<rf.
~0(<«f<<OM (} t««' A~fo~-e
«Mt't-fMC~c
«
t'a)-<«' (~ «H'~too~. Stuttgart, Cotta'scheBuchhaudtuuK
Nachfo)ger,)90t.
M. L. qui, en histoire, ne considère les recherchesde
détails que comme un moyende se faire une idée de l'en-
semble. veut, dans cette préface, ramenerle développement
do l'histoire à quetques principes universels.Il
analyseles
principauxconceptshistoriques (peuple,nation, race, État,
iudividHfttisme) et dit quel en est d'après lui le sens et le
rapport.L'histoiresedévelopped'une fa'joncontinue,elle est
une, de sorte qu'on ne peut y distinguer des périodes,si ce
n'est par abstraction(p. 20~. et le devenir est à la fois
per.
sistance (Behan'uug)et transformation (Veritnderung).Les
seuls facteurs du devenir dont l'histoire ait à tenir
sont des facteurs sociaux; M. L. montre la part des compte
princi-
pauxd'entre eux la collectivité,les individus(it attribueaux
grands hommesun rote consIderaMe~, t'activiteéconomique,
la religion, la science.Il ne croit pas d'ailleurs
qu'il y ait de
lois nécessairesdu développementhistorique l'on ne
peut
prévoir ni prévenir les événements; et cela non seulement
par suite de ta complexitédes.causes, mais parcequ'en tus.
toire tes causes ne sont nullement nécessitantes(p. ~83.,et
qu'il y a (tesévenementsdusau hasard (p. ~:9).Celan'empêche
pas,d'ailleurs,l'historiende chercherquellessont cescauses.
A. A.
A. GROPPAL!.– Sociologie,e Fsicologta..
Verone-Padoue.
Urucker. M03,20Sp. in-8".
H a été rendu comptedéjà de la plus
importantede ces
études, consacréeit /<t~o < « ses ~or/M socto~~M~.
Hans la seconde, l'auteur recherchet'état actuelde la «
psy.
chotogiecettutaircH,pour montrer quela nature consciente
et déjàpsychologiquede la cellulen'est rien moins
qu'établie,
144 L'AtXËË iiOCtttt.UUtWt!.
tMt.tifOS

et que, par suite, toute assimilation de et de lit


société manque de fondement. -– Un troisième article est
consacré Ala psychologie sociale et à ta psychologie collec-
tive après un historique de la question, M. G. combat les
doctrines de Pasquate Hussi tV..t«M~ Socto~ t9f)t, p. ~)
et t90: p. t57~. tt conclut eu définissant lu psychologie
sociale comme l'étude du « mécanisme ou de in technique
interne des processus sociopsychiques stables et organisés;
et la psychologie collective comme i'étude des phénomènes
sociopsychiques qui apparaissent dans les agrégats inorga-
niques accidentels et itétéro~èues – Un aperçu sur « l'état
actuel des études sociologiques H termine le votume. – Dans
tous ces écrits, M. G. expose la conception de ta sociologie
comme une sorte de phitosophie particulière, destinée a
coordonner et a unifier tes résultats les plus généraux des.
diverses sciences sociales il y donne son adhésion a un
« matérialisme historique Matténue et éclectique.

A. CHOPPAL!. – Leztoni di Sociologie. Turin, Bocca,


m(M, p. in-8".
Ces leçons, professées à i'Unh'ersit6 poputaire de Mitan,
en t!)00-t90t, sont destinées à faire connaître à un publie
non initié les problèmes et les résultats de la sociologie
contemporaine elles présentent les quatités les plus pré-
cieuses pour l'auditoire auquel ettes s'adressent la clarté,
ta netteté des exposés, ia simplicité des conclusions; mais
l'on peut trouver que l'auteur insiste trop sur les questions
débattues relatives à la méthode, a la valeur de la sociolo-
gie, etc., taudis qu'it est un peu sommnire en ce qui touche
les idées actuelles sur i'évotution religieuse et morale, selon-
tifique et artistique il se contente, eu somme, de résumer
sur ces points les indications données par M. Hibot dans sa
/~c/M~«'~M i!ff!<~t<'Ht.<.Le livre est néanmoins bien htit
et utile. It se divise en 9 chap. La sociologie. Les origines
de la société et de ta famille. – Le problème de la causa)ité
et de la sériation des phénomènes sociaux. Origine et cvo-
lution sociale du phénomène économique. – Du phénomène
juridique. – Du phénomène politique. Du pheuoméoo
moral et religieux. – Des phénomènes artistique et scienti-
fique. Les tois et les prévisions des phénomènes sociaux.
!). P.
ASAMSM. – pmMBOt'tttE SOCtÂLE, Dt~m)! e~S)!HA).8:t ~5

Annales de l'Institut international de Sociologie, pu-


bliéessous ta direction de M. RHSË WonM~t. YItt. Paris,
Giardet Briere,tHO~.
Cevolumecontientle compte rendudu 4' congrèsde l'Ins-
titut internationalde sociologie,qui a discutéla questiondu
jMft~nf<<fM)cAt~or~Kf.
Le mémoireie plus étendu est celuideM.KeitÈs-Krau!qui
exposeie matérialismehistorique, en résumant sur ce point
non seulementMarx et Engets, mais aussi leurs disciples,
Kautsky, Ptetthanoff,Labriota, et mêmeceux qui, sansêtre
marxistes,ont fortementsubi l'influencede Marx commede
Oreef.
Dix-huitmembresdu congrèsont pris part à la discussion
ou ont fait parvenir des mémoirespostérieurementau con-
grès. Cesont MM.Novicow,Loria, Kovatewshy,do la Gras-
série, Coste, Abrikossof,Tüuuies, de Greet, Lester Ward,
Limousin, Groppali,Puglia, de Robert)',Worms, Fouiiiee,
Tarde,Sanz y Escartin, Wiuarski.
Maistous ces travaux, où ne sont exposéesd'ailleurs que
des idéestrès générales, ne constituentpoint uneétude vrai-
ment scientifiqueet positive de ia doctrineen question.La
plupart des auteurs exposent leur propre conceptionsur
l'importancedu facteur économiquedans i'evoiutionsoeiaie,
pour montrer ainsi en quoi la doctrinede Marxdiffèrede la
leur et lui ressemble; quelquesuns même commeMM.de
Creef,de Roberty,Loria, Winarski, renvoientfréquemment,
pour tes faits, à leurs propres ouvrages.M. de Keiies-Krauz,
dans sa réplique, reproche à ses contradicteursbeaucoupde
malentendusprovenant d'une connaissanceimparfaitedela
penséemarxiste. Bref, si t'expose de M.de Keties-Krauzest
exact et objectif,la discussion est restéetoujours généraleet
dialectique.
A. A.
A.YIËHKAKDT. Natur und Kuttur in sozialem Indi-
'vtduum. nfr<<«~'M<u'<~ «'(Mt'Mc/M/~c/x' PAt<ompA<e
«~~oc<o~<c,~02,p.36t.
L'auteurchercheà dennir los deux conceptsde nature et
de civilisation.La civilisationest le produit de la vie collec-
tive la nature, c'est tout ce qui existeindépendammentde
la société.Munide cette définition,it essaiede faire la part
E.ttr)tM)!)w.–AntMes'f<-tt))..<M)-)9M. ~0
i40 L'AXt~Ë SCCtOf.omQCE.
i90t.t903

de ce qui revient a la nature et de ce qui revient&la civilisa-


tion duos le contenu de la conscience enfin, H énumère
les différentessciencesde l'hommequi lui paraissentconsti-
tuer des sciences de la nature; ce sout la psychologie,lu
le Folklore(!'oc<A'<tU)(<<'),
!'of~<')'<~f/tf)h~t< et une science,
au domaineassez indéterminé, qui traiterait des conditions
les plus généralesde la civilisation. L'indéterminationde
cette notion,la pince surprenante faite a des sciencesaussi
évidemmentsociales que le ~~<on' et la !'o<'</«'<My<Ao~«'
montrentassex que la distinctionreste incertaine.D'ailleurs,
elle ne peut être faite dialectiquementet a p/'<o<-<,
à moinsde
s'en tenir à une proposition très généralecommecelle dont
part fauteur. Mais quant à la manièredont elle s'applique
au détail des faits c'est ce qu'on ne peut savoirf</))'<o<'<.
On
ne trouvele simple tc'est-à-direl'individuel)que parune ana-
lyse progressive du complexe(c'est-à-diredu social).
E. D.
S. R. STEtNMETZ. Der erbliche Ra.ssea. und Volksoh~-
rttkter. – )'<'<p</«/)~M<<n/t ~< K'fH~c/<N/if<fc/ff~</o.!o-
phie «M<< t90~,p. 77-t~6.
.SofM/o~t't',
L'auteurse borne à discuter un certain nombrede théories
sur 1 héréditédes caractèresethniqueset descaractèresnatio-
naux, sans conclure d'une manièretrès positive.ii montre
que, surtout pour ce qui concerneles seconds,la question
n'est pas résolue et pose quelques règles de méthodequi,
suivant lui, en hâteraient )a solution.Lesquelquespagesde
notre .SMt'c~où cette question est touchéesont, cheminfai-
sant, discutéespar l'auteur. Nouscraignonsqu'il ne nousait
lu un peu rapidement. Hnous prête ~p.M),comme« extraor-
dinaire ~),fopinion d'aprèslaquellel'espècese définirait,non
par les ressemblances,mais par la communautéd'origine,
l'unité de descendance.La définitionn'est pas de nous, mais
de Quatretages,et nous l'avionsdonnéecommetelle.tt nous
impute cette autre théorie que finttuence de t'hcredité ne
peut être considéréecommectabUeque là où ellese présente
en qualité de facteur unique des phénomènesexpliques.
Nousn'avonsjamais tenu ce lan~e ni eu cettepensée.Nous
avons seulement constate que t iuHuoncede la confession
religieuse, de l'état civil sur le suicideétait manifesteà tra-
vers les chiffres de la statistique, et qu'il n'en était pas do
mêmede l'influencede la race. Nousn'avonsjamaisniéqu'un
AXA~'OK.– t'Htf.<M"P"'E 'tt~E~
:!Ot:tA).K, t.H~tt.U.fMi47
au suicide, était
tempérament nevropathique, prédisposant
transmissible ttercditairement; mais nous avo):s essayé de
n'ufteetaii, pas d'une
prouver que cet état psyc)topat)(ique
manière marquée le taux sociitt des suicides. Nous ne rele-
vous ces errettrs d'intcrprctation que pour ne pas paraitre y
acquiescer par notre silence.
E. D.

WALLIS ~Lono. – The e~pitaUaa-tion of social develop.


ment..tM<'m'«M /otu'HQ<n/<:of<o~j/, Vot. \')t, n" < p. 'm3-
IHC.
La thèse dcvetoppce peut s'énoncer ainsi t'6vo)ution sociale
s'est principalement acconpiiegracea raccmnutation progres-
sive, sous forme de capital, des produits du travail fouruipar
la classe inférieure et a jeurappropriation par unectasse supé-
rieure, relativement peu nombreuse, et « dont les origines
sont contemporaines de t'ot-i~iue mémo dessoci<'tMS fp. 7C8).
L'auteur vérifie cette proposition par une revue sommaire
des peuples anciens et modernes. L'articte se termine par des
conetusions pratiques dans tesqueUes M. Wa))is dectare se
rallier en principe aux théories de Henry Ceorge.
E.D.

L.GUAtPLO~'iCZ. – Una. legge sociologtca, della storia.


Ht'u~fft~«<-di Sociol., Anno V, Fasc. 4, p. 434.44S.
Cette toi est formulée ainsi par j'auteur: « Toutpouvoircen-
tral tend à se subordonner les autres pouvoirs, et, dans la
lutte de ces pouvoirs eu vue de la domination suprême, celui-
là s'élève au-dessus de tous les autres qui est le mieux doué
dans la lutte pourt'existenee. Laproposition ne paraitra pas
Lien neuve. Ce qui en fait, sans doute, t intérêt dans la pensée
de l'auteur, c'est qu'elle illustre sa théorie générale d'après
de con-
taquette les grands systèmes sociaux sont le produit
Hits entre des forces sociales hétérogènes et antagonistes.
E. D.

G. SEML – L'evoluzione In biotogia. e nell' uomo.


/<<rM(titaliana </<ffo~t«, AnnoV, Fasc. 4, p. 413-433.

Article d'une extrême généralité. Suivantt'autcur, la société


a sonorigine dans la constitution anthropologique de l'homme.
Ses racines sont l'instinct sexuel et l'attrait qu'éprouvent les
)!S <tiS<)Cf')LOt!)Q~.ta))t-t9M

uns pour tes autresles membresd'une mémoespèce.Aussi,


à l'origine, ne s'titend-ettepas au delà de petits groupes
familiaux. Maisceux-cis'unissent,f'ormeutdesgroupesptus
étendusqui fusionnentù leur toureutre eux. Ainsiprennent
naissanceles grandescommunautéshumaines.Maisce mou-
vemeut de concentrationet de tusioune peut se poursuivre
indéfiniment car il y a entre les hommes des différences
anthropologiquesqui ne peuventêtre effacéeset qui résistent
il toute concentrationartifieieHe.L'avenirest donca un sys-
tème federatif qui unira les différentescollectivitésen lais-
sant à chacunesou individu!)!ite,dansla mesureoft celle-ci
est fondée dans )a nature orgauicopsychiquedesraces.Mais
cette fedét'atioune pourra comprendreque les sociétéssupé-
rieures, seules capablesde s'éleverà cette haute conception
du progrès. Autrementdit, si nous comprenonsbien fauteur,
l'Europe et t'Anteriquesont appeléesà former un vaste Ktat
téderatit. devantlerlueldispa.'a)trapeuil peu ta partie in!c.
rieure de t'humanHé. Quelécart entre de telles auticip:).
tions de l'expérienceet les donnéespositivesdout nous dis-
posons.
E D.
StMO~S(S.\H.u) E.). SocialMsimUation.?7tfnmM')t-f<H JoMM~~
o/ ~'octo/f~.Vot.MU n"t, p.S~K n'2.p. :!3t-2!8n"3,p. 38C-
40t n'~t, p. S3U-
C. BOt'GLH.– Notesur laDif~renciattonet le Progrès. /~('Mc
avri)<9t)2.
</f~)~/)~c/<t'.<<(M'~Mf,

Ht. L.\MHKT.U.tT):
nHSCt<OH').:S
KTL~t-OOLOU)):
COL~ECTtVE
F;
t'at-MM.
C.H.~
un!.):.t)rttt:)fttM.
M.MACSs.
t).t'.tMb)
et )'.FAt.coxx~T

P. ORANO.– Psicologl&sociale. Bari,Laterza,tM2.3S3p.


Recueild'articles ou d'essaisde caractère tout littéraire.
Lesthèsessocioiogiques quiy sontdéveloppéesouaffirmées,
plutôtqu'établies,sontles suivantes: n n'y adepsycho!ogie
vraiment scientifiqueet positiveque celle qui se fonde,non
surla biologie,maissur la sociologie,celle qui n'est qu'une
psychologiesociale l'hommeisolén'est qu'un animalet n'a
que des fonctionsphysiologiques,il n'a une vie psycholo-
giquequ'en tantqu'ii a uneviesociale.D'autre part, il n'y a
.~f.V;<tM.– DM RKM't'M.ETf.
LA MEXTAt.tT'5 <tC

de doctrinesociologiquevraiment explicativeque cellequi


chercheles raisons des phénomènessociauxdans les condi-
tionséconomiques. Lematérialismehistoriqueest vrai.Enfin,
trois idéessurtout peuventservir à caractérisersocialement
et psychologiquement aussi bien les individusque les peuples
oules partis: ce sont les idéesdu passe, du présent et du
futur.Laprédominancede l'idée du passe et des sentiments
qu'elledéveloppe,regrets, pessimisme,etc., aboutit à l'inac-
tion sociale; l'habitudedo vivre dans le futur fait les uto-
pistes inutiles; le sentimentexclusif du présent définit les
utilitaireshomes les hommes supérieurset vraimentutiles
sontceuxen qui ces trois idées s'équilibrent harmonieuse-
ment, sousla nécessaireet juste suprématiedu sentimentdu
t,
présent.
I). P.
i'. MSSL – 1 suggestionatori e la folla.(~ HtMfM~ et
/o(t~. Turin,Bocca,t902, Xt!80 p. in-t3.
Lesauteursqui ont traitédela « psychologiedesfoules ont
seulementsiguaic t'iuHueMcodes M~«w. et indique trop
brièvementde quelles conditions elle dépend. M. Rossi
reprend la psychologiedes meneurs qu'il avait seulement
euteurce dans ses précédents ouvrages. H distingue les
meneursimmédiatsqui agissent directement,physiquement,
sur la fouleassemblée(acteurs, musiciens,orateurs, mysti-
ques, meueursguerriers et criminels, etc.) et les meneurs
médiats dont l'action s'exerce indirectementsur la foule
dispersée,parl'intermédiairedu livre,par exemple.Danstes
deuxcas, l'actiondu meneur consistedans une suggestion
la fortepersonnatitedumeneurimposca ia fouteamorphedes
manièresdéterminéesdo sentir et de croire. Despropriétés
caractéristiquesdu meneur que signale M. Hossi, la plus
intéressanterelever est cequ'ii appei)ciaM<M~HtM)~ c'est.
à-direl'aptitudeà passer rapidementd'unétat anectifintense,
)i6 à un systèmed'images, à un autre état, lié à un autre
système.Cetteaptitude serait due notammentau développe-
mentde la mémoireémotionnelle,Les meneurs immédiats
agiraientsur ia fouleplutôt par leur sitniiarité, les meneurs
médiatspar leur contraste. Les remarquesintéressantes
ne manquentpas dans ce petit livre (par exemple, sur la
nature du prestigedes grands capitaines,sur les meneurs
e nfants) maislesdéfautsdes précédentsouvragesdeM.Rossi
HO SuCtOLUtUt~K.tMt-tfM
L'AXX~K

saut encoreplus fortementaccusés dans celui-ci. Nous rert-


voyousaux analysesqui eu ont été données dans l'.tMtt~'
.Soc<o<o~«<'et aux observationscritiques que nous avons
présentéessur la sciencedite « psychologiecollective (t. IV,
p. t3t sqq.V., p. t57 sqq.).
P.F.
C. LETOUH~ËAt'.– La payohotogie ethnique. Paris.
Sctdeicher.H)0t,VlH-~t p.. in.K!.
Chosecurieuse,les livresde M.Letourneau marquent tous
la mêmedate dausl'histoirede la science. La sociologieresta
toujourspourlui une subdivisiond'une anthropologietoute
philosophiqueet toute de vulgarisation. Co dernier volume,
une sortede testament(cf. p. Vttt, a précisémenttous les ca-
ractèresdes travauxantérieurs d'uu nomme qui fut, même
pour sa modestepart, un initiateur. « Il sert de lien à ses
atnesu.L'auteur,qui avait successivementétudié « les grands
côtesdel'activitésociateM,s'était fixépour but de synthétiser
les résdtats obtenus.A ta lumière des recherches compara-
tives,« endécelantles mobilesdominants « en mesurant le
degré de dévefoppementmoral ou intellectuel de chaque
peuple il s'est proposéde les ranger suivant une hiérarchie
psychique,et de donner ainsi une idée approximativede
l'évolutionmentaledans le genre humain tout entier.
Leprinciped'une pareille recherche et même la méthode
qu'asuivieM.Letourneaun'ontcertes rien qui nous offusque.
Même,l'idée fondameututenous parait assez juste. C'est en
eftetàt'aidede bonuesmonographiesde chaque grande insti-
tution socialequ'on pourra tracer les ligues de développe-
mentde cesinstitutions.Uelionnes études sur le sacrifice,la
prière, les mythessont les conditions d'une théorie générale
des religions.De bons manuels de sociologiereligieuse, de
sociologieéconomique,technologiquesont, enfin, la condi-
tiond'une sociologiegénérale. En particulier, c'est quand on
aura bien classé tous les types d'industrie, d'organisation
sociale,d'habitats,de moralité, etc., que l'on pourra nette-
ment voircommenttes mélangesdes divers types donnent le
caractèrede chaquegroupe social, aux divers momentsde
son existence,et que l'on pourra ainsi constituer cette partie
de la sociologiegénéraleque nous appelons ici d'ordinaire
t'ethotogiecottective.
Mais,en réalité,M.Letourneaua compliquéle problème,et
AKAmtM. – t.A MKXTAUT~OË.~ UtMUpE~ HTC..i5t
_a 'II _II
a manquéà le résoudre.Il a introduit,soustu notionde peu-
ples, celle de races,etatenteuuepsyehotogie<'ethnique)),
et non plus une psychologiedu caractëre des différentspeu-
pies H a substitué ainsi une notion coutusoù une notion
claire; et il a ilui naturellementpar parler de chosesinexis-
tuntes, car il n'y a pas une psychologiede l'Australleu,du
Polynésien,du perisinique~'), du Mutais,du Peau-Rouge.Il
y a une masse plus ou moins considérablede sociétésqui
sont dites, sans trop de preuves.être de menterace<:)insiles
sociétés Hindouesqui sont, eu réaiité, le produit d'amal-
gamesénormes),et que notre ignorancenous pousseà ras-
sembleren un tout uniquequ'elle ne forment peut-êtrepas.
La faiblessedes généralisationshistoriquesde M.Letour-
neau est assez connue,et nous préféronsjeter une sorte de
voilesur tous les chapitres qui traitent de la mentalitésémi-
tique, de la mentalité romaine, hettéuique, et eufiamédié-
vale.
Unappendicecontientle tableaude l'évolutiondu langage
et de cellede l'industrie. Cesont des résumésclairs, partiels,
et incompletsnaturellement;maisils ont le méritede corn*
homme
pléterl'ensembledesrechercheseacyctopédiquesd'un
M. M.
qui, après tout, eut son heurescientifique.

ROBERTIS RESTA DE).– La patoologta.coltettiva della


BOMia..J«o.<ta<.< .Soc<o< AnnoV, Fasc.5-6.p. 105.730.
P. ROMAXO.– La peda-gogia.neHe Sue relaziont con la
sociologia. ~<p.!fa<.di Sociol.,AnnoV, Fasc. 4, p. 44C-
462.
Nousrapprochonsces deux articlesparce qu'ils sontdomi.
nés par cette même idée que l'éducationest chosesociale.
Mais elle est exprimée assez dinéremmeut par les deux
auteurs. Pour M. Romano, l'éducationest l'ensembledes
de t'h!s.
moyenspar lesquels se réalise, a chaque moment
toire, l'ideai social; la pédagogieserait unesciencesocialeen
ce sens qu'elle aurait pour objet de déterminerles moyens.
Ceseraitune sciencenormativequi enseigneraitia manièrede
mettrela conscienceen mouvementdans le sens marquépar
la sociologiethéorique. Pour M. Kobertis, l'éducation est
chosesociale en un autre sens; c'est que l'écoleest une col.
lectivitéoù s'entre-croisenttoutes sortes d'innuencescolloc-
tives.L'auteur essaie de classer les principales de ces in-
tS2 L'AXXËE St)CtOLCC«)CE. [90t.t902

ttuenees la nationalité,!a nature dela culture qui y est don.


née(littéraire ou scientifiqueou technique~;les courants pé-
dagogiques'tes méthodes employées,méthode intuitive ou
discursive,etc.); lu nature mêmedu groupe scolaire, desélé-
mentsqui y entrent et des actionset réactionsqui s'échan-
gent entre eux; la situation topographique (selon que la
classeest urbaine, rurale, etc. les couchessocialesoù elle
se recrute; la manièredont les classesscolairesse succ&deut.
L'écoleest ainsi le théâtre d'une viesociale~t«~«'~ qu'il
y a lieu d'étudier c'est l'objet do la )Mj~«)<o;jt«'
<'o«<'<'(<ce
(le
l'école,sciencequi est à faire et dont l'auteur montre, eu ter'
minant,l'utilité pratique.
E. D.
E.BOUTMY. – Eléments d'une Psychologie politique du
Peuple a.mérioa.in(La ~'«<<oM La 2'«<«e L'J?(«t
La /<~<OM).Paris, Armand Colin,tSO~,366 p.
Cette«Psychologiedu Peupleaméricainne serapas moins
utileauxsociologuesque la « Psychologiedu PeupleAnglaisu
que nous analysions l'an dernier ici même. A vrai dire. le
nouveaulivre est moins richement nourri, et moins solide.
ment charpentéque l'autre. Maisdu moins, dansces « Elé-
ments» l'auteur fait le mêmeeubrt pour mettreau jour les
causes sous-jacentesdes grands mouvements historiques
tout en utilisant, plus que Tocqueville,les faits particuliers
pour ses descriptions, il cherche dans ses explications, à
« partir de plus bas que Bryce(p. Vttt, 28;.
Par quels caractèresse distinguent doue les idées améri-
cainesde la patrie, de l'État, de la religion'?
Le patriotismedes Ltats-Unisest un sentiment plus utili-
taire que mystique, qui s'appuie sur l'individualisme,bien
loinde le contrarier. Il est tourné vers l'avenir bien plutôt
que versle passe. Ce que le citoyenaime ici dans sa patrie,
c'est le champqu'elle a ouvert et qu'elle ouvre encoreit son
énergieaudacieuse.Il sait gré à cette société neuve de lui
permettrede déployerjoyeusementses forces pour l'exploita-
tion de la nature, et pour l'enseignemeut de l'univers. C'est
danséessentimentsd'exaltation orgueilleusequ'il puisel'idée
d'unemission propreà sa nation <p.86-104).
Quantà l'État, le citoyen parait manquer de respect et de
confianceà son égard. Ou dirait que tout est calculé, dans la
constitutiondes États-Unis, pour neutraliser les forces du
AXAU~EJ.– PH" UHOCftM,KTC.
LAMEXTAt.!TK OX

gouvernement,pour les condamnera l'impuissanceou a l'in-


euhérence(p. ~m, ~). Et tes gouvernésse rendent Lieu
compte,suus doute, des incouvéuieutsde cette organisation,
mais ils paraissent croire qu'Us ont mieuxil faire que do
perdre leur temps à y remédier; ils eu prennent leur parti
avec une aisancequi nousétonne.
La vitalitédu sentimentreligieuxaux États-Unisn'étonne-
rait pas moins sans doutebeaucoupde démocrateseuropéens.
Maisil est à remarquer que le senthneutreligieux, ici, ne pa-
rait pas s'attacher uu dogme, ni se tancer daus les rêveries
mystiques. Le clergé,quiest loin d'ailleursd'avoir le prestige
de nosclergésoccidentaux,y est occupésurtoutde « deraidit'M
et de « desassotnbt'ir la théologie,d'eu laisser tomber ce qui
est « iatprechabie » pour en retenir ce qui pousse à l'action.
La religion est ici en un mot essentieilenieutéthique et pra-
tique (p. 300.3t~.
Comments'expliquent ces caractères?Il tant, si l'ou veut
les comprendre, ue jamais oublier ni les origines des États-
Unis,ni le milieu où leur activités'est déployée.
La persistance du sentiment religieux s'explique sans
doute, en partie, par la survivancede t'etat d'âme des puri-
tains qui furent les premierscotous(p. ~5). Maissi ce senti-
ment n pris la direction que t'en a constatée,cela tient au
genre de vie que ta miseen valeurde leur immenseterritoire
impose aux descendants des premiers immigrants ou aux
immigrants nouveaux. Dans ce monde actif et mobile, ta
science,l'art, la philosophien'ont pas eu le temps de prendre
racine (tig. 290).La religionne rencontredonc aucune puis-
sance pour lui servir de contrepoids,ou de succédané. C'est
pourquoi elle se développelibrement,eu se pliant seulement
aux besoins propres de cette sociéténouvelle, de pionniers
et d hommesd'atïah'es.
La mêmesituation explique la placeet le r~le de t'Htat. H
apparaît ici comme une créationconsciente des individus,
bien loind'être commeune Providencequi les précède et les
protège.Leurlibertéetleur égalité,bienloind'être sesfcuvres,
sont antérieures à sa naissance.Il n'a pas eu non plus à les
défendredes ennemisextérieurstoujoursmenaçants, a recou-
quérir perpétuellementleur sécurité.LesHtats-Uoisont pris
d'embléela forme industrielle,sans passéepar la formemili-
taire (p. i~. Ils constituentessentiellementune sociétééco-
nomique(p. HO).Il n'estdonc pas étonnantque leurs mem-
m L'AXXKK i.oCftH.tMtuCK. t9ttt-t9M

bres. occupa a « courir leur chance» dans le territoire illi.


imitéqui s'ouvrait devant leur activité,se soientmontréspeu
désireux de voir t't~tatintervenirdans leurs rapports, et peu
soucieux, a vrai dire. des défauts de l'organisationpropre.
ment politique. C'est qu'ils out d'autres choseseu téte;e'est
qu'ils escomptent d'autres (urées; c'est que, en vertu même
des habitudes que le milieu leur impose,« l'ordre teurplatt
moinsque la vie (p.
C'estencore par ia nature de ce milieu que s'expliquent
les citractt'respropre:!de leur patriotisme.S'it revêtrarement
la formemystique il laquelle les Occidentauxsont habitues,
c'est qu'il manque en etM de recul .p. M. Les Américains
t)e peuvent aimer leur nation commeon aime uue aïeule
veucruLie,puisqu'ils la voientse formersousleurs yeux,et,
pour ainsi dire, la façonnent eux-mêmesde leurs mains.
Ce n'est que petit a petit, rapprocheschaquejour davantage
et serrés les uns contre les autres, qu'ilsacquièreutune véri-
table consciencecollective.Leur imaginationdemandealors
ù t'avenir les perspectivesque le passé leur refuse. Hxcitée
par l'action même elle magnifiet'ouvre d'exploitation de
la nature à laquelle chacund'euxest fierde collaborerlibre-
ment.
– Cesec résumene peut donner l'idéede la richesseet de
la profondeurdes analyses que M.Boutmydéveloppe,avecle
styie que l'on sait, à la foissentencieuxet image,classiqueet
pittoresque. Mais ce qu'il nous importede noter ici, c'est la
grande place qui revient, parmi ces considérations,à ce que
nousappelonsla « morp)tologiesocia!e~. A plusieursreprises,
M. Boutmyinsiste sur les conséquences,non seulementéco-
nomiques, mais morales, de l'accroissementdu volume, de
la densité, de la mobilité sociales(p. 30-M).It montre par
exempleque, sauf exceptionsexplicables, l'expérience
témoigned'un lien effectifet d'une loi de progressionconcor-
dante entre la densité de la populationet la vigueurdu senti.
ment national » (p. 49, en noter. Il remarque encorecom-
ment la disséminationde la populationpeutnuireà l'intensité
de la vie spirituelle (p. ~79).C'estenfinà la transformation
des conditionsdémographiquesqu'il rattacheles transforma-
tions récentes de la psychologiedu peupleaméricain (p. 8,
tX). Toutes remarquesqui tendent a prouverla féconditéde
la thèse que nous soutenons lorsque nous répétonsqu'on
peut trouver, dans les variationsde ta formemêmedessocié-
AS.U.ÏStM. – CH'tUAAÏ~X EX GKXHUJU. iM

tés, quelques-unesdes causes, – et non des moins impor-


tantes, -de leurs mouvementsinternes.
C.B.
P. LAPIE.– Ethotogte politique V<<'r«c ~c.Uff«~<t<f <~
~«fc, juillet t'
L'auteurmontre,en analysant les études de MM.Fouillée
et Boutmyet en les rapprochant,de collesde Taine,qu'un
progrès a été réalisé pur l'éthologie politique dans le sens
sociotogique Ce n'est plus en generatistUttdes observations
d'individus, c'est en analysant les institutions d'un peuple,
produits sociauxdo sestendances collectives,qu'on cherche
&reconstituersoncaractère,qui s'expliquetui-tnctnenon par
une cause unique, mais par une convergenced'influences
multiples.
C. B.

)\ ClYu.tSA'HOK
):XGÉ~)!tt.\f.
KTTYPt:S))<:C)\'U.)SAT!OX
ParMM.Il.n'HEKTet P. t-n-coxxer

0. SCHRADER.– Rea.llexikon der Indogerma.ntsoheB


Altertumskande. Strasbourg.Trubner, t90i, XL-1048p.
in-8".
MUCH. Die Heimat der Indogermanen im Llchte
der 'Urgeschichtlichen Forachung. Bertin, Il. Coste-
noble, t902,3ttp.in-8'
Nous devons dire quelques mots très courts de ces deux
livres,l'un et l'autre très importants,qui ne nous intéressent
malheureusementici que par les principes de la méthode.
Tousdouxprétendentnous donnerun tableau, t'unde la civi-
lisation, l'autre de l'industriedes premiersaryens, le second
avec l'objet spécialde déterminer leur habitat primitit. La
méthodeconsisteà remonterde la langue ou de l'outillage &
ia race c'est celle que l'année derNierenous avons vu
M.Ridgewayappliquer&un sujet moins vaste. Etantdonné
qu'uneraceou,plus généralement,un groupe humainse dis-
tinguodes autres parlesparticularitésde sa vie,de sa tangue,
de ses instrumentsde travail, de ses armes, on poseen prin-
cipe la propositioninverse un groupe de particularitéslin-
guistiques, un bagagede racines communes,une série spé-
iM t~t-t'J02
L'.M~Ë SOC)')K<UtQUE.

ciale d'outils ou d'ornements suppose un groupe humain ou


une race. On s'aperçoit bien vite que ht proposition, sous cette
forme.abesoiu d'atténuation.
Voici le point de départ de M. Much Ce que les préhisto-
riens appellent t'Age néolithique est caractérise dans toute
l'Europe, mais aussi en dettors de l'Europe, saut certains
points comme eu Egypte, par l'apparition de nouveaux types
d'outils, grossiers, peu varies d'abord, et qui sont complète-
ment ditîerents, comme travail et comme principe, des outils
qu'emptoyaient, a t'epoque précédente, des populations plus.
civilisées qui semblent s'être brusquement ensauvagees ou
avoir disparu totalement. Ces uouveaux outils sont extreme-
meut nombreux dans les gigantesques umas de Kdcb)'t9 de
cuisine des cotes du Danemark. C'est également là qu'on
rencontre les formes les plus parfaites et les plus diiïeren-
ciees. Si l'on s'avancevers le Sud, l'Ouest ou t'Est, ils s'egre.
nent, deviennent plus grossiers et plus uniformes..M. Muclt
en couclut que le bauemark est le centre de dispersion de ces
outils qu'ils furent exploites par des bandes d'émigrants
marchant en éventai),renouvelant leur bagage en route, mais
sans le secours d'ouvriers spécialistes. L'usage de t'ambre, lu
spirale décorative se seraient répandus de la mëtne façon.
Ces envahisseurs, qui ont porte par toute l'Europe leurs
haches poHes, leurs colliers d'ambre et les poteries a spirales
ne peuvent être que les Aryens, puisque l'Europe entière est
aryenne c'est bien ainsi, si je ne me trompe, que raisonne
M. Much mais la conclusion cloche par ta faute des pré-
misses il a passé sur l'Europe d'autres grandes vagues de
peuples et de civilisation est'ce la vague du Danemark qui
a répandu les langues aryennes en même temps que les
haches po)ies' La question peut encore attendre sa réponse.
Hy a d'exceUeutespages de technologie dans les premiers cha-
pitres de M. Muet).Le reste donne l'impression d'être fait. à
coup d'opinions le chapitre sur les monuments mégali-
thiques et le chapitre d'anthropologie sont faibles.
Le lexique de M. Scbrader n'est pas tout à fait une nou-
veauté il codifie les travaux fort nombreux où l'on a tenté
de tirer de la comparaison des langues aryennes des notions
précises sur la civilisation des Aryens primitifs. L'hypothèse
sur iaquette sont bâtis ces travaux peut s'exprimer ainsi
les mots de même racine qui se retrouvent avec la même
signification dans toutes les branches de la famille portent
.\s.\).~K<.– cmu~'nox EX<i)!s~KAt. t57

témoignage(tesnotions,de l'organisationsociale, en un mot,


de tout ce qui constitueta civilisationdes ancêtrescommuns.
M. Schrader recounatt sans peine que l'applicationtrop
rigoureusedu principeconduirait&des conclusionsabsurdes.
Il prétend s'éctairer en tenantcomptedes résultats obtenus
par quelquesautres sciences,l'archéologiepréhistorique,le
droit comparé.l'ethnologiecomparée.Maisil tient à sauver
le principe. On a objecte(A'<'e<M'/tMW, A't'H~tt~ t'Mdie f.'c.
.wA«'A/<'</f~C~'('/««'A<')t (ju'ity avaitdeségalités,sem-
~))'«cA<')
bti)btesàce)!e!;qu'onexploite eufaveurd'un tronccommun,
qui étaient toutes récentes(ainsi~)p<~ ==T:~t~ ==p!'pc<'=
poivre),et que les anciennesdevaients'être produitesde la
mêmefaçon les mots ne seraientpas issusd'un mêmeterme
()<)'rf)'«-«H~), mais empruntés (tc/<)t!por<) en d'autres
termes, les motsauraient voyagéavecles notions,les usages
(/Mr«rM-c(/«. /<'rJ) et les objets;ce qui parait assezvraisem-
blable. M. Setn'aderne le nie pas, il veut bien que tous les
motssoient en )iu de comptedes MMt(ti< mais, pour lui,
tout est questionde date: il s'agit uniquementde savoir si
iagenerattsationde leur emploiremonteaux tempspréhisto-
riques. On objecte encoreque, par l'addition de ces termes
communs,il est impossiMede reconstituerune civilisation,
nisurtout JacivHisationd'une époquedetermtnee.M.Schra-
der ne s'y arrête pas, éblouiqu'il est par le grand nombrede
ces égalités préhistoriques,et il reconua!t volontiers que
!'agedes Aryensunis a pu durer de lougs siècleset leur civi-
Hsation présenter avant qu'ils se séparassent un grand
nombre d'aspects tout à fait différents. On en arriverait
insensiblementu considérercetL'<co<& commeun terme col-
tectif arbitrairement déuni et, en somme, comme quoique
chosede tout a fait schématique.Si, d'uu cote, l'ou admet
qu'une partie des motsde la languecommunesont emprun-
tés, avec les choses qu'ils représentent,aux voisins de )a
race,si, de l'autre, étant donné qu'un ou plusieurs termes
ont pu tomberet que des motsont changédo sens, on supplée
aux tacuHcset a ta variabilitédu langageà t'aidede t'arcbéo-
logieet de l'ethnographiecomparative, ne devons-nouspas
nous demander, à notre tour, ce que deviennentalors les
!odo-Ger<naius et tu fameusesoucheuryeune. H ne s'agit plus
toutsimplementque de préhistoire.
M.Schraderconsacreune bonnepartiede sa préfaceà taire
valoir l'utilité de ses recherchessur les antiquités indo-ger-
<58 L'XËH ~octuMfiWË. tMCt.tM:!

maniques. C'est parce qu'U met a notre portée, sous une


forme commode, ce que t'utude des mots peut nous apprendre
de l'histoire des notions et des représentations, que son travait
a pour nous une grande vuteur. H montre, pur exempte, que
l'idée de chasteté dérive de l'idée de pureté ritneite qu'être
libre, c'est être membre d'une tribu. A ces deux exemptes,
signaics dans )a préface, on peut en joindre une intinit''
d'autres Sacrifice, magie, etc. Il faut se garder seutement (te
passer trop brusquement des notions aux choses p:)r
exempte, de ce que l'idée des morts est associée a cette des
rites, it ne faut pas conclure, comme le fait l'auteur 'division
du temps sacrifice~que le culte des morts soit l'origine de
toute espèce de cuite.
Bien que M. Schrader prétende avoir eu souvent recours a
t'archeotogie préhistorique, la part qu'il lui a faite est très
(aibie. On trouve ';a et ia de bonnes indications, des réfé-
rences à des ouvrages sérieux, mais nul effort de coordina-
tion et d'interprétation, même tendancieuse des faits. Les
rites tuut'ruires n'ont pas t't~ considères commeun moyen de
classement ethnologique. Les instruments sont très mal par-
tages les arguments n tirer de la répartition des formes
manquent totalement
H. t{.
A. GALLO\VAY KELLER.–HomerieSoeiety: (!Mc<o(o~«-(d
~M~/ (/c~««/o~0<<f.w; Xew'York, Longntans.Green
et C \-tn-3Mp.
t90~,
Mettre un auteur en fiches à l'usage des sociologues et
classer les nettes sous un certain nombre de rubriques com-
modes est un travail touahte. sinon fructueux peut-être
pourrait-on dans ce cas simplement dire que l'ordre alpha-
bétique est toujours préférable, n'étant pas trop arbitraire.
et que d'ailleurs, s'il s'agit d'tfomere, nous sommes déjà très

< XoMavons t'e~'u'k notre <u))ufjuMteur. M.A. Meitk't,h nutc~ui.


vaut''
M.Sehtudarciiten fMn~'a)!m ''naritnt')': )'<?tatactueldes<;to')''< ff"
~ttes
tinf{uiiiti')M'i f~nttc~
qu'i)cit'' iont la
pottr )))Mj'<n't c')t'n:cte!t.
Xt~m*
tnoinit)''<fitutcAn'; miiti')uct)t
t)ai-etun t'~tnbi''n <)';
) ]!<))!t<reproduiro
sansverifit'ii.tion)f<n)ut!icit~. Il arrivea M. S<-))ra~'r d!; nupa-i tinf
f't t'~mh'!~pc';rt~inu-i
t'ot're~'tffftt'nt )im)!U' Il y auraitau.<ido ~rav'i
r<~e)'\e.<à faini sur nutnhred'<;tytn')t't);i<Mais -.0)~));b~n~iee'h; 0'
r~ervm. on peut utilier le Hvr';de ~t. Schm~er,fnntmMun re':))';i)
:tj:-Mft)n)pf~td)'s princi~ilux )t:iat)hit)'itrfh'?u'
t)~tMi{!M);<)tit))}ui::U'[u''i
togioindo-européenne.
– <:mU'<ATf"X
AX.U.Yi.tM. KX(j~ft~t. tM
bien munis. Le sous-titre nous apprend que l'auteur veut
nous donner davantage. C'est encore un type de travail
recommanduhip,mais ditucite à bien realiset'et qui exige
unegrande varier de conuaissancessérieuses,que d'étudier
un livre comme document sociologique et miroir d'une
cpoque; dansée cas. il me paratt indispensabiede tenir
comptede ia furmedu livre, qui, mêmeau pointde vuesocio-
logique, nous intéresse commeœuvre d'art, et aussi de la
compositiondttdit livre, de ia façon dont il s'est fo'tn' do
ses sources,etc. C'est précisémentce que ne (ait pas M. Kel-
ter.
Les premières lignes desa préfacenous mettenten défiance.
II part, dit-il, de deux hypothèses, la première e<-tque le
témoignaged'Homèresur i'agehomériqueestdirectet exact,
le second que ce témoignageporte sur une seule époque et,
dans l'ensemble,sur un seul peuple. Or c'est précisémentce
que la critique homérique, si simplement mise à la purto,
met en question. M. Gruppe,dans sa (~'t'cfhMf/tC .t~<«'
que nous verrons plus loin, attribue tant d'importancea la
fameuseéditionde Pisistratequ'il fait descendrepresquevers
S80ce qu'on peut appeler réellementla compositiondes poé-
sies homériques la durée de i'uge homériqueen serait sin-
gulièrement allongée. Quant à nous, nous pensonsque la
sociologien'a pas le droit d'être ignorante si elle passepar-
dessus le travail de la critique, qui après tout lui taille ses
matériaux, il faut qu'elle donneses raisons et que ces raisons
soientbonnes. La bibliographiene nous rassure pas. Elle
est courte, très lacunaire et mal choisie. Cependant, on
pourra relevereu et là quelquesbonnesformules~p. 167,sur
les objets religieux), lire avecprofit les quelquespagesrela-
tivesau sacrificeet les derniers chapitres sur la propriété, le
mariageet la famille. Maisc'esttout.
!LH.

it. HELMOLT. Weltgeachichte (/~<o«-<'xHtW~/e',


t. IV Die R&mdl&nderdes Mittelmeers. Leipziget
Vienne, BibliographischcsInstitut, 1900, x-S~4 p. gr.
in-8".
Xous avons déjà rendu compte (.ttUtA ~ocM~j~MC, t. IV,
p. 136sqq.) du premier volume de cette //M<o;re«M<c<T.t'«<
Nous avons alors exposé le plan général et les principes
tCO f/.tf~R soctOt.O'it~t'R. t9M-)90~

directeurs do t'feuvre.Xousregrettonsquetecadrede!
Mt'<o~«yt<f ne comporte pas un examen complet du dotait
de l'ouvrage qui est naturellementavant tout historiquei
nous ne sommesjuges quedudesseingénératetde la manière
dont Hest réalisé. Remarquoustout de suite qu'il est plus
anthropogéographiqueque sociologique les grands phéno-
mènesuniversels commele christianisme,qui marquent les
étapesde t'évotutiousociale,n'apparaissentpas ensériechro-
nologique,mais dans ordre géographiquede leur lieu d'ori-
gine. On aura beau dire, nous verronstu toujoursune fai-
blesse.
Ce nouveau volume est un bon exemplede la façondont
s'applique la méthode adoptée. Lebassinde la Méditerranée
a, au point de vue géographique,uue unité presqueparfaite
même climat, même régime de pluie, même végétation,
mômesconditionsd'existence,en somme,imposéesaux popu-
lations côtières.La montagneest prochede la côte,à part tes
grandes vallées ouvertes, commeceltesdu Rhône,du Nitet
du Pô.La vie se concentresur les premièrespentes; les !)es
sont nombreuses, les cotesdécoupées,il est possiblede faire
sur mer de longs trajets à petitesjournées. Lamer ne sépare
donc pas les peuples. Leurs histoiresse mêlentet leurscivili-
sations se pénètrent le monde méditerranéenforme uue
umté historique. L'applicationde la méthode est inatta
quabte. Les critiques que nous avonsà faire viennentde ce
qu'elle n'a pas été assez strictement suivie. Ainsi, bien que
l'éditeur s'en justifie dans sa préface, nous trouvonsque le
livre est naté par la préoccupationqu'on a eued'enfaire une
transition entre l'histoire de l'Asie et celle de l'Europe il
noussembleque l'histoirede la Mésopotamie manqueà l'his-
toire de la Méditerranée, bien que le Tigre et t'Euphratese
jettent dans le golfe Persique d'autre part, l'histoirede la
Franceappartienten partie à l'histoireméditerranéenne.Notre
principale critique en sommeest que le plan n'est pas assez
souple. La géographie n'imposait pas la division adoptée
{péninsulepar péninsule) et cette division convientmal à
l'histoire. A l'origine la Crète, la Morée,t'Itatie du sud et les
ites forment uu groupe qui n'a jamais été complètementdis-
socié par la suite les mers de l'Adriatique(ont également
une unité et ainsi de suite, it faudraitarrêter l'histoiredes
régionsgéographiquesau momentoù cettehistoirese mêlea
celle d'une autre formant avecelle une unité plus vaste.Par
AXAUf~.–Ch)).~A'r)Mti'<GËXt!h.U. tOt

exemple, l'histoire d'Alexandreappartient moinsà !'t)istoire


de la Macédoinequ'à celle du monde grec; l'histoire du
cttristianismeest moins unesuite decelle de la Judéequ'une
partie de l'histoiredu mondehettéuistique,et ainsi de suite.
Les quarante-quatre pages du début sont un tabtenu de
t'évotution générate des peuplesméditerranéens écrit par
Ed. Witczeket retravaitiéparl'éditeur il truite de la race,
des migrations, do la participationdes dinérents peuples à la
civilisationcommune. L'ethnologieet la préhistoire y sont
sacrifiées.Or, la race méditerranéenneparaît être une réatih'
et non pus, commete veut l'auteur, une expression conveu
tionnettequiengiobelesdiversesracessémitiques,tibyqueact
aryennesunies à leurs points de contact, ce qui ne veut pas
dire que cette race ne soit pas elle-mêmeun produit, d';
fusion on trouve de bonnesnoticesetbnotogtquesdans tes
chapitres écrits par Il. Schurtz (Afriquedu nord et Pénin-
sule pyrénéenne;.La préhistoirenous révèle par ses monu
ments mégalithiques, ses constructionsà coupoles, sa céra-
mique, une remarquable unitéde civilisationdepuis le fond
de la mer Noirejusqu'au détroitdeGibraltar. C'est une jus-
tificationduplan générât qui n'étaitpas inutile. Nousregret-
tons que la disposition de ce chapitre ne mette pas eo
lumièreuu fuit quinous paraitconsidérable,u savoir, la divi-
sion de la civilisation méditerranéenneen couchescontinues
et uniformes, s'étendantd'un bouta l'autre du bassin.
C'est précisémentce dont le livre de M. Bérard, que nous
analyseronsplus loin (p. 263),nous donne une image fort
heureuse. tt nous montre la Méditerranéeplus ou moins
complètementpossédéepar une suite de domiuations mari-
times, de thatassocraties, pour prendre le terme technique
des Grecs, thalassocratiesqui imposentsur toutes les rives,
langues, cultes, habitudescommerciales,mat'chandises.etc.
La meilleure preuve qu'il donne de la grande étendue de
ta colonisationphénicienne est la répétition constante do
phénomène.Il nous donne d'aitteursun tableau pittoresque
de l'organismede ces civilisationsmaritimes, très cosmopo-
lites, d'après les voyageurset les pirates du xvn'siecto.
H.tt.

– WeKgeaoMchte (~Mfo~eMH~). 1.
H F. HELMOLT.
t. VU L Europe occidentale,
1 ~;I et
1" partie. Leipzig
):.b'tt):ME))).–Ann'~s<j'-iu)..<Mt-)'~?. U
t<Mi L'ASXKt! ~Mt.tMi
SOCtOLOUt~t'Ë.

Institut, 1800,xtt-573p., grand


Vienne,Uibliographisches
in.8".

Le troisième volume,dans l'ordre d'apparition, forme le


tome Vit de l'ouvrage.Selonle programmeprimitif, il devait
contenir l'histoire modernede l'Europejusqu'à ia Ou du
\vm" siècle; le tomeYlll était réservéau X)\*siécie.A t'ex'
cutiou, cette division purementchronologiquea paru peu
scientifique.L'histoiremodernede Europe formeun tout
on y a distingué, par abstraction,de grandes sériesde phé-
nomènesqu'on étudie dans tout leur développement,sans
exclure les faits contemporains.Quelques-unesde ces séries
sont i:) matièredu présent volume;le tomeVU!est réservé
aux autres et formeraainsila secondepartie d'un ensemble.
L'expression Europe occidentale» est une notion histn-
t'ico-géographiqueméthodiquementconstituée.A partir du
xi"siècleenviron, l'Europeest en elletdevenueune unité, une
réalité commetelle, elle a une histoire. Préparéepar l'em-
pire carolingien,cette unité se manifestepour la première
fois par les Croisades.Désormaistous lesgrands événements
intéressenttoute l'Europe;elle formeun systèmede civilisa-
tion relativementclos,dans lequel circulentdes idéescom-
munes et apparaissentles tendancesde cette civilisationa
l'expansion actuelle.L'unité européennen'a pas pour base
géographiquet'Ëuropetout entière maisseulementt'Huropc
occidentale, limitée par une ligne qui laisse en dehors la
Russie, avecla Pologne,et la péninsuledes Baihans,avecla
Hongrie. Les peuplesqui habitent cette Europeparlent des
languesromano-germaniques; leur civilisationest chrétienne
~<nf par oppositiona cellede l'Europeorientale.
Dans ce tome VU,les faits sont groupés et étudiésdans
l'ordre suivant t° Évolutionéconomiquede t Europedepuis
les Croisades histoiredes rivalités commercialesdans la
Méditerranéeet surtoutdans les mers du Nord, la Hanse
inuuenceséconomiquesdes grandesdécouvertes;formesdu
capitalismeet du créditau xn' siècle; système mercantile;
histoireéconomiquedu xtx"siècle; 2°Renaissance,Réforme
et Contre-Réforme histoirede la Franceet de la maison
d'Autriche, de Philippele J)el aux traités de Westphalie,
mêlée de chapitres sur l'esprit de la Renaissanceet de la
Réforme – 3' Le Christianismeoccidental depuis la
Réforme différenciationdes églisesprotestantes;la lutte de
AXAt.YMM.– MVtt.t'~TKMt Rf 0~<!HAt. )<M

ta libre penséeet du christianisme,la propagandeet tes mis-


sions extra-européennes;– 4° l.a questionsociale dévelop-
pement d<*s(tobtrinessocialistes,de la tCgistationouvrière,
de la philanthropie,mouvementouvrier, syndicat,coopératif,
potitiqne social esquisse d'une théorie de l'origine et de
l'avenirdu socialisme,considèrecommeillusiontdstorique-
ment nécessaire;– 8" Formationdes Rrandcspuissancespen-
dant )a secondemoitiedu xvn"etiexvn)''siectes;decadencede
la Francectde l'Autriche;Angleterre.Suède.Hussie.Prusse.
Cesindicationsmontrent que les rédacteursde cette his-
toire universellene se contentent pas, commela plupart de
leursdevanciers,de rassemblersousune mêmecouverturedes
chapitresde l'histoirede tousles pays.Ils fontdeseffortspour
constituerdes unités historiques,c'est-à-diredesgroupesde
sociétésayant participependant quelques sièclesà une vie
commune,ayantdoncformé une société plus ou moinscohé-
rente pour les limiterdans l'espace et dans le temps, pour
ramenertes manifestationsde cette vie communeà quelques
grandes sériesde phénomèneséconomiques,religieux,poli-
tiques pour donnerà ceux de ces phénomènesquo cachent
souventles incidentsdramatiquesla placequi leur convient.
Ceseffortstendenten sommen introduiredans l'observation
historiquedes procédésd'abstraction,de ctassUication, d'ana-
lyse. Voit.'tpourquoi,mâture les réservesfintesci-dessusà
proposdu tometV. malgré i<~défautssi apparentsdu plan
dont nousvenonsde marquer les !;r:u)dstraits, nous signa-
lons à nouveaul'apparition de cetteouvre collectivecomme
un signe des transformationsque subissent lesétudeshisto-
riques sousl'influencedesidées qui déterminentd'autre part
ta spéculationsociologique.
P. F.

F. STAHit. Strange Peoples. A'<AHo;jf<'(~v<pA<c /<<M</M-,


n'' 1. Boston,Meathet C' t9Ût, !8Hp., in-16.
F. STARR.– AmerIcaBIndians (~ ? 2).Ib.,242p., in-tM.
Noussignalonsqu'en Amériquel'ethnologiecommenceà
devenirun objetpropre de l'éducation ces petitslivresclairs
et bien illustréssontdestines pour ainsi dire aux enfants.fis
contiennentpourtant plus de matière que ici et tel livre de
~ociotogues. Sur les sociétésiudiennes,en particulier, M.8.
fournitunesobrebibliographiecritique.
iCt L'AXXXBMCM~OQM.ttOt.teO!

– HtSTOtRËOKLASOCIOLOGIE
)'!H-)t.t).PA)tOt')

LESTERWARD.– Contempofary Sooioloa~y.3 articles


extraits de The an«'r<f«M
7ot«'K«<o/' Soct'o~y. Chicago,
1902.
M. W. passe en revue les douze principales théories sur
lesquelleson a essayé,selun lui, de fonderla sociologiecon-
temporaine,touteslégitimeset vraiesau moinsen partie, mais
toutesaussi exagéréespar leurs auteurs et indûment élevées
au rang de principes d'explicationuniverselleet suffisante.
Voicices théories, dans l'ordre mêmeoù M.W. les analyse,
sansen tenter d'ailleurs ni une classificationni une critique
approfondie la sociologiephilanthropique anthropolo-
gique biologique;économique;la sociologiecomme philo-
sophiede l'histoire; commecollectiondes sciencessociales
particulières;comme descriptiondes faits sociaux; comme
sciencede l'association;commethéoriede la divisiondu tra-
vail(M.Durkheim) commethéoriede l'imitation(M.Tarde
commesciencede la contraintesocialeinconsciente(Spencer,
Durkheim,Stein); commethéoriede la lutte des races (Gum-
plowicz).

F. SQUILLACE.– Le Dottrine Sociologiche. Rome, Co-


lombo,i9(M,539 p.
Dansce livre, qui en annonce trois autres, consacres~is-
pectivementaux problèmesfondamentauxde la sociolog!e,
aux loissociologiques,et enfinà l'établissementdes principes
d'unesociologievraimentscientifique,l'auteur passeen revue
un très grand nombrede doctrines, sans assez distinguer les
maîtresdes disciples, ni les écrivains qui comptent de la
m:tssedes autres; sans assezdégageraussi, dans chaquedoc-
trine,l'essentiel; l'éruditionde M.S. sembled'ailteurs plus
abondanteet étendue qu'approfondie.Les systèmes sociolo-
giquescontemporainssont distribuésen quatregroupes,selon
qu'ils empruntent leurs principes aux sciencesphysiques et
naturelles,ou à la biologie,ou à la psychologie,ou enfinaux
sciencessocialesparticulières. f Parmi les doctrinesà base
AXAMMS. – ttt&TOM)! OR LA S<JCMU)OM iM

« au
physique, figurent d'abord les sociologies mécanistes~
nombredesquellesM.S. compteSpencer; puis les ethnogra
pho-anthropoiogistes, enfinta sociologiegéographique(Ratze),
De~motins) l'uuteuressaie de déterminer les postulatsde
chaquedoctrine, et de les critiquer. 2° Les sociologuesqui
ont prétendu fonderla sociologiesur la biologiesont nom-
breux et connus M. S. repousse toute assimilationde ht
sociétéà un organisme.3"11divise ensuite les systèmesqui
fondentta sociologiesur la psychologieen deuxsousgroupes
pourtes uns, les loissociologiquessont conçuescommeana-
loguesaux lois de l'âme Individuelle,c'est le pointde vue de
Ward,de Stein, de Tarde,etc., et l'auteur le déclareinadmis-
sible pour d'autres, l'individu étant lui mêmeun produit
social,c'est la psychologiecollectivequi est lu base véritable
de la sociologie.4°Enfin,dans un dernier groupe,M.S. réu-
nit desdoctrines,trèsdifférentes,qui s'accordentpourfonder
la sociologiesur dessciencessocialesparticulières;tantôtsur
une seule de ces sciences,l'économiepolitique, ou bien la
démographie,ou bien le droit; tantôt sur toutes les sciences
socialesà la fois c'est la seule méthodevraimentobjective,
cellede Durkheimen France ou de Simmelen Allemagne,et
l'autourdéclare s'y rallier.
Cette classificationpeut être commode nul doute néan-
moinsqu'elle ne simplifieun peu arbitrairementlesdoctrines
pour les faire rentrer dans ses cadres.
D. P.
M.DEFOURNY. – La sociologieposKMste;Aug. Comte.Lou-
vain,Dibl.de Hmututsup. de phitosopMë, et Paris,t- Atean.
1902;!HOp.
UEUXt~MËSËC'ftOX

SOCIOLOGIE REUCtEUSH
!'<trMM.
Il. JhfiEXTet M.tncËt.M.tt-is
S

t. COKCEPTtON
Gt~ËRALHKT MËTHOOOt.OCtK

MORtttSJA8TROW. The Study of Religion. Londres,


WalterScott, 1901,xvt-Mt p., petit in 8°.
Laposition de M.J. parmi les auteurs qui se sont
occupfs
de la sciencedes religious en générât est des plus
éciectiquus.
Onpourrait dire qu'il n'y a aucunedes théoriesémises
depuis
trenteans ù laquelle il ue s'etiorcede (aire uue place. Sur les
deux probtetMestes plus généraux, il cherche avant tout il
trouverune sorte de juste milieu. Sur la deuuitionet le carne.
terede la religion (t, clrap. m), il accepteà peu
près tous les
critèresqui ont été proposéspar tesdivers auteurs. La seusa.
tion de la dépendance à t'égard d'un pouvoir
supérieur
(p. tC8),la reconnaissancede ce pouvoir, l'existenced'un
culte,seraient tes trois signes d'une religion. Onrecoouaitlà
un eiïort pour concilier tes théoriesde Tiete, de Max Mu)
ter, de M. Réville. tt accepteaussi la théorie qui veut que ta
religionse caractérise par son etïet sur la vie individueiie,sur
la vie morale en particulier. De même en ce
qui concerne
l'originede la religion, M.J. constatel'existenced'un sens de
l'infini.p. tU: sans rejeter pour autant ta théorie de t ani-
misme(cf. p. tOt). Sur la classificationdes
retirions, M.J.
adopte,en somme, une etassincation intermédiaire entre in
classificationde Tiete et celle qu'un sociologue
pourrait
présenterfp. tt7; Religionsdes sauvages,de la civilisation
primitive, de la civilisation perfectionnce (!ude, Chine,
Babylone)et enfin religions « de l'accord entre lu vie et ta
religion (religions universalisteset éthiques proprement
Lesproblèmesspéciaux sont ceux qui concernent tes reta.
lionsde la science de la religion avec tes sciencesvoisines.
Ence qui concernetes rapports de la science des
religionset
AXAt~MtM. -– MCt~QMK BtfHOtKU~ MX CÉSÉttAt. fil

do lu psychologie(p. S73sq.), M.J. maintienttes droits de la


recherche tdstorique,portantsur des phénomènescotteetits,
au fond vraiment explicatifs; mais H reconnaît aussi les
droits d'une psychologiereligieuseà indiquer les conditions
les plusgénérâtesde l'acte religieux,et à distinguerles phé-
nomènesreligieuxnormauxdes phénomènespathologiques.
A propos des rotations delu moraleet de ia sciencedes reti
gious. M. J. traite en réalitédes rapports des faits moraux
avec les faits religieux. Par contre, nous ne pouvons nous
expliquerque pitr un vo'Uftbteabusdo iangagela discussion
qu'instaureM.J. sur ta religionet la mythologie(chap. vmj.
Tous les mythes, pour lui, ne seraient pas nécessairement
religieux. Mais,pour nous, il faudraitjustementsavoir si on
doit appelermythe une représentationcollectivequi u'est pas
religieuse.
Nousne mentionnerionspas tedernier chapitre,tout entier
destinéaux questions pratiques, s'it ne soulevaitdeux pro-
ttiëmesthéoriques. Le premierest cetnide la méthode histo-
rique. M. J. voudruit qu'on procédât toujours par études
approfondiesde phénomèneschoisis.Nousapprouvonstrop
cette Manièrede fitirepour n'être pas du cet avis. Mais nous
nous séparonsde M.J. quand il réclamedu savant (chap. xm
une attitude sympathiquevis-â-visdes faits Si M. J. veut
dire qu'il faut vouloircomprendreet non pascritiquer, il ne
dit rien qui n'exprime les conditionsmêmesde lu science.
La sciencea, avant tout, le respectdes faits.Maisil s'agit, au
fond, non pas seulementd'inteitigence.maisencore de senti-
ment, et ators nous ne pouvonsnous empêcherdo voir dans
ce préceptede M.Jastrowle résidu de préjugesthéotogiquef!
qui percent ç&et là encoredans ce petit manuel, d'aUteurs
clair et utile.

H. HOl'TMANN-KKAYËtt. – Die Volkskunde a.Is Wts


88nsoha.ft<« VolkskuudefowMC~~fc).Zurich, Amber-
ger, H)0~,34p., iu-8'.
M.K. met dans une singulièreclarté les noUonscourantes
en AOetnagoecoucemantla '< Fo~<!M<t~t' » ou /b~or< U
indique furt nettonent les limites, les espèces,les pt'obtëmes,
tes m'*tttodesde cettediscipline.Il nous rendainsi le signalé
serviced'en désignerles pointstaibtes à la critique.
Si tes recherches d'ethnographie,d'histoire des civilisa-
tCS L'AXXKK tMt.iM~
iMCtOt.OQtQt.'E.
lions et de folklore, chevauchentcontinuellementet ne s<*
distinguentque suivantdes principesrelativementarbitraires,
c'est qu'eu réalité ces divisionsn'ont qu'une valeur histo
rique, une utilité pratique, mais qu'elles n'out pas, et M'ont
jamais eu un fondementlogique.L'ethnographieétudie des
peuples particuliers (tous les peuplesextra-Méditerranéens.
non Aryenset non Sémites); l'histoiredes civitisatiousest,
en réalité, celle de nos sociétéseuropéennes;le folklore ne
fait qu'étudier des couches diftérentesde pensée dans ces
mêmessociétés (cf. p. 10;. Eu réalité toutes ces recherches
portent exclusivementsur des phénomènessociaux. Et il
n'y a d'autres différencesentre ces faits que celle de leur
mode d'existence. Les faits de folklore sont populaires,
désintégrés; ce sont des survivances,et. en général, ils ne
répondentplus à des états, à des fonctionsessentielsde la
société,taudis quetesinstitutions, tes techniques,tes régimes,
qu'étudient l'histoireet l'ethnographiesontdes faits intégrés,
organiques, caractéristiques des sociétésétudiées. Mais il
s'en hut du tout au tout que l'existencedu folkloresoit un
apanage de la civilisation asiatico-européenne.L'Extrême'
Orient a son folklore, l'Amériquedu Nord a ses contes et
ses traditions tout comme l'Afriquedu Sud. Dansles socié-
tés australiennes, il y a aussi du folklore.C'est qu'it n'y a
pas de sociétéconnuequi n'ait évolué.Leshommesles plus
primitifs out un immense passé derrière eux; la tradition
diSuse,la survivancejouentdonc un rôle, mêmechezeux.
Le second point du travail de M. H. K. est l'étude des
« espèces de la t'o~'MMf~ l'uneest « ethnique», l'autre
« générale ». L'une a pour but de retracer, dans un groupe
social plus ou moins étendu, mais toujoursplus ou moins
homogène(p. t7), les particularités historiquesde tel ou
tel tait. L'autre a pour objet de comparerdans des sociétés
très diversesou hétérogènes,les facteursgénérauxdes faits
concordants.L'uneest historiéedescripth'e,l'autre historico.
comparative, l'une est la base de l'autre et celle-ci,à son
tour, sert de guide aux tentativeshistoriquesde la première.
La P'o~MtMK<<e aurait donc à traiter deuxsortesde problèmes
correspondantà ces deux parties de la science.Dansles pre-
miers (historico-descripttfs)on chercheraita remonter de
l'usageou de la croyanceobservéea sa soucheprimitive; on
obtiendraitainsi une série de relationshistoriquesentre des
faits dérivés les uns des autres. Dansles seconds(historico-
*X.U.Y~s. – SOUKM.Ut.t)! HKt.tttmUiiK KX at~MAL iM

1 _t. _i ..i,i.i.,
les ainsi obtenus de
comparatifs) on comparerait prototypes
maoiëfe à déterminer leurs conditions.

L'explication,commeou !e voit, ne serait qu'exceptionnel-


lementsociotogiqueet comparative.Saut pour les tatts sou-
ches, tout s'expliquerait par le moyeu d'emprunts; et le
nombrecommel'importancede ces faits, suivantl'auteur, ne
doivent pas être exagères. La comparaisonn'interviendrait
doncqu'eu dernière analyse,quand les recherchesconcrètes
cesseraientd'aboutir, et cela n'aurait Heuque dans des cas
relativementrares. Nouscroyonsque cetteopinion ue repré-
sente pas t'état actuelde la ~o~/nut~f classique. Tousles
grands travaux explicatifsqui ressortissentà cette science,
sont dès maintenant presque purement comparatifs. Les
ouvragesde M.H"uersur ia médecineallemandeue coutieu-
nent qu'un minimumd'histoire.La raisoneu est que le fait
populaire est presque immuable par définition il n'a pas
d'histoire. Certains contes irlandais se retrouvent presque
identiquesdans les vieux manuscrits et dans la bouchedes
vieuxpaysans. Il y a plus. Mêmela simpledescriptionhisto-
riquesuppose la comparaisonet l'emploi de notions propre-
ment sociologiques.11est très rare, ea efïet. qu'on puisse
suivreà traversdesdocumentsdatés la manièredout un fait
populaire,usage, dictou, etc., s'est transmiset propagédans
un groupe de nations originairement apparentées un cas
commecelui de l'Arbrede Noëtest tout à fait exceptionnel.
D'ordinaire,tout ce qu'on peut faire c'est de constituer par
voiede comparaisonstes formes d'un mêmefait et de les rat-
tacher les unes aux autres suivant leurs rapports logiques.
Quand,au contraire, on veut à toute force établir des rela-
tions chronologiqueset d'emprunt, on tombefacilementdans
l'arbitraire, que t'en croyait éviter. C'estpour avoir pratiqué
cetteméthodeque M.K. a cru devoirfaire venir de l'Indele
rite des coupsdonnésavecles rameauxte dimanchequi pré-
cèdePâques.
Ces conceptionsméthodologiquesreposent,d'ailleurs,sur
unecertaine tendanceà rartificiatisme(p. 3t). M. K. incline
volontiersà chercherdans de puissantesindividualitésl'ori-
gine des faits populaires. Dans les idées et les sentiments
collectifs,il voit surtoutdes facteursaveclesquels les inven-
teurs doivent compter, plutôt que des forces agissanteset
créatrices; toute leur importance viendraitde ca que, dans
les sociétésprimitiveset dans les couchesinférieuresdes
Ot) tWt-)%2
L'ASS~MCMLOQtQt'R.
sociétésplus cultivées, les fortes pcrsounaUtesfont défaut.
C'est une opinion que l'unestassezétonnederencontrerchez
un ethnographe.
M. M.

LANG(A~DHKW).– Magtc and Religion. Londres,Lon~-


tnaos, Greenet C",~Ut, x.3tCp.. in-8".
La ptupart des chapitresdece livreont déjàparuen articles
daus plusieursgrandesRevueset traitent(le sujetstrès divers;
un seul de ces essais, celuiqui est intitute .)/«~<c
MM~~c<~f'o«
(p. 46-70;correspond au titre que l'auteur a donnéau livre.
La ptupart des autres sontexclusivementconsacresà la cri-
tique, constante et systématique, du (t0/<< /~«y/< de
M.Frazer. Eu particulier,c'est ù la discussionde la théorie
de M. Frazersur les originesde ta légendechrétienneque tes
essais IV-Xsont exclusivementconsacres.Rendonscompte
tout de suite de cette partiedu travail.
On se rappelle le raisonnementcompliqué par lequel
M. Frazer avait tente de démontrerque le Christaurait été
tué par les Juifs au coursd'un véritablesao'ittee du dieu.
M. Lang n'a pas de peine a faire remarquer le caractère
extrêmement hypothétiquede ces déductions. M. Frazer
supposait que, pendant la fête de Purim. les Juifs anraient
misà mort un hommedieuet roi, et retachcun autre homme,
pendant du premier, tout comme, dans l'histoire d'Usiner.
Hamanest tué et Mot'dfeinexatte. Mais nu!)e part il n'est
attesté que les Juifs auraient t'eeifementpratique ce rite
(p. tS~. NI.Frazeradmetd'autre part UHeidentincatiou de la
fête persanedes Sacaeaet de la fêtebabyloniennedeZakmuk
(p. t40, t47<,qui est touta fait arbitraire, puisqueentre ces
deux (êtes il y avait un intervallede près de trois mois.De
plus, mêmes'il y avait eu coïncidence,on ne saurait voir
dans l'esclave, devenu ua instant roi pour rire, battu et
pendu, une incarnation d'un dieu ni le représentantdu roi
de liabyloue.autrefoismis mort chaqueannée,outre qu'une
telle coutume aurait cte absurde et impossible(p. 118
et suiv.).
Sur ce terrain strictementhistorique,t'argumeutationde
M. Lang est très forte. Nous avons fait. ian dernier, à
M.Frazerdes critiquesanalogues.Maisce qu'il y a de solide
dans la thèse de ce derniern'est pas ébranle par ces ar~u-
AMM~S. – MCMUMtE MKt.MtM~ ES CHXKHAL H)

ments(V.~MMA Soctb~ V.p. :!U!h. Quoiqu'eu disenotreauteur


actuel, i) sembleincontestableque, dans toute l'AsieAnté-
rieure.)a Syrie,la Bnbytooie,on ait cru à desdieux mortset
ressuscitesau coursdu sacrince (Tammuz,Sanduu,Adonis,
Marduk) on conçoitdonc aisémentque cette notiondusacri-
ficedu dieuait pu facilementformer t'aureotedivine dontles
premierst'in-etiensentourerontle fait de la mort du Christ.
De meute,s'il fautconvenir avec M. Lang-que l'histoire de
saint Uasius,tnartyr, représentantde Saturne et mismort
commetelau n'"siectedonotre ère, en Moesie.par doslégion-
naires, ne prouve nullement que les Hotnaiusaient eu uu
dieu Saturne, régulièrement iacarne et tnis it mort, ni les
Grecs,uu Kf'onosqui aurait eu le m~)ncsort, it n'eu est pas
moinsvraique ie thèmedes dieux «tortsnu cours d'uuiiito'i-
nce n'étaitnuttefnentétranger au mondegrcco-romain.Par
suite, là encore,les idées chrétiennesne t'encoutrentaucun
obstacle.Ainsi,au point de vue mythologique,t'hypothescde
M.Frazersemblebien être d'une profondeveritc. Seulement,
le caractèrepurementmythologiquede ces drames rituelsest
une nouvelleraison pour ne pas admettre le lieu historique
direct que M. Frazerprétend établirentre ia mort du Christ
et ceux de ces rites qui étaient en usage chez les Juifs ou
autour d'eux. Son explicationsuppose,en ctlet, que le roi-
dieu était réellementmis à mort; or il était rare quetacÈrc-
mnniofut pousséejusqu'à cette extrémité. Généralement,
le sacrificeétait tout fictif. La mort du Christ ne peut donc
guère avoir été la simple imitationmato'ietta d'un rite que
lesJuifs avaientsousles yenx maisla mythotogiequi étaita
la basede ce ritea fraye les voiesà ta mythologiechrétienne.
D'autresessaissont encore consacrésà la discussiondu
<joMot Nox~).Xoosans raison, M Langremarquequ'il n'est
pascertainqu'il y nit identitéentre le « rameau d'or que
devaitdétacher)o meurtrier du prêtre de Nemiet ceiuidout
parie Virgileet qui ouvre à Enceles portes de l'enfer. Mais
t'expiicationterreù terre que fauteur proposedu meurtredu
prêtre nous parait bien peu convaincante.De môme, il est
impossibled'accepterla théorie simplisted'après taqueitetes
tabousdes premiersfruits seraient dictes par l'utilité de
garderles t'écoites(p. 2~. D'unemanière generaio.M.Lang
a vraimentmontredans ce livre un goût quoique peu rétro-
grade pour les explicationsnaïve!;et d'uue bonhomiesans
mesure.C'estainsique, pour lui, si le clan ne consommepas
Hi! t.'ASXÉË SOCtOhOCtOUB.MOt-tM.

son totem, c'est pour éviter la destruction d'uuu espèce


utile.
C'est le mômesimplisme qui lui fait maintenirenverset
contre tous sa Uxjonede la révétatiouprimitive.Ouse rap-
peite(V. ~tHH..So<'<o< UI.p. H)9jque M.Langcroit à unstade
« préanimistique de la religion. L'hommeprimitifaurait eu
« une hautereligion» (p. ?9); il aurait cru eu un grand dieu
éternet et auteurde toute chose.Pour maintenircettethéorie.
il fallait réfuter trois sortes d'objections.D'abord, il fallait
prouver quela notioude Hmmortaiitédu dieu était parfaite-
ment originelle~p.?;. M. L. penseavoir ûté toute significa-
tion aux faitscités par AI.Fraxpr et où l'ou voit mourir des
dieux, en montrantleur caractère purementmythique.!t ue
s'aperçoit pasque la notiond'immortaiitéest aussi mythique
que celle de mort ou de naissanceet que mente,en mytho-
logie, la premièrene contredit nutiemeut lu seconde. Un
dieu immortetpeutmourirconstatnmeutd'unemortmythique
et renaitre de même. – H (aUaitensuiteréfuter l'interpréta-
tion que M. SidneyHarttand avait donnée de certains faits
sud-africains;suivant celui-ci,l'idée de créationne se serait
introduite dansla mythologiedes Xutusque sous l'influence
des missionnaires(V.~MM.oct'o~V, p. 2)4).M.L.croit que
ie fait n'est passuMsammentétabli (p. 333et suiv.); il estime
que les Zulus,d'eux-mêmes,seraient arrivés à la conception
d'un créateur.Nousn'y contredisonspas. Maisil ne s'en suit
nullement que cette idée ait été à )a base de leur culte or
c'est ce qui est en question. L'argumentationpar laquelle
M.Hartlanda démontréque leur religionn'était qu'un toté-
misme dégénéréen cultes ancestraux subsiste tout entière.
–- Il restait enfin à réfuter la théorie de M. Tylor, suivant
laquelle les grands dieux des religions primitivesauraient
tous été des dieuxd'emprunt (V.Jbm'tMto~ne~tHt~'op. J~Mt-,
~892,vot. XXtt,p. ?0 sq. M.Laug prouve assezaisément
que l'ou n'estpas sans trouver en Australiecertainesnotions
d'un dieu bon, moralet créateur. Maisil est forcéde con-
venir qu'elles ne se traduisent pas dans le cuite. De son
propre aveu, cesgrandsdieux, qui, d'ailleurs, sont souvent
déQniscommedes hommes,ne sout l'objetque de très vagues
croyances,sansactionsur la pratique. Ilaurait du remarquer
de plus qu'au fond ce sont simplementdes dieux desmys
tëres masculins,et, en réaiitc, d'un rang très secondairepar
rapport aux ritesoù l'on prétendqu'ils paraissent. Au reste,
AXAMFSB~
– SOCMMOM M O~RAL
BBMMB~B
sur ce point. M.L. déttguretui.mémo lesfaits.11est impossible
d'admettre commecertaine l'existence, en Australie,d'une
prière pourlesmortsadressée&ungrand dieufp. 36etsuiv.).
On n'y trouve ni ta prière proprement dite, ni, à plus forte
raison, la prière pour !e mort, cette forme si récente du
rituel. Il est faux que le nomde MunganNgaur(notrepère)
ait été un nom ésotérique bien au contraire,le texte de
M. Howitt, que cite M. Lang, dit que c'est tui que l'on pro-
noncedevantles femmes.Le nom secret est Daramuiun,qui,
en réalité, est simplement l'incarnation do la sainteté des
mystèresinitiatoires.et des «diables que l'ou y tait sonner.
– Le théisme primitif n'est donc pas démontrédavantageà
la suite du nouveleffortde M.Lang.
MaisM.Frazeravait proposéune hypothèsedes plus graves
contrela théoriequi veut que l'hommeait été primitivement
religieux. Pour lui. il y avait eu, dans l'histoiredesreligions,
une première phase, actuellementencore représentéedansle
centre de t'Austratie,où les hommes,sans aucunenotionde
dieux, d'esprits, d'êtres sacrés, auraient cru exclusivement
à t'emcacité de rites purement magiques. La discussionà
laquellese livreM. Langa pour principe qu'il est inadmis.
sible de ne faire commencerla religion que là où commen-
cent la prière et le sacrifice fp. <)). Nousestimons,nous
aussi, et nous t'avons dit, que les.rites que M.Frazercite à
l'appui de sa théorie, sont, à quelque degré,religieuxet que
les croyancesdes Australiensnesont pas de simplest(supers-
titions». Mais,d'un autre côté,les faits de M.Frazerprouvent
tout au moins que. dans ces sociétés, ta religionest intime-
ment tnéiée à la magie. Si la notion d'esprits n'en est pas
absente, elle y est encore bien obscure et rudimentaireet
constitueà peine un premier commencementde religion,au
sensoù M. Langentend ce mot.
Les deux seuls mémoires vraiment originauxsont consa-
crés t'un à l'étude du rite de la promenadeau feu (p. 270)
dontM. L. nous donne de nouveaux exemples,l'autre à un
rapprochementingénieux, mais aventureux, entre certains
symboles usités dans l'Australie centrale (les churingas)el.
certainesgravures sur rocs ou sur pierresdétachéesque l'on
a découvertesen Ecosse'. 1.

(t) LaU~ufie M.t~n~tK~tc


<)<' fii~'u~ pur M.Bfdbru'));,
<t<u~M<'<'<
–foM-toft, nMM
<Mf))<i«<~MfM<, p. <S-2".
t90:}.
Ht t.'ASXMK i'OCfMOOW' mOt.tW?

V.JAECKEL.– Studien zurvorartetchenden Votkerkunde


mit besonderer Beracketchtigung des Fr~wentebeas
~«<~ ~'cf/tM«y/ff <'on)p< Bertin,Cronhacti,(90).
xn-t44p., in.8".
Ce livre est destiné aux « amis des recherchescompara-
tives M.C'est un recueil un peu décousu(fessaisamusants,
où sont enumeresune foulede faits tout nus ~<<;M~ 7'M-
'<M).Lesrapprochetneatsabomteut,parfoisingcuifux: muis
l'ordre et la co))6reucefout défaut.
Quoiqu'en dise)e sous-titre, c'est sur les ptténoutèxesreli-
gieux eu geuera). et non pas sur h) question(le tu tnoraiite
sexuelle,que porte le livre. Un certain nombred'essaissont
consacrésaux notions concernantrame. le rêve, tes ancêtres
et leur divinisation~().93 et suiv., p. 37-S7 D'autressontrota-
tifs au cuite p. HC-t34).Ainsi, c'est desoriginesreligieuses
(jue M.J. tentede rattacher ht dause et l'habitudedefumer
fp. t00.t!0, p. «O.H~, tes parentes artificielles(p. 7C-8i);
mêmequand il traite de ta positionsocialedes femmes,c'est
encoreleur situatiou religieuse,leur sacerdocequi paraissent
t'intéresser)e plus (p. 8i.8C). – Le restedu tivrc est consacré
à t'étudede la condition économiqueet moralede la femme
dans l'humanité. L'auteur y expose les idéescourantessur
t'achat de la fiancée,tes raisons d'être de la polygamie,etc.
Mais tes faits qui sont empruntés pour la plupart à des
ouvragesgéuérauxd'ethnographieet desociologienesont pas
toujours exactementrapportés. De plus, M.J. n'est pas très
informf; c'est ainsi qu'il ne dit rien des tabous de commen-
sniitc.de sexualité,etc.
M. M

JUENHST(Joo.). – Kuttus und Gesehichtsretjgton. Pela.


nn</ .tx~Ht~mM. ~tMN<'<<r~
~«nt<<M«<! ~xr M~i'MM
/cA~ und Fo~fAMM</< Giessen, tUctter,t90t, 79 p.,
in-8\
Cetitre intraduisible nousannonce un essai de ctassint::)-
tiondes formesde la vie religieuse.L'Augustinismo ette Peia-
gianisme ne sont pas étndiés ici comme doctrines, mais
commeprincipes de vie. on plutôt l'oppositionde ces deux
doctrineshistoriques est choisiecommesymbolede deuxten-
(titttcps,spécifiquementdistinctes, dont chacuned'ettesa res-
A}tAt.~E:t. iiOCMt.OOtE M).t(:tR<R ES 0)!s6t<~ n&

peetivement donne lu théorie. C'est pour des raisons de


méthodeexposéestout au longdans h)préfaceque M.Jungst
détourne son attention de la titéotogie.Le premier objet de
l'étude scientifique d'uue religion, pense-t-II, doit être le
groupede fidèlesqui ta pratique. Ou aurait une idée fausse
de l'état religieux de t'Hnropeactuellesi t'en se contentait
d'interroger les docteurs de ses églisescatttoiiques et réfor-
mées. Hn fait. pu pays protestant comme ailleurs, in grande
masse du peuple est pétagienne,t'éiito seule des chrétiens
)';ctairésest augustiuieune.
En quoidouedifïerent-iis?Les(fde)esà tendancepétagienne
appellent l'intervention continuellede ia divinité en faveur
de leurs moindres dcsirs et besoinsindividuets; ils achè-
tent cette intervention par le culte; la grâce est le prix de la
piété; leur religion est une A''<W<w«, pnrco que le culte
en est i'utetnent essentiel. Les augustiniens vivent dans la
penséeet la méditationconstanted'un événementhistorique
d'où le termede C<«'/t«'/t~r<'<~«)M);t'iuterventiondivines'est
produite une foisau cours des temps; l'uvenirdes individus
est subordonné au plan divin et à l'avenir de t'Ëgtise; t'idée
de l'Ègtisodomine tout; t'hommeattend et croit; sa religion
consistedans ta foi; il ne s'éveillede sa passivité que pour ta
prédication. Mntreces deux types extrêmesil y a naturelle-
ment des degrés; plus l'idéal de la féticité individuellese
détermine et s'uniformise,plus le culte tend vers la simple
contemplatiou il se forme d'étroites aristocraties de mys-
tiques, des quiétistesqui se tivrentaun prosélytismerestreint.
D'autre part plus une égtise augustiniennes'étend, piuseiie
estobtigéedemuitipticries manifestationsrégutiéresdeta vie
religieuse, et de se rapprocher des églisespétagiennes.Cette
passivité augustinienne est un typesi instable et si particu-
lier de religiosité que M.Jungst est obligé de nous le pré-
senter comme une exception.Tandisque la A~<u<«'~«M<7«/,
étant normale, n'a pas d'histoire, l'augustinismeen a une.tt
est sorti de ht solution donnéecitezles Juifs au problèmede
la justificationindividuellepar le prophetismeet le messia-
Nisme (.tKMt'eMc<c~M< t. tV. p. t9(! snq.) il arrive à
une expressiontypique citezsaint Paut quand l'attention du
fidèleest portée du royaumede i)iouà venir sur le sacrifice
rédempteur passé Marcion, puis saint Augustin sontensuite
ses protagonistes.
S'il ne s'agirait que de deux tendances,de deux éléments
t-~ iMt-MM
L'ATHEESOCMMO~<:E.

associés en proportionsvariablesdans toute vie religieuse,


nous ne ferionsà M.Jungst qu'une querellede forme; mais
ai, commeil paratt, il s'agit ici de types,d'espècesreligieuses
représentéesà l'état presquepur daus des groupessuffisam.
ment nombreux,le principede distinctionnoussembiefaux.
C'est un fuit que les religionstendentà fairede leurs têtes)a
répétitiondramatiqueou la commémoration d'actes de la vie
divine. Ledieu est à la foisle prêtre et la victimedu sacrifice.
commedans saint Anselme(Cf.Jùugst, p. nous l'avons
montré ici même (V..tnM('<- Mc<o<o~)«',t. U. p. ~S sqq.).
Enfin tout acte religieuximplique des préoccupationsqui
dépassent la simple poursuitede finsindividuelles.Oncher-
che à les atteindre par l'accomplissement de rites, c'est-à-dire
d'actes traditionnelset prescrits, par l'observancede règles
communes. L'individus'y adapte à i'idéa!et aux méthodes
de la collectivité.Sa ~«<ftM<'<(MtMt est toute pénétréede
foi. La distinction des types de vie religieuseque nous pré-
sente M.Jüngstesl réelle,maisle principede distinctionreste
à chercher.
H. H.

Tu.ACHELIS.–Die Extase, A'<<<o~))W('<'Cf'jifPH)Mt~,1


fZ.rtfMP; Pro~mMla <'<r<<<~<OM (h<temps~'<~)f, t~.
Berlin,Mde,i902, vm-MSp., in-8".
L'importancedu phénomènede l'extaseest incontestable.
Non seulement il est très fréquent dans une multitude de
sociétésen dehorsde l'Europe,maison le retrouvemémoen
Europe, chez des peuples très avancéset dans des temps
très proches de nous (aux États-Unisdans certaines sectes
méthodistes, au Brésilchez les coMeMtf«'<M, en Itussie chez
les Doukhobors,etc.). Deplus il a joué un rôle considérable
dans la piupart des sociétés.C'està montrerce rôle que ce
livre, dont le caractèreest volontairementassez populaire
~p.v), est consacré.Toutefois,bien que tel en ait été le but
primitif, il semble que, chemin faisant, le plan ait déviéet
que M. A. ait superposéa son étude socioiogiquede l'extase
une étude psychologique(Ch. m). Dans celle-ci,il donne la
théorie de Ribot, devenuepresqueclassique,sur i'aitération
de ~a personnalité (p. tiS et suiv.), l'arrêt du mouvement
normat, la surexcitationde l'intelligence,et il rattache l'ex-
tase aux faits connexesdu somnambulisme,dei'hallueina-
AXALYSM. – i.OCMLOUtftMKLMttU~K t-X UtMttAL m

tion, et de t'hypuose.Nousne suivrons pas M.A.sur ce ter-


rain hors de notrecompétence,où d'ailleurs il sembleavoir
peuajoutéaux travauxantérieurs,si mêmeit lesconnaîtbien
tous (les travaux de Janet, par exemple, semblent lui être
inconnus).
L'essentieldu livre consiste,à notre point de vue, dans la
revuedes faits (if), dans l'étude des causes (!.),dans l'étude
des ellets (IV,V, VI;.Suivonscet ordre dans notre compte
rendu.
H est à remarquerque M.A. n'a jamais éprouvé le besoin
de définir, avecdes formeset des précisions suffisantes,ce
qu'ildésignesousle nom d'extase.Un vague véritables'en-
suit qui obscurcittoutte livre,tt écrit dans sa préface l'ex-
tase, c'est-à-direune augmentationde notre consciencenor-
male(p. 5. cf. p. 78;. Maisil ne justifiepas cette définitionet
mômene l'expliquepas, bieu qu'elle ait besoind'un large
commentaire,à causede son obscurité. En particulier, il ne
nousdit pas si toute excitationextraordinairede l'esprit est
un état d'extase.Hentend évidemmentle motsuivantle sens
le plus largepossible,car ilrattacheà l'extase mêmedes faits
très éloignésde ce qu'on appelle de ce nom, commel'ascen-
dant d'un grand généralsur ses soldats (p. t9 sq.). Par ce
coté,le travailde NI.A. est plutôt descriptif, et même,à un
certaindegré,littéraire. Deià le caractèreque revêti'étude
des faits.Ceux-cisont plutôt enumérés que ctassés. La plu-
part do ceuxquisont empruntésaux « KaturvuikerMconcer-
nent presqueexclusivementles états extatiquesqui caracté-
risentcertainsrites d'initiation soit du jeune homme,soit,
plus particulièrement,du futur sorcier (Bamba,Bellipaato,
etc. p. 80sq.). Untrès petit nombreconcerne le shamanisme
proprementdit. PuisM.A. passeaux « Kutturvother et cite
des faits qui sont plutôt des cas de rêves extatiques (en
Hgypte),oud'intoxicationreligieuse(par te Somadansi'Inde);
uatureitemeutitsignalelespratiques des adeptesde la philo-
sophiehindouedu Yoga,le délire collectifdes cultes diony-
siaques,le soufismeislamite,le uéo-atexandrinisme.la mys-
tiqueallemandedu moyenâge. celledes nonnesespagnoles,
enfin celle de quelques sectes russes et méthodistes. Le
nombre des faits typiquesqu'une énumération de ce genre
négligeest,naturellement,des plusconsidérables teisles cas
d'extasedausle bouddhisme.Inversement,M.A.aurait pu se
dispenserde citercertainsfaits qui ne rentrent pas dans son
K.Ht'MHe)M.–Ann~e!!<jcio).,t90)-t902. )~
i-M LAXXÉE !!0<:t(tt.om~'E. Wt.fMi

sujet ainsi t'iuitiationsimpledu jeune Brattmane,et même


le repaseu commun(p.S6).
L'étudedes causesest, elle aussi, conduite plutôt d'une
façonénumérativeque suivant une sévère induction. 11y Il
d'abord des causes physiologiques,des états d'intoxication
ccrébratevolontairepar la fumée (Amérique),par les narco-
tiques(haschisch,kava).par le jeune et les observances.Nous
t'attacheronsà cesujetle paragraphe intéressant sur les états
extatiquesproduitspar la danse (p. t0~. 11sembleéton
naut que M. A. n'ait pas consacré un chapitre spécial aux
causesd'ordre psychologique.Il n'est pas douteux, en effet,
que l'état de muuoîdéismevolontairementprovoquésur soi-
mêmeest une causede crise; mais c'est encore plutôt une
causequ'un momentde l'extase.
Lesetlets sont, les uns psychologiques,les autres sociolo-
giques. Les premiersconsistent en visions, hallucinations,
manifestationssomuambuliques,dont l'extase se rapproche,
étant elle-même,commeeux, un produit de Ja suggestion.
Lesautres sontsociologiques. Au point de vue religieux,l'ex-
tase joue un rôle humease d'elle dépend tout le côté mys-
tique des diverses religions;et c'est d'elle que résulte ce
transport de l'individu au delà de soi-même, dans lequel
consistetout état vraimentreligieux. Bon nombre de rites
n'ont d'autre but que de la provoquer. Aussi, suivant une
ingénieuse remarque de M. A. ~p. 5~, plusieurs peuples
attribuent au sorcierou au prêtre d'autant plus de pouvoir
qu'il aurait une puissanceextatique plus grande. Au point
de vuede la morale,de l'organisationsociale, l'extase expli-
querait certains des caractères que t'uu observe dans les
mouvementsdesfouies(croisades,révolutions),chezles mar-
tyrs, etc. – Au pointdevueartistique, elle serait proprement
t'etat mental dans lequel les hommes de génie créeraient
t'œuvred'art ellecoustitueraitla sourcede la lyrique (p. 2~.
M. ne pouvait manquerde suivre Robde daus son hypo-
thèsesur t'extaseorgiastique,causeet origine du drame grec.
Kurésume,M.A., touten exprimant certainesidéesremar-
quables,enregistre surtout des résultats déjà acquis. C'était
d'aitteurssa seute prétention.Mêmeune très grande quantité
des faits citéssontempruntésaux grands recueilsde Tyloret
de Bastian(ex. p. 36, p. 42). De là quelques erreurs comme
par exemplecelle qui consiste à reproduire les fautes que
Bastiana commisesen analysant les informationsde Howitt
AX.tLMES. – t<M:tf)).<m)K ttn.tCtBMK EX OfMH.U.

sur certaines initiations dans la-Nouvette Gattes du Sud.


De là quelques fautes de dotait qui proviennent nécessaire-
ment de ce que l'auteur u'a pas puise aux sources marnes
«<<«'pour (/f«'M, daus l'Avesta, p. t3~. </<'<fo
p. C9, les danses
des Hopis, rituelles s'il en fut, comparées aux danses orphi-
ques, p. 79, etc.). De plus, on a pu remarquer que M.A. n'a
tente ni une classification des formes de t'extase, ni une véri-
table étiologie. Ceilfs ci auraient pu le mettre sur )a voiede
deux questions importantes pour ta sociologie. Kous devons
attirer de ce côté, des maintenant, l'attentiou des travail-
leurs.
M. A. dit (p. f8~, )!)<);que l'extuse est un phénomènepar
lequel l'individu sort.de soi-même Het se conforme~))f< il
l'espèce. Cette remarque aurait pu fournir au motos uo
poiut de départ pour une recherche nouvelle. !t est jtnssibie
qu'au fond, anthropoio~iquemeut pariant, t'extasf soit bien
un moyen pour l'individu de se perdre dans t'cspece, mais ce
n'est pas sur. Au contraire, il est certain que i'extftse est
réputée 6tre un état éminemment important pour l'individu
et pour la société, que celle-ci soit simple spectatrice, ou
qu'eUe soit animée d'une metne mentalité. D'ailleurs l'espèce
humaine n'est pas objet de représentation citez la plupart des
extatiques, au contraire les notions collectives, religieuses ou
autres, sont le propre but du transport mystique. Si nous
laissons de côté les phénomènes physiologiques, nous dirons
que l'individu, daus l'extase, se conforme a la société et non
pas à l'espèce. U poursuit des buts transcendants, mais que
le groupe lui fixe telle, par exemple, l'obtention des pouvoirs
magiques. Il parcourt des lieux surnaturels, mais les images
qui remplissent sou esprit sont orthodoxes le plus souvent,
et alors même qu'elles sont hétérodoxes, elles suivent tou-
jours des (ormes tradiUonneUes les voyages des sorcièresen
enfer sont aussi bien figures par des représentations coavn-
tiunnelles que les voyages des saints en paradis. It y a dans
ce caractère de l'extase quelque chose de si essentiel, que
c'est lui qui explique comment les rêves elles pratiques exta-
tiques ont été, dans bon nombre de sociétés, un etement
essentiel de t'initiatiou. Celle-ci marque le moment de la
pleine sociabilité du jeune homme, ft n'est rcpute capable
d'être initiéttue lorsque, au cours de pérégrinations sotitaires,
de jeûnes, d'observances muttiptes, il aperçoit, pendant un
rêve extatique, son toton) individuel, ses génies familiers, sou
tSO t. ASN&E
SOCtOt.OG~CR.
IMt-HMii

dieu personnel. Son entrée en extase se confond avecson


entrée dans la société.Lui aussi a le don, commeses pré-
décesseursdans la société des mates. C'est peut-être aussi
l'extasequi explique presque tout le thème foadamenta)des
ritesd'initiation.Onconnalt t'hypothèaegénéralede M.Frazer
sur ce sujet. L'initiatiouserait essentiellementune introduc-
tion solennelle de i'ame extérieure dans le sein du jeune
homme.!) est étonnant que M. A. n'ait pas connucette
théorie,si instructive pour lui. L'initiationest le plussouvent
un simple drame de mise à mort figurée, de sommeil,de
réveildu jeune homme qui est réputé avoir accédéà une
nouvellevie. Cedépart de t'âme, cette viesupérieuredu jeune
initié, toutes ces croyancesmisesen actionn'ont-etiespasem-
prunté&ta série des divers momentsdes états extatiques.
Lesétats extatiques les plus importants primitivementne
sont peut-êtrepas,en eflet, ceux qui nefoutplus quesurvivre
dans nos sociétésà nous. L'extaseest, commetousles phéno-
mènes de suggestion, un état psychologiquequi suppose,
normalement,plusieurspersonnesen contact. Elleest chose
éminemmentcontagieuse, épidémique. Or ce caractèreest
encoreplus marqué dans les groupementsreligieuxanciens,
ou prétendus sauvages. Là l'extase collectivea pu êtrefort
bienle cas le plus fréquent, et surtout le cas le plus grave.
Voilàun problèmeque nous croyonsdevoirsignalerà l'atten-
tion,car il est évident que, tant dans sa nature que dans ses
effets,l'extaseen commun, avecses hallucinationspartagées,
peutavoir une tout autre forceque l'extase individuelle.
M. M.

JASTROW(JosEt'ft). – Fact and FaMe in Paycholoery.


Londres,Macmitian.1901,xvtn-370p., petit in 8".
Lu question des erreurs d'interprétation, celledes phéno-
mènes d'hypnose,de suggestion, d'attente et de déception,
celle du rote des mouvements volontaireset involontaires
dans la perceptionest définitivementà l'ordre du jour chez
les psychologues.Nul doute que leurs solutions ne servent
graudementun jour à rétablissement des théoriesde socio-
logiereligieuse. Car précisémentce sont des phénomènesde
ce genre, mais collectifs,qui peuventexpliquer bon nombre
de phénomènesreligieux. Tout progrèsde la psychologiede
cecoté tourneraà bien pour nosétudes et c'est pourquoinous
ANALYSES. -– SOCrOMOtE nELMtEPiiB R!t CÉ~HAL i8<

signalonsici le recueild'articles mi-populairesque M. J. a


rassembléscommes'Usformaieutuneétudegénéraledestinée
à montrer le rûie psychologiquede l'imaginationet la façon
dont elle se superpose& la sensationjusqu'à on prendre la
place.
L'analysed'un certain nombre de phénomènesqui ne sont
plus, pour nous, des phénomènesreligieux,mais qui ont été
et qui restent, pour une grande partie du public, des phéno-
mènes transcendants, est précisémentdes plus utiles. La
notion de l'occultisme, celle du spiritisme (p. 134-166),se
rattacheraient, pour M. J. commepour M. Lehmann, à des
défauts d'analyse, à une réceptivitétrop grande, à des états
d'attente et de prépossession(p. i64),à des cas de contagion
mentale(p. Î54).Noussommestoutdisposésà admettre cette
hypothèse,mais en y ajoutant ce correctifque ces préposses-
sions sont, en bon nombrede cas,d'originesociate.En effet,
dans certaines classes de nos sociétés,il reste, au moinsà
t'état latent, des traditions magiqueset religieusesqui impo-
sent nécessairementla croyanceaux esprits, aux guérisons
surnaturelles.Le « scientismechrétien », pathologique en
paysprotestant, ne l'est pas en payscatholiqueoù la prière
est souvent réputée plus efficacequele médecin.
ti nous faut marquer tout spécialementl'intérêt du cha-
pitre intitulé « Histoire naturelle de i'anatogie(p. 238 et
suiv.).Enfin,les psychologuesprennentconsciencede l'intérêt
qu'ils ont à puiser dans l'arsenal immensede faits que leur
ouvre la sociologie. Ils commencent étudier les processus
psychiquesà traversles diversesformesqu'ils ont prises dans
lesdiverses parties de l'humanité.Le rôle considérableque
l'analogiea du jouer dansla formationdela mentalitéhumaine
est, en ellet, plus évidentdans l'étudedes sociétésdites sau-
vagesque dans l'analyse des états de consciencemême de
l'enfant européen.M.J. lui-mêmeciteinfinimentplus de faits
empruntésau rituel de la magie,aux croyancesdivinatoires
que de faits de psychologieinfantile. Dansune certaine me-
sure,d'ailleurs, il arrive à des conclusions(p. 218~que nous
avonsdéveloppéesplus haut. Maisil n'a fait que constater
les faits, taudis que nous avons tenté de les expliquer. H
était probabtetnent,de par la nature de ses recherches, hors
d'état de trouver les véritablescausesqui dérivent peut-être
toutes de la présence et de l'actionde la société.
M M
(? )90t.tWT
L'.tXXt!ES(M:fOt.on<Qf.'E.

H'JMFFDtXG (HAKALt)'.– ReUgionsphUosophie. (Tt-aduitdu da-


t9Ut,gf. h)-
nois.)Leipzig,Rei!t)aod,
A.VtERKAXDT. – DieSeibsterhattungderreUgiœseoSystème
t<')'~M)«'/t.
t'f'f~()«/))'<'OC/«')'<<'<)' P/O'/O~/tXM. i902,
~OC~/Ojft'f,
p. 20~-220.
G. D'ALVfËLLA.Del'emploide la méthode comparativedans
l'étude des phénomènesreligieux. /~)'«?~f~7/M<ot'MReli-
'/<o/ tUOi,H, p. ).t5.
M.MAfSS. 1. enseignement de l'histoire des Religionsdes
peuplesnon civilisés./~rMf<<<7/«<u<e avri))902.
'<'</<t'/<t'MM,

tt. FORMESË[.~MEXTA!RËS
nE LAVIERELIGIEUSE

A. /<f~t'OM~«'M)<«'CM.

KtXGSLEY(~MAm H. West AMcanStudies. 2'' Mit.,


<f<f/t<!(/d~<0tt«/f~<p<<'< (JEfK~M <(«'<WgMe OCC«/eH/«~).
Londres, Mac<niHan,)901,xxx-507p., m-8".
Celivre est une rééditionposthumedes MM~/)'<c<!H~)«/<M
que nous avons signaléesen leur temps.Deuxchapitres sont
neufs, et importauts tant pour la sociologiereligieuse que
pour la sociologiejuridique. D'autre part, ousait avec queUe
conscience, quelle impartialité, quelle compétence,Afiss
Kingsleyavait étudié les sociétésnègres cettenouvelleédi-
tion, enrichie, sera donc la bienvenue.
Des deux chapitres nouveaux,l'un traitedu systèmejuridi-
que dans les états nègres du Congoet du Béuin.(Chap.xtx).
Les divers systèmes d'institutions de ces sociétéssi nom-
breuses et si variées ~p. 390 sq); les caractèresdu pouvoir
royal lâ où il existe, la nature des droits de propriété qui se
subdivisenten ancestraux, familiaux(inaliénables)et privés
<'p.H86j;les régimes de succession(ligne maternellep. ?7),
du mariage(droit de propriétédu mari sur la femme),de l'es-
clavage, sont l'objetd'indicationsintéressantes.
Mais le chapitre xx qui traite des relationsde la religion
'improprement appelée fétichisme~et du droit doit être tout
particulièrement signalé ici. Miss Kingsleyinsiste très
heureusementsur la nature des prescriptionsjuridiquescon-
cernant la magie; sur la nature des sociétéssecrètes (entre
autres celles des Fjorts), leur pouvoircivilet leurs droits de
AXAt-YStM.– MHMfM ~LëMHXf.U~S~ CE t.A \'t6 XELtGtEUS)! t83

police(p. 400sq.), leursfonctionsreligieuses,leurs mythes;


sur les fétiches de propriété sur la nature religieusedu
pouvoirroyal; sur le caractère religieuxdes lois fp. 4t3).
Partoutelle donnedesaperçusfortsconcretset probablement
tort justes.
Mais il nous sera permis de faire une restriction. Miss
Kiugsleyn'a pas tenu comptedes observationsqui lui avaient
été faiteslors de la publicationdeses premiers ouvrages.La
terminologieest devenuede plus en plus contuse à mesure
qu'elle a teutéd'écrirepourun plus grandpublie; des notions
commecelledefétiche,de HMA'<));«~t'~ ne peuveutque faire
dévierta science.D'autrepart deslacunesdéjà signaléessub-
sistent encore; telle celle qui a trait u l'initiation dans les
sociétéssecrètes.
M.M.
C. HAUDON.– Head Hunters; Bl&ok, White and
Brown. Londres,Methuen,i90t, iu-8".
Il ne faut pas entendre le titre de ce livre commes'il por.
tait sur la chasseaux têtes,ni commesi, parmi tes chasseurs
aux tètes, était une populationde race blanche. Ce titre est
un simple« catcbword et le livreest en réalité un livre de
sociologiedescriptive les noirs du détroit de Torrèset de la
cOtedela NouvetieCuiueebritannique,iesbruns de Sarawak
et de t'interieur de Bornéosont successivementconsidères.
11 ne faut même pas s'attendre à trouver ici autre chose
qu'un résumedes travauxde la grande expéditionanthropo-
logiqueque M.Haddondirigeaavectaut de talent et, semble-
t-il, avecun suffisantbonheur.Lesrésultatsscientifiques,les
observationsdéfinitivesseront publiés ailleurs (v. p. 9~.11
faut tes attendre avec impatience.Les comptesrendus som-
mairesexcitentnotrecuriositéet ne la satisfontpas.
Onconnaîtla compétencede M. Haddonen ethnographie,
et particulièrementen technologie. Entouré du regretté
Within, de M. Ray, un spécialistede la linguistiquemélané-
sienne,de M.Rivers,un psychologueexpérimenté,et d'autres
savantsconnuset estimés,M.Haddons'est livré à une explo-
ration psycho-physiotogique, psychologiqueet sociologique
approfondie.Us ont réussi à intéresserà leurs proprestra-
vaux non seulement tes résidentseuropceus, mais tes indt-
gèneseux-mêmes(p. 127;.En fort peu de temps, ils ont cot-
<8t t/AXXët!SOCMLOCtQCE.
t90t.t90:

tectioané,grâce à unesavantedivisiondu travail, une masse


considérablede documents,de faits et d'objetsqui sonteux-
mêmesdes faits, tels lesdodomsdes faiseursde pluie (p. 33
sq.~ou les iustrumentsde pierre et de copultage.C'est peut-
être même cette tacite de l'expédition qui fut te plus fruc-
tueuse,et, en réalité,elledutêtre le vraibut. MaisM.Haddon
réserve pour des publicationsplus techniques le soin d'en
fournir l'inventaire.Onne peut pas considérercommevrai-
ment exhaustifs les résultatsdes recherchessociologiques,
mêmesur les Iles du détroitde Torrès, que M.Haddoncon-
naissait déjà si bien, maisqu'iln'a pas étudiéestout entières,
où il n'a trouvé que dessociétéseu voiede véritabledécom.
position, sans avoir eu le tempsde rechercherquel fut exac-
tement leur état précèdent.A ce titre, d'ailleurs, ces docu-
ments auront un jour une valeur inestimable, car ce sont
peut-êtrelesderniers qui aurontété pris et pourrontêtre pris.
L'ethnographieanglaises'honoreeu ne laissantpas se perdre
des faits qui, daus quelquesanuées, auraientété déuuitive-
ment perdus pour la science.C'est précisémentce qui fait
que nous regrettonsque nous n'en ayonspas dès aujourd'hui
un tableaudéfinitif.
Au point de vue dela morphologiesociale,les indications
sur les répartitions des groupes, sur les formes d'habitats
(maisondectande la Xouvette-Guinée grandemaisonde Sara-
w:)k; sont fort importantes.Au point de vue économique,
l'étude des relations entre les divers groupes néo guinéens
(britanniques)est des plus notables. Au point de vue de la
aociotogiereligieuse,je signaleraitout particulièrementles
renseignementssur le totémismeet l'initiationdansle détroit
de Terres, sur les oiseauxdedivinationet le culte des crânes
à Sarawak.La rigueurdeFobservatiouet souventla sûreté
d'interprétation font augurerau mieuxdu compterendudéfi-
nitif des travauxde l'expédition.
M.M

Ça. \V. ABEL. – Savage Ltfe in New-Goiaea. Londres,


LondonMissionarySociet; 1903,~2 p., gr. in-8".
Cepetit livre de vulgarisationcontient peu de faits, mais
un certain nombred'anecdotes,et d'intéressantes remarques
sur les Papous de t'Est (Kwato)de la Nouveite-Guinée. Nous
signaleronsce qui concerne les rites funéraireset la destinée
AttAt-TMS. FOHMBt )~~6M~TA!M M H V<)! BBUOKUiiB t9&

de l'Ame(p. 88 sq.), un curieux événementde prophétie


(p. 104sq.), une histoire tort complètede vendettaavecfestin
cannibale(p. t33 sq.). Sur la famille,la répartition des vil-
)ages, le commerce, la technologiede ces sociétés,M.A. ne
nousinformeque d'une façontrès sommaire.

CABATON (AtTosE). Nouvelles recherches sur les


Chams, (Pt~caft'oHj!de~co~ ~'<!tt;tM ~J<~mF. 0~ttt, 1).
Paris,Leroux,190!,211p.
LesChams,dont il est questiondans ce travail, sont une
populationfort dégénéréede son ancienétat et dont les com-
munautéssont éparses dans le Cambodgeet la Cochinchine
française. Leur religion est un mélange bâtard d'éléments
complètementdéformés,dontles originessont des plus hété-
roclites un ancien culte national, une fortedosed'indouisme
un mahomètismetrès altéré. Aussi, au point de vuedes
régressionsreligieuses,les Chamsfournissentun cas typique
et facileà étudier.
Letravail de M.Cabatonest diviséen deux parties. L'une
secomposed'unensembledenoticesisoléessurdifférentspoints
de la vie religieuseet socialedes Chams;dans l'autre, l'au-
teur nous donne uu certain nombrede documentsreligieux,
habilementexhumés et peut-être plus intéressants que los
notices qui les précédent. Ces documents se composent
d'hymnes et de manuels de liturgie, assez expliciteset élu-
cidéspour que la sciencecomparativepuisse dès maintenant
s'en emparer l'étude sociologiquedu calendrier, des têtes,
des principes rituels généraux et, spécialementdes rites
funéraires, pourra certainement en profiter <V. p. 149 et
suiv.).Nous signalerons aussi commetrès curieux le texte
concernant les interdictionsalimentaires des prêtres et la
manièredont les interdictions varient avec les jours et les
mois(p. 3ti~.
Dans les noticesqui composentla première partie, M.C.
étudiesuccessivemenUamythologie(p. 14;, les fêtes (p. 3f)1
les plustypiques, certains rituels spéciaux; à ce propos,il
mentionne(p. 44) un cas nouveaude langagedesesprits. Les
tabousn'ont peut-être pas été suffisammentrecherchés.Par
contre, on trouvera une excellentedescription des iustru-
mentsduculte.
Nousavons réservé pour une mentionspéciale les pages
186 L'AXEE SOCMtOOt~Ct!.
t9tt49M

consacréesaux prêtres, à l'initiation du Mo<<<t'o!t


(magicien),
de ta ~a) prétresse, magicienne) et au rituel employédansta
consultationde cette prêtresse.
Ce travail a été publié par l'Ecole française d'Extrême-
Orient.Nouspouvonscompterque nous devronsà cettenou-
velleinstitutiond'autres et Importantescontributionssocio-
logiques.
M.M.
ZAPLETAL 0. P.). Der Totemismus und die
(Vtxc):ST
Religion Israels. (C<~<'f/«H<'a
fn<'t<~pM<«, Neue Folge,
Fasc. 1~. Freiburg (Schweiz),Uaiversitutsbuchhandiung
f.B.Veith),tUOt,x-nHp.,in-
Pour le savantprofesseurde l'Universitécatholiquede Fri-
bourg, Israël reste le « peupleélu et le livre porte la trace
d'un zéle apologétiquequi se maniteste par des tentatives
assez puérilesd'exégèse(voirsurtout pp. t34etsuiv.) elles
pourraient mettreen défiancele lecteur non prévenu. L'ou-
vrage est pourtant animé, dans son ensemble,d'un esprit
scientifique,et la théorie de l'auteur nous parait, dans la
mesure que nous indiquerons,pleinementjustifiée.
M. Zapietala soumisà unecritique attentivela théorie de
RobertsonSmithsur le totémismeprimitifdes Israélites,ou
plutôt des Sémitesen général.Il montre qu'on ne trouvede
vestiges spécifiquesdu totémisme ni dans l'onomastique
(contre Rob. Smith, qui interprétait dans l'intérêt de son
systèmeles nomsd'animauxemployéscommenomspropres,
M.Z. reprend avecraisonles fortes objectionsformuléespar
Noeldeke,dans son magistralcompte rendu de A'<M~and
J/«n'M~). ni dans l'adorationdes astres, des pierres, des
sources, des arbres, des animauxsacrés, ni dans les interdic.
tions alimentaires,ni dans le sacrifice,ni dans la structure
de la famille. Biendes détails prêtent à la critique mais,
pour l'essentiel,la conclusionde l'auteur s'impose. Dans
l'état de nos connaissances,l'admirable effort de R. Smith
n'aboutit pas à démontrerque le monde sémitiqueait certai-
nementtraversél'étape du totémisme.
Il ne faut pas exagérertoutefoisla portéede cetteconsta-
tation, car nous ne connaissonsles sociétéssémitiquesque
sous des formesde civilisationtrès avancées la Babylonie
nousapparaît, quarante sièclesavant l'ère chrétienne, avec
AJMt-y~. – FOttMM )!<.ÉM)MTAtHMBH t.* VtK aSt.t'itKCSB tM

une culture qui suppose une si longue évolutionque Smith


n'a presque pas trouvé à glaner dans les monumentscunéi-
formesles plus archaïques,et que les élémentsessentielsde
sa démonstration sont empruntésau monde plus conserva-
teur des populations du désert, des nomades. Mais,de ce
côté, nos renseignementsne remontent qu'à l'époqueoù le
christianismeavait pénétré en Arabie.Ornoussavonsaujour-
d'hui qu'à cette époque l'Arabieconnaissait,depuisplus d'un
millénium, queiques-uusdes produits d'une civilisationtrès
évoluée t'écriture, le transit international, etc. Si l'on songe
que la comparaison des langues sémitiques prouve qu'à
l'époque, prodigieusementhaute, qui a précédéla sépara*
tion des ditïérentes tribus, lesformes de la parentéqui leur
sont communesà toutes, étaient uxées. la disparitioncom-
plète desinstitutions totémistiquescaractéristiquespeut sem-
bler possible, et leur absencedes documentsà nous connus
pourrait être interprétée, par ceux qui croient que le toté-
mismea été une phase nécessairedu développementhumain,
commeun simplerésultat de t'évotutiou.
I. LHVV.

J. H.MULLEK. –ReUgiomsgesohichtUohe Bilder.t. FetischismM


und SeeienveMhrung bei Xaturvoetkern und Ctunesen. Bremen,
J.-H. Mutter,3t p., ht-8".(Simpleouvragede vu)gMis&Hon.)
J. KOttLER. – UeberdenGeistergtaubender Naturvoelker.~r-
chiv/'M)'~)OMj!U'<M~~7<«/Y, tV,t. t90t,p. 338.Ï48.
A.MAASS. – Bel Uebemswardigen Wilden. ~'«'). A'eHKfH. d.
.)~H<«tM<M.!tM~Mer. Bertin,Süsserot,t902.
N.YA31ASAKI. Eui Besùohin denKop~agerdorfemauf For-
mosa. ~'«/tet<«t~cM~M<c/oF)'j!cAMGM<t'/<t/) H't'fM,
i90!,p. 2~-37.
C. HOSEet W. MeDOCGAt.L. The relations between Men
andAmimalsin Sarawak. JoM)'Ha/ o/Ae ~M(A<-o/ /<))! t90),
XXXt,p. n3-2tt. (Etudesurdes ritesdedivination.)
Rnf)WE<i(MATM. jMEt).–DieBewohQerderInselTumleo,Ber-
linhafen, DeutschNeu-Guinoa. <<M'
J/)'<t<'t7tM)~Mt /Utf/o'<~o~i'
K/tM~eM~c/tf)~ <9M.p.2~S-X)0.
Ut H'<'M,
F. MUi.LER. Fetisohistisohesaus Atakpame~Deu~ch-Togo).
Globus,7t. p. 279.28t.
J. STAtXJXC. – Shamaniam.CoH~m/MM'-)/ janviert90).
~<'('t'<-)'
t88 <9<)t-t9M
L'ASIESÛCtOLOOH)t'E.

B. – c~aKW c~pratiqtiesp<~x<<wM
<t:o)'yaHf~M.

F. TETZNER– Die Sittwen in DeutsoMand. BMtt'~c~Kr


Fo~&«t<~der P'-CMMM, etc. Braunschweig,Vieweg,1902,
xx.S20p., iu-8".
Le manuel d'ethnographiesur les Slaves de l'Empirealle-·
mand manquait les savants allemands dont les travaux
abondentsur le folklorede leur pays avaient négligé, sinon
d'enregistrer, du moins de systématiserles résultatsacquis;
mêmebon nombre de faits ont disparu avant d'avoirpu être
observés.Nul doute que le livre de M.Tetznerne rendedes
servicesconsidérables,au moins jusqu'à nouvelordre. L'au-
teur est d'une compétenceéprouvée; d'ailleurs un certain
nombredes chapitresde ce livre ontdéjàété publiéssousune
forme plus populaire ou plus savante.
Par Slaves allemands M. T. désigne t° Les populations
baltiques, les anciens Prussiens, les Lithuaniens,iesLettons
de Courlande(qui subsistent encore sur le bord d'une des
lagunesallemandes) 2° les populationsslaves-occidentales,
Masures, Philippons, Tchèques, Moraves, Sorbes, Polaves,
Slowinges,Kaschubes,et enfin Polonais.Le plan de chacune
de ces monographiesest io suivant bibliographie,histoire,
(histoirelittéraire quand il ya lieu, ex. Lithuaniens),moeurs,
coutumes et traditions, formes de la maison et de la vie
économique.
La dernière de ces rubriques, surtout ce qui concernela
formede la maison et la répartition desmaisonsà l'intérieur
du village semble particulièrement soignée et sera utile à
ceux qui s'occupent de morphologiesociale.(Voiren parti-
culier p. 294ce qui concerneles Sorbes.)
Nousnous sommessurtout intéressésau folklore, ou plutôt
aux traditions d'origine ou de genre religieuxencoreen cours
dans ces sociétés,tl faut avouer que, par exemple,les rites
agraires, pour nombreux qu'ils soient et sufusammentcon-
servés, ne présentent pas de notables particularités.Lescou-
tumesMasures« du dernier a au retour dela moissonrentrent
dans les cadres connus. Peut-être des monographiesplus
détailléesauraient donné des résultats plus intéressants.Les
usages de Pâques ou de Noëi portent toujours le caractère
bien accusédes rites a. raires (p. 260; et fournirontde nom-
ASAMSJM. – fOMtES ÉLÉMBSTA!tMSOti LA ME MUOMtUSE t89

breux équivalentsaux folkloristes.M.T. a négligé, la place


l'y obligeait, toute la partie du folklore qui consiste eu
légendeset coûtes. H n'a étudié queles représentationspopu-
laires qui étaient des survivancesde cultes que l'on a pu
analysersoit à travers d'ancienstextes,soità travers les faits
encoreactuels; c'est le cas pour les Lithuaniens, les Polonais
et les Sorbes.
M. Tetzner a fort modestementajouté beaucoup d'obser.
vations personnellesaux faits déjàconnuspar une littérature
assez abondante. H a enregistré un très grand nombre des
faits les plus caractéristiques,et son livre est un abondaut
répertoire de documents. Il faut simplement regretter que,
forcément, la ptupart aient été donnéssous une forme trop
schématique. Par une contradictionassez forte, M. T. qui a
voulucontribuer à déterminer la part des Slavesdans la for-
mation de la culture germanique,a précisément omis de
noter et de localiserles survivancesqui existent en Prusse des
cultes des anciens Prussiens.
M. M.
F.TETXXER. -Die DrawehnerimhannovorisohenWendIando
um das Jahr 1700. C~M, i902,t, p. 3C9.372.
F. TETZ~KR.– Finnisoh-ugrisohevolkskuncUioheStudien.
Cfo&tM, t9t)i,U,p. 233-235.
E. GLOYEK. – Jeypur. DasHaupt&rbettsMd der ScMeswig-Hotstei.
Berlin,Wtd)-
nischenevMgetiSHh-tutherischenMtssionsgesettsehaft.
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G.HERTEL. – AberglaubtsoheG~brauoheausdemMittelalter
~w/<n'/?</M~WM/<'i''t'~M«K~,tOOt,p. 212-Z79.
A.E.SOtOKBACU.ZeugniMezur deutsohenVolkskunde des
Mittelalters. Ze~c/tt't/l!des r<r<f<M tCO~
/'M<'t'oM-<tAt«xfc,
p. t.
SÉBtLLOT (PAU).). Le culte des pierres en France. /!cn<e</<-
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MABEL PEACOCK. – The tolklore of Linoolnehire. /oM<<x'f,
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·
/'«<-roMtAtM~iUU),p. 338.355.
fet'tM
i 90 ).'MSt!K !iOC«)MUt~t'H. tMt.tWUa

A. MRUNCK. –VoUcsttundiiohMMaGMdgor. fRxtraitdesB/tK~f


~«- fuMMMW/te t'oM~M~.)90t, 3,4, 6, 7). Labes.Straube,tnui,
C0p.,tn-
J. HACHER. –Von demdeutsohen GreazpoBtenLuzern tm Wal-
9chenSQdtIrol.t'/«-<7<~M r<'<M<K''roM~w~c, t~t.p. 2W-
296; t90~. p. m-f:9.
C. v. MAUX. –SittemundGebrauoheiaImeretien. MeAtM, <9C),
)t, p. 3<3"6.

n). L.\ MAUtE

J. G. FHAZEH – On Some Cérémonies of the Central


.tMOCM~'OH
Austï'nlia.aTrlbo8..UMf<'«~«!<f<« /b/' f/tf/t</t'«tt-
fcmf~~o/'&'wifc. Meth~urue,t9()t, p. 3)3 3~

Duns cet important article Frazer tente, à t'aide de la


ritologie comparée, d'expliquer un certain nombre de rites
des Aruntas, et, chemin faisant quelques types de rites. !t
revient sur la nature des rites d'initiation, qui est de symbo-
liser la renaissance et la mort (p. 2t~ et rend ainsi compte
de certains rituels australiens ainsi que des mythes grecs du
passage au feu des héros devenant dieux, qui seraient, eux
aussi. symboHquesd'iuitiatiousrituelles. Onsait que la plupart
des rites d initiation Aruntas s'accomplissent à l'aide de ces
fAtt/H~dunt nous avons eu souvent à parler, et qui sont,
pour leur (orme et pour certains de leurs usages, les parfaits
équivalents des « diables ~<~<'<M<w<, ~(n<~«Hx, etc., que
toute 1 humanité a connus.Il. Frazer eu vieut assez naturelle-
ment à supposer que, dans bon nombrede cas, surtout enAus-
tralie et dans les Iles du détroit de Turrès, l'analogie est com-
plète, et que les yunthas des Dieri (p. 3~0;et d'autres repré-
sentent, en même temps que la voix de l'esprit des mystères,
une force magique souvent étroitement associée à des clans
totémiques, ou même à des individus. Le « diable Maurait
des pouvoirs d'initiation et de fécondation. M. F., sur ce point,
discute précisément la théorie exposée par M. Haddon dans
son //<'«</H«K<<'r<suivant laquelle la cérémonie d'initiation
aurait été magico-agraire avant d'être sociale, et maintient la
théorie inverse c'est parce qu'elle aurait eu pour effet de
faire renaître les hommes, qu'elle aurait en ensuite pour ettet
de faire naître les choses (p. 3~. Sur tous ces points, M. F.
nous semble avoir, pour une bonne partie, raison; il en est de
– LAMA(ME
ANAt-ME~. 191
même pour ce qu'il dit du sacrement totémique Arunta
l,
<p.31t!).
Maisnousne pouvonsplus le suivre lorsqu'ilinsistesur la
nature magiquedes cérémoniesdu clan totérniquecitezles
Aruntas,cérémoniesditesde Hutichiuma(p.314,318,317~, et
lorsqu'il maintient (p. 3)f) le caractère intentionnelde la
répartitiondes pouvoirs magiques entre les clans. 11nous
semblequ'ily a, dans toute la théoriede M.P. sur ces faits,
un malentendude principe. Il définit magiquesdes cérémo-
uies qui « ne comportent pas appel à une divinité par le
moyeude prièreet de sacrifice,et qui sontsupposéesproduire
l'ettet désiré sans Mnterventioud'aucun pouvoir spirituel
supérieurH.Ensomme,la magie,c'est l'absencede religion,
et la religion, c'est le sacrifice et la prière. Libre à M. F.
d'admettrecette définition,mais il ue prouvepas qu'ellesoit
fondéedans les choses, 11est d'ailleurs étonnant que le fon-
dateurde l'étude des tabous n'ait pas plus fait attentionà
l'importance,pour la définitiond'un phénomènereligieuxou
magique,de la présenceou de l'absence d'une chosesacrée.
Pournous, la mentiond'une chose sacréeest le sûr indice
qu'un phénomèneest un phénomènereligieux,au moins en
partie. Letotemest chosesacréepour l'Arunta,les Churingas
aveclesquelsii pratique les ritessont chosessacrées, tabouées
aux femmes,aux non initiés <Cf.p 315,317,318,etc.). Il y
a là des chosesqui ne sont appelées ni par la prière ni par
le sacrificeet qui n'en sont pas moins l'objet d'un culte,
témoincesonctionsrégulièrementpratiquéespar lesAruntas
sur leurs Churingas.
M.M.

BATtFFOL(Louis). Un magicien brute vif en 1623.


/<cf«f~ /'ans, t9M,Il, p. 3~-392.
COGNART (Cu.DE).– Unesorcière au xvnr'siècle Marie-
Anne de la Ville (i 680-17~.Paris, Machetteet C",HXM,
n'C p., iu-t2.
On trouve dans ces travaux d'excellents matériaux qui,
d'ailleurs, ne sont pas élaborés par l'étude des conditions
sociologiques de l'exercicedela magie. Le magiciendo 1623,
Jean Michel,est un curieux et un hallucinéqui parait bien
intentionné.Il est pieux, très respectueux des choses reli-
gieuses,neveud'un prêtre, associét. des prêtres et toujours
t9S t-'ASt~ soemuMt~B. t90t.t9M

pourvude chosessaintes.U jouitde la visiondirectede Dieu.


Maisil prête tous les ans à uu esprit renfermédans unebou-
teilletitt sermentd'ab{uratio<i.
Lavitiede MouHns,oùil opère
après avoir circuléà travers l'Europe, parait pleinede sor-
cierset d'ensorcelés.Lescroyancesdes juges sont noter.
Cequi est intéressantdaus le livre de M. do Cogaart,c'est
le milieudans lequelse déroulent les phénomènesexposés.
11s'agit d'une bandequi se grossit peu à peu, les adhérents
mettant en communleurs informationspersonnelles;un cer-
tain nombrede rites demandeut un nombre fixe de partici-
pants. Les prêtres sont faciles à dévoyer et la bande en
compte plusieurs.La foi résiste aux insuccès.La machina-
triceprincipale,habileventriloque,finitpar s'iiiusionnerette-
méme. Ellea connu M"' Guyon,et chez elle le quiétismea
dégénéréen charlatanismeet en sorcellerie.
H.H.

ROLFI(R. P. PtËMtcaEL). La magie moderne ou l'hyp-


notisme de nos jours. 'Traduct. de l'italien par t'ABBË
M.DoRAXCHON). Paris, P. Téqui,t902, 3t!8p., in 8'.
Le livre est à signaler comme un document significatif.
Munide toutesles approbationsnécessaires,ii est conformeà
la doctrine présenteet passéede i'Hgiise catholiquesur la
magie.L'auteur range dans la magie tous les phénomènes,
toutesles expériencesd'hypnotismeet de télépathie. La pro-
duction de ces phénomènesest attribuée à l'intervention
d'espritsdiaboliques.JIest intéressantde voir où est poséela
limitede la magie. Est magiquetout ce qui dépasseles pou-
voirsnaturelsde i'homme,est anormal, échappeà la surveil-
lance de i Église,contredit des textes formels des Écritures.
enfreint les règles de la moralitéou est susceptiblede con-
séquencesimmorales.
Lesurnaturelqui ne tombepas sous ces divers cas de sus-
picionest miraculeuxet divin.
H.Ii.
H.MtJBEKT. -Magia. /)<c«'oHH<!u'<
des AM«~)«'<~
~'«~«M<:<) o-
MttMM, T. V,p. ~t.
\nx SCMA~X. – Aberglaubeund Zauberei.~M < )M<. A'on~
A'atA.
Cet.,p. ~3-)M.
V"xSCHA~X. – ZaubeMiund Wahrsagerei. HinretigionsgeMh.
A~AMfSB~. – CMtyAXCtMRT n!TM mxCEtMAST LKS M'JXTS )!)3

u. psyeh~ogiMhe:Problem. ï'o. ~««)'<a/wA' XXXHf, p. l.i!


J. TUCMMANX. – La fascination. J/<'fM«Mf, X, p. ZM.2M.
H. F. FEH.BEMG. Der bose BUch in nordisoher Ueborliofe.
rung. ~e)'<MAr<< tles t'M'fOM /'<'ift'«M~Mtt<t90), p. 3U4.3:)0.
WËRHUnG(A~DKtAx). Russische VolkBzauborBprttcho..M'
f/</y.<<.~M</< CM.t'o ~tM, titUt, p. t32. s'
0. 8TOLL. Die Erhebungen ttber Volksmedizln ln der
Sohweiz..S'e/xc.~<-(-/<. y. !'M~/f.,~t)t.
A.EUMAX. –Zauberspr<tohe fttrMuttor und Kindaus dem Pa-
pyrus 3086 des Berliner Muséums..t<t. <~<'A' ~-cj<M..)/.<
~t'M., t90i, S2p..)n-4~.
S. KARPPE.– Études sur les origines et la nature du Zohar,
précédéesd'une A'<M</p &<«'<«'&<ot'<'e </e~(A'a&tafe.Paris, F. Akan,
t90t, 6'Jtp.,itt-8".
BUG)EL.– La démonologie du peuple polonais. ~ct'M~c
r//<<!fo<'<'cf/M/M~<o)M,ti)u~,), p. tSM-no.
~)UtU~(Lot.-t:i). – Les sorciers dans la région troyenne. ~fMM
(/M<<'<<<<fo)« /~M/f«'<-M, tUUt,p. 153Sf{.,20~S<(.
Il. SCHL'HTZ.– Zaubermittel der Evheer (Aosdem SUi.Hischen
)tuseutnin Uretncn). /<tf<)'M«~u««fM~;e/t<'f/<)'AHo~rf<«< t90),
Xt\p. <-iS.
<J.Sf'tKSS. – Zaubermittel der Evheer in Togo. C~)M. t902,
p. 3t4 sq.
XAXTËLSMAX~.–Dasmodizinische Koennomder Naturvoeiker.
Separ. Abd. a. d. //<?. < CMc/tf'c/<<p (<tMf'jf'tt ~p.ttt.tn )ena,
Fiicher, tMt.

)\ CMuY.\XC):s
):T tUT)-:sœKCHHXAXT
).t-:SMuttï.-

t: BOHKLMN. – Die Verwandtschaft der Judisch-


christlichen mit der Farsischea Eschatologie 'r««'Hfc
de /'MC/t(~0~<f ~'«~0-(-/<rc<<'f't!/«'
«CfC<'Mt'/t«<0/Oy/<
~«/<
C'Utingen, Vaudenhoek et Itupi'echt, )U02,n-.tSUp., iu-8".
Ce travail est indépendant de celui de M. Suderbtum que
nous avoussiguatc l'au dernier, tt est, d'ailleurs, conçu d'une
tout autre façon et, eu somme, le compteteet. le rectifie lieu-
reusemeut. C'est, avuut tout, une étude d'histoire littéraire
comparée, fort bieu conduite, encore que retuth'etxent par-
tie))e. L'auteur hous donne uue espèce de aotneoctature des
E. UmtfttKtt).– .~nt)'e sùciot., taot.tfOï. )3
tM L'.tKXKKSOCtoMGtQUE.
19tt.t9M

concordances qui existent eutre les textes et les croyances


zoroastrienaes et les texteset les croyances judéo-chrétiennes.
Mais ces dernières croyances sont sérieusement analysées M
t'aide, non plus seulement de la littérature évangèlique. mais
aussi un peu à t'aide de la littérature talmudique, et surtout
à t'aide de cette littérature des apocryphes, à l'intérêt de
laquelle les historiens rendent enfin pleine justice. Cela rem)
très sérieuse la portée de ce travai). Peut-6tre une étude plus
approfondie encore des dogmes du millénarisme, de la résur-
rection, de la « vie eu gloire M,à t'aide des textes midras-
chiques eu particulier, aurait elle été encore plus fertile.
L'auteur conclut à une concordancepresque constanteentrc
les idées escitatologiques des Juifs et celles des sectateurs de
Xoroastre, mais ne constate pas d'emprunt rcd, ni d'uu eu)'-
ni de l'autre. Cette attitude interrogative nous paratt excct-
lente. Elle est, d'aitteurs, loin de u'etre pas sociologique. tt
faut bien se rap''etet' en eflet. qu'il y eut près de six cents ans
pendant lesquels l'erses et Juifs tirent partie, en réalité, d'uac
sorte de société uniquesiuon d'un seul empire, sansqu'ii y ait
eu necessaireu)enten)pruut il y a eu, a quelques degrés, une
ambiance commune, un même monde d'idées. Le nombre des
ressemhiances et des dinéreuees entre les eschatologies peut
donc être inliui. 11 faut, de plus, se rappeler que le centre de
cette quasi société était non pas en Syrie ni a Suse, mais et)
Babylonie. Une preuve en est l'extension jusque chez les
Grecs de mythes scientifiques, babyloniens, commecelui de la
grande année, mythe que M. B. n'a pas suffisamment
reconnu, p. 130, dans les diverses eschatologies. C'est celle
immense et trouble agglomération humaine aux idées désor-
ganisées. allant des confins de l'Inde aux confias do l'Eu-
rope, qui fut le creuset où furent fondusles dogmesparsisd'uuf
part, juifs et chrétiens de l'autre, et bien d'autres dogmes
encore dont nous n'avons plus que de rares vestiges.

)). W. BOUSSET. – Die Himmeisreise der Seele <


ro~t'Jt' ~'fhMfht~ <<'c«'c/)/c /'«/' ~oM(n<M<i.!fA~,
l!Mt. p. )36-iC9, ~9.~71.

M. Bousset montre comment des religions contemporaines


et qui voisinent vivent sur un fonds d'idées semblables. L:'
doctrine du voyage de rame à travers les cercles du ci''t et des
enfers, soit pendant la vie par l'extase, soit symboliquement
AXAt.YStM.–(.)}MT(;H. i9!l
dans l'initiation, soit après la mort, apparaît dans les apo-
cryphes juifs, s'exprime avec discrétiondans la littérature
chrétienneorthodoxeet triomphe chezles gnostiques. Trois
points sont reievés par M. Bousset fonctiond'huile et son
enetsacramentel,t'enveloppecélesteque revêt t'ame au sep-
tièmeciel, la lutte contre les démonsaux diversesétapes du
voyage.Lalittérature iranienne présentela même doctrine.
M.Boussetprétend qu'elle est d'origine Iranienne et que le
culte de Mithra l'a répandue dans l'Asie occidentale. Il
relève eu Grècequelques tracesd'idéessemblables.
H. H.
0.SCMELL.DerVolksglauben im Bergisohen andie Fortdauer
der Seele naoh dem Tode. Aft-Afo /'<«'~f/t~fuMw~eMMAH/'f,
i<t0t,p. 305-3~.
M.MOEFt.ER. DasSterbebrot boi Sterbefallem. C~tM, t90t, Il,
p.Ct-97.
P. SARTORt. Ersatzmitgabenan Tote.~~<t. ~t' /!t.<.M<-
it't'Mft~cAa/Y, <902,p. 6t.77.
FOL'CAnT (GEon<!H).– Sur le culte des statuesfunéraires dans
l'ancienne Egypte. ~M</<' r//<~o«'e~MReligions,t~u), Il,
p. 40.01et 33~-M9.
J. YoxXME).E)~.– Die Retse der Seoleins Jenseits. <?f~-
(lest'c)'eM<<:rt'<)M<At<))(/<,
«'/))')'/T 190i,p. <0-2S,149-158et 203-
271.
L.MESSEttSCHMtDT. – Ein vergessenesHades. Relief.Ot-'c~
/<~c/tf /«fM</w'M)7MMy, t90i,p. n3-)80.
L. JACQUOT. – Rites et usages funéraires./f<'t'Mc</M<)'<!</</t'o)~
~~«/«~'M,i90f, p. 27!!<}.

V. L): H)TU):L
r.
A. – le f«~M(~'«'<' les/t'<M.
<'f<<'jj)tft<J,
G, A. DORSEYet H. R. YOTH. The Oralbl Soyal
Ceremony. (StanieyMc. CormickMopiexpédition. Fieid
CoiumbianMuseum,Pubtication5S,Authropological
séries,
III, 2). Chicago,)!'0t, M p., in-8".
Il. R. VOTit. – The Oraibi Fowa.mu Ceremony. (tbid.,
D°6t,voi.m,N<'2,p.07.t58;.
Les ethuoiogues américainss'attaquent délibérément à
<M t/tf~E suctot.ootops. ttM-t9M
Fétudedes phénomènes religieux chez les Indiens Pueblos de
t'Arizonaetdu Nouveau-Mexique, et il n'y pas d'exagération
à dire que leurs recherches sont appelées à avoir un
grand
retentissement sur toutes les études de sociologie religieuse.
Nous trouvons dansées deux travaux, décrites avec un soin
parfait, deux cérémonies très compliquées des Hopis du
Pnebto d Oraibi. Ces cérémonies sont celles de deux confré-
ries, celle des Soyail et celle des Powamu. L'une est un rite
du solstice d'hiver, l'autre une cérémonie
spéciale du culte
d'hiver mensuel, célébrée a t'entrée du premier mois
après
le solstice d'hiver. A certains points de vue tesschèmesde ces
deux cérémonies coïncident elles comportent toutes deux,
d'une part, des séries d'on'randes, de drames mimés, de rites
sympathiques, agraires, germinatifs. ptuviauxetsotaires. et,
d'autre part, des initiations. Mais dans la seconde, les
masques de dunse <~e<~<) jouent un rote beaucoup plus
important. Le développement de l'une et de l'autre est. d'aii-
leurs, assez cot)sid'!rubto. Un grand nombre de dieux y sout
incarnés dans leurs prêtres respectifs.
Les fonctions religieuses, comme les r';gious et les
dieux,
appartiennent à des clans déterminés. D'autre part, comme
chaque confrérie a des fouettons différentes, est chargée d''
cérétnouies diverses, elle se recrute dans des ctaus difïérent'
Les deux écrivains ont noté avec soin ces relations des con-
fréries avec les ctans et on en voit tout l'intérêt. La rotation
est même encore ptusétroitement définie car ce n'est
pas
seulement au clan en générât qu'est attribuée la fonction,
mats, a t'intérieur du clan, à âne famille déterminée et même,
à l'intérieur de ta famille, une personnalité
unique désignée
d'après un procédé mal connu.
Bien que traitant de sujets moins intéressants, la brochure
de M. Voth rendra peut-être plus de services
parce qu'elle est
ptus explicative. La portée des rites y est indiquée en même
temps que le texte des formules, tandis que M. Dorsey, par
excès de scrupules, s'interdit ces indications
qui seraient
pourtant fort utiles.
M. M.
R. WLEXSCH.– DMFr<tMingsfest der Insel Malta. A~<
/.<C<< JW-C<W/«<</f</<'<-atf~/MM /<~OM (~.«/<</«jf«K-
fM~ « <c .t/~c). Leip!i~. Teubner, )90~ 70 p., in-i~.
Les faits rassemblés ici sont d'un fort grand
intérêt, mais
Ax.\LMM.– LEtUTUEt. )9?

la méthode dtnterprétation est mauvaise et, pour en rectifier


les résultats, ii nous taut rappeler i'Httention sur un certain
nombre de points déjà bien nettement thés de t'étude des
têtes. Uu pareil livre fait regretter l'absence d'un manuel qui
puisse servir de guide, en ces recherches délicates, aux phiio.
logues de bonne volonté.
Le témoignage d'un prisonnier arabe, rapporté daus les bio-
graphies de Ai Husau ai Burtut, nous apprend que l'ou célé-
brait a Maite vers 1S91la fête de saint Jean do lit taçon sui-
vante. Le jour venu, les prêtres aiiaieut cacher ia statue du
saint sous des fèves en fleurs (ia fête se passait doue au mois
de mars; et ils publiaient le départ du protecteur. Le peuple
alors prenait le deuil et les femmes le pleuraient bruyam-
ment. Trois joursapres on le revêtait une procession allait )e
relever et le ramenait en grande pompe dans son sanctuaire.
La fête peut être tenue pour beaucoup plus ancienne et pour
itutochthoue si l'on considère que les chevaliers de Saint-Jean
établis à Maite en IS30 n'avaient pas & Hhodes, dans le calen-
drier, de fête de saint Jean au mois de mars.
Avec une alternance de deuil bruyaut et de joie exuitante,
cette fête rappetietes vieilles Adunies phéniciennes ~ù le dieu
fneurt et ressuscite égaiemeut. I)e fait, les Phéniciens ayant
occupé Maite, itsyout sans doute célèbre des Adouies. D'autre
part M. Wunsch démontre qu'en un grand nombre de cas
saint Jean-Baptiste a remplace Adonis. Lucien raconte qu'a
Bybtos, aux Mtesd'Adonis, les flots apportaient d'Egypte une
tête coupée. Ou en dit autant ailleurs de la tête de saint Jean
et elle donne lieu à des fctes sembtitbies. Eu tous cas, cette
fête de Bybtos avait lieu au mois de mars, commenotre feted'j
Matteet, si t'ou dresse le tabicau destutnoignages relatifs aux
Adonies, il est facile de coustaterque leur ceiehratiou tombe
tantôt au commencementdu printemps, vers t'equinoxee). nu
renouveau de la végétation, tantôt en été. vers le solstice et à
lit récolte.
Maisit ya dansiesAdouies uu ritetjue M.\uuscit ()uaiiue
d essentiel et que nous ne retrouvons pns à Xtatte. L'eftigie du
dieu, les fleurs que l'ou fait pousser en son honneur, ou tout
autre objet, sont jetés ou momentanemeut ptongésdansi'eau,
ou simplement d'eau. L'enfouissement sous les fieurs
de fèves n'est donc pas ot'igine!, mais témoigne d'une conta-
mination du rite. Or en Italie et en Urece les fèves sont des
pinutes sacrées. On sait que les Pythagoriciens s'en abste-
tM L'ANNÉESOCtOt-OOt~CB.
M04.)9e!

naient et qu'elles étaient interdites ù Rome au /f«M)e«<«~.


Ou eu faisait des offrandes aux esprits infernaux (P<t~oh<<<«).
On explique ces attributions, ces interdictions et certaines
superstitions par lu croyanceque les âmes des morts aiment
à s'y incorporer. Si les fèves représentent les morts, les fleurs
de fèves qui poussent au printemps représentent la sortie des
âmes et par suite la fête de saint Jean rappelle une autre fête
des fleurs qui est également une tête de la sortie des âmes, les
~Mf/«M~'<M.Celles-ci tombent à ta même époque, sinon tout
à f.tit le même jour, comme M. Wunscb voudrait le démon-
trer et t'en est tenté de conclure que les Authestéries io-
niennes ont été superposées par les colous ioniens aux Ado-
nies phéniciennes. Telle est la thèse.
M. Wunsch semble donc considérer les fêtes comme des
drames symboliques bâtis sur un plan arbitraire, scrupuleu-
sentent observé dans un groupe ethnique donné, it ne s'in'
quiète pas de la fonction des rites qui s'y accomplissentet de
l'effet immédiat qu'on a du leur supposer avant le temps, du
moins, où ils ne subsistent plus que par imitation et force
d'inertie. L'importance relative des actes d'une fête tient donc
à des raisons d'ordre esthétique et non à des considérations
pratiques. Lorsque deux groupes se superposent et se pénè-
trent, ce sont des raisons analogues qui président à lit fusion
de leurs rites. Nous ne pensons pas trahir par cet exposé la
pensée, d'ailleurs non exprimée, de M. Wunsch.
Nous ne voyons pas tout à fait tes choses comme lui. Ainsi,
dans les Adouies, le rite de l'eau ne nous parait pas un rite
centrât, mais un rite symbolique accessoire, destinéàproduire
la piuie par réaction sympathique, et qui, nécessaire à la fête
d'été pour assurer les pluies d'automne, peut manquer à la
fête du printemps. Entre tous les rites des fêtes agraires, c'est
un des plus vivaces et celui dont l'explication a le moins
changé. La croyance à son efficacité a survécu à l'antiquité.
On s'étonne de ne pas le retrouver dans la fête de Maite, s'il
en a jamais fait partie.
Quant à l'enfouissement sousdes fleurs de fève, il est témé-
raire de t'expliquer en recourant à des traditions flottantes
sur les vertus de cette plante. A Rome même. les fèves don-
nent lieu à deux séries d'usages contradictoires. Elles sont
l'objet d'interdictions utilisées dans les fêtes des morts; mais,
d'autre part, ou les mange, on les cultive, et leur culture com-
porte, comme toutes les autres, des pratiques religieuses et
At.tt.MtS. – M tUTMtit. t99

des têtes eommuoiettes (fête de c'«fw<.te t" juin, cf. Warde.


Fowter, ~OM««)fM<<r«/.<, p. t~Hsqq.). C'est précisément te cas
a Matte dont uue vallée, aous dit fauteur (p. C~,s'appelle le
Val du père des fèves. Le dieu cache sous les fèves est un
esprit de tu végétation et spécialement un espt'it des fèves. U
xe faut pus perdre de vue qu'un rite a un effet immédiat sur
les choses qui y sont immédiatement concentrées. Ceux qui
pensent qu'une fête cotnme les Adonies représentent symbo-
tiquemcnt le retour du printemps devraient nous expliquer
pourquoi la mort et ta résurrection du dieu se passent en
trois jours. Pour nous. ce symbolisme est tardif.
Xousadtnettonsvolontiers que ta fête est uue fête des morts.
Maistoutes les fêtes le sont plus ou moins. Ici nous en avons
une bonne preuve, que fauteur, it est vrai. ne{;iige. C'est que
te rite du deuil du printemps parait s'être reporte, vers tC76,
au mercredi des Cendres et a fenten'emeut de Carnaval
(p.
Ajoutons par prudence qu'il est hasardeux de conclure des
détails du rituet d'une fête cetebree eu iM)i à ceux de son ori-
~inat antique et, d'autre part, que, sans doute, les Adonies
phéniciennes out été précédées de quoique fête an!th)gue dont
it's fèves, culture ancienne, étaient peut-être le principai
objet.
L'histoire de la fête est instructive. Nous y retrouvons des
traits connus (V..htMM' .')«c<o<f~~t«',t. IV, p. ~tC~. La
f';te de saint Jean a disparu, reformée peut être par un visi-
t<!ur papai, M" Busa, qui séjourna daus ftte à ta fin du
x\t' siècte. Htte est remplacée par ta fête de saint Grégoire le
i'apedu t~ mars. Celle-ci commémore un {ait historique, dé-
faite des Turcs ou peste. Ou lu retrouve peut-être aussi au
xvn"et au xvm" siecie dans les réjouissances populaires du
Carnavat.
Cette histoire nous fait constater une fois de plus le carac-
tère flottant et ehao~cant du dieu des fêtes populaires. Sou-
vent, ou éprouve le besoin de le rajeunir et sou nom est ins-
table. Les traits particuliers de sa figure et tes défaits de son
histoire, la date précise de la fête et les motifs conscients de
sa célébration sont imposes par tes systèmes religieux <;om-
ptets élabores aitieurs. Kous voyons ici comment la religion
primitive ou paysanne s'attache aux religions savantes et dif-
férenciées.
H H.
900 ).'A!t;t~ SOCtOMO~rE t9<H.t9M.

LHVYtkuwRE).– Cultes et rites syriens dMSie Taimud.


/h'n«' <<M
A'ft<~ /x!'t-M,t90), H, p. d83-20S.
L'intérêt de ce travail est de rattacher certains mythes du
déluge, répandus eu Syrie, a des rites ayant pour objet de
produire l'eau, d'appeler la ptuie par un versement solenuel
de l'eau elle-même. Xous verrons que M. Gruppe, dans au
ouvrage analysé plus loin, a fait, pour le monde grec, le même
rapprochement. Cette idée, que nous avous eu l'occasion de
soutenir ici même, commence donc à se répandre.

L. v. SCMMEDER. – Lmgo (Refrain der ieitischeu Sonu-


weudfeier,M/~A?t<(«~ct! ~)' ~tt~o'o~oh~t~'AfH(;o!('«<!c~t~
<)'«'?,t90~ p. t-ii.
FH. KLUGE. Ôst&rûn. ~<'<~('</f /< <~«~(-/tf !ror//b;.
M-/<K«y. t90t, p. 4~ sqq.
Un hymnedu Rig.Vedn ~'H, 87,5~appeHe iesoleii unebatau-
çoire d'or. Le rituel de ia fête du solstice d'hiver (.~</«!f/-«<«)
comporte une balançoire sur laquelle monte le //o/f«-.La b:).
tançoire est expressément désignée dans le chant liturgique
correspondant comme le soleil. Or le mot lithuanien /<7~ose
rattache à un verbe, ~of, qui signifie précisément sauter et
se balancer. Il est donc à croire que l'ancienne fête lithua-
nienne du solstice comprenait, comme la fête indienne, un
rite du balancement.
Ailleurs (l'auteur ne cite que des exemples indo-européens),
le balancement rituel est remplacé par des sauts et par des
danses. Ces cérémonies se pratiquent aussi bien au printemps,
ou au commencement de l'année, qu'aux solstices, en tous cas
aux époques cardinales de l'année solaire. Cesont évidemment
des cérémonies sympathiques qui impliquent une représenta-
tion, un mythe correspondant du soleil, de son cours et des
dites époques. L'idée de la danse du soleil se rencontre un peu
partout et a créé des figures spéciales et vivaces, l'Aurore
dansante, {~M<:germanique, déesse de la danse solaire de
Pâques, cest-à-dire du printemps. Celle du soleil balancé
semble atrophiée. Du rnoinsM. Schroeder n'en suit pas le dé-
veloppement. Peut-être devrons-nous la chercher dans des
mythes correspondant à d'autres balancements rituels,comme
le mythe d'Mrigone et de la (été des tcaria a Athènes, qui
appartiennent au cycle des mythes et des tètes Dionyslaques.
AX.\).YSES.–).HMTfHt. SMt

Dansce cas, il y aurait eu déviationet spécialisationdu mythe


et de ta fête.
Dansun appendiceau 2' vol.doson Co~tt Cc«j/A,M.Frazer
donne (p. 48~ des exemplesde balancementrituel à Noëtet
dansla quinzainede Pâques.Lerite figureaussidansdestêtes
spécialesde lit végétation. N'aurait-il pas été appliqué par
analogieau soleil,entratnant l'image'1
M. Schroederfait venir de M)~oles mots<«o«, <««)<H«
qui signifient le fianceet lit fiancée.La fête du soleil est eu
effetun mariage sacré, type des mariagesterrestres.
M. Kluge nous parle dans l'article ci-dessusmentionné
d'une déesse germaniquedé Pâques qui serait l'équivalent
d'Ushas,la déessedansante. Ouexpliquele non)germanique
de Pâques (Osterfest;au moyendu nom hypothétiqued'une
déessedu printempsO~a~'aet d'uu autre, Ji~<r«,donné par
Bede.L'auteur identifie,en s'appuyant sur Hittebrandt( !'<'<
?/< IL 2C~les divinités de t'aurore et celles du prin-
temps.
Il. li.

(! PITRE.–Curioait&diM8ipopola.ri.Catauiu,Grannotta,
t902, t66p.,in-8".
Parmi les c«~o.s«<~que l'auteur a reuuiesdans ce petit
livre, sans aucune prétention scientifique,il y en a piusieurs
dunt nous pouvonsfaire notre profit. Onconstateque régu-
Herementaux rites positifs ou négatifs correspondentdes
fnythes, les uns tout populaires, sans développements,
simplesénoncés de faits; les autres, compliquéset parfois
empruntes.Citonsun mythedu vendreditp.<!(! Unvendredi,
Jésus demandede t'eau a une personnequi se peignait; elle
la lui refuse et il la maudit; une autre femme,qui pétrissait
la farine pour sou pain de la semaine, lui donneà boireet il
lit bénit: conclusion ne pas se peignerte vendredi,pétrir le
vendredi. Signalonsencore ceux des pages98 et suivantes.
L'article sur les fêtes du printemps complètele livre sur les
fêtespatronatesde Sicile dont nousavons rendu compteil y
a deux ans (.tM~ .Soc<obsff~xc, t. tV,p. ~4usqq. Unedes tra'
ditions rapportées tradition romaine) est a noter spéeiaie-
ment litnuit de l'Ascension,Jésus, avantde monterau ciel,
bénit les champs, les villes, les maisonset tout ce qui est en
plein air; les femmesmettentaux fenêtres un pot plein d'eau,
20: L'Aft~K SOCMLOOQCB.
tMt.)9tH

une corbeille avec un couf 'pondu te vendredi saint) et une


chandelle atiumee. Ou voit ici que l'acte mythique se trouve
répète à chaque fôte. tt est à noter également que la religio-
sité du vendredi a produit une figure spéciale du système
chrétien, une saiute, sauta Vénéra (p. 9U Saint-Frauçoisde
faute est un saint du vendredi.
Un grand nombre de croyances illustrent les qualités des
jours de fêtes, jours de concentration des puissances surnutu-
rettes. NI. Pitrô insiste longuement, d'une part, sur les pou-
voirs des enfants nés le vendredi, qui sont à l'abri de la
magie, de l'autre, sur les pronostics des fêtes du printemps.
Dansce cas, la fête est censée représenter en abrège ta période
qu'elle ouvre.
Sur la relation des fêtes avec la vie et sur les fêtes accouplées
nous trouvons une note intéressante à la page 133; le fait est
tiré du statut de la ville de Trente les citoyens avaient le
droit de pâture depuis la fête de la Purification jusqu'à celle
de saint Georges; à cette date. les bergers rentraient proces-
siouncttement dans la ville avec des prémices.
Le premier article traite du poisson d'avril, mais sans
expliquer son origine. Uny voit comment se répand une cou-
tume. A peu près inconnu eu Sicile il y a un demi.siècle, il
l'est encore tout à fait à la campagne; l'usage des plaisan-
teries du i'~ avril vient de France ou de Cènes.
Signalons pour finir un article sur les facultés médicales de
certaines familles. Ici encore, nous rencontrons le mythe
d'origine. Nous y lisons des notes intéressantes sur la parti-
cipatiun (tes femmes à ces pouvoirs. Dans un certain nombre
de cas, ils paraissent tcgaiises part'Egiise.
Il. tt.

RfETSCHËL~G~OKH). – Welhnachton in Kirche. Kanst


und Leben. Sammtung itiustrierter Afonograpbiecn f~<
!<)«<<~A<~f<
<<<.«', (<<««<'f<tfft~m.~ h n'o. Hietefeidet
Leipzig. Veth.fgen et Kiasing. t~, )0') p.. in-4'.
Nous n'avons pas grand chose a dire de monographies du
genre de celles (le M. ftietschet. Mais n'jus croyons devoir les
car eites peuvent être utiles. C'est un livre purement
descriptif. Mais ta description est intéressante, assez précise
et sumsamment riche. Le premier chapitre sur l'histoire de
la fête fait honneur à 1 érudition de son auteur. Les cha-
AMt-ÏSES. – t.E tt!TCt!t. 309

pitres de folk-lore (Usagesde Noëi;présents de ~)oëi;arbre


de Noët;soutpeut être un peucourtspour miiivre pittoresque,
maisils sontcependantsuntsammentnourris. C'est ensomme
un assez bon texte historiquequi encudreune très riche série
d'illustrations, Celles-cisont des plus intéressantes.Ce sont
uniquement des reproductionsde monnmeuts, tableaux et
sculptures, représentantta Nativité;l'illustration prolongeà
traversle livreentier t'histoiredes représentationsde ia Nati-
vité qui fait l'objet du deuxième chapitre comme étude
d'iconographie,t'ouvrageestdonctort important. Afeuilleter
cette suite do figures, la tendancevers le type, t'influencede
ia tradition y est manifeste;mais les faits sont simptetnent
juxtaposésdans un ordre chronologique;le travail de classi-
fieatioun'est pas apparent.Me:aeobservationpour le chapitre
sur les cltantsde Noetet sur les représentationsdramatiques
du mythe.
H. H.

)). HOLER. St-Nikolaus-Gebâok in Deutsohiand. /<'«<<<,


t~rcutt t'o~A-,t'J~, p. 8U-89, t')S-~U3.
F. LOOSE.–Die Eiserkuohender Zorbstergogend.yci~c/u'.d.
r<)'efM/ t'uM'~t«t</<tWt.p.
Il.t- FEtLBEXG. – HochMitMoMsae, NeujahrsBcMsse.~tt-cA~
/'«;<oM)t-('()«'A~<, tMi, j). ro-t'n. ~4.2)i9.
nOt.DXHtEH.UeberdasBrauohder Mahja-VersammIungen
im Islam. M'fc«t'<' y. d. A'M'tf/c
/<')'<<c/u'. <<'yc' )~oi, XV,
p. 187~).
E~L~ At.JO~ES.– GratefutFrejus./</M-<< t90t,p. 3~7-3iS.
S. 0. AUUY. – Garlanddayat Castleton.f«M-/o)-c, t9<J),p. 394-
43U.Hitedu roi et de la reinedeMai.
nOE)-'mt< (MAX;. – SanktMichaolsbrot.~<c/u-<7Y</M r«'<-)'))~
~o~AMo~,p. t93-2m.
tHLLEft VusCAEHTK)~GËN. – Bine Karmeonfeierin Thera.
//f)-MM,1901.p. )3t-t40.
J. CAPAtH'.– La fête de frapper les Anou. Kft'M</<'('6-
~<'x~MM. H'O),), p. 2t'J2~t.
<ot')'<?
H.SAMTHK.Familienfostoder Grieohonund Romer Mer)it),
G.tteimcr,<Wi,v-t28p., it)-
C.XEt.LEM.–DerNikolausabondamAberseehnSalzburgischen.
~e<<M/u')</M t'<'<-<'«M/'M)' )90),)'. :M~i.().
t'o/M'Mf/f.
SUt tMt t9M
L'.tfNëe MCtOLOOtQfe.

B. Mt~MfttMCOft~fM,)'tfMMMHttP~.

H.KLOSË.– ReUgicose Ansohtmum~enund Menaohon-


opfepinTogo. ~o~M,Vot.7t, t902,p. W sqq., i9&,sq.
Renseignementsgénéraux sur les religions des Evhe du
Togo(mythede création,tabouset sanctionsdes tabous),sur
les cultesfunéraireset ancestrauxfp. 190;,sur les croyances
aux esprits. Lessacrificeshumainsseraieut le fesuttatpréci-
sémeutsoit des usagesreligieux,c'est-à-direde la consécra-
tioa à une diviuite de quetqu'uuquia viotésou tabou,soit
des usagesfunéraireset de la nécessitéde vengerla mortsur-
venue par magie, ou de donnerau défunt des esclavesdaus
l'autre monde. Et leur systèmeaurait été considérablement
plus développéautrefoisque maintenant.
M M.

R. LASCH.– Die VorstUmme~ng der Zhame in Ame-


rika uud Bemerkungenzur Z:ittuendeformieruag iu Attge-
tneioeu..)/<W<~««~<(<<'r.ht</u'('p. (jc~«! ut «'<~ 1901,
p. i3 et suiv.
L'auteur u'adtuetpas'p. 18)la théoriede Witkeusur l'ori-
gine religieuseet sacrificielledesdéformationsrégulièresdes
deutsdausdiversessociétés(extraction,métaUisatiot), colora-
tiuu/. Ceserait primitivementua usaged'urnemeutation,qui
se transformeraiten rite d'épreuvelà où it est employédaus
te:)cérémoniesd'initiation;il serviraitaussi, mais exception-
ueiiement.de rite de deuil. Mais,en principe,ce serait uue
« habitude cosmétiqueo, nécessitéepeut-êtrepar la défor-
mation que l'usage techniquedevait faire subir aux dents
incisives.
M. M.

L. D. BUMDfCK. – FoM.ad&tlom Rites, M'<~t


sontf A'<)t<f)'~
<'<c.New-York,Thé AbbeyPress.M8p., iu-~
<<;<'<'mo)«e<
fsaosdate'.
L'anthropologieretigieusesortavecuneveritabtedifficulté
de la phaseoù les savantset les amateursse confondent,et
où les faitsont plusd'intérêten eux-mêmesqu'en vuedeleur
liaison. Quantitéd'auteurs consacrentleurs forces à collec-
ANAt.Y~. – t-R KtTCKL BC5

tionner tes faits curieux ou amusants, plutôt qu'à les systé-


matiser suivant leurs caractères intrinsèques. Les études de
folk-lore en restent plus particulièrement à ce stade de la
science en enfance. Les coutumes et tes croyances sont cata-
loguées, non pas d'après leur nature, mais d'après les objets
qu'eues concernent.
C'est ainsi que M. B. a procédé dans cet ouvrage, relative
ment utile d'ailleurs. !t a réuni tous les faits possibles con-
cernant les usages et les notions qui se rattachent à la fou-
dation des vittes et des maisons, à la consécration des lieux
habités et des bateaux, des termes et des limites. Ce n'est pas
que son dépouillement ait été exhaustif, par exemple il
ignore le travail de M. Sarlori sur le sacrifice de construc-
tion (V..f~e &'ocfb/o~t~)«'.n, p. ~36; mais il étend suf-
tisammeut les données dont se sont servis Tylor, Speth,
Simpson, etc.
L'hypothèse fondamentale est que les rites de construction
se rattachent tous au sacrifice, voire au sacrifice humain. Le
but est « la sécurité de t'édifiée »; le moyen est de lui fournir
un esprit, une vie, ou de rendre propices les êtres spirituels,
possesseurs du soi fp. t~. De ce sacrifice humain primitif, la
mythologie antique aurait gardé des souvenirs assez nets
Homntus et Remus, Osiris ('~ seraient d'anciennes victimes
de la fondation; il serait certain que les Sémites auraient
pratiqué ce rite. De nombreuses traces auraient subsista dans
le folk-lore européen. Partout il s'agit ou de donner une âme
au pont, a t'édifiée: ou de racheter la vie du constructeur
'maçon ou propriétaire~ par une autre vio, le plus souvent
celle d'un parent, fils, épouse, etc. Le rite se serait ensuite
atténue progressivement; à la victime humuiue auraient été
substitués des animaux, puis des produits animaux, desfcufs
par exemple; de là on serait facilement passe au sitcritice des
choses végétâtes. Un autre procédé aurait été fourni par
l'équivalence admise entre l'individu, d'uue part, et. de
l'autre, sou image ou son nom. Le sacrifice primitif se serait.
alors réduit a une simple inscription du nom du fondateur
(p. t39). Cette dernière hypothèse paruttra encore plus osée
que la précédente.
M.B. n'a pas senti combien ta plupart des rites qu'il avait
à étudier ensuite différent de ceux qui précédent ils sont d'un
tout autre type. Ils se rattacheut, en effet, au système de la
consécration,et non ncetui du sacrifice. Les processiouscireum-
300 t90t.t9M
L'ASXt~ MCtOMGtQL'K.

ambulatoires, autour d'édifices construits ou eu voie de


construction,les peintures de couleurs symboliquessur cer-
tains monuments,le dépôtde pierresà vertu spéciale,à forme
spéciate,enfinsurtout les rites, uctuels encore, de l'achève-
ment du bâtimentet du baptême du vaisseau, tous consti-
tuent bien nettemeutdes pratiques consécratoires,et n'ont
pas nécessairementune origine sacrificielle. De métne les
rites concernantles termes (bornes, fossés,limites)se ratta-
chent avant tout aux imprécationset aux tabous de pro-
priété. Dans tous ces cas, le sacrifice, s'il a lieu, ne vient
que renforcerla simplo sacralisation par contact ou par
incantation.
Au fond de toute lit théorie de M. B. il y a, d'ailleurs, un
simplismeexcessif.Lui aussi part de l'hypothèsedu sacrifice
humain primitif,alors que le sacrifice,et &ptjts forte raison,
le sacrificehumainne sont ni logiquement,ni chronologique
ment, tesrites.tesplussimpleset les plus anciens.Lesrites con-
sécratoireset dedicatoiressont infinimentplus Mtémentaires
et contiennent,en réalité, le sacrificeen germe. Avantd'avoir
construitdes maisonsou des huttes sur pilotis, ou des canots
de guerre que l'ondoued'une âme humaine, on a eu des pro-
priétés dont on protégeaitles timitespar despierres enchan-
tées ou des cerctes magiques.Ace point de vue, les formes
les plus doucesdes rites de constructionne sont pas nécessai-
rement les plus récentes.Ce n'est pas par suite de l'évolution
qu'on trouve dans les ptus anciennesruines de Nippour un
(eut encastré dans le mur. MaisM. B. est évidemment
dominé par l'ancienneconceptionqui prêtait au « primitif
une cruauté et une barbarie irréductibles.
Celivre n'est pas sans présenterun réel intérêt historique.
Mais, sur la valeur des faits aiiégnés, nous devons faire de
gravesréserves.La plupartsont empruntésà des traductions,
à des livres de secondeet de troisième main; aussi sont-ils
souvent inexacts (p. ~6, les cinq têtes du sacrificebrahma-
nique sont destinéesà la fondationde l'autel, non des villes
page 1M),le sacrificedu chameauchez les Arabesest un fait
fort ancienet mal établi, etc.). Beaucoupn'ont pas de rapport
immédiat avec le sujet, l'auteur énuméraut toute sorte de
faits, alors mêmequ'ils ne sont pas des rites de fondation,
pour peu qu'ils aient des caractèrescommunsavec ces der-
niers. Enfin,il admet souvent,un peu à ta légère, des théories
aventureusescommecette de M Trumbuti qui voit dans le
A!<AH'~ES.– H! tUTCEt. 207

templele dévetoppementdu seuil,ou celledeGrantAllen qui


le dérivede l'autet-tombeau.
M. M.

A. USEXER. – MHch und Honig (Le miel et le lait).


/</«'<t«'~M t902,p. m-t98.
.VM<'«)<),

LorsqueBacchusparaît, coulentdes flotsde lait et de miel.


Bacchusest inventeurdu mie) il traitdes lionnes en somme
it fail descendrele cielsur la terre, carle tait et le mielsontla
nourriture des dieux. Le miraclede lit téophaniebacchique
se perpétuede jour en jour dans les Champs-Elysées, renou-
veléde i'age d'or. Cetteimage de ruisseauxde lait et de miel
appartient au bagage mythologique elle exprime ta féticitu
sans borne et la surabondancedes bénédictions.Avant de
sortir de la tégende,rappelonstes poèteset leshommesdivins
dont les livres sont oints de miel.
Orle lait et le mietfigurentdansteeutte ils sont employés
dans les libations funéraires et considéréscommel'aliment
des âmes.Ilsrestentdans lescérémoniesmithriaquesd'initia-
tion. On les retrouve enfindans le baptêmechrétien. L'usage
conservepas les Copteset les Éthiopiensdedonnerau nouveau
baptisé un mélange de tait et de miel apparult pour la pre-
mièrefoisdans les fragmentstatinsnouvellementdécouverts
de la Df<<<M<'a<«< .tp(M<o<on<M; à la messequi suit le baptême
on consacre,outre le pain, trois calices,l'un de vin et d'eau,
l'autre de lait et de miel, le troisièmed'eau.L'usageestatteste
parles canonsd'Hippolyte interditpar le concitedeCarthage
de 397, il durait encore dans t'Agiiseromaineau vr*siècle
parmi les formules du baptêmede Pâques que donne le
Sao'amcHfaWMM figureunebénédictiondu lait et du
J'.t'ontn«M)
miel. Cette formate a disparu du.Sa<*r«wf<tf(tr<«m ~fMttfHtOM
(vjf siècle),puiselleréparait en somme,icila prièrea survécu
au rite manuel.
M.Usenerne peut s'empêcherde penserque cet usage qui
s'est conservéen Egypten'est pas d'origineégyptienne,mais
que c'est un des legs faits par t'hetténismeau christianisme;
ce dernier perpétue les rites des mystères. L'allusion aux
termesde la descriptionbibliquede la terre promiseoù cou-
lent des ruisseauxde lait et de mielqui sembleêtre contenue
dans'terite n'en justifienullementla persistance.
D'oùvient qu'on en ait fait un rite du baptême? Est-ce
9(M t/AX~e SO(:MLOUK)U6.t90t.t9t!!
-1 .1.- "r"
parce qu'on mettait du miel dans la bouche de l'enfant avant
la première tétée ? M. Usener croit que t'anectation du rite Hété
encore détermine par la nature des représentations de nature
mythologique qui s'attachent à l'usage religieux du miel et
du lait. Le baptêmeaccompagné dece ritecommuniet est une
entrée dans lit vie divine.
H. H.

RRNST(Jo))A.f<). – Die Ketzertaufangelegenheit in der


ttttchriBtUcheo Kirchenach Cyprian(fo<c/< ««;/<'? j)«
C/tn'~t'~M/.<c/'<t~< «Mf/~Mf'c/xt'A~ U, 4). Mayencc,
Kirchheim, t901, vm-9t p., in-8".

Ce qu'il y a d'intéressant pour nous daus )a controverse sur


le baptême des hérétiques, c'est qu'elle nous fait voir com-
ment une église peut hésiter sur la nature de ses rites. H s'agit
de savoir à quetieconditionunrite peut être considéré comme
vaiabte, ce qui revient a décider queis sont, entre ses éléments.
ceux qui sont essentiels et ceux qui sont secondaires. Dans lecas
présent, on s'est demandé si le baptême valait par la qualité
de ceux qui le coûtèrent, par l'exécution du geste et le pro-
noncé de la formule, ou pari'acte de fui qui t'accompagnait si
souefttcacité venait du rituel, de t'exécutant ou de l'intention.
La question était d importance, car il est dangereux de répéter
un rite dont l'effet est iueuacabtc. C'est ce qui soulevait les
scrupules des docteurs. Cyprien prétendait qu'ii fattait rebap-
tiser tous les schismatiques et les hérétiques convertis par ta
raison que les hérétiques, étant dépourvus de lit grâce, ne
peuvent pas lit conférer, qu'ils lie sont pas investis de l'auto-
rité divine et enfin qu'ils lie peuvent pas baptiser au nom de
la Trinité iégitime, puisqu'ils ne croient pas au même Uieu
que l'Eglise catholique. Ce demi-argument est le principal et
c'est celui qui décide l'opinion des docteurs. Précisément, à ce
point de vue, une distinction tend u s'établir entre les divers
membres détachés de t'~tise; un incline a reconnaître
comme vatabte te baptême dessimptesschismatiquesetcomme
non avenu )e baptême des hérétiques proprement dits dont
l'erreur porte sur t'idée même de lit divinité invoquée dans la
formule baptismaie. Saint Rasiie par exempte anuute le
baptême de~tontanistes parce qu'ils ne baptisent pas au nom
du Père, du Fils et du Saint-Esprit, mais au nom du Père, du
t-'iiset de Montanus ou de Priseitia qui jouent le rôle de t'ara-
AX.tt.YittM. –f.EmTCBr. M9

_n. a_ 1. _t.I._t.1. >- '1I~1.1t Il


etet.Cettedistinctiontond & prévaloirdans l'Hittitegrecque.
Le baptême dos hérétiques est en somme inetficace parce
qu'il y manque la force naissante.c'est-à-direi<; dieu h")
hérétiquesinvoquentun dieu qui n'existe p. leur rite n'est
qu'une simagrép.A vrai dire, les pères grecs se représentent
les chosesd'une fa'~onplus iutetiectuaiiste.Les rituaiistes se
demandentsi ta tonnute, quandelleest exacte,ne sutUtpaspar
elle-mêmemalgrét'erreurde la pensée.C'estainsi quoraison-
nentsaiot Augustinet l'Égliseromaine.Onfinitpar admettrele
baptêmedesAriens tnatgreleserreurs deehristoio~ie:cepcn-
daut, on spéculetoujom'ssurlu rectitudede t'intention et on
iitdanssaintAagustin tui-memedes phrasescommeceiteci:
a Uudeistatantavit'tusaquae (iMptistnatis;.ut corpustangat
et cor abluat, ui facientcverbo oot ~««t J<('t'<<u', M~~«f'«
'-<'F</<<xri'(Tract. 80 inJoh. n.
On est tentédeconcluredesfaitsexposésa la nature du rite,
à la raison qui présideta juxtapositionde ces parties, aux
représentationsqui s'y joignent.CeHes.ci sontessentiellement
vagueset ne se traduiseat pas aisémenten tangige continu.
Deta. l'incertitudeet leserreursdes théoriessur les mythes.
Lescontroversesqui forcenta s'expliquermettenten lumière
les hésitations.
La discussiona donc porté surl'etficacitédu rite, mais on
aurait pu considérerle baptêmecommeune simpletormatit6
d'inscriptiondans une société.Ilseseraitagi du décider alors
jusqu'à quel point tes hérétiquesfaisaientpartie de ta société
chrétienne.Lesdiversesclassificationsd'hérésiedont on nous
parle pouvaientconduireà desconsidérationsde cette sorte.
Leproblèmeserait devenu alors une questionde discipline.
En tout cas c'est là un point de vue secondaireet M. Ernst
hésite a s'y placer (commentairedu t9° canon de Nicée, et
p. 86).
Le livre est une énutnerationde décisionset d'opinions,
sans plus.
It.tt.

J. P. KEATtNC.–Thé Agape and the Eueharist in the


early Chureh (/ft~<pt'et <'et<f/t~'M<f'e
</<tn.!<<Mc pr/w;
~ce). Londres,Methuen,t90), xn-207p., in 8°.
Ce livre serait de ceux qui devraientnous intéresser tout
particulièrement,si ce n'était unethèsede théologie.H s'unit
H. DoMNSM.– Ann<!eMe.u).. )90).t9<H. <t
~W t.tif! i~CtM.MH.tt'K. <'KH-tM?

de sHvoirquels sout les apports historiques de t'.tgnpeet de


i'euchuristio,du repas en communet do iacomméntoratiutt
de la cène l'agape et i'eueiun'isticue sont-ellesà t'origine
qu'une seule chose, sont-elles deux institutions difïérentcs
que t'insufftsancede nos textesne nous permetpas de distin
guer? confonduesau début de 1 histoire,commentse sont-eiies
difTerenc~'e~? Cotnmeat le sitcremcnt est!! sort! du repas
coutumier? M'dsou ue peut répondre d'une f.)(;ondécisive
ces questionsembarrassanteset suppléer u l'évidencedirecte
des textes si i'ou n'étudie les deux tenncseu présence comme
des phouoneuessociaux, susceptib!e':d'uueévolutionlogique
que leseircoostances historiquesmodifientsimplementetque
les tétnoign!)ges(tes textes pourraient, ù la rigueur, suffireu
jalonner. M. Keating, historien consciencieux,suit lestextes
et n'y ajoute qu'à tu lumière de sa consciencereligieuse.Au
momeutoH parut le christianisme, nous dit-il, t'usine d'-s
repas en contotun était générât chez les païens ~réeo-
romaius et chez les juifs. Ces repas N'étaientpas, dit t'au.
teur, « sans avoir aucune iulluence morale; mais il n'y :)
pas de preuves suffisantesqu'ils aient été, à ce pointde vue.
au mêmeniveauque les agapeschrétiennes et par conséquent
il n'est pas probablequ'ils aient eu une influencedirectesur
leur origine, bien qu'ils leur aient fr.)yeta route, pour ainsi
dire, et qu'ensuite ils aient exercésur eux une iuuueucecor.
ruptrice ». Leraisonnementn'est-il pas lumineux?Demême,
les juifs avaient des repascommuns, maisces repasqui se fai
saieut eu commun « /b<'pK~o.<M o/' t\<'t'~M«w
« (p. H4)ou en
vue de Fobservaucede règles de pureté céremoftieiieditte-
raieutessetttieitetneutdes agapes; M Koatixgobserveseule-
ment qu'ils avaient un caractère sacrificielet que ce carac-
tère a du influer fortement sur l'origine de i'Hucharistie.
M. Keating inclineà penser, surtout d'après le témoignage de
Paul que t Eucharistieétait déjàdistinguée de l'agapedansla
primitive égiise. H expose chronologiquementlu sériedes
témoignages, malheureusement courte et contradictoire.
L'évolutiondes deux institutions a dû être inttuenceepar la
iégistation romaiue; i'agape paraît se célébrer regutieremeut
à la findu n' siècle en conformitéavec les règlementset ies
''oH<'y<a/'MM~'«<tt'<'«.Auta' siècle, la séparationdesdeuxrites
est achevée et universelle. Les témoignagesmontrentque le
rituel était susceptiblede iarges variations.
H.'f.1.
.fMYMM. –* t.E tMTPKf. 2itf

t.. MUESf<G. – ïranisoherMondkult..t)'c/< /<<«~(M'M., tV.


t,<W),p.3t9«).
t.. V.SCHftOEfER.– Der Bohnenverbot bol Pythagoras und
imVeda. ~<e)te<<*f'~t'/«'<7t'(/.A'«H'<<'fy..Mo)'~t/ tfui, vu!.XV.
p. t87f!(}.
STXATE~(AxvRc).–Blutmord. Biutzaubor, Aberglauben!/«!'
~t~t'i!KC~MH</ Me)'<7t)'<! t«t~<?))'~W<M)'«'~M
t'<:t't)'ef(«M;; .<t(/'i)'<'f<')t
bei«</Mt'dM'ft'tt Mf't&<MM</frM'/<f<cAttt'<~<~)~ f/ft~«'/«fA<')t)'M/-
tM. ~t<t' ~«/iKa<'rt<ny Je)' ~«fMo<'<~<~)'~f~< Sif~en, W<t-
doutseheV<rta):<ansta)t, t90t, tv-tOSp., tn.8".
a. DE L.\ GRASSEntR.– Du rôle social du sacrifice religieux.
/<<'t'«fde <Y/M<c'r<'t/M/<~t'o;M, <90t. H. p. tC39.
f. COXYHRAnE. – Les sacrifices d'animauxdans les anciennes
églises ohrôtieanes. Revuede <<'<t~<Mt~ //<<y~M. t9m, t!.
p. t08.ttt.
)!ASSHT()tKXH).– Les rites de la construction. ~t'«c</<'s~'<!</<
tt'otM~o/<M<a't'M, t90), p. toi sq.
COtOXT~n\xx). Le Taurobole et le culte de Beltono. ?-' «f
</7/«/o)'<'c<<</<'A<'M~<t<Mt'<
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der Be.chM<'n)ttn)!
und Bed''))h)<)t; bei di'n i'!tw)itet). ~fntM~c/))'(
/'f~MC/<A<eKM</ W'f'X<CMM/«t/Myt«~~«MM, iM), t0-)2.
Il. G.UDOZ.– La réquisition d'amour et le symbolisme de la
pomme. Ec")e pratique des Hautes Mtodes; section dex scicn't.
ttiston'tuesct philologiques :~)«)Mf<t')'< t902, m p.,m-8.

C. – ~<(e<o<'(!tM.

H voxUHM GOLTZ. – Das Gebet in der aeltesten Chris'


tenhett (tf< pr<c dans le C~'<sff'«Mf'!H)c
p/'<mt'<</).Leipzig,
)nnt-ich8,t90). xvt-3C8p.
Ce Hvt'e combte une importante lacune dans )'histoi)'<' )u
christianistoe. Jusqu'ici, la priëre cht'ctieutte ancieuuc n'avait
M2 t.X~E -)Ctnt.u'!)Ott:. )W(.!OM

été étudiée que fra~mentitirement et par approxim:tti"tt-


pour ainsi dire. Ette n'avait intéressé que tes tt)éolo;ticn'<.ou
tes historiens du dogme, ou les historiens de la liturgie. S);s
caractères propres. souévotntion spéeiate n'avaient pas (ait.
par eux-mêmes, l'objet de recherches particulières. Cette
lacune était d'autant plus sensible que les travaux de ta cri-
tique historique ont fuit surgir de nouveaux documents et
modifie l'autorité de ceux qui étaient déjà connus.
Mais l'étude de la prière chrétienne la plus ancienne a ptu~
qu'un intérêt historique et speeta). Elle est indispensabtf
il une théorie scientifique de !a prière. S'il est une reti~iou.
en elïct. qui ait profondément développé le système des ritt.
précatifs. c'est leCt)ristiauisme;cedévetuppement s'est
même opéré dans tous les sens. y compris cetuide la régrt's-
sion. (:')t)nne, de ptus. il pt'utétre suivi a travers des docu-
ments (titt'faitement historiques et suftisittutnent complets, il
ottre une truetueusp et irremptaçahie matière M quicouque
voudruitétudier l'évolution de ta prière en général. –Voyons
dans quelle mesure le travail de M. vou der Goltz constitue
une contribution a cette étude.
Si l'on s'en tient il la forme extérieure du livre, et aux
intentions de l'auteur, sa méthode est proprement historique:
c'est ce qu'indique le sous-titre /<<'c/tt'r(-/<M/tM(M-«/«M. A c~'
point de vue, la prière est traitée d'une manière strictement
positive. Les di(!crentes formes revêtues cette institutiot)
sont classées et rattachées aux diverses causes qui ont pu
provoquer leur apparition par exemple, les caractères de !:<
pricre paulinienuc sont rattaches aux conditions speci:th'
dans lesquelles s'est exerce l'apostolat de Paul. Même, san--
s'en rendre compte. M. von dcr Guttx fait de l'histoire dan-
un esprit sociologique. Hu clïet, pouf lui, les textes d'un
Cyprien et d'un Eusebe ne sont que les signes d'ua état d'-
choses qu'il s'efforce de retrouver. Une importance miuim''
est donnée aux hommes, une importance maxima aux pheuo
mènes eux-mêmes, en particulier aux relations entre ta
prière, sa fixation et ta tendance du christianisme ancien ver'
l'immutabititô catholique. La notion d'Église, le fait de sn
constitution sont par exempte,pour l'auteur, les faits les ptu'-
importants, les plus explicatifs pour la détermination d<-s
caractères de la prière pautinienue.
Le domaine historique que parcourt M. v. d.G. est le sui-
vant la prière de Jésus '1'. celle dct'aul (IL, la prière des
.t.'<t),y';H<.–).H)tt'n'Kt. 2t:t

t-hretieusaux temps aposto)iqucctpostapostoHque~!h. DitHs


)i)dernière partie de son travail (IV), cette qui concerne lit for-
tnation du rituel cathotique, fauteur lie fait plus que <'utt~-<
<<t<f'rat'etude.
Husomme, cette timitittionexctut deux questions historiques
-tpitaies: celle deîorigiiies proprementlilstoriques, celle des
aboutissants. Le tratvail n'est complet que sur trois points
Jésus, faut. l'époque apostolique.
La prière de Jésus aurait, selon notre auteur, présente un
caractère fort remarquable son formnjairo ue serait pus
f'ssentietiementnouveau; il serait, piusoncoreque les formutes
postérieures, emprciut de t'ambiance juive. Ce serait le cas
n~me de lit priët'e dotHinicate. Louvre propre de Jésus
ifUtaitéte d'introduire dans cette matière aucieone un nouvel
esprit prccatit (p. lofait de tendresse, de douceur, de simpii
cité et d'amour.
La prière du Christ avait naturellement un caractère de
titiaHté.de sécurité etd'immedMtioa iuitnitabtes. La prière de
t'aui devait avoir un caractère déjà déforme. Kn premier lieu,
ellecommence à se regier quanluux heures, aux circoostances,
aux occasions. Ensuite elle devient uu rite puhUc, celui de lu
t.-oumunaute; )esformutesrituenes,tcM.)r.)natt)a,)'afne)),ptc.,
apparaissent, tous sigues de la prière commuue et moulée
suivant des (ormes déjà ptus ou moins ohtigatoires. Mais,
chose remarquable, en même temps qu'elle se fixe. !a prière
conquiert déjà un nouveau formutaire, et t'inttueHce juive
cessede se faire autant seutirquodaustescoagregationschre-
tienues de la Palestine. L'apôtre des!;enti)s instaure ut'e termi-
nologie à lui quoique sa prière soit encore, par bien des
côtes, judaïque, c'est citez lui que s'opère la séparation avec
le judaïsme. C'est a ce moment que la prière devient chré-
tienne mais elle ne se transforme qu'en perdant son caractère
de primitive immediation et de parfaite simplicité, Jésus et
ses disciples prochains ue pouvaient prier qu'à Dieu le Per<
Pau) peut prier au uom do Jésus. C'est par la foi en Christ
que la prière s'exauce.
La troisième partie du trayait est triple. H y a une partie
d'histoire presque purement littéraire sur les prières que l'ou
retrouve à titre edificaUf dans la période apostolique et post-
aposto)ique(p. '252~.!t ya une étudeàdemi philosophique, et
à demi historique sur les plus anciennes prières du cutto
ecclésiastique ~p. )77-). Il a euHnune tentative interes
~tt soCt'tt.WtCCH.tWt-t~'i*
t.'A:<XH)t

sautepourcaractériser.en générai.lu prière(les deuxpremit.'rs


siècles.L'auteurnous montrecommentuuo sorte de tangage
rituelse formeiente<neuttcf. p. Uu toxiqueconventioooet
se crée tout commete dogmeet taconstitutiuuecctésiastiqm'
naissent peu tt peu. Certes,le contenu reste encore d'uue
pure teadresse, t'invocatioureste toujours emproiute d'une
parfMiteeouuaaee. Mais,déjà ta distinction devient tous tes
jours plus importante qui sépare, d'une part. )a prière du
culte public, et d'autre part, i'eiau individuelde i'atne des
chrétiens(c{. p. )M~. Ucja Ot'igèoedistingue te!; diverses
sortesde prières. La xo/ix qu'avait proscrite Jésusdevient
uue sorte de r~te pieuse,ce qu'elle est restéed'aUteursdans
lit piupitrtdesgruudesegiisesciu'etieuues. H.tusune large
mesurece mouvementétait foudc daus la nature des choses.
La prièrechretienuose composaituaturetietnetttde gtorifica-
tious,de grâces, de supplications,de dox'es, de confes
sious et de prières pour autrui. Sur ce point, lit liturgie tout
eatiëres'etuit, pour ainsi dire, tnudeieesuivant tes principes
d'une rhétorique inhérenteà la façon dont le chrétien et
t'homme peut converseravecson dieu. De metneia fixation
d'un rituel sévèreétait la coudition n)6tt)edo la turco et de ia
résistanced'une cotiseexposéeaux persécutions,aux dévia-
tions, aux hérésies. L'espritde la prière chrétienne n'auroit
reHu.a ce moment, selonM. v. d. G., que les déformations
nécessaires.D'tailleurs,ntèmedaosie cuite,un sain équilibre
était conservéeutre ia libertéet la règte (cf.p. 177su.
Cet eqnitibre est rompu dans l'époque qui va suivre.
L'Élise est constituée,à peu près, vers ia fin du n"siècle.
Hiietend tneme,des lors,à ia catholicité, La uutioude culte
et de sacriiiee. jusque-là simpietneut secondaire, passe au
premierptau (p. ~4)~.Lesprières rituelles se développentà
ce poiutque M. v. d. G.est reiativeHteutfuuduà Ltirede la
brièvetéet de la simplicitéuu signe de t'autiquité des for-
mules.Hfaut regretterque ce moment importautde l'évolu-
tion du systèmeprécatif n'ait pas été étudié avec plus de
détails, ii est vrai qu'il eùtfaiiu faire intervenir eu pitrticu-
lier toutel'histoireiiturgique,ce que l'auteur ne voulait prc-
ciaémeut pas. Une analyse et un commentairedes écrits
ancienssur ia prière formenUano de cette dernière partie.
lis août desplus intéressantspouf les spécialistes,Ilsauraient
pu l'étre plus pour le pubiic.
Nous.nerelèveronspas un certain nombrede petitesfautes
ASAMSKM – t<« KnUKt. 3)~

<tedetoi). Attachoos-uoussimptement a taire ressortir les


tendancesgénérateadu livre et il les discuter
Hndépit desintentions de Fauteur, l'esprit de son travail
reste éminemment théotogique.La prière n'est pas pour lui
uu ptténomènecommeun autre. C'est une chofe particulière-
ment « tendre « délicatex, a intimea. C'estunechoseindi-
viduette,en principe elle échappe&t'analyse.Et'e est un don
df Dieu,et la prière chrétienneest undondeJésus. Suaévolu-
tionseule. et non pas son principe, est dominée par l'his-
M.v. d. (!.
toire.Jusqu'ici, it est vrai, la thèse th6oio!{"{uede
est cellede tous les auteurs chrétiens. EHeest,depiu<, celle
du christionismeprotestant, voire luthérien. La prière pure
xetrouveraitdans tes Évaugiles,et à ta rigueur, dans Paul.
Commel'Égliseette même,elleaurait peu à peudéviéet dege.
uereà tnesurequetecathotictsme naissait, jusqu'à la pat'taite
['génération que fut la Reforme(cf. p. 32C,Couctusion).De
jmrGtttestttesesne peuventêtre critiquées. Kt nous ne pou-
vonsici que marquer la partiaiite primitivede l'auteur. Par
exemple, contrairement a tous les auteurs catholiques,
M v. d. G. laisse presque nécessairementdans l'ombre la
questionde la primauté du rituel romain.
Mais c'est lit une lacune tacite &comb)er il en est
d autresplus graves, qui résultent de la mêmetendance. La
première consistedans l'absenced'une étude suntsantedes
conditionsde lit prière. M. v. d. G. nous prévient qu'il en
hit abstraction, et toute abstraction est légitimequand elle
estnécessaire a t'élude. Mais précisément ici, il est impos-
sible de séparer la prière de ses environs rituels, sans en
rendre impossible t'exptication scientifique.La prière est.
avant tout, un rite, une choseemcace.Elleproduit un certain
effet,parcequ'elle a certains pouvoirs.Elleest réputée puis-
sante parce qu'elle est dite daus telles et telles conditions
psychotogiqneset socialesqui tout que celui qui t'adite et
ceuxqui l'entendentcroient Cgatementen savertu. La consi
(tt-rationdu contenude la prière, celle de sa forme.celle de
ses conditions, celle de ses enets sont indissolubles.Kous
entendonsbien qu'en l'espèceces conditions turent, à l'ori-
gine duchristianisme,surtoutspirituelleset individueties;)a
prière « en esprit et vérité semble, en effet,avoir domine
tes débutsdecette religion.Mittsmêmecette prière a des eon
ditions rituellesqui font que cettecroyanceen sa vertuet ces
conditionseussentdû être étudiées.Nutdouteque, ce faisant.
:!<C L'AXXKE
SOOOLOGt~L'K.
m0t-t90i!
M.v.d. G.eut pu mettreau jour des phénomènesimportants.
La seconde lacune consistedans l'absence d'une bonne
théoriedes origines de la prière chrétienne.Le pointde vue
théotogitjuequi veut que Ja prière soit un don du Christa
tinxte des etïorts qui eussent pu être intéressantsau plus
haut degt'M.Lefait que lit prière de Jésus et de la commu-
uauté gitjjjéeunene se distingue pas de I:<prière juivede lit
mêmeépuque.est, eu effet, des plus importants.Latermino-
tugieest la même. Le matérielet la forme sont identiques
seul i'esprit parait avoir changé. Cefait pourraitexpliquer
bien des choses, et même jeter un certain jour sur l'origine
du <;hristi:misme,d'une part, et, de l'autre, sur la nais-
sance, quasi extraordinaire, en Judée, de la prière libre et
individuelle.
U nous faut développer ce pointqui est sociologiqueau
plus haut degré. Dans une certaine mesureet à un certain
point de vue, on pourrait dire quêta prière elle-mémefut
étrangère au rituel du temple,au rituel tévitique. Les rites
manuels semblent avoir absorbé tout t'etiort du peuple. La
Synagogue.au contraire, semble avoir été surtout unecon-
grégation popuiaire, et non plus sacerdotale,de gens qui
se réunissaient pour prier. Ellese formesur les basesqu'a-
vait fondéescetteanciennecommunautédespauvresà laquelle
sont dus les psaumes, ces tardivesprières que. connut le
judaïsmepost-exilique.Elleest longtempstenueà l'écartdu
temple, et n'y pénètre, pour ainsi dire, que dans lesparties
non vraiment saintes. Jusqu'à la destructiondu temple, la
prière ne s est dite que loin du sanctuaire La Synagogueest,
avant tout, de ce point de vue, une sociétéde prières. Ce
mouvement précatif qui anime la Synagogue,mouvement
intensepartessectes, parlesdéviationsqu'iiproduisit, semble
être précisétnentcelui qui anima la prédicationMessianique,
celle de Jean.Haptisteet celle de Jésus.A l'intérieur de la
communauté priante, se forment des sous communautés,
Ebiouites,Esséniens,Chrétiens.Le rituelreste le même.Les
dix-huit bénédictions,le schéma,la litaniede supplications,
les psaumessont la littérature fondamentale l'esprit seul
varie. Le rote du Christ fut précisémentd'avoir extraitde ce
matérielune sorte de schèmecondenséde la prière, tel qu'il
pot servir la piété indivtduelteaulieud être réservé,comme
l'était encore la prière synagoguale,à l'action efficacedela
congrégationou église réunie.
AXAMES. – !.t! tUTEEt. St77

CetÉtat est, d'ailleurs. tellement instaljleque. dès les géné-


rations suivantes, par suite de l'établissementdu culte citré-
tien proprementdit, litprière exclusivementcommune.ryth-
mée, mécanique, recommençaà prendre le dessus.Mais il
n'y avait là aucun fait de dégénérescence cette évolution
était inévitable.Si, au seind'une communautétrès resset'ree,
'jù les sentiments de sympathie mutuelle atteignaient une
intensitéexceptionnelle, un nouveau système de prière avait
pu se former cote des systèmes plus anciens, il ne pouvait
recevoirson plein et entier développement que beaucoupplus
tard et dans des civilisationstrès difïerentes. La prière indi-
viduelleet spirituelle ne pouvaitreaiiser vraimentsa nature
que dans des religions dont l'individu, et non pas l'église,
était l'ngent fondamentai,et, par suite, dans des sociétésoù
l'individualisme était orgunise. Voilàpourquoi la semence
créée à ce moment, n'arrive à sa véritablefloraisonque dans
certaines formesdu protestantisme.Jusque-là, elle dut sou{-
f)'it'le contact des autres systèmes(hymne, incantation reli-
gieuse, supplication publique; qui même, pendant un long
intervalle la rejetèrent au secondplan. L'étudedes oscil-
lations par lesquellesa ainsi passe la prière chrétiennes'im
poseaprès cette ~tudetrès utile, sinon denuitive,des origines,
que l'on trouve dans le présent ouvrage.
M. M.

C M. ROBERTS.– A trea.tise on the Htstory of Confes-


sion until it devctoppodiuto uuricular Contessiou.A.-D.
1218 (M~toM'c de la coM/pMt'OM, Londres, Cambridge Uni-
versity Press, 1901,vut-l~ p., in-8".
On trouvera dans ce très utile manuel, rangés suivant un
ordre « strictement chronologique », la plupart des textes
importants, relatifs à ta confession chrétienne, depuis le
second jusqu'au xm. sièclede notre ère. Au delà, pour tout
ce qui concernel'histoire dela confessionauriculuire.l'auteur
passela main à M.H. C. Lea qui a laisse (189~ uu ouvrage
classiquesur cette question.
Cette division du travail entre deux auteurs correspond
d'ailleurs à une division réelle des faits. Car c'est le qua
trieme concilede Latrao, en 12to, qui, le premier, fit lie la
confessionsecrèteau prêtre une stricte obligation.
C'est à la naissance de cetteinstitution que M.H. nous fait
2ttttt t.'Ax'ojK~etOKMr~.tMt.MM

donc assis'er. Et, déjà do ce point de vue, son petit livre pré-
sente pour le sociologue uu intérêt très vif, puisqu'il nous
montre comment s'est systématisée nue partie tort impor-
tante de lit vie religieuse. Ue ptus, l'étude de la confession
intéresse ta théorie du fonctionnement intérieur de Ëgtise.
Elle est, eu ettet. une iustitutionessentiftiement disciplinaire
qui. au cours de sou évolution, s'est ptiee de plus eu ptus &ta
hiérurchie de lu société ecclésiastique, jnsqu'ù devenir l'apa-
nage exclusif du prêtre. Ou pourrait direHussi que ia maiu-
mise sur lit confession a été ua eMtneut iutuurtaut de force
pour le sacerdoce, et t'en s'expliquerait ahtsi les luttes que,
peaduut prë!! de douze siècles, le etet'gc soutint coutre les
iaïques plus ou moins récalcitrants. Labmdon de façons
cieuce iudivutuetto aux mains de directeurs de cette cons-
cience est. avant tout, un signe de lu force de i'égiise. –
Hnfiu le système de lu contessioa est intimement lié à celui
de III pèt)ite<t('fet de l'absolution, et pari!), a toute l'organi.
satiou moruie de nos sociétés occidentales: les vertus moraies,
expiatuires. de l'aveu, de la confession, du repentir, sont des
phéuomèues trup importants pour que nous ne signalions pas
l'int''ret qu'il y a à les étudier dans leurs relations avec le
mécanisme de la confession.
Les résultats du travail de M. R. sont. sommairement, les
suivants. H y aurait diitereutes origines de la confession
sacramentelle. Elle se rattacherait d'abord (p. ~3 sq.) au
pouvoir que s'attribuait t'égtise (juive, chrétienne) d'absoudre
les pèches. Si les apôtres, suivant t'instructiun de Jésus,
« tient n et « détient « sur terre et au ciel c'est que les
fautes teur ont été avouées. Mais d'un autre côte, cette con-
ft'ssiou et cette absolution avaient lieu surtout dans deux
pnneipates occasions conversion d'uu gentil entr<mt dans
J'église et répudiant ses anciennes erreurs aveu de fautes
graves et pubhques (p. ~)àl intérieur de t'egiise (tett'inceste
d'un diacre) Ou peut dire qu'à ce moment l'aveu des péchés
était un moyeu de rester chréUeuetun moyen de le devenir.
– La confession n'aurait
pris que vers le n)"siëcte le carac-
tère d une pénitence et ce ne serait qu'à cette époque que les
prêtres y auraient joue uu rôle prépondérant. Jusque ta, il
~'agissait d'ordinaire d'un aveu publie, d nue absolution par
l'assemblée ecclésiastique. Maintenaut. dans te cas de l'aveu
public, le prêtre, t'évoque prie pour le pécheur et dan~ un
certain nombre de cas, les lidèles s'adressent directement au
– !.EtttTCKt.
AXAH'~t:S. S)~

prêtre qui les absout.Laconfessionsacerdotaleet privéeest


JUStitUfC.
Maiselle reste toujours facultative même nulle part ou
lieparte de lu confessionpublique comme d'une institution
obligatoire.Tuudis(jue h théorieet le rituel duta pénitence
~edetinissentde façon de plus CMplus cumptete.pendaut
tout le <v"sifcte, trois sortes de confessionse côtoient l'une
que l'on fait a Dieu, l'autre au corps des ndètes assemblés,
f'autre au prêtreou à quelquesaint homme'p 57/.
tt était nature)que t'autot'itecroissantede i'Égtise.celledu
cierge,te besoind'unedisciplinep)us solide que le dévelop-
pementcontinu du christianismerendait nécessaire,susci-
tassentdes moyensd'enquêteet du controteindividuelsde
jttus eu ptns efficaces.Et d'autre part, il tatiait que lit chose
(ut possiblesans do trop grands sacriticesindividueis.La
coufessiouprivée au prêtre reçut donc un développement
coasiderahteà partir duvm" siècle. Elle est pr~utabteà la
pénitence elleest reconnuecommeun puissantfécoufortant
pourie pécheur, et. commeun moyeupratiquede se mettre
en régie avecrelise. –Mais elle n'est encoreni périodique
ni obligatoire,et ta confessiondirecte à Dieusubsiste tou-
jours.C'estseulementau début du moyen àt;e que1 Ëgiiseen
fait peu à peu une condition nécessairede l'absolution, et
fjH'etiel'imposepériodiquementà tous ses adhérents. L'un
des principaux organesde discipline et de dominationest
définitivementconstitue.
Quelquestacunes sont à signaler dans ce travaH.M. H.
négligeies églisesd'Orient.Il ne fait peut-être pas suHisam-
ment sentir toute t importancequ'a eue, pour favoriser Je
développementde la confession,la discipline monacale.Ce
n est pas qu'il ne signaleles faits'.p. 4U,6t, 70, t~t). Mais il
uc semblepasavoir fait de ce sujet une étude spuciate.II est
pourtantcertain que la confessionrégulière, secrète et obli-
gatoire,a été imposéeavant tout aux moines c'est à partirl'
d'eux qu'elle s'est progressivementétendue duus l'église
catnotiquti.– Enfin,il auraitété possibteà AI.R de marquer
que le Judaïsme,peut-êtremornele Mosaïsmeconnaissaient
au moinsl'aveudirectdes pèchesa Dieu formulairecollectif,
générâtdansle rituel du jour du pardon, il n'en existait pas
moinsbien avant les derniers jours du secondtemple. C'est
peutêtreà cetteconfessiondu peupleà Dieuque se rattachent
les premiersusageschrétiens.L'aveudu péchéjoue aussi un
M-t t.t\x)!t! '<"):fot.on)ocs. ttOt-t!)M

certain n'te dans plusieurs autres retigioos maxdeisntc.


boudditistne. Peut-être même y auraitit lieu de le rattucht'r
ausystëaiedesordaties t'etigieusescotnme& sou oriKiuf' pf'-
tniërc. Mais l'auteur a hussc de cùte tout ce qui com'emc
t htstoire cotnparÈede la coufessîoH.
Les tendances protestantes de l'auteur (p. Y~ont peut-~tt'c
ionué sur sa tuéorie du pouvoir sucerdotat en matière de
confession. Ce pouvait-, quant à nous, nous semble dater
presque de l'époque apostolique elle-même. Sans doute, il m;
s'exerçait ni re~utiÈrutuent, ui obtigutuiretneut, ni exclusive-
meut. Alais il setnbte que t'Év'éque et le presbytre en ont utt'
investis beaucoup plus tût que M. R. ne dit.
M.M.
t-'H.OHSEOMECHT.Dioaittostamentliche Schitzung des Got
tesnamens und ihre gesehichtUohe Grundtage. K'~nigsbet
)Wt. tttp.. in-

D. Objels<'f<<f<U'
</C<M/

A. J. EVANS. – The mycenean tree and pillar cuit


and it6 mediterranean relations, « ((~ illuxtrationx /'<-oM)
«'(.-fK<C<W<N< fitlds. Extrait du Jot«'M'<<o/ //c~;«- .<<~<M.
Loudrcs. MaernUtHn,t90!, x'i-KJt)p., iu-8".
L. A. M!LANL – Mundus e templum «t Mna p<«(««
p<'M~<<tf« </t~~<t«-«tfo</<OtOMo,<« c~MM, <MA'<<'MWa e Mc<
/br0 t'OMOHO. /<<'<f(<<(-OK/f
</<Mt'fa~ .tt't'«~M<«dei /,)HC<'<,X.
i9niai)UOt,~Sp.
L. A. MtLANL – L'arte e la religione preeUenica. alla
luce dei bfoazi dell'antro ideo cretese e dei monu-
menti hetoi. S<)«~t' HXt<ftM<<</<H~'cAco~Mft«tn:Mm«<<fM.
t. !t. !?), p. tt!)-~4.
A. MAYR. – Die vorgesohichtiichen Denkma.Ier von
Ma.tt&iM«H<<~«t;jft'M (~' A. <Mj/<'<)tff</t'M«'''/c~ )t'M.'c«-
.cA~ XXt, )t)0t, p. 046-7~.
CLËRMONTGAXXËAU.– Le Zeus Madbachos et le Zeus
Bûmosdea Sémites. /<f<«'<<<f/t~o~«' «~fc~~t/f, 1.1\
a i8, p. 164 sq.
LËVY(ts)BOM). OnKes et rites syriens dans le Ta!
mad, IV Nadbai<a./<t'<-)«'</M ~<)«~ ««CM,t!~t, It, p. ~t))
~05.
A~.U.Y~.–t.HtUTt.'KL Rt

)'. TutU!):. Aschera. und Aat&rte. Hin Heitras xur


gemiti~'tx'n ttt.'ti~ions~escbichtu. Leipzig, iiinricits, t~.
:.8p.,h)8'.
M. A. J'ans,quia)'€[nisuujout'IesauctU!<i)'f'Je)'idi).
Cortyne et peut-être le Labyrinthe, u voulu retirer de ses
découvertes ce qu'ettes contenaient de rensei~aetnt'nts précis
sur les retirions du vieux monde egecu. Sou travail est mu'
contribution remarquabte a l'étude des sanctuaires et. a f'cttf
des dieux, en tant que ta notion du dieu est rattacha a ceik'
du sanctuaire.
).es petits t))uuuux'))tAd<'ia~typUqupmycet .enneeHessaac.
tuaires jusqu'à présent d~bii'yes nous foutt.;m!)!t)'ecom)nt'
objets de eutte (tes .tt'hre.sSitcf's 'O~uiprs, pi)))))icrs.t'tc. des
piliers (pitiersquadranKutaires, cotonnes.betyies.eHa hache
bipe)!He'/x~d'tu't labyrinthe,p. tt..t:ttnaisoud('ta ttache.
Ces trois sortes d'idoles paraissent interctutugeubtcs non pas
que les cuites locaux n'aient adopte t'unc ou l'autre de pret'
rence ou toutes les trois simultanément, mais tes trois signes.
présentes par les mouutoeuts dans des rotations sembtitbtes,
thnques de démons et autres supports ht'ratdiques, ou enca-
dres entre les cornes de consécration de t'autet. paraissent
avoir la même vateur et la même (onction. D'aitteut'sta
colonne peut être tout simplement un arbre sacre modifieet
utilise. Une autre figurR moins fréquente est celle d'un bou-
'tier eu forme de huit, te pendant des «/t'<(( de Hon)' uui
e!.tquelquefois anthropomorphist'
L'arbre et le pitier nesontpas simptement dos idotcsd.u)sun
sanctuaire, its créent le sanctuaire. Le tempte est t'enctosqui
entoure te pied de t'arhre. Le pitier supporte le toit de fa cha-
pette ou te tinteau de ta porte, tt y eu a de nombreux exemptes.
Le pitier, ou )o sanctuaire supporte parie pitier centra), :<
donne te modete d'uue sorte d'autet ou de tut)te d'om'andc.
La table destiaee à recevoir ies libations ou tes onrandes
riches repose sur ta betyte Manque souvent de piliers acces-
soires qui consolident ta construction.
Eunn une comparaison s'établit entre le pilier sacre et tu
stete iuueraire. Le sanctuaire est assinute à la chambre des
tombeaux dotmeniqucs la ehapette est devant un lombeau
le dieu devient un dieu mort, ou un héros. La notion du sacri-
fice du dieu, dout M. Evans n'était pas obtige de parier ici, a
sans doute contribue à ta confusion.
L'-tXtKE ~ûCMLO<:<m;E. tVUt-t!)U.:

De t'ohjet. sucré on passe nu dieu. Ceux'i


sont frequenh
ment représentés sur les chatons de bagues et les
petits mu.
numeots qui représentent des scènes religieuses. Le bonc!it'r
sacré, par exempte, se complète d'une tête. de pieds et d''
brus, puis. le dieu s'en détache et le tient a la main, enfin t~'
houclier disparait tout a fuit et le dieu
anthropomorphe est
simplemeut arme de ta tance. Aiitcurs on voit un dieu solaire.
(les rayons aux épaules, descendre devaut le
poteau de sa
chapelle; des déesses sont assises devant t'astre sacre ou
devant h porte du sanctuaire au pilier. Entre les natifs dc<
anitnaux hecittdinues. ta cotoMMeou l'arbre disparut et l'ou
voit tigurer n tt tr place soit le soleil, soit uu dieu nsllle, soi)
une déesse.
~ousassistonssans sortir du sanctuaire &ta ntultiplicalion
des dieux. L'objet sacre, souvent unique,
parait se transfor-
mer en un groupe de ),iraitetes, compose d'un uontbre denui
d'unités 'deux, trois, six, neuf). Daus le cas de deux coiooHes
soutenant le tiuteitu ou nanquaut la porte du
sanctuntre,
l'identité foncière deséientents du groupe est asgrante. Dans
tes autres cas, elle est presutnnhtc; a dcfaut d'autres L'ctair-
eis<.e<nentsd'aitteurs, ta ioi des nombres ta met en imniere.
En etîet tes lois anémies des représentations
auxquctfesnuu-;
avons (ait attnsion) année
deroiere .)«K~wcM~~Mf., L
p. s'appliquent ici. La division correspond donc. soit à ta
diversité des fonctions divines (dont le catalogue s'~tabtit en
tenant compte par analogie des nombres qui
s'imposent par
aitteursitux itnaginatiotts), soit à une détermination de mo-
ments résultant (tu compromis qui s'ctabtit eutre t idée de
sacré et les notions d'espace et de temps. Les
groupes d'objets
sacrés sont à comparer aux groupes de divinités de même
nom, et de tuemf {onction ~Cour6tes, Uactytes, Heures,
Nym-
phes. ele.).
Un deuxième type de groupe divin, dout la loi
parait dHI.
rente, est celui que forment sur certains monuments l'asso-
ciation d'une déesse et d'un dieu.
Les phénomènes groupés par M. Ëvans sont des
phéno-
mènes généraux, tnaisitsse présentent, avec tes
particularités
qu'it expose, dans le monde méditerranéen depuis l'Espagne
et lesBaléares jusqu'à la Syrie. La religion de l'ancienne Home
parait être constamment en parallèle avec celle de ta Crète
retrouvée. Les mêmes usages et probablement les mé.ncs
croyances se sont conservées en Syrie avec ptns de prn-pt~
AM.tLtStM.–t.KMtTMt. <-}:<

qu'eu Grèce; ils y forment, suivant M. Evans, un substratun)


coxtiHUft sotide de reti~iou uoo sémitique. Enfin, h's monu-
meuts mycéaiens et o-étois trahissent par les accessoires d''
leurs piliers sacrés, la forme de leurs animaux héraldiques.
une iuHuexceé~yptic'ttte.
M. Mitaxi revendique la priorité des découvertes de
M Evaus. Htraite 'doment du sanctuaire. Le m't~Kf et if
<fM)~t<m sont les étéments essentiels d'un lien sacré type. L<*
premier représente le monde souterrain (t'où sorteot )p-<
tuuuesaux jours 7'<'<<y!'o.!t; ['autre represeute le mootte supu-
rieur qui Hptre <)<eut dans tes opt''r.)ti')t)s augurâtes
<<'M<~<t<nt«'<UY<<<' chiddéen et de Piacenx!'). M M. otumcn'
p. i5 les étetnents essentiels du mobilier du fcm/~MOt.Il
t'eeoonatt le t''<t)p~<m et le M<Mtt</«s
sur uue peinture de Cuossc
pubHée par M. Hv~ns.
Le culte ttvf'it pour objet selon M. M. un quadmptc pitier
(jurant on quadrupte Zeus, e~idetneut représfntép!u' ta hache
bipenne. M. M. vott daus tes différences de couleurs que pre-
sente la peiutttre de Cnosse les traces d'un sytuboiistne cos-
mique. i! t'i<tt!tchet'ettsentbie de ces hits à une origine
heteenueet tueme Éhunite. C'est beaucoup prt'smner.
Le travait mosittémbtequ'il pubtie ditns )es.S/M/< <'H)«~'<«~
est bien autrement sujet à caution. U s'écarte (te ):) méthode
prudente, que tious avoustrouvée si fructueuse, de Aï. Evans.
Il at'atHbiHuu de recoustruire la tnythoto~ie et (le donner des
noms aux persoumt~'s qui <ii{ureutsurtes monutuents.H faut
avouer qu'il fait de fort iogeuieux efforts de syn)b«!istnc et
il n'est pas mterdit d'espérer que t'oa aUeigoe un jour le poiut
où il veut en vêt)))'. Mais il faudra procède)'p!<r h) méthode
régressive et soumettre ta mythologie des peuptes méditer-
ntaéeos et ses symboles à une aaatyse qui en dégage les éte-
tneutsîoudamentxux, analyse que nous attendons Rucore.
Les sanctuaires mé};aHthiquesde rt)e de Matte (ouruisseu)
à M.Evaos des exemptes d'auteta betytiques. Ces sauctuaires
sout décrits minutieusement et, pour ainsi diro, pierre a
pierre daus le mémoire de M. Mnyr. Ceiui-ci se fait une
autre idée de t'enchatnement des notions de totobeau, do
sanctuaire. d'autc),de tabernacto et de dieu 'p. 7~i! sqq). Le
point de départ est )a chambre funéraire dottnétuque, table
de pierre portée sx)' des dalles verticales, ttabitat de l'esprit
du mort; elle donne te modèle de la chapette du dieu; le
dieu ou l'esprit s'incarneut dans te sanctuaire; puis l'attention
t.'ASXK6
S(K:tOt.MML'(!.
t90t-ttM:t
se porte sur ta partie caractéristique du monument, c'est-à-
dire sur h table. en sortf qu'une datte ttorixoutaie, supportée
par une pierre verticale (Baléares), un autei assexbas et à un
seul support remplace lu chambre originaire. Maisl'évolution
peut suivre une autre voie et ta chambre se transformer eu
niche ou io~c l'idole, quelle que soit sa forme.
La solutiou du problème religieux doit être donm'e parceiie
d'un double probtème detechnoto~ieetd'ethnosraphie. Les
monuments de Malte et de Goxzase placent dam une série de
constructions, pour la plupart funéraires, qui jalonnent les
cotes de la Méditerranée et contournent l'Europe occidentale.
M. Montetius tjui les a étudiées, dans un livre sur lequel nous
aurons peut-être à revenir (.t«<fM «))<<~<«'o~t, t89'f,
montre que ces monuments se divisent en deux séries à peu
près paratteies, dont les aires d'extension ne correspondeot
pas tout à fait entre cites t" chambre dotmeuique à l'air
libre; chambre ù couloir, à demi ou totalement enterrée.
les unes et tes autres reproduisant avec une inégate perfec-
tion le type usuet de l'habitation, dont ta tombe fournit aa
mort t'équivalent.
Les deux séries sont indépendantes. Là où elles coïncideat
on attend encore les transitions. Or les monuments de MitH';
appartiennent à la deuxième série. Si l'ou pouvait démontrn'
qu'iis dérivent par une évolution normale et sans à-coup <ia
type du dolmen, t hypothèse de M. Mayr pourrait être consi
derée comme acquise. Mais si l'on ne peut pas nous donner
des raisons de penser que les chambres funéraires des cons-
tructions de ces sanctuaires aient été jamais de simples dot
mens, tes tables monoiithiques redeviennent de simples autels
et les supports centraux des pièces d'importance, des bétytM
et des idoles, comme le voudrait M. Evans. Par mathcu).
M. Mayr no s'est pas pose méthodiquement ce problème doxt
la solution nous inquiète.
Nous avons en Syrie un Zeus ~)t< un Zeus-aute! qu'il
faut rapprocher du dieu-autel de M. Evans. Son nom syrieo
M. Levy nous montre ici que la traduction <)''
est J/a</t<MAo.<.
.Vf~aeAcMpar ~<i; est un contre sens récent. Le dieu ii
faut bien dire que l'orthographe sémitique de son nom est
inconnue) est un homonyme de AM<(«, dieu de Ptolémats-
Akko c'est un dieu-rocher ou falaise et non plus un dieu-
autet. M. Lcvy ajoute qu'il est peu probable qu'un nom aussi
transparent que celui de ~/w~«t'A-M:<'<'f<c/< (tieu do sacrifice~
AK.tMi. – ttKt'H~B'<TA'TtnK.<)tf!UGH!f-!)M g2S
..1.u_-
ait donné naissance &une porsonnatité divine Il est incon-
testable néanmoins que, méprise ou non,onaadmisdans):)
région du Ujebei Barakut un dieu.autei. Lit méprise est oUe
récente, s'agit-il d'une« exégèse de basse époque 0. commedit
l'auteur, il est ditneite d'en juger.
M. Torge fait nae revue minutieuse des textes hibtiques rela-
tifs aux arbres et aux piliers sacrés, à i'M<t<'<Y<
et a son culte.
L'(wAcn<est bien uu poteau qui se dresse dans tous les sanc-
tuaires, même ceux do Jutnve, à côté de lu pn'rre tevce
(«tf<?j('/t«)et (te t'autet. Néanmoins )'a.!f/Wf<représeute de
preféreuce une divinité spéciaio. Dans un certain nombre de
pMMges, ia meotion de t'<McAfr<t remplace cet ta d\t~a~<
Fautit en conclure que l'idée de la déesse se soit si intime-
ment associée a ce mode de figuration que les deux noms
soient devenus échangeables, ou que les réditt'teurs aient
intantionneiiemettt supprimé le nom d'.4s(<t)'t< L't question
reste ouverte. Mitisdautrepart, M.Torge pf'étcnd que t'~f/tc~
tient son nom d'une divinité comme les C'/tftmntumde BfM<-
r/tamao. L'objet n'est pour lui que le support d'une divi-
nité individueite soit que cette divinité se soit effacée
dans des cultes auxquels elle était associée. suit que le
mot ou le symbolese soient propagés par analogie. le nom
de sa représentation favorite est devenu ~"érique. Cette
divinité apparait encore dans ies inscriptions' de Tell-el-
Amarna et un nom sembiabie figurait dans les panthéons de
l'Arabie païenne. M. Torge n'atteint pas encore uu degré très
primitif de i'évoiution des divinités et des symboles et ses
constatations n'infirment pas les conclusions de M. Evans.
i!.H.

Yt. – MEPtU~SEKTATfOXS
BELtUtECSKS
/t. ~~pMfa<<otMff~yx'MMJi; <<M < ~c phénomènes
N<!<«t'f<f<
(L'tn)t't)tvi(i,).nt))tUu!tio,)e
temps.!<j)n<'o,etc.)
Laconclusiontoniquedu Mémoireque nous nvons préseoté
plus haut aurait du être l'ouverture dans )'.4HH<'fd'une ru-
briqueconcernantlesreprésentationsco))cc)ivesf/~ude des
contes,celledes cosmologies, en général, celle de )a science,
celle des notions concernant t'ume, le temps, t'espace, la
H. DmKMHM.
– Annfe suciol.,i90).I!)M. )3
~6 ).'AXXËESOC[OLOC!Q).'(!.iMt.t9U:!

cause, !a loi (pour éuumérer en désordre les divers sujets), y


auraient d<~t'ertaiuement être entreprises; celle des retapions
générâtes d'un groupe et de son milieu avec sa montatitc,
eussent pu. elles aussi, taire l'objet d'une étude encore plus
géuérate. Matheureusonent, nous n'avons pu donner à ces
faits leur juste place, parce que t'état de la science ne nous
permet pas encore de teuter l'étude des représentations col-
lectives en tant que telles. Nous sommes eucore forcés de
n'étudier en réalité cesdernières que par teur biais religieux.
Nous y sommes, d'uilleurs, un peu autorisés par la nature
même des faits. La plupart de ces notions se sont formées au
sein de lit religion, ou bien ont revêtu à teurorigiue un carac-
tère profondément religieux. Nous avons vu en effet plus
haut que, même des procédés apparemment tout logiques,
comme ta classification, ont débuté par des formes en grande
partie religieuses. De même,nous allons voir la notion d'amc
se former en grande partie à cause et eu vue des notions et
des rites concernant les morts. De même encore dans t'lude
védique, la notion de toi, celle de toi morale, celle de toi uatu'
rette, étaient pour ainsi dire des dérivées de ta notion de t'eni-
cacité fatale des rites, et de celle du conformisme rituel. C'est
pourquoi nous appelons encore provisoirement représenta-
tions religieuses des notions que nous savons être d'un genre
plus vaste que celui-là.

J. J. M. uKGROOT. – The religions System of China.


Hook tV Ou the Sout and Ancestral Worship Part. 1
Thé Soul in Philosophy and Folk Conception (Vol. i\
<<hn<' ~<!M~<philosophieet les <'o))f~t'oK<po~x<(!tt'M).
Lei-
den, Brill, t90t,x.464p., in-
Nous ne répéterons pas à propos de ce quatrième votum'
ce que nous pensons du travail magistrat de M. de Groot. t)
est destiné à exercer une influence considérable sur les re-
cherches, non seulement des spécialistes, mais des socio-
logues. Les faits sociaux que présente la Chine sont désor-
mais plus observables; or, par leur variété, leur continuité.
leur parfaite authenticité, la netteté des localisations dont ils
sont susceptibles, ils ont une valeur sociologique incompa-
raMe. C'est surtout dans l'étude des représentations collec-
tives, qu'ils peuvent rendre de très grands services. On a vu
plus haut la part que nous leur avons faite en traitant des
AX.tt.ï.tE.'t. – t)Et'ttK<E!<TATi"X.HELfOKL'.SES i:~7

formes primitives de classification. Le volume actuel de


M. de Groot montre qu'il est paiement indispensable d'y
recourir pour faire une théorie des représentations cotteetives
''onceraant t'ame.
Car ht notiot d'Orne est donnée dans des représentations
collectives. Htte dépend,en effet, nondes faits deta conscience
individnette. mais de t'état des civilisations pour n'eu citer
qu'un exemple, on sait toute la dinerence qu'i) y a entre les
idéesgrecques et les idées hindoues relatives il )'ame. Même
les idées philosophiques, les plus rationnelles en apparence,
sont souvent extraites des préjuges en cours dans un peuple
déterminé. Précisément le livre de M de Groot nous tait voir
quelle rotation uuit eo Chine les conceptions populaires aux
conceptions philosophiques. It nous fait voir les di'!6rentes
actions et reactions des croyances, des survivances, sur les
subtilités des philosophes, des médecins, et de celles-ci sur
cottesta. Très souvent un principe scieatifique natt d'une
croyance magique et. en retour, vient aider à coordonner tel
ou tel rite de médecine magique, de magie medicate.
Le livre se compose de deux parties. L'une est consacrée
aux idées philosophiques exprimées par les docteurs du
Taoïsme.L'autre est consacrée aux notions populaires; cettes-
ci sont étudiées surtout & travers les contes et les récits, soi-
disaut historiques, de faits merveilleux.
On peut dire que la Chine présente l'ensemble le plus com-
plet possible de notions concernant t'ame humaine. L'âme
Mt, par certains côtés, identique a l'ombre (Chap. v, très
court). Elle est mobileet n'est pas nécessairement attachée au
corps les rêves sont en particulier les résultats de ses réelles
pérégrinations (p. Ht sq.); son absence cause tes crises, le
coma, la catalepsie. Ses maladies produisent les maladies du
corps son départ définitif est la mort (Chap. vt). Cependant
elle peutse séparer du corps provisoirement et mêmecertains
hommesont pu l'envoyer hors d'eux-mêmes (p. 97 et suiv.).'i.
Ici, on I« voit, M. de G. touche à la théorie de t'ame exte
Heure et du gage de vie. !t est étonnant qu'il n'ait pas trouvé
plus de faits de ce genre dans un fotktore aussi riche et aussi
ancien et. n'était sa conscience de phitotogue, nous soupçon-
nerions peut-être quelques lacunes sur ce point.
Mais la mort n'est pas, par définition, la disparition des
diverses parties de t'âme et de t'ame otte-mëme. Au contraire,
t'ame libérée peut toujours revivre, a condition qu'elle trouve
~!8 !tx~E socroMcfQL'f!.19M.t9M

un corps ce corps peut être d'ititteurs celui d'un hommeon


celui d'un animât. et t'en H ainsi d'une part lit réincarnation.
et dautre part lu iioanthropie propretnent dite. La réincarna-
tion peut être lit simple réanimation du corps. lit conquête
du corps d'un autre mort. lu renaissance p:u' une nonveth'
gestation ~p. )33-)4'). Mais, si nous t'n croyons l'auteur, h's
notions populaires des Chinois sur ce dernier point n'ont p;
été très anectées par le bouddhisme 'p. tSt'. La théorie du
transfert immédiat de l'âme du mourant dans le seind'un~
temme qui conçoit, ce fondement de )a metempsychosc
ttindouc et bouddhique, ne semble pas avoir jouu eu Chine un
rùie considerabte. Ou en peut dire autant de )a zoanthropie.
Httese rciie plutôt au Taoïsmeet, en fait. consiste plutôt dan~
une simple expression popuhure des croyances qui régissent
encore citez nous tous les faits connus du loup garou, de la
tycanthropip. M.de G., qui a pour ce sujet une sorte de prédi-
lection, nous donne un abondant catf'iop'ue de contes et d<
récits, pour lit plupart fort typiques, de tigres garous idoc-
trine fort cotnptète), de loups garons, de chiens garous, dt-
renards garons ù notersur ce point une curieuse histoire
d'etymotogie populaire, p. tt5j, de singes, de boeufs, d'ani
maux domestiques, qui avaient été autrefois des hommes
~chap. x).
A lit considération de t'ame humaine doit donc se rattacher
celle de t'amc des animaux. La série des métamorphose;.
embrasse toute t'éehette animale. C'est qu'il y a une per
meabiiité absolue entre les espèces. Au surplus, en enet
<v. elrap. xt), les Irisloires sont nombreuses qui traitent dc>
origines animâtes de tel ou tel homme, ou même de nations
entières les Turcs et Oïgours descendent, en efïet. pour t''
Chinois, du loup. Mais,(ait remarquable (p. 2S<).une pareille
doctrine ne dérive pas d'un totémismedont on pourrait encore
déceler les traces dans les plus anciens documents. En réalité,
c'est à un animisme généra), universel, absolu, que se ratta
chent toutes ces notions, et c'est au fond à i'étude de cet ani
misme qu'est consacré le travail de M. de G. (p. vm;. Les
plantes eties-memes sont animées, soit qu'elles aient une âme
à forme animate. soit qu'elles en aient une amorphe. En tout
cas, c'est surtout par leur âme, par leur vertu spirituelle
qu'elles peuvent avoir une action médicale. Tous les faits que
11.de G. énonce sur ce point ont la plus grande importance
pour l'étude et de la magie et des origines de la médecine;
9~
\NALÏM!i!. – m:MMi~TA'HO!M KtiUUtRM~s

uinsi te huneux~M' dont it se fait un immense commerce,


tes
dérive sou pouvoir (p. 3t5) de ce que sa tonne représente
ruines, i'&mo de la terre (p. 3H' 3~t); ta ptante medieinate
correspond
<('«<tj/ au soteit, a la force solaire. et doit
appelée
choses inani-
être cueillie dans certaines conditions. Les
mées ettes-memes ont une âme (chap. <v).Un certain nombt'e,
d aitteurs, neaoût pas pour le Chinois des choses non vivantes
nforts
telles les œufs, le sang. t'urine, les restes des individus
demortviotexte. EUessontan contraire parfaitentextanintees.
et leur vertu vita'o a suscité certaines (ormes d'anthropo-
M. de C. traite à ce pro-
phagie ~hap. xv. p. 3M, 37!!). –
ou figurées et des objets
pos de t identité dus images plastiques il seinbte
représentes (ch.'p. x~, des statues animées, etc.
bien qu'il eut pu et du en traiter ailleurs.
Kn somme, pour te Chinois du peuple, tout est animé et
lit
tameest partouticteutiquM. La même conception est eucoreà
te
basedes notions qu'ont créées les docteurs qui ont enseigne
se le rappeite,
T'ao, ou lu nature des choses. Cette théorie, on
dit que toutes choses sont le produit des deux pouvoirs phy-
et du yin
sico-spiritueis, du Yang (lumière, mate, ciei). a
(femelle, obscurité, terre). L'âme humaine n'échappe pus
cette règle elle est double. Elle est Shen ou spirituelle et A'<t"
ou matérieiie. i)e plus, elle se dédouble en uu certain nombre
de formes suivant, ses relations, elle se divise en p.n-ti'-ssui-
vant ses {onctions. Mais ces réduplications sont directement
de la vieetde ta créa-
en rapports avec les ditïerents moments
tion du monde par ces deux pouvoirs fondamentaux. Les
diverses parties
correspondances sont donc absotues entre les
du monde, de t'espitce, du temps, et les diverses parties du
cette double âme, ses fonctions, ses passions, ses ditterents
connue
sièges. Cette théorie du microcosme est la seuioqu ait
la Chine; elle n'est au fond que l'expression d'un animisme
sur cet ani-
persistant et gen6raiis6. t~tte a, d'ailleurs, réagi
misme et la plupart des contes et légendes out adopte uue
terminologie conforme à la philosophie. Même les notions
sur les apparitions, et les interventions des esprits dans le
monde des hommes, ta ctassincation des revenants ,chap. xv
et xvt~se sout mises progressivement d'accord avec les dogmes
du Taoïsme.
tt est impossible à quoiqu'un qui n'est pas sinoiogue de
il est cer-
songer a coutredtre les faits cités par M. de Groot:
tain, d'autre part, qu'il tire de ces faits des conclusions tout
~0 t.'AS!~K MCtOt.OG)~K. tWt-fM

A fait logiques. Dans une certaine mesure nous n'avons duuc


qu'à les accepter. Peut-être aurait-il shnpteoteut été bon de
marquer le de~re de croyance, et, s'il y a lieu, de croyance
religieuse, attribué aux récits populaires sur tesqu~s'ujtpuic
t'auteur. Le conte chinois est toujours daté, ioc~tisé. Muis
peut être n'en est-il pus moins pleinement uu coûte, m~me
pour celui qui ledit sous forme historique.
M. M.

.). W. PO\ELL. – The lessons of folklore. /<M~-<(-«t<


jM//t<M~ tHUO,ti, p. i-30.
HERMA~T ~'AUD. – A propos du fantastique dans les
contes populaires. /<fr)«' <(«/<(f'o/~ jM~M<t<«'M, iUO~.
p.n.
\V. H. ROSCiŒtt. – Ephialtes. Ëiue pathotogisch-mytito
togischeAbhaudtuug uberdie A)ptraume uud Atpdtimoue))
des tdussischeu Altertums (~M<!ft~x~f/! (/< ~A<7o~f-/t
/<M<0<cAf'«~M<' <<f<' A'!jf<S'W/M. </f/'tt'i'Wt't'-
}(tM<'<h<'A«/if
s~</)fM,t.XX, u"tt). Leipzig. Teubuer, t90'), ):~p., iu-8'.
V. VASCit~H et H. t'tKRO~. Le rêve prophétique
dans les croyances et les traditions des peuples sau-
vages. H««c<<M </<'<«Société ~M</t/'o~h~«', t!M), p. t94-
~05.
V. VASCmbE et it. PtËitOX. Contribution à la sëméio-
logiedur6ve.B«~<M de /« .SOctf~(<ltt</<~oh~< i~Ol,
p. 2~-KCU.
Y. VASCHtDË et H. PIÈHOX. Le rêve prophétique
dans la, croyance et la philosophie des Arabes /~<<
/c<</t /« .~t<~f' 't<<o~o/o~«', m~, p. ~8-~43.

La leçon que M. Powell tire pour nous de l'étude du foik-


!ore, c'est que la pensée des civilisés répète, eu bonne partif,
les essais des sauvages; le langage conserve à titre d'images
et de symboles des expressions qui, pour les ignorauts. repou-
dent encore à de véritables croyances de sou cûtc, ia Méta-
physique perpétue des notions qui devraient être mortes. Un
peut en conclure que ta pensée est traditionnelle, qu'elle n'est
pas autonotne ou bien que la logique est variable et que
l'étude de ces variations retève de la sociologie. Ce n'est pas
là que veut en venir AL Powell. Mais il semble qu'il veuttte
donner l'esquisse d'une science qui montrerait qu'au moins
une partie des associations habituelles d'idées, des préoccu-
ASAt-MM. – HRPH~Et'fA'n'Mt:! XEt.XHEP!~ 9:tt

palions et des notions que l'on serait tenté de considérer


comme immédiates,fondamentales,nécessaires,et objetsde
spéculation philosophique,ont une histoire qui seule les
explique. M. Poweil donne deux exemples, 11s'agit, d'une
part, de ta cosmologiedes primitifs, de l'autre de la notion
desprit. Le primitif conçoit le monde comme une grande
case,à ta voûte bleue, peupléed'animaux, au centre de la-
quelleil setrouve.Unpas plus ioiu.il conçoitd'autres centres
du)')viennent les êtres qui le surprennent, et il arrive à les
cataloguer,tt compteun mondede i'Orient.un du Couchant,
unautre du Sud, un autredu Nord,puis un mondedu zénith
et un monde du nadir, chacun d'eux étant respectivement
semblableau sieu: ce qui tait sept mondes.Le compted'ail-
leurs peut s'arrêter à trois. Entre lesmondeset tes régionsou
repartit lesêtres, lescouleurset lesqualités H en résulte une
classificationrudimentaire dont les débris subsistent; cette
cosmologienous a léguédes nombres,la distinctiondes cou-
leurs,1 habitudede tout localiserdans t'espace,fut-ce par le
tangage~Exemple a <<e/<-ont A?«,etc.). Plus tard tes régions
deviennentdes étéments. dont le nombreest déterminé par
les spéculationsde l'âgeprécédent.Avrai dire, M.Powell est
loinde satisfaire notre curiosité miseen éveil. Le choix des
directionscardinateset la limitationde leur nombredevront
peut-êtreattirer l'attention; d'autre part, le mécanismede la
classificationet de la localisationappelle une étude spéciale.
Passonsà la notiond'esprit. Toutest conçucommecorps et
espritparce que tout est animal. L'idéed'esprit vientdu rêve
oùl'hommese voit agir et fairedes merveiitesauxquellesson
corpsimmobilene participe point. Illusiontenace, qui nous
vaut,pour finir, unediatribe contre le spiritualismeen parti-
culieret la métaphysiqueen général.
Cheminfaisant, l'auteur nous fait entrevoir que la méta-
physiqueprimitiveimplique une notionde la causalité dont
sa descendancen'est pas débarrassée.Dans un monde fait
d'animaux,le type de la causalitéest naturellementla péné-
tration; mais celle-cin'est qu'un cas de la causalité « ma-
gique ». Tout se fait par '( magie Ici, par malheur, nous
sommesà court d'explication.En touscas, le magicien,c'est
l'esprit et, dans le défiléd'images qu'ench.nnc le rêve, ia
magie,ou, plus exactement,la causalitémagiquetriomphe.
Est-ceune notionqui vientdu rêve? C'est une question mais
il en est d'autres.
gM L'Actif! MCtut.t~~fË. tM'H-)M;!

My ena trois qui nous préoccupent ici t'Jusqu'à quel point


lu tonique de ce que nous appelons tu pensée cu))ecth'e est-elle
semblable a celle du rêve? Les rêves des individus subis-
sent-its t'intittenee de la vie en commune 3° D'envient que les
imaginations du rêve deviennent ou cessent d'être objets de
croyance?
M. P. Hermaut répond à peuprésa ta première question. Les
contes merveilleux, nous dit-il, out été crées et écoutés dans
des états de demi-sommeil, le soir venu, à l'heure du délas-
sement, oit ifs muscles se retàcheat et s'oubtient. L'imagina-
tion, surexcitée par )Mfatigue, n'est piuseuchittoeeutors par
les sensations de la vie active; !a votoute et t'atteutioa sont
réduites, le st'ns de l'effort musculaire, le sens de la résis-
tance est supprime. De là quelques-uns des traits du monde
idéat des contes et des rêves. Les forces u y ont pas de limites,
ni les choses, de nu'sure; l'espace et le temps s'envotent, les
formes 8'.))tet'ent. se métangent et se transmettent à l'infini.
Cependant, dans la série des transmutations. il y a des éte-
meuts stables. M. Paul Hennaut observe que lit couleur d'uu
être ou d'une chose est rarement changée seule et que, sou-
vent, tacuotfurnest pas altérée parles métamorphoses. Même
observation pour lit parole. Nous dirions d'une façon gène-
rate que les eh'ments considérés comme essentiels et caracté-
ristiques des êtres sont invariables. Mais il y a lieu de croire
que ce sont précisément ceux qui, dans t'état de veille, sont
tonus pour e-seutiels et caractéristiques et arrêtent principa-
lement t'atteotion.
!i est regrettable que M. Faut Hennant procède par accu-
mutation (le références, au lieu d'analyser c'onpietemeut un
petit nombre d'exemples, tt est fatal que. dans ces énuméra-
tions, le classement des faits soit superficiel. Les métamor-
phoses du fonte des /.)f)M'F~'M et, de même, t'ittusion de la
transmigration personnette ou du dédoublement ne peuvent
pas s'expiiq'ter simplement par t'ahoiition accidentette et mo-
mentanée du sens de la résistance et de l'attention. Entre
l'état physique qui favorise le déploiement de l'imagination
et ses produits, il se glisse ici une longue suite d'intermé-
diaires. et t'en est bien loin du point de départ choisi. L'au-
teur constate d'ailleurs avec finesse que le monde des contes
n'est pas incohérent, qu'it a ses lois. C'est précisément ce dont
il faut rendre compte. Mieux vaudrait donc s'en tenir aux
laits simples et ne pas vouloir trop expliquer d'un coup.
.~t)~H<. – HKPMH~KXT.t'HtMS
MHt.ttHEE'-iHS 233

Il s'agit egatemeutde rêve et de tnythotogiedanste mémoire


(teM.Roscher. Le prohteme générât dont it envis:tj;eune face
est de savoir comment se coordonnent les sensations dans te
sommei). en d'outrés termes, quettes representatiot's corres-
pondent dans le sommet) aux modifications de t'ctat normal.
La réponse peut nous instruire sur la marche habitueOe de
ta pensée dans les rêves. Mais M. Roscher m' no~tsmène pus
lit et il nous laisse egatement le soit) de juger si tesproced's
dit rêve sont se)nh)at))esà ceux de t'imaginatiun créatrice de
mythes, tt s'est ))orn6ù l'étude d'uu pitônomem' bi''n défini,
le cauchemar, of)t'on peutdetermineravec prct'i~ion icscou-
ditions physiques du rêve. C'est un cas pat))<)h~i')ne'tui pré
sente avec ex.'gération certains caractères des etid~not'maux.
De tnètne, M. Pau) Hennaut voyait dans ta pit)'!))ysiM{;6tmrate
le type exagère des états physiquesqui mènent i'itHM~ination
au fantastique dt's contes n va de soi qu'H [aut interpréter
les solutions. M. i~scher emprunte aux medt'cins la deum
tion etta description du cauchemar (~</n<c/). Ettepst miuu-
tieuse et fortement assaisonnée df références. Le cauchemar
est provoque pi)r t'ohstructiou accideuteOo des voie:!t'espira-
toires ta fièvre, uue mauvaise digestion, y exposent. Le
dormeur se croit evei)te et se représente à (:tnx ta position
<ju'it occupe. H se sent assaitti par un être qai s'est lente-
ment gtisse daus sa chambre, un être velu, ani'naf ou figure
bâtarde, nti-homme, )ni hôte, da figure repn'sentee varie
d atHeurs. mais peu, avec les causes de i'oppn'ssioa) ta tor-
ture et t'angoisse s'accompagnent de manifestations ero-
tiques. Lesenfants et les animaux sont sujets i'tdes maladies
semhtabtes.qneceuxqui tesohserventattribuent à de~causes
auatogues. La repetitiou fréquente du cauchemar est dange-
reuse. D'autre part, ou cite des exemptes de cauchemar conta
gieux ou surprenant )a fois plusieurs individus Dansée der-
nier cas (et t'exempte cité. celui d'un bataitton [macais cau-
tonue dans t'ahbayede Tropea en Caiahre, est typique tous les
individus du groupe se trouvant dans les mûmes conditions
sont exposes à des phénomènes semhiabtcs (p. sq.). L'ex-
piication ne suftit pas pour les épidémies de cauchemar
mais ce n'est pas ce qui nous intéresse ici. Ce qui doit nous
arrêter, c'est ta constance des représentations du cauchemar.
D'une part. te ))):dest attribue a la présence d'un être vivant,
très corporel d'outre part, les formes de cetêtre varient peu
ou, du moins, tes variations ne paraissent pas autonomes.
Mt f..UMÉSsaMOt~Ot~t'B.tMt.<Mt

Les médecins décrivent ces phénomènes en des termes


qui rappettent de près tes dénnitious modernes. Une série
d'exemples tirés des littératures anciennes complètent tes
descriptions. Nous relevons parmi ces exemples 1 ttistoire du
souge de Jacob et de la lutte coutre Htobim a Bfthet. Les
noms usuels du dcmou sont 'E*x).r;;ou 'K'~i/.T-r, 'Exm/.T,;et
Mt?.Yj!.celui qui assaitte: ir.-f~ démon de ta tièvre,
!t'/t-Mv celui qui étoutte, etc.; en tatin nous trouvons
les incubes, les /«t<H<et /«<'«' /«w«, les pilosi et le dieu
./t<HM(p. 60, celui qui s'accroupit sur.), etc. Junus. Faunus
et Sitvanus, qui paratt aussi dans les cauchetoars. sont des
dieux. L'K~'M~M grec u'est autre que Pan. Ainsi, les génies
du cauchemar ne restent pas des Ogut'esquelconques. Ou y
reconuatt in)mediaten)ent ta manitestation d'un pouvoir de.
fini et ctasse, ce sont des dieux comme t'Eiohun de Jacob,
des satyres, des sorcières dans Apulée; aiHeurs. ce sont des
fées ou des vampires (V./tHM~.<o''<b~«yt<f, t. V. p. 2H sqq.
Le cauehemardevient ators. suivant les cas, un état reH~ieux
ou magique on le reproduit artincieiiemettt pour obtenir des
oractes dans des sanctuaires de Pan et de Faunus. sans qu'il
faiiie d'ailleurs faire procéder du cauchemar rituel tous les
oracles à incubation. En outre la bénédiction qui suit la lutte
de Jacob avec Etohim est un trait dont on a de nombreux
exemples (p. 4~ d'où le nom d"U~.v, l'utile. donné au
démon, ce nom étant donné spécialement à un génie serviteur
(I'ASCIepios,~T<Y,; ~xr.')<M'<xA-fjn~ qui a un oracle
a songes. Ainsi les données immédiates de la sensation qui
ont ici une importance considérable sont cûmptetéea par les
idées et les images acquises, idées et images élaborées dans
le milieu social. Eu outre, les représeutatious correspondantes
tendent à reproduire un nombre réduit, et probablement
décroissant jusqu'à un certain point, de modèles donnés. C'est
un phénomène de collaboration sociale auquel t'être de ces
mythes peut fournir un parallèle. Nousavons lieu d'ohserver
que cette réduction du nombre des représentations, dans le
cas du cauchemar et dans le milieu étudié par M. Hoscher est.
en quelque sorte, spontanée, car la préparation du rêve dans
la veitie est inconsciente; aucune force sociale spécialisée ne
hâte, comme dans t'évotutton du mythe, la fixation des traits,
et te cauchemar ne devient qu'au terme de sou évolution
l'objet d'une institution spéciale comme l'oracle incubation.
Non moins spontanée est ta coordination des sensations en
ASALUE~. – KËPttHSEXTATMX~MHKtm!(.<Et 335

fi~urps vivantes et leur explication par (tes causes person-


uc)tes.Mt)is ici nous risquons de (luitter très vite le terrain
detasociotogie
L'illusion de ia veille et t'air de réalité (tes (igures s'ex-
plique par le cauchemar, par l'acuité anormale de sensations
~cnéraiement amorties par le sommeil. Mais il est loin d'être
inditMrent que t'on reeoanaisse dans les apparitions des
êtres dont lit réalité est objet de croyance. Nous revenons &
M Powell. A t'etat de veille, dit-il, la pensée est acconpxgnee
ou suivie d'action efïective. Supposons un moyen quelconque
de rendre ellective i'hatiucinatioa, it nesera plus possible de
distinguer les représentations de ta veille de celles du rêve.
C'est le cas de nos oracles à incubation NI. t'oweH cite celui
des frateruiteset sociétés secrètes destinées à agir sur des eate-
i:(tt'ies spticifdes d'esprits et cultivant dans leurs rites t'haHu-
ci nationartiueieHe. La limite connue peut doue être déplacée
et le critérium est chose sociale.
Les mémoires de MM. Vaschide et Piéron sont sans réel
intérêt.
H. H.

< RAYXA~f).– Les nombres sacrés et les signes cruciformes


dans la moyenne Amérique précolombienne. /«e </<;/M-
<of<'e'(c~<oM. i9Ut, ji,p. 23i)-MO.
t. GOLDXUtËH. Ueber Zahlenaberglauben im Islam. Mo&<M,
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Aer.xA~-< t'f/Mtx~. il. K. S<7t'/x.GMp//M/<?d. ~t N<-Mc/<.
~tp! t9t)t, tt.
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weisaen Farbe. Xft'~<t)' f4'</tM«/ )(")), p. 53-S8.
J. \oxNECELEtN. Seele aïs Vogel. G/ot<M,t9')t, t, p. 3H-36),
Mt-384.
-t. \ox NËGELEtX.– Das Pferd im Seelenglaubon und Toten-
~3tt t.'AXXHS'ioetOM~M.t'Wt'M
kult. J?<c~-<)'<'< t'f~jt/'Mf t'u/A~Mf~f.tOU),p. H'<!s(j.; )'
p.mq.
J. \<~SHUELËt\. –Bitd.Spi9ge!andSohattentmVoUt8g!au
bcn. ~fcA~tit' /<<<y<u/t~t'~Mj.t-A'<f, mm. p. !<
"<.W. THOMAS. Animal superstitions. /oM~< t9~t, p. )8"
~4.
W.THOMAS.–AnimaiFolklore inGoorgia.< )Mt, p. H
H.K. BLLMMH et A.J. «OtT. Die Verwondun~ der paanzen
duroh die Kinder ia Doutschbbhmon und Nioderbsterreioh.
t~M!'<'<'<'<<-<
2c<~t'/t<'</? t'uM~'««:/< m~t, p. ~J-HL.«t'/t~v~
p. 2M-2M.
– Die Etbo in der Volkskumde. /<'<~<«-<
LEHKE()-:U!.A)tt!Tn'.
~-c««/< t~M~-««- )'J~. p. ~S. t87-t'S.

– ~fpn~K'M~m/M(~ ''<? <'<«'x~


'H~rits. Uieux.Sititits.))ctttt)n!i.)

BLOOMi-'iELU 'MALiucH). Thé Symboîlo Goda. (Extr. 'te


.S««<<M</</<o<tf<'of <;<Mc/<vf< Htthituore, H).
p.~48.
Ce petit travail est important au point de vue théorique, et
la grande compétence de l'auteur sur un point au moins de
l'histoire des religions douue à la ttMorie soutenue une réelle
autorité. La thèse, autant que nous pouvons la dettteier,
se trouve formulée dans le « mot de ta fui H, cunune ou dit
« Le désir est « le père du dieu Biou des dieux abstraits
ne sont autre chose que des « souhaits oxpt'ixtcs » (p. 49).
C'est parce qu'où souhaite uuutiiisc une condition, uuequa-
tité bonue ou uuisihte, que celle-ci a pris uu caractère divin.
Le symbolisme mythologique est donc base sur t'idee que les
quaiités out uue sorte d'existence iudÉpeudante des objets con-
crets. A partir de cette notion primitive, diverses phases peu-
vent être déterminées daus révolution des concepts M. Il. les
suit en particulier, et excellemment. au cours de ta destinée
du dieu fMtitit (rouge, nèvre, soleil) daus i'tude. Une fois le
nom créé et devenu personnel, ce nom a sou tour crée d'autres
personnages; Rohita devient Robia!. – D'anciennes epithetes
devienuent des dieux, etc. C'est ici que s'apptiquerait a la
lettre, seiou notre auteur, la théorie célèbre, désormais
réduite, de la (c mythologie maladie du tangage M.
Presque toutes les idées exprimées ici :!ont justes, nous
.A).~t:<. t<Et'K~BXT.tT)OX!< t(E<.tO))!t:~E'! 2:n

avouons d'uilteurs n'avuir pas bien compris les premières


pagesconcernant l'autoutorphistnedesmythes,le naturisme,
i'animisute spiritiste. et c'est pourquoinous nous abstenons
de les critiquer.
M. M.

(;. W18SOWA.– Religion und Cultus derRomer (//t)'


)tgg. v. tw~
~«f'A</<'r~«M).('f'« .t~f~AMMt~tt'MCM.w/t~.
v. M(u.mn,V. 4). Muuchen, G. H. Beck,1902, xu-834p.,
in-8".
Nousreviendronsailleurs sur ce manuel de M. \V!ssowa.
Muisnous croyonsdevoir examinerici à pMt'tles chapitres
relatifs aux dieux. Ils formentd'ailleurs une partie cousidé-
rabte de l'ouvrage; do plus ils nous présententun système
de faits vraiment homogène,completet qui Invite aux con-
ctusionR.
La religion romaine oKre,en effet, un terrain exception-
ne))en)ent favorableà l'étude des dieux, j'entends n une
étude sociologique,et cela pour les raisons mêmes qui la
rendent peu attrayante. Nousavonsla bonnefortune de cou-
naître l'histoire de RontCavant le temps où elle fut en état
de produire unelittérature et une mythologiepoétique. Nous
connaissonsdonc toute une série de dieux qui n'ont pas ce
que l'on est convenud'appeler des mythesou plutôt dont les
mythesconsistenten simples formulesliturgiques, où s'ex-
priment, exactementet sans commentaires,leurs fonctions,
on pourrait dire leurs attitudes et leurs gestes. Leur notion
se trouve donc réduite autant que possibleà des éléments
essentiels. A vrai dire. nos connaissancessont lacunaires,
maisnous avonssur beaucoupde points d'excellents docu-
nients, litanies, prières, définitions,listes de tètes, témoins
directset reliquesauthentiquesde la viereligieuse,collective.
Nousavons en outre des notesde théologiensou plutôt de
juristeset d'archéologues,sans compterque despoètes comme
Virgileet Ovideont eu parfoisdes préoccupationsd'exacti-
tude archéologique. Toute cette littérature témoigne d'un
travail de réflexion,non sans objetpratique,qui s'exerça sur
les données de la tradition. Ce travail aboutitnotammentà
desdétinitionseta desclassificationsque nousavonsà retenir.
Enfin,les divinités romainesne sont pas commeles dieux
grecs des figures souples et mobiles,susceptiblesd'évoluer
338 L'AXXHKSOCtOL'Mt'L'Ë.t'Mt-ttM):!

à la suite de leurs ndètes, et dont les portraits composites et


instables sont toujours t'muvre du temps. On peut dire qua
part un très petit nombre de notables exceptions, tesdivinités
romaines n'évotuèreut poiut. C'est lé un des caractères géné-
raux de la religion romaine. Les Romains empruntèrent, sui-
vaut tours besoins, des divinités toutes faites ou dt'hors. A
cttaque étage du développement de la notion de divinité cor-
respoud une couche de divinités nouvettes. Les précédentes
conservent iuattérubtes leurs traits typiques. L'anatyse est
donc en partie fuite par l'histoire ette-meme.
Ou peut dresser une to'oniere liste de dieux à t'aide de ta
partie du calendrier qui reproduit les F«.~t «M<«~«<MNM<.
Pour cela, ou u'a qu'ù à déduirele uom du dieu du nom de la
fête 'ex Carmeuta, C«nt«'n~<~«), sauf un nombre thnit~
d'exceptions. Cette liste comprend desetémeuts très divers.
Ce qui frappe, c'est la présence de noms comme f/o<«.
V'ontOHH. etc., noms de quutites. d'attributs et de fonctions,
qui rappellent inunediatement les divinités des ~!<<<~t<«'WMfff,
ou euumeratiot) rituelle des noms spéciaux des dieux. De ces
divinités, les prennt'rcs out des fêtes et des prett't's, )<'s
deuxièmes u'ont que des cultes et des sanctuaires (ex. p. tUt~.
Mais puisque les unes et les autres sont l'objet de rites, il
s'ensuit que ce ne sont pas des abstractions et desappeUa-
tious accidentelles, mais de véritables êtres divins dont
l'existence est conçue comme permanente ou périodique et
qui ont, jusqu'à un certain point, une existence indépen-
dante mais il faut se garder de rien conclure de ce dernier
caractère. La plupart des <M~<~<OH~,mêmesi ellesdonnent
lieu à un culte spécial, sont rattachées à quoique nom divin
qui répond à une image plus complexe. Le plus souvent en
enet ces divinités se présentent comme des noms supplé-
mentaires et qualificatifs ou des oppositions Jupiter est
&MCf<t!M, Elicius, FMfsw, Liber, etc. Deux hypothèses sont
donc possibles. Ou les indigitations, indépendantes~ l'origine,
se sont progressivement groupées autour de divers noms com-
muns, c'est-à-dire autour d'autres indigitations, ou bien elles
ne sont que le nom des fonctions et des attributs d'une divi
nité déjà douée d'un nom propre et d'une figure déterminée?
Mais nous avons un moyen de trancher cette question. Si
nous revenons à la liste divine et si nous y relevons des noms
de divinités qui paraissenttout à fait personnelles, nous trou-
vons que leur forme adjectivale laisse à penser (A'««.
AXAUSE!). -– nE)'K~!t)"<TAT(0~~nSLtOM~). 3:0

)'<~('(«x«,p. :?); (~««'(Mx.t'nn des trois principaux dieux, se


distingue mal de Morsoude Jupiter qui d'autre part ressemble
egaiemeut à Janus 11ne reste guère, au triage de la liste, que
deux véritables noms propres, Jupiter (~o);('.f)et Murs; tes
autres sont des noms communs personnatisés (Janus, Ops,
Teiïus~ et des indigitations Celles-ci sont donc des formes
originaires de la représentation des dieux
Le même phéxomëne se poursuit, et l'on peut assister i'<sou
évolution, Nonseulement dans ia formation de dieux comme
Summanus et Terminus, qui se détachent l'un et l'autre du
Jupiter, mais dans celle des divinités abstraites. Fides, Saius.
Beitoua, etc. Fides remplace Dius Hdius; Libertas, Jupiter
Liber; on peut so représenter de même l'évolution des autres.
qui, d'aitieurs, sont adorées dans le voisinage et, pour ainsi
dire, à l'ombro de la divinité souche. Jupiter ou Mars.
M. Wissowa insiste beaucoup fp. 48, )99, t~O sqq.) sur Cf
mode de formation de divinités nouvelles qui, si t'on en juge
par sa fécondité sous ta République et sous l'Empire, devait
être particulièrement conforme aux idées genendes des
Romains sur ta divinité. Il faut ajouter que le système des
indigitations est resté longtemps très vivace tp. <9u sqq.).
ti est uu point que M. Wissowa laisse dans l'ombre, faute
sans doute d être conduit par des guides satisfaisants. Ces
divinités féminines, aux noms abstraits, n'étaient pas des
figures complètement nouvelles dans le catatogue des dieux.
Dès l'origine, ceux-ci sont groupes par couples de maies et de
{emeites, mais parmi les déesses, il y en a dont le nom n'est
que la forme féminine d'une indigitation masculine Janus
Matutinus correspond Matuta (p. H7);àJanusEgerius, Ëgeria.
etc. Nous avons donc aHaire à un mécanisme fondamentat.
Cesdivinités féminines ont-elles plus d'indépendance que les
indigitations masculines correspondantes? C'est peu probable.
Certes, certaines figures comme A'M, mn~' ~/<!<M<<t sontt
arrivées à une véritable personnalité qui s'explique sans
doute, dans l'espèce, par l'importance prise par le culte fies
.)/«<)'(t<«t).Mais ips autres se présentent souvent comme des
indigitations dejunon Jt<HO/.Mc<t!<«Ho Core~t. Il y a pius
y«t)on'est pas essentiellement un nom propre (7MKo-=c<'M!')M).
Ceci nous amène à la notion de ~cHtx.!sur laquelle nous
avons déjà attiré l'attention (A. -S' t. tV, p. ?9 sqq.). M. Wis
sowa nous montre que t'idéc de jjfeHOM est une notion qui se
développe et qui s'élargit dans l'histoire romaine. A l'origine,
L'ASXHKMtCtOt.UUWK. t90t.t9"~

t'emptoi <tu mot est assez spécial. Le ~fM«Mest attacitf <'<t.)


personne comme le /.< est attuetté au lieu; c'est un principe
de vie et de fécondité qui est fêté un jour de naissance,
comme d'arilleurs tout autre dieu est fête au dies nafH/Mde
son temple. Des expressions comme Cmt'tM~«~ t'OtK(«x,
/m'<,ne sont pas très anciennes. Le ~n<K.<loci a pour
~'t'Kf'M.!
synonymes (tes expressions comme <M <? <*M~<.<! ~~f~< /<f<'
/o<'tM(' ;/<'«. f«~«~(ou~H<tH ~«~<f) et enfin r«f<'<«.L'en-
semble de ces notions de /t<~<< de <<!r,de ~N<< fpr/NMet
w«.<, équivatfnts italiques de ~<'nt)M,né nous rapprochent-
elles pas de idée mal déterminée qui se trouve à la fois der-
rière les !W~a<fo«.! indépendantes et derrière les dieux
personuets Un dieu est une sorte de ~fK<M.< muni (te determi-
natifs; tel est Jaous, (<«o/«HfM'«!. tel est le Ccr/tM~a~t'iM
dont le doutttet féminin est une /~<c~<7<!~r/f(t Ocr/<?«'<«'.
Si donc t'on pouvait tirer des noms divins, epithetes ou
autres, qm'hjue idée de la manière dont était conçu le rapport
de la divit'ite avec les choses, ou connaîtrait, semblet-it, un
des etémexts principaux de la notion de divinité. Or nous
avons d abord un certain nombre de noms d agents, comme
~a~' (ou t''s noms de la litanie du flamen ceriatis, citée
p. 22), puis des adjectifs indiquant une relation non définie,
~v<ntM, etc. enfin des noms abstraits et des noms de choses
concrètes litchose signifiée est divinisée, abstraction faite du
genre d'action de la divinité incluse. En générât, la forme
grammatic'tte du nom est dénuée de toute valeur précise
CA~'itM, doubtet mascutiu d'Egeria, déesse qui assiste les
femmes en cotx'bes; ~t~o, surnom de Jupiter recevant t'~x-
<t<M<, p. tO~'). En somme, it s'i'git d'une retation de la nature
la plus incertaine, de la simple présence de la divinité dans
l'acte ou dans la chose Jupiter est nommé <fa/M<M, parce
qu'il réside dnns t'otïrande (~o~M).~<c<tM,parce qu'il est
impliqué dans les rites de t'a~M~tO'KM.Nous restons ainsi
dans le va~t'e. Reste a savoir s'il n'est pas nécessaire, au
moins à ce point de vue, d'y rester. Or, à l'étage do l'évolu-
tion religieuse où en est la religion romaine. prise dans sa
forme proprement nationale, lesdivinités même personnelles
paraissent être confinées par leurs noms ou leurs épithétes
dans des actes. des phénomènes et des objets définis. Janus
appartient aux portes, Vesta au foyer, Saturnus aux semaines,
Anna Perenna, au changement d'année, JI n'y a pas, à pro-
prement parler, de dieux de la nature, de dieux répondant à
A?!At.Y: – HB)'tt)t!!t:KTAT)0!!S
HBU(!tR(;M 2tt
uu phénomèneuniversel,commela lumière,et mêmeJupiter
ne fait pas exception~p. 2t). Le dieu, commele ~t««!, est
t'étémentreligieux des cttoses. des actes et des personnes;i
c'estta partiefixeet résistantede la notion.La nature de cet
élémentest d'ailleurs indéfinieet mystérieuse,comme son
nom véritableet non prononcé.Logiquement,la distinction
de cet ététnentreligieuxest précédéeou accompagnéed'une
généralisation on distingue dans les individuset les faits
particuliersquelque chosede permanentet de généra) c'est
cedont témoignentnotammentles cultes instituésù des divi-
nitésds nom abstrait ou communà propos de circonstances
particulières(p. 272).
Toutcecine veut pas dire, d'ailleurs, que l'abstractionsoit
à l'origine,leschosessocialesn'étant pas nécessairementdes
abstractions.Lesdieuxavaient un rudimentde personnalité.
Usavaient un sexe, changeant à vrai dire avec la langue,
commenouseu avonsvu des exemples. Les accouplements
sont à peine conçus comme des mariages ou des amours
divines:lesmythescorrespondantssont tardifs,flottants,sans
valeurréelleet dus à l'influencegrecque.Quantaux familles
divines.commecellequi fut forméeavecJanus,MaterMatuta
et Portunus, elles ontla mêmeorigine; MaterMatutu,t'Aurore,
fut identifiéeavec Ino-Leucotheaet Portunus, devenant
Palsemon,devint fils de Janus. Dans lit vieille religion, les
couplesne sontque desjuxtapositions liturgiquesanalogues
auxformules,st'ccma!,m'f /<'mfM,~'rc (<('«.M'ce<~«.Hfaut
égalementtes rapprocher des associationsde noms du type
Pt<«n(tHM< etffCKm;Ht« et d'autres du type 0~<C'o)M<):<«,
J«H'M
y«HOHttM; ou bien ellessemblentsuppléerà l'insuffisancedu
langageet remplacerun terme collectifqui manque, ou bien
ellesrépondentà la collaborationde deux puissancesdans un
mêmeacteet de leurs prêtres dans un mêmerite.
La retigionromaineest arrivée à la notionde dieux com-
plètementdinérenciésqui peuvent changer d'adorateurs et
mêmese charger de fonctionsnouvelles; tels sont les dieux
adoptéspar les corporations.Ellea connudesdieux de l'uni-
vers et mêmedes dieux panthées. Maiselle les a pris tout
faits. La pensée religieuses'est donc développée,mais'en
dehorsde la religion officielleprimitive. La fixité des for-
mulesrituelleset le caractèredesdonnéespremièresn'eurent
qu'une influencesecondairesur la productionde ce phéno-
mène.
E. DcMMm. AnnéeMti")., OOt.tao~. <C
2t~ )/AtSKE ~OCtOLOOXtCS.iMt-ttOS

r.t.n.1.
La classification des ,)L.1.1.1
dieux dépend .t,v. .t..e
précisément des condi-
tions historiques du développement de ta religion romaine.
Des divinités malfaisantes comme .V<< ~rM. ne torment
pas une etasse part; on ne distingue pas de pouvoirs aux-
quels ta magie seule ait recours. Mais tes dieux sont classés
en raison de teur qualification ci vite. Ils ont divisés en
t'M<~<<M, dieux de lit vieille cité des premiers rois. dout ta
liste est déjà composite, Morcti.fiWc.f. dieux nouvctiement ins-
tattés, italiques ou grecs, H0t' diviuités nouvettement connues
comme les divinités abstraites; pc«~/H<, dieux étrangers,
d'origine barbare qui attendaient en dehors du pomfnMM;
fp. 4~. La réalité de ces différentes espèces de dieux ne fai-
sait pas question, non plus que le droit de chacun de tes
honorer conune Il l'entendait, sans tt'oubter l'ordre puhlic,
mais Ils n'existaient pour t'Ëtat que dans ta mesure ou its
appartenaient à la cite et à partir du moment où les rapports
réciproques avaient été définis par une loi. Cette partie de
l'histoire de la religion romaine nous présente une notable
série de faits et de définitions dont Il faudra toujours tenir
compte dans l'étude des dieux.
Il. M.
J. EDGE-PAnTfXHTOX. – Note on the Matua tonga imthe Art
Gallery, Auckland. New-Zoaland.UoH, <')))).p. 30.
L. RUTtMEYËX. Ueber westafrikanische Steimidole.C~tM,
1901,2, p. tt-t: Cf.At/wt. <h'c/).y. JE'</<M~ t9U),XtV,p. t9t sq.
tj). MOXTET.– De la notion de divinité contenue dans les
mots Elohim, Eloah. El et Jaheweh. ~ft~ de <«)?)'<'<'</Mlieli-
gions, out, )t. p. i89-~2.
FH.THL'REAU-DAXt.tX.La famille et la cour d'un dieu chal-
<<7/«!/oo'e
déen./if<'fM<' et de ~tW''«~c t'~t'eMsM,)!)0t,p.48t49t.
J. M.PntCE. Le Panthéon de Goadea./&<'<298307.
TH.PECHES.– Observations sur la religion babylonienne. /<
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G.A.BARTOX. An Androgynous babylontan divinity. yo'H-«(~
o/'(A<MMn'MM ~-«'M~<5oct<'<y. 190t,), p.i85-)87.
G.A. BARTOX. The genesis of the god Ethmun. yo«~tf</n/
<Ae.4m<n'M)t 9r<M<a< ~octe~,<90),t, p. <M-i90.
FKCUMOXT.– Le dieu Orotalt d'Hérodote. HcoMe OM/~o/n-
~~«<i90~2M.:iOO.
FK.CUMOXT. Le Zeus Stratios de Mithridate. ~fCKef/c<7/<.<-
<cfr<des ~e~'atM. t90i, l, p. t'?.!)7.
î.
AXAL~EN. – MRPtt~f:XTATtOX.<MHt.tufHCSKS X,~

(:. ALBEf<S.– De diis ialooia Oditisoultisapud Graeoos.


Leinxi~
Pl
T)tiet))e,t90i,t0«p.,itt.
SA~ÉA~t,LAZAB)!). – Les Mes môohamtes
d'âpres les croyances
du peuple roumain. Jf.~<M/< t. X, p. ~j7,22~, ~i3.
t!)tHC))S).EH(t'At't.).DerWassermanaim scMosisohenVoUts-
glaubon. /t'~<t<'<(/M t'crt'f't<.</f«'
~uM~;(;(~f.,t90), p.goi-
ZAH~(Uutto~. – Sa~o vom Bubezahl .Hog~eist'.
~t'bc/«'<<
~M~f<'f)'M/<«'VMM~<««/< <<«)).p.:):)(:().
F. 8AMO. – ïl cutto di 8 Vittoro a Bavenna. JV«~ &«~'</to
.U-C/tM~/Mcn'«f<tM<t90j. p. i8X-)9t.
)' fOM))):!)Oh.– Origines du culte dos vierges noires, ~«~tx
f<Mt'M«)f'f-('<!
de ~W~a~/t~f~t'f, ~Qt, p. S:i-8)j.
< V. FnEYDOXF.– Zwanzier deutsohe Sohrelwahrzelohon und
derGerûstestaat. ~</<cAt'. A'~«~M<-A.,VtH, t). t'~t, p. 385.
tt)5.

C.–ZMMy/AM.

tXTaODCCTtOX

Dans les cinq précédents volumes de !h;~<' nous avons


fitit une large ptaee à l'étude de )a mythotogie,sacs avoir
jamaiseu l'occasionde dire en quoi consistaitpour nousFin-
teretsociotogiquede cette étude. Nousavons successivement
examinéuu certain nombre de questionssur lesquellesdis-
cutentles mythologuessans essayerde les coordonner,Il va
desoi que nous considéronsle mythe comme un fait sociai,
c'est-à-direcomme un produit ou une manifestationnormale
de l'activité collective.Cela revientà dire que, sous bénéfice
dela démonstrationqui pourra en être faite, nousne consi-
déronspas les mythes, dans une sociétédonnée, commequoi-
quechosedecontingentetdesuréroRatoire;méfneempruntés,
ce ne sont pas des hibetots exotiques;on ne peut pas faire
abstraction,eu pensant aux mythes,de la coiiaborationdes
hommesqui les out adoptés,qui les pensent, qui les répètent
et qui en somme croient à leur vérité.Les mythessont dos
institutionssociales. Celaposé, nous pourronslesétudiertour
a tour de deux points de vue 1" Chercherà déterminerle
mécanismede ta formationdes mythes,et les procèdeshahi
tueladetimaginationcréatricede mythes,ce qui revient a cher-
cherquelques-unesdes lois de l'activitémeutalc de l'homme
9t4 t.'AXf~E .<M)ft.O'!tt}t'f!.t9Ct-)<~

eu société: Porter alors notre attention sur lit fonetiuo


sociologique et spécialement sur la fonction religieuse du
mythe; nous demander ce qu'it y a eu lui de particuiiérement
religieux, quelle place il occupe dans le système des chose-.
religieuses, quels objets it représente. :) quels besoins il
répond et comment il les satisfait; faire, un uu mot, tout ce
que comporte une étude de fonction.
La première recherche se divise naturellement en deux
une étude de psychologie et de logique collectives. Decette-ci
nous avons déjà parié (t. Ht, p. 270 sq.), comme d'une sorte
d'analyse mythotogique ou de rhétorique de )a mythotogx'
dont l'objet serait de montrer commenttes lois foudamentates.
psycttotogiqttes ou indiques, de la pensée sont conditionnées
dans la fabrication des mythes. Le mythe applique à ses objets
des procèdes d'analyse qui lui sont propres; il présente des
modes particutiers d'associations d'images, enfin tout un
appareil logique spécial.
Malheureusement, il n'est pas encore possible de pour-
suivre à part et d'une (a'~ontout à fait théorique ces diverses
études. Nous en sommes eucore à préparer les matériaux
d'une mythologie et bien souvent à démontrer simplement
que les mythes sont des phénomènes sociaux. La mythologie,
pour le moment, doit être surtout historique. Mais nous écar-
tons d'abord ta question de savoir si les mythes proviennent
d'uu ou de plusieurs centres de dispersion et quels ils sont.
Cette question ne nous intéresse pas directement la réponse
aurait un intérêt surtout ethnographique, l'attribution des
mythes ou de certaines séries de mythes à des groupes
humains servant d'abord a compléter leur caractéristique.
Pour nous, le triage critique des ensembles de faits donnés
est simplement une bonne préparation à l'étude des mythes;
de plus, il est bon de savoir d'une façon préciseque les mythes
peuvent se transmettre en restant ou en redevenant mythes.
Une question capitale est celle de la relation des rites avec
les mythes. On constate très fréquemment qu'à un rite régu'
fièrement pratiqué correspond un mythe le mythe donne lit
raison de l'accomplissement du rite en racontant le fait qu'il
commémore ou simplement imite. On peut se demander
d'abord si cette coïncidence est universelle ou seulement tn's
générate et jusqu') quel point elle l'est. De la réponse à cette
question, encore insoluble, dépend en partie la définition du
mythe, considéré comme phénomène religieux. Ou se de-
– ttfit'~SHt'MfOX:!
AXAU-~KS. ttEt.tGtË(.E< g~
mandeplus souventencorelequeldesdeux, rite ou mythe,est
antérieur à l'autre et lui a donné naissance.Nousavons vu
(.tHH~sociologique, t. m, p. 27~)qu'il y a encoredes mytho-
loguesqui considèrentle rite commeune représentationdra'
matiqued'un mythepréexistant. D'autressoutiennenttecon.
traire. Nous croyons,quant a nous, ia question mal posée,
et nous nous sommesdéjà expliqueslà-dessus<.tM«'esociolo.
!/t'yxc,t. U, p. ~t3 et 245). « Le mytheet iorite, disions-nous,
ne peuventêtre dissociésqu'abstraitement.Le mythejoint
nu rite n'est pas autre chose que ta représentationde l'acte
qui accompagnel'acte suivant les cas, l'un ou l'autre des
membresdu couple peut être prépondérant on a des rites
très fortement inspires par les procèdesde représentation
propres au mytheet des mythessurchargésde détails incohé-
rents empruntes aux enets adventicesdu rite 'actions sympa-
thiquessupplémentaires)et non pas à son action principale;
remarquons en outre que les deux termes suivent l'un et
l'autre leur évolutionpropre.Il y a desrites presque videsdo
sens mystique.H y a des mythes qui ne sont plus la repré-
sentationdirecte du rite qui leur correspond ajoutonsenfin
qu'il y a des rites qui sont escortesd'uue suite de mythes
d'âges divers. D'antre part, il est évident que si le rite se
doubleen général de mythe de la façonque nous avons dite,
les mythesindépendants,ceux qui nesont pas attachesà des
rites, doivent créer à leur tour des rites par analogie. En
somme,cette question ne nous paraît pas susceptible d'une
réponsegénérale. L'examen des faits nous fera toucher au
mécanismedes mythes. A supposerdémontré qu'il ne tra-
vaille pas à vide, on peut juger de la sorte do déformation
qu'il imposeau réet par les différencesqui séparent l'acte
rituel de l'acte mythiquecorrespondant.
Noussommes ainsi conduits à aborderl'étude de la fouc-
tiondes mythespar soncôté le plus accessible;nonseulement
leur nature religieuseest éclairéepar celle des actes qu'ils
expliquent et des choses qu'ils concernent, mais leur place
se trouveen généraldéterminée par leur rôle liturgique,étant
donnéque, dans un grand nombredecas connus,la récitation
du mythe fait partie de la cérémonierituelle.
Une autre partie qui mérite d'êtreétudiéetout au long est
celle de la compositiondes mythes. On ne peut manquer
d'être frappé par le peu de variétédes épisodeset de leurs
combinaisons il y a des types de mythes, en petit nombre,
~tO t.ti)fS tMt.t9M
SOCMLOat(tt;S.

et dans ta multitudedes exemplairesde chaquetype, tes pin'.


ties se pt't'sententdans un ordre à peu près constant. Cet
ordre est loiu d'être toujourscetuiqui pour nousserait nutu
ret. Cetillogismeapparent du mythe révèle sa logique spé-
cialeet h) persistancede sesformesobscuresest un indicede
sa fonction.

M. WtXTHKXn'X. Die Flutaagoa des Altertums und


der Naturvother 1 Les~<'t«/M<<«fMMye df«)~/'«Mf«yt«;'
t'/«'J/M~«/t/t~/t~. (~ .~jt/o~. CMf~ )<'«'
tW, vu).XXX!,p.30S-33t.
Cetteétudeest uue des plus cofnptetesqui aieutparu sur o.'
sujet. Httemet eu cotnparaisuu serrée et suivie euviron
soixaute-treizcformesde légendesdituvieuues,les classe, les
decot))p()seetdemoutretours rapportsmutuels.La ctassiftca-
tiot) proposéeest la sutvaute: 1"Les tegeude~dituvieaaes!n)
propretneutdites, où u'est racontéequ une immeuseiuouda-
tiou les légeudes diluviennes propretneut dites, qui
intéressentle sort de t homme et qui se divisenteu tégeudes
avecun héros, et rendes sans héros (p. 3)~.3)4~.Un cer-
tmu nombre de thèmes composentchacun de ces types
de mythes, et lu légende sémitique .HebMcoBabylonienne,
serait simplementle type le pluscomptet,comprenaut,dans
un ordre ratiounel,tous les thèmes.Là où l'ordre aurait été
très prochede l'ordre biblique, M. W.supposeun emprunt
au muxde sémitique(p. 33~, chez tes Hiudouset les Persei-
en particutier (le poisson cornu de Manou ressembleraita
Eabanttes~
L'originede tous ces mythes serait un phénomènehisto-
rique, une inondation~rave (p. 333,et non pas un symbo-
lismedespluiesprintanières (M.Muller)ni un mythesoiairc
f.Usener~.
La nt6thodcsuivie par NI. W. nous parait d'une parfaite
sûreté et nous souscrivonsaisément à tout <:equ'il dit sur
l'intérêt de la comparaisondes faits primitifs avec ceux (!f
la Grèceet de l'Orient sémitiqueet indo-européen.Peut-être
le champdecescomparaisonsn'est-ilpas mêmeassezÉtendu
il est ptus difficileque ne le pense M.W.de trouverdes socié-
tés oùtoutmythed'ent portementpar teseanx.desubmersion.
soit Mt'<<«HemcM< absent. Un grand nombred'histoiresde ce
genre se trouventcheztes Australienspar exemple,Chez les
AX.tLÏSM. – KKPH~RKTATM~S MKHOOietK" 3tT

Aruutas. i'aneetrechut sauvagede t'Aicheringaa provoqué


une inondationqui noya toutle monde de mêmechez les
Narinyerri, etc., et ii y a des itèressauves duos ces légendes.
– D'autrepart. nousnepouvottsadmettrei'))yp')ti)ësefinatede
M W. La mythologiedeseaux n'est pas necessairententliée
a des évéuementsgéologiquesou ciimatériquat. L'eau est, t,
commele soie!),le feu,uue choseessentielleà ta vie dont les
groupessociauxont dû se constituerdes mythes, et qui est
l'objetdo nombreuxrites.Le rapprochemententre ces riteset
ces mythes est une couditioanécessairede toute étude sur
les légendes diluviennes.Or, nous trouvonsque. dans bien
des cas, chezles Huichois,en Grèce,eu Syrie, par exempte,
la légendese rattacheà des rites définisde la productionde
l'eau. Eufitt.à notre avis, la vraie conclusionà tirer des
faits serait légèrementcontraire à cellede M. W. Lesvéri-
tables tégendes primitives, ce sont celles de la « terre
pechée (par certainscôtés,le poissonde Manonest ta terre;.
L'existencedes eaux, de l'obscurité au commencementdes
chosesest un trait de beaucoupde mythologiesdéveloppées.
La terre y n:t!t.Lategendediluvienneproprementdite pour-
rait bien n'être dans certains cas que le double (en sens
inverserde ia tcgendocosmogomque:l'hommevenant après
leseaux serait l'homme venuavantles eaux.
M.M.

Memoirs of the Amerioan Museum of Natural Hts-


tory. Anthropology. Jesup North Pa,ciac Expedi-
tion. Vut.H, Part. II F. BoAS.r/tc .t~</M~o/'<Ae J?e~h
Coo/«/«</taM.Nov. )8~p.~5 i~.pt.Vtt XH.iu-f.–VoLV,
Part. t F.BuAset G.HuM.A'<(-«M«« r<<.<.t9M,p. t-27f).
– Vol. III, Part LuMnonx.ï'Ac.~M~o~'jtw
CAftt. o/ </«'
~««-/M~~<~at))!.1900,p. t-2~8.
L'intérêt de ces publicationssaurait dimciiement être
exagéré. H se poursuit,en ce moment, est Amériqueet en
Austratie, toute unesérie de travaux ethnographiquesdont
lesrésultats doiventêtresoigneusementenregistrés,vu qu'un
boa nombred'entre eux sont d'une vaicur sociotogiquede
premierordre, tellesquebientôttout essai tait sans eux, hors
d'eux, sera d'une portéesingulièrementrestreinte. Des mé-
moiresqu'a publiésieMuséeatnéricaind'HistoireNatureite,à
)a suite de l'expéditionanthroputogiqueorganiséepar lui,
M8 L'AXXKt! tSCt.fO~
MCMt.OO~t'1!.
aux frais de M. Jesup, nous ne retenons ici que la séné qui a
trait à la mythologie. D'autres, que nous aurions du signaler
eu leur temps, se rapportent à l'organisation sociale':
d'autres ont trait à l'esthétique des sociétés riveraines du
Pacifique nord Maisla raison qui nous a guidés à choisir
ainsi dans une masse de travaux est que nous estimons
que le domaine sociologique où l'activité des ethnographes
américains s'est exercée avec le plus de bonheur, c'est
encore ta mythologie. Leur contribution est des plus impor-
tantes.
Les deux travaux de M. Boas sont consacrés à des études
mythologiques. L'un consiste dans une étude systématique
de la mythologie de la tribu des Bella Coola (Colornbie Bri-
tannique', l'autre, dans l'édition et la traduction des textes
mythologiques recueillis de la bouche des Kwahiutts, tribu
voisine des Bella Coola, et dont M. Boas a déjà décrit l'or-
ganisation sociale, les sociétés religieuses et leurs rites
(V. /<!«)<'<'Mt'to/o~Mf, t. Ht. p. 336).
Commençons par ce dernier travail où il est fait la moindre
part à toute espèce de théorie. Les textes sont tous des tradi-
tions de vi Ilageset de sociétés ils relatent tous des questions
d'origine, d'ascendance, de révélation des rites, de conquêtes,
de pouvoirs et de masques, de droits à jouer tel ou tel rôle
pendant la « danse d'hiver)', ce tissu étrangement compliqué
de cérémonies divisées à l'excès entre des confréries et à l'in-
térieur de ces confréries. Toutecette mythologie n'est, pour
ainsi dire, qu'un commentaire infini de l'organisation reli-
gieuse et sociale de cette importante tribu. Le caractère étio-
logique de cette mythologie est même assez restreint. L'essen-
tiel, ce sont des aventures merveilleuses de héros, aventures
dont font partie, à simple titre d'épisodes, des thèmes rela-
tifs à des créations (soleil, etc.), des déluges. Nous avons dit
mythes de héros, parce qu'à proprement parler ces ancêtres,
bien que doués de pouvoirs surnaturels (c'est même un de
leurs titres, ex 230, ne sont pas des dieux, et que même
la vie de la plupart d'entre eux est positivement rapportée a
une époque récente (à partir de la partie Ht. les mythes ne

). J. Teit, !*A<rAompMH M)<!Mc/ Bn~/t Ce~oM&xt M. ib., )!w).


P.H6.3M).
3. TelssontMtuid'' M.B<t.i?. surles pf-intures df-la face (1898).e~-tu
rlo1r.
des li.
M.B. f~M~'t-,TAfT he
J.nu(,'r, Dv.cnr·nliee
/h'<Mf~fx.
;frr &y IheAmurTribea
o/'//te j~to- 7'n'AM
dessociété ~rd-A~Mti'tucs., porte<ur
(feooo)
(lequnlporte:ur
M.,M.,t90t, v~. VU.t. p. t-T!)
AftMitM.– t<Bt'n~)!TAT!0'<9
MMC!Ef~ a~O
racontent plus que des événementssurvenus après t'age
mythique).
La mythologiedes Bella Coolaest, au regard de celle des
Kwakiutts,uu systèmeplus élaboréet plus complet.Eu pre-
mier lieu, elle comprend un panthéonproprement dit, une
« maisonde ou des mythesa. dont le maîtreest le soleil,et
cesdieuxen nombre presqueindéterminé,a fonctionsassez
définies,sout tous l'objet de cérémonies,ou mêmeen sont
censésles agents; telle lu cérémoniedu Kusiut que fait la
lune lors d'une éclipse (p. 3t). Lestraits principaux decette
mythologiesont d'une relativebanalité, surtout si on litcom-
pare aux autres mythologiesde ta côte du PacifiqueNord.
Deslégendesde naissancemiraculeusede filsdu soleil(p. 84),
des mythes diluviens (p. 96, avec canot, montagne, etc.),
n'ont rien d'extraordinaire.En secondlieu, ce systèmemy-
thologiqueest directementrelié aux cérémoniesdes confré-
ries qui, chez les Bella Coolacomme chez les Kwakiutis,
absorbentle culte public. Dansesd'hiveret sociétésdu can-
nibalereçoiventleurs illustrationsmythiques,et les mythes
se trouvent représentes dans les masquesdont nous possé-
dions déjà des descriptions.Mais voiciuu fait encore plus
remarquable;si nous en croyonsIl. Boas,un bon nombrede
ces traditions se rattachentà certains rites qui sont la pro-
priété de certains clans (à descendanceà ta fois utérineet
masculinecommechez les Kwakiutls).Les unités sociales
coïncideraientavec les unités mythologiques.Mêmecesder-
nièresseraient, par un curieux retour, les causesd'une orga-
uisationtoute spécialeaux BellaCoola.Pour assurerla trans-
missionexclusivede ces rites, deces mythes,do cespouvoirs,
dansdes lignéesde parents, les clans locauxseraientdevenus
strictementendogames(p. t2t-t2S), sauf pour tes chefs, qui,
en ajoutant à leurs femmes parentes des femmesd'autres
clans, peuvent ajouter à leur fortune les masques et les
richessesmagiquesd'autres familleset d'autres clans. Le
fait serait intéressant s'il était certain, mais les renseigne-
mentsde M.Boasont tout le caractèred'une hypothèse.
Le travail de M. Lumholtisur le symbolismedes Indous
Huiehotsnous transporte dans un tout autre mondede faits
et nousramène, pour une part,au sujet du Mémoireque nous
avons présenté plus haut. Les Muichotssont des Indiens
Pueblos,du centre Mexicain.Leur-civilisatiun,teurmytho-
logiesont à mi-cheminentre la civilisationdes Xufuset celle
?0 L'AXEE t9M-ttM
:!OCtOK)<H!N.
des anciens Axtèques.Leur symbolismetrès particulier et
teurmytho)ogiesont (ouest vite devenuunanimesur ce point
dans ta science~un sujet des plus intéressants.Leur étude
éclaired'un jour tout nouveau.et la mythotosieeu générai.
et la my)bo)f),ecomparéedes retigions du Sud de t'Amé-
rique du Nurd. D'autre part, tes renseignementsque nous
transmetM L. sur ces ditïereuts poiuts sontd'uuo autorité
et d'uue extmustivitédout, à notre avis, rieu n'approche, ui
dans les travauxconcernant t'autiquité ctassique, ni même
dansceux que les ethnographesoui produits dans les der-
nierstemps. Le système des croyanceset des figurationsest
étudiecomptetement,d'après des objetsfabriqueset identifiés
sur ptaee,décrits et expliquéspar les croyants eux-mêmes.
A uu cortitiupoint de vue, nous dirions presque que le
meiueur documentd'iconographiereligieuse, actuetiemeut
connu,c'estt'e travaii sur les )tuic)tois.
Xous ne ferons porter ici nos remarques que sur deux
points,qui sont, d'uilleurs, ceux auxquels M. L. a consacre
sa conclusion.
Le premierest la re!ationde la prière aux symboles m y
thiques.L'exemptedes Huichotsest d'autant plus important
qu'il exprime, d'uue façon typique, uue multitude de faits
NordAtm'ricains',et. peut-être, illustre uu nombreiucalcu-
iabtede faits empruntés à toutes les civilisations.La repré-
sentationfigurée,écrite pour ainsi dire, des mythes a. chex
les Hun'hotset bien ailleurs, une valeur precath'e; elle est
une prière eiie-meme.Et iuversemeut, l'un des modes les
plus importants d'entrer en rotations preeatives avec les
puissancesreligieuses,l'un des moyensde les prier, c'est de
les représenter,de les figurer. Ainsi, nous arrivons à ce fait
importantque le mythese matérialisesouventà l'occasionde
la prière, et que, inversement,l'un des moyens les plus fré-
quentsde prier, c'estde matérialiser,par une figurationrela-
tivementpermanente,t'être religieuxauquelou s'adresse.Par
ce côté. le rite oral, le mythe et la représentationdu mythe
coïncidentréeitement.Il y a même dans t'ima~inatioareli-
gieuseune sortede tangageintérieur, et cetafait que ta seule
objectivutiundes imagespeut avoir une vertu efHcace.Dresser
une statue,c'estfaireuu ex-voto,une une prière, comme

). Cf. )<.89. t'~vis do Cu~hinf;'lui rappruche L-iinf'chM-prif'rMde~ ))ui-


':ho)tet los «t'fohcsCMnimonL'U).) d).:<f
autres Pu<ibtos.
.\X.\f.Y<s. – ttKt'tt~ENTATtO'KBf.MtEt'~K~ Mt

disent les inscriptions grecques; c'est un contact, oral en par-


tie, étabti avec le dieu. Le fait des Huichotsest singulièrement
démonstratif qu'on est juge. Les temples des Uuichots sont
littéralement encotntn'és d'objets symboliques qui sout des
prières (et. p. 2t9-~t, appendice où tous les toits sont soi-
gneusement rnsscmbtés suivant l'objet des prières symboii-
sée~. Ces objets sont les uns déposes et fabriques par les
prêtres ~M.L les appelle indûment shamanes~ au nom de ta
tribu, lors des fêtes, et symbolisent les prières publiques
les autres symbolisent des prières individuelles. Mais les uns
et les autres sont de même genre, de même forme, et tes
décorations, qui sont les symboles des dieux, suivent les
mômes principes. Les différences de dimension, do couleur,
de disposition s'expliquent toutes suivant des principes rituels
fixés ou des accidents naturels de technique. Les uns, et
ceux-là ressortissent plutôt au culte public, sont tes disques
placés sous lcs idoles, et les idoles mêmes des dieux. Les
autres sont des boucliers à prières, des neches û prières, des
bouteilles votives, des yeux de dieux. D'ailleurs, tous les objets
du culte out, chez ces Puebtos, une valeur représentative et
precative à la fois. C'est ainsi que les plumes du shaman, les
gâteaux d'offrande. les pointures rituelles de la face lors des
(êtes sont des moyens de consécration, des prières, et aussi.
en quelque sorte, la transcription des divers mythes.
Le second point que nous voûtons étudier, c'est le rapport
qui existe entre le mythe et sa figuration, far suite de cette
nécessite où se trouve le tnythe des'ex primereu idéogrammes
rituels, il se crée un certain nombre de symboles qui sont de
véritables écritures conventionnettes désignant les dieux.
Nous saisissons donc ici un moment de révolution mytholo-
girlue où, contrairement, à ce que t'eu rencontre dans d'autres
sociétés, le signe est relativement indépendant de la chose
signifiée; il n'est qu'un moyen d'évocation; il n'est plus le
dieu, la force religieuse. Lorsqu'au cours d'un de ses rites
totémiques, t'Arunta représente l'espèce totémique, rOnou
par exempte', par des dessins faits avec le sxng de gens du
totem de t'emou, c'cst bien t'espèce tout entière qui est ainsi
immédiatement rendue présente. Mais uue mythologie ptus
savante, un rituel plus complexe, ont nécessité chez les ftui-

1. Cf.Sp~'occret (iitt.'n,!«- H~tt-crntM o~C<-M/«< f. t~


J<M<<-(~M,
vt :'tuv.
3M t.ts;~)! ~CtOt.Mt~t.T. t90t-fW~

chotg rétablissement de tout un système de signes. Cesiiigues.


d6s tors, sont des sortes d'écriture eu voie de formation its
symbolisent et ne reproduisent plus. Ils sont devenus, dans
une certaine mesure, couventionnets, urtificiets ils out une
vie par eux-mêmes. Les uns sont destinés à noter des idée;.
abstraites, que sont tes dieux (ex. CruudAtere Croissance.
D'autres, des idées concrètes. Mais ils n'ont que des rapports
indirects avec le mythe, quelle que soit l'exactitude avec
laquelle ils finissent par le materiatiser.
Lu méthode qu'a suivi t'esprit collectif dans la création de
ces systèmes peut être aisément suivie, et elle illustre assez
ce que nous avons dit ptus haut. Un petit nombre d'objets,
mais d'importance cunsidcrabte au point de vue retisieux,
fournissent les quasi-idfogrnnnnps qui servent de clefs aux
autres. Ainsi, la notion du serpent joue un rôle cousiderabh*
dans la myUtoiogie: le serpent devient donc le principe d'une
foule de représentations p. jt t j les dieux sont. pour la plu-
part. des serpents; les déesses le sont toutes; il en est ainsi
des cours d'eau, du vent, de t ectair, des rivières, de la pluie,
des rayons du soleil, des tangues du teu, de tous les phéno-
mènes naturels. Mais les choses humaines sont aussi des ser.
pents c'est le cas de ta <!eche.de t'arc, du cheveu, de la cein<
ture, du maïs. des sentiers. H y a, on le voit, un processus
d'identification forcée une notion est donnée, qui. revêtue
d'une force considéra Lie, attire à elle les autres, et leur sert
ainsi de symbole.
Mais néanmoins nous en restons encore a uu stade primitif
du symbolisme. En premier lieu, la signification de tel ou
tel trait, de telle ou telle couleur n'est pas unique elle varie
suivant les autres signes associés. Ainsi, des ligues iongitudi'
nales signifient un lit, une trace, là pluie, des plumes d'aigle,
l'aigte tes mêmes lignes, mais plus courtes, représentent la
plante de mais, etc. disposées comme des rayons dans un
cercle, ce sont d'autres plantes s'échappant d'une circonfé-
rence, ce sont des rayons de soleil. Les valeurs des signes sont
donc multiples. Il en est de même dans les symnotismes les
plus primitifs connus, par exemple chez les Aruutas.
En second lieu, et ceci est un corollaire de ce (lui précède,
le rapport des diverses représentations est éminemment syn-
thétique. Ce qui est représenté, c'est le tout; le sens des par-
ties du dessin symbolique n'est fixé que par rapport à t'en-
semble de t'événemeat mythique représenté. Car un dieu est
AtALY:.)M. MPR~KKTtTMX~ BEHQfEC!iE!i 353

toujoursaccompagnedesesanimauxassocies,de sespouvoirs,
de sou u)il.de ses flèches,des chotcs qu'il produit et que la
figuration:) pour objetde l'inviter n reproduire; sou mytiie
est tout entier retracesur tes grands disques,Marrive même,
en particuliereu cequi concernela barquedu déluge ~p.16ih,
qu'un nombreconsidérablede choseset de personnagesmy-
thiquesse trouventreprésentes.(Cettebarquesert, p. t7~, de
moyenextrêmepourprovoquerta pluie).
Ou pourrait assezbienconcluredes signesaux représenta-
tions que tes Huichoisse fout de ta naturedes dieux et des
rapportsqui relient leurs diversesnotions mythiques.On y
trouverait tes mêmescaractères: prédominancedes classifi-
cationsanalogiques,existencede touts synthétiqueset d'ori.
gine sentimentale.Maisnous devons, pour concluresur ce
point, attendre les renseignementsque M. LumhoUi!devra
nous faire parvenirsur la mythologie.les fêteset les rites
desHuichols.Cetravailn'est pas aussi utilisablequ'il semble,
précisémentparcequ'il est tout partiel.
Nousregrettonsparticulièrementde n'être pas mieuxinfor-
mes sur l'organisationsociale' les rapportsde celle-ciavec
le culte, du culte avec les mythes, des mythes avec leurs
symboles.Sans aucundoute, les faits qui nousseronsfournis
ultérieurementserontcapitauxpourla science.Enattendant,
la théoriecomplètede cette mythologiereste encoreen sus-
pens.Maisil est certaindes maintenantque nousne pouvons
pas encoreaccepterles expressionsde M.L. (p. 16~,suivant
lesquellestoutes leschosessacréessont des symbolespour
l'hommeprimitif ni admettreque la religion soit, pour les
Huicholsuuo ailairoindividuelle.
M. M.

K. Tu. PRËUSS.– Kosmische Hieroglyphen der Mexi-


kaner. /fc«M/t. M/tM-,19Ut,p. 1-48.
Cetarticleest importantpar les renseignementsqu'il donne
sur la symbolique mythologiqueet la représentation des
figuresmythologiques,sur les rapports des diversesnotions
mythologiquesentre elles, sur l'évolution de ces symboles
qui vontde la représentationsignificativeà la simplefigure
géométriqueet décorative.
i. Cf.p. l-t4 et Lumt.f, ?/« ~Mte/t~ in ~K«.o/'</«~w'.
/'«<«tM
.MtM. /<fff<X,iM)!.
e/ A'<t<«ra(
$H$ t.'A'<x6tt $OC!OCt<}eB. t90!.)9~

0. (tHUl'PK. – Griechische Mythologie undReUgions


geschichte.n, L (7/««~«t'/<~«stMt'Acx .4<<fr('<Mti!<('t.s
«'Mc~/f. V, Muuehen,G. H. Heck,t!)<M, p. ?5-768.
Nousavons dejù parte <o«'<' ;Sot't< p. ~M)du livre de
M.Gruppedont nous u'avousencoreici que te deuxièmefas-
cicule t'ouvre s'auuoncecommemouumentato.Aprèsavoir
classé les mythes grecs par pays et par sanctuaire.l'auteur
abordemaintenant l'étndedes mythescomplexes(,t/<CM<'oM)-
~MT)c'est à-diredes mythesgroupesen cyclesd'après t'ani-
nitéde teurs sujets. H distingue neut cycles t"les mythes
cosmotogtqoes; theogouiqups;3' retutihàht gi~HMtoma-
chie 4°nuthropogoniques 5" le cycled'Héraclès u" te cycte
deThëbes; 'cettn d'Argos; 8 de Thescc; H"de Troie
M. Gruppe ue nous dit pas pourquoi il n'a pas distingue
d'autres mythes complexes. Il sembte n'avoir cottsiderc
cotMtaetels que ceux qui ont donnélieu &des œuvres!itte-
fait'escouserveesourecoustituabies.ceux, eo d'autres termes,
qui se sont développésdans la littérature, cycles !itteruit'es
et thèmes d'~popëe.Cependant,mêmede ce poiut de vue, il
eùtfitUu compter au moins un cycledionysiaqueou de riu-
veutioudu viu; Il sunit de songeraux Baech:)Mtes d'Euri-
pide. D'autre part, un my'ite comme celui de Persée, soit
seul, soit joint à cetui de Bellérophon,formebien ce qu'on
pourrait appeler uu cycle de mythesou un mythecomposite,
iudepeudaut des sauctuaires ou ses diflereutesbranches se
soutdéveloppées.
D'une manière geuerale, d'ttilleurs, le cadredu livre est
assezlâche. Commedans la premièrepartie, les détailss'ac-
cumulent, s'enchevêtrent tes dissertationss&pressentet tes
notes complémentaires s'étagent. Derrièrecet échatuudage
compliqué on peut bien entrevoir tes grandeslignes(l'une
théoriemythologique mais nousneserons eu etatde t'appr6
cier qu'après l'achèvement de la troisième partie. Ce qui
manqueencore, et cela frappe dansun livre aussiHcutet (lui
supposetant de réflexion, ce sont les définitionset les posi-
tionsde principes. L'auteur ou bien ignoreou bien ne veut
pasciter les travaux où s'élaborenttes notionsqui permet*
tent la classificationdes faits et leur interprétatif. Est-ce
désir d'objectivité? Dans ce cas, il se fait iitusiou car juste-
mentles heDeuisautssont bieomu)servis par leurs dounees.
fi y en a trop et trop peu de bonnes.Le m:dheurest qu'eu
\\A[.Y<KS. – nEt'MÉSKXTATtuXS)tt!t.)U)Et.'<E< ?33

généralils s'eu contentent trus tacitement.L:) conjecture


passevitepour {Mit et toutencouragela conjecture.M.Gruppe
semblese plaire au cumut des références.taute de faits bien
connus.Les pages 4884M, relativesau cultedu mont Oetu,
à la mortd'Hercule,à t'asshnitationdet'Oetaà t'Attas,à t'asso-
ciati"n des Ilespéridesaux pommes d'or avecle sanctuaire
de t'Oetasout un exemptetypiquede cet excèsd'ingéniosité
qui gâtecet ouvrageexcetteut.
Nousaurons tacitementcaractérisé ta méthode00 disant
qu'elle est historique; avant,d'analyser !estnyt))es,fauteur
se préoccupede savoir où et quand ils se sont constituas,
quellesturent leurs formes successives,et cuuuueutils out
été fixés.Dansses Gn''c/tMc/tc CulteMM~ ~<t, pubiiei!i) y a
quelquesannées,M. Gruppe établissaitles principes d'uue
sortede monogenistnehistorique. 11ne semblepas y avoir
complètement renoncé. Ainsi, pour lui, la représentatioude
la barquedesmorts.l'incested'GEdipeavecsa mère sont des
empruntsfaitsà l'Egypte.Dansle précédentfascicule,i! rat-
tachaitun certainnombrede tnythesgrecs à des antécédents
phéniciens;ta théorie repara!t, à la Oudu livre, à proposde
l'originedu sacrificegrec, sur laqueHenousauronsà revenirà
proposdu prochainfascicule.Cependant,partoutaiHeurs,les
recherchesd'originese confondentavect'anatysedes mythes
ou la préparent Car les mythesgrecs, tels que la littérature
nousles a transmis, sont des résultantesou des sommesde
variantesantérieures.M. Gruppetente donc simplement de
faire,pour les mythesgrecs, ce que d'autres ont fait pour la
littérature poétique,romanesqueet, au fond, mythique, du
moyenâge. H chercheles prototypes,les sourcespremières.
Malheureusement il n'est pas soutenu par l'histoire; car, en
Grèce,les modèleset les premièreséditionsdes mythes ue
peuventêtre reconstituésque par des séries de conjectures.
Celles-ciportentsurtout,dansce livre, sur tes nomspropres
qui figurentdans les mythes. Elles dépendent eu grande
partiedupostutatsuivaut lu géographiedesmythestémoigne
des déplacementsde leur thëtneprincipal. Autrementdit, là
où le mythe conduit un héros, ou est à peu prés sûr de
trouverson nom, soit dans les cultes publics, soit dans les
cultes privés.Tel est le cas d'Achitteen Troade;son sanc-
tuaireétait un tombeaufp. 6t8). On remarqued'ailleurs que
les figuresdivines attachées à un sanctuaire se retrouvent
danssessuccursales et mêmequetes nomsde tieux voyagent
L'AXS~B 190t.t909
$OCt~OQt<tCE.
avecles dieuxet les héros. Grâceaux Argiens, ou trouve eu
AsieMineureLaerK's.pered'Utysse. O~ygia,les Cyctopes,etc.
<p. M7). Les noms propres de la poésie mythique étant
abondamment pourvusd'homonymes,on peut arriver, de
procheeu proche,et en tenant compte des circonstances,ù
déterminerla patrie des récits primitifs. Sur ce point, Je tra.
vaUde M. G. est systématique;et, malgré l'incertitudedu
détail, l'ensembleeuest piutûtfructueux. Caril yaun intérêt,
même théorique,à suivre uu mythe dans sou passaged'une
formeà uue autreaufur età mesuredeses migrations.Eu effet,
pour étudier tes mythesen taut quephénomènessociaux, il
fautsoigneusementdistinguerleurs parties constanteset ieurs
parties adventices.Par exempte,il est bon de savoir que le
nombredes travaux d'Héractésa pu varier, et que le mythe
définitifcotnprend,superposésà uu mytheargien,desmythes
thébains et tt'achiuiens,sans compterceux qui se sont déve-
loppés chez les Heractidesd'AsieMineure. Un mythe de ce
genre, compositeet déforméde mille manières. n'appartient
pas au mémo typede phéuontëuequ'un mythepopulaireou
sacerdotald'un lieuoud'un sanctuairedétermines.
Maisici une questionpréliminairese pose.Pourpeu qu'on
se préoccupede donner une théoriedu mythe qui tienne
comptede sa fonctionreligieuse,on est dérouté par l'incohé-
rence de ce qu'oa est convenud'appelerdes mythotogies.Lu
mythologiegrecquequi est en ce moment, pour nous, la
mythotogie-type,nousprésente,en particulier,touteunesérie
de récits dont la principaleraison d'être groupésest d'avoir
pour principaux personnagesdes dieux ou des héros. Mais
cetteraison n'est pas un élémentsuffisantde définition.Dans
cet assemblage,qui n'est d'aitteurs qu'en partie artificiel, il
est extrêmementdifficilede distinguer ce qui est mythe.
c'est-à-direce qui est à proprementparier religieux,et ce qui
est légende,conteou roman. Derrièrel'épopée et les contes,
il y a souvent chancede rencontrerles mythes. M. Usener
(Ci./tMH<~Soeto(o~«< H, p. 230sq.), s'y est appliqué avec
8uccÈs.M. Gruppecontinuedans le mûme sens.Achiitcest
un dieu, dieu de l'autre mondeet dieu médecin; son épee est
adoréePhasetisfp. 6i6~; Médéeet Iphigénië (p.6t7). Aga-
memnoo et Ménéias(p. M)j sont des dieux, etc. Il y a a
i. Lemythed'Aphrodite de Toulis(Aphrodite
Ktesytta &)a pontOte)
n'estconnuquesouslaforme(tuconted'Hermochari!) et Ktosylla
(V.1101.
land,jyyMo~)'<!pAt<eAe~)M~M<M<'$'<<,MOû, p.Stt).
A~ALÏXKS. – KH'Kt~NSïA'nc'M ttBt-MtHC~~ 2X7

cette nature indécise de ht mythologie deux sortes de raisons.


La première est que souvent, au point de départ de ta com-
position d'un mytite cyclique, it y a un phenomëue historique
ou plutôt social do ce point de vue, l'épopée, l'histoire et le
mythe se confondent. Ainsi, selon M. Cruppe, les ceuvres
hypotttetiques qui ont fini par constituer )es mytites cycliques
étaient avant tout des compositions d'un intérêt nationat ou
politique. L'HèracK'ide Argienne était destinée a fonder le
droit des Héraciides (p. 4GO:.Les Pisistratides ont contribué
fortement a tu formation du mythe de Thésée (p. MC). Un
mythe national on s'élevait natureiiement au mytttc uni-
versel. L'origine d'une famine ou d'une tribu devint i'ori~ine
de t'humauite 'p. 43~. Xotons d'aiHeurs que, par un curieux
retour, les compositions u'unt eu, en leur temps, de vaifur
historique qu'autant qu'elles s'imposaient à ia croyance,
autrement dit qu'elles étaient des mythes. La seconde
raison de ce caractère indécis est ia sorte de déviation et de
déformation que subit un mythe quand il sort du sanctuaire
auquel il était attache pour entrer dans un cycle auquel il
était souvent étranger. D'abord, il est nécessairement sujet à
une sorte de nouvelle interprétation il se crée une sorte de
mythe de ce mythe. Ensuite, c'est dans une composition iitte-
raire qu'il pénètre et il eu accepte les lois. Celle-ci présente
à son tour le mythe sous une forme nouvelle. Tous les poèmes
mythologiques, suivant leur plus ou moins grande popula-
rite, ont été, & des degrés divers, des livres sacrés: ainsi
i'Uiade et l'Odyssée. Ils out impose des formes et des direc.
tions à ia pensée commune. Deià vient probahiement que
certains mythes qui étaient devenus de simples sujets Httc-
raires fout retour à la religion après en être sortis. Les sanc-
tuaires locaux ont souvent emprunté des héros à des poèmes
mythiques. Ainsi, scion M. Gruppe, s expliquerait ta pres"ucc
de Céphee et de Phinee dans les cultes de Te~ee.
Après avoir lait l'histoire d'un mythe complexe, il reste a
faire l'étude de ses thèmes, et à en donner l'explication. Par
thème nous entendons les épisodes élémentaires, les actes
dont la suite compose le mythe. Cesont les parties do la nar-
ration qui résisteut il t'anatyse. La première question qu'on
peut se poser à leur sujet est de savoir dans quette mesure its
sont quelque chose de spécialement religieux. NI. Gruppe
adopte, jusqu'à un certain point, une attitude éclectique. Cer-
tains thèmes sont, pour lui, purement esthétiques, tel celui
K. t)CMMMt. Ann.!csocio).,tM).)9~. 17
Mtt L'AXXÉESOC!M.OO!OC)E.
l<KH.t!)M

de la conquête d'une nancée par la solution d'une énigme


(p. 805).D'autresont une origine politique,ainsi l'histoirede
la dépendance d'Héraclès à l'égard d'Eurysthée (p. 4~i).
D'autresse rattachent à un fait d'histoirerelieuse tesluttes
de dieux se réduiraient à des luttes deculte (p. 898).Maisla
théoriele plus génératementappliquéeest celle qui consiste
à expliquer les thèmes mythiques par des rites d'un sanc-
tuaire donne'. Le grand nombre des faits allégués tend à
donnerà leur enchatuement l'allure d'uu système.Malheu-
reusement, !a part de la conjecture reste surabondante.Le
but seul est bien défini déterminer avecprécision ia nature
du rite cachéderrière le mythe. Donnonsquelquesexemples,
entreautres (p. 4S5,4S7,400,614,619,CM; l'imagedu bmuf
passeur qui porte les âmes dans l'autre mondeest fournie
par le sacrifice funéraire (p. 403 sq.) le mythe du déluge
correspondà uue cérémoniedont la partie principaleétait un
charmepour la pluie (p. 443 sq.). A ce propos,faisonsremar-
querqu'une partie des légendesdu délugene peuventpas se
rattacher au seul rite du versementde l'eau, mais doivent
l'êtreà une processioncommeen présententsouventles fêtes
du printemps. Desexpressions de M. Gruppe,on est en droit
de conclure,ou nous nous tromponsfort,que, dans cesdivers
cas, il considèrele mythe comme un phénomènesecondaire
logiquementet chronologiquementpostérieur au rite. Nous
noussommes déjà expliqués là-dessus.On peut dire seule-
ment que, en fait de mythologiegrecque, il y a de grandes
chancespour que nous ne connaissionspas la forme immé-
diatedu mythe rituel, celle que le rite représenteseule.Trop
de formesintermédiairesse sont intercaléesentre le rite et le
mythe. Pourtant, il y a des exemplesfavorablesà sa thèse
que M. Gruppe aurait pu utiliser et qu'il a négligés. Par
exempleil aurait pu analyser i'idée du bceufpasseur, animal
sacrificield'ici-bas et dieu de l'autre monde, pour donner
uneidéede la pénétration du riteetdu mythel'un parl'autre,
pour faire voir l'organisme vivant qu'ils forment par leur
réunion. Cette lacune provient probablement de ce que
). C'estuneMpth'ation
de ce ~nre fjueM.Gardncr a proposco )';
pf)Uf
tnvth);d<-f'and'ffM (AncwPand'jra YMC. ~oM<-na< of M<'«<t)i<-
S<m/<M.
)i)0).9 p.). t)M<n')nû.M.S. KeiMCh mttMttt: les rcpt'M'ntdtioMs
'fc
t'arcHxchettMnt (leXousau tct~piemcgaricn des ttithyes(L'ntxM-~ti<-f
io'ditdu MusM- de CMi.tantin'p~e.
~t'. </M~/w/~ .K~M~,)!?).p.)~7.
t; <)<; nx'-tx''
M.ttactditu
rattachecertaineitm~ed'Ërosa desritesde,
Adunies (Einneue)'Erostnythus,
M</«/«~tM.
)!)<)),p. 92t-330;.
AXALYSM.– Mt'tttMKXTATtOXS
MUttKUSE-i 35~

M. Gruppe ne voit dans le rite que quelque chose de tout


mécaniqueet formelsde simplement traditionnel,de pures
habitudesd'un grouped'hommesétroitementtocaiisés.
Commel'explicationritualiste des mythesest ence moment
eu faveur, it n'est pas mauvaisde rappelerqu'elle ne répond
))!)8ù tout. Il n'y a pas de culte des Titans,ni de culte de
Téthis (p. 4~. D'autre part l'enrichissementpropre de la
mythotogieeu générât,celui dela mythologiegrecqueeu par-
ticulier; peut n'avoir pas de relation avecle rituel it peut y
avoir accroissementpar emprunt à des mythologiesétran-
gères. Le mérite le plus sérieux de l'interprétationritualiste
est qu'elle teud plus que toute autre à rapprocherte mythe
desfaits les plus immédiatementvoisins,à savoirdes rites.
Mais mOneceiane nous renseigne qu'assezimparfaitement
sur la nature intrinsèque de ces faits. La considération de
certains éléments plus particuliers au mythe est à certains
points de vue plus instructive.
L'une des premièresétapes de la formationdu mythe et
du thème, c'est-à-dire de l'image de t'être dout le mythe
raconteles actes, est à coup sur la fixationdu nomde cet être
encorevague. Une fois crée, le uom crée à son tour les per-
sonnalitésdivines, lesquellesteudeut alors à se détacher des
choses.Lenom produitune personne,parcequ'il une valeur
ilsoi, représentativeet sacrée.Les quatitcsdistinguéeset <tési-
gt)éesparle langagedeviennentdespersonnesautonomes. Kon
seulementles noms produisentles dieux, mais les rapports
to~iquesetgrammaticauxdesuomsentre euxet avecleschoses
produisentde nouveaux mythes1. Cechampde la recherche
:)été magistralementouvert par M.Useuerdansses G~<enM-
fftfK.M. Gruppe en continue !'exp!oratioo.L'interprétation
desnomsconsidéréscommeépithétesdivinesl'aide a grouper
lesépithetesMettanteset vagues,lesnomspropresdehéros,les
termesde la géographiemythique, autour de types divins et
de mythes déterminés. Les noms décèlentainsi l'élément
commun des mythes. On voit à des nomscomme Jolcos
siitoo doré). Jasou (tasion. héros agrairedu siitou', que ia
)'ende des Argonautes contient des élémentsde mythe
.praire.
Le mythe, &ce point de vue, participe doncde la nature du
iangage.Aussipeut-onconstaterque,toutcommele tangage, iI
)).263.