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Le

printemps
de
Marx
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Jadis vénéré, lemarché apparaît depuis le début de la crise économique comme une source de dérèglements. PHOTO PLAIN PICTURE

«Une réponse à la propagande


libérale»
Eric Hobsbawm, historien britannique de renom, analyse le retour de
l¶idée communiste:

Néen 1915, Eric Hobsbawm,le plus grand historien britannique vivant, est aussi l¶un des derniers
représentants de la tradition des intellectuels communistes. Il vient de publier  
  

 oAndré Versailles éditeur).

 idée communiste telle qu elle ressurgit aujourd hui peut-elle nous aider à comprendre et à
transformer lemonde?

e ne crois pas.Comme programme, le communisme n¶existe plus: le «socialisme réel» du bloc


soviétique a été brisé et il n¶y a aucune chance qu¶on remette à l¶ordre du jour l¶idée d¶une économie
entièrement planifiée et centralisée. Idée qui n¶avait jamais été celle de Marx. En réalité, le principal
apport du communisme a été l¶idée d¶une avant-garde révolutionnaire: le Parti. Les partis communistes
ont été des constructeurs permanents de sociétés et d¶Etats. Après la guerre, le parti communiste italien,
qui comptait 5000 militants, a su en deux ans devenir un parti de centaines de milliers de personnes,
capable d¶attirer des millions d¶électeurs. AuVietnam, le PC, minoritaire, était structuré pour être la base
de quelque chose de plus grand: une société. Mais tout cela a été rendu par des circonstances
économiques et sociales qui ne sont plus.

½l n  a pas de «retour à énine» en vue?

Le libéralisme a sous-estimé les aspirations et les succès des mouvements communistes. On a voulu les
jeter entièrement à la poubelle, en faire de simples excuses pour fonder des goulags. Cette mythologie,
qui date de la guerre froide, n¶est pas encore morte. Elle reste par exemple très vive au Parlement
européen, où l¶on continue de passer des résolutions contre le totalitarisme comme si on était dans les
années 60. Aujourd¶hui que le capitalisme est en crise, le retour de l¶idée communiste est surtout une
façon de répondre à la propagande libérale.

a crise financière actuelle ouvre-t-elle la voie à un possible «après-capitalisme »?

La fin du communisme a été symbolisée par la chute du mur de Berlin: ce jour-là, tout le monde a
compris que l¶expérience était irrévocablement terminée. Eh bien, le capitalisme vit une situation
analogue: depuis septembre , chacun sait que le retour à l¶idéologie du laisser-faire économique n¶est
plus possible. Le «laisser-faire» est fondé sur l¶idée que tout homme est considéré comme poursuivant
des intérêts rationnels, qui se rencontrent et s¶équilibrent par un marché autorégulé. Telle est la «théorie
du choix rationnel» et toute restriction au marché y est vue comme une entrave à l¶avènement du
meilleur des mondes. Avec le recul, cela semble ridicule. Du reste, les économies qui ont connu depuis
trente ans les plus fortes croissances n¶obéissent pas du tout à la théorie du libre choix du
consommateur: le apon, la Corée, plus tard la Chine. Ce n¶est qu¶en 1998-1999, avec la crise asiatique,
que les milieux d¶affaires ont commencé à se dire que quelque chose ne marchait plus. Et à redécouvrir
Marx.

e retour à Marx a donc commencé à la Cit?

e me souviens d¶un déjeuner avec le spéculateur George Soros durant cette période: il m¶avait
demandé ce que je pensais de Marx et m¶avait fait l¶éloge de ses prédictions sur le développement
frénétique du capitalisme. C'était au moment où Long Term Capital Managment venait de connaître une
faillite retentissante. Ce fonds de placement était géré par deux prix Nobel, qui avaient calculé le risque
d¶un effondrement de leur fonds à une chance sur plusieurs millions Tout le monde sait qu¶il y a
toujours des risques. Si Marx intéresse les banquiers, c¶est parce qu¶il dit que l¶essence du capitalisme
n¶est pas la stabilité, mais la crise.

Des solutions à la crise peuvent-elles venir de l expérience communiste?

Notre situation est comparable à celle des années 1929-1933, quand le système, qui obéissait lui aussi à
la doctrine du laisser faire», s¶est effondré. Never again» est devenu le nouveau mot d¶ordre et, de
fait, les gouvernements ont fait plein de choses inimaginables pour les libéraux: donner la priorité
absolue au plein emploi, intégrer les mouvements ouvriers à la gestion des entreprises, construire l¶Etat-
providence. On a même emprunté certaines innovations soviétiques,comme le calcul du produit national
brut, inventé par un économiste du Gosplan qui est devenu américain, et qui est une façon de considérer
l¶économie, pour la première fois, dans son ensemble. Aujourd¶hui, l¶exemple de la Chine est très clair.
L¶ancien système maoïste assurait le plein-emploi et la protection sociale grâce aux conglomérats
publics. Depuis que ceux-ci ont disparu, les millions de paysans qui affluent dans les villes n¶ont plus
rien. En période de croissance, le problème n¶est pas trop difficile à gérer. Mais maintenant qu¶il n¶y a
plus de travail, ces démunis deviennent un problème politique dont tous les gouvernements devront tenir
compte.

En renationalisant l économie?
L¶opposition entre marché et planification, comme si chacun était exclusif de l¶autre, n¶est plus
d¶actualité. L¶étatisme, version extrême du socialisme, a fait faillite; le libéralisme, version extrême du
capitalisme, est en train de connaître le même sort. Les économies du nouveau siècle devront être
mixtes. La différence ne se fera plus dans la structure, comme on le croyait, mais par les fins à atteindre:
s¶agira- t-il de promouvoir le profit individuel. ou bien de réduire les inégalités, de multiplier les
capacités de tous Et c¶est là que l¶on retrouve non seulement Marx, mais aussi la tradition socialiste.

Recueilli par ‡ÉR½C AESCH½MANN


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