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M.

Jaya PATRACHAI 1
Groupe E 03
TD Droit international public séance n°2

Commentaire de la sentence arbitrale du 4 avril 1928 de la CPA, Affaire de l' île de Palmas

La naissance de nouveaux Etats suite à la chute du mur de Berlin, les bouleversements


qui continuent d'ébranler l'Afrique et le Moyen-Orient et la survie d'anciens différends
territoriaux ou frontaliers témoignent de l'importance du problème de l'établissement de la
souveraineté territoriale.
Le territoire d'Etat constitue un chapitre important du droit international. Selon la
Constitution interaméricaine de 1933, un "territoire déterminé" est un élément constitutif de
l'Etat. Nombreux accords et traités internationaux portent sur le territoire, ainsi que cette
sentence arbitrale rendu par la Cour permanence arbitrale du 4 avril 1928 concernant le conflit
sur un territoire de l' île de Palmas entre les Etats-Unis et les Pays-Bas. A cette époque de
l'après la première Guerre Mondiale, nombreux traités sont négociés et signés pour la
détermination et le règlement des territoires coloniales. L'île de Palmas, appelé aussi
Miangas, est une petite île de 3 miles de longueur et ¾ miles de largeur, situé entre l'actuelle
Indonésie et les Philippines. Il était, pourtant, à l'intérieur de la frontière des Philippines
comme défini par l'Espagne qui l'a cédé aux Etats-Unis en 1898. En 1906, un général
américain Leonard Wood a visité l'île de Palmas et a découvert que les Pays-Bas ont
également réclamée sa souveraineté sur cet île. Un accord est ainsi signé le 23 janvier 1905
entre les Etats-Unis et les Pays-Bas pour soumettre le conflit à l'arbitrage. C'est un juriste
suisse Max Huber qui est désigné comme l'arbitre unique pour le compte de la Cour
permanent d'arbitrage. La sentence rendue le 4 avril 1928 a connu une grande notoriété.
Ici, il est question de savoir quelle puissance coloniale, les Etats-Unis ou les Pays-Bas, a
souveraineté sur le territoire de l'île de Palmas. La souveraineté est une conception formée en
Europe depuis la Renaissance. Alors que en Asie à l'époque, la souveraineté territoriale est
assimilée à la suprématie territoriale : un Etat souverain est l'Etat qui vaincre ses états
contiguës par la force militaire ou et la culture, même s'il ne possède pas la compétence de
l'administration sur cet état.
L'une des difficultés majeures de cette affaire résidait dans le fait que l'arbitre ne disposait pas
d'instruments internationaux reconnus par les deux parties. Les Etats-Unis prétendent un titre
par lequel l'Espagne leur a cédé les Philippines et ils maintiennent que Palmas fait partie des
Philippines par le principe de contiguïté. En revanche, la thèse hollandaise repose sur le fait
que, depuis la Compagnie des Indes orientales, les Pays-Bas ont possédé et exercée des droits
souverains sur cette île à partir de 1677; et que, après la découverte, les accords ont été
conclus avec les princes indigènes.
Selon l'arbitre, pour qu'une partie du territoire soit reconnu comme rentrant dans un Etat
déterminé, la condition juridique nécessaire est que ce territoire se trouve soumis à la
souveraineté de l'Etat. Par conséquent, Max Huber précise qu'il faut clarifier dans l'intérêt
d'espèce ce qu'il faut entendre par souveraineté territoriale. Cette sentence est une affirmation
de la souveraineté ce la conception occidentale. (I). Ensuite, il convient alors d'envisager la
portée de cette sentence arbitrale. (II)
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I. L'affirmation de la conception de la souveraineté territoriale
rendue universelle par la juridiction arbitrale

Selon Max Huber, la souveraineté territoriale est le pouvoir juridique dont l'Etat
dispose pour agir dans l'espace qui constitue son territoire. Dans cette affaire, l'île de Palmas,
situé dans l’Océan Pacifique asiatique, est l'objet de conflit entre les puissances coloniales
occidentales. Le conflit porte en effet sur le titre d'acquisition de la souveraineté sur un
territoire non étatique. Dans cette sentence du 4 avril 1928, l'arbitre écarte le titre résultant de
la contiguïté de l'argument des Etats-Unis.(I) et fait droit au titre résultant de l'occupation
effective (B.)

A. Le refus du principe de la contiguïté dans cette affaire

- Le principe de la contiguïté signifie l'appartenance d'un territoire à un Etat en raison de


sa situation géographique relativement proche.
- Géographiquement, l'île de Palmas est située plus près des groupes des îles des
Philippines qu'aux îles des Indes Néerlandaises. C'est ce que soutient la thèse
américaine.
- Or, selon l'arbitre, ce principe n'est pas "admissible comme méthode juridique pour le
règlement des questions de souveraineté territoriale; car il manque de précision".
Cette disposition est ainsi logique par exemple, pour déterminer l'appartenance d'une île
très éloignée au milieu de l'océan à un Etat, il est difficile d'appliquer ce principe.
- En l'espèce, l'île de Palmas est isolée et non- étatique, l'arbitre a considéré alors qu'il y
a des lacunes, une intermittence dans le temps et une discontinuité dans l'espace de la
souveraineté territoriale. Donc l'arbitre écarte le titre résultant du principe de la
contiguïté, prétendu par les Etats-Unis.

L'arbitre fond ensuite sa décision sur le titre de l'occupation effective par les Pays-Bas.

B. La règle de l'occupation effective comme élément matériel nécessaire de


l'acquisition territoriale

- D'après l'arbitre, "Dans le droit international actuel, les titres d'acquisition de la


souveraineté territoriale ou bien sont basés sur un acte de prise de possession effective,
tel que l'occupation ou la conquête, ou bien, comme la concession."
Ici, Max Huber démontre que si les titres sont en général d'origine historique; la conquête
coloniale en l'espèce, le droit international recourt aussi au droit romain de la propriété qui fait
la possession une condition fondamentale.
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- Le territoire, dans cette conception, est considéré alors comme le patrimoine du Prince
sur lequel l'Etat exerce un droit réel similaire à celui du propriétaire sur une chose, il
s'agit d'"imperium".
- Selon l'argument des Pays-Bas, la Compagnie des Indes orientales ont conclus depuis
1648 avec les princes indigènes les traites établissant la suzeraineté des Pays-Bas sur
les territoires de ces princes, y compris Palmas. L'arbitre semble d'être accord avec cet
argument car le titre d'acquisition de la souveraineté territoriale dérive de la
concession ou la transmission avec ces princes
- La sentence affirme que " l'exercice continu et pacifique de la souveraineté territoriale
vaut titre." En l'espèce, l'occupation effective est attestée par des actes
d'administration. Il s'agit des actes néerlandais concernant la perception de l'impôt, les
contrats de suzeraineté passés avec les autochtones, les visites des navires de guerre,
l'assistance lors d'un typhon. Sur cette base et sur cette règle, ainsi est fondé le
dispositif favorable aux Pays-Bas dans cette décision.
- Toutefois, dans l'affaire du Temple de Preah Vihear du 15 juin 1962, la Cour a écarté
comme non fondés les actes d'administrations de la part de la Thaïlande sur le terrtoire
du temple de Preah Vihear au profit de la frontière indiquée pour la zone litigieuse sur
la carte de l'annexe réalisée par la France et le Cambodge. Donc, la Cour a attribué la
souveraineté territoriale au Cambodge.
Après avoir traité le concept de la souveraineté territoriale, il faut ensuite envisager la portée
de cette sentence.

II. La portée de la fameuse sentence de l'île de Palmas


Cette sentence du 4 avril 1928 est très célèbre par son obiter dictum qui établit la
plénitude et l'exclusivité de la compétence étatique (A), conséquence de quoi est constituée
aussi l'égalité souveraine des Etats. (B.)

A. L'exclusivité et la plénitude de la compétence étatique

- La sentence Ile de Palmas décline son célèbre obiter dictum : "La souveraineté, dans
les relations entre Etats, signifie l'indépendance. L'indépendance, relativement à une
partie du globe, est le droit d'y exercer, à l'exclusion de tout autre Etat, les fonctions
étatique."
- Max Huber définit ainsi la plénitude et l'exclusivité comme le droit qu'a l'Etat
d'exercer toutes les compétences et fonctions sur son territoire.
- Selon Radnitzky, dans son article intitulé "Nature juridique du territoire de l'Etat", on
peut distinguer trois types de compétences étatique :
° Compétence matérielle de l'Etat est constitué par tous les actes que l'Etat peut
réaliser en vertu de son Droit.
° Compétence personnelle est le pouvoir de l'Etat par rapport aux personnes
° Compétence spatiale est le synonyme de la souveraineté territoriale.
Pour la théorie de pur droit, l'Etat est donc un ordre juridique.
- Ici l'arbitre parle du droit d'exercer la compétence "à l'exclusion de tout autre Etat", ce
qui signifie que dans un espace territoriale déterminé, l'ordre juridique d'un seul Etat
est valable
- Il est confirmé que l'Etat peut revendiquer la plénitude de compétence et exercer
lesdites compétences à l'encontre des "droit acquis" par les particuliers (SA, Aminoil,
24 mars 1982)
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En effet l'exclusivité de la compétence étatique est comprise dans la logique de l'égalité
souveraine entre les Etats

B. L'égalité souveraine des Etats

- Par l'indépendance, l'État bénéficie de la" plenitudo potestatis" . Il entretient des


rapports directs avec les autres États et traite avec chacun d'eux sur un pied d'égalité.
- L'indépendance est le corollaire de la souveraineté de l'Etat, selon l'arbitre.
- Cette sentence l'Ile de Palmas est le fondement pour les jurisprudences internationales
ultérieures. De plus, un comité spécial des Nations Unies a adopté en 1966 une sorte
de charte de l'égalité souveraine des États. En voici l'énoncé:
"1.Tous les États jouissent de l'égalité souveraine. Ils ont des droits et des devoirs
égaux, et sont membres de la communauté internationale nonobstant les différences
d'ordre économique, social, politique ou autre.
2. En particulier, l'égalité souveraine comprend les éléments suivants:
a) Les États sont juridiquement égaux.
b) Chaque État jouit des droits inhérents à la souveraineté.
c) Chaque État a le devoir de respecter la personnalité des autres États.
d) L'intégrité territoriale et l'indépendance politique de l'État sont inviolables."