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UNIVERSITATEA DIN BUCURESTI

Facultatea de Limbi si Literaturi Straine

LUCRARE DE LICENTA
La Grammaire du verbe Dire

Absolventa:
Ramona Bîrlan

Conducator stiintific:
Prof.dr. Mariana Tutescu

Sesiunea iunie 2008

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SOMMAIRE

Introduction 2

I LA COMBINATOIRE LIBRE 4
1. STRUCTURES SYNTACTICO-SÉMANTIQUES
1.1. Sujet humain 4
1.2. Sujet non- humain 15
1.3. DIRE et les circonstants de manière 18
1.4. DIRE et la composante de la diathèse 21
1.4.1. Le passif 21
1.4.2. L’emploi personnel 21
2. DIRE, EN INCISE 27

II LA COMBINATOIRE FIGÉE 30
1. MOTS COMPOSÉS 31
1.1. Noms 31
1.2. Adjectifs, adverbes, locutions conjonctives. 33
2. LOCUTIONS ET EXPRESSIONS 35
3. PROVERBES 55

III DIRE, dans la STRUCTURE MODALE 57


1. DIRE, MARQUEUR DE LA MODALITÉ EXCLAMATIVE 57
2. DIRE, MARQUEUR D’ÉVIDENTIALITÉ 59

IV LES DÉRIVÉS DU VERBE DIRE 62


1. DÉRIVÉS NOMINAUX 62
2. DÉRIVÉS VERBAUX 65

Conclusions 73
Bibliographie 74

2
INTRODUCTION

Les verbes de parole font l’objet de nombreuses études menées sous des perspectives
variées, parce qu’ils jouent un rôle essentiel dans le discours rapporté, dont il faut enseigner et
apprendre les “mécanismes” pour communiquer en langue étrangère.
Le verbe dire fait le sujet de ce travail parce qu’il est un des plus importantes et des
plus usuels verbes de parole de la langue française et mérite un intérêt tout particulière à cause de sa
richesse syntaxique, sémantique et pragmatique extraordinnaire.
Le travail est une grammaire du verbe dire, grammaire dans le sens d’ étude objective
et systématique des éléments (phonèmes, morphèmes, mots) et des procédés (de formation, de
construction, d'expression) qui constituent et caractérisent le système d'une langue naturelle. Ayant
comme point de départ l’article sur le verbe dire du Dictionnaire Trésor de la Langue Française, la
description est articulée en quatre chapitres.
Le premier chapitre se propose d’étudier les structures syntactico- sémantiques dans
lesquelles le verbe dire peut figure, en tenant compte de tous les types de constituants de la phrase et
de ses restrictions sélectives.On va analyser les types de sujet que dire peut avoir ( sujet [+ humain]
ou [-humain] ) et comment la présence ou l’absence du trait [+humain] modifie le sens du verbe.Ce
chapitre contient les valeurs sémantiques du verbe dire ( définition et synonimes, là où on l’a
considéré nécéssaire pour une meilleure compréhenson de la valeur sémantique), la syntaxe
( régime, nature des sujets et des compléments), le domaine d’emploi et le registre de langue, et des
phrases illustrant le sens et la construction.On a apporté des exemples pratiques et des citations des
œuvres littéraires et des articles de publications le plus récentes possibles.Les citations, parfois, se
ressemblent pour mieux suggérer le contexte où la construction respective s’emploie.
Le deuxième chapitre est consacré à la combinatoire fixe, en s’occupant des mots
composés, des locutions, des expressions, des locutions et des proverbes centrés sur le verbe dire.Le
nombre des locutions et des expressions qui contiennent le verbe dire est impressionnant.Elles ont
été classées en fonction des intentions énonciatives et de leur utilisation( dans des énoncés de la
langue parlée, souvent familière et du discours direct et à la première personne, ou dans des énoncés

3
à caractère narratif ) et aussi selon la valeur sémantique du verbe dire. Pour les expressions vieilles
ou rarement employées,qui n’ont pas été trouvées dans la documentation, les exemples ont été pris
de TLF, du Robert, de Larousse, de Littré.Dans le cas des mots composés on indique le pluriel des
noms seulement s’ils ne se soumettent pas aux régles classiques de la grammaire.
Le troisième chapitre s’occupe du verbe dire, comme opérateur dans la structure
modale.On se propose de montrer que dire peut être marqueur de la modalité exclamative, en
traduisant la réaction affective du locuteur face à l’événement considéré. Dire peut indiquer aussi la
source de l’information du locuteur ( si elle est externe au locuteur ou du type inférentiel ). En ce cas
on parle d’un marqueur évidentiel, c’est-à-dire d’un verbe épistémique.
Le dernier chapitre traite les dérivés nominaux et verbaux que le verbe dire engendre.
Si dans le cas des dérivés nominaux il s’agit de dérivation suffixale, les dérivés verbaux sont formés
à l’aide de la préfixation. Ils sont présentés en ordre alphabétique. Chaque mot est traité en fonction
de ses propres caractéristiques et les difficultés qu’il présente. On a insisté sur les sens bien
cristalisés des mots, essentiels pour une compréhension correcte de l’exemple et du texte, en
conséquence.
Ce travail est le résultat d’un effort de synthèse et d’annalyse du concept moderne de
grammaire, un effort de décrire en plusieurs étapes un verbe avec un comportement peu commun.

4
I. LA COMBINATOIRE LIBRE

Ce chapitre se propose d’étudier les structures syntactico-sémantiques dans lesquelles le


verbe DIRE peut figurer, en tenant compte de tous les types de constituents de la phrase: le sujet et
son statut sémantique, les compléments directs et indirects, les circonstants.
A la différence de la COMBINATOIRE FIGÉE, où les mots forment une unité
indissociable du point de vue grammatical et sémantique, la COMBINATOIRE LIBRE est baseé
sur des rapports grammaticaux et semantiques entre les mots qui gardent toute leur autonomie dans
le groupe syntaxique ou la phrase qu’ils forment. La COMBINATOIRE LIBRE permet des
opérations syntaxiques comme la permutation des constituents, la possibilité d’intércaler d’autres
morphèmes dans leur structure, la pronominalisation, la transformation en phrase négative,
exclamative etc.

1. STRUCTURES SYNTACTICO - SÉMANTIQUES


1.1. SUJET HUMAIN

1.1.1. DIRE: émettre des sons articulés et des phrases, des éléments signifiants d’une langue .
[ Le complément désigne le signe.]
→ Le C.O.D. est un nom ou un pronom.
Le premier mot que l’enfant a dit a été « papa ».
Le vieillard a dit quelques mots avant de mourir mais personne n’a rien compri.
“Ma mère ne prononçait jamais le mot cancer, elle disait le laid mal.”
Anne Philipe, “Un été près la mer”, p. 145
Le nom de la femme (…) était Lulu (…) N’étant pas française elle disait Loulou.”
S. Beckett, “Premier amour”, p. 17

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→ Le C.O.D. est un énoncé rapporté en style direct
Gustave Flaubert a dit: «Madame Bovary, c’est moi.»
“Tu ne t’en souviens donc pas? disait- il.”
A. de Saint-Exupéry, “ Le Petit Prince”, p. 83
“Quand il avait vu le chien mort il avait dit: « Maintenant il ne sent plus rien. »”
Anne Philipe, “ Un été près de la mer”, p.109

→Le C.O. D. est un mot autonyme


dire bonjour, dire aurevoir, dire oui/non, dire merçi, dire merde, dire ouf, dire tu, dire vous.
Dans le cas des mots autonymes il ne s’agit pas nécessairement de prononcer effectivement le
mot respectif mais de l’accomplissement d’un certain acte.
Par exemple, «dire merci» ne signifie pas prononcer le mot «merci», mais remercier, action
réalisable en émployant la formule «Merci!», mais aussi une tout autre formule, comme «Je te suis
trés reconnaissant» etc.
Dis merci à la dame, ma petite!
Dis- moi tu!
“Il entra, nous dit bonjour, s’assit!”
Fr. Sagan, “Un certain sourire”, p. 23
“Je l’embrassai par la fenêtre de la voiture pour lui dire au revoir.”
Fr. Sagan, “Un certain sourire”, p. 148
“Tout aussi inquiétante est l’absence d’opposition. Quand on est jeune, ne jamais dire
non, ne pas professer d’opinions scandaleuses peut indiquer une personalité peu sure de soi, donc
fragile.”
Madame Figaro, No 15074, 1993, p. 31
“Bon!- je me dis- en nous couchant, tu vas me faire des lamentations sur ton vase, mais
je te dirai merde!”
Goncourt ,“ Journal”, in TLF
“Pan, pan, aussi sec, mon poign dans chaque oeil, et toc, mon gauche dans le creux de
l’estomac, total, voilà le gros par terre, sans dire ouf.”
R. Queneau, “Pierrot mon ami”, 1942, p. 19

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1.1.2. DIRE: énoncer un propos par la parole physiquement articuleé avec l’intention de le
communiquer et d’appeler éventuellement une réponse ou une réaction. Il est censé se trouver face à
face avec le destinataire du propos.
[Le complément désigne le signifié].

A. DIRE: faire connaître (la pensée, les sentiments, les intentiones) à un interlocuteur, par la
parole.
dire qqch. à qqn.
Constructions syntaxiques:
→Le COD est un nom ou pronom
Dire des choses sensées, intelligentes
Dire des balivernes, des bêtises, des idioties, inepties, des insanitié
Dire des compliments, des malices, des boniments
Dire des blasphemes
Dire des injures, grossièretés
Dire de bons mots, une plaisanterie
Dire des blagues
Dire des conneries, des craques
Dire la vérité, le vrai
Dire des mensonges
Dire ses projet, ses intentions, ses raisons
Dans son étude,“Les compléments nominaux du verbe dire”, Giry-Schneider 1981, précise
qu’il y a deux types de combinaison dire N :
(1) Jean dit (des compliments, des boniments, des malices) à Sophie.
(2) Jean dit (la vérité, ses raisons, ses intentions ,l’heure) à Sophie.
La phrase (2) est une construction qui a été mentionnée sous le nom de question cachée,
notamment par Baker 1968,1970 et par Grimshaw 1977.Leur analyse consiste à ramener le
complément direct à une interrogation indirecte( Jean dit à Sophie quelle est la vérité. ).Le verbe
dire de la question cachée a le sens d’informer « ; il est paraphrasable par des verbes comme révéler,
avouer, sens et paraphrase qu’il n’a pas avec compliments ou malices :
Jean révèle (la vérité, ses intentions,l’heure) à Sophie.
*Jean révèle (des compliments, des malices) à Sophie.

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Ce qui est spécifié avec compliments, malices, ce n’est pas le contenu des paroles dites, mais
leur ton ou leur valeur telle qu’elle est appréciée par le locuteur.Dire l’heure, cela concerne ce qui
est dit,même si ce n,est pas explicite ; dire des compliments,des malices spécifie le caractère des
paroles dites.

→ Le C.O.D. est un infinitif [le sujet de DIRE et de l’infinitif désignant la même personne]
Il dit préférer la poésie romantique.
Elle dit avoir besoin d’argent.

→ Le C.O.D.est une proposition subordonnée complétive ou interrogative indirecte à


l’indicatif ou au conditionnel.

dire que
Je lui ai dit que je ne voulais pas le voir.
dire si
Elle ne m’a pas dit si elle était contente de son travail.
dire qui
Dites-moi qui vous êtes!
dire comment
Elle m’a dit comment elle a appris la vérité.
dire où
Il ne vent pas me dire où est le livre.
dire pourquoi…
Elle ne dit à personne pourquoi elle veut partir demain.

Valeurs sémantiques :
a) exprimer, communiquer
Il m’a dit qu’il voulait partir le plus tôt possible.
Mon voisin dit beaucoup de sottises.
“Le voici. Vers mon coeur tout mon sang se retire.
J’ oublie, en le voyant, ce que je viens lui dire.”
Racine, Phèdre, II, 5

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b) dévoiler, révéler
Le ministre n’a voulu rien dire des projets financiers du gouvernement.
J’ai été très étonnée quand il m’a dit ses intentions réelles.
“Je considère l’idéologie de la transparence comme une fumisterie. Tout ne doit pas être
dit.”
Le Magazine Littéraire, N° 458, 2006, p.66
“Il (le docteur Pascal Rougon) conduit son travail selon une devise qui résume la méthode
et la fin: tout dire pour tout connaître et tout guérir.”
Le Magazine Littéraire, N° 422, 2003, p. 60
c) confier
Le secret de la mort de son père, il ne l’a dit qu’à moi.
Elle m’a dit ses craintes concernant la confrontation avec son mari.
Il n’a dit à personne la raison de sa fuite.
“Puisque vous y tenez, je vais tout vous dire.”
Le Magazine Littéraire, N° 458, 2006, p.60
d) affirmer
“Un ancien prof de philo rêve de régler son compte à Nietzsche, ce pauvre Friedrich
ayant osé dire que Dieu était mort!”
Le Magazine Littéraire, N° 422, 2003, p.96
“(…) Je crois juste de dire que Madame Bovary recherchait l’angoisse mais qu’à la fin, la
souffrance réelle et le désir de se sentir vivante par l’angoisse sont devenus une seule chose.”
Le Magazine Littéraire, N° 422, 2003, p.24
“Mais ne me faites pas dire que les enfants des divorcés sont tous des drogués
potentiels!”
Madame Figaro, N° 15 074, p.31
d) prétendre
On ne peut pas croire à ce que le président dit.
“On dit qu’on est inconsolable:
On le dit, mais il n’en est rien (…)”
La Fontaine, “Fables”, VI , p.21.
“Vous calculez, et vous dites aimer.”
Balzac, “La Duchesse de Langeais”, in TLF

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B. DIRE : exprimer l’opinion
dire (qqch.) de, au sujet de, sur (qqn./qqch.)
• dire son avis, son opinion, son idée, sur qqch
L’éditeur n’a rien dit du projet présenté par la nouvelle employée.
Tout le monde voulait apprendre ce que le ministre dirait au sujet du chômage.
• dire du bien, du mal de qqn., de qqch.
“Sur vingt personnes qui parlent de nous, dix-neuf en disent du mal, et le vingtième, qui en
dit du bien, le dit mal.”
Rivarol, “Rivaroliana”,I, 1.,p.352, in Robert

C. DIRE : penser, croire, estimer


dire (qqch.) de…
en dire
Que diriez-vous d’une visite au château Bran?
“Qu’est-ce que vous dites de ça ?”
Duhamel, in Larousse
“Si je vous le disais pourtant, que je vous aime ,
Qui sait, brune aux yeux bleus, ce que vous en diriez?”
A.deMusset, Poésies nouvelles, ”À Ninon”
“Allons, Rome en dira ce qu’elle en voudra dire”
Racine, “Bérénice”, IV, 6
“Qu’en dites vous, Seigneur? Que faut-il que j’en pense?
Racine, “Iphigénie, IV, 6

“−Je lui ai dit que je sortais avec des Belges, à Montmartre. Mais les cabarets doivent
fermer maintenant.
−Que va-t-elle dire? C’est tard, cinq heures, même pour des Belges”.
Fr. Sagan, “Un certain sourire”, p.146

D.DIRE : faire savoir un fait, une nouvelle


a) raconter, narrer

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Elle ne voulait pas me dire la fin de l’histoire.
Je vais vous dire l’affaire en quelques lignes.
“Bertrand me parlait de l’oncle voyageur qu’il semblait peu aimer. Il me disait sa
comédie de voyages.”
Fr. Sagan, “Un certain sourire”, p.15
“− Vous me devez une histoire, dit enfin la Fosseuse, d’un son de voix câlin.
− Je vais vous la dire, répondit Genestas.”
Balzac “Le Médecin de campagne”, Pl,t.VIII, p.523
(…) quiconque ne voit guère.
N’a guère à dire aussi (…).”
La Fontaine, Fables, IX, 2
“Dis-moi de mon époux le véritable sort (…)”
Corneille, “Pertharite”, I, 3
b) annoncer
“Maintenant Jeanne est étendue sur son lit, Elsa ne l’a pas quittée, sauf quelques instants
pour dire la nouvelle à Thomas.”
Anne Philipe, “Un été près de la mer”, p.167
“− Je voudrais écouter la radio, dit Jeanne.
− Je l’ai écoutée. Ils n’ont rien dit. Ils annoncent que les combats ont cessé.”
Anne Philipe, “Un été près de la mer”, p.184

→ Le complément de nos jours, est rarement un substantif désignant un contenu


spécifié, mais plutôt un nom de sens general (“nouvelle…”), un indéterminé.
Je vais le dire à mes parents!
Qui vous l’a dit?

E. DIRE : énoncer une objection, une critique, objecter, rétorquer.


Il s’est débrouillé très bien, on ne peut rien dire sur sa manière d’accomplir la mission.
“On n’osait rien dire à ma mère, elle était l’éternelle blessée, la victime.”
Anne Philipe, “Un été près de la mer”, p.133
“Ô Brisson, que de belles choses vous disiez, sous l’Empire, contre les ministres qui
organisaient des tumultes comme celui que vous avez voulu et préparé hier!”

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Clémenceau, “Vers la réparation”, p. 263, in TLF
Si je lui demande de m’aider, elle me dira qu’elle est très occupée.
“On me dira: « Ne pouviez-vous exprimer les mêmes vérités en les annonçant avec moins
de crudité?»
Chateaubriand, “Mémoires d’outre tombe”, t. VI, p.145
“On dira que cette éducation est trop riche, trop pleine, trop savante.”
Michelet, in Larousse

F. DIRE: exprimer sa volonté


→Le C.O.D. est une invitation à agir.
Constructions syntaxiques :
a) Le destinataire du propos et le sujet de l’action à faire désignent la même personne.
dire a qqn. de + infinitif
Je leur ai dit de partir le plus tôt possible.
En manière d’insistance:
dire que + indicatif ou conditionnel d’un auxiliaire de mode exprimant l’obligation
Je leur ai dit qu’ils devront prendre garde.
b) Le destinataire du propos et le sujet de l’action désignent des personnes différentes.
dire que + verbe au subjonctif
Je lui ai dit que tu fisses tes devoirs avant de partir te promener.
Valeurs sémantiques:
a) commander, ordonner
Un membre du service d’ordre nous a dit de circuler.
Allez lui dire qu’il vienne!
Il vous fait dire de venir immédiatement.
“- Pourquoi l’assassiner? Qu’à -t-il fait?
A quell titre? Qui te l’a dit?”
Racine, Andromaque, V, 3
“(…) je lui dis précipitamment de sortir, que j’avais à parler en particulier à ma bonne.”
Sénac de Meilhan, “L’Enigré, p. 1775
“Ah! mon papa, je vous demande pardon. C’est que ma soeur m’avait dit de ne pas vous le
dire; mais je m’en vais vous dire tout!”

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Molière, “Le Malade imaginaire”,II, 8
b) conseiller, recommender
Vous me dites d’oublier mais je nè veux rien oublier.
Je vous avais dit d’agir autrement … maintenant c’est trop tard.
“Vous -même dites ailleurs qu’on ne se baigne jamais deux fois dans le même livre .”
Le Magazine Littéraire, N° 422, p.100

1.1.3. DIRE : réciter, débiter un texte, de mémoire ou en le lisant, chanter


→ Le C.O.D. est un nom
• dire un poème, un chanson, des vers
L’actrice a très bien dit sa réplique à la fin de la scène.
“Je vous dirai , si vous voulez, pour vous désennuyer, le conte de « Peau d’âne » ou bien
la fable du « Corbeau et du Renard », qu’on m’a apprise depuis peu.”
Molière, Le Malade imaginaire”,II, 8
“(…) la démangeaison de dire ses ouvrages est un vice attaché à la qualité de poète.”
Molière, “La Contesse d’Escarbagnas”, 1
→ Emploi absolut
Cet acteur dit bien , dit juste, il possède l’art de dire.
“J’avais un voisin aimable, ancien économe de lycée disgracié, qui savait beaucoup et disait
bien.”
Vallès, “Les Réfractaires” 1865, p.59, in TLF
“Dur et pitoyable métier: je me suis tourmenté pour la composition, la manière de dire ou
de prononcer et tout cela pour l’effet d’un moment , oublié ou perdu le moment d’après (…)”
Maine de Biran, Journal, 1820, p.297
Spécialement:
• dire un office, une/la messe : célébrer
“L’on disait autrefois, et je crois bien que l’on dit encore une messe à leur intention ( des
toreros ) pendant la course.”
Gautier,“ Tra los montes”, 1843, p. 88
• dire ses prièrs, ses heures , ses chapelet, le rosaire, le bénédicité, ses oraisons,son
bréviaire.
Tous les dimanches nous disons un chapelet pour le repos de son âme.

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“ Tous deux vont à la messe et dissent leur rosaire.”
Hugo “La Légende des Siècles t.1”, 1859, p.334
“ Personne ne dit le bénédicité ? demanda Boche”.
Zola, “L’Assomoir”, 1877,p.451
“ (…) elle ( Félicité) implorait le Saint-Esprit, et contracta l’habitude indolâtre de dire
ses oraisons agenouillée devant le perroquet.”
Flaubert “ Trois contes”, “ Coeur simple”, 1877, p.66

1.1.4. DIRE :exprimer, énoncer par le langage écrit.


A. DIRE : faire connaître quelque chose dans un écrit
Elle me dit dans son télégramme qu’elle arrive demain.
“Je ne vous écrit qu’un mot, pour vous dire que…”
Racine, Lettres, p.144
Spécialement: [ en parlant d’un auteur] formuler telle opinion, énconcer tel avis, tel conseil,
dans un de ses ouvrages.
“Borges dit dans la préface au «Rapport de Brodie» qu’un vieil homme qui connaît son
métier arrive peut-être à faire ce qu’un jeure homme de génie avait fait.”
Le Magazine Littéraire, N° 422, p. 100
“D’autre part, il pensait que l’oubli est la chose la plus souhaitable. Il doit dire ça une
douzaine de fois dans sa littérature.”
Le Magazine Littéraire, N° 422, p. 100
“«Être pour toujours, ne pas avoir été», dit-il (Borges) dans un poème, c’est -à- dire
avoir l’immortalité sans le poids du souvenir.”
Le Magazine Littéraire, N° 422, p. 100
“Or je ne vois pas ce que je pourrai expliquer que je n’ai dit il y a presque trente ans en
publiant ce petit livre sur la différence entre l’angoisse et l’anxiété.”
Le Magazine Littéraire, N° 422, p. 28

B. DIRE : [poétiquement, en parlant d’un penseur, d’un écrivain] exposer, célébrer (un
événement), généralement en vers et avec une ampleur, une tonalité épique.
“Je vais dire les douleurs de l’ Eglise persécuteé.”

14
Chateaubriand, in Larousse
“Je dirai le soleil levé et le printemps.”
Moréas, “Le Pèlerin passionné”,1891, p.82, in TLF
“Je n’ai pas assez dit cette ombre des dieux qui tient tout le ciel, qui marche avec l’ombre
des nuages…”
Giono, “L’Eau vive”, 1943, p.29
“Je dirai les exploits de ton règne paisible (…) “
Boileau, Épîtres, I.
Par extension, le sujet désigne l’écrit lui-même:
“Le poème dit l’éternité reconquise et l’apaisement de la résurection.”
Magazine Littéraire, N° 422, p.80

1.1.5. DIRE : employer certaines formes linguistiques pour exprimer qqch.


Commet dit-on « confiserie » en anglais?
« Computer » ne se dit plus; on dit «ordinateur ».
Il ne faut pas dire “personne n’est pas içi” mais il faut dire “personne n’est içi”.

“(…) vous voulez, Acis, me dire qu’il fait froid, que ne disiez-vous: « il fait froid?»
La Bruyère, Les Caractères, V, p.7
“On ne dit plus journaux, radios, télévision, mais média, cet objet hybride qui prétend
relier immédiatement le consommateur et le fournisseur (…).”
Le Magazine Littéraire, N° 422, 2003, p.6

1.1.6. DIRE : [ le sujet désigne un penseur, un écrivain ] exprimer, révéler (qqch. de nouveau,
de personnel).
Quand on n’a rien à dire, on n’écrit pas.
“Les choses les plus importantes à dire sont celles que souvent je n’ai pas cru devoir dire
parce qu’elles me paraissaient trop évidentes.”
Gide,”Journal”, 23 août 1926
“ Pour moi, je ne sais pas si j’ai réussi, mais quand je fais des vers, je songe toujours à
dire ce qui ne s’est point encore dit dans notre langue”.
Racine, Lettres, À Maucroix, 29 avril 1695

15
1. 2. SUJET NON-HUMAIN

1.2.1. DIRE : exprimer au moyen d’ un code quelconque, d’un signe, d’une manifestation ou
par l’aspect [l’accent est mis sur la révélation que peut apporter le sujet.]

A. DIRE : indiquer, montrer, dénoter [par personification d’une partie du corps, d’un
object familier etc.]
L’horologe nous dit l’heure qu’il est.
“Angolio, dont les vêtements usés et propres disaient en effet la misère, répondit.”
Zola, “Rome”, 1896, p. 463
“(…) Il est bon , même s’il est injuste : ses lèvres le disent, excellentes, épaisses,
obstinées et généreuses.”
André Suarès ,“ Trois hommes”, « Dostoievski », II, p 211
“Elle a les plus beaux yeaux, comme vous avez vu, et des yeux qui disent tout ce qu’ils
veulent.”
Stendhal, “Lucien Leuwen” t. I, p.76
“Le marquis regarda (…) sa femme immobile, muette, mais dont le calme visage disait
éloquemment la puretè et l’innocence.”
Ponson de Terrail “Rocambole”, t.3, p. 296
“(… ) dans la caléche, des éternuements convulsifs, une sorte de gloussement continu,
disaient que la baronne étouffait.”
Maupassant.”Un vie”, p. 95-96
. B. DIRE :signifier [ le sujet est un élément linguistique ]
Il ne se rend pas compte que ces deux phrases disent la même chose.
« Comprendre » dit plus qu’« entendre».

C. DIRE :révéler, exprimer [en parlant d’une chose plus ou moins énigmatique]
“L’ombre est un silence; mais ce silence dit tout.’’
Hugo,“ Les travailleurs de la mer”, p. 303, in TLF

16
“Qu’ai-je fait? Que veut- il? Et que dit ce silence?”
Racine, Bérénice, II, 5

D. DIRE : exprimer [ le sujet est une production de l’ homme, à caractère généralement


artistique].
“ Il n’ est pas d’expression plus triomphante pour dire l’étreinte de l’angoisse qui se
desserre, que le troisième acte du “ Fidelio” de Beethoven (…): le prisonnier revient à la vie, à
l’amour”.
Le Magazine Litéraire, N°422, 2003, p47-48
“ Ces trois dessins différents ( de Delacroix, Daumier, Ingres) ont ceci de commun (…)
qu’il disent juste ce qu’ils veulent dire”.
Baudelaire” Curiosités esthétiques”,1867, p19
“ Elle pensait à des petits pas sur le sable des plages napolitaines, à ces belles
expressions naïves qui disent si vivement l’amour, l’étonnement et le plaisir”.
Maurois “Ariel ou la Vie de Shelley”, 1923, p260

1.2.2. DIRE : plaire, tenter, présenter un intérêt [ l’accent est mis sur l’effet produit par l’aspect
d’une chose ou rarement d’une personne sur l’interlocuteur]
→ le verbe DIRE est intransitif [ seulement à la forme négative il peut prendre comme
C.O.D. un pronom indéfini,comme «rien» ].
→ il y a toujours un complément indirecte humain
Si cele te disait, nous pourrions aller au restaurant ce soir.
Est-ce que ce cadeau vous dit?
“Cette année, je ne sais pas pourquoi, le Liban m’aurait bien dit. Mais mon mari m’a fait
remarquer que ce n’était pas le moment”.
Pierre Daninos” Un certain Monsieur Blot”, p. 212, in Robert

1.2.3. DIRE : exprimer, énoncer par le langage écrit [ par métonymie: le texte pour son auteur]
La Bible dit que le monde a été créé en six jours.
Les journaux ne disent rien sur les sujets qui nous intéressent.
La loi dit que la punition pour ce type de délit est de 5 ans d’emprisonnement.

17
L’article 731 du Code civil dit: « Les successions sont déférées aux enfants».
“ Le «Financial Times» disait qu’il fallait aux Etats-Unis un ministère des colonies…”
Le Nouvel Observateur, N° 2196: 16
“ La Mandragore, cette plante dont la racine possède, dit la légende, des pouvoirs
magiques (…)”
Le Magazine Littéraire, N° 422: 13

18
1.3. DIRE et les CIRCONSTANTS de MANIÈRE

Les circonstants sont des compléments non-nécessaires, qui expriment la circonstance


dans la quelle se produit un événement: le lieu, le temps, la manière, la cause et le but, la concession,
l’hypothèse etc.
Le verbe DIRE admet tous ces types de circonstants mais seulement quand il est
interprété comme verbe de parole, de communication (faire connaître quelque chose à un
interlocuteur).
De toutes les catégories de circonstance, celle de la manière mèrite un intérêt tout
particulier, compte tenu du statut sémantique du verbe DIRE, celui de verbe de communication.
Le complément circonstanciel de manière jouit, dans le cas du verbe DIRE, d’une grande
diversité du point de vue lexicale aussi bien que du point de vue de la réalisation syntagmatique.

1.3.1. DIRE avec l’adverbe «bien»/«mal»


A. dire bien/mal quelque chose : rendre plus ou moins bien la pensée, faire entendre
plus ou moins chairement quelque chose (par la parole ou par l’écrit)
Elle a très bien dit ce qu’elle avait à dire et tout le monde l’a applaudite.
Il l’a mal dit et personne n’a rien compris.
“Ne te fâche pas si je dis mal les choses”
Audiberti, “Les Femmes du Boeuf” 1948, p. 120

B. dire bien : s’exprimer à la perfection


→ Emploi absolut
“On dit bien quand le coeur conduit l’espirit.”
M. de Tencin, “Corespondance avec Richelieu”, p. 384
“On n’a plus guère à dire quand on vient après quelqu’un qui a si bien dit.”
M. de Sévigné,1065, 22 sept. 1688

19
1.3.2. DIRE + groupe nominal précédé d’une préposition ou adverbe : rendre sa pensée de telle
ou telle manière

A. DIRE d’une manière + adj.


“Ce sourire et ce mouvement en disaient autant qu’un bien long discours; ils disaient
d’une manière concise et frappante à peu près ceci(…)
Loti,”Mariage”, 1882, p. 176
B. DIRE +groupe nominale précéde de la préposition “avec”
Il m’a dit avec tristesse qu’il devait partir le plus tôt possible.
Elle m’a dit avec calme que rien n’était encore perdu.
“-Au revoir, Bertrand. Pardonne-moi.
-Va-t’en, dit-il avec douceur.”
Fr. Sagan. “Uncertain sourire”, p. 137
C. DIRE + groupe nominale précéde de la préposition “en”
• dire en aparté, en cachette, en confidence
Elle m’a dit en aparté qu’elle avait été obligée à reconnaître ce délit mais qu’elle n’était
pas le véritable auteur.
“Tu n’as pas encore l’habitude, et tu conduis mal tes affaires : je te le dis en
confidence.”
Nerval, “ Le second Faust” 1840, p. 152, in TLF
D. DIRE +adverbe
“(…) il dit ridiculement des choses vraies, et follement des choses sensées et
raisonnables (…).”
La Bruyère, Les Caractères, XII, 56
“-Je vais te rendre à Françoise en bon état, dis-je plaisamment.
-Cynique!”
Fr. Sagan. “Uncertain sourire”, p.114
“D’une certaine façon, dit Luc sérieusement, il y a quelque chose. Je veux dire: entre
nous.”
Fr. Sagan. “Uncertain sourire”, p. 33

20
Voici une liste avec les plus fréquents adverbs de manière utilisés avec le verbe DIRE,
trouvés dans la documentation:
• dire affectuesement, dire amicalement, dire (tout) bêtement, dire (tout) bonnement,
dire (plus/assez) brièvement, dire brusqulement, dire brutalement, dire calmement,
dire carrément, dire clairement, dire distraitement, dire confidentillement, dire
crûment, dire doucement, dire (assez) durement, dire fièrement, dire formellement,
dire fortement, dire franchement, dire froidement, dire gaiement, dire gentiment, dire
gravement, dire hardiment, dire hautement, dire incidemment, dire ironiquement,
dire justement, dire laconiquement, dire lentement,dire mollement, dire naïvement,
dire négligement, dire obligeament, dire ouvertement, dire paisiblement, dire
plaisamment, dire poliment, dire posément, dire précisément, dire rageusement, dire
railleusement, dire rapidement, dire résolument, dire respectueusement, dire
sèchement, dire sèrieusement, dire sévèrement, dire (tout) simplement, dire
sincèrement, dire sourdement, dire spirituellement, dire timidement, dire
tranquillement, dire tristement, dire vulgairement.

1.3.3. DIRE avec un accent …= utiliser une prononciacion qui s’écarte de l’usage

“Puis il dit avec un accent marseillais :<< Zé oublié ma bourse, té, il a fallu revenir.
Autrement, je crois que tu dormais de bon coeur.>>”
Maupassant,”Contes et nouvelles”, t.1, Marroca,1882, p.793
“(Kléber) lui dit avec son accent demi-allemand:
-Tiens! Voilà Ali-Bonaparte qui va nous faire une des siennes.”
Vigny, “Servitude et grandeur militaires” 1835,p.150,in TLF

21
1.4. DIRE et la COMPOSANTE de la DIATHÈSE

Vu que la voix active a été traitée dans les chapitres précédents, avec toutes ses valeurs
sémantiques, on s’occupera ici du passif et de l’emploi pronominal du verbe DIRE.

1.4.1. Le passif

a) DIRE :exprimer, énoncer par le langage oral ou écrit


Ces mots ont été dits pour la première fois par Victor Hugo.
Cette phrase a été dite par Hanif Kureishi dans une inteview qu’il a donné en 2005.

b) DIRE :considérer, nommer


Un produit est dit toxique s’il nuit à la santé.
Un verbe est dit intransitif s’il n’admet pas un complément d’object direct.
Cette structure passive où l’agent a été effacé s’appelle le passif sans agent et apparaît
lorsque le sujet effectif de l’action n’est pas précisé. Il s’agit de situations de communication dans
lesquelles on considère une action moins du point de vue de son auteur, que du point de vue des
conditions de son déroulement. Le sujet effectif de l’action est généralement le pronom indéfini
“ON”.
L’agent effacé sera toujours un “humain”. Les agents “non-humains” semblent plus
difficiles à omettre.

1.4.2. La voix pronominale

A. Le pronominal réfléchi
a) SE DIRE = dire quelque chose à soi même, penser
→ le COD est une proposition subodonnée complétive ou interrogative
Je me disais bien que c’était impossible.
“Luc riait avec moi, parlait. Je riais aussi, je me disait qu’avec lui faudrait toujours
rire, et je m’y sentais assez disposée.”
Fr. Sagan. “Uncertain sourire”, p.76

22
“Elle ne posait pas des questions mais elle y pensait souvent et se disait que
l’un des deux avait dû faire du mal à l’autre, il n’était pas possible (…) que l’ on se sépare
subitement si l’un n’a pas cessé d’aimer parce qu’il aime ailleurs.”
Anne Philipe “Un été près de la mer “, p. 26
“Le petit garçon se dit que ressemler à son père est peut-être la meilleure chose
pour
pouvoir séduire sa mère, son père à l’air d’ y être parvenu.”
Mme Figaro, N° 15074, 1993, p.84
“ Et si malgré tout , le premier arrive, c’ést- à-dire le premier contact avec la
drogue, tout d’abord, il ne faut pas fuir, se dire « on verra »”.
Mme Figaro, N° 15074, 1993, p. 31

b) SE DIRE+ infinitif : projeter de


Il s’est dit de terminer le roman avant les Pâques.
“Fauriel s’était épris tout d’ abord du poème de la Parthénéide [de Baggesen] et dit de
le traduire.”
Sainte-Beuve,“Portraits contemporaines”,inTLF

c) SE DIRE = se faire passer pour, (se) prétendre


- Le COD est un nom ou un adjective
Elle se dit malade pour n’aller pas au concours.
Il se dit médecin mais il n’est pas capable d’établir un diagnostic.
“ – Dites, Monsieur, si vous avez jamais eu le droit de vous dire mon amant.”
Verlaine, Oeuvres complètes, t.4, Louise Leclerq, 1886, p.172
“ Et de quell droit se diraient – ils héros (…).”
Boileau, “ Les Héros de roman.”

.
Sens figuré :
d) ON SE DIRAIT quelque part : on a l’impression d’être quelque part
Derrière la maison il y a un champ de lavande. On se dirait en Province.
Pendant la nuit nous écoutons les cris des mouettes. On se dirait au bord de la mer.

23
B. Le pronominal réciproque :
se dire l’un à l’autre
Ils se sont dit qu’ils se verraient après un an dans le même endroit.
“ Il y a des moments où tous les barrages tombent, on parle, on se dit tout … au début d’un
amour, devant le danger de mort …”
Anne Philipe, “ Un été près de la mer” p.138
“(…) on s’embrasse, on se dit à demain, on prend un taxi si on peut se l’offrir ce jour- là,
sinon on descend vers le dernier métro.”
Anne Philipe, “ Un été près de la mer” p.153

C. Le pronominal passif
a) SE DIRE = être dit, être exprimé, enoncé
Ces choses se disent dans la première étape d’une relation.
→ «Ces choses se disent...» signifie «sont dites». On remarque que l’activité en ce cas
est, mentalement, transportée dans l’impersonnel. «Ces choses se disent...», c’est-à-dire : «on les
dit».
“ Michel Strogoff prêtait une oreille attentive à tout ce qui se disait, mais il ne se mêlait
point aux conversations.”
J. Verne, “ Michel Strogoff’, p.208

b) SE DIRE = être employé, en parlant d’une expression, d’une tournure.


Cette expression se dit pour assurer l’interlocuteur de la vérité de ce qu’on vient de dire.
Ce mot ne se dit plus.
Cela se dit pour suggérer un contenu qu’on ne veut pas préciser.

24
1.5DIRE et les auxiliaires modaux
POUVOIR, FALLOIR, VOULOIR

• Pouvoir dire : pouvoir affirmer, avancer [ le datif n’apparaît pas dans cette
construction]
→ Le C.O.D. est une proposition subordonnée complétive
Ex : Peut-elle dire qu’elle est vraiment innocente?
“On peut dire que le poids d’une identité plaquée est une source d’angoisse, mais
cela n’est pas seulement vrai pour les écrivains, beaucoup d’autres personnes le subissent.”
Le Magazine Littéraire ,N° 422, p. 24
“On peut dire qu’étendre la signification de lire au-delà de l’alphabet est un abus de
termes, mais pour moi, c’est vrai.”
Le Magazine Littéraire, N° 422, p.13
“(…) ceci explique sans doute comment les services de l’Elysée ont pu, il y a plus de
vingt ans, dire que le chancelier Schmidt et le président Giscard d’Estaing «se tutoyaient en
anglais».”
Le Français dans le monde, N° 334, p.20

• Falloir dire : falloir préciser


Ex : Il faut dire que l’argent n’a pas été donné par le directeur mais par les employés.
“Il faut dire que la définition de la mort par la médicine classique reste incertaine.”
Le Magazine Littéraire, N° 422, p.47
“Il faut dire qu’aujourd’hui , le travail a un peu changé.”
Le Français dans le monde , N° 334, p.35
“(…)cela nécessite des lecteurs fiables dans des langues rares, ce qui, il faut bien le
dire , ne court pas les rues.”
Le Français dans le monde, N° 334, p.36

• Vouloir dire
25
1. [ Sujet humain] Vouloir dire = avoir l’intention d’exprimer
Ex : Qu’est-ce que tu veux dire ?
Je suis sûr que vous avez voulu dire tout autre chose.
“Elle était enfin seule sur la terre, je veux dire sans cette présence constante et
invisible.”
Anne Philipe, “Un été près la mer”, p. 133
“Dans ces moments là il paraissait envahi par une sorte de tristesse biologique, je
veux dire que même l’amour ne pouvait le délivrer”.
Anne Philipe, “Un été près la mer”, p.175
“Que voulez-vous donc dire, mes pères ?”
Pascal, “Les Provinciales”, XIII
“-Que feriez-vous si je vous aimais pour de bon ?(…). Je veux dire : si vous m’étiez
indispensable, si je vous voulais à moi tout le temps … ? ”
Françoise Sagan , “Un certaine sourire ”,p. 144

1.1.[En parlant d’un penseur, d’un écrivain] Vouloir dire= exprimer, révéler
quelque chose de nouveau, de personnel.
Ex : “Un bon traducteur entre pratiquement toujours en contact avec l’auteur pour être
exactement dans le ton de ce qu’il veut dire.”
Le français dans le monde N°334, p. 35
“Que voulez-vous dire par ce vers ?
« Et le lieu est mon péché et mon alibi » ”
Le Magazine Littéraire, N° 422, p. 81
“Si donc l’on interroge ; si l’on s’ inquiète (…) de ce que j’ai « voulu dire » dans
tel poème, je réponds que je n’ai pas voulu dire, mais voulu faire(…)”
Valéry, Variété III, 1936, p. 63
• le vouloir dire (nom masc.)
“ (…) il sera la proie des théoriciens qui lui « prouveront» que sa traduction n’est pas
acceptable alléguant qu’elle n’est pas objective, qu’on n’y retrouve pas tel ou tel autre mot du texte
source, qu’elle ne reproduit pas le vouloir-dire de l’auteur, etc.”
Le français dans le monde N°334, p.31

26
2. [Sujet non humain : un signe, indice, synonyme, forme linguistique etc.]
Vouloir dire= signifier
“Cette notion voulait encore dire quelque chose dans les années 1960, où la
consommation était plus standardisée.”
Le nouvel observateur. N°2196, p. 10
“ Maintenant les diplômes ne veulent plus rien dire.”
Le nouvel observateur. N°2196, p.10
“Je ne pourrais pas assumer un roman qui ne contiendrait ni peur ni angoisse, ce qui
ne veut pas dire qui c’est mon thème favori.”
Le Magazine Littéraire, N° 422, p.24
“Parler veut dire qu’on s’implique dans une forme de lutte.”
Le Magazine Littéraire, N° 422, p.79
“Cella ne veut rien dire.”
Camus, L’Etranger, 1942, p. 125
“Mais tout le monde aujourd’hui « rencontre » la drogue !(…). Cella ne veut pas dire
que tout le monde cède à la sollicitation.”
Madame Figaro, Nº 15 074, p.30

27
2. DIRE, EN INCISE

2.1. DIRE annonce que l’énoncé est rapporté en style direct.


2.1.1. Aves inversion normale
a) A l’intérieur de la proposition
“- L’année passée, dit-il, tu te souviens, Médor aboyait devant le mur où habitait la
couleuvre et ça le fatiguait beaucoup parce qu’il était déjà vieux.”
Anne Philipe, “ Un été près de la mer.”, p.11
“- Ne t’affole pas, dit Luc, nous n’avons rien à faire.”
Fr. Sagan, “ Un certain sourire.”, p.116
“ Voici, dis-je, comment raisonne cet auteur.”
La Fontaine, “ Fables”, IX, Dics. À Mme de la Sablière

b) En fin de proposition
“ On n’est jamais content là où l’on est, dit l’aiguilleur.
Antoine de Saint-Exupéry, “ Le Petit Prince” p.75
“ Ils ne reconnaissent pour gens de valeur que leurs amis, disait-on.”
Gide, “ Journal”, 1940, p.47
“ Faites, faites, Monsieur Grandet, charbonnier est maître chez lui, dit sentencieusement
le president.”
Balzac, “ Eugenie Grandet”,1834, p.40

2.1.2. Sans inversion ( registre familier)


Ouvre la fenêtre, je lui dis.
C’est pas possible, elle lui dit, je ne peux pas croire une telle chose.
Tu peux continuer, il me dit, tu dis très bien.

2.1.3. Avec le “que” du style indirecte ( registre populaire).


Imbecile, qu’il m’a dit ! Imbecile toi-même, que j’lui ai répondu !

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“− Moi, triste! Que j’dis.
−Oui, dit-il, qui dit, t’as quet’chose.”
Henri Monnier,“ Scènes populaires”,«La victime du corridor», 1, t.I, p.253
“ Tu me cherches des crosses, qu’il me dit.”
R. Queneau, “Pierrot mon ami”,1942, p.19

2.2. DIRE fait reference à des propos connus, entendus

→ L’incise est introduite par COMME


On dit: « Tout s’est passé très vite, comme j’ai dit» ou «comme je l’ai dit ». Après
comme, “le” est facultative.” Toutefois, lorsque “comme” est dans une incise, “comme vous dites”,
“comme on dit”, ont le sens de “pour parler comme vous, comme on s’exprime généralement”, alors
que “comme vous le dits”, “comme on le dit” signifient “comme vous m’affirmez”, “comme on
l’affirme”:
Elle est trop fatiguée, comme vous dites.
Si elle est trop fatiguée, comme vous le dites, qu’elle pause.
“ Les deux romans de Zola et la pièce d’Ibsen étant, comme on dit pudiquement, un peu
oubliés, je ne peux me dispenser d’en donner une sorte de résumé.”
Magazine littéraire, N° 422,2003, p.59
“ Je ne t’aimerai jamais “« pour de vrai », comme disent les enfants, mais nous sommes
pareils, toi et moi.”
Françoise Sagan, “Un certain sourire”, p.74-75
“(…) je devais toujours me sentir plus ou moins ulcérée quand Luc se mettait, comme il
disait, à résumer les situations.”
Françoise Sagan, “Un certain sourire”, p.34
“ Il apparait clairement dans ces explications que ce « skopos»- comme diraient les
représentants de la « skoposthéorie » en traduction – determine évidemment aussi ses choix
traduisants.”
“ Le français dans le monde”, No334, 2004, p.32
“ Le ciel est pavé de bonnes intentions, non l’enfer, comme on le dit assez sottement.”
Green, “ Journal”, 1950, p.355

29
“ Il suffisait de réagir, comme disent les bonnes gens.”
Françoise Sagan, “Un certain sourire”, p.165
“ Il est certain que c’en est fait de la noblesse, si, au lieu de chercher à créer des alliances,
elle continue, comme vous l’avez dit excellement, de s’isoler dans ses terres, et de s’enfermer dans
son orgueil.”
Sandeau, “Mlle de La Seiglière”, 1848, p.249

30
II. LA COMBINATOIRE FIGÉE

La combinatoire figée est le mécanisme par lequel une séquence de morphèmes lexicaux
forme une unité indissociable du point de vue grammatical et sémantique. La combinatoire figée
instaure le principe de la lexicalisation. Les morphèmes perdent leur autonomie grammaticale et
sémantique dans l’unité supérieure qu’ils forment, pour devenir une lexie, c’est-à-dire un tout de
signification et de grammaire.
À la différence de la combinatoire libre, ces lexies refusent toute opération syntaxique:
permutation des constituents, possibilité d’intercaler d’autres morphèmes dans leur structure,
pronominalisation, transformation en phrase négative, injonctive, exclamative, degrés de
signification etc. Le pluriel des noms composés ne se soumet pas à la règle générale.
Ce chaptire se propose d’étudier tous les types de lexies formées autour du verbe DIRE:
mots composés, locutions, expressions, proverbes et autres idiotismes.

31
1. MOTS COMPOSÉS

1.1 NOMS COMPOSÉS

• bien-dire− nom masculin invariable, composé de l’adverbe «bien» et du verbe «dire»:


art, action de s’exprimer élégamment, avec éloquence, talent
“Pour disputer le prix du bien-dire”
Bossuet, “Pardon de Dieu”, 2
Proverbe: Le bien-faire vaut mieux que le bien-dire.
Locution verbale (le plus souvent péjorative): être, se mettre sur son bien-dire :
prendre, affecter un beau langage
“Elle est savante et manie l’anglais de façon précautionneuse comme s’il s’agissait
d’un objet rare et fragile; on la sent continuellement sur son bien-dire”.
Green, “Journal”, 1941, p.73
• lieu-dit−nom masculin, composé du nom «lieu» et du participe passé du verbe «dire»:
lieu, dans une ville, mais plus généralement à la campagne, qui ne correspond pas à une division
administrative particulière et qui porte un nom traditionnel, évoquant une particularité géographique
ou un évènement historique local.
Le pluriel: lieux-dits.
“Les noms des lieux-dits ou noms de territoires sont aujourd’hui fixés officiellement
par le cadastre.”
Dauzat, 1963, p.218, in TLF
“Le prestige qu’avaient pour mon imagination les noms de certaines villages ou lieux-
dits(…)qui revenaient souvent dans les propos des buveurs(…).”
Labraud, “Journal”,1934, p.317, in TLF

• on-dit−nom masculine invariable, employé surtout au pluriel: rumeur, nouvelle répétée


de bouche en bouche, dont l’origine et l’authenticité sont incertaines.

32
Derrière les rumeurs, les on-dit , il y a toujours un fond de vérité.
“Michelet a à peine effleuré le sujet; quant à Büchner, son étude est complète, mais, à lire
les affirmations hasardeuses, les traits legendaires, les on-dit dès longtemps rejetés qu’il rapporte ,
je le soupçonne de n’être pas sorti de sa bibliothèque pour interroger ses heroïnes(…).”
M.Maeterlinck,“ La vie des abeilles”,I,1,p.12

• ouï-dire – nom masculin invariable, composé du verbe “ouïr” par amuïssement du “r”
et du verbe “dire” : ce qui’ est connu et propagé par la rumeur publique.
Syn: bruit, on-dit, rumeur.
Ex: Ce n’est qu’ un ouï-dire.
“Des propos en l’air, des on-dit, des ouï-dire.”
V. Hugo “Les misérables” t.2, 1862, p.34
“Les dernieres témoignages de cette réunion contredisent en plein les premises; et
les premises ne sont que des ouï-dire”
Gide, “Journal”, 1931, p. 1085
par ouï-dire − locution adverbiale : pour en avoir entendu dire, indirectement, en se
fondant sur des bruits, des rumeurs
“Il parlait de l’amour comme un aveugle des couleurs; il en parlait par ouï-dire, en
répétant les niaiseries courantes.”
J. Chr. Rolland,”Revolte”, 1907, p.380
• qu’en dira-t-on – nom masculin, employé généralement avec l’article indéfini et
rarement avec l’article indéfini, composé du pronom interrogatif – relatif “que”, du pronom
adverbiale “en”, du verbe “dire” et du pronom indefini “on”: ce que peuvent dire les autres sur la
conduite de quelqu’un, l’opinion d’autrui.
Se soucier du qu’ en –dira-t-on.
Se moquer, être au-dessus du qu’en –dira-t-on.
“Cepandant son affection pour Mariolle et sa vive prédilection, elle les lui
témoignait presque ouvertement, sans souci du qu’en-dira-t-on (…)
Maupassant, “Notre coeur”, II, V, p.169
“(…) elle n’hésiterait pas à y loger sa soeur ou sa nièce; elle a même ajouté que
pour Lausanne ce serait plus convenable que pour chez ma mère et qu’il ne serait y avoir lieu à
aucun qu’en dira-t-on.”

33
Sainte-Beuve,“ Correspondance”,IV,p.172

1.2. ADJECTIFS, ADVERBES ET LOCUTIONS CONJOCTIVES


composés avec le verbe DIRE

● bien – disant(e) –adjectif, composé de l’adverbe “bien” et le participe présent du verbe


“dire”:
a) qui s’ exprime avec éloquence, talent (vieux)
b) qui dit du bien des autres –(quasi)- antonyme: médisant (vieux)
“Ainsi raisonnait Paul-Louis, et cepandant écoutait le jeune homme bien disant,
auquel à la fin il s’en remet, lui confiant sa cause imperdable”.
P.-L. Courier, “Procès”, in Littré
● soi –distant- adjectif invariable, composé du pronom personnel “soi” et du participe
présent du verbe “dire”:
a) qui se prétend tel [en parlant d’une personne]
“Quand les soi-disant amis du père Grandet venaient faire la partie de soir, elle
était gaie, elle dissimulait.”
Balzac, E. Grandet, 1834, p. 186
b) ( emploi critiqué) qu’on prétend tel, prétendu [en parlant d’une chose]
Chaque année, en décembre, ils parlent de la soi-distant révolution.
Cette soi-disant liberté d’expresion a donné naissance à beaucoup de conflits.
“Moi j’étais écourée de leurs discours, de ces enfantillges soi-disant amoureux, de
leurs drames.”
Fr. Sagan. “Un certain sourire”, p.39

soi-disant - adverbe: pétendument (emploi critiqué)


Il a fait tout cela soi-disant pour notre bien.
Elle est venue içi soi-disant pour vous aider.
“Il travaille arbitrairement s’érigeant pour soi-même et soi-disant généreusement en
l’honneur des travailleurs du bâtiment un auto-monument.”
Prévert, “Paroles” 1946, p. 255

34
soi disant que - locution conjoctive (dans le registre familier): il paraîtrait que
“Soi-disant qu’ elle ne pouvait pas rester sans Jimmy plus que huit jours (…)!”
Bourdet, “Sexe faible”, 1931, II, p.334

● c’est–à-dire – locution adverbiale, composée du pronom démonstratif “ce”,de la III ème


personne de l’indicatif du verbe “être “ et de la préposition “à” et du verbe “dire”:
Introduit:
a) une explication, une précision
“ Nous essayons constamment de lire, c’est–à-dire de mettre du sens dans les signes qui
nous entourent.”
Le Magazine Littéraire, N° 422: 103
“Au fond, les Grecs apparaissent chez lui autant que les Romains, mais ce qui l’intéresse
ce n’est pas l’histoire, c’est–à-dire les événiment et les actions humaines.”
D. Toma, “Du baroque au classicisme” p.125
b) une rectification
Syn: je veux dire, disons, en autres termes
“Mais Dieu! Oui, oui… c’est–à-dire, non.”
J. Richepin,“Césarine”, 1888,p.147

c’est-à-dire que-locution conjonctive : introduit une explication, une conséquence


a) Syn. : à savoir que
“La famille était au complet, c’est–à-dire que nous étions huit”
G. Duhamel, “Chronique des Pasquier, Vue de la terre promise”, 1934, p.9
b) Syn.: seulement, simplement, disons plûtot que
“−On m’a parlé d’un accident…
−C’est–à-dire que j’ai failli être assommé.”
A Dumas Pére,” La Reine Margot,”t.5, 1845, X, p.4

35
2. LOCUTIONS ET EXPRESSIONS

2.1. Locutions et expressions employées dans des énoncés de la LANGUE PARLÉE,


souvent FAMILIÈRE et du STYLE DIRECT.

• Pour assurer l’interlocuteur de la vérité de ce qu’on vient d’affirmer:


Puisque je voux le dis!: C’est vrai.
(fam. ) C’est moi qui vous le dis: C’est sur.

Nous gagnerons ce concours, puisque je vous le dis!


“Et laisse le venir demain; tu verras comme il sera fait: c’est moi qui te le dis.”
Marivaux, “La vie de Marianne, II
“(..) il fait quelque chose d’à peu près aussi dangereux que de promener un ministre,
c’est moi qui vous le dis, je vous en réponds, je le sais par quelqu’un qui l’a vu(..)”
Proust, “Le temps retrouve”, Pl., p.768

• Formules d’insistance:
Je le dis et je le répète.
Je l’ai dit et redit.

Hier j’ai relu les Consolations pour me consoler de ce que j’entrevois. Elles sont
ravissantes, je le dis et je le répèt ; c’est ce que je préfère dans la poésie française intime.”
Lamartine, “Correspondance”,1830, p.36
“(...) comme je l’ai dit ici et redit, à peine la “volonté” s’en mêle, ce “vouloir-être–
sincère–avec-soi” est un principe inévitable de falsification.”
Valery, Variété II, 1929, p.107

36
• Formules de protestation ou d’atténuation:
Ce n’est pas à dire (pour cela) que : Cela n’equivant pas a, il ne faut pas en déduire,
en inférer que
“ C’est n’est pas à dire qu’ils aient effectivement parlé pour la dernière fois.”
Fontenelle,“ Histoire des oracles”, III, 2
Je n’irais pas jusqu’à dire que.
C’est vrai qu’elle aurait pu faire plus pour ses enfants mais je n’irai pas jusqu’à dire
qu’elle n’est pas une bonne mère.
Je ne dis pas cela
“ -Est-ce que vous voulez me déclarer par là
Que j’ai tort de vouloir.....?
-Je ne dis pas cela;
Mais je lui disais, moi, qu’un froid écrit assomme (...)
-Est-ce qu’à mon sonnet vous trouvez a redire?
-Je ne dis pas cela (...)
-Est-ce que j’écris mal? Et leur ressemblerais-je?
-Je ne dis pas cela; mais enfin, lui disais-je (...)”
Molière, “ Le Misanthrope”, I, 2
(fam.)Je ne dis pas, mais...: On peut l’admettre à la rigueur (on met en relief une
protestation en introduisant un parallèle)
“C’est un inconvénient, je ne dis pas, reprit l’Américain, mais il est largement compensé
par (...).”
A.Robida, “Le Vingtième Siècle”, p.28
“Dix jours d’alerte, cela faisait dix jours qu’ils ne retiraient pas leurs bottes. En
campagne je ne dis pas, mais au quartier Grenelle!”
Aragon, in TLF

C’est beaucoup dire: C’est exagéré


L’accuser de tout ce qui s’est passé, c’est beaucoup dire.
C’est vite dit: C’est une affirmation hâtive.

37
Je ne suis pas d’accord avec tes affirmations, c’est vite dit.

C’est bientôt dit: C’est plus facile à exprimer qu’à faire.


. On ne sait pas s’il fera tout ce qu’il a promis, c’est bientôt dit.
• Formule à effet de prétérition
(fam.)Ce n’est pas, c’est pas pour dire: s’emploie pour indiquer qu’on prefererait taire la
chose qui va être dite.
Ce n’est pas pour dire, mais son projet est mieux realisé que le vôtre.

• Formules qui marquent l’approbation:


(fam.)Vous l’avez dit/Tu l’as dit!: Voila qui est vrai, qui est juste!-formule servant
manifester un accord total sur ce qui vient d’être dit.
-Elle prétend aider les enfants mais sa véritable intention et de gagner l’admiration du
public.
- Tu l’as dit ! Elle est une hypocrite!

Bien dit, C’est bien dit : On a eu raison de parler ainsi.


-Je ne vais plus l’aider. Il sait demander mais il n’offre rien à personne.
-C’est bien dit. Il n’est pas un vrai ami.

(fam.)Ça dit bien ce que ça veut dire: C’est evident, cela exprime parfaitement ce qu’il
s’agit d’exprimer.

• Formules à caractère adversatif:

(litter.)Cela vous plait à dire: exprime que l’on n’est pas d’accord sur ce qui vient d’être
dit.

Vous avez fait le meilleur choix? Cela vous plait à dire.

(cour.)C’est vous qui le dites: Je ne suis pas d’accord avec vous.

-Il aurait mérité gagner le concours.


-C’est vous qui le dites.

(fam.)Que vous dites! Que tu dis! J’en doute!

-Si j’avais été là, j’aurais accepté le pari.


38
-Que tu dis!
-“Quand il a reçu la lettre de Piquemal, il a compris que c’était la plus belle
opportunité de sa carrière et qu’il avait toutes les chances, s’il jouait bien sa carte, de tenir à sa
merci une bonne partie du personnel politique.
-Que vous dites
-Que je dis!”
G.Simenon-“Maigret chez le ministre”, p.179
• Formules à caractère exclamatif.

Vous m’en direz tant! Je comprends maintenant! Ah, voilà!: exclamation que l’on
prononce lorqu’un fait surprenant, inattendu, vient expliquer ce qui était obscur.
C’était donc lui qui avait provoqué ce conflit!Vous m’en direz tant!

A qui le dites-vous! : indique, dans un dialogue, que celui qui parle connait ce
qui vient d’être dit aussi bien que son interlocuteur!
-C’est diffficile de comprendre les adolescents...
-A qui le dites-vous! Ma fille a quatorze ans et mon fils a seize ans.

C’est rien de le dire!: il ne suffit pas d’en parler, il faut l’avoir eprouvé, vu,
fait soi-même pour savoir ce que c’est.
Je pourrais te raconter tout ce que j’ai senti, mais c’est rien de le dire!

• Formule qui introduit une explication, un eclaircissement

Il faut vous dire que

Il faut vous dire que chez nous on ne fume pas.


“Il faut vous dire qu’en Provence, c’est l’usage, quand viennent les chaleurs,
d’envoyer le betail dans les Alpes.”
Alphonse Daudet-“Lettres de mon moulin”, «Installation», p. 9

• Formule d’avertissement

Qu’on se le dise! À bon entendeur, salut !

Je ne permettrai à personne ce type de comportement.Qu’on se le dise !

39
• (fam.) Je ne vous dis que cela/ ça : il est inutile d’en dire plus (suivant le ton, cette
expression peut exprimer l’admiration, l’étonnement, la menace).
Il a fait un travail, je ne vous dis que ça !
“ Cela a jeté un froid, je ne vous dis que ça !”
M. Proust, Jean Santeuil, Pl., p.597
• Je ne vous le fais pas dire :Vous le dites de vous-même, vous l’avouez sans y avoir été
poussé (s’emploie dans une discussion, pour souligner que quelqu’un vient d’apporter
volontairement ou non, un argument en faveur de la thèse que l’on soutient).
Vous reconnaissez être coupable, je ne vous le fais pas dire.
• Mettons/mettez que je n’ai rien dit :Ne tenez aucun compte de mes paroles(s’emploie
pour retracter ce que l’on vient de dire).
Parfois il est mieux se taire.Mettons que je n’ai rien dit.
• Je vous l’avais dit,je l’avais bien dit :Je l’avais prédit, prévu/je vous avais prévenu.
Je vous l’avais bien dit, mais vous n’y croyiez pas.
Tu savait très bien quelle serait la fin, je te l’avais bien dit.
“Quelquefois il lui disait :« Je vous l’avais bien dit». Singulière manière de consoler ;
satisfaction que la vanité se donne au dépens de la douleur.”
Mme de Staël, “Corinne”, XVIII, 1
• C’est tout dire/dit : il n’y a rien à ajouter, cela est suffisamment explicite.
Elle n’a pas osé me regarder, c’est tout dire.
“Sur l’argent, c’est tout dire, on est déjà d’accord :
Ton beau-père futur vide son coffre fort.”
Boileau, “Satires”, X
• Soit dit entre nous/Entre nous soit dit : s’emploie pour indiquer que ce qu’on vient de
dire ou qui va être dit est confidentiel.
Cet écrivain, entre nous soit dit, ne mérite aucun interêt.
Entre nous soit dit, je n’ai jamais cru ce qu’elle nous a promis.
• (Cela) Soit dit en passant : À propos d’autre chose, entre paranthèses (s’emploie pour
introduire une affirmation incidente sur laquelle on ne souhaite pas s’attarder).
La vérité est qu’il est arrivé très tard, soit dit en passant.
“Que cela soit dit en passant(…)”
Molière,“Tartuffe”,I, 5

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• Dites-lui bien des choses de ma part !Faites- lui des civilités !
Si tu le vois ce soir, dites-lui bien des choses de ma part !
• Si cela se produit, je l’irai dire à Rome : s’emploie pour souligner qu’ on regarde la
chose comme impossible (vieux ).
S’il fait tout ce qu’il a promis, je l’irais dire à Rome.
“(…) Créqui de ce rang (ambassadeur) connaît bien la splendeur ;
Si quelqu’un l’entend mieux, je l’irai dire à Rome.”
Racine,“Epigramme contre Créqui”, in Littré
• Formule employée aux jeu de cartes :
C’est à vous de dire : C’est à vous de parler, d’annoncer.

2.2. Locutions et expressions employées dans des énoncés à caractère NARRATIF.

• Ne pas (plus) dire un mot, ne dire mot : ne plus parler, rester sans parler.
Pendant la réunion , c’est-à-dire plus de trois heures, elle n’a pas dit un mot.
“Puck écoute et ne dit mot.”
Anne Philipe,“Un été près de la mer”. p.35
“Je n’ouvrirai plus la bouche.Je ne dirai plus un mot.”
G.Duhamel,“Chronique des Pasquier”,II,XXII,p.428
• Sans mot dire,sans dire le mot, sans dire une parole : sans parler, en silence.
Il est resté toute la soirée sans mot dire.
Elle m’a reçu d’un air grave, sans dire le mot.
• Dire un mot, un petit mot, avoir un mot à dire :converser un moment, notamment
pour mettre son interlocuteur au courant d’une affaire particulière, ou pour lui exprimer son
mécontentement.
Après le discours elle m’a arrêté pour me dire un petit mot.
Le directeur m’a fait venir dans son bureau parce qu’il avait un mot à me dire.
• Avoir l’air de dire : parraître dire, exprimer
Il me jeta un coup d’œil de l’air de dire :«je te comprends très bien».
“(…) il secouait tristement la tête de l’air de dire :«Hélas ! je voudrais bien te croire.»
Alphonse Daudet, “Le Petit Chose”,II,XIX,p.363
• En dire de belles, de toutes les couleurs : dire des choses peu qualifiables.

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Chaque après-midi elle vient chez moi et m’en dit de toutes les couleurs quoi qu’elle
sache qu’elle m’ennuye terriblement.
• En dire des dures : dire des plaisanteries grivoises, osées.
Je n’aime pas son ami, il en dit toujours des dures en présence des femmes.
• Parler pour ne rien dire : dire des choses insignifiantes.
Elle parle pour ne rien dire et me fait perdre le temps.
• Dire blanc, puis noir : se dédire
Il dit blanc, puis noir et c’est pourquoi personne ne le considère plus un homme de
confiance.
• L’un dit blanc et l’autre noir : se contredire.
Ils forment un couple étrange : l’un dit blanc et l’autre noir et personne ne comprend plus rien.
• (vieux) Dire d’un, Dire d’autre : tenir un langage qui varie.
Elle disait d’un, disait d’autre et je ne pouvais pas suivre son raisonnement.
• Savoir ce qu’on dit: parler en connaissance de cause
Il sait ce qu’il dit parce qu’il a beaucoup d’expérience dans ce domaine.
• Ne savoir pas ce qu’on dit: parler à tort et à travers.
Tout le monde le croyait ivre parce qu’il ne savait pas ce qu’il disait et personne ne pouvait
rien comprendre.
• (fam.) Ne pas l’envoyer dire à quelqu’un: lui dire en termes non équivoques une
chose en face, sans aucune crainte et avec brusquerie.
Il considère mon projet une absurdité. Il ne me l’a pas envoyé dire.
« Ils trouvent que notre genre risque de gâcher leur existence. Gérard ne me l’a pas envoyé
dire. »
Cocteau, en Larousse
• C’est le moins qu’on puisse dire: s’emploie pour renforcer ce qui vient d’être dit.
L’accuser d’hypocrisie c’est le moins qu’on puisse dire.
Affirmer que son œuvre n’est pas bien structuré, c’est le moins qu’on puisse dire.
• Ce n’est pas une chose à dire; (fam.) un truc à dire: il ne convient pas d’en parler.
Tu dois éviter ce sujet. Ce n’est pas une chose à dire.
Vous ne devez raconter a personne ce qui s’est passé hier soir. Ce n’est pas une chose à
dire.

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• Cela va sans dire : la chose est évidente’ il est inutile d’en parler.
Synonyme : cela va de soi, c’est tout naturel.
Rien de plus, il va sans dire.
Il va sans dire qu’elle n’acceptera pas ton offre.
« Que la correspondance en souffrit, il va sans dire ; et ses (amies…) s’étonnaient qu’elle
restât parfois si longtemps sans répondre a leurs affectueux messages. »
Gide, « Et nunc manet in te » in TLF
• À vrai dire/ À dire vrai : pour exprimer toute la vérité, pour ne rien cacher (formule
de concession).
« (…) j’y aussi été obligé pendant mes études puisque le roman s’est trouvé au programme de
licence(…) Mais, à vrai dire, c’est un texte auquel je suis souvent revenu, avec une espèce
d’obsession(…). »
Le Magazine Littéraire, N° 458, 2006, p. 60
« C’est une bonne idée, repris-je. À vrai dire, je n’avais pas pensé au départ. »
François Sagan, « Un certain sourire », p. 106
« Quant à restreindre mes aises, mes plaisirs, j’y suis prêt. A dire vrai, mon corps
vieillissant n’en a cure. »
Gide, « Journal », 1940, p.53
• Ce disant : en disant cela
• Ceci/Cela dit : ayant dit ces mots.
Ce disant, il sortit de la chambre.
« Cela dit, ce n’est point le désir de rencontrer un représentant du Hezbollah qui aurait pu
constituer une faute ou un faux pas de Ségolène Royale. C’est l’ayant reçu, de ne pas lui avoir
dit(…) ce qu’elle pensait. »
Le Nouvel Observateur, N° 2196, p.20
« Ceci dit, l’analyse même à laquelle se livre notre auteur pour expliquer comment il est
arrivé à sa proposition créative ne se fait-elle pas sur un fond de position théorique implicite ? »
Le Français dans le monde, N° 334, p.32

• Pour tout dire : en somme, en résumé


Pour tout dire, on ne peut pas l’accuser parce qu’on n’a aucune preuve pour montrer sa
culpabilité.

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• (fig.)Tout est dit : il n’y a plus rien à faire, la chose est terminée.
Synonyme : Les jeux sont faits, C’en est fait.
Tout est dit. Tu as perdu et on ne peut rien changer. Résigne-toi !

• (fig.)Tout n’est pas dit : les choses ne resteront pas ainsi.


Tu as réussi convaincre les autres aujourd’hui, mais tout n’est pas dit.
Cette fois-ci il a obtenu un score meilleur que le mien, mais tout n’est pas dit.

2.3. Locutions et expressions dans lesquelles DIRE a la valeur sémantique de


« décider », « convenir de (quelque chose) », « fixer », « arrêter ». (au participe passé et à
l’impératif)
• À l’heure dite : a l’heure fixée, prévue
Comme il n’est pas arrivé à l’heure dite j’ai parti sans le voir.
« À l’heure dite il courut au logis
De la cigogne, son hôtesse(…) »
La Fontaine, Fables, I, 18
• Disons… :, prenons, supposons, convenons, décidons
Nous pourrions nous rencontrer cette semaine, disons vendredi.
“ Le plus fascinant pour moi était d’entendre des réflexions qui n’étaient pas forcement
d’ordre littéraire, disons sur la profondeur de la pensée de Henry James par exemple(…)”.
Le Magazine Littéraire, N° 422, p.100
“Si on parle, disons, de la guerre en Irak, qui écoutons-nous ? ”
Le Magazine Littéraire, N° 422, p.79
“ Disons que le « Dictionnaire du français » convient mieux à un niveau scolaire et que
« Brio » servirait plutôt a des étudiants, encore qu’il s’adresse en priorité à tous les amateurs de
mots. ”
Le Français dans le monde, no.334, 2004, p. 37
• Voilà qui est dit, c’est dit : C’ est convenu, entendu.
Nous nous voyons demains à sept heures, devant le rertaurant. C’est dit.
• Ce qui est dit est dit : Ce qui est convenu, décidé, aura lieu.

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Tu ne dois pas t’ inquiéter. Je te donnerai tout ce que tu m’ as demandé.Ce qui est dit est
dit.
“ Va tranquillise- toi ;
Ce que j’ ai dit est dit : repose- toi sur moi.”
J.-F. Regnard, « Le Légataire universel », I, 2.

• Se tenir pour dit que : Être bien assuré que…


Elle se tient pour dit que son mari sait la vérité.
“ Je me tiens pour dit qu’ ils ne m’ imiteront pas (…).”
Rousseau, « Emile », IV
• Tenez-vous le pour dit !: N’ y revenez pas ! Inutile d’ insister !
Je n’accepterai jamais cette offre. Tenez-vous le pour dit !
• Aussitôt dit que fait/ Aussitôt dit, aussitôt fait : La chose a été réalisée sans délai.
Tu as accoompli le travail très vite, aussitôt dit, aussitôt fait. J’en suis très content.

2.4. Locutions et expressions employées pour exprimer l’oppinion sur quelqu’un/


quelque chose.
• Dire ses vérités/ ses quatre vérités/ son fait à quelqu’un : Lui faire savoir sans
ménagement ce qu’on pense de lui, de ses actes, de sa conduite.
Je l’ai quitté après lui avoir dit ses quatre vérités.
“Je voulais dire son fait à la critique.”
Goncourt, « Journal », in TLF
“Vous ne lui voulez mal et ne le rebutez
Qu’à cause qu’il vous a dit à tous vos vérités.”
Molière, « Tartuffe », I,1.
• Dire pis que pendre de quelqu’un : En dire beaucoup de mal ( en dire plus qu’il ne
faudrait pour le faire pendre )
Elle se dit son amie mais elle dit pis que pendre de lui.
Je ne comprends pas comment tu peux l’aider quand il a dis pis que pendre de toi.
• Dire son mot : Placer une observation au cours d’une discussion.
La discussion a été interrompue par un autre professeur et il n’a pas eu l’occasion de dire
son mot.

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• Dites-le avec des fleurs !: Exprimez-le avec douceur, avec des compliments (repris
comme slogan par le commerce des fleuristes).
Si tu veux garder votre amitié, dites-le avec des fleurs !
Dites-le avec des fleurs et tu verras qu’elle ne s’ennuyera pas.

2.5. Locutions et expressions dans lesquelles DIRE a la valeur sémantique d’objecter,


critiquer.
• Il y a/aurait bien à dire : Il y a beaucoup d’objections,de remarques à faire.
Il y a bien à dire sur son discours.
“Il y aurait beaucoup à dire (…) sur cette justice des nations polies, dont les vengeances
sont plus cruelles que le crime même.”
France, « Contes Tournebroche », in TLF
• Il n’y a rien à dire à cela : Cela est parfait, correct.
Il n’y a rien à dire à cette représentation. Les acteurs ont été extraordinaires.
Je n’ai rien à dire contre sa manière d’agir.
• Trouver à dire à quelque chose : trouver matière à critiquer, trouver à reprendre.
Queques-uns ont trouvé à dire qu’elle devait être plus jeune pour tenir ce rôle.
“ On trouve à dire à la frugalité de vos repas(…).”
Mme de Sévigné, 427, in Littré
• Il n’y a pas à dire : Il n’y a aucune objection à faire, on doit reconnaître le fait.
• (fam.) Y a pas à dire : C’est reussi.
Il n’y a pas à dire, elle a été vraiment la meilleure.
“Il n’y a pas à dire, c’est bien compris, c’est moderne(…)”.
A.France, « Le Mannequin d’osier », t.XI, p. 349
• Vous avez beau dire (et beau faire) : Vous protestez inutilement, en vain.
Vous avez beau dire, il a pris la décision correcte.
Tu as beau dire, c’est lui qui a mérité le prix.
“Autrefois carpillon fretin
Eut beau prêcher, il eut beau dire :
On le mit dans la poêle à frire.”
La Fontaine, Fables, IX, 10

46
• Quoi qu’on dise, (vieux) Quoi qu’on die : Malgré tout ce qu’on peut dire, en dépit des
critiques, des remarques.
Quoi qu’on dise, tu dois écouter la voix de ton âme.
Quoi qu’on dise, vous devez dire la vérité.

“ Oui, femmes, quoi qu’on puisse dire


Vous avez le fatal pouvoir
De nous jeter par un sourire
Dans l’ivresse ou le désespoir.”
A. de Musset, Poésies nouvelles, « À Mademoiselle…»
• Bien faire et laisser dire : Ne pas se soucier des critiques. Laissez-les dire.
N’oubliez jamais mon conseil : bien faire et laisser dire. C’est la meilleure solution pour
réussir.

2.6. Locutions et expressions dans lesquelles DIRE a la valeur sémantique de raconter,


narrer.
• S’être laissé dire que… : En avoir entendu parler, avoir une information dont on n’est
pas très sûr.
Je me suis laissé dire qu’il est parti en France.
Il s’est laissé dire que le professeur a été très malade.
• Il s’est entendu dire que… : Les rumeurs disent que…
Il s’est entendu dire qu’elle a passé quelques années en prison.
Il s’est entendu dire que votre voisin n’a jamais été marié.
• On dit que… : Le bruit court que…
On dit que sa sœur est morte.
Le concours, dit-on, a été gagné par un acteur très jeune.
“ On dit, et sans horreur je ne puis le redire,
Qu’aujourd’hui par votre ordre Iphigénie expire(…).”
Racine, « Iphigénie », IV, 6.
“ Tu sais, les dauphins aiment la compagnie des hommes.On dit qu’on les dresse
maintenant à porter des bombes.
Anne Philipe,« Un été près de la mer », p.57

47
“ Parfois il se penche au-desus des fleurs où volent les petits papillons bleus tachetés de
roux qui ne vivent, dit-on, que dans l’air pur.”
Anne Philipe,« Un été près de la mer », p. 165
• Mon petit doigt me l’a dit : S’emploie pour parler aux enfants de ce qu’on a appris à
leur insu.
Mon petit doigt m’a dit que tu n’as pas fait tes devoirs aujourd’hui.
“ Prenez-y bien garde le moins, car voilà un petit doigt qui sait tout, qui me dira si vous
mentez.”
Molière, « Le Malade imaginaire », II, 8

2.7. Locutions et expressions dans lesquelles DIRE a la valeur sémantique de penser,


juger, croire.
• Qui l’eut dit ?/Qui l’aurait dit ? : Qui aurait pu le penser, le croire, l’imaginer ?
Qui l’eut dit qu’il partirait sans annoncer sa famille ?
« Qui l’eut dit, qu’un rivage a mes vœux si funestes
Présenterait d’abord Pylade aux yeux d’Oreste ? »
Racine, « Andromaque », I, 1
• On dirait que : On croirait que…, Il semble que…
On dirait qu’il sait la vérité.
On dirait qu’elle a entendu mes pensées.
« Après un moment elle commence à parler, on aurait dit qu’elle s’adressait a elle-même, les
mots coulaient aussi doucement que les larmes. »
Anne Philipe, « Un été prés de la mer », p. 174
« Ils n’ont pas les moyens de lutter. On dirait qu’ils veulent vider le « Titanic » avec des
gobelets percés. »
Madame Figaro, N° 15074, 1993, p.87
«(…) ne dirait-on pas(…)
Qu’elle est ici captive, et que vous y régnez ? »
Racine, Andromaque, I, 4
• (littér.)On dirait/Vous diriez de+nom : On croirait qu’il s’agit de…
• (cour.) On dirait+nom : On pourrait le prendre pour…
Quand on l’entend parler, on dirait d’un fou.

48
Quand il l’a vue, on aurait dit un lion qui a trouvé sa proie.
« C’est vitreux, mou, aveugle, bordé de rouge, on dirait des écailles de poisson. »
Sartre, « La Nausée », p. 33
« Ils (deux écureuils) se laissent tomber en vol plané(…) puis se poursuivent sur les troncs
ou l’herbe jaunie, et l’on dirait deux courtes vagues rousses qui ne se briseraient jamais. »
Anne Philipe, « Un été près de la mer », p.123
• On dirait : (en fin de phrase, sans complément) Semble-t-il.
Il va s’endormir, on dirait.

2.8. Locutions et expressions dans les quelles DIRE a la valeur sémantique d’«exprimer
sa volonté»,« ordonner», «commander».
• Vous n’avez qu’à dire : il suffit que vous en exprimiez le désir.
Tout sera immédiatement accompli, vous n’avez qu’à dire.
Vous n’avez qu’à dire et toute ma fortune serait la vôtre.
• Ne pas se le faire dire deux fois : accepter avec empressement une offre, obéir sur-le-
champ à un ordre.
Je le connais très bien : il n’est pas de ces gens qui ne se le font pas dire deux fois dans
une telle situation.
Il est toujours prêt à agir. Il ne se fait pas dire deux fois.
• J’ai dit ! : Obéissez ! (s’emploie aussi pour marquer la fin d’une argumentation, d’un
discours, d’une déclaration).
Tu ne verras plus jamais ce jeune homme. J’ai dit !
Vous quitterez immédiatement mon appartement. J’ai dit !
“Puisse notre union durer autant que la terre et le soleil! J’ai dit.”
Chateaubriand, “Les Natchez”, in TLF

9. Locutions et expressions qui contiennent constructions avec le verbe DIRE et un adverbe


de manière.
• Proprement dit: dans l’acception la plus rigoureuse du teme
Il ne s’agit pas d’une separation proprement dite mais d’une période de
recueillement.

49
“Le Livre de Poche proprement dit est sans doute la collection du genre qui suscite de
nos jours le plus d’engouement et le plus de convoitise.”
Le Magazine Littéraire, N° 422, 2003, p.8
• Autrement dit: en d’autres termes
Elle ne voulait pas reconnaître qu’elle le connaissait depuis longtemps .Autrement dit,
elle préférait perdre un ami que contredire ses parents.
“Il craint que les ancêtres monstrueux enfermés dans le placard ne s’en échappent et
ne s’emparent de lui.Autrement dit, il est obsédé par la menace de la folie(…).”
Le Magazine Littéraire, N° 422, 2003, p. 60
• Formules employées pour exprimer une approximation, une resemblance.
Pour ainsi dire/ Autant dire (que): approximativement, en quelque façon
“De Proust à Barthes, en passant par Blanchot ou Leiris ou Cioran, les écrivains ont
écrit des livres pleins du constat de la difficulté ou de l’impossibilité d’écrire tout en restant dans la
vie, en vie, pour ainsi dire.”
Le Magazine Littéraire, N° 422,2003, p. 23
“Elsa écoutait Jeanne et dans le même temps et pour ainsi dire dans un seul moment
d’écoute et de regard(…) elle regardait les deux garcons.”
Anne Philipe,”Un été près de la mer”, p. 134
“«Ecrire des chansons, c’est une super-psychanalyse. On se met à nu pour parler aux
autres».Autant dire que dans la musique, Manon est comme un poisson dans l’eau.”
Madame Figaro, N° 15 074, 1993, p.87
“La xénophobie guette:dès le XI siècle, pour les croisés, la «gent salvage», ce sont les
«sarrasins» ,autant dire infidels et barbares.”
Le Magazine Littéraire, Nº 422,2003, p. 15
“Autant dire, selon l’excellente formule de Jacques Cabau dans son essai«Poe par lui-
même», qu’au lieu de jeter un individu normal dans un univers inquiétant , Poe lâche un individu
inquiétant», dans un monde normal».Autant dire aussi que pour les héros de Poe tout est d’emblée
perdu, tout est nécessairement voué à la destruction et à l’échec.”
Le Magazine Littéraire, Nº 422, p.52
• (fam.)Comme qui dirait: à peu près, equivalent à
“Des visages rougis par les chancres du Coeur

50
Et comme qui dirait des beautés de langueur.”
Baudelaire, in Larousse
“L’idée ne me viendrait pas de les berner.Certains sont d’anciens camarades de
promotion: c’est comme qui dirait sacré!”
Alain Bosquet, “Les Bonnes
Intentions”, p.157
• Formules que s’emploient comme correctifs, pour reprendre ce que l’on vient de dire et
l’exprimer avec plus de force , de justesse.
…Pour mieux dire…
…disons mieux…
Que dis-je?
Elle était triste ou, pour mieux dire, désenchantée.
Maintenant il était pauvre ou, disons mieux, il n’avait plus rien.
Il n’ a rien gagné.Que dis-je? Il a perdu même ce qu’il avait.
“Sur l’avis ou, pour mieux dire, par l’ordre du general, le Père Magitot retourna chez
monsieur Chauvel.”
A. Daudet, “Les Dieux ont soif”, 1912, p. 184
“Que dis-je? Il ne semble pas exagéré de dire que, dès le séminaire, Rena est tout formé
et en possession des données essentieles qu’il développera plus tard.”
Massis, “Jugements”, in TLF
“J’aimais un fils plus que ma vie;
Je n’ai que lui;que dis-je?hélas!je ne l’ai plus.”
La Fontaine, Fables, IX, 1
• Ne croire pas si bien dire: ne savoir pas que ce qu’on dit correspond tout à fait à la
réalité.
Il ne croit pas si bien dire.En effet, elle a été partie toute la nuit.
“(…)ce ne sera pas, je pense, la première fois que vous aurez couché sur la paille.Elle ne
croyait pas si bien dire qu’elle disait.”
A. R. Lesage, “Gil Blas”, I, XIII
• Pour ne pas dire plus:s’emploie pour suggérer un contenu non-expimé, qu’on ne veut
pas préciser.
Elle n’a pas fait précisément ce que tu en avait lui dit, pour ne pas dire plus.

51
“Il passait son temps à boire, à jouer avec le patron de l’ établissement(…)car leurs
maîtresses étaient amies intimes, pour ne pas dire plus, disait-on.”
M. Proust, “Jean Santeuil”, Pl., p.881

2.10.Locutions et expressions dans lesquelles la valeur sémantique de DIRE est


d’«employer certaines formes linguistiques pour exprimer qqch.».
Comme on dit
Comme dit le proverbe/ la chanson/ ( fam.) l’autre
Il s’est décidé de ne dévoiler à personne ce qui s’est passé ce soir-là, car, comme dit le
proverbe, toute vérité n’est pas bonne à dire.
Elle était une personne très irascible ou, comme on dit, avait la tête près du bonnet.
Il n’a pas résisté ne lui parler, car, comme dit l’autre, la brouille entre amis ne dure pas
longtemps.
“Et de nouveau les «Meussieu», les «Meussieu je vous dis», les«Mais, Meussieu»,
voltigèrent d’un bout à l’autre du compartiment(…). Et ça s’envenimait, comme on dit.”
R. Queneau, “Le Chiendent”, p. 18
Qui dit…dit…: s’emploie pour indiquer deux expressions qui correspondent à des
contenus equivalents, et aussi avec une valeur d’ implication(une chose, une expression, une notion
en implique une autre).
Qui dit foudre d’éloquence dit grand orateur.
Qui dit vacances dit soleil et paresse.
“Qui dit froid écrivain dit detestable auteur.”
Boileau, “L’art poétique”, IV

• Formules employées pour s’excuser de l’audace, de la force, etc., du mot employé.


Si j’ose dire: s’il m’est permi de parler ainsi
Il s’est comporté, si j’ose dire, comme un fou.
Disons-le/Disons le mot: avouons-le, pour parler net
Il est, disons-le, une canaille.
Pour ne pas dire…:formule qui sert à introduire une expression plus forte, dont on
paraît vouloir s’excuser.
Sa conduite a été déplacée, pour ne pas dire immorale.

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“Il y a des positions où le silence est une defection, pour ne pas dire une complicité.”
Augier, in Larousse

11.Le sujet de DIRE désigne un penseur, un écrivain.


• Avoir quelque chose à dire:exprimer dans ses oeuvres qqch. de nouveau, de
personnel, une pensée originale
Il faut mieux n’écrire pas si on n’a rien à dire.
“L’écrivain meurt au moment de la finition d’un livre.Il disparaît, il n’a plus rien à
dire.”
Le Magazine Littéraire, N° 422, 2003, p. 101
“N’a-t-on pas coutume de poser à tous les jeunes gens qui se proposent d’écrire cette
question de principe:«Avez-vous quelque chose à dire?».Par quoi il faut entendre:quelque chose qui
vaille la peine d’être communiqué.”
Sartre, “Situations I”, p.301
• Parler pour ne rien dire:parler sans avoir rien originale à exprimer
“Comme c’est le caractère des grands esprits de faire entendre en peu de paroles
beaucoup de choses, les petits esprits, au contraire, ont le don de beaucoup parler, et de ne rien
dire.”
• Tout est dit…:Tout a été déjà exprimé, révélé.
“Tout est dit, et l’on vient trop tard depuis plus de sept mille sans qu’il y a des
homes, et qui pensent.”
La Bruyère, “Les Caractères”, I, 1
“L’écrivain fait son métier avec une bonne conscience, convaincu qu’il vient trop
tard, que tout est dit et qu’il convient seulement de redire agréablement.”
Sartre, Situations II, p. 141
12.Le sujet de DIRE est non-humain.

a) La valeur sémantique de DIRE est «dénoter»,«montrer», «signifier», «révéler»


• En dire long:être révélateur de…
J’ai trouvé sur son bureau des dessins qui en disaient long sur ses pensées..

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“Comme le journaliste parti à la recherché du secret de Citizen Kane dans le film
d’Orson Welles, Pierre Assouline traque les petits details qui en disent long sur les grands
hommes.”
Le Magazine Littéraire, N° 458, 2006, p.66
• C’est dire que…:Cela signifie que…(s’emploie aussi avec une valeur d’implication)
Renoncer maintenant, c’est dire que vous n’avez pas le courage de regarder la vie en
face.
“Ça implique déjà une connaissance du temps avant de connaître le temps.C’est dire
que vous vous penchez sur une phrase qui a l’air simple au depart et que vous ne vous en sortez pas,
si vous y allez consciemment.”
Le Magazine Littéraire, N° 422, 2003, p. 102
• Qu’est-ce à dire?:que signifient vos paroles, vos actes?
On m’a dit que vous voulez partir aujourd’hui.Qu’est-ce à dire?
• Dire quelque chose(à qqn.):présenter une signification plus ou moins nette, éveiller un
souvenir.
Ce nom me dit quelque chose.
• Ne rien dire:ne présenter aucun sens, n’éveiller aucun souvenir, aucun echo
Les visages des accusés ne me disaient rien.
• On sait ce que parler veut dire:la chose se comprend , bien que les paroles ne
l’expriment pas clairement
Ça suffit!Tu ne dois plus rien nous raconteur.On sait ce que parler veut dire.
• Quelque chose me dit que…:j’ai lieu de croire, de soupçonner que
Quelque chose me dit qu’il ne reviendra plus.
“Que ce soit içi un dernier adieu, ou que je doive vous revoir encore, Céluta, quelque
chose me dit que ma destinée s’accomplit.”
Chateaubriand, “Les Natchez”, 1826, p. 439
• Mon coeur me le dit/ disai:t j’en ai/ avais le presentiment
Je savais qu’elle n’était pas heureuse là. Mon coeur me le disait.
Mon coeur me dit qu’il n’est pas mort.
b) La valeur sémantique de DIRE est de «plaire», «tenter».
• Cela ne me dit rien/ Cela ne me dit pas: cela me laisse indifferent, cela ne me plaît
pas.

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Aller skier?Cela ne me dit pas.
Je ne suis pas intéressé de ton offre.Elle ne me dit rien.
• Ne dire rien qui vaille: laisser prévoir des ennuis.
Son attitude ne me dit rien qui vaille.
“Ce bloc enfariné ne me dit rien qui vaille.”
La Fontaine, “Fables”, III, 18
• Si le coeur vous en dit: Si vous le voulez, si cela vous plait
Vous pouvez accepter son invitation, si le coeur vous en dit.
“En tout cas, vous pouvez lui montrer cette lettre, si le coeur vous en dit.”
Claudel ,”Correspondances”, in TLF

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3. PROVERBES

• Toute vérité n’est pas bonne à dire : Il ne convient pas toujours de dire la vérité. Il
vaut mieux de taire certaines vérités pour ne pas faire peine aux autres, pour protégérer nos
semblables des vérités trop difficiles à supporter.
Ex : Tu dois lui cacher ce qui s’est vraiment passé , si tu ne veux pas la voir souffrir.Toute
vérité n’est pas bonne à dire.

• Qui ne dit mot consent :Garder la silence peut être interprété comme une marque
d’approbation.Si on ne proteste pas, alors on est d’accord.
Ex : Tu ferais mieux répondre quelque chose.Autrement je vais croire que tu accepte son
offre.Qui ne dit mot consent.

• Dis-moi qui tu hantes/ fréquentes, je te dirai qui tu es :Une personne peut être
facilement jugée d’après les gens avec lesquels elle entretient des relations d’amitié.
Ex : Vu que tous tes amis sont des médisants et des menteurs, je ne sais comment j’ai pu
m’illusionné à croire que tu es different d’eux.Dis-moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es.

• Dis-moi ce que tu lis, je te dirai qui tu es :Les livres préférés d’une personne disent
beaucoup sur sa personnalité.
Ex : Il se rappelait toujours les paroles de son père :«Dis moi ce que tu lis, je te dirai qui tu
es».C’est pourquoi il regardait attentivement ce que les gens avaient dans la bibliothèque quand il
voulait mieux les connaître.

• Bien faire et laisser dire : Il faut faire ce qu’on croit bien sans se soucier des critiques
d’autres.
Ex : Tu dois faire ce que tu considère comme le meilleur. Les autres auront toujours
quelque chose à dire mais tu ne dois pas te soucier de leur oppinion.Mon conseil est : “Bien faire et
laisser dire”.

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• Bien dire fait rire, bien faire fait taire.( Quitard, 1842 ).Les faits font une impression
plus forte sur les gens que les paroles.

• Fais ce que je dis, ne fais pas ce que je fais. .( Quitard, 1842 )

• Il est plus facile de dire que de faire. ( Meurier, 1568 )

• Du dire au faire il y a au milieu la mer.( proverbe italien )

• A dire vérités et mensonges, les vérités seront les derniers crues.( régional
Agen) :Les gens sont parfois enclin à croire des mensonges lorsqu’elles sont plus agrèables que la
vérité.

• On parle toujours mal quand on n’a rien à dire.( Voltaire, Commentaires sur
Corneille, « Remarques sur Œdipe », 1719 )

• Qui dit ce qui lui plaît entend ce qui ne lui plaît pas.( Alcée, Fragments; VIe siècle
av. J.-C.). Celui qui dit seulement ce qui lui convient et n’a aucune considération pour les autres sera
traité à son tour de même manière.

• Ce n’est pas tout Evangile


Ce qu’on dit parmi la ville.( Meurier, 1568 ). On ne doit pas croire toutes les rumeurs
parce qu’elles ne s’identifient toujours à la vérité.

• Un mot dit à l’oreille est entendu de loin. La plupart des gens ne peuvent pas garder
un secret et c’est pourquoi, lorsqu’on confie quelque chose à quelqu’un, notre secret sera tôt connu
par plusieurs personnes.
• Les paroles dites au matin
N’ont pas au soir même destin.( Le Roux de Lincy, 1842 )
• Sur ce que je n’ai pas dit, j’ai plus de puissance que sur ce que j’ai dit.( proverbe
persan)
• Il y a un temps pour ne rien dire, il y a un temps pour parler, mais il n’y a pas un

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temps pour tout dire.( latin médiéval )

III. DIRE, DANS LA STRUCTURE MODALE

La modalité représente la prise en charge par le locuteur/ énonciateur de la proposition qu’il


produit.Trace, donc, de l’énonciateur dans l’énoncé produit, toute phrase est modalisée.
Les modalités de la langue peuvent être classifier en modalités de l’énoncé et modalités de
l’énonciation.Les premières situent la phrase sur l’axe de la certitude ( modalités épistemiques ), de
la nécessité( modalités aléthiques) ou sur l’axe de l’obligation ( modalités déontiques ).Les modalités
de l’énonciation sont représentées par les types essentiels de phrase : l’assertion, l’interrogation,
l’injonction, l’exclamation.

1.DIRE, MARQUEUR DE LA MODALITÉ EXCLAMATIVE

Les modalités sont des variations susceptibles d’affecter la phrase, afin de manifester
l’attitude de l’énonciateur à l’égard de l’énoncé.
La modalité exclamative serve à indiquer l’intention de communication des locuteurs. Elle
traduit la réaction affective du locuteur face à l’événement considéré. Les exclamatives sont
utilisées notamment pour exprimer des émotions: étonnement, colère, admiration, regret… . La
modalité exclamative peut avoir des structures très variables.Un de ses outils est l’infinitif,comme
centre d’une proposition indépendente, qu’on appelle infinitif exclamatif.
En tête de phrase, l’infinitif du verbe dire précédé par la conjonction et, qui peut être parfois
absente,est un bon exemple de ce que l’infinitif exclamatif signifie.
Et dire qu’il nous a menti toutes ces années !
Le verbe dire perd ici son statut de verbe de parole pour devenir verbe de cogitation.(Et) dire
que…peut être paraphrasé par Quand on pense que…et a aussi une valeur concessive :
Nous avons eu confiance en lui et quandmême il nous a menti toutes ces années !
Dire, comme infinitif exclamatif, introduit, implicitement, la subjectivité de l’énonciateur et
traduit des mouvements affectifs divers : étonnement, indignation, surprise, stupéfaction :
Dire qu’elle n’avait pas encore neuf ans quand elle a perdu ses parents !

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On a beau aimer les bêtes, y'a une limite à leur acheter des divans en cuir et des vêtements de
styliste. Et dire que pendant ce temps-là, dans les mêmes villes, y'a des gens qui crèvent de faim et
qui ont du mal à se trouver un logement !
Je vais lever pour vous lecteur fidèle un coin du voile d'un des aspects les plus blessants du
métier de journaliste. Et dire que certains pensent qu’on fait un métier facile !
“ Et dire que les cerveaux d’élite ont sans doute phosphoré des semaines durant pour
accoucher de ce monstre sémantique(…) : la rupture tranquille
Le Nouvel Observateur, No 2196, p.21

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2. DIRE, MARQUEUR D’ÉVIDENTIALITÉ

Le locuteur peut préciser dans son énoncé la source de son savoir. Les marqueurs
linguistiques pour indiquer les sources de l’information sont appelés «marqueurs évidentiels».
L’évidentialité, dans sa conception large, est intégrée dans la notion de modalité épistémique. Dans
sa conception étroite, l’évidentialité est l’expression par le locuteur de la provenance de
l’information. Cette information peut avoir des sources variées : le locuteur l’a obtenu par
perception, par inférence à partir des indices, ou par emprunt à un tiers. Quelle est l’importance des
marqueurs évidentiels? En signalant dans l’énoncé la façon dont il a obtenu l’information qui y est
transmise, le locuteur offre à son interlocuteur la possibilité d’évaluer lui-même la fiabilité de cette
information.
Dans ce chapitre on s’occupera de deux marqueurs évidentiels qui mérite un
intérêt tout particulier : on dit que et on dirait que. Nous considérons les deux exemples suivants :
(1) On dit qu’elle est innocente.
(2) On dirait qu’elle est innocente.
Le contenu informatif des ces énoncés est le même :«elle est innocente» ; les différences se situent
sur le plan évidentiel. On essaiera de montrer qu’ils ont des conditions d’emploi différentes et de
préciser en quoi consistent ces différences.
On va commencer par paraphraser les deux énoncés :
(3) Le bruit court qu’elle est innocente.
(4) J’ai l’impression qu’elle est innocente.
(3) correspond à l’énoncé (1) et (4 ) à l’énoncé (2).Ceci semble indiquer que le locuteur est en
quelque façon responsable du point de vue exprimé dans la proposition subordonnée «elle est
innocente», qu’on va appeler p, dans (2) alors qu’il s’en dissocie dans (1). Pour mieux saisir cette
différence, ajoutons (5), qui précise que le locuteur ne partage pas ce point de vue :
(5) Mais je ne le crois pas.
Alors que (5) s’enchaîne parfaitement bien sur (1) , cet enchaînement mène à un résultat bizarre avec
(2) :
(6) On dit qu’elle est innocente. Mais je ne le crois pas.
(7)*On dirait qu’elle est innocente. Mais je ne le crois pas.

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La possibilité de (6) découle du fait que on dit que indique que la source du savoir est externe au
locuteur. Il s’agit donc d’un marqueur évidentiel du type ouï-dire; c’est le cas de ce qui renvoie à la
«rumeur publique» ou bien «rumeur anonyme».L’impossibilité de (7) montre que dans le cas de on
dirait que,le locuteur partage le point de vue de p. On dirait que semble introduire une nuance de
subjectivité dans l’énoncé. Le point de vue de p dans cette construction est en quelque sort créé par
le locuteur et en ce sens sa validité est mis sur le compte de celui-ci. Ce point de vue n’est pas
présenté comme le résultat d’un raisonnement logique et objectif, mais comme celui de l’impression
subjective du locuteur. C’est pourquoi cette construction, on dirait que p accepte mal le point de vue
objectif. Prenons les exemples suivants :
(8) On dirait que les vacances commencent lundi.
(9)??On dirait qu’après chaque nuit un nouveau jour vient.
Plus le point de vue de p est objectif, moins l’adjonction de on dirait que est acceptable. Le point de
vue de (8) est objectif dans la mesure où il est objectivement vérifiable, celui de (8) est objectif,
parce que sa vérité est indiscutable. La construction on dirait que p n’accepte donc pas que le point
de vue véhiculé par p présente une vérité analytique.
Les linguistes citent en général l’expression on dirait que comme l’emploi du
conditionnel à valeur d’atténuation. Il s’agit du conditionnel pour exprimer la réserve du locuteur
face à son propos, réserve inspirée par la prudence. L’information transmise dans (2) n’est pas
empruntée , mais établie par le locuteur lui-même par une inférence. Cette inférence découle d’un
raisonnement subjectif personnel du locuteur, mais non d’un raisonnement logique. C’est pourquoi
le locuteur exprime sa réserve et, par conséquent, cette expression implique une nuance
d’atténuation ou de prudence. Le marqueur évidentiel on dirait que sert à diluer la responsabilité
inhérente à l’acte d’assertion.
Myong Soon annalyse dans un article sur les expressions on dit que et on dirait que
le rôle du datif , de la négation et de l’adverbe bien dans les deux constructions.
Considérons les exemples suivants
(1) On dit qu’elle est innocente.
(10) On me/lui…dit qu’elle est innocente.
L’introduction du datif dans cette structure fait disparaître la valeur d’ouï-dire.Cela semble dû au fait
que la présence du datif dans (10) entraîne la transformation de cette construction en discours

61
indirect.Et le verbe dire y retrouve alors sa valeur étymologique, déclarative. En (10) on me/lui dit
que n’est plus un marqueur évidentiel ; la paraphrase Le bruit court que… n’est plus valable.
Considérons maintenant la construction on dirait que avec le datif :
(2) On dirait qu’elle est innocente.
(11)On me dirait qu’elle est innocente, je ne croirais pas.
Dans (11) le datif transforme également la construction on dirait que p en discours indirect , mais
avec une valeur hypothétique : le contexte je ne le croirais pas conduit à attribuer à dirait une valeur
hypothétique et (11) n’a plus de valeur évidentielle. Le datif entraîne également une valeur
déclarative de dire.
En ce qui concerne la négation, les deux expressions ont des comportements
différents.Le marqueur on dirait que peut être nié, mais avec une valeur hypothétique.
(12) On ne dirait pas qu’elle est innocente.
Cette énoncé implique «en réalité elle est innocente» ; le locuteur le sait , et alors il peut dire on ne
dirait pas que p . Il faut y ajouter que lorsque le marqueur on dirait que a valeur évidentielle, le
pronom on inclut le locuteur, mais s’il a valeur hypothétique, on l’exclut.
En revanche il n’est pas possible de nier on dit que qui exprime la valeur d’ouï-
dire :
(13) *On ne dit pas qu’elle est innocente.
Il est intéressant aussi de remarquer l’effet produit par l’insertion de l’adverbe
bien sur les deux expressions :
(14) On dit bien qu’elle est innocente.
(15) On dirait bien qu’elle est innocente.
Dans (14) bien est un adverbe de phrase, plus précisément un bien de
«confirmation» ;bien porte ici sur la phrase entière(il est bien vrai que…) ,et (14) signifie donc que
la proposition on dit que p est une proposition vraie. On remarquera que ce qui est confirmé , ce
n’est pas le contenu de la rumeur, mais seulement son existence. Avec l’insertion de bien, le locuteur
assume la responsabilité qui est diluée dans on dit que.
Dans (15) il s’agit aussi d’un bien de confirmation. D’où l’interprétation comme
«on dirait vraiment que…».Nous pouvons dire que l’adverbe bien a pour effet d’annuler la dilution
des responsabilités exprimée par les deux marqueurs évidentiels on dit que et on dirait que.

62
III LES DÉRIVÉS DU VERBE DIRE

1. DÉRIVÉS NOMINAUX

DIRE-nom masculin (emploi substantivé du verbe DIRE)


A. ce que quelqu`un dit, déclare, raconte
Syn: affirmation, allégation, assertation, déclaration, parole, propos.
Les dires de Paul ont convaincu toute la famille.
“L`activite de son langage est specifiquement l`interaction de la poetique et de la
politique, pas dans ce qui est dit seulement mais dans le dire lui-meme.”
Henri Meschonnic,“ Ecrire Hugo”, p.5
Au dire de , selon les dires de: d`après l`affirmation de…
Selon les dires d`un voisin, il est parti à sept heures du matin avec ses enfants.
B.En droit: temoignage, déclaration juridique
-Toute observation formulé dans un cahier de charges ou dans un proces-verbal.
-Toute note remise à un expert judiciare ou à un arbitre pour l`éclairer sur les opérations
dont il a été chargé.
Selon les dires du témoin, l`accusé est arrivé plus tard au lieu du crime.
Au dire des experts: selon l`estimation faite par des experts.
Au dire des experts il suffit quelques gouttes de cette substance pour tuer un homme.

DIT-nom masculin ( participe passé substantivé de DIRE


A. mot , propos remarquable, maxime.
On cite très souvent les dits de cet écrivain.
“On ne conte que ses dits, pleins d`esprit et de raison.”
Sevigné, in Larousse
B.parole donnée
Il faut tenir son dit, autrement les gens n`auront plus confiance en toi.
C.[ Au Moyen Age ]: pièce de vers sur un sujet familier.
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Ce jour-là les acteurs répétaient “Le dit du Bon Vin.”

DIT- adjectif (participe passé de DIRE)


A. convenu,fix
A l`heure dite il était devant le restaurant.
B. Que l`on dit être, que l`on prétend.
On a beaucoup critiqué sa méthode dite réaliste de présenter les faits.
“Les sociologies fourbissent leurs armes: des tableaux, ceux de l`insée, dits de « mobilité
sociale », et des constatations qui laissent rarement place à l`erreur.”
Madame Figaro, N° 15 074,1993,p.84
“Que de choses, dites l`oeuvre du génie,qui furent l`oeuvre du hasard!”
Chateaubriand in Larousse
“Ça m`a beaucoup servi pour les scènes dites de « sexualité » qui étaient sans duoute l`une
des choses les plus compliqués à faire.”
Le Magazine Littéraire, N° 458, 2006, p. 6

C.surnommé, appelé communément


Il était fasciné par la vie de Louis XIV, dit le Roi Soeil.
“Je possédait une petite cheminée de fonte émaillée, dite, je ne sais pourquoi, cheminée
prussienne.
G.Duhamel”Le Temps de la recherché”,VIII.p 117

A. joint à l`article défini ou à certains adverbes (en droit, specialement).Il sert à désigner
ce dont on vient de parler.
Le dit acheteur a l`obligation de payer la somme en trente jours.
La dite maison a une surface de vingt mettres carres.
Le susdit a declare qu`il renonce à sa fortune en faveur de son fils.

DISEUR(EUSE)- nom masculin/feminine (formé du verbe dire, sur le radical « dis » à l`aide
du suffixe eur/euse qui a le sens d`agent de l`action)
A. diseur de…(dans quelques locutions): personne qui dit habituellement des choses d`un

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genre particulier
diseur de bonne aventure: personne qui prédit l`avenir.
Syn:chiromaincien, devin, voyante
diseur d`horoscopes
“Les diseurs d` horoscopes(…)profitaient de la vanité et de l`ambition des esprits
credules.”
Moliere, “L`Amour médecin”,III,1
“A la tête des baladins,des grate-ciel et des diseuses de bonne aventure, elle va conduire la
marche funèbre de l`ésthetisme européen.”
Malraux,“L`Homme précaire et la Littérature”, p.253
(pejoratif) diseur de bons mots: celui qui affecte de dire des bons mots,en toute occasion.
“Diseurs de bons mots, mauvais caractère.”
Pascal,“ Pensées”, I, 46
(littér.) diseur(euse) de riens: personne bavarde.
“« Diseur de rien » soupirait quelquefois ma mère quand j`étais un enfant bavard.”
Fr. Mauriac,“Le Nouveau Bloc-notes”, p 243
B. (vieux, emploi absolu ) un beau diseur/un diseur:celui qui affecte de bien parler
un grand diseur: un homme qui parle beaucoup
En matière de sécurité, Nicolas Sarkozy c’est «grand diseur, petit faiseur».
“Tu fais toujour le beau diseur et le grand esprit;apprend que j`en sais plus que toi.”
Hauteroche,“Crispin medecin”,I,6 in Littré
Proverbes: Les grands diseurs ne sont pas les grands faiseurs: ceux qui parlent ,se
vantent, promettent le plus,font generalement le moins.
L’entente est au diseur. Il s’entend bien mais il ne se fait pas comprendre.
Personne ne comprenait rien de son discours et les gens ont commencé à murmuré :
“L’entente est au diseur”.
C. (littér.) personne qui récite, déclame
un fin ,un excellent diseur: une personne qui déclame avec art et esprit.
“Ce que je voyais c`était un homme chauve en costume marron, un diseur. Il racontait une
histoire drôle, à propos d`une fiasco.
S.Becket, Nouvelles, p.43, in Robert

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2. DÉRIVÉS VERBAUX

CONTREDIRE-formé du verbe dire, à l`aide du preffixe « contre »


A. Emploi transitif direct.
1) Le C.O.D. est une personne
a)affirmer, soutenir le contraire de ce que dit( qqn. )
Ex : Aucun employé n`osait contredire le directeur.
Il sait qu`il n`a pas raisson mais il aime beaucoup contredire les autres.
“Un après midi, (…), je contredis vivement, sur je ne sais quel sujet, un jeune homme au
long visage ténébreux.”
S. de Beauvoir, Mémoires d`une jeune fille rangée, 1958, p.242
Emploi absolu : ”Nous n`aimos point contredire quand nous aimons, ni approuver
quand nous haisons.”
Alain, Propos, 1929, p. 823
2) Le C.O.D. est un inanimé abstrait.
Son visaje contredisait ses paroles.
Ses actes contradisent sa pensée.
“Cette parole te venait de ma part, mais tu l`as ensuite« oubliée », parce qu`elle contredisait
en toi le gout du plaisir.”
Green,”Journal”, 1942, p 216,in TLF

B. Emploi pronominal:
a) affirmer successivement des choses incompatibles
Fais attention!Tu te contredis,il y a quelques minutes tu as affuirmé tout autre chose.
b)s`exclure mutuellement
La politique et la verite,se contredisent-elles?

C. Emploi transitif indirect: contredire à quelque chose, à une parole


“Je ne contredirai jamais à cette formule.”
A.Breton,Nadja,1928,p 152
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CONTREDIT-nom masculin (participe passé substantivé de « contredire »)
A. (litter.) déclaration que l`on oppose à une autre
“Je le prie,s`il a envie d`opposer quelques contredits à ma réplique, qu`il quitte les
animosités et qu`il traite plus doucement le bon vieillard.”
A.France, Le Crime de Sylvestre Bonnard,1881, p.421
(loc.adverbiale) sans contredit: indubitablement, irréfutablement, sans contestation possible
La clef de toutes les sciences est ,sans contredit, le point d'interrogation.
Le dernier film a été ,sans contredit, son plus grand succès.
CONTREDISANT(E)-adjectif ( participe présent de «contredire») : [en parlant d`une
personne,des manifestations de son humeur,de son temperament] qui se plait à contredire.
Je déteste les personnes contredisantes.
La nature humaine rebelle et contredisante aime transgresser et braver les interdits.
Il est d’humeur rude, impatiente et contredisante.
“Vous voyez bien(…) cette femme bizarre et contredisante aime les diables…”
G.Sand, Histoire de ma vie,t.s,1855, p. 198,in TLF

DÉDIRE-formé du verbe dire, à l`aide du prefixe d`origine latine « de »,qui a le sens de


« cessation».
(vieux) Emploi transitif: contredire,dementir (qqn.)
Tu essayes en vain me dédire, tes arguments ne sont pas valables.
“Est-ce donc à vous de m`en dédire, de me prouver que je m`abusais?”
Courier, Pamphlets politiques, in TLF
Emploi pronominal :
a) se retracter,revenir sur ce qu`on a affirmé précédement
“Je ne demande pour moi que la levée de mes arrêts , et de passer à une autre armée;
moyennant quoi je me dédis de tout ce que j`ai dit et écrit au général Dedon.”
Courier, Lettres de France et d`Italie, in TLF
b) ne pes honorer (un engagement), ne pas tenir sa parole, revenir sur une promesse.
Elle vient de se dédire de la promesse qu`elle m`avait fait hier soir.
“La Vierge ne pouvait , au reste, se dédire. Ele avait accepté la lourde tâche que lui avait
leguée Jesus(…)”
J-K. Huysmans, L`Oblat in TLF

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Expressions :
il n`y a pas(plus) à s`en dédire: il n`est pas question de remettre en cause sa parole,sa
promesse.
“Moi je te donne mon consentement.Tu l`as, c`est promis et parole donnée. Il n`y a plus a
s`en dédire.”
M. Aimé, “La Jument Verte”, 1993,p 202,in TLF
-(fam) Cochon qui s`en dedit! expression pour confirmer une parole donnée, formule
plaisante prononcée à la conclusion d`un contrat.
Ce qui est dit est dit, cochon qui s'en dédit ...
On ira au cinéma une fois par semaine et cochon qui s’en dédit !
“Il y en aura bien un demi-arpent(…)Cochon qui s`en dédit!C`est juré!”
Zola, “La Terre”, 1887, p.64
DÉDIT-nom masculin (participe passé substantivé de « dédire »)
A.(en droit) a) clause par laquelle un contractant se réserve le droit de ne pas exécuter un
contrat moyennant une somme convenue.
“Et moi, je déchire l`engagement(…) mais vous n`oublierez pas qu`un dédit avait été
stipulé.”
Meilhac, Halevy,”La Cigale”,in TLF
b) montant de l`indemnité convenue en cas de dédit
“Je paierai les trois cents francs de dédit s`il le faut.”
Gide, “Journal”,1914, p.450
B. (par extension,langue commune): action de se dédire, de revenir sur ce qu`on avait dit
ou promis auparavant.
“(…) je ne veux pas accepter le dédit cent fois offert par l`esprit le plus inconstant et le
plus prompt au dégoût qui fut jamais.”
M.de Guerin, “Correspondances”, in TLF
( locution verbale ) avoir son dit et son dedit: être sujet à se dédire, à se retracter, à
changer aisement d`avis.
Ce qu’il dit aujourd’hui ne sera plus valable demain, il a son dit et son dédit.
“Allez, mademoiselle, en fait de mariage, une fille a son dit et son dédit.”
Brueys, “Grondeu”, II, 3.

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MAUDIRE-formé du verbe dire, à l`aide de l`adverbe « mal » : :réprouver en proférant des
paroles de malédiction.
A.[La réprobation est humaine] :
a) [au nom d`un sentiment réligieux] vouer(qqn.) à la malédiction divine.
“ Maudire, c’est prier le diable.”
Georg Christoph Lichtenberg
“(…) les démocrats semi-chrétiens me maudissent comme ennemi de Dieu(…) lorsque
je cherche le sens et le contenu de l`idée de Dieu.”
Proudhon, in TLF
c) [sous l`effet de la colère, de l`exaspération etc ] : vouer (qqn.) au malheur en l`injuriant;
exprimer sa vive contrarieté contre (qqn.)
Il a maudit tous ses ennemis qui ne le laissent pas vivre tranquille.
“ Ne pas railler, ne pas déplorer, ne pas maudire, mais comprendre.”
Baruch Spinoza
“Dans la vie, les hommes sont tributaires les uns des autres.Il y a donc toujours quelqu’un
à maudire ou à remercier.”
Madelaine Ferron, “Le Chemin des dames”
“Tous les personages finissent par un choeur ou ils maudissent Mandrin,l`auteur d`un
volume aussi audacieux.”
L.Schneider, “Les Maitres de l`operette francaise”, in TLF
B. La réprobation est divine: vouer a la malédiction eternelle.
Si les prêtres ne s`appliquent pas de coeur à leurs obligations,Dieu les maudira et les
chatiera.
La question qui se pose est : "Un Dieu bon peut-il maudire ?"
On sait ce qui advient et adviendra à ceux qui maudissent le Peuple juif : Dieu les
maudira.
MAUDIT(E)-adjectif (participe passé de « maudire »)
A. [La réprobation est humaine]
a) méprisable
“Les idées de Joseph de Maistre ont contribué à favoriser l`ignorance du clergé, qui évitait de
se tenir au courant d`une science maudite.”
Sorel, “Reflxions sur la violence”, in TLF
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b) détestable, exécrable, insupportable, dont on a sujet de se plaindre
Je ne supporte plus cette maudite pluie!
“Les domestiques terrifiés voulaient absolument quitter cette maudite maison.”
Emile Gaboriau ,“Maudite maison”
B.[La réprobation est divine] : qui semble frappé de la malédiction divine
( emploi substantivé masculin ) Le Maudit : le démon, Satan
“Je dois vous dire que ce maudit haschisch est une substance bien perfide.”
Baudelaire, Le Paradis artificial,1860, p.367
“C`était le fragment d`un autre monde , d`une planète inconnue et maudite, une vue de
l`enfer.”
Proust, in TLF
ecrivain maudit: condamné, reprouvé par la société
Baudelaire ,le poéte maudit ,n`a pas eu une enfance heureuse.
“(…)Hélène Bessette ne s`en est jamais remise.Jusque-là simplement méconnue, elle
devenait un écrivain maudit.”
Le Magazine Littéraire, N° 458, 2006,p. 12

MÉDIRE-formé du verbe dire, à l`aide du preffixe “mé”


a) Emploi trans.indir.: médire de/sur qqn.: tenir sur quelqu`un des propos malveillants,
mais fondés ou que l`on croit fondés, révéler ses défauts avec l`intention de nuire.
Tu ne dois pas médire des personnes absentes.
Je vous conjure de ne jamais médire de personne, ni directement, ni indirectement.
“On m`a ranconté que vous aviez médit de mon marri. De là ma réserve.”
Giraudoux, Lucrece, 1944 in TLF
b) Emploi abs.: dire sur quelqu`un du mal que l`on suppose vrai.
“Ne jamais médire.Ne jamais parler en mal de qui que ce soit, fut-ce d`un enfant, à
moins que cela ne soit utile.”
Dupanloup, Journal, in TLF
MÉDISANT(E)-adjectif et nom (participe présent(substantivé)du verbe «medire»)

A. se dit d`une personne encline à médire d`autrui.


On est d'ordinaire plus médisant par vanité que par malice.
François de La Rochefoucauld,“ Maximes”

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“Les Anglais sont impitoyablement médisants.Un homme est jugé sur un mot, et sans
retour.”
Michelet, “Journal”, 1843 p.150
B. (par métonymie, en parlant des attributs physiques et moraux d’ une personne, de
ses paroles ): qui contient de la médisance.
J`ai quitté la chambre parce que je ne pouvais plus ecouté ses paroles medisantes.
“En effet, hier après-midi, la majorité du personnel s’est réuni et s’est dit «scandalisé par
les propos médisants et diffamatoires à l’égard de leur directeur général»”.
“Témoinages”,8 juin 2005
“On sait comment dans les provinces,les propos medisants se repetent, volent de bouche en
bouche et s`exagèrent.”
Musset, “Confessions” , in TLF
MÉDISANCE-nom feminin (formé du verbe médire, à partir de « médisant », sur le radical
« medis », à l`aide du suffixe « ance » dont le sens est « resultat de l`action ».
A. action de médire de qqn , de dénigrer..
“Ni la calomnie , ni la médisance ne peuvent vous atteindre(…)vous êtes dans une
position hors ligne…”
Balzac, “C.Birotteau”,1837, p.161
"La médisance , qui sous une apparente justice dispose nécessairement le coeur humain
à la haine ou à la fausseté."
Bernardin de Saint Pierre
"Sotte médisance, ressource ordinaire de la méchanceté qui n'a rien à dire "
Théophile Gautier
B.(par métonymie): propos par le quel on médit.
“Tel est souvent l'effet d'une médisance dictée par la colère.”
Plutarque,“Œuvres morales”,«Sur l’utilité qu’on peut retirer de ses ennemis»”
“Comme il n`est pas une fille dans l`univers sur qui les commères n`aient jasé, il ne
se trouva pas dans le pays une seule jeune fille à l`abri d`une médisance.”
Maupassant,“Contes et nouvelles”, t.2,«Rosier Madame Husson» ,1887, p.687

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PRÉDIRE-formé du verbe dire, à l`aide du preffixe «pre» : annoncer d`avance ce qui doit
se produire a) soit par intuition ou divination; b)soit par des règles certaines, par conjecture ou
raisonnement
Syn: a) prophetiser
b) pronostiquer
a) C`etait un vieillard qui avait le pouvoir de prédire l`avenir.
"La meilleure façon de prédire l'avenir, c'est de le créer."
Peter Drucker
“ …l`épisode étrange d`une somnambule qui cette même nuit parcourut le camp en
prédisant le désastre.”
Grousset, “Croisades”, in TLF
b) Les hommes de science peuvent prédire les eclipses de soleil.
Les analystes ont prédit une crise economique pour les mois suivants.
“Peut-on prédire l’évolution de l’occupation du sol?”
Flavio Zanini,“Sols et milieux naturels”
REDIRE –formé du verbe dire à l`aide du preffixe d`origine latine « re » dont le sens est
« de nouveau».
A. dire une meme chose plusieurs fois, répéter ce qu`on a déjà dit ou ce qu`un autre a dit.
Parlez moi d’amour, redites moi des choses tendres.
Même si l’on doit dire et redire nous devons essayer quand même à nous faire entendre.
“Une fois même elle avait dit:« C`est Madamme qui serait hereuse de l`avoir [le
perroquet]!»Le negre avait redit le propos à sa maîtresse.”
Flaubert,“Un Coeur simple”, 1887, p.51
B. répéter, rapporter par indiscretion ce que l`on a recu en confidence.
Ne le lui redis pas!
“N`allez pas redire cela ; oh! je vous en prie, ne dites pas que je vous ai dit cela!”
Gide, “Journal”, 1910, p. 292
C.Emploi transitif indirecte:
avoir, trouver a redire à quelqu`un: avoir, trouver à critiquer, a blâmer
rien à redire : ne trouver rien à critiquer
Les photos sont superbes, bien cadrées. Rien à redire.

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Je n'ai absolument rien à redire sur cette émission. Elle est vraiment très intéressante
Elle a eu une conduite parfaite. Je n`y trouve rien à redire.
“Qu`une fille(…)eut un amant, elle n`y trouvait pas grand chose à redire, sachant la
manière dont cela se fait.”
A.France, “Le Mannequin d`osier”, 1897, p.298
REDITE-nom fem. ( participe passé fem. substamtivé de « redire »)
A. action de redire, d`exprimer de nouveau la même idée, le même sentiment
Je sais très bien que les redites à ce sujet ne change rien au problème
“Car pour Madeleine Renouard, c’est dans la redite que s’élabore la souveraineté de la
subjectivité.”
Sophie Labeille,“Pinget/Grenier, Le Texte et le Néant”
“[Rubens] avait le bon esprit de vivre beaucoup sur lui-même, et lorsqu`une donnée lui
paraissait fertile en variations, de tourner autour dans les redites.”
Fromentin, “Maitres d`autrefois”, in TLF
B.répétition inutile
Evitez toujours de tomber dans les redites!
. “ L’auteur reprend, en les remaniant pour tenter d’en assurer l’homogénéité et d’éviter
les redites, des études publiées dans des revues spécialisées depuis une dizaine d’années.”
Le français à l’université, N°4, 2007
“Le proverbe dit que les choses répétées plaisent mais qu`à la troisième redite elles
deviennent fastidieuses.”
Gautier,”Fracasse.”, in TLF

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CONCLUSIONS

Nous avons montré que le verbe dire est un verbe très intéressant, avec un
comportement hors de l’ordinaire.Sa richesse syntaxique, sémantique et pragmatique est etonnante.
On peut parler d’un emploi transitif, un emploi absolu, un emploi pronominal du verbe dire, chacun
d’eux nous offrant de nombreuses valeurs sémantiques.
La plus connue valeur du verbe dire est celle de verbe de parole,de communication
( énoncer un propos par la parole physiquement articulée avec l’intention de le communiquer et
d’appeler éventuellement une réponse ou une réaction ; il est censé se trouver face à face avec le
destinataire du propos), à laquelle correspond la construction syntaxique dire quelque chose à
quelqu’un. Mais il y a une autre valeur très importante du verbe dire : celle de verbe de cogitation,
de réflexion. Dans les construction dire ( quelque chose ) de…, en dire, le sens du verbe est de
penser, croire, estimer.
En ce qui concerne le statut sémantique du sujet, dire peut avoir des sujets [+humain]
mais aussi [-humain]. La présence ou l’absence du trait [+humain] modifie beaucoup le sens du
verbe. Si avec un sujet humain dire a des valeurs sémantiques comme exprimer, révéler, affirmer,
penser, raconter, objecter, exprimer sa volonté, réciter, exprimer par le langage écrit, lorsque le
sujet est non-humain, les valeurs sémantiques de dire sont indiquer, montrer, signifier, plaire,
présenter un intérêt.
Nous avons montré aussi la valeur épistémique du verbe dire. Les expressions on dit
que et on dirait que indiquent les sources de l’information du locuteur. Les deux marqueurs
évidentiels se distinguent par quelques aspects importants. On dit que est du type ouï-dire comme on
le dit traditionnellement, et il indique que la source du savoir est externe au locuteur ; c’est le cas de
« dit la rumeur anonyme ». On dirait que est du type inférentiel plutôt que du type ouï-dire. Cette
locution introduit une nuance de subjectivité bien que le locuteur n’assume pas la responsabilité
complète quant à la proposition p. Il partage le point de vue de p, mais il formule des réseves à
l’égard de ce point de vue. Dans ce sens, les deux marqueurs indiquent une dilution linguistique
des responsabilités, et la différence entre les deux se situe ainsi sur le plan évidentiel.

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Bibliographie

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