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Module d’auto­apprentissage

LES CLAUSES D’EXONÉRATION TOTALE OU PARTIELLE 
DE RESPONSABILITÉ DÉLICTUELLE

SOLUTION DU CASUS :

Inès Timable est âgée de dix ans.  Non loin de chez elle, dans un parc communal arboré, une plaine 
de jeux est aménagée.   Lorsque le temps le permet, ses parents l’accompagnent et la surveillent 
lorsqu’elle joue sur les jeux mis à la disposition des enfants.   Outre des balançoires, toboggans et 
autres bacs à sable, un trampoline est également installé.  De forme rectangulaire, celui­ci est entouré 
de filets de protection sur trois de ses côtés, pour éviter que les enfants ne chutent.  Le côté laissé 
libre autorise l’accès ; généralement, ses parents se placent à cet endroit pour la rattraper au cas où 
elle  perdrait  le contrôle lors d’un saut.   Par une chaude après­midi d’été, alors que ses  parents 
viennent de s’assoupir dans le parc, elle décide de se rendre à la plaine de jeux, pour perfectionner 
ses pirouettes sur le trampoline.  Après quelques sauts, elle prend de l’assurance.  L’envergure de ses 
sauts augmente de plus en plus et bientôt, elle ne peut plus contrôler la trajectoire.  Elle se déporte 
alors vers la partie du trampoline non protégée par un filet et chute lourdement sur le sol.  Elle a la 
jambe cassée et souffre de nombreuses contusions.  

En son nom, ses parents décident de se retourner contre la commune gestionnaire de la plaine de jeux 
et vous demandent conseil.  

- De quels recours disposent­ils ? Obtiendront­ils gain de cause ?
- La   solution   aurait­elle   été   différente   si   la   commune   avait   placé   un   panneau   devant   le 
trampoline, indiquant que celui­ci ne pouvait être utilisé sans la surveillance d’un adulte.  Il 
est aussi précisé que le trampoline est interdit aux enfants de moins de dix ans.   

In casu, la solution sera la suivante :

Question a) : 

A. Base légale : 

Art. 1382­1383 C. civ.

B. Conditions : 
1. Faute : 

­ Méconnaissance d’une norme de conduite : la commune ne s’est pas comportée comme un 
gestionnaire  de   plaine  de  jeux   normalement  prudent   et  diligent  dans  la   mesure  où  elle  autorise 
l’accès   à   un   jeu   potentiellement   dangereux   (le   trampoline)   sans   l’assortir   de   suffisamment   de 
précautions (accès réservé aux enfants d’un certain âge, accompagnés d’un adulte, etc.).  
­ Imputabilité : OK (pas de faits justificatifs).
­ Prévisibilité du dommage : elle pouvait prévoir que des accidents risquaient de se produire 
dès lors que de jeunes enfants utilisaient le trampoline, sans la surveillance de leurs parents.  

2. Dommage : 

Inès a la jambe cassée (dommage certain et personnel, lésion d’un intérêt stable et légitime).
 
3. Lien de causalité : 

Théorie de l’équivalence des conditions : sans la faute de la commune, le dommage ne se serait pas 
produit tel qu’il s’est produit in concreto.

A ce niveau, un moyen de défense pourrait être invoqué par la commune : la faute de la victime 
(cause   étrangère exonératoire).   Dès  lors qu’elle avait l’habitude  d’utiliser le trampoline sous   la 
surveillance de ses parents, Inès aurait dû leur demander de l’accompagner et ne pas se rendre seule 
à la plaine de jeux.  Mais les parents pourront sans doute répondre que, compte tenu de l’accès laissé 
libre au trampoline et vu l’absence d’interdiction spécifique de l’utiliser sans surveillance, leur fille 
n’a  commis  aucune   faute   et  s’est  comportée   comme  n’importe  quel   autre  enfant   placé  dans   les 
mêmes circonstances.  

Question b) : 

Ce qui change : 

­ Au niveau de la faute : il peut être plus difficile de démontrer que la commune a commis une 
faute.   En apposant le panneau, on pourrait en effet considérer qu’elle s’est comportée comme un 
gestionnaire de plaine de jeux normalement prudent et diligent. A la limite, on pourrait aussi estimer 
que le seul fait de mettre un trampoline à disposition des enfants constitue une faute dès lors qu’il 
s’agit d’un engin dangereux lorsqu’il n’est pas utilisé sous la surveillance de professionnels. 
­ Au niveau du lien de causalité : la commune pourra plus facilement établir l’existence d’une 
faute de la victime.  En utilisant le trampoline sans la présence de ses parents, Inès n’a pas respecté le 
panneau.  Il y aura donc exonération totale ou partage de responsabilité.

Conclusion :  
 
La clause exonératoire de responsabilité est importante au moment d’apprécier la faute de la victime 
(lien de causalité).  Dans une moindre mesure, elle peut également avoir une incidence au moment 
d’apprécier la faute du responsable. 

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