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SABOS Julien

L2 S3

Commentaire d’arrêt
Dame Noualek
Tribunal des conflits, 7 juin 1951
Le, mardi 10 octobre 2006

I. Le critère finaliste de l’arrêt « Baud » confirmé


A. Approche négative

 Le critère de distinction n’est pas organique (La qualité des agents et services
participant à l’opération). En l’espèce, on n’a pas pu admettre ce critère puisque des
officiers de police dirigeaient l’opération : « le garde Higounet du G.M.R. « Albigeois »,
mis cette nuit-là à la disposition d'inspecteurs de police judiciaire procédant, sur instructions de
l'intendant de police ». Retenir ce critère, c’était donc considérer que l’opération était une
opération de police judiciaire. Ce n’est pas le cas en l’espèce.
Attention tout de même, ce n’est pas pour autant que l’on ne tient pas compte de la
provenance de l’acte lançant l’opération. Comme le souligne le commissaire du
gouvernement dans ses conclusions « Lorsqu’une opération est décidée par l’autorité
administrative, c’est généralement une opération administrative. » Ou alors dans l’arrêt : « en
application de textes en date des 23 avril et 7 juillet 1941, tous les services de police étaient
placés sous l'autorité des préfets ».

 Le critère de distinction n’est pas non plus matériel (ce n’est pas la nature des opérations
effectuées qui détermine la qualification). « sous la protection de fusils de chasse, en dehors
de tout ordre ou intervention de l'autorité judiciaire, ne saurait être regardée comme une
«perquisition» mais comme une véritable opération de police administrative ». Encore une
fois, si l’on avait tenu compte de la nature des opérations, c'est-à-dire du fait que des
officiers de PJ étaient présents. Il s’agissait effectivement d’un critère qui laisse
présager qu’il s’agit d’une opération de PJ. Encore une fois, le CE ne l’a pas jugé
pertinent.

B. Approche positive
 Jusqu'en 1950, le CE faisait allusion à beaucoup de critères « et privilégiait les critères
formels sur les critères matériels, tels que le but ou l'objet de l'opération ». C'est l’arrêt
Baud du 11 mai 1951 qui va réellement changer la délimitation entre PJ et PA. La
nature de l'activité de police est liée à l'existence ou non d'infraction pénale.

 La décision que nous avons ici à commenter applique clairement cette jurisprudence.
C’est la finalité de l'opération de police qui définit son type. On applique seulement le
critère finaliste. Le critère de distinction des deux polices se trouverait plus exactement
dans la possibilité ou non de rattacher une opération à une infraction précise et concrète
« Qu'en l'espèce, ladite opération, dont l'instruction n'établit pas qu'elle avait pour objet la
recherche d'un délit ou d'un crime déterminé ». La question que l’on doit se poser est celle
de savoir si le but de l’opération est de protéger l’ordre public (PA), ou alors de faire
cesser une infraction concrète. La police administrative est essentiellement préventive,
quand la police judiciaire est essentiellement répressive.

II. Les limites du critère finaliste


A. L’insuffisance du critère en l’espèce
 L’opération dont il était question était assez complexe puisqu’il s’agissait de « visiter un
immeuble ». Il s’agit là d’une opération qui nécessite traditionnellement, selon le
commissaire du gouvernement Delvolvé, une commission rogatoire. C’est donc souvent
une opération judiciaire. En l’espèce, même s’il y a une présomption, celle-ci est
renversée car l’autorité administrative peut ordonner des visites domiciliaires « dont la
régularité est contestable, mais conserve un caractère purement administratif ».

 De la même façon, la présence des OPJ laisse encore une fois une présomption du
caractère judiciaire de l’opération. Pourtant, la loi du 23 avril 1941 avait mis le service
public de police judiciaire sous l’autorité du préfet « en vue d'assurer le maintien de l'ordre,
et de « prévenir et réprimer les atteintes à la sécurité publique »

 Ces exemples montrent qu’il faut tenir précisément compte des faits de l’espèce. En
effet, l’arrêt relate des faits qui marquent une période de trouble à la fin de la guerre.
Visiter le domicile de quelqu'un n’attendait pas de justification. D’ailleurs, lorsque la
police pénètre dans un immeuble parce que l’auteur présumé d’un hold-up s’y trouve
peut être, l’opération vise la recherche de l’auteur c’est une opération de PJ (CE 8 mars
1963, Sieur Masetti).

B. La difficulté de la mise en œuvre du critère


 L’infraction peut n’être qu’éventuelle ou supposée : Tribunal des conflits, 15 juillet
1968, Consort Tayeb
 Les opérations peuvent être mixtes :
o La mise en fourrière de nature judiciaire, mais la garde de la voiture de nature
administrative
 L’on passe facilement d’une opération à l’autre :
o Delle Motsch, 16 décembre 1977, passage d’une opération de PA à PJ

 C’est en raison de la difficulté de la mise en oeuvre du critère finaliste que la


jurisprudence va ajouter deux critères :
• On recherchera le caractère essentiel de l’opération s’il n’est pas possible
de réellement différencier les deux : Sct Le profil, Tribunal des conflits
12 juin 1978
• On rajoutera un critère un peu plus psychologique : il faut savoir dans
quel état d’esprit était l’officier de police au moment où il commettait le
fait litigieux : Delle Motsch, 16 décembre 1977, Tribunal des conflits.
 Le critère finaliste posé par la jurisprudence Noualek allait donc être utilisé et précisé
lors de nombreuses jurisprudences différentes.