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Guide pédagogique A LIETTE DE B UFFIÈRES P ROFESSEUR DES ÉCOLES C HRISTOPHE S AÏSSE

Guide pédagogique

ALIETTE DE BUFFIÈRES

PROFESSEUR DES ÉCOLES

CHRISTOPHE SAÏSSE

PROFESSEUR D’HISTOIRE ET GÉOGRAPHIE

A LIETTE DE B UFFIÈRES P ROFESSEUR DES ÉCOLES C HRISTOPHE S AÏSSE P ROFESSEUR D’HISTOIRE
A LIETTE DE B UFFIÈRES P ROFESSEUR DES ÉCOLES C HRISTOPHE S AÏSSE P ROFESSEUR D’HISTOIRE

AVANT-PROPOS

Les huit séquences proposées dans ce guide correspondent aux huit chapitres qui composent les Dossiers Hachette sur les Temps modernes. Chaque chapitre regroupe :

– une double page évoquant une figure historique ou un thème à l’aide de sources écrites et iconographiques, de repères chronologiques et de cartes ;

– une double page Sur les traces de… précisant la biographie du personnage ou approfondissant le thème précédemment abordé ;

– une double page L’héritage de… permettant à l’élève de repérer des traces du passé – l’Histoire reste, comme l’écrivait Marc Bloch, « une connaissance par traces » – et de comprendre le présent de la société à l’aune du passé.

Les huit séquences du guide se référant aux doubles pages du dossier ont une composition identique :

– un rappel des Instructions officielles, ce qui permet d’inscrire la séquence dans une problématique du programme d’Histoire ;

– des objectifs qui portent à la fois sur les connaissances factuelles à transmettre aux élèves, mais aussi sur des compétences de savoir-faire qu’il appartient à l’enseignant de fixer et d’évaluer selon une progression ;

– l’organisation de la séquence présentée sous forme d’activités en classe. Ces activités sont précédées d’une rubrique « Le contexte historique » qui est une mise au point pour l’enseignant. La rubrique « Pour aller plus loin » prolonge la mise au point. Toutes les activités (lecture, description, comparaison, mise en relation, confrontation…) se fondent sur les documents sélectionnés dans le dossier et sur les questions qui s’y rapportent. Le guide fournit aussi des indications de correction. Attention ! Les documents (textes ou œuvres) ne sont pas destinés à simplement illustrer le programme ; très souvent, le texte ou l’image, dont on tire une ou deux infor- mations en classe, sont utilisés comme des preuves a posteriori qui valident la parole de l’enseignant, parfois tendent à se substituer à elle. Ces pratiques pédagogiques, peu scientifiques, ne sont pas conformes à l’épis- témologie de l’Histoire. Les documents doivent être étudiés en eux-mêmes : les textes seront lus par les élèves, les images seront décrites et expliquées avec soin. Ainsi, les documents entrent dans la mémoire des élèves et contribuent à leur donner une culture commune par la reconnaissance de « traces » que les généra- tions précédentes ont déjà distinguées au point d’en faire des références ;

– des notions (« Pour construire le résumé ») sont proposées à l’enseignant pour faire écrire le résumé de la leçon en reprenant les mots-clés du chapitre. Les élèves retrouvent ces notions de l’école élémentaire à l’enseignement supérieur, leur intelligibilité relevant de degrés de compréhension et d’expression différents ;

– des prolongements interdisciplinaires sont décrits. C’est une manière d’insister sur la complémentarité des savoirs et des savoir-faire, pour éviter que se forme le préjugé de compétences exclusives les unes des autres ;

– enfin, une bibliographie non exhaustive est fournie à l’enseignant.

Toutes les trois séquences, une double page À la manière de… permet aux élèves de :

– découvrir et vivre des situations des Temps modernes ;

– pratiquer des activités interdisciplinaires.

Les auteurs.

ISBN : 978-2-01-117335-5 © Hachette Livre, 2007, 43 quai de Grenelle, 75905 Paris Cedex 15. Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés pour tous pays.

Le Code de la propriété intellectuelle n’autorisant, aux termes des articles L. 122-4 et L. 122-5, d’une part, que les « copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective », et, d’autre part, que « les analyses et les courtes citations » dans un but d’exemple ou d’illustration, « toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause, est illicite ». Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, sans autorisation de l’éditeur ou du Centre français de l’exploitation du droit de copie (20, rue des Grands-Augustins, 75006 Paris), constituerait donc une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du Code pénal.

SOMMAIRE GÉNÉRAL

1. Les Grandes Découvertes 5 2. La Renaissance 10 3. Henri IV 15 Explorer à
1. Les Grandes Découvertes
5
2. La Renaissance
10
3. Henri IV
15
Explorer à la manière de…
les grands découvreurs
19
4. Louis XIV
21
5. La France sous Louis XIV
26
6. Le siècle des Lumières 30 Tracer à la manière de… un potager royal 35
6. Le siècle des Lumières
30
Tracer à la manière de…
un potager royal
35
7. La naissance
des États-Unis
37
8. La Révolution française
41
Écrire à la manière de…
un cahier de doléances
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Photofiches pour les élèves

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LES GRANDES DÉCOUVERTES
LES GRANDES DÉCOUVERTES

Pages 6 à 11 du dossier

Référence aux Instructions officielles

Avec la découverte de l’Amérique s’ouvre l’ère de la colonisation du monde par les Européens. Le « beau XVI e siè- cle » est bien le premier siècle de la mondialisation, englobant les particularismes dans une philosophie universaliste, l’humanisme, avec la certitude – du moins dans la minorité la plus instruite de la population européenne – d’un progrès constant justifiant l’emploi du qualificatif « moderne ». La tradition scolaire fait aussi de 1492 la borne- témoin entre le Moyen Âge et les Temps modernes.

Compétences

• Connaître les raisons des voyages de découvertes et les moyens mobilisés.

• Repérer les principaux voyages de découvertes.

Photofiche

Voir la photofiche p. 48.

QU’APPELLE-T-ON « LES GRANDES DÉCOUVERTES » ?
QU’APPELLE-T-ON « LES GRANDES
DÉCOUVERTES » ?

Le contexte historique

L’étude de la chronologie p. 6 montre que l’Europe de la fin du XV e siècle est atteinte d’une fièvre conquérante. Les raisons en sont multiples : fin de la guerre de Cent Ans (1337-1453) et des « malheurs des temps » ; croissance des effectifs (l’Europe passe d’environ 60 millions d’habi- tants en 1500 à 80 millions d’habitants en 1600) ; amélio- ration des techniques d’orientation et de navigation (bous- sole, astrolabe, cartographie) permettant de longs voyages sans escale ; émergence d’une bourgeoisie entreprenante tournée vers le grand large et motivée par la soif de pro- fit ; découverte d’un art de vivre qui atteint son apogée en Italie avec la Renaissance, ce mieux-vivre appelant à son tour à une intensification des trafics… Or, la fermeture de la Méditerranée orientale, consécutive à la poussée turque et concrétisée par la prise de Constantinople en 1453, oblige les marchands européens à rechercher d’autres voies d’accès aux Indes mythiques. Déjà, le Vénitien Marco Polo avait pour la première fois exploré l’Asie au XIV e siècle. Après la prise de Constantinople, les Portugais poussent leurs vaisseaux le long des côtes africaines et contournent le continent avant que Vasco de Gama n’at- teigne les Indes en 1498. Dans le même mouvement, la monarchie espagnole fait confiance au Génois Christophe Colomb, qui découvre par hasard l’Amérique en 1492. Dès lors, la Méditerranée est supplantée par l’océan Atlantique, et ce jusqu’à la fin du XX e siècle, malgré l’ou- verture du canal de Suez au XIX e siècle. L’exemple du sucre symbolise ce basculement économique vers l’Ouest :

importée des Indes par les Arabes, la culture de la canne à sucre se diffuse au Proche-Orient, puis de là à Chypre.

Acclimatée avec succès dans l’archipel de Madère, où Christophe Colomb séjourne et se marie, la canne à sucre suit ses traces, gagnant le Brésil et les Antilles. Le sucre, produit de l’Orient, devient le symbole de la colonisation du Nouveau Monde.

L’exploitation pédagogique des documents en classe

Activité 1 : documents 1 et 2 pp. 6-7

Les Grandes Découvertes sont une affaire européenne.

Faire observer le document 1 p. 6 et faire répondre aux questions 1, 2 et 3. Tout commence avec les Portugais :

l’étroit royaume lusitanien bouscule l’ordonnancement du monde dès la fin du XV e siècle. La côte africaine fait l’ob- jet d’une reconnaissance poussée : le Rio de Oro est atteint en 1436 ; l’équateur est franchi en 1475 ; le cap de Bonne- Espérance est doublé en 1488 par Bartolomeu Dias ; Vasco de Gama, parti en 1497, contourne l’Afrique et arrive en Inde (question 1). L’aventure portugaise se pro- longe jusqu’en Indonésie, en Chine et au Japon. L’élargissement du monde connu entraîne l’arrivée de l’or et des épices à Lisbonne : c’est une vraie révolution et l’ébauche d’une « économie-monde » 1 . La course est ouverte pour l’Amérique par le voyage de Christophe Colomb en 1492. L’Espagne est gagnante. Huit ans plus tard, les Portugais se saisissent de la Terre de Santa Cruz, celle à laquelle le bois de teinture rouge (pao brasil) va donner son nom de « Brésil ». Puis, les Français, dont les navires marchands et pirates fréquentent les rivages atlan- tiques du Nouveau Monde, de Terre-Neuve (1524) jusqu’aux Antilles et de la Floride aux côtes du Brésil, reconnaissent le Canada (1534-1535) et s’y installent fina- lement en 1603. Les Anglais arrivent bons derniers :

Walter Raleigh relâche sur le littoral de ce qui sera la Virginie à la fin du XVI e siècle ; les pèlerins du Mayflower

1. Dans sa grande synthèse, Civilisation matérielle, économie et capitalisme, XV e -XVIII e siècle (1979), l’historien Fernand Braudel fait entrer dans la réflexion des économistes et des historiens le concept d’« économie-monde ». Il ne faut pas y entendre l’économie mondiale mais une économie qui est un monde en soi, un espace économique cohérent, non limité par des frontières politiques, et animé par une dynamique planétaire.

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arrivent en 1620 au cap Cod, sur la côte de ce qui sera le Massachusetts. Christophe Colomb a toujours été persuadé d’avoir atteint les Indes. Pourtant, en 1507, un éditeur géographe de Saint-Dié dans les Vosges, Martin Waldseemüller, baptise ces territoires du nom d’« Amérique ». L’Amérique est donc baptisée du nom de celui qui ne l’a pas découverte, le Florentin Amerigo Vespucci, mais qui a révélé, une quinzaine d’années seulement après le premier contact de Colomb, qu’il ne s’agissait pas des Indes mais d’un nou- veau monde (question 2). En 1513, l’Espagnol Vasco Nuñez de Balboa prend possession de l’isthme de Panama et découvre le Pacifique. Fernão de Magalhães dit Magellan achève l’exploration superficielle de la planète en bouclant le premier tour du monde. Ce navigateur Portugais est passé au service du roi d’Espagne en 1512 et l’a convaincu de financer son projet de se rendre en Asie par l’ouest en découvrant un passage plus au sud. Cinq bateaux quittent l’Espagne le 20 septembre 1519 et attei- gnent le Río de la Plata le 12 janvier 1520. Le 21 octobre 1520, ils trouvent le passage qu’ils cherchaient et traver- sent le Pacifique jusqu’aux Philippines. Le 17 avril 1521, Magellan est tué dans une échauffourée. Un seul navire revient en Espagne le 6 septembre 1522. Avec la circum- navigation de Magellan, l’Amérique est enfin pensée comme un continent autonome ; les itinéraires de l’aven- ture américaine deviennent autant de grandes routes du commerce mondial (question 3).

Faire lire document 2 p. 7 et faire répondre aux questions 4, 5, 6 et 7. On a beaucoup spéculé sur l’erreur de Christophe Colomb qui cherche l’Asie par la route de l’Ouest (question 5) mais la croit à 2 400 miles nautiques des Canaries alors qu’elle s’en trouve à 10 600, soit 19 600 km. De là, la colère des hommes d’équipage qui

« se plaignent de la longueur du voyage » (question 4).

Certes, le Génois est piètre calculateur mais il partage son

erreur dans l’évaluation des longitudes avec Pierre d’Ailly, dont il a annoté l’Imago mundi, comme avec les cosmographes Henricus Martellus et Martin Behaim, dont les mappemondes sont contemporaines de la découverte

de l’Amérique. La carte est à la fois représentation du monde connu, outil du navigateur, et bientôt, à Tordesillas (1494), instrument des puissances pour le partage du monde à découvrir. Les terres découvertes deviennent possessions du Christ en même temps que celles du roi –

« Je déploie la bannière royale, j’en prends possession au

nom du roi et de la reine d’Espagne » (question 6) – et la plantation de la croix, du Mexique au Chili, atteste partout du processus d’évangélisation à l’œuvre. Même si la recherche de l’or et des épices est l’un des moteurs de la découverte (question 7), ceux qui restent en Amérique veulent surtout exploiter les hommes.

Activité 2 : document 3 p. 7

Avec la découverte de l’Amérique s’ouvre l’ère de la conquista.

Si les expéditions sont le résultat d’initiatives person- nelles, tout chef en Amérique a cependant besoin d’une licence qui lui est concédée par la Couronne espagnole.

Les découvertes tirent aussi leur légitimité de la donation faite par le pape Alexandre VI en 1493. Les Antilles ser- vent de base d’expansion vers le continent vis-à-vis duquel les entreprises d’exploration se multiplient entre 1500 et 1517. À partir de 1519 s’ouvre une nouvelle phase, qui a pour ambition une implantation durable et l’obtention de la reconnaissance royale de ces actions. La conquista vise moins la terre que les hommes ; elle pro- cède donc par bonds successifs, acceptant de ne pas s’oc- cuper de vastes régions à l’intérieur du domaine qui a été annexé. Hernán Cortés est le conquistador qui domine cette phase. En 1521 avec Mexico, l’Empire aztèque s’ef- fondre. Dès 1522, Francisco Pizarro et Diego de Almagro sont en compétition sur l’Altiplano andin : l’Empire inca tombera en 1532. Puis, la Couronne espagnole interdit l’utilisation du mot « conquista » : c’est le signe que s’ou- vre l’ère de la pacification.

Insister sur le choc de la rencontre entre les humanités d’Europe et d’Amérique. En février 1519, Hernán Cortés monte une expédition d’exploration, de troc et de razzia à l’ouest des Antilles. Au départ de Cuba, sa troupe touche la terre ferme au niveau du Río Grijalva : les conquista- dores sont dans l’Empire aztèque (25 millions d’habitants de langue nahuatl) et les premières palabres évoquent déjà les richesses de Mexico (ou Tenochtitlan). Le 8 ou 9 novembre 1519, les Espagnols entrent dans la capitale aztèque. Faire lire le document 3 p. 7 et faire répondre aux questions 8, 9 et 10. Dès leur arrivée sur les côtes mexicaines, les Espagnols passent pour des dieux aux yeux des Aztèques – « Quelques-uns nous ont assuré que vous étiez des dieux » (question 9) – qui, conformément à leurs mythes, s’imaginent que Quetzalcoatl est de retour. Cette croyance ne dure que quelques mois et ne touche pas toutes les peuplades indigènes. La rencontre est d’autant plus brutale que les Indiens ne connaissent ni la roue, ni le fer, ni la poudre à canon, ni les animaux domestiques – excepté le lama – ; leur armement est de pierre et de bois (propulseur, arc, fronde, lance et épée à deux mains faites de lames d’obsidienne). Faire relever deux indices : les chevaux sont « des bêtes farouches » ; les armes, « la fou- dre entre vos mains » (question 8). Pourtant, si on suit la relation de voyage laissée par Cortés, l’empereur Moctezuma n’est pas effrayé. Faire relever trois indices :

les chevaux sont « de grands cerfs que vous avez appri- voisés » ; les armes « qui ressemblent à la foudre sont des tuyaux d’un métal que nous ne connaissons pas » ; finale- ment, « je vois que vous êtes des hommes comme nous » (question 10). Que fut réellement la rencontre entre les humanités d’Europe et d’Amérique ? La rencontre de deux mondes qui s’ignoraient jusque-là entraîne fatale- ment un « choc microbien » : de l’épidémie de grippe pro- voquée à Cuba par l’arrivée de Colomb aux ravages de la variole, de la rougeole et de la peste pneumonique au Mexique et au Pérou, les pandémies de l’Ancien Monde se déchaînent dans l’espace américain et leurs effets sont sans commune mesure avec les épisodes de peste qui frap- pent alors l’Europe. Les évaluations s’accordent sur la dis- parition en une génération des peuples arawak et caraïbe des Antilles (quelque 6 millions de personnes en 1492,

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moins de 4 millions en 1494, une quinzaine de milliers en 1518), à un recul annuel de 3 à 6 % des populations du Mexique et du Pérou (25 millions d’habitants à l’arrivée de Cortés en 1519, moins de 1 million un siècle plus tard ; 9 millions d’habitants dans l’Empire inca en 1530, 1,3 million en 1532). Rien de comparable non plus, l’uni- fication microbienne se faisant dans les deux sens, avec l’arrivée en Europe de la syphilis, qui existe sous forme bénigne dans l’isolat américain et dont Martin Alonzo Pinzon, le compagnon de route de Colomb, est sans doute la première victime. Les Européens ne sont pas étrangers à cette hécatombe : la conquista visant les hommes, elle se saisit de leurs corps par l’encomienda pour en faire des forces de travail ; elle se saisit de même de leurs âmes par l’évangélisation.

SUR LES TRACES DE CHRISTOPHE COLOMB ET DES CONQUISTADORES
SUR LES TRACES DE CHRISTOPHE
COLOMB ET DES CONQUISTADORES

L’exploitation pédagogique des documents en classe

Activité 1 : document 2 p. 8

Les Grandes Découvertes s’inscrivent dans une dyna- mique aux longues racines.

Les Grandes Découvertes des XV e et XVI e siècles ne sont rendues possibles que par l’apparition et la consolidation d’innovations scientifiques et techniques. Dès le XIII e siè- cle commencent à se rassembler les instruments de l’ex- ploration du monde : gouvernail d’étambot, astrolabe, boussole, projection cartographique avec orientation et distances estimées en rhumbs. Au XV e siècle, un immense capital de ressources nautiques – les fameux portulans – et d’expériences maritimes se constitue au Portugal autour de ce que l’on nomme « l’école de Sagres ». Pour que l’Amérique soit découverte, il a fallu que l’Europe soit

« prête ». A contrario, les techniques rudimentaires de

navigation, l’absence de tout projet de colonisation, la fai- blesse du soutien économique et démographique apporté à l’exploration par le monde scandinave ont fait de l’épopée des Vikings une entreprise sans lendemain 2 . Tout cela

explique que l’Amérique a pu être atteinte mais non

« découverte » avant Colomb.

Faire observer le document 2 p. 8 et faire répondre à la question 2. Cette maquette reproduit fidèlement les cara- velles – la Pinta, la Niña, la Santa Maria – du premier voyage de Colomb. Insister sur trois éléments : le gouver- nail d’étambot, solidement fixé dans l’arrière de la cara- velle par des axes qui sont libres de jouer dans les pièces de bois percées sortant de la coque, tourne donc sur un plan vertical et permet une direction précise ; les deux mâts en plus du grand mât permettent d’augmenter la voi- lure (les deux voiles carrées et la voile triangulaire) et donc d’accroître la vitesse (question 2) ; le centre d’iner- tie de la caravelle est haut sur l’eau, les châteaux avant et

arrière sont surélevés, ce qui permet d’affronter les creux de la houle atlantique.

Activité 2 : documents 1 et 3 p. 8

Les prétentions universelles de l’Église romaine semblent pouvoir se réaliser.

Les Écritures évoquent explicitement l’étendue de l’em- pire du Roi-Messie : « Il dominera d’une mer sur l’autre, et du fleuve aux extrémités de la Terre. » Christophe Colomb lui-même est l’un des premiers à envisager que l’évangélisation de l’univers arrive à son terme. La croyance se répand en Occident que la fin de l’Histoire est imminente… Faire lire le document 1 p. 8 et faire répon- dre à la question 1. La formule « service de Dieu et service de Sa Majesté » montre que les découvreurs justi- fient leurs actions sur ce double plan indissociable où l’intérêt chrétien et l’intérêt du souverain se rejoignent (question 1). Faire observer le document 3 p. 8 et faire répondre aux questions 3 et 4. La découverte de l’Amérique donne lieu à de multiples interprétations aussi grandiloquentes que fantaisistes, véritable panégyrique de l’art pompier, tel ce tableau que José Garnelo y Alda, peintre d’Histoire, réalise en 1892 et que des générations d’écoliers ont découvert dans leurs livres scolaires. Dans la relation de son premier voyage, Colomb décrit ainsi les « premiers Américains » tels qu’ils lui sont apparus sur les plages de l’actuelle Watling Island : « Tous les hommes que j’ai vus étaient jeunes, aucun n’avait plus de trente ans ; ils étaient tous très bien faits, très beaux de corps et très avenants de visage… » (question 4). Dans les faits, les terres découvertes deviennent possessions du Christ en même temps que celles du roi (ou de l’empereur), et la plantation de la croix (question 3), du Mexique au Chili, atteste partout du processus d’évangélisation à l’œuvre, inséparable de la découverte et de la conquista. Des mis- sionnaires accompagnent donc les découvreurs pour inté- grer les indigènes, par la force s’il le faut, à la commu- nauté chrétienne.

Activité 3 : documents 4, 5 et 6 p. 9

Les conquistadores se heurtent aux civilisations indiennes.

Les Européens s’installent partout où ils peuvent subsister, de préférence dans le cadre des civilisations indiennes en place. C’est le cas des Espagnols, dont les grandes villes coloniales sont Mexico, Lima (une création de Pizarro) et, en Bolivie actuelle, Potosi (autre création), à cause de ses mines d’argent (en 1600, 150 000 habitants vivent là, à 4 000 mètres d’altitude). Mais la substance humaine, il ne faut pas l’oublier, est surtout indienne.

Faire observer le document 4 p. 9 et faire répondre aux questions 5, 6, 7 et 8. Débarqué sur la terre ferme, le contingent d’Hernán Cortés se compose de 508 soldats et de 109 marins ; il dispose de 16 chevaux et d’une dizaine de canons. Malgré leur infériorité numérique, les conquis- tadores écrasent les bataillons indiens. Leur supériorité réside dans les armes offensives (poignard, épée, pique, hallebarde, lance et arbalète) et les équipements de pro-

2. Les établissements scandinaves attestés dès l’an 1000 au Labrador et à Terre-Neuve ont été abandonnés au XIV e siècle.

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tection (question 8). L’artillerie est un des éléments psy- chologiques et stratégiques décisifs lors des sièges. Quant aux chevaux, inconnus des Amérindiens, ils permettent aux Espagnols de bousculer les rangs indigènes (ques- tions 5 et 6). L’alliance avec quelques peuplades locales garantit aux conquistadores un surcroît de porteurs et de soldats auxiliaires (question 7) ; ils seront environ 20 000 lors de la destruction de Mexico (août 1521). Fin 1521, Cortés domine tout le pays nahuatl, un territoire presque aussi grand que l’Espagne. Nommé gouverneur général de la « Nouvelle-Espagne », Cortés refuse que la colonisation du Mexique suive le même chemin que celle des Antilles :

il n’y aura ni pillages systématiques ni disparition du monde indigène. Dans ses ordonnances de 1524, il rend obligatoire la culture de la vigne, du blé et des arbres frui- tiers, avec l’idée que le Mexique ne deviendra véritable- ment fécond que sous la direction des Espagnols, ce qui ne fait pas de la « Nouvelle-Espagne » une colonie au sens moderne du terme mais une province à l’égal de la Castille. Cette tentative pour faire du Nouveau Monde une réplique de l’Ancien Monde ne se limite pas à donner aux villes fondées au Mexique et au Pérou les noms de cités d’Estrémadure ou d’Andalousie ; il s’agit de reconstituer en Amérique la civilisation de l’Europe par le mode de vie et par l’évangélisation. Si l’Espagne et le Portugal indi- quent le chemin, c’est l’Europe tout entière, des Flandres à l’Italie, qui constitue la référence de ce monde qu’elle invente et qu’elle modèle : « L’Amérique est le faire de l’Europe, l’œuvre par laquelle elle révèle le mieux son être. » 3

Faire confronter les documents 5 et 6 p. 9 et faire répon- dre aux questions 9, 10, 11 et 12. Pour l’Européen de la Renaissance, il est légitime que la « civilisation » aille s’étendre sur ces territoires sauvages et leurs populations « barbares », d’autant que l’Indien est cannibale (ques- tion 11). Le document 5 p. 9 dévoile la dimension rituelle des sacrifices humains chez les Aztèques : la victime est assommée, découpée, très souvent accommodée et man- gée (questions 9 et 10). La quantité et la concordance des témoignages ne laissent pas de doute sur la réalité d’une pratique attestée de l’Alaska au Río de la Plata. Colomb n’est pas témoin de scènes d’anthropophagie ; Vespucci, en revanche, livre des descriptions qui imposent le cliché d’un Indien vorace. L’iconographie – relative surtout aux populations des côtes brésiliennes et uruguayennes, mais aussi mexicaines, vénézuéliennes et guyanaises – diverge seulement sur les modalités de la pratique de groupes par- ticuliers. Pourtant, dès le XVI e siècle, les Indiens ont leurs défenseurs. Deux textes connaissent un grand succès en Europe et forment la base de ce qui est nommé « la Légende noire » de la conquista : la Brevisíma relación de la destrucción de las Indias (1552) de Bartolomé de Las Casas et la Historia del Mundo Nuevo (1572) de Girolamo Benzoni constituent des réquisitoires contre les pratiques sanglantes des Espagnols. L’indignation de Las Casas est justifiée par l’anomalie que constituent à ses yeux les

chrétiens massacreurs : « À cause de leur cupidité et de leur ambition insatiables, telles qu’il ne pouvait y en avoir de pires au monde, et parce que ces terres étaient heu- reuses et riches, et ces gens si humbles, si patients et si facilement soumis, ils [les Espagnols] n’ont eu pour eux ni respect, ni considération, ni estime. Ils les ont traités je ne dis pas comme des bêtes (plût à Dieu qu’ils les eussent traités et considérés comme des bêtes), mais pire que des bêtes et moins que du fumier. […] Que l’on sache que ces Indiens sont des hommes et qu’ils doivent être traités comme des hommes libres » 4 (question 12).

L’HÉRITAGE DES GRANDES DÉCOUVERTES
L’HÉRITAGE DES GRANDES
DÉCOUVERTES

Des plantes nouvelles

Se reporter au texte du livre de l’élève.

La découverte d’autres civilisations

L’existence d’un monde neuf, étranger au christianisme, n’entre pas dans les schémas de pensée des explorateurs du XVI e siècle. La réalité doit pour eux se conformer à la mythologie, à la Bible et aux romans de chevalerie. Ainsi, atteindre les Indes par l’ouest est, pour Colomb et pour ceux qui le suivront, une chance de se rapprocher du Paradis. Colomb propose en effet de modifier le concept de rotondité de la Terre, laquelle a nécessaire- ment, croit-il, la forme d’une poire. Elle est pourvue d’un mamelon au sommet duquel se situe le jardin d’Éden, qui touche ainsi le ciel mieux que n’importe quel autre lieu et qui a pu, grâce à cette altitude, échapper au Déluge. Tous les voyages de circumnavigation permettent donc de sentir la pente générale du monde, qu’il suffit de suivre pour se rapprocher du Paradis… Le premier regard jeté sur le Nouveau Monde est donc celui d’un émerveil- lement biblique. Cette nature foisonnante montre l’envi- ronnement qui fut celui de l’homme d’avant la Chute. Plus tard, Colomb croit avoir trouvé à Saint-Domingue le royaume d’Ophir, à la Martinique celui des Amazones, et à l’embouchure de l’Orénoque le chemin du Paradis. Les Européens ne décrivent pas l’Amérique, ils la reconnaissent ou l’inventent. Aux prises avec les réalités des sociétés indiennes c’est aux cadres familiers des sociétés de l’Europe lointaine que recourent les explora- teurs. Par exemple, les Espagnols assimilent les prêtres aztèques à des « ulémas » et le grand sanctuaire de Mexico à une « grande mosquée ». La démarche européo- centrée doit aussi beaucoup aux difficultés de la communication entre des cultures parvenues à des stades différents de leur évolution. L’obstacle de la langue, les perceptions différentes de l’espace et du temps, l’écart entre les modes de raisonnement multiplient les malen- tendus.

3. F. Braudel, Grammaire des civilisations, Arthaud, 1987.

4. Bartolomé de Las Casas, Brevisíma relación de la destrucción de las Indias, 1552. Éd. française : Très Brève Relation de la destruction des Indes, La

Découverte, 1996.

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La conversion des Indiens au christianisme

À la brutalité du choc des cultures s’ajoute un processus d’acculturation dont la rapidité est unique dans l’histoire de la colonisation européenne. La ruine soudaine des sys- tèmes politiques, la désagrégation des communautés natu- relles, la destruction des idoles 5 , la mort des dieux créent un vide tragique que les Européens s’empressent de com- bler par leurs croyances et leurs images. Le travail aposto- lique des ordres mendiants (franciscains, dominicains) est intense en Amérique, bientôt relayé, dans le dernier tiers du XVI e siècle, par la Compagnie de Jésus. Ce sont les acteurs d’une entreprise d’acculturation de masse. L’évangélisation s’exprime autant par l’éducation des jeunes Indiens dans des collèges que par des baptêmes collectifs, par l’écrit – le premier catéchisme en langue nahuatl est publié à Anvers dès 1529 – que par l’image – images pieuses importées d’Europe mais très vite et sur- tout images copiées et souvent réinterprétées par des artistes indiens. Instrument privilégié de l’acculturation de l’Amérique, l’image n’a pas seulement créé un moyen de communication libéré des contraintes de la langue ; elle a rendu aux Indiens les idoles perdues, leur a permis de reconstruire un monde imaginaire, fût-il peuplé des croyances européennes, et a finalement contribué à la naissance d’un christianisme « métissé ». L’exemple le plus célèbre est l’aventure mystique de la Vierge de Guadalupe, vénérée dans un monastère d’Estrémadure, berceau des conquistadores, qui devient la sainte patronne du Mexique et s’identifie dans l’esprit des indigènes avec la déesse Tonantzin, la femme du serpent, la mère des Aztèques…

La création d’empires coloniaux

Avec la découverte de l’Amérique, l’Atlantique devient l’espace d’une compétition féroce entre les puissances européennes pour le pillage et l’exploitation des terres nouvelles. Au cours des XVI e et XVII e siècles, 400 000 à 500 000 personnes émigrent vers les Amériques, pour la plupart des Espagnols, surtout des hommes qui espèrent revenir au pays, fortune faite. Une part de l’économie est réellement « mondialisée ». La route du Cap permet aux produits des Indes orientales de parvenir en Europe par l’Atlantique. Ainsi, soieries, cotonnades, laques, porce- laines, thé ou café reviennent souvent dans les achats européens après 1560. On achemine depuis les Amériques le bois brésil, puis le sucre, la cochenille (qui sert de tein- ture rouge) et l’indigo mexicains. Il y a surtout l’or dérobé aux Indiens, puis l’argent : la découverte des mines amé- ricaines après 1530 provoque une extraordinaire expan- sion du commerce transatlantique, dont le volume est mul- tiplié par huit entre 1510 et 1550, puis encore triplé entre 1550 et 1610. Séville et l’Espagne sont les premières tou-

chées par ce flux monétaire. Mais les métaux précieux ne font que passer : Gênes, et surtout Anvers, sont les villes régulatrices du commerce transatlantique qui fonde la puissance des dynasties marchandes, notamment des Fugger. En 1527, le marchand Robert Thorpe proclame :

« Il n’y pas de mer où l’on ne puisse naviguer, de terre où l’on ne puisse habiter. » En 1546, Rabelais s’enthou-

siasme des avancées du présent. Désormais, tout commu- nique, les frontières sont abolies, la Terre est unifiée :

« Taprobana a vu Lappi ; Java a vu les monts Riphées ;

Phebol verra Thélème ; les Islandais et les Groenlandais boiront dans l’Euphrate ; Borée a vu le manoir d’Auster ; Eurus a visité Zéphire. » 6

Le travail forcé

La colonisation de l’Amérique repose sur le système de l’encomienda, institution importée depuis l’Espagne, qui met à la disposition des Européens la force de travail incarnée par la main-d’œuvre indigène arrachée à ses communautés naturelles. Ce système, imposé par Cortés dans ses ordonnances de 1524, est à la base de la conquista : tout colon marié qui s’engage à rester au moins huit ans sur sa terre reçoit celle-ci en concession et obtient le droit de faire travailler les Indiens à son profit, à condition de les instruire dans la foi catholique. Cette saisie des hommes et leur exploitation sous forme de tra- vail forcé ont un coût humain difficile à évaluer mais dont les effets s’ajoutent à ceux du « choc microbien ».

POUR CONSTRUIRE LE RÉSUMÉ
POUR CONSTRUIRE LE RÉSUMÉ

Solliciter les élèves pour qu’ils trouvent les mots-clés de la leçon. Par exemple, « Grandes Découvertes », « Christophe Colomb », « 1492 », « conquistadores »,

« empires coloniaux ». Mettre en relation chacun de ces

mots avec les repères figurant dans la chronologie p. 6.

Mettre en commun les réponses et écrire ensemble le résumé de cette séquence.

BIBLIOGRAPHIE
BIBLIOGRAPHIE

– C. Bernand et S. Gruzinski, Histoire du Nouveau Monde, tome 1 : De la découverte à la conquête, une expérience européenne (1492-1550), Fayard, 1991.

– B. et L. Bennassar, 1492 : un monde nouveau ?, Perrin,

1991.

– T. Gomez, L’Invention de l’Amérique. Rêve et réalités de la Conquête, Aubier, 1992.

5. Zumarraga, le premier évêque de Mexico, se vantait d’avoir détruit plus de 500 temples et brisé plus de 20 000 idoles !

6. Rabelais, Le Tiers Livre, LI.

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LA RENAISSANCE
LA RENAISSANCE

Pages 12 à 17 du dossier

Référence aux Instructions officielles

Le sujet est difficile à traiter en raison de l’imbrication des thèmes de la Renaissance, de l’humanisme et des réformes. Le programme demande que « les élèves perçoivent le renouvellement des idées et des formes », retenant donc l’idée du changement. Certes, l’historiographie récente souligne les apports positifs du savoir universitaire médiéval et les réelles continuités entre celui-ci et la culture des élites intellectuelles et artistiques de la Renaissance, mais, pour des enfants, il faut insister sur les ruptures qui marquent l’époque et qui ont été ressenties et même valorisées comme telles 1 .

Compétences

• Situer dans le temps la rupture entre le Moyen Âge et la Renaissance.

• Caractériser une période : la Renaissance est le début d’une civilisation nouvelle en rupture avec le passé.

Photofiche

Voir la photofiche p. 50.

QU’EST-CE QUE LA RENAISSANCE ?
QU’EST-CE QUE LA RENAISSANCE ?

Le contexte historique

Le terme « Renaissance » ne doit pas être pris dans son sens premier – à savoir « mouvement littéraire et artistique

des XV e et XVI e siècles s’inspirant de la littérature et de l’art antiques » – mais dans son sens élargi, c’est-à-dire

« période historique allant du XIV e au XVI e siècle » : c’est

le concept de « civilisation de la Renaissance ». En effet, la Renaissance est perçue par ceux qui la vivent comme une lutte globale entre les ténèbres et la lumière, qui, bien sûr, doit l’emporter. Robert Gaguin, général de l’ordre des Trinitaires, dans une lettre du 7 octobre 1495, emploie le mot « guerre » pour qualifier l’affrontement : il remercie l’humaniste Érasme de lui avoir soumis un exemplaire du tome I de ses Antibarbares, qui sera publié en 1520. Les

« Barbares », selon Gaguin, sont « ceux qui ne cessent

d’attaquer les études d’humanité ». La cible est désignée :

ce sont les scolastiques, que Gaguin accuse pêle-mêle de privilégier la logique formelle au détriment de l’élo- quence, de pratiquer un latin dénaturé et, surtout, de pré- férer les gloses, les interprétations et les compilations aux textes originaux. Dès la fin du XIV e siècle, l’Occident s’affirme par la conviction qu’il faut libérer les textes antiques des commentaires qui les étouffent, trouver de nouveaux manuscrits pour établir des versions plus fia- bles, apprendre le grec et l’hébreu pour en saisir le sens originel, les « nettoyer » des coquilles et des erreurs de tra- duction qui les polluent grâce à l’outil philologique. À la suite de Lorenzo Valla et ses Annotations sur le Nouveau Testament, toute la Bible est soumise à un nettoyage, opé-

ration que met en scène la Farce des théologastres (qui cir- cule vers 1524-1526), montrant le « texte de Sainte Écriture » personnifié sous l’apparence d’un pèlerin cou- vert de poussière et de sang, lavé et réconforté par un autre personnage, « Raison », puis donné comme remède à « Foy », que les drogues des théologastres avaient rendu malade. Ce nettoyage se traduit par un nouveau rapport au savoir, un nouveau mode de lecture engageant personnel- lement le lecteur. Il se manifeste aussi par une réappro- priation de la notion de dignité de l’homme, issue de la culture antique et patristique. C’est véritablement une seconde naissance – Rinascità en italien – qu’ont l’im- pression de vivre ceux qui se nomment « les huma- nistes », c’est-à-dire les adversaires des scholastiques. Cette seconde naissance ne doit pas être enseignée comme une libération à l’égard de Dieu ou une affirmation orgueilleuse de l’indépendance humaine. En revanche, l’homme n’est plus la créature de Dieu résignée à la fata- lité d’un destin scellé dès la naissance ; avec la liberté de choix, Dieu lui accorde l’infini des possibilités, que l’homme peut évaluer avant de choisir : « Je t’ai installé au milieu du monde afin que de là tu examines plus commo- dément autour de toi tout ce qui existe dans le monde. » 2 Cependant, l’homme est désormais responsable de ses choix : c’est le prix de la liberté.

L’étude de la chronologie p. 12 montre que la dignité de l’homme s’exprime par une volonté de savoir qui stimule toutes les investigations scientifiques, techniques et artis- tiques. Sa volonté de tout comprendre pousse l’homme à explorer des mondes nouveaux, à contester les dogmes sur la cosmogonie et l’astronomie, mais aussi à modifier son espace vécu (urbanisme) comme son espace perceptif (invention de nouvelles conventions de représentation pic- turale de l’espace) tout en réinvestissant les thèmes icono-

1. « La médecine, dans le climat si favorable de notre siècle (dont les dieux ont voulu confier la prudente conduite à Ton génie [l’empereur Charles-Quint],

commençait à revivre depuis quelque temps avec toutes les autres disciplines et à relever la tête des profondes ténèbres où elle était tombée. » (Vésale, préface du De humani corporis fabrica, 1543.)

2. Pic de La Mirandole, De la dignité de l’homme (vers 1488, trad. J.-M. Cordier, Paris, 1957).

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graphiques classiques. Cette dignité restaurée fait émerger

de nouveaux modèles : le prince 3 , l’artiste, l’humaniste, le

savant. Les élites culturelles se déplacent beaucoup pour étudier, se rencontrer, parce qu’elles cherchent des protec- teurs, parce qu’elles fuient les guerres ou les persécutions religieuses. Quand elles ne se déplacent pas, elles corres- pondent en latin. Leur statut change, elles prennent conscience de leur valeur et de leur individualité ; ratta- chées autrefois à des corporations, elles apprennent désor- mais à proposer leurs services à titre individuel.

L’exploitation pédagogique des documents en classe

Activité 1 : document 1 p. 12

Y a-t-il une patrie de la Renaissance ?

Faire observer le document 1 p. 12 et faire répondre aux questions 1 et 2. Humanisme et Renaissance sont nés

simultanément grâce aux recherches et aux échanges des élites intellectuelles et artistiques de deux espaces : l’Italie

et la Flandre. En Italie, Florence est le grand foyer de la

« civilisation de la Renaissance ». La protection des

Médicis est décisive. Le philosophe italien Pic de La Mirandole partage avec les autres humanistes du cercle florentin la connaissance approfondie des Dialogues de Platon, des Ennéades de Plotin, des Livres hermétiques, des œuvres de Porphyre, Proclus, ou Denys l’Aréopagite. Ensuite, ce processus s’épanouit dans toute l’Europe des XV e et XVI e siècles. Faire repérer une dorsale Rome- Cambridge assez large dans sa partie centrale, à laquelle il faut joindre deux ensembles : celui des villes allemandes de Munich à Rostock et celui de la péninsule Ibérique (question 1). À l’intérieur, faire identifier les pôles de dif- fusion de la Renaissance (question 2) :

– Les grandes universités sont créées au Moyen Âge et

leur existence n’est pas la preuve qu’elles offrent un ensei-

gnement rénové : les plus anciennes résistent aux idées nouvelles ; Vésale 4 oppose l’enseignement qu’il a reçu à Paris (« Mon effort n’aurait pas abouti si, pendant mes études de médecine à Paris, je n’avais mis personnelle- ment la main à la tâche et si je m’étais contenté des quelques viscères qu’au cours de l’une ou l’autre dissec- tion publique, nous montraient à moi et à mes camarades, superficiellement et sans insister, des barbiers d’une rare incompétence… ») à celui de Padoue (« l’école la plus

célèbre de l’univers »). C’est en effet l’un des hauts lieux

de la Renaissance : Pic de La Mirandole y étudie l’hébreu,

l’araméen et le chaldaïque, Pomponazzi y enseigne l’idée de l’harmonie de l’univers. Il y a aussi Louvain ou Cambridge et quelques universités récentes comme celle d’Alcalá de Henares en Espagne, fondée par le cardinal Cisneros en 1509, ou encore l’université de Pise reconsti- tuée par Laurent le Magnifique. – Les collèges sont aussi des pôles actifs de diffusion des idées nouvelles. Parmi les plus célèbres, celui qu’Érasme fonde en 1517 à Louvain pour l’enseignement des langues

anciennes et celui des « lecteurs royaux » (1530) que sub- ventionne François I er sous l’impulsion de Guillaume Budé (futur Collège de France à Paris).

– Certaines villes qui sont des lieux de la Renaissance

parce que ce sont de grands centres d’imprimerie ne sont pas des villes universitaires : c’est le cas de Venise, Lyon ou Anvers.

– Les académies (de Florence ou de Venise) et les cours

sont souvent des lieux de rencontres, de réflexion et de création des idées nouvelles. Artistes, savants et huma- nistes se déplacent d’un lieu à l’autre et correspondent entre eux et avec les souverains (Léonard de Vinci de Florence à la cour du duc de Milan puis à celle de France, Pic de La Mirandole à Padoue, Florence et Rome, Holbein à la cour de Londres).

Activité 2 : document 2 p. 12

Le nu est valorisé par les représentations renaissantes.

Les artistes innovent par rapport à la période précédente en copiant et en dépassant l’Antiquité. Faire observer le document 2 p. 12 et faire répondre aux questions 3 et 4. Ils recherchent un purisme qui se veut platonicien, une esthétique sobre. Ils recherchent également une structure mathématique de la beauté. Par exemple, les proportions humaines (question 3) parfaites sont liées aux figures géométriques du carré et du cercle (question 4). L’artiste ambitionne d’atteindre le vrai par le beau. Se reporter aux documents 2 p. 14 et 5 p. 15.

Activité 3 : document 3 p. 13

Le livre est la double révolution du papier et de l’imprimé.

Faire observer le document 3 p. 13 et faire répondre aux questions 5 et 6. Pourtant, le livre est antérieur à la révo- lution du papier et de l’imprimé. Par le latin, il reste l’un des atouts du privilège universitaire. Jusqu’au XV e siècle, en effet, les manuscrits continuent d’être transcrits sur par- chemin (sur peau d’agneau et de mouton) par les étudiants et les copistes (question 5). Force des usages, mais aussi désir d’employer une matière solide pour assurer une lon- gévité aux textes. Plus de 2 000 exemplaires des traduc- tions latines d’Aristote des XIII e et XIV e siècles sont parve- nus jusqu’à nous : cela prouve la puissance de l’appareil de diffusion universitaire du livre-copie latin et la solidité du support matériel qui lui est associé.

La révolution du livre, c’est d’abord le papier. Le papier allège le livre, il le rend portatif et il en diminue le prix ; il multiplie aussi la surface couverte de signes. Le papier apparaît en Italie au XII e siècle ; il est fait de morceaux de tissu et de vieux cordages de chanvre broyés. Mais on se méfie de ce support fragile ; les interdits se multiplient au XIII e siècle. Pourtant, la technologie du papier sort d’Italie. Dès cette époque, des négociants italiens apportent du papier aux foires de Champagne. De là, le papier gagne les Pays-Bas et l’Angleterre. Au centre d’un réseau de distri- bution qui couvre toute l’Europe du nord-ouest, la Champagne, centre distributeur relais, devient un centre

3. Charles Quint, homme de culture et de guerre, et Ludovic Sforza, homme de pouvoir et mécène, illustrent à deux niveaux différents l’image de ces grands

seigneurs de la Renaissance.

4. De humani corporis fabrica, op. cit.

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producteur. Au milieu du XV e siècle, la France vient ainsi en deuxième position derrière l’Italie. Il y a ainsi une Europe consommatrice et exportatrice de papier, l’Italie ; une Europe consommatrice et productrice qui se suffit à elle-même, la France ; une Europe importatrice du papier qu’exporte l’Italie constituée par l’Espagne, l’Angleterre, les Pays-Bas, l’Allemagne, l’Autriche et la Suisse. L’autre versant de la révolution du livre est l’imprimé. L’imprimerie est née et s’est développée dans l’axe rhé- nan, d’abord là où se trouve la plus forte concentration de lisants en dehors du milieu universitaire, à proximité, aussi, d’un grand producteur de papier : la Champagne. Elle gagne immédiatement l’Italie du Nord, qui présente la même configuration. L’imprimerie est le procédé de com- position au moyen de caractères mobiles indépendants. On part du poinçon, où le caractère est gravé en relief dans un métal dur. Le poinçon sert à fabriquer la matrice en creux dans un métal plus tendre. La matrice sert à fondre un grand nombre de caractères en un métal fusible à basse température (plomb ou étain). Les compositeurs sont assis devant les casses inclinées, les caractères sont répartis dans des cassetins. Le manuscrit à reproduire est disposé au-dessus de la casse. Le compositeur tient dans sa main gauche une cornière sur laquelle il dispose les caractères qu’il prend de la main droite, ainsi que les cales qui main- tiennent un espace entre les mots. Puis, il dépose chaque ligne ainsi réalisée sur la galée, sorte de plateau en bois. Chaque galée correspond à une page. Les pages sont réunies dans une forme serrée à vis. On imprime plusieurs pages sur une grande feuille qui sera ensuite pliée et découpée. Les pages ne sont donc pas disposées dans l’ordre de la lecture mais dans celui déterminé par le pliage et en tenant compte de l’impression de la feuille recto-verso. Les pages sont frottées avec des tampons enduits d’encre, puis placées sur le marbre, c’est-à-dire le plateau qui reçoit la presse. Le papier est humide : il prend l’encre sans bavure et ne se déchire pas sous la presse (question 6).

Activité 4 : documents 4 et 5 p. 13

L’architecture renaissante ressuscite l’architecture des Anciens.

Faire observer le document 4 p. 13. La villa Rotonda est la plus célèbre des villas de l’architecte Andrea di Pietro de la Gondola (1508-1580), baptisé Palladio par les huma- nistes. Destinée à un clerc vénitien, la Rotonda sera ensuite vendue à la famille Capra, dont les armes seront placées au fronton du bâtiment et dont le patronyme sera gravé sur la frise. Elle est construite entre 1566 et 1570, au sud-est de Vicence, dans l’arrière-pays de Venise. En effet, à partir de 1530, le déclin des échanges avec l’Orient otto- man oblige les négociants vénitiens à investir dans la terre… et la pierre. Les nouveaux propriétaires se font construire sur leurs exploitations agricoles d’élégantes demeures rurales où ils peuvent recevoir comme en ville.

Faire confronter les documents 4 et 5 p. 13 et faire répon- dre aux questions 7, 8 et 9. La Rotonda (document 4) ne s’impose pas au paysage mais elle procède de lui : l’escalier de la façade reprend la pente du terrain ; la coupole prolonge l’arrondi de la col-

line ; la symétrie du bâti renvoie à la pente régulière de la butte. La villa respecte un plan symétrique : deux axes perpendiculaires se recoupent au centre du cercle du salon central ; chaque côté du bâtiment est précédé d’un por- tique auquel on accède par un escalier monumental. La façade de la Rotonda est un concentré des éléments consti- tutifs du temple grec ionique et du Panthéon romain (document 5) : portique à fronton triangulaire avec six colonnes à chapiteaux ioniques et décorés, cor- niche marquant la séparation entre le rez-de-chaussée et l’attique (l’étage), statues de nus à la pointe du fronton La coupole est significative de l’art byzantin et revient en force dans l’architecture de la Renaissance (questions 7 et 8). La villa a des proportions harmonieuses (par exem- ple, rapport entre la largeur et la hauteur d’un mur). Sa façade est construite sur un rythme ternaire vertical (trois niveaux) et horizontal (corps principal, deux portiques accolés). Le rez-de-chaussée est le niveau le plus impor- tant. Au centre, une vaste salle circulaire traitée en

« rotonde à l’italienne » occupe deux niveaux en hauteur ;

c’est la salle de réception du maître. Sur les côtés, éclai- rées par de hautes fenêtres à fronton, on trouve quatre

grandes pièces identiques. À l’attique, les pièces, moins volumineuses, donnent sur une balustrade à colonnettes qui fait le tour de la rotonde.

SUR LES TRACES DES HOMMES DE LA RENAISSANCE
SUR LES TRACES DES HOMMES
DE LA RENAISSANCE

L’exploitation pédagogique des documents en classe

Activité 1 : documents 1, 2, 3 et 4 pp. 14-15

« Les arts étaient presque morts et à présent ils renais- sent. » (Lorenzo Valla)

Léonard de Vinci (1452-1519) fait son apprentissage dans l’un des meilleurs ateliers florentins, celui du peintre et sculpteur Andrea del Verrocchio. Léonard s’initie aux pro- cédés de la fonte du bronze et du travail des métaux ; il apprend à élaborer peintures ou sculptures par l’étude de nus ou de draperies, et par l’étude des végétaux et des ani- maux. Il se familiarise avec la perspective et avec le maniement des couleurs (question 1). On peut mesurer sa prodigieuse activité grâce aux soins qu’ont pris ses élèves de conserver à la postérité ses carnets de notes et ses cro- quis, au total des milliers de feuilles couvertes d’écritures et de dessins, pleines de citations tirées des lectures du maître et de notes concernant des projets de livres. C’est que Léonard de Vinci n’a jamais publié ses écrits ; il est possible qu’il se soit censuré par crainte d’être déclaré hérétique. Faire observer le document 3 p. 14 et faire répondre à la question 5. On trouve dans ses carnets des formules comme « Le Soleil ne bouge pas », qui indiquent bien que Léonard a pressenti les théories de Copernic et de Galilée. Même si nous savons aujourd’hui que, dès l’Antiquité, des savants ont pensé que la Terre était un satellite du Soleil, la plupart des hommes croyaient que la Terre était le centre de l’univers et que tous les astres tour-

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naient autour d’elle. Cette vulgate s’appuie sur le mouve- ment apparent du Soleil. L’Église romaine valide cette représentation qui lui semble en accord avec la cosmogo- nie développée dans l’Ancien Testament. L’héliocentrisme copernicien – la théorie de Copernic est publiée en 1544 – brise cette conception. Le savant italien Galilée (1564- 1642), qui vécut pourtant après Copernic (1473-1543), doit renoncer à professer que la Terre tourne autour du Soleil sous la pression de l’Inquisition en 1633.

À une époque où les élites s’appuient sur l’autorité des Anciens, Léonard ne croit qu’en ses propres expériences. Faire lire le document 1 p. 14 et faire répondre à la ques- tion 2. Par exemple, plus de trente fois, il s’attaque à la dissection d’un cadavre humain (question 2). Il essaie de percer le mystère de la croissance de l’embryon. Il étudie le mouvement des vagues et des courants, observe et ana-

lyse le vol des insectes et des oiseaux et, par là, en vient à

Faire observer le docu-

ment 4 p. 14 et faire répondre aux questions 6, 7 et 8. Ce sont encore ses carnets qui nous font dire que Léonard de Vinci a inventé l’hélicoptère, le sous-marin, l’hélice ou encore le parachute (question 6). En fait, Léonard est un ingénieur moins génial qu’on ne l’a dit : il faut le replacer dans la lignée des ingénieurs architectes de la Renaissance (Brunelleschi 5 , Ghiberti, Alberti pour la première généra- tion, San Gallo et Francesco di Giorgio pour la deuxième génération, qui est celle de Léonard). Le plus souvent, il n’a qu’une intuition géniale que les conditions techniques du XVI e siècle ne permettent pas de réaliser. Il faut attendre 1797 pour voir le Français Garnerin sauter d’un ballon à 680 mètres au-dessus de la plaine Monceau ; en 1912, l’Américain Berry saute d’un avion au-dessus de Saint- Louis (question 7).

En digne héritier de ses prédécesseurs florentins, Léonard de Vinci est convaincu que l’artiste doit explorer le monde visible avec toute la perspicacité dont il est capable. La forme des rochers et des nuages, les effets de l’atmosphère sur la couleur des objets lointains, la croissance des arbres et des plantes, l’harmonie des sons, tout est objet de ses recherches, lesquelles fondent son art pictural. Faire observer le document 2 p. 14 et faire répondre à la ques- tion 4. Mona Lisa (peint entre 1503 et 1507) est le portrait d’une dame florentine prénommée Lisa, épouse du négo- ciant florentin Francesco del Giocondo. Les œuvres du Quattrocento 6 italien ont un trait commun : leurs figures sont âpres et hiératiques. Or, ce qui impressionne avant tout avec La Joconde est l’expression vivante du person- nage. Mona Lisa nous regarde et nous croyons sonder son âme (question 3). Tout comme un être vivant, son visage n’est pas exactement semblable chaque fois que nous y revenons. On peut lire dans ses yeux une certaine moque- rie et deviner dans son sourire de la mélancolie (ques- tion 4). Léonard est d’ailleurs conscient des artifices qu’il déploie : si les contours du visage ne sont pas trop fermes,

imaginer des machines volantes

si la forme est laissée un peu vague, l’impression de sècheresse et de distance disparaît. C’est cette trouvaille que les Italiens nomment « sfumato » : un contour enve- loppé, des couleurs adoucies permettent aux formes de se perdre les unes dans les autres et laissent quelque chose à l’imagination. Dans l’art du portrait, l’expression d’un visage dépend surtout des commissures des lèvres et des paupières : ce sont les points que Léonard laisse volontai- rement dans le vague. C’est d’ailleurs bien plus qu’un effet de vague. On observe une dissymétrie entre le côté gauche et le côté droit du tableau. À droite, l’horizon est beaucoup plus haut qu’à gauche. Suivant que l’on fixe l’un ou l’autre horizon, Mona Lisa semble de stature et d’attitude différentes. De même, l’expression du visage change suivant que l’on fixe l’œil droit ou l’œil gauche. Mais le tableau ne se résume pas à ces audaces tech- niques : faire remarquer la qualité du rendu de l’épiderme, du modelé des mains et du plissé des tissus.

Activité 2 : document 5 p. 15

La dignité de l’homme est vécue comme un don du Créateur à une fragile créature.

Un autre artiste Florentin donne au Cinquecento 7 italien son extraordinaire éclat : Michelangelo Buonarroti (1475- 1564) naît 23 ans après Léonard de Vinci et lui survivra de 44 ans. À l’âge de 13 ans, il entre dans l’atelier d’un des maîtres du Quattrocento déclinant, Domenico Ghirlandaio. Mais au lieu d’imiter le style de Ghirlandaio, Michel- Ange se met à étudier les maîtres du passé : Giotto, Masaccio, Donatello et les sculpteurs grecs et romains dont il approche les œuvres à travers les collections des Médicis. Il cherche dans la sculpture antique le corps humain en mouvement. Mais, de même que Léonard, il ne peut se satisfaire d’une science de seconde main, et c’est par la dissection et l’étude du dessin d’après modèle vivant qu’il parvient à une connaissance approfondie de l’anatomie humaine.

En 1508, le pape Jules II fait appel à Michel-Ange pour décorer la voûte d’une chapelle du Vatican, bâtie selon la volonté de Sixte IV entre 1477 et 1480, nommée pour cette raison « chapelle Sixtine ». Ses murs ont été décorés de fresques par des peintres de la génération précédente :

Botticelli, Ghirlandaio, Pérugin, Signorelli… Le pro- gramme iconographique de la chapelle comporte trois cycles de fresques : sur les murs, deux cycles représentent, d’un côté, l’histoire du monde « sous la loi », c’est-à-dire après que Moïse a reçu les Dix Commandements, et de l’autre, celle du monde « sous la grâce », c’est-à-dire à partir de la naissance du Christ ; le troisième cycle se trouve sur la voûte, où Michel-Ange décide de représenter le monde d’« avant la loi ». Le côté matériel de l’entre- prise est à lui seul extraordinaire. Après avoir fait ses pré- parations et réalisé des esquisses détaillées, Michel-Ange doit, pour les transférer sur la voûte, travailler étendu sur le dos. De plus, la voûte, primitivement recouverte d’un

5. Brunelleschi stupéfie ses contemporains en élevant la coupole octogonale de Santa Maria del Fiore en 1420 et 1436 sans échafaudages extérieurs, sans

contreforts ni arc-boutants.

6. Le XIV e siècle italien (XV e siècle français).

7. Le XV e siècle italien (XVI e siècle français).

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semis d’étoiles, est peu inclinée. Michel-Ange invente une structure en trompe-l’œil, dans le prolongement de celle des murs, faite d’une fausse corniche et de faux pilastres, qui donnent une impression de plus grande hauteur de pla- fond et qui découpent la surface en 9 compartiments et 33 panneaux. Aux retombées de la voûte, entre les fenêtres (cinq de chaque côté), Michel-Ange peint des figures de l’Ancien Testament : les prophètes qui annoncent au peu- ple juif la venue du Messie, et les sibylles qui prédisent aux païens la venue du Christ. Au centre, sur le plafond, Michel-Ange peint la Création du monde et l’histoire de Noé. Faire décrire le document 5 p. 15 et faire répondre aux questions 9 et 10. Les panneaux 1 à 6 se situent avant la Chute et surplombent les stalles des clercs : Dieu le Père, d’un geste puissant, appelle à la vie les plantes, les corps célestes, les animaux, et l’Homme. La scène repro- duite dans le manuel est le panneau 4, La création d’Adam. Comme porté par l’éther apparaît Dieu le Père soutenu par Ses anges. Sa main tendue n’effleure pas encore celle d’Adam que, déjà, le premier homme s’éveille comme d’un profond sommeil, contemplant son Créateur (question 9). Le toucher de la main divine est le foyer de la composition. La facilité du geste et sa puis- sance évoquent l’idée d’omnipotence (le deus ex machina). Le jeu des muscles exprime avec une maîtrise digne des grands sculpteurs grecs le mystère de la Création (question 10).

L’HÉRITAGE DE LA RENAISSANCE
L’HÉRITAGE DE LA RENAISSANCE

Les châteaux de la Loire

La vallée de la Loire entre Orléans et Saumur et certains de ses affluents (comme le Cher) connaissent au temps de la Renaissance une floraison de constructions tantôt neuves, tantôt réaménagées à partir de constructions plus anciennes. Une quinzaine de ces édifices existent toujours aujourd’hui et présentent une évolution complète de l’ar- chitecture, depuis la forteresse médiévale assez peu bou- leversée (Chinon) jusqu’à la gracieuse passerelle jetée sur l’eau (Chenonceau). La taille des châteaux varie : de quelques pièces (Azay-le-Rideau) au complexe palatial (Chambord avec ses 440 pièces et ses 365 cheminées).

Activités possibles

• Demander aux élèves de présenter un château Renais- sance. Il serait pertinent de privilégier le local. Les châ- teaux sont décorés et la présentation d’un décor sculpté ou peint permet de compléter l’étude du chapitre en montrant, si possible, l’existence d’un programme iconographique. • Demander aux élèves de confectionner des panneaux pour préparer une exposition thématique sur le château de Chambord.

Le livre imprimé / Des œuvres littéraires majeures

C’est bien entre 1448 et 1450 que le tournant décisif est pris. Mayence est le berceau de cette nouvelle industrie dont le développement apparaît lié à trois noms : Jean Gutenberg, Jean Fust (un riche bourgeois qui joue le rôle de banquier) et Pierre Schöffer (un ancien étudiant de l’université de Paris qui fut peut-être copiste et xylographe avant de devenir imprimeur). Au moins 15 à 20 millions d’exemplaires ont été produits entre 1450 et 1500, et au moins 150 à 200 millions d’exemplaires tout au long du XVI e siècle. Les sondages réalisés dans les inventaires après décès montrent que la masse des livres imprimés avant 1500 comprend une proportion énorme de livres en latin (près de 80 %), puis environ 7 % de livres en italien, 6 % en allemand, 5 % en français ; les textes religieux dominent (45 %), devant les livres à caractère littéraire, classiques, médiévaux et contemporains (un peu plus de 30 %), suivis par les livres de droit et les livres à caractère scientifique. En tête de toute l’édition du XV e siècle, bien avant la Réforme, on trouve bien sûr la Bible, dont la fameuse Bible de Gutenberg à 42 lignes.

De nouvelles formes architecturales héritées de l’Antiquité

Se reporter à la description comparée de la Rotonda et du Panthéon, documents 4 et 5 p. 13.

POUR CONSTRUIRE LE RÉSUMÉ
POUR CONSTRUIRE LE RÉSUMÉ

Solliciter les élèves pour qu’ils trouvent les mots-clés de la leçon. Par exemple, « Renaissance », « Antiquité »,

« Léonard de Vinci », « La Joconde », « imprimerie »,

« Gutenberg », « châteaux de la Loire ». Mettre en relation

chacun de ces mots avec les repères figurant dans la chro- nologie p. 12. Mettre en commun les réponses et écrire ensemble le résumé de cette séquence.

BIBLIOGRAPHIE
BIBLIOGRAPHIE

– J. Delumeau, La Civilisation de la Renaissance, coll. « Les Grandes Civilisations », Arthaud, 1967, rééd.

1996.

– A. Chastel, Mythe et crise de la Renaissance, Skira,

1989.

– A. Cole, La Renaissance dans les cours italiennes, coll. « Tout l’Art », Flammarion, 1995.

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HENRI IV
HENRI IV

Pages 18 à 23 du dossier

Référence aux Instructions officielles

Après la mort accidentelle d’Henri II, fils de François I er , dans un tournoi en 1559, le royaume de France sombre dans une guerre civile. L’unité de la « nation France » est mise à mal par plus de trente ans de guerres de Religion (1562- 1598), qui ne trouvent leur épilogue qu’à la toute fin du siècle avec Henri IV, le roi de Navarre devenu roi de France (1589-1610). Même s’il n’est pas conseillé d’étudier les guerres de Religion en détail, il faut cependant insister sur cette période de l’Histoire de France où l’intolérance religieuse domine les consciences.

Compétences

• Situer dans le temps les moments importants du règne d’Henri IV.

• Connaître les grands principes du protestantisme.

• Caractériser une période : les guerres de Religion menacent l’unité de la « nation France ».

Photofiche

Voir la photofiche p. 52.

QUI ÉTAIT HENRI IV ?
QUI ÉTAIT HENRI IV ?

Le contexte historique

cher beau-frère, que vous ne serez jamais roi de France si vous ne vous faites catholique et ne vous humiliez à l’Église. » Henri III, dernier des Valois, transmet ainsi le pouvoir à Henri de Navarre, premier des Bourbons. Le 2 août 1589, Henri III meurt ; Henri de Navarre devient Henri IV.

L’étude de la chronologie p. 18 montre qu’Henri IV est le grand restaurateur de la « nation France », brisée par plus de trente ans de guerres de Religion (1562-1598). Le des- tin du roi de Navarre se fixe vraiment lorsque le roi de France Henri III (1574-1589), son cousin et beau-frère, sans enfants, le déclare, sur son lit de mort, seul héritier légitime. Pourtant, les rapports entre les deux souverains ont été mauvais. Après la mort en 1584 de François, duc d’Alençon, son dernier frère mais aussi son compétiteur, Henri III doit faire front contre Henri de Navarre, le chef du camp protestant, et contre Henri, duc de Guise, chef de la ligue catholique. Les barricades d’avril 1588, qui obli- gent Henri III à fuir la capitale, transforment le duc de Guise en « roi de Paris ». Henri III décide d’éliminer phy- siquement celui qui défie ainsi son autorité : le 23 décem- bre 1588 à Blois, le duc de Guise est assassiné. En appre- nant la nouvelle, Paris et toutes les villes du royaume affi- chent leur haine contre le « roi tyran », que les prédica- teurs, jouant sur un anagramme d’Henri de Valois, nom- ment « le vilain Herodes ». En janvier 1589, une déclara- tion de la Sorbonne délie les sujets de leur obéissance ; l’avocat Jean de Moranne réclame, en mars, le meurtre du « roi antéchrist ». Une trêve est conclue entre Henri III et Henri de Navarre : les deux cousins unissent leurs forces pour reconquérir Paris. En juillet, la capitale est assiégée et Saint-Cloud devient le quartier général des troupes royales et protestantes. C’est là qu’Henri III est poignardé par le moine Jacques Clément, le 1 er août. Le roi se fait confesser, reçoit l’extrême-onction et, se tournant vers Henri de Navarre, déclare que le royaume lui appartient de droit et qu’« il ne fallait point s’arrêter à la différence des religions ». Il l’embrasse et ajoute : « Assurez-vous, mon

L’exploitation pédagogique des documents en classe

Activité 1 : document 1 p. 18

Le culte réformé monte en puissance en France.

Il faut dire que le règne de François I er (1515-1547) est plutôt tolérant, en partie grâce à l’influence de Marguerite de Navarre, sœur du roi. Même la provocation que consti- tue « l’affaire des Placards » – une critique contre la messe papale écrite par le pasteur de Neuchâtel Antoine Marcourt et affichée jusque sur la porte de la chambre du roi ! – en 1534 déclenche une répression féroce mais limi- tée dans le temps. Le règne d’Henri II (1547-1559) marque un complet retournement de la politique royale. Dès le 8 octobre 1547, par l’édit de Blois, le souverain crée au parlement de Paris une seconde chambre crimi- nelle, rapidement surnommée « chambre ardente » ; entre 1547 et 1549, trente-huit protestants sont brûlés vifs. En 1551, l’édit de Châteaubriant supprime la procédure d’ap- pel pour les sentences rendues par les tribunaux civils. Parallèlement, la censure est renforcée, alors que les condamnations se multiplient contre les imprimeurs et les libraires qui diffusent des libelles protestants. Rudesse sans effet : les années 1550 sont celles d’une expansion irrésistible de la Réformation. Mais sa géographie est sélective. Faire observer le document 1 p. 18 et faire répondre aux questions 1 et 2. Des églises sont construites dans de nombreuses provinces, surtout à l’ouest d’une ligne Rouen-Genève : les Cévennes, le Quercy, le Béarn, la Guyenne, le Languedoc, le Dauphiné et la Normandie (question 1). À l’est, les bastions traditionnels du catholi-

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cisme résistent : la Lorraine, le Nord, la Champagne, le Bassin parisien, la Bourgogne, le Lyonnais, sans oublier la Bretagne (question 2). À la mort d’Henri II, un Français sur dix est protestant. Les élites urbaines, surtout la noblesse, y compris à la cour, tout près du roi, sont séduites par la simplicité du message protestant et les solutions qu’il avance pour assurer son salut.

Activité 2 : documents 2 et 3 p. 19

Henri IV est le premier roi à diffuser une image contrôlée de son action et de son apparence.

Faire observer le document 2 p. 19 et faire répondre aux questions 3, 4 et 5. Ce grand portrait de Frans Porbus le Jeune célèbre la majesté d’Henri IV qui porte le cordon de l’ordre du Saint-Esprit, fondé par son prédécesseur en 1578 afin de fidéliser les grands lignages. Le roi est repré- senté en pied, de trois quarts, tourné vers la droite ; le sou- verain nous regarde dans un mélange de clémence – le « bon roy Henri » sensible aux doléances de ses sujets – et d’autorité – un roi de guerre, couvert de l’armure (ques- tion 3).

Henri IV cumule en effet plusieurs légitimations :

– D’abord, une légitimation militaire acquise sur les champs de bataille contre les ultracatholiques. Henri IV a dû reconquérir une partie de son royaume à la pointe de l’épée. Faire remarquer le panache blanc et l’écharpe blanche. C’est Agrippa d’Aubigné qui prête au roi la for- mule : « Ralliez-vous à mon panache blanc ! » Pourtant, rien ne prédispose cette couleur à incarner l’État royal. En 1562, Louis de Bourbon, prince de Condé, frère cadet d’Antoine de Bourbon, roi de Navarre, décide que le blanc sera la marque militaire des Réformés. Le blanc austère des protestants contraste alors avec les textiles somptueux des gentilshommes catholiques. C’est avec Henri IV que s’opère un complet retournement : durant l’été 1589, l’écharpe blanche devient la marque du roi, alors que se multiplient les portraits du souverain accompagné du blanc identitaire. Toutes les villes qui se rallient à Henri IV organisent des « fêtes des écharpes blanches » pour mani- fester leur adhésion à la monarchie restaurée. – Ensuite, une légitimation religieuse : en 1589, le nou- veau roi est protestant (question 4). Pour la ligue catho- lique, le souverain légitime est le cardinal de Bourbon, roi de France sous le nom de « Charles X » (question 5). Deux sièges de Paris en 1589 et 1590 se soldent par deux échecs pour Henri IV. Il lui faut acquérir une légitimation religieuse. Faire observer le document 3 p. 19 et faire répondre à la question 6. Elle a lieu le 25 juillet 1593 quand le roi abjure le protestantisme à l’abbatiale de Saint-Denis. La conversion, qui fait coïncider la religion du roi avec celle de la majorité de ses sujets, est l’élément décisif du ralliement des villes à la cause royale (ques- tion 6). Quant au véritable sacre, il a lieu à Chartres le 27 février 1594, Reims étant aux mains de la Ligue et de son archevêque, un Guise. Après cette consécration, il est difficile pour un Français, même ligueur, d’affirmer que la France n’a pas un roi « oint » de Dieu.

– Enfin s’ajoute une légitimation populaire, avec l’entrée

d’Henri IV dans Paris, la capitale ligueuse reconquise, le 22 mars 1594. Le roi assiste à une messe à Notre-Dame.

SUR LES TRACES DES PROTESTANTS ET DES CATHOLIQUES
SUR LES TRACES DES PROTESTANTS
ET DES CATHOLIQUES

À la suite des « malheurs des temps », les foules euro- péennes vivent leur foi dans l’angoisse du Jugement dernier. L’inflation des messes pour les défunts et le suc- cès des indulgences 1 sont les signes de la crise de la conscience chrétienne. Les « bonnes œuvres », sur les- quelles le Moyen Âge a insisté, paraissent bien dérisoires à ceux qui ont un sens aigu de leur situation de pécheur. D’autant que les abus de l’Église sont indiscutables : relâ- chement de la discipline dans les ordres monastiques, ignorance et vie dissolue du bas clergé, absentéisme des évêques, cumul scandaleux des bénéfices, népotisme à la cour pontificale. Les préoccupations de papes comme Alexandre VI, Jules II et Léon X sont avant tout sécu- lières. C’est dans ce climat que se forment Martin Luther (1483-1546) et Jean Calvin (1509-1564).

L’exploitation pédagogique des documents en classe

Activité 1 : documents 1 et 2 p. 20

La Réformation assure le salut.

La prédication des indulgences en Allemagne déclenche le processus qui aboutit au schisme protestant : en 1520, le théologien saxon Martin Luther est excommunié par le pape. Si les 95 thèses affichées par Luther le 31 octobre 1517 sur les portes de l’église de Wittenberg attaquent les clercs prévaricateurs, les disputes théologiques qui suivent l’obligent à expliciter sa doctrine :

– Figée à force de commenter des commentaires de com-

mentaires, la culture du Moyen Âge, cette méthode de l’École nommée pour cela « scholastique », ne donne plus de réponse satisfaisante à la seule question qui compte :

comment faire son salut ? Ou plutôt : qu’est-ce qui sauve ? Luther répond « la foi, non le mérite », c’est-à-dire les bonnes œuvres. La lecture littérale des Évangiles et des Épîtres de saint Paul (sola scriptura) lui permet d’élaborer sa doctrine du salut : le pécheur est sauvé non par ses œuvres entachées du penchant indélébile de l’homme pour le péché, mais par le martyre de Jésus-Christ. La seule manière de collaborer au salut est de croire et d’espérer en l’infinie miséricorde de Dieu. C’est la « justification par

la foi » (sola fide), qui entraîne donc le rejet de tout ce qui peut faire écran entre le chrétien et son Dieu : Vierge, saints intercesseurs, prêtres seuls dispensateurs des sacre-

ments

Par exemple, l’eucharistie : les protestants com-

munient sous les deux espèces, où les matières du pain et du vin coexistent avec le corps et le sang du Christ, c’est la « consubstantiation » ; la « transsubstantiation » catho- lique (selon laquelle le pain et le vin deviennent corps et

1. La papauté romaine vend aux fidèles des réductions de peine pour les âmes du Purgatoire en échange de subsides destinés à financer la reconstruction de Saint-Pierre de Rome.

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sang du Christ) est écartée car l’hostie est considérée comme objet d’idolâtrie.

– La doctrine du « sacerdoce universel » achève de sup-

primer la distance entre clercs et laïcs. Tout baptisé est prêtre de Jésus-Christ, tout baptisé a donc droit à la parole de Dieu, qui ne peut être accaparée par un corps intermé- diaire et médiateur exclusif ; l’infaillibilité papale est niée.

Faire observer le document 1 p. 20 et faire répondre aux questions 1 et 2. Faire trouver sur l’image la critique luthérienne de la prévarication : les préoccupations sécu- lières du clergé catholique sont rendues par les velours cramoisis rehaussés de broderies d’or et d’argent. Par opposition, faire remarquer le noir austère des protestants (question 1). Faire trouver la sola scriptura : sur le plateau de la balance, les Écritures pèsent plus lourd que toute la hiérarchie ecclésiastique. Ceux qui croient en la parole révélée sont donc dans le vrai car la balance penche en leur faveur (question 2).

Faire lire le document 2 p. 20 et faire répondre aux ques- tions 3 et 4. Le réformateur Jean Calvin est fils de son temps : il baigne dans le même climat d’interrogation angoissée sur le salut que Luther ; il reprend à son compte l’idée luthérienne de « sacerdoce universel » ; il est convaincu qu’il ne pourra pas accomplir son salut dans l’Église romaine telle qu’elle est de son temps (ques- tion 4). Mais Calvin insiste moins sur les fameux abus, problèmes de mœurs ou de discipline, qui ont fait la for- tune de Luther, que sur l’ignorance dans laquelle se trouve

l’Église romaine face à la vérité de l’Évangile. Cette vérité n’y est pas prêchée. Le véritable abus concerne la doc- trine : les prêtres romains croient mal et leurs « erreurs »

– les pèlerinages, les interdits alimentaires, la confession,

etc. – font écran entre le chrétien et son Dieu (question 3). Ces cultes éloignent de Dieu ceux qui forment véritable- ment l’Église, ceux qui vivent dans la même espérance du salut, que Calvin appelle « les élus ». S’ils sont élus, c’est par Dieu. Calvin Le désigne comme « le Très-Haut », « le Tout-Puissant ». Il insiste sur le fait qu’Il n’est connu que quand et comme Il se révèle, à travers Jésus-Christ, sans que la raison puisse y comprendre rien.

Activité 2 : documents 3 et 4 p. 21

Les progrès de la Réformation alimentent l’intolérance religieuse.

Pour faire barrage à l’intolérance religieuse, il faudrait un souverain ferme. Mais après la mort d’Henri II en 1559, le trône échoit à deux jeunes princes maladifs : François II meurt en décembre 1560 ; son frère Charles IX (1560- 1574) est encore un enfant. Faire répondre à la question 6. Deux partis se disputent le pouvoir : celui des Guise, oncles de la jeune reine Marie Stuart, épouse de François II, qui poussent à un durcissement des persécutions, et celui de la reine mère, Catherine de Médicis, qui assure la régence et cherche la concorde. Ainsi, Catherine impose l’entrée au Conseil du roi d’un protestant notoire, l’amiral de Coligny, et fait nommer comme chancelier Michel de L’Hospital, ami des Guise mais soucieux de paix (ques- tion 6). Le 17 janvier 1562, l’édit de Saint-Germain accorde aux protestants le droit de pratiquer publiquement

leur culte à l’extérieur des villes, décision révolutionnaire puisqu’elle décriminalise le culte réformé, mais qui pro- voque la fureur des ultracatholiques. Tout bascule le 1 er mars 1562 à Wassy en Champagne : le duc François de Guise laisse des hommes de son escorte attaquer des protestants célébrant leur culte à l’intérieur de la ville, en infraction avec l’édit royal ; 74 auraient été massacrés et une centaine d’autres blessés. C’est le début de la première guerre de Religion. En mars 1563, Catherine de Médicis offre la paix à Louis de Bourbon, chef des protestants. À l’automne 1567, la « surprise de Meaux » – coup de main manqué des protestants contre la cour – a pour but de soustraire Charles IX de l’in- fluence de sa mère. Deux guerres s’ensuivent (1567-1568,

1568-1570).

Faire confronter les documents 3 et 4 p. 21 et faire répon- dre à la question 5. La « michelade » de Nîmes (29 sep- tembre 1567) fait partie de la deuxième guerre de Religion. La violence protestante s’attaque d’abord aux symboles de l’idolâtrie plus qu’à la personne des idolâtres. Si des clercs sont molestés, c’est surtout la statuaire des églises ainsi que les tabernacles et les pierres d’autels qui sont visés. Le contexte de la première guerre de Religion (1562-1563) fait ensuite évoluer cette violence icono- claste. Les horreurs perpétrées par les chefs protestants n’ont plus rien à envier à celles commises par les capi- taines catholiques. La « michelade » de Nîmes demeure dans la mémoire nationale comme le symbole des cruau- tés protestantes qui, dans l’ensemble, ont fait moins de victimes que celles des catholiques. La paix de Saint- Germain (1570) clôt cette période : Coligny devient le conseiller de Charles IX ; Catherine de Médicis appelle à Paris le jeune Henri de Navarre dans le but de l’unir à sa fille Marguerite de Valois. Le mariage est célébré le 18 août 1572. Le 22 août, Maurevert, à la solde des Guise, tire sur Coligny. Cet attentat manqué surprend Charles IX. Que faire ? Accuser les Guise serait s’aliéner les catho- liques ; ne pas agir serait laisser les protestants se venger. Charles IX ordonne la mise à mort des chefs protestants. Le massacre « politique » de la Saint-Barthélemy (dans la nuit du 23 au 24 août 1572) est vite dépassé par un mas- sacre « populaire », incontrôlable à Paris, suivi de massa- cres dans d’autres villes (Meaux, Bourges, Orléans, Lyon, Rouen, Toulouse, Bordeaux…). Cette peinture (docu- ment 4) est une représentation de l’hécatombe parisienne vue par un calviniste, François Dubois (1529-1584), exilé à Genève : femmes éventrées, nouveau-nés et hommes massacrés, vieillards poignardés. Les rues sont jonchées de cadavres nus et mutilés. Le corps de Coligny est souillé : défenestré, puis décapité – faire repérer au centre du tableau le duc de Guise tenant triomphalement sa tête –, émasculé, traîné au gibet de Montfaucon (à droite du tableau). Surtout, le peintre accuse la mère et le fils :

Catherine de Médicis est juchée sur un monceau de cada- vres nus (à gauche du tableau) ; Charles IX tire à l’arque- buse depuis une fenêtre du Louvre. Dubois démontre ainsi que le souverain est devenu un tyran, qu’il est juste désor- mais de combattre par tous les moyens (question 5). La brèche régicide ouverte par la Saint-Barthélemy ne se

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refermera qu’après l’assassinat de deux rois : Henri III en 1589 et Henri IV en 1610. Cette violence extrême alimen- tera encore quatre guerres de Religion (1574-1576, 1577, 1579-1580, 1586-1598) jusqu’à l’édit de Nantes (13 avril

1598).

L’HÉRITAGE D’HENRI IV
L’HÉRITAGE D’HENRI IV

Le souvenir du « bon roi Henri »

C’est une petite troupe qui est élevée ensemble par le roi de France : les enfants légitimes, tout d’abord, le dauphin Louis, le futur Louis XIII, né le 25 septembre 1601, et ses deux frères, le premier duc d’Orléans, né le 16 avril 1607, et Gaston, né le 25 avril 1608 ; ses trois sœurs, Élisabeth (1602), Chrétienne (1606) et Henriette (1609). Les bâtards, ensuite, Alexandre de Vendôme, deuxième fils d’Henri IV et de Gabrielle d’Estrées 2 , né en 1598, Henri de Verneuil, fils d’Henriette d’Entragues, né en 1601, et le comte de Moret, fils de Jacqueline de Bueil, né en 1607.

L’édit de Nantes (13 avril 1598)

Le 13 avril 1598, l’édit de Nantes « perpétuel et irrévoca- ble » est signé, assurant enfin la pacification religieuse. Même si l’édit privilégie l’Église catholique, la liberté de conscience et la liberté de culte sont reconnues dans les « églises de fiefs » dont le seigneur est protestant, ainsi que dans deux lieux publics, par baillage et dans les endroits où existait un culte public en 1596-1597. Les pro- testants reçoivent aussi cent cinquante places de refuge – c’est-à-dire des villes qui assurent la sécurité de leur per- sonne et de leurs biens –, dont soixante-six gouvernées par des chefs protestants, accordées pour huit ans. L’édit de Nantes marque une étape importante dans l’histoire de la distinction entre le sujet politique obéissant à la loi du roi et le croyant libre de ses convictions religieuses. L’État royal est l’unique garant de l’intérêt commun contre les factions et les opinions. Pourtant, l’édit de Nantes est mal accueilli. Le parlement de Paris refuse de l’enregistrer ; Henri IV est obligé de le défendre personnellement le 7 janvier 1599 et l’impose finalement. Les parlements provinciaux résistent aussi : l’enregistrement est acquis à Grenoble en septembre 1599, à Toulouse et Dijon en jan- vier 1600, à Bordeaux en février 1600, à Aix-en-Provence en août 1600 et à Rouen en 1609…

Sully (1559-1641) ministre d’Henri IV / Sully et l’agriculture

Par l’étendue des responsabilités que lui confie Henri IV (finances, routes, fortifications, artillerie…), Sully inau- gure la série des grands ministres du XVII e siècle :

Richelieu, Mazarin, Colbert, Louvois. Par l’importance des édits et des ordonnances qu’il a préparés, Sully est l’initiateur de la monarchie administrative, qui s’épa- nouira au temps de Louis XIV. Sully, surintendant des Finances, mais aussi grand voyer (restaurateur des routes, des ponts et des chemins) accompagne la remise au travail de la société pacifiée (le fameux « labourage et pâtu- rage »). La reprise de l’économie agricole est une certi- tude, comme en témoignent la stabilisation des prix et l’absence de grande crise frumentaire, jusqu’au milieu des années 1610. Un peu partout, les paysans défrichent les lopins, restaurent les murs et les toitures des chaumières, tandis que les marchés ruraux retrouvent leur animation perdue… Des mesures fiscales favorables aux travailleurs de la terre complètent cet effort de reconstruction à partir de la cellule seigneuriale : dès 1596, le roi abandonne la perception des années de taille échues et cette décharge est prolongée jusqu’à la fin de 1597, puis jusqu’en décembre

1599.

POUR CONSTRUIRE LE RÉSUMÉ
POUR CONSTRUIRE LE RÉSUMÉ

Solliciter les élèves pour qu’ils trouvent les mots-clés de la leçon. Par exemple, « Réforme » (ou « Réformation »), « protestantisme », « Luther », « Calvin », « guerres de Religion », « Saint-Barthélemy », « Henri IV», « édit de Nantes », « tolérance ». Mettre en relation chacun de ces mots avec les repères figurant dans la chronologie p. 18. Mettre en commun les réponses et écrire ensemble le résumé de cette séquence.

BIBLIOGRAPHIE
BIBLIOGRAPHIE

– J.-P. Babelon, Henri IV, Fayard, 1982.

– J. Cornette, L’Affirmation de l’État absolu : 1515-1652, 2 e éd. augmentée, coll. « Carré Histoire », Hachette,

1994.

– D. Crouzet, Les Guerriers de Dieu. La Violence au temps des troubles de religion (vers 1525-vers 1610), coll. « Époques », Champ Vallon, 1990.

2. Gabrielle d’Estrées a trois enfants du roi. Elle meurt subitement au moment où Henri IV divorce de Marguerite de Valois et aurait pu faire d’elle une reine de France.

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EXPLORER À LA MANIÈRE DE… LES GRANDS DÉCOUVREURS
EXPLORER À LA MANIÈRE DE… LES GRANDS DÉCOUVREURS

Pages 24 et 25 du dossier

Référence aux Instructions officielles

La pédagogie du cycle 3 reste appuyée sur l’expérience concrète. Elle ne doit pas se focaliser sur une conception abs- traite et formelle de l’accès aux connaissances. Avec les œuvres poétiques et théâtrales, les élèves, guidés par l’en- seignant, prolongent l’interprétation en cherchant à la transmettre à leurs camarades ou à un public plus large.

Compétences

• Être capable d’élaborer un jeu théâtral en respectant des contraintes de présentation.

• Être capable d’utiliser correctement le lexique spécifique de l’Histoire dans les différentes situations didactiques.

• Être capable de raconter un événement ou l’histoire d’un personnage.

• Être capable de transposer ses savoirs encyclopédiques.

L’exploitation pédagogique en classe

L’Empire espagnol a mené dès la fin de la conquête une politique de colonisation très active. Pour leurs voyages, les navigateurs utilisent des portulans (de l’italien porto, qui signifie « port »), qui retracent la forme des côtes et indiquent les noms des ports ; ces documents sont la pre- mière forme de nos cartes marines.

Activité 1 : « Je découvre les conquistadores espagnols »

Carte marine, environ 1519 (document 1)

Ce portulan montre que les conquistadores avaient une connaissance développée des côtes (nombreux ports représentés) mais connaissaient mal l’intérieur des terres (peu de villages indiqués). Un texte légende la carte :

« Les habitants sont foncés de peau, très cruels, ils se nourrissent de chair humaine. Ils sont aussi très habiles au maniement des arcs et des flèches. Dans ce pays vivent des perroquets multicolores, des oiseaux innombrables, des bêtes sauvages monstrueuses… C’est là que pousse en grandes quantités l’arbre appelé “brésil” qui est utilisé pour teindre les étoffes en pourpre. » La légende est mise en image dans la carte. Dans l’océan, les caravelles arbo- rent la croix du Christ.

En 1494, le traité de Tordesillas pose les bases d’une réglementation internationale fixant un partage des terres entre les Espagnols et les Portugais. En 1529, le traité de Saragosse fixe la seconde ligne de partage dans le Pacifique. Avec ces traités, Espagnols et Portugais espè- rent pouvoir arrêter les nombreux pirates et corsaires. L’Empire colonial espagnol s’est construit très rapide- ment. Dès 1519, Cortés conquiert l’Empire aztèque en deux ans. En 1532, l’Empire inca est conquis à son tour. En 1540, les Espagnols occupent plus de 2 millions de kilomètres carrés du sol américain. En 1550, les Indes occidentales sont définitivement conquises.

Journal du premier voyage de Christophe Colomb, 1492 (document 2)

Fils d’un tisserand italien, Christophe Colomb s’établit au Portugal en 1476 après plusieurs voyages. Nourri des aspi-

rations du XV e siècle, il est persuadé de pouvoir atteindre l’Orient en traversant l’Atlantique. Le roi du Portugal ayant refusé son projet, il s’adresse à la cour d’Espagne, qui accepte de le soutenir et lui accorde le titre de vice-roi sur les terres qu’il pourrait découvrir.

Le 3 août 1492, Colomb quitte le port de Palos avec ses trois navires. Le 12 octobre, ses marins aperçoivent les Bahamas, qu’ils baptisent « San Salvador ». Les navires repartent pour chercher les trésors dont parle Marco Polo. Ils découvrent Cuba et Haïti, baptisés « Hispaniola ». Le contact avec les populations autochtones est facile, ce qui amène Christophe Colomb à définir sa politique indigène :

exploration, domination et évangélisation. Rentré en Espagne en 1493, il fera encore trois voyages : il décou- vrira la Guadeloupe, explorera encore les côtes d’Amérique et trouvera l’île Trinité.

Activité 2 : « Je découvre la civilisation inca »

Au XV e siècle, l’Empire inca s’étend du sud de la Colombie jusqu’au Chili. Il est divisé en quatre districts ; la capitale est Cuzco (qui se traduit par « nombril du monde »). Pour unifier ce territoire, les Incas imposent une langue et une religion communes. Le quechua devient ainsi la langue de tous les peuples de l’Empire et les cultes aux dieux Viracocha, créateur de toutes choses, et Iuti, dieu du Soleil, ainsi qu’aux divinités polythéistes (comme la déesse de la Pomme de terre ou de la Fécondité) sont rendus obligatoires. Les sacrifices humains ne sont prati- qués qu’au moment des famines, des épidémies, des guerres et pour célébrer la nomination d’un nouvel empe- reur. Un réseau routier de plus de 15 000 kilomètres relie les quatre parties du territoire. Les routes, qui traversent montagnes, déserts et ravins, sont toutes pavées et com- portent un système d’irrigation.

Sur les hauts plateaux, les Incas cultivent la pomme de terre et élèvent des lamas. Dans le reste de l’Empire, on cultive le maïs, offert aux dieux lors les cérémonies religieuses. La maison inca est rectangulaire, sans fenêtres. Le toit est en chaume, le sol en terre battue. Dans les murs, des niches accueillent les statues des divinités locales. Le feu se fait à même le sol.

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Les vêtements sont très simples. Les femmes portent une robe d’alpaga qu’elles enfilent par la tête et qui est nouée à la taille avec une écharpe. Elles sont coiffées d’une pièce de tissu tenue par une épingle. Les hommes portent une grande pièce de laine qu’ils passent par la tête et dont les bords sont cousus pour les bras. Ils tressent leurs cheveux avec des fils de laine colorés.

Les Incas ne connaissent pas l’écriture. Ils utilisent des cordelettes (appelées quipu) qu’ils nouent et qui servent à dénombrer la population, comptabiliser les taxes ou l’état des greniers. Ce sont des informations numériques avec un système décimal où chaque chiffre est représenté par un nœud (trois nœuds pour le 3, etc.).

Activité 3 : « Je joue le contact entre un conquistador et un Aztèque »

Avant l’activité, il sera possible d’engager un débat autour du thème de la rencontre avec l’autre : comment entrer en contact avec des peuples différents ? Quelles sont les dif- férences les plus flagrantes ? Comment entrer en relation avec une personne qui parle une autre langue ? Qu’est-ce qui pourrait, chez nous, choquer un autre peuple ? Par quoi serions-nous choqués chez les autres ? Ce débat per- mettra un lien avec le domaine de l’éducation civique.

Matériel à prévoir :

• Maquillage.

• Plumes et tissus pour les pagnes des hommes.

• Billes, fruits exotiques ou objets de couleur pour les échanges.

Mise en place de l’activité :

• Activité rapide :

a. Subdiviser la classe en groupes de cinq élèves : un élève joue le capitaine, un autre joue l’homme de veille, les trois autres jouent les hommes des terres inconnues.

b. La scène se passe sans paroles. Il est important que les

élèves travaillent plus particulièrement les expressions du visage (étonnement, stupéfaction, incompréhension…).

c. Les contacts se terminent par l’échange d’objets.

• Activité plus large :

a. Mise en place d’un travail de technique théâtrale :

quelles informations peut-on faire passer sans la parole ? Comment travailler son expression pour transmettre des émotions ?

b. Préparation des costumes et du décor en lien avec les

arts plastiques : recherche de documentation sur les vête- ments des Incas et des Aztèques ; recherche d’informa- tions sur les caravelles pour pouvoir les dessiner.

c. Écriture de la lettre au roi (en lien avec les domaines de la langue française).

d. Mise en place de la saynète avec les élèves.

Pour aller plus loin

Les différentes lettres peuvent être reliées dans un livre. Les saynètes peuvent être jouées devant les parents d’élèves ou les élèves des autres classes au cours d’une exposition des travaux réalisés autour de cette période (exposé, article de journal, texte de théâtre…). On peut aussi mener des recherches sur les traditions gastrono- miques des différents pays et proposer un atelier cuisine.

BIBLIOGRAPHIE
BIBLIOGRAPHIE

– R. Karsten, La Civilisation de l’Empire inca, Payot,

1952.

– L. Baudin, La Vie quotidienne au temps des derniers Incas, Hachette, 1955.

Le Codex Mendoza, commentaires K. Ross, trad. D. Bourne, Liber, 1984.

Les Civilisations précolombiennes, « Documentation photographique » n° 5323, Documentation française,

1972.

SITES
SITES

http://www.portugalmania.com Ce site propose des informations historiques sur les marins portugais.

http://fr.wikipedia.org Le site est une bibliographie de Christophe Colomb.

http://www.euvrard.net Ce site donne des informations sur les caravelles et les voyages de Christophe Colomb.

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LOUIS XIV
LOUIS XIV

Pages 26 à 31 du dossier

Référence aux Instructions officielles

Louis Dieudonné, futur Louis XIV, naît le 5 septembre 1638 au château de Saint-Germain. L’astrologue que Louis XIII et Anne d’Autriche ont fait venir d’Allemagne prédit que « ce prince régnera longtemps, durement et heureuse- ment ». C’est ainsi que Limiers rapporte, dans son Histoire de Louis XIV (1719), la naissance du « Roi-Soleil ». En fait, le très long règne (soixante-douze ans) de Louis Dieudonné commence dans le désordre : « Il faut se représen- ter l’état des choses : des agitations terribles par tout le royaume avant et après ma majorité ; une guerre étrangère, où ces troubles domestiques avaient fait perdre à la France mille et mille avantages ; un prince de mon sang et d’un très grand nom à la tête des ennemis ; beaucoup de cabales dans l’État ; les parlements en possession et en goût d’une autorité usurpée ; dans ma cour, très peu de fidélité sans intérêt… » Louis grandit et s’endurcit dans l’épreuve. À son petit-fils le roi d’Espagne Philippe V, Louis XIV commande : « Ne vous laissez pas gouverner ; soyez le maître ; n’ayez jamais de favoris ni de Premier ministre ; écoutez, consultez votre Conseil, mais décidez : Dieu qui vous a fait roi vous donnera les lumières qui vous sont nécessaires tant que vous aurez de bonnes intentions. »

Compétences

• Situer dans le temps les moments importants du règne de Louis XIV.

• Caractériser une période : l’affirmation de la monarchie absolue de droit divin.

Photofiche

Voir la photofiche p. 54.

QUI ÉTAIT LOUIS XIV ?
QUI ÉTAIT LOUIS XIV ?

Le contexte historique

L’étude de la chronologie p. 26 montre que Louis XIV est âgé d’à peine 5 ans lorsque la mort de Louis XIII le fait roi, le 14 mai 1643. Quatre époques marquent le règne du « plus grand roi du monde » :

– De 1648 à 1653, c’est le temps des « guerres domes-

tiques », dominées par la Fronde. Le roi, puissamment aidé par sa mère Anne d’Autriche et par son « principal ministre » Mazarin, sait en tirer des enseignements. Première leçon : mater les parlements qui ont imaginé une monarchie limitée. Ils sont rebaptisés « cours supé- rieures », parce que seuls Dieu et les rois peuvent être qua- lifiés de « souverains ». À partir de la déclaration du 24 février 1673, les cours doivent enregistrer les édits, les ordonnances, les lettres patentes, sans protester, avant de rédiger d’éventuelles remontrances. Deuxième leçon :

écarter du Conseil du roi ceux à qui la naissance ou les offices publics peuvent conférer une autorité concurrente à la sienne. Le gouvernement personnel après la mort de Mazarin en sera la scrupuleuse application. Troisième leçon : discipliner la noblesse. L’étiquette et les pensions métamorphoseront les gentilshommes frondeurs en cour- tisans serviles.

– De 1653 à 1661, ce sont les « années Mazarin », qui

consolident le règne, notamment par la paix des Pyrénées signée avec l’Espagne le 7 novembre 1659. Les Espagnols

cèdent l’Artois et le Roussillon à la France et leur roi donne en mariage sa fille Marie-Thérèse 1 à Louis.

– De 1661 à 1683, ce sont les années du règne personnel.

La mort de Mazarin le 9 mars 1661 permet à Louis XIV, alors âgé de 23 ans, d’entrer en scène : il annonce dès le lendemain sa volonté d’exercer personnellement son « métier de roi ». Il n’accueillera plus désormais de « prin- cipal ministre » ni de prince de sang dans le Conseil du roi. Cette période est dominée par la figure et l’action de Jean-Baptiste Colbert. C’est aussi le moment de la construction du château de Versailles, qui devient, à partir de 1682, le cœur de l’État et la pièce maîtresse du dispo- sitif de propagande royale et de réduction à l’obéissance de la noblesse.

– De 1683 à 1715, ce sont les années de crises (écono-

miques, démographiques, militaires, religieuses, météoro- logiques). Par exemple, entre 1692 et 1694, le royaume doit faire face à une grave crise de subsistance provoquée par une succession de mois anormalement froids et pluvieux. Deux millions de Français périssent, soit 10 % de l’effectif. Le Roi-Soleil supporte le poids d’une souveraineté assu- mée jusqu’à sa mort à Versailles le 1 er septembre 1715.

L’exploitation pédagogique des documents en classe

Activité 1 : document 1 p. 26

En 1715, les frontières de la France sont encore indécises :

nul ne sait exactement où elle commence et où elle finit.

Faire observer le document 1 p. 26 et faire répondre aux questions 1 et 2.

1. La mère de l’infante est Élisabeth de France, si bien que Marie-Thérèse est cousine germaine de Louis XIV.

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Louis XIV utilise la guerre pour agrandir le royaume. Depuis 1633, les Français tiennent la Lorraine, dont le duc Charles est allié du roi d’Espagne ; ils tiennent également depuis 1640 une partie de l’Artois ; enfin, le Roussillon est occupé en 1642. Depuis la paix de Münster (1648), le Saint Empire reconnaît l’occupation française des Trois- Évêchés (Metz, Toul et Verdun) ; il cède en Alsace le land- graviat de Haute- et de Basse-Alsace, le Sundgau moins Mulhouse, dix préfectures impériales (dont Colmar, Haguenau, Obernai et Sélestat) ; Strasbourg demeure ville libre d’Empire jusqu’en 1680. À la paix des Pyrénées en 1659, Mazarin obtient le Roussillon, l’Artois (moins les villes d’Aire et de Saint-Omer) et la Cerdagne. La Lorraine est rendue à son duc, mais avec le droit pour la France d’y utiliser une route militaire vers l’Alsace. À la fin de la guerre de Dévolution (1667-1668), le traité d’Aix-la-Chapelle permet de compléter le lot des places fortes du Nord : Bergues et Furnes servent à couvrir Dunkerque ; Armentières, Lille, Douai, Tournai, Ath et Charleroi ouvrent de nouvelles voies d’invasion chez l’en- nemi. À la paix de Nimègue (1678), la France acquiert ce que l’Espagne a gardé de l’Artois ; les Français s’instal- lent à Cambrai, Valenciennes et Maubeuge (question 1).

Louis XIV mobilise aussi toutes les astuces du droit féo- dal. Ainsi, la guerre de Dévolution montre le parti tiré des usages anciens pour justifier les nouvelles conquêtes. Lors de son mariage avec le roi de France en 1660, Marie- Thérèse, fille de Philippe IV d’Espagne, renonce à ses droits sur la couronne d’Espagne, moyennant le paiement d’une dot de 500 000 écus d’or à son futur époux ; la dot ne fut jamais payée. En 1667, l’archevêque d’Embrun pré- sente à la cour de Madrid le Traité des droits de la Reine Très Chrétienne sur divers États de la monarchie d’Espagne et les troupes françaises entrent aussitôt en campagne sans déclaration de guerre. Les juristes français exhument une coutume du Brabant, aux termes de laquelle une fille du premier lit peut recevoir à la mort du père ou

de la mère tous les fiefs qui appartenaient au survivant des deux conjoints. Louis XIV réclame ainsi pour son épouse, fille aînée d’un premier mariage de Philippe IV, le Brabant, le comté d’Artois, Cambrai, le Hainaut, la

En 1680-

Franche-Comté et le duché de Luxembourg

1681, la politique dite « des réunions » procède de la même méthode : Louis XIV revendique tous les territoires qui avaient dépendu de la France depuis les traités de Westphalie (1648). Des chambres de réunion fonctionnent à Besançon, Brisach, Metz et Tournai. En pleine paix, elles prononcent des annexions aussitôt réalisées. Courtrai, Sarrelouis, Nancy, Sarreguemines, Lunéville et Commercy sont rattachés au royaume. Des fiefs apparte- nant à des princes allemands passent dans la mouvance du roi de France par dizaines. À l’inverse, les enclaves étran- gères parmi les terres françaises sont encore nombreuses :

le comtat Venaissin et Avignon sont propriétés du pape ; la ville de Mulhouse est alliée aux cantons suisses depuis 1515 ; Montbéliard appartient au Wurtemberg ; la Savoie et Nice sont possessions du roi de Piémont-Sardaigne. La Corse, autrefois génoise, sera cédée par traité à la France en 1768 (question 2).

Activité 2 : document 2 p. 27

Louis XIV diffuse une image contrôlée de son action et de son apparence.

Avant que son petit-fils ne quitte la France, deux portraits officiels de Louis XIV et du nouveau roi d’Espagne Philippe V sont simultanément produits en 1701. Le pein- tre choisi est Hyacinthe Rigaud (1659-1743), artiste cata- lan, lui-même symbole de cet « entre-deux-royaumes », mais de formation strictement française. Selon les théori- ciens italiens du XVI e siècle, le portrait doit figurer l’appa- rence physique, mais aussi l’essence même du modèle, soit, pour le roi, la monarchie dont il est l’incarnation : le corps de Louis XIV idéalisé avec ses attributs représente donc l’essence monarchique, le visage, réaliste (le roi a 63 ans), identifie la personne. Faire observer le document 2 p. 27 et faire répondre aux questions 3 et 4. Louis XIV est représenté en pied, de trois quarts, tourné vers la gauche, le regard nous fixant. Le roi est bien centré, vu légèrement de dessous en contre-plongée, assignant au spectateur une position d’infériorité. Rigaud prête au souverain une aisance corporelle certaine, rompant avec la pose hiéra- tique des portraits français antérieurs. Faire remarquer la position perpendiculaire des pieds reprenant une posture de danseur, le poing gauche sur la hanche, le bras droit tendu, la main appuyée sur le sceptre. L’allure royale appa- raît ainsi naturelle. Le décor est luxueux, mobilisant tapis, rideau, colonne, fauteuil, table recouverte d’une lourde draperie, soit les ingrédients de la majesté dans la tradition italienne, puis française. La perruque est aussi caractéris- tique de la monarchie française depuis que Louis XIII l’a adoptée pour dissimuler sa calvitie, imité par Louis XIV qui perd sa chevelure après 1656. Insister sur l’exhibition des attributs royaux (ou regalia) : le manteau de velours semé de fleurs de lys d’or et doublé d’hermine, l’épée de Charlemagne, la couronne, le sceptre, la main de justice (question 3) :

– la main de justice et le sceptre ne sont pas les objets uti- lisés à Reims en 1654 pour le sacre de Louis XIV, mais ceux qui servirent à Henri IV à Chartres en 1594, manière de rappeler le fondateur de la dynastie des Bourbons. Faire observer que le sceptre est tenu à l’envers, non par mala- dresse, mais la main est posée sur la hampe comme elle le serait sur une canne ou un bâton de commandement, ajou- tant à la figure du roi sacré celle du roi de guerre ; – l’allégorie de la Justice (la femme tenant balance et épée) sur le bas-relief de bronze à la base de la colonne redouble la signification de la main de justice ;

– sur le rabat d’hermine, au-dessous de la cravate en den-

telle, Louis XIV porte le collier de l’ordre du Saint-Esprit (question 4).

Activité 3 : documents 3 et 4 p. 27

Versailles est une énorme entreprise à la gloire du Roi- Soleil.

Il faut aborder avec prudence ce complexe palatial tout entier consacré à la souveraineté de Louis XIV, d’autant qu’« il n’y a pas un endroit à Versailles qui n’ait été modi- fié dix fois », comme le souligne dans sa correspondance la princesse Palatine, l’épouse allemande de « Monsieur »,

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le frère du roi. Faire observer le document 4 p. 27 et faire répondre aux questions 7 et 8. Faire distinguer le jardin et le château :

– Le Versailles « louis-quatorzien » est d’abord un grand

jardin dessiné par Le Nôtre à partir de 1662, agrémenté de bosquets et d’un labyrinthe de verdure peuplé d’animaux en pierre tirés des Fables d’Ésope, dont La Fontaine s’ins-

pirera. Il y a aussi des fontaines et des cascades, ainsi que des statues mythologiques et allégoriques illustrant les Métamorphoses d’Ovide. Le jardin est le cadre des réjouissances royales. « Tous les jours, les bals, ballets, comédies, musiques de voix et d’instruments de toutes sortes, violons, promenades, chasses et autres divertisse- ments ont succédé les uns aux autres », écrit Colbert en 1663. La plus célèbre de ces fêtes est organisée en mai 1664 : six jours durant, devant six cents courtisans, une

« Fête des plaisirs de l’île enchantée » – inspirée de

l’Orlando Furioso de l’Arioste, un poète italien de la Renaissance – est donnée en l’honneur de Mlle de La

Vallière, favorite du roi.

– Conçu par les architectes Le Vau et Jules Hardouin-

Mansart à partir de 1669, le château est une large enve- loppe de pierre blanche qui s’appuie sur les quatre pavillons en brique construits par Louis XIII. Côté parc, les pavillons originels disparaissent derrière une façade dont la taille, l’unité et la majesté, renforcées à partir de 1679 par les longues ailes nord et sud, sont une nouveauté pour les contemporains : rez-de-chaussée monumental à bossages, premier étage ionique avec la galerie des Glaces (question 7), dernier étage corinthien, toit surbaissé caché derrière une balustrade. Cette construction inédite est mise en valeur par un impressionnant système de terrasses étagées et d’escaliers monumentaux ponctués de parterres d’eau (bassins et Grand Canal). L’allure imposante du complexe participe à ce que l’on appellera au XIX e siècle

« le classicisme ». Mais ce terme ne peut à lui seul englo- ber la diversité des genres et des formes qui font de Versailles un espace d’expérimentations esthétiques, notamment imitées de l’Italie baroque.

Louis XIV s’installe définitivement à Versailles en 1682.

Faire lire le document 3 p. 27 et faire répondre aux ques- tions 5 et 6. En matière d’usage cérémoniel, le roi est l’or- ganisateur d’un rituel centré sur sa personne et organisé autour du déroulement méticuleux et public d’une jour- née, des levers (grands et petits) aux couchers du monarque. Ce rituel manifeste à tout instant, par des actes symboliques, une situation de prestige ou de soumission. Après son réveil, le roi « reste au Conseil de dix heures à midi et demi », puis, en fin de journée, « tient encore un Conseil » (question 5) ; entre ces deux séances de travail,

« il visite les favorites […], puis dîne en public avec la

reine ; il va ensuite à la chasse ou à la promenade » (ques- tion 6). Chaque détail du protocole, chaque place occupée

lors d’une séance solennelle est chargée d’une faveur. Ainsi, l’honneur de tenir le bougeoir lors du coucher royal.

De même, les portes des appartements sont ouvertes à un ou à deux battants selon le statut de celui qui est reçu par le roi. Les courtisans savent que le droit au fauteuil, à la

« chaise à dos » ou au tabouret est strictement régle-

menté. Les vêtements à porter selon le lieu (Versailles en habit d’apparat, Marly en habit plus simple), selon l’heure de la journée ou l’événement (un deuil, par exemple), les gestes à observer, tous ces détails obéissent à un code rigoureux de civilité : ôter son chapeau, le remettre, se lever, s’asseoir, se mettre à genoux, s’avancer de quelques pas, faire une ou plusieurs révérences, baiser avec défé- rence la robe d’une duchesse avant de lui adresser un com- pliment

SUR LES TRACES DE LOUIS XIV
SUR LES TRACES DE LOUIS XIV

L’exploitation pédagogique des documents en classe

Activité 1 : documents 1 et 2 p. 28

« Tout l’État est en lui. » (Bossuet)

Faire lire le document 1 p. 28 et faire répondre aux ques- tions 1 et 2. Dire aux élèves que le sacre, depuis les Capétiens, transforme le roi de France en un monarque de droit divin. Le sacre est un rite d’initiation qui fait du roi désigné par la coutume de la primogéniture en ligne mas- culine un souverain sacré par l’onction divine du saint chrême – qu’une tradition liturgique rémoise du IX e siècle dit avoir été apporté à l’évêque Remi par une colombe pour le baptême de Clovis –, versé sur lui par l’archevêque de Reims. Cette huile consacrée est aussi celle qui sacre les évêques. Comme eux, le roi sacré est le représentant de Dieu sur Terre (question 1). De plus, l’expérience histo- rique alimente le raisonnement selon lequel différents types de gouvernements ont été identifiés parmi les États (monarchique, aristocratique, démocratique) ; or, l’Histoire montre que depuis le baptême de Clovis, la France est gouvernée par des rois. C’est la preuve que la complexion de la France est monarchique. De là cette impression des sujets du roi de France de vivre selon les lois de l’Histoire. Enfin, puisque tous les pouvoirs procè- dent du roi et que celui-ci n’est responsable que devant Dieu, la monarchie conduit naturellement à la centralisa- tion de l’autorité, et le souverain est investi du rôle pre- mier car, en dernier ressort, le fonctionnement de l’auto- rité repose sur lui seul. On ne peut donc pas se révolter contre le roi (question 2).

Traduction concrète de l’ordre « louis-quatorzien », les années 1660-1680 se distinguent par le nombre et l’im- portance des réformes entreprises à l’instigation du roi et de Colbert, premier contrôleur général des Finances à par- tir de 1665. Faire lire le document 2 p. 28 et faire répon- dre à la question 3. Dans les mémoires qu’il adresse à Louis XIV, Colbert esquisse les linéaments d’une poli- tique dite « mercantiliste » : la puissance de l’État, c’est- à-dire du roi, suppose qu’il soit riche. Cette richesse dépend de la quantité d’or et d’argent amassée. Le seul moyen de l’obtenir est de vendre plus et d’acheter moins. Il convient donc de surveiller, contrôler et protéger le commerce et la production des biens. Le grand ressort de

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l’enrichissement est le travail, dont l’État royal sera l’or- donnateur (question 3). Ainsi, la création et la « royalisa- tion » de manufactures répond à cette priorité : fabriquer des produits jusque-là importés, augmenter les volumes de production, renforcer la qualité et œuvrer en même temps pour la gloire du monarque. Saint-Gobain (fabrique de miroirs) ou les Gobelins (meubles destinés aux résidences royales, tapisseries célébrant le Roi-Soleil) sont un peu les vitrines industrielles du colbertisme. Par exemple, Saint- Gobain, grâce à un procédé exclusif de laminage sur table, produit des glaces plus épaisses, plus grandes, et surtout moins chères que les miroirs « à la façon de Venise ». La grande galerie des Glaces à Versailles bénéficie en priorité de sa production. Les compagnies commerciales et mari- times visent le même but : conquérir des marchés, garan- tir l’indépendance économique du royaume, attirer le numéraire. L’État royal subventionne la Compagnie des Indes orientales et débauche des techniciens étrangers. Il pousse la noblesse à investir dans la modernisation des instruments de production, tout en lui assurant qu’elle ne risque aucune dérogeance si elle s’implique dans le négoce. Le relèvement des tarifs douaniers a aussi une visée protectionniste.

Activité 2 : document 3 p. 28

Versailles est le centre de gravité du système de la cour.

En supprimant le « principal ministre » après la mort de Mazarin en 1661, Louis XIV s’arroge le monopole de la faveur, alors que, parallèlement, l’échec de la Fronde marque le déclin du système féodal des fidélités privées et emboîtées.

Faire étudier le document 3 p. 28 et faire répondre aux questions 4 et 5. Depuis son enfance, Louis XIV a appris à se méfier de ce qu’il appelle « la malignité de la cour ». La cour est donc investie d’un calcul politique : tenir dans un espace réduit les grands lignages du royaume – vers 1680, la cour regroupe 5 000 à 6 000 nobles – permet de contrôler en même temps le système pyramidal des clien- tèles provinciales (question 4). Désormais, c’est par le roi seul que passe le processus de patronage à la cour, obli- geant les courtisans à une présence assidue auprès d’un souverain absolu distributeur des offices et des pensions. Louis XIV tient au respect tatillon d’une étiquette qu’il transforme en instrument de domination : « Ceux-là s’abusent lourdement, écrit-il à son fils dans ses Mémoires, qui s’imaginent que ce ne sont là que des affaires de cérémonie. Les peuples sur qui nous régnons, ne pouvant pénétrer le fond des choses, règlent d’ordinaire leurs jugements sur ce qu’ils voient au-dehors, et c’est le plus souvent sur les préséances et les rangs qu’ils mesu- rent leur respect et leur obéissance. Comme il est impor- tant au public de n’être gouverné que par un seul, il lui est important aussi que celui qui fait cette fonction soit élevé de telle sorte au-dessus des autres qu’il n’y ait personne qu’il puisse ni confondre ni comparer avec lui, et l’on ne peut, sans faire tort à tout le corps de l’État, ôter à son chef les moindres marques de la supériorité qui le distingue des membres. » Ce système de la cour est donc fondé sur la

manipulation des hommes par le roi, à partir d’un jeu de jalousies, d’amour-propre, de compétition, que le souve- rain peut perturber d’un mot, d’un geste, d’un regard. « Il utilisait la moindre occasion pour me manifester sa dis- grâce, écrit Saint-Simon. Il ne parlait pas avec moi, ne me regardait que comme par hasard et ne me dit pas un mot sur mon départ de l’armée. » La force du roi tient à cette capacité de contenir les ambitions des grands par l’ai- guillon de l’honneur et de l’intérêt (question 5). La cour est aussi un relais entre le pouvoir central et la société, d’abord celle des « gens de biens », invités à imiter et inté- rioriser des comportements dont Molière se moque dans son Bourgeois gentilhomme. Dans les Lettres persanes, Montesquieu souligne que « le Prince imprime le carac- tère de son esprit à la cour, la cour à la ville, la ville aux provinces. L’âme du souverain est un moule qui donne la forme à toutes les autres. »

Activité 3 : documents 4 et 5 p. 29

L’État royal est un État mécène.

Faire décrire le document 4 p. 29 et faire répondre aux questions 6 et 7. Dans ce tableau de Henri Testelin de 1667, Louis XIV est montré assis près de Colbert ; le contrôleur général des Finances présente au monarque les membres de l’Académie des sciences, qui vient alors d’être installée (question 6). L’Académie française, fon- dée et organisée par le cardinal de Richelieu en 1634, sert de modèle. L’Académie royale de peinture et de sculpture (1648), l’Académie des inscriptions et belles-lettres (1663), l’Académie des sciences (1666), l’Académie de musique (1669), l’Académie d’architecture (1671), l’Imprimerie royale, les ateliers du Louvre sont calqués sur elle. Faire remarquer aux élèves les objets qui évo- quent les sciences désormais soutenues par l’État royal :

squelettes d’animaux entre les colonnes, pendule et sphère, globes terrestres et célestes, sextant… Sur la table sont amoncelés des traités scientifiques et des schémas, un plan de fortifications et un relevé de dissection. À droite, deux serviteurs affichent un plan du canal des Deux-Mers (entre la mer Méditerranée et l’océan Atlantique) dont la réalisation a été décidée en 1666 (question 7). Faire lire le document 5 p. 29 et faire répondre à la question 8. En 1662, Colbert fait dresser un recensement des gens de let- tres susceptibles d’être pensionnés. Les distributions de subsides commencent en 1664 : 38 écrivains touchent alors des subventions. Les bénéficiaires sont des savants, des historiens, des hommes de théâtre et des écrivains comme Corneille, Racine, Molière ou, plus tard, Boileau. La Fontaine est exclu parce qu’il a été l’un des protégés de Fouquet, le surintendant déchu en 1661. La volonté de fer du roi sait s’imposer : les comédies de Molière – Les Précieuses ridicules (1659), L’École des femmes (1662), Tartuffe (1664), Les Femmes savantes (1672), par exemple – jouissent de la faveur royale, malgré les polémiques qu’elles provoquent (question 8). Ce système de gratifi- cations fonctionne jusqu’en 1690. À cette date, le budget de la guerre a dévoré tous les crédits alloués à la propa- gande du roi.

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L’HÉRITAGE DE LOUIS XIV
L’HÉRITAGE DE LOUIS XIV

Le château de Versailles et sa galerie des Glaces

L’iconographie de la Grande Galerie des Glaces, fixée après la paix de Nimègue (1678), est une véritable révolu- tion dans la représentation du roi. Pour sacraliser ce que Louis XIV considère comme une victoire – le roi du plus puissant royaume d’Europe n’a pourtant pas réussi à vain- cre la petite république de Hollande –, une séance du Conseil décide de modifier le programme que Charles Le Brun avait initialement conçu (un cycle sur le thème d’Apollon ou d’Hercule) : « Sa Majesté résolut que son histoire sur les conquêtes devait y être représentée. » En deux jours, Charles Le Brun réalise le projet complet de la voûte : un grand programme iconographique représentant les campagnes militaires du roi lors des guerres de Dévolution (1667-1668) et de Hollande (1672-1678). Colbert recommande particulièrement de « n’y rien faire entrer qui ne fût conforme à la vérité ». La grande galerie des Glaces est achevée en 1684. La voûte, composée de vingt-sept tableaux, médaillons et camaïeux, est construite comme un parcours initiatique à la gloire du Roi-Soleil. L’histoire officielle du royaume de 1661 à 1678 s’y condense dans la seule action du souverain, présenté non plus par la médiation de l’Histoire ancienne, de la mytho- logie ou de l’allégorie, mais sous ses traits véritables : un roi de guerre et de triomphe terrassant tous ses ennemis.

Des auteurs encore célèbres aujourd’hui

Nous ne devons pas juger le mécénat « louis-quatorzien » à l’aune de nos valeurs, en concluant à une aliénation des écrivains. En effet, l’indépendance de la création littéraire est un anachronisme dans la société du XVII e siècle, car chaque écrivain doit encore s’assurer du soutien financier d’un protecteur (aristocrate, ministre, évêque…). Aussi servir le roi apparaît-il comme un honneur. Le paradoxe est qu’en visant à instrumenter le processus de création – au service des programmes de représentation du roi –, Colbert et, plus tard, Louvois apportent aux écrivains une légitimation accrue et une plus grande liberté dans leur métier.

Le Roi-Soleil

Le 23 février 1653, le roi danse le Ballet royal de la nuit, un ballet à forte signification politique dans le contexte de la fin de la Fronde. Ce ballet, écrit par Isaac de Benserade avec la collaboration probable de Lully, comporte quatre « veilles » (moments), qui suivent le déroulement de la nuit. Le ballet évoque la disparition progressive de la lumière, puis son retour, au moment où la Fronde est défi- nitivement matée. La Nuit et les Heures ouvrent la pre- mière veille sur le ton allégorique. Quarante-cinq entrées se succèdent, avant l’apparition de l’Aurore, suivie du Soleil levant, vainqueur des ténèbres. Dans le rôle final, le jeune roi – âgé de 15 ans –, après avoir tenu d’autres rôles, figure le Soleil à la fonction ordonnatrice, brillant de l’or irradiant son masque et son costume. Cette représentation marque fortement les esprits. Friand de ballets, de théâtre et d’opéra, le roi continuera de mimer, jusqu’en 1711, son propre rôle : transfiguré dans des personnages historiques, mythologiques et fabuleux, il est tour à tour empereur romain, Apollon, Hercule, Alexandre

POUR CONSTRUIRE LE RÉSUMÉ
POUR CONSTRUIRE LE RÉSUMÉ

Solliciter les élèves pour qu’ils trouvent les mots-clés de la leçon. Par exemple, « monarchie de droit divin », « Versailles », « étiquette », « Jean-Baptiste Colbert », « le Roi-Soleil ». Mettre en relation chacun de ces mots avec les repères figurant dans la chronologie p. 26. Mettre en commun les réponses et écrire ensemble le résumé de cette séquence.

BIBLIOGRAPHIE
BIBLIOGRAPHIE

– E. Le Roy Ladurie, L’Ancien Régime, 1610-1770, Hachette, 1991. – Y.-M. Bercé, La Naissance dramatique de l’absolutisme (1598-1661), coll. « Points Histoire », Le Seuil, 1992. – J. Cornette, Absolutisme et Lumières, 1652-1783, coll. « Carré Histoire », Hachette, 1993.

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LA FRANCE SOUS LOUIS XIV
LA FRANCE SOUS LOUIS XIV

Pages 32 à 37 du dossier

Référence aux Instructions officielles

Avec 22 millions de sujets, la France de Louis XIV est le pays le plus peuplé d’Europe. Il vient avant les possessions des Habsbourg (Autriche, Bohème, Hongrie…) et avant la Russie. La France écrase de son poids démographique les puissances émergentes comme la Suède (qui comprend pourtant la Finlande), le Danemark (qui possède la Norvège), le Portugal ou la Bavière. Les populations additionnées de la Grande-Bretagne et de la Hollande ou la population espagnole (hors colonies américaines) n’égalent pas la moitié des Français.

Compétences

• Situer dans le temps les moments importants du règne de Louis XIV.

• Caractériser une période : le processus de « réduction à l’obéissance ».

Photofiche

Voir la photofiche p. 56.

QU’ÉTAIT LA FRANCE AU TEMPS DE LOUIS XIV ?
QU’ÉTAIT LA FRANCE
AU TEMPS DE LOUIS XIV ?

Le contexte historique

À l’intérieur du « pré carré » construit sous les ordres de Vauban après la paix de Nimègue (1678), le long règne de Louis XIV marque une rupture dans l’exercice de la sou- veraineté : les intendants « de police, de justice et de finances » remplacent les sanglantes chevauchées des « commissaires départis » du règne de Louis XIII. Sous Louis XIV, les révoltes des travailleurs se font plus rares, les gentilshommes frondeurs se transforment en courti- sans 1 . L’historiographie a parlé de « réduction à l’obéis- sance » pour expliquer l’acceptation soudaine de l’État absolu par la société française. Quelques milliers d’offi- ciers auraient tenu 22 millions de Français. Les travaux récents nuancent cette interprétation et montrent que l’obéissance est plus acceptée qu’imposée. Ainsi, le carac- tère paternel de la royauté, la solidarité du roi et de ses sujets sont soulignés dans et par la thèse du « corps mystique ». Déjà défendue par le juriste Jean de Terrevermeille en 1419, on en retrouve l’idée dans les Instructions (1671) de Louis XIV à son fils : « Nous devons considérer le bien de nos sujets bien plus que le nôtre propre […] puisque nous sommes la tête d’un corps dont ils sont les membres. […] Chaque métier contribue, en sa manière, au soutien de la monarchie. » L’étude de la chronologie p. 32 montre aussi que le royaume de Louis XIV a une telle vitalité que ni les grandes saignées (1693-1694 et 1709-1710) dues aux calamités naturelles ni les guerres ne laissent de traces durables. Au XVIII e siè- cle, même si la France progresse moins vite que les autres pays d’Europe, elle accroît tout de même l’effectif de sa population, qui passe de 22 millions vers 1715 à 28 mil- lions vers 1789. La croissance démographique devance

donc le processus d’industrialisation et la croissance éco- nomique.

L’exploitation pédagogique des documents en classe

Activité 1 : document 1 p. 32

Les révoltes sont le baromètre de l’opinion réagissant à l’emprise de l’État absolu.

Faire observer le document 1 p. 32 et faire répondre à la question 1. Depuis Pépin le Bref, la non-séparation de l’Église catholique et des pouvoirs séculiers ou encore le sacre des rois de France font de la religion une affaire d’État. Le face-à-face entre catholiques et protestants par- tage durablement la population. La France, qui comptait 2 millions de protestants au début des guerres de Religion, n’en compte plus que 800 000 en 1650. La révocation de l’édit de Nantes en 1685 provoque l’exil de 200 000 pro- testants ; restent dans le royaume 600 000 « nouveaux catholiques », assurément mal convertis en regard des révoltes religieuses du Vivarais en 1670 et des Cévennes en 1702 (question 1). Pendant plus d’un siècle, jusqu’à l’édit de tolérance de Louis XVI en 1787, les églises réfor- mées vivent dans la clandestinité.

L’affirmation de l’État de finances est aussi précoce. L’aide que le roi de France réclame pour financer la guerre dès 1355 et la taille instaurée en 1439 deviennent très vite permanentes. Pourtant, les dépenses restent constamment au-dessus des revenus réguliers de la monarchie, obligeant à emprunter aux financiers, qui mêlent ainsi les affaires de l’État aux leurs. Le coût des guerres d’abord, l’entretien de la cour et les dépenses de prestige ensuite sont à l’origine du déficit. Les soulèvements populaires du XVII e siècle correspondent au « tour de vis fiscal » voulu par Richelieu et Mazarin. Dès 1636 et jusqu’en 1659, dans certaines zones situées le plus souvent dans le sud-ouest de la France, la résistance armée des paysans tient hors de por-

1. Voir le manuel de l’élève : « Sur les traces de Louis XIV », document 3 p. 28.

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tée les agents de recouvrement et leurs escortes de cava- liers. Les insurgés contestent moins le principe de l’impôt que l’inégalité de la répartition et les méthodes violentes de recouvrement. Les décennies 1660 et 1670 connaissent encore de graves troubles en Aquitaine et en Bretagne. En 1707, le Quercy vit la dernière grande révolte populaire :

entre Dordogne et Lot, les insurgés des paroisses rurales rejettent un droit de papier timbré qui enchérit les transac- tions de l’économie terrienne (question 1). Ensuite, aucun trouble ne viendra plus gêner les levées d’impôts qui sont désormais regardées comme inévitables.

Activité 2 : documents 2 et 3 p. 33

Si Louis XIV a la tentation du despotisme, la structure de la société l’en empêche.

Tout pouvoir tend naturellement à s’étendre et à augmen- ter. Louis XIV n’échappe pas à cette tentation, mais son royaume est loin d’être centralisé, unifié et soumis 2 . Il s’accommode d’une diversité linguistique et juridique 3 , administrative, judiciaire et provinciale, d’un tissu de

« privilèges » dont l’existence, l’enracinement et la vitalité

font barrage au pouvoir absolu. Car la société française est une société corporative. Les corps sont des groupements collectifs reconnus par l’usage et les lois fondamentales, agencés selon une hiérarchie dictée par le prestige du ser- vice rendu à la société, les distinctions de statut se dou- blant de grandes inégalités de richesse. On trouve ainsi les corps savants (universités et académies), les communautés d’arts et de métiers, les corps de marchands, les compa- gnies de commerce et de finances, les chambres de com- merce, les bureaux de finances, les corps médicaux, sans oublier les compagnies d’officiers royaux, celles des auxi- liaires de justice. Ces corps constitués imposent leurs

règles, leurs usages, voire leurs rites initiatiques et festifs à l’Administration et à l’économie. Faire lire le document 3 p. 33 et faire répondre aux questions 2 et 3. En même temps, l’État royal reproduit l’ordonnancement corporatif en multipliant les règlements particuliers. Par exemple, le marchand hollandais Van Robais bénéficie ainsi en 1665 de privilèges exceptionnels pour mettre en place une manufacture de draps fins à Abbeville (question 2) :

« Lui, ses associés et ses ouvriers étrangers [seront] natu-

ralisés français. Ils seront dispensés de payer les impôts. Il sera interdit d’imiter la fabrication de ses draps pendant vingt ans » (question 3). Ne pas faire d’anachronisme :

s’il n’existe pas de statut personnel commun avant la Révolution de 1789, les privilèges sont d’abord des « libertés », concrètes, donc au pluriel. Et parce que la fonction de ces corps constitués est de former le corps même du royaume, la remise en question de n’importe quel privilège hérisse les groupes privilégiés voisins. C’est pourquoi, à toute occasion, le roi doit reconnaître et confirmer les anciens privilèges des provinces et des villes annexées. Faire lire le document 3 p. 33 et faire répondre

aux questions 4 et 5. La Charte de confirmation des droits de Dijon montre que ces corps sont trop nombreux pour être négligés, trop établis pour être combattus, trop liés à l’identité régionale des sujets – les privilèges urbains de Dijon ont été concédés par les ducs de Bourgogne (ques- tion 4) – pour être contestés ; le roi doit donc les ménager (question 5).

Activité 3 : documents 4 et 5 p. 33

Les sujets du Roi-Soleil sont à plus de 80 % des paysans.

Faire observer le document 4 p. 33 et faire répondre aux questions 6 et 7. Louis le Nain a surtout peint la France des campagnes, ici durant les troubles domestiques de la Fronde. Dans ce tableau, ni habits chatoyants, ni brocarts, ni dorures, et peu de couleurs, à l’exception de la chemise du forgeron. Les deux hommes ont le cheveu assez court et la barbe taillée. La femme est coiffée d’un bonnet, usage courant à la campagne. L’enclume et le marteau sont les outils du forgeron (question 6). Au-delà de la diversité régionale, voire locale, de la France rurale, Le Nain mon- tre que la société rurale est hiérarchisée : bourgeoisie de petits rentiers et artisans (charron, forgeron, boulanger…), fermiers ou métayers, manœuvriers plus ou moins pro- priétaires de parcelles, journaliers, sans parler de ceux qui vivent de la charité du curé ou du seigneur. L’hétérogénéité de la société rurale résulte à la fois du fait que tous ne vivent pas directement des ressources de l’agriculture – comme le forgeron – et de l’existence de monopoles – le forgeron produit les fers des chevaux (question 7). Les campagnes sont reconnaissantes envers Louis XIV de rétablir la paix et la sécurité, rien n’étant plus funeste aux paysans que la guerre et le pillage. Les paysans apprécient également les intendants, qui facilitent le paiement de la taille mais leur garantissent représentation et défense contre les abus des seigneurs. Entre le XVII e et le XVIII e siècle, la propriété paysanne progresse partout. L’enrichissement est un fait général, même si on observe une migration vers les villes.

Faire observer le document 5 p. 33 et faire répondre à la question 8. Le cadre collectif des urbains est mieux défini qu’en campagne. Par exemple, le bourgeois propriétaire d’une maison jouit d’une condition particulière : il est sou- vent exempté de taille et participe à l’administration muni- cipale, à la justice et au guet urbain. Ou encore, les tra- vailleurs sont organisés en communautés de métiers dotées de règlements spécifiques distinguant maîtres, compagnons et apprentis et donnant à tous des droits et des devoirs. La dépendance économique est d’autant plus grave que l’achat des subsistances est une nécessité pour les urbains. L’évolution des revenus et des prix revêt donc une importance vitale. Malgré l’existence d’hôpitaux généraux et d’institutions de charité, l’indigence prend en ville des formes plus massives et plus spectaculaires qu’à la campagne, où les pauvres sont intégrés à la commu- nauté villageoise 4 .

2. C’est la Révolution qui imposera le pouvoir absolu d’un État centralisateur. (Voir A. de Tocqueville, L’Ancien Régime et la Révolution, Gallimard, 1952.)

3. Langue de l’État royal, de la noblesse et de la bourgeoisie, la langue française est minoritaire ; dialectes et patois dominent partout. De même, les Français

ne sont pas soumis au même droit privé. Le droit coutumier du nord s’oppose au droit écrit du sud ; la coutume de Paris diffère de celle de Bretagne ou de celle de Normandie.

4. Les communautés villageoises constituent des groupements d’habitants au sein desquels le voisinage, l’interconnaissance, l’endogamie et l’exploitation

d’un même terroir créent des liens puissants.

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SUR LES TRACES DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE SOUS LOUIS XIV
SUR LES TRACES DE LA SOCIÉTÉ
FRANÇAISE SOUS LOUIS XIV

L’exploitation pédagogique des documents en classe

Activité 1 : documents 1 et 2 p. 34

« Le plus savant homme dans l’art des sièges et de la for- tification et le plus habile ménager de la vie des hommes. » (Saint-Simon).

Faire observer le document 1 p. 34 et faire répondre aux questions 1 et 2. Sébastien Le Prestre de Vauban naît le 1 er mai 1633 près d’Avallon dans le Morvan. Selon Saint- Simon, c’est « un petit gentilhomme de Bourgogne, tout au plus ». De 1651 à 1653, durant la Fronde, il est cadet dans l’armée de Condé ; fait prisonnier, il intègre l’armée royale et participe à son premier siège à Sainte- Menehould. Deux ans plus tard, il reçoit son brevet d’in- génieur ordinaire du roi. En 1667, Vauban participe aux sièges de Tournai, Douai et Lille, où le roi le charge, pour la première fois, de coordonner l’assaut. En 1668, Vauban est chargé de construire les citadelles de Lille et d’Arras. Ses réalisations impressionnent par l’ampleur des bastions et des demi-lunes (conçus pour porter une infanterie nom- breuse qui doit défendre les places). Vauban exerce de fait la fonction de commissaire général aux Fortifications, mais le titre officiel ne lui sera donné que le 4 janvier 1678 (question 1). En 1703, Vauban est le premier officier du génie à recevoir le bâton de maréchal de France (question 2). Il prend sa dernière ville, Vieux-Brisach. Entre 1653 et 1703, il participe à 42 sièges ; Louis XIV est présent à 19 d’entre eux. Le roi affectionne la guerre de sièges car la prise d’une ville, par la logistique qu’elle implique, manifeste la puissance de l’État absolu. Les sièges de Maastricht (1673) et de Gand (1678) sont choisis par Charles Le Brun pour orner le plafond de la galerie des Glaces à Versailles car Louis XIV en personne préside aux opérations qui abou- tissent à la chute des deux villes. En tout, Vauban a construit 33 forteresses et en a aménagé environ 300. Il meurt le 30 mars 1707, regretté par le roi. Fontenelle dres- sera de lui le portrait d’un nouvel homme de guerre, savant, patriote, indépendant, animé de l’amour du bien public.

Faire observer le document 2 p. 34 et faire répondre aux questions 3 et 4. Jusqu’au XV e siècle, la fortification est une muraille qui fait obstacle à des assaillants, qui ne peu- vent la franchir sans se mettre en position de faiblesse par rapport aux défenseurs. Avec l’artillerie, cette technique héritée de l’Antiquité est dépassée ; la fortification muraille ne résiste pas aux boulets de fonte utilisés pour la première fois par les Français lors des guerres d’Italie. C’est pourquoi la fortification s’abaisse et s’enterre (question 4), tout en suivant un tracé bastionné qui lui confère ce plan en étoile de fossés et remparts imbriqués pour protéger les canons (question 3). Les Italiens sont les maîtres de cette technique jusqu’au XVII e siècle. Le réseau

défensif de Vauban est conçu à partir du modelé du terrain et des lignes d’obstacles naturels (les fleuves, les mon- tagnes, la morphologie du littoral) 5 .

Activité 2 : documents 3 et 4 p. 35

Louis XIV est un « roi de guerre ».

Faire observer le document 3 p. 35 et faire répondre aux questions 5, 6 et 7. La scène représentée se déroule au début de la guerre de Hollande (1672-1678). Louis XIV est au centre du tableau et dépasse tout le monde au pre- mier rang (question 5). Parrocel montre Louis XIV sous son visage réel, en roi de guerre, couvert de l’armure. D’un geste martial (question 6), le roi commande le fran- chissement du Rhin, que l’on devine à l’arrière-plan (question 7). La guerre de conquête n’est pas un impéria- lisme lié à l’idée de frontière naturelle mais plutôt à des règlements de succession d’ordre patrimonial, des pro- blèmes de suzeraineté et de vassalité. Ainsi, l’avènement de Charles II d’Espagne en 1665 pose le problème des droits au trône d’Espagne de la reine de France, l’infante Marie-Thérèse. Louis XIV se saisit de ce prétexte pour se lancer à la conquête des Pays-Bas espagnols et de la Franche- Comté 6 . C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre la notion de « limites », même si la coïncidence des idées de nation et d’État à partir du XVI e siècle oriente cette politique de conquête vers un regroupement territorial d’un seul tenant, le « pré carré ». Faire observer le document 4 p. 35 et faire répondre à la question 8. À la fin de la guerre de Dévolution en 1668, la paix d’Aix-la-Chapelle complète la ligne des places fortes de la frontière nord de la France, dont celle de Lille. Le magistrat municipal, agenouillé, remet au roi les clés de la ville annexée et lui adresse ses doléances devant la foule rassemblée (question 8).

Activité 3 : document 5 p. 35

Les années 1683-1715 s’identifient aux crises.

Sur son lit de mort, Louis XIV avoue à son petit-fils, le futur Louis XV, qu’il a « aimé trop la guerre » et n’a pu maintenir la paix ni soulager son peuple en raison des

« nécessités de l’État ». Dès 1667 (guerre de Dévolution),

mais surtout à partir de 1672 (guerre de Hollande), les conflits sont de plus en plus nombreux, de plus en plus lourds aussi, impliquant directement ou indirectement, par l’impôt, tous les Français. La guerre de la ligue d’Augsbourg (1688-1697) inclut même les espaces colo- niaux des puissances européennes en lutte. Lors de la guerre de Succession d’Espagne (1701-1713), 650 000 jeunes Français sont enrôlés, souvent de force, dans les régiments royaux. Pourtant, la guerre n’est pas à l’origine de toutes les saignées. Faire observer le document 5 p. 35 et faire répondre aux questions 9 et 10. Ainsi, de 1692 à 1694, les sujets du Roi-Soleil doivent faire face à une grave crise de subsistance provoquée par une succession de mois froids et pluvieux ; 2 millions de Français péris- sent, soit 10 % de la population. Le « gros hiver » de 1709 déclenche aussi une crise de subsistance (question 9) :

« Tous les blés furent gelés. […] Les pruniers, les cerisiers moururent et les autres arbres furent gelés. Dès que les

5. Voir le manuel de l’élève : « L’héritage du Grand Siècle », document « Les fortifications de Vauban » p. 36. 6. Voir le manuel de l’élève : « Qui était Louis XIV ? », document 1 p. 26.

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marchands de grains virent les grains gelés, ils en haussè- rent le prix » (question 10).

L’HÉRITAGE DU GRAND SIÈCLE
L’HÉRITAGE DU GRAND SIÈCLE

Les fortifications de Vauban

La « ceinture de fer », ou « pré carré », est la contribution la plus durable de Vauban à l’histoire du territoire natio- nal : les forteresses qu’il fonde restent opérationnelles jusqu’en 1870. Cette ceinture de fer est édifiée après la paix de Nimègue (1678), sur l’ordre du roi et de Louvois, ministre de la Guerre, pour protéger la frontière nord (Flandres, Hainaut). L’idée n’est pas neuve : « Il faut par- faitement fortifier [les villes] qui sont frontières », indique Richelieu dans son Avis au roi du 13 janvier 1629. Il pense alors aux places du royaume vers l’Italie, les Pays-Bas et le Saint-Empire. En novembre 1678, rédigeant un Mémoire des places-frontières de Flandres qu’il faudrait fortifier pour la sûreté du pays et l’obéissance au Roi, Vauban insiste sur la « nécessité de fermer les entrées de notre pays à l’ennemi » et de « faciliter les entrées dans le sien ». Il propose d’installer dans le nord du royaume deux lignes de citadelles se renforçant mutuellement. La première, dite « ligne avancée », serait composée de treize grandes places et deux forts, complétée par des canaux et des redoutes, suivant un modèle hollandais ; la seconde, en retrait, compren- drait aussi treize places. À la fin du règne de Louis XIV, le travail de Vauban oppose nettement deux France :

– la France des frontières terrestres et du littoral, qui appa- raît hérissée de villes anciennes aux murailles relevées ou de nouvelles cités places fortes (Neuf-Brisach, Longwy, Sarrelouis, Mont-Louis, Fort-Louis, Montroyal, etc.) orga- nisées de manière géométrique autour d’une place carrée, la place d’armes, destinée aux revues et rassemblements des troupes encasernées. Autour de cette place sont grou- pés les services : arsenal, hôpital militaire, intendance, maison du gouverneur, église ;

– la France de l’intérieur, qui tend à devenir un espace

civil où les remparts des villes sont transformés en pro- menades, à l’image de ceux de Paris, dès 1670.

Activité possible

Les plans-relief du musée de l’Armée reproduisent au 1/600 e les principales villes fortifiées du royaume, les for- teresses, mais aussi leur environnement, avec les villages, les accidents topographiques, le terroir reconstitué, le tout sur une surface qui représente jusqu’à vingt fois la super- ficie de la ville, c’est-à-dire jusqu’à la limite de portée des tirs de canons, soit environ 600 mètres. Ces plans-relief sont installés en 1710 par Louis XIV dans la Grande Galerie du Louvre : leur nombre (Vauban rédige en 1697 un inventaire comportant 144 plans-relief représentant 101 places fortes) et leur qualité fournissent au roi une information fiable sur l’état général de la ceinture de fer.

Pour les visites scolaires : musée de l’Armée (Hôtel des Invalides), 129 rue de Grenelle, 75007 Paris, tél. 01 44 42 38 77.

Un premier empire colonial

Outre-mer, la France possède un empire colonial voulu et lar- gement réalisé par Richelieu et Colbert. Si les traités d’Utrecht (1713) l’amputent de Saint-Christophe (Antilles), de l’Acadie (Nouveau-Brunswick et Nouvelle-Écosse), de Terre-Neuve et des établissements de la baie d’Hudson, si le Canada et la Louisiane sont perdus (1763 et 1803), il reste de riches ter- ritoires à plantations et de nombreux comptoirs. La France contrôle depuis 1638 une partie du Sénégal, Pondichéry (1674) et quelques places des Indes orientales, l’île Bourbon (la Réunion) depuis 1649 et l’île de France (île Maurice) depuis 1715, ainsi que la Guyane et trois florissantes Antilles : la Martinique, la Guadeloupe et la partie occidentale de Saint- Domingue (Haïti). Si les efforts pour créer des colonies de peuplement se sont révélés décevants, les possessions loin- taines contribuent fortement à la prospérité du royaume.

La révocation de l’édit de Nantes

Le 13 avril 1598, l’édit de Nantes, « perpétuel et irrévoca- ble », est signé, assurant enfin la pacification religieuse 7 . Mais Louis XIV rétablit l’unité religieuse du royaume, d’abord par des mesures administratives et de terreur (les « dragonnades »), ensuite en révoquant l’édit de Nantes en 1685. Quelque 200 000 protestants gagnent alors l’étran- ger (« le refuge ») ; ceux qui restent se retrouvent dans la clandestinité (« le désert »).

L’Académie française

Fondée et organisée par le cardinal de Richelieu en 1634, l’Académie française a pour tâche de rédiger un diction- naire qui doit permettre de conserver et de perfectionner la langue française. Après Richelieu, le chancelier Séguier, puis Louis XIV lui-même protègent directement l’institu- tion. Elle sert dès lors de modèle 8 .

POUR CONSTRUIRE LE RÉSUMÉ
POUR CONSTRUIRE LE RÉSUMÉ

Solliciter les élèves pour qu’ils trouvent les mots-clés de la leçon. Par exemple, « Louis XIV », « guerres », « Vauban », « campagnes », « privilèges ». Mettre en rela- tion chacun de ces mots avec les repères figurant dans la chronologie p. 32. Mettre en commun les réponses et écrire ensemble le résumé de cette séquence.

BIBLIOGRAPHIE
BIBLIOGRAPHIE

– F. Bluche, Dictionnaire du Grand Siècle, Fayard, 1990. – E. Le Roy Ladurie, L’Ancien Régime, 1610-1770, Hachette, 1991. – J. Dupâquier, Histoire de la population française, II. De la Renaissance à 1789, PUF, 1988.

7. Voir le manuel de l’élève : « Sur les traces des protestants et des catholiques », documents 3 et 4 p. 21 ; « L’héritage d’Henri IV », document « L’édit de Nantes, 13 avril 1598 » p. 22. 8. Voir le manuel de l’élève : « Sur les traces de Louis XIV », documents 4 et 5 p. 29.

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LE SIÈCLE DES LUMIÈRES
LE SIÈCLE DES LUMIÈRES

Pages 38 à 43 du dossier

Référence aux Instructions officielles

Deux œuvres littéraires inaugurent le siècle des Lumières en France : les Lettres persanes (1721) de Montesquieu et les Lettres philosophiques sur l’Angleterre (1734) de Voltaire, qui mêlent impertinence libertine et réflexions critiques sur le despotisme et l’intolérance religieuse. La seconde moitié du XVIII e siècle est marquée par une offensive intel- lectuelle sans précédent qui voit la parution d’une série d’ouvrages critiques ; dans cette masse, les 28 volumes de l’Encyclopédie (1751-1772) surnagent. Leur efficacité n’est pas immédiate, mais le réseau des Lumières a tôt fait de diffuser et de vulgariser auprès des élites urbaines des réflexions déstabilisatrices pour l’Ancien Régime.

Compétences

• Situer dans le temps la période de publication de l’Encyclopédie.

• Connaître les grands thèmes de l’offensive philosophique des années 1750-1760.

• Caractériser une période : le siècle des Lumières.

Photofiche

Voir la photofiche p. 58.

QU’EST-CE QUE L’ENCYCLOPÉDIE ?
QU’EST-CE QUE L’ENCYCLOPÉDIE ?

Le contexte historique

L’étude de la chronologie p. 38 montre que la seconde moitié du XVIII e siècle est marquée par une offensive intel- lectuelle sans précédent en France qui voit la parution presque simultanée de toute une série de textes critiques d’ordre politique et économique. Ces coups ébranlent l’État absolu, l’Église et l’organisation corporative. La cri- tique s’ordonne autour de trois thèmes :

– l’affirmation de la liberté, d’abord, justifiée à partir du

modèle anglais. Ainsi, Montesquieu et Voltaire présentent une Angleterre quelque peu idyllique, un idéal de monar- chie libérale et éclairée. Cet appel à la liberté touche autant le politique que l’économique : pour nombre d’esprits qui rompent ainsi avec le mercantilisme « louis- quatorzien » 1 , seul le libre-échange porté par l’Angleterre permet d’accroître la richesse des nations, des souverains, des sujets. De grandes questions sont débattues : faut-il laisser jouer librement les intérêts opposés de l’offre et de la demande ou l’État doit-il au contraire intervenir pour assurer la subsistance des populations en contrôlant les prix, les flux et en garantissant les monopoles des métiers ? ;

– la séparation des pouvoirs (judiciaire, législatif, exécu-

tif), ensuite, thème dont Montesquieu fait la matrice de De l’esprit des lois (1748), où l’auteur soutient que l’impéra- tif de la limitation des pouvoirs exclut que le monarque puisse juger : « Dans les États monarchiques, le prince est la partie qui poursuit les accusés et les fait punir ou absoudre ; s’il jugeait lui-même, il serait juge et partie. »

La proposition est audacieuse car le roi est d’abord un roi de justice ;

– la négation du droit divin et son corollaire, la primauté du droit de nature, enfin, sont des thèmes développés en Angleterre dès la fin du XVII e siècle par le philosophe John Locke (son Traité sur le gouvernement civil est publié en 1690 et traduit en 1724), puis, dans son sillage, par Voltaire et Diderot en France.

L’exploitation pédagogique des documents en classe

Activité 1 : document 1 p. 38

L’Europe est une invention des Lumières.

On prend d’abord conscience de l’élargissement de l’es- pace européen. Faire observer le document 1 p. 38 et faire répondre à la question 1. Par la récupération de la vieille chrétienté orientale que la distance et l’occupation turque avaient coupée de la chrétienté latine, l’espace européen est doublé entre le milieu du XVII e et le milieu du XVIII e siè- cle. L’événement capital est la réincorporation de l’Europe danubienne après les dernières flambées de l’impérialisme turc en 1664 et 1683. La littérature populaire marque la relation nouvelle de l’homme des Lumières à l’espace européen élargi. Dans Paris, le modèle des nations étran- gères ou l’Europe française (1777), le marquis de Caraccioli s’exclame : « Italiens, Anglais, Allemands, Espagnols, Polonais, Russes, Suédois, Portugais… vous êtes tous mes frères, tous mes amis, tous également braves et vertueux » (question 1). On observe ensuite que l’Europe détient une unité cultu- relle supérieure. Le chevalier de Jaucourt, collaborateur de l’Encyclopédie, affirme que l’Europe l’emporte sur le reste du monde « par le christianisme dont la morale bien- faisante ne tend qu’au bonheur de la société ». « Les peu- ples de l’Europe ont des principes d’humanité, écrit Voltaire, qui ne se trouvent point dans les autres parties du monde […]. Les Européens chrétiens sont ce qu’étaient

1. Voir le manuel de l’élève : « Sur les traces de Louis XIV », document 2 p. 28.

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les Grecs. » L’Europe des Lumières, espace culturel, réin- troduit donc une appréciation favorable du christianisme comme fait européen de civilisation. L’Encyclopédie ajoute : « Il importe peu que l’Europe soit la plus petite des quatre parties du monde par l’étendue de son terrain, puisqu’elle est la plus considérable de toutes par son com- merce, par sa navigation, par sa fertilité, par ses lumières et par son industrie, par la connaissance des arts, des sciences et des métiers. » L’Europe, espace culturel, c’est aussi le progrès. Hors d’elle, tout est immobile, barbare :

« Les auteurs anciens qui nous ont parlé des Indes nous les dépeignent telles que nous les voyons aujourd’hui, quant à la police, à la manière et aux mœurs. Les Indes ont été, les Indes seront ce qu’elles sont à présent […]. La plupart des peuples des côtes de l’Afrique sont sauvages ou barbares. » 2 On réalise enfin qu’il existe un nouvel équilibre : effon- drement de l’Espagne, effacement de l’Italie, pleine maî- trise de la France, rude concurrence de l’Angleterre, de la Hollande, de l’Allemagne occidentale. Le mouvement de bascule qui parvient à la conscience littéraire des Lumières s’inscrit dans la très longue durée. Du VII e au XIV e siècle, le nord de l’Europe ne cesse de progresser au détriment du monde méditerranéen cassé en deux par la conquête arabo-musulmane. La grande novation de la chrétienté latine se joue alors entre Loire et Rhin. Mais la peste noire qui frappe plus au nord de même que l’exploi- tation de l’Amérique contribuent à la remontée de la Méditerranée. Cette création de routes, de flux, d’espaces s’accompagne d’une puissante invention artistique et intellectuelle : c’est la Renaissance 3 . Le prestige revient sur la Méditerranée. Sur la lancée des XV e -XVI e siècles, le XVII e siècle continue de surestimer le versant méditerra- néen de l’Europe… jusqu’aux Lumières.

Activité 2 : documents 2, 3, 4 et 5 p. 39

L’Encyclopédie est une étape décisive dans la constitution de notre modernité.

L’Encyclopédie est l’entreprise éditoriale la plus considé- rable du siècle des Lumières. Faire observer le document 2 p. 39 et faire répondre aux questions 2, 3 et 4. Mille cinq cents personnes travaillent sur cette « somme » de 25 000 pages compilant 70 000 articles. Le comité de rédaction, qui se renouvelle régulièrement entre 1751 et 1772, voit passer des écrivains et des savants célèbres (d’Alembert, Buffon, Diderot, Voltaire, Rousseau…), mais aussi des techniciens et des ingénieurs, des méde- cins, des maîtres artisans (tels Ferdinand Berthoud, horlo- ger mécanicien de la marine, ou Étienne-Jean Bouchu, maître des forges du duc de Penthièvre). À l’origine, on prévoit 10 volumes – 8 volumes de texte et 2 volumes de planches – (question 3) ; finalement, 28 volumes – 17 volumes de texte et 11 volumes de planches – sont publiés (question 4). L’Encyclopédie promeut le paradigme du doute métho- dique à partir de la vulgarisation de la révolution scienti-

fique des années 1620-1660. Fontenelle écrit que c’est René Descartes « qui a amené cette nouvelle méthode de raisonner, beaucoup plus estimable que la philosophie même, dont une bonne partie se trouve fausse ou fort incertaine, selon les propres règles qu’il nous a apprises. » La méthodologie des Lumières procède avant tout de l’observation, l’analyse, la comparaison, le calcul, la classification. Ainsi, dans les années 1730, le naturaliste suédois Linné imagine un système de classification des végétaux d’après l’observation du nombre et de la dispo- sition des étamines. Dans son Histoire naturelle, Buffon dresse un tableau de toutes les connaissances de son temps en zoologie, en botanique, en géologie. Faire remarquer aux élèves le sous-titre de l’Encyclopédie : « Dictionnaire raisonné des Sciences, des Arts et des Métiers » (ques- tion 2). Le primat du doute méthodique – et donc, à terme, la critique du droit divin – s’arrime à la certitude de l’exis- tence d’un monde naturel dissécable, tout entier écrit en langage mathématique. On passe ainsi facilement de la raison dans les sciences exactes à la gestion quantitative de l’État, à l’arithmétique politique, à la comptabilité éco- nomique et sociale… Dans son article « Arithmétique politique » de l’Encyclopédie méthodique (1784), Condorcet écrit : « On conçoit aisément que ces décou- vertes […] étant acquises par des calculs fondés […], un ministre habile en tirerait une foule de conséquences pour la perfection de l’agriculture, pour le commerce […], pour les colonies, pour les cours et l’emploi de l’argent. »

Faire lire le document 4 p. 39 et faire répondre à la ques- tion 6. Ainsi stimulés par les Considérations sur le com- merce de Vincent de Gournay, nombre d’écrivains et de publicistes (Coyer, Dangeul, Forbonnais, Morellet, Turgot…) réclament l’essor des forces productives par l’affaiblissement des tutelles administratives et corpora- tives 4 . Surtout, à partir de 1757-1758, les physiocrates – à la suite des articles de François Quesnay dans l’Encyclopédie – exigent l’allègement des impôts directs et l’élargissement de l’assiette fiscale, la disparition des privilèges seigneuriaux et ecclésiastiques, la liberté com- plète des échanges à l’intérieur et à l’extérieur du royaume (question 6). Faire lire le document 5 p. 39 et faire répon- dre aux questions 7 et 8. La négation du droit divin (ques- tion 7) et son corollaire, la primauté du droit de nature (question 8), sont les versants politiques du libéralisme économique. Dans l’article « Autorité politique », Diderot écrit : « Aucun homme n’a reçu de la nature le droit de commander aux autres. La liberté est un présent du Ciel, et chaque individu de la même espèce a le droit d’en jouir aussitôt qu’il jouit de la raison. » Dans l’article « Droit naturel », il ajoute : « C’est à la volonté générale que l’in- dividu doit s’adresser pour savoir jusqu’où il doit être homme, citoyen, sujet, père, enfant, et quand il lui convient de vivre ou de mourir […]. Dites-vous souvent : je suis homme et n’ai d’autres droits naturels véritablement ina- liénables que ceux de l’humanité. » Si la raison est capa- ble de régler l’ordonnancement de la société, elle est capa-

2. Montesquieu, De l’esprit des lois, 1748.

3. Voir supra chapitre « La Renaissance » : « Qu’est-ce que la Renaissance ? »

4. Voir le manuel de l’élève : « Qu’était la France au temps de Louis XIV ? », documents 2 et 3 p. 33.

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ble d’assurer tout à la fois le progrès et le bonheur du genre humain. Dans le bulletin de souscription de l’Encyclopédie, Diderot écrit encore : « Le but d’une ency- clopédie est de rassembler les connaissances éparses sur la surface de la Terre, d’en exposer le système général aux hommes avec qui nous vivons […] afin que nos neveux deviennent plus instruits, deviennent en même temps plus vertueux et plus heureux, et que nous ne mourions pas sans avoir bien mérité du genre humain. » L’éloignement des guerres, la fin des crises frumentaires, une réelle amé- lioration des conditions de vie justifient cette vulgate. Elle explique aussi la grande importance accordée dans l’Encyclopédie aux planches illustrées, qui mettent en valeur les innovations scientifiques du siècle. Faire obser- ver le document 3 p. 39 et faire répondre à la question 5. Cette planche n’est pas prétexte à exposer tout ce que l’on sait sur l’économie du XVIII e siècle, le processus d’indus- trialisation ou encore les conditions de travail. En revanche, elle invite à parler de la forme de culture que représentent la production et la diffusion de ce document, comme de son rapport avec les réalités. Que voit-on ? Un atelier propre, ordonné, paisible, des ouvriers peu nom- breux, quelques machines (question 5), en fait, une légende dorée du processus d’industrialisation, une réalité transformée dans une intention pédagogique : décrire une fabrication – la production d’outils en métal – et non la

condition ouvrière au XVIII e siècle. Le passage par l’écrit et

le livre transforme un savoir professionnel en une culture

technique destinée aux élites.

SUR LES TRACES DE L’EUROPE DES LUMIÈRES
SUR LES TRACES
DE L’EUROPE DES LUMIÈRES

L’exploitation pédagogique des documents en classe

Activité 1 : document 1, 2 et 3 p. 40

Le siècle des Lumières marque le sacre de l’écrivain.

Le XVIII e siècle est marqué par un changement du statut de l’écrivain : le désir d’instruire et de vulgariser remplace celui de plaire ou de servir les intérêts d’un mécène. L’écrivain est donc engagé dans la vie publique avec l’in- tention d’améliorer le sort de tous pour « éclairer le peu-

ple et les princes » 5 . Faire observer le document 1 p. 40 et faire répondre aux questions 1 et 2. C’est le sens du séjour

de

Voltaire (1694-1778) à la cour du roi de Prusse Frédéric

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entre 1750 et 1753. Voltaire devient « le philosophe par