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Justine Martin

Philologie française
Littérature II

LITTÉRATURE DU XIXème SIÈCLE :


LE ROMANTISME

Universidad de Castilla-La-Mancha
Année Universitaire 2010/2011

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LITTÉRATURE DU XIXème SIÈCLE :
LE ROMANTISME

Introduction 3

Le romantisme : mouvement littéraire


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La poésie 11

Le roman 15
a. Le roman autobiographique
15

b. Le roman historique
17

c. Le roman fantastique
19

Le théâtre
21
a. Les origines
21

b. Textes fondateurs du drame romantique


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c. Les grands auteurs du drame romantique


25

Conclusion 28

Bibliographie 29

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INTRODUCTION

Il serait imprudent de prétendre donnée une ``définition´´ du


mouvement romantique, sans avant tout présenter quelques éléments du
contexte historique qui fut favorable à son apparition et qui montre la
complexité des idées de l’époque.

Au XIXème siècle, de 1800 à 1900, la France a connu sept régimes


politiques différents : le consulat, l’Empire, la restauration, la monarchie de
juillet, la seconde république, le second Empire et la troisième république.
Elle a aussi subi trois invasions ; celles de 1814-1815, et celle de 1870. C’est
une période de grande instabilité. Malgré ces alternances de régimes
autoritaires et libéraux, la France a su retrouver un gouvernement
démocratique (déjà instauré sous la révolution). Beaucoup d’écrivains se
sont engagés dans la lutte politico-sociale à travers leurs œuvres :
Lamartine, Hugo, De Vigny, etc.

La première moitié du siècle fut très mouvementé ; les idéologies


vont donc se heurtées. On retrouve ainsi les partisans de la monarchie qui
s’affrontent aux partisans du progrès et de la démocratie. Certains écrivains
passent d’un idéal à l’autre comme Lamartine (d’ultraroyaliste à
républicain). Malgré tout le romantisme est accueilli par tous à l’unanimité.
Le régime de l’époque, ne pouvant accepter cette contestation, de
nombreux écrivains durent s’exilés et ainsi leurs pensées prirent une
dimension européenne, et leur influence étrangère apporta énormément à
la littérature française.

La France de cette époque va aussi avoir deux caractéristiques


importantes à souligner puisqu’elles auront un fort reflet dans les œuvres
du siècle : la religion et le socialisme. En effet, la persécution des nobles et
prêtres durant la révolution a ravivée la foi historique et offre des martyres.
Ensuite, la misère du prolétariat ouvrier amène certains hommes à poser la
question sociale : après la liberté, ils revendiquent l’égalité ou alors, ils
luttent contre l’injustice.

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Ainsi les changements de société sont extrêmement importants
au XIXème siècle. Les auteurs parlent et décrivent ces transformations dans
leurs œuvres, et beaucoup s’engagent dans des parties politiques
progressistes (Lamartine, Hugo, etc.) ou conservateurs. Ils vont néanmoins
se rejoindre, pour dessiner et offrir au lecteur la figure du héros libre et
créent le mythe de ``l’artiste bohème et rejeté´´.

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LE ROMANTISME : MOUVEMENT LITTÉRAIRE

Sous la révolution, puis, sous la monarchie, les écrivains s’expriment avec une plus
grande liberté. Ensemble, ils dénoncent l’incohérence des règles qui freinent le développement
du génie.

Dans la deuxième moitié du XVIIIème siècle, les tendances individualistes naissantes


s’affirment durant la révolution, et prennent désormais plus d’ampleur : naît alors la génération
romantique.

Le mot ‘’romantique’’, de l’allemand ‘’romantisch’’, traduit les tendances littéraires


s’opposant aux tendances classiques.

LE PRÉROMANTISME

Au milieu du XVIIIème siècle une réaction contre le rationalisme et une certaine


sensibilité envahissent les écrivains. Chez Diderot, l’élément émotionnel prend une grande
importance et ‘’La nouvelle Héloïse’’ de Jean Jacques Rousseau peint merveilleusement le
sentiment passionné et les élans du cœur. Plus vraisemblable que la raison, cette sensibilité
permet de poser l’idée de la bonté de l’homme car la passion conduit naturellement vers la
vertu. Diderot parlera plus de délire poétique alors que Rousseau parlera d’ivresse et extase.

Ainsi, l’épanouissement de cette sensibilité permet d’accueillir à bras ouvert les œuvres
étrangères : des traductions de Shakespeare en Angleterre aux œuvres allemandes de Goethe.

L’écrivain, par sa soif de sensibilité, va se placer au centre de l’œuvre. Les thèmes


préromantiques se retrouveront au XIXème siècle dans les œuvres romantiques. On retrouve
ainsi la grandeur et les mystères de la Nature (en harmonie avec nos émotions), le mysticisme
(car la nature nous rapproche de Dieu) et l’Amour (dont les thèmes se trouvent parfaitement
dessiné dans ‘’La nouvelle Héloïse’’ : fatalité de la passion, tourments, sentiment douloureux et
les émotions).

Ainsi, on retrouve en Rousseau et Diderot, des précurseurs incontestables du


mouvement révolutionnaire du XIXème siècle : le Romantisme.

INFLUENCES EUROPÉENNES

Il y a deux grandes influences : l’Angleterre et l’Allemagne.

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Peu à peu, au XVIIIème siècle, grâce aux traductions, les français découvrent la
littérature anglaise. C’est surtout l’œuvre de Shakespeare qui retient toute l’attention des grands
auteurs. Écrivain du XVIème siècle, son théâtre leur apparaît comme fascinant et même
moderne. En effet, face aux règles de la tragédie classique du XVIIème siècle, qui semblent plus
les freiner par leur rigidité, il découvre le drame Shakespearien, où toutes les passions se font
voire, sans règles ni convenances. Mais nous reviendront plus loin sur ce thème.

Ensuite, la révolte contre le classicisme en Allemagne offre une grande source


d’inspiration. En 1770, naît ‘’Sturm und Drang’’ soit tempête et assaut, mouvement qui, à
travers un groupe de jeune, se retourne contre les contraintes du classicisme. Les souffrances du
jeune Werther (1774) de Goethe en est la meilleure illustration. Il s’agit de l’histoire d’un jeune
homme sensible et mélancolique qui, souffrant de peine d’amour et de rejet, se suicide.
Plus tard, Nerval traduira Faust, du même auteur, qui peint la vie d’un savant qui, pactisant avec
un envoyé du Diable, retrouve sa jeunesse perdue et séduit une pauvre jeune fille.

Le romantisme apparaît donc comme un mouvement européen. Ce renouveau va donc


naître en France de l’émigration, des guerres napoléoniennes et de l’éveil national.

L’affirmation du romantisme

On ne peut parler de la création d’une école romantique, mais de la création de foyers


où se regroupaient des artistes, pour lutter contre les contraintes des classiques. Cet esprit
nouveau se regroupait dans des revues telles que la Muse française ou des journaux comme le
Globe.

Périodique né en 1823, La Muse française contient des pages de vers où l’on retrouve
les poésies de Victor Hugo, de De Vigny et des critiques où l’on fait l’éloge de Walter Scott ou
Shakespeare. Les rédacteur veulent et redemandent un renouveau de l’art. Ils cherchent à
s’écarter des œuvres classiques et renient l’imitation car ils revoient en elle nul moyen d’égaler
les classiques.

Un an plus tard, Nodier est nommé bibliothécaire de l’Arsenal et y réunie avec


fréquence ses amis écrivains et artistes en tout genres. On y retrouve Hugo, Lamartine, De
Vigny, Dumas, Balzac, Gauthier. Ils y débattent leurs idées sur l’art mais aucune doctrine ne
voit le jour.

Parallèlement, Le globe réunit des artistes tels que Stendhal ou Mérimée qui prennent
conscience de la nécessité d’un changement dans l’art. Cependant en 1827 Hugo se rapproche
du Globe de par ses idées politiques et sa préface de Cromwell qui l’impose comme chef du
mouvement. Il va donc fonder avec Sainte Beuve le Cénacle (de la rue Notre Dame des champs,

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de son appartement). Il regroupe la presque totalité des figures littéraires du XIXème siècle.
Pour eux la « liberté littéraire est fille de la liberté politique… À peuple nouveau, art nouveau ».
Le libéralisme triomphe face aux classiques qui perdront la bataille lors de la première
représentation de l’œuvre d’Hugo, Hernani.

En 1830 cette armée romantique se dissout peu à peu. D’autres cercles se constituent,
mais la quasi-totalité des romantiques restent à l’écart.

‘’L’union fait la force’’, et le génie romantisme commence.

Les caractéristiques du romantisme

Les caractéristiques du romantisme sont les suivantes :

- Libération de l’art : varier les rythmes, recourir à de nouvelles images et symboles vont
permettre au poète de décrire l’âme humaine avec plus de liberté que dans les vers
classiques. Quand au théâtre, il s’agit de mélanger les genres (tragique et comique) et de
renoncer aux unités (de temps, de lieu et d’action) afin de reproduire l’intrigue
historique et l’expérience humaine avec plus de vraisemblance.

- La frénésie : la société de l’époque recherche de nouvelles émotions à travers le récit


d’histoires plus tragiques encore que ce qu’elle a vécue. Elle trouve son essor à partir de
1830 surtout.

- L’inspiration ; si la raison dominait au XVIIIème siècle, c’est la rêverie et les émotions


de l’âme qui prennent le pouvoir chez les romantiques : « il faut déraisonner ».
L’imagination et la sensibilité de l’artiste se place au premier plan.

- La bohème littéraire et la marginalité : les romantiques revendiquent le droit à la


passion. Ils vont créer le héros sombre et fatal révolté, marginal qui tombe sous l’égide
des forces obscures : c’est un révolté contre la société ou même contre Dieu.

- La responsabilité sociale : ayant pour thème l’engagement politique et social, les


romantiques posent les problèmes de la société. Justice et fraternité sont les piliers qui
unissent les écrivains qui proclament leur devoir envers l’homme ainsi que le caractère
philosophique du romantisme. Il faut d’abord libérer l’art pour libérer l’homme.

Les thèmes récurrents du mouvement sont le Moi, c'est-à-dire le Je lyrique, qui peint ses
sentiments ; la mélancolie, c'est-à-dire l’expression d’un malaise, d’une condition qui se justifie
par les bouleversements qu’ont occasionnés les révolutions, les guerres et les crises

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économiques et sociales (et qui se réfugie dans la peinture pittoresque dont W.Scott en est
l’initiateur). Après ces périodes de troubles ils recherchent un équilibre ; l’amour bien sur ; la
nature, en parfaite communion avec elle et aspirant au bonheur idéal (ils prônent la juxtaposition
de l’idéal sentimental à l’idéal spirituel : l’amour est comparé à la beauté céleste) ; la révolte
(contre l’homme et son créateur) ; et comme vu plus tôt, l’engagement politique et social.

Tous ces éléments qui caractérisent le romantisme soulignent le visage individualiste du


mouvement.

Les passeurs
MADAME DE STAËL

C’est une des grandes initiatrices du mouvement romantique. Elle a écrit deux œuvres
théoriques ; De la littérature (1800) et De l’Allemagne (1813), où elle analyse l’âme romantique
et aborde le mal du siècle et le renouveau poétique, thèmes d’inspiration de la nouvelle poésie.
Le renouveau poétique libère l’inspiration : la poésie, à l’exemple de Shakespeare,
devient moderne, chrétienne et nationale. Quand au mal du siècle, il désigne tout à la fois la
mélancolie de l’âme, l’enthousiasme qu’elle ressent mais aussi son inquiétude.

On parle d’influence chez Mme de Staël non pas pour le génie de ses œuvres mais
plutôt pour le fait qu’elle eut fait passer des idées qui ouvriront les portes à un romantisme, à un
moment des plus favorable à sa réception.

Dans son œuvre De la littérature (titre qui rappel De l’esprit des lois de Montesquieu
dont elle reprend l’idée sur l’influence du climat) elle étudie l’influence de la religion, des
mœurs et des lois sur la littérature ainsi que l’influence de cette dernière sur la société. Diderot
parlait déjà de l’influence des mœurs sur la poésie au XVIIIème siècle, et Mme de Staël reprend
les idées développées durant ce siècle.

En 1803, elle part pour l’Allemagne où elle y rencontre Schiller et Goethe. Schlegel
l’initie à la littérature allemande. Un an plus tard elle se rendra en Italie pour revenir en pays
germanique en 1807 où elle commence l’écriture de son deuxième grand ouvrage, De
l’Allemagne. Cependant, lorsqu’elle revient en France pour la publication de ce dernier livre,
Napoléon, avec qui les rapports sont plus que tendus, le fait détruire. Le livre paraît donc en
1813 à Londres et un an plus tard à Paris. L’inspiration et le génie « motivent l’âme ». De plus,
elle va établir un parallèle entre la poésie classique et la poésie romantique.

Son œuvre se divise en quatre parties :

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- ``De l’Allemagne et des mœurs allemandes´´, où elle étudie les mœurs du peuple et
leurs influences sur les sentiments.

- ``De la littérature et des arts´´, où, à la poésie classique française, elle oppose la poésie
romantique allemande (elle présente les drames des grands écrivains allemands).

- ``La philosophie et la morale´´, où elle montre l’influence de la pensée allemande sur la


littérature et les arts.

- ``La religion et l’enthousiasme´´, où elle souligne le goût du mysticisme et le grand


enthousiasme qui submerge ce peuple.

C’est, en conclusion, elle qui suggérera aux français de s’initier au romantisme allemand.

BENJAMIN CONSTANT

De famille française exilée après la révocation de l’édit de Nantes, il étudies dans des
universités allemandes et anglaises. De retour en France trente ans plus tard, ses idées politiques
et sa relation privilégiée avec Mme de Staël lui donne l’accès au Tribunat, d’où il sera exclu
pour ses idées libérales. Il suivra sa protectrice exilé, mais reviendra en France quelques années
plus tard pour devenir un des orateurs libéraux (il sera président du conseil d’Etat sous le règne
de Louis Philippe).

Malgré ses écrits politiques et ses ouvrages religieux, c’est Adolphe (1816), roman
autobiographique, qui a le mérite d’être son plus grand succès. Nous verront plus loin quelques
traits de ce roman. Il est seulement intéressant, ici, de souligner le fait que l’œuvre apporte déjà
des éléments romantiques : son héros incarne « le mal du siècle ».

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FRANÇOIS-RENÉ DE CHATEAUBRIAND

L’enfance de Chateaubriand fut quelque peu différente de celle d’un enfant normal :
abandonné aux domestiques, solitaire, rêveur, tendre et sensible, c’est à Combourg que naîtra sa
passion poétique. Devenu sous lieutenant à l’âge de 18 ans, il sera présenté à Versailles et se
mêlera aux salons parisiens. En 1791, il embarque cinq mois pour l’Amérique où il y découvre
un paysage exotique qui l’inspirera dans la rédaction de ses œuvres.

Exilé un an plus tard en Angleterre, c’est après le décès de sa mère puis de sa sœur,
qu’il revient à la religion et entreprend l’écriture du Génie du Christianisme. Fervent défenseur
de la monarchie, dès son retour en France en 1800, il publie Atala (chapitre de son œuvre
précédemment citée), sur lequel nous reviendront plus loin.

Sa vie politique, pour le moins mouvementée (homme de l’opposition, il devient un des chefs de
la droite), le pousse à exercer ses devoirs diplomatiques à Rome.

Dans l’édition anglaise du Génie, on retrouve l’histoire d’Atala, où le cœur humain vie
en harmonie avec la nature et la religion chrétienne. C’est en 1801, de retour en France et avant
même la publication de son œuvre, qu’il publie ce chapitre. Le thème exotique s’y mêle avec la
peinture de l’amour de deux êtres obéissant à la Nature. On y retrouve de la mélancolie, de la
solitude, des sentiments désespères face à une fatalité. Il existe, dans ce roman, un conflit entre
la religion et le désir des personnages. L’auteur sait parfaitement utiliser les mots afin de
traduire les passions et les problèmes de leur âme, et la nature se dessine en parfait accord avec
les sentiments d’Atala et Chactas. Cette œuvre marque les débuts de la littérature romantique.

Réunie depuis 1805 à Atala, Chateaubriand publie en 1802, René, roman


autobiographique. Nous n’allons pas ici parler de l’œuvre puisqu’il s’agira plus tard d’en donner
les caractéristiques, mais il est important, afin de comprendre en quoi l’auteur peut être
considéré comme ‘’passeur´´ du romantisme, de souligner un détail important du chapitre. Le
roman nous offre les sentiments d’une âme inquiète, torturée par cette envie de s’adonner aux
passions, mais consciente que la réalité ne peut répondre à cette volonté ; le mal de René naît
lorsqu’il se rend compte du néant qui l’entoure bien qu’il est, afin de s’évader, effectué des
voyages. C’est la figure du héros romantique. Pour Chateaubriand, ce mal est le mal de
l’homme moderne qui, hérité d’un siècle où tout a été vu, l’action n’a plus de sens. La portée de
ce héros sera d’abord négligée par cette génération pour devenir, sous l’Empire, le mal du
siècle. En effet, déchue de ses rêves, cette dernière, devenue, par la force, inactive, se
reconnaîtra en René. Cette inquiétude, ce « mal du siècle » est un des thèmes récurent du héros
romantique.

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Le génie du Christianisme est donc d’une forte influence pour le renouveau littéraire. Il
rompt avec les conventions classiques. Pour Chateaubriand, « la littérature doit marcher avec
son temps et l’art moderne ne peut vivre que s’il repose sur une inspiration moderne ». Ainsi le
christianisme devient source d’émotion et la nature peut répondre aux aspirations de l’âme de
l’homme. De plus il attire l’attention vers l’histoire nationale et éveil chez le lecteur, un
sentiment héroïque.

En conclusion, Chateaubriand apporte à ses contemporains un nouvel aspect de la


pensée et de la poésie : il rend compte des liens existant entre la nature et l’homme, et ranime le
sentiment religieux.

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LA POÉSIE

Au début du siècle, une vague de pessimisme va envahir notre littérature : l’élégie va


devenir le genre privilégié dès 1815. Mais c’est en 1820 avec les Méditations poétiques de
Lamartine que le genre va connaître son chef d’œuvre. La poésie française connaît alors un
profond changement. Le romantisme est marqué par le lyrisme et un goût pour la mélancolie.
Aussi les poètes vont inventer de nouvelles formes comme le poème en prose, et une forte
revendication de l’expression versifiée se fera ressentir. La poésie devient, comme le roman,
personnelle. C’est dans son âme, dans sa sensibilité et dans ce qu’il y a de plus intime en nous
qu’il faut chercher la poésie. Les poètes font une place très importante à l’effusion du moi et ils
vont exprimer leur souffrance et leur mal de vivre : ils vont alors méditer sur Dieu, l’amour et la
mort, sur la Nature et la fonction du poète. La poésie sera, à cette époque, synonyme de
musicalité et de sensibilité.

ALPHONSE DE LAMARTINE

En 1820 paraît l’œuvre citée plus haut, dont le succès est incroyable. Il a écrit une
poésie méditative, lyrique et musicale et c’est ce qui en fait le succès.
Activité intérieure, la méditation permet de se recueillir pour approfondir les pensées. Il peint
une Nature qui, plus qu’un paysage fascinant et merveilleux, apparaît comme le miroir de
l’âme : les termes sont imprécis et il n’y a pas d’images pittoresques. Il parle de ‘’méditation
poétique’’ car pour lui c’est le cœur qui guide ces méditations ; d’ailleurs son lyrisme est guidé
par deux thèmes. On a d’abord l’amour incarné en Elvire (Mlle Julie Charles) qui représente la
morte amoureuse : l’amour est brisé par la mort, ainsi la seule escapade pour le poète reste la
religion, deuxième thème de l’œuvre. Le sentiment religieux lui permet de s’évader par la
prière, et donc certaines méditations vont être consacrées aux problèmes métaphysiques (prière,
immortalité, providence). Ce recueil de 24 poèmes produit l’effet d’une révolution.

Plainte d’un cœur brisé par l’amour, amour en deuil, son recueil nous l ivre ses
émotions face à ce soupir de l’âme, au temps qui passe, à ses inquiétudes et sa hantise de la
mort. À ses peines et à ses moments de joie, il associe la Nature, en laquelle il retrouve une
confidente, une amie. Ce qui fait de son œuvre son originalité, est la relation étroite qui existe
entre l’amour et l’aspiration religieuse. Ce lien rend l’amour infini et immortel : c’est l’amour
divin.

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ALFRED DE MUSSET

Ce qui caractérise Musset, entre autre, est le style pathétique et la souffrance


qu’adoptent ces œuvres poétiques. En poésie, le poète donne une priorité au lyrisme. Pour lui ni
la politique ni le social, ni la philosophie ne peuvent être associés à ce genre. Toute poésie qui
ne sort pas du cœur, ne l’intéresse pas. L’inspiration est le maître mot. Pour lui la poésie est un
salut qui peut justifier les souffrances de l’homme.

Les Nuits est sa plus belle œuvre. La solitude et l’amour sont les deux thèmes qui
ressortent : blessures de l’âme, l’amour est le sentiment qui l’a le plus fait souffrir.

En conclusion, il revendique un lyrisme humain venant du cœur et allant au cœur.

ALFRED DE VIGNY

Son œuvre se compose de deux grands recueils. En 1826, il publie Poèmes antiques et
modernes qu’il complétera en 1837 et répartira en trois groupes : I, livre mystique ; II, livre
antique et III, livre moderne. Dans cette œuvre on ressent l’influence de Chateaubriand. On y
sent son goût pour l’exotisme et la reconstitution historique. Il y fait aussi une reflexion sur
l’existence humaine.

Son deuxième et plus grand chef d’œuvre est les Destinées (1864) de onze poèmes. Il y
pose le problème de la condition humaine ; l’ignorance et la misère étant un poids à porter, aussi
« le mal social sera envisagé dans les problèmes de la politique, des races et de la civilisation,
de l’amour même, dans les lourdes tâches du devoir »1. D’un pessimisme contre un mal social et
philosophique on arrive a un avenir, à un destin plutôt radieux pour l’humanité. Le poète
revendique sa foi en la civilisation, en l’homme qui, malgré le lourd destin qui l’attend, arrivera
à triompher.

VICTOR HUGO

Hugo est d’abord et avant tout, poète lyrique et épique. Son lyrisme est fondé sur des
émotions, souvenirs ou rêves et passe de l’intime au pittoresque pour devenir presque cosmique.
Hugo aborde divers thèmes comme « l’amour, la paternité, l’enfance, la mort, le destin, la
patrie, la liberté, la charité, la pitié pour les malheureux, le travail et sa noblesse, la nature et son
charme et son mystère, le monde et ses abîmes ». Sa manière d’écrire est, dans un premier
temps, reflet de Lamartine et des poètes du XVIIIème siècle. Mais ses œuvres de l’exil
révèleront un art plus puissant car, convaincu que le poète exerce une mission humanitaire et
religieuse, à l’art pour l’art, il préfèrera l’art pour l’humanité : « Avec des mots, des rimes et des

1
Pierre Moreau

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rythmes, il sait faire aussi bien des hymnes guerriers ou des chevauchés, que des chansons
d’amour ».

En 1822, il publie les Odes et Ballades, recueil d’inspiration catholique et


‘’légitimiste’’. On y retrouve la forte influence de Lamartine. La préface de l’œuvre présente la
poésie comme émotion d’une âme ou des révolutions, écrite en vers ou en prose. Mais deux ans
plus tard, il y ajoutera la fonction du poète « Telle est la mission du génie ; ces élus sont les
sentinelles laissées par le seigneur sur les tours de Jérusalem et qui ne se tairont ni jour ni nuit ».
Le poète doit montrer le chemin car il est l’écho de Dieu. Les Ballades elles, sont d’inspiration
pittoresque et font revivre le Moyen Âge (comme le faisait W.Scott).

En 1829, il publie les Orientales, aussi d’inspiration pittoresque, qui montre


parfaitement l’appel en faveur de l’indépendance de la Grèce.

Les rayons et les ombres (1840), dernier recueil avant l’exil, révèle une réflexion plus
profonde sur la mission du poète. Pour lui, il doit se faire le devoir de servir de guide. Il doit
apporter des paroles d’amour, de justice et de vérité éternelle.

Quelques années plus tard, en 1853, Hugo, exilé, présente une caricature de Napoléon
III. Une fureur contre son crime, contre son régime autoritaire, contre son coup d’état, l’anime
dans son œuvre les châtiments. La satyre s’y présente sous la violence des crimes et l’ironie qui
se rie de sa bassesse (Napoléon III est ‘’un nain et un paillasse’’). Nouvelle illustration du
mélange des genres, le ton est à la fois passionné et pathétique. De temps en temps, la satire va
s’élargir en épopée : les chants héroïques du passé contrastent avec les hontes des temps
présents. Hugo fait l’éloge d’un futur plus lumineux où règne la république universelle.
La satire des Châtiments, inséparable de l’inspiration lyrique et épique, élève le débat à une lutte
du bien contre le mal. L’œuvre élève la poésie du XIXème siècle à un niveau remarquable.
En conclusion, la diversité des tons présente dans ce recueil montre la manière qu’Hugo a de
passer de la chanson (lyrisme) à l’invective (l’injure et la haine qu’exprime le poète) en passant
par la satire épique (exaltation des exploits historiques en contraste avec la bassesse humaine
des dirigeant de l’époque) pour terminer avec une vision prophétique (il se tourne vers un avenir
qu’il voit plus positif).

En 1856 paraît son recueil, dont la composition durera vingt-et-un ans, les
contemplations. L’année 1843 est considérée comme une coupure dans sa vie poétique. Il divise
l’œuvre en deux parties représentant deux époques artistiques différentes : ‘’Autrefois’’ et
‘’Aujourd’hui’(poèmes postérieurs à la mort de Léopoldine, sa fille aînée, et donc moments de
deuil et d’exil). Il considère les contemplations comme œuvre la plus complète. Il y aborde
différents thèmes ; l’enfance, l’amour (ses plaisirs et ses épreuves. Pour lui écouter les leçons de

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l’amour c’est écouter le dessein de Dieu (mysticisme sentimental)), la douleur (sa propre
souffrance) et l’au-delà (importance de la réflexion métaphysique qui peut être traduit par le
verbe).

Les contemplations regroupent six livres : ‘’Aurore’’ (la jeunesse), ‘’L’âme en fleur’’
(l’amour), ‘’Les luttes et les rêves’’ (la pitié, la misère), ‘’Pauca meae’’ (le deuil de sa fille),
‘’En marche’’ (méditation, réflexion métaphysique) et ‘’Au bord de l’infini’’ (immortalité de
l’âme, destin de l’homme et du monde).

Enfin, l’épopée va triompher dans son œuvre La légende des siècles (1859). Ce recueil
de ‘’petites épopées’’ est inspiré des « livres saints, de la mythologie, et de l’histoire
universelle ». Il le présente comme la première partie d’un triptyque que Dieu et la fin de Satan
viendront complétés. Attaché aux vérités des mythes, le poète crée la légende des siècles où il
retrace l’ascension de l’humanité. Sous la protection de la Nature et de Dieu, l’humanité sort
toujours victorieuse de son combat contre le mal. La science, l’amour, la chevalerie,
l’évangélisme et l’âge de la renaissance contribuent à transfigurer cette victoire. Dans cette
œuvre son imagination atteint une grandeur considérable ; il imagine les jardins d’Eden, des
salles de palais, etc. Il va lui-même créer des mythes car le merveilleux est l’expression d’une
vision du monde. Son message est mystique et prophétique.

Défenseur des peuples opprimés, de la liberté et de la justice, Hugo s’impose comme le


chef des poètes romantiques et se proclame ‘’investi d’une mission sacrée’’. Le deuil et l’exil
l’élève au plus haut de son art. Il possède un génie imaginatif spectaculaire ainsi qu’une grande
faculté à poser les problèmes de la vie sociale et politique.

En conclusion, le romantisme a libéré de la poésie qui va alors exprimer des états


d’âme : souffrances, désirs, angoisses. Des confidences sentimentales aux missions sociales et
politiques, les poètes romantiques vont retranscrire les aspirations du XIXème siècle.

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LE ROMAN

LE ROMAN AUTOBIOGRAPHIQUE

La liberté de l’esprit à réalisé de grands progrès lors de la réforme et de la révolution de


1789. À l’aube d’un monde Nouveau, les hommes recherchent de nouvelles bases. Schlegel, en
parlant de ce besoin de chercher un contrepoids à toute cette agitation répondit: “i lest en nous
même”. Après ces grandes agitations, les romantiques tropuvent refuge en leur interieur.
L’individu ordinaire séduit parce qu’il est décrit au quotidien.

Après l’abondance des personages et des peripéties des romans précieux, le roman veut
revenir à l’individu, décrire de réels sentiments. Le roma ndu MOI ou roman personnel, qui
transpose des experiences vécues par l’auteur, sera donc favorisé par cette « vogue´´romantique.
Il marque une sorte de transition entre le roman mémoir du XVIIIème siècle et l’autobiographie.

L’auteur se sépare de son personaje et affirme le caractère fictif de son roman, cependant il
peut être considéré comme une forme de l’écriture de l’intime.

Roman à la première personne, il expose les sentiments les plus personnels de l’auteur et
s’inspire de son vécue. C’est une sorte d’autobiographie déguisé: il raconte une vie, ou la partie
d’une vie à travers celle du personaje principal. Mais l’écrivain se cache derrière ce personaje et
nie totalement un quelconque rapport entre eux deux.
“Cette de reconnaître Dans les ouvrages d’imagination les individus qu’on rencontré Dans le
monde, est, pour ces ouvrages, un vaste fléau […] chercher des allusions. Dans un roman, c’est
substitué le commerage à l’observation du coeur humain” (Adolphe Constant).

“Le roman autobiographique est un roman Dans lequel le personaje fictif entreprend le
récit de sa vie à la première personne”. Appelé aussi roma ndu moi ou roman d’analyse et de
confidences, les écrivains y décrivent leurs états d’âme Dans des fictions à travers un personaje
qui raconte sa propre vie.

Les romanciers du MOI comme Mme de Staël, Sénancour, Constant ou Chateaubriand,


prennent plaisir à décrire les passions et émois de leur héros. I lest un des apports les plus
importants du romantisme.

Le roman à la première personne implique un monde perçu par un regard, par une
sensibilité particulière. On a un angle de vu unique, concentré autour d’un JE , et ainsi, des
récits d’événements réduits. L’individu va s’affirmer et souligner sa singularité. Le personnage

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est nommé par son prénom qui représente son côté le plus intime : en le présentant en dehors de
toute collectivité, le personnage devient plus autonome.

CONSTANT
Benjamin Constant doit sa célébrité au roman autobiographique Adolphe qui nous fait
entrer Dans l’intimité de ses états d’âmes, de ses sentiments, de sa vie. Il y fait l’analyse de sa
propre personne avec brio. Adolphe est, en quelques sorte, l’auteur, et il y transpose sa relation
avec Mme de Staël: la psychologie de ses personages est réelle. Adolphe incarne ainsi le mal du
siècle.

C’est l’histoire d’une ``servitude´´ sentimentale : le héros s’éprend d’Ellénore, femme


plus agée qui abandonnera tout pour lui, mais se rend compte avec le temps que ce qu’il ressent
n’est pas de l’amour. Il tente en vain de lui avouer ses véritables sentiments. Sa maîtresse
apprendra par un autre la volonté d’Adolphe de la quitter et, de tristesse, dépériera et mourra.
Adolphe, enfin libre, se condamnera à la solitude et aux remords.

SÉNANCOUR

Vie plutôt solitaire, il a su trouver dans les philosophes un point d’appui spirituel. Il
apparaît comme héritier de Rousseau, par son style. Il s’est mêlé aux controverses politiques et
religieuses et montre dans son œuvre Oberman, ce désenchantement sentimental dont il en est
lui même le témoignage.

Oberman (1804), qui se compose de 91 lettres dont le destinataire n’est pas mentionné,
est une confidence sur sa vie sentimentale. Le héros, tout comme Senancour, rêve d’un bonheur
impossible. Il tente en vain d’oublier sa désillusion marquée par la souffrance (séparé de sa
femme deux ans avant la publication de l’œuvre).

On voit en ce livre un journal de sa vie à parti de 1789. La confidence psychologique de


l’état d’âme d’Oberman, soit Senancour, est admirable. C’est une sorte de mal du siècle, mais
un mal beaucoup plus profond. C’est un malaise métaphysique (de l’âme) presque inguérissable
que même la religion ne peut vaincre. Oberman souffre d’une incurable tristesse et la foi ne peut
le sauver. C’est la sincérité de Senancour qui a fait d’Oberman son chef d’œuvre incontestable.

CHATEAUBRIAND
René, paru en 1802, est un des romans autobiographique les plus reconnus. L’enfance
de ce héros est très semblable à celle de l’auteur. Le mal de René, vu auparavant, semble être un
mal réel. Il ne croit plus au bonheur et sa vie n’a plus de sens. Ainsi il se lance dans des voyages

18
mais, malgré ce changement de vie, cette recherche de l’inconnu le conduit à la confirmation du
néant et à l’idée du suicide (idée que l’on retrouve dans les Rêveries du promeneur solitaire de
Rousseau, dans Werther de Goethe). Si Atala préfigure le romantisme, René en marque la
naissance. Avec René naît une nouvelle classe d’hommes : le mal du siècle naît dans ces pages.

Roman du moi, à la manière d’Oberman de Senancour, d’Adolphe de Constant et de


Delphine de Staël, il est une sorte de confession. Il raconte les sentiments secrets de son âme,
histoire intime qu’il révèle au sauvage et au prêtre (ils incarnent tous les deux la sagesse : paix
religieuse et avec la nature). La Nouvelle Héloïse et les rêveries de Rousseau ont assurément
influencés son œuvre et son héros.

En conclusion, mal de l’homme moderne selon Chateaubriand, René servira de modèle à


toute une génération déchue de ses rêves de gloire à la chute de l’Empire : le mal de René
deviendra le mal du siècle.

LE ROMAN HISTORIQUE

S’il est vrai que le romantisme est un genre du XIXème, il n’en est pas moins vrai aussi
qu’Hugo, et Vigny ont des précurseurs : Prévost, Mme de Scudéry ou même Mme de La
Fayette. Ils utilisaient comme toile de fond de leur romans l’histoire, qui n’est pas perçut
directement car ils la dissimulaient. Ils donnaient plus d’importance à la psychologie et au récit.

En France, c’est Walter Scott qui est considéré comme la véritable influence du roman
historique. Son œuvre nous offre différentes époques avec des images aussi fidèles que possible.
L’intrigue est tirée d’une intrigue historique. Il ne s’agit donc plus de lire par quelles péripéties
le jeune homme épouse la jeune femme, ce sont les sentiments et les pensées de la collectivité
qu’il représente. C’est l’Ecosse elle même qu’il met en scène. L’histoire n’apparaît donc plus
comme un fardeau, au contraire, c’est elle qui fait le récit de l’œuvre.
Genre incertain, grâce à Scott il est devenu un phénomène.

Walter Scott atteint une véritable popularité à partir de 1817. Son œuvre majeure est
Ivanhoé ``Wilfred d’Ivanhoé, fils du noble saxon Cédric, est épris de la pupille de son père
Lady Rowena mais Cédric, ferme partisan du retour sur le trône d’Angleterre de la race saxonne
pense marier Rowena à Atelsthane, chevalier saxon de sang royal ; il exile son fils Ivanhoé qui
part pour la Croisade avec Richard Cœur de Lion dont il gagne la confiance, l’estime et
l’affection. En l’absence de son frère, le Prince Jean veut s’emparer du trône’’2.

2
Résumé de la page internet http://www.crdp-toulouse.fr/spip.php?
page=dossier&article=71&num_dossier=80&univers=18

19
L’histoire est la toile qui dirige l’œuvre : plusieurs épisodes apparaissent, comme celui
de l’assaut du château, ou celui ou Robin Hood et Richard Cœur de Lion, revenu des croisades,
sauvent Cédric et Rowena de Torquilstone. Certains personnages sont inventés et d’autres
donnés comme réels, et l’histoire est toujours celle d’une Angleterre réelle.

Au XIXème siècle, le roman historique va obtenir un grand succès puisque l’histoire


nourrit la fiction et a le prestige de la vraisemblance. Les personnages, réels ou fictifs,
permettent au lecteur de s’identifier à eux.
Pour Alfred de Vigny, Walter Scott fut, sans conteste, une grande influence pour lui lors de
l’écriture de son œuvre. Cinq mars, dont la parution amorce le commencement du roman
historique, est loin d’être considéré comme son chef d’œuvre.

C’est l’intrigue politique qui est le réel sujet de Cinq mars. Il raconte une conjuration
faite contre le cardinal de Richelieu en 1639. En peignant son héros, il exalte la noblesse,
humiliée par la monarchie absolue. On retrouve dans cette œuvre une grande fidélité des mœurs,
des coutumes et des couleurs locales (car les descriptions sont très précisent). Plus poète et
philosophe que romancier, s’il n’est devenu le reflet de W.Scott en France, il n’est pas moins
devenu un grand serviteur du roman historique qui, grâce à lui, débutera une série de succès à
travers la plume de différents auteurs.

L’artiste romantique est ``quelqu’un pour qui le monde extérieur existe´´(Gauthier) Les
romanciers français ont su eux aussi créer des œuvres populaires. Les trois Mousquetaires de
Dumas, Notre Dame de Paris d’Hugo et même Balzac en témoignent.

MÉRIMÉE

Son œuvre, Les chroniques du règne de Charles IX est considéré une des plus
importante dans ce genre romanesque. Sa préoccupation pour la fidélité détruit presque
l’intrigue : les amours de Diane et Mergy, le massacre de la Saint Barthélémy, les dangers du
fanatisme. Mérimée laisse à l’auteur le soin de terminer son œuvre étant donné que pour lui,
c’est la fresque historique, la chronique qui importe.

« Je laisse décider le lecteur qui, de la sorte, terminera toujours le roman à son gré ». Il
s’agit donc de donner une vision exacte d’une société à une époque déterminée, ainsi les
personnages ne sont que secondaires. La cour occupe néanmoins la première place, ses mœurs
plus exactement. Aussi, la question religieuse y est traité : dans le Baron de Vaudreuil
cohabitent religion et débauche, le personnage récite sa prière en se mettant à table, mais il ne
sait pas tout à fait pourquoi. Les convictions religieuses des personnages sont très légères. Nos

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deux héros, frères de sang et protestants, doivent d’ailleurs affronter les affres que leur inflige
leur religion : l’un abjurera en faveur du catholicisme et l’autre restera fidèle à la sienne. Les
deux amants sont aussi de religions différentes (Diane et Mergy). Cette œuvre est considérée le
premier chef d’œuvre du roman historique et devient le premier modèle français. Cette vérité
humaine où les anciens ont vu un champ de prédilection.

HUGO

L’imagination et la documentation du romancier rendent le cadre historique de Notre


Dame de Paris (1831) plus vrai et plus impressionnant encore. L’intrigue, mélodramatique,
peint Paris eu XVème siècle, peuplé de truands, avec sa cathédrale qui y abrite un certain
mystère. Le ton mélange le sublime et le grotesque (dans le personnage de Quasimodo).

La fatalité fait vivre l’intrigue ; tous nos personnages (Phoebus, Frollo, Esméralda et
Quasimodo) sont assassinés ou pendus. Tous ces héros représentent ``la classe tout entière dont
ils font parties´´. Phoebus représente la noblesse, Frollo le clergé et Esméralda le peuple. Mais
l’observation des mœurs y est insuffisante : le personnage principal reste la cathédrale qui se
dresse majestueusement au centre de la ville. Elle est animée par la vie des parisiens, elle en est
en quelques sorte l’âme. Le pittoresque triomphe et le décor prend la place de l’homme.

LE ROMAN FANTASTIQUE

La gloire du fantastique coïncide avec celle du romantisme même si son esthétique et ses
thèmes peuvent être perçus au XVIIIème siècle. La période romantique se caractérise par un
certain scepticisme : croyance au surnaturel (après un siècle basé sur la raison). Il trouve place à
cette période en particulier grâce aux exigences rationnelles et rigoureuses qu’imposaient les
esprits du XVIIIème. Ces récits font intervenir des personnages et événements surnaturels. Ce
goût du mystère, de l’obscure, est apparu en Angleterre au XVIIIème (le roman gothique de
Walpole).En Allemagne ce sont les frères Grimm qui pratiquent cette littérature. Hoffman
invente des aventures magiques dans un environnement réel.

NODIER

Le goût des romantiques allemands pour le rêve ouvre le pas à toute une génération de
la littérature française qui travail sur les images du rêve et de la folie. Charles Nodier est
considéré comme l’écrivain et théoricien du fantastique. Ces contes jouent sur l’état
intermédiaire entre l’état de veille et l’état de sommeil. En 1830 il publie Du fantastique en

21
littérature, où il définie le genre. Nodier n’impose aucunes règles : c’est ce qui donne libre court
à l’imagination, à la fantaisie.

Il a su discerner l’importance du rêve dans la ``vie psychique et dans la création


littéraire´´. « Le sommeil est non seulement l’état le plus puissant, mais encore le plus lucide de
la pensée, sinon dans les illusions passagères dont il l’enveloppe, du moins dans les perceptions
qui en dérivent ».

Il est en quelques sortes l’initiateur d’une littérature qui trouvera son expression la plus brillante
au XXème siècle, dans le mouvement surréaliste.

Vers 1830 apparaît l’école frénétique où s’imposent sorcières, vampires et loups garous.
Il publie alors Smarra ou les démons de la nuit. Mais le conte le plus enrichissant est la Fée aux
miettes où la volonté de vivre ses rêves dans la réalité s’apparente de près à se condamner à la
folie ou la mort.

NERVAL

Sa propre vie est transformée par le songe. Dans Aurélia il écriera « je ne sais comment
expliquer que, dans mes idées, les événements terrestres pouvaient coïncider avec ceux du
monde surnaturel, cela est plus facile à sentir qu’à évoquer ». Dans cette œuvre on retrouve
l’obsession (de la femme aimée et du salut (qui efface les pêchés après de multiples épreuves)),
la souffrance humaine, un certain mysticisme. Il y retrace ``ses troubles mentaux et leurs
itinéraires´´. Il écrit l’histoire de sa descente aux enfers.

Les femmes hantent l’œuvre de Nerval. Cependant ces femmes vont se confondre dans
son esprit en une seule figure à la fois compagne, mère et déesse qui servira de médiatrice entre
le monde des esprits et l’homme. C’est justement ce monde des esprits qui le fascine. Pour
percer ce mystère il s’intéressera à toutes les croyances en les comparants.

Redécouvert au XXème siècle, Nerval est considéré comme un peu trop fantaisiste, par
ses contemporains.

22
LE THÉÂTRE

Vers 1830, le théâtre connaît un fort succès grâce au romantisme qui a favorisé son
évolution. En tant que porte parole de sa génération, Hugo annonce la décadence de la tragédie
et fixe les théories du drame romantique, dont le mélange du tragique et du comique le
caractérise plus spécifiquement. Il en devient même l’un des plus brillants illustrateurs.
Cependant Musset peint une vérité humaine plus forte et De Vigny une détresse récurrente dans
la société de l’époque. Mais c’est encore du côté de De l’Allemagne de Madame de Staël qu’il
faut se tourner. Elle y explique de deux sortes de théâtre en Europe : le français (la tragédie
classique) et l’allemand (Shakespeare inclut) dominé par la tragédie historique. On y représente
des sujets tirés de l’histoire nationale ce qui renforçait l’unité nationale. De plus, la tragédie
classique, art aristocratique, ne faisait que renforcer les écarts sociaux. C’est bien sur les
changements de société qu’a vécut la France à cette époque qui pousse Stendhal dans son idée :
« Jamais peuple n’a éprouvé de changement plus rapides et plus totale […] et l’on veut nous
donner toujours la même littérature ! »

LES ORIGINES

LE DRAME BOURGEOIS

Dans la deuxième moitié du XVIIIème siècle, le théâtre va connaître des changements


par l’apparition d’un genre qui se situe entre la tragédie racinienne et la comédie de Molière : le
Drame. On parle d’un genre intermédiaire puisqu’il se rapproche de la comédie par la peinture
réaliste du monde bourgeois, et de la tragédie par le danger qui menace le héros et son côté
sérieux. Pour Diderot : « Il serait dangereux d'emprunter dans une même composition des
nuances du genre comique et du genre tragique ». Ainsi, il ne réalise pas un mélange des deux
genres mais plutôt, il leur empreinte une multitude de modalité de ton.

On ne peut parler de drame sans le mettre en relation avec la sensibilité de l’époque,


l’atmosphère social et les mœurs. À cette période, la tragédie classique voit sa fin proche, quand
à la comédie elle est devenue plus moralisante et émouvante que comique. La société, elle, est
en plein changement : la bourgeoisie est en plein essor et l’émotion est au centre des
préoccupations. C’est dans cette perspective qu’apparaît le drame. Pour Diderot il s’agit d’une
« tragédie domestique et bourgeoise ». On va représenter les mœurs, idées et vertus de cette
classe sociale : on passe d’une peinture des caractères et passions, à une peinture des conditions
sociales et des relations. Ainsi le personnage ridicule n’est plus le bourgeois mais le riche noble.

23
Mais plus qu’un changement de genre, Diderot met en place des nouvelles techniques
révolutionnaires. Le décor devient plus réaliste et prend une importance considérable. La prose
est préférée puisque le vers est considéré comme invraisemblable dans la traduction des
sentiments et des émotions. Cependant, Diderot ne remettra pas en causes les pièces classiques
et ses règles. On peut dire, en quelques sortes, que le drame bourgeois prépare l’arrivée du
mélodrame.

LE MÉLODRAME

À la fin du XVIII, un nouveau genre s’impose sur les boulevards : le mélodrame. Le


mélodrame est un genre théâtral qui naît aux environ de la révolution. Destiné à un public
populaire, il hérite du théâtre et de la foire la présence de la musique et de la danse ; et du drame
bourgeois la forte présence de sentiments. C’est sous l’Empire et les premières années de la
Restauration qu’il va les briller le plus. Le principal auteur de ce genre est l’allemand August
Von Kotzebue dont les pièces ont été traduites, imitées et adaptées en France par René Guilbert
de Pixerécourt. Entre 1797 et 1835, ce dernier à produit plus de cent mélodrames (Coelina, ou
l’enfant du mystère ; Victor ou l’enfant de la forêt).

Le mélodrame se déroule en trois actes et l’intrigue repose sur un conflit affrontant le


bon et le méchant (ce dernier sera toujours le triomphant). Il accorde la première place à
l’intrigue et au spectacle (jeux de scènes, décors, costumes historiques). Les personnages ont
donc des traits typiques et très codifiés : une victime vertueuse défendue par un jeune beau
héroïque contre un traitre odieux et hypocrite. On retrouve aussi le niais qui fait rire aux éclats
par ses bouffonneries et sa maladresse, et qui sera toujours l’allié du jeune chevaleresque. On y
joue des oppositions entre le pathétique et le bouffon.

Le mélodrame ne respecte que très peu les règles et unités classiques et va influencer les
concepts du drame romantique. Pièce populaire visant à émouvoir le public, son succès est lié à
l’emprise idéologique de la bourgeoisie. Il triomphera sur ‘’les boulevards du crime’’ avec non
seulement Pixerécourt, mais aussi Dennery, Anicet Bourgeois et Féval. Le mélodrame est « le
récit d’une restauration comportant une sorte de repentir de la terreur et surtout de la mort du
Roi ». Les personnages qui, comme nous l’avons vu, sont très codifiés, favorisent, chez les
spectateurs, l’identification et la catharsis. Les lieux sont le plus souvent irréels ou même
fantaisistes (châteaux, nature, etc.).

Donc, dans le mélodrame, le bien triomphe grâce aux mérites du héros et à


l’intervention de la ‘’divine providence’’ qui intervient toujours au bon moment. Pixerécourt
disait que le mélodrame était nourriture pour le peuple, destiné à le moraliser « il offre à la
classe de la nation qui en a le plus besoin de beaux modèles, des actes d’héroïsme, des traits de

24
bravoure et de fidélité. On l’instruit par là à devenir meilleur. Le mélodrame sera toujours un
moyen d’instruction pour le peuple parce qu’au moins ce genre est à sa portée ». Son optimisme
moralisateur, l’exaltation de la vertu bourgeoise et les bons sentiments qui s’y dessinent
permettent au mélodrame de défendre un double objectif : justifier la providence et éloigner le
mal.

Pour Nodier le mélodrame permet d’éloigner le matérialisme d’une société où la


religion n’a plus d’effet. Dans ce genre, la perversité de l’homme (à travers le traitre sadique qui
use de ruses et de méchanceté pour arriver à ses fins), se combine avec une catastrophe naturelle
(orages, tempêtes, etc.). De cette manière, le mal étant mis en relation avec des causes naturelles
ou morales, le peuple ne met pas en relation ses malheurs à des causes historico-sociales. Le
dénouement, toujours heureux, est une véritable défense de la société où la religion a toujours sa
place.

Ainsi, par son grand pouvoir d’évasion, le mélodrame occulte les conflits sociaux de
l’époque. Il sera joué pendant tout le XIXème siècle. Il s’agit donc, non pas d’un théâtre pour le
peuple, mais d’un théâtre du peuple.

LE DRAME HISTORIQUE

Le drame contient aussi une dimension historique : la révolution et l’empire ont


marquées les consciences et il s’agit désormais de représenter la société dans tous ses états. Les
dramaturges choisissent alors un héros issu du peuple dont il incarnera les valeurs.

Le héros romantique est un « être qui a conscience d’être né trop tard dans un monde
trop vieux 3». Il n’est pas mettre de son destin, mais il a soif de liberté envers les contraintes
sociales et politiques. Il est aussi habité par la passion amoureuse qui ne parvient que
brièvement et que dans certains cas, a s’accomplir. Cette figure du drame va connaître un destin
marqué par la fatalité.

Le drame historique crée donc un héros sombre et fatal, révolté contre les conventions
humaines, contre l’homme, et condamné, par des forces obscures, à sombré dans l’abîme. Le
héros incarne déjà le mal du siècle.

TEXTES FONDATEURS DU DRAME ROMANTIQUE

RACINE ET SHAKESPEARE (1823) DE STENDHAL

Stendhal, dont les idées ont influencées Hugo, soulignait la nécessité de faire en sorte
que les œuvres dramatique plaisent au public de l’époque. Selon lui, Racine et Shakespeare

3
A. Musset

25
étaient tous les deux romantiques à leur époque puisqu’ils ont écrit et offert au public des
tragédies que réclamaient leurs mœurs. Cependant, selon lui, Shakespeare, n’étant pas
prisonnier des conventions classique, serait l’exemple à suivre.

Dans Racine et Shakespeare (1823), où il compare les deux styles, Stendhal montre les
avantages qu’offre le théâtre basé sur les idées de ce dernier. En effet, il fait varier les types de
personnages, il exprime totalement sa pensée en s’éloignant des règles classiques et en
proposant des réflexions sur la condition humaine. Ainsi, la forme libre et à la fois réaliste et
poétique de l’anglo-saxon a séduit le public français de l’époque.

Dans cette ‘’brochure’’, Stendhal invite donc les dramaturges français à laisser les
règles classiques de côté pour s’adonner à un nouveau genre théâtral. Stendhal y proclame la
nécessité de renouveler les formes théâtrales figées et définit son idéal dramatique. Il souligne le
retard de la littérature sur l'évolution des événements historiques et les changements de mœurs
et de mentalités (« Jamais peuple n’a éprouvé de changement plus rapides et plus totale […] et
l’on veut nous donner toujours la même littérature ! »). Moderne incontestable, il se place donc
définitivement contre les tendances conservatrices de l’époque qui contraignent l’art et empêche
son génie d’évoluer.

LA PRÉFACE DE CROMWELL (1827) DE VICTOR HUGO

C’est surtout la connaissance des dramaturges allemands introduit par les émigrés, et
celle de Shakespeare, comme vu plus tôt, qui va fournir les arguments contre la tragédie
classique et le goût pour un nouveau genre théâtral. De plus, le cours de littérature dramatique
de Schlegel fait l’éloge de Shakespeare et expose les principes du drame romantique.

Cependant, c’est dans la préface de Cromwell, œuvre de Victor Hugo publiée en 1827,
que le drame trouve son expression la plus importante. En effet, il y donne l’exemple d’un
drame selon la technique Shakespearienne : les théories du drame romantique.

Hugo distingue trois âges de l’humanité : « les temps primitifs sont lyriques, les temps
antiques sont épiques, les temps modernes sont dramatiques ». Il lie le drame à la pensée
chrétienne, car c’est l’homme double qui est à l’origine du drame, afin de justifier le mélange
des genres, de faire une peinture totale de la réalité et de parler du drame comme ‘’la poésie
complète’’. On parle de poésie complète car le drame romantique doit pouvoir embrasser tous
les genres. Son originalité tient dans sa forme libre et souple, et dans sa tendance à contraster le
grotesque au sublime. Les romantiques prétendent refuser qu’il n’y ait que du tragique dans une
tragédie et que du comique dans une comédie (ce que revendiquait Diderot). Mais Hugo est le
seul à voir le mélange des genres comme règle du drame : pour Stendhal il est difficile de

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réaliser le mélange ‘’de l’intérêt passionné que suscite le tragique et de la curiosité amusée que
provoque le comique’’.

Cette volonté de peindre le réel et les événements historiques, provoque une réaction
chez les modernes qui considèrent alors les unités comme des conventions absurdes. Selon
Hugo, s’ils doivent respecter la vraisemblance, alors les unités de lieu et de temps sont des
contraintes ‘’insupportables’’ et la bienséance doit être bafouée.

« Ce qu’il y a d’étrange, c’est que les routiniers prétendent appuyer leurs règles des deux unités
sur la vraisemblance, tandis que c’est précisément le réel qui la tue. Quoi de plus
invraisemblable et de plus absurde en effet, que ce vestibule, ce péristyle, cette antichambre,
lieu banal où nos tragédies ont la complaisance de venir se dérouler, où arrivent, on ne sait
comment, les conspirateurs pour déclamer contre le tyran… ». « Toute action a sa durée propre
comme son lieu particulier. Verser la même dose de temps à tous les événements ! Appliquer la
mesure sur tout ! On rirait d’un cordonnier qui voudrait mettre le même soulier à tous les
pieds ». L’unité d’action reste la seule admise, mais Hugo préfère parler d’unité d’ensemble. On
assiste alors à la naissance d’un nouvel art dramatique plus libre qui a pour sujet des
événements historiques qui substituent aux récits et descriptions le spectacle de ces mêmes
événements et dont les œuvres de Shakespeare le justifient.

LES GRANDS AUTEURS DU DRAME ROMANTIQUE

VICTOR HUGO

En art, il optera pour le romantisme, contre ‘’la régularité classique’’. Sa préface de


Cromwell (1827) va le placer comme chef de cette nouvelle école.

Après ces quatre premières œuvres en vers (Cromwell, Hernani (1830) Marion de Lorme
(1831) et Le Roi s’amuse (1832)), Hugo en compose trois en prose pour revenir en vers avec
Ruy Blas (1838). C’est d’ailleurs ce dernier ainsi qu’Hernani qui sont considérés comme ses
chefs d’œuvres.
Ses drames en proses sont très sombres, tandis que dans Cromwell et Marion de Lorme ont
perçoit aussi quelques éléments comiques. Ce mélange des genres, tragique et comique, illustre
bien sa théorie du drame romantique. Cependant dans le Roi s’amuse, on parle d’un mélange du
grotesque avec le sublime : un bouffon (Triboulet) grotesque et à la fois tragique (par son
amour) qui ne pousse pas le spectateur au rire. Victor Hugo a tendance à créer des ‘’héros tout
bons ou tout mauvais’’ qui rejoignent les types du mélodrame.

La pièce Hernani raconte l’histoire d’amour d’un proscrit par le roi d’Espagne avec la
jeune Doña Sol qui est courtisée par le vieux Don Ruy Gomez et le roi Don Carlos, futur

27
Charles Quint. Hernani est une protestation contre le système dramatique que condamne cette
nouvelle école. Il n’y a ni unité de lieu, la scène se passe d’abord à Saragosse, puis à Aragon et
à Aix-la-Chapelle ; ni unité de temps, le drame se déroule sur plusieurs mois ; ni unité d’action,
puisqu’on est face à une intrigue sentimentale et politique. Cependant le principe de
vraisemblance y est négligé ainsi que le côté historique et les personnages meurent sur scène
(principe de bienséance bafoué). Pour terminer Hugo donne son nouveau ton à Hernani par le
mélange du tragique (par la fatalité qui lie les deux héros) et du comique (comique de
personnages par les valets). On peut considérer cette pièce comme pure héritière de l’esthétique
théâtrale de la nouvelle école. Mais ce qui rend la représentation d’Hernani (1830) si célèbre est
le lourd affrontement qu’elle a déclenché entre les classiques et la nouvelle génération
romantique (la bataille d’Hernani). La première représentation d’Hernani fut le témoin d’un
débat à la fois littéraire et idéologique. Le soir de la première les ‘’jeunes France’’ mènent
l’attaque contre les ‘’perruques’’ et assurent le triomphe de la pièce. C’est une révolution
littéraire : ‘’le romantisme n’est, à tous prendre, que le libéralisme en littérature’’4.

En 1838, Hugo présente son drame (en vers et en cinq actes), Ruy Blas. Sous l’influence des
Confessions de Jean Jacques Rousseau (passage où il raconte comment, lorsqu’il était laquais
chez Mr de Gouvon, il est parvenu à se faire remarquer par Mme du Breil), il raconte l’histoire
d’un ‘’homme qui aime une femme’’. Mieux qu’Hernani, Ruy Blas illustre à merveille le
principe du mélange des genres, décris dans la préface de Cromwell.
Bien que l’intrigue soit mélodramatique, cette œuvre est considérée comme son chef
d’œuvre. On est face à un drame d’amour : passion romantique d’un laquais (le héros) pour une
reine (l’héroïne). La condition de Ruy Blas atteint un caractère à la fois tragique et grotesque.
Mais si sa condition est vulgaire, son âme est pure ; c’est un homme et l’amour impose sa loi
souveraine, par delà l’échelle sociale. On est donc avant tout face à une pièce tragique, qui sait
insérer du comique par les bouffonneries de Don César le gueux. Drame symbolique qui, en
plus d’être historique (peinture de la décadence de l’Espagne) peint à merveille la morale de
l’époque : Ruy Blas représente le peuple et Don Salluste et Don César la noblesse.

ALFRED DE MUSSET

Musset est affranchi de toute convention scénique ce qui lui permet de laisser libre
cours à la fantaisie et au rêve. Dans ses œuvres il mélange les tons et exprime ses confidences et
parfois même ses expériences amères. Au théâtre il s’adonne tant au drame qu’à la comédie.

Lorenzaccio est le drame romantique qui va le mieux suivre les idées d’Hugo et
Stendhal. C’est le drame de Lorenzo, assassin du tyran Alexandre. Il fait revivre la ville de
Florence du XVIème siècle. Les personnages viennent de différents milieux. Musset évoque sa
4
V.Hugo préface d’Hernani

28
propre déchéance à travers ce personnage : il semble lui avoir prêté quelques unes de ses
tendances et de ses hantises. Mais de toute façon, il préfère la comédie. Il a su associer le
grotesque et l’émotion. Ses personnages se divisent en deux familles : les grotesques (fantoches
ridicules et grossiers) et les premiers rôles (intelligents, distingués et raffinés). Il prend comme
sujet l’amour et ses différentes variantes : du sentiment naissant à la passion parfois
douloureuse. Mais les caprices de l’amour lient aussi la fantaisie à l’émotion qui peut parfois
tourner au tragique.

Ces personnages sont en vérité Musset lui-même et souffrent tou autant que lui : on y trouve un
‘’parfait équilibre entre rêve et réalité’’.

Dans On ne badine pas avec l’amour (1834) Musset alterne le burlesque et le


pathétique. Cependant, au fur et à mesure que l’intrigue avance, le comique s’élimine pour
laisser place au tragique (deux amis d’enfance se retrouve puis badinent avec l’amour pour
enfin être séparés par la mort).

Musset, tout au long de sa carrière, alternera drames et comédie.

ALFRED DE VIGNY

Après avoir adapté Shakespeare, et déçu par l’arriver au pouvoir de Louis Philippe,
Vigny va renoncer (pendant un certain temps) à la poésie pour peindre tous ceux qui gâchent
leurs idéaux dans cette société qui a perdue son âme (gentilshommes, officiers, penseurs). Cette
désillusion va lui permettre de représenter la détresse du poète dans Stello (1832) et Chatterton
(1835), ou le soldat dans Servitude et grandeur militaire (1835), ou la détresse du philosophe
dans Daphné (1837).

Dans Stello, il peint un poète désirant consacrer son talent à la cause publique. Mais
pour Vigny il existe un conflit inévitable entre l’existence collective et la création poétique.
Ainsi le Docteur Noir, pour guérir Stello et ses désirs de mélange politique et poétique, va lui
prescrire le seul remède valable à ses yeux : la réserve, c'est-à-dire séparer la vie politique de la
vie poétique. Pour cela il va le convaincre en lui racontant l’histoire de trois génies de la poésie.
D’abord celle de Gilbert, mort ‘’accidentellement’’ sous la monarchie absolue ; puis celle de
Chartteton, rendu au suicide sous la monarchie constitutionnelle et bourgeoise ; et enfin celle
d’André Chénier, guillotiné sous la révolution. Il lui démontre ainsi que tous les gouvernements
sont hostiles à la création poétique.

De Stello naît l’œuvre poétique Chartteton, plaidoyer pour le poète spirituel qui vit dans une
société matérialiste et calculatrice. On parle de théâtre romantique par le style et le mélange des
tons ainsi que l’amour discret qui existe entre notre héros et Kitty Bell.

29
CONCLUSION

La première moitié du XIXème siècle est donc marqué par la domination du


mouvement romantique. Succédant le siècle des lumières et le classicisme, il est une véritable
révolution esthétique européenne et s’étant dans tous les domaines : l’art, la littérature et même
la politique. C’est grâce à un certain cosmopolitanisme des grands artistes que cette littérature
peut s’épanouir à travers tout le continent. Il va donner à la jeunesse de l’époque un idéal de
solidarité entre les peuples qui luttent pour leur liberté et leur indépendance.

Il est important de terminer en soulignant le fait que le romantisme ait eu une influence
dans de nombreuses branches : les sciences, l’histoire, l’économie, la musique et même
l’architecture.
Siècle riche en œuvre, il est surtout l’âge d’or de la poésie et du roman.

30
BIBLIOGRAFÍA

LIVRES :

Le fantastique. Nathalie Prince

Les grands écrivains. Volumes I, II, III, IV, VI, VIII, XII. Par l’Académie Goncourt.

Histoire de la littérature en France au XIXème siècle. M.Échelard. Hatier.

Histoire de la littérature française. P.G Castex, P.Surer, G.Becker. Hachette

Collection Lagarde et Michard. XIXème siècle. Bordas

PAGES WEB :

- http://fr.academic.ru/dic.nsf/frwiki/1064081

- http://www.crdp-toulouse.fr/spip.php?
page=dossier&article=71&num_dossier=80&univers=18

- http://books.google.fr/books?
id=nT7ltAlUCPkC&pg=PA29&lpg=PA29&dq=chateaubriand+Ren
%C3%A9+roman+autobiographiquen+du+moi&source=bl&ots=WE3ZXhM4kA&sig=
0U0wjQYCZ3NVgxnFej_WqsEqkyw&hl=es&ei=ZiYaTeu9EcnA8QOtjfGiAg&sa=X
&oi=book_result&ct=result&resnum=6&ved=0CEMQ6AEwBQ#v=onepage&q&f=fals
e

- http://arcaneslyriques.centerblog.net/2305574-Le-Romantisme-litteraire

Les trois derniers livres cités sont ceux qui ont été le plus utilisés pour les recherches théoriques.

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