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LE CONTENTIEUX DU RECOUVREMENT DES IMPÔTS ET TAXES

Un système fiscal efficace doit allier une bonne élaboration de l’assiette au recouvrement
effectif des droits dus.

Pour bien remplir sa mission de pourvoir aux charges publiques, l’impôt assis par les
services compétents doit être recouvré par les comptables publics.

,l
’article 45 du décret n° 2003-101 du 13 mars 2003 portant règlement général sur la
comptabilité publique pose un principe qui veut que le recouvrement des recettes
publiques soit d’abord amiable. En effet, ce texte dispose que : « la procédure habituelle
en matière de recouvrement est amiable. Sauf exception tenant soit à la nature ou au
caractère contentieux de la créance, soit à la nécessité de prendre sans délai des
mesures conservatoires, le recouvrement forcé est précédé d'une tentative de
recouvrement amiable ».

Dans tous les cas, il ne saurait y avoir recouvrement sans un titre ayant une force
exécutoire et constatant la créance à recouvrer, l’appellation ou la forme de ce titre
pouvant varier d’un impôt à l’autre.

Ainsi, l’article 42 du décret susvisé dispose-t-il que : « En matière d'impôts directs et


taxes assimilées, les rôles émis forment titres de perception.
En matière d'impôts indirects et taxes assimilées, les états de liquidation forment titres
de perception »

Le législateur a prévu comme principe un caractère d’abord amiable du pour le


recouvrement des créances publiques évoqué ci-dessus ne fait cependaant pas
obstacle, si cette phase amiable n’aboutit pas, à des mesures de recouvrement forcé..

Ainsi, le recouvrement des recettes publiques, notamment des impôts et taxes peut
parfois poser des problèmes, en général parce qu’il y a contestation soit de la dette
fiscale, soit des opérations de recouvrement.
Il n’en demeure cependant pas moins que celui-ci peut être une source de contentieux.

En effet, le contribuable qui conteste sa dette fiscale aura tout intérêt à voir les
comptables publics surseoir au recouvrement des montants en cause. Pour ce faire, il
doit saisir la justice d’une demande de sursis à recouvrement (AB).

D’autres fois, c’est la procédure même du recouvrement ou les actes posés par le
comptable qui ne l’agréent pas. Les actes litigieux peuvent dans ce cas être portés
devant le juge.

Enfin, le contentieux du recouvrement peut aussi être à l’initiative de l’administration à


travers le référé provision. Ces dernières procédures constituent les incidents de la saisie
procédure de recouvrement (BC).

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Le contentieux du recouvrement des Impôts et taxes
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Dans tous les cas, le contribuable peut solliciter du comptable public des délais pour
s’acquitter de sa dette (A)

A. Contentieux du recouvrement devant l’administration.

Ce contentieux concerne toutes les demandes introduites par les contribubales auprès
des comptables publics

Ce contentieux concerne toutes les demandes introduites par les contribubales auprès
des comptables publics
1. CONTESTATIONS LIÉES À LA SUSPENSION DES ACTES DE POURSUITE

Le contribuable peut, dans un premier temps, demander à l’administration, puis au


juge, de suspendre le recouvrement de l’impôt à son encontre, en attendant qu’il soit
statué sur le litige d’assiette qui l’oppose par ailleurs au service :

- lorsque le droit prévoit la possibilité de demander, dans le cadre d’une réclamation


visant la décharge ou la réduction d’un impôt, le sursis de payement (généralement
jusqu’au jugement de 1ere instance), cette suspension est généralement subordonnée
à la constitution de garantie auprès du comptable.

L’absence ou l’insuffisance de ces garanties ne permet pas forcement au comptable


de poursuivre le recouvrement offensif de la dette : il n’est généralement habilité
qu’à prendre des mesures conservatoires, dans l’attente d’une décision au fonds. Eu
égard aux effets pénalisants qu’elles peuvent présenter, l’intéressé est toutefois
recevable à les contester ;

- en parallèle à l’exercice d’une voie de recours juridictionnelle, il peut également


être demandé au juge des référés de prononcer le sursis à exécution d’une mesure
de poursuite ou, dans le cas où l’appel n’est pas suspensif, d’un jugement de
première instance.

2. CONTESTATIONS PORTANT SUR LES ACTES DE POURSUITES EUX-MÊMES

Le contribuable peut aussi, indépendamment de tout litige en principal portant sur


l’assiette, contester les actes de poursuites engagées ; le litige peut alors porter :

- soit sur la régularité, en la forme, de l’acte de poursuite. Ce contentieux relève


généralement du juge judiciaire ; sa compétence, qu’il appartiendra de préciser dans
le guide s’étend alors à la contestation de l’ensemble des mesures mises en œuvre
par l’administration pour assurer le recouvrement d’une créance fiscale (avis à tiers
détenteur, par exemple), à l’exclusion de celles qui en constitueraient les
préalables ;

- soit sur l’existence de l’obligation de payer, sur le montant de la dette, compte tenu
des payements effectués, sur l’exigibilité de la comme réclamée, ou sur tout autre
motif ne remettant pas en cause l’assiette et le calcul de l’impôt. Tel peut être le cas
lorsque le demandeur soutient n’être pas la personne redevable ou demande la prise
en compte des payements partiels qu’elle allègue avoir effectué.

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Dans l’un et l’autre cas, il convient de bien souligner que ces actions, même si elles
peuvent y être adossées, sont indépendantes des contestations élevées au plan de
l’assiette : le contentieux d’assiette tend à la décharge pure et simple d’une
cotisation, celui du recouvrement à la décharge de l’obligation de payer, au travers
de l’annulation d’un acte de poursuite.

 RECOURS ADMINISTRATIFS
Les contestations liées à la suspension des poursuites ne nécessitent pas
l’introduction, en préalable à une éventuelle saisine du juge, d’une réclamation
contentieuse.

Un recours préalable est en revanche impérativement requis en cas de contestation


d’un acte de poursuite. Cette réclamation doit être introduite devant l’administration
dont dépend le service auteur des poursuites (direction générale des impôts ou
direction générale de la comptabilité publique).

Ces demandes peuvent être formulées tant par le contribuable lui-même que par un
tiers solidairement tenu au payement de l’impôt.

Par rapport aux règles applicables en matière d’assiette, l’instruction de ces


réclamations peut obéir à des conditions de délai plus restrictives : le guide devra à
cet égard préciser à partir de quand et jusqu’à quelle date l’acte de poursuite pourra
faire l’objet d’un recours, ainsi que la période à l’issue de laquelle l’administration
sera tenue d’avoir établie une réponse.

B. Le sursis au recouvrement ou à l’exécution.

Les dispositions régissant le contentieux fiscal offrent au contribuable la possibilité de


bénéficier d’un sursis au recouvrement des titres exécutoires en cas de contestation de
ceux-ci.

Cependant, les conditions de ce sursis varient selon que les montants concernés sont
relatifs aux droits simples ou aux pénalités.

1. Le sursis au recouvrement des droits simples.

Le législateur sénégalais a prévu, par exception au caractère non suspensif de la saisine


du tribunal, une possibilité pour le contribuable de bénéficier du sursis à l’exécution du
titre de perception en cas de contestation. Ce sursis est cependant soumis à deux
conditions cumulatives prévues à l’article 742 du CPC et reprises aux articles 1051 à
1053 du CGI. Il s’agit de :
- la contestation préalable de l’assiette des impôts mis à sa charge devant le
tribunal ;
- la présentation des garanties prévues à l’article 744 du CPC et qui doivent, pour
être admissibles, constituées d’une consignation à un compte d’attente du Trésor,
d’un dépôt d’obligations dûment cautionnées, d’un dépôt spécial de valeurs
mobilières, d’une affectation hypothécaire ou d’une remise de caution bancaire.

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Pour y avoir droit, le contribuable doit assigner le Directeur général des Impôts et des
Domaines GID et le comptable public concerné devant le Président du tribunal régional,
« pour entendre déclarer valables et suffisantes les garanties offertes par lui ».

Aux termes de l’article 742 du CPC susvisé et de l’article 1052 du CGI, l’énoncé des
garanties offertes doit figurer dans l’assignation.

La justification de ces garanties doit par ailleurs être produite à la première audience, à
peine d’irrecevabilité de la demande (article 1052 du CGI et 742 du CPC).

Il appartient à l’administration d’apprécier du caractère suffisant des garanties produites


par le contribuable. En effet, il ressort des termes de l’article 1055 du CGI qu’ « elle peut,
à tout moment, si elle le juge nécessaire, exiger un complément de garanties » (article
1055 du CGI). Cette précision, non contenue dans le CPC, a cependant son importance,
le comptable public étant le responsable, en premier lieu et personnellement, du
recouvrement de ses prises en charge.

L’article 1055 sus évoqué précise même que « les poursuites sont reprises, si le
redevable ne satisfait pas dans le délai d’un mois, à la demande qui lui est adressée à
cet effet par lettre recommandée avec accusé de réception ou par cahier de
transmission ».

2. Problématique d’un sursis de droit pour les pénalités.

Aux termes de l’article 1047 du CGI, le tribunal a la possibilité, en matière de pénalités,


« (d)’ordonner le sursis au paiement des pénalités, droits en sus et accessoires
conformément à l’article 741 du Code de Procédure civile lorsque l’exécution entrainerait
pour l’assujetti un préjudice irréparable et qu’il n’apparaît pas que le recouvrement de la
créance de l’Etat sera compromis par le sursis et bien que le redevable n’ait pas
contesté le fond ».

L’article 741 du CPC, sans précision de condition aucune (notamment relative à la


contestation préalable du fond ou non), prévoit effectivement le sursis à l’exécution des
majorations, mais la limite, contrairement au CGI, aux seuls impôts directs.

Il est utile de rappeler que l’article 1051 du même code prévoit un sursis conditionné
aussi bien pour les droits simples que pour les pénalités.

A l’opposé de ces dispositions qui soumettent le sursis à des conditions et surtout à


l’intervention du tribunal, l’article 1055 du CGI prévoit qu’à la suite d’une opposition à titre
de perception, « les amendes, pénalités, droits en sus et tous autres accessoires sont
réservés jusqu’à décision de justice ».

Le même effet est prévu par le CPC : «Ils (l’opposition ou la requête introductive
d’instance) sont toutefois suspensifs de la vente forcée des biens saisis pour le
recouvrement de la partie contestée de l’imposition ».

Cette contrariété de dispositions dont certaines contenues dans le même texte (articles
1051 et 1055 du CGI) pose des problèmes pour déterminer la plus appropriée à
appliquer. Cependant, la politique fiscale tendant vers une protection accrue du

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contribuable, il paraît plus judicieux de retenir une application préférentielle de la
disposition prévoyant un sursis de droit pour les pénalités.

En effet, ceux-ci n’étant que l’accessoire au principal que sont les droits simples, le
traitement qui sera réservé au contentieux de l’assiette de ceux-ci déterminera pour une
large part, leur sort.

A côté de cette demande de sursis à l’exécution du titre de perception en cas de


contestation, le contribuable peut également agir en justice contre les actes et incidents
du recouvrement.

C. Les incidents de l’exécution.

Les actes posés par les comptables publics en vue du recouvrement des impôts et taxes
pris en charge dans leurs livres peuvent être source de contentieux avec les
contribuables.

En effet, à côté des difficultés qui peuvent survenir dans l’exécution, des incidents divers
peuvent aussi être notés, les uns relatifs aux actes de procédures, les autres aux biens
qui font l’objet de l’exécution.

1. Les difficultés de l’exécution

L’article 48 de l’AUPSRVE permet à l’huissier ou l’agent d’exécution qui rencontre une


difficulté dans l’exécution d’un titre exécutoire, de prendre l’initiative d’en saisir la
juridiction compétente.

Cet article ne définit pas ce qui peut constituer en l’espèce une difficulté. Cependant,
dans la pratique, il s’agit en général pour le juge saisi de décider s’il y a lieu d’ordonner
ou non la discontinuation des poursuites, au vu des éléments produits par le débiteur et
des observations du créancier.

L’article 49 du même texte attribue la compétence pour statuer les litiges ainsi que toute
demande relative à une mesure d’exécution forcée au président de la juridiction statuant
en matière d’urgence ou au magistrat délégué par lui.

La décision prise suite à cette saisine est susceptible d’appel dans le délai de quinze
jours à compter de son prononcé.

Enfin, il est précisé que ni le délai d’appel, ni son exercice n’ont un caractère suspensif,
sauf si le président de la juridiction l’ordonne.

2. Les contestations liées à l’exécution du titre.

Des contestations peuvent être soulevées contre le titre à la base de l’exécution, la


procédure de l’exécution elle-même ou contre les biens qui en sont l’objet.

En effet, le titre doit d’abord avoir une force exécutoire, ce qui ne semble pas poser
particulièrement de problèmes pour ceux établis pour constater des créances fiscales.

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Les mentions devant y figurer, outre l’identité de la personne concernée, ont trait à la
nature de l’impôt dû, à son montant ainsi qu’à la période pour laquelle il est dû.

S’agissant des biens objets de la procédure d’exécution, ils peuvent être sujets à des
contestations relatives soit à leur propriété, soit à leur saisissabilité.

Il est ainsi prévu à l’article 143 de l’AUPSRVE que « les contestations relatives à la
saisissabilité des biens compris dans la saisie sont portées devant la juridiction
compétente par le débiteur, l’huissier ou l’agent d’exécution comme en matière de
difficultés d’exécution ».

Concernant la propriété des biens, le débiteur peut demander la nullité de la saisie sur un
bien dont il n’est pas propriétaire (art. 140 de l’AUPSRVE). De même, un tiers peut
demander à la juridiction compétente d’ordonner la distraction d’un bien dont il se
prétend propriétaire.

A ce niveau, il faut cependant relever que le CGI pose une condition. En effet, l’article
1061 dudit texte, après avoir renvoyé aux dispositions du CPC relatives aux saisies,
précise que « (les revendications d’objets) ne peuvent être engagées que sur
présentation de factures dûment timbrées, conformément aux dispositions du Livre 3 du
présent code ».

Il est à noter que la même procédure de distraction peut être intentée si l’exécution porte
sur un immeuble.

Le contentieux du recouvrement peut aussi être à l’initiative du comptable public, à


travers le référé provision.

D. Le référé provision.

C’est le pouvoir donné au créancier qui se prévaut de l’existence d’une obligation qui
n’est pas sérieusement contestable, de demander au juge des référés de lui allouer une
provision, c'est-à-dire une somme à faire valoir sur le montant définitif de la
condamnation qui sera prononcée par le juge du fond.

Le référé provision a été intégré à la législation Sénégalaise par la loi n°97-17 du 1 er


Décembre 1997 portant code du Travail.

C’est par le décret n°2001-1151 du 31/12/2001, modifiant le code de procédure civile que
la pratique s’est généralisée à la faveur de l’article 249 du nouveau code de procédure
civile. En effet, cet article dispose que « Dans touts les cas où l’existence de l’obligation
n’est pas sérieusement contestable, le juge des référés peut accorder une provision au
créancier ou ordonner l’exécution de l’obligation même s’il s’agit d’une obligation de
faire ».

En matière fiscale, et sauf le cas d’un sursis ordonné par le juge, la demande de
provision doit pouvoir porter sur tout ou partie des droits simples. Elle aura ainsi
l’avantage de sécuriser une partie des recettes publiques en attendant le dénouement
des autres instances.

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Section 4 - Le référé-provision
Indépendamment des mesures d’urgence, l’article R. 541-1 du code de justice
administrative prévoit que le juge des référés peut accorder une provision au
créancier qui l’a saisi lorsque l’existence de l’obligation n’est pas
sérieusement contestable. Il peut, même d’office, subordonner le versement
de la provision à la constitution d’une garantie.
A la différence de l’ancienne procédure de référé-provision prévue par le code
des tribunaux administratifs et des cours administratives d’appel la nouvelle
procédure peut être mise en oeuvre même en l’absence d’une demande au
fond.
L’article R. 541-2 du code de justice administrative prévoit que la requête
présentée au juge des référés est immédiatement notifiée au défendeur, avec
fixation d’un délai de réponse.
L’instruction de la demande est simplifiée même si elle doit respecter le
principe du contradictoire.
C’est ainsi que les observations présentées en défense n’ont pas à être
communiquées au demandeur.
Le juge du référé statue sans audition du commissaire du gouvernement.
Il est, en outre, libre d’apprécier s’il convient de convoquer les parties et de les
entendre.
L’ordonnance rendue par le président du tribunal administratif ou par son
délégué est susceptible d’appel devant la cour administrative d’appel dans la
quinzaine de sa notification (R. 541-3 du CJA).
L’article R. 541-4 du code de justice administrative précise que : « Si le
créancier n’a pas introduit de demande au fond dans les conditions de droit
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commun, la personne condamnée au paiement d’une provision peut saisir le
juge du fond d’une requête tendant à la fixation définitive du montant de sa
dette, dans un délai de deux mois à partir de la notification de la décision de
provision rendue en première instance ou en appel ».
Cette disposition donne à la collectivité publique condamnée au paiement
d’une provision, dans l’hypothèse où le demandeur n’a pas engagé d’instance
principale, la faculté de faire lever l’incertitude s’attachant au caractère
provisoire de la mesure et de s’adresser au juge du fond pour que ce dernier
fixe définitivement le montant de sa dette.

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