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Annie Ernaux, La place

L'auteur et son livre


Annie Ernaux est une femme de lettres française, née le 1er
septembre 1940 à Lillebonne. Elle passe ses jeunes années en
Normandie, à Yvetot avec ses parents. Ces derniers, d'abord
ouvriers, vont suivre une petite ascension pour devenir commerçant.
Étant une bonne élève, son ambition lui promet une réussite sociale
plus élevée. Elle poursuivra ses études à Rouen. Ces années lui
montrerons à quel point les différences sociales existent, et
notamment entre l'établissement dans lequel elle évolue et le milieu
familial dont elle provient. Elle poursuivra ses études jusqu'à devenir
professeur certif iée puis sera agrégée de lettre moderne.
Elle devient ainsi écrivain, s'essaye à la fiction, mais la délaisse
très vite pour écrire des autobiographies. Son enfance ainsi que son
adolescence sont à l'origine de plusieurs de ses livres, et notamment La place.
Dans ses ouvrages elle mêle des indices de l'Histoire à sa propre expérience de la vie, et cherche
à détailler les événements marquants de l'existence de ses parents et de leur ascension sociale.
Elle parlera aussi de la maladie de sa mère, de ses histoires d'amour compliquées. Tous ses
romans sont de petits livre au contenu brut et au message clair. Son style est considéré "d'écriture
plate" car elle ne cherche pas à émouvoir, mais seulement à rendre compte de la réalité des faits.
La place est un livre qui retrace la vie du père de l'auteur, de son enfance jusqu'à ses
derniers jours. Elle décidera d'écrire ce livre deux mois avant la mort de son père, mais elle ne le
commencera que plusieurs année après, en 1982. L'auteur ne donne pas les raisons de ce besoin
d'écrire sur son père, mais l'on peut supposer que ce fut pour faire son deuil, ou plutôt pour rendre
compte du fossé qui s'est creusé entre eux, chacun évoluant dans un monde différent. Il est
difficile de dire si l'auteur souffre réellement de cette perte ou non. Cependant, elle cherche tout de
même à trouver les raisons de cet éloignement qui s'est installé entre son père. Une note au début
du livre nous indique qu'elle ressent le besoin d'écrire car elle estime avoir "trahi" son père.
Ce livre est à la fois l'histoire de son père, mais également celle d'une marginalité, car à partir du
moment où Annie Ernaux commencera à étudier et à évoluer dans un autre monde que celui de
ses parents, elle souffrira de cette différence de mode de vie qui existait entre les deux milieux
sociaux dont elle fera partie.

Résumé
Le Livre commence par l'épisode où l'auteur, Annie Ernaux obtient, après avoir passé
l'épreuve pratique du Capes, sa titularisation de professeur. Quelques mois après cet événement
survint le décès de son père. L'auteur retracera la vie de ce dernier par l'intermédiaire de flash-
back.
Annie Ernaux commence par nous expliquer qui était son grand père, charretier dans une ferme.
Son père est né dans ce monde rude, et malgré son intérêt pour l'école, il fut contraint de
commencer à travailler comme garçon de ferme, afin d'amener de l'argent au foyer. La guerre
survint, trop jeune il n'eut pas à servir son pays, mais lorsqu'elle fut terminée il décida d'aller
travailler comme ouvrier. L'auteur nous apprend ensuite comment ses parents se sont rencontrés,
et comment ensemble, ils souhaitèrent améliorer leur condition. Ainsi, ils s'achetèrent un petit
commerce, mais tout les espoirs que que son père avait mis en lui ne s'accomplirent pas. En effet,
la place qu'il occupait, même si elle s'était améliorée, provoquait chez lui une peur, celle de
retomber plus bas qu'il ne l'avait été. Il était dans cette crainte de tout perdre, et sa famille le savait
très bien. En face de personnes éduquées, il cachait son infériorité sociale du mieux possible, la
plupart du temps en émettant le moins de phrases possible.
Elle retrace ensuite les joies et les tristesses de cette famille, de sa soeur décédée, de sa
naissance durant la guerre… Elle montre comment elle a grandit, les petites habitudes du
commerce et de cette famille plutôt ordinaire, de son goût pour les études et de la peur qu'avait
son père qu'elle "n'apprenne pas bien". Ce désir qu'avait le père d'Annie Ernaux, qui voulait le
meilleure pour sa fille, afin qu'elle ne connaisse pas les désagréments de sa propre existence, l'a
conduit à l'éloigner d'elle, autant physiquement que mentalement.
Tout au long du livre, Annie Ernaux expose le lien qui se fragilise entre son père et elle, dans des
souvenirs qui sont souvent associés à des instants d'apprentissages, d'acquisition de
connaissances, celles-là même qui vont la faire basculer "de l'autre coté de la barrière".
Elle expose ensuite la distance qui est née à la suite de son mariage avec un homme issu de la
bourgeoisie, de son nouveau mode de vie, style de vie qu'elle va petit à petit refuser. Elle ne
revient que très rarement chez ses parents, la plupart du temps sans son mari, qui n'est
visiblement pas à son aise en compagnie de personnes au niveau social inférieur au sien. Deux
enfants sont nés de ce mariage, et c'est avec eux que l'auteur se déplacait pour rendre visite à ses
parents.
En 1967, durant l'un de ses voyages, elle décide d'écrire sur son père, il décédera deux mois plus
tard, lors d'une autre de ses visites. Annie Ernaux nous explique ce décès, l'attitude de sa mère et
le quotidien qui va reprendre son cours dans le commerce familial.

Rapport avec le thème de la séquence


Dans cette autobiographie, sont présentes quatre générations, celles du grand père et du
père de l'auteur, celle de l'auteur et de ses enfants. Mais la génération de son père, ainsi que la
sienne sont celles dont il est le plus question. L'auteur fait en effet une sorte de constat, de ce qui
constituait le quotidien de son père et de ce qui fut le sien plus tard. Elle montre alors que le
monde dans lequel elle est née est différent de celui dans lequel elle évoluera durant ses études et
après son mariage.
Ce livre expose les caractéristiques d'une génération aux origines ouvrières et modestes qui
cherche à donner à la génération qui va la suivre, la possibilité d'acquérir des valeurs lui
permettant de s'élever socialement, et ce par l'intermédiaire de l'éducation et de la culture.
Cette autobiographie, permet de rendre compte du contraste qui peut exister entre deux
générations se succédant et en quoi l'éducation scolaire en est l'un des facteurs essentiels.

Durant sa vie, Annie Ernaux aura appartenue à deux milieux sociaux, et ce livre nous montre
combien il est difficile d'une part de ne pas renier ses origines lorsque l'on glisse dans un milieu
plus aisé, plus culturel… et comment garder le lien entre génération est compliqué à conserver,
surtout lorsque notre culture grandissante nous amène à avoir honte de notre famille. Ce livre nous
fait prendre conscience de la rupture qui s'est effectuée entre ces deux générations où la notion de
transmission est réfutées par le père, car les savoirs qu'il a à transmettre ne seraient pas assez
enrichissants pour que sa fille puisse évoluer dans le monde moderne qui est en train de prendre
forme. De ce fait, Annie Ernaux va se construire avec des valeurs qui ne sont pas toujours celle de
ses parents, mais celles qu'elles va se forger auprès de cette bourgeoisie dont son père a peur.

D'autre part, ce sont toutes ces autobiographies écrites par Annie Ernaux qui illustrent le
thème de la génération. En effet l'auteur expose dans chacune des ses oeuvres une partie de sa
vie, ou de celle des ses parents. Ainsi elle reconstitue l'histoire de sa famille par "épisodes" ou
événements marquants qui retracent ainsi la vie de plusieurs générations. De plus, toutes ces
parties d'existences sont expliquées dans le contexte historique de l'époque où ils ont été vécus, et
de cette manière, il nous est possible de voir l'évolution sociétaire des générations et de ces
familles françaises de la première moitié du XXè siècle.

Conclusion et avis personnel


La place est un livre autobiographique retraçant l'histoire d'un père dont
l'auteur va s'éloigner au fur et à mesure de sa montée sociale. Il montre les
différences qui peuvent naîtrais entre deux générations et ce que cela peut
entrainer comme problèmes. On se rend compte de la difficulté de se forger
une identité lorsque le monde dans lequel on nait est différent de celui dans
lequel on va évoluer durant sa vie d'adulte. Cette déchirure sociale est un
thème que l'auteur reprendra de manière récurrente dans ses
autobiographies.
C'est un livre écrit de manière très simple, l'auteur n'est pas à la recherche
d'un style particulier. Ce livre va à l'essentiel, et ne cherche pas à exprimer les
doutes, la honte et l'attachement de l'auteur à l'égard de ses origines de
manière détournée, mais avec une réelle sincérité.

Ce livre est facile à lire, d'une part par la manière dont il est écrit, avec
cette fluidité propre à Annie Ernaux et d'autre part, par le fait qu'il est assez
simple de s'identif ier et de se mettre à la place de l'auteur. Certains événements peuvent nous être
familiers, de telles sortes que l'on puisse ressentir et comprendre le tiraillement qu'a connu Annie
Ernaux face à cette relation complexe entre ses parents, leur mode de vie et sa propre personne.
C'est un livre que j'ai apprécié, chaque autobiographie est un morceau de la vie de l'auteur qu'elle
nous donne à lire sans pudeur, et c'est sans intrusion perverse que l'on découvre petit à petit ses
préoccupations et son univers.