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Vajracchedika Prajna Paramita

Sûtra du Diamant

(1) Ainsi l’ai-je entendu. Une fois le Bouddha était au Jetavana


d’Anathapindika, près de Shravasti.

(2) A cette époque, le vénérable Subhuti faisait partie de cette grande


assemblée. Il se leva et, joignant les paumes des mains, il s’inclina devant le
Bouddha.
«Elle est extraordinaire, Honoré du Monde, l’habile bienveillance du
Tathagata pour les bodhisattvas et son habile confiance en eux. Honoré du
Monde, à quoi ceux et celles qui aspirent à la bodhi suprêmement inégalée
doivent-ils se tenir ? Comment devraient-ils régler leurs pensées ?»

(3) Le Bouddha dit à Subhuti :


«Les bodhisattva-mahasattvas devraient ainsi régler leurs pensées : "là où il
y a toutes sortes d’êtres — qu’il s’agisse de créatures formées dans une
matrice ou écloses d’un oeuf; qu’elles soient nées dans l’eau ou proviennent
d’une transformation; qu’elles possèdent ou non une forme; qu’elles
possèdent la pensée ou non; qu’elles ne soient ni dépourvues ni pourvues de
pensées — je ferai en sorte qu’elles entrent toutes dans le nirvâna non-
résiduel, les libérant ainsi. En libérant ainsi les innombrables êtres sans
limites, en réalité, il n’y a pas d’êtres qui atteignent cette libération".
Quelle en est la raison ? Subhuti, si un bodhisattva croit qu’il y a un égo
individuel, une existence séparée, une âme ou une personne, dans ce cas il
n’est pas un bodhisattva.»

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(4) «De surcroît, Subhuti, un bodhisattva dans le Dharma ne devrait
demeurer nulle part lorsqu’il agit avec compassion. C’est-à-dire ne pas
demeurer dans les formes de la compassion ; ni demeurer dans le son,
l’odeur, le goût, la sensation ou l’idée de la compassion.
Subhuti, c’est sans demeurer dans de telles apparences qu’un bodhisattva
devrait ainsi faire preuve de compassion. Pourquoi cela ? Si un bodhisattva
ne demeure pas dans les apparences de la compassion, sa sainte vertu est
incalculable.»
« Dis-moi, Subhuti. Peux-tu mesurer le ciel de l’orient ?
— Non, Honoré du Monde.
— Peux-tu mesurer tout l’espace qui se trouve au sud, à l’ouest, au nord, les
quatre directions entre zénith et nadir ?
— Non, Honoré du Monde.
— Subhuti, la sainte vertu d’un bodhisattva qui ne demeure pas dans les
apparences de la compassion est de cet ordre. Subhuti, les bodhisattvas
devraient ne s’en tenir qu’à cette instruction».

(5) «Subhuti, qu’en penses-tu ? Est-il possible de décrire le Tathagata ? Peut-


il être reconnu par les caractéristiques corporelles ?
— Non, Honoré du Monde; il n’est pas possible d’obtenir la vision du
Tathagata par le moyen des signes corporels. Quelle en est la raison ? Le
Tathagata a expliqué que les signes corporels ne sont pas des signes
corporels [du Tathagata]».
Alors, le Bouddha dit :
«Subhuti, les signes possédés par les mortels sont tous vides et illusoires. Si
l’on voit que ces signes ne sont pas des signes [du Tathagata], alors on peut
voir le Tathagata».
(6) Subhuti demanda au Bouddha: «Honoré du Monde, ne peut-on se
demander s’il y aura toujours des êtres en qui surgira une foi authentique à
entendre les mots de cet enseignement ?»
Le Bouddha répondit à Subhuti : «Ne dis pas cela. Dans les derniers cinq
cents ans [de l’ère du Dharma], après la mort du Tathagata, celles et ceux
qui maintiendront ces préceptes et cultiveront la sainteté pourront, grâce à
ces passages, donner naissance à l’esprit fidèle, parce qu’ils sont sincères. Il
faut savoir que ces gens n’auront pas été avec un bouddha, ni deux, ni trois,
quatre ou cinq bouddhas lorsqu’ils planteront leurs bonnes racines. Ils auront
accompli cette plantation avec d’incommensurables dizaines de millions de
bouddhas. En entendant ces passages, ne fut-ce qu’en une seule récitation, il
donneront naissance à une foi pure. Subhuti, le Tathagata sait et voit
pleinement ceci dans tout être qui atteint ainsi une aussi incommensurable
vertu. Et pourquoi ? Parce que ces êtres ne retomberont pas dans les
obstructions, la perception d’un égo individuel, celle d’une existence
séparée, celle d’une âme, ni celle d’une personne. Ils seront libres de la

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perception des dharmas tout autant que de celle des non-dharmas. Pourquoi
cela ? Si les esprits de ces êtres devaient appréhender les apparences,
assumer l’apparence des dharmas, assumer l’apparence des non-dharmas,
ceci créerait l’attachement à un égo individuel, à une existence séparée, à
une âme, et à une personne. C’est pourquoi on ne devrait pas percevoir les
dharmas et les non-dharmas. C’est ce que veut dire le Tathagata lorsqu’il
déclare, "O moines ! Sachez que mon Dharma ainsi exposé est comme un
radeau de bambou. Le Dharma honoré doit être abandonné, et bien plus
encore ce qui n’est pas le Dharma"».

(7) «Subhuti, qu’en penses-tu ? Le Tathagata a-t-il atteint l’Illumination


parfaite qui transcende les comparaisons ? Dispense-t-il un enseignement du
Dharma ?»
Subhuti répondit : «Ainsi que je comprend l’enseignement précis du
Bouddha, il n’existe aucun Dharma précis qu’on appelle "l’Illumination
parfaite qui transcende les comparaisons". De plus, il n’y a aucun Dharma
précis que puisse exposer le Tathagata. Pourquoi cela ? De tous les dharmas
exposés par le Tathagata, aucun ne peut être perçu ni exprimé, puisqu’il
n’existe ni dharmas ni non-dharmas. Pourquoi est-ce le cas ? Tous les Sages,
par le moyen du Dharma inconditionnel, opèrent des discriminations»

(9) «Subhuti, qu’en penses-tu ? Celui-qui-entre-dans-le-courant (srota-


apanna) peut-il produire cette pensée "J’ai mérité la récompense de celui-qui-
entre-dans-le-courant" ?» Subhuti répondit : «Non, Honoré du Monde.
Pourquoi donc ? "Celui-qui-entre-dans-le-courant" est le nom de celui qui
entre dans le courant [de la vie sainte], qui n’entre nulle part : il n’entre pas
dans les formes, ni dans les sons, ni les odeurs, les goûts, les sensations ni
les idées. Celui-là est appelé "Celui-qui-entre-dans-le-courant"
— Subhuti, qu’en penses-tu ? Celui-qui-ne-doit-renaître-qu’une-fois
(sakrdagama) peut-il produire cette pensée — "J’ai mérité la récompense de
celui-qui-ne-doit-renaître-qu’une-fois" ?» Subhuti répondit : «Non, Honoré du
Monde. Pourquoi donc ? "Celui-qui-ne-doit-renaître-qu’une-fois" est le nom
qui désigne une venue de plus [dans ce monde mortel], et en réalité, il n’y a
pas de venue future. Celui-là est appelé "Celui-qui-ne-doit-renaître-qu’une-
fois"»
— Subhuti, qu’en penses-tu ? Celui-qui-ne-doit-pas-revenir (anagamin) peut-il
produire cette pensée — "J’ai mérité la récompense de celui-qui-ne-doit-pas-
revenir" ?» Subhuti répondit : «Non, Honoré du Monde. Pourquoi donc ?
"Celui-qui-ne-doit-pas-revenir" est le nom qui désigne celui qui ne doit pas
renaître, et il n’y a en réalité aucune non-renaissance. C’est pourquoi on
l’appelle "Celui-qui-ne-doit-pas-revenir"»
— Subhuti, qu’en penses-tu ? Un arhat peut-il produire cette pensée — "J’ai
atteint l’éveil de l’arhat" ?» Subhuti répondit : «Non, Honoré du Monde.
Pourquoi donc ? En réalité, il n’existe pas de dharma appelé "arhat". Honoré

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du Monde, si un arhat devait produire cette pensée — "J’ai atteint l’éveil de
l’arhat", ce serait alors à cause de l’attachement à un égo individuel, à une
existence séparée, à une âme, à une personne. Le Bouddha a déclaré que
j’avais atteint, sans discussion, un samadhi qui est parmi les meilleurs. C’est
le meilleur parce que j’ai renoncé au désir d’être un arhat. Je ne formule pas
la pensée — "J’ai renoncé au désir d’être un arhat". Honoré du Monde, si, de
moi-même, je formulais la pensée — "J’ai atteint l’Eveil de l’arhat" — l’Honoré
du Monde n’aurait pas dit de Subhuti qu’il est cet heureux méditant dans la
forêt, parce qu’en réalité, Subhuti ne pratique nulle part. Et c’est pourquoi on
l’appelle "Subhuti, l’heureux méditant dans la forêt".»

(10) Le Bouddha dit : «Subhuti, qu’en penses-tu ? Dans le passé, quand le


Tathagata se trouvait avec le bouddha Dipankara, le Pleinement Illuminé, a-t-
Il appris quelque doctrine de lui ?
— Non, Honoré du Monde. Quand le Tathagata se trouvait avec le bouddha
Dipankara, il n’y avait en réalité aucune doctrine à apprendre.
— Subhuti, qu’en penses-tu ? Les bodhisattvas sont-ils l’ornement des terres
du bouddha ?
—Non, Honoré du Monde. Pourquoi cela ? L’ornement des terres du bouddha
est un non-ornement. On l’appelle "un ornement".
— C’est pour cela, Subhuti, que les bodhisattva-mahasattvas devraient
vraiment expérimenter l’esprit pur. Un tel esprit ne discrimine pas et ne porte
pas de jugement sur les formes, sur les sons, les odeurs, les saveurs, les
sensations ou les idées. Un bodhisattva doit développer un esprit qui ne
forme aucun attachement ou aversion pour quoi que ce soit.»

(13) Alors Subhuti demanda : «Honoré du Monde, par quel nom ce Discours
devra-t-il être connu ? Comment devrons-nous le recevoir et le conserver ?»
Le Bouddha répondit : «Ce Discours devra être connu comme Vâjracchedikâ
Prajña Pâramitâ — Le Coupe-verre en Diamant de la Sagesse transcendentale
— C’est avec les mots de ce titre que vous devriez le recevoir et le conserver.
Pourquoi donc ? Subhuti, le Bouddha dit que c’est la perfection de la sagesse,
de sorte que ce n’est pas la perfection de la sagesse».
«Subhuti, qu’en penses-tu ? Le Tathagata dispense un enseignement du
Dharma, n’est-ce pas ?»
Subhuti répondit au Bouddha : «Honoré du Monde, le Tathagata ne dispense
aucun enseignement.
— Subhuti, qu’en penses-tu ? Les atomes des trois mille myriades de mondes
sont nombreux, n’est-ce pas ?»
Subhuti réplica : «Incroyablement nombreux, Honoré du Monde».
«Subhuti, le Tathagata a dit que les atomes ne sont pas des atomes. Ils sont
appelés "atomes". Le Tathagata a expliqué que les mondes ne sont pas des

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mondes. Ils sont appelés "mondes". Subhuti, qu’en penses-tu ? Peut on voir
le Tathagata par le moyen des trente-deux signes ?
— Non, Honoré du Monde. On ne peut pas obtenir la vision du Tathagata par
le moyen des trente-deux signes. Pourquoi donc ? Le Tathagata a expliqué
que les trente-deux signes ne sont pourtant pas des signes. Ils sont appelés
les "trente-deux-signes".»

(14) A ce moment, en entendant prononcer ce sûtra, Subhuti obtint soudain


une profonde compréhension de sa signification. Alors, en essuyant ses
larmes, il s’adressa au Bouddha en disant: «Honoré du Monde, ayant ainsi
entendu ce sûtra canonique, et l’ayant sincèrement compris, le recevoir et le
conserver ne présente plus aucune difficulté. S’il doit venir au monde dans
les derniers cinq cents ans [de l’ère du Dharma] des êtres qui entendent ce
sûtra avec foi et compréhension, qui le reçoivent et le préservent, quel
remarquable accomplissement sera cette liberté ! Pourquoi cela ? Ces
personnes seront libres de l’idée d’un égo individuel, d’une existence
séparée, d’une âme, et d’une personne. Pourquoi donc ? Parce que l’idée
d’un égo individuel, d’une existence séparée, d’une âme, et d’une personne
est ce non-signe. Pourquoi ? Parce que laissant là toutes les apparences, on
les appelle des bouddhas.»
Le Bouddha dit à Subhuti : «Oui, oui ! S’il y a encore une personne qui entend
ce sûtra et n’est ni étonnée, ni alarmée ou effrayée; il faut savoir que cette
personne deviendrait très extraordinaire. Pourquoi donc ? Subhuti, le
Tathagata a expliqué que la première perfection n’est pourtant pas la
première perfection. On l’appelle la première perfection. Subhuti, la
perfection de la persévérance (kshanti), comme l’a dit le Tathagata, n’est pas
la perfection de la persévérance. Pourquoi donc ? Subhuti, lorsque dans le
passé mon corps a été coupé en morceaux par le roi Kalinga, j’étais à
l’époque libre d’attachement à un égo individuel, à une personne, à une
existence séparée, et à une âme. Pourquoi cela ? S’il y avait eu à cette
époque un attachement à un égo individuel, à une personne, à une existence
séparée, et à une âme, la colère et l’indignation seraient montées en moi.
Subhuti, les bodhisattvas doivent quitter tous les signes lorsqu’ils
entreprennent l’Illumination parfaite qui transcende les comparaisons. Ils ne
doivent pas s’attacher aux formes, aux sons, aux odeurs, aux saveurs, aux
sensations ou aux idées, ils ne doivent s’attacher à rien lorsqu’ils forment
cette pensée. S’ils devaient avoir un attachement dans cette pensée, alors il
deviendrait un non-attachement. C’est pourquoi le Bouddha a dit que les
pensées du bodhisattva ne doivent pas s’attacher aux formes de l’offrande.
Subhuti, c’est en faisant en sorte de sauver tous les êtres sensibles que les
bodhisattvas doivent faire l’offrande. Le Tathagata a dit que tous les signes
sont donc le non-signe. De plus, il a dit que tous les êtres sensibles ne sont
donc pas des êtres sensibles. Subhuti, les discours du Tathagata sont
véridiques, vrais, et donc ni faux ni contradictoires. Subhuti, le Dharma que
le Tathagata a atteint n’est ni vrai ni faux. Subhuti, si les pensées d’un

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bodhisattva s’attachent aux dharmas lorsqu’il fait l’offrande, ce serait comme
une personne qui entrerait dans l’obscurité, et serait ainsi incapable de rien
voir. Si les pensées d’un bodhisattva ne s’attachent pas aux dharmas
lorsqu’il pratique l’offrande, ce serait comme une personne qui, grâce à la
luminosité du soleil, verrait toutes les différentes formes. Subhuti, s’il devait
se produire dans le monde que de bons fils et de bonnes filles soient en
mesure de recevoir, retenir, lire et réciter ce qu’il y a dans ce sûtra, alors ils
deviendront des Tathagatas. Par la sagesse transcendante du Bouddha qui
voit et connaît pleinement ces gens, je puis dire que tous obtiendront la
réalisation complète de ce mérite incommensurable.

(15) «Subhuti, si on trouve de la satisfaction dans les dharmas inférieurs, il


s’agit d’un attachement à un égo individuel, à une personne, à une existence
séparée, et à une âme. Dans ce cas, il ne saurait y avoir d’accord avec le fait
de recevoir, retenir, réciter ou expliquer ce sûtra à quelqu’un d’autre.
Subhuti, où que cela se trouve, en quelqu’endroit que ce soit, s’il s’y trouve
ce sûtra, chacun de tous les mondes, que ce soit celui des dieux, des
humains ou des titans, devrait faire des offrandes pour son soutien. Il faut
qu’on sache que cet endroit est alors un sanctuaire. Tous devraient le
vénérer en en faisant le tour dans le sens des aiguilles d’une montre, en y
lancelant des fleurs et en y brûlant de l’encens.

(17) A ce moment, Subhuti dit au Bouddha : «Honoré du Monde, comment


doivent se comporter ceux et celles qui entreprennent la bodhi suprêmement
inégalée, comment doivent-ils régler leurs pensées ?»
Le Bouddha dit à Subhuti : «Les bons fils et les bonnes filles qui
entreprennent la bodhi suprêmement inégalée formeront la pensée, "je vais
libérer tous les êtres sensibles. Les ayant libérés, il n’y aura pas d’êtres
sensibles qui auront été libérés". Pourquoi ? Subhuti, si un bodhisattva avait
un attachement à un égo individuel, à une personne, à une existence
séparée, et à une âme, alors il ne serait pas un bodhisattva. Pourquoi cela ?
Subhuti, en vrai, il n’existe pas de bodhi suprêmement inégalée. Subhuti,
qu’en penses-tu ? Lorsque le Tathagata se trouvait avec le Bouddha
Dipankara, il avait atteint la bodhi suprêmement inégalée, n’est-ce pas ?
— Non, Honoré du Monde. Tel que j’ai compris ce que veut expressément
dire le Bouddha, quand le Bouddha se trouvait avec le bouddha Dipankara, il
n’avait en rien atteint la bodhi suprêmement inégalée.»
Le Bouddha réplica : «Oui, oui ! Subhuti, en réalité, il n’existe pas de dharma
qu’aurait atteint le Tathagata dans la bodhi suprêmement inégalée. Sinon, le
bouddha Dipankara ne m’aurait pas donné la prédiction "Toi, dans une vie à
venir, tu apparaîtras en tant que bouddha nommé Shakyamuni". C’est parce
qu’en réalité, il n’existe pas de dharma dans l’obtention de la bodhi
suprêmement inégalée. Pourquoi cela ? Pour quelqu’un qui est un Tathagata,
tous les dharmas se valent. Subhuti, la bodhi suprêmement inégalée atteinte

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par le Tathagata est une [voie] médiane, sans vérité ni fausseté. C’est pour
cela que le Tathagata dit de tous les dharmas qu’ils sont tous le Dharma du
Bouddha. Subhuti, ce qu’on appelle "tous les dharmas", n’est donc en rien
tous les dharmas. C’est pour cela qu’on l’appelle "tous les dharmas". Subhuti,
prends par exemple cette personne dont le corps est ancien et grand».
Subhuti répondit : «Honoré du Monde, le Tathagata a dit que la personne
dont le corps est ancien et grand, n’a pourtant pas un grand corps. On
l’appelle simplement "un grand corps".
— Subhuti, un bodhisattva est aussi tel. Si quelqu’un devait former les mots
"Je vais libérer tous les innombrables êtres" alors, on ne pourrait pas
l’appeler un bodhisattva. Pourquoi donc ? Subhuti, en réalité, il n’existe pas
de dharma dont le nom serait "bodhisattva". C’est pour cela que le Bouddha
a dit que chacun des dharmas est sans égo individuel, sans personne, sans
existence séparée, et sans âme. Subhuti, si un bodhisattva devait dire "Je
vais orner la terre du Bouddha"; alors ce ne serait pas quelqu’un qu’on
pourrait appeller un bodhisattva. Pourquoi cela ? Parce que le Tathagata a dit
que l’ornement de la terre du Bouddha, est un non-ornement, on l’appelle
"ornement". Subhuti, si un bodhisattva pénètre et traverse le Dharma sans
égoïsme, le Tathagata a dit qu’on pouvait vraiment l’appeler un
bodhisattva.».

(18) «Subhuti, qu’en penses-tu ? Le Tathagata possède-t-il l’œil de chair, l’œil


divin, l’œil de sagesse, l’œil du Dharma, l’œil du Bouddha ?
— Oui, Honoré du Monde, le Tathagata les possède».
«Subhuti, qu’en penses-tu ? Prends les sables du Gange. Subhuti, qu’en
penses-tu ? Comme il y a de grains de sable dans un seul Gange, suppose
qu’il y ait des fleuves Gange en nombre égal à celui de ces grains de sable, si
on avait des terres de Bouddha en nombre égal à celui des grains de sable
de tous ces fleuves, ces terres seraient nombreuses, n’est ce pas ?
— Incroyablement nombreuses, Honoré du Monde.»
Le Bouddha dit à Subhuti : «Dans ces terres se trouvent des êtres sensibles
avec diverses sortes d’esprits, que le Tathagata connaît parfaitement.
Pourquoi donc ? Le Tathagata a dit que les esprits ne sont pas des esprits et
sont de ce fait appelés "esprits". Subhuti, il est impossible de retenir l’esprit
passé, impossible de tenir l’esprit présent, et impossible de saisir l’esprit
futur car en aucune de ses activités l’esprit n’a-t-il de substance ou
d’existence.»

(19) «Subhuti, qu’en penses-tu ? Suppose que quelqu’un remplisse trois mille
myriades de mondes avec les sept trésors pour en faire l’offrande. Cette
personne, avec cette cause et ces conditions, obtiendrait de nombreuses
bénédictions, n’est-ce pas ?
— Oui, Honoré du Monde. Cette personne, avec cette cause et ces conditions,
obtiendrait d’incroyablement nombreuses bénédictions.

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— Subhuti, si cet acte béni avait été réel, le Tathagata n’aurait pas dit que
cette personne obtiendrait de nombreuses bénédictions. Puisque l’acte béni
n’est pas, le Tathagata dit donc que la personne en obtiendrait de
nombreuses bénédictions».

(20) «Subhuti, qu’en penses-tu ? Peut-on reconnaître le Bouddha par la forme


parfaite de son corps ?
— Non, Honoré du Monde. On ne doit pas reconnaître le Tathagata par la
forme parfaite de son corps ou par les signes parfaits. Pourquoi cela ? Le
Tathagata a dit que la forme parfaite de son corps ou les signes qui sont
parfaits ne le sont pas. On les appelle ainsi.»

(21) «Subhuti, ne dis pas que le Tathagata forme cette pensée : «J’obtiendrai
une explication du Dharma. Ne forme pas cette pensée. Pourquoi donc ? Si
quelqu’un dit que le Tathagata possède une explication du Dharma, alors elle
aura diffamé le Bouddha, parce qu’elle est incapable de comprendre les
raisons de mon discours. Subhuti, le Dharma oral n’a pas de Dharma qu’on
puisse exprimer. On l’appelle Dharma oral.»
Alors, le Vénérable Subhuti dit au Bouddha : «Honoré du Monde, ne peut-on
se demander s’il y aura toujours dans les générations à venir des êtres
sensibles en qui surgira une foi authentique à entendre les mots de cet
enseignement ?»
Le Bouddha répondit à Subhuti : «Ce ne sont pas là des êtres sensibles, sans
qu’on puisse dire qu’ils ne sont pas des êtres sensibles. Pourquoi donc ?
Subhuti, les êtres sensibles qui sont êtres sensibles, a dit le Tathagata, ne
sont pas des êtres sensibles. On les appelle seulement "êtres sensibles".»

(22) Subhuti dit au Bouddha : «Honoré du Monde, est-ce parce que rien n’est
atteint nulle part que le Bouddha a atteint la bodhi suprêmement inégalée

Le Bouddha répondit : «Oui, oui ! Subhuti, dans ma bodhi suprêmement
inégalée, il n’y a vraiment pas le moindre Dharma qu’on puisse obtenir. C’est
cela qu’on appelle la bodhi suprêmement inégalée».

(23) «Qui plus est, Subhuti, le Dharma est égal, n’ayant ni haut ni bas. C’est
ce qu’on appelle la bodhi suprêmement inégalée. C’est grâce au fait d’être
sans égo individuel, sans personne, sans existence séparée, et sans âme, et
par la mise en oeuvre de tous les bons dharmas qu’on atteint la bodhi
suprêmement inégalée. Subhuti, ce qu’on dit être de bons dharmas, le
Tathagata a expliqué qu’ils étaient des non-dharmas. Ils sont appellés "bons
dharmas"».

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(25) «Subhuti, qu’en penses-tu ? Dirais-tu que le Tathagata forme la pensée,
"Je sauverai les êtres sensibles" ? Subhuti, ne forme pas cette pensée.
Pourquoi donc ? En vrai, il n’y a pas d’êtres sensibles que puisse sauver le
Tathagata. S’il y en avait, alors le Tathagata aurait un égo individuel, une
personne, une existence séparée, et une âme. Subhuti, le Tathagata a
expliqué qu’un égo individuel n’est pas un égo individuel. Les hommes
mortels considèrent leur personne comme étant un égo individuel. Subhuti,
le Tathagata a expliqué que les hommes mortels ne sont pas des hommes
mortels. On les appelle "hommes mortels"».

(26) «Subhuti, qu’en penses-tu ? Peut-on examiner le Tathagata au moyen


des trente-deux signes ?» Subhuti répondit : «Honoré du Monde, le
Tathagata, si je comprend bien ce que veut dire le Bouddha, ne doit pas être
examiné au moyen des trente-deux signes.» A ce moment, l’Honoré du
Monde proclama ce gatha, disant :
«Si par la forme on regarde le Tathagata ou que par le son de sa voix on le
cherche, on suit une voie corrompue et l’on ne peut reconnaître le
Tathagata».

(27) «Subhuti, suppose que tu devais former la pensée "Entreprendre la


bodhi suprêmement inégalée, c’est le Dharma oral du nihilisme". Subhuti, ne
forme pas cette pensée. Pourquoi donc ? Parce qu’on ne peut pas prétendre
qu’entreprendre la bodhi suprêmement inégalée soit le Dharma d’une
conception nihiliste.

(28) «Subhuti, suppose qu’un bodhisattva remplissait autant de mondes qu’il


y a de grains de sable dans le Gange avec les sept trésors, et les accumulait
pour en faire l’offrande. Suppose encore qu’il se trouve quelqu’un qui sache
que tout dharma est sans égo et qui en atteigne la complète persévérance.
Ce bodhisattva surpasserait l’obtention des mérites du premier. Subhuti, la
raison en est que les bodhisattvas ne reçoivent pas de bienfaits».
Subhuti s’adressa au Bouddha, en disant : «Honoré du Monde, comment se
fait-il que les bodhisattvas ne reçoivent pas de bienfaits ?»
«Subhuti, on ne doit pas s’attacher avec avidité à la composition des
bienfaits des bodhisattvas. C’est pourquoi ils sont dits "ne pas recevoir de
bienfaits" ».

(29) «Subhuti, s’il se trouvait quelqu’un pour dire que le Tathagata va, vient,
s’assied ou s’étend ; cette personne ne comprendrait pas ce que je veux
expressément dire. Pourquoi donc ? Le Tathagata n’a pas d’endroit d’où
venir, et n’a pas non plus d’endroit où aller. C’est pourquoi il est appelé un
Tathagata.»

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(30) «Subhuti, suppose que de bonnes personnes devaient moudre les trois
mille myriades de mondes en grains de poussière. Qu’en penses-tu ? Ces
grains seraient nombreux, n’est-ce pas ?
— Incroyablement nombreux, Honoré du Monde. Et pourquoi ? Si ces
myriades de grains existaient réellement, le Bouddha ne parlerait pas de
myriades de grains de poussière. Pourquoi cela ? le Bouddha a dit que ces
grains ne sont pas des grains de poussière. On les appelle grains de
poussière. Honoré du Monde, le Tathagata a dit que les trois mille myriades
de mondes ne sont donc pas composés de mondes, on les appelle "mondes".
Pourquoi donc ? Si ces mondes existaient réellement, alors ils apparaîtraient
comme un seul conglomérat. Le Tathagata a déclaré que l’apparence d’un
seul conglomérat n’est pas l’apparence d’un seul conglomérat. Cela s’appelle
"un seul conglomérat".»
— Subhuti, l’apparence d’un seul conglomérat n’est donc pas exprimable.
Seuls les hommes ordinaires s’attachent avidement aux agissements de leur
propre personne.»

(31) «Subhuti, suppose que quelqu’un dise que le Bouddha a parlé du point
de vue de l’égo, du point de vue de la personne, du point de vue des
existences séparées, ou du point de vue de l’âme. Subhuti, qu’en penses-tu ?
Cette personne comprend-elle ce que je veux expressément dire ?
— Non, Honoré du Monde. Cette personne ne comprendrait pas ce que le
Tathagata veut expressément dire. Pourquoi donc ? L’Honoré du monde a dit
que la perception d’un égo individuel, d’une personne, d’une existence
séparée, et d’une âme ne sont donc pas la perception d’un égo individuel,
d’une personne, d’une existence séparée, et d’une âme.
— Subhuti, dans la bodhi suprêmement inégalée, tous les dharmas devraient
ainsi être connus, conçus et en conséquence fidèlement compris comme les
apparences non-nées des dharmas. Subhuti, le Tathagata a dit que les mots
"apparences des dharmas" ne sont donc pas les apparences des dharmas.
On les appelle "apparences des dharmas".»

(32) «Subhuti, suppose que quelqu’un remplisse d’innombrables myriades de


mondes avec les sept trésors et les accumule pour en faire l’offrande. Et
suppose que de bonnes personnes entreprennent la bodhéité, ne retenant de
ce sûtra que quatre lignes, et en recevant, retenant, lisant et récitant, et
donnant aux autres des explications détaillées. Leurs mérites dépasseraient
ceux de l’autre. Comment pourraient-ils donner aux autres des explications
détaillées ? Sans s’attacher aux apparences de l’absolu, sans agitation.
Pourquoi cela ?
«Tous les dharmas existants et conditionnés sont des rêves, des illusions, des
bulles, des ombres; comme la rosée et aussi comme l’éclair, ainsi doit-on les
considérer.»

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Quand le Bouddha eût fini de prononcer ce sûtra, le Vénérable Subhuti, les
bhiksus, bhiksunis, upasakas et upasikas, et tous, dans les mondes des
dieux, des humains et des titans, qui avaient entendu les enseignements du
Bouddha, furent grandement exaltés. Sincèrement, ils reçurent et
transmirent la pratique du sûtra de Perfection de Sagesse du Diamant.

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