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Le Bourgeois gentilhomme est une comédie-ballet : on y chante et on y danse.

Mais ce qui était un


amusement au XVIIe siècle n’en est plus vraiment un ! Prend-on encore du plaisir à regarder ces
figures "se tourner, s’escarter, se mesler à l’entour" ? Je ne crois pas. Et cependant, régulièrement, Le
Bourgeois gentilhomme est remis en scène. C’est pour les collégiens auxquels on fait étudier la pièce,
me dira-t-on, ces pauvres collégiens à qui l’on explique que monsieur Jourdain est un bourgeois
ridicule qui veut imiter la noblesse et que la "morale" de Molière (et oui, on en est souvent encore là)
est là pour nous rappeler qu’il faut garder son rang. L’expérience du collège est éprouvantable ; mais
tout le monde est passé par là et en a de vagues souvenirs. Ils sont vagues, tant mieux.

La divine surprise

La Comédie française, gardienne du théâtre français, antre des trésors classiques de la dramaturgie
persiste donc. "1436e représentation", indique-t-elle fièrement sur le programme. Et elle a bien raison.
Car quelle merveille que cette mise en scène, quelle divine et insoupçonnée surprise ! Du Jean-Louis
Benoit me direz-vous. Certes, mais un metteur en scène ne transforme pas une pièce, il ne fait "que"
lui redonner vie. Un bon metteur en scène ne fera jamais d’une pièce médiocre un chef-d’œuvre : une
pièce de théâtre est un tout ; elle n’existe que par elle-même.

Richesse et densité

Le Bourgeois gentilhomme n’est pas une pièce mineure de Molière ; et ce n’est pas un hasard si elle
est rejouée, encore aujourd’hui. Ecrite en 1670, c’est une pièce tardive ; elle vient après Tartuffe, Don
Juan ou Les Précieuses ridicules ; ce n’est donc pas un coup d’essai, loin de là. Si elle apparaît de
prime abord bien dépourvue d’aspérités , la mise en scène de J.-L. Benoit nous aide à découvrir
rétrospectivement toute sa richesse. Non qu’elle soit cachée comme l’est un bijou dans le double-fond
d’un coffret, mais elle est enfouie assez profond pour qu’on n’ait pas la curiosité - et la persévérance -
de creuser jusque-là. Le texte de Molière traduit une véritable perfection - n’ayons pas peur des mots -
dans certains traitements de scène. L’ensemble de la pièce n’est pas de cette qualité, c’est indéniable.
Mais, à titre d’exemple, le couple masculin maître/valet, motif récurrent de la Comedia dell’arte
touche ici à son apogée, tant par le rapport réglé entre les deux figures que par la formidable jonglerie
verbale, exploitée à merveille par la mise en scène.
Le schéma actantiel de Greimas, repris par Anne Ubersfeld, rend compte ici de l’étonnante dimension
de cette comédie. Prenons comme sujet monsieur Jourdain. Son objet est de paraître "homme de
qualité", c’est-à-dire gentilhomme. Contre lui se dressent des opposants qui sont sa femme, sa fille
Lucile, Nicole, la servante, puis Cléonte et Covielle, respectivement l’amant de Lucile et son valet.
Tous trouvent les ambitions du bourgeois ridicules. Dans le camp des adjuvants, on rencontre alors les
professeurs de danse et de musique, de philosophie et d’armes, heureux d’avoir trouvé en monsieur
Jourdain un mécène généreux malgré son ignorance, et bien sûr Dorante et Dorimène, métonymies de
la noblesse. Mais ici, cela se complique, car a fortiori, ces adjuvants sont en même temps des
opposants (et les destinataires !). En effet leur désir n’est pas que monsieur Jourdain soit gentilhomme
ou du moins paraisse comme tel : ils se moquent de lui, le tournent en ridicule, il n’est qu’"une vache
à lait" (II) . Leur objet n’est point le même que celui de monsieur Jourdain : leur objet est l’argent et le
plaisir de leur petite personne qu’ils trouvent très grande (I, 1). Et nous abordons là un aspect
fondamental, me semble-t-il, de la pièce, à savoir la hiérarchie, et plus exactement les sources du
pouvoir. Mais pour en terminer avec le schéma actantiel, le destinateur est ici le regard porté par la
société, le jugement fondé sur des valeurs de la société. Et cela a pour fin la reconnaissance sociale, et
donc de nouveau le pouvoir au sein de la société. A travers ce schéma, nous apercevons la densité de
la structure de la pièce, où le bourgeois est loin d’être l’unique ambitieux .

Jugements et nature

La pièce pose la question des valeurs : où les place-t-on, quelles sont les bases de notre jugement ?
Pourquoi est-ce monsieur Jourdain qui est ridicule, et non pas ceux qui le trompent ? J.L Benoit
renverse un rapport par trop longtemps accepté docilement et nous donne à voir l’envers du décor ; ou
plus exactement, il introduit, par une mise en abyme continuelle de la comédie, la confusion : il n’y a
plus d’endroit et d’envers, de normal et d’anormal. Monsieur Jourdain est comme un enfant ; il est
naïf - au sens premier -, il vient de naître, il est pur de toute valeur. Qui est son père ? Il ne l’a pas
connu mais ne peut accepter d’entendre dire qu’il était marchand. Cette faille généalogique fait de
monsieur Jourdain un exclu. Il n’est rien sans ancrage social, et veut être quelque chose ; l’enjeu de la
pièce serait peut-être une quête d’identité qui aurait pour fin le droit d’exister. Ce désir de
reconnaissance est le fait de l’organisation des hommes en société (qui seule fait naître l’idée de
ridicule). La société pervertit : les valeurs qu’elle dicte sont artificielles, contre-nature. Nous sommes
ici dans une logique rousseauiste avant l’heure. Ridicule, monsieur Jourdain l’est par rapport aux
valeurs que la société dominante - les nobles - imposent. Mais sinon ? La noblesse est décadente et ne
peut pas ne pas faire penser, telle qu’elle est représentée par J.L Benoit, aux figures des comédies
lubriques de Plaute. La comtesse semble tout droit sortir d’un lupanar ; et la pluie, ainsi que l’orage
qui gronde en hors-scène, sont comme la métaphore de la noblesse soumise aux aléas des
modifications politiques - et particulièrement pendant le règne de Louis XIV. Elle vient alors trouver
refuge "chez" le bourgeois (la pièce se déroule uniquement chez M. Jourdain) ; elle n’est plus rien. Or
elle redevient une puissance à travers le filtre de Monsieur Jourdain ; il est le seul à attribuer aux
nobles de l’estime, de la valeur, valeur qu’ils ont perdue, étant arrivé en fin de race. Ainsi, le
bourgeois moqué est tout puissant : il tient entre ses mains - sans le savoir ? - l’avenir de cette
noblesse.

La folie au pouvoir

La folie est ce qui ne suit pas les sentiers battus. Monsieur Jourdain semble "fou" - cette notion est
primordiale dans la pièce - car il vit son rêve, il vit pleinement dans l’artifice qui l’entoure ; tout cela
lui confère une légitimité. La société est un immense vertige, succession d’artifices et de faux-
semblants : comment dès lors s’y retrouver quand on ne connaît pas les règles ? Monsieur Jourdain est
fou parce qu’il croit en ce qu’il voit. Il croit son rêve réalisé, il vit dans un univers onirique. Pour les
autres, il est ridicule. Mais il apparaît comme une victime ; il a été trompé et n’a aucun repères. Où est
la vérité ? Singulièrement, la frontière entre ce caractère de victime et de tyran est étroite :
l’absolutisme n’est-il pas une sorte de folie - se croire tout puissant et envoyé de Dieu sur terre - qui
serait acceptée ? Monsieur Jourdain se complaisant dans sa folie n’est-il pas en quelque sorte image
du souverain absolu ? Dorante qui maintient parcimonieusement le bourgeois dans sa folie est
semblable aux nobles qui flattent le roi pour conserver leur pouvoir. La Révolution n’apparaît-elle pas
alors comme la révolte de la société contre cette folie imposée, l’absolutisme ? N’est-elle pas une
réaction contre des valeurs artificielles ? (C’est la nature qui sert de modèle à la Révolution : égalité
des hommes en droit, liberté, droit à disposer d’eux-mêmes...) Le Bourgeois est en cela étonnant qu’il
contient en germe l’expression d’une révolte possible contre l’absurdité des valeurs imposées. Et c’est
une des qualités du metteur en scène de l’avoir soulignée.

La construction de l’espace

Le spectateur est partie intégrante de la pièce : il est celui qui regarde celui qui est regardé. Lorsqu’il
voit Monsieur Jourdain, il voit aussi les intrigues de Dorante, l’hypocrisie des érudits et le caractère
sclérosé de leur pensée (à ce titre la scène avec le maître de philosophie au premier acte est
admirablement traitée). L’espace est construit selon un triangle de perception : nous participons tous
de la comédie. Le spectateur est juge : on le dote d’un très grand pouvoir, celui de condamner ou de
sauver monsieur Jourdain. Et pour cela, J.-L. Benoît a trouvé un rapport très juste avec les variations
sur la Marche turque, très appréciée des salons bourgeois du XIXe siècle, qu’il laisse entendre tout au
long des cinq actes : il pose des analogies plaines de sens pour le spectateur contemporain. Il nous
évite du reste le ballet final, véritable galimatias cosmopolite. Nous lui en savons gré.

Tension et mélancolie

Ce désir de reconnaissance sociale représente un danger métaphorisé par le hors-scène. Ainsi, Nicole,
pour sortir, veut prendre un parapluie et prend par mégarde une épée qu’elle reposera ensuite. Ce n’est
bien sûr pas un hasard ; le danger est dehors, on prend des risques à vouloir changer de place. C’est
pourquoi une tension règne tout au long de la pièce ; la menace de la mort n’est jamais loin. Mort par
exclusion, par solitude, par sarcasme. Cette société qui impose ses valeurs et qui juge, elle blesse et
exclue : elle est un tyran.

Un équilibre fragile

J.-L. Benoit tend ici à interroger les limites génériques de la comédie. Ce genre fait rire, il nous fait
pleurer. La comédie se moque, ici elle sanctionne. Quel retournement ! Sur scène, des décors dans le
décor. Tout est comédie, illusions. Madame Jourdain s’efforce de briser cela ; elle sera exclue du jeu
devenu lutte de pouvoir. "Ma femme, à qui on la donnera", s’exclame Monsieur Jourdain à la fin de la
pièce : à personne. Elle est seule, elle est la figure mélancolique - figure du poète -, pendant de la lutte
pour le pouvoir. Au sens propre et au sens figuré, les personnages tirent trop sur la corde, cette corde
qui pend sur la scène tout au long de la pièce. On tire : les décors s’effondrent ; tout est faux, plus rien
n’est sûr : on sombre dans la folie. Quand Madame Jourdain détruit le décor, les rires font place aux
larmes, le ridicule à la haine, la comédie à la tragédie. Si dans la comédie, tout le monde est ensemble,
la tragédie isole. Ici, la tension fait glisser de l’une à l’autre. On ne rit plus, on ne joue plus ; on meurt.
Le Bourgeois gentilhomme est une comédie-ballet en cinq actes en prose de Molière, représentée pour
la première fois le 14 octobre 1670, devant la cour de Louis XIV, au château de Chambord par la
troupe de Molière. La musique est de Jean-Baptiste Lully, les ballets de Pierre Beauchamp, les décors
de Carlo Vigarani et les costumes turcs du chevalier d'Arvieux.
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Cette pièce incarne le genre de la comédie-ballet à la perfection et reste même l'un des seuls chefs-
d'œuvre du genre en regroupant les meilleurs comédiens et musiciens du temps. Elle répondait au goût
de l'époque pour ce qui était nommé les turqueries, l'Empire ottoman étant alors un sujet de
préoccupation universel dans les esprits, et que l'on cherchait à apprivoiser. L'origine de l'œuvre est
liée au scandale provoqué par l'ambassadeur turc Suleyman Aga qui, lors de sa visite à la cour de
Louis XIV en 1669, avait affirmé la supériorité de la cour ottomane sur celle du Roi-Soleil.
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Les ajouts turcs ont disparu dans les représentations ultérieures. En 2004 toutefois, le musicien
Vincent Dumestre, le metteur en scène Benjamin Lazar et la chorégraphe Cécile Roussat ont proposé
une version intégrale de l'œuvre, en prononciation restituée, avec les ballets de Beauchamp et la
musique composée par Lully.
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À la création, Molière jouait le rôle de Monsieur Jourdain, habillé de couleurs vives, paré de dentelles
d'argent et de plumes multicolores, face à Hubert, travesti dans celui de Madame Jourdain ; Mlle de
Brie était Dorimène, Armande Béjart jouait Lucile, tandis que le musicien Lully était le muphti au
cours de la cérémonie turque du quatrième acte.

Àla demande du roi Louis XIV qui désirait offrir à ses courtisans un divertissement dans lequel il

serait question des Turcs, Molière se mit à la tâche pour composer avec Lully et le chevalier

d’Arvieux ce qui est devenu le Bourgeois Gentilhomme. Cette comédie, qui constitue aussi un ballet,

fut représentée pour la première fois à Chambord le 14 octobre 1670. Le titre donné à la pièce est
révélateur. Il nous apprend que pour Molière le sujet de l’œuvre, c’est M. Jourdain et sa

propension vaniteuse à gagner une classe sociale qui n’est pas la sienne.

L’aspect physique de M. Jourdain

Que savons-nous des traits de M. Jourdain au travers du Bourgeois Gentilhomme ? Curieusement rien.

Nous ne pouvons que l’imaginer. Sans doute a-t-il de l’embonpoint ; il a rompu les mailles de ses bas

et ses nouvelles chaussures le blessent. La tradition théâtrale l’a volontiers représenté comme un "gros

bouffon", un "dindon superbe". La rondeur convient bien à l’homme fortuné, au bourgeois enrichi, au

balourd gesticulant.

Son âge ? Il a sans doute dépassé la cinquantaine. Lucile, sa fille, est en passe de se marier. Mais

surtout son épouse lui fera plusieurs fois cruellement remarquer que de telles "folies" ne conviennent

pas à son âge respectable. Molière a justement choisi un homme mûr, au faîte de sa réussite sociale. À

l’heure où d’autres veulent cultiver la sagesse, M. Jourdain succombe à ses "lubies". Ce père de

famille aux portes de la vieillesse soupire après une jeune marquise, l’homme d’affaires enrichi s’est

entiché de noblesse.

M. Jourdain nous apparaît, tout au long de la pièce, maladroit, déguisé. Ses nouveaux vêtements

manquent de goût. Ce bourgeois sans arrêt se dandine : une danse aussi exquise que le menuet devient

le balancement d’un plantigrade lorsqu’elle est exécutée par notre homme ; la leçon d’escrime révèle à

l’envi sa raideur. Ainsi M. Jourdain déclenche le rire inextinguible de Nicole et les moqueries de son

entourage par le manque de discrétion et de goût de sa personne, II est emprunté, c’est un mauvais

acteur.

Le caractère de M. Jourdain
Si l’on veut aller plus avant, on peut affirmer que M. Jourdain confond l’être et le paraître, l’essence et

les apparences. En d’autres termes il pense inconsciemment que l’habit fait le moine. Justement il n’a

pas compris que la noblesse ne consiste pas dans un déguisement, mais dans l’élégance naturelle des

gestes, de l’attitude et du propos : en un mot, c’est être "honnête homme". Un titre ne s’achète pas, il

se mérite. L’un des effets comiques les plus constants réside dans ce perpétuel décalage entre ce que

M. Jourdain veut paraître et ce qu’il est. Ses propos vont à l’unisson : ils révèlent son ignorance, son

étroitesse d’esprit, et cependant ses prétentions. Le maître de musique n’hésite pas à affirmer : "C’est

un homme, à la vérité, dont les lumières sont petites, qui parle à tort et à travers, et n’applaudit qu’à

contresens…" Son langage est riche en impropriétés, en approximations, quand il n’apparaît pas

ampoulé et pâteux comme dans l’étonnant compliment à l’adresse de Dorimène. Si le langage, c’est

l’homme, alors M. Jourdain n’est qu’un simulacre de culture et de politesse, malgré une apparente

boulimie de savoir qui serait tout à son honneur si elle était quelque peu disciplinée. De plus ce savoir

nouveau est mal assimilé et M. Jourdain se trouve pris en défaut par le fleuret de sa servante, cette

Nicole à qui il prétendait donner une leçon.

Le lecteur ou le spectateur comprend aisément que M. Jourdain n’inspire pas le respect. Ses façons

"donnent à rire à tout le monde". Épouse et surtout servante se gaussent à plaisir de cet épouvantail, de

ce "carême prenant". Ses maîtres (professeurs) ne voient en lui qu’une bourse, son tailleur le dupe et

Dorante le manipule peu scrupuleusement en le flattant avec adresse. Chacun profite de ces "visions

de noblesse et de galanterie qu’il est allé se mettre en tête".

Nous voilà mieux installés au cœur du personnage. Au nom de ses prétentions, M. Jourdain se conduit

en être sottement vaniteux : il quémande l’admiration tant il est vrai qu’il n’existe que par le regard

d’autrui, il se pavane auprès de gens qui ne sont pas forcément qualifiés pour porter un jugement de
goût. Il fait admirer bêtement ses signes extérieurs de richesse et tout particulièrement ses "laquais" (le

possessif manifeste à l’évidence la confusion entre l’avoir et l’être). Il demande sans arrêt comment

font les "gens de qualité". Voilà le sésame qui délie la bourse, voilà l’argument suprême qui étouffe

les quelques velléités de bons sens. En effet M. Jourdain parfois aperçoit la vérité : il refuse que le

maître de philosophie ne lui dispense un savoir aussi inutile que rébarbatif, il se rend bien compte que

les valets du tailleur allaient lui soutirer jusqu’à la dernière pièce de sa bourse par leurs appellations

flatteuses. Mais ces éclairs sont rares. L’homme est naïf surtout si l’on touche son point faible. S’il

s’étonne de la considération et des "caresses" de Dorante, il n’y voit que la reconnaissance de ses

mérites au lieu d’une condescendance aussi intéressée que moqueuse. Ainsi ses jugements sont

erronés, soit parce qu’ils sont entachés du dédain de celui qui paie, soit parce qu’ils sont viciés par

cette recherche d’une justification aux faits désagréables ou irritants : par exemple les emprunts

répétés de Dorante loin de passer pour du parasitisme sont signes d’honneur et d’amitié. Au nom de sa

prétention, il s’inventera des parents prétendument notables. Est-il menteur ? Non, car il n’a pas

l’intention de tromper. Simplement pour lui les perspectives sont faussées par cette constante

recherche d’une image flatteuse de lui-même.

Monsieur Jourdain — Est-ce que les gens de qualité apprennent aussi la musique ?

Maître de musique — Oui, Monsieur.

Monsieur Jourdain — Je l’apprendrai donc. Mais je ne sais quel temps je pourrai prendre ; car, outre

le Maître d’armes qui me montre, j’ai arrêtéEngagé. encore un Maître de philosophie, qui doit

commencer ce matin.
Les autres traits du caractère nuancent le personnage, à partir de cette idée centrale : on le voit indécis,

embarrassé par un mode de vie inhabituel. Il révèle sa couardise en apprenant l’escrime, il étale son

entêtement car il a une haute opinion de sa personne. Alors qu’il a demandé l’aide d’un tiers, il

n’acceptera aucune modification au compliment qu’il a rédigé pour Dorimène. Enfin, autoritaire, il a

tendance à écraser les faibles et à poursuivre de ses colères ceux qui se moquent de lui, ceux qui

n’admettent pas son point de vue. Au nom de sa "folie", il a décidé que sa fille épouserait un

gentilhomme et l’opposition des siens fait monter les enchères. Sa vanité, son irascibilité, son

jugement déformé par ses lubies se conjuguent ici pour le confiner dans l’erreur.

Les intentions de Molière

Ainsi naïveté, vanité, égoïsme, autoritarisme sont-ils les maîtres mots de ce portrait. Molière dépeint

un personnage prisonnier d’une lubie. Cette "folie" le conduit à se construire un univers fermé qui n’a

plus beaucoup de rapport avec le monde réel. En effet les événements extérieurs ne sont acceptés que

s’ils viennent conforter sa vanité, s’ils lui présentent une image flatteuse de lui-même. À l’inverse

toute personne qui tendrait à lui rappeler sa situation réelle déclenche chez lui des colères farouches.

M. Jourdain choisit petit à petit un univers autistique où il se complaît dans la sotte admiration de lui-

même. Cette contemplation narcissique lui ôte tout esprit critique et l’on comprend qu’il devienne le

jouet d’autrui, tout particulièrement des gens les moins scrupuleux. Voilà la peinture du caractère.

Mais il y a aussi une peinture sociale de la "folie" de M. Jourdain ou tout du moins une peinture des

conséquences sociales de sa passion. Cette douce folie pourrait être risible si M. Jourdain n’était qu’un

"original", mais il veut imposer son univers à autrui. Ses conceptions, sa volonté dévoyée le
conduisent à dilapider sa fortune, à tyranniser les siens, à mettre en danger son ménage, à travailler au

malheur de sa fille. Le travers n’abîme pas seulement l’individu, mais aussi l’ordre social.

Cependant Molière n’est pas un théoricien. C’est avant tout un homme de théâtre. Il ne rédige pas un

traité, mais une comédie. Il montre, il fait rire. "Le devoir de la comédie étant de corriger les hommes

en les divertissant, j’ai cru que, dans l’emploi où je me trouve, je n’avais rien de mieux à faire que

d’attaquer par des peintures ridicules les vices de mon siècle…" écrit-il dans le premier placet pour

Tartuffe. Ainsi il a voulu instruire en plaisant, en faisant rire. M. Jourdain sera donc un personnage

ridicule. C’est un personnage de théâtre caricatural qui conserve cependant dans le même temps assez

de vérité humaine pour ne pas se comporter comme une marionnette. En un mot, c’est un type

littéraire par son caractère d’exemplarité.

Conclusion

Trait essentiel du caractère et réussite de la création. Unité artistique.

La conclusion de la pièce est à ce titre bien significative, M. Jourdain se trouve pris à son propre

piège, il devient peu à peu le jouet de ses illusions. Le Bourgeois Gentilhomme, c’est la déchéance

d’un être qui perd peu à peu le sens de la réalité pour se réfugier dans un univers artificiel. Les siens

n’ayant pas réussi à le détromper, à le guérir, sont conduits à lui donner le change, à lui jouer la

comédie. La mascarade de l’intronisation, cérémonie grotesque, farce énorme, constitue l’apothéose

finale, la démonstration comique et théâtrale de la folie qui isole M. Jourdain et le fait montrer du

doigt.

Monsieur Jourdain étant un bourgeois veut acquérire les maniéres des gens de qualité . Il se lance dans

l' apprentissage des armes, de la danse, de la musique et de la philosophie . Toutes ces choses lui
paraissent indispensables à sa conditon de gentilhomme.

Il courtise Dorimène, amenée sous son toit par son amant, un comte autoritaire, qui entend bien

profiter de la naïveté de M. Jourdain et de Dorimène.

Sa femme et Nicole, sa servante, se moquent de lui, puis s'inquiètent de le voir aussi envieux, et

tentent de le ramener à la réalité du prochain mariage de sa fille Lucile avec Cléonte. Mais ce dernier

n'étant pas gentilhomme, M. Jourdain refuse cette union.

Comédie-ballet en cinq actes et en prose, représentée à Chambord, le 14 octobre 1670, dont la


musique est de Jean-Baptiste Lully.
Monsieur Jourdain, riche bourgeois et fils de marchand, s’efforce de cacher la bassesse de sa
naissance en suivant les leçons de maîtres de danse, de musique, d’armes et de philosophie, qui, en lui
enseignant les usages de la noblesse, profitent de sa naïveté, malgré les remarques pleines de bon sens
de son épouse. Dorante, un gentilhomme, feint d’être son ami, mais ne fait que profiter de la situation,
en lui empruntant de l’argent et en faisant sa cour à ses dépens à une marquise, Dorimène, que
Monsieur Jourdain voudrait séduire. Le jeune Cléonte, est amoureux de Lucile, la fille de la maison,
mais Monsieur Jourdain ne rêve que de la marier à un gentilhomme. Dorante offre un festin à
Dorimène chez Monsieur Jourdain, en sa présence, en lui faisant croire qu’il agit en sa faveur.
Survient Madame Jourdain, furieuse, mais Dorante sauve la situation en prenant sur lui l’organisation
du dîner, ce qui paraît habile au Bourgeois. Entre-temps, le serviteur de Cléonte, dans le but de duper
Monsieur Jourdain et de favoriser les amours de son maître, met au point un stratagème burlesque : il
fait croire au Bourgeois que le fils du Grand Turc, amoureux de sa fille, désire l’anoblir en l’élevant à
la dignité de « Mamamouchi ». Sous le couvert d’une cérémonie farcesque qui enchante le héros, on
conclut le mariage de Lucile et Cléonte, déguisé en Turc, ainsi que celui de Dorante et Dorimène.
Après les fastueuses représentations de Chambord, cette comédie connaît un succès durable, à Saint-
Germain d’abord, à la ville ensuite.

Dorimène croit que c'est Dorante qui la couvre de présents et ne comprend rien aux allusions de

Monsieur Jourdain et à la colère de Madame Jourdain, elle croit que Dorante l'a emmenée chez les

Jourdain pour la voir à l'abri des regards et des ragots du monde et ne sait rien des manigances de
Dorante.

Dorante aime peut-être réellement Dorimène, mais il lui ment tant qu'il peut.

Par contre, les deux seront les complices de Cléonte et Covielle pour mettre en scène la fausse

turquerie qui permettra à Cléonte d'épouser Lucile.

Cléonte décide alors d'entrer dans le jeu des rêves de noblesse de M. Jourdain, et avec l'aide de son

valet Covielle, il se fait passer pour le fils du Grand Turc. Il obtient ainsi le consentement de M.

Jourdain, qui se croit parvenu à la plus haute noblesse après avoir été promu « Mamamouchi » lors

d'une cérémonie turque burlesque organisée par les complices de Covielle

Résumé

Étant un bourgeois, M. Jourdain entend acquérir les manières des gens de qualité. Il décide de
commander un nouvel habit plus de sa nouvelle condition et se lance dans l'apprentissage des armes,
de la danse, de la musique et de la philosophie, autant de choses qui lui paraissent indispensables à sa
condition de gentilhomme.

Il courtise Dorimène, amenée sous son toit par son amant, un comte autoritaire, qui entend bien
profiter de la naïveté de M. Jourdain et de Dorimène.

Sa femme et Nicole, sa servante, se moquent de lui, puis s'inquiètent de le voir aussi envieux, et
tentent de le ramener à la réalité du prochain mariage de sa fille Lucile avec Cléonte. Mais ce dernier
n'étant pas gentilhomme, M. Jourdain refuse cette union.

Cléonte décide alors d'entrer dans le jeu des rêves de noblesse de M. Jourdain, et avec l'aide de son
valet Covielle, il se fait passer pour le fils du Grand Turc. Il obtient ainsi le consentement de M.
Jourdain, qui se croit parvenu à la plus haute noblesse après avoir été promu « Mamamouchi » lors
d'une cérémonie turque burlesque organisée par les complices de Covielle.

Personnages
M. Jourdain est un personnage créé et joué par Molière lui-même. C'est un rôle difficile à jouer car le
personnage est quasiment tout le temps présent sur scène. C'est le personnage principal du récit, il est
l'étudiant en « gentilhommerie », amoureux de la marquise Dorimène. M. Jourdain est un personnage
unique dans l'ensemble de l'œuvre de Molière ; il représente une vie imaginaire. Il aime les flatteries
nobiliaires et y croit, aspirant à devenir gentilhomme. Il est vaniteux, naïf et capricieux.

Mme Jourdain est, dans l'ensemble des personnages féminins de Molière, une figure singulière. Elle
apparaît dans peu de scènes de la comédie, et quand cela arrive, c'est toujours pour s'opposer à son
mari soit en face, soit par des coups bas. C'est le personnage le plus « vieux jeu » de la pièce, mais elle
n'est jamais ridiculisée et a quand même joué un rôle d'intrigante envers monsieur Jourdain à la fin de
l'histoire.

Lucile est la fille de M. Jourdain. Elle représente dans cette pièce, un des principaux contrastes. Elle
garde les aspects fragiles de la jeune fille amoureuse, naïve.

Nicole, la servante, forte de son rire et de son caractère paysan, parle devant son maître d'une façon
décontractée et sans complexe, comme la plupart des servantes apparaissant chez Molière.

Cléonte est le cliché de l'amoureux honnête homme, devenu dans Le Bourgeois Gentilhomme, un
jeune libertin jouant un amoureux transi prêt à tout pour que son amour soit réciproque, même à se
déguiser en imaginaire fils du Grand Turc.

Covielle est le valet de la pièce, il est à Cléonte ce que Nicole est à Lucile. Mais son rôle bascule : il
n'est plus le valet balourd et devient le maître de la comédie de la « turquerie ».

Dorante possède un rôle déconcertant. Intriguant et sans scrupule, c'est aussi le complice du piège
organisé par Covielle et Cléonte.

Dorimène est une veuve qui se permet de tout faire, malgré tous les efforts de M. Jourdain. Elle sous-
entend à l'acte III qu'elle va épouser Dorante et confirme ses dires à l'acte IV.

Le Maître de musique est un homme pratiquant l'art pour gagner de l'argent. Il considère M. Jourdain
comme un moyen facile de s'enrichir, et s'oppose en cela au Maître à danser, qui profite des largesses
de son élève mais voudrait qu'il soit capable d'apprécier la danse à sa juste valeur.

Le Maître d'arme enseigne le maniement du fleuret à M. Jourdain. Très sûr de lui et de la supériorité
de la science du combat, il provoquera une dispute entre lui, le Maître à danser et le Maître de
musique par son mépris pour leurs arts. L'ensemble tournera à la bagarre quand le Maître de
Philosophie, plus rhétoricien que véritable philosophe, décrètera la suprématie de ce qu'il appelle
philosophie, quand on voit qu'il ne fait qu'apprendre à M. Jourdain les mouvement des lèvres
intervenant dans la prononciation des voyelles et de quelques-unes des consonnes.

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