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INTRODUCTION
La plus ancienne école publique, encore en activité
auiourd`hui a Dinan, a une histoire bien mouvementée et
tout a fait passionnante.
C`est d`abord sur ce site que des enfants sont accueillis
par des religieuses, au milieu du 19
e
siècle et ce, avant
même que le mot « école » n`ait pris tout son sens. Elle res-
tera pendant presque 100 ans la seule école maternelle de
la ville. En 1881 s`y installe l`école communale des flles.
Puis dans les années 1900, on assiste a la laïcisation dans
un contexte de guerre scolaire entre le privé et le public.
Les deux guerres mondiales bouleversent le quotidien.
Dans les années 70, les locaux sont en piteux état et tous
les élèves sont déplacés dans un nouveau quartier de la
ville pendant de nombreuses années.
Reconstituer l`historique de l`école n`est pas tache facile car
de précieux documents ont disparu dans les déménagements.
Pour autant, ce n`est pas le moment de baisser les bras : coups
de téléphone, échanges d`adresses, rencontres, communica-
tion par Internet. Tous les moyens sont bons pour avancer.
D`anciennes élèves et enseignantes de l`école recherchent dans
leurs greniers et dans leurs souvenirs des traces des époques
passées. La mémoire colmate certains vides laissés par le man-
que de traces écrites mais elle n`est pas infaillible. Il faut la con-
fronter a des sources fables et donc aux archives.
Les premières recherches s`orientent vers la naissance de
l`école a l`aide des registres de délibérations du Conseil mu-
nicipal. Mais les archives de la mairie sont riches et après des
dizaines d`heures a chercher et a dépouiller les documents,
des pans entiers de l`histoire de l`école ressurgissent.
En allant fouiller du coté des Services techniques de la
Ville, des cabinets d`architectes, du presbytère et la chance
aidant, le dossier s`étoffe. Après avoir consulté attentivement
des années complètes de la presse locale du 19
e
siècle et du
début du 20
e
siècle a la Bibliothèque de Dinan, numérisé et
classé quelques centaines de documents, la récolte est fran-
chement abondante. Les pièces de ce puzzle se mettent en
place petit a petit. Il ne reste qu`a compléter avec les archives
départementales et on arrive au bout. Un passé qu`on croyait
a tout iamais perdu est la, rassemblé devant nous et on peine
a croire que tout cela s`est passé dans une seule école.
Bien plus, a travers cette histoire locale, ce sont des pans
de l`histoire de France qui se dévoilent. La « petite » et la «
grande histoire » se reioignent : Guerre 14-18, Occupation,
essor de l`Ecole Publique, scolarisation des flles ; autant
d`évènements oî se mêlent tragédies et moments de ioie.
Nous allons maintenant feuilleter le grand album de
La Garaye.
lntreduct|en
Vue panoramique de l`école de La Garaye. 2008.
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LA GARAYE : UNE ECOLE A DINAN
L'établissement général de bienfais L'établissement général de bienf L'établissement général de bienf ance de Dinan
Comment en arriverons-nous a voir s`installer une école
dans ce quartier proche de l`église Saint-Malo ? En 1751 le
Comte de La Garaye (vcir ncte 1)
achète deux maisons et y installe
trois religieuses rue de la Boulan-
gerie, près du couvent St-Charles.
Elles sont chargées de s`occuper
des pauvres, des malades et visiter
les prisonniers. Elles devront aussi
s`occuper d`éducation. Leur con-
grégation gérait déia le pensionnat
des Dames de la Sagesse, rue Neuve
(auiourd`hui appelée rue La Ga-
raye). Dans un livre publié en 1849
« Etrennes dinannaises », L. Odorici note que « Cet etablisse-
ment fcnde en 1750, par le vertueux M. de Ia Garave, qui fait
plus de bien que de bruit, dcnne l´instructicn aux jeunes þlles »
|et que] « plusieurs la reçcivent cratuitement ». Le même auteur,
dans son ouvrage évoque deux établissements différents.
La première institution est la Salle d`Asile, institution phi-
lanthropique datant du 1
er
octobre 1841 (mais qui ouvrira en
er er
1843). On désignait aussi ces Salles d`Asile sous le terme d`«
asile de bienfaisance » ou de « maison d`hospitalité ». Il faut
évidemment entendre le mot « asile » au sens de refuge. Une
ordonnance de 1832 les désigne comme des « Etablissements
charitables ». C`est une appellation que le Comte et la Comtes-
se de La Garaye n`auraient pas reniée, eux qu`on surnommait «
Les époux charitables ».
Pour cette Salle d`Asile, note encore L.Odorici « Ia di-
recticn tcute charitable et tcute zelee a ete ccnþee aux Da-
mes de la Sacesse, lesquelles rendent de si crands services aux
malades necessiteux, au bien-etre de la classe malheureuse
et surtcut de l´educaticn des jeunes
þlles pauvres ». La directrice et
surveillante est Sour Saint-Mu-
cien. Les garçons de 2 a 7 ans sont
102, les flles 117. Sur le total, 150
sont seulement nourris, 40 nour-
ris, habillés et blanchis.
La deuxième institution est la
Salle d`Asile supérieur située au
couvent de la Sagesse, ouverte en
septembre 1847. La directrice en
est Sour Marie Aimée. Les flles
ont de 7 a 12 ans, elles sont 80 dont 50 reçoivent un repas
par iour. Un asile supérieur
existe également pour les
garçons.
L`Asile, est donc un en-
droit oî les enfants pauvres
sont nourris et bénéfcient
de quelques occupations.
A cette époque une salle
d`asile répond a une né-
cessité sociale a Dinan. En
effet, les entreprises sont
Gravure du chateau de Claude Toussaint Marot, Comte de
La Garaye. Taden. « Coup d`oil rétrospectif sur la ville de
Dinan ». J. Le Sage.1871. (Archives départementales).
Fille de la Sagesse avec sa cape.
(Gravure de la congrégation).
184?-188?
La sa||e d'as||e
3
nombreuses : on compte en 1849 quatre manufactures de
toiles a voiles, deux fabriques de cuirs, deux de faïence et
de poterie, une de tuiles, une de seaux a incendie, une de
bière, une forge... Elles emploient des hommes mais aussi
des femmes et de « grands
enfants ». Mais que faire des
plus petits ?
Le 22 novembre 1842, le
Ministre de l`Instruction
Publique (M. Villemain),
qui a pour titre celui de
« Grand Maitre de l`Univer-
sité », adresse au préfet des
Cotes du Nord un courrier
pour promouvoir les salles
d`Asile : « I´utilite des salles
d´asile, pcur la classe pauvre
et labcrieuse de la pcpulaticn,
est ceneralement reccnnue ,
vcus ferez bien cependant
d´insister sur ce pcint aupres
des autcrites ccmmunales.
Vcus leur rappellerez qu´en
l´absence des parents, retenus
par des travaux manuels, ces
etablissements cffrent aux en-
fants de l´ace le plus tendre la
meilleure carantie de surete
et de sante , que les enfants
v reçcivent, en cutre, de pre-
mieres impressicns de mcrale,
prcpres à exercer la plus salu-
taire infuence sur leur ccnduite future , qu´enþn leur edu-
caticn intellectuelle v est ccmmencee et qu´en v acquerant
la ccnnaissance la plus simple et la plus à leur pcrtee, ils se
preparent à suivre ensuite, avec plus de fruits, les leçcns des
eccles primaires ».
Le 10 octobre 1844, Sour Marie Aimée qui dirige l`Asile a
Dinan, écrit au maire pour se plaindre des sommes que lui
doit la municipalité pour son établissement : « Icrsque vcus
m´avez demande des sæurs pcur la directicn de l´asile, il etait bien
entendu que la ville paierait le
traitement des sæurs , ainsi que
des femmes de services, ccmme
cela se fait partcut ailleurs ».
Depuis le 1
er
ianvier 1843 (date
er er
de l`ouverture du premier asile
a Dinan) elle a du utiliser les
dons pour payer les religieuses
et le personnel de service...
« Vcus savez aussi, mcnsieur
le maire, que l´intenticn des
perscnnes qui dcnnent quelque
chcse pcur l´asile, n´est pas que
l´cn emplcie leur aumcne pcur le
traitement des emplcvees , mais
bien à l´intenticn de la ncurri-
ture des enfants. I´ai pcurtant ete
ccntrainte, malcre mcn extreme
repucnance, de priver l´etablis-
sement de plusieurs chcses ne-
cessaires à ces petits enfants. ».
La lettre est signée « Vctre hum-
ble servante. ». Nous repar-
lerons souvent de Sour Marie
Aimée dans les pages qui sui-
vent.
1847-1867 LA SALLE D`ASILE
Groupe de petites flles et de petits garçons dans une salle d`asile. Ma-
nuel des salles d`asile, J.-D.-M. Cochin, Librairie Hachette paris, 1853.
Titre de la partie consacrée a Dinan dans le rapport de 1844-1845. (Archives
départementales).
4
LA GARAYE : UNE ECOLE A DINAN
Un document d`archives (rapport spécial sur les salles
d`asiles des Cotes-du-Nord pendant l`année 1844-1845)
nous donne d`autres renseignements sur cet établisse-
ment. L`Inspectrice des éco-
les, M
lle
Fanny Girot, men-
tionne qu`il y a 150 garçons
et 150 flles. « Ia salle d´etude
n´est pas assez vaste. Ies abcrds
en scnt dancereux. Au lieu
d´ediþer un preau ccuvert, cn
a attribue à cette destinaticn
2 pieces, dcnt l´une est reservee
aux carçcns, l´autre aux þlles.
Ces deux pieces scnt beauccup
trcp etrcites et les pauvres en-
fants v scnt ccmme entasses.
Si ncus penetrcns dans la clas-
se, ncus trcuvcns beauccup à
lcuer, mais aussi quelques bla-
mes à deverser. Ie chant n´est
pas sufþsamment methcdi-
que. Ies vcix scnt trcp criar-
des. Ici cet exercice nuit plutct
qu´il n´aide au develcppement
phvsique. Pcint d´ecriture. Ia
ceccraphie est mcntree sans
carte, l´histcire sans tableau,
le svsteme metrique sans mc-
dele. Ia petite superþcie de la
classe ne permet pas la fcrma-
ticn de crcupes. Cet cbstacle materiel empechera l´ensei-
cnement de s´elever et paralvsera la capacite peu ccmmune
de la surveillante |.] Pcur ncus l´asile est une eccle , c´est
une reunicn dcnt le but est surtcut l´educaticn, la mcrali-
saticn. ».
La localisation de la première salle d`Asile n`est pas éta-
blie formellement. « Les dames de la Sagesse », comme
elles sont appelées dans les registres de 1843, possèdent 14
propriétés dont 6 baties dans un périmètre assez restreint.
Cela va de la rue de la Boulangerie a celle de la Sagesse, de
la Buanderie, de la rue Neuve
(qui est celle de La Garaye).
Le 14 aout 1846, se tient la
première assemblée générale
de l`association pour l`Extinc-
tion de la mendicité a Dinan,
chez les Dames de la Sagesse.
L`un des buts de l`association
est de « surveiller l`éduca-
tion des enfants pauvres ». De
nombreux notables en sont
membres. Ils ont en charge
un quartier de la ville. Les
« pauvres ordinaires » qu`ils
recensent sont au nombre de
834 dont 304 « très nécessi-
teux ». C`est considérable. Les
enfants subissent les consé-
quences de cette misère. Leur
quotidien sera un peu amélio-
ré grace a l`argent récolté par
ces personnes charitables. De
1846 a 1850, en particulier, ces
sommes permettent de meu-
bler convenablement les deux
asiles supérieurs (enfants de 7
a 12 ans) et d`entretenir celui
du premier degré. Le bilan de l`année 1848 fait apparai-
tre l`ouverture d`un atelier de 20 ieunes flles qui, sortant
de l`Asile Supérieur a douze ans, se trouvaient avant cette
heureuse initiative « sans ressources, sans appui, sans
emploi, abandonnées a elles-mêmes ». Les secours con-
sistent aussi a donner la demi-pension a 250 enfants en
hiver, entretenir les vêtements de 40 enfants et en blanchir
Extrait de « Manuel des salles d`asile, J.-D.-M. Cochin, Librairie Ha-
chette paris, 1853 ».
5
100, donner des fournitures scolaires a 400. Le trésor de
cette guerre contre la pauvreté comprend pour le vestiaire
de l`Asile de l`enfance : 200 chemises, 140 blouses, 100
bonnets, 80 paires de bas, 30 robes, 20 pantalons. Pour le
vestiaire de l`Asile supérieur des flles : 86 chemises. Le 30
iuillet 1849, la distribution des prix aux enfants des asiles
se déroule sous la présidence du maire, M. Le Sage. Le di-
recteur des établissements, M. Péan, va être très direct :
« Mes chers Enfants, j´aime à vcus dcnner ce titre. C´est celui
que le pere de famille adresse aussi à ses enfants |.] Par-
fcis j´ai eu de leceres reprimandes à faire à quelques-uns de
vcus qui n´avaient pas appcrte assez d´attenticn aux leçcns
de ces meres vicilantes, les Dames relicieuses Saint-Mucien
et Saint-Iuste, qui vcus diricent avec une scllicitude dicne
des plus crands elcces |.]. Ieunes þlles de l´asile superieur,
quelques-unes n´cnt pas tcujcurs repcndu aux scins empres-
ses que vcus dcnne, ccmme une bcnne mere, la Dame reli-
cieuse Saint-Vivien |.] Ieunes perscnnes, il en est parmi
vcus qui, parfcis, se livrent avec deccut et inapplicaticn aux
cuvraces qu´cn vcus þt faire. Vcus etes diricees par la
Sæur Aimee-du-Saint-Esprit dcnt les scins scnt ad-
mirables |.] Ieunes carçcns, vcus n´etes pas tcus
exempts de quelques reprcches |.] I´espere qu´à
l´avenir il n´v aura plus de reprimandes à vcus
faire, et que vcus rendrez ccntents de vcus les
deux freres de l´Instructicn chretienne, qui
vcus diricent, les freres Tiburce et Victcrie. »
Les récompenses qui vont suivre sont, pour
l`Asile de l`enfance, des prix de sa-
gesse, catéchisme, mémoire, lecture,
calcul, application, docilité, propreté,
travail, assiduité. Pour l`Asile supé-
rieur des ieunes flles, on trouve ceux
de sagesse, piété et docilité, catéchis-
me, lecture, écriture, arithmétique,
grammaire et orthographe, applica-
tion soutenue, mémoire, travail ma-
nuel, assiduité soutenue, ordre et propreté, excellence. Les
garçons ont quelques variantes : en plus l`histoire sainte et
l`histoire de France, en moins la « docilité » et « l`ordre et
la propreté ».
Un généreux donateur
La situation des enfants pauvres est donc un réel pro-
blème a Dinan et une étonnante proposition va contri-
buer a la débloquer le 11 ianvier 1847. La délibération du
Conseil municipal nous en rend compte : « Ie maire dcnne
ccnnaissance au ccnseil d´un dcn de dix mille francs cffert
par un bienfaiteur ancnvme pcur la ccnstructicn d´une ncu-
velle salle d´asile spatiale et ccnvenable. Ie Maire anncnce
au ccnseil qu´il a reçu une prcpcsiticn bien avantaceuse
pcur la salle d´asile des enfants pauvres . cn sait que le lccal
affecte à cet etablissement est imprcpre à sa destinaticn , les
pieces en scnt trcp petites et les enfants entasses n´v respirent
pas un air assez pur, assez salubre , une perscnne charitable
frappee de cet inccnvenient cffre de mettre à dispcsiticn de
la ville une scmme de dix mille francs pcur la reccnstruc-
ticn d´une salle d´asile spacieuse et ccnvenable. Ie Ccn-
seil eccute avec le plus vif interet le rappcrt du maire
auquel il applaudit , il exprime ses recrets de ne
pas ccnnaitre le ncm du bienfaiteur qui fait un
si crand sacriþce dans l´interet des pauvres , il
lui vcte des remerciements les plus empresses et
il invite M. le Maire à perseverer dans scn utile
prcjet et à activer ses demarches pcur
le mener à bcnne þn ».
Le 11 septembre 1847, les condi-
tions de la donation sont précisées :
« Ie ccnseil accepte cette cffre cene-
reuse (un terrain d´une valeur de 12
000 francs) avec empressement et une
reccnnaissance d´autant plus vive que
l´asile actuel est devenu insufþsant
1847-1867 LA SALLE D`ASILE
Buste de Néel de la Vigne. Jardin anglais de
Dinan.(Photo R.F ou Gravure de « Coup d`oil ré-
trospectif sur la ville de Dinan ». J. Le Sage.1871.
(Archives départementales).
Monsieur le Maire |...] songe, ie le sais, aux res-
sources du crédit. Il aurait besoin, me disait-il un
iour, d`une somme immédiatement disponible,
mais remboursable seulement a termes éloignés.
Volontiers, M. le Maire, ie seconderai vos vues,
non pas par un emprunt, mais par un don |...].
Extrait de « Scuvenirs » de Neel de la Vicne. 1850.
6
LA GARAYE : UNE ECOLE A DINAN
pcur recevcir le crand
ncmbre d´enfants qui se
presentent jcurnellement ,
en ccnsequence mcnsieur
le Maire est autcrise à
traiter aux ccnditicns pre-
citees avec Madame la Su-
perieure de la Sacesse ».
Ce généreux donateur
n`est autre que Monsieur
Néel de la Vigne (vcir
ncte2), ancien Sous-Pré-
fet.
Le 2 ianvier 1848, Jo-
seph Le Sage, dans les
« Ephémérides dinan-
naises 1847-1850 », précise que 200 personnes de 7 a 12
ans seront accueillies, qu`ils recevront un repas par iour
et devront effectuer des travaux manuels en dehors des
cours pour qu`ils puissent être préparés a un futur métier.
Un extrait de la délibération du conseil municipal d`avril
1848 précise les conditions de la vente « d`une maison et
dépendance avec 3 iardins clos de murs compris entre la
rue de la Boulangerie et la rue Neuve en la commune de
Dinan et dont font partie les anciens murs de la Ville et les
fausses brayes ou chemin de ronde », par la famille Perulle
a M. Augustin Belêtre-Viel, pour la construction d`une
salle d`asile ».
M. Auguste Belêtre-Viel, cet ancien négociant et pro-
priétaire, né a Dinan le 22 iuillet 1786, sans profession, de-
meure a Saint Valay en Taden. Il a accepté les conditions
de vente « pour et au nom de la Ville de Dinan ».
Nous n`en sommes qu`aux premiers pas de la mise en
place d`un système éducatif et l`Etat et les communes sont
satisfaites de s`en remettre aux congrégations religeuses
et initiatives individuelles pour fonder des écoles. Ainsi a
Dinan M. Leyder avait ouvert une école pour les garçons
qui rendait de grands services.
Une nouvelle salle d'asile pour Dinan
Le 28 avril 1848, un arrêté de M. Carnot, ministre
de l`Instruction publique, précise dans son article 1
er
:
« Ies salles d´asile, imprcprement qualiþees d´etablisse-
ments charitables, scnt des etablissements d´instructicn
publique. Ces etablissements pcrtercnt descrmais le ncm
d´eccles maternelles ». Les futures maitresses et directri-
ces seront formées dans un « cours pratique des salles
d`asiles ». Malgré cet arrêté, la nouvelle terminologie ne
rentre pas en application tout de suite. Pour preuve, lors
de la séance du 21 mai 1848, le Conseil municipal s`in-
terroge encore sur les formalités nécessaires a la cons-
truction et a l`organisation de la nouvelle salle d`asile.
Joseph Le Sage, Gravure de « Coup d`oil
rétrospectif sur la ville de Dinan ». J. Le
Sage.1871. (Archives départementales).
Sur ce cadastre de Dinan de 1811, on voit les trois parcelles¯ qui seront vendues
pour la construction de l`Asile. (Archives départementales).
7
Le 29 mars 1849, le Conseil municipal adopte les plans
établis (et offerts gracieusement) par l`architecte Dela-
rocheaulion et les devis de « l`Etablissement Général de
Bienfaisance de Dinan » qui devait comprendre: L`Eco-
le Maternelle ou l`Asile de l`Enfance des deux sexes ; les
Ouvroirs (ateliers de travail), ou l`Asile Supérieur des gar-
çons et l`Asile Supérieur des flles ; une crèche ; les ba-
timents nécessaires pour la distribution de secours aux
nécessiteux, la pharmacie, le Bureau de l`Association pour
l`extinction de la mendicité. Le 18 septembre 1849, le
Ministre de l`Instruction publique, M. Falloux, verse un
premier secours de dix mille francs comme marque de sa-
tisfaction des plans et devis de l`Etablissement Général de
Bienfaisance.
Un arrêté du 28 avril 1848 prévoit que dans les Asiles
Supérieurs, les ieunes apprentis peuvent recevoir « dans
une classe du soir, des leçons de lecture, d`écriture, d`or-
thographe, de calcul et de dessin linéaire, propres a com-
pléter leur apprentissage », en vue duquel M. Néel de la
Vigne avait institué une rente annuelle. (Ephémérides
dinannaises 1847-1850, pages 141 et 142). Dans ce même
ouvrage, on nous dit que l`abbé Guérin fait un rapport
très complet le 19 aout devant le Conseil Municipal a
propos de l`affaire de la salle d`asile. Le rapporteur fait
état de l`arrêt provisoire du proiet car des tergiversations
agitent le Conseil a propos des plans qui doivent ou non
être modifés pour convenir aux uns et aux autres (Ins-
pecteur des écoles primaires, commission municipale...).
1847-1867 LA SALLE D`ASILE
Plan de l`Asile de l`enfance
adopté en mars 1849. Une erreur
est a noter a propos de l`orienta-
tion. Ce n`est pas la façade nord
mais la façade sud ! La compa-
raison peut être faite aisément
avec la deuxième gravure (page
8). Le sage : Ephémérides di-
nannaises. Editions 1863.
Gravures extraite de : Enseignement pratique dans les salles d`asile, Marie
Pape-Carpantier. Réfectoire et lavabo dans une salle d`asile. Librairie Ha-
chette Paris, 1869. ( CDDP 22).
8
LA GARAYE : UNE ECOLE A DINAN
Les deux extrémités du batiment posent problème et f-
nalement ne seront pas édifées, contrairement a ce que
laisseraient croire les représentations sur plan. L`explica-
tion en est donnée : on voit qu`autour de l`Asile du pre-
mier age se groupent « divers autres etablissements desti-
nes, les uns à ccmpleter l´educaticn des enfants pauvres, les
autres à prccurer à l´indicence des seccurs de tcute nature.
Ie Ccnseil, recrettant que la situaticn de la Ville ne lui cf-
frit pas les mcvens de realiser, du mcins immediatement,
de si charitables inspiraticns, apprcuva dans scn ensem-
ble le plan ceneral, mais decida que l´Asile de l´enfance se-
rait bati d´abcrd, et ajcurna la ccnstructicn des annexes ».
L`ensemble reste malgré tout d`une taille respectable et
représente une formidable amélioration de vie pour les
enfants. Le dernier plan fourni et accepté par le Conseil
s`en tient aux prescriptions et aux dispositions intérieures
et extérieures du local (hygiène, normes.). Il est décrit
de la manière suivante : une salle des exercices, 18 mètres
de longueur sur 9 mètres de largeur ; une salle de récréa-
tion, servant en même temps de réfectoire, dans les mê-
mes dimensions que la première, cinq mètres cinquante
d`élévation intérieure et cinq fenêtres a deux mètres du
sol ; un rez-de-chaussée (divisé en quatre pièces par un
double corridor, avec deux pièces comprenant un lavabo
et une armoire, une cuisine, un escalier), des caves, un
étage et un grenier. L`étage est composé de quatre pièces :
un parloir, un bureau pour les directrices, un vestiaire ou
lingerie et un logement pour les gardiennes.
Le 6 novembre 1850, les travaux de démolition de l`exis-
tant et de déblais sont déia avancés mais le proiet dans sa
Gravure extraite de « Coup d`oil rétrospectif sur la ville de Dinan depuis l`établissement de sa municipalité iusqu`a nos iours. Joseph Le Sage, avocat et ancien
maire de la ville de Dinan. 1871 ». (Collection Yves Castel).
Cette gravure comporte une erreur évidente : le nom de l`architecte n`est pas « Delarocheaulin » mais « Delarocheaulion ». Cette façade nord ne représente pas
tout a fait la réalité du batiment qui sera fnalement construit. La vue est néanmoins bien reconnaissable a notre époque lorsqu`on se situe sur les Grands-Fossés
de Dinan.
9
phase de réalisation est touiours ralenti. Les choses évo-
luent toutefois dans le bon sens et le Maire annonce le 15
iuin 1852 que « les travaux de la ncuvelle salle d´asile scnt à
peu pres termines et |que] les enfants pcurrcnt v etre trans-
feres prcchainement ».
L'inauguration
L` Union Malouine et Dinannaise dans son édition du
14 novembre 1852 rapporte que « Ie 10 ncvembre 1852 a
eu lieu l´inaucuraticn sclennelle de la belle salle d´Asile de
l´enfance, situee pres des Grands Icsses de la ville de Dinan.
Mcnseicneur de Iesquen (vcir ncte 3), ancien eveque de
Rennes, a beni de sa main venerable cet etablissement eleve
par l´esprit de bienfaisance , le bcn prelat a prcncnce à cette
cccasicn une allccuticn tcuchante, que ncus recrettcns de ne
pcuvcir reprcduire ici. »
C`est un peu bref et bien frustrant de ne pas avoir la
moindre idée de la teneur de ce discours mais la pluralité de
la presse a du bon puisqu`un autre iournal, « Le Dinannais
», dans son édition du dimanche 14 Novembre 1852, nous
livre les détails de ce moment. Nous ne pouvons qu`être
admiratifs devant le lyrisme du discours qui va suivre ! «
I´inaucuraticn et la benedicticn de la ncuvelle Salle d´Asile
a eu lieu mercredi dernier, à cnze heures du matin. Cette
tcuchante ceremcnie a ete precedee par deux ccmpliments de
bien-venue que les enfants de l´Asile cnt adresse, le premier à
nctre venerable eveque, Mcnseicneur de Iesquen, et le seccnd
à nctre maire, M. Icuis Beletre-Viel, qui etait acccmpacne
de ses deux adjcints, de l´architecte, M. Delarccheaulicn, et
de plusieurs membres de scn ccnseil. Ensuite, Mcnsieur de
Iesquen, assiste des principaux membres du clerce de cette
ville, avant d´appeler les seccurs celestes sur cet etablissement,
a prcncnce une ccurte allccuticn, dans laquelle il a fait resscr-
tir les bienfaits de cette premiere educaticn, dcnt le plus crand
ncmbre des enfants de cette classe seraient prives dans leur
famille, et a termine en rendant justice à la bienveillante scl-
licitude de tcut mcment des dames de la Sacesse, auxquelles
a ete ccnþe cette instituticn de charite, destinee, ccmme l´cn
sait, aux enfants qui cnt bescin d´etre seccurus des qu´ils scnt
à meme de marcher et de parler. C´est scus la prctecticn de
ces saintes þlles, a dit le prelat, que ces charmants petits etres,
reçcivent, avec la premiere educaticn, les inspiraticns de la
relicicn et de la mcrale jusqu´à ce que leurs fcrces scient assez
develcppees pcur leur permettre d´entreprendre la vie active
dans la sphere de la scciete.
1847-1867 LA SALLE D`ASILE
Un mois avant la cérémonie a la Salle d`Asile (le 12 septembre 1852) c`est éga-
lement Mgr de Lesquen qui avait béni le viaduc de Dinan. Gravure de « Coup
d`oil rétrospectif sur la ville de Dinan ». J. Le Sage.1871. (Archives départe-
mentales).
Détail du tombeau de Mgr de Les-
quen, église Saint-Malo de Dinan.
Au milieu ses armoiries avec un
épervier, a gauche de la couronne,
la mitre et a droite, la crosse ; tout
au dessus le chapeau.
10
LA GARAYE : UNE ECOLE A DINAN
En effet, c´est dans ce ncuveau fcver dcmestique que ces
femmes deplcient vraiment tcut ce que le ciel leur a departi
de dcuceur et de charme sur ces petits innccents , c´est dans
leur sein prctecteur et tranquille qu´ils respirent un air pur
de vices , c´est scus les recards de l´ineffable et mvsterieuse
svmpathie de ces ances terrestres que ces jeunes ames s´aban-
dcnnent librement aux amusements de leur ace.
Gue de reccnnaissance ne dcit-cn pas à ces bcnnes Da-
mes, dcnt le devcuement sans bcrnes seccnde si bien la sclli-
citude paternelle de nctre administraticn municipale, et les
vues bienfaisantes de la ville entiere. »
Les activités quotidiennes
Comment décrire ce qui se passait au quotidien dans
cet asile de l`enfance ? L`auteur des « Etrennes dinannai-
ses », Luigi Odorici, s`est intéressé de près a cette institu-
tion qu`il dit avoir « visité bien souvent et examiné dans
les détails ». En plus d`être conservateur de la Bibliothèque
et du Musée, il était aussi membre du bureau de Bienfai-
sance. En 1857, dans son ouvrage « Recherches sur Dinan
et ses environs », il écrit a propos de l`Asile : « Envircn
trcis cents enfants des deux sexes, de l´ace de deux ans et
demi à six ans, arrivent chaque matin à huit heures. Ccnþes
aux Dames de la Sacesse, ces relicieuses assistent à leurs le-
çcns, à leurs travaux, à leurs jeux ,
elles reccmpensent et punissent .
tcuchante scllicitude ! Elles veillent
sur leurs bescins, leurs jcies et leurs
dculeurs. Ies enfants scnt places
sur deux licnes en amphitheatre de
chaque ccte de la salle, les þlles à
cauche, les carçcns à drcite. Depuis leur entree jusqu´à six
heures du scir en ete et cinq heures en hiver, cn les cccupe
sans les faticuer. Ils passent successivement de la priere au
travail, de la lecture à la ccnnaissance des chiffres. Ces cccu-
paticns scnt ecavees par des chants qu´ils savent dejà pres-
que tcus par cæur et qu´ils executent avec ensemble et har-
mcnie , heureux melance de travail et de studieux lcisirs !
Ia jcurnee se trcuve ccupee par le repas du midi et par la
recreaticn qui le suit. Ies bcnnes institutrices, devcuees de
cæur à cette æuvre sainte, sufþsent pcur ccnduire et ccuverner
cette ncmbreuse et interessante jeunesse |...] C´est vraiment
une chcse dicne de remarque, qu´avec tcute la mcbilite et la
lecerete si naturelle à leur ace, ces chers enfants reunis puis-
sent cbeir au mcindre sicne, marcher au pas, se rendre en cr-
dre et en silence parfaits d´une place à l´autre, sans hesitaticn,
sans embarras ». Il revient ensuite sur la nécessité que cette
éducation se poursuive après six ans et iusqu`a treize dans
l`asile supérieur : « Chacun ccmprendra facilement ccmbien
il impcrte à la jeune þlle surtcut de ccntinuer à recevcir des
principes assez sclides pcur prctecer sa jeunesse, pcur l´aider
à acccmplir tcus ses devcirs. Chacun ccmprendra ecalement
Cette gravure d`une sour de la Sagesse ins-
truisant les enfants pourrait représenter une
scène a l`asile de l`Enfance de Dinan. L`ha-
bit était partout le même pour les religieu-
ses chargées de l`enseignement. (Document
fourni par la congrégation. Service des ar-
chives).
Meuble contenant le matériel pour les leçons scolaires. Enseignement pratique
dans les salles d`asile, Marie Pape-Carpantier, Librairie Hachette Paris, 1869.
11
que c´est principalement sur la femme que repcsent la mcra-
lite, le bcnheur, l´avenir des familles et de la scciete... ».
L'indispensable Comité de patronage
L`encadrement des flles est assuré avec
sérieux mais il reste a mettre en place une
équipe pour seconder les sours de la Sa-
gesse. Ce sera le Comité de patronage.
« Ie 20 ncvembre 1855, il est prccede,
scus la presidence du maire, M. Beletre-
Viel aine, à l´installaticn du Ccmite de
patrcnace de la salle d´asile de Dinan.
Scnt presents . M. Beletre-Viel aine, mai-
re, President , M. Chenu, cure de Saint
Malc , M
me
Malc , M Malc , M Marie Aimee, superieure de
me me
l´etablissement de la Sacesse, directrice
de l´asile. Ies membres du ccmite lccal
prccedent à la fcrmaticn de leur bureau .
M
me
MM Veuve de Ierrcn, M
me
Veuve de Ierrcn, M Veuve de Ierrcn, M Esther de Vau-
me me
dichcn (vice presidente), M
me
dichcn (vice presidente), M dichcn (vice presidente), M C. Picquet
me me
Ccnstance (trescriere), M
me
Ccnstance (trescriere), M Ccnstance (trescriere), M Henriette
me me
Blcndel (secretaire), M
me
Blcndel (secretaire), M Blcndel (secretaire), M E. Bculle. Ie
me me
ccmite se reunira le premier mercredi de chaque mcis. Cinq
autres dames rejcicnent le ccmite et M
me
autres dames rejcicnent le ccmite et M autres dames rejcicnent le ccmite et M Aubrv s´cccupera
me me
du vestiaire. Le Maire félicite les Dames de « n´avcir pas
hesite à accepter l´interessante missicn de patrcnace d´une
instituticn qui n´a d´autre but que de prccurer aux parents
pauvres la liberte du travail et d´assurer à l´enfance la pre-
miere educaticn relicieuse et intellectuelle lcrsque la famille
ne peut cu ne sait pas s´en acquitter ». Il termine « en se felici-
tant à l´avance de vcir le Ccmite de Dames mettre au service
de cet impcrtant etablissement les inspiraticns de leur esprit
et de leur cæur, ncn seulement pcur repcndre à un aucuste
empressement, mais enccre pcur faire prcsperer de plus en
plus ce precieux refuce qui tcuche dejà à la treizieme annee
d´existence. Ia seance est levee. En la Salle d´Asile à Dinan,
le 20 ncvembre 1855 » (Archives du presbytère de Dinan).
Le 9 décembre 1855 nous apprenons que cinq autres da-
mes reioignent le comité : Mesdames Boullé, Odorici et
Aubry s`occuperont du vestiaire. La secrétaire : Henriette
Blondel. Pour l`année 1856, Les autorités (maire et sous
préfet) écrivent au préfet pour transmet-
tre les noms des dames patronnesses :
M
me
Odorici Marie 33 ans : mari biblio-
thécaire ; M
me
Leconte Lucie 57 ans :
mari Louis Leconte, député et banquier ;
M
me
Valleray Françoise 29 ans : iuge au
tribunal ; M
lle
Aubry Esther 50 ans ; M
me
veuve Beaulieu Julie : 57 ans. (3 avril et
8 mai 1856. Archives départementales).
Les attributions et le fonctionnement de
ce comité sont bien fxés comme suit par
un courrier du Préfet « Vu l´article 14 du
Decret du 21 mars 1855, pcrtant qu´un Cc-
mite lccal de patrcnace ncmme par le Pre-
fet sera etabli dans chaque ccmmune cu il
existe une salle d´asile, et que ce Ccmite,
dcnt le Cure fait partie de drcit et qui est
preside par le Maire, sera ccmpcse de Da-
1847-1867 LA SALLE D`ASILE
Gravure au dos programme d`une distribution des prix, en 1854, présidée par
M.Louis Belêtre-Viel, Maire. (Archives municipales).
Un remarquable document historique
avec ce cahier du comité de patronage de
1855car seules les plus grandes villes du
département possédaient un tel établis-
sement. (Archives du presbytère de la pa-
roisse Saint-Malo de Dinan).
12
LA GARAYE : UNE ECOLE A DINAN
mes qui se partacercnt la prctecticn de l´Etablissement , Vu
l´article 15 du meme Decret pcrtant que le Ccmite lccal de
patrcnace est charce de recueillir les cffrandes de la charite
publique en faveur de la Salle d´asile, de veiller au bcn em-
plci des fcnds allcues à cet etablissement par la ccmmune, le
departement et l´Etat et au maintien des methcdes adcptees
pcur les salles d´asile publiques, qu´il delibere sur tcus les cb-
jets dicnes de þxer l´attenticn du ccmite central institue par
le Decret du 1o mai 1854 et qu´enþn il se reunit une fcis par
mcis. |.] » La pauvreté touche un grand nombre de fa-
milles et les activités du Comité ont une très forte orienta-
tion sociale. Sans aide, ce ne sont pas de simples manques
que ressentiraient les enfants mais de véritables souffran-
ces : la faim, le froid. Ce que le préfet ne pouvait imaginer
c`est que cette vénérable institution existera iusqu`a l`aube
du 21
e
siècle sans prendre trop de rides ! Ne retrouve-t-on
pas également sous des appellations différentes, les pré-
occupations des Conseils d`écoles ou des associations de
parents fonctionnant cent cinquante ans plus tard.
Les activités du Comité de patronage de l`école vont
être consignées dans un cahier pendant une cinquan-
taine d`années. Avec application, les secrétaires, qui vont
se succéder, prennent note des principales décisions. La
Directrice et les dames patronnesses ne peuvent échapper
a des taches dont le rythme correspond aux exigences des
saisons ou des rituels établis :
- Mars, avril : achat de sabots.
- Juin : provision de beurre.
- Juillet : distribution des prix.
- Mi-iuillet a début octobre : pause dans les activités.
- Octobre : taille des vêtements (chemises, vestes ou gi-
lets pour les garçons, robes pour les flles...), distribution
de vêtements chauds, commande du charbon.
- Novembre : début de la distribution de la soupe et du
pain aux enfants pauvres.
- Décembre : décoration du sapin, achat et distribution
des iouets de Noël.
C`est avec beaucoup de respect qu`on tourne les pages
de ce vieux registre car il est le témoin du dévouement de
ces dames qui donnent bénévolement beaucoup de leur
temps pour les enfants pauvres et secondent la Directrice
dans ses multiples charges. Leur role est capital pour le
bon fonctionnement de l`école.
La scolarisation des nlles au 19
e
siècle
La scolarisation en général, celle des flles en particulier, est
un domaine qui va beaucoup évoluer au 19
e
siècle. On part de
ee
loin dans les mentalités, Talleyrand n`écrivait-t-il pas en 1791 :
« Ia maiscn paternelle vaut mieux à l´educaticn des þlles. Desti-
nees aux scins interieurs, c´est au sein de la famille qu´elles dcivent
en recevcir les premieres leçcns et les premiers exemples ». La salle
d`asile était une première étape pour Dinan mais il fallait aller
plus loin. Depuis le 15 mars 1850, la loi Falloux oblige les com-
munes de plus de 800 habitants a ouvrir une école de flles (ce
n`est pas une obligation pour les petites communes par contre).
Ce texte fxe aussi la notion d`école publique comme « école fon-
dée ou entretenue par les communes, les départements ou l`Etat
». Il faut aussi rappeler que l`instruction religieuse ne constituait
pas une distinction entre les écoles privées et publiques car elle
était dispensée dans les deux. Le personnel enseignant pouvait
très bien être constitué de religieux (religieuses) dans une école
publique, ce qui sera assurément le cas pour l`école communale
des flles de la rue de La Garaye.
Notons enfn qu`un autre ministre, Victor Duruy, va
également contribuer a faire avancer la législation scolaire.
Sa circulaire du 30 octobre 1867, en particulier, rend obli-
gatoire l`enseignement primaire pour les flles. Jules Ferry
parachève ce long travail sur l`évolution de l`école et entre
dans l`histoire avec ses lois sur l`obligation, la gratuité et la
laïcité le 28 mars 1882. Ouant au contenu des matières en-
seignées, peu de différences entre garçons et flles, si ce n`est
l`article 48 de la loi Falloux (1850) qui aioute « les travaux a
l`aiguille » pour les flles.
13
1847-1867 LA SALLE D`ASILE
La leçon de couture. 1885. Tableau de Geoffroy.
>
14
LA GARAYE : UNE ECOLE A DINAN
L'école communale des nlles de Dinan
Alors, a Dinan, comment va naitre l`école communale des
flles ? Elle va en fait se greffer sur les bases de l`Asile. Dans
une lettre de novembre 1867, le Maire informe la Supérieure
des religieuses de la Sagesse a Dinan qu`il souhaite transfor-
mer la dénomination des classes des grandes de l`Asile en «
école communale ». Il rappelle les conditions d`exercice de
l`Asile : c`est une école gratuite pour les flles, elle est sub-
ventionnée par le bureau de bienfaisance. Il aioute que « la
ccntrainte est d´avcir une institutrice brevetee et de la scumettre
à l´inspecteur » et conclut par une belle formule « I´espere que
la pensee d´etre utile aux enfants pauvres et d´etre acreable à la
Ville, vcus pcrtera à accepter ma prcpcsiticn ». La réponse est
favorable comme l`atteste un courrier du 2 décembre 1867,
de la directrice de l`Asile (Archives Mairie). Les dernières li-
gnes montrent l`engagement des religieuses : « Scvez persuade
mcnsieur le Maire que ncus fercns tcus ncs effcrts pcur ncus
rendre dicnes de la ccnþance que vcus ncus temcicnez. Vctre
tres humble servante. Sæur Marie Aimee ».
Le Maire peut alors s`adresser au Préfet :
« 18 decembre 18o7,
Mcnsieur le Scus-Prefet,
I´ai l´hcnneur de vcus adresser l´extrait d´une delibera-
ticn par laquelle le Ccnseil municipal, pcur se ccnfcrmer à
la lci du 10 avril 1837, a decide la transfcrmaticn en eccle
publique de l´eccle libre actuellement tenue à Dinan, scus la
dencminaticn d´Asile superieur des þlles, par les relicieuses
de la Sacesse.|...] M
me
de la Sacesse.|...] M de la Sacesse.|...] M la Superieure de la Sacesse a vclcntiers
me me
ccnsenti à la ccmbinaiscn prcpcsee par le Ccnseil municipal
|...] Prcviscirement au mcins l´eccle se tiendra dans le lccal
actuel |...] ».
Ie Maire prcpcse que Sæur Marie Aimee dirice l´eccle pu-
blique des þlles.
« I´ai lieu d´esperer que ce ncm, qui cffre de reelles caranties,
sera acree par vcus et que vcus vcudrez bien la ncmmer cfþ-
ciellement, pcur que l´eccle scit instituee reculierement à partir
du 1
er
janvier ».
er er
En 1868, dans une lettre, le sous-préfet de Dinan s`adres-
sant au préfet du département, décrit la situation ainsi : « Il
n´existe dans mcn arrcndissement qu´une seule salle d´asile
cu des aliments chauds scnt dcnnes aux enfants . c´est la salle
d´asile etablie dans la ville de Dinan.
Depuis dix ans, le prcduit du lecs fait à cet etablissement
par M. Aucustin Beletre et le mcntant de 480 francs de rente,
permet de dcnner à 1o0 enfants pauvres pendant 3 mcis ½ de
l´annee, des pctaces cras et maicres, du lince et des sabcts. Ie
pctace revient à 4 centimes par enfant , cn fait du hachis avec
le bæuf qui a servi à faire le bcuillcn, en v melanceant de la
craisse, des pcmmes de terre et des cicncns , ce hachis revient à
2 centimes par enfant.
En ce qui ccncerne les mcvens d´intrcduire dans tcutes les
salles d´asile des distributicns de scupe et d´aliments chauds, je
pense qu´il faudrait d´abcrd reccurir aux resscurces ccmmuna-
les et au bescin à la scuscripticn. Ainsi à Dinan, il v a envircn
200 enfants pauvres et j´estime que 3500 francs envircn seraient
necessaires pcur cbtenir un resultat satisfaisant ».
En 1868, seules cinq villes dans le département ont une
salle d`asile : Saint Brieuc, Lamballe, Loudéac, Tréguier et
Dinan.
1888-1002
0e |'éce|e cemmuna|e
à |a |aïc|sat|en
15
Le Comité au travail
Les propositions du Maire de Dinan pour la formation
d`un Comité de patronage de la Salle d`asile sont les sui-
vantes : M
me
MM Icsscn de Bilhem, presidente , M
me me me
Icsscn de Bilhem, presidente , M Icsscn de Bilhem, presidente , M la Supe-
me me
rieure de la Sacesse , M
me
rieure de la Sacesse , M rieure de la Sacesse , M Icrmier , M
me me me
Icrmier , M Icrmier , M Chassin de Guernv ,
me me
M
lle
MM Michel , M
lle lle me
Michel , M Michel , M Chevalier Chantepie.
me me
Ie 27 mars 18o9, quatre ncuvelles dames scnt ncmmees au
Ccmite de patrcnace. . M
mes
Ccmite de patrcnace. . M Ccmite de patrcnace. . M Guict, Chalamet, Ieccq et M
mes mes lle
Guict, Chalamet, Ieccq et M Guict, Chalamet, Ieccq et M
Aubrv. Un ccncert a ete crcanise par le Ccmite le mardi 13 avril
18o9 et il a rempcrte un bcn succes . 81o francs de beneþce. M
me
18o9 et il a rempcrte un bcn succes . 81o francs de beneþce. M 18o9 et il a rempcrte un bcn succes . 81o francs de beneþce. M
Aubrv achete 150 metres de cctcn pcur faire des chemises aux
enfants et des vetements d´hiver avec le prcduit du ccncert.
L`inspecteur des salles d`asile venu a Dinan a exprimé
son étonnement de ce qu`il n`existait pas de préau cou-
vert. Le Comité adresse une pétition au maire. Le 5 iuillet
1869, « N´avant pas cbtenu de repcnse de la mairie pcur le
preau ccuvert, les dames patrcnnesses se decident à adresser
une demande directe à l´Imperatrice, pcur cbtenir les fcnds
pcur ccnstruire un preau ccuvert qui est de la plus crande
necessite pcur le bien des enfants |...] Ie ccmite decide que
deux dames patrcnnesses inspectercnt ensemble l´asile cha-
que mcis à tcur de rcle, il a ete ecalement decide que chaque
dame patrcnnesse s´impcserait une amende de 5 centimes si
elle manquait la reunicn sans mctif et paierait 1 centime si
elle se faisait excuser ».
Le 5 décembre 1869 : « Ie Ccmite de patrcnace s´est reuni
scus la presidence de Madame Chiapini qui a bien vculu
l´accepter. Il a ete decide que les dames patrcnnesses vi-
siteraient deux fcis par hiver les familles des enfants. Elles
se scnt aussi partace les charces de l´asile , le vestiaire . M
me
se scnt aussi partace les charces de l´asile , le vestiaire . M se scnt aussi partace les charces de l´asile , le vestiaire . M
Aubrv, Chevallier Chantepie et Ie Irançcis et les apprcvi-
sicnnements . M
me
sicnnements . M sicnnements . M Odcrici, Chalamet, du Guernv. »
me me
Le 7 mars 1870, le Comité au grand complet se réunit
avec M. Flaud, maire de Dinan et le curé de la paroisse
Saint-Malo. « Ia questicn relative au preau est sculevee ,
Mcnsieur le president declare prendre au ccmpte de la ville
les frais que necessitera la ccnstructicn. Ia scmme de 250
1868-1902 DE L`ECOLE COMMUNALE A LA LAICISATION
Ville de Dinan Dinan , le 18 acut 18o8
Ccte du Ncrd
Cabinet du Maire
Ie Maire de la ville de Dinan,
Chevalier de la Iecicn d´hcnneur,
A Mcnsieur le prefet des Cctes du Ncrd.
Mcnsieur le Prefet ,
Ie viens vcus prier de vculcir bien ccnstituer un ccmite des patrcnaces pcur la salle d´asile de Dinan .
Ies dames ccnviennent mieux que les hcmmes pcur cette missicn. C´est pcurquci j´ai cru devcir la ccnþer à celles qui
s´cccupent habituellement, dans nctre ville, des æuvres de bienfaisances.
C´est à vcus qu´il appartient, mcnsieur le Prefet, de ccmpcser ce ccmite, je serais heureux tcutefcis que mes prcpcsi-
ticns fussent acrees par vcus. |...]
Veuillez acreer, Mcnsieur le Prefet, l´assurance des sentiments de respectueuse ccnsideraticn de vctre tres devcue ser-
viteur, Ie Maire de Dinan.
16
LA GARAYE : UNE ECOLE A DINAN
francs lecuee par M. Neel
aux crphelins de l´hcspice et
aux petits enfants de l´Asile,
et attribuee jusqu´ici exclu-
sivement aux primaires, de-
vra à l´avenir, d´apres la vc-
lcnte de Mcnsieur le Maire,
qui en dispcse, etre repartie
ecalement entre les enfants
des deux etablissements. »
Le 8 iuin 1870, la secré-
taire du Comité indique
que les dames visiteront
l`asile « aussi frequemment
qu´il leur ccnviendra et à
tcute heure. Si le reclement n´est pas applique, elles devrcnt
en faire la remarque à la directrice et prendre ncte par ecrit
de ces diverses cbservaticns. A la reunicn mensuelle, les da-
mes patrcnnesses ccmmuniquercnt ces nctes particulieres et
jucercnt, apres en avcir delibere, s´il v a lieu cu ncn à une
reprimande plus crave. ».
Un nouveau projet
Le 16 mai 1879, l`Inspecteur d`Académie écrit au préfet
pour l`alerter sur la situation de l`école communale des
flles de Dinan. Ce document est très important puis-
que les propositions qui en émanent vont entrainer des
modifcations concrètes du batiment et de l`organisation
scolaire. On y apprend que les fllettes sont, a l`époque,
réparties sur deux sites. La description des mauvaises
conditions d`accueil des enfants est éloquente.
« Ie crcis devcir sicnaler à vctre haute scllicitude la si-
tuaticn deplcrable de la maiscn d´eccle des þlles de Dinan...
Cette eccle a, Mcnsieur le Prefet, un perscnnel de 110 eleves
divise en deux classes . l´une de ces classes, situee dans le
batiment ccmmunal qui sert en meme temps d´asile, ren-
ferme 42 enfants , l´autre
qui est à 200 metres de la
premiere ccntient o8 ele-
ves. ». Cette classe des
petits qui se situe rue de la
Boulangerie est la plus in-
salubre : « Beauccup d´en-
fants n´ecrivent pas faute
de place, l´air est affreu-
sement vicie, et d´un jcur
cu l´autre, une deserticn
ccmplete pcur cause d´epi-
demie, n´aurait pas lieu de
ncus surprendre. Ia crande
classe est dans des ccndi-
ticns de salubrite ccnvenables , mais elle est trcp petite pcur
qu´cn puisse v mettre plus d´enfants. Un autre pcint capital
est à sicnaler . ces classes n´cnt pas de ccur de recreaticn, et
les enfants scnt reduites, en attendant l´cuverture de l´eccle,
à jcuer, abandcnnees à elles-memes, sur la petite place qui
bcrde la prcmenade des fcsses. Or, il n´v a là ni preau pcur
les jcurs mauvais ni cabinets d´aisance. On vcit dans quelles
facheuses ccnditicns mcrales et hvcieniques se trcuvent les
jeunes eleves de l´eccle des þlles de la seccnde ville du De-
partement ».
L`Inspecteur ne se contente pas de décrire et de dénon-
cer, il fait des propositions a transmettre a la Municipa-
lité : « A chaque extremite de la salle d´asile se trcuvent deux
terrains libres cffrant chacun une surface d´envircn 200 me-
tres carres. Il est tres facile de ccnstruire sur l´un cu l´autre
de ces emplacements une dcuble classe pcur 200 eleves avec
rez-de-chaussee seulement. Ia vaste ccur de l´asile peut, sans
dcmmace aucun, ceder une ccur pcur l´eccle publique| ...].
L`Inspecteur sait mettre les formes pour ne pas heur-
ter les autorités locales. Il propose différentes possibilités
d`emprunts pour cette dépense avant de conclure ainsi :
« Ie ne dcute pas, Mcnsieur le Prefet, que dans de telles ccn-
L`Impératrice en visite dans une école. Gravure. Aout 1865.

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