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GEORGES BARBARIN

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FAITES DES
MIRACLES • , FAITES DES MIRACLES!
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COMMENT OBTENIR
COMMENT OBTENIR

ÉDITIONS NICLAUS - PARIS


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GEORGES BARBARIN

L'ŒUVRE SPIRITUELLE
DE GEORGES BARBARIN

FAITES DES
MIRACLES • , LA CLE (Aslra) 70' mille.
L'INVISIBLE ET MOI (Aslra) 13' mille.
LES CLES DE L'ABONDANCE (Niclaus) 11' mille.
LE JEU PASSIO:\'NANT DE LA VIE (AsIr.) 6'
mille
VIVRE DIVINEMENT (Aslra) .
ou LES CLES DU BONHEUR (Aslra) 10' mille.
LA PEUR MALADIE N" 1 (Nizel ) 9' mille.
COMMENT OBTENIR IL y A UN TRESOR EN TOI (Aslra) 6' mille.
DEMANDE ET TU RECEVRAS (Niclaus) 6' mille.
L'AMI DES HEURES DIFFICILES (Nielaus) 17'
mille.
L'INITIATION SENTIMENTALE (Nielaus) 9'
mille.
LE REGNE DE L'AGNEAU (Oliven) 10' mille
( épuisé) .
LA REFORME DU CARACTERE (Niel. us).
PETIT TRAITE DE MYSTICISME EXPERIMEN-
TAL (Niela us).
LA GUERISON PAR LA FOI (Aubanel).
GUIDE SPIRITUEL DE L'HOMME MODERNE
(Nizet).
EDITIONS NICLAUS
PETIT CATECHISME DU SUC CES (Aslra).
34, RUE SAINT-JACQUES REHABILITATION DE DIEU (Aslra) .
PARIS-V' LA NOUVELLE CLE (Nizet).
-8-
LE PROBLEME DE LA CHAIR (Nielaus).
LE SECRET DE LA GRANDE PYRAMIDE (Adyar)
55- mille.
LE LIVRE DE LA MORT DOUCE (Adyar) li'
mille.
L'ENIGME DU GRAND SPHlNX (Adyar) 10'
mille.
DIEU EST-IL MATHEMATICIEN? (Astra) 12'
mille.
LES CLES DE LA SANTE (Astra) 14' mille.
SOIS TON PROPRE MEDECIN (Amour et Vie)
6' mille.
LA VIE COMMENCE A CINQUANTE ANS (Au-
banel) 9' mille.
J'AI REUSSI PAR L'OPTIMISME CREATEUR LA PENSÉE ET LE VERBE
(Aubanel).
DIEU EST-IL TOUT-PUISSANT? (Astra). PEUVENT-ILS AGIR SUR LA MATIÈRE
RECHERCHE DE LA Nième DIMENSION (Adyar).
L'ŒIL DE LA TEMPETE, épuisé.
A DISTANCE?
LE SCANDALE DU PAIN (Nizet).
LA DANSE SUR LE VOLCAN (Adyar) 10' mille
(en réimpression).
QU'EST-CE QUE LA RADIESTHESIE? (Astra)
17· mille.
AFFIRMEZ ET VOUS OBTIENDREZ (Nielaus).
L'APRES-MORT (Astra) 8" mille.
COMMENT ON SOULEVE LES MONTAGNES
(Nielaus).
LES DERNIERS TEMPS DU MONDE (Dervy)
5' mille.
VOYAGE AU BOUT DE LA RAISON (Editions
de l'Age d'Or) 10' mille.
LE SEIGNEUR M'A DIT ... (Editions de l'Age
d 'Or).
CALENDRIER SPIRITUEL (Editions de l'Age
d 'Or).
LA FONTAINE DE JOUVENCE (Aubanel).
Le lecteur est en droit de se demander par
quels cheminements je suis arrivé à ffi'OCCU·
pel' de celte anomalie de la vie tant ancienne
que moderne qu'on a appelée et que, faute de
m ieux, on appelle encore le miracle et qui
n'es t autre qu'un état exceptionnel des mani-
fes tations dans la form e, une sorte d'entorse
à la vraisemblance, une transgression du réel.
Le derni er tenne, à lui seul, Inérilerait une
longue explication puisque, à la vérité, per-
sonne n'est d'accord aujourd'hui pour définir
le réel, tant les frontières de celui-ci se sont
distendues pour laisser passage à un nombre
croissant de fails qui, pour être réels, n'en
ont pas tnoins paru être une irréalité,
Ainsi de tout. Nous découvrons chaque jour
des parcelles d'un monde invisible el les ato-
mis tes ont o uvert une baie grandissante vers
l'univers inconn u. De sorte qu'on est fondé
à dire que plus les inventeurs font de décou-
verles et pl us s'agrandit le champ des terres
insoupçonnées que la Vie leur offre chaque
jour,
- 12- - 13-
C'est ce qui amena mon correspondant Si- l'on s'en fail. Bien des choses qui ne s'expli-
syphe, il y a vingt ans, à inscrire en tête de quaient pas en l'An Mille s'expliquent parfai-
ses recherches audacieuses de DIEU EST-IL tement aux confins de l'An Deux Mille. Des
MATHEMATICIEN? (1) l'axiome que voici: phénomènes qui, au Moyen Age, eussent passé
«Le vrai n'est pas vraisemblable >. A quoi pour actes de sorcellerie sont aujourd'hui
j'eus l'occasion d'ajouter plus tard ' que lors- logiquement justiciables et scientifiquement
que nous nous trouvons en présence de l'ab- expliqués. Si merveilleuse que soit la recons-
sUl'de il y a présomption de confrontation avec titution cellulaire ou osseuse d'une tubercu-
le Divin. lose ouverte, les observations cliniques peu-
Mais laissons de côté ces prémisses philo- vent l'expliquer par un brusque cbangement
sophiques el venons-en aux fails qui, seuls, dans le métabolisme et la parapsycbologie le
sont capa hIes d'ébranler la raison raisonnante justifier par une évolution soudaine du sub-
en s'étayant du témoignage des sens. conscient.
..• TouLefois on remarquera que jamais - et
je dis jamais - nul thaumaturge, de quelque
ordre qu'il soit, n'a jamais remplacé un œil
Le miracle constituerait, en quelque sorte, énucléé ni fait repousser un bras ou une
un défi aux lois naturelles, tels ceux du Christ jamhe, phénomène que réalise cependant en
rendant la vic aux morts, la vision aux aveu- ce dernier cas et sans la moindre peine le
gles, multipliant les pains et les poissons, crabe ou l'écrevisse par voie de rédintégration.
changemll l'eau en vin et aussi toutes autres De sorte que l'on peut dire que, seuls, pour-
merveilles, telles les guérisons de Lourdes et raient être considérés comme de vrais mi-
de divers lieux de pèlerinage par quoi infir- racles ceux qui obtiendraient, chez l'homme
nlCS et 'mourants recouvrent brusquement la par exemple, ce que nul depuis la naissance
santé. du monde n'a jamais obtenu.
Dans LA GUERISON PAR LA FOI (2) j'ai Mais tel n'est pas mon propos qui, à défaut
faiL remarquer à ce propos qu'à cause même de nous éclairer sur le miracle absolu, se
de leur rareté et en dépit de leur apparence contentera de la relativité du miracle, bien
spectaculaire les soi-disant miracles ne s'op- heureux s'il nous était donné de pouvoir, de
posent pas nécessairement aux lois naturelles temps à autre, meUre en branle ce que, faute
mais seulement à ridée que présentement d'llll plus adéquat vocable, j'appellerai les
mécanismes secrets.
(1) Astra, éditeur.
(2) Aubanel, éditeur. •
••
- 14- - 15-

li est hors de doute que la civilisation scien- n'" pas eu pour théâtre un laboratoire scien-
tifique a mis dans les mains des techniciens tifique mais a été pris dans la vie courante,
et des spécialistes des moyens ingénieux et en pleine banalité. Il n'y avait rien là qui
remar') uables de pallier les déficiences de la rappelât une transmission électrique ni même
matière, que ce soit sur le Lerrain de l'indus- l'émission d'ondes. Cela se rapprocherait plu-
trie ou celui de la santé. Pourtant qui ne voit tô t de la télépathie avec ceUe ditTérence qu'au
qu'en dépit des progrès enregistrés et de l'ef- lieu de se borner à transmeUre de la pensée
ficacité d'une instrumentation toujours plus pure il a pu y avoir une délégation d'énergie
poussée les etTorts humains ont les limites que à distance, phénomène exceptionnel aujour-
leur assignent les présentes possibilités? d'hui et qui sera chose courante dans un ave-
On conviendra, par conséquent, avec moi nir prochain.
qu'en dehors des phénomènes dont l'Homme Je liens, en effet, pour certain que sont
a acq uis virtuellement le contrôle il reste une condamnés Lous les procédés de transport
infinité d'nutres phénomènes dont l'adminis- énergétique, tels que fils, poteaux, conduites,
tration lui échappe et devant lesquels la scien- etc., qui déshonorent les paysages du Inonde
ce o u la technique ne peuvent que se croiser ou provoquent l'éventraI ion chronique du
les bras. Ce qui ne veut pas dire que demain sous-sol. Le temps n'est pas lointain où les
tel résultat considéré hier coinme impossible ondes ne véhiculeront pas seulement la pa-
ne sera pas obtenu par des procédés que role, l'image ou la musique mais transporte-
l'Homme d'aujourd'hui ne soupçonne pas. ront invisiblement la force pour en faire la
Lorsque Branly vit la limaille s'agiter sans distribution. Ce sera aussi simple que de dé-
contact dans le cohéreur il ne songea pas à clencher dans son récepteur un concert loin-
une intervention du démon bien qu'il fût pra- tain ou une causerie. Des postes domestiques
tiquant catholique. Il lira les déductions né- nous amèneront à pied-d'œuvre les énergies
cessai res de sa découverte et Marconi en put therlniques, hydrauliques ou atomiques sans
extraire de géniales conclusions. intermédiaire et avec compteur à la clé.
Si j'ai choisi l'exemple qui précède ce n'est
pas sans raison bi en définie. En effet, c'est
par une expérience analogue mais d'une autre
..•
sorte que j'ai été amené à approfondir le sujet Que se passa-t-il donc cerlain jour de lnai
qui nous occupe précisément. 1959 alors qu'en un appartement de Beau-
Je me hâte de dire que le double cas que je soleil je lisais, toutes fenêtres ouvertes, et
va is évoquer et qui devait servir de point de durant que le printemps fusait de loutes
départ à l'enquête faisant l'objet de ce livre parts?
-16- -17-

Ceci: il etait dix heures du matin et, hien d'un coup de couperet qui sectionne et tran-
qu'absorbé par ma lecture, je percevais in- che. Là-dessus, l'automobiliste, momentané-
consciemment divers bruits de moteurs du ment découragé, laissa nn instant tranquille
voisinage sans que cela excédât la moyenne son démarreur. Au bout d'une demi-minute il
des autres jours. Nous étions un dimanche, entreprit de l'actionner de nouveau et le mo-
jour où les emnlurés de la semaine pensent teur partit tout de suite.
aux félicités de la route et du grand air. De- Je ne pus retenir un sourire. Déjà, le pied
puis un instant un de ces bruits, familier aux sur l'accélérateur, mon homme emballait ses
oreilles des automobilistes, se faisait entendre dix-chevaux.
et me tira de la demi-torpeur où j'étais. Mon - Curieux tout de même, cette coïncidence,
aUention alertée se fixa sur le son d'un démar- fis-je à part moi.
reur qu'un conducteur voisin actionnait avec
Et, sans plus, je me remis à ma lecture.
perseverance: «Trrrrrrr ... Trrrrrrr ... ~. d'ail-
Une demi-heure plus tard, j'en fus tiré par
leurs sans le moindre résultat. Conducteur un autre bruit de moteur. Il semblait 'venir
moi-même, je sais quel sentiment d'impuis- d'une moto ou d'une Vespa à l'arrêt et l'on
sance et d'énervement procure le fait d'un
sait combien ces engins à deux roues sont
moteur qui refuse de démarrer en dépit de générateurs de décibels en surnombre. Comme
sollicitations réitérées. Au temps de mes dé-
la pétarade se prolongeait sous ma fenêtre
buts dans la conduite je me souviens d'exté-
j'allai jeter un coup d'œil au balcon.
nuantes séances, au démarreur et à la mani-
velle, dues à ma vieille B 14. Sur le trotloir un jeune homme était à cali-
Dans le cas présent je réalisai que le chauf- fourchon sur le siège principal d'un side-car
feur inconnu, opérant quelque part dans la tout secoué d'impatience et de colère. Il levait
rue, demandait à son démarreur depuis dix la tête vers les étages d'une maison voisine où
honnes minutes un effort destiné à mettre la sa passagère s'attardait vraisemblablement à
baUerie à plat. Mais il s'entêtait visiblement mettre du rouge à lèvres ou à rectifier ses
(et, pour moi, auditivement) si bien qu'après sourcils.
un certain temps je perdis patience et, pour Je me souvins de l'histoire du démarreur
en finir avec ce bruit horripilant (par jeu el, comme le side-car en venait à d'insuppor-
sans doute) je formulai en pensée, puis à tables éructations, je regagnai ma table de
demi-voix, l'injonction catégorique suivante: travail en pensant à haute voix:
- La prochaine fois que ce « type. action- - Que ce bruit de moteur cesse!
ne son délnarreur le moteur part aussitôt! Instantanément, dans la rue, le moteur s'ar-
Cela fut fait et dit sèchement, à la manière rêta.
- 18- -19-
J'eus un sourire encore plus large que la jonctions du début et la troisième existait une
première fois et me dis: différence. Les premières avaient été inopi-
- Une coïncidence passe encore! Mais nées et instinctives alors que la dernière avait
deux de suite, c'est beaucoup. quelque chose de voulu et de prémédité. Celle-
J e crus avoir trouvé le Inoyen d'agir sur ci ",'ait-elle moins de force et d'efficacité que
les impondérables et m'en félicitai intérieure- celles-là? Je me le demande encore. Cepen-
ment. Mais de nature méfiant, par éducation dant les trois expériences de cette Inatinée
aussi et par principe, je décidai d'effectuer ouvraient le cbamp à mainte spéculation.
une troisième expérience de contrôle, après Une fois de plus j'étais confronté avec le
quoi je pourrais me faire une opinion. Je mécanisme secret des événements el des cho-
cberchai donc autour de moi prétexte à ma ses. lequel. comme tout lllécanisme qui se res-
vocation incantatoire et mon attention fut pecte, comporte un certain nombre de bou-
attirée par la radio qu'une jeune felnme fai- lons, de rouages el de leviers. Dans notre
sait hurler, toutes fenêtres ouvertes, à l'étage ignorance quasi-totale de ce moteur invisible
du dessus. Il y avait justement bien des jours il nous arrive d'y porter la main au hasard
que ces émissions inconsidérées m'étaient et d'une façon empirique. Parfois nous tou-
odieuses, la mélomane en question faisant chons la bonne manette mais aussi parfois la
donner l'entière puissance de son diffuseur de mauvaise et tout va bien ou tout va lnal.
Inanière à percevoir paroles et Inusique de Comhien captivante serait la Inanœuvre des
toutes les pièces de son appartement. impondérables de la Vie si nous étions ca-
Je dis donc à baute voix: pables de voir à l'œil nu tous les détails de
- Que cette radio ne se fasse pl us en- l'organisme qui' les meut! N'a-t-on pas néan-
tendre! moins le sentiment que certains hommes ma-
Affirmation qui ne lésait pas le libre-arbitre nient instinctivement mieux que d'autres les
de la personne visée puisqu'il In'aurait suffi leviers secrets de l'existence et que d'autres,
d'être imperméable à l'audition. non moins instinctivement, embrouillent les
L'adjuration n'étant suivie d'aucun effet je vitesses, font grincer les rouages et n'ap-
la réitérai sans plus de succès et je dus conve- puient jamais là où il faut?
nir ou bien que le basard seul avait présidé
aux deux manifestations précédentes, ou bien
que mon injonction n'avait pas été faite en
..•
la forme idoine ni avec l'intonation juste, En solnme l'Homme moderne encore plus
comme disaient les prêtres égyptiens. que l'Homme ancien demeure prisonnier des
Je dois reconnaître qu'entre les deux in- apparences formelles, autrement dit devient
- 20- 21 -

de plus en plus esclave des phénomènes objec- Il n'en reste pas moins quelques esprits
tifs qu'il a en partie créés. réfléchis pour qui cette intense civilisation
Jadis, en l'absence de toute industrialisa- industrielle ne représente qu'une énorme bulle
tion ou du moins d'une industrialisation pous- de savon, splendidement irisée mais qui ne
sée, comme aujourd'hui, aux extrêmes limites renferme que du vide et peut éclater au moin-
de l'apparence, l'individu humain avait da- dre vent. Ces esprits. par 'manière de réaction,
vantage la possibilité de se ramasser sur lui- sont prêts à admettre une civilisation inté-
même et de vivre intérieurement. rieure du monde, absolument indépendante
Les mille et une découvertes que les scien- des soi-disant merveilles de l'induslrialisalion.
ces appliquées ont mis à la disposition de Ils savent qu'il existe d'autres valeurs qui,
l'homme nouveau font, chaque jour un peu pour n'être ni chiffrables ni monnayables, n'en
plus, appel aux réactions de· ses cinq sens constituent pas moins l'architecture de l'âme
ordinaires, c'est-A-dire que son attention est humaine et la seule explication de notre exis-
constamment mobilisée par la vue, par l'ouïe, tence dans un monde truqué.
le toucher, le goût et l'odorat. Ses travaux Sans doute cette présomption ne repose ni
comme ses loisirs le sublnergent de sensations sur des théorèmes ni sur des équations et l'on
matérielles, de sorte que, de plus en plus serait bien incapable au tableau noir d'en
accaparé par l'univers visible, il est de moins fournir une démonstration scientifique, mais
en moins soli ici té par la partie invisible de qui s'aviserait de croire que la Science a fait
l'univers. Il y est aidé par la disparition pro- avancer d'un pas l'Homme dans sa connais-
gressive du sentiment religieux due au fait sance de lui-même, laquelle, après tout, est
que mainte religion a négligé l'âme pour se telletnent plus indispensable que celle de l'uni-
référer à l'intelligence et que, pour les raisons vers matériel?
sus-exposées, pasteurs et fidèles n'ont plus Plusieurs se sont efforcés de pénétrer dans
assez de temps pour réfléchir. La vie moderne le monde inconnu de l'Homme et de ce qui
est un tourbillon effréné d'impressions visuel- l'entoure car, au fond, ce qui importe à la
les, auditives et tactiles qui suffisent à absor- e.réalure humaine c'est, se connaissant mieux
ber, chez l'homme du vingtième siècle la fa- elle-même, de connaître, un peu mieux aussi,
culté d'entendre, de voir et de sentir. D'où le les êtres qui l'environnent, en même tetnps
besoin instinctif des meilleurs et des plus que l'océan de circonslances inlérieures dans
avisés de s'évader de décors en papier peint lesquelles les uns et les autres sont plongés.
et en toile pour se replonger dans la nature J'ai écrit, maintes fois, et j'ai quelque honle
primitive, tant du moins que celle-ci pourra à le redire encore, que si l'Homme avait fait,
survivre A l'écart des moteurs et des avions. pour la découverte de son esprit, les efforts
- 22- - 23-

gigantesques qu'il a tentés pour le développe- delphiqne contenait tout ce qui précède en
ment de son cerveau, l'Humanité n'en serait puissance. Le Gnôli seaulon impliqnait la
pas, deux mille ans après le Christ, au stade connaissance de soi-lnême comme le préam-
de mentalité infantile qui la caractérise au- bule et le principe essentiel de l'évolution.
jourd'hui. Cela est si vrai que la lission de Tant que l'Homme essaiera de dominer les
l'atome, génératrice de modestie chez les vrais choses matérielles avant de s'être dominé lui-
chercheurs, :1 exalté l'orgueil des découvreurs même il affrontera des puissances infiniment
à courte vue et les a mis en face non d'une plus brutales que lui et qui l'écraseront au
plus grande amélioration de l'Homme mais moment voulu. C'est pour avoir méconnu celte
d'une plus grande méconnaissance de lui. vérité de la suprématie intérieure que les
La perspective elle-même de voyages inter- civilisations Lémurienne, puis Allantidienne,
planétaires a de quoi faire frémir par son parvenues au dernier stade d'une progressive
indigence les hommes éclairés. Qne peut-il industrialisation, ont été rayées de la carte
résulter d'une exploration de la Lune, de Mars du monde par d'effrayants cataclysmes et
ou de Vénus sinon un agrandissement aux c'est pour avoir suivi un chemin identique
mesures sidérales de la cécité morale des lan- que notre civilisation sans âme périra maté-
ceurs de satellites? En quoi le fait d'atteindre rie1lement aussi.
Neptune ou Jupiter, ou même Sirius et An-
tarès modi/ierait-il l'impuissance de l'Homme
à se connaître lui-même par exploration de
..•
son propre champ inconnu? Ces considérations m'ont paru indispen-
Nous ignorons tout ou presque tout du do- sables pour aider le lecteur à se familiariser
maine immense et inexploré que chaque être avec la pensée qu'il existe des voies entiere-
humain représente. Il existe, en chacun dé ment neuves et pratiquement inexplorées pour
nous, de fabuleux territoires vierges .où nul pénétrer dans les arcanes du monde invisible
philosophe n'a encore mis le pied. Et tandis et, selon la parole d'un de mes correspon-
que ce champ divin, par l'exploitation intelli- dants, d'en faire jouer les secrets commuta-
gente duquel nous pourrions dominer inté- teurs.
rieurement la Nalure, continue de rester en A la vérité, nous sommes, sur ce terrain
friche, nous tentons, par des moyens unique- volontairement négligé par la Science mo-
ment matériels, de nous imposer à la Nature ùerne, dans la situation d'un aveugle tâton-
qui, extérieurement, est beaucoup plus forte nant dans la nuit. Nous ignorons tout ou
que nous. presque tout de l'immense mécanique qui
La sagesse antique l'avait compris et l'adage nous enloure. Mais puisque celte mécanique
- 24- - 25-

est invisible et inaudible à quoi nous servi· Depuis la marmite de .P apin et la pomme tom-
raient nos oreilles et nos yeux? bée de Newton jusqu'à l'identification du ra-
Il nous faut donc préalablement nous dé- dium et à l'autopsie de l'atome, tout a été la
barrasser de nos œillères habituelles et nous résultante de tâtonnements, voire d'erreurs
entraîner à y voir clair sans le témoignage de et de pur empirisme expérimental.
nos sens. Gymnastique insolite, je le recon- N'ayons donc pas honte de nous servir
nais, et pas faile pour n'importe qui mais qui d'identiques procédés pour une quête dénuée
ne manquera pas de susciter l'intérêt, puis de tout orgueil scientifique et qui, s'appli-
d'év-eiller la curiosité consciente de ceux qui quant à un domaine irrationnel, est plus que
ne s'arrêtent pas à la pellicule du problème tout autre indépendant de la logique et de la
et désirent le creuser à fond. raison. Ce qui ne nous empêchera pas, le cas
Sans doute nous ne disposerons pour cela échéant, d'utiliser ces moyens de contrôle et
que de moyens empiriques, je veux dire qui de comparaison, mais à notre propre échelle,
sont, la plupart du temps, en dehors de toute autrement dit sans leur conférer d'autre im-
logique et de toute raison. On sait le peu de portance que celle qu'ils ont réellement.
cas que je fais de la raison et de la logique,
lesquelles n'ont été offertes à l'Homme que •
••
pour égarer sa supervision. J'ai déjà écrit
ailleurs (1) que le cerveau humain n'avait Revenons, comme un simple chercheur ra-
pour objet que de nous empêcher de penser tionnel, à nos observations objectives, quitte
dans la quatrièlne dimension en nous mainte- à en rechercher le sens subjectif.
nant dans la troisième, à la facon de ces Pourquoi l'ordre de départ donné à un mo-
écrans limitateurs posés dans les c;rburateurs teur avait-il été suivi d'effet et pourquoi l'or-
au cours du rodage, pour empêcher le conduc- dre d'arrêt donné à un autre moteur avait-il
teur de dépasser la vitesse permise en restrei- été instantanément obéi alors qu'un troisième
gnant J'arrivée du carburant. ordre d'arrêt donné à un récepteur de radio
D'ailleurs, ce faisant, nous ne différons en hurlant des chansons imbéciles n'avait eu
rien des procédés de la recherche scientilique aucune action?
dont les découvertes sont le plus souvent le Comme j'ai tenté de l'esquisser plus haut
fruit d'une constatation empirique et, pour ma troisième adjuration n'était pas de la
les inventeurs eux-mêmes le fruit du hasard. même qualité que les deux précédentes. Celles-
ci avaient une force instinctive, non prémé-
( 1) Voyage au bout de la raison (Edition. de ditée, alors que la suivante était délibérée et
l'Age d 'Or). raisonnée, même dans son apparente déraison.
- 26- - 27-

J'y avais mis une véhémence cependant mais Ne peut-on évoquer aussi l'exemple des ponts
évidenunent d'une autre sorte. J'aurais pu suspendus que le pas cadencé d'une troupe en
faire de nouvelles tentatives mais elles au- marche met en péril, ce qui explique l'inter-
raient été entachées, elles aussi, de prémédi- diction de les franchir en formations discipli-
tation. Je fus donc amené à rechercher, soit nées? C'est au fond le m ême principe d 'as-
auprès d e mes relations, soit dans le cours sonance et de dissonance qui entre en jeu.
de ma vie passée, des incidents susceptibles Dans le seul domaine des ultra-sons, évoqué
d'être interprétés comme une intrusion dans plus haut, on nous dit que les plus aigus,
le mécanisme invisible et un moyen d'influer ceux que n'enregistre nulle oreille humaine,
sur l'événement. sont capables d'exercer d es ravages dans cer-
Il m 'apparut qu'il fallait mettre en œuvre Lains organismes humains. Toul ceci tend à
à la fois une force verbale et une force men- .nous dém,onlrer que si, dans la création, tout
tale el c'est ainsi que mes réflexions abou- vibre, il est des vibrations spécialement dyna-
tirent à me représenter certains épisodes de miques qu'une certaine manière d'être ou
la Bible et notamment celui des trompettes d'agir peut déclencher et mettre 'e n action.
de Jéricho. Celles-ci retentirent pendant six Nous approchons par là, jusqu'à un certain
jours autour de la ville mais ce ne fut que le point, tels procédés d'action sur les impon-
septième jour et au septième tour que les dérables, c'est-à-dire sur les possibilités qui,
sept trompettes, dans le cri de la multitude, étant à cheval sur l'esprit et sur la matière,
firent s'écrouler les murailles de Jéricho. Donc réclament le concours, de l' un et de l'autre
concordance d'adjuration par l'esprit, par la pour sortir de leur inertie et entrer en jeu.
voix, par les instruments aux notes déchiran-
tes et, selon toute probabilité moderne, par les •••
ultra-sons. Cela jusqu'à ce que les vibrations
nécessaires fussent atteintes et que leur fré- J'en étais là au moment où j'écrivais ces
quence ou leur nature eussent un effet de lignes, regrettant de n'avoir pas continué mes
dissociation sur la matière apparemment in- expériences personnelles et surtout de n'avoir
sensible des murs. pas enregistré celles de mcs futurs lecteurs,
Ne sourions pas de cette évocation biblique car je ne doute pas que les plus intelligents
et n'y voyons pas seulement une image du et les plus observateurs de ceux-ci voudront,
discours. Dans «Cosmogonie des Rose-Croix. à la faveur de ce qui précède, me faire part
Max Heindel, dont je n'ai pas le texte sous de leurs propres constatations dans un do-
les yeux, rapporte l'écroulement d'un mur de Dlaine si nouveau. Ces constatations peuvent
château obtenu dans de semblables conditions. s'appliquer à des faits récents ou anciens,
- 28- - 29-

donl cerlains ne les auraienl peut-être pas déplaisir les ondes de Monte-Carlo. ,Je me
frappés ou qu'ils auraient attribués à des couchai tôt et parvins à m'endormir avant
coïncidences et qui viendraient renforcer mon vingt-deux heures, moment auquel le voisin a
propre lémoignage, qui esl d'un chercheur du moins la courtoisie d'imposer silence à son
impartial et désinléressé. récepleur.
Là-dessus, j'en reviens à mon propos anlé- Je fus réveillé par ma voisine du dessus qui
rieur selon lequel la manière de déclencher le avait l'habilude fâcheuse, non de rentrer à des
mécanisme ignoré est presque toujours in- heures tardives (car son métier, je crois, l'y
consciente, la conscience ayant pOUf effet oblige) mais d e garder ses chaussures de ville
habiluel d'en fausser le jeu el d'aboulir à un el d'aller et venir chez elle en martelant le
échec. Je n'aurais donc pas lenté de rééditer parquet de la pointe de ses pelils talons. JI
consciemment mes expériences initiales sans pouvait être alors 23 heures 30, heure à la-
les événements qui en disposèrent autrement. quelle un écrivain, même du dimanche, a
Alors que plusieurs mois s'étaient écoulés droit au sOlnmeil.
depuis les incidenls de Beausoleil que j'ai L'aigreur de ma journée me remonta au
rapporlés au commencement de ce chapilre et nez et (je m'excuse du terme mais tout le
alors que, de mai à septembre, j'avais perdu monde me comprendra) je m'écriai à demi-
de vue les fails particuliers pour me borner voix:
aux idées générales, je me trouvai de nouveau - Oh ! La vilaine femme!
et presque s'en m'en rendre compte aux prises A peine avais-je prononcé ces mots, que
avec l'expérimentation. nul el surtout ma voisine du dessus ne pou-
Tout se passa au cours d'un dimanche du vail entendre, que je perçus le bruit de ses
dernier automne. J'étais dans un studio de chaussures lombanl sur le sol. Aussitôt après
Nice où l'ennui dominical me tenait confiné. j'entendis la dame se promener en pantoufles.
Je lrava illais el mon voisin déclencbait à plein Cette coïncidence me remit immédiatement
diffuseur une radio inepte avec assez de force en mémoire l'arrêt et le déclenchement des
pour me gêner. J'eus quelques mouvemenls moteurs en mai. Je m'ébrouai quelque peu
d'impatience à son endroit et même il m'ar- pour retrouver la lucidilé de ma conscience
riva de llli décocher intérieurement quelques et, dOrant que j'examinais en moi-même l'in-
épilhèles qui ne dépassèrent pas mes lèvres cident qui venail de se produire, mon atten-
et que je formulai sans la moindre pensée lion fut attirée par le bruit de voitures qui
pour le mécanisme secret. Toutefois 'mon hu- m'arrivait du dehors. Il est bon de dire que
meur s'en était ressentie fâcheusement et, mes fenêtres donnaienl alors immédiatement
après avoir dîné en ville, je retrouvai avec sur la place Franklin, l'une des plus animées
- 30- - 31-

de Nice et que celle-ci constitue, avec ses voies où je l'imaginais mais je fus suivi dans l'ordre
transversales, le plus beau carrousel auto- profond de ma pensée qui n'était pas d'empê-
mobile qu'on puisse rêver. Le bruit ne cesse cher le conducteur de se servir de son véhi-
guère pratiquement avant une heure du ma- cule mais bien de me délivrer du bruit parti-
tin. Encore le silence est-il rompu, de temps culier de son moteur.
en temps par quelques engins sonores. Aux Une fois de plus il me sembla comprendre
environs de minuit la circulation était encore que la meilleure façon d'ébranler le méca-
assez forte et je n'y aurais trouvé rien d'ex- nisme était de se mettre en colère. Beaucoup
traordinaire si mon oreille n'avait été, cette seront, comme moi, déçus par J'efficacité d'un
fois encore, alertée par le moteur d'un véhi- tel comportement. Tout individu raisonnant
cule à l'arrêt. D'après la nature du bruit il et, à plus forte raison, tout esprit religieux
devait s'agir d'une de ces plate-formes à trois serait fondé à croire que les résultats les plus
ou à quatre roues qui servent aux livraisons. sûrs devraient être obtenus par l'amour et par
Le pot "'échappement laissait fuir des éructa- la prière. Pourtant les faits que j'énumère
tions irrégulières, très espacées parfois entre sont là pour s'inscrire en faux contre l'amour
elles et qui tenaient au régime irrégulier de et la raison.
ces sortes de transporteurs. Je ne vois pas d'autre explication à présen-
Cette fois ma réaction fut à la fois cons· ter que celle-ci, émise au cours des pages
ciente el inconsciente. Je veux dire que j'y fus précédentes, à savoir qu'on n'apporte géné-
inconscienlmenl poussé par mon irritation ralement pas la même énergie dans l'amour
précédente et consciemment amené par l'in- que dans la colère. Quand un être humain
cident des talons féminins. exceptionnel concentre autant de force dans
De mon lit je criai à haute Voix: sa projection d'amour que les êtres humains
- Stop! ordinaires en concentrent dans la colère, il est
Mais le bruit de moteur ne me parut pas un curé d'Ars ou un Padre Pia, c'est-à-dire un
cesser et je crus, comme à Beausoleil pour la saint.
radio, que je n'avais pas ébranlé le méca-
nisme. Toutefois mes oreilles perçurent un
affaiblissement des pétarades, qui se confirtna
dans les secondes suivantes. L'engin odieux
s'éloignait dans une voie adjacente et je réali-
sai qu'il s'était mis en marche dès mon com-
mandement d'arrêt.
Sans doute ne fus-je pas obéi dans le sens
LES FORMES PARADOXALES
DE LA PRIÈRE

3
Nombre de gens croient à l'influence de la
prière alors que nombre d'autres n'y voienl
qu' une perte de salive ét de temps et l'on m'a
souvenl demandé ce qu e je pensais de l'aclion
de la prière,
J'estime que, de loute façon, la prière élève
l'âme et la met dans une disposilion favo-
rable pour entrer en contact avec le Divin.
Mais il ne s'ensuit pas nécessairement que
l'Invisible soit en mesure d'accéder à nos
prières. ne serail-ce que parce que celles-ci,
qui nous apparaissent justifiées, ne le sont
pas loujours vues d'en-baul et que nous som-
mes mauvais juges de ce qui nous est salutaire
et de ce qui nous est nuisible. Au surplus ce
que nous demandons par la prière sur le plan
purement matériel entraînerait, si nous l'ob-
tenions, une répartition des conséquences qui
pourrait léser d'autres êtres ou se montrer
contraire au plan universel.
C'est pourquoi la seule manière de prier
qui sail hors de tout soupçon esl celle qui n'a
pour but que de nous mettre en communion
- 36- - 37-

avec les puissances invisibles et qui revêt uni- si soit-il! " représente un soubait jaculatoire
quement une forme de gratitude et d'adora- et la religion romaine dispose de quantité
tion. d'oraisons de même sorte qui ne sont pas
Mais j'entends bien que la prière qui vous seulement dispensatrices d'indulgences mais
intéresse le plus et qui, au demeurant, fait tendent, au moins à l'origine, à ébranler l'uni-
l'objet essentiel du présent livre, est consti- versel.
tuée par une formule juste, susceptible d'ob- D'où vient le mol «jaculatoire" assez sin-
tenir des résultats immédiats. Je ne me déro- gulier en l'espèce? De jaculari, lancer, qui
berai pas au débat puisqu'il est celui de présuppose le jet précis d'une flèche ou d'un
presque tous les hommes qui prient et qu'il javelot. Le chapelet que murmurent habituel-
permet de lever, au moins partiellement, le lement les fidèles incite au ronronnement en-
voile qui couvre le comportement matériel du dormeur, que décuple le rosaire, alors que
monde apparent. l'oraison jaculatoire doit comporter une ten-
De tout temps les religions ont eu recours sion soudaine, une détente brusque, un choc.
au procédé qui consiste à condenser en for- Enseignement précieux, comme nOLIS allons
mule une incantation donnée, sous forme de le voir, conférant une vertu particulière à une
mantram ou de talisman. Les fameux mou- demande différente des autres puisqu'elle
Jins à prières des .E xtrême-Orientaux ne sont prend la forme d'une affirmation. Encore
pas autre chose que la matérialisation de la faut-il que la prière jaculatoire ne devienne
prière et il n'est pas téméraire de penser que pas un cliché qu'estompe peu à peu l'usage
certaines religions de l'avenir auront recours et qui, à force d'être mis en œuvre, n'a plus
à la machine électronique pour prier à leur ni relief ni efficacité. D'où la nécessité de
place avec le concours de cadrans appropriés. changer fréquemment et d'entièrement renou-
Le catholicisme me paraît avoir mis au veler les formules incantatoires, comme le
point, depuis les premiers siècles du christia- pêcheur relnplace sa mouche, le barbier sa
nisme, une formule connue sous le nom d'orai- lame. le cuisinier son menu.
son jaculatoire et qui a le mérite de concentrer
dans une courte phrase l'appel aux puissances
protectrices et aux célestes gardiens. Tel est,
..•
par exemple, le sens de: «Aimé soit partout Nous voici donc en possession d'un rensei-
le cœur de Jésus!. dont fut rebattue mon gnement précis, lequel est corroboré 'p ar
enfance et que mes condisciples et moi parfai- l'Evangile, où il est dit que Dieu n'aime pas
sions en répondant avec ensemble: «A ja- les tièdes et préfère la brebis perdue et le fils
mais! •. Le simple AMEN, c'est-à-dire «Ain- prodigue aux ouailles restées au chaud.
- 38- -39-

Une amie, que j'interrogeais à ce propos, à tout abaissement de même sorte devant
me lixa sur la nécessité de la demande: oC Un eux. Je gage qu'ils prètent beaucoup plus
jour, me conlia-t-elle, le Christ m'apparut en d'allention et d'intérêt à celui qui prie debout
rêve el me dit avec un air de reproche: c Tu dans sa chambre ou dans le désert, la face
ne demandes jamais rien pOUf toi! :) Depuis levée vers le ciel, avec toute la dignité de la
elle rectilia son tir et eut la preuve que les personne humaine. J'irai même au-delà de
demandes raisonnables trouvent une oreille cette impression et dirai, pour en avoir eu
allentive. Pareille chose advint à un médium maintes fois la preuve, que la Divinité pré-
de ma connaissance qui s'était fait scrupule, fère les c cabochards:. aux soumis. ,J ésus.
jusqu'à l'année dernière, de prier pour obtenir Paul, Mahomet, Luther, etc. étaient des ré-
des avantages personnels. Comme ses ressour- voltés et ne mâchaient pas ce qu'ils avaient à
ces baissaient elle usa d'affirmations réitérées dire. Augustin et de l"oucault furent de mau-
et une réussite matérielle honorable s'ensuivit vais garçons spécialement agréables au Sei-
en très peu de mois. Par conlre, un autre gneur.
médium féminin persuadé que toute demande Et ce qui vient d'être dit ffi'amène néces-
personnelle est égoïste a vu son travail croître sairement à proposer au lecteur plusieurs
sans augmentation de ses ressources, ce qui exemples qui méritent une étude allentive à
semble concluant. cause de leur allure paradoxale et de leur
Mais il faut aller plus loin dans une voie anormale signification.
au premier abord irrespectueuse, si tant est
que l'altitude envers l'Invisible doive être cal- •••
quée sur celle des impétrants à l'égard des
gens en place et si l'on admet que la Provi- J'ai connu une femme qui n'était pas spé-
dence n'est sensible qu'à des actes de servilité. cialement croyante et qui, bien qu'italienne,
JI est de fait que la presqu'unanimité des avait progressivement perdu la foi. Celle per-
orants, des suppliants, des quémandeurs spiri- sonne avait une mère âgée, laquelle, en suite
tuels sont à genoux et multiplient les signes d'infortunes matérielles, était devenue aveu-
d'humilité el d'obéissance, comme faisaient gle et se trouvait dans la nuit depuis huit ans.
les porteurs de placets en présence d'un sul- Or il arriva ceci en matière de miracle. Un
tan oriental. jour que celle femme procédait à un net-
Je ne crois pas, pour ma part, que Dieu ou toyage, la malice la prit en raison de la dif-
les entités qui le représentent soient sensibles ficulté que lui opposaient certains objets. Elle
aux prosternations adulatrices, aux coups saisit une pelle à main qui la gênait et la
dans la poitrine, aux cendres sur la tête et lança derrière elle avec violence. Elle entendit
-40 - - 41-

un faible cri mais n'y prêta pas tout de suite meubles dans un vieux mas. On sait la fatigue
attention. Ce n'est qu'un peu plus tard que, qu'entraîne ce genre d'opération et le surme-
voyant sa "mère porter la main à son œil, elle nage qu'il impose. Après une demi-journée
constata que la paupière de celle-ci était tu- harassante je m'assis dans un fauteuil et m'y
méfiée. Elle réalisa que la blessure était due endormis.
à son geste de colère et mit un pansement sur Au réveil, je senlis une douleur dans le gros
le ma\. orleil du pied droit et pensai que, dans le
Le lendemain malin, elle crut entendre sa sommeil, j'avais pris une attitude vicieuse.
mère divaguer dans son lit et proférer des Quand je voulus marcher j'éprouvai une gêne
paroles sans suite qui firent croire à la dérai- à mettre ce pied sur le sol. Or j'avais à faire,
son. Mais les phrases se précisaient peu à peu. à cinq kilomètres de là, dans une localité voi-
La vieille femme criait: sine. Je m'y rendis en voiture, persuadé que
- Je vois ... je vois ... ô ma fille !. .. Je dis- la manœuvre de l'accél érateur serail à la 'me-
tingue la couleur de la robe et même aussi le sure de mes moyens. Mais j'avais compté sans
dessin. le moteur qui, au retour, tomba plusieurs fois
Effectivement, d'un seul coup, la vue lui en panne et, la dernière fois, si sérieusement
était rendue mais, attention! à un seul œil, qu'il me fut impossible de r epartir. Je laissai
celui que la pelle avait frappé. Le « miracle >, . le véhicule au bas d'une côte et entrepris de
demeuré impossible au cours de prières pré- regagner à pied mon nouveau domicile, heu-
cédentes, était donc dû au geste de la colère, reusement peu éloigné. Il l'était assez cepen-
lequel était venu parfaire une longue suite dant pour démontrer que la douleur de mon
d'invocations. pied avait crû avec les heures et c'est aVec
Autrement dit ce que la prière correcte et difficulté que j'effectuai la dernière partie du
respectueuse n'avait pas obtenu était acquis traj et.
au mouvement de violence, conclusion exacle- Tout cela m'avait mis de mauvaise humeur
DleOt opposée au conformisme et aux ensei- car cet incident imbécile, à la fois retardait
gnements. ma progression et me mettait en état d'infé-
riorité physique quand je n'avais pas trop de
••• tous mes moyens .
Ces diverses considérations m'indisposèrent
J'avais moi-même enregistré semblable le- à tel point qu'une fois rentré dans la maison
çon dans une circonstance précédente. je sentis croitre ma colère, au point que, péné-
Je venais d'emménager dans un village de trant dans le petit salon, je m 'écriai toul fort
Provence et procédais à la répartition des en In'adressanl à la lluissance invisible:
- 42- -43 -

- Enfin! Tu sais bien que j'ai besoin de tante qui prend parfois la forme d'une suppli-
mes deux jambes aujourd'hui! cation. Comment opère le fameux moine de
Cela dit sur un ton furieux. Foggia qui, à lui seul, dans son couvent ita-
La réponse ne tarda pas et fut de même ]jen, fait plus de miracles en un Illois que
sorte que la demande. Dans mon irritation Lourdes en dix années? Il dit chaque jour sa
j'oubliai que deux marches séparaient la pièce messe en versant des larmes abondantes et
où j'étais de la salle à manger. Mon pied droit non comme ces prêtres qui bâclent la leur
heurta avec violence la première de ces deux ainsi qu'ils feraient d'un travail de bureau.
marches el c'est l'orteil malade qui encaissa Il est pris au piège de sa foi qui le tenaille
tout le choc. de morsures. Il «brûle:t à ce point que ses
Je demeurai un instant pantois, me disant stigmates s'en trouvent et que le sang coule de
à part moi que ce heurt n'arrangeait pas les ses mains et de ses pieds. Dans cet état d'éré-
choses. Puis je reposai le pied sur le sol et thisme spirituel il est au niveau du Divin
m'avisai que cela n'allait pas plus mal. Je lis comme l'était Jean-Baptiste Vianney, inculte
un pas, deux pas. Toute douleur était envolée. petit curé d'Ars, à demi-évanoui sous la disci-
Le Céleste Rebouteux avait rétabli les choses pline et dont le fourreau physique n'empri-
à la manière forte, exactement sur le ton que sonnait plus l'âme, devenue plus forte que la
j'avais pris pour ffi'adresser à lui. chair.
Une fois encore nous constatons là que la A ce stade la prière devient une sorte de
requête. non seulement n'a pas besoin d'être passion avec sa croix et sa couronne d'épines,
enveloppée de papier de soie, mais encore a son coup de lance, son éponge de vinaigre, la
plus de chance d'être entendue s'il s'y mêle succession de ses petites morts. Aussi ne pré-
un accent impératif. Nos prières échoueraient tendons-nous pas atteindre les résultats de
donc par excès d 'onction et de respect et abou- ces géants de la prière mais nous contenter
tiraient par excès de brutalité et de violence. seulement de miracles à notre étage, c'est-à-
Peut-être est-ce simplement parce que tout dire banals et mesquins. Quoique, à la vérité,
dépend de l'intensité. ces miracles insignifiants dans leur nudité
Il est probable qu'une certaine tension, un psychologique portent aussi éloquemment té-
certain potentiel sont indispensables. De là la moignage que les super-miracles des grands
nécessité d'une prière fervente (de (ervor, cha- sainls.
leur) ou d'une prière ardente (de ardere, brû-
ler), ce qui implique la condamnation de la •
tiédeur.
••
L'adjuration est une forme de prière ins-
-44 - - 45-

J'ai narré longuement dans L'iNVISIBLE dont je n'avais fait part à quiconque et cepen-
ET MOI (I) l'incident de la chienne campa- dant l'animal semblait avoir été atteint direc-
gnarde qui, ayant, sans provocation, mordu tement par la flèche mentale décochée dans sa
au mollet ma fille Françoise, alors âgée de direction.
huit ans, fut le point de départ d'une série de Dans le même ordre d'idée j'ai recueilli le
constatations dont la plupart sortent de notre témoignage d'une jeune femme qui, ayant
cadre mais dont il sied de retenir ce qui corro- rompu depuis longtemps avec une tante riche
bore les exemples précédents. par laquelle elle avait été en partie dépouillée
Celle chienne appartenait à un fermier voi- de son héritage, apprit que celle-ci était allein-
sin et passait pour être assez dangereuse. Au te d'une maladie grave et se résolut à lui
moment de la morsure elle gardait les vaches rendre visite pour faire appel à son cœur.
dans la prairie sous la surveillance négligente Elle fut recue avec méchanceté et s'entendit
de la fille du patron. Françoise me revint avec inlerdire la 'porle. Elle en fut à ce point outrée
sa jambe blessée d'où le sang coulait aVec que, ne pouvant contenir sa colère, elle s'écria
abondance. Quand je compris la chose je fus intérieurement en sortant de la maison:
empli d'une de ces colères dont je n'étais pas - La mort puisse-t-elle l'emporter 1. .. Le
encore maître à ce moment. monde n'y perdra pas grand-chose,
Sans réfléchir je me laissai aveugler par Projection redoutable qu'elle regretta vive-
une idée de vengeance et m'écriai 'mentale- ment lorsqu'elle apprit que la tan le haineuse
ment en pensant à l'animal: était d écédée trois jours après.
- Qu'elle meure! !
Et je mis dans ce souhait toute la fureur
dont j'étais plein.
..•
Le lendemain ou le surlendemain, j'appris En effet, il sied toujours de redouter, en
que la chienne en question avait été écrasée pareil cas, ce qu'il faut bien appeler des re-
par un train sur la voie ferrée mais une en- tours de flamme qui reviennent en force sur
quête ultérieure révéla la fausseté de cette l'émelleur.
version, accréditée par le propriétaire de la A ce propos un de mes visiteurs, M. D ... lne
chienne lequel, en réalité, croyant se sous- narrait une anecdote significative. Car si
traire à ses responsabilités, avait abattu la rémission a assez de force pour ébranler l'in-
bête d'un coup de fusil. visible il n'est pas exclu qu'à défaut de tou-
Personne n'était au courant de mon souhait cher le but eUe se retourne en direction de
l'auleur de l'émission. Voici donc ce qui arri-
(1) Astra, éditeur. va à M. D ... selon ses propres dires:
- 46- - 47-

Je roulais en aulo sur une roule étroite le capot et s'aperçoit qu'il y a une fuite im-
et j'avais devant moi une charrette attelée portante au niveau du carburateur. Le danger
d'un cheval, laquelle charrette me gênait de- d'incendie a été grand mais rien de fâcheux
puis un moment. Or j'avais remarqué que. ne s'est produit par miracle. Nous cbercbons
dans ce véhicule suranné, les rOlles flageo- un garagiste ou un mécanicien; il n'en existe
laient autour de l'essieu, à croire qu'eUes pas dans les environs. L'automobiliste qui
allaient se détacher à chaque minute. Enervé, nous renseigne nous fait remarquer que c'est
je dis à ma femme qui était assise à côté de le jour des mésaventures car d'autres per-
moi: « Qu'il perde une de ses roues et que sonnes, non loin, sonl en panne d'au la.
ça finisse! ». Le voiturier ne perdit pas ses M. PoO, range sa voiture le long d'un trottoir
roues quanc( je l'eus dépassé. pu moins je et nous demeurons devant le capot ouvert
n'en sus rien. Mais, au bas de la descente, avec l'impression aiguë de notre impuissance.
c'est ma voiture elle-même qui perdit une A ce moment précis une voiture du Secours
roue. Ma femme me dit alors: «Tu vois, c'est National routier s'arrête juste devant notre
Je choc en relour. ~ véhicule et il en sort deux anges (c'est le cas
de le dire) de la route qui se mettent gracieu-

•• sement à notre disposition. Ceux-ci constatent
que la durite d'amenée de l'essence est fissu-
Un cas bien différent est celui-ci dont je fus rée. Un des gendarmes procède à la réparation
témoin dans des circonstances récentes. L,à il nécessaire durant que l'autre alerle par radio
n'y eut pas de projection véhémente de la un dépanneur de Nice pour les autres voitures
pensée mais une impression profonde de dé- à l'arrêt. Tout remis en place, nous repartons
couragement et d'appel. A ce stade on ne sait avec le sourire. Coïncidence? direz-vous. Moi,
plus très bien où l'on en est de la supplication je 'veux bien.
intérieure. Il faut croire que celle-ci atteignit
à deux, une rare intensité. •••
Je revenais de Beausoleil avec M. PoO', ingé-
nieur, dans la traction-avant de celui-ci. Au Voici, par contre, une réalisation qui ne
sortir de la principauté de Monaco nous enre- laisse aucun doute en ce qui concerne la rela-
gistrons à l'intérieur une forte odeur d'es- tion de l'objurgation spirituelle avec l'évé-
sence. Le plein a été fait et l'on suppose qu'il nement.
a pu en déborder un peu du réservoir. L'odeur J 'étais de passage à Paris cbez un de mes
persistant et même s'accusant, nous stoppons 'éditeurs où m'attendaient plusieurs lecteurs
sur la place du village d'Eze. M. PoO, soulève désireux d'obtenir une dédicace. Parmi ces
- 48- - 49-

derniers se trouvait le capitaine X ... Venu ré- furie. Je retrouvai mon verbe soldatesque et
cemment d' Algérie où il commandait une for- criai en brandissant mes mains vers le Ciel:
mation. Une conversation générale s'engagea « Enfm ! Qu'est-ce que vous f ... là-Haut! 1. ..
au cours de laquelle j'eus l'occasion de parler Vous ne voyez pas que cet homme est déses-
de mes récentes expériences. Le capitaine péré et que sa femme agonise! • Il faut croire
parut d'autant plus intéressé qu'il avait un que ce cri d'indignation perça la stratosphère
exemple précis à me fournir. Et il me raconta car. peu après. j'appris que la malade était
ceci qui date de quelques mois à peine. hors de danger.
- Depuis quelque temps je remarquais que
l'un de mes hommes semblait soucieux. J'al-
..•
lai le trouver et lui demandai ce qui n'allait Je ne saurais mieux terminer qu'en rap-
pas mais il se déroba sous des réponses impré- portant le fait divers ahurissant qui fit. en
cises. J'insistai et lui dis: «Considérez-moi janvier 1960. l'objet d'articles circonstanciés
comme votre père spirituel et confiez-moi l'ob- dans la presse méridionale.
jet de vos préoccupations. A deux nous ver- Une femme de 65 ans. Mm, Marie H ...• était
rons plus clair et peut-être me sera-t-il permis clouée au lit depuis vingt-quatre mois par
de vous lirer de peine .• Il finit par se laisser une paralysie jugée médicalement incurable.
convaincre et me dit: «Mon capitaine, je ne L' hospitalisation d'urgence étant envisagée.
voulais pas vous ennuyer avec mes affaires le mari. Julien H ...• ne put supporter l'idée
intimes. Je suis malheureux parce que ma d'une séparation. Il conçut le projet de tuer
femme est au plus mal. Les nouvelles que je sa femme et de se suicider ensuite. Dans ce
reçois laissent entrevoir la possibilité d'une but il profita du moment où l'impotente allait
issue falale. ~ Je le réconfortai de mon mieux s'endormir pour lui asséner sur la tête un
et lui promis de prier spécialement pour lui. coup de marteau. Bien loin de rester inerte
c Vous verrez, fis-je, qu'on peut obtenir beau- sous le choc. Marie H ... recouvra instantané-
coup surtout quand on est détacbé de soi- ment l'usage de ses jambes. Elle sauta à bas
même . ., Il me remercia et, le soir )))ême ainsi du lit cependant que le mari affolé lui portait
que les jours suivants. je priai de grand cœur. ùn deuxième coup. La paralytique revivifiée
Cependant les lettres que mon homme rece- eut alors la présence d'esprit de se laisser
vait continuaient d'être de plus en plus alar- choir sur le parquet et de faire la morte. ce
mantes. Je le voyais désespéré à ce point que que voyant. Julien H ... alla dans la pièce 'voi-
l'impatience me prit. Le huitième jour j'aban- sine et se pendit. Sa femme se leva d'un bond
donnai le Ion de la supplication et (Que Dieu et, avec raide d'un voisin, coupa la corde
me pardonne!) je fus animé d'une sainte homicide et réussit à ranimer son époux.


- 50-

Ce que les soins médicaux n'avaient pu


oblenir un gesle effrayanl l'avait déclenché
non sans raide d'un instrument matériel. Le
cas esl lypiquemenl semblable à celui de la
mère aveugle frappée indirectemenl par une
pelle. Mais n'esl-i1 pas élrange que ces outils,
inertes par eux-mêmes, aient été mus par une
puissanle el inhabituelle surexcilation ?

•••
JI serait sans doute aisé de provoquer d'au-
lres témoignages personnels parmi les lec-
teurs de ce livre dont beaucoup, en remontant LES IMPONDÉRABLES
le cours de leur vie, seraient en mesure de
reconstituer des accidents ou incidents ana-
logues à ceux que je viens de rapporter.
L'ensemble de ces faits jelle une lumière
d'ordre particulier sur le mécanisme des im-
pondérables, nom que j'applique provisoire-
ment au déterminisme irrationnel dont il sera
que~tion au chapitre suivant.
Ce qui suit ne semble pas avoir d'ordre
apparent et n'a pour but que de désarçonner
la logi que en montrant qu'en dehors des faits
explicables par la raison d'autres faits lui
échappent et, par leur répétition, leur juxta-
position ou leur coïncidence. justifient l'exis-
tence de l'irrationnel. Cela ne nous écartera
pas de la voie que nous suivons puisque le
dernier et le plus important chapitre de cet
ouvrage s'inscrira en faux contre Loule inter-
prétation scientifique ou même purement lo-
gique d'un tout-puissant moyen dont l'empi-
risme n'est plus à démontrer.
Je vais donc exposer tour à tour et comme
ils s'offrent au courant de la plume diverses
anomalies tirées tant de mes informations
personnelles que de lnes livres précédents.
Leur rapprochement est des plus instructifs
parce qu'il permet de cerner de tous côtés
l'inconnaissable et envisage l'anormalité sous
les angles les plus divers .


••
-54- -55-

Les chroniques ont enregistré cet épisode qui pouvaient y faire obstacle on parvient à
singulier et fort peu connu du siège d'Orléans un nomhre astronomique tel que les chi lIres
par les Anglais alors que ceux-ci entouraient accumulés durant une vie d'homme ne suffi-
la ville de leurs hastides ohsidionales. raient pas à l'énoncer.
11 était de convention tacite entre les deux
partis qu'à l'heure des repas toute hostilité •
••
était suspendue et que les deux armées déjeu-
naient en paix. C'est ainsi qu'un canonnier Autre cas datant des homhardements d'Or-
des assiégés ayant préalahlement chargé sa Jéans au cours de la dernière guerre mon-
pièce, ahan donna les remparts pour aller man- diale.
ger la soupe chez lui. lnstant tnis à profit par On sait qu'au centre de la place du Martroi
l'enfant du dit canonnier, lequel avait tnaintes s'élève une statue équestre de Jeanne d'Arc.
fois vu opérer son père et qui utilisa son L'béroine y est représentée tenant en direc-
absence pour mettre le feu à la pièce ainsi tion de l'ennemi une épée nue, geste destiné
qu'il en avait le désir depuis longtemps. à souligner le rôle de la guerrière au préju-
Première circonstance anormale et qui de- dice de la triomphatrice à la bannière, celle
vait coïncider avec une seconde, laquelle du sacre de Reims.
n'était autre qu'une visite inopinée d'inspec- Un violent bombardement allié, qui visait
tion du commandant en chef de l'armée assié- la kommandantur voisine, exerça aulour du
geante, désireux de profiter de la trêve de fait monument de grands ravages mais respecta
pour contrôler sans péril. la statue dans l'essentiel. L'épée de Jeanne
Le coup part et le boulet va fracasser la tête d'Arc fut seuletnent brisée au ras de la poi-
du chef de l'armée anglaise, ce qui suppose la gnée, la Pucelle elle-même demeurant le bras
rencontre inouïe d'une foule d'incidents sans pacifiquement tendu. Nul doute qu'il n'y eût
lien apparent entre eux. Car il y avait peut- là une indication providentielle destinée à
être une chance sur un tnilliard pour que le prouver la non-violence de Jeanne d'Arc. L'in-
crâne hritannique fût précisément sur la tra- tention ne fut pas comprise par nos contem-
jectoire du boulet de la pièce française et une porains, épris de militarisme et de logique et
autre chance sur un milliard pour que l'ins- l'épée fut restituée à la statue contrairement
pection eût lieu ce jour-là, à cette seconde à l'ordre du ciel.
précise et exactement à cet endroit. Si l'on
multiplie ces improhabilités par celles résul- •
••
lant de l'absence du canonnier, des intentions
de l'enfant et des innomhrables circonstances
-56 - - 57-

Une dépêche de Rome dalée du 26 octobre On n'a pas oublié cette prêtresse fameuse
1953 el publiée par le Monde du 27 était ainsi de la danse antique qui, sous le nom d'Isadora
conçue: Duncan, tenta de restituer à notre époque les
« Une jeune femme de Caserte, se nommant mouvements des danseurs grecs sur les vases
Giovanna d'Arco (Jeanne d'Arc) a élé brûlée anciens et les bos-reliefs.
vive accidenlellement. > Un sort tragique lui était promis el son des-
lin fut lié à celui de l'automobile qui causa
••• le décès des siens el son propre décès. Ses
Le jour m ême de J'assassinai de Henri IV deux filles, qui étaient à bord d'une voiture
par Ravaillac on enregislra à Pau, cité natale entraî née par la déclivité vers la Seine furent
du monarque, de curieux présages. noyées à Paris auprès du Pont-Neuf. Quant à
Au cours de la matinée un orage éclala la danseuse, landis qu'elle parcourait en aulo
soudain et la foudre, tombant sur la façade la Promenade des Anglais à Nice, son écharpe
du châleou royal, délruisil sur la porte même flottante s'enroula autour d'un moyeu, provo-
les iniliales sculplées du roi qui figuraient en quant ainsi J'étranglement immédiat. Cela se
marge de J'écu béarnais. passait en 1927 et l'accident est présent dans
Chose plus élonnante encore: il existait au bien des lnémoires.
chàlea u un laureau que, pour sa belle taille
el son allure, en même l emps que pour le •
••
distinguer de ses congénères, on avait sur-
nommé c Le Roi .. . Dans l'après-midi du Ceci enfin a été raconté par M. Marcel
même jour et à l'heure même où le couteau Pagnol dans son admirable livre « La Gloire
de Ravaillac faisait son office, cet animal se de mon père ').
j eta dons le fossé el se tua d' un seul coup. « Dans la nuit du 19 au 20 janvier .1716,
Mm. Barlhélémy, qui habitail Aubagne et dont
••• le mari s'appelait Joseph, ressentit les dou-
leurs de J'enfa ntement et se fit conduire en
Est-il logique que, sur le même trajet de la voi lure chez sa mère à Cassis où elle accou-
Roule Bleue et sur un parcours limité à quel- cha en arrivanl d'un garçon. Cet enfant de-
ques dizaines de kilomèlres, plusieurs mem- vait êlre plus tard l'abbé Barlhélémy, auteur
bres de la famille Michelin se soient tués à du Voyage du jeune Anacharsis en Grèce,
des dales différentes dans des accidents lequel fut élu li l'Académie française le 5
d'aulo ? mars 1789, au 25' fauteuil. >
••• Or, le 28 février 1895, Mm. Pagnol, qui était
- 58- - 59-

à La Ciotat et dont le mari s'appelait Joseph, c: - Tu ne te souviens pas ? Hier soir? Un


éprouva les premières douleurs de l'enfante- monsieur qui nous a dit: c: Si vous avez des
ment et voulut être transportée à Aubagne où ennuis un jour, moi j'ai une maison à la Ferté
elle accoucba d 'un garçon qui devait être plus et un sauf-conduit pour y aller. >
tard Marcel Pagnol, lequel fut élu à l' Acadé- « Carné se souvient vaguement. Mais qui
mie française le 5 mars 1946, précisément au était-ce ? Où le trouver?
25' fautellil.
.., « Les deux hommes se fouillent conscien-
cieusement dans l'espoir d'un échange de
cartes... Et ils trouvent. Nom, adresse... Ils
Ce qui suit a été rapporté par Françoise bondissent.. tombent sur un monsieur furieux
Giroud dans sa présentation du Tout-Pari. d'être réveillé et qui ne se souvient de rien.
(Gallimard) à propos de Marcel Carné, le ci- On lui rafraîchit la mémoire, on lui explique
néaste. que c'est une question de vie ou de mort. Il
« Pendant la guerre, mobilisé comme pion- consent à se lever et à conduire Carné à La
nier de 2m• classe dans l'Est, affecté au G.Q.G. Ferlé. Lorsque celui-ci arrive enfin, le cœur
à la Ferlé-sous-Jouarre, il vient à Paris comme battant, ses camarades lui disent:
les camarades avec un faux ordre de mission. .: _ Alors, mon vieux, tu es refait. Hein?
Il prend un verre au Bœuf sur le Toit, deux « - Refait?
verres, trois verres ... Dans l'euphorie de l'al- «- Ben oui, comme les autres.
cool il se fait des quantités de relations ... Il «- Quels autres?
passe ce qui reste de la nuit chez un camarade « _ Tous ceux qui sont allés à Paris hier
qui le conduit, le lendemain matin, à la gare. avec un faux ordre de mission! Ce matin, à
Le train est à sept heures, ils arrivent à sept l'arrivée du train, les gendarlnes les ont cueil-
heures moins le quart, s'asseyent pour pren- lis et expédiés dans l'Est ...
dre un café ... Sept heures moins le quart? « Tous ces aarçons ont été tués ou faits pri-
Mais les pendules marquent huit heures moins sonniers. Ain~i l'heure de la chance a-t-elle
le quart !... épargné Marcel Carné. >
« - Garçon, votre pendule avance d'une En vertu de quelle intervention invisible?
heure, n'est-ce pas?
c: - Mais non, monsieur ... Vous savez bien
qu'on les a avancées cette nuit. C'est l'heure
Mystère.
..•
d'été. C'est dans l'histoire des princes d'Angle-
«Carné s'imagine déjà déserteur, fusillé, terre qu'on relève cette anomalie. A part la
lorsque son camarade lui dit: dynastie des .P lantagenets, toutes les autres
- 60- - 61-
comprennent le même nombre de rois: cinq cutivement après leur père, la mort du dernier
Guillaume le Conquérant, cinq Lancastres, d'entre eux met lin à la dynastie.
cmq Tudors, cinq Stuarts. Ainsi la dynastie de Philippe le Bel, qui
.. • comporte Louis X le Hutin, Philippe le Long
et Charles IV le Bel, disparaît à la mort de
Mariée à seize ans, .Eli sabeth d'Autriche celui-ci et la branche des Capétiens est éteinte.
perd sa. Ii!le Sophie peu après Sa naissance, Il en est de même de la dynastie de Henri II,
aSsIste a 1 effondrement du trône de sa sœur qui comporte François II, Charles IX et Hen-
~arie-Sophie, reine de Naples, enregistre ri III, la mort de celui-ci mettant lin à la dy-
1 executlOn de son frère l\1:aximilien au Mexi- nastie des Valois.
que, la noyade de son cousin Louis de B~vière Et il en est de même encore de la succes-
~ans .un étang. Tout le monde a présent à sion d'Henry VIII d'Angleterre, qui comporte
1 espnt le d~ame. de Mayerling où périt son Edouard VI, Marie Tudor et Elisabeth, la JUort
lils umque, 1 archiduc Rodolphe . .Puis c'est la de celle-ci mettant fin à la dynastie des Tu-
m~r~ affreuse de sa SŒur Sophie-Charlotte, dors.
brulee. VIve dans l'incendie du Bazar de la Il existe d'ailleurs une autre série de trois
C?ante et enlin son propre assassinat à Ge- frères couronnés successivement '.mais dont
neve. le père n'avait pas régné avant eux: Louis
Une telle accumulation de malheurs relève XVI, Louis XVIII et Charles X, la mort du
du mécanisme secret. troisième aboutissant à la chute des Bour-
..
• bons .
, Croit-on pouvoir expliquer la répétition de
Je crois avoir été le seul à sou1igner dans ces fails mystérieux par le raisonnement et
.L ES DESTINS OCCULTES DE L'HUMANI- la logique?
TE (1 ) l'exemple extraordinaire, tiré des his-
t~'tes de France et d'Angleterre de ces trois
..

~~fle~ de troi~ rois pères d~ trois rois ayant Il me serait facile de multiplier des exem-
1egne . succeSSlve~ent et qUI, caractérisés par ples choisis à dessein dans les lieux, les temps
~~s regnes maleliques, aboutissent toutes à et les personnages les plus divers mais je dois
1 etrange concluslOn que voici. nécessairement me borner e t tenter d'extraire
Chaque fois que trois frères règnent consé- de ce qui précède certaines considérations de
nature à nous éclairer.
(l) Astra, éditeur. J'entends montrer par là que toute vie vi-
- 62- -63-
sible est une forme de vie partielle, incom- lact avec ces forces, les uns que nous avons
plète, vraisemblablement inférieure, qui nous perdus à notre âge mécanique, les autres qui
dérobe l'étendue immense de la vie totale, résul tent de trouvailles modernes telles que
laquelle n'est pas nécessairement soumise au les alcaloïdes, l'opium, le chanvre, le peyotl,
témoignage de nos sens ni limitée par trois etc. Nous en saurions beaucoup plus sur ce
dimensions. chapitre si nous n'étions hypnotisés par les
Hors de cette vie sensorielle minuscule, ré- moyens d'investigation purement physiques
trécie, étriquée, bancale, où l'on attache un que la Science nous offre et qui, par estime
prix ridicule à la philosophie, à la religion, à exagérée des trois premières dimensions, qui
la politique, il l'économie, à l'argent, à l'amour nous ligotent, négligent l'exploration de la
pbysique, etc., existe un monde immense, for- quatrième et de celles qui viennent au-dessus.
midable, seul réel, qui nous enserre, nous Nous nous entêtons de plus en plus à scru-
investit, nOLIS pénètre, qui vit, pense et agit ter l'espace et le temps a u moyen d'appareils
sans nous et, au besoin. contre nous s'il trouve de plus en plus perfectionnés mais toujours
nos misérables occupations et prétentions en d'essence matérielle. Les voyages interplané-
travers de son chemin. Non parce qu'il nous taires ne sont qu'un agrandissement de celte
hail, CQlnln e d'aucuns pourraient le croi re, erreur à l'échelle sidérale, comme je l'ai dit
mais parce que, le plus souvent, il nous ignore plus haut. La ftssion même de l'atome, d ont
ou n'attache qu'une importance insignifiante on aurait pu tirer une grande leçon concer-
à nos œuvres m atérielles e t à nos projets. nan t l'invisibilité de l'énergie, aboutit prati-
C'est l'action de ce monde secret qui, ne se quement à la construction d'une superbombe
m anifestant pas dans le visible, nous amène dont l'explosion future est susceptible d'ame-
il parler des impondérables, c'est-à-dire des ner la destruction des trois visibles dimen-
êtres, des choses et d es faits qui jouent un sions.
rôle primordial dans l'existence des hommes
tout en leur demeurant inconnus.
•••
Sans doute fa ut-il voir une tentative d 'iden- Voici le moment venu de rappeler le cas
tiftca tion de ce pouvoir mystérieux dans la typique d'Angelo.
croyance aux êtres de l'a utre plan qui a ca- Aquiles d'Angelo, ftls d'un charpentier de
ractérisé toutes les époques: les morts, les Naples, a commencé par être cireur de chaus-
entités, l'Invu, les fées, les nymphes, les elfes, sures, puis commissionnaire, puis déména-
les élémentaux, plus ou moins connus ou geur, puis homme-sandwich. C'est en cette
subodorés. qualité dernière qu'il y a quelques années,
Il existe certainement des moyens de con- porteur d'un pannea u de publicité et juché
-64- - 65-

sur des échasses, un coup de vent l'ahattit sur et les plus sceptiques que ces pouvoirs étran-
le trolloir où il eut le crâne fêlé. ges résultaient directement du traumautisme
Il resLa vingt-six heures dans le coma eL, d'Angelo. Quand celui-ci avait son cerveau
contrairement au pronostic des médecins, en intact, donc normal, il ne disposait d'aucune
sortit non seulement pour retrouver ses esprits puissance miraculeuse. Il avait fallu un ébran-
et se reconnaître mais encore pour fournir la lement extraordinaire pour déclencber une
preuve de connaissances qu'il n'avait pas au- nouvelle et surprenante condition. ,J e ne pense
paravant. Il était alors et est demeuré coin- pas qu'il suffise de projeter les gens sur une
pIètement illellré, incapable d'une opération arête de trottoir ou de leur asséner un coup
mathématique et pourtant il fut en m esure violent sur la tête pour les transformer en
d'appeler par leur nom l'interne et les infir- tbaumaturges ou en faiseurs de prodiges. Au
mières dont il ignorait tout et qu'il n'avait contraire, la plupart des traumatismes crâ-
jamais vus. niens ont pour conséquence un affaiblisse-
Dès sa guérison il manifesta des possihilités ment des facultés. Mais, dans ce cas précis,
anormales, comme si d~ forces mystérieuses on est obligé d'admeltre que le choc imprimé
lui étaient venues ou corr;,ne s'il avait été sou- au cerveau et à son enveloppe a déterminé
dain muni d'étonnants pouvoirs. On s'aperçut dans ceux-ci une modification dont nous igno-
qu'avec un simple geste de la main il pouvait rons l'étendue comme le processus et créé un
faire perdre l'équilibre à quelqu'un ou le ré- nouvel état.
tablir s'il était instabl e. Cela lui donna l'idée Celte constatation permet de supposer que,
d'utiliser ses dons pour obtenir des guérisons. dans sa structure et son comportement actuels,
De fait il opéra, dans ce domaine, des cures le cerveau humain est organisé pour com-
exceptionnelles, telles que celle du grand té- prendre et expliquer un certain nombre de
nor italien Gigli qui avait perdu la voix à la choses apparentes mais, en même temps, fa-
suite d'un enrouement catarrhal, celle aussi çonné de telle sorte qu'il ne puisse accéder
de Fausto Coppi, le campionissimo célèbre, aux possibilités du monde supérieur.
victime d'une mauvaise chule el à qui les 'mé- On en revient à l'hypothèse paradoxale que,
decins interdisaient toule dépense musculaire dans RECHERCHE DE LA Nième DIMEN-
pendant huit mois, celle enfin de la reine SION (1), et ici même, quelques pages plus
Maria-José, femme du roi Humbert, ancien haut, j'ai développées en disant que le cer-
souverain d'Italie, que menaçait une cécité veau n'aurait été donné à l'Homme que pour
totale et à laquelle il rendit une très normale l'empêcher de penser à quatre dimensions.
vision.
Il devenait évident pour les inoins avertis (1) Adyar, éditeur.
5
- 66- - 67-

Déjà quelqu'un, Maeterlink je crois, avait Angelo est sans doute en mesure de le repro-
émis l'idée que notre compréhension tri-di- duire à volonté par suite d'une transformation
mensionnelle était liée au sens de l'équilibre de sa matiere cérébrale. li n'en resterait pas
pour lequel nous disposons des canaux semi- moins que, m ême pour le vulgaire, il doit y
circulaires de J'oreille interne, ajoutant que avoir une manière d'ébranler le mécanisme
si ces canaux é taient entièrement circulaires invisible et de mettre en marche ou d'ordon-
nous aurions peul-ê tre le sens de la quatrième ner les impondérabl es dont sont faits les évé-
dimension. nements.
:Mais ce n'est pas le seul enseignement à
tirer de J'expérience d 'Angelo et je reviens
sur le cas de ce dernier pour une ultime re-
..•
marque. En 1953 plusieurs médecins pari- Durant que nous sommes sur ce chapitre-
siens se livrèrent sur le phénomène à une d es faits inexplicables je ne puis résister au
investigation méthodique à laquelle il se sou- désir de montrer une autre face inaltendue de
mit 'volontiers. Je négligerai les tests proposés l'anormal. Celle-ci résulte d'une série de cons-
au Napolitain par cet aréopage scientifique tatations effectuées par moi depuis de nom-
pour m'appesantir sur celui dont Angelo prit breuses années et qui peut se traduire ainsi:
lui-même l'iniliative au cours de son examen. chaque fois que j'essaie de rendre un service
Ayant demandé l'heure exacte et fait cons- matériel à un tiers il s'ensuit pour moi une
tater qu' il était 15 heures, Angelo se prêta mésaventure ou un inconvé nient.
aux divers interrogatoires puis, désignant la Il est probable que je n'ai pas été châtié
pendule, lit observer qu'il était toujours 15 par le Destin de toutes m es B.A., pour parler
heures au cadran. comme les scouts, et que j'ai perdu le sou-
- J'en ai, dit-il , arrêté le mécanisme au venir de celles qui n'ont pas d'histoi re mais
moment où nl0n regard l'a fixée. Je vais main- j'ai dû admettre que, dans nombre de circons-
tenant la remettre en marche. tances, le salaire que j'ai reçu n'es t pas celui
Et le tic-tac reprit des qu'il eut pointé son qui, logiquement et équitablclnent, aurait dû
index. m'échoir.
On ne manquera pas de rapprocher ce ré- Dans le lot considérable de ces occasions de
sultat de ceux que j 'a i cru obtenir moi-même rendre service mal rémunérées je choisirai
au début de ce livre lorsque j'intimai à une deux des plus marquantes pour l'édification
auto l'ordre de démarrer puis à un side-car du lecteur. La premiere a eu pour théâtre un
celui d'arrêter le bruit de son moteur. Toute- village du Centre au cours de la deuxieme
fois ce que j'ai peut-être obtenu par hasard guerre mondiale. Le facteur mobilisé devait
- 68- - 69-

se rendre aux Aubrais avec deux grosses va~ autos chargées de gens hostiles et que j'avais
lises pour prendre l'express. Les moyens de empêchées de déboucher sur la route m'ac-
transport faisant défaut je me mis gracieuse- cueillirent avec une extrême fraîcheur. Le
ment à sa disposition pour le conduire à la commissariat de police alerté avait dû requé-
gare distante de 35 kilomètres. Parvenu à des- rir la camionnelte de levage d'un garagiste
tination je voulus lui rendre le service sup- pour déplacer mon véhicule et libérer le che-
plémentaire de porter une de ses valises dans min d·accès. Je dus payer les frais de levage
le sou terrain. Quand je revins au rond-point et enregistrer une double contravention pOUf
où j'avais laissé ma voiture je constatai que stationnelnent interdit et encombrement de la
celle-ci avait eu l'avant endommagé par un voie publique. toutes pénitences qui ne m'em-
taxi en cours de manœuvre et, bien entendu, pêcheront pas de rendre service à l'occasion.
le chauffeur s'était éclipsé discrètement. D'autres punitions de même sorte m'ont été
Ceci serait à rapprocher du cas de l'ingé- infligées en diverses circonstances et je me
nieur P ...• rapporté plus haut. qui me rendit suis toujours étonné de voir les meilleures
service entre Nice et Beausoleil et fut récom- intentions du monde faire l'objet de telles
pensé par une fuite d'essence mais, dans ce pénalisations. Peut-être mon rôle n'est-il pas
cas. on peut admettre que la vérification de la de me livrer à l'action direc te mais d'apporter
durite lui a évité un accident ultérieur. Il est une aide générale par la parole et l·écrit.
possible. au surplus. de croire que toute mésa- CeUe interprétation ne me satisfait d'ailleurs
venture apparente a sans doute sa compen- que médiocrement el il me reste à découvrir,
sation sur un plan très différent. sous les divers effets, la cause première. tout
Je n'ai pas trouvé cependant l'explication se rattachant à cette administration invisihle
satisfaisante de la conjoncture suivante. Tout des circonstances que, faute d'y voir clair, les
récemnlent encore des amis me demandèrent philosophes préfèrent appeler hasard. Il ne
de les conduire à Vence avec leurs bagages. sau rait cependant être question de basard.
Parvenu à destination je trollvai difficilement c'est-à-dire d'incohérence. Ce dernier mot con-
à me garer et les accompagnai dans leur rési- vient exactement car ce que justement l'Hom-
dence momentanée où je demeurai une demi- me n'a rrive pas à faire c'est la cohérence des
heure environ. Quand je revins à la voiture je événem ents. La logique voudrait les amener à
vis celle-ci entourée d'un attroupement de coïncider exactement comme les morceaux
mauvais augure dans lequel se distinguait un d'un puzzle mais c'est alors qu'il sied d'obser-
agent. J'appris que j'étais sur le mauvais ver que Je jeu de patience de nos vies com-
trottoir et à l'entrée d'un petit chemin que porte deux faces dont une seule est revêtue de
j'avais pris pour un passage domestique. Deux l'image destinée à faciliter les rapproche-
- 70-

ments. Ce que voient les logiciens c'est la face


blancbe et anonyme d'où ils infèrent que le
puzzle de la Vie n'a pas d'autre signification
que d'ajuster ensemble des morceaux de bois
inégaux, alors que ce que recherchent les illo-
giques c'est, au contraire, l'autre face cachée
dont l'image donne tout son sens à ]a recons-
titution du tableau.

EXPLICATIONS DE L'AUTRE MONDE


La vie est une succession de prodiges, plus
ou moins grands, plus ou moins saillants,
plus ou moins évidents, mais qui, tous ou
presque tous, se produisent, sinon en dehors
de l'Homme, du moins sans sa participation
consciente et délibérée, ce qui leur confère
une apparence de hasard.
S'il en était autrement, au lieu d'être étroi-
tement déterminé comme il semhle bien qu'il
le soit le plus souvent et soumis à la dépen-
dance des êtres et des circonstances, l'Homme
influerait sur l'événement et les créatures et,
en pleine possession de son libre-arbitre, dé-
terminerait à son lour.
C'est dans ce sens qu'il faut comprendre
l'art d'obtenir, c'est-à-dire la réalisation des
souhaits, le résultat des prières, ce que d'au-
Ires onl appelé la « réponse > car tout dépend
de la manière dont on pose la question. Nous
avons cependanl un début d'éclaircissement
dans le fait que toute invocation adressée aux
saints, dieux, héros, ancêtres et entités pro-
tectrices, pourvu qu'elle ait le caractère d'une
-74 - -75-

adjuration passionnée, déclenche presque in- dont l'inspirateur anonyme n'a pas cr~ ~evoi.r
failliblement le mécanisme secret. s'abriter sous les noms de personnahtes ce-
Quel est donc ce mécanisme et quel est donc lèbres comme cela arrive trop souvent. On
ce secret? Faute de pouvoir le demander à la verra que, pour être resté modestement dans
raison et à la logique j'ai été contraint de l'anonymat, cet inspirateur n'en formule p~s
recourir à des intelligences illogiques et irra- moins des hypothèses originales et parfOls
tionnelles, non seulement capables de s'évader d'une rare élévation.
de nos trois dimensions habituelles, mais en- JI m'a semblé piquant d'introduire dans ce
core entraînées à se mouvoir à l'aise dans les débat des individualités affranchies de leur
autres dimensions. personnalité terrestre et qui, comme telles,
Quand on a des doutes sur un sujet scien- sont présumées capables d' une hauleur de vu.e
tifique quelconque on va trouver les savants que, limités par leuTs clfconvolullOllS cére-
qui formulent des hypothèses en matière braies, les philosophes de ce monde et le.
d'explication. On ne les croit pas moins sa- savants de laboratoire n'ont pas.
vants parce qu'ils confessent, quand ils sont
intelligents, leur ignorance. Pourquoi lors- 1" COMMUNICATION
qu'on veut des éc1aircissemenls en matière de
n1Îracle ne pas s'adresser à des intermédiaires « Ce que vous appelez le miracle m'appa-
d'un autre plan ? Pas plus que les savants ces raît à moi comme la plus naturelle des choses.
intermédiaires ne sont omniscients mais dans Et ceci manifeste que la force invisible et la
le cas d'entités présumées désincarnées on force terrestre sont les deux faces d'une même
peul admettre que l'absence de corps rend force.
leur pensée plus active et que, le champ de « Pourquoi le miracle est-il si rare? C'e~t
leur vision étant infiniment plus vas le, elles que l'Homme a conquis des pouvolrs CO~~l:
peuvent avoir des lumières sur bien des cho- dérables sur la matière mais perdu la faclhte
ses dont l'exploration leur était interdite par de manifester dans la matière les forces du
les dimensions de notre cerveau. monde invisible.
J'ai donc, par l'entremise d'un médium, « Partout un équilibre règne et quand il est
dont je connais les réelles facultés en même rompu un terrain s'écroule où s'~nseve1issent
temps que la valeur morale, sollicité l'avis les données précédemment acqUIses. Le tra-
d'êtres qui ne sont plus sous la domination de vail qui consiste à s'élever au-dessus des for-
la matière et paraissent susceptibles d'éclairer ces matérielles pour les remplacer par la force
notre Lerrain. astrale est en voie de réalisation. Chaque hom-
Voici la première de ces communications me devrait posséder en lui-même la puissance
- 76- -77-
malérielle et la puissance astrale. Ainsi il n'y resle. Pour faire évoluer la matière l'Homme
aurail plus de miracle. Car ce qu'il est conve- s'esl amputé d'une part de ses prérogatives
nu d'appeler miracle esl la projection de l'as- (force matérielle et force aslrale), c'est-à-dire
tral dans le matériel. Je pense que ceci ne fait d e la possibilité d'agir à la fois dans son corps
pas de doule. Le miracle sur la Terre, tel que malériel et dans son corps astral. Celle fa-
l'apparilion des morts ou celle de la Vierge, cu llé ne lui a pas élé retirée pour toujours et
par exemple, n'est que le transfert de certaines jl arrive, de loin en loin, qu'un être, au cours
condilions d'existence qui sont apparemment de sa vie, reconquière ses sens astraux et la
conlraires aux lois physiques. C'est le cas des possibilité d'agir à travers eux. Telle est l'ex-
guérisons instantanées, de l'arrêt d'un méca- plication du miracle visuel ou physiologique.
nisme sans l'intervention d'un autre méca- Visuel: les apparitions, les visions matériali-
nisme matériel. Tout cela qui apparaît surna- sées des forces cosmiques. comme la Vierge,
lurel ne l'est pas. L'Homme va entrer en les Saints, etc. Physiologique: bouleverse-
possession de facultés qui lui permettront de ment d'un organisme détérioré qui retrouve
conquérir dans la matière l'usage de ces for- instantanément son organisation interne par
ces aslrales . Pourquoi éela n'existe-t-il pas l'intermédiaire du corps astral uni au corps
aujourd'hui alors que cela exisla jadis? Il Y physique. Matériellement le miracle se fait
eul un lemps où, par la force aSlrale, l'Homme par intervention de force humaine projetée
étail capable de capter l'électricilé atmosphé- sous une influence quelconque sur les objets
rique, de déplacer les objets les plus lourds et les bouleversant en en attaquant la struc-
(mégalithes) sans la force malérielle et de ture et en les modifiant assez pour qu'ils se
réaliser des actes incroyables. Pourquoi, je le dématérialisent et se rematéria1isenl en un
répèle, cela n'esl-il plus aujourd'hui et pour- instant. )
quoi puis-je dire que ce sera pour demain? Il sied de retenir de cet exposé deux don-
Il Y a là les manifestations d'une loi qui veut nées essentielles. La première est que nulle
que la force issue du Créa leur devienne de explication complètement satisfaisante ne
plus en plus unie à la matière, s'idenlifie de peut être donnée du miracle si l'on ne tient
plus en plus à elle pour obtenir le pouvoir. compte à la fois de la force apparente et de
Ainsi depuis des millénaires l'Homme s'en- la force cachée, celle-ci étant le complément de
fonce dans la seule matière. Il se limite à elle celle-là. Il ne nous appartient pas de démêler
dans son action. Et cependant l'Homm e peut si l'une des deux est plus nécessaire ou plus
aider la matière dans son évolution. Dans agissante que l'autre. Contentons-nous d'ad-
l'ordre du Cosmos lout esl solidaire car l'évo- mettre qu'elles sont toutes les deux indispen-
lulion de chacun dépend de l'évolulion du sables et que le miracle naîtrait de leur union.
-78 - -79 -

Qu'on appelle l'invisible «astral> n'y nètes inopportunément el. en tous cas, incon-
cbange pas grand-chose et les occultistes, en sidérément visitées ne soient projetées vers
utilisant le dernier terme, n'ont pas eu d'autre nous des formes de civilisations dangereuses
objet que de faciliter la compréhension par ce émanant d'êtres infiniment Inieux outillés ou
qu'ils ont cru être une suffisante dénomina- pl us avancés que nous.
tion. Il est plaisant de songer que l'Homme, four-
)1 est bien certain que les lois physiques mi ignorante de notre globe, va heurter de ses
sont soumises à d'autres lois inconnues, ce fusées dérisoires des mondes dont il ne sait à
qui explique la fragilité de leur certitude et la peu près rien. Il est non moins paradoxal de
précarité de leur significalion. Toule loi ter- penser que le même enfantin cerveau provo-
reslre actuelle, y compris celle de la gravita- que l'inconnu stellaire avant d'avoir fait trois
tion, est promise à une révision inéluctable au pas dans la propre connaissance de lui-même
cours des siècles qui viennent et peut-être qu'il ignore autant et peut-être plus qu'aux
Inême celui où nous sommes encore ne s'écou- temps de Cyrus ou de Rhamsès.
lera-t-il pas sans qu'on assiste à une héca- Le second enseignement à tirer de la leçon
lombe des plus évidentes lois. L'univers Eins- ad ministrée par une voix dite d'outre-tombe
leinien est déjà singulièrement bors de l'uni- est celle qui nous invite à aider la matière dans
vers Newtonien et nous ne sommes qu'au son évolution. Or on ne peut faire évoluer la
débul des découvertes de l'énergie qui, sous matière qu'en la spiritualisant et non en la
les formes les plus subtiles, el parfois sans la 'matérialisant davantage. Et nous ne smnmes
moindre forme, nous pénètre et nous investit en situation de spiritualiser la matière qu'en
de loutes parts. évoluant nous-mêmes, c'est-à-dire en nous
Les spiritualistes ont le triompbe modeste spiritualisant.
lorsqu'ils voient la Science actuelle aux prises La communication susvisée implique que
avec des modalités de la matière à ce point cette connaissance intérieure de l'Homme fut
immatérielles que ses tenants les plus retar- l'apanage de celui-ci mais qu'il l'aurait per-
dataires en restent confondus. Cette science due sans qu'on renonce à l'espoir de le voir la
de l'évidence peut étendre son terrain maté- récupérer un jour. Lorsque l'étude de son moi
riel à l'infini, c'est-à-dire tenter d'expliquer profond aura atteint le niveau des études de
les choses par le dehors au lieu d'essayer de son moi apparent l'Homme entrera dans une
les saisir par le dedans. Elle peut aller dans nouvelle ère où la Science, se solidarisant avec
la Lune, dans Mars et même dans le Soleil l'Esprit, recouvrera ses pouvoirs anciens. Ce
sans faire autre chose que de s'enfoncer dans sera probablement la conquête essentielle du
un peu plus de matière, à moins que des pla- Verseau, ce nouvel âge où nous allons entrer
- 80- -81-

sous peu, à moins que nous n'y soyons déjà « C' est pourquoi, dit M. Fesquet, l'Eglise s'est
parvenus sans nous en rendre compte. Tout placée volontairement sur le terrain rationa-
peut être changé dans les destins de l'Huma- liste >. Et il cite le mot de ce journaliste de
nité, comme tout peut être compromis par des 1858, selon qui le miracle était devenu l'épou-
équipes à courte vue. Toutefois des élites nais- vantail de toute conviction sérieuse, ce qui
sent dans la société humaine et des conduc- permet il l'auteur d'estimer qu' il est de plus
teurs authentiques se révéleront. C'est d'eux en plus fréquent d'entendre dire que c on
que dépend le grand miracle de demain, celui croi t à Lourdes malgré les miracles • . .Pensée
qu'attendent tous les hommes qui prient et q ui n'est pas sans profondeur.
qui pensent et qui marquera l'aube lumineuse J e ferai seulement remarquer qu'en ce qui
des temps futurs. nous concerne personnellement, comme en ce

..• qui louche au sujet même de ce livre, nous


n'avons pas à nous préoccuper d'un problème
de foi catholique mais bien de la possibilité
Avant de poursuivre l'examen d'une com- d'a juster le miracle il nos préoccupations de
munication ultérieure il est prudent de cher- tous les jours. Autrement dit, nous voudrions
cher à s'entendre sur la signification exacte savoir comment obtenir les choses qui nous
du miracle tel qu' il est conçu par les plus sont nécessaires ou indispensables sans nous
intelligents. réfé rer à la théologie qui est bien incapable
Un très curieux article a été publié par M. de nous assurer le pain quotidien. Or l'on
Henri Fesquet dans le Monde des 21-22 sep- avouera que pour beaucoup d'humains le pro-
tembre )958 au sujet des difficultés que po- bl ème vital immédiat passe avant toute sco-
sent les guérisons miraculeuses devant les las tique et que ce n'est pas avec la casuistique
théologiens et les médecins. qu'un père de famille assure ses échéances ou
L'auteur souligne ce fa it au premier abord l'alimentation de ses petits.
anormal, mais qui se jus tifie amplement par
la suite, d'une Eglise qui, bien loin de se prê-
..•
ter complaisamment il l'acceptation des pro- Il n'est pas sans intérêt de reproduire des
diges apparaît comme une c machine à refou- passages du discours prononcé par le Profes-
ler le merveilleux •. Il est patent que le plus seur Pierre :Mauriac, de Bordeaux, dans un
scabreux pour l'orthodoxie est de discriminer congrè~ mariologique en présence de plusieurs
les visionnaires et de choisir entre les demi- centaines de théologiens. L'éminent praticien
fous ou les fous complets qui pullulent et les s'y est, en effet, livré il ce que j'appellerai
Bernadettes ou Thérèses de l'Enfant Jésus. volontiers la dissection du miracle.

-82- - 83-

• Inexplicable dans l'état actuel de la scien- compte de certaines données du problème .


ce me parait le qualificatif convenable et le Ils sont purement négatifs et n'avancent pas
seul que puisse raisonnablement porter un d'une ligne la solution. C'est d'ailleurs ce qui
expert médical. Je sais bien que le tbéologien amène M. Pierre Mauriac à faire tet aveu
n'aime guère le second membre de cette. pr,?- d'impuissance:
position. Il y sent comme un relent sClenh- • Médecin, le problème de Lourdes ébranle
lique barrant la route au surnatureL. Je ferai ma foi plus qu'il ne la fortifie. >
simplement remarquer que l'inexplicable en Et pour dissiper toute confusion quant il son
soi ne comporte pas le miraculeux. Du point altit ude il émet celle constatation désabusée:
de vue scientifique l'inexplicable d'aujour- « Le nüracle rebuLe Lous les servants de la
d'hui sera explicable demain. Ce n'est pas science. »
l'inexplicable qui fait le surnaturel car s'il en Le bénéfice de ce congrès serait assez illu-
était ainsi les médecins seraient des thauma- soi re si le même orateur n'avait abouti à une
turges et les bôpitaux des cours de miracles .• conclusion dont on respectera l'bu milité.
Il continuait ainsi: 4
<L La vraie sagesse, a-t-il affirmé, nous ren-
« 1tlalgré toutes ces difficultés, ces carences, voie à l'enfance . .Pour ceux parmi les savants
on ne se décourage pas de scruter le problème qui rougiraient de devenir semblables à ces
des miracles, procès qui sera toujours inscrit petits que le Christ aime, le miracle reste la
au rôle de l'inquiétude humaine. C'est que, pierre d'achoppement. Puisque nous sommes
comme disait M. Blondel, l'épine de l'irration- de ceux auxquels le Ciel fit la faveur de n'être
nel n'a pas fini de nous écorcber . .Elle nous pas sourds à cet appel, généreusement répon-
écorche plus que jamais et spécialement les dons-y, perdons-nous avec les enfants dans la
médecins. foule des pèleri ns. Mais ayons une pensée fra-
« Claude Bernard n'a-t-i1 pas répété que ce ternelle pour ceux qui ne nous suivent pas,
que l'on appelle exception est simplement un nous répétant bumblement avec Pascal: C'est
phénomène naturel dont une ou plusi~urs la grâce et non la raison qu'il faut suivre. »
conditions sont inconnues. Et Paul Valery:
Le mépris de Dieu pour les esprits. hu~ains
se marque par les miracles. Il les Juge llldl-
..•
gnes d'être "m us vers lui par d'autres VOICS
que celles de la stupeur et les modes les plus Nous ne quitterons cependant pas le congrès
grossiers de la sensibilité. > marial sans mettre à part quelques-unes des
Ces propos rejoignent ceux que j'ai tenus phrases prononcées et que rapporte aussi M.
moi-même plus baut mais ne tiennent pas Fesquel.
- 84- -85-

c Le mécanisme des guérisons de Lourdes, autres spiritualistes savons de plus que nous
y est-il dit, ne parait pas différent de. celui des y sommes immergés par tous les plans de
guérisons ordinaires. Slmplemenl II semble notre âme. Tout dépend donc de l'énergie 'vi-
qu'un pied puissanl pèse sur l'accéléra leur el tale dont nous disposons. Car la Vie se mani-
que lous les records de lemps soienl ballus. feste soit d'une façon statique, soit d'une
Dieu manifeste qu'il peut obtenir de la ma- faço n dynamique. Tous les hommes trempent
chine qu'il a créée un rendement qu'aucune dans la Vie statique alors que pour tremper
force naturelle ou médicale n'a pu encore réa- dans la Vie dynamique il faut remplir cer-
liser. Pourquoi Dieu ? Vous savez bien que la taines condi tions. Tels sont gorgés de vie agis-
pbysiologie recèle tant de forces encore incon- sante alors que tels semblent privés de vie.
nues que les difficultés qui nous arrêtent au- Cependant les uns et les autres sont en situa-
jourd'hui seront un je u pour nos enfants. tion de puiser dans le m ême réservoir. Seule-
Sans compler le polenliel parapsychique à ment certains sont capables d'en extraire le
peine prospecté. Sans compter l'âme qui, peul- maximum alors que d'autres n~en ont même
ê tre, Ile res te pas passive. :t pas conscience. Le :m ême outil entre les mains
Retenons avec soin la dernière ligne, la seule du lahorieux et du paresseux obtient des ré-
constructive dans un exposé fait de doutes et su lta ts différents. Le pinceau ou le violon ne
de points d'interrogation, au point qu'on sera sont rien en eux-mêmes mais seulement des
tenté d'accuser le professeur de s'être conten- moyens d'expression d'un dynamisme indivi-
té, pa r déformation professionnelle, d 'avoir duel.
réa li sé l'autopsie du miracle. Qu'est donc cette accélération des possibi-
lités miraculeuses de guérison sinon le déclen-
Bien sùr, loin de rester passive, l'âme ou, chement d'un soudain et puissant flot de vie?
du m oins, la partie surnaturelle de notre na- li existe hien, par conséquent, un mécanisme
ture joue dans le miracle un rôle actif de permettant la domestication du fleuve vital et
premier plan et je me propose de le montr~r il n'est pas impensable que, da ns le futur, on
dans la dernière partie de mon ouvrage. MaIS arrive à en capter le courant comme celui d'un
revenons sans tarder à l'image, ci tée plus haut, torrent de montagne pour l'encager dans une
du pied sur l'accélérateur. A elle seule elle retenue, le discipliner d ans les turhines et le
illumine une série de réflexions qui, sans elle, transformer en serviteur obéissant.
seraient banales.
Personne ne contestera que nous baignons
da ns la Vie et que la Vie nous imprègne jus-
qu'à la dernière cellule de notre corps. Nous
- 86- - 87-

pensé que cela, dù au hasard, n'était pas inté-


2 W ' COMMUNICATION ressant.
«Voici comment il se fait que le miracle
Mais reprenons l'audience des révélations n'est pas journalier. La manifestation astrale
supra-normales. Voici le texte de la deuxième dans le physique ne dépend pas uniquement
communication reçue des territoires invisibles de votre volonté. Il vous faut tenir compte de
le 8 février 1959. l'état magnétique ambiant qui permet aux
« Le miracle ne pourrait exister sur terre vibrations de s'équilibrer. Votre pensée n'est
s'il n'était dejà dans l'invisible. Ce que vous qu'une part, indispensable mais non suffi-
appelez miracle est la manifestation maté- sante à la réalisation du miracle. Pour cette
rielle de l'interpénétration des plans astral et réalisation l'enveloppe magnétique de la terre
physique. ne permet pas toujours le mélange de l'astral
c: Pour nous, le mil'acle, leI que vous l'en- et du physique.
tendez, es t la chose la plus naturelle. Vous « Si vous vous reportez au problème de la
vous étonnez de voir se reconstituer en quel- guérison instantanée vous verrez de même que
ques instants des tissus profondément lésés la force fluidique émise par une foule de pè-
par la maladie. Or il nous est facile de recons- lerins, encadrés d'adjurations et de chants,
tituer intégralement notre corps astral quand demeure intermitte nte. Là aussi c'est l'état
il est lésé. Ceci représente pour nous une opé- magnétique qui ne peut toujours favoriser
ration aussi facile que, pour vous, celle de l'action de la m atiè re astrale. Or c'est la ma-
réparer un tissu déchiré ou troué. }lour nous tière astrale qui agit dans la guérison puisque
il nous semble naturel de reconstituer le corps c'est elle qui est chargée de contrôler la vie
astral lorsqu'il y a altération du plan phy- dans la matière. On voit par là que la répara-
sique. tion des cellules physiques ne peut être elTec-
« Il vous pa rait de même impossible d'ar- tuée que dans le corps astral.
rêter par la pensée un moteur sous .votre « Le miracle est donc un elTet matériel pro-
fenêtre. Il nous paraît à nous normal de stop- duit par une cause purement astrale. C'est en
per une entité qui s'approche de nous avec de accordant votre volonté avec ce dernier plan
mauvaises intentions. que vous pouvez paraître violer les lois natu-
« Il en es t ainsi de tous les nliracles 'e t VOllS relles mais il n'y a pas violation en l'espèce
allez comprendre la nature de ceux-ci. Le puisque vous ne faites qu'appliquer les lois
miracle est susceptible d'être obtenu à cer- des deux plans.
Lai ns nloments el pas à d'autres. Vous avez « Mais les miracles ne peuvent être réalisés
fail deux expériences dans ce domaine el avez à volo nté parce qu'ils dépendent de conditions
-88- -89 -

particulières pas toujours faciles à réaliser. visibles, en vertu de lois auxquelles nous ne
. c S.i vous assistiez par la clairvoyance aux comprenons rien. Tel arbre ou tel être est
pelermages de Lourdes vous verriez flott er, fra ppé parce qu'il est au point précis de jonc-
au-dessus de la foule immense, une lumière tion des magnétismes céleste et terrestre (1).
assez terne émanant des êtres humains. Mais Ai nsi les phénomènes naturels nous rappel-
pa rfois, sur celte nappe lumineuse, descend lent-ils l'action des phénomènes dits surna-
un éclair magnétique qui va tomher non pas turels, le bas étant comme le haut.
sur celu i qui a le plus de foi, ni sur celui qui
d~Slre le jllus sa guérison, ni sur celui qui
vIent depms plus longtemps à Lourdes, mais
su r ~'i.mporte lequel des malades pourvu que
celm-cl se trouve sur le chemin de l'éclair
c'est-à-dire exactement entre le douhle courant
des vihrations terrestre et astrale.
«Le miracle peut donc difficilement être
pratiq ué comme un art ou comme une science
puisque la réunion de certaines conditions de
vibration magnétique sont indispensables.
« Vous pouvez exercer vos pensées à VOUs
acco rder avec l'astra l mais si cela n'a pas lieu
au moment magnétique précis il n'y aura pas
de miracle. Par suite d'un respect insolite le
miracle n'a pas été jusqu'ici envisagé sous cet
angle et cependant le miracle est absolument
~ndé'pendant ~es forces divines qui n'ont rien (1) A rapprocher, plus expressément encore,
a fUlre dans ceci. de la piscine de Belhesda aux cinq portiques dont
parle saint Jean (V, 1 à 9).
« Le miracle parfai t, qu'il est rare! On peut Les malades y attendaient le c mouvement:t de
l'obtenir par la rencontre d e la volonté hu- l'eau c car, dit l'Evangéliste, un ange descendait
maine concentrée avec la vihration astrale. de temps en temps dans la piscine et agitait l'eau,
Tel est le mécanisme et la loi .• el ce lui qui y descendait le premier après que
l'eau avait été agitée était guéri quelle que fut
Le procédé indiqu é ci-dessus me semble sa maladie. >
rappeler les manifestations sporadiques de la Ce frisson liquide et intermittent n'est-il pas
foudre où le fluide s'ahat sur des points ilnpré- semblable à l'éclair ma~nétique auquel il a été
falt précédemment allusiOn?
LE PROCÉDÉ AFFIRMATOIRE
J'ai naguère consacré tout un livre à dé-
montrer le 'mécanisme de l'affirmation: AF-
FIRMEz ET VOUS OBTiENDREZ (1 ) . Je ne
saurais ici le passer sous silence car le pro-
cédé affirmatoire constitue une des tentatives
de l'Homme pour mettre en branle les rouages
de la réalisation.
L'affirnlation est entièrement basée sur le
Verbe, considéré comme l'élément créateur par
la Genèse. Au dire des Ecritures le Démiurge
ne se contenta pas de penser l'univers visible.
Il le décréta par la parole. « Que la Lumière
soit! » Et la Lumière fut.
La parole est la preuve essentielle de la dif-
férence existant entre l'Homme et la Bête.
Celle-ci n'est pas dépourvue de la faculté de
reproduire des sons ni même de les moduler
mais il lui manque la. possibilité d'articuler
et surtout le don d'y adapter la pensée, la pa-
role étant une délégation de l'Idée et l'inter-

(1) Nielaus, éditeur.


- 94- - 95-

médiaire obligé entre l'esprit et le monde ma- de quoi tout le monde est plié au langage des
tériel. sens. Cependant l'Jdée n'a rien de matériel et
Malbeureusement l'immense majorité des ses émanations ne peuvent être captées physi-
huinains ne se servent de la parole que pour quement ni analysées par le microscope. Néan-
des fins ridicules. Il est absolument dérisoire moins eUe mène le monde et tout ce dont il
d'appliquer le verbe aux bavardages par quoi est composé.
s'extériorisent la plupart des gens. Seuls, des C'est pour retrouver ceUe faculté perdue ou
hommes conscients de leurs pouvoirs. ont du moins pour en recueillir quelques vestiges
cbercbé à tirer de la profération verbale une que je souhaite aujourd'hui persuader les
part de ce qu'elle est capable de faire car il cerveaux les moins frustes de m'accompagner
n'est aucune magie au monde qui ait trouvé dans ma tentative pour ouvrir des couloirs
le 'moyen d'extraire du Verbe la totalité de sa nouveaux. Je ne serai certes pas suivi par
vertu. ceux qui ont mis leur foi dans l'instrumenta-
Les prêtres chaldéens et égyptiens, qui s'y tion et pour qui la civilisation industrielle est
entendaient, ont possédé jadis certains des un dogme. Un très petit nombre d'hoinmes
secrets de la parole, appliquée à la manifes- sont en mesure de parler pour dire quelque
tation de l'idée dans le monde formel. Ces chose. Ils sont encore moins nombreux à mou-
secrets sont aujourd'hui perdus, non point voir les leviers profonds de l'univers. Si la
tant à cause de leur hermétisme qu'en rai- multitude des êtres agglomérés en société
son du fait qu'est nécessaire une certaine soupçonn,,"L la valeur de l'instrument prodi-
discipline mentale dont sont incapables les gieux qt:: lui a été confié la face de la Terre
soi-disant initiés d'aujourd'hui. serait changée. Mais peuL-être est-il préférable
On a tellement vulgarisé l'usage de la pa- que la faculté créatrice soit réservée aux seu-
role dans les cercles politiques, économiques, les individualités assez sages pour ne pas en
industriels, littéraires, etc. qu'elle sert habi- faire un usage mauvais ou nocif.
tuellement à exprimer les choses les plus ba- J e pense que ines lecteurs sont de ceux qui
nales et à recouvrir les intérêts les plus baS. considèrent la question sous son aspect reli-
Nul ou presque ne soupçonne le don diVin qui gieux, lequel comporte le respect de l'Esprit
lui a été conféré par un privilège spécial entre qui les a dotés de ses pouvoirs et investis d'un
touLes les créatures et bien des hommes eL des f ragment de · ses possibilités éternelles. C'est
femmes seraient stupéfaits d'apprendre qu'ils pour ceux-là que j'écris afin de les mettre à
disposent sans le savoir du pouvoir créateur. même de poursuivre leurs recherches dans un
Ceci est la conséquence d'une éducaLion et 'monde inconnu et enchanté.
d'une instruction purement formelles en vertu
- 96- - 97-

..• Mais l'affirmation est bien autre chose que


de l'autosuggestion pure et simple. Celle-ci,
Le Verbe est une forme de l'énergie univer- en effel, ne mobilise que le mental alors que
selle mais qui dépasse en puissance toutes les l'affirmation met en branle le spirituel. L'auto-
autres formes d'énergie car la Parole était suggestion est un procédé humain; l'affirma-
avant que le reste fût. Tout ce qui frappe tion, conçue et réalisée d'une certaine sorle,
l'âme et les sens était en puissance dans le est un procédé divin. C'est ce dernier, et ce
Verbe et celui-ci ne se traduisit dans la Parole dernier seulement, qui agit directement sur
que pour se m anifes ter. la Cause au lieu de se borner à peser indirec-
Comme toutes les formes d'énergie le Verbe tement sur l'effet. C'est pourquoi l'affirmation,
a besoin d'être canalisé, dirigé, concentré et si elle est le fruit d ' une délibération concen-
c'est seulemenl quand il est parvenu à un trée de la pensée, crée une matrice invisible
certain degré de condensation qu'il révèle où le visible viendra se mouler.
tout son dynmnisme. Celui qui manie sciem- Pour acquérir toute sa valeur la profération
ment le Verbe crée une ouverture dans le verbale ne devra pas être en contradiction
Divin. avec les lois générales du monde ni en oppo-
Les grands êtres ont tous été des proféreurs sition avec l'Esprit. C'est une arme à deux
et se sont retirés pour lancer leur adjuration tranchants qui ne devrait êlre maniée qu'avec
dans le silence de leur cœur et le désert de prudence sous peine de la voir se retourner
leur pensée, là où les hommes ordinaires ou contre son mauvais utilisateur. Elle exige
vulgaires n'ont point accès. donc une pureté intime d'intention, une hon-

..• nêteté morale qui servent de rempart et de


bouclier .
..•
On serait tenté de croire que l'affirmation
n'est que de l'autosuggestion. Quand bien Le Verbe suppose une émission distincte
'même eHe ne serait pas autre chose on aurait de la parole, soit à voix basse, soit à voix
ainsi obtenu celle révolution intérieure sans haule, soit à demi-voix. D'où la nécessité d'une
laquelle est viciée toute notre participation à excellenle articulation qui mette la pensée en
l'univers. Car l'univers, comme je ne cesse de évidence, cette dernière étant I"animalrice qui
le répéter, n'est pour nous rien sans nous, conditionne la valeur de l'affirmation. Les
vérité élémenlaire mais dont si peu s'avisent initiés de l'ancienne Egypte y joignaient l'in-
et qui permet à chacun de créer son univers tonation qu'ils appelaient « la voix juste. ou
personnel. c la j uslesse indicible du timbre > , par quoi
1.
-98- -99 -
ils mellaient en valeur le mysticisme de la vous élreint n'est à la portée que d'esprits
voix humaine basée sur la rectitude du ton. virils. Ceux-là sont délerminés à ne pas s'en
On a parlé, à ce propos, de la force exigée laisser imposer par la surface des événelnenls
par l'initiation égyptienne en qualifiant le et des choses.
verbe occulle d'objurgalion jaculaloire, de
psalmodie dominatrice, de rythme souverain, ..

de formule incantatoire, de véhémence con-
centrée et ceci nOLIS ramène infailliblement à Elevons maintenant le débat et ouvrons une
notre lbèse essentielle selon laqu ell e, pour voie qui, pour n'êlre pas nouvelle, n'est cepen-
oblenir, la violence est indispensable dans le dant connue qu'imparfaitemenl par les bom-
commandement comme dans la supplication. mes bien qu 'elle recèle d'immenses possibi-
lités.
..• De quoi s'agit-il au premier chef? De mo-
difier les circonstances el les événements?
Sans doule le point d'appui principal, celui Non, mais bien de changer de conscience.
s ur lequel viendra s'arc-bouler le levier de la Quand nous avons délibéré consciemment que
pensée, est la Foi qui, si elle ne soulève pas ~ou s sommes dans la quatrième, déjà nous
toujours les montagnes, aide du moins à en echappons à la troisième dimension. Et il en
faire l'ascension. est ainsi, de dimension en dimension, à me-
Et c'est le moment de rappeler l'ulilité de sure que nous gravissons les étages successifs
la Foi dans la manifestalion car la réalisation des plus. élevées jusqu'à ce que nous soyons
n'est aulre que la Foi manifestée. On verra affra nchIs de plus en plus des limilations.
bientôt qu'il exisle une manière de toucher le Nous vivons enfernlés dans ce Inonde des
grand mécanisme qui repose en même temps limitalions par éducation et par grégarisme.
sur la Foi et sur l'Amour. CeluI qlll, dès le berceau, serait élevé dans
C'esl la confiance en Dieu qui permet de l'art de s'abslraire des apparences n'éprouve-
marcher sur la mer et d'aller au Christ mal- raIl auc une difficulté à s'affranchir de leurs
gré le vent el la tempête. Cela nécessite la InconV,~nienls. Il, n'est. pas nécessaire pour
ferme volonté de négliger les apparences et de cela d etre un heros Dl un saint mais seule-
mesurer la Vie en profondeur. 'ment Un homme de bonne volonté aux prises
Il n'est pas donné à lous les bommes d'affir- avec sa conscience et qui tire les enseigne-
mer contre l'apparence. Nier un mal de tête au menls d'une confrontation intelligente de celle-
Cl avec l'univers.
moment où il vous opprime. une fièvre quand
elle vous terrasse, une angoisse quand elle
LES INTERMÉDIAIRES
Par un sentiment bien humain, dû à l'im·
pression de leur fragilité dans le monde des
choses apparentes, beaucoup sont enclins à
penser que l'accès de Dieu est difficile, même
par la Foi et l'Amour.
La notion du Parfait leur semble inacessi-
ble. Aussi cherchent-ils des étages intermé-
dia ires entre l'Absolu et eux. C'est ainsi que,
pour nous borner au monde chrétien, la plu-
pa rt des fidèles ont recours à l'entremise des
saints qui, ayant été des hommes comme eux,
leur paraissent plus indiqués pour entendre
et sa tisfaire leurs requêtes qu'une autorité
divine abstraile et sans commune mesure avec
eux.
Cha que sorte de saint a, de la sorte, sa vertu
et ses a dulateurs. Certains sont connus depuis
longtemps, tel saint Antoine de Padoue, spé-
cia lisé par la dévotion unanime dans la quête
d es obj ets perdus. D'aulres, plus accessibles à
la mode, vouent un culle spécial à la petite
sainle Thérèse de Lisieux, car il y a un temps
et une saison, même pour les efficiences cé·
- 104- - 105-

lestes. T el saint d'autrefois a perdu peu à peu telle puissance au lieu de telle aulre. Le geste
(ou d'un seul coup comme saint Georges) son n'a d'autre effet que d'établir la communica-
audience alors qu e tel élu de fraîche date dis- tion pour chacun. On pourrait comparer le
pose d'un c rédit tout neuf. Il est des vénérables processus employé à celui d es correspondants
et d es bi enheureux qui n'ont de notoriété et, de l'horloge parlante. Tout abonné dispose
par suite, d'efficacité que dans des régions d'un ap pareil dont le numéro est différent.
déterminées. en raison de contingences locales Certains appellent sur CARnot 8064, d'autres
inapplica bles à d'autres r égions. C'est le cas, sur DANton 40 95 mais c'est toujours le même
par exenlple, de sainle Rita, inconnue d'une centre que l'on touche et la même voix qui
grande partie du monde religieux mais qui répond.
jouit d ' une grande faveur dans les Alpes-Ma- Pour m'exprimer plus ouvertement l'appel
ritimes où son église, située dans le Vieux fait par le truchement de n'importe quel saint
Nice, est illuminée par les milliers de cierges abou tit à mouvoir les leviers du même méca-
de la Foi. Ce qui se produit autour de l'autel nisme invisible et la valeur du résultat est en
de cette patronne des causes désespérées se proportion non de la grandeur ou de la renom-
répèle dans maint autre lieu à l'endroit de mée de l'élu mais en fonction de la foi du
saints peu ou mal connus. Tels dévots, au suppli ant.
contraire, n'ont foi que dans les noms les plus Au risque de choquer ou d e décevoir j'ajoute
illustres de l'hagiographie et ne s'en remettent qu'il en est de 'm ême de toute adjuration adres-
qu'à des sommilés reconnues, comme saint sée a u Christ, à la Vierge Marie, à l'Ami Cé-
Michel Archange ou saint Joseph. leste, à la Providence, au P ère. au Ciel, toutes
Est-ce à dire que le Divin est compartimenté dénominations purement humaines et qui ten-
à la façon d'une officine de pharmacien ou dent à dissocier l'indissociable, lequel est un
d 'herboriste où cbaque spécialité et chaque Tout.
planle Qnt le ur rayon e t leur vertu? Y a-t-il Quel que soit le vocable sous lequel est solli-
des terrains d e la Foi réservés à telle ou telle citée l'aide divine, cette aide est uniformément
e ntité à l'exclusion de toutes les autres ? A-t-on la mê m e dans son principe et dans ses effets.
davantage à gagner par l'intervention de ce- Mais, ceci dit, je suis le premier à reconnaître
lui-ci o u de celui-là? l'utilité pratique de ces discriminations qui
Un esprit sage ne saurait se satisfaire de permettent à chaque croyant d'invoquer l'ima-
vues aussi puéril es . Les spécialisations envi- ge de ses préférences. Et pour montrer le
sagées d-desslis ne sont e t ne peuvent être crédit que j'attache à lelles form es de la solli-
que des supports de la Foi. Chacun suscite et citation je me perm ettrai de citer mon cas
exalte la sienne comme il peut en invoquant personnel en ce qui concerne mes rapporls
- 106- - 107-

avec Marie, considérée par moi comme un test P ar la vertu de ce halo je créais un hymne
de l'efficacité de la prière orientée dans sa intérieur, cent fois plus enivrant que celui des
spéciale direction. chœurs et des grands orgues. Et mon émotIon
. Cela est dû vraisemblablement au fait que, montait à son comble lorsque, dans les hta-
SI nous cherchons le Divin, le Divin lui-même nies alternées. s'égrenaient les vocables carus-
nous cberche et que tous moyens, comme tou- ca nts: « Porte d'ivoire ... Etoile du Matin ... •
tes représentations, sont hons pour nous enga- Puis la vie adulte m'enveloppa de son man-
ger dans la voie de la réalisation. teau quotidien où disparurent les lumières
Le dernier chapitre fera cependant la preu- enfantines. Je fus un homme parmi les autres
ve que tout peut être obtenu sans intermé- et la Vierge s'estompa dans mes souvenirs.
diaire par connexion directe avec le Parfait. J 'oubliai, peu à peu, le sens des cérémonies
Il n'en reste pas moins que tous les individus pour n'en retenir que la contrainte abusive de
ne sont pas prêts en même temps ni parvenus mes jeunes ans.
au même étage, ce qui explique la nécessité L'étude fréquente du Nouveau Testament
d'échelles différentes selon le lieu, le temps à laquelle je me livrai par la suite ne me pa-
et l'opportunité. ra issait pas d'ailleurs conférer à la mère de
..• J és us une importance considérable, hors le
fait de la mise au monde de celui qui devait
être le Christ. Son rôle est constamment relé-
Durant mon enfance, qui s'écoula dans une gué dans l'ombre évangélique et même, lors-
école congréganiste, consacrée à Nolre-Dame q u'on annonce à Jésus la présence de sa mère
du Sacré-Cœur, la plus grande partie du culte et de ses frères, il semble les écarter, dIsant
s'effectuait dans une hasilique adjacente où en montrant ses disciples: c Voici ma mère et
la Vierge Marie s'offrait à notre contempla- mes frères . (Matthieu XII 46-50) . La pré-
tion comme la Mère ineffahle de l'ineffable sence de Marie au Golgotha n'est même pas
Enfant. Le mois de mai entourait l'effigie ma- mentionnée par les trols premiers évangé-
riale d'une adora lion parfumée et j'avoue listes mais seulement celle des autres Maries:
avoir été infiniment sensible au cbarme de Mari e de Magdala, Marie, mère de Jacques et
cette divine maternité. de J oseph. Seul, l'évangile de ,Jean fait men-
J'étais myope prématurément et je voyais tion d'elle: « Près de la croix de Jésus se te-
très mal la statue érigée sur le maître-autel, naient sa mère et la sœur de sa mère (XIX
mais le flou des lignes ne faisait qu'accroître 25) . >
la sensation de mystère et mes prunelles fa- Ainsi s'affaiblit en moi l'un des symboles
tiguées l'entouraient d'un nimbe lumineux. les plus émouvants du christianisme et cet
- 108- - 109-

affaiblissement se trouva renforcé par l'exem- propres à recréer en moi l'enthousiasme ado-
ple de la désaffectation de l'Eglise Réformée lescen!.
pour la Vierge Mère, en Allemagne et dans les Une Vénitienne m'a raconté comment, en
pays anglo-saxons. pleine incuriosité spirituelle, par la vertu
J'étais. par c?nséquent, étranger à toule d'un j eune scout et l'introduction d'une mé-
~ropagande manale et même saturé jusqu'à daille dans la poche de son manteau, elle
1 écœurement des exagérations de celle-ci. ,Je ava it été littéralement jetée aux pieds de la
n'apercevais plus, de ce fait, Marie qu'à tra- Vierge et y trouvait, de temps à autre, une
vers ses représentations sulpiciennes . .Je me réponse à ses adjurations passionnées et à ses
trouvais dans les meilleures conditions ou si plus intimes sentiments. Je l'accompagnai un
l'on préfère, dans les pires avant de me c~n­ jour dans la plus vieille église de Monaco, sur
fronler à nouveau avec un culte oublié. le Rocber, et elle s'immobilisa à genoux en
C'est alors que la présence de la Vierge face de la statue virginale. De ses yeux cou-
s'affirma à nouveau dans mon existence sans lai ent des larmes abondantes et elle me disait
que j'eusse fait consciemment le moindre pas tout bas: « .J e vois ses yeux qui bougent et
dans sa direction. Et ceci confirme l'opinion qui me regardent avec tendresse. Son teint se
précédemment émise qu'il y a un temps pour colore par instants et offre tous les signes de
tout, que tel terrain ne peut être ensemencé la vie. • Son émotion était à son comble et je
qu'à son heure, que les voies d'en-baut sont la connaissais assez pour savoir que tout cela
multiples et secretes, qu'il sied de nous y en- était vrai. Il est des extases qu'on ne saurait
gager avec uoe ardeur non exempte de cir- feindre. Pour moi, en dépit de mon désir inté-
conspection. rieur et d'une allente manifeste, je n'aperce-
vais ri en qu'une statue immobile et un regard
••• pétrifié. Sans doute n'est-il donné à chacun
de percevoir ce que sa nature sentimentale
En ce qui me. concerne il est donc signifi- lui permet de prendre. En l'occurrence j'étais
callf que, depUIs plusieurs années, J'indivi- certainement le plus pauvre des deux. Toute-
dualité protectrice de la Vierge resserre son fois si je n'y participais pas directement je
élreinte autour de moi. Des ouvrages ou des n'étais pas exclu du mystère. Une part du
publications d'ordre marial me sont envoyés trouble d'autrui s'infiltrait en moi. JI en sera
sans que je le demande et sans que j'en con- touj ours ainsi des révélations surnaturelles;
naisse toujours les expéditeurs ou les auteurs. les uns y seront admis et d'autres en seront
Où que j'aille je mé trouve confronté avec les absents. Je ne me reconnais ni assez simple
sanctuaires ou les représentations les plus ni assez pur pour ces noces spirituelles.
- 110- - 111-

Plus tard, llne autre chrétienne m'entraîna tôt pour reprendre la route de bonne heure.
à Notre-Dame de Laghet. Sa dévotion était On nous servit dans l'hôtel un diner solitaire
primaire mais n'en avait pas pour cela moins dans une vaste salle à manger. Menu copieux
de force et je fis avec elle la rencontre d'en- et sans prétention. Service silencieux et défé-
droits bénis. Cela se produisit avec nne telle ren t. Le garçon marchait à pas feutrés dans
constance dans la répétition que j'eus le sen- la salle et sa voix confidente, comme ses ges-
timent d'être cerné par les puissances invi- tes, était réduite au minimum. Tout respirait
sibles sous la forme la plus poétique et la plus l'onction et la respectabilité. L'atmosphère
propre à tou~her un cœur aitnant. Vierges était proprement ecclésiastique. La maison-à-
blanches et VIerges noires se succédèrent au ma nger semblai t être le prolongement de la
hasard de mes déplacements comme si cette maison-à-prier.
confrontation statuaire répondait à une se- Quand nous eûmes gagné notre chambre
crète intention. nous trouvâmes à celle-ci l'aspect d'une gran-
de cellule aux murs virginaux. Sur les parois

•• blanchies à la chaux pullulaient des gravures
édifiantes et cela nous confirma dans l'idée
C'est en 1953 que j'eus l'impression d'être que nous étions dans un établissement pieux.
directement visé par l'initiative mariale. Cela jusqu'au moment où, près de mon che-
Avec ma femlne, morte depuis, je remonlais vet, j'aperçus une image de la Vierge, aVec
un soir la Côte Adriatique. li pouvait être dix- au-dessus ce simple mot: LORETO.
neuf ou vingt heures. Le soir approchait et Nous étions arrivés sans le savoir près du
j'estimais qu'il était temps de s'arrêter pour sanctuaire de Notre-Dame de Lorette.
diner et dormir. Nous arrivions de Pescara et On connaît la légende: les anges de l'.Eter-
roulions en direction d'Ancône. Une agglomé- nel, choqués par l'abandon où la cabane de
ration sans importance et qui nous parut être Bethléem était laissée depuis l'Assomption de
un gros village se dessina sur notre gauche à Marie. soulevèrent la petite maison et l'em-
deux cents mètres de la mer. portèrent d'un vol rapide dans les environs de
J'obliquai dans cette direction et rangeai F iume. Sans doute n'y trouvèrent-ils pas la
la voiture le long d'une grande basilique, à ferveur qu'ils attendaient puisque les divins
proximité d'un hôtel. Ce dernier me sembla déménageurs entreprirent de reconstituer leur
spacieux et l'église encore plus immense, les tapis volant et transportèrent de nouveau
deux hors de proportion avec l'importance du l'habitation galiléenne oû avait vécu la Sainte-
hourg. Famille de l'autre côté du Golfe Adriatique,
Nous avions faim et désirions nous coucher da ns un pelit bois de lauriers (lauretum).
- 112- - 113-

C'est là que la foi italienne, informée par Elle est la continuation directe d'Eve ou la
on ne sait quel céleste message, édifia une Vie, non plus charnelle comme au sortir de
cathédrale destinée à mettre sous globe l'hum- l'Eden mais spirituelle au sens vital le plus
ble demeure de .J ésus, Marie et Joseph, le tout élevé.
à la façon dont les zélateurs espagnols de Je ne disconviens pas qu'elle équivaut, sous
Saint-Ignace recouvrirent d'une haute église cette forme, à une puissance d'intercession
la casa solar où vécut le fondateur de la Com- d'autant plus étendue qu'elle fédère toutes les
pagnie de Jésus. fois accumulées en elle. Elans, prières. adora-
Apres une nuit peuplée de songes immacu- tions s'unissent pour constituer un courant
lés et de salutations angéliques nous pénétrâ- fluidique intense sur lequel les âmes trop dé-
mes dans le sanctuaire le lendemain matin. nuées pour s'orienter elles-mêmes n'ont qu'à
A la hauteur du chœur nous vîmes une humble se brancher.
maisonnette dans laquelle, sur un petit autel, Pour ma part, la surrection de la Vierge
un prêtre célébrait une messe basse devant dans ma vie se propose un autre but, celui de
quelques fidèles agenouillés. m'aider spécialement dans l'œuvre que j'ai
entreprise à la gloire de la Femme mais je
II ne m'appartient pas de me prononcer sur
reconnais l'assistance pratique que l'Auxi-
l'authenticité des faits servant de base à la liatrice apporte à beaucoup.
légende. Tout au plus m'est-il permis de dire Sous cette réserve je me propose de mettre
que les assistants priaient dans le recueille- en évidence, dans le dernier et aussi le plus
ment absolu. La Foi ne s'analyse, ne se pèse important chapitre, l'intérêt majeur qu'il y a
ni ne se discute. En dépit des ratiocinations
pour les âmes fortes à s'adresser directement
positivistes la conjoncture m'apparut être la à la Source, seule capable de tout admettre,
conséquence d'une délibération supérieure.
de tout comprendre, de tout donner.
Durant un moment, je communiai avec l'Indi-
vidualité Invisible et, sans anticiper sur le
mystère, très réellement j'eus foi.

..•
Marie, mère de Jésus, nous apparaît, à la
veille de l'An Deux-Mille, comme la préfigu-
ration de la Femme éternelle dans les plus
hautes de ses virtualités.
LA NOTION DU PARFAIT
Dans maint ouvrage j'ai mis l'accent sur la
notion de Dieu-direct, c'est-à-dire de ce plan
du Divin qui permet à l'Homme d'être en com-
munication immédiate avec l'Amour Invisible,
celui qui régit les sphères et ordonne l'Univers.
Car, je le répète, il n'y a pas de hasard
dans la Création mais des lois qui nous échap-
pent et nous échapperont toujours davantage
à mesure que nous nous enfoncerons dans le
formel.
Alors que l'esprit peut tout nous donnons
au corps la priorité dans le gouvernement de
notre vie sans nous aviser que la Vie, qui re-
présente l'ensemble des énergies visibles et
invisibles, ne doit pas être utilisée partielle-
ment, sous peine d'incompréhension et d'i m-
puissance mais dans son intégralité comme
lin Toul.
Dans « Dieu est-il tout-puissant? (J) où
je démontre que le Créateur fait ce qu'il peut
dans l'ordre naturel des lois qu'il a lui-mêine

(1) Aslra, édileur.


- 118- - 119-

édictées et évolue sans cesse vers une crois- ment le relatif et que l'Absolu est précisément
sante perfection, j'ai pris soin de séparer les ce que nous ne voyons, ne sentons, n'enten-
deux notions apparemment incompatibles du dons, ne goûtons. ne supposons, ne pensons et
relatif et de l'absolu, lesquelles mènent géné- n'imaginons pas.
ralement à l'impasse si l'on tente de les conci- Cet Informulahle serait donc la seule Vérité
lier d'une façon logique mais qui, vues d'un et la seule Perfection. Tout ce qui n'est pas
certain angle, n'apparaissent pas du tout in- inclus en lui est imperfection et mensonge.
conciliables même pour des cerveaux moyens. Notre seule ressource, par conséquent, est de
nous extraire du relatif pour nous plonger
dans l'Absolu .
••• Qu'importe que vous ignoriez la nature et
la modalité de celui-ci puisque celui-ci n'a ni
Il est bien certain qu'au-delà de la Création modalité ni nature et qu'il écbappe et échap-
apparente, dont les imperfections ne sont que pera toujours à l'entendement humain.
trop visibles, il existe un Ordre Parfait. C'est C'est là que réside le mécanisme secret dont
cet ordre parfait, cet équilibre total, cette com- tout dépend et qui ne peut être atteint, ce qui
pensation automatique, et elle seule, qui a semble être une gageure, qu'à l'aide de nos
droit au titre d'Absolu. facultés relatives. Mais si nous sommes cons-
L'Absolu ne suppose, en effet, aucun défaut, cients d'une énergie suprême, par ce seul fait
aucun manque, aucune lacune, aucune insa- nous l'approchons.
tisfaction. C'est véritablement l'Essence de Ceci explique comment aucun effort pure-
ce gui Est, notion tellement différente de ce ment cérébral et encore plus sottement logi-
qui existe et dont on peut seulement dire que n'ébranlera la Puissance Infinie, unique-
qu'elle est indiscutable et indicible, hors de ment sensible au choc émotionnel. Parce que
toute logique et de toute raison. l'émotion est un sentiment extra-corporel, une
Cet Absolu est totalement impersonnel sous transcendance de l'âme qui, parvenue au stade
peine de n'être plus l'Absolu. On ne peut lui de l'extase, échappe alors entièrement au re-
assigner ni forme ni dénomination. 11 est indé- latif. Tels mystiques ont pli, du relatif où ils
finissable et échappe à toute explication. croupissaient, bondir dans l'Absolu et en tirer
Il ne nous est pas interdit d'en envisager la des joies parfaites. A ce moment jaillissait
possibilité au moyen du relatif où nous som- d'eux le miracle, éclair de l'Absolu dans le
mes, en admettant q oe tout ce que nous voyons, relatif.
sentons, touchons, entendons, goûtons, suppo- Notre politique doit donc consister à nous
sons, pensons, imaginons constitue précisé- soustraire consciemment à nos dimensions
- 120-
ÉVIDENCES
extérieures pour nous faire aussi complètement
que possible une conscience de la perfection. Axiome
Car, dès que l'idée de perfection entre en nous, DIEU EST PARFAIT
nous avons accès à la loule-puissance. ET
Il s'agit, en fait, d'obtenir notre dégagement DIEU EST TOUT
d'un état d'âme Iimitateur pour nous projeter DONC
dans l'l\Iimité. Haussés à ce degré d'évasion TOUT EST EN DIEU
hors du relatif, nous baignons dans l'Absolu OR
et rien ne nous est plus impossible. SI TOUT EST EN DIEU
Dans le but de faciliter ce dégagement et TOUT EST PARFAIT AUSSI
cette évasion, dont il m'a été donné la preuve CAR
qu'ils étaient constamment réalisables, j'ai éla- RIEN D'IMPARFAIT
boré, après en avoir constaté l'étonnante effica- NE PEUT SUBSISTER EN DIEU PARFAIT.
cité moi-même, un certain nombre de formules
que chacun est libre d'adapter à ses mesures 16 r Corollaire
et d'harmoniser avec ses besoins.
PUISQUE JE SUIS
Il y a là, semble-t-il, un procédé nouveau et
UNE CREATURE DE DIEU
spécialement dynamique pour mettre en branle
ET
l'Absolu et tout changer dans le relatif.
COMME TELLE
Je serai d'ailleurs reconnaissant à ceux ou
FAIS PARTIE DE LUI
celles que en auront fait l'expérience de bien
JE SUIS DONC
vouloir me faire connaître les résultats qu'ils
UNE CREATURE PARFAITE
auront obtenus.
EN DIEU PARFAIT.
Pratiquement rien n'est impossible désor-
mais à qui lise de la transcendance, c'esl-à-
dire de la facullé qui est accordée à tous les 2nu! Corollaire
hommes et à toutes les femmes d'écbapper au , SI
relativisme de leur condition. Toules les voies EN DIEU PARFAIT
d'accès dans toutes les directions sont ouver- JE SUIS UNE CREATURE PARFAITE
tes à qui sait en discerner les portes et c'est AUCUNE IMPERFECTION
pour VOliS les désigner d'une façon concrète NE PEUT SUBSISTER EN MOI
que sont conçues les pages ci-après. CAR
LA PERFECTION N'A PAS DE LIMITES.
ELLE EST OU ELLE N'EST PAS.
9
- 122-

3 me Corollaire
SI ELLE EST
JE SUBIS INEXORABLEMENT
TOUTES LES CONSEQUENCES
DE LA PERFECTION. • FORMULES
SI ELLE N'EST PAS
JE SUBIS INEXORABLEMENT
TOUTES LES CONSEQUENCES
DE L'IMPEHFECTION.
C'EST AUTOMATIQUE
Je suis parfait
4me Corollaire en Dieu Parfait
PAR CONSEQUENT et
DES QU'UNE IMPEHFECTION EST EN MOI si je suis parfait
ET QUE JE M'EN AVISE
IL M'APPARTIENT D'EN tout est parfait
CONSTATER L'INEXISTENCE REELLE en moi
CAR sans exception ni réserve.
L'EXISTENCE DE CE'ïl'E IMPERFECTION
SUFFIRAIT A VICIER Mon corps
LA NOTION DE L'ETRE PARFAIT. étant parfait
5me Corollaire chacun de mes atomes est parfait
MAIS chacune de mes cellules est parfaite
COMME RIEN NE PEUT VICIER chacun de mes viscères est parfait
LA NOTION DE L'ETRE PARFAIT chacun de mes organes est parfait
SI CE N'EST chacun de mes membres est parfait
SA MECONNAISSANCE ABSOLUE
IL RESTE QUE chacune de mes fonelions est parfaite.
POUR CELUI QUI A FOI
EN LA PERFECTION DE DIEU Je sllis
LA MEME FOI EXISTE un parfail organisme
EN LA PEHFECTION de vie parfaite
DE TOUT CE QUI VIT EN DIEU. en Dieu parfait.
VARIATIONS

Ma sagesse est totale dans la totalité de Dieu


Ma santé est intégrale dans l'intégralité de Dieu.

Je suis sage dans la sagesse de Dieu


Je suis calme dans le calme de Dieu
Je suis fort dans la force de Dieu
Je suis heureux dans le bonheur de Dieu
Je suis intelligent dans l'intelligence de Dieu
Je suis patient dans la patience de Dieu
Je suis bon dans la bonté de Dieu
Je suis pur dans la pureté de Dieu.

J'aime et je suis aimé dans]' Amour de Dieu


J'agis et je suis agi dans l'Action de Dieu.

Je suis parfaitement heureux dans le bonheur


[parfait de Dieu
Je suis parfaitement sage dans la parfaite
[sagesse de Dieu.

Dieu a foi en moi dans la mesure où j'ai foi


[en lui
Dieu attend tout de moi comme j'attends tout
[de lui
- 126-

Dieu est mon mi racle quotidien comme je


[suis moi-même son miracle
Dieu est mon unique but si je suis une seule
[de ses fins
Dieu est pl us près de moi que moi. Il est pl us
[moi que moi-même
[et je m'appartiens moins qu'à lui. LE PROCÉDÉ DU CADRE
Je suis complètement heureux dans le complet
[bonheur de Dieu
Je suis totalement sage dans la totale sagesse
[de Dieu Pour satisfaire Je besoin de concentration
Je suis intégralement bon dans l'intégrale mentale, puis spirituelle, qu'exige la notion
[bonté de Dieu. de la Divinité Parfaite imaginez-vous cette
perfection condensée dans un petil cadre com-
Ma santé est parfaite en Dieu parfait me celui qui figure ci-dessous.
Ma vie est parfaite en Dieu parfait
Mon corps est parfait en Dieu parfait
Mon àme est parfaite en Dieu parfait DIEU
Mon esprit est parfait en Dieu parfait. PARFAIT
Ma santé est totale dans la totalité de Dieu
Ma réussite est certaine dans la certitude de Faites abstraction de toutes vos limitations,
[Dieu. de toutes vos imperfections, de toutes vos mi-
Ma joie est incommensurable dans l'incom- sères, de toutes vos frustrations, de tous vos
[mensurabilité de Dieu. insuccès, de toutes vos petitesses et introdui-
sez-vous dans ce cadre de la perfection de Dieu
avec interdiction d'en sortir.
Paf ce simple procédé vous vous incorporez
à j'idée de perfection qui est exclusive de toute
autre et vous vous y maintenez aussi long-
temps que possible avec la ferme intention d'y
rester.
- 128- - 129-

Même si votre nature imparfaite et le senti- milation. Ainsi touchez-vous aux sources su-
ment que vous avez de vos impuissances finit prêmes de la Vie.
par vous rejeter hors du cadre, VOliS conser-
verez le bénéfice du temps que vous y aurez ..•
passé. Et chaque incursion dans le cadre de la
perfection facililera l'incursion 'suivante, de
sorte qu'en un temps très court vous éprou-
] Etre en Dieu est autrement efficace qu'avoir
Dieu en soi.
verez le besoin de vous réfugier dans la per- Dans le deuxième cas on est seulement ha-
fection de Dieu. bité par Dieu. Dans le premier cas on y est
Quand on pénètre dans le cadre de Dieu immergé, on y baigne. On en est investi de
Parfait on n'a plus que le sentiment de ses toutes parts.
perfections personnelles alors que, dès qu'on Etre en Dieu c'est disparaître dans sa per-
en sort, toutes les imperfections apparaissent. fection totale, perdre de vue ses imperfections
Il se produit alors par comparaison entre les physiques et morales, renaître à l'initiale in-
deux états de conscience un désir de captivité tégrité.
qui, fmalement, s'avère être une libération. 1\ faut se laisser inonder par Dieu, submer-
Car cette image du cadre ne doit pas vous ger par lui, s'engloutir dans sa perfection im-
suggérer une idée de frontières et de limites. muable. Si l'on réussit à opérer cette immer-
Si vous regardez un tableau représentant la sion on échappe Il l'action des choses, des êtres
mer ou le ciel, ceux-ci sont au-delà et en deçà et des événements car on a réalisé en soi les
des bords du cadre et votre regard intérieur conditions ultimes de l'absorption par le Divin
les voit jusqu'à l'infini. De même l'idée de la et l'on est soustrait par la Cause au détermi-
Perfection vous permet de crever la toile et nisme des effets.
d'entrer dans l'Illimité.
Dans ce cas il n'y a même pas besoin de
..•
parler de toute-puissance ni même de puis- Cette méthode de vie spirituelle appliquée au
sance. La Perfection est au-dessus et même en gouvernement de la vie temporelle permet de
dehors de cela. résoudre tous les problèmes, même les plus
La puissance est toujours capable d'aug- insolubles, par simple délégation. Et celle-ci
mentation ou de diminution. La Perfection ne dépend de rien ni de personne que de vous
étant infinie n'a pas de mesure et pas d'étalon. qui êtes maître ou non de vous en investir.
Sa seule évocation met en hranle la Force des Les déf ecluosités de votre état présent ne
forces, l'Energie des énergies sans aucune li- sont donc imputables qu'à vous-même, c'est-
- 130-

à-dire à l'ignorance où vous êtes de vos pou-


voirs. Et ce qui précède, croyez-le bien, n'est
pas une théorie de plus ni une simple hypo-
thèse mais une certitude qu'il vous appartient
personnellement de vérifier.
L'essai n'en coûte rien qu'une modification
de votre jugement et une nouvelle altitude de
volre pen sée. Le miracle, sachez-le, n'est pas ANNEXES
une manifestation extérieure car la fonction
miraculeuse est en Yous.
C'est aussi simple que d'utiliser une paire
de jumelles prismatiques qui agrandissent su-
bitement votre champ de vision. Mais combien Le présent ouvrage venait d'être terminé
plus prodigieuse est la vision spirituelle par lorsq u'une nouvelle el dernière expérience me
les conséquences qu'elle entraîne! Et la fa- fut présentée dans des conditions encore plus
culté d'agir sur les impondérables s'applique curieuses que les premières el dont on ne sau-
à to us les domaines humains: santé, réussite, raiL négliger l'enseignement.
beauté, bonheur. En février dernier, à six heures du malin,
Vous êtes le maître de tout modifier par la je suis réveillé par le bruit d'une mise en mar-
parole véhémente, de tout embellir, de tout che dont l'ampleur me fait croire à un moteur
harmoniser dans la Vie, en songeant que vous de camion. La carburation se fait de plus en
rendre heureux d'une certaine facon et à un plus vive comme si le conducleur craignait de
certain étage c'es t faire des heu;eux autour caler et ma intenait un haut régime, ce que
de vous. révélait le changement de rythme lorsqu'il le-
Par conséquent, n'hésitez plus. vait le pied.
Cela persistant et même s'aggravant a u bout
Vous aussi, FAITES DES MIRACLES! de plusieurs minutes, l'énervement me gagna
et je criai brutalement: « Assez! • . Le bruit
cessa d'abord complètement puis, après plu-
sieurs secondes, reprit. Je réitérai mon com-
mandement à divers intervalles et, chaque fois,
le bruit s'arrêtait comme si j'avais agi sur le
carburateur. Je jouai ainsi pendant un instant
de celte pétarade syncopée, m'amusant par
- 132- - 133-

curiosité à en provoquer à volonté les hauts et ans qui, à la suite d'un terrible accident de
les bas. tramway, avait été, en 1866, condamnée par la
De guerre lasse, j'intimai l'ordre suivant: science médicale, le traumatisme l'ayant lais-
« Hors d'ici! » Et, sans plus. j'entendis le sée aux trois quarts paralysée, avec le bras
véhicule s'éloigner et se perdre dans la rue. droit immobilisé au-dessus de sa tête et les
Il y avait là quelque chose de plus que dans jambes tordues de manière que les talons
les expériences de Beausoleil. Comment admet- étaient du même côté que l'abdomen. En dépit
tre les coincidences successives de mes com- de cet état la malade vécut son demi-siècle et,
mandements et des changements de régime du durant ce temps, manifesta les dons les plus
moteur, celui-ci allant de l'exagération des anormaux. Aveugle totale des yeux, elle voyait
explosions au plus complet silence, comme si par le sommet de la tête. La fausse science a
j'avais mentalement reliré les bougies ou cou- beaucoup médit de la vision exlrarétinienne
pé les étincelles à volonté. dont Jules Romains s'était fait le propagateur
Le premier succès ne fut pas immédiat mais el, en quelque sorLe, le parrain. L'auteur de
ensuite j'eus l'impression de freiner les re- Knock était pourtant dans le vrai mais comme
prises et d'agir psychiquement sur l'allumage. le vrai est souvent invraisemblable il fut ren-
Ces sortes d'expériences mériteraient d'être voyé à ses pièces de théâtre par c les hommes
développées mais l'intrusion d'un processus de mauvaise volonté :t .
logique ne contrarierait-il pas l'observation? Mollie Fancher voyait aussi par les mains
Il m'a paru que l'état de demi-sommeil, ou de rien qu'en les passant à la surface d'un tableau
demi-réveil, comme on voudra, facilitait mes ou d'un livre. A partir d 'une certaine époque,
émissions en leur conférant un caractère illo- elle cessa complètement de s'alimenter, tant en
gique, l'apparition de la pleine conscience liquides qu'en solides et le médecin qui la
claire, loin de favoriser le phénomène, s'oppo- soignait, le D' Speir, déclara avoir la certitude
sant, au contraire, à son épanouissement. qu'il n'y avait chez elle ni ingestion ni évacua-
tion. D'ailleurs la palpation ne rencontrait plus

•• de poche stomacale et la colonne vertébrale se
révélait par l'avant sous les doigts.
Pour ceux qu'aura intéressés la curieuse A chaque instant Mollie, qui revêtait plu-
aventure d'Angelo, doué soudain de pouvoirs sieurs personnalités, se c: promenaiL (selon son
de la quatrième dimension à la suite d'une expression) hors d'elle-même • . Dans ces cir-
fraclure du crâne, qu'il me soit permis de constances son esprit pouvait saisir et décrire
rapporter l'histoire encore plus extravagante des spectacles qui se déroulaient à plusieurs
de Mollie Fancher, jeune Américaine de 17 kilomètres de son corps.
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Tous ces phénomènes ont été observés ou


rapportés tant par un juge et des médecins que
par le R.P. Thurston, dans un livre récent paru
Outre-Atlantique et la caution de ce r eligieux
jésu ite n'est pas la moindre de celles dont a
bénéficié la petite infirme de Brooklyn. TABLE DES MATIÈRES
Pour nous maintenir dans notre sujet, cons-
tatons, une fois de plus, que la violence est
payante, même sous la forme d'un traumatisme
non délibéré. PAGES
Comment ne pas noter, dans ces conditions,
que la télépathie, la transmission de pensée, La P ensée et le Verbe peuvent-ils agir
les apparitions, prémonitions. annonces de sur la matière à distance? .......... 9
décès à distance, etc. ne se produisent que
lorsqu'elles sont consécutives (ou concomi- Les formes paradoxales de la prière .. 33
tantes ) à une grande émotion, un grand effroi, Les impondérables ............ ..... .. . 51
un ard ent désir?
Donc on voit, comme pour le miracle, que Explications de l'autre monde ........ 71
seules la véhémence du sentiment, la prière
passionnée ou, à défaut, certaines lésions orga-
Le procédé affirmatoire ............ ... 91
niques metlent en branle le secret organisme Les intermédiaires . ....... . ........ • .. 101
et les facullés inexplorées de l'être hnmain.
La notion du Pa rfa it..... ...... ....... 115
Evidences 121
F ormules 123
Variations . ..... .. .. ...... ... ..... .... 125
Le cadre de la Perfection . . . ..... . .. ... 127
Annexes .... . ............ . ......... . .. 131
IMPRIMERIE
LABALLERY ET C"
12, Rue Porte-d'Auxerre
CLAM BCY (Nièvre )
4e Trimestre 1963