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104e ANNEE - N° 5356 23 NOVEMBRE 1985

HEBDOMADAIRE JUDICIAIRE EDITEURS:


Edmond Picard Charles Van Reeplnghen ~IAISO:-l FERD. LARCIER S.A.
1881-1899 1944-1966
Rue des Minimes, 39
Leon Hennebicq Jean Dal
1900-1940 1966-1981 1000 BR\.;XELLES

CONFERENCE DU JEUNE BARREAU DE BRUXELLES

Seance solennelle de rentree du 22 novembre 1985


t"
l'Etat ou des pouvoirs publics en general, ni de ce
LA FRAUDE FISCALE qu'il alourdirait la charge pesant sur les contri-
buables honnetes, car ce n'est objectivement et
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historiquement tout simplement pas vrai. Si la
fraude fiscale est un mal, c'est parce que tout
LE DEVOIR D'OPPOSITION delit quelque peu generalise est un peril mortel
pour la democratie (4).
Et pourtant, plus d'un Beige sur deux consi-
dere qu'il est normal de frauder l'imp6t. C'est
Discours de Me Luc Simonet reconfortant, a plus d'un titre.
A vocal au barreau de Bruxelles D'abord, parce qu'il est bon d'entendre que les
avocats ne sont pas les seuls a apprecier l'argent
« Je veux qu'on puisse couper la langue de l'avocat qui s'en noir. Ensuite et surtout parce qu'il existerait au
ser\"irait contre Ie gouvernement » (1). moins un point it propos duquel un consensus
national pourrait etre atteint. La Belgique ne
Napoleon BONAPARTE. serait done pas aussi ingouvernable qu'on Ie
disait.
« II ne faut pas se saucier outre mesure du jugement d'autrui ».
Je n'ai pas I'intention, vous Ie constaterez, de
Ernest SOLVAY.
{{ verser dans l'esoterisme, dans l'enigme ou dans
la complexite obscure qui tiennent lieu de
Dans ces temps deraisonnables, les collecteurs Ie reduire et qu'il avait fallu recourir contre lui a savoir »(5). Les portes que j'enfoncerai sont
d'imp6ts etaient consideres comme d'odieux la trahison. beantes depuis longtemps. Qu'a cela ne tienne.
pillards et -Ie peuple, accule a la misere par Mon amertume est trop profonde de vivre la
Puis, lorsque, livre par la femme qu'il aimait, destruction volontaire de ce qui, il n'y a pas si
l'epouvantable tyrannie des fenniers generaux, il avait ete traine au supplice, ... il s'etait montre
appaudissait aux exploits d'un hors-Ia-Ioi. longtemps, etait encore un des pays les plus
fier, .. .inaccessible a la peur (2). prosperes de la planete.
Louis Mandrin etait deja entre dans la legende
En 1914, la Belgique etait la troisieme puis-
lorsqu'il mourut it I'age de trente ans, roue vif sur Monsieur Ie President,
la place de Valence. sance indlistrielle du monde.
Monsieur Ie Batonnier,
Mesdames et Messieurs les Magistrats, En ce temps-la, I'on considerait que plus riches
A la tete d'une cinquantaine de compagnons
Mesdames et Messieurs, seraiept les riches, moins pauvres seraient les
d'armes, il avait venge les humbles en ran<;onnant
Mes chers Confreres, pauvres.
les puissants et en bafouant l'autorite royale.
Quand la Revolution vint, Mandrin etait mort Plus de 51 fJlo des Belges seraient favorables a la Les riches s'enrichirent, non seulement parce
fraude fiscale. C'est du moins ce qui resulte de que la richesse s'accrut, mais egalement parce
depuis quarante ans et son nom, toujours repete
I'analyse d'un sondage d'opinions realise par un que les pauvres, dont ils exploitaient la misere,
avec mystere parmi Ie peuple superstitieux des
grand quotidien (3). demeurerent pauvres.
campagnes, lui etait moins un sujet d'effroi que
d'admiration. Ce constat est a la fois alarmant et Ce n'est qu'it la faveur de l'intervention de
reconfortant. I'Etat que Ie sort de ceux-ci s'ameliora. Grace a
On se rappelait comment du haut des monta- l' action socialiste, qui renfor<;a Ie role protecteur
gnes ... , sonnant de la trompe, il avait fait La fraude fiscale, ecrivait Me de Longueville,
de l'Etat, les travailleurs salaries furent liberes
accourir et se ranger autour de lui des bandes est un mal et c'est un mal grave, mais la gravite
des conditions de vie penibles qui leur etaient
redoutables. de ce mal ne vient pas de ce qu'il serait, comme
infligees par un patronat a I' epoque souvent sans
certains I'affirment et peut-etre Ie pensent, la
II avait conduit sa guerre aux imp6ts it la scrupules et sans pitie.
cause de l'etat catastrophique des finances de
maniere des grands capitaines, livrant bataille, Aux yeux de tous, I'Etat en devint respectable.
mettant en fuite des troupes reglees, for<;ant des Intelligent, il serait capable de prevoir a long
villes it capituler, tenant Ie pays ... si bien que cent(2) Extraits de [' Histoire de France, par Louis Blanc terme et dans Ie seuI souci du bien commun, car
cinquante mille hommes n'avaient pas suffi pour et de Mandrin, Ie voleur d'impots, par Yves Jacob,
1984, ed. J'ai Lu.
(3) {{ L'argent des Belges », par Guy Depas, Guy (4) Jean de Longueville, ({ La fraude fiscale », in Re-
(1) Cite par Pierre Henri, Grands avocats de Belgi- Duplat et Catherine Ferrant, serie d'articles parus dans flexions offertes a Paul Sibille, 1981, ed. Bruylant.
BIRd ad I M Coll"I'- ~_ _I...Le Soie otamment c.elui d.u 8Jllars 1.283. l--J(S) i he Jo~. Pa~ trente-six chemins.
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lui seul aurait la reelle volonte de depasser Le delabrement du budget nous est sournoise- mais dans la fouletl, Ie, notre egalement. 11
1'egolsme des citoyens. Juste, il imposerait aux ment dissimule, mais l'augmentation de la dette importe peu que nous soyons proprietaire de
nantis une contribution accrue pour venir en aide publique a cette annee encore depasse des som- plusieurs immeubles ou que nous jouissions de
aux plus demunis. Realiste, il saurait assurer la mets jamais atteints auparavant. Au cours du revenus mobiliers substantiels. Il n'importe pas
securite publique, organiser 1'education et premier semestre, elle a augmente de 470 mil- davantage que Ie voisin n'ait pasd'autres res-
financer les gra!ldes infrastructures. liards. 470.000 millions (9). Pour donner une sources que celles de son travail. Si nous n'avons
image plus perceptible du phenomene, cela signi- pas de travail et que Ie voisin en ait un, il aurait
L'Etat ne fut pas digne de l'espoir qu'il avait
fie que l'Etat s'endette chaque jour de plus de 2 1'obligation de nous dedommager.
fait naitre. Abusant du credit qu'il s'etait legiti-
mement acquis pour avoir mis fin a l'exploitation milliards ou, pour etre plus precis encore, de pres
Ce droit au travail serait fonde sur des princi-
de la main d'oeuvre par Ie capital, il se comporta de deux millions chaque minute, trois cent
pes aussi nobles que la generosite et la solidarite.
soixante-cinq jours par an.
exactement comme Ie monde capitaliste S'il en etait ainsi, comment pourrions-nous
desormais affaibli et devint lui-meme Ie benefi- Alors que nos entrepristls ont besoin d'audace tolerer sans aucune gene l' existence a nos portes
. ciaire unique de la nouvelle forme d'alienation et de souplesse, les pouvoirs publics a tous les d'un quart monde totalement demuni ? En rea-
qu'il venait de creer: 1'alienation de l'homme par niveaux leur imposent sans cesse de nouvelles lite, les vrais pauvres ne presentent aucun risque
Ie Prince. M. Andre Leysen, president de la formalites et les accablent d'infinies complica- electoral parce qu'ils n'ont acces ni a l'informa-
Federation des entreprises belges, l'a bien com- tions. Ils leur accordent par contre des subven- tion, ni it la communication et ils n'interessem
pris, lui qui dit aux syndicats: « Allons enstlmble tions qui reduisent progessivement leur liberte. donc personne (11).
demander, a l'Etat ce qu'il fait de notre argent ». Les subsides accordes aux entreprises incapables
Si ceux de nos gouvernants qui se gonflent de
A tous, 1'argent fut enleve, mais loin d'etre de survivre par elles-memes absorbaient en 1975
generosite pour justifier n'importe quelle depense
transfere aux pauvres, il fut distribue aux grou- la totalite de l'impot des societes. Ils s'elevent
publique avaient un minimum d'honnetete intel-
actuellement a trois fois Ie total de cet impot.
pes les mieux organises et electoralement les plus lectuelle, ils nous proposeraient pour financer
rentables. Il servit de meme a integrer dans les Meme si les images sont souvent reductrices, que
leur bon cceur une augmentation immediate et
dirions-nous du chirurgien qui preleverait Ie cceur
bureaucraties administratives ceux dont les hom- importante des impots et ils nous expliqueraiem
mes politiques pouvaient Ie plus attendre. L'Etat de trois adolescents en pleine sante pour sauver
ce qu'il adviendrait dans ce cas de nos entrepri-
un paj;(ent condamne ?
se mit a prelever et a depenser arbitrairement une StlS, ainsi que de 1'emploi qu'ils pretendem
part sans cesse croissante au revenu des citoye~. Les administrations sont plethoriques et hyper- defendre. Mais il est evidemment exclu qu'ils se
A travers 1'Etat, nous avons appris que tout Ie trophiees, au point que leur propre gestion rendent impopulaires en finan<;:ant leurs beaux
monde peut vivre aux depens de tout Ie monde, mobilise 1'essentiel de leurs moyens. principes par les impots, d'autant plus qu'il exiSle
mais l'Etat ne nous a pas suffi. De nos cerveaux Pour cent habitants en age scolaire, 1'Allema- un mode de financement bien plus commode e
d'autres institutions ont surgi et par nos clivages gne federale compte moins de trois enseignants . plus indolore, Ie deficit budgetaire, c'est-a-dire
ideologiques, sociaux et linguistiques, nous avons La Belgique pres de huit. les impots qui seront mis a charge des generations
concoete notre malheur. futures.
Entre'1971 et 1981, Ie personnel de 1'ensemble
Peu a peu nous commen~ons a comprendre de nos communes a augmente de 37 0/0. Selon En ce faisant, ces ames charitables se com-
que les dons ont vide les greniers et ont fait de une etude realisee par l~ Kredietbank, Ie 30 juin portent comme d'authentiques voleurs a l'egard
nous des esclaves, comme Ie fouet fait les 1983, Ie secteur public o~pait 1.006.684 agents, de nos enfants qui devront rembourser les det-
chiens (6), mais, comme Ie disait Voltaire, dans outre 300.000 personnes travaillant dans des tes... a moins que, confrontes aux charges
tous les pays, excepte celui des chimeres, un Etat etablissements publics pour des services ecrasantes que nous leur leguerons, ils ne soient
ne peut payer ses dettes qu'avec de l'argent... et marchands, soit au total pres d'un tiers de la contraints de quitter Ie pays. Qu'ils ne se bercem
notre argent se derobe. population active (10). surtout pas d'illusions. Lorsqu'ils voudront tous
partir, 1'Etat n'aura pas d'autre solution que de
Il y a vingt ans, M. Pierre Harmel, premier Tous ces fonctionnaires et quasi-fonctionnai- fermer les frontieres.
ministre, reprochait aux hommes politiques leur res donnent 1'impression de'devoir justifier leur
fiicheuse habitude de resoudre leurs affronte- emploi et de ne plus savoir quelles tracasseries Ainsi, en tolerant les deficits budgetaires que
ments aux depens des finances publiques, finan- inventer pour tuer la moindre initiative positive nous connaissons, nous reduisons nos enfants a
ces publiques qu'il comparmt a « un train fou qui risquerait de nmtre et pour asphyxier ainsi 1'esclavage, au nom d'line pretendue generosite
roulant dans Ie brouillard » (7). 1'economie. Les agents consciencieux sont decou- que nous ne voulons, ni ne pouvons financer. En
rages. Les administrations fonctionnent mal et a effet, s'il est normal etant donne la duree de ..ie
La Belgique est aujourd'hui Ie pays Ie plus .des equipements, que Ie financement des
endette d'Europe et Ie peuple beIge pratiquement un cofit insupportable pour les services insuffi-
sants qu' elles rendent. depenses en capital soit assure partiellement par
Ie peuple Ie plus taxe du monde. L'Etat, cupide et des emprunts mis a la charge des beneficiaires
deteste, et ee fatras d'institutions inutiles qui Cependant, tandis que 1'ancien grand ulterieurs, tel n'est pas Ie cas lorsque Ie deficit
nous ridiculisent aux yeux de l'opinion interna- marechal de la Cour, M. Herman Liebaers budgetaire finance egalement les depenses cou-
tionale ne peuvent plus fonctionner qu'en detrui- insistait pour que Ie nombre de fonctionnaires rantes.
sant ce qui, dans ce pays deja saigne a blanc, soit reduit de 250.000 unites, Ie gouvernement
subsiste de forces vives. leur accorda Ie droit d'interrompre le travail Sans doute n'ai-je rien compris. Si les pouvoirs
durant une annee complete avec maintien d'une publics depensent 63 % du produit national brut,
En 1974, les pouvoirs publics belges ont s'ils prodiguent la manne celeste aux entreprises
depense 1'equivalent de 43 0,70 de notre produit partie de leur remuneration, les heureux rentiers
devant bien sur etre remplaces. Alors que les uns en difficultes, s'ils accordent des primes a la
national brut, soit 43 % du total de la richesse construction et des subsides a 1'elevage de pois-
produite durant toute 1'annee par 1'ensemble de payent cher pour travailler, d'autres per~oivent
pour ne rien faire et tout Ie monde semble sons rouges, c'est, nous dira-t-on, pour stimuler
la population. En 1983, Ie secteur public a la demande et pour eviter ainsi la deflation.
depense 63 % du produit national brut. Au cours considerer que c'est normal.
de cette meme periode, Ie deficit annuel des Evidemment, j'oubliais Ie droit au travail. Pour eviter la deflation, les pouvoirs publics
pouvoirs publics, c'est-a-dire la difference entre Nous aurions tous Ie droit d'obtenir un travail si prennent donc a certains citoyens l'argent que
leurs recettes insuffisantes et leurs depenses, est nous n'en avons pas - et pas n'importe quel ceux-ci ont merite par leur travail ou pour avoir
passe de 85 milliards a 620 milliards. Ce serait la travail, Ie travail de notre choix - ou, a tout Ie couru certains risques. Us en depensent une partie
crise et il en irait de meme dans les autres pays. moins, faute de voir ce droit concretise, Ie droit importante pour leur fonctionnement et creem
Detrompons-nous. Le deficit budgetaire beIge d'obtenir des indemnites compensatoires. Ce ainsi une demande de biens et de services,
represente proportionnellement plus du double serait la moindre des choses dans une societe laquelle soutient l'activite. Par les transfens
de la moyenne communautaire et plus de trois evoluee. Cela signifie que notre voisin aurait sociaux, ils distribuent ce qu'ils ont pris d'un cOte
fois Ie deficit de la France depuis que Ie President 1'obligation de creer non seulement son emploi, a d'autres citoyens - de preference pas a ceux
Mitterand est au pouvoir (8). qui appartiennent a des classes Sociales trop
defavorisees - mais a d'autres citoyens qui von
(9) Renseignement obtenu aupres de L 'Echo de fa a leur tour Ie depenser et soutenir egalemen
(6) Proverbe esquimau. Bourse.
(7) Ann. par!., 29 juill. 1965. (10) « Werkgelegenheid in de overheidssector en
(8) Guy Quaden, La 'crise des finances publiques, internationale vergelijking », Weekberichten van de (II) Luc Simonet, « Droit au travail et pam-rae
1 00..1 J.~ ro: ...:"' . . . YroAiofhnnv nO 1 s;l: lOR", Ln T.ihrp Rp/u;nup 011 ~o m;:.;i 1q ~
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l'activité du pays. On éviterait de la sorte le ment la faible efficacité de certaines administra- mobiliser les énergies, encourager l'initiative, le
risque de déflation. tions, la qualité médiocre et le coût élevé de risque et la créativité.
nombreux services publics, ainsi que le caractère La chambre américaine de commerce décrit la
Où réside l'intérêt de l'opération? En quoi
inextricable des législations et réglementations. Belgique comme étant « le pays de la démobilisa-
est-il plus intéressant pour l'activité économique
L'Etat est un mauvais entrepreneur. La relative tion, de la fuite du capital intellectuel et de
que l'argent soit dépensé arbitrairement par les
impunité financière dont jouit l'entreprise publi- l'économie clandestine », parce que, dit-elle, la
pouvoirs publics et par les bénéficiaires sans
que nuit à sa compétitivité et à sa productivité. taxation individuelle y est excessive, les charges
mérite de primes, subsides, indemnités, etc. que
par celui qui l'a gagné par les efforts qu'il a dû »La protection artificielle que procure le sociales y sont exorbitantes, la réglementation
consentir ou par les risques qu'il a dû courir? système mis en place est accueillie favorablement sociale restrictive et les mesures gouvernementa-
par une partie de la population. Celle-ci ne réalise les d'une rare complexité.
Reprenons le scénario ! Les pouvoirs imposent
de plus en plus lourdement les contribuables qui pas que son bien-être n'est maintenu, de plus en «Ce n'est pas en combattant vos propres
. travaillent et qui entreprennent. Ceux-ci sont plus mal, que par un recours massif au crédit qui soldats, que vous gagnerez la bataille », ajoute
amers, ils travaillent moins et n'entreprennent hypothèque l'avenir, pour satisfaire des objectifs l'administrateur d'une société étrangère établie
plus. Ils gagnent moins et dépensent forcément à court terme. Le confort qui résulte d'une dans notre pays (17).
moins. Ils n'investissent plus, deviennent moins économie surrégulée finit par se payer à un prix
prohibitif, non seulement sur plan financier, Faut-il que nous recherchions les responsables
rentables et n'exportent plus. L'on s'aperçoit
mais aussi sur le plan du dynamisme, de la de notre naufrage et que nous les désignions à la ~itJ~
que, paradoxalement, la lutte contre la déflation
souplesse d'adaptation et de la capacité de relever publique? A tout péché miséricorde. Nous avons
augmente les risques de la voir se produire.
les défis de la crise » (15). exigé du pouvoir qu'il nous promette la lune. Il
Le professeur Guy Quaden enseigne que les nous l'a promise et nous l'avons cru. Pour nous
politiques, dites keynesiennes, de stimulation de * * * être désintéressés de la chose publique, pour
la demande sont devenues inefficaces non pas avoir exigé des hommes politiques ce qu'ils
dans leur principe, mais du fait du cadre trop Pour notre sécurité, cette garantie inventée par devaient nous refuser et surtout pour avoir.
exigu dans lequel elles ont été poursuivies (12). ceux qui prétendaient avoir le monopole de la fomenté ou fût-ce toléré nos pénibles querelles
générosité, nous avons imposé à l'Etat tant et sociales, confessionnelles et linguistiques, nous
A mon très modeste avis, c'est le principe tant d'obligations qu'à présent, à notre étonne-
même des théories keynesiennes qui est contesta- nous sommes rendus les complices, voire les
mem, incapable de satisfaire nos puériles exi- coauteurs du désastre.
ble, parce que, même si le raisonnement qu'elles gences, il croule sous le poids de leur impossible
contiennent est d'une logique indiscutable, elles financement. En procédant à la scission de notre barreau,
sont fondées sur une prémisse fausse, à savoir nous, les avocats de Br1!xelles, avons donné un
que la puissance publique servirait nécessaire- De leur impossible financement ? Allons donc. merveilleux exemple de la mesquinerie qui
ment l'intérêt général. En fait, la puissance Et les riches alors? Les riches nous énervent. Il caractérise l'esprit du peuple belge. J'en ai
publique ne sert malheureusement souvent que la faudrait qu'ils soient vite pauvres pour que soient sincèrement honte. A l'occasion de notre pre-
puissance de ceux qui la composent. enfin remplies les conditions de l'égalité. Car mière assemblée, générale, vous n'avez pas
seule la pauvreté pourrait nous assurer l'égalité à manqué, Monsieur le Bâtonnier, de nous rappe-
Si les théories keynesiennes sont apparues
laquelle nous tenons tant, puisqu'à la différence ler que l'augmentation importante de notre
comme géniales, c'est uniquement parce qu'après
de la richesse, qui est susceptible de s'accroître à cotisation, à l'Ordre est le premier résultat de
la guerre, la croissance allait de soi. La main
l'infini et qui dès~rs ne permet jamais d'attein- notre brillante d~cision (18).
d'oeuvre était devenue rare, les ruines devaient
dre cet idéal, la pauvreté connaît une limite, à
être reconstruites et il fallait reprendre la produc- Peut-être pourriez-vous, chères Consœurs, exi-
savoir la misère noire. Lorsque nous serons tous
tion (13). ger un barreau féminin, car vous êtes, je vous le
mis~al>les, nous serons enfin égaux.
A la décharge des défenseurs de Keynes, il faut signale, depuis toujours minoritaires au sein du
reconnaître qu'ils ne pouvaient pas raisonnable- Mais à propos, les riches, que sont-ils deve- conseil de l'Ordre et, que je sache, il y a entre un
ment soupçonner à quel point les administrations nus? Pour répondre à cette question saugrenue, homme et une femme au moins autant de
assumeraient mal les nouvelles fonctions que le il y a lieu d'opérer une distinction entre deux différence qu'entre un flamand et un franco-
grand économiste leur avait assignées. catégories de riches : les riches naïfs et les riches phone, si pas plus. Mesdames et Messieurs les
malins. Les riches naïfs sont restés naïfs, mais ne Magistrats, quand provoquerez-vous la division
L'on se garde bien d'évoquer le rapport Van sont plus riches. L'intérêt de la classification des cours et tribunaux bruxellois? Vous pourriez
Houtte qui, rédigé en 1976, tirait déjà la sonnette disparaît d'emblée. Il ne reste plus que les riches ainsi, à l'instar du barreau, vous assurer deux
d'alarme: «l'expansion excessive des dépenses' malins, mais chaque jour leur nombre se réduit et fois plus de brillantes carrières et permettre à
et des recettes des pouvoirs publics ralentit la leur richesse s'évanouit. ceux d'entre vous que cela interesse d'assouvir
croissance et contribue à l'inflation, laquelle plus rapidement leurs ambitions personnelles.
conduit inéluctablement à la crise. En fin de y a-t-il dans cette assemblée un seul fiscaliste
Songez-y!
compte, elle menace l'emploi. Lorsqu'ils appa- qui ne soit pas régulièrement consulté pour
raissent, la récession et le chômage appellent un organiser le départ de èlients trop dynamiques ***
flux de dépenses publiques supplémentaires pour ce pays?
Grâce au dynamisme, au courage et à la
revendiquées de toutes parts pour relancer l'éco- Peyo, le père des Schtroumphs, était en 1982 le clairvoyance des hommes qui ont conduit la
nomie. Ils créent donc le besoin d'une expansion troisième contribuable - personne physique de Belgique depuis quinze ans, les déficits budgétai-
encore plus grande et tout aussi irréversible des Belgique. Son revenu imposable s'élevait, paraît- res n'ont cessé d'augmenter et la pression fiscale
dépenses de l'Etat. Le cercle vicieux est ainsi il, à 800 millions par an (16) avant qu'il ne a enfin dépassé ce que les fiscalistes américains
bouclé et condamné à se perpétuer dans un commercialise ses films. Il aurait. récemment appellent le « Psychological breaking point ».
crescendo fatal (14). quitté la Belgique pour s'établir en Suisse.
C'est dans ce contexte que se pose le problème
Dans son rapport de l'année 1984, l'Associa- Mais alors, qui financera notre sécurité? Les de la fraude fiscale. Certains n'hésitent pas à
tion belge des banques a exprimé sa désolation à savants et les cadres! On peut toujours rêver... prétendre que l'on fraude en Belgique, le profes-
l'égard de la mauvaise gestion de l'Etat anthro- Les plus doués s'expatrient. Les sentimentaux seur Max Frank allant jusqu'à dire que l'on y
pophage : « Bien qu'il s'arroge toujours plus de restent, mais perçoivent tout ou partie de leurs frauderait beaucoup. Aux termes d'une étude
moyens et de pouvoirs, l'Etat voit croître son rémunérations à l'étranger ou, s'ils sont vraiment très intéressante qu'il a réalisée, il a pu conclure
impuissance. Il remplit mal une série de fonctions très scrupuleux, sous forme de dépenses propres que les contribuables qui ont plus l'occasion de
qui appartiennent pourtant à ses responsabilités à l'employeur. Les plus philosophes ont opté frauder fraudent plus et ceux qui ont moins
traditionnelles, comme en témoignent notam- pour le jogging, parce que l'homme est un être en l'occasion de frauder fraudent moins (19). Il
projet et que l'impôt n'est pas nécessairement un fallait le dire, parce qu'il y a, semble-t-il, une
(12)Guy Quaden, op. cil. projet enthousiasmant. Lorque 93 070 du revenu
(13)Daniel Lecourtois, «Grandeurs et misères de marginal peut être prélevé, il ne faut plus espérer
l'èconomie », in L'Echo de la Bourse du vendredi 13 au (17) L'Echo de la Bourse du 23 octobre 1985, pp. 1 et
dimanche 15 sept. 1985. 2.
Rapport déposé en juillet 1976 par le groupe de (15) Rapport de l'Association belge des banques de (18) Lettre du bâtonnier de juin 1985.
1984. 19 Max Frank, La raude fiscale en Belgique, 1977,
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inégalité entre les indépendants qui ont l'occasion servent le bien commun (21). Or, toujours selon Le secrétaire d'Etat aux Finances, M. Walt-
de frauder et, par ailleurs, les salariés et les les sondages (22), 3 010 seulement des personnes niel, a expressément reconnu que la situation
fonctionnaires qui ne peuvent pas du tout tricher. interrogées auraient le sentiment que l'Etat gère serait extrêmement grave si seulement 20 % des
Un exemple: l'incidence financière des absences correctement son budget, peut-être ceux-là abus qui lui sont rapportés à charge de certains
enregistrées à la Régie des postes en 1983 s'est mêmes qui retirent de la mauvaise gestion un fonctionnaires de l'Inspection spéciale des impôts
élevée à 1 milliard 651 millions francs (20), soit profit plus important que le montant des impôts étaient exacts. Il ajouta que dans les cas d'abus
sept millions par jour ouvrabfe. qu'ils paient. Aussi, les prélèvements fiscaux et les plus flagrants, le pouvoir judiciaire porte
parafiscaux ont-ils perdu aux yeux de beaucoup également une part de responsabilité (25).
L'Etat dépense des fortunes pour débusquer la
toute légitimité et il n'est pas étonnant qu'un
fraude fiscale, pour savoir qui fraude. Il peut L'invention de cette triste administration a eu
système perçu comme illégitime provoque une
mettre un terme à ses recherches onéreuses. Je pour seule conséquence de rendre l'Etat plus
résistance à l'oppression qui en résulte.
vais lui dire qui fraude en Belgique, puisque tout antipathique pour un grand nombre de citoyens.
bon citoyen doit aider l'Etat à assurer l'exacte L'idée est trop simple qui voit sans nuances, Les propositions visant à réduire les pouvoirs de
perception de l'impôt. A quelques rarissimes dans toute fraude fiscale un comportement aso- l'inspection vraiment trop spéciale des impôts
exceptions près, dont, bien sûr, je suis, et hormis cial et anti-démocratique. Que faut-il condamner sont largement insuffisantes. Un Etat démocrati-
nos hommes politiques qui ne fraudent pas, mais d'abord? Qu'y a t-il de plus révoltant? La que qui se respecte ne réduit pas les pouvoirs
s'immunisent, je crains qu'il ne soit plus un fraude des contribuables ou le gaspillage éhonté d'une administration qui a trop abusé de sa
contribuable normalement constitué qui ne se des pouvoirs publics? Où réside la plus grande puissânce. On ne transige pas avec une institution
dérobe à l'impôt dès qu'il en a l'occasion. irnrnoralité ? Dans le fait de tenter de conserver aussi dangereuse. On la démantèle.
Pour découvrir les fraudeurs, l'Etat devrait, une part légitime du fruit de son labeur ou dans le
fait de dilapider le produit des impôts (23) ? Il n'existe qu'un seul moyen pour combattre
dès lors, tenter de bien cerner la notion de efficacement la fraude fiscale ; enlever au frau-
« bonne occasion de frauder », ce qui n'est pas Très nombreux sont aujourd'hui les bons deur l'envie de frauder.
très difficile, puisque toutes les occasions parais- citoyens qui sont convaincus de ce qu'en acquit-
sent bonnes. Dans la vie des affaires, me dit-on, tant leurs impôts, ils se rendent les complices de Nos - dirigeants ne doivent pas se leurrer.
l'argent noir serait tout simplement devenu la la poursuite de la gestion suicidaire de notre Contre la société entière, ils ne peuvent rien.
règle, pratiquement une règle de droit non écrite, société. L'argent noir apparaît comme la mani- Quand la société ne veut plus, le droit ne peut
une coutume, en somme. festation d'une crise de confiance fondamentale à plus, fût-il le droit fiscal.
Bon nombre de contribuables passeraient l'égard de la gestion de la chose publique et le
refus d'acquitter l'impôt comme l'indispensable Toujours selon les déclarations du secrétaire
désormais plus de temps à imaginer comment d'Etat aux finances du précédent gouvernement,
échapper à l'impôt qu'à travailler, mais peut-être sanction de la perversion de ses fins et de l'excès
de son montant. La fraude fiscale est ressentie le précompte mobilier a été rendu libératoire à
est-ce là que réside la solution à la crise, puisque, 25 % parce que pratiquement plus personne ne
comme on nous l'affirme et comme nous avons souvent comme la seule défense possible, voire le
seul remède contre la gabegie généralisée, ainsi déclarait ses revenus mobiliers. J'en déduis qu'il
pas fini par le croire, nous devons moins travail- suffirait que plus personne ne déclare ses revenus
ler pour sortir du marasme. c.'est tellement vrai que contre la fiscalité de rapine et contre les
déficits budgétaires chroniques qui en sont les pro{essionnels pour que le précompte profession-
que ceux-là mêmes qui revendiquent le droit au nel devienne libératoire à 25 %.
travail exigent la réduction du temps de travail à conséquences directes.
32 heures par semaine. Pour ces fins écono- Elle serait devenue un véritable délit politique. L'envie de frauder ne peut disparaître qu'en
mistes, moins on travaillera, mieux féconomie se restaurant la confiance que les citoyens avaient
portera. - Tant que l~ssainissement en profondeur des placée en la puissance publique et dont celle-ci a
finances publicfues, non pas par l'augmentation par trop abusé. La confiance renaîtra lorsque les
* ** des recettes - parce que cela vraiment n'importe pouvoirs publics cesseront de s'endetter pour
« Agis de telle sorte que l'ordre du monde ne qui est capable de le faire - mais par la réduction financer leurs dépenses courantes et lorsque la
soit pas troublé, si tout le monde agissait comme radicale des dépenses, ne sera pas une réalité, la fiscalité sera redevenue raisonnable. Cela - c'est
tu agis ». Tel est le principe moral que posait fraude ne sera plus' seulement perçue comme un l'évidence - ne sera possible qu'en sabrant de
Emmanuel Kant dans la critique de la raison droit du contribuable, mais comme un devoir façon drastique dans les budgets.
pratique. civique et moral.
* * * Par ailleurs, les hommes politiques ne peuvent
Je dois à l'honnêteté de reconmutre que ce exiger des citoyens une probité dont eux-mêmes
philosophe était un farouche adversaire de la Faut-il lutter contre la fraude fiscale? La se sont manifestement affranchis. Il existe, des
fraude fiscale, mais je lui dois également de réponse est bien sûr affirmative, mais le pro- dispositions légales qui constituent pour les
préciser qu'il était proche du pouvoir. Peu blème ne réside pas là. La question importante contribuables honnêtes une réelle provocation à
importe. est de savoir comment il faut la combattre, par la fraude. Je songe en particulier à ce texte
La question qui nous occupe est de savoir si quels moyens. méprisable qui fut voté le 1cr' août dernier dans le
l'ordre du monde serait ébranlé par cette fameuse cadre de la loi programme et en vertu duquel les
« Pendant des siècles et encore actuellement,
fraude fiscale qui, selon les estimations, ferait dons consentis à certains partis politiques sont
dans beaucoup trop de pays, la peur, spéciale-
perdre à l'Etat près de 300 milliards par an. La déductibles de la base imposable du donateur à
ment la peur du pouvoir sous toutes ses formes, a
fraude lui ferait perdre près de 300 milliards par concurrence de la bagatelle de 2 millions. Il s'agit
été le sort commun des hommes et le grand mérite
an ! Et alors? Car enfin, que ferait-il de cet là d'un authentique détournement des deniers de
de nos démocraties occidentales a été de l'avoir
argent sinon augmenter encore ses engagements la collectivité entière au profit du monde politi-
fait à peu près disparaître, du moins jusqu'à ces
et le gâchis auxquels il nous a habitués ? que (26).
dernières années» (24).
S'il n'est plus un auteur crédible qui ose L'organisation de la délation et de la terreur, Si les grands serviteurs de l'Etat ont vraiment
condamner moralement la fraude fiscale, c'est au même titre que la création d'administrations l'intention de combattre la fraude, ils seraient
que cette condamnation n'est plus qu'un prétexte de cauchemar, telles que l'Inspection spéciale des bien inspirés, avant de nous parler de moralité
pour masquer le vrai problème, celui de l'incohé- impôts, dont les procédés ne peuvent que rappel- fiscale, de commencer par nous donner l'exem-
rence des dépenses publiques et de l'injustice de 1er de sinistres souvenirs aux plus anciens, consti- ple.
leur distribution. tuent sans nul doute le moyen le plus inadéquat * * *
Ainsi, condamnée par les textes, dénoncée par pour lutter contre elle.
les discours, la fraude subsiste dans l'ordre des Devant les membres de l'Institut des finances
choses, au point que, sanctionnée par le droit, publiques en 1948 (27) et de l'Association
elle indiffère complètement la conscience des (21) Jean-Claude Martinez, La fraude fiscale, 1984, internationale de droit fiscal et financier en
gens. Car on ne doit respecter que ce qui est éd. P.U.F.
. respectable. Si l'impôt a pour finalité de couvrir (22) « L'argent des Belges », par Guy Depas, Guy
les dépenses, encore faut-il que ces dépenses Duplat et Catherine Ferrant, série d'articles parus dans (25) La Libre Belgique, septembre 1985, date précise
Le Soir, notamment celui du 8 mars 1983. inconnue.
(23) Jean-Claude Martinez, Lettre ouverte aux con- (26) Loi du le< août 1985, Moniteur belge, du 6 août
_ _ _-DU}'...l-'_auram,i ~_ nnmér d 1.984 at nrécis"-oL,..-tr...ib;;..u..a""b",le..'S,,-,. ;;1;;..98;;.,;5"".. ;;é..;;d.;.';;..Al"'h;;.,;in;;;.,,;M=ic;,;,h;,;,el;,;,· L....;;.;19;;;$;,;;5,;.. ~ _
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1956 (28), le pape Pie XII prononça deux allocu- Il est vrai que le débat sur le rôle de l'Etat souffre de vue le degré où l'accroissement des impôts
tions qui sont encore d'une actualité surpre- souvent d'un excès de simplification et que la cesse d'être avantageux à l'industrie de la nation
nante: réalité est complexe. Mais, comme le disait Jean et lui devient préjudiciable... ».
« L'Etat, dit-il, s'interdira tout gaspillage des Dutourd, la vérité est simple: l'Etat et ses Si aucun doute ne subsiste sur le devoir de
derniers publics. funestes excroissances nous ont menés à la ruine. chaque citoyen de supporter une part des
»L'impôt ne peut jamais devenir pour les Si l'on n'imagine pas la disparition de tout le dépenses publiques, il n'en demeure pas moins
pouvoirs publics un moyen commode de combler secteur public, ni la réduction de l'administration que la fraude fiscale constitue pour lui 'un
le déficit provoqué par une administration impré- à sa plus simple expression (29), ceux-ci ont pris problème éthique et un dilemme insurmontable.
voyante. actuellement une ampleur telle qu'ils en sont
D'une part, il sait que la fraude est un mal et
» L'individu a de moins en moins l'intelligence totalement paralysés et qu'ils laissent le pays un péril mortel pour la démocratie, mais il sait
des affaires financières de l'Etat. Même dans la exsangue.
également que s'il ne fraude pas, la puissance
plus sage politique, il soupçonne toujours quel- Dans l'état absolument dramatique des publique sera moins parcimonieuse encore et
que menée mystérieuse, quelqu'arrière-pensée finances publiques, le meilleur gouvernement compromettra inéluctablement l'avenir. Il consi-
malveillante. dont nous puissions encore rêver serait, je pense, dère de ce point de vue que la fraude fiscale
» Voila pourquoi, m'adressant à ceux'qui ont celui dont M. le président Duplat serait le s'impose à lui comme une obligation mmale.
quelqùe part de responsabilité dans le traitement formateur et qui serait composé des dix curateurs Lorsqu'il s'apercevra qu'il existe non seule-
des questions des finances publiques, je vous les plus avaricieux du Royaume. ment la volonté politique, mais également le
adjure: au nom de la la conscience humaine, ne A l'occasion des élections du 13 octobre courage de restreindre de façon draconienne les
ruinez pas la morale par en haut. Abstenez-vous dernier, M. Marc Eyskens a utilisé un slogan dépenses de tous les pouvoirs publics, lorsque la
de ces mesures qui, en dépit de leur virtuosité symptomatique de l'aspiration de la société à une puissance publique se décidera enfin à se mettre à
technique, heurtent et blessent dans le peuple le plus large autonomie et de la faillite d'une son service, plutôt qu'à l'asservir, alors et alors
sens du juste et de l'injuste, ou qui relèguent à certaine politique: «Genoeg politiek, samen seulement, le contribuable prendra conscience de
l'arrière-plan sa force vitale et sa légitime ambi- werken ». son devoir fiscal et il le considérera comme un
tion de recueillir le fruit de son propre travail, devoir moral. Alors seulement, la fraude fiscale
... ». Si les pouvoirs publics refusent obstinément de
se résorbera pour n'être plus enfin qu'un délit
battr-e en retraite, s'ils persistent à prélever la
* ** moëlle de ceux qui par miracle sont encore
unanimement réprouvé.
J'ai conscience du caractère outrancier de mes disposés à entreprendre et à bâtir, que nos Dans le cas contraire, loin de constituer une
propos et je sais qu'il n'y a pas de sagesse dans hommes politiques soi<mt avertis de ce que le faute morale, frauder l'impôt pourrait bien ne
l'outrance. Elle est due à la tristesse que peuple belge saura se révolter et les contraindre à devenir que l'accomplissement d'un devoir impé-
j'éprouve devant l'évolution de ce pays dont je capituler, comme le fit Louis Mandrin il y a deux rieux d'opposition à la destruction du futur, car
crains qu'il ne soit plus qu'un enfer pour mes siècles et demi. «un peuple même qui s'est soumis à une
enfants. David Hume écrivait en 1747 que« semblables souveraineté absolue, n'a pas pour cela perdu le
droit de songer à sa conservation... » (30).
Mes enfants et mon pays, je les aime trop pour à l'extrême nécessité, les impôts détériorent
accepter passivement, lâchement que leur avenir l'industrie et réduisent le peuple au désespoir, Il n'en irait plus du seul intérêt de l'Etat et de la
ne soit détruit par certains démagogues qui nous lorsqu'ils sont exorbitants ». puissance publique en général, mais d'un intérêt
font croire que nous pourrons toujours payer· « Le législateur prudent et animé du désir de supérieur encore, celui de la nation et de notre
demain les déficits d'aujourd'hui. faire le bien de son peuple ne doit jamais perdre postérité.

(28) Bulletin for International Fiscal Documenta- (29) Jean-Pierré' Gaudard, Les valseuses de la BmLIOGRAPHIE
tion, vol. X, 1956, pp. 258-261. République, 1984, éd. Belfond.
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TRENTE-SIXIÈME ANNÉE VIENT DE PARAÎTRE
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RECUEIL ANNUEL DE JURISPRUDENCE BELGE - J.-M. Caroit et A. Navarro, La France du gaspillage,


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FONDÉ PAR - Guy Sorman, La solution libérale, 1984, éd. Fayard.


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PAR - Philippe Auberger, L'Allergie fiscale, 1984, éd.
Calmann-Levy.
Jacques, Christian et Claude LEPAFFE
Avocats - François de Closets, Toujours plus, 1984, éd. Livre de
poche.
AVEC LA COLLABORATION DE - Arthur B. Laffer, De fiscus onder het mes, 1982, éd.
Ma~ineDEMEUR, Philippe DE PAGE, Marc G09FROID, Avocats. Acropolis.
Anmck STEIMES, Substitut du Procureur du Roi à Nivelles. - Jean-François Kahn, Complot contre la démocratie,
19'82, éd. DenoëllGonthier.
Un volume 20 x 27,5 relié toile 14.441 F (t.v.a. comprise) - Ch. Cardyn et J. Delepierre sj, Frauder ... ou payer ses
relié dos cuir 16.721 F(t.v.a. comprise) impôts, 1962, éd. Ecole supérieure des sciences fiscales.
Pour souscrire et recevoir le volume franco. il suffit d'en virer le prix au C.C.P. nO 000-0042375·83 de la Maison F. Larcier. en indiquant
au talon: « Recueil annuel de jurisprudence belqe ", édition 1985.

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