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PROCEDURE PENALE

INTRODUCTION
La procédure pénale est la matière qui organise les règles relatives à la
constatation d’une infraction, au rassemblement des preuves, et à la recherche et au
jugement des auteurs.
Cela recouvre donc deux intérêts contradictoires : la procédure pénale a pour objectif la
protection des intérêts de la société, mais elle permet aussi de garantir le justiciable
contre les erreurs judiciaires.
Selon l’intérêt privilégié, on parle de procédure inquisitoire ou accusatoire.

1°- L’encadrement politique de la procédure


pénale

Section 1 – Les modèles de procédure pénale


• LE MODELE ACCUSATOIRE

Ce modèle insiste sur la protection d’intérêts particuliers. L’accusation est portée par
la victime (preuves) et la personne mise en cause doit montrer qu’elle n’a pas commis
l’infraction.
Le juge, lui, n’a qu’un rôle d’arbitre. Dans ce système, il n’a pas pour mission de
découvrir la vérité, il doit juste s’assurer que les débats se déroulent loyalement. Il ne
peut donc pas demander une expertise ou appeler un témoin non cité à comparaître.
Trois caractéristiques du modèle accusatoire :
- oralité
- publicité
- contradictoire

• LE MODELE INQUISITOIRE

A l’inverse, ce modèle protège les intérêts de la société. Les poursuites sont


engagées par un organe d’Etat : le Ministère public. En principe, les preuves ne sont pas
apportées par les parties, mais par le Procureur de la République au cours de l’enquête et
par le juge d’instruction dans le cadre de l’information judiciaire.
Le juge a pour mission de découvrir la vérité, et il peut donc provoquer d’autres preuves :
témoins, expertises…
Trois caractéristiques du modèle inquisitoire :
- écrit
- secret
- non contradictoire

Section 2 – Le modèle français de procédure pénale

On dit souvent qu’il est inquisitoire, et il est vrai que ce fut longtemps le cas.
L’ordonnance de 1670 l’était de façon certaine puisqu’elle sacrifiait tous les droits de la
défense pour les besoins de l’instruction.
La Révolution a voulu faire table rase de ces méthodes anciennes (les aveux étaient
régulièrement obtenus par la question), et a instauré un modèle plus accusatoire par la
loi du 08/10/1789. Mais des troubles apparaissant, des caractères inquisitoires ont été
ajoutés. Cela a conféré un caractère mixte au modèle.

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Ainsi, la phase d’instruction est inquisitoire (ex : instruction est secrète) avec quelques
éléments accusatoires (ex : loi du 15/06/2000 a renforcé la présomption d’innocence),
tandis que la phase de jugement est plutôt accusatoire (ex : oral, contradictoire) avec des
tendances inquisitoires (ex : huis clos).

2°- L’encadrement processuel de la procédure


pénale

La loi n’a pas tous les droits ! Des principes directeurs de procédure pénale, qui avaient
été dégagés par la jurisprudence du Conseil constitutionnel et la CEDH, ont été insérés
dans la loi du 15/06/2000.

Section préliminaire – Les sources de procédure pénale


• LES SOURCES NATIONALES

- La constitution du 04/10/1958 ainsi que le bloc de constitutionnalité énumèrent les


grands principes gouvernant notre procédure pénale : droit à la sûreté (art 2 CESDH),
présomption d’innocence (art 9), et mise en cause du Chef de l’Etat et des membres du
Gouvernement.
- La loi et notamment le Code de Procédure Pénale, mais aussi le Code des douanes
et le Code d’entrée et de séjour des étrangers.
- Les sources non codifiées : ordonnance du 02/05/1945 sur la protection de l’enfance.

• LES SOURCES INTERNATIONALES

Cadre universel :
- La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1948 qui prévoit le droit à
un procès équitable. Toutefois, pas de valeur contraignante, simple valeur politique et
morale.
- Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques de 1968 qui lui aussi
prévoit le droit à un procès équitable. Il a lui valeur contraignante et est d’application
directe (peut être invoqué devant les tribunaux français).

Cadre régional :
Attention, l’Europe recouvre deux réalités différentes : l’UE et le Conseil de l’Europe
(CEDH). Dans ce deuxième cas, il ne faut surtout pas parler de droit communautaire !
- Dans l’Union européenne, le Traité d’Amsterdam de 1997 a prévu l’harmonisation et
à terme l’unification des règles de droit pénal dans l’UE. Des décisions cadre modifient
aussi souvent les règles de procédure pénale (ex : mandat d’arrêt européen).
- Le Conseil de l’Europe est également un élément déterminant de la procédure pénale
en France. Texte fondamental : Convention Européenne de Sauvegarde des Droits
de l’Homme (CESDH) de 1950 ratifiée par la France en 1976.
Elle garantit le droit à la sûreté, droit de ne pas faire l’objet d’une détention arbitraire (art
5), droit à un procès équitable (art 6), présomption d’innocence (art 6-2), droits de la
défense (art 6-3).

Influence en droit interne :


- Création par la loi du 15/06/2000 du pourvoi dans l’intérêt des droits de l’homme (art
626 s. CPP). Cette nouvelle voie de recours extraordinaire concerne l’individu condamné
au pénal en France et qui a reçu un constat de violation par la CEDH, qui pourra
désormais demander le réexamen de son affaire en droit interne.
- Abrogation de la procédure de mise en état (obligation faite à un condamné à une peine
d’emprisonnement ferme sans mandat de dépôt de se constituer prisonnier la veille de
l’examen de son pourvoi devant la Cour de cassation). La CEDH a considéré que cela
constituait une sanction disproportionnée au regard de l’importance primordiale du droit
à un juge de cassation (Khalfaoui c/ France, CEDH 14/12/1999). Cette solution a été

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respectée de façon contra legem par le Garde des Sceaux Guigou jusqu’à sa
promulgation par la loi du 15/06/2000.

Section 1 – La garantie judiciaire

Il s’agit de la garantie de l’intervention d’un membre de l’autorité judiciaire dès lors qu’un
acte est attentatoire aux libertés individuelles. Il ne s’agit pas là d’un droit au juge ! Cela
signifie qu’un acte attentatoire aux libertés doit être autorisé par un juge ou un magistrat
(magistrats du parquet ne sont pas des juges).

§1. Garantie judiciaire avant jugement

Le Conseil constitutionnel a dégagé une jurisprudence dans deux cas :


- atteinte à l’intimité de la vie privée
- atteinte à la liberté d’aller et venir

A. Atteinte à l’intimité de la vie privée

‫ ﺧ‬Dès 1977, le Conseil constitutionnel a considéré comme contraire à la Constitution (art


16) une loi qui permettait aux enquêteurs de décider d’office de fouiller des véhicules en
cas de risque de troubles à l’OP. Selon le Conseil constit, il faut pour cela avoir recours à
un magistrat. La loi du 18/03/2003 a officialisé cette jurisprudence. Il faut l’autorisation
du Procureur.
‫ ﺧ‬Idem en matière de perquisitions nocturnes (interdites entre 21h et 6h sauf exception
pour les infractions graves). Le Conseil constit a souligné que de telles perquisitions ne
pouvaient être décidées par un enquêteur en raison de l’atteinte à la vie privée (CC
16/07/1996), et qu’elles devaient être décidées par le juge des libertés et des détentions
(JLD).

B. Atteinte à la liberté d’aller et venir

‫ ﺧ‬Protection européenne : l’article 5 de la CESDH garantit le droit de sûreté. Ainsi les


Etats parties doivent motiver toute arrestation ou détention (§1) et garantir que les
prévenus soient traduits le plus tôt possible devant un magistrat (§2).
‫ ﺧ‬Protection interne : l’article 2 de la DDH garantit également le droit de sûreté. Cela a
permis de déclarer contraire à cette déclaration une loi qui permettait la détention
d’étrangers en situation irrégulière sans l’intervention d’un magistrat (CC 09/01/1980
« arrêt prévention de l’immigration clandestine »).
De même, le Conseil constit estime que la prolongation d’une garde à vue de 24h doit
être décidée par le Procureur de la République (CC 11/08/1993 « arrêt Garde à vue »).
Au-delà, l’autorisation doit provenir d’un magistrat du siège, mais pas le juge
d’instruction, soit le JLD.

§2. Le droit à un juge de jugement

A. Affirmation effective du droit au juge

‫ ﺧ‬Affirmation du droit au juge : - art 14 §1 Pacte


- art 6 §1 CESDH
- art préliminaire §1 CPP
La CEDH protège ce droit en première instance, mais également en appel et en
cassation ! C’est une extension de la portée du droit au juge.
Dans un arrêt CC 23/07/1975 « Juge unique », le Conseil constitutionnel constate la
violation d’un droit au juge naturel. Le juge naturel signifie que des personnes poursuivies
pour une même infraction et se trouvant dans la même situation doivent être jugées par
le même juge.

‫ ﺧ‬Effectivité du droit au juge : la CEDH dans un arrêt 23/02/1975 Golder c/ Royaume Uni
s’est engagée à « sanctionner » les Etats créant des obstacles injustifiés à la saisine des
tribunaux.

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Obstacle matériels : CEDH 17/01/2006 Barbier c/ France : un détenu entendait
interjeter appel, mais il n’avait pu le faire en raison de gardiens qui avaient tardé à
lui communiquer les documents nécessaires. La CEDH considère cette situation
comme contraire à l’article 6 de la CESDH.
Idem quant au coût de la procédure. Un détenu ne pouvait interjeter appel en
raison du prix fixé pour la consignation : 160000 euros pour un RMIste
(consignation = système mis en place pour limiter l’encombrement des tribunaux
et qui consiste en déposer une certaine somme garantissant le paiement
d’éventuelles amendes civiles). La CEDH, dans un arrêt Aïb-Mouthoub c/ France
28/10/1998 a considéré que la consignation doit être proportionnelle, et donc
prendre en compte les charges et revenus de l’intéressé.

Obstacles juridiques : « La justice ne doit pas dire le droit à l’égard de celui qui se
dérobe à ses commandements ». Ainsi, la France prévoyait qu’un condamné avec
mandat de dépôt qui se soustrayait à l’incarcération ne pouvait interjeter appel.
Cela constitue une sanction disproportionnée au regard du droit d’accès à un juge
d’appel selon la CEDH (Poitrimol c/ France 23/11/1993). Et si la Chambre criminelle
a résisté, elle a finalement abandonné cette décision le 30/06/1999.
Procédure de mise en état (cf Khalfaoui).
Condamnation par contumace qui interdisait tout appel. La CEDH considère cela
comme une violation du droit au juge (Mariani c/ France 31/03/2005).

B. Les qualités attendues du juge

‫ ﺧ‬Indépendance du juge : il doit être indépendant du pouvoir exécutif qui ne peut lui
dicter la solution à un litige (la France a fait l’objet d’un constat de violation car un juge
était lié par l’avis d’un ministre : Beaumartin c/ France CEDH 1994).
Il doit également être indépendant du pouvoir législatif (Zielinski et autres c/ France
28/10/1999).

‫ ﺧ‬Impartialité du juge : cette qualité est attendue du juge professionnel comme du juge
non professionnel (ex : juré d’assises).
La CEDH distingue entre impartialité objective et subjective (Piersack c/ Belgique
01/10/1982).

Impartialité subjective : état d’esprit du juge qui entre dans la salle d’audience. Il
ne doit pas avoir de parti pris (ex : Remli c/ France 23/04/1996, un juré d’assises
raciste qui juge un algérien). Elle est présumée.

Impartialité objective : renvoie à la théorie des apparences. Cela signifie qu’en


apparence le juge doit être impartial. Incidence importante en cas de cumul de
fonctions par un magistrat dans une même affaire (juge d’instruction devenu
magistrat du siège).
La même solution est retenue par Crim 24/05/2005 mais la Cour de cassation
prohibe seulement le cumul d’un magistrat qui aurait auparavant eu à se
prononcer sur la valeur des charges pesant sur le suspect (pré jugement). C’est le
cas des magistrats du parquet et du juge d’instruction, mais pas du JLD.
Cf. doc. 6 : Crim 27/10/2004.

Section 2 – Les garanties liées à l’organisation et au


déroulement de la procédure
§1. Les garanties structurelles

A. La publicité des débats judiciaires

Principe fondamental selon la CEDH dans la mesure où il permet de protéger les


justiciables contre les errements d’une justice secrète, et qu’il constitue le meilleur
moyen de préserver la confiance des justiciables dans leurs cours et tribunaux. La
violation du principe est donc sanctionnée.
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En France, la CEDH est surtout intervenue dans des procédures disciplinaires (ex : Conseil
de l’ordre des médecins, CEDH Diennet c/ France 26/09/1995, condamnation pour
violation de l’art 6).

Mais aucune condamnation n’est encore intervenue en matière de procédure pénale, bien
que des requêtes aient été formulées. En effet, la CEDH accepte que des limites soient
posées au principe, soit pour des considérations d’OP (anonymat d’agents infiltrés), soit
pour des considérations d’ordre privé (huis clos pour agressions sexuelles).
Mais surtout, la CEDH a une approche différenciée quant à la publicité selon qu’on se
situe :
• En 1ère instance et en appel : il s’agit de juger les FAITS et donc la CEDH exige
que soit satisfait le principe de publicité.
• En cassation : comme on juge le DROIT, le principe de publicité peut ne pas être
respecté car les justiciables ne sont pas de grands techniciens du droit (CEDH
Fontaine et Bertin c/ France 08/07/2003).

B. Le droit à être jugé dans un délai raisonnable

La CESDH en prévoit deux types :


• Art 5 § 3 : délai raisonnable de la détention avant jugement.
• Art 6 § 1 : délai raisonnable de la procédure dans sa globalité.

Il faut se poser deux questions :

‫ ﺧ‬Détermination de la période à prendre en considération : si le point d’achèvement ne


pose pas de difficultés, le point de départ est plus incertain. Au moment où l’infraction a
été constatée, ou au moment où le requérant est placé en position d’accusé ?
L’art 6 retient la seconde proposition, privilégiant le moment où le requérant est placé en
position « d’accusé » (au sens large de la convention, tandis qu’en droit français le terme
n’existe qu’en droit criminel, devant la Cour d’assises), donc de suspect.

‫ ﺧ‬Appréciation du caractère raisonnable ou non de la durée de la procédure : la CEDH


applique 3 critères :
• complexité de l’affaire
• attitude de l’autorité judiciaire
• attitude du requérant (recours dilatoires)
La CEDH ajoute parfois un 4ème critère qui réside dans l’enjeu du litige. Il est très peu
appliqué, et que dans des domaines où l’Etat devait aller plus vite que d’habitude (ex :
affaire vitale telle que l’affaire des hémophiles contaminés par le HIV et dont on devait
reconnaître le statut de victime CEDH Mocie c/ France 08/04/2003).

§2. Les garanties fonctionnelles

A. L’équilibre des parties

Aussi appelé principe « d’égalité des armes ». Il implique la reconnaissance à toute partie
d’une possibilité raisonnable de présenter sa cause dans des conditions qui ne la placent
pas dans une situation de net désavantage par rapport à son adversaire.
Ce principe ne doit pas donner lieu à des applications systématiques (CA Paris,
04/04/2001 : l’erreur de menuisier, càd le fait que le Ministère Public soit sur une estrade,
ne porte pas atteinte à l’équilibre des parties).

• DROIT A L’INFORMATION DONT BENEFICIENT LES PARTIES

‫ ﺧ‬Droit à la connaissance : selon la jp de la CEDH (art 6 § 3 a), cela implique pour la


personne mise en cause de connaître la nature et la cause de l’accusation. Non
seulement il doit connaître les faits portés à sa charge, mais il doit aussi être informé de
la qualification juridique de ces faits (CEDH Pelissier et Sassi c/ France 25/03/1999 : sur
les requalifications clandestines. Une personne était mise en examen pour banqueroute
et se voyait condamné pour complicité de banqueroute).
Cette décision a modifié la jp française qui autorisait la requalification clandestine (Crim
07/02/2006 doc. 9).

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‫ ﺧ‬Droit de communication : toutes les parties doivent pouvoir prendre connaissance
des pièces et documents versés au dossier. La question de conventionalité de la
procédure devant la Cour de cassation a été posée sur deux points :

Communication du rapport du conseiller rapporteur : longtemps le rapport n’était


communiqué qu’à l’avocat général mais pas aux parties privées. Constat de
violation de l’équilibre entre les parties selon la CEDH (Reinhardt et Slimane-Kaïd
c/ France 31/03/1998). Suite à cela, la procédure française a été modifiée : la 1ère
partie est communiquée à tous, la 2ème qu’aux juges.

Réquisitions de l’avocat général : avant elles étaient communiquées au juges mais


pas aux parties privées, qui elles devaient communiquer leurs mémoires aux juges
mais aussi à l’avocat général. Rupture d’égalité ! (même arrêt). Depuis, l’avocat
général (représentant du parquet près de la Cour de cassation) communique aux
parties la teneur de sa réquisition, et ils peuvent répliquer grâce à des notes en
délibéré.

‫ ﺧ‬Droit à la confrontation : (art 6 § 3 d) la personne mise en cause doit pouvoir citer les
témoins à charge et discuter leur témoignage (= principe du contradictoire). Mais ce droit
renvoie aussi au droit d’information car pour que le contre interrogatoire soit réellement
efficace, il faut que le défendeur connaisse l’identité du témoin. A défaut, la personnalité
du témoin disparaît (CEDH Kostovski c/ Pays Bas 20/11/1989).
Mais la CEDH admet parfois le recours à des témoignages anonymes (ex : considérations
liées à l’intérêt privé pour le témoin qui risque des représailles). Toutefois, encadrement :
• qu’à au moins un moment de la procédure, le témoin anonyme ait été confronté
à la personne mise en cause.
• et la CEDH refuse qu’une décision de condamnation puisse se fonder
exclusivement sur les déclarations d’un tel témoin (ce ne peut être la seule preuve
à charge). C’est donc la résurgence de l’ancien droit de la corroboration (CEDH
Saïdi c/ France 20/09/1999).

• RESPECT DU CONTRADICTOIRE

Ils doivent pouvoir discuter de ces informations fournies dans le dossier. La participation,
longtemps acceptée, de l’avocat général au délibéré de la Cour de cassation a fait l’objet
de contestations. En effet, il pouvait soutenir son argumentation une seconde fois en
l’absence des parties privées (constat de violation de l’art. 6 CEDH Delcourt c/ Belgique
17/01/1970, CEDH Fontaine et Bertin c/ France 08/07/2003). Pratique abandonnée depuis.

B. Les droits de la défense

Principe conventionnel (art. 6 § 3 CESDH), et principe fondamental reconnu par les lois de
la République selon le Conseil constitutionnel (CC 19-20/01/1981 dite « sécurité et
liberté »).

• DROIT DE DISPOSER DU TEMPS ET DES FACILITES NECESSAIRES A L’ELABORATION DE SA


DEFENSE

Art 6 § 3 b. Impose à l’autorité judiciaire de mettre à la personne mise en cause un laps


de temps pour qu’il puisse préparer sa défense. Elle doit en plus disposer des moyens
matériels et techniques permettant de contester sa mise en cause.
Cela explique donc la possibilité qui lui est faite de demander au juge d’instruction la
réalisation de tout acte utile à la recherche de la vérité, ainsi que le fait que les
juridictions ont l’obligation d’entendre tous les témoins cités à décharge (Crim.
09/11/2005, Crim. 26/03/2006 doc. 11).
Ce principe est parfois malmené et la CEDH n’hésite pas à constater la violation de l’art. 6
(CEDH Makhfi c/ France 19/10/2004 : affaire criminelle dans laquelle le défenseur avait dû
plaider devant la Cour d’assises à 4h du matin après 14h de débats, en respect du
principe de continuité des débats devant la Cour d’assises. La seule limite au principe est
la fatigue des jurés. L’avocat avait demandé une suspension, mais elle avait été refusée
car les jurés se jugeaient toujours aptes. Constat de violation par la CEDH). La Chambre

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criminelle résiste à cette vision car elle considère qu’il n’y a pas d’atteinte au principe
(Crim 10/11/2004 doc. 12).

• DROIT A L’ASSISTANCE D’UN AVOCAT

Art 6 § 3 c. En fait, cet article prévoit le droit pour la personne mise en cause de se
défendre elle-même, puis le droit à la présence d’un avocat. La CEDH impose aux Etats
de garantir la présence d’un avocat quand l’accusé ne dispose pas de l’expérience ou,
même si c’est le cas, si l’affaire est particulièrement complexe (attention, cela ne signifie
pas le droit à l’assistance gratuite d’un avocat. Pour cela, il faut manquer de ressources).

Ce droit joue non seulement pendant la phase de jugement (audience), mais aussi
pendant la phase préparatoire (enquête) :

‫ ﺧ‬Ainsi, le CE a annulé la circulaire Garde des Sceaux du 02/09/04 relative à la


comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC) en application de ce
principe, car la circulaire prévoyait que la CRPC pouvait intervenir pendant la GàV. Or,
l’avocat n’est pas présent à tout moment au cours de la GàV, et la proposition de CRPC
doit être faite en sa présence (CE 26/04/2006, Syndicat des avocats de France doc. 14).

‫ ﺧ‬Dans la phase d’audience, la CEDH est allée plus loin en consacrant le droit à la
représentation par un avocat (≠ assistance, où le client doit être présent !). CEDH Van
Belt c/ France 28/05/2000 : la question était posée quant à la conventionalité d’anciennes
dispositions du CPP qui empêchaient le prévenu et l’accusé absents de se faire
représenter par un avocat. La CEDH a constaté la violation du principe en jugeant la
sanction disproportionnée.
En conséquence, la Cour de cassation s’est inclinée et a admis le droit de représentation
en l’absence du client (Ass. Plén. 02/03/2001). Cette jp contra legem a été officialisée par
la loi du 02/03/2004. Cette disposition est toutefois contestable eu égard au principe du
contradictoire, et cette jp va à l’encontre de notre système pénal qui recherche la
VERITE ! Il faut une personne présente au moment de l’infraction.

Section 3 – Les principes directeurs relatifs à la preuve


pénale
Il n’y a pas de théorie générale de la preuve pénale dans le CPP. C’est donc la jp qui a dû
développer ces principes directeurs, notamment à partir de l’art. 427 CPP.

§1. La charge de la preuve

En principe il appartient à l’accusation de prouver la culpabilité du prévenu. Mais la


question prend une acuité particulière quand l’accusation doit renverser la présomption
d’innocence (prévue à l’art 2 de la CESDH et par l’art. 9 de la DDHC).
Celle-ci est en pleine mutation, devenant de plus en plus un droit matériel et non plus
processuel : droit à ne plus être présenté comme coupable.

A. Le droit à la présomption d’innocence : un droit processuel

L’accusation doit prouver la culpabilité, et en cas d’insuffisance de preuves, le doute


profite à l’accusé (in dubio pro reo). La personne mise en cause ne doit pas prouver son
innocence, et il ne doit pas participer à la procédure. Ainsi, il n’a pas l’obligation de parler
(droit au silence du suspect) en application du droit à ne pas contribuer à sa propre
incrimination. Ce droit au silence est déduit par la CEDH de la présomption d’innocence,
tout en considérant que l’exercice de ce droit peut constituer une preuve à charge (ex :
pas d’alibi = aveu implicite de culpabilité).
Attention, la CEDH refuse qu’une condamnation résulte exclusivement du silence de
l’accusé. Il faut corroborer (CEDH Condron c/ Royaume Uni 02/05/2000).

Le droit à la présomption d’innocence connaît des exceptions, et notamment la


présomption de responsabilité pénale ou dites de culpabilité (ex : le Code des douanes

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présume coupable de contrebande celui qui est trouvé en possession de marchandises
importées et non déclarées).
Cette atteinte est admise par la CEDH à deux conditions (CEDH Salabiaku c/ France
07/10/1988):
• Ces présomptions doivent préserver les droits de la défense (présomption ne
doit pas être irréfragable).
• Elles doivent prendre en compte l’enjeu du litige (donc pas possible pour des
infractions faisant encourir de lourdes peines, et donc à fortiori en matière
criminelle).
Même conditions pour le Conseil constitutionnel (CC 16/06/1999 « délit de grande
vitesse »).

B. Le droit à la présomption d’innocence : un droit substantiel

La champ d’application a été progressivement étendu, suite à l’arrêt CEDH Allemet de


Ribemont c/ France 10/02/1995 qui mettait en cause un Ministre de l’Intérieur français qui
avait prononcé à la télévision un accusé coupable des faits qui lui étaient reprochés. A la
suite de cet arrêt, un arsenal juridique s’est développé pour prévenir, réparer et réprimer
les atteintes à cette présomption.

• LA PREVENTION DES ATTEINTES

‫ ﺧ‬Procédure de référé présomption d’innocence (art. 9-1 al 2 Cciv) : « le Président du TGI


peut prescrire toute mesure utile afin de faire cesser une atteinte à la présomption
d’innocence et donc pour éviter son aggravation » (ex : communiqué). L’atteinte dans ce
cadre est le fait de présenter publiquement comme coupable une personne pour des faits
objets d’une enquête de police ou d’une information judiciaire.

‫ ﺧ‬Fenêtre d’information (loi du 15/06/2000) : permet au Proc. Rép. De rendre publics des
éléments objectifs tirés d’une procédure pénale en cours, afin d’éviter la propagation
d’informations parcellaires ou inexactes (art. 11 CPP : exception au secret de l’enquête).

‫ ﺧ‬Port des menottes et entraves (art. 803 CPP) : Selon l’alinéa 1, les policiers et
gendarmes ne peuvent y recourir qu’à l’égard des personnes dangereuses pour elles-
mêmes ou pour autrui, et celles dont il y a à craindre un risque de fuite. L’alinéa 2
dispose que les enquêteurs doivent prendre toute mesure utile pour éviter la fixation de
l’image d’une personne menottée ou entravée.

• LA REPRESSION DES ATTEINTES

Le vecteur principal des atteintes est la presse, donc la plupart des dispositions sont dans
la loi du 29/07/1881 relative à la liberté de la presse.
Ces entraves à la liberté d’expression sont tolérées par la CEDH à condition qu’elles
soient justifiées par un intérêt légitime et que les sanctions de ces infractions soient
proportionnées.
Ainsi, l’art 35 ter érige en délit puni d’une amende de 15000 € le fait de diffuser par
quelque moyen que ce soit et sans le consentement de l’intéressé l’image d’une
personne mise en cause dans une procédure pénale, faisant apparaître soit que cette
personne est menottée ou entravée, soit que cette personne est placée en détention
provisoire.
Même sanction quant au fait de réaliser, diffuser ou commenter un sondage d’opinion
relatif à la culpabilité d’une personne mise en cause, et non définitivement condamnée.

• LA REPARATION DES ATTEINTES

‫ ﺧ‬Réparation morale : art. 177-1 CPP prévoit que la personne qui bénéficie d’un non lieu
peut obtenir de la juridiction d’instruction qu’elle ordonne la publication de cette décision
ou d’un communiqué. Les frais de publication incombent à l’Etat. Attention, ne désigne
pas la relaxe ni l’acquittement !

‫ ﺧ‬Réparation pécuniaire : art. 149 CPP permet à la personne qui a fait l’objet d’une
détention et qui a bénéficié d’un non lieu, d’une relaxe ou d’un acquittement de
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demander la réparation de son préjudice. Il faut s’adresser au 1er Président de la CA, avec
recours possible devant la Commission nationale d’indemnisation des détentions
injustifiées.
Et l’art 800-2 CPP prévoit que la personne qui a fait l’objet d’une poursuite et a bénéficié
d’un non lieu, d’une relaxe ou d’un acquittement peut obtenir réparation de son préjudice
par la juridiction qui a prononcé la relaxe, l’acquittement ou le non lieu.

§2. Les modes de preuve

Il existe un principe fondamental de liberté de la preuve, toutefois encadré par le principe


de légalité de la preuve en raison de l’objet de la matière répressive.

A. Le principe de liberté de la preuve

Il a été dégagé par la jp à partir de l’art. 427 CPP : « les infractions peuvent être établies
par tout mode de preuve ». Ce principe marche tant au niveau correctionnel que criminel
(témoignages, Pvs, aveux…).
Ce principe connaît toutefois quelques exceptions. Ainsi l’art. 537 al 1 CPP dispose que
les contraventions ne peuvent être prouvées que par des PV de police ou à défaut par
témoins. Des indices ne suffiront pas, ni même les aveux du contrevenant (Crim,
16/03/2005 cf. fascicule).

B. Le principe de légalité de la preuve

Ce principe n’est pas prévu dans le CPP en tant que tel. On trouve des dispositions
éparses y faisant référence. Ex : art. 81 al 1 CPP : « le juge d’instruction instruit
conformément à la loi ».

1. Les deux aspects du principe

• LA LEGALITE DANS LA RECHERCHE DE LA PREUVE

‫ ﺧ‬Les procédés interdits : la PP est soucieuse des droits de l’Homme et donc la


recherche de la preuve ne saurait porter atteinte à la dignité de l’homme (CEDH
27/08/1992, Tomasi c/ France concernant des brutalités policières pour obtenir des
aveux. Violation de l’art 3 « interdiction des traitements inhumains ou dégradants », et
CEDH 28/07/1999, Selmouni c/ France pour des actes de torture).
De la même façon, les procédés médicamenteux sont interdits pour obtenir une preuve
(CEDH 11/07/2006 Jalloh c/ Allemagne consacrant l’interdiction de la narco-analyse. Ici,
administration forcée d’un médicament pour faire vomir le suspect qui avait ingéré les
sachets d’héroïne qu’il était en train de vendre. Violation de l’art. 3).
Idem quant à l’hypnose car la personne n’a pas conscience de ce qu’elle dit, ce qui
représente donc une violation potentielle du droit de ne pas s’auto incriminer (Crim,
12/12/2000 confirmé par Crim, 28/11/2001).
Enfin, interdiction de recourir à des méthodes d’investigation portant atteinte aux droits
de la défense. Donc interdiction d’utiliser comme preuve les échanges écrits ou oraux
entre un avocat et son client.

Existe-t-il en procédure pénale un principe de loyauté ? Plus ou moins, mais on ne peut


pas vraiment parler de principe, plutôt de règle. La loyauté s’envisage de façon différente
selon la personne qui recherche la preuve.

Pour le juge : la preuve obtenue de façon déloyale ne peut être versée au dossier.
Un juge renie sa fonction s’il triche (Ch. Réunies, 31/01/1888, Affaire Wilson).

Pour les enquêteurs : même règle de loyauté. Cela signifie que ne peut pas se
faire passer pour une fille pré-pubère sur internet pour débusquer un pédophile.
Un arrêt semble jeter un doute sur ce point (Crim, 13/10/2004 doc. 16 : affaire des
paillotes corses. Enregistrement clandestin entre un gendarme et un préfet.
Elément déclaré recevable même s’il a été obtenu de façon déloyale. Remise en
cause du principe ? Pas vraiment car il était considéré ici que le gendarme agissait
en tant que particulier. Donc OK).

9
En fait, ces procédés sont interdits sauf si la loi les autorise (ex : opérations
d’infiltrations dont les dispositions ont été élargies par la loi du 09/03/2004 en
matière de drogue et de criminalité organisée). Voir art. 706-72 et 706-73 CPP, et
régime juridique à l’art. 706-89 CPP.
Toutefois, le législateur opère une distinction entre la provocation de la preuve
(admise et objet même de l’infraction), et la provocation à l’infraction (trop
déloyale). Distinction soufflée par la CEDH au législateur (CEDH 09/06/1998,
Texeira de Castro c/ Portugal).

Pour les particuliers : la situation est différente. En effet, ils ne peuvent avoir
recours à des pouvoirs coercitifs (prérogatives de puissance publique), donc la jp
admet qu’ils aient recours à des méthodes déloyales de recherche et d’obtention
des preuves. Ainsi, le gérant de grande surface peut produire la vidéo d’une
caissière pour établir le vol, et ce même à son insu (Crim, 11/02/1992).
La Cour admet également le recours au testing (Crim, 11/06/2002). Méthode
officialisée par la loi sur l’égalité des chances du 31/03/2006 – art. 225-3-1 CPP.
Mais plus que cela, la jp admet même que les particuliers aient recours à des
méthodes illégales (preuves volées. Crim, 30/03/1999) dès lors qu’elles ont pu
être discutées contradictoirement devant un juge.
= Le principe du contradictoire prime sur celui de légalité de la preuve.

‫ ﺧ‬Les procédés réglementés : il n’est pas possible de prévoir tous les types
d’investigation recevables, d’où le principe de liberté de la preuve. Néanmoins, dès
qu’une méthode d’investigation porte atteinte aux droits et libertés, il faut qu’elle soit
autorisée par la loi. Donc en procédure pénale, tout ce qui porte atteinte aux droits et
libertés est interdit (ex : sonorisations). La loi du 09/03/04 l’autorise.
Si le principe n’est pas respecté, la nullité est encourue, et le juge ne peut fonder sa
décision sur un tel acte.

2. Les nullités de procédure (sanctions)

• LES CAUSES DE NULLITE

‫ ﺧ‬Les causes de nullité textuelles : art. 802 pose le principe selon lequel il n’y a pas
de nullité sans texte. Il va donc falloir vérifier que pour l’irrégularité invoquée, la sanction
prévue par le législateur est la nullité. Il y en a d’innombrables, mais retenons celle faite
en matière de perquisitions (art. 59).
Ex. d’absence de nullité : obligation faite aux OPJ d’informer immédiatement le Proc. Rép.
De la découverte de l’identité d’un suspect dans le cadre d’une enquête préliminaire. En
l’absence de précision, pas de nullité (Crim, 23/08/2005). Idem pour l’obligation faite aux
enquêteurs d’indiquer dans les PV la teneur des questions auxquelles il a été répondu
(Crim, 21/09/2005 cf. doc. 19).

‫ ﺧ‬Les causes de nullité substantielles : art. 802 et 170 CPP. Aussi appelées causes de
nullité virtuelles. Elles permettent à la jp de considérer qu’une irrégularité doit entraîner
la nullité d’un acte (sans texte). Pour ce faire, la jp qualifie certaines règles de PP comme
fondamentales, essentielles et substantielles pour lesquelles malgré le mutisme du
législateur la sanction doit être la nullité (casuistique).
Cette règle ne fait qu’encourir la nullité !

• LA MISE EN OEUVRE DES NULLITES

Il y a une exigence de grief (art. 802). Règle issue des lois du 04/01/1993 et 24/08/1993
selon lesquelles il ne peut y avoir de nullité des irrégularités des PP lorsque celle-ci n’est
pas essentielle. Pour obtenir l’annulation d’un acte litigieux, il faut donc prouver
l’existence d’un préjudice.

Il existe cependant de nullités d’OP qui entraînent la nullité de la PP sans qu’il y ait
nécessité d’un grief (Crim, 28/02/2006, doc. 20). Et la jp a dégagé des nullités assimilées
à des nullités d’OP (donc dispensées de grief) : les irrégularités qui portent
nécessairement atteinte aux droits de la défense.

1
0
Ex : règle de notification immédiate des droits au gardé à vue. A défaut, il ne peut
invoquer ses droits.
Ex : règle selon laquelle la partie mise en cause doit toujours parler en dernier à
l’audience. Règle fondamentale dont la violation entraîne nécessairement une atteinte
aux droits de la défense (Crim, 07/07/2005 doc. 21).

Attention : des revirements sont toujours possibles. Ainsi, en matière de perquisitions


où il faut désormais prouver un grief (Crim, 15/06/2000 : perquisition en l’absence de
témoins et du maître des lieux. Avant, cela aurait entraîné la nullité d’OP de la PP).
Parfois, le législateur va plus loin en interdisant aux juridictions de prononcer une nullité,
non-obstant une irrégularité. Ainsi la loi du 09/03/2004 qui disposait que les actes réalisés
dans le cadre d’une loi dérogatoire ne peuvent être annulés, même si après les faits, ils
sont requalifiés en infraction de droit commun.
Censure du CC (CC 02/03/2004 et Crim, 31/06/2006 doc. 23) qui admet la requalification
à condition qu’au moment de la qualification des faits, on ait pu penser à l’existence
d’une bande organisée. Ce faisant, le CC censure les détournements de procédure.

• LES EFFETS DES NULLITES

Elles peuvent porter sur l’ensemble de l’acte de PP (auquel cas il est retiré) ou que sur
une partie (cancellation des éléments irréguliers avec un marqueur).
Quelle est l’étendue de la nullité sur les actes subséquents ?
La jp souhaite pérenniser la procédure. Selon la chambre criminelle, la nullité d’un acte
n’entraîne l’annulation des actes ultérieurs que s’ils trouvent un support nécessaire dans
l’acte annulé.
Ex : arrestation en flagrant délit, et mise en GàV. Pendant la GàV, le suspect révèle
l’identité d’un complice chez qui on perquisitionne. Si la GàV est annulée pour absence de
lecture des droits, la perquisition doit l’être aussi car elle est fondée sur la GàV.
En revanche, si arrestation en flagrant délit, et mise en GàV puis perquisition du domicile
du gardé à vue chez qui on trouve des éléments pour identifier un complice, qui avait
déjà été nommé en GàV, l’annulation de l’arrestation (pas de la GàV) entraîne-t-elle
l’annulation de la 2nde perquisition ? Non car elle est fondée sur les éléments trouvés au
domicile du gardé à vue.
Quand un acte irrégulier est annulé, le juge ne peut y puiser aucune
information et ne peut fonder sa décision dessus.

§3. La valeur des preuves

Art. 427 CPP : le juge décide d’après son intime convictions (idem pour la Cour d’assises
art. 353 CPP).

A. La signification du principe

Le juge statue en conscience, au regard des impressions qu’ont provoqué sur sa raison
les éléments de preuve débattus devant lui. Ce principe, aussi appelé système de preuve
morale, s’oppose au système de l’ancien droit (système de preuve légale) qui consistait à
opérer une tarification préalable des preuves (ex ordonnance de 1670 : pas de
condamnation possible que sur la base d’un seul témoin). Système abandonné à la
Révolution, en même temps que la torture.
Aujourd’hui l’aveu existe, mais il n’a pas de valeur prépondérante.
L’intime conviction signifie : un jugement en conscience, une rupture avec l’ancien droit
et l’effectivité de la séparation des pouvoirs.

B. Les nuances apportées au principe

‫ ﺧ‬La limite : l’obligation de motivation : le juge motive sa décision pour éviter


l’arbitraire. Cette obligation n’implique pas que le juge doit indiquer pourquoi il a penché
dans un sens, mais quelles sont les preuves qui lui ont permis de statuer dans ce sens.
Donc l’intime conviction ne peut être qualifiée de mode de preuve ! C’est une méthode
d’appréciation de la preuve, obtenue légalement.
Cette obligation de motivation est elle-même limitée. Ainsi, les verdicts de Cour d’assises
n’ont pas à être motivés car :
- le jury est supposé souverain et infaillible
1
1
- difficulté de dégager une motivation commune à 12 jurés (15 en appel).
Cette absence de motivation n’est pas vue par la CEDH et Crim. comme une violation au
droit à un procès équitable duquel on a déduit l’obligation de motivation car elles
décèlent un semblant de motivation dans les réponses aux questions posées au jury,
élaborées par le Président de la Cour d’assises à partir de la décision de renvoi, qui elle-
même est motivée (CEDH 09/12/1994, Ruiz Torija c/ Espagne).

Par un arrêt en date du 19 janvier 2011, la chambre criminelle de la Cour de cassation vient de
renvoyer au Conseil constitutionnel la question prioritaire de constitutionnalité portant sur la
motivation des arrêts d'assises.

Cette décision de transmission s'inscrit dans la lignée de la jurisprudence de la Cour européenne des
droits de l'Homme qui s'était prononcée, dans un arrêt Taxquet / Belgique du 16 novembre 2010, et
avait affirmé que l'accusé doit pouvoir bénéficier de garanties procédurales suffisantes pouvant
consister en des questions précises, non équivoques soumises au jury, de nature à former une trame
apte à servir de fondement au verdict ou à compenser adéquatement l'absence de motivation des
réponses du jury.

Mais par une décision n° 2011-113/115 QPC du 1er avril 2011, le Conseil constitutionnel a décidé que
les articles visés par la question prioritaire de constitutionnalité étaient conformes à la Constitution.

‫ ﺧ‬Les exceptions au principe :

En faveur de la personne mise en cause : résurgence de la corroboration


(obligation de rajouter des éléments à certains éléments de preuve). Un juge ne
peut pas condamner en l’absence d’autres éléments, même s’il est convaincu de
la culpabilité.

En défaveur de la personne mise en cause : s’agit de l’art. 537 al. 2 CPP qui
prévoit que les PV en matière correctionnelle font foi jusqu’à preuve du contraire,
qui ne peut être rapportée que par écrit ou par témoin. Donc un juge convaincu de
l’innocence d’un prévenu ne peut pas le relâcher sans écrit ou sans témoin (cf.
doc. 24 et 25).

THEME 2 : LES ENQUETES

1°- La police judiciaire

La PJ est un auxiliaire très important de la justice répressive avant et après l’ouverture


d’une information judiciaire.
Avant : le rôle de la PJ est de constater les infractions, de rechercher les preuve, et
d'identifier les auteurs, et donc d’apporter au magistrat les éléments nécessaires dans
l’appréciation des suites à donner à l’affaire. Ils permettent donc au Proc. Rép. d’exercer
en connaissance de cause son pouvoir de poursuivre.
Après : leur rôle est fondamental car le CPP fait de la PJ l’organe qui seconde le
magistrat dans ses investigations.

Section 1 – La nomenclature

La PJ est composée de deux corps principaux : la police nationale (Min. Int.) et la


gendarmerie nationale (Min. Déf.). Cette dualité de direction peut mener à des conflits.
Donc la loi du 18/03/2003 a officialisé les GIR (groupements d’intervention régionaux)
pour la criminalité et la délinquance organisée, sous l’autorité du préfet et donc du Min.
Int. (loi Sarkozy, on n’est jamais mieux servi que par soi-même).
1
2
Art. 15 CPP : on constate que la PJ est composée d’officiers de PJ, d’agents de PJ, d’agents
de PJ adjoints, et d’autres personnes.

‫ ﺧ‬Les OPJ : art. 16 CPP : - maires et adjoints


- directeurs et sous-directeurs de la police nationale et de la
gendarmerie nationale
- officiers et gradés de la gendarmerie nationale
- fonctionnaires de police titulaires du corps d’encadrement
et de commandement ayant fait l’objet d’une habilitation
personnelle par le Proc. Gén. près la CA (commissaires et
lieutenants de police).

La liste n’est pas complète. Il faut ajouter deux magistrats : le Proc. Rép. et le Juge
d’instruction. Ce n’est pas précisé, mais cela va de soi au vu de leurs pouvoirs. Le Proc.
Rép. dirige l’enquête, et le JI dirige l’investigation.

‫ ﺧ‬Les APJ : art. 20 CPP : - sous-officiers de Gendarmerie nationale


- fonctionnaires de police (…) pas titulaires d’une habilitation
perso.

‫ ﺧ‬Les APJA : art. 21 CPP : - gardiens de la paix


- agents de police municipale

‫ ﺧ‬Autres personnes : - certains fonctionnaires (agents des douanes). Ms leurs actes


doivent être requis par le Proc. Rép. Pas de pouvoir
d’initiative.
- certains particuliers (loi 15/11/2001 sur la sécurité
quotidienne : des pouvoirs de PJ sont accordés à des
personnes collaborant à une entreprise de gardiennage ou
des surveillance). Elles peuvent procéder à des palpations de
sécurité et à des fouilles de sacs à main.

Section 2 – La compétence de la PJ
§1. Compétence matérielle

‫ ﺧ‬L’OPJ dispose de l’ensemble des prérogatives de police judiciaire. Il est donc logique
qu’il dispose d’une compétence matérielle coïncidant avec les objectifs de la PP dans sa
phase préparatoire.
• constat de l’infraction
• rassemblement des preuves
• recherche de l’auteur de l’infraction

Il a la possibilité de décider d’actes coercitifs. Ainsi, il décide seul du placement en GàV. Il


doit néanmoins informer de l’avancement de l’enquête soit au Proc. Rép, soit au juge
d’instruction (quand il agit sur commission rogatoire).

‫ ﺧ‬L’APJ doit seconder l’OPJ. Pour ce faire, il doit dresser les PV et procéder à l’audition des
personnes disposant d’informations sur l’enquête.

‫ ﺧ‬L’APJA a pour rôle de seconder l’OPJ. Sa tâche fondamentale est de constater


l’infraction, mais il n’est pas habilité à dresser un PV (sauf pour les infractions au Code de
la route).

§2. Compétence territoriale

Art. 18 CPP : « l’OPJ a compétence sur l’ensemble du département » (loi du 18/03/2003).


Auparavant, ce n’était que sur une partie du département. L’objectif est de répondre à la
mobilité croissante des délinquants.
Ont une compétence territoriale étendue :
- l’OPJ attaché à la DST (Direction de Surveillance du Territoire),

1
3
- les APJ et APJA, qui ont la même compétence territoriale que les OPJ qu’ils ont
pour mission de seconder.

La loi du 15/06/2000 a inséré dans le CPP un art. 15-1 qui institue une sorte de guichet
unique. Quand la victime d’une infraction s’adresse à un service territorialement
incompétent, cette circonstance ne peut plus lui être opposé. C’est au service qu’il
revient de faire suivre le dossier au service compétent.

L’art. 18 s’applique aussi pour étendre la compétence pour :


- l’urgence dans la poursuite des investigations ou des auteurs d’une infraction.
L’OPJ peut aller au-delà de sa compétence territoriale (sauf limites, cf. art. 18),
- tout OPJ sur réquisition du Proc. Rép. ou sur commission rogatoire du juge
d’instruction peut être habilité à agir sur l’ensemble du territoire de la
République.
- La Convention de Schengen de 1990 prévoit à l’art. 40 s. au profit des
enquêteurs un droit d’observation et de poursuite transfrontalier. Toutefois, ce
droit ne permet pas à l’enquêteur d’avoir recours à la force (atteinte à la
souveraineté des Etats étrangers). Donc l’arrestation n’est pas possible, il
faudra avoir recours aux enquêteurs étrangers.

Section 3 – Le contrôle de la PJ
La police nationale et la gendarmerie nationale, qd elles exercent une activité de police
administrative, sont placées sous le contrôle du préfet. En revanche, quand elles exercent
une activité de police judiciaire, le contrôle est exercé d’une part par le Ministère Public,
d’autre part par la Chambre d’instruction.

§1. Le contrôle exercé par le Ministère Public

A. Le contrôle exercé par le Procureur de la République

C’est le chef du parquet du TGI. Le contrôle sur la PJ résulte de l’art. 12 CPP : « le


Procureur de la République dirige les enquêtes de la police ».

Ex : • art. 78-1 CPP : lorsqu’il décide de l’ouverture d’une enquête préliminaire, le Proc.
Rép. doit fixer un délai d’exécution aux OPJ. Le même article dispose que lorsque
l’enquête préliminaire est ouverte d’office par l’OPJ, il doit informer le Proc. Rép.
au moins tous les mois de l’état d’avancement de l’enquête.
• art. 78-2 CPP : impose à l’OPJ d’informer immédiatement le Proc. Rép. quand un
suspect est identifié dans le cadre d’une enquête préliminaire.
Ces obligations ne sont pas prescrites à peine de nullité. Selon la Chambre criminelle,
toutes les investigations menées d’office par l’OPJ sans information préalable du parquet
demeurent régulières. En conséquence, elles sont interruptives du délai de prescription
de l’action publique (Crim, 01/12/2004, doc. 33).

B. Le contrôle exercé par le Procureur Général

C’est le chef du parquet de la Cour d’appel. L’art. 13 CPP permet de contrôler la PJ de


deux façons :
• parce que c’est lui qui note l’aptitude des membres de la PJ, il a donc un rôle
déterminant sur l’avancement,
• et parce que c’est lui qui délivre l’habilitation personnelle donnée aux OPJ, et
qu’il peut les retirer.

§2. Le contrôle exercé par la Chambre d’instruction

Appelée Chambre d’accusation avant la loi du 15/06/2000. C’est le second degré de


juridiction de l’instruction préparatoire. Elle connaît les appels contre les décisions du JI et
du JLD.

1
4
Autres compétences : extradition, juridiction disciplinaire des membres de la PJ (peut,
conformément à l’art. 227 CPP, décider de sanctions disciplinaires allant de
l’avertissement/blâme, à l’interdiction définitive d’exercer).
Ex : Affaire Olivier Foll, directeur de la police nationale. Il avait refusé de prêter main forte
au JI pour perquisitionner chez les époux Tibéri. Il a été retenu contre lui une interdiction
définitive d’exercer en raison de la méconnaissance de l’obligation d’obéir aux ordres du
JI (Ch. Acc. CA Paris confirmé par Crim, 26/02/1997).

2°- Le régime juridique des enquêtes

‫ ﺧ‬Enquête préliminaire : longtemps appelée « enquête officieuse » car issue de la


pratique (pas de texte), elle est destinée à permettre au Proc. Rép. de disposer de
preuves suffisantes pour prendre une décision quant aux suites à donner à l’affaire.
Finalement, le Code de 1958 la prévoit aux art. 75 s. CPP.

‫ ﺧ‬Enquête de flagrance : prévue par le Code d’instruction criminelle de 1808. Il s’agit


de l’enquête ouverte suite à la constatation d’une infraction flagrante. Ce qui la rend
particulière, c’est qu’elle autorise le recours à des méthodes coercitives de recherche de
la preuve (ce qui la différencie de l’enquête préliminaire).
Mais du coup, cela justifie qu’elle soit encadrée par le législateur :
• il confie les actes les plus coercitifs à l’OPJ (ex : GàV, révélation d’identité,
perquisitions….) en raison de sa formation et du contrôle du Proc. Rép.
• le champ d’application est limité car l’enquête de flagrance ne peut concerner
qu’un crime ou délit puni d’emprisonnement.
Cette exigence est nuancée par la jp car à l’instar du CC, la Chambre criminelle
n’annule les enquêtes de flagrance qu’en cas de détournement de procédure.
Il n’y aura pas d’annulation des actes dès lors qu’au moment de l’ouverture, on
pouvait croire qu’il y avait crime ou délit puni d’emprisonnement (Crim,
03/09/2002 doc. 34). Annulation si procédure détournée.
• l’art. 53 al. 2 limite l’enquête de flagrance à 8 jours à compter de la
constatation de l’infraction. Au-delà, il n’y a donc pas de possibilité d’actes
coercitifs car on retombe dans l’enquête préliminaire.
La loi du 09/03/2004 autorise désormais le Proc. Rép. à prolonger l’enquête de
flagrance de 8 jours supplémentaires quand l’investigation porte sur des faits
criminels ou sur un délit puni d’au moins 5 ans d’emprisonnement (art. 53 al.
3).

Donc le critère que l’on étudie pour savoir dans quel type d’enquête l’on se situe, c’est la
flagrance.

Section 1 – La flagrance

Dans le langage courant, il s’agit de l’infraction en train de se commettre.

§1. Les conditions de la flagrance

Pour la flagrance, le CPP pose deux conditions communes à tout hypothèse de flagrance.
Elle doit être préalable et objective.

‫ ﺧ‬Préalable : la constatation de l’infraction doit être préalable à l’emploi de la force, sauf


à commettre un excès de pouvoir. Dès lors, l’OPJ ne peut pas pénétrer dans un
appartement, même s’il sait que l’on s’y adonne à la torture. Il faut une enquête
préliminaire pour obtenir des preuves (Crim, 17/11/1998 doc. 36).

Attention, cela ne signifie pas que la flagrance ne peut pas être constatée dans le cadre
d’une procédure préexistante.
Ex : • pendant la perquisition chez un suspect au cours d’instruction judiciaire sur le
vol organisé, on constate des actes de torture. Peu importe que la force ait été
1
5
employée pour entrer dans le domicile car elle était justifiée par l’enquête
préexistante.
• un motard accidenté gisant sur la chaussée est fouillé par la police pour
découvrir son identité. Au cours de la fouille (opération de police administrative
destinée à éviter une aggravation de son état de santé), on trouve une arme à feu
non autorisée. Cela constitue la flagrance. Donc peu importe que l’opération soit
administrative ou judiciaire, ou même qu’il n’y ait pas d’opération, il faut un
préalable (Crim, 05/01/2005 doc. 35).

‫ ﺧ‬Objective : l’enquêteur doit, pour décider de l’ouverture d’une enquête de flagrance,


se fonder sur des éléments de preuve suffisamment tangibles.
Cela explique la jp de la Chambre criminelle qui exclut l’ouverture d’une enquête de
flagrance sur le fondement d’une dénonciation anonyme, parce qu’elle n’est pas
identifiable (Crim, 02/02/1988).
A l’inverse, une enquête de flagrance pourra être ouverte sur le fondement de la
dénonciation d’un témoin identifié car on pourra vérifier ses allégations (Crim,
01/10/2003).

§2. Les situations de la flagrance

L’art. 53 CPP en prévoit 4 depuis que la loi du 23/06/1999 a supprimé l’ancienne situation
fondée sur les réquisitions du chef de maison (possibilité d’ouverture de l’enquête de
flagrance quand une personne rentrait chez elle et découvrait une infraction). La
présomption de flagrance est supprimée.

On en compte 4, mais les 2 dernières sont des illustrations de la 2nde :


• infraction en train de se commettre. Pas de difficulté, recours à la force
possible.
• infraction qui vient de se commettre. Pb de détermination du délai entre la
commission et la constatation. Face au silence du législateur, la jp a dû se
prononcer.
Crim, 11/02/1998 : un délai de 6 jours est trop long.
Crim, 26/02/1991 : un délai de 28h est valable pour l’ouverture d’une
enquête de flagrance.
• cas de la personne qui dans un temps très voisin de l’action est trouvée en
possession d’objets laissant penser qu’elle a participé à l’infraction.
• cas de la personne qui dans une temps très voisin de l’infraction est poursuivie
par la clameur publique (« au voleur ! »).

Conclusion : parfois le législateur autorise l’ouverture d’une enquête de flagrance alors


même qu’une infraction n’a pas été préalablement constatée (art. 74 CPP).
Pendant longtemps, il n’y avait qu’une seule situation : la découverte d’un cadavre sans
qu’il soit possible de déterminer les causes de la mort.

Puis le législateur a ajouté 3 hypothèses (loi du 09/03/2004) :


• personne grièvement blessée sans qu’il soit possible d’établir l’origine de la
blessure.
• disparition d’un mineur ou d’un majeur protégé, ou disparition suspecte d’un
majeur.
• hypothèse de fuite d’une personne faisant l’objet d’un mandat d’arrêt ou d’une
condamnation pénale sans sursis d’au moins un an de prison.

Section 2 – Les actes d’enquête

Il faut distinguer les actes pouvant être faits par tous les enquêteurs, et ceux réservés
aux OPJ.

§1. Les actes exécutés par tout enquêteur

A. Le constat d’une infraction

1
6
Tout enquêteur peut constater la commission d’une infraction ayant eu lieu sur la voie
publique, dans un lieu ouvert au public, voire dans un lieu privé dès lors que l’enquêteur
y est entré légalement. Le constat de l’infraction donne lieu à la rédaction d’un PV (OPJ,
APJ) ou d’un rapport de police (APJA).

Attention : ne pas confondre constat d’une infraction et constatation ! Le constat


de l’infraction est le constat de la commission d’une infraction, tandis que la
constatation est l’opération de récolte des preuves sur les lieux d’une infraction.
Elles sont déterminantes pour l’enquête, dès lors elles ne peuvent être réalisées
que par un OPJ (assisté le plus souvent par les services techniques et
scientifiques).

B. Les contrôles d’identité

Tout enquêteur peut procéder à un contrôle d’identité. L’étude du CPP n’est pas
suffisante, il existe des dispositions spécifiques en matière de vérification des titres de
séjour des étrangers.

• CONTROLES DE POLICE GENERALE

Art. 78-2 CPP : contrôles de police judiciaire et de police administrative.

‫ ﺧ‬Contrôles de police judiciaire : art. 78-2 al. 1 : « tout enquêteur peut contrôler
l’identité d’une personne à l’encontre de laquelle existe une ou plusieurs raisons
plausibles de soupçonner soit qu’elle a commis ou tenté de commettre une infraction,
soit qu’elle se prépare à commettre un crime ou délit, soit qu’elle dispose d’informations
utiles à une enquête en cours, soit qu’elle fait l’objet d’une recherche diligentée par
l’autorité judiciaire ».

Il doit donc être motivé au regard du comportement de l’intéressé. L’enquêteur doit


motiver sa décision au regard d’indices objectifs de suspicion. La Cour de cassation
refuse donc qu’un contrôle d’identité se fonde sur une dénonciation anonyme (Civ. 1,
31/05/2005, doc. 38 arrêt 1).
En revanche, si des indices objectifs laissent penser qu’il y a un comportement suspect,
alors un contrôle est possible. Ex : fait de se dissimuler à la vue d’un véhicule de police
(Civ. 1, 17/01/2006 doc. 38 arrêt 4).
Enfin, la motivation insuffisante du contrôle entraîne sa nullité. Mais celle-ci ne saurait
affecter la validité des poursuites exercées sur un fondement indépendant (ex : délit de
rébellion, ou outrage à agent). Cela résulte de la présomption de régularité des actes.

‫ ﺧ‬Contrôles de police administrative : il en existe 3 types.

Contrôles de police administrative stricto sensu : art. 78-2 al. 3 CPP selon lequel
tout enquêteur peut contrôler l’identité de toute personne, quelque soit son
comportement, afin de prévenir un trouble à l’OP.
Mais le CC a posé une limite à ce principe beaucoup trop large (CC 05/08/1993) :
le contrôle est valable à condition qu’il soit motivé au regard des circonstances
particulières établissant un risque de trouble à l’OP. La motivation doit être
spécifique au regard des circonstances locales et temporelles, et si elle n’est pas
assez précise, le contrôle est annulé (et souvent toute la procédure).
Ex : le contrôle fondé sur la recrudescence de vols de scooters sur toute une ville
n’est pas assez précis (Crim, 12/05/1999).
Ex : en revanche, le contrôle est valable s’il est fondé sur le fait que tous les
matins entre 6h et 8h, depuis plusieurs mois, des infractions d’entrée irrégulière
sur le territoire ont été constatés (Crim, 15/01/2003 doc. 39).

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Contrôles sur réquisition du Proc. Rép. : art. 78-2 al. 2 CPP prévoit que « les
enquêteurs peuvent contrôler l’identité de toute personne sur réquisition du Proc.
Rép. ». Ces contrôles sont des opérations « coup de poing ». Parce qu’ils sont faits
sur ordre, ils n’ont pas à être motivés par les enquêteurs. En revanche, il
appartient au Proc. Rép. de limiter les contrôles à la fois temporellement et
localement, et de motiver la réalisation de ces contrôles (CC 05/08/1993).

Contrôles de police Schengen : art. 78-2 al. 4 CPP habilite tout enquêteur à
contrôler l’identité de toute personne se trouvant dans la zone Schengen,
composée des zones accessibles au public, ouvertes au trafic international : ports,
aéroports, gares. (Civ. 1, 14/02/2006 doc. 41 : gare de Poitiers Ok pour le contrôle
Schengen).
La zone est aussi composée de la zone de 20 km située en deçà de la frontière
terrestre de la France avec les Etats à la convention.
La loi du 23/01/2006 a étendu ce contrôle d’identité Schengen quand il a lieu à
bord d’un train effectuant une liaison internationale. Le contrôle est valable
jusqu’à l’arrêt du train sur le territoire français au-delà des 20 km.

• CONTROLES ET RELEVES DE POLICE SPECIALE

‫ ﺧ‬Hypothèses de contrôles :

Contrôle des titres de séjour ou de circulation d’un étranger : L 611-1 s. Code de


l’entrée et du séjour des étrangers prévoit la possibilité pour les enquêteurs de
contrôler le titre de séjour d’une personne de nationalité étrangère se trouvant sur
le territoire français.
Cela pose des difficultés car le législateur ne dit pas comment déterminer
l’extranéité de la personne ! C’est donc la jp qui a dû pallier ce mutisme.

Ce contrôle ne peut se fonder que sur des éléments objectifs déduits des
circonstances extérieures à la personne même de l’intéressé. Dès lors, le contrôle
de faciès est prohibé (fondé sur la couleur de la peau), ainsi que le contrôle sur
une personne s’exprimant en langue étrangère (Civ. 2, 14/12/2000).
Mais quand il es fondé sur des circonstances extérieures, le contrôle est valable :
personne qui sort d’une ambassade, personne circulant dans un véhicule
immatriculé à l’étranger, ou personne lisant une revue étrangère (circonstance
extérieure!).
Cette condition a été reprise par CC 13/08/1993.

Contrôle de lutte contre le travail clandestin : art. 78-2-1 CPP qui habilite les
enquêteurs, sur réquisition du Proc. Rép., à pénétrer dans des locaux
professionnels afin de contrôler l’identité des personnes s’y trouvant, et vérifier
que ces personnes ont fait l’objet d’une déclaration préalable à l’embauche.
En cas de découverte d’une autre infraction, il est possible de mener l’enquête
(flagrance).

Contrôle douanier Schengen : art. 67 quater Code des douanes habilite les agents
des douanes à contrôler l’identité des personnes de nationalité étrangère se
trouvant dans la zone Schengen. Attention : il ne s’agit que des étrangers ! Les
conditions pour déterminer l’extranéité sont les mêmes : indices objectifs se
fondant sur des éléments extérieurs à la personne même de l’intéressé.

‫ ﺧ‬Hypothèses de relevés : art. 78-6 CPP habilite les agents de police municipale à
relever l’identité des contrevenants aux arrêtés de police du maire et aux dispositions
contraventionnelles du Code de la route.
Il s’agit d’un relevé et pas d’un contrôle ! Ils ne peuvent donc les retenir contre leur gré
plus que le temps de prévenir l’OPJ, si la personne refuse le relevé d’identité. Le même
principe est posé par l’art. 529-4 CPP concernant les agents assermentés de service
public du transfert de voyageurs.

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Ex : APJ à Menton décide de contrôler l’identité d’une personne prenant des notes dans
une ruelle obscure. Contrôle régulier ?
- contrôle PJ ? Non car il n’y a pas d’infraction, ni de personne en fuite.
- contrôle PA ? Non car pas de trouble à l’OP ni de réquisition du parquet
- en revanche, nous sommes à Menton, et donc à moins de 20 km de l’Italie qui
fait partie de la zone Schengen. Le contrôle est donc justifié.

C. Les fouilles

Fouille ≠ perquisition. Il s’agit de la recherche de preuves ou d’indices partout ailleurs que


dans un domicile. Le régime des perquisitions ne s’applique donc pas : les fouilles sont
possibles à n’importe quel heure.

• FOUILLES DE PERSONNES

‫ ﺧ‬Palpations de sécurité : hypothèse la moins attentatoire aux liberté puisqu’elle exclut


tout contact avec le corps de l’intéressé. La palpation est réalisée par tout enquêteur
lorsqu’il y a :

- situation de flagrance
- risque de trouble à l’OP

Il n’y a aucune disposition relative à ces palpations dans le CPP. Il s’agit d’une création
jptielle fondée sur le contrôle d’identité (Crim, 27/09/1988).
La loi du 15/11/01 relative à la sécurité quotidienne autorise les agents de sécurité privés
à procéder à ces fouilles. Il existe des conditions : ils doivent avoir reçu une
agrémentation personnelle délivrée par le préfet et une habilitation spéciale.
La fouille doit être fondée sur des circonstances particulières montrant un risque de
trouble à l’OP. Et contrairement aux enquêteurs, les agents de sécurité privés doivent
obtenir le consentement de l’intéressé. A défaut, il doit demander l’aide des enquêteurs.

‫ ﺧ‬Fouille à corps : elle coïncide avec la notion classique de fouille, càd l’obligation de
vider ses poches, voire de se déshabiller. La décision ne peut être prise que par un OPJ et
dans le cadre d’une enquête de flagrance (Crim, 22/01/1953).
La fouille à corps ne doit pas être confondue avec la fouille à corps de sécurité qui
concerne l’hypothèse particulière de la GàV : l’OPJ peut décider de retirer au gardé à vue
les objets dangereux pour les tiers ou pour lui-même (ex : ceinture, lacets,…).

‫ ﺧ‬Fouille in corpore : prévue par l’art. 63-5 CPP. Elle est très attentatoire aux libertés et
concerne aussi le gardé à vue. L’OPJ peut le faire quand il est convaincu qu’il dissimule
dans son corps des éléments utiles à l’enquête. Evidemment, ce n’est pas l’OPJ qui
réalise l’acte, c’est un médecin.
Il existe également la fouille in corpore douanière pour les trafics de stupéfiants pour les
agents des douanes. Il faut au préalable avoir l’autorisation du JLD (art. 60-10 Code
douanes).

• FOUILLES DE BAGAGES

Il n’y a pas de spécificité par rapport au contrôle d’identité. La fouille est valable en cas
d’infraction flagrante (police judiciaire) ou en cas de risques de trouble à l’OP (police
administrative).

‫ ﺧ‬Les bagages normaux : la loi du 15/11/2001 permet à tout enquêteur et à tous les
agents de nationalité française et ressortissants communautaires désignés par les
entreprises de transport aérien ou maritime de fouiller les bagages se trouvant dans des
zones portuaires et aéroportuaires (suite aux événements du 11/09 de NY). Ces mesures
devaient être en vigueur pour une durée de 3 ans, mais elles ont été pérennisées par la
loi du 09/03/2004.

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‫ ﺧ‬Les bagages à main : la loi du 15/11/2001 prévoit comme pour les palpations que les
agents privés de sécurité peuvent procéder à une inspection visuelle ou à une fouille.
Mais pour cela il faut le consentement de l’intéressé et une habilitation spéciale. A défaut
de consentement, il faut avoir recours à un enquêteur.

• FOUILLES DE VEHICULES

La Chambre criminelle exclut l’application du droit des perquisitions à la fouille des


véhicules. Il n’y a donc pas lieu de respecter les heures légales, les fouilles de nuit sont
valables (Crim, 08/11/1979).
Mais il faut tout de même des garanties (cf. arrêt CC 12/01/1977 « fouilles de véhicule »).
La loi du 18/03/2003 a systématisé les solutions.

Attention : la loi fait application du droit des perquisitions lorsque le véhicule concerné
est spécialement aménagé aux fins d’habitation, et utilisé comme tel (art. 78-2-2 CPP).

Pour le reste, il s’applique le même régime que pour les contrôles d’identité :

 Infraction flagrante (ou une ou plusieurs raisons plausibles de le croire). La


fouille doit être motivée par le comportement du suspect (art. 78-2-3 CPP).
 Risque de trouble à l’OP (police administrative). Elle doit être motivée par l’OPJ,
mais il faut obtenir le consentement de l’intéressé. S’il ne consent pas à l’acte,
l’enquêteur peut s’adresser au Proc. Rép. pour vaincre l’opposition de
l’individu. En attendant, le conducteur peut être immobilisé, mais pas plus de
30 minutes (art. 78-2-4 CPP).
 Sur réquisition du Proc. Rép. de fouiller les véhicules se trouvant à un endroit
donné, à un instant donné. Toutefois, celle-ci ne peut concerner que des
infractions limitativement énumérées. Quand l’enquête porte sur :
• Terrorisme
• Trafic d’armes
• Trafic de stupéfiants
• Vol ou recel

D. Les arrestations

Art. 73 CPP : tout enquêteur et même tout particulier peut procéder à l’arrestation de
l’auteur d’une infraction flagrante.

Attention : il ne peut s’agir que d’une infraction flagrante ! Il ne peut donc y avoir aucune
arrestation dans une enquête préliminaire !
Pour le simple suspect, il faut recourir à la voie classique de la convocation (s’il vient, on
peut le mettre en GàV), ou du mandat de recherche (créé par la loi du 09/03/2004) par
lequel le Proc. Rép. autorise l’arrestation du suspect.

L’art. 73 CPP pose une règle fondamentale en droit pénal : c’est le fait justificatif de
l’infraction de séquestration commise par un particulier sur l’auteur d’une infraction
flagrante. Elle peut durer un très court instant. L’article justifie ce délit si :

 L’auteur a commis une infraction flagrante


 L’auteur de l’arrestation appelle immédiatement les force de l’ordre.

E. L’audition

Audition ≠ interrogatoire. Elle ne concerne que les personnes qui disposent d’informations
utiles à l’enquête, tandis que l’interrogatoire ne concerne que le suspect et ne peut être
mené que par un OPJ. Etudier l’audition mène nécessairement à étudier le secret
professionnel et les auditions de témoins.

‫ ﺧ‬Le secret professionnel : dans ce cas, la personne auditionnée est dans une position
difficile. Elle risque le délit de violation du secret professionnel (1 an et 15000 €) si elle
parle, et le délit de témoin défaillant (3750 €) si elle ne parle pas.

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Pour résoudre cette situation, il faut déterminer à quel type de secret on a affaire.

Secret relatif : il peut être opposé à tous, sauf à la justice. La personne a


l’obligation de déposer (ex : fonctionnaire, agent des douanes…)

Secret absolu : le témoin a l’interdiction de déposer (avocat, médecin, ministres


du culte dans le cadre de la confession). TC Caen, 04/09/2001 : si les informations
sont données en dehors de la confession, il a l’obligation de déposer (ex : parents
de victimes de pédophiles qui se plaignent à un évêque).

‫ ﺧ‬La protection de témoin : le témoin ayant l’obligation de déposer, la justice doit le


protéger. La protection est organisée par la loi du 15/11/2001. On distingue deux niveaux
de protection :

Pour toutes les infractions : le témoin peut être autorisé à déclarer son domicile au
commissariat ou à la gendarmerie. Il faut une autorisation du Proc. Rép.

Pour les enquêtes portant sur les crimes ou délits punis d’au moins 3 ans de
prison : le témoin pourra bénéficier de l’anonymat sur décision du JLD. Si c’est le
cas, il ne sera jamais fait référence à son identité. En cas de confrontation,
l’anonymat doit être protégé (pièce annexe et voix déformée). Toutefois, aucune
condamnation ne peut se fonder exclusivement sur un témoin protégé ! Il faut
corroborer.
La révélation de l’identité d’un témoin protégé est un délit puni de 5 ans
d’emprisonnement et de 75000 € d’amende.

§2. Les actes accomplis par le seul OPJ

Les investigations matérielles ainsi que la collecte de dépositions lui sont réservées.

Sous- §1 . Les investigations matérielles

La loi du 09/03/2004 a quasiment fait une procédure pénale bis en matière de criminalité
et délinquance organisée. Il faut donc distinguer le droit commun de ce droit spécial.

I/. Les investigations matérielles de droit commun

A. Le transport sur les lieux

Art. 54 CPP impose à l’OPJ qui est informé de la commission d’une infraction flagrante de
se déplacer sur les lieux de l’infraction. Il doit également informer le Proc. Rép. qui peut
lui-même décider de se déplacer, ce qui dessaisit l’OPJ.
Cela ne signifie pas que l’enquêteur ne pourra pas y retourner ! Il pourra notamment
réaliser une reconstitution des faits (Crim, 26/02/2003).

B. Les constatations

Art. 54 CPP prévoit que seul l’OPJ peut procéder aux opérations de constatation sur les
lieux de l’infraction. Pour ce faire, il pourra avoir recours à un tiers (cf. réquisitions).

C. Les réquisitions

Traditionnellement, elles se définissent comme « l’acte permettant à un OPJ d’obtenir


d’un tiers une prestation d’ordre manuelle ou intellectuelle ». La loi du 09/03/2004 crée
une 3ème hypothèse.

• REQUISITIONS A MANOEUVRIER

Elles désignent les réquisitions tendant à l’obtention d’une aide matérielle (ex : serrurier,
entreprises de pompe funèbre pour exhumation). Il a l’obligation d’obéir, sinon une peine
d’amende correctionnelle de 3750 € est encourue.

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• REQUISITIONS A PERSONNE QUALIFIEE

Il s’agit de l’obtention d’une prestation intellectuelle, technique ou scientifique (ex :


médecine légale, balistique). La loi du 23/06/1999 en a étendu le champ.
Il n’y a pas lieu de justifier l’urgence en la matière. Donc l’OPJ peut disposer d’un
éventuel recours à une expertise dans le cadre d’une enquête (mais l’expression est
impropre : il faut parler de réquisition à personne qualifiée !). cf. doc. 44.
Il y a deux types d’opérations.

‫ ﺧ‬Prélèvements : deux hypothèses :

Opérations de prélèvement externe : art. 55-1 CPP : elles peuvent être demandées
par l’OPJ sur un suspect ou un témoin dans le cadre d’une enquête flagrante.
L’objectif est d’analyser les traces trouvées sur eux (attention : pas de prise de
sang, il s’agit d’un prélèvement interne). Le refus de s’y soumettre est constitutif
d’un délit puni d’un an d’emprisonnement et 15000 €, sans possibilité de forcer
l’intéressé à s’y soumettre.

Dépistage de MST : art. 706-47-2 CPP : l’OPJ peut y recourir sur toute personne à
l’encontre de laquelle existent des indices graves et concordants d’infractions
sexuelles. Là aussi le refus est constitutif d’un délit (1 an et 15000 €), mais il peut
être vaincu sur autorisation écrite du Proc. Rép. Le résultat doit être
immédiatement communiqué à la victime.

‫ ﺧ‬Alimentation et exploitation du FNAEG : (fichier national automatisé d’empreintes


génétiques).
Il a été créé par la loi du 17/06/1998 pour les infractions sexuelles. Mais avec la
succession de lois en PP, le champ a été étendu. Désormais, le fichier regroupe
l’ensemble des prélèvements concernant toutes les infractions commises avec violence.

Il regroupe les analyses génétiques des personnes inconnues. Quant aux personnes
connues, il s’agit des personnes définitivement condamnées, et depuis la loi du
18/03/2003 de celles à l’encontre desquelles existent des indices graves et concordants
de culpabilité (pour les infractions entrant dans le champ du fichier).

L’OPJ va pouvoir requérir de la police scientifique l’autorisation de faire des prélèvements


sur les personnes connues, sachant que le refus de s’y soumettre est sanctionné
pénalement : 2 ans et 30000 € quand la personne a commis un crime, 1 an et 15000 €
dans les autres cas.
Le refus peut être vaincu sur réquisition écrite du Proc. Rép., mais seulement à l’égard
des condamnés pour crime ou délit puni de plus de 10 ans d’emprisonnement (pas de
victoire pour les autres).
=> En revanche, il est possible de recueillir le matériel biologique qui se serait
naturellement détaché du corps de l’intéressé (cheveux, poils…).

Attention : l’alimentation du fichier ne peut être réalisé que par un technicien spécialisé
de police scientifique. Quant à l’exploitation, il peut être réalisé par l’OPJ seul
(rapprochement de fiches).

• REQUISITIONS AUX FINS D’OBTENTION D’INFORMATIONS

‫ ﺧ‬Communication d’informations utiles à l’enquête : art. 60-1 (enquête F), art. 77-1-
1 (enquête P). L’OPJ peut requérir de tout organisme, public ou privé, la communication
de toute information utile à l’enquête en cours, sans qu’il soit possible en principe
d’opposer le secret professionnel (sauf pour les personnes surprotégées dans le droit des
perquisitions (avocat, médecin)).
Il faut toutefois l’autorisation du parquet. La méconnaissance de cette obligation est une
cause de nullité assimilée à une cause de nullité d’OP, donc pas de grief (Crim,
06/12/2005 doc. 21, arrêt 8).

‫ ﺧ‬Communication d’informations contenues dans un système informatique : art.


60-2 (enquête F), art. 77-1-2 (enquête P). Elles permettent à l’OPJ de requérir de tout
organisme, public ou privé, la communication de toute information utile à l’enquête en
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cours, contenue dans les systèmes informatiques. Mais là le secret professionnel peut
être opposé à l’OPJ. Dans ce cas, il devra avoir recours à la perquisition pour briser le
secret.

D. Les perquisitions

Il s’agit de la recherche de preuves dans un domicile. Il faut distinguer les conditions de


forme des conditions de fond.

• CONDITIONS DE FOND

‫ ﺧ‬Notion de domicile : la Chambre criminelle donne une définition large du domicile (≠


droit civil en vertu de l’autonomie du droit pénal). Selon Crim, le domicile est « le lieu
habitable où une personne a le droit de se dire chez elle, quelque soit le titre juridique de
son occupation, mais aussi le lieu où une personne a son activité professionnelle ». Cela
permet de rendre compte de l’acceptation large de la notion de vie privée au sens de
l’art. 8 CESDH (Crim, 26/02/1953).

L’objectif est d’assurer l’effectivité de la protection de la vie privée. Donc est un


domicile : un appartement, une maison, une chambre d’hôtel (même si ce n’est que
temporaire).
Par conséquent, on comprend mal pourquoi la Crim refuse l’application du droit de la
perquisition à la loge d’un chef d’orchestre, alors qu’elle est occupée privativement par
lui tout le long de la prestation et qu’il y développe une intimité. Arrêt critiquable (Crim,
06/12/2005 doc. 43 arrêt 2).

A l’inverse, lorsque le lieu n’est pas habitable, on exclut l’application du droit de la


perquisition (ex : un appartement ravagé par les flammes (Crim, 31/05/1994), ou une
hutte de chasse dépourvue des éléments les plus élémentaires (Crim, 06/05/2002 doc. 43
arrêt 1). Dans ces lieux, il n’est pas possible d’y développer sa vie personnelle ou
professionnelle).

‫ ﺧ‬Condition de nécessité et de proportionnalité : Nécessité : il doit exister un lien


entre l’enquête et la personne ou le lieu concerné. Attention : l’intervention n’a pas
forcément lieu au domicile du suspect ! Elle peut avoir lieu au domicile d’un tiers si tout
laisse à penser que des indices s’y trouvent.
Proportionnalité : elle est relative à l’étendue de la perquisition. Il appartient à l’OPJ
d’indiquer pourquoi il a entendu fouiller telle ou telle pièce. Sur cette question, depuis la
loi du 18/03/2003, l’OPJ peut accéder au système informatique se trouvant sur les lieux,
et il peut avoir accès aux autres ordinateurs fonctionnant sur le réseau, même s’ils ne se
trouvent pas sur les lieux de la perquisition.

• CONDITIONS DE FORME

‫ ﺧ‬Obligation de l’intervention de l’OPJ : lui seul est compétent pour décider d’une
perquisition, et il doit mener l’opération lui-même, ou par d’autres enquêteurs placés
sous sa direction. Sa présence est obligatoire.
Dans certains cas (crainte de violation du secret professionnel), le législateur considère
que le Proc. Rép. est compétent (art. 56-1) : au domicile ou au cabinet d’un avocat, au
domicile d’un notaire, avoué, huissier, médecin, et dans les locaux d’une entreprise de
presse ou de communication audiovisuelle.
C’est la liste des personnes que l’on dit « surprotégées ».

‫ ﺧ‬Consentement du maître des lieux : pendant longtemps, on utilisait le droit de


perquisition pour distinguer entre enquête P et enquête F (coercitive).
Mais la loi du 09/03/2004 prévoit une exception importante en matière d’enquêtes P : le
principe reste le même, il faut le consentement écrit du maître des lieux. Mais désormais
des perquisitions coercitives peuvent intervenir dans le cadre des enquêtes P, quand elle
porte sur un crime ou un délit puni d’une peine d’emprisonnement d’au moins 5 ans, sur
autorisation du JLD.
Dans l’enquête F, il n’y a pas de changement, le consentement du maître des lieux n’est
pas exigé, et il n’y a pas lieu de demander l’autorisation à un juge.

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‫ ﺧ‬Présence du maître des lieux : art. 57 CPP : le maître des lieux, ou son représentant,
doit être présent. A défaut de désignation d’un représentant, deux témoins sont choisis
par l’OPJ ou par le Proc. Rép. s’il est compétent, parmi des personnes ne figurant pas
sous son autorité.
La loi du 09/03/2004 permet de recourir directement au représentant ou aux témoins
lorsque le maître des lieux est en GàV ou incarcéré.

Dans certains cas, lorsque le secret professionnel est en jeu, le législateur prévoit la
présence d’une personne supplémentaire. Ainsi, les perquisitions menées chez un avocat
ou à son cabinet, ou au cabinet d’un notaire, avoué, médecin (pas dans les entreprises de
presse et d’audio-vision), doivent être menées en présence d’un représentant de l’ordre
concerné. Celui-ci peut formuler des observations écrites quand il considère qu’il y a eu
une violation qui pourrait servir de fondement à une annulation.

La loi du 12/12/2005 sur la récidive renforce les garanties concernant la perquisition au


domicile et au cabinet d’un avocat. Désormais, lorsque le Proc. Rép. la décide, il doit
prendre une décision préalable, écrite et motivée indiquant la nature des infractions sur
le fondement desquelles la perquisition va avoir lieu. Il n’y a pas de voie de recours ! Et
cette décision n’est pas notifiée à l’avocat bien sûr.
Cette décision fixe le cadre de la perquisition, ce qui aura des incidences en matière de
saisie : elles ne pourront concerner que des documents relatifs à la décision du Procureur.

‫ ﺧ‬Respect des heures légales : les perquisitions nocturnes sont interdites (art. 59
CPP) : elles sont interdites entre 21h et 6h.
Il existe toutefois des exceptions (cf jp sous art. 59) :

En matière de criminalité/délinquance organisée : art. 706-89 s : permet le recours


à la perquisition nocturne sur autorisation du JLD, sachant qu’elles peuvent
intervenir dans tout local dans une enquête F, mais seulement dans le locaux
professionnels dans une enquête P.

En matière de trafic de stupéfiant : art. 706-28 : la perquisition nocturne est


autorisée dans ce cas dans les lieux où l’on peut suspecter l’usage de stupéfiants
ou la fabrication ou le stockage de stupéfiants. Ce n’est toutefois possible que
dans des locaux professionnels.
Cet article s’applique, même en cas de criminalité ou délinquance organisée. Donc
pas d’autorisation du JLD requise.

En matière de proxénétisme : art. 706-35 : la perquisition nocturne est autorisée


dans les lieux où sont habituellement reçues des personnes se livrant à la
prostitution, sans autorisation du JLD (et pas d’exclusion des locaux d’habitation :
la perquisition de la chambre d’hôtel est donc valable).

Rappel sur les sanctions des irrégularités : il faut que la nullité soit indiquée dans un
texte. Mais ce ne sont que des nullités d’ordre privé. Elles sont donc soumises à la preuve
d’un grief.

E. Les saisies

Les dispositions de l’art. 56 ne sont pas spécifiques à cet acte de procédure. Elles
s’appliquent tant aux perquisitions qu’aux saisies.
Attention : la saisie n’intervient pas forcément après une perquisition fructueuse. Elle
peut intervenir dans un lieu public après une fouille.
Elle doit être nécessaire et proportionnée (cf perquisitions). Elle donne lieu à la rédaction
d’un PV par l’OPJ qui dresse l’inventaire des objets saisis, chacun d’entre eux donnant lieu
à placement sous scellé pour en garantir l’authenticité.

La loi du 15/06/2000 sur les saisies pratiquées au domicile ou au cabinet d’un avocat (art.
56-1 CPP) impose que dans ce cas, le bâtonnier soit présent ou représenté. Mais
contrairement aux autres représentants de l’ordre, cette loi ne lui donne pas un rôle actif.
Il peut s’opposer à la saisie des documents qu’il considère comme portant une atteinte
injustifiée au secret professionnel. Les documents litigieux seront alors mis sous des

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scellés distincts et communiqués directement au JLD. C’est lui qui décide (juge du secret).
Il doit statuer sous 5 jours, après avoir provoqué une audience dans son cabinet où il
entend le Proc. Rép., l’avocat et le bâtonnier ou son délégué.
La décision du JLD est exécutoire immédiatement, et elle ne peut pas faire l’objet d’un
recours. Cela n’implique pas que la saisie ne peut pas après être contestée devant la
Chambre d’instruction ! Mais alors ce n’est pas la décision du JLD qui est contestée, mais
l’acte du Proc. Rép.

Enfin, la loi du 12/12/2005 impose au Proc. Rép. d’indiquer les infractions sur le
fondement desquelles la perquisition aura lieu chez l’avocat. Le législateur prévoit à
peine de nullité pour les saisies qu’elles ne doivent pas porter sur des documents
étrangers aux infractions visées dans la décision préalable du Proc. Rép.

II/. Les investigations matérielles en matière de criminalité et délinquance


organisée

A. Les interceptions de communications

Jusqu’à la loi du 09/03/2004, elles ne pouvaient intervenir que dans le cadre d’une
information judiciaire. Depuis, elles sont également possibles dans le cadre des enquêtes
(P et F) portant sur la criminalité et la délinquance organisée (art. 706-95).

Il appartient au Proc. Rép. de saisir le JLD qui est habilité à les autoriser par ordonnance.
Elles durent 15 jours, et sont renouvelables une fois. Au-delà, il n’est pas possible de les
poursuivre dans le cadre d’une enquête. Il faudra ouvrir une information judiciaire.
Le régime est le même que pour les écoutes téléphoniques réalisées dans le cadre d’une
information judiciaire (art. 100 s.). Cf. infra, l’information judiciaire.

B. Les opérations d’infiltration

Jusqu’à la loi du 09/03/2004, elles n’existaient que pr les infractions de trafic de


stupéfiants. Depuis, le champ a été étendu aux infractions de criminalité et délinquance
organisée (art. 706-93).
Elles consistent pour les agents infiltrés à se faire passer pour des délinquants, afin de
pouvoir découvrir l’identité des membres du réseau.

Art. 706-81 CPP : en la matière, l’initiative appartient au Proc. Rép., qui doit délivrer une
autorisation écrite indiquant les infractions justifiant le recours à cette procédure,
l’identité de l’OPJ chargé de coordonner l’opération, et l’identité réelle et d’emprunt des
agents effectivement infiltrés.
La durée de l’autorisation est de 4 mois, renouvelable autant de fois que nécessaire.
Cette autorisation permet de justifier les infractions commises par les agents infiltrés,
sachant que le législateur exclut la commission des infractions sur les personnes
(seulement sur les biens !).
L’agent infiltré peut provoquer la preuve, mais pas la commission de l’infraction, à peine
de nullité.

L’OPJ doit rédiger un rapport quand l’opération est achevée, qu’il transmet au Proc. Rép.
En principe, seul l’OPJ coordinateur peut être entendu comme témoin (anonymat des
agents infiltrés). Néanmoins, en cas de confrontation, on agira comme pour les témoins
protégés (pièce différente, voix amplifiée et déformée). La révélation de l’identité d’un
agent infiltré est un délit puni de 5 ans de prison, et 75000 € d’amende, et 10 ans et
150000€ lorsque la révélation a causé le décès de l’agent, même indirectement.
Comme pour les témoins protégés, il ne peut y avoir de condamnation pénale fondée
exclusivement sur les déclarations d’un témoin protégé. Il faut corroborer.

Sous- §2 . Les collectes de dépositions

2
5
A. Les vérifications d’identité

Art. 78-3 CPP : quand la personne soumise à un contrôle d’identité ne peut pas ou ne
veut pas justifier de son identité, l’enquêteur peut retenir l’intéressé le temps d’informer
l’OPJ de cette circonstance, sachant que seul l’OPJ peut décider d’avoir recours à une
vérification d’identité. Cela consiste dans la rétention de l’intéressé au commissariat ou à
la gendarmerie nationale pendant maximum 4h, délai pendant lequel il doit pouvoir
prouver son identité.
Evidemment, il bénéficie de la garantie judiciaire : (art. 5 CESDH) l’OPJ doit
immédiatement prévenir le Proc. Rép.

Dans le cadre des vérifications d’identité, deux niveaux de recherche sont prévus :
• L’OPJ doit mettre à la disposition de l’intéressé les moyens lui permettant de
justifier de son identité (téléphone à son employeur, conjoint… pour attester
de son identité)
• S’il refuse de collaborer, on passe au 2nd stade. Sur autorisation écrite du Proc.
Rép., il est possible de recourir à l’identité judiciaire par la prise d’empreintes
digitales et de photos.

Une fois l’identité découverte, l’OPJ peut avoir recours à 2 fichiers pour vérifier que la
personne n’est pas un suspect qui s’est soustrait à la justice :
Système de traitement des infraction constatées : (STIC) : longtemps officieux, il a
été officialisé par une loi du 18/03/2003. On y trouve regroupée l’identité des
personnes contre qui existent des indices graves et concordants d’avoir participé à
un crime, délit ou contravention de 5ème classe. On ne fait pas de distinction selon
l’âge du suspect (mineur ok), mais il ne peut s’agir que de suspects, pas de
témoins.

Fichier national des auteurs d’infraction sexuelles ou violentes : (art. 706-53) il


regroupe l’identité et l’adresse des personnes ayant fait l’objet d’une
condamnation définitive ou pas, mais aussi de celles ayant été mises hors de
cause pour trouble mental, de celles ayant fait l’objet d’une composition pénale, et
de celles mises en examen et placées sous contrôle judiciaire.
Toutes ces personnes doivent justifier périodiquement de leur adresse (tous les 6
mois) à peine d’encourir 2 ans de prison et 30000 € d’amende).

B. La convocation de témoin

L’audition d’un témoin peut être réalisée par tout enquêteur. En revanche, sa
convocation ne peut être faite que par l’OPJ. Depuis la loi du 15/06/2000, l’OPJ qui est sur
les lieux de commission d’une infraction flagrante (présence obligatoire), peut interdire à
toute personne se trouvant sur les lieux de s’éloigner. Extension aux personnes se
trouvant sur les lieux d’une perquisition depuis la loi du 09/03/2004. L’objectif est de
recueillir toutes les informations utiles à l’enquête.

Dans les autres hypothèses, l’OPJ peut convoquer toute personne susceptible de disposer
d’informations utiles. Le témoin a l’obligation de comparaître à peine d’encourir une
amende correctionnelle de 3750 €.
L’OPJ pourra même utiliser la force à l’encontre d’un témoin récalcitrant, mais il doit avoir
au préalable obtenu l’autorisation du Proc. Rép., appelée « ordre de comparution ». Le
pouvoir de contrainte existe dans les enquêtes F, mais aussi dans les enquêtes P (art. 62
et 78 CPP).

Le témoin présent a l’obligation de témoigner : révéler les infos dont ils disposent
(amende de 3750 €). Mais la contrainte physique n’est pas possible. La seule contrainte
est l’amende.
Quand il est présent devant l’OPJ, il ne peut être retenu que le temps strictement
nécessaire à son audition. C’est une disposition vague car il n’existe pas de plafond légal
(contrairement aux vérifications d’identités). Mais elle est susceptible d’entraîner un
constat de violation de l’art. 5 CESDH.

C. La garde à vue

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Il s’agit de la rétention d’un suspect dans les locaux de Police ou de Gendarmerie. Le
régime juridique a été systématisé par les lois du 04/01/1993 et du 24/08/1993,
complétées par la loi du 15/06/2000 et réformé par la loi du 14 Avril 2011.

L’objectif est de s’assurer que la dignité du gardé à vue reste intacte (art. 5 CESDH) et
que les droits dont il peut bénéficier le restent aussi. Donc le législateur a prévu un
contrôle des GàV.

Ainsi, la loi du 15/06/2000 autorise les parlementaires à visiter à tout moment les locaux
de GàV de leur circonscription. C’est le contrôle de l’activité policière par les
représentants du peuple. Et le Proc. Rép. a l’obligation de visiter au moins une fois par an
les locaux de GàV de son ressort.

‫ ﺧ‬Motivation de la GàV : jusqu’à la loi du 15/06/2000 (entrée en vigueur le 01/07/01), la


GàV pouvait être décidée contre les suspects, mais aussi contre les témoins. Depuis, seul
le suspect peut faire l’objet d’une GàV.

Limitation du champ d’application de la mesure, avec une définition étroite du suspect à


l’époque : « personne à l’encontre de laquelle il existe des indices laissant présumer sa
participation à l’infraction ». La définition a été critiquée par les syndicats de police, et la
même majorité parlementaire a modifié cette définition. Désormais, depuis la loi du
14/03/2002, le suspect est « la personne à l’encontre de laquelle il existe une ou
plusieurs raisons plausibles de soupçonner sa participation à l’infraction ».
La définition est plus large à deux titres :
• Emploi du singulier (avant : deS indiceS)
• Plus terme « indice » (élément matériel : objet), mais « raison » (subjectif :
psychologique).
Par exemple : animosité notoire est désormais valable !
La GàV ne peut être décidée qu’en matière criminelle et pour les délits punis d’une peine
de prison. Attention : tout dépend de l’appréciation faite au moment de la mesure. La
requalification n’a donc pas d’incidence (cf. supra).

La loi du 14 avril 2011 modifie l'article 62-2 du CPP en précisant :

La garde à vue est une mesure de contrainte décidée par un officier de police
judiciaire, sous le contrôle de l’autorité judiciaire, par laquelle une personne à
l’encontre de laquelle il existe une ou plusieurs raisons plausibles de soupçonner
qu’elle a commis ou tenté de commettre un crime ou un délit puni d’une peine
d’emprisonnement est maintenue à la disposition des enquêteurs.
« Cette mesure doit constituer l’unique moyen de parvenir à l’un au moins des
objectifs suivants :

« 1o Permettre l’exécution des investigations impliquant la présence ou la


participation de la personne ;

« 2o Garantir la présentation de la personne devant le procureur de la République


afin que ce magistrat
puisse apprécier la suite à donner à l’enquête ;
« 3o Empêcher que la personne ne modifie les preuves ou indices matériels ;

« 4° Empêcher que la personne ne fasse pression sur les témoins ou les victimes ainsi
que sur leur famille ou leurs proches ;

« 5o Empêcher que la personne ne se concerte avec d’autres personnes susceptibles


d’être ses coauteurs ou complices ;

« 6o Garantir la mise en œuvre des mesures destinées à faire cesser le crime ou le


délit.

‫ ﺧ‬Durée de la GàV : Article 63 CPP : Il faut bien évidemment s’intéresser à la période à


2
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prendre en considération.

Point de départ : la jp fixe le point de départ au moment de l’emploi de la


coercition sur le suspect. En pratique, au moment de son arrestation ou en cas de
perquisition, au moment du départ de la perquisition (car elle est coercitive).
A l’inverse, s’il n’y a pas d’emploi de la coercition, il n’est pas nécessaire de placer
la personne en GàV et le délai ne court pas (ex : personne qui répond
volontairement à l’OPJ). Ce n’est que quand l’OPJ retient la personne contre son
gré que le délai commence (cf. docs 45 et 46).

Point d’achèvement : atteinte des délais légaux, sachant que le Proc. Rép. peut
l’anticiper (ex : aveux rapides), et décider du déferrement de l’intéressé devant
lui. Quand c’est le cas à l’issue d’une GàV réalisée dans les formes de la
criminalité et délinquance organisée, le suspect doit être assisté par un avocat
(art. 706-106).

Durée maximale : en principe, la GàV dure 24h. Une prolongation supplémentaire


de 24h peut être décidée par le Proc. Rép. qui délivre une autorisation écrite
versée au dossier.
Si la GàV intervient suite à la constatation d’une infraction flagrante, le Proc. Rép.
n’a pas à entendre au préalable le suspect. Dans les autres cas, il ne peut
autoriser le prolongement que s’il a entendu au préalable le suspect.

Article 63 II. Alinéa 3 « L’autorisation ne peut être accordée qu’après


présentation de la personne au procureur de la République. Cette
présentation peut être réalisée par l’utilisation d’un moyen de
télécommunication audiovisuelle. Elle peut cependant, à titre
exceptionnel, être accordée par une décision écrite et motivée, sans
présentation préalable. »

Donc le délai de droit commun est de 48h maximum !

Pour les infractions liées à la criminalité et délinquance organisée, deux


prolongations supplémentaires de 24h, ou une seule de 48h, peuvent être
décidées sur réquisition du Proc. Rép. au JLD, qui doit au préalable se faire
présenter le suspect (art. 706-88).
Donc le délai pour la criminalité et délinquance organisée est de 96h maximum !

Et depuis la loi du 23/01/2006, quand l’enquête porte sur des faits de terrorisme, il
est possible de décider de deux prolongations supplémentaires (en plus des 2
précédentes), de 24h chacune, sur autorisation du JLD après présentation du
suspect.
Elles doivent être motivées spécialement au regard soit d’un risque sérieux de
l’imminence d’une action terroriste en France ou à l’étranger, soit sur les
nécessités impérieuses de la coopération internationale en matière terroriste.
Donc le délai pour les faits de terrorisme est de 144h (6j) maximum !

La loi du 09/03/2004 a officialisé l’ancienne pratique de « petit dépôt de nuit », qui


consiste à placer en cellule le suspect à l’issue de la GàV, le temps d’organiser le
déferrement devant le Proc. Rép., ou que soit réuni un tribunal correctionnel
(comparution immédiate).
La durée maximum est de 20h, et il n’est pas possible de d’interroger le suspect
pendant cette période.
Attention : ne peut pas être utilisé quand la GàV a duré plus de 72h !

GàV successives : lorsque les GàV sont successives mais séparées dans le temps :
si elles portent sur des faits différents, chacune obéit au régime qui lui est propre.
Si elles portent sur les mêmes faits, leur durée cumulée ne peut excéder la durée
maximale prévue pour une seule et même GàV.

2
8
Lorsque les GàV sont immédiatement successives : il ne peut s’agir que de faits
différents (ex : arrestation pour vol, et découverte au bout de 10h de GàV que le
suspect est un trafiquant de stupéfiants). Dans ce cas, on limite la durée de la GàV
à la durée maximale de l’infraction la plus grave (Crim, 17/03/2004 : 96h dans
l’exemple précédent car c’est la durée maximale pour le trafic de stupéfiants).
L’objectif est de respecter les engagements internationaux de la France (art. 3 et
5 CESDH).

‫ ﺧ‬Garanties accordées au gardé à vue : il s’agit de l’information immédiate du Proc.


Rép. (garantie judiciaire) et la notification immédiate de ses droits au gardé à vue ( +
contenu de ses droits).

L’information immédiate du Proc. Rép. : (art. 5 CESDH : garantie judiciaire, art. 63


et 77 CPP). L’OPJ doit, dès le début de la GàV, informer le Proc. Rép. du recours à
cette mesure.
La méconnaissance de cette règle est une cause de nullité assimilée à une cause
de nullité d’OP (dispense de la preuve d’un grief). Toutefois, la jp admet qu’une
circonstance insurmontable justifie le retard dans l’information du Proc. Rép. (ex :
tempête de 1999 qui avait coupé les lignes téléphoniques, ou fait que de
nombreuses GàV soient en cours simultanément selon Crim, 12/04/2005 doc. 53).

Nouvel rédaction article 63 CPP concernant l'information du Procureur de la


République :

« Dès le début de la mesure, l’officier de police judiciaire informe le


procureur de la République, par tout moyen, du placement de la
personne en garde à vue. Il lui donne connaissance des motifs
justifiant, en application de l’article 62-2, ce placement et l’avise de
la qualification des faits qu’il a notifiée à la personne en application
du 2o de l’article 63-1. Le procureur de la République peut modifier
cette qualification ; dans ce cas, la nouvelle qualification est notifiée
à la personne dans les conditions prévues au même article 63-1. »

La notification immédiate des droits : art. 63-1 CPP : elle doit se faire dès le départ
de la GàV ! Notification des droits, mais aussi de la durée de la GàV et de la nature
des infractions justifiant le recours à cette mesure (ex : vol). En revanche, il n’est
pas obligatoire de notifier au gardé à vue les soupçons qui pèsent sur lui.
La notification doit se faire dans une langue comprise par l’intéressé (pas
forcément sa langue maternelle). La difficulté réside dans le fait que la notification
doit être immédiate. Or, le début de la GàV ne coïncide pas forcément avec
l’arrivée dans les locaux de la police ou de la gendarmerie, et elle peut même
rétroagir au moment de l’emploi de la coercition ! La GàV ne devient obligatoire
que quand il y a suspicion et coercition. La notification verbale est possible sous
reserve que cette notification soit la seule possible en raison des investigations,
que les droits soient effectivement énoncés à l'intéressé et que la notification
écrite intervienne dès qu'elle sera pratiquement possible (Cass crim 1997) dès le
retour au service (Cass crim 14 juin 2000).

Pour les étrangers, la jp admet la notification verbale en français (Crim,


23/03/1999), si la situation est régularisée dès leur arrivée dans les locaux de
police par un interprète ou par un formulaire écrit dans une langue comprise par
lui. Tout retard injustifié dans la notification des droits constitue nécessairement
une atteinte aux droits de la défense et justifie la nullité de la GàV, sachant que la
jp admet des circonstances insurmontables (ex : état d’ébriété du suspect, Crim,
04/01/2005 doc. 51).

Important : Le temps passé en chambre de dégrisement ne s’impute pas sur le


temps de GàV.

2
9
Toute prolongation de GàV doit donner lieu à une notification des droits prévus
pendant cette période de prolongation.

Le contenu des droits accordés : il y en a quatre principaux.

• Droit au silence : ce droit subsiste même s’il ne lui est plus notifié
(depuis la loi du 18/03/2003) car on s’est aperçu que c’était contre-
productif. Il résulte du droit à ne pas s’auto-incriminer (lui-même issu de
la présomption d’innocence). Arrêt du 15 avril 2011 est venu sous
l'inpulsion européenne accentuer ce droit

• Droit au respect de sa dignité : Article 63-5 CPP modifié par la loi du 14


avril 2011 :
La garde à vue doit s’exécuter dans des conditions assurant le respect de la dignité
de la personne. Seules peuvent être imposées à la personne gardée à vue les
mesures de sécurité strictement nécessaires.»

• Droit à être examiné par un médecin : peut être demandé par le gardé
à vue mais aussi par l’OPJ ou par le Proc. Rép. pour se couvrir contre
d’éventuelles allégations de brutalité policière. Ce droit peut être
demandé dès le début de la GàV, sachant qu’alors depuis la loi du
04/03/2002 l’examen médical peut être réalisé dans les 3h du début de
la GàV. Au-delà, il doit être fait immédiatement.
En matière de criminalité et délinquance organisée, elle doit
être réalisée à la 49ème heure.
En matière de terrorisme, à la 97ème et à la 121ème heure.

Depuis la loi du 14 avril 2011 l'examen médical devra se faire « à l'abri du


regard et de toute écoute extérieure » à l'hôpital et non plus par des
généralistes.

• Droit de faire prévenir un proche : art. 63-2 CPP : prévoit une liste
limitative des personnes susceptibles d’être prévenues :

- personne habitant habituellement avec le gardé à vue


- l’un des parents en ligne directe
- l’un de ses frères et sœurs
- son employeur

La loi du 14 avril 2011 élargit le droit de la personne gardée à vue de faire prévenir certains
tiers (un proche, l'employeur, tuteur, curateur, autorités consulaires) de la mesure dont elle fait
l'objet (articles 3 et 4).

Le coup de fil est passé par l’OPJ (un seul coup de fil, l’OPJ n’est pas une secrétaire dans
un délai de 3h à compter du début de la GàV (loi du 04/03/2003).

• Droit de s’entretenir avec un avocat : (ce n’est pas l’assistance d’un


avocat, il n’est pas présent pendant les interrogatoires : simple
entretien).
Il intervient lorsque le gardé à vue le demande, dès le début de la GàV
(pas de possibilité de retarder), et dès sa prolongation (25ème heure).
L’OPJ n’a que comme obligation d’informer l’avocat choisi ou le
bâtonnier en cas de commission d’office. Peu importe ensuite que
l’avocat soit arrivé tardivement ou pas du tout.
La jp admet des circonstances insurmontables : rupture des
télécommunications.

En cas de prolongation supplémentaire, l’avocat intervient à la 49ème et


73ème heure. Pour plusieurs infractions de criminalité et délinquance
organisée, il est prévu que l’avocat n’intervient pour la première fois
qu’à la 49ème heure (proxénétisme, vol en bande organisée, association
de malfaiteurs).
3
0
Parfois même, l’avocat n’intervient pour la première fois qu’à la 73ème
heure (trafic de stupéfiants ou terrorisme), voire à la 97ème ou 121ème
heure dans certains cas de terrorisme depuis la loi du 23/06/2006.

La durée de l’entretien est de 30 minutes. La confidentialité est totale,


sachant que l’avocat n’a pas le droit d’accéder au dossier (PV de
l’enquête). Il n’est informé que de la nature des infractions objets de
l’enquête.
Son rôle est donc limité.
Il peut toutefois formuler des observations écrites quant au
déroulement de la GàV (ex : pas de nourriture pendant 10h). Et il a le
devoir de ne pas briser le secret (il ne doit pas révéler d’informations
relatives à la GàV du client, sauf à encourir la sanction de la violation du
secret professionnel, qui couvre le secret de l’enquête).

‫ ﺧ‬Trois observations sur la GàV :

Rédaction d’un PV : obligatoire. Il doit indiquer les motifs de la GàV, le moment de


l’information du Proc. Rép., le moment de la notification des droits, les demandes
formulées par le gardé à vue quant à ses droits, et le moment où elles ont été
satisfaites. Le PV doit toujours contenir une comptabilité horaire de la GàV
indiquant les périodes d’interrogatoire, de repos, et d’alimentation (depuis la loi
du 15/06/2000).

Sanction des irrégularités : la plupart des règles ne sont pas prescrites à peine de
nullité. Mais parce qu’elles touchent aux droits de la défense, on considère que la
nullité est encourue (règle des nullités substantielles), ces causes de nullité étant
assimilées à des causes de nullité d’OP. Elles sont donc dispensées de grief.
L’annulation de la GàV n’a de conséquences que sur les actes subséquents que
s’ils trouvent leur fondement exclusif dans la GàV irrégulière (Crim, 12/04/2005
doc. 53).

Propositions de la Commission d’Outreau :


- préconise l’obligation de notifier au gardé à vue les soupçons qui pèsent sur
lui.
- recommande l’enregistrement des interrogatoires au cours des GàV, ce qui
est déjà la règle pour les mineurs depuis la loi du 15/06/2000 (cf. doc. 32).
- possibilité reconnue à l’avocat à l’expiration des premières 24h de GàV
d’avoir accès au dossier et d’assister son client pendant l’interrogatoire.
− obligation faite au Proc. Rép. de rédiger un rapport annuel sur les
conditions matérielles de la GàV de son ressort, communiqué au Garde des
sceaux, qui devra en débattre devant le Parlement.

NOUVEAUTE CONCERNANT LA PRESENCE DE L AVOCAT EN GARDE A VUE

Attention, la loi du 14 avril 2011 qui entrera en vigueur en juin 2011


prévoit la présence de l'avocat dès le début de la garde à vue et pour
chaque interrogatoire. Cette loi fait suite à une importante jurisprudence
européenne.

En effet, ce n’est que récemment que le sujet s’est imposé en France avec
une intensité renouvelée compte tenu de l’augmentation significative du
nombre de gardes à vue et de la dégradation de leurs conditions. En effet,
l’épée de Damoclès des arrêts Salduz et Dayanan rendus contre la Turquie
allait finalement s’abattre contre la France dans l’arrêt Brusco en octobre
2010.
L’arrêt Salduz du 27 Novembre 2008 a rappelé qu’un tribunal viole l’article
6 de la Convention s’il fonde sa condamnation sur les déclarations auto-
incriminantes faites en garde à vue sans l’assistance d’un avocat sous la
pression des enquêteurs. Solution héritière de l’arrêt Poitrimol c/ France de

3
1
1993 qui reconnaissait, de manière plus générale, sur le fondement de
l’article 6 de la Convention européenne et donc du droit au procès
équitable, le droit de tout accusé à être effectivement défendu par un
avocat.

L’arrêt Dayanan du 13 Octobre 2009 a explicité la portée de l’arrêt Salduz


en posant que « l’absence d’avocat lors de la garde à vue viole le droit de
tout accusé à être défendu par un avocat ». En effet, la Cour estimait que
« l’équité de la procédure requiert que l’accusé puisse obtenir toute la
vaste gamme d’interventions qui sont propres aux conseils. A cet égard, la
discussion de l’affaire, l’organisation de la défense, la recherche des
preuves favorables à l’accusé, la préparation des interrogatoires, le soutien
de l’accusé en détresse et le contrôle des conditions de détention sont des
éléments fondamentaux de la défense que l’avocat doit librement
exercer. » Jurisprudence confirmée dans un autre arrêt de la CEDH en date
du 2 mars 2010.

Finalement, l’arrêt Brusco c/ France du 14 octobre 2010 a eu le mérite de


mettre l’Hexagone au pied du mur. En effet, la France fut condamnée pour
violation de l’article 6 de la Convention lequel exige que l’avocat soit mis
en mesure d’informer son client de son droit de garder le silence et de ne
pas s’auto-incriminer avant son premier interrogatoire et qu’il l’assiste lors
de toutes dépositions

C’est ensuite le Conseil constitutionnel qui, à l’occasion de sa décision


n° 2010-14/22 QPC du 30 juillet 2010, a considéré que plusieurs
dispositions du Code de procédure pénale étaient contraires à la
Constitution

Enfin, un arrêt du 15 avril 2011 de la Cour de cassation impose cette


présence quand bien même le texte n'est pas encore entré en vigueur et ce
en faisant un contrôle de conventionnalité eu égard des décisions
antérieures. Elle a annulé dès lors de nombreuses garde à vue considérées
comme illégales.

Apparition de la loi du 14 avril 2011.

Désormais, le III de l’article préliminaire du code de procédure pénale est


complété par un alinéa ainsi rédigé :

« En matière criminelle et correctionnelle, aucune condamnation ne peut être


prononcée contre une personne sur le seul fondement de déclarations qu’elle a faites
sans avoir pu s’entretenir avec un avocat et être assistée par lui. »

Chaque avocat doit donc dès maintenant et jusqu'au 1er juin 2011 :
- Continue de pouvoir s'entretenir 30 minutes avec son client dès le début de la
garde à vue par un entretien confidentiel qui est renouvelé dans les mêmes
conditions en cas de prolongation de la garde à vue Article 64-4 CPP

- Vérifier que le droit de garder le silence, la qualification des faits retenus, le


droit de prévenir un proche ou son employeur , le droit d'être examiné par un
médecin, le droit d'être assisté par un avocat ont bien été notifiés à la
personne placée en garde à vue ;

3
2
- Solliciter l'accès au dossier de la procédure en le demandant aux personnes
chargées de l'enquête : les pièces accessibles sont au nombre de trois : le
procès-verbal de placement en garde à vue et de notification des droits de la
personne, le certificat médical relatif à la compatibilité de la garde à vue et
enfin, le PV d'interrogatoires de la personne. Rappelons que l'avocat n'a pas
droit de regard sur le PV de perquisitions ou sur les déclarations des autres mis
en cause. Article 63-4-1 CPP

- L'avocat bénéficie d'un délai de 2 heures pour se rendre sur place. Article 63-
4-2 al. 2 CPP

Sauf dérogations : Le procureur de la République peut différer l'intervention de


l'avocat dans la limite de 12 heures puis 24 h. Au delà, c'est le juge de la liberté
et de la détention qui a le pouvoir de reporter cette intervention de l'avocat. Le
procureur peut aussi décider simultanément que la consultation de certaines
pièces du dossier sera différée. Article 63-4-2 al. 3, 4, 5 CPP

- Etre présent, si la personne gardée à vue le souhaite, aux auditions et aux


confrontations ; Article 63-4-2 CPP

- Poser des questions à l'issue de chaque audition ou confrontation et faire


consigner au procès-verbal les questions refusées par l'enquêteur ; Article 63-
4-3 al. 2 CPP

- A l'issue de chaque entretien avec le gardé à vue et de chaque audition ou


confrontation à laquelle il a assisté, présenter des observations écrites
consignant les questions refusées ; Article 63-4-3 al. 3 CPP

- Solliciter des actes

- Assister aux perquisitions auxquelles son client est présent.

THEME 3 : LES ACTIONS


Les actions ont deux finalités :
 Le rétablissement de l’OP et la sanction de l’auteur de l’infraction (action
publique)
 La réparation du dommage subi par la victime par des DI (action civile)

1°- Les titulaires des actions


L’action est mise en mouvement par le Parquet. Elle peut aussi être déclenchée par la
partie civile.

Section 1 – Le Ministère public, titulaire de l’action


publique

Dans certains cas, des fonctionnaires peuvent être habilités à la déclencher (art. 1) :
l’administration fiscale pour les fraudes aux impôts par exemple.

§1. L’unité du parquet

A. Indivisibilité du parquet

3
3
Notion de parquet : (utile pour le Grand Oral) : avant 1670, les magistrats du
parquet étaient une partie comme une autre. Elle était donc sur le parquet au
même titre que l’accusé.
Depuis 1670, ils sont situés sur une estrade.

« Le parquet a une tête et plusieurs bras », il est donc indivisible. Par conséquent, au sein
d’une même affaire, le magistrat du parquet pourra changer, et ce même dans la phase
d’audience (même pendant le procès puisque ce n’est pas un magistrat du siège).
Inversement, sur une même affaire, il peut s’agir tout le temps du même magistrat sans
que l’on puisse lui reprocher sa partialité puisqu’il s’agit d’une partie, représentant l’Etat.
Il n’y a donc pas lieu de se soucier de son impartialité objective (donc peu importe qu’à
l’audience le magistrat soit le même qui a décidé la GàV).

B. Organisation hiérarchique du Ministère public

Il s’agit d’un principe, réaffirmé avec force par loi du 9/03/2004 (qui a modifié les art. 30
et 35 CPP), mais que connaît certaines limites.

• LE PRINCIPE DE L’ORGANISATION HIERARCHIQUE

Art. 30 CPP : le garde des Sceaux conduit la politique d’action publique déterminée par le
gouvernement, et dans ce cadre, il a pour mission d’assurer la cohérence de l’application
de l’action publique sur l’ensemble du territoire.
Pour ce faire, l’art. 30 indique qu’il peut adresser aux Procureurs Généraux des
instructions générales quant à la mise en œuvre de la politique d’action publique. Il peut
aussi adresser des instructions particulières, mais elles ne peuvent que demander
l’ouverture des poursuites. Ces instructions sont écrites et versées au dossier pour éviter
que demande soit faite de ne pas poursuivre.

Art. 35 CPP : reprend presque les mêmes dispositions mais s’agissant du rôle du
Procureur Général. Ce dernier est investi du rôle de veiller à la cohérence de l’action
publique dans l’ensemble de son ressort. Il peut donc adresser des instructions générales
ou particulières aux Procureurs de la République.

Tous ces ordres doivent être obéis.

• LES LIMITES DE L’ORGANISATION HIERARCHIQUE

 Existence de pouvoirs propres des chefs de parquets (Procureurs Généraux et


Procureur de la République). Mais le fait qu’il y ait désobéissance ne constitue pas
une cause d’irrégularité des poursuites (a l’ordre de poursuivre, mais il ne poursuit
pas).
Néanmoins, cela constitue un manquement disciplinaire susceptible d’être
sanctionné.

 « Si la plume est serve la parole est libre » art. 33. Cela signifie que les
parquetiers sont tenus dans leurs réquisitions écrites d’aller dans le sens indiqué
par leur supérieur (obligation de requérir les poursuites par exemple). Mais à
l’audience, il pourra développer une argumentation différente, et considérer qu’il y
a lieu de relaxer, même si on lui a donné initialement l’ordre de poursuivre.

§2. La fonction du parquet

Art. 31 : il exerce l’action publique et requiert l’application de la loi. Dans ce cadre, le


Procureur de la République dispose d’une totale liberté puisque l’art. 40 formule le
principe de l’opportunité des poursuites. Lorsqu’il est informé de la commission d’une
infraction pénale, et s’il n’a pas reçu d’ordre de ses supérieurs, il choisit s’il veut
poursuivre ou non.

Ce système s’oppose au principe de légalité des poursuites que certains pays connaissent

3
4
(Allemagne) dans lesquels le parquet est obligé de poursuivre dès lors qu’il y a une
infraction. En France, le principe de liberté est renforcé par le principe d’irresponsabilité
du parquet.

A. Indépendance

Par rapport aux autres juges : les juridictions d’instruction ou de jugement ne


peuvent lui enjoindre de déclencher les poursuites, ni lui enjoindre de modifier ses
réquisitions.

Par rapport aux parties privées : le MP peut décider seul de déclencher les
poursuites sans que soit nécessaire d’avoir reçu une plainte ou dénonciation
préalable. La personne mise en cause ne peut pas critiquer le déclenchement des
poursuites, ni récuser les magistrats du parquet.

B. Irresponsabilité

Ce n’est qu’en cas de manquement grave que sa responsabilité peut être engagée (Crim,
14/06/1994 : responsabilité pénale d’un PR pour délit d’atteinte à la liberté individuelle.
En l’espèce, placement en GàV de son gendre qui venait de quitter sa fille).

Comment désigne-t-on les magistrats du parquet ?

- Devant la juridiction de proximité (contraventions classes 1 à 4) : le parquet


est représenté par le commissaire de police.
- Devant le tribunal de police (contraventions de 5ème classe) : le Procureur de la
République est compétent, mais il peut se faire représenter.
- Devant TGI : Procureur de la République.
- Devant CA : Procureur Général (les magistrats qui plaident sont les avocats
généraux, et ceux qui rédigent les réquisitions sont les substituts généraux.
- Devant Cass : Procureur Général près la Cour de cassation. En dessous, on
trouve le 1er avocat général (Nadal), puis les avocats généraux.
C’est le même parquet pour la Cour de Justice de la République et pour la
Haute Cour de Justice.

Section 2 – La victime, titulaire de l’action civile


Art. 2 et 3 CPP : l’action civile peut être exercée devant les juridictions répressives afin
d’obtenir la réparation du préjudice occasionné par l’infraction. Pour pouvoir agir, elle doit
d’abord disposer de la capacité à agir et avoir un intérêt à agir (art. 2 qui pose aussi des
exceptions).
§1. Les conditions de droit commun

Art. 2 CPP : la victime doit justifier d’un préjudice personnel, issu directement de
l’infraction.

A. Un préjudice personnel

Pas de difficulté lorsque l’infraction a touché la personne même ou son patrimoine. En


revanche, les victimes par ricochet peuvent-elles exercer l’action civile ? Souvent, elles
invoquent un préjudice moral lié au fait d’avoir vu un être cher victime d’une infraction
pénale.
Pendant longtemps, Cass s’est montrée sévère et excluait l’action des victimes par
ricochet (Ass. Plen. 12/01/1979), mais un revirement est intervenu par Crim, 09/02/1989.

Evidemment, lorsqu’il n’y a aucun lien affectif entre la victime de l’infraction et celui qui
agit, il faudra écarter l’action civile. Ex : action du Ministre de l’Intérieur contre Sniper
pour diffamation à l’encontre d’agents de police (Crim, 02/09/2003).

B. Un préjudice direct

Il s’agit d’une condition nécessaire pour exercer l’action civile devant les juridictions

3
5
répressives. Ex : l’assureur qui a dédommagé la victime d’une infraction pénale ne
peut pas demander réparation devant les juridictions répressives, car son préjudice n’est
qu’indirect. Il devra s’adresser aux juridictions civiles, à moins bien sûr qu’il ne soit la
victime directe et personnelle d’une infraction (Crim, 23/02/2005, doc. 69).
Autre ex : les salariés d’une compagnie aérienne en liquidation judiciaire suite aux
détournements commis par leurs dirigeants ne peuvent se constituer partie civile du chef
d’ABS à l’encontre des dirigeants. Leur préjudice n’est qu’indirect. L’infraction d’ABS
porte atteinte en premier lieu aux biens de la société (Crim, 23/02/2005).

§2. Les dispositions dérogatoires

Il s’agit de l’action civile exercée par certaines PM, et celle exercée par d’autres PP que la
victime.

A. L’action civile des PM

Le droit commun s’applique aux PM. La question se pose donc de savoir si elle peut se
constituer partie civile, au motif que l’infraction lèse l’intérêt collectif qu’elle protège.
En principe, si l’on applique le droit commun, l’action devrait être écartée (pas de
préjudice direct).
Mais d’importantes dérogations existent en faveur des syndicats et des ordres
professionnels, et d’autres, plus limitées en faveur des associations.

‫ ﺧ‬Les syndicats et ordre professionnels (L 411-11 CT) : cet article autorise les
syndicats à exercer tous les droits appartenant à la partie civile s’agissant des infractions
qui portent un préjudice direct ou indirect à l’ordre collectif de la profession représentée.
Le même principe est reconnu aux ordres professionnels, ce qui permet par exemple au
conseil national des barreaux de se constituer partie civile pour diffamation à l’encontre
d’un avocat qui porte atteinte à l’ensemble de la profession (doc. 70).

‫ ﺧ‬Les associations : cette dérogation est plus limitée et ne peut agir que dans les
hypothèse des articles 2-1 à 2-21 CPP (doc. 62). Trois conditions sont généralement
exigées par le législateur :

 Conditions tenant à l’association elle-même : elle doit être régulièrement


constituée, et doit être reconnue d’utilité publique (doc. 71)
 Conditions quant aux infractions : infractions très particulière qui correspondent à
l’atteinte aux intérêts représentés. Ex : une association de lutte contre les
discriminations peut se constituer partie civile (que si discrimination bien sûr)
 L’association ne peut se porter partie civile que par voie d’intervention, c'est-à-
dire lorsque le parquet aura déjà agi. Cela permet d’éviter que les associations ne
confisquent l’exercice de l’action publique au parquet.

Pour les autres PM, elles ne peuvent agir sur le fondement de l’intérêt collectif qu’elles
représentent. Les PM de droit public ne peuvent se constituer PC au motif de l’atteinte à
l’intérêt public qu’elles protègent, puisque c’est l’intérêt général. Or l’intérêt général est
protégé par le parquet.

B. L’action civile exercée par d’autres personnes physiques que la victime

Les héritiers de la victime disposent de deux possibilités :

 Ils peuvent agir sur le fondement de leur préjudice personnel (victime par
ricochet).
 Ils peuvent aussi agir à la place de la victime. Longtemps écartée, cette solution
est désormais admise (Crim, 4/11/2003), mais un arrêt récent vient limiter cette
possibilité : il semblerait que l’action au nom du de cujus ne peut qu’être
poursuivie par l’héritier et non commencée par lui (Crim, 27/04/2004).

Pour le reste, les autres personnes susceptibles d’agir (ex : créanciers de la victime, tiers
subrogés dans les droits de la victime…), ne peuvent agir que devant les juridictions
civiles.

3
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2°- La mise en œuvre des actions
§1. La décision du parquet

Le parquet dispose de l’opportunité (art. 40 CPP). Il a trois choix : il peut décider de


classer sans suite, d’avoir recours à une alternative aux poursuites, ou décider de
poursuivre.

A. La décision de classement sans suite

La décision du parquet de poursuivre ou pas peut être fondée en droit (ex : prescription
de l’action publique) ou en fait (ex : insuffisance de charges).
Cette décision est une mesure d’administration judiciaire qui en principe ne peut pas faire
l’objet de recours, mais on peut revenir dessus (si de nouveaux faits apparaissent, et
sous réserve du délai de prescription de l’action publique).

La loi du 09/03/2004 a encadré le pouvoir de classement sans suites. Depuis, l’art.


40 dispose que lorsqu’une infraction a été commise et que l’on connaît l’identité et
l’adresse de l’auteur de cette infraction, le parquet peut :

- soit engager les poursuites


- soit mettre en œuvre une alternative aux poursuites
- soit classer sans suites, mais cette décision doit être justifiée au regard des
circonstances particulières liées à la commission de l’infraction. Le but est
d’éviter les classements secs et de contraindre le parquet à engager les
poursuites ou à trouver des alternatives.

De plus, en cas de décision de classement sans suite dans cette hypothèse (connaissance
de l’auteur et de son adresse), l’art. 40 al. 2 prévoit l’obligation pour le Proc. Rép.
d’informer les plaignants et les victimes de sa décision et de leur indiquer les raisons
juridiques ou d’opportunité qui justifient le classement. Et depuis la loi du 09/03/2004,
l’art. 40-3 permet à ces victimes d’exercer un recours gracieux devant le Procureur
Général, qui pourra enjoindre par une instruction écrite le Proc. Rép. de poursuivre.

B. Le recours à une alternative aux poursuites

Il y en a trois :

- le classement conditionnel
- la médiation pénale
- la composition pénale

• LE CLASSEMENT CONDITIONNEL

A longtemps été une pratique officieuse, officialisée par la loi du 23/06/1999 (art. 41
CPP). Permet au Proc. Rép., avant l’exercice de l’action publique, d’imposer certaines
mesures à l’auteur des faits s’il apparaît que ces mesures sont susceptibles d’assurer la
réparation du dommage subi par la victime, de mettre fin au trouble à l’OP, ou de
contribuer au reclassement de l’auteur.

Attention : ces mesures ne peuvent jamais consister en une sanction pénale (CC
2/02/1995 : décision « injonction pénale »), puisque celles-ci ne peuvent être prononcées
que par les magistrats du siège.

Exemples de mesures que le Proc. Rép. peut imposer :


 rappel à la loi (admonestation)
 suivi d’un stage de formation professionnel/scolaire (ou sensibilisation aux risques
routiers)
 régularisation de la situation

3
7
 réparation du dommage subi par la victime.

En cas d’exécution de la mesure, le Proc. Rép. va en général prononcer le classement.


Mais il peut également décider de ne pas la classer. En revanche, depuis la loi du
09/03/2004, si le classement conditionnel n’est pas satisfait, le Proc. Rép. a l’obligation
soit de recourir à une composition pénale, soit de poursuivre. Le recours au classement
conditionnel est une cause de suspension du délai de prescription de l’action publique.

• LA MEDIATION PENALE

Elle peut être proposée par le Proc. Rép. dans le cadre d’un classement conditionnel,
mais elle fait l’objet de dispositions spécifiques (art. 41-1, 5° CPP).
Le classement conditionnel fait intervenir deux personnes : l’auteur et le Proc. Rép.,
tandis que la médiation pénale ajoute une troisième personne qui est le médiateur.

Conditions de recours à la médiation :

 elle n’est pas possible si l’action publique est déjà engagée.


 il faut obtenir l’accord des parties (privées) : victime et auteur de l’infraction.
Difficulté au regard du droit de ne pas s’auto-incriminer : aveu implicite de
culpabilité ? Quid si la médiation échoue et que des poursuites sont engagées ?
Cette difficulté n’est pas vraiment résolue par la loi.

Lorsque ces conditions sont réunies, la médiation pénale peut être entamée. On parle de
médiation retenue lorsque elle est menée par un magistrat du parquet, et de médiation
déléguée lorsqu’elle est confiée à un tiers qui est en général une association agréée,
intervenant dans le cadre de l’INAVEM (institut national d’aide aux victimes et de la
médiation). Cf. art. D 15-1 CPP.

Qu’elle soit retenue ou déléguée, la médiation fait se rencontrer auteur et victime pour
qu’un accord soit obtenu sur les modalités et montant de la réparation du dommage.
Depuis la loi du 18/12/1998, les parties privées disposent du droit à l’assistance d’un
avocat et à l’aide juridictionnelle. Quand la procédure de médiation est achevée, il
appartient au parquet de décider des suites à donner.
 Si succès, le parquet peut toujours poursuivre (mais n’arrive jamais en pratique).
 Si échec en raison du comportement de l’auteur, la loi du 9/03/2004 impose au
parquet soit de poursuivre, soit de recourir à une composition pénale.

Le recours à la médiation pénale entraîne la suspension du délai de prescription de


l’action publique.

Attention : pour les mineurs, cette procédure est possible mais on parle alors de
réparation pénale des mineurs (art. 12-1 ord. 2/02/1945). A peu près la même procédure,
mais l’objectif est de responsabiliser le mineur. Il y a donc possibilité en plus d’imposer
un stage de sensibilisation.
On prévoit aussi la possibilité de recourir à la réparation des mineurs par le Proc. Rép.,
mais aussi par le juge d’instruction ou par l’autorité de jugement (donc quand les
poursuites sont commencées).

• LA COMPOSITION PENALE

Loi du 23/06/1999 (art. 41-2 CPP) : consiste pour le Proc. Rép. à proposer à l’auteur des
faits, qui reconnaît sa culpabilité, l’exécution de certaines sanctions pénales. En échange,
l’intéressé bénéficiera de l’extinction de l’action publique. Il ne sera plus possible de le
poursuivre sur le fondement de cette infraction.
La création de cette alternative ménage le droit des victimes car elle peut demander la
réparation de son préjudice devant la juridiction répressive qui ne statuera que sur
l’action civile (car l’action publique est éteinte).

‫ ﺧ‬Le domaine de la composition pénale : elle ne peut être décidée qu’à l’égard d’un
majeur (âge au moment de la commission de l’infraction). Elle vaut pour :

3
8
 les délits punis d’une peine d’amende et/ou d’emprisonnement d’une durée
inférieure ou égale à 5 ans.
 cette mesure peut aussi être proposée pour les contraventions de 5ème classe
(délinquance routière en particulier).

Il peut s’agir de sanctions pénales, mais jamais d’une mesure de privation de liberté. Peut
être :

 versement d’une amende au Trésor Public (qui ne peut être supérieure au


montant encouru)
 retrait d’un permis administratif (permis de conduire)
 obligation d’accomplir un TIG
 nouvelle mesure depuis loi du 12/12/2005 (relative à la récidive) : interdiction pour
un conjoint/concubin de résider au domicile du couple en cas de violences
commises au sein du couple.
 le législateur a prévu la possibilité pour le procureur de proposer la réparation du
dommage subi par la victime.

‫ ﺧ‬La mise en œuvre de la composition pénale : elle émane du Proc. Rép., voire de
l’OPJ puisque la composition pénale peut être proposée aujourd’hui dans le cadre d’une
GàV.
L’accord de l’intéressé doit être recueilli par PV et il doit reconnaître sa culpabilité, qui
doit être faite en présence d’un avocat.

Une fois l’accord de l’intéressé obtenu, la proposition doit être communiquée à un


magistrat du siège (CC 2/02/1995 : un magistrat du parquet ne peut décider seul
d’infliger une sanction pénale).

 président TGI pour délits


 président du TI pour les contraventions

Depuis la loi du 18/01/2005 : la validation des compositions pénales peut être validée par
le président du tribunal de proximité.

Si elle est validée, la sanction doit être exécutée par l’intéressé. Dans ce cas, il y a
extinction de l’action publique. Si elle n’est pas validée, le magistrat du parquet pourra
alors modifier la proposition et saisir le magistrat du siège a nouveau après un nouvel
accord de l’intéressé.
Si l’intéressé refuse la proposition, ou s’il ne l’exécute pas, le procureur a l’obligation de
poursuivre depuis la loi du 9/03/2004.

ATTENTION : la composition pénale n’est pas la procédure du plaider coupable


(comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité). C’est une alternative
aux poursuites qui ne mène pas à une condamnation. Il n’y aura donc pas
de récidive.
En revanche, la CRPC mène à une décision de culpabilité. Ce n’est pas une
alternative aux poursuites mais une méthode particulière de saisine des
tribunaux.

Création depuis la loi du 31/03/2006 (sur l’égalité des chances) d’un nouveau pouvoir de
transaction reconnu au maire (article 44-1 nouv.) : pour les contraventions commises au
préjudice de la commune, le maire peut, tant que l’action publique n’est pas mise en
mouvement, proposer au contrevenant une transaction consistant en la réparation du
dommage. Cette transaction doit être acceptée par le PR.
Elle peut consister en l’exécution d’un TIG, mais elle doit alors être homologuée par un
magistrat du siège (puisque c’est une peine).

 juge de proximité pour contraventions de classe 1 à 4


 président TI pour les contraventions de 5ème classe.

C. La décision de mise en mouvement de l’action publique

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9
• LES MODALITES DES POURSUITES

Deux voies sont ouvertes au Proc. Rép. qui a décidé de poursuivre :

 il peut décider de saisir directement une juridiction de jugement : c’est la citation


directe
 ou saisine d’une juridiction d’instruction par un réquisitoire introductif ou à fin
d’informer. Pour les crimes, l’instruction est obligatoire donc pas de citation
directe possible. Idem pour les délits et contraventions de 5 ème classe commis par
un mineur).

Une fois l’action publique engagée, le Proc. Rép. ne dispose plus de l’action. Il ne peut la
retirer. Il appartient aux juges du siège de la retire. Certaines administrations peuvent
avoir recours à une transaction, mais toute transaction qui intervient après le
déclenchement de l’action publique doit être homologuée par un magistrat du siège (CE
Ass, 7/07/2006 « France Nature Environnement »).

• LES LIMITES A LA LIBERTE DE POURSUIVRE

‫ ﺧ‬L’exigence d’une condition préalable : 4 hypothèses doivent être évoquées où il


faut une condition préalable pour poursuivre :

Exigence d’une plainte ou d’une dénonciation préalable : pour que des


poursuites soient engagées. Ex : diffamation ou injures (vie privée), ou délits
commis à l’étranger par un français ou à l’encontre d’un français (art. 113-8
CPP). Dans ce cas, l’action publique ne peut être exercée que sur plainte
préalable de la victime, ou dénonciation officielle de l’Etat dans lequel
l’infraction a été commise.
Mais attention : la plainte préalable n’oblige pas le MP à poursuivre, c’est juste
une condition à la poursuite.

Exigence d’une mise en demeure préalable : pour que le parquet puisse


poursuivre. Ex : en matière d’hygiène et sécurité du travail (art. L 231-4 CT).

Exigence d’une autorisation préalable : jusqu’à la loi constitutionnelle du 4


août 1995, les poursuites parlementaires ne pouvaient être engagées que sur
autorisation préalable de la Chambre concernée (séparation des pouvoirs).
Depuis la loi, l’art. 26 de la Constitution prévoit un système inversé : les
poursuites sont possibles mais elles peuvent être suspendues pendant la
session parlementaire si le président de la Chambre concernée le requiert.
Attention : maintien de l’autorisation préalable lorsqu’une mesure privative
ou restrictive de liberté est décidée contre un parlementaire. Elles ne peuvent
être exécutées qu’après l’autorisation du bureau de l’Assemblée ou du Sénat.

Exigence d’un jugement préalable : il peut s’agir d’un jugement d’une


juridiction non répressive. Ex : la poursuite du délit de banqueroute ne peut
intervenir que si le TC a préalablement décidé l’ouverture d’une procédure
collective.
Et les poursuites ne peuvent être engagées que si l’acte de procédure a été
jugé irrégulier par une décision définitive de la juridiction répressive. Ex :
perquisition décidée par un OPJ sans raison. Il ne pourra être poursuivi sur le
fondement de la violation de domicile qu’une fois que la perquisition aura été
déclarée irrégulière (Crim, 7/12/2005, doc. 63 : sur des allégations de faux à
l’encontre d’un OPJ concernant un PV de GàV. La poursuite pour faux de l’OPJ
ne peut intervenir qu’après que la GàV ait été annulée de manière définitive).
Art. 6-1 CPP : pendant la procédure de l’irrégularité de l’acte, le délai de
prescription de l’action publique est suspendu.
‫ ﺧ‬L’exercice de l’action publique par d’autres organes que le parquet :

 Possibilité offerte aux juridictions de jugement d’exercer l’action publique pour les
infractions commises lors de l’audience. Cette règle est écartée lorsqu’il y a

4
0
outrage à magistrat (car atteinte à l’impartialité), ou lorsque l’infraction est un
crime (l’instruction étant obligatoire).
 La victime va pouvoir contraindre le déclenchement de l’action publique en se
constituant partie civile devant les juridiction répressives. En effet, l’action civile
exercée devant les juridictions répressives déclenche l’action publique (art. 2 al. 1
CPP).

§2. La décision de la victime

Si le préjudice est personnel et direct, la victime dispose d’un droit d’option.

A. Le droit d’option

• LES CONDITIONS

- Il faut que les deux voies lui soient ouvertes.


Parfois, une voie est imposée : en matière de diffamation contre des corps
constitués (ex : agents de l’Etat et Etat), la loi du 29/07/1881 impose que la
victime emploie la voie pénale. Et la victime ne peut pas saisir le juge répressif
devant la Haute Cour de Justice et devant la Cour de Justice de la République.

- L’action publique ne doit pas être éteinte, sinon la victime doit s’adresser au juge
civil (art. 2 CPP).

• IRREVOCABILITE DE L’OPTION

La victime peut-elle revenir sur sa décision de choisir tel ou tel juge ?


L’art. 5 CPP dispose que la victime qui s’est d’abord adressée au juge civil ne peut pas se
désister de son action et s’adresser au juge pénal. Cette règle est en faveur de l’auteur
de l‘infraction (la victime pourra seulement engager sa responsabilité civile – cf. doc. 72).
Cette règle tombe toutefois lorsque pour des mêmes faits, le juge répressif s’est trouvé
saisi (par le parquet ou par une autre victime).
Il ne s’agit pas là d’une règle d’OP, le juge n’a pas à la soulever d’office. Il revient à la
partie concernée de l’invoquer (Crim, 10/10/2000).

B. L’exercice de l’action par la victime

• L’ACTION CIVILE PAR LA VOIE CIVILE

Il est possible d’aller devant le juge civil sans que l’affaire ne soit parallèlement portée
devant le juge répressif. Dans ce cas, il n’y a pas d’interférence car il n’y a qu’une seule
action, qui est régie par le NCPC. La question de l’interférence se pose quand il y a deux
actions.

La règle est que le pénal (protection de l’intérêt général) l’emporte sur le civil (protection
de l’intérêt privé) en cas d’utilisation des deux voies (art. 4 CPP). Il appartient donc au
juge civil saisi des mêmes faits de surseoir à statuer dans l’attente du juge répressif.
Cette règle a pour conséquence que le juge civil ne peut contredire le juge pénal quand
leurs décisions portent sur le même objet. Or la loi du 10/07/2000 relative aux infractions
non intentionnelles occasionnant un dommage a opéré une distinction partielle des fautes
civiles et pénales. Elle fait une équation entre la gravité de la faute et le lien de
causalité :

 Quand une faute simple est commise, un lien de causalité direct permet
d’engager la responsabilité pénale de l’agent (donc pas l’auteur indirect !)
 Quand une faute qualifiée (délibérée ou caractérisée) est commise, l’auteur
indirect pourra voir engagée sa responsabilité pénale.

Au regard de ces deux règles, il apparaît que (art. 4-1 CPP) :

- Si l’on est face à un auteur direct, la solution du juge pénal s’impose au juge
4
1
civil car la faute simple est la même notion en matière civile et pénale.
- Si l’on est face à un auteur indirect que le juge répressif souhaite relaxer, il y a
rupture des notions et le juge civil pourra le condamner à payer des DI à
condition qu’il existe une faute simple.
- Si l’on est face à un auteur indirect que le juge répressif souhaite condamner, il
est normal que cette décision s’impose au juge civil, car s’il y a faute qualifiée,
il y a forcément faute simple.

• L’ACTION CIVILE PAR LA VOIE REPRESSIVE

Il est certain que la voie pénale est assez séduisante car les juridictions répressives sont
plus rapides, et que la victime n’a pas à rechercher de preuves. Il s’agit là de l’effet de la
tendance inquisitoriale de la phase préparatoire.

Modes d’introduction

La victime peut agir par voie d’action (voie directe) ou par voie d’intervention (en greffant
son action sur une autre déjà engagée).

‫ ﺧ‬Par voie d’action : la victime dispose alors comme le parquet de deux voies

 s’adresser à une juridiction de jugement : citation directe (quand on connaît


l’auteur de l’infraction, et à l’exclusion des affaires criminelles où l’instruction est
obligatoire)
 s’adresser à un juge d’instruction : plainte avec constitution de partie civile

Attention : dans les deux cas, on parle de constitution de partie civile d’où la nécessité de
préciser quand il s’agit de plainte avec constitution de partie civile.

Dans les deux cas, il appartient à la victime d’indiquer précisément les faits dénoncés
pour déterminer le cadre de la saisine, et les juridictions peuvent contraindre les victimes
à verser une consignation pour prévenir les actions fantaisistes ou calomnieuses.

‫ ﺧ‬Par voie d’intervention : la victime greffe alors son action à une autre. Dans ce cas,
le CPP ne prévoit aucun formalisme particulier (le cadre est celui déjà établi par la 1 ère
action). Cette constitution de partie civile par voie d’intervention peut intervenir avant
l’audience de jugement.
Il appartient à l’OPJ qui entend la victime de l’informer qu’elle peut se constituer partie
civile. Depuis a loi du 15/06/2000, lorsque la victime demande à obtenir réparation
pendant l’audition, cette demande vaut constitution de partie civile.
Elle peut également intervenir au cours de l’audience, sachant que le CPP impose alors
que l’action soit exercée avant les réquisitions du parquet sur le fond.

Effets de l’introduction de l’action civile

‫ ﺧ‬L’effet commun aux deux voies d’action : la victime qui se constitue partie civile,
par voie d’action ou par voie d’intervention, va alors bénéficier du statut de partie à la
procédure, ce qui a des incidences sur ses droits :
- droit à être assisté par un avocat
- accès au dossier pendant l’instruction
- ne prêtant pas serment, la victime ne pourra pas être poursuivie pour faux
témoignage
- droit de demander au JI des actes d’intervention
- possibilité d’exercer des voies de recours : requêtes en nullité de procédure ou
appel.

‫ ﺧ‬L’effet particulier à l’action civile par voie d’action : cette action a pour effet
moteur de déclencher l’action publique (résulte de Crim, 08/12/1906, Laurent-Atthalin,
confirmé par l’arrêt Placet). Cette règle se trouve aujourd’hui explicitement énoncée à
l’art. 1 al. 2 CPP.

Cela explique donc que l’exercice de l’action civile devant le juge répressif interrompt le

4
2
délai de prescription de l’action publique (Crim, 22/11/2005 arrêt 6 doc. 66).

Il s’agit d’un moyen commode de commander le parquet, mais aussi de jeter facilement
l’opprobre sur une personne. D’où des conditions préventives et répressives :

 la juridiction répressive peut exiger le versement d’une consignation


 elle peut aussi exiger à peine d’irrecevabilité de la plainte que la victime produise
tous les documents et pièces utiles à sa demande

 Délit de dénonciation calomnieuse (art. 226-10 CP) : 5 ans et 45000 euros


 En cas d’absence d’intention de calomnier (simple légèreté de la victime), une
amende civile peut être prononcée, pouvant aller jusqu’à 15000 euros.
Le montant de la consignation permet de payer cette amende civile.

3°- L’extinction de l’action publique

 Pour l’action publique : décès, amnistie


 Pour l’action civile : transaction
 Pour les deux : chose jugée, prescription

§1. La prescription de l’action publique

La prescription de l’action publique se justifie afin de prévenir les erreurs judiciaires


(preuves). Elle agit in rem, càd qu’elle bénéficie à tous les protagonistes : tant à l’auteur
qu’à ses complices. Il s’agit là d’une règle d’OP qui doit être soulevée d’office par le juge.

Attention : ne pas confondre la prescription de l’action publique et la prescription


de la peine. La première est l’écoulement d’un délai à compter de l’infraction qui a
pour conséquence l’impossibilité de poursuivre, et la seconde est l’écoulement
d’un délai à compter de la condamnation définitive d’un individu qui empêchera
l’exécution de la peine.

A. Le délai de prescription de l’action publique

‫ ﺧ‬Durée : art. 7, 8 et 9 CPP.

Prescription action publique : Prescription peine :


- Crime : 10 ans - Crime : 20 ans
- Délit : 3 ans - Délit : 5 ans
- Contrav° : 1 an - Contrav° : 2 ans

Il existe des cas où le délai est allongé :

 Crimes contre l’humanité : imprescriptibles


 Crimes de trafic de stupéfiants et terrorisme : 30 ans
 Délits de trafic de stupéfiants et terrorisme : 20 ans
 Crimes sexuels sur mineurs : 20 ans
 Délits sexuels sur mineurs : 10 ans

Il existe également des délais plus courts :

 Délits de presse : 3 mois (sauf infractions racistes : 1 an)


 Fraude électorale : 6 mois

‫ ﺧ‬Point de départ : le délai court à compter du jour de la commission de l’infraction.


Cela implique des connaissances du droit pénal. On distingue :

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- Infractions instantanées ou continues
Instantanées : le délai court à compter de l’infraction
Continues : le délai ne commence à courir que quand l’infraction cesse

Infractions simples ou complexes


Simples : un seul fait matériel (ex : vol). Le délai court immédiatement
Complexes : plusieurs faits matériels. Le délai court à compter du dernier fait matériel
(escroquerie)

- Infractions matérielles ou formelles


Matérielles : faut un résultat. Le délai court qd il est survenu (homicide volontaire)
• Formelles : n’exige pas de résultat (l’empoisonnement n’impose pas le décès
de la victime)

Dans certains cas, le point de départ est retardé :

 Par la loi : pour les infractions contre les mineurs (sexuelles ou violence), le délai est
retardé à la majorité de la victime (CE, 10/02/2006 doc. 64)
 Par la jp : pour les infractions clandestines qui ne peuvent faire l’objet d’une décision
d’opportunité du Parquet, la Cour de cassation décide de retarder le point de départ au
jour où l’infraction est découverte dans des conditions permettant de choisir l’opportunité
de poursuivre (ex : ABS, étendu à la tromperie Crim, 07/07/2005 doc. 65).

B. La paralysie du délai de prescription

‫ ﺧ‬Interruption du délai : il remet les compteurs à zéro. Art. 7 al. 1 CPP vise tout acte
d’instruction ou de poursuite réguliers.

Actes d’instruction : actes qui tendent à la constatation d’une infraction et à la


recherche de son auteur (perquisition, GàV, audition…)

Actes de poursuite : actes qui tendent à la mise en mouvement de l’action


publique (citation directe, réquisitoire introductif), mais aussi tous les actes qui
permettent d’informer le parquet (simples « soit-transmis » sont interruptifs :
actes par lesquels le Proc. Rép. formule une demande d’information à une
administration. Crim, 20/02/2002 sur les disparues de l’Yonne, confirmé par
Crim, 08/02/2005 doc. 66 arrêts 1 et 2).

Attention : Tous ces actes doivent être réguliers ! A défaut, le délai n’est pas interrompu
(Crim, 21/06/2005 doc. 67 arrêt 2).

‫ ﺧ‬Suspension du délai : Il y a suspension mais le délai acquis demeure acquis. Cas des
alternatives aux poursuites. Mais la jp n’est pas en reste car elle développe d’autres
causes suspensives :

 Causes factuelles : trouble mental de l’auteur de l’infraction qui intervient au


cours des poursuites (Crim, 01/08/1919)
 Obstacles de droit : chef de l’Etat dans le cadre de son mandat sauf en cas de
Haute trahison. Donc pour les infractions de droit commun, il y a suspension du
délai (Ass. Plén. 10/10/2001)

§2. La prescription de l’action civile

Pendant longtemps était prévue la règle de l’unité des prescriptions pénales et civiles.
Elle était illogique car le délai pour réparer un préjudice résultant d’une infraction pénale
était plus court que pour les infractions civiles.
Désormais, l’art. 10 CPP dispose que l’action civile se prescrit selon les règles du droit
civil (contractuel : 10 ans, délictuel : 30 ans).

4
4
THEME 4 : L’INSTRUCTION
PREPARATOIRE
L’instruction préparatoire est aussi appelée information judiciaire. Attention, ne pas parler
de d’instruction car cela recouvre tant l’instruction préparatoire (chambre d’instruction)
que l’instruction définitive (chambre de jugement).

Chapitre préliminaire – Le secret de l’instruction

Il s’agit de la manifestation inquisitoriale de la phase préparatoire de la procédure pénale.


Trois significations :

 La procédure a lieu sans que ne soit informé le suspect


 Les personnes qui participent aux investigations sont tenues au secret
 L’instruction préparatoire n’est pas publique, donc les audiences de la chambre
d’instruction sont tenues en chambre du conseil (pas de public).

Le secret professionnel est prévu par l’art. 11 CPP à l’égard de toutes les personnes qui
concourent à la procédure. Mais l’art. 11 ne vise pas que le secret professionnel, il vise
également le secret de l’enquête. En cas de méconnaissance de cette obligation, les
intéressés encourent les mêmes peines que pour le secret professionnel (art. 226-13 CP :
1 an et 15000 euros).

Et quand la violation est délibérée, la loi du 09/03/2004 a instauré l’art. 434-7-2 qui
permet de porter les peines à un niveau supérieur, sachant que sous la pression des
avocats, le texte a été modifié par la loi du 12/12/2005 sur la récidive afin d’insister sur la
violation délibérée.

Il faut :
- une révélation commise sciemment
- faite à une personne que l’intéressé sait être impliquée dans l’affaire
- et avec une volonté d’entraver les investigations (dol spécial)

La peine est de 2 ans et 30000 euros d’amende (avant la loi du 12/12/2005 : 5 ans et
75000 euros), et si les faits relèvent de la criminalité et délinquance organisée, les peines
sont alors de 5 ans et 75000 euros. Attention : cela ne concerne que les personnes qui
concourent à la procédure !

§1. Les personnes concourant à la procédure

Elles sont entendues dans un sens strict : les personnes faisant avancer la procédure. Il
s’agit des magistrats, des greffiers, des huissiers, des enquêteurs publics, des experts et
des interprètes. En revanche, cela ne concerne ni les parties ni les avocats (car ils
représentent les parties).

Il existe toutefois une permission de révélation d’informations : la possibilité qui est faite
au Proc. Rép. de révéler des informations objectives tirées d’une procédure en cours afin
de prévenir ou faire cesser une atteinte à la présomption d’innocence.

§2. Les personnes ne concourant pas à la procédure

Le secret s’applique-t-il à d’autres ? Cette question renvoie à celle de l’accès au dossier.

‫ ﺧ‬Avocats : ils ont un droit d’accès direct au dossier, qui doit être mis à leur disposition
dans les quatre jours ouvrables au plus tard avant la 1ère audition ou le 1er interrogatoire.
Puis le dossier est librement accessible à l’avocat.
Cet accès est susceptible de mener à des fuites. D’où la loi du 31/12/1971 relative au

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statut des avocats qui prévoit l’obligation pour les avocats de satisfaire au secret
professionnel.
Une disposition d’application englobe dans le secret professionnel le secret de
l’instruction (décret du 27/11/1991). Les avocats encourent alors la peine prévue pour la
violation délibérée. Cette mesure a donné lieu à des applications récentes (Crim,
20/06/2006).

‫ ﺧ‬Clients : ils ont un droit indirect d’accès au dossier car ils peuvent accompagner
l’avocat quand celui-ci va consulter le dossier. Ils peuvent aussi consulter les copies que
avocats ont pu se faire remettre.
Il existe un risque de fuite important car l’avocat peut donner des copies de ces copies à
son client ; Pour encadrer cette pratique, le législateur prévoit des conditions :

 l’avocat doit faire attester son client par écrit qu’il a pris connaissance de
l’interdiction qui lui était faite de les communiquer à des tiers
 l’avocat doit dire au JI la liste des pièces qu’il souhaite communiquer à son client.
Le JI dispose d’un droit d’opposition insusceptible de recours dans un délai de 5
jours. A défaut de prononciation dans ce délai, la communication est possible.

La communication à des tiers constitue un délit puni d’une amende correctionnelle de


3750 euros.

Cela pose des problèmes lorsque une partie ne souhaite pas avoir d’avocat.
Traditionnellement, Ccass écarte la communication à une partie que ne serait pas
assistée par un avocat (Crim, 22/01/2002). Il y a un risque d’atteinte aux droits de la
défense !
Pour l’instant la CEDH ne s’est pas encore prononcée sur cette question. Elle ne s’est
prononcée que pour la partie civile qui n’a pas accès au dossier car elle ne souhaite pas
être assistée par un avocat. Dans ce cas, elle ne constate pas de violation à l’art. 6
CESDH. Ce faisant, elle met en balance les droits des justiciables et l’efficacité de la
répression (CEDH Menet c/ France, 14/06/2005 doc. 83).

‫ ﺧ‬Journalistes : ils sont rattrapés par le secret de l’enquête et de l’instruction. S’ils


révèlent des informations couvertes par le secret, ils sont condamnés sous la qualification
de recel de violation du secret de l’instruction.
Il n’y a toujours pas d’arrêt de la CEDH qui pour savoir s’il s’agit là d’une violation de l’art.
10 relatif à la liberté d’expression des journalistes. La Cour ne s’est prononcée que sous
la qualification de recel du secret fiscal (affaire du Canard enchaîné : CEDH Fressoz Roire,
21/01/1999 : la condamnation est une atteinte à la liberté d’expression).
Toutefois, on peut douter que cette solution serait étendue pour le secret de l’instruction
qui protège l’intérêt général, tandis que le secret fiscal ne protège qu’un intérêt privé.

1°– L’instruction préparatoire par le juge


d’instruction
§1. La saisine du juge d’instruction

A. Les modalités de la saisine

Il peut être saisi par un réquisitoire introductif (ou à fin d’informer) par le Parquet, ou par
une plainte avec constitution de partie civile par la victime.
Dans ce cas, il n’a pas l’obligation d’instruire ! Il peut rendre une ordonnance de refus
d’informer ou de non-informer lorsqu’il considère que les faits dénoncés ne sont pas
susceptibles de tomber sous le coup d’une qualification pénale (ex : prescription de
l’action publique : poursuites contre un général sur des tortures pendant la guerre
d’Algérie Crim, 17/06/2003).

B. Etendue de la saisine

Le JI est saisi in rem, mais pas in personam, càd qu’il ne peut instruire qu’à l’égard des

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faits qui lui ont été dénoncés dans l’acte de saisine. S’il découvre des faits nouveaux
pendant ses investigations, il ne peut en principe décider d’office d’instruire (application
de la règle selon laquelle une juridiction ne peut s’auto-saisir).
Il doit en informer le Proc. Rép. qui décidera des suites à donner : classer l’affaire, décider
d’une alternative, saisir une juridiction de jugement ou saisir le JI. S’il s’agit du même JI
que dans la première affaire, le Proc. Rép. étend la saisine de celui-ci : on parle de
réquisitoire supplétif.
Attention : cette possibilité n’est reconnue qu’au parquet. La victime ne peut pas
étendre la saisine du JI au moyen d’une plainte additionnelle (Crim, 26/09/2000).

Il existe une nuance à la saisine in rem : lorsque le JI découvre des faits nouveaux et qu’il
y a urgence à procéder aux investigations, il peut réaliser des vérifications sommaires, à
l’exception de tout acte coercitif (Crim, 06/02/1996).
C’est pour cette raison que l’accusation contre Xavière Tibéri est tombée ! Cette
condition n’avait pas été respectée : au cours de la perquisition, le juge avait trouvé des
documents relatifs à une autre affaire, et il les avait saisis au lieu d’en informer le Proc.
Rép. Tous les actes subséquents ont été annulés de ce fait, et donc toute la procédure
est tombée.

Attention cas pratique : dans la saisine in rem (contrairement à la saisine in personam)


le JI peut instruire à l’égard de toute personne dans la limite des faits dénoncés. Il ne peut
donc pas être contraint à mettre une personne en examen, même si elle est désignée
dans l’acte de saisine.

§2. Les pouvoirs du juge d’instruction

Sous-§ 1. Les pouvoirs du JI

A. Les pouvoirs du JI quant aux suspects

1. Le témoin assisté

Une loi de 1987 définit de manière stricte le témoin assisté, puis la loi du
15/06/2000 élargit la notion. Il s’agit d’un suspect intermédiaire, qui n’est plus un simple
témoin car il existe des éléments de suspicion contre lui. Il bénéficie donc de droits
particuliers (art. 113-1 s. CPP et doc. 85) :

Cinq catégories de personnes doivent bénéficier du statut :

1. Les personnes nommément visées dans réquisitoire introductif ou supplétif.


2. Les personnes nommément visées par la victime ou dans une plainte avec
constitution de partie civile qui, lorsqu’il sont auditionnés par le JI en font la
demande. Le JI doit donc notifier l’intéressé de ce droit.
Toutefois, si la personne est entendue par un OPJ sur commission rogatoire,
l’obligation de notification n’existe pas. Cela permet de contourner le statut, et de
fraude aux droits de la défense (Crim, 23/03/2000).
3. Les personnes qui ont fait l’objet d’un interrogatoire de 1 ère comparution (qui doit
être fait par le JI qui veut mettre quelqu’un en examen) et qui n’ont finalement pas
été mises en examen.
4. Les personnes dont la mise en examen a été annulée.
5. Les personnes qui font l’objet d’un mandat de comparution, d’amener ou d’arrêt
depuis la loi du 09/03/2004 (acte qui désigne une personne contre qui existent des
indices graves et concordants de culpabilité).

Trois catégories de personnes peuvent bénéficier du statut

1. Les personnes désignées par une plainte et qui ne font pas la demande de
bénéficier du statut.
2. Les personnes mises en cause par un témoin.
3. Les personnes à l’encontre desquelles existent des indices rendant vraisemblable
leur participation à l’infraction.

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Attention : dans tous les cas, l’octroi du statut n’est pas contradictoire, à l’inverse de la
mise en examen. Une simple lettre recommandée suffit.

Le témoin assisté bénéficie d’un certain nombre de droits :


▪ Il a droit à l’assistance d’un avocat (et donc accès au dossier par ce biais).
▪ Il ne prête pas serment (car c’est un suspect).

Néanmoins, le statut n’équivaut pas à celui de la mise en examen, car il ne peut formuler
de demande d’acte d’investigation, sauf à être confronté aux personnes qui le mettent en
cause.
Par ailleurs, il ne peut exercer de voie de recours. Mais, depuis la loi du 09/03/04, il est
autorisé à formuler des requêtes en nullité.
Et il ne saurait y avoir de détention provisoire ni de contrôle judiciaire car il n’est pas un
suspect.

2. Le mis en examen

• LA MISE EN EXAMEN

‫ ﺧ‬Motivation : art. 80-1 al. 1 CPP indique quelles personnes peuvent être mises en
examen. Le JI ne peut mettre en examen que les personnes contre qui existent des
indices graves ou concordants de culpabilité. Ce n’est qu’à ce niveau de suspicion qu’il
est possible de recourir à cette procédure.
Une circulaire du 20/12/00 donne des exemples :
- mise en cause formelle par victime ou par témoin direct de l’infraction.
- témoin indirect pas suffisant. Faudra alors plusieurs indices.

Le JI ne peut pas y avoir recours trop tôt, car cela permet éventuellement sa mise en
détention provisoire. Il faut donc des éléments à charge suffisants.

Il faut compléter ces dispositions avec l’art. 105 CPP : les personnes à l’encontre
desquelles existent des indices graves et concordants ne peuvent être entendues comme
témoin (avant, le JI était obligé de mettre l’intéressé en examen pour ce cas. L’objectif
était d’octroyer les droits de la défense à ce suspect. On parlait de la théorie des
procédures tardives, qui donnaient systématiquement lieu à annulation). Aujourd’hui,
cette obligation a été annulée, mais il n’est pas possible d’être entendu comme témoin. Il
doit, au minimum, bénéficier du statut de témoin assisté.

Attention : il faut donc bien distinguer s’il existe des indices graves et concordants ou s’il
existe des indices graves ou concordants.

‫ ﺧ‬Conditions de forme : le principe du contradictoire doit être respecté depuis la loi du


15/06/2000 pendant l’interrogatoire de 1ère comparution. Le JI doit adresser une
convocation à l’intéressé par lettre recommandée, sachant que le délai de convocation ne
peut être inférieur à 10 jours afin de ménager un certain temps à la personne qui risque
d’être mise en examen.
Elle doit mentionner les faits et leur qualification juridique, le fait que la victime a le droit
d’être assistée par un avocat, et qu’au terme de l’interrogatoire une mise en examen est
envisageable.

L’interrogatoire commence par un rappel des faits par le JI, qui rappelle le droit d’être
assisté par un avocat (et d’un interprète Crim, 25/05/05 doc. 88). Contrairement à la GàV,
le JI a l’obligation de notifier à l’intéressé son droit de se taire, sachant que l’exercice de
ce droit ne s’oppose pas à sa mise en examen (Crim, 30/03/04). A l’issue de l’audience, le
JI notifie à l’intéressé sa mise en examen. Il doit alors lui notifier tous les droits dont il
dispose.
S’il n’est pas mis en examen, l’intéressé bénéficie nécessairement du statut de témoin
assisté. Et en cas d’annulation de la procédure (puisque les conditions de forme sont
d’OP), il en va de même.

Attention : la mise en examen peut intervenir à l’initiative du témoin assisté pour


bénéficier des droits qui vont avec (recours, demande d’acte…). Elle s’impose au JI,
sachant qu’alors la mise en examen peut intervenir par simple lettre recommandée.
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8
• LA LIBERTE DU MIS EN EXAMEN

‫ ﺧ‬La détention provisoire : art. 137 et 144-150 CPP. Elle désigne l’incarcération de la
personne mise en examen dans l’attente de son jugement. Elle ne peut intervenir
qu’après la prise d’un mandat de dépôt par le JLD, et a lieu en maison d’arrêt, sachant
que depuis la loi du 09/09/2002, il n’est plus possible d’exécuter un détention provisoire
par surveillance électronique.
Evidemment, le temps passé en détention provisoire viendra se déduire de la peine
privative de liberté prononcée.

Conditions de fond

▪ Il doit s’agir d’une peine criminelle ou d’une peine correctionnelle punie d’au moins 3
ans d’emprisonnement.

▪ Elle doit être motivée (3 motifs alternatifs) :


o Afin de conserver les preuves, d’empêcher une éventuelle concertation,
d’empêcher des pression sur les témoins ou les victimes.
o Protéger le mis en examen contre ses comparses ou assurer la garantie du
maintien de la personne mise en examen à la dispos de la justice.
o Afin de mettre fin à un trouble exceptionnel et persistant de l’OP provoqué par la
gravité de l’infraction.

Toutefois, quand la détention est décidée suite à la méconnaissance des obligations


résultant d’un contrôle judiciaire, il n’est pas nécessaire de remplir ces 2 conditions de
fond.

Conditions de forme

▪ L’art. 145 CPP, instauré par la loi du 15/06/2000 a retiré le pouvoir de mise en examen
au JI au profit du JLD, qui doit être saisi par le JI (l’objectif est de recueillir des avis
concordants de deux magistrats du siège). Mais depuis la loi du 09/09/2002, quand le JI
ne décide pas de saisir le JLD alors qu’il a reçu un réquisitoire dans ce sens du Proc. Rép.,
il doit rendre une ordonnance spécialement motivée.
Et depuis la loi du 09/03/2004, en matière criminelle et pour des délits punis de 10 ans
d’emprisonnement, le Proc. Rép. peut saisir directement le JLD malgré le refus du JI.

▪ Le placement en détention provisoire doit toujours faire l’objet d’un débat devant le
JLD. Il doit alors laisser un certain délai au suspect pour se préparer, sachant que ce délai
n’est pas fixé par la loi mais qu’en pratique il est d’au minimum 4 jours. Mais en cas
d’urgence, il peut incarcérer temporairement le suspect pendant ce temps là (art. 145 al.
7).

▪ Au terme de cette audience, le JLD peut délivrer un mandat de dépôt, sachant qu’appel
peut être interjeté contre cette décision devant la Chambre de l’instruction, qui doit
statuer dans les 10 jours.
Attention : cet appel n’est pas suspensif (l’individu est quand même incarcéré).

D’où la création du procédé de référé liberté (par la loi du 24/08/1993). Si l’appel est
interjeté au plus tard au lendemain de la décision, la personne mise en examen peut
demander à ce que l’appel soit immédiatement envisagé par le Président de la chambre
qui se prononcera sur son caractère suspensif ou non (et pas sur le fond). Il dispose alors
d’un délai de 3 jours pendant lequel la personne est incarcérée.
Depuis la loi du 15/06/2000, une personne peut demander à ce que son référé liberté soit
examiné par une formation collégiale, mais celle-ci dispose de 5 jours pour statuer.
Le Président ou la forme collégiale saisis d’un référé peuvent choisir d’évoquer le fond, et
statuer sur le fond.

▪ Durée de la détention provisoire : doit respecter le délai raisonnable (art. 144-1 CPP).
Cette question du délai raisonnable est inspirée de l’art 5§3 CESDH et est une question de
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9
fait qui échappe au contrôle de la Ccass (Crim, 14/03/2006 doc. 92).
Le point de départ est le jour de l’ordonnance du JLD. Peu importe qu’à ce jour le suspect
fasse déjà l’objet d’une détention provisoire pour une autre cause (Crim, 23/08/2005 doc.
89). Par ailleurs, le cumul de détention provisoire n’est évidemment possible que lorsque
des informations judiciaires portant sur des faits distincts (Crim, 24/05/05 doc. 90).

Quels sont les plafonds ?


- En matière correctionnelle (art. 145-1) : la détention ne peut excéder 4 mois si la
personne n’a pas déjà fait l’objet d’une condamnation antérieure à 1 an
d’emprisonnement ferme et si elle encourt une peine inférieure ou égale à 5 ans. Dans le
cas inverse, la détention peut être prolongée par le JLD par tranches de 4 mois
supplémentaires (avec un nouveau débat contradictoire chaque fois). La durée totale ne
peut excéder 1 an sauf exception : 2 ans s’agissant des délits en bande organisée faisant
encourir 10 ans d’emprisonnement, 3 ans pour le délit d’association de malfaiteurs en
relation avec une entreprise terroriste (art. 706-24-3).
Dans toutes ces hypothèses, depuis la loi du 09/09/2002, la Chambre de l’instruction peut
décider d’une ultime prolongation de 4 mois supplémentaires à l’issue du délai butoir en
matière correctionnelle, mais cette tranche s’applique (affaire du chinois). Donc max = 1
an et 4 mois.

- En matière criminelle (art. 145-2), la détention est en principe d’une année, sachant que
le JLD peut décider de prolongations pour 6 mois après débat contradictoire, et que la
détention ne peut excéder 2 ans, sauf si la peine encourue est supérieure à 20 ans
auquel cas la détention peut aller jusqu’à 3 ans.
Par ailleurs, en matière de criminalité organisée, le plafond de 2 ans passe à 3, celui de 3
à 4, et depuis la loi du 09/09/2002, la Chambre d’instruction peut prononcer à 2 reprises
une ultime prolongation de 4 mois. Donc max = 4 ans et 8 mois.

Attention : il ne s’agit là que des délais de détention au cours de la période


d’instruction ! Après s’appliquent les délais d’audiencemment (2 ans max).

Lorsque l’on atteint ces délais butoir, l’intéressé doit être remis en liberté, sachant que
même pendant la détention, la pers mise en examen peut demander sa liberté. Il
s’adresse au JI qui peut décider seul. En cas de refus, on peut saisir le JLD.
En cas de refus des 2, on peut interjeter appel contre l’ordonnance de refus devant la
Chambre de l’instruction.

Lorsqu’une ordonnance de mise en liberté est prise ou lorsqu’un refus de prolongation de


la détention provisoire est prononcé (nouveau Crim, 20/06/06), on peut recourir au référé
détention institué par la loi du 09/09/2002.
Comme en matière de décision de placement, l’appel n’est pas suspensif (donc la
personne doit être libérée). Néanmoins, à compter de l’ordonnance débute un délai de 4
h pour informer le parquet de la décision du juge. Si un appel à l’encontre de la décision
est formé pendant le délai de 4h, le 1er président de la CA se trouve saisi du caractère
suspensif ou non de l’appel, sachant qu’il doit statuer dans les 2 jours qui suivent la
saisine (pendant lesquels la personne demeure incarcérée).

‫ ﺧ‬Le contrôle judiciaire : art. 137 CPP : la personne mise en examen présumée
innocente reste libre. Elle peut toutefois être astreinte à une ou plusieurs obligations du
contrôle judiciaire (limitation de liberté sans la supprimer) par le JLD lorsqu’il est saisi en
matière criminelle ou correctionnelle pour un délit puni de plus de 10 ans
d’emprisonnement.

Le contenu du contrôle judiciaire

Il peut avoir 3 objectifs :


­ probation, soutien de la personne mise en examen (réinsertion). Ex :
formation professionnelle ou scolaire
­ prévention du renouvellement de l’infraction (mesure de sûreté). Loi
12/12/05 a jouté comme obligation possible l’obligation pour le concubin ou le
conjoint violent de résider hors du domicile du couple. (art. 138 17°)
­ maintien de l’intéressé à la disposition de la justice. JI peut imposer la

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remise du passeport, ou le fait de pointer au commissariat ou à la mairie la plus
proche de son domicile.

Attention : une particularité a été créée par la loi du 15/06/2000 dans le cadre du contrôle
judiciaire : on peut interdire à un avocat l’exercice de sa profession à condition que cette
décision appartient au seul conseil de l’ordre dans sa formation disciplinaire. Le JI ne peut
donc la décider.

Le déroulement du contrôle judiciaire

Il est fixé par le JI ou par le JLD, qui peuvent au cours du contrôle modifier, ajouter ou
supprimer une obligation par le biais d’une ordonnance modificatrice. Celle-ci peut aussi
être demandée par l’intéressé, et un appel est possible devant la chambre d’instruction.
Le JI peut aussi décider la main levée du contrôle, de sa propre initiative ou à la demande
de la personne mise en examen, qui dispose d’un recours contre la décision.
Pour l’avocat, la règle du parallélisme de formes impose que la décision appartient au
Conseil de l’ordre (Crim, 15/05/02)

En cas de manquement volontaire aux obligations du contrôle judiciaire, le JI peut saisir le


JLD aux fins de placement en détention provisoire, sachant qu’il peut alors intervenir sans
respecter les règles de fond (cf. supra)

B. Les actes d’investigation du juge d’instruction

1. Les actes directement exercés par le juge d’instruction

Comme au cours des enquêtes de flagrance, la recherche de la preuve est coercitive. Il


existe quelques spécificités.

• LES INVESTIGATIONS MATERIELLES

‫ ﺧ‬Les perquisitions : le JI peut décider la perquisition d’un domicile (art. 94). Dans ce
ces, les mêmes règles s’appliquent que pour les enquêtes de flagrance, et notamment il
n’est pas besoin d’obtenir le consentement de l’intéressé.
S’agissant des perquisitions nocturnes (art. 706-83), la loi du 09/03/2004 prévoit un
régime différent en mat criminalité et délinquance organisée. En principe elles ne sont
possibles que dans les locaux professionnels. Mais il est possible de perquisitionner un
domicile quand 3 conditions cumulatives sont remplies :

▪ flagrance
▪ risque immédiat de disparition des preuves
▪ raisons plausibles de soupconner que les pers présentes sur les lieux sont en train
de commettre des infractions de crim et del org au sens de 706-73.

Comme dans le cadre de l’enquête, le JI doit se soucier des droits de la défense. Cela
signifie en particulier que lorsqu’il mène une perquisition au domicile de la personne mise
en examen, il ne peut l’interroger car elle doit être assistée par un avocat. Il y aura donc
annulation de la perquisition pour violation des droits de la défense (Crim, 21/02/2002).

‫ ﺧ‬Les écoutes téléphoniques : art 100 à 100-7 CPP. Elles ont longtemps été le seul
apanage du JI, mais la loi du 09/03/2004 les autorise aussi dans les enquêtes portant sur
des faits de criminalité et délinquance organisée. Elle peuvent toujours être ordonnées
par le JI quand l’instruction porte sur des faits criminels ou correctionnels faisant encourir
une peine d’au moins 2 ans d’emprisonnement, et doivent être motivées.
Elles peuvent concerner le suspect, mais aussi toute personne (témoin assisté, témoin,
partie civile, avocat). Mais aucune écoute ne peut avoir lieu sur la ligne dépendant du
cabinet ou du domicile de l’avocat sans en avoir informé le bâtonnier (à peine de nullité
art. 100-7). Et aucune interception ne peut avoir lieu sur la ligne d’un parlementaire sans
que le président de la chambre concernée n’en soit informé. Cette règle ne s’applique
toutefois pas aux eurodéputés (Crim, 16/03/05 doc 95).
Enfin, depuis la loi du 09/03/2004, quand l’écoute intervient sur la ligne d’un magistrat, il
faut au préalable en informer soit le 1er président CA, soit le Procureur Général.

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Cette décision du juge de placer sur écoute n’est pas susceptible de recours (art. 100-2)
pour préserver& l’efficacité de la mesure. La décision est prise pour une durée de 4 mois,
renouvelable autant de fois que nécessaire.
En cours d’exécution, chacune des interceptions donne lieu à un PV mentionnant la date
et l’heure du début et de la fin de chaque opération. Elles sont enregistrées et placées
sous scellés. Par ailleurs, la loi impose la transcription de toute la correspondance utile à
la manifestation de la vérité.
Toutefois, la loi du 12/12/2005 a inséré dans l’art 100-5 un dernier alinéa qui dispose qu’à
peine de nullité ne peuvent être transcrites les correspondances avec un avocat relevant
des droits de la défense. Cette exclusion concerne non seulement la communication qui
intervient entre la personne mise en examen et son avocat, mais aussi avec les proches
(père pour Crim, 18/01/2006 doc. 98). Une exception à cette exclusion existe néanmoins
quand la conversation échangée avec l’avocat fait apparaître la participation de l’avocat
à la commission de l’infraction (Crim, 08/11/2000).

L’ensemble de ces documents sera versé à la procédure, et ils pourront être consultés
par les intéressés dans le cadre de la consultation du dossier. Ils pourront être
contestées, sachant que pendant longtemps, la chambre criminelle a cantonné le droit de
contestation qu’aux seules personnes mises en cause. Les tiers n’étant pas parties à la
procédure, ils ne pouvaient pas contester (écoutes incidente : utilisation de la ligne de la
personne écoutée, ou appel de la personne écoutée). Il s’agissait d’une violation de l’art.
8 selon CEDH (Mathéron c/ France, 29/03/05 doc 96). Suite à cet arrêt, Ccass a opéré un
revirement de jp.

‫ ﺧ‬Les expertises : art. 166 s. CPP : elles peuvent être ordonnées d’office par le JI ou à la
demande du parquet ou des parties privées. Il n’y a pas d’obligation de le faire quand la
demande est faite, toutefois si une première expertise est intervenue constatant
l’irrecevabilité de la demande, la demande de contre expertise formulée par la partie
civile doit obligatoirement être satisfaite, et elle sera faite par 2 experts.

Quand il a recours à une expertise, le JI ne doit pas déléguer l’intégralité de l’instruction


(Crim, 29/01/03). L’expert désigné est choisi sur une liste officielle. Il doit prêter serment
d’apporter à la Justice son concours en honneur et en conscience. Ce serment lie alors
l’expert quant au secret de l’enquête et de l’instruction. Dans le cadre de sa mission, il
agit sous le contrôle du JI et il ne peut en principe interroger les parties privées ni le
témoin assisté. Les questions sont formulées par le JI.
D’où la loi du 09/03/2004 qui prévoit que sur autorisation expresse du JI, l’expert puisse
interroger directement ces personnes.

Une fois l’expertise terminée, un rapport est rendu au JI qui doit convoquer les parties
(personnes mise en examen, partie civile et témoins assistés) pour leur en faire part. Ils
peuvent s’en faire remettre une copie intégrale depuis la loi du 09/03/2004, et ils peuvent
communiquer le rapport à des tiers pour contre expertise.

‫ ﺧ‬Les sonorisations : ce sont des actes nouveaux, créés par la loi du 09/03/2004, qui ne
peuvent intervenir que dans le cadre de l’information judiciaire, lorsque celle-ci porte sur
des faits de criminalité et délinquance organisée.

Avant, certains juges du fond avaient admis le recours aux sonorisations dans des
domiciles ou dans des véhicules. Crim n’avait pas dégagé de solution stricte en la
matière. Cela a donné lieu à des constats de violation par la CEDH dans la mesure où la
loi ne les prévoyait pas (doc 99). Désormais, la loi les prévoit. Le JI peut agir d’office ou
sur réquisition du parquet. Toutefois, si elle doit intervenir dans un lieu d’habitation et
pendant la nuit, le JI doit saisir le JLD qui délivre l’autorisation (706-93 CPP). La décision
des 2 prend la forme d’une ordonnance qui doit être motivée, et indiquer les lieux et
véhicules concernés (parloir d’une maison d’arrêt est possible Crim, 01/03/2006 doc.
100). Elle doit indiquer que les faits sont relatifs à la criminalité et délinquance organisée
au sens de l’art. 706-73.

La décision est prise pour 4 mois, et elle est renouvelable autant de fois que nécessaire.
Toutefois, cette ordonnance ne peut décider de sonoriser certains lieux qui sont
sanctuarisés (cabinet et domicile d’un avocat, locaux d’une entreprise de presse, cabinet

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des médecins, notaires, avoués, huissiers, locaux privés et professionnels des
parlementaires et des magistrats).
Le JI doit requérir l’intervention d’enquêteurs privés pour installer le dispositif. Cela
permet de justifier la violation de domicile.

Chaque opération donne lieu à la rédaction d’un PV indiquant la date et l’heure du début
et de la fin de l’opération. On y transcrit l’ensemble des éléments utiles à la
manifestation de la vérité. Ils sont enregistrés et mis sous scellés.

Des recours existent : les parties peuvent contester la mesure après en avoir eu
connaissance. Même solution pour les sonorisations incidentes.

• LES COLLECTES DE DEPOSITIONS

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