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ASSOCIATION NATIONALE DES LABORATOIRES

D’ANALYSES MEDICALES
A. L. A. M
agréée par le ministère de l’Intérieur sous le N° : 13/99.

Cité Ain Allah Bat. 212 B N° 2 Dely Ibrahim Alger.

Tel. Secrétariat : 021 73 83 80 Tel. Président : 025 41 64 22 Fax : 025 41 03 43

Dr. Ait Djebbara Dr. Ould Rouis Hachmi Secrétariat

Alger le 23/09/2008

A monsieur le ministre de la santé, de la population

et de la réforme hospitalière.

OBJET : Situation de la biologie médicale libérale en Algérie.

Monsieur le ministre,

J’ai l’honneur d’attirer respectueusement votre attention sur les dangers de l’application de l’arrêté
ministériel N° 2859 du 14/04/2008 qui autorise des spécialistes totalement incompétents ou
partiellement compétents à ouvrir des laboratoires d’analyses médicales.

Les histologistes, les embryologistes, les anatomo-pathologistes, les hématologues cliniciens n’ont
aucune compétence en biologie médicale et ont pourtant été autorisés à ouvrir et diriger des
laboratoires d’analyses médicales en secteur libéral.

Même autorisation pour les « mono-spécialistes » en biologie : parasitologues, hémobiologistes,


biochimistes, immunologistes… qui n’ont qu’une compétence partielle et qui n’ont pas été formés
pour pratiquer une biologie autre que la leur.

Pour ces derniers, un complément de formation ou une formule de laboratoire de groupe (


association de compétences différentes) serait la solution la mieux adaptée.
En attendant, la porte est grande ouverte à l’incompétence avec toutes les conséquences prévisibles.

Etant donné la gravité de la situation, nous souhaiterions vivement obtenir un rendez-vous pour un
entretien afin de vous exposer plus clairement la situation.

Dans l’attente d’une réponse, je vous prie de croire Monsieur le Ministre en ma haute considération.

Le président de l’A.L.A.M.

Dr. Hachmi Ould Rouis


Permettez-moi, au nom de l’association nationale que je représente et par laquelle je suis mandaté
de vous exprimer respectueusement notre étonnement à la lecture du nouvel arrêté ( du 14/04/2008
N° 2859 ) régissant l’ouverture des laboratoires d’analyses médicales en vous demandant de surseoir
à son exécution en attendant une re-lecture de ce dernier car de nombreuses aberrations y sont
présentes.

Les investigations médicales dont la biologie occupe une grande place représentent une part très
importante du diagnostic et du suivi médical de biologie médicale.

On ne saurait imaginer une prise en charge de pathologie endocrinienne, de pathologie infectieuse,


de cas chirurgicaux sans le concours du laboratoire.

Ce concours efficace et indispensable n’est possible que grâce à la compétence du biologiste médical.

Lorsqu’il s’agit de médecine hospitalière, les disciplines biologiques (hémobiologie, biochimie,


microbiologie, immunologie, parasitologie) peuvent être séparées dans un souci d’efficacité et de
performance. Dans ce cas là, chaque unité sera dirigée par une équipe de spécialistes dans la
discipline.

C’est là le rôle des CHU d’avoir des laboratoires spécialisés à même d’offrir des prestations
techniquement plus élaborées et hautement spécialisées qui répondent aux demandes spécifiques
auxquelles ne pourraient répondre les laboratoires de ville (laboratoires d’analyses médicales). La
complémentarité (d’ailleurs nécessaire pour échanger des informations concernant le même
malade) entre ces laboratoires ne pose pas problème du fait qu’ils sont dans la même structure

En revanche, les laboratoires de ville sont conçus pour satisfaire les prescriptions de routine les plus
diverses mais dont la réalisation et l’interprétation exigent des connaissances que seule la
pluridisciplinarité sanctionnée par le DEMS en biologie clinique ou équivalence pourrait apporter.

L’expérience de la biologie de ville nous a appris depuis longtemps que le patient tient à ce que
toutes les prestations ordonnées par le médecin-prescripteur soient faites au sein du même
laboratoire.

Le malade ne peut en aucune façon faire le tour des laboratoires d’hémobiologie, de biochimie,
d’immunologie etc. pour satisfaire une prescription.

De plus, lors de la validation des résultats par le biologiste et leur interprétation il y a obligatoirement
une lecture interprétative qui prend en considération les résultats des différents types d’analyses et
le tout sera confronté aux données cliniques.

Certaines spécialités mentionnées dans l’article 3 n’ont aucune relation avec la biologie clinique :
- L’histologie-embryologie n’a aucune relation avec les analyses médicales.

- L’anatomie pathologique est une spécialité distincte demandant une compétence particulière .
D’ailleurs, les anatomo-pathologistes sont autorisés depuis longtemps à ouvrir des laboratoires
d’anatomie et de cytologie pathologiques. Pourquoi les autoriser à ouvrir des laboratoires d’analyses
médicales puisqu’il ne s’agit pas de biologie médicale.

- L’hématologie, contrairement à l’hémobiologie est une spécialité « clinique » ouverte aux


Seuls médecins . L’hématologiste a une grande compétence dans le diagnostic clinique et la mise en
œuvre de la thérapeutique. La connaissance des cellules est une pratique héritée d’une ancienne
approche pratique lorsque les hémobiologistes étaient rares. Mais le fait est Ià, ils ont une
connaissance en cytologie dont on ne pourrait se passer. Aucune autre connaissance en biologie
clinique ne leur est reconnue.

Si l’on s’en tient donc à cette logique, l’endocrinologue devrait pouvoir faire ses dosages
endocriniens lui-même, le cancérologue évaluer tout seul le taux des marqueurs tumoraux qui lui
sont si utiles pour le suivi de ses patients et les exemples ne manquent pas.

Seul le médecin ou pharmacien biologiste titulaire d’un DEMS de biologie clinique ou justifiant de
diplômes reconnus dans les différentes spécialités biologiques

( hémobiologie, biochimie, microbiologie, immunologie, parasitologie) est à même de par sa


compétence de réaliser et commenter les diverses analyses qui lui sont demandées.

Peut-on prendre le risque de réaliser des groupages sanguins sans jamais avoir étudié l’hémobiologie
et méconnaitre les précautions et les pièges diagnostiques liés à cette dangereuse analyse ? Ou
encore réaliser un bilan préopératoire en urgence sans maitriser tous les paramètres entrant dans ce
bilan ?

L’association de biologistes « mono-spécialistes » est une excellente chose dans le cadre d’un
laboratoire de groupe car elle permet de mettre en commun toutes les compétences nécessaires. La
solution de la sous-traitance est en revanche un leurre car, hormis pour quelques examens
spécialisés, elle est en pratique difficilement réalisable voire dangereuse. On ne peut sous-traiter
l’urgence par exemple.

Le biologiste « mono-spécialiste » qui s’installe devra obligatoirement rentabiliser les importants


investissements consentis (emprunts bancaires et..) et sera tenté irrésistiblement d’effectuer la
plupart des analyses chez lui particulièrement si elles sont faites par un automate en ne sachant pas
ou mal qu’un automate n’est qu’un outil dont la fiabilité tient essentiellement à la compétence de
son utilisateur.

Il suffit de regarder ce qui se fait dans les pays voisins ( qui se sont inspirés du système Français) pour
constater qu’ils ont une biologie médicale extrêmement performante car leurs innovations
consistent à adopter ce qui fonctionne bien et qui a fait ses preuves dans des pays référents.

Monsieur le ministre, il existe en Algérie de très nombreux biologistes « mono-spécialistes » qui ont
de nombreuses années d’expérience dans leur domaine. Les laisser compléter leur formation et
devenir ainsi des biologistes polyvalents serait une excellente initiative pour la médecine Algérienne
que ce soit dans le domaine public ou privé et ne demanderait pas plus de un an et demi de
formation.

Rares sont les laboratoires publics en dehors des grands centres universitaires qui possèdent plus
d’un spécialiste et le plus souvent il s’agit d’un « monospécialiste ». Ce dernier se trouve très souvent
contraint de pratiquer une biologie pour laquelle il n’a pas été formé car forcé de répondre à la
demande.

Les biologistes polyvalents eux-mêmes ont grand besoin de se mettre continuellement à jour à
travers une formation médicale continue (obligatoire sous d’autres cieux et qui fait cruellement
défaut chez nous) eu égard au développement extrêmement rapide de toutes les disciplines
biologiques. Tout est régulièrement remis en question et de nouveaux concepts apparaissent en
permanence liés aux performances technologiques de plus en plus sophistiquées.

Voici donc respectueusement ce que pensent les biologistes médicaux regroupés dans l’association
des laboratoires d’analyses médicales et ce, pour le plus grand bien de la biologie médicale
Algérienne.

Je vous prie de croire Monsieur le ministre en ma haute considération.

Pour le bureau de l’ALAM

Le président :

Dr. H.Ould Rouis