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Les Cinq Éléments et le Salut rituel comme purification symbolique.

La notion de “Salut”, donc, étymologiquement, de protection


rituelle ou magique ne date pas d’aujourd’hui puisqu’on
retrouve de nombreuses descriptions de rituels de purification
par le salut dans le “Livre des Rites” (Liji ou Li Ki) attribué à
Kongzi (Confucius) ainsi que dans divers textes classiques
anciens.

Rituel de nettoyage

Le rituel des quatre éléments existe dans certaines écoles de Sagesse. Le rituel de la Terre
consiste à entrer consciemment en relation avec l’énergie de la Terre. Lorsque vous
arriverez à cela, vous constaterez que la Terre c’est vous. Travaillez de même avec l’eau
et vous saurez que l’eau c’est vous. Vous pourrez également le faire avec l’air et le feu et
lorsque vous réussirez à entrer réellement en relation avec ces quatre éléments, ils ne
seront absolument plus nocifs pour vous. L’eau ne vous détruira plus même si vous
entrez au plus profond d’un océan, l’air ne vous manquera jamais, le feu ne vous brûlera
pas car il faut que vous appreniez que vous êtes ces éléments.

Ces quatre éléments se réunissent souvent au centre de votre être, ils sont nécessaires les
uns aux autres, et à la vie. Ils ne sont absolument pas incompatibles. Ils se fondent les uns
dans les autres dans l’énergie.

En effet si on suit attentivement le texte on trouve dans l’ordre les énergies du Métal, du
Feu, de l’Eau, de la Terre et du Bois...

Le métal est fondu par le feu; le feu est éteint par l’eau; l’eau est absorbée par la terre; la
terre est consommée par le bois et le bois, à son tour est tranché par le métal.

Le but de la purification magique est justement de se débarrasser des énergies


perturbatrices ayant pu envahir un lieu.

La purification par le Métal

Il convient donc avec le son du Métal (Hé) - reproduisant le son de l’éclair ou celui de la
soie déchirée par le métal - de trancher d’abord verticalement dans les “Quatre
Directions” fondamentales (Nord, Ouest, Sud, Est) donc dans le sens des aiguilles d’une
montre (Shun). Puis de trancher horizontalement dans le sens contraire des aiguilles
d’une montre (Ni) en tournant sur soi-même enfin de trancher d’une manière oblique de
la gauche en haut (Yang) vers la droite en bas (Yin) en visualisant la couleur blanche.

Il est également possible, dans certaines conditions, d’utiliser simplement la main, doigts
réunis en “forme d’épée magique” ou “d’immortel montrant le chemin”. Dans ce cas
index et majeur sont réunis et étendus tandis que le pouce recouvre les ongles de
l’annulaire et de l’auriculaire. Ces trois derniers doigts joints forment un cercle. Le geste
consiste simplement à trancher comme avec une épée. Cette position particulière de la
main est également utilisée dans la pratique de l’épée droite (Jian) que l’on retrouve dans
les formes armées (Wutao, Doan... ) du “Kung-fu Wushu” (Art chevaleresque chinois
classique ou traditionnel ) ou des Arts Internes comme le Taijiquan, le Baguazhang, le
Xingyiquan. Cette purification symbolique a pour but de “trancher ce qui s’attache au
lieu”.
Ce rite particulier, lié au métal, se retrouve dans bon nombre d’inaugurations puisqu’il
convient de couper un ruban symbolique...

La purification par le Feu... et l’encens...

Après le métal vient le feu. Après avoir “tranché - donc séparé - ce qui s’accroche au
lieu” encore faut-il se débarrasser de ce qui est produit. On utilise, tout simplement,
l’incinération.

Cela consistait jadis à faire un feu puis à jeter sur les braises des substances aromatiques
comme le benjoin, le santal, la myrrhe, la myrte, l’ambre, le sang dragon...
Par la suite on utilisa, plus simplement, des charbons ardents sur lesquels on lançait des
résines désignées globalement sous la dénomination d’encens. Puis vint le tour des cônes
et des baguettes parfumés naturellement... ou synthétiquement... sinon des diffuseurs
d’essences essentielles ou aromatiques qui sont censées purifier l’atmosphère. Pour
aboutir, ou peu s’en faut, à l’ionisateur électronique d’ambiance.

Certains prévoient même des peintures odoriférantes. Jusqu’à se demander si le remède,


la diffusion d’un parfum chimique, n’est pas pire que le mal : la destruction d’odeurs
naturelles.

Les asiatiques utilisent très volontiers des bâtons ou des spirales d’encens dans les rituels
publics (temples... ) et ouverts à tous mais continuent à utiliser des encens en grains dans
les rites purificateurs plus spécifiques ou dans les espaces à consacrer par une cérémonie.
Il est donc possible de distinguer simplement l’encens de purification initiale, utilisé pour
nettoyer un lieu en profondeur, des encens d’entretien qui agissent plus superficiellement.
Dans le premier cas il est toujours préférable de continuer à utiliser des charbons ardents
et des résines. Ces dernières, considérées comme des “encens d’église” sont utilisées
dans la plupart des temples d’orient et d’extrême-orient ainsi que dans certains rites
particuliers des églises occidentales. On peut en trouver dans les boutiques plus ou moins
liées aux divers cultes sous la dénomination d’encens de Jérusalem, d’encens sacré du
Tibet... Par la suite il sera tout à fait possible de conseiller l’utilisations de cônes ou de
baguettes ou, ce qui est très pratique et efficace, de papier d’Arménie. Celui-ci a au moins
l’intérêt d’être confectionné avec des essences naturelles et fort agréables à l’odorat, ce
qui n’est pas toujours le cas des encens bon marché !

Pour le rituel de purification initial il est traditionnel de disposer le brûle-encens face au


Sud et de procéder à trois fumigations successives. Pour le rituel d’entretien il convient
de tourner autour du lieu à nettoyer dans le sens des aiguilles d’une montre (Shun) en
effectuant un nombre de tours impair (Yang)... Un, trois, cinq, sept ou neuf. Ce rituel de
purification ou de nettoyage s’effectue avec le son Ha - celui du brasier dans lequel on
jette les substances aromatiques - Les purifications extérieures peuvent s’effectuer avec
des huiles produisant une fumée plus abondante.

On se saurait réellement sanctifier un lieu sans quelques pétards bien sentis. On laisse
faire les enfants qui s’en donnent à coeur joie, mais il existe encore quelques vieux
maîtres taoïstes qui ne dédaignent pas allumer eux-mêmes la mèche à l’improviste surtout
si il y a des Kweilo dans l’assistance. En occident on évite ce genre de débordement
sonore surtout si on souhaite passer pour quelqu’un de sérieux et on se prive ainsi d’une
bonne purification à peu de frais. La poudre a originellement été créée pour cet usage qui
vaut bien celui, plus guerrier et beaucoup plus désagréable, qu’en ont fait, par la suite, les
militaires occidentaux.

La purification lustrale par l’eau et le sel...

Après vient la purification par l’eau car il convient de limiter les effets en chaîne et
excessifs du feu impérial. Il s’agit, encore très simplement, de procéder soit à des
ablutions rituelles, que l’on retrouve dans le rite du baptême, avec de l’eau lustrale soit de
projeter cet eau, et parfois du sel, sur le lieu à consacrer et à purifier.
A l’origine après avoir jeté de l’huile sur le feu, d’où une expression encore très utilisée
dans un sens populaire, on jetait du sel sur le brasier, ce qui le faisait crépiter et ravivait la
flamme, puis de l’eau salée ce qui produisait un son particulier (Shiii) qui, justement est
le son de l’Eau (Sii - pluie glacée de l’hiver sur des ardoises) et une intense vapeur.
Désormais on se contente souvent, ne serait-ce que dans le baptême, d’une aspersion
symbolique d’eau dite bénite et du dépôt de quelques grains de sel sur la langue. Cette
saveur (sapor) salée amenait la “sapience” donc la sagesse. Eau et sel sont donc toujours
utilisés pour purifier un lieu ou pour se purifier symboliquement en se frottant les mains
de sel avant de procéder à un rituel.

Ceux qui acceptent de faire baptiser un enfant trouvent pourtant étrange que l’on puisse
baptiser un lieu avec les mêmes ingrédients. Dans une certaine mesure, pourtant, la
bouteille de champagne utilisée pour baptiser un nouveau bateau procède de la même
intention... et est devenue indissociable de la victoire sportive. On évacue ainsi le
mauvais sort et on baptise le succès, donc le nouveau champion, au vu et au su de tous...
mais on passe pour étrange si on procède de même, officiellement, avec un appartement,
une nouvelle boutique ou, à plus forte raison, une société. On dissimule alors le rite sous
la pratique festive. Pourquoi se cacher et risquer de bâcler un moment essentiel puisque
l’on sait par ailleurs que ce “baptême” est important pour le succès futur de l’entreprise.
Dans la tradition sacrée japonaise les divinités primitives Izanagi No Kami et Izanami
No Kami agitent l’eau salée avec la lance jusqu’à ce qu’elle devienne solide et engendre
l’archipel principal du Soleil Levant. Les gouttes d’eau salée qui tombent de la lance
magique, également symboliquement attachée à l’élément Eau, deviennent les multiples
îles. L’eau salée et la lance ornée de pierres sombres sont, de ce fait, toujours utilisées
dans certains rituels Shintô.

La sanctification du lieu par la terre...

Il n’est pas question de laisser l’eau s’installer sur le lieu que l’on souhaite utiliser et on
utilise, ensuite, la terre pour absorber l’excèdent de celle-ci. Cela consiste
symboliquement à délimiter le lieu consacré donc à en situer les limites. Cela se faisait
jadis avec l’usage d’un carré magique (Lo Shu) à partir duquel on définissait un centre
(Terre) et une périphérie ainsi que, bien souvent, une circulation symbolique. En Chine
cela était représenté par l’Empereur (Wang) qui se voulait à la jonction entre terre et ciel
et qui évoluait, suivant un ordre particulier, en fonction des saisons et des périodes de la
journée, dans son “Palais du Ming Tang” ( Ming = illumination, clarté, connaissance
globale ). En Occident on retrouve ce rite dans le fait de déposer une première pierre... la
“pierre angulaire” ou “pierre d’achoppement” qui symbolise le point de départ de
l’édifice... donc de l’oeuvre. Dans le rite de purification traditionnel cela consiste à
délimiter l’endroit consacré au rituel... qui se trouve ainsi au “centre” de la pratique.
Cette délimitation peut être formalisée par une marche rituelle, procession ou
circumambulation (marche circulaire), généralement effectuée avec de l’encens (feu) ou
des instruments de musique (cymbales, tambours, flûtes... ). Cet espace sacré peut
également être constitué de plusieurs enceintes protectrices dont les limites sont définies
par le rituel. Celui qui officie se tourne généralement vers le Nord, suivant l’orientation
chinoise, ce qui lui permet d’avoir la lumière de l’Est, donc le jeune Yang ou Yang
naissant, du coté gauche et, par conséquence, le Yin à droite. De ce coté se tiennent les
armes (métal). Ce fait est attesté par Laozi (Lao Tseu) dans le chapitre 31 du Daodejing
(Tao Te King) : “L’homme noble dans sa vie ordinaire tient sa gauche pour place
d’honneur. Elle est à droite lorsqu’il porte les armes”. Or les objets rituels sont
considérés comme des armes destinées à combattre les influences pernicieuses. Le lieu
consacré est protégé non seulement par une entrée bien disposée et une porte solide sur
laquelle, ou de part et d’autre de laquelle, on dispose des symboles représentant des
gardiens.

Les Shintoïstes entourent leurs maisons, au jour de l’an, de cordes de paille. Le lieu privé
ou sacré est ainsi séparé du monde extérieur par une enceinte subtile. Cette enceinte
délimite donc un “centre” intérieur par rapport à la périphérie. Ce “centre interne”
représente l’endroit privilégié où se situe l’esprit (Shen) du lieu. En pénétrant dans le lieu
c’est cet endroit qu’il convient alors de saluer. Enfin, la Terre représente le séjour initial
des défunts ou, au moins de leur dépouille. Une prière antique permet de comprendre
quelle importance donnaient les anciens à cette Terre : “Va sous cette Terre, ta mère aux
vaste séjours et aux bonnes faveurs. Douce comme la laine et la soie à qui sut la
respecter. Qu’elle te garde du néant. Terre, forme voûte pour lui et ne l’écrase point
mais reçois le et accueille le doucement. Couvre le d’un pan de ta robe comme une
mère protège son fils”. Symboliquement le passage par la Terre représente donc la “mort
du disciple” (Hexagramme 36 Ming Yi - obscurcissement de la lumière - du Yijing)
préfigurant “l’éveil du Maître” (Hexagramme 37 Kia Jen - le retour au Clan familial - du
Yijing). Cet “éveil” sera symbolisé par le Bois (printemps, résurrection, renouveau de
l’aube)... et le Salut initial.

La régénération du lieu par le bois.

Cet élément Bois peut s’entendre au propre et au figuré. Il représente, en effet, la


régénération, le renouveau, la renaissance, la germination donc le début d’un nouveau
cycle lié à la jeunesse, au printemps,au matin. Pratiquement il s’agit donc de l’énergie
vitale que représentent les plantes. Il est fort possible d’utiliser ces plantes vivaces
comme une plante verte ou un arbre miniature (Bonsaï) pour régénérer un lieu comme il
est possible d’utiliser une composition florale de plantes fraîches ou même séchées. Les
compositions japonaises issues de l’Ikebana ont toujours été disposées dans ce but à la
place d’honneur (Shinza).

Dans certains cas des objets décoratifs ou des cloisons de bois peuvent également
apporter cette énergie régénératrice. L’éventail, producteur de vent ou de brise est
également lié à l’élément Bois. Symboliquement le bois correspond également au Salut
(salutation rituelle). Ce salut se situe généralement lorsque les purifications rituelles par
le Métal, le Feu, l’Eau et la Terre ont été effectuées et correspond à l’ouverture vers autre
chose... donc un renouveau. Le salut est donc un élément essentiel du rituel puisqu’il se
situe à la fin de celui-ci mais également au début de ce qui va se passer ensuite. On
retrouve donc ce salut dans bon nombre de pratiques traditionnelles et particulièrement
dans les arts chevaleresques, ou “arts martiaux” où il a pour but tant de purifier le lieu de
pratique que ceux qui y sont présents. Ce salut peut s’effectuer debout ou, plus
rituellement, en forme agenouillée et suivant des axes et des orientations très spécifiques.
Dans les pratiques japonaises on salue le plus souvent un emplacement symbolique, le
Shinza (littéralement Coeur/Esprit (Shin) assis (Za)... endroit où est présent (assis)
l’Esprit du lieu)... lui même entouré du Kamiza ( où s’assoient (Za) les Esprits du Feu
(Ka) et de l’Eau (Mi)...) et du Shimoza (endroit ou se tiennent les Esprits des Ancêtres).
L’ensemble Shimoza/Shinza/Kamiza représente également la trilogie Terre/Homme/
Ciel donc le matériel, l’émotionnel, et le spirituel du lieu consacré. Le Kamiza comporte
souvent au autel dans lequel on dispose des objets symboliques (éventail, sabres, flûte,
cloches musicales...) une calligraphie, un portrait, une composition florale ou un bonsaï.
Lorsque le salut a été effectué l’essentiel a été dit et a été fait et les choses peuvent, enfin,
suivre leur cours normal. En fait, le reste n’est plus que formalité. Dans le rituel de
purification par les Eléments, le salut, correspondant au Bois (conquête) prépare un autre
cycle beaucoup plus paisible qui est celui de l’engendrement (Xiang Sheng).

Ce salut peut également être remplacé par une onction utilisant une huile consacrée. Dans
la tradition chinoise l’huile végétale est, en effet, rattachée à l’élément Bois car elle est
issue d’une plante et sert, lorsqu’on l’utilise dans une lampe, à engendrer la lumière.
Dans ce cas le Yin du Bois engendre le Yang du Feu. On utilise des huiles parfumées
comme l’huile de santal, l’huile de Ylang Ylang, l’huile de camphre. Ces huiles sont
considérées comme d’excellents remèdes contre les plaies et bosses et servent également
à oindre les défunts avant leur mise en cercueil. Dans certains cas il était également
possible de brûler de l’huile sur une surface chauffée. Cela permet de mettre en relation
l’Eau (liquide), le Bois (huile végétale ou bâtonnet d’encens parfumé), le Feu
(combustion ou chaleur), la Terre (substance parfumée. Le parfum (Xiang) est rattaché à
l’élément Terre) et le Métal (support, souvent un brûle encens en bronze). Donc les Cinq
Eléments.

La purification ayant été effectuée il est alors possible de disposer le foyer (Feu) - foyer
familial - puis de définir les limites de l’occupation du lieu (Terre) - loyer - de forger ou
d’utiliser des outils (Métal) qui seront utilisés pour creuser un puits (Eau) qui, lui-même,
servira à irriguer les plantations (Bois). On retrouve alors un cycle où les éléments
s’engendrent. Le Feu engendre (Sheng) la Terre. La Terre engendre le Métal. Le Métal
engendre l’Eau. L’Eau engendre le Bois. Le bois, à son tour, engendre le feu. Les Cinq
Eléments demeurent mais leur utilisation change. Le sabre ou la hache devient la charrue
ou la houe. Le Feu de l’Incendie devient le foyer familial. L’eau de l’inondation
incontrôlée et destructrice devient le puits. La Terre de l’occupation militaire devient
celle du loyer civil. Le bois de la conquête devient celui de la culture. Les éléments se
sont assagis et le conquérant nomade est devenu sédentaire. Il possède alors un Feu et un
Lieu donc un foyer et un loyer, ce n’est plus un individu sans foi (foy) ni loi (loy). Il en
va de même pour les énergies de l’habitat ou du lieu de travail qui, lorsqu’elles sont
purifiées et contrôlées, s’assagissent quelque peu et, de perturbatrices et excessives,
deviennent favorables et profitables à tous.

LA MAGIE CHINOISE

Si il existe une magie purificatrice ou protectrice que l’on pourrait qualifier de “Magie
Blanche” il existe, également, en Chine une magie beaucoup plus dangereuse et
pernicieuse qui correspond à la “Magie Noire” et qui est toujours pratiquée par les
sorciers tant à la campagne qu’en ville. La civilisation chinoise plonge ses racines au
plus profond des origines de l’humanité et conserve, envers et contre tous, des traditions
plusieurs fois millénaires dont certaines se perpétuent encore plus que jamais. C’est,
notamment, le cas de la magie.

Les Chinois sont toujours friands de légendes merveilleuses et croient plus que
quiconque au surnaturel surtout lorsque celui-ci est quelque peu teinté de magie. Celle-
ci fait habituellement partie du quotidien et on trouve presque partout des amulettes
protectrices sous des formes les plus diverses, pièces, figurines et pendentifs de métal ou
de jade comportant des trigrammes (Bagua ou Pa Kua) ou des formules de protection,
effigies de divinités que l’on colle sur les portes lors des cérémonies du Nouvel An,
charmes taoïstes et talismans de papier (Fu Lu) reproduisant des calligraphies magiques
et permettant de favoriser la chance, de réussir dans les affaires, de conclure un marché
ou de séduire son prochain... faux billets et faux lingots servant d’offrandes aux ancêtres
et que l’on brûle, miroirs octogonaux que l’on suspend en fac de la porte d’entrée,
pierres bénéfiques représentant des animaux du zodiaque, le Bouddha, Kuan Yin ou
d’autres divinités chinoises que l’on porte sur soi. Il s’agit donc, dans une certaine
mesure, de superstitions que le Révèrent Père Doré de la Compagnie de Jésus à pu, en
Chine, décrire avec force détails puisqu’il rédigea seize volumes à ce sujet. De
nombreuses superstitions sont liées au culte des morts. Cela porte malheur, par exemple,
de piquer des baguettes dans un bol de riz et de les laisser plantées car il s’agit alors
d’une offrande aux morts. De même, on ne verte jamais de l’eau froide dans le thé ou on
ne brûle jamais de l’encens en baguettes par paires. Dans le cadre de la magie noire, on
utilise justement ce qu’il est convenu de ne pas faire dans le cadre du rituel. Il s’agit
donc le plus souvent d’une inversion (Ni) de ce rituel. Ces opérations magiques se
situent donc très souvent à la lisière de la religion dont elle devient l’adversaire au
moment où elle ravalent le divin à l’état de moyen. Contrairement au rituel religieux, le
rituel magique, dans ce cas particulier de la magie noire, représente des désirs égoïstes
donc d’intérêt privé et souvent malfaisants. Cette magie utilise donc un ensemble de
procédés mettant en oeuvre ce que le rituel tente de combattre. Il n’est donc pas rare
qu’elle utilise le sacrifice où le sang et les viscères jouent encore un rôle important. Là
où le rituel utilise le symbole ou l’acte symbolique, la magie utilise le fait. L’acte de
salir ou de dégrader par le fer, par le feu, par le sang un lieu consacré par le rite est un
acte magique conscient qu’utilisent les sorciers. Le fait de dégrader un symbole est
également un acte magique. Dans une certaine mesure il est possible d’inverser un
symbole bénéfique pour en faire un instrument magique de pouvoir plus ou moins
maléfique. Lorsque le roue solaire bouddhique (svastika) tourne vers la droite, la croix
gammée nazie du “soleil noir” (sauvastika) tourne vers la gauche et est donc
considérée comme senestre, donc sinistre. Il en va de même pour le Taiji qui, lorsqu’il
est inverse (Ni), est considéré comme un symbole de magie, donc de domination. Cette
domination poussée à l’extrême devient destructive. La magie noire cherche à détruire
un adversaire en s’assurant le concours des forces opposées au bien. Elle agit donc à
l’envers (Ni) du rite public. C’est une des raisons essentielles pour lesquelles, dans la
majorité des civilisations traditionnelles, en Grèce, à Rome, en Chine, au Japon le rituel
sacré se devait d’être effectué publiquement au grand jour alors que les opérations
magiques s’effectuaient en privé et secrètement. Ce qui est sacral a donc un caractère
public tandis que ce qui est magique demeure d’ordre privé. Un rite privé est donc une
chose contradictoire en soi et ne peut avoir d’effets légitimes, mais il en va autrement de
la magie qui, pour demeurer opérative, se doit de demeurer secrète. Ces pratiques
magiques se retrouvent jusque dans les “arts martiaux”. En effet, si on excepte le rituel
très chamanique de résistance à la douleur ou de domination des éléments (... marche
sur le feu, méditation sous les cascades, bains d’eau glacée, méditation dans les grottes,
enfouissements dans la terre et autres casses de divers matériaux accompagnés de
fakirisme de type planche à clous et marche sur des lames de sabre... ) on retrouve, dans
certains cas, l’utilisation de mouvements symboliques (destruction par le feu... ) dans
des formes traditionnelles (Katas ou Tao) ou même la tentative de l’utilisation des
énergies dites perverses ou perturbatrices (délétères, pathogènes... ) pour blesser un
adversaire ou un ennemi. C’est le cas, particulièrement, des “Mains empoisonnées du
démon” (Ti Sha Shou) qui consistent à accumuler une énergie perverse (Xie Qi ou Sha
Qi) pour la restituer brutalement lors d’une frappe particulière sur un point spécifique
(Dian Xue ou Tien Hsueh ou art de frapper les points vitaux) à une heure précise. De
très nombreuses légendes courent évidemment sur ce sujet précis, ainsi que sur
l’utilisation de la magie pour vaincre un adversaire. Rituel publique et magie privée
s’affrontent ainsi depuis des millénaires en Chine et le Feng Shui se retrouve bien
souvent et naturellement au milieu...

Source : http://www.tao-yin.com/feng-shui/rituel_purification.html

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