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1.

0 Introduction

Les séquelles du colonialisme ont façonné l'état de l'existence humaine aujourd'hui. Des
questions telles que la pauvreté, l'inégalité et l'oppression sont profondément enracinées dans
l'histoire coloniale et ils sont aujourd’hui renforcés par des pratiques néo-coloniales. Bien que
largement inconnu, l'expérience des habitants des îles Chagos fournit une métaphore dans
laquelle les traversées historiques du racisme, l'impérialisme, et la dépossession se croisent1. A
travers la transformation d’île Chagos connue comme une patrie à une base militaire, Diego
Garcia, est également devenu un abrégé de structures dans le monde du pouvoir et de
domination. Alors que la dépossession des Chagossiens ressemble à celle de nombreux peuples
minoritaires, elle a eu lieu il y seulement 30 ans à un moment où les discours publics été
ouvertement opposés aux pratiques coloniales. Ce dossier traite la lutte que mènent actuellement
les Chagossiens pour obtenir la reconnaissance du caractère autochtone de leur peuple, et aussi
pour l’obtention de la reconnaissance de leur droit au retour et de vivre aux Chagos. Pour mieux
comprendre cette lutte pour la reconnaissance je me suis basé sur le travail de Frantz, théoricien
de l'anti-coloniale.

1.1 L’éviction Et La Lutte Du Peuple Des Chagos

L'archipel des îles Chagos est situé dans l'Océan Indien au nord-est de Madagascar, et
constitué de 65 îles, dont la plus grande est Diego Garcia (44 km2). Les colons vont aménager là
comme ailleurs le système des plantations esclavagistes et arranger la capture et la déportation
des captifs africains dans ces îles. Au début des années 60', les luttes de libération augmentent, la
décolonisation est partout engagée, et l'Afrique australe constitue alors un abri de la colonisation
blanche de peuplement articulé autour de l'Afrique du Sud de l'apartheid. L'Angleterre et les
États-Unis décident qu'il leur faut verrouiller la région en y installant une base militaire. Ils
passent un accord selon lequel, l'Angleterre va fournir un territoire en échange de quoi les
Américains des USA la fourniront à prix réduit en certains matériels militaires (fusées Polaris).

1
Deception and Dispossession: The British Government and the Chagossians, Mary Nazzal, April 2005

1
Le choix se porte sur les Chagos qui est à la fois proche de l'Afrique mais aussi du Proche-
Orient et de l'Asie, et les Anglais visent en particulier Diego Garcia, qui avec ses 44 km2 est l'île
la plus large et qui de surcroît a un lagon interne suffisamment profond et vaste pour accueillir
des sous-marins et des porte-avions.

En 1960, les Chagos dépendent de Maurice qui est une colonie britannique ; mais en 1965,
Maurice devient indépendant. Là se produit un échange, et au final les Chagos sont détachées de
Maurice et passent sous l'autorité de l'Angleterre avec le statut de Territoire Britannique de
l'Océan Indien. Et un an plus tard, les Anglais louent Diego Garcia aux États-Unis avec un bail
de cinquante ans, renouvelable pour vingt ans. La population elle n'est au courant de rien ; en fait
ce sont quelques milliers de gens qui n'ont dans l'ensemble pas été à l'école, et qui vivent de la
pêche et complètent leur quotidien en travaillant à l'épluchage des cocos contre rétribution en
nature en riz, haricots secs entre autres.

La principale inquiétude des Anglais était de trouver une solution afin que les habitants
quittent l'archipel des îles Chagos. Les autorités anglaises donnent instruction par écrit en 1965 à
leur représentation aux Nations Unies de faire comme s'il n'y avait pas d'habitants permanents
sur ces îles, tout au plus quelques saisonniers des îles voisines à la saison des cocos. Les
habitants vont être dégagés manu militari et se retrouver clochardisés à Maurice et aux
Seychelles notamment, où ils vont débarquer sans rien. Ils n'avaient pas grand chose à emporter
de toute façon mais là ils vont arriver s'entasser dans des bidonvilles sans le sou et avec
interdiction de rentrer chez eux. Les Américains vont eux construire leur base militaire.

Entre temps les expulsés ont vieillis et grandi pour les enfants, d'autres sont nés à l'étranger,
et à partir des années 80' certains ont entamé des actions en justice. Pour neutraliser leur lutte, le
gouvernement anglais a commencé à leur distribuer des passeports britanniques du British
Indian Ocean Territory. Parmi les procédures il y a eu en particulier celle de Monsieur Bancoult,
qui est le dirigeant du GRC , Groupe Réfugiés Chagos, et qui en temps que citoyen britannique, a
obtenu l'assistance judiciaire pour demander à la Haute Cour de Londres si un fonctionnaire
britannique avait le droit de promulguer une loi (celle de 1971 bannissant les Chagossiens des
Chagos) excluant des citoyens britanniques (les Chagossiens dans ce cas) d'un territoire
britannique qui est en plus le leur.

2
Le 3 novembre 2000, la Haute Cour de justice de Londres a jugé l'expulsion des
Chagossiens illégale et les a autorisés à rentrer chez eux. Mais, en pratique, le droit au retour n'a
pas pris effet et le 10 juin 2004, deux décrets royaux d'Elizabeth II, (reliques coloniales), ont
rejeté ce jugement, interdisant à nouveau aux Chagossiens l'accès à leur archipel. Il y a en fait à
Diego Garcia environ trois mille civils qui travaillent autour de la base - mais les autorités
américaines ne veulent pas des autochtones ; même l'entretien des tombes etc. a été interdit pour
effacer toute trace d'un peuplement antérieur.

Les Chagossiens émigrés en Angleterre sont sans aucun doute ceux qui vont pouvoir
changer le destin de toute la communauté chagossienne. Avec un niveau d'éducation plus
important, et des revenus plus élevés et plus stables, ce sont eux qui vont pouvoir, lorsque le
retour aux Chagos sera permis, contribuer au (re)développement de l'archipel. Les Américains
espèrent qu'une fois les natifs des Chagos partis, les jeunes, qui auront recommencé une nouvelle
vie ailleurs, ne seront pas tentés de réclamer le droit au retour dans leur île. Le bail devrait se
renouveler en 2016. D'ici là, les jeunes ont le temps de se former pour mieux se défendre et
revendiquer leurs droits.

La lutte que mènent actuellement les Chagossiens vise principalement les objectifs suivant2 :

• obtenir la reconnaissance du caractère autochtone du peuple Chagossien,


• obtenir la reconnaissance de leur droit au retour et de vivre aux Chagos,
• être dédommagés financièrement par la Grande Bretagne et les États-Unis pour qu'ils
puissent organiser la réinstallation de leurs familles, et que leur communication avec
leurs parents dispersés entre Maurice, les Seychelles et ailleurs soit facilitée,
• permettre aux Chagossiens qui ont été dispersés à travers la planète de se retrouver.

Au mois d’avril 2011, une plainte des Chagossiens doit être examinée devant la Cour
Européenne des Droits de l’Homme.

1.2 La Lutte Pour La Reconnaissance Des Chagossiens


2
www.chagos.org/

3
Le livre de Frantz Fanon, Les Damnés de la terre, reflète bien la lutte que mènent les
Chagossiens, même si ces derniers n’utilisent pas la violence pour faire valoir leur droit. Fanon
met l’accent sur la différence entre deux mondes où le monde le plus fort se prétend propriétaire
du lieu de l'autre, que ce lieu soit territorial, culturel ou psychique. Il parle de l’exploitation
coloniale par les européens. Dans le cas des Chagossiens, ils ont étaient exploités par les Anglais
sous le nom de la colonisation et ont étaient expulsés de leur terre.

Dans des documents officiels de l'état britannique, le mot ‘Tarzans’ est utilisé pour décrire
les Chagossiens. Pour eux, ses indigènes ont des origines obscures et ils sont comparables à des
animaux qui doivent être évacué et expédié à Maurice. Comme le démontre Fanon, le monde
manichéiste de la colonisation déshumanise le colonisé. À proprement parler, il l'animalise. Et,
de fait, le langage du colon, quand il parle du colonisé, est un langage zoologique3.

Pendant des siècles les capitalistes se sont comportés dans le monde sous-développé comme
de véritables criminels de guerre. Les déportations, les massacres, le travail forcé,
l’esclavagisme ont été les principaux moyens utilisés par le capitalisme pour augmenter ses
réserves d’or et de diamants, ses richesses et pour établir sa puissance 4. On retrouve encore une
fois dans les phrases de Fanon, l’exploitation des peuples colonisés. En considérant le cas des
Chagossiens, les Anglais et les Américains sont responsables de la déportation et d’exile de ces
derniers de leur terre. Le but de ces capitalistes était d’établir une puissance militaire dans
l’Océan Indien.

Dans un autre œuvre de Fanon, Peau Noir Masques Blancs, il est mentionné que l’homme
est humain que s’il est reconnu par un autre homme. C'est de cet autre, c'est de la
reconnaissance par cet autre, que dépendent sa valeur et sa réalité humaines5. Le peuple
Chagossiens demande eux aussi à être reconnu par les Anglais comme étant un peuple
autochtone et à reconnaître leur droit de retour dans leur île. En d’autres mots, ils veulent que les
britanniques reconnaissent qu’ils ont une identité.

3
Frantz Fanon, LES DAMNÉS DE LA TERRE [1961] (2002), p.50
4
Frantz Fanon, LES DAMNÉS DE LA TERRE [1961] (2002), p.102
5
Frantz Fanon, Peau Noir, Masques Blancs, p.176

4
Les Chagossiens ont même porté leur cause jusqu’en Haute Cour de justice de Londres.
Mais c’est toujours les britanniques qui ont eu le dernier mot. Comme explique Fanon, le noir se
bat pour la liberté et la justice, mais il s’agit toujours de liberté blanche et de justice blanche,
c’est-à-dire de valeurs sécrétées par les maîtres6. L’auteur trouve aussi que pour les blancs, le
cas du noir est différent du sien. Pour eux le noir n’a pas de culture, pas de civilisation, et pas
non plus un long passé d’histoires. C’est pour cela que le noir veut montrer au monde l’existence
de sa civilisation.

Frantz Fanon explique aussi que les noirs qui ont vécu en métropoles et qui ont côtoyé les
blancs, adoptent très vite les valeurs des blancs. Ils sont si habitués avec leur mode de vie qu’ils
ne veulent plus lutter pour leur reconnaissance. La question est, est-ce que les Chagossiens qui
ont une vie aisée en Angleterre et à l’île Maurice voudront continuer à mener la lutte de leur
aînés et contribuer au développement des îles Chagos ? Si ceux que dit Fanon est vrai, je crois
que nombreux d’entres eux hésiteront à recommencer une vie aux Chagos.

1.3 Conclusion

La dépossession des Chagossiens représente des antécédents douteux du gouvernement


britannique à l'étranger. En effet, la tragédie des Chagossiens illustre comment un système

6
Frantz Fanon, Peau Noir, Masques Blancs, p.179

5
évolue sous le masque d’une façade démocratique. On ne peut encore déterminer si le droit
international sera en mesure de démonter l'appareil colonial qui a étranglé le
Chagossiens depuis des décennies. En même temps, les ambitions impériales qui ont finalement
détruit un peuple ne peuvent être niées plus longtemps. Dans les paroles de Frantz Fanon,

La domination coloniale, parce que totale et simplifiante, a tôt fait de disloquer de


façon spectaculaire l’existence culturelle du peuple soumis. La négation de la réalité nationale,
les rapports juridiques nouveaux introduits par la puissance occupante, le rejet à la périphérie
par la société coloniale des indigènes et de leurs coutumes, l’expropriation,….7

7
Frantz Fanon, LES DAMNÉS DE LA TERRE [1961] (2002), p.223