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Emmerrer

On trouve la vanité intelligente lors d’un


songe, un soir de pluie, et au réveil pas
même le fumet de son cadavre nous cha-
touille la narine. Si nous enterrons, nous pou-
vons emmerrer. Mettre en mer un cadavre
après avoir assassiné son âme pour éviter la
paperasse et l’encombrante justice et pa-
rer le jour où l’on se verrait emmerdé par la
vérité. Pratique courante chez les mafieux,
les tueurs en série des séries télé (au bord de
l’eau) et les États bourgeois en délicatesse
avec leur propre crime (contre l’humanité
prolétarienne).

Pas de cadavre, pas de souci ! Au fes-


tin, les requins ! L’Obama, inspiré comme en
Alabama ! Quand une pratique ne trouve
pas « mot » à son pied, il nous reste toujours
le recours au néologisme et vive les mariés.

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Emmerrer

Précision apportée, le Trésor (de la langue


française) nous propose un équivalent tout
à fait satisfaisant au verbe inhumer :

« B. — Au fig. [Avec un com-


pl. désignant une pers. ou une
chose] Faire disparaître, faire ou-
blier, mettre un terme à. Inhumer
un amour, des souvenirs. »

On en conclura que la CIA inhumant en


mer le cadavre de son ancien agent ami
saoudien après l’avoir dessoudé à l’hélico de
combat (à en croire tous ses menteurs d’État
et l’inexistence d’une presse libre) s’entend
parfaitement en langue de chez nous. D’où,
inhumer Ben Laden en mer, c’est l’emmerrer
(sa dépouille) afin d’écarter les emmerde-
ments d’un enterrement en terre bien ferme.

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Emmerrer

Les histoires d’amour finissent mal en géné-


ral..., et les mises en terre aussi, avec ou sans
chrysanthèmes (1).

Un prolétaire révolutionnaire.

Vanda non rentable (2).

(1) On trouve déjà une occurrence du verbe « emmerrer » par


les voies du Google ancestral. C’est formidable et, si notre cœur
s’avérait trop fragile, on frôlerait sans rire l’attaque cardiaque
comme si la mort chérissait déjà d’un peu trop près notre avenir
cadavérique ! Les marins le sentent parfois, tous ces morts emmer-
rés qui cherchent leur décès et hantent au hasard n’importe quel
plaisancier. Ben Laden est-il décédé ? Dix fois mort oui, mais décé-
dé ?
(2) Mon avatar non rentable semble banni de ces lieux où l’in-
telligence et l’élégance se disputent comme des chiffonniers. Le
patronat apprécierait fort peu la liberté d’expression prolétarienne
et disposerait d’une influence pécuniaire sur ce blogue ? C’est
possible… par les temps qui courent.

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