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Simina Diaconu

SPF II

Le Conseil

Constitutionnel

dans la Constitution de

la Ve République
Le Conseil Constitutionnel dans la Constitution de la Ve République

L’existence du Conseil Constitutionnel est inaugurée par la Constitution du 4


octobre 1958. Elle se présente comme une innovation dans la pensée politique française:
jusqu’alors, la souveraineté de la loi contredisait la nécessité d’une autorité chargée du
contrôle sa conformité à la Constitution. L’importance du Conseil Constitutionnel s’est
accrue progressivement dès sa création, ses attributions et le nombre de cas dans lesquels
il peut être saisi (aussi bien que les personnes/groupes autorisés à le saisir) se sont élargis.
Le Conseil Constitutionnel joue aujourd’hui un rôle prééminent dans l’équilibre
institutionnel et dans la protection des libertés fondamentales.
"Conçu initialement comme un arbitre ayant essentiellement pour fonction de
contrôler le respect du domaine de la loi par le législateur, le Conseil s'est transformé en
juge de la conformité de la loi à l'ensemble des règles et principes à valeur
constitutionnelle". C’est ainsi qu’est synthétisée la mission du Conseil Constitutionnel
par lui-même.1

La structure et les fonctions du Conseil Constitutionnel font l’objet du VIIe Titre de


la Constitution, comprenant huit articles, de 56 à 63.
Le Conseil Constitutionnel est formé par neuf membres, dont un tiers est
remplaçable tous les trois ans et dont le mandat de neuf ans n’est pas renouvelable.
L’article 56 prévoit aussi la modalité de choisir les membres: trois d’eux sont nommés
par le Président de la République (qui nomme aussi le Président du Conseil), trois par le
Président de l'Assemblée Nationale et trois par le Président du Sénat. Les anciens
Présidents de la République font de droit partie à vie du Conseil.

1
http://www.conseil-constitutionnel.fr/langues/francais/missions.htm

2
L’incompatibilité entre la fonction de membre dans le Conseil et celles ministérielle
ou parlementaire est explicitement mentionnée (art. 57).
Les attributions du Conseil Constitutionnel se traduisent, dans le cas des élections
présidentielles, parlementaires ou dans le cas du référendum, par la surveillance de leur
régularité, par l’examination des réclamations qui peuvent y sourvenir, par la
proclamation des résultats (art. 58-60).
Le Conseil Constitutionnel a également le devoir de se prononcer sur la
constitutionnalité des lois organiques et des réglements des assemblées parlementaires.
Ce même examen de la constitutionnalité des lois peut être effectué à la demande du
Président de la République, du Premier Ministre, du Président de l'Assemblée Nationale,
du Président du Sénat ou de soixante députés ou soixante sénateurs. Dans ces situations,
le Conseil est censé se prononcer dans un délai d’un mois, sauf dans les cas urgents où le
délai se restreint à huit jours. L’article 62 précise les conséquences du verdict du Conseil
Constitutionnel : ses décisions sont irrévocables, leur respect est obligatoire et s’impose
aux pouvoirs publics et à toutes les autorités administratives et juridictionnelles.
L’organisation, le fonctionnement, la procédure et les délais ouverts – ces deux
derniers tenant des cas de saisine du Conseil Constitutionnel - , sont déterminés par une
loi organique (art. 63).

Quelques exemples de décisions émises par le Conseil Constitutionnel seraient


édifiants pour saisir certains aspects de son fonctionnement.
Le 22 septembre 2005, le Président de la République, Jacques Chirac, a adressé au
Président du Conseil Constitutionnel, en base de l’art. 54 de la Constitution, une demande
de décision en ce qui concerne l’adhésion de la France au deuxième protocole facultatif
se rapportant au Pacte international relatif aux droits civils et politiques, visant à abolir la
peine de mort, adopté à New York, le 15 décembre 1989 par l’Assamblée générale des
Nations Unies, plus précisément, si cette adhésion requiert ou non une révision de la
Constitution.2
Considérant, pour l’essentiel, que "porte atteinte aux conditions essentielles
d'exercice de la souveraineté nationale l'adhésion irrévocable à un engagement

2
Lettre de transmission – saisine 2005-524 DC

3
international touchant à un domaine l'adhésion irrévocable à un engagement international
touchant à un domaine inhérent", le Conseil décide (Décision n° 2005-524 DC - 13
octobre 2005) que l’autorisation de ratifier le protocole ne peut intervenir qu’après une
révision de la Constitution.
On voit ici un exemple de situation dans laquelle le Conseil est consulté dans le but
de vérifier la constitutionnalité de la signature d’un acte international. Il s’ensuit donc la
remarque que le Conseil joue un rôle déterminant dans les relations internationales de
l’Etat. Chaque engagement international doit se faire sur une base constitutionnelle.
Une révision de la Constitution a été aussi la condition de l'autorisation de ratifier le
traité sur l'Union européenne signé à Maastricht le 7 février 1992 (Décision n° 92-308
DC du 9 avril 1992) et, plus récemment, le traité établissant une Constitution pour
l'Europe, signé à Rome le 29 octobre 2004 (Décision n° 2004-505 DC du 19 novembre
2004).

Le Conseil Constitutionnel n’est pas exempt de critiques, ce qui est en fait une
réaction naturelle si l’on prend en compte son pouvoir très important dans le bon
fonctionnement du système démocratique français, et, notamment, l’inattaquabilité des
décisions qui émanent de ce pouvoir. Deux des principaux reproches qui lui sont adressés
seraient, premièrement, la tendance dont il fait preuve parfois de se mettre en législateur
(le contrôle de la constitutionnalité des lois offre aux Conseil Constitutionnel l’occasion
de modifier ces lois afin de les rendres conformes à la Constitution, donc son intervention
dans le domaine législatif peut aller assez loin) et deuxièmement, et en étroite liaison
avec le premier aspect, le fait qu’il réécrit la loi en l’interprétant d’une certaine manière
(dû au fait que le Conseil Constitutionnel est celui dont l’interprétation du texte
constitutionnel est inattaquable, l’imposition de sa manière interprétative semble
irrésistible).
Dans la décision du 15 janvier 1975 sur l’interruption volontaire de la grossesse, il
est précisé que "l’art. 61 de la Constitution ne confère pas au Conseil Constitutionnel un
pouvoir général d’appréciation identique à celui du Parlement". Il est reconnu ainsi le
rôle prépondérant du Parlement dans le domaine législatif. Quand bien même, la
Constitution de 1958 marque en ce sens un tournant majeur, "l’abandon d’une conception

4
de la souveraineté parlementaire"3 qui avait dominé la vie politique française pendant
trois quarts de siècle. Dans ce contexte, on peut penser le Conseil Constitutionnel en
termes de contre-pouvoir, grâce à son rôle de veilleur sévère du respect de la
Constitution. Dans le jeu du pouvoir, "la jurisprudence du Conseil Constitutionnel réduit
l’enjeu des affrontements, stérilisant à l’avance l’exploitation des prétendues menaces et
l’usage des promesses abusives"4.

Le Conseil Constitutionnel ce cesse pas de prouver son efficacité en tant que


gardien de la constitutionnalité des lois, de l’équilibre du système politique troublé par les
conflits entre les pouvoirs publics, conflits inhérents à leur nature d’interdépendance et
limitation réciproque. C’est l’acteur qui sorte les voies à adopter par les autres autorités
publiques, c’est à lui que revient la tâche difficile de faire respecter les acquis de la
Cinquième République en matière de droits, libertés, régime politique etc., tous
proclamés par la Constitution.

3
Léo HAMON, Les Juges de la loi: Naissance et rôle d’un contre-pouvoir : le Conseil Constitutionnel,
Paris, Fayard, 1987, p. 288
4
Léo HAMON, Les Juges de la loi: Naissance et rôle d’un contre-pouvoir : le Conseil Constitutionnel,
Paris, Fayard, 1987, p. 289

5
Bibliographie

Livres:
CHAGNOLLAUD, Dominique, Droit constitutionnel contemporain, Paris, Sirey,
1999
DUVERGER, Maurice, La Cinquième République, Paris, PUF, 1974
FAVOREAU, Louis et PHILIP, Loïc, Les Grandes Décisions du Conseil
Constitutionnel, Paris, Sirey, 1986
HAMON, Léo, Les Juges de la loi: Naissance et rôle d’un contre-pouvoir: le
Conseil Constitutionnel, Paris, Fayard, 1987

Sites internet:
www.conseil-constitutionnel.fr