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Stéphane Mallarmé, Tombeau du Romantisme

La crise de Tournon et les répercussions de l’athéisme de Mallarmé sur sa poésie

Travail de Maturité, 2003-2004 Anna Traussnig, Groupe 406 Accompagnée par Mme Dupuis

Sommaire

Introduction, les ombres du médium pages 3 à 4

1. Les Fenêtres, fin d’une époque et début d’un travail pages 5 à 12

2. Hérodiade et Igitur, naissance d’une poétique nouvelle quelque part en Ardèche pages 13 à 22

3. Un coup de Dés jamais n’abolira le Hasard , le hasard et les mots pages 23 à 31

Conclusion, l’ultime étape pages 32 à 34

Annexe, extrait d’Un coup de Dés jamais n’abolira le Hasard page 35

Bibliographie page 36

Introduction, les ombres du médium

Malheur à qui n’est pas charmé Par quatre vers de Mallarmé. 1

Entre ombre et lumière, passé et présent, philosophie hégélienne et futilités mondaines, Stéphane Mallarmé a su, de son vivant déjà, s’entourer d’une aura mystérieuse, celle d’un poète ambigu que personne ne pourra jamais parvenir à cerner complètement. Aujourd’hui, on ne compte plus le nombre de livres et d’articles critiques parus à son sujet, d’une abondance telle qu’ils découragent souvent le simple lecteur de se plonger dans cette œuvre si mince mais pourtant si riche. Parmi les différents niveaux de lecture que celle-ci propose, dont certains ne se laissent approcher que difficilement, il en est un qui rayonne et séduit davantage que les autres, celui relatif à la crise de Tournon. Véritable descente aux Enfers de Mallarmé, il en ressort rapportant une poétique nouvelle et, surtout, l’expérience du Néant, qui marquera toute sa poésie à venir. Ses idées poétiques totalement neuves auront un impact considérable, non seulement sur les autres poètes de cette génération, mais également sur tous les milieux artistiques de son époque et bien au-delà encore. Ainsi, on peut dire que comprendre Mallarmé est l’une des clefs essentielles pour appréhender le XX e siècle. En effet, de nombreuses idées développées aux cours de ces décennies y trouvent leurs racines. Parmi elles, on trouve les écrits de Marshall McLuhan,

1 S. Mallarmé, Vers de circonstance, Dédicaces, autographes, envois divers, n°175, I p. 344 (toutes les notes concernant l’œuvre de Mallarmé renvoient aux pages de l’édition des Œuvres Complètes de la Pléiade, Lonrai 1998 et 2003, tome I ou II)

qui, dès leur parution, ont eu l’effet d’un cyclone sur les sciences sociales de leur temps. The medium is the message 2 , affirme l’auteur d’entrée dans Pour comprendre les médias, ce qui signifie que le médium choisi délivre déjà en soi une information, plus importante que le message qu’elle contient. Une inversion remarquablement étayée de l’opinion courante selon laquelle le médium n’est qu’un véhicule sans importance…

Ce sujet m’avait interpelée et, en poussant mes recherches plus avant, j’ai donc découvert que ces textes extrêmements novateurs trouvaient leur origine près de cent ans plus tôt, dans l’œuvre de Stéphane Mallarmé. Sa modernité m’a étonnée, en même temps que sa réputation d’auteur difficile et imperméable, qui m’a poussée à ouvrir le premier des deux volumes portant le titre de Mallarmé, œuvres complètes. Malgré son obscurité, cette poésie possède un charme étrange et fascine dès les premiers vers. C’est pourquoi j’ai décidé d’en faire l’objet de mon travail de maturité. Pourtant, face à l’importance du sujet, il m’a été nécessaire de quelque peu le restreindre. Le propos de ces lignes sera donc de savoir quels effets l’athéisme de Mallarmé a engendrés sur sa poésie. Inévitablement, cette problématique nous ramène à la fameuse crise de Tournon et, par conséquent, à ce qui s’est passé avant, c’est-à- dire le contexte dans lequel se trouve Stéphane Mallarmé.

2 M. McLuhan, Pour comprendre les médias, Première partie, trad. J. Paré, éd. Points Essais Seuil, La Flèche 2000, p. 25

1. Les Fenêtres 1 , fin d’une époque et début d’un travail

Ses purs ongles très haut dédiant leur onyx, L’angoisse ce minuit, soutient, lampadophore, Maint rêve vespéral brûlé par le Phénix Que ne recueille pas de cinéraire amphore 2

Située au crépuscule du romantisme, la poésie de Mallarmé revêt davantage que toute autre une tonalité nocturne. Qu’il s’agisse de l’amour du soir, de l’obsédante lutte contre le Néant du poète, ou encore de son évidente obscurité sémantique, chacun des traits principaux qui la composent sont d’une façon ou d’une autre rattachés à ce thème: la nuit. Néanmoins, cette noirceur est loin d’être une nouveauté en poésie et le jeune Stéphane, après avoir grandi sous l’influence des premiers romantiques, tels que Hugo et Lamartine, comme en témoignent ses poèmes d’adolescent, se forme sous celle de la seconde génération de ce courant, celle de Charles Baudelaire, Gérard de Nerval et Théophile Gautier, bien plus sombres et pessimistes que leurs prédécesseurs. En effet, au commencement du mouvement romantique, on trouve chez les poètes la volonté d’être des guides pour l’humanité, lui montrant la voie à suivre et les erreurs à éviter, pour bâtir un monde nouveau, idéal, dont ils seraient les garants. Mais le peuple et les dirigeants ne leur accordent pas ce rôle et les poètes, qui se rêvaient actifs, se retrouvent à nouveau relégués à l’écart des évènements, face à ce qu’ils nomment l’Idéal, sorte d’Eden qui donne une légitimité à leurs œuvres. Les évènements politiques qui secouent

1 S. Mallarmé, Poésies, Les Fenêtres, I p. 9-10

2 S. Mallarmé, Poésies, Plusieurs sonnets, Sonnet en –yx, vers 1-4, I p. 36

la France en 1848 renforcent encore ce désenchantement : tous les espoirs de changement et de progrès soulevés par l’avènement de la II e République et celui de Napoléon Bonaparte sont déçus et le pays s’enlise dans un régime bourgeois et conservateur, qui prend peu en compte ses artistes. Ainsi, peu à peu, la vision que les poètes ont d’eux-mêmes évolue : de celle d’un père éclairé de la nation, elle passe à celle d’un incompris, repoussé au banc de la société par les vulgaires et les incultes, qui ne peuvent saisir la subtilité et la lucidité de son génie, conception magnifiquement mise en lumière par Baudelaire dans son poème l’Albatros 1 . Malgré tout, l’image du poète voyant, mandaté par Dieu pour représenter l’Esprit sur terre et face aux hommes, elle, reste sous-jacente. En fait, on pourrait dire que les romantiques, ayant pris conscience des failles de leur poétique, se sont vus dans l’obligation d’en changer certains aspects. Ils ont donc remis en cause non pas eux-mêmes, mais la foule, le public, pour qui et à qui ils continuent paradoxalement d’écrire. Désillusionnés, ils font le deuil de leurs anciennes espérances, sur lesquelles ils fondent pourtant encore leurs poèmes. Cette incohérence est centrale dans le destin du romantisme : dès l’origine du mouvement, la liaison qui s’effectue, en théorie, entre la poésie et la destinée humaine ne fonctionne pas, quand bien même elle en forme la base. Toute tentative de sortir de cette impasse y entraîne plus loin encore chaque génération de

1

C.

Baudelaire,

Les

Fleurs

du

mal,

Flammarion, Paris 1991, p. 61

Slpeen

et

Idéal,

L’Albatros,

éd.

GF

poètes, comme les sables mouvants aspirent plus vite ceux qui s’y débattent trop. C’est donc dans ce climat d’incompréhension et de lucidité poétiques caractéristique des romantiques de la seconde génération que Stéphane Mallarmé fait ses premières armes. Il vient ainsi de fêter son quinzième anniversaire lorsque, en 1857, Charles Baudelaire publie les Fleurs du Mal, le symbole et la bible de cette époque-là en matière de poésie française. Quelques années plus tard, les premiers poèmes que Mallarmé fait paraître, notamment dans la revue Parnasse contemporain, laissent encore clairement voir les influences de Baudelaire et de l’un de ses maîtres, l’auteur américain Edgar Allan Poe, qui donnera à Mallarmé la passion de l’anglais, dont il sera professeur durant de longues années.

Poème typiquement baudelairien, à tel point qu’il pourrait presque constituer un pastiche, Les Fenêtres, publié tout d’abord en 1866 1 puis en 1887 2 , mais dont les premiers manuscrits datent de 1863, appartient à la première partie de la vie de Stéphane Mallarmé, celle où, fervent disciple de la seconde période du romantisme, il emplit ses poésies de métaphores échevelées, de mendieurs d’azur 3 et de séraphins en pleurs 4 et où, se détournant de ses semblables,le bétail ahuri des humains 5 ,il se prend à rêver de l’Idéal. Pourtant avec un certain recul, on peut se rendre compte qu’il contient déjà de nombreux éléments

1 S. Mallarmé, Publications collectives antérieures à 1887, Les Fenêtres, I p.103-

104

2 S. Mallarmé, Poésies, Les Fenêtres, I p.9-10

3 S. Mallarmé, Poésies, Le Guignon, vers 3, I p.5

4 S. Mallarmé, Poésies,Apparition, vers 1, I p. 7

5 S. Mallarmé, Poésies, Le Guignon, vers 1, I p.5

annonciateurs de sa future crise et de son refus d’une poésie déiste.

Las du triste hôpital, et de l’encens fétide

Qui monte en la

blancheur banale des rideaux

Vers le grand crucifix ennuyé du mur vide,

Le moribond,

parfois, redresse son vieux dos,

Se traîne et va, moins pour chauffer sa pourriture Que pour voir du soleil sur les pierres, coller Les poils blancs et les os de sa maigre figure Aux fenêtres qu’un beau rayon clair veut hâler.

Au premier abord déjà, ce poème choque par sa virulence. Contrairement aux publications ultérieures de Mallarmé, il ne présente pas d’obscurités manifestes : un vieil homme malade, dégoûté par les conditions de sa vie et aussi par sa propre déchéance, se lève, sans doute fictivement, et va regarder par la fenêtre. Pourtant, bien que la pièce soit ordinaire, toute la description l’oriente négativement. Dès le premier vers, l’hôpital est triste, adjectif qui frappe dans sa banalité et qui, trop simple pour provoquer chez le lecteur la pitié, le dégoûte à son tour. Les deux premières strophes sont ainsi conçues pour que le monde terrestre et concret, c’est-à-dire la chambre et le vieillard, ne nous donne non pas envie de le plaindre, mais de le fuir. Ici, tout est mis en œuvre pour convertir le lecteur à la misanthropie. Les trois strophes suivantes racontent le rêve du malade. Les deux côtés de la fenêtre sont très fortement mis en opposition : alors que, comme on le voit ci-dessus, l’espace intérieur est sinistre et déprimant, l’autre côté de la vitre est décrit comme lumineux et magnifique, exempt de quelque présence humaine, tel un paradis naturel, qui améliore même l’état de celui qui y songe : il

vit. C’est l’Idéal dont parle Charles Baudelaire dans ses poèmes.

Et sa bouche, fiévreuse et d’azur bleu vorace, Telle, jeune, elle alla respirer son trésor, Une peau virginale et de jadis ! encrasse D’un long baiser amer les tièdes carreaux d’or.

Ivre, il vit, oubliant l’horreur des saintes huiles, Les tisanes, l’horloge et le lit infligé, La toux. Et quand le soir saigne parmi les tuiles, Son œil, à l’horizon de lumière gorgé,

Voit des galères d’or, belles comme des cygnes, Sur un fleuve de pourpre et de parfums dormir En berçant l’éclair fauve et riche de leurs lignes Dans un grand nonchaloir chargé de souvenirs !

La troisième strophe annonce déjà de loin les poèmes du Mallarmé d’après la crise de Tournon. Sa syntaxe bousculée, qui oblige le lecteur à une certaine concentration pour en comprendre le sens, sera l’une des composantes principales de l’obscurité des poésies suivantes. En effet, les appositions et les phrases incises forcent l’œil à aller chercher le verbe qui complète bouche, embrasse, près de trois vers plus loin, quasiment à la fin de cette strophe. Les cinq derniers vers de ces trois strophes, quant à eux, présentent une couleur si baudelairienne, que l’on croirait entendre lire un passage de Spleen et Idéal.

Ainsi, pris du dégoût de l’homme à l’âme dure, Vautré dans le bonheur, où tous ses appétits Mangent, et qui s’entête à chercher cette ordure Pour l’offrir à la femme allaitant ses petits,

du

vieillard dégoûté par sa vie à celle du poète, à qui l’humanité fait au moins autant horreur,

introduit par le mot

ainsi. Mallarmé se montre

Ici,

le

lecteur

passe

de

la

condition

sur ce point beaucoup plus extrême que Baudelaire, lequel regrettait, dans son poème Le reniement de Saint Pierre, de vivre dans un monde où l’action n’est pas la sœur du rêve 1 . Baudelaire désire donc encore au fond de lui la figure du poète-prophète des peuples, par delà son ressentiment contre l’humanité. Chez Mallarmé, qui, il est nécessaire de le rappeler, appartient à la génération suivante, cette rémanence de conscience humaniste est entièrement repoussée. Si Dieu est à ce moment- là encore vaguement présent dans sa poésie, il rejette en revanche tout le monde humain, allant même jusqu’à haïr son bonheur. Qu’il s’agisse du bonheur dans lequel on est vautré, des appétits, ou bien de la femme allaitant, chaque élément prend sous sa plume une connotation animale, impure. La solution est alors le rêve, la poésie, l’Idéal, auquel s’abandonnent d’abord le malade, puis le poète, non sans un certain mysticisme:

Je fuis et je m’accroche à toutes les croisées D’où l’on tourne le dos à la vie, et, béni, Dans leur verre lavé d’éternelles rosées Que dote le matin chaste de l’Infini

Je me mire et me vois ange ! Et je meurs, et j’aime - Que la vitre soit l’art, soit la mysticité, -

A

renaître, portant mon rêve en diadème, Au ciel antérieur où fleurit la Beauté !

C’est à nouveau l’image de la vitre qui est reprise, mais cette fois de façon abstraite : le poète, misanthrope, veut se détourner de ce monde pour un autre, pur et céleste et, de même que la fenêtre permet au moribond de voir un

1 C. Baudelaire, Les Fleurs du mal, Révolte, Le Reniement de Saint Pierre, vers 30, p.172

paysage merveilleux de plénitude qui le sauve de sa propre agonie, il invoque comme intermédiaires l’art et la mysticité. On retrouve ici de nouveau l’un des motifs de prédilection du Mallarmé d’après la crise. Je me mire et me vois ange : face au miroir, l’être se dédouble, ce qui lui permet de se voir par son propre regard, à qui il donne ainsi un but autre que l’Idéal ou notre monde. Cela entraîne sa destruction, puis sa renaissance dans l’Idéal du ciel en ange immaculé de l’Esprit, c’est-à-dire en poète. Néanmoins, ce besoin de se voir lui-même traduit l’angoisse de Stéphane Mallarmé face au refuge des romantiques de son époque, l’Idéal, sinon il aurait uniquement besoin d’y porter son regard pour se sentir soutenu et rassuré. Ce qui n’est manifestement pas le cas.

Mais, hélas ! Ici-bas est maître : sa hantise

Vient m’éc œurer

parfois jusqu’en cet abri sûr,

Et le vomissement impur de la bêtise Me force à me boucher le nez devant l’azur.

Est-il moyen, mon Dieu qui voyez l’amertume, D’enfoncer le cristal par le monstre insulté, Et de m’enfuir, avec mes deux ailes sans plume,

- Au risque de tomber pendant l’éternité.

Avec ces deux dernières strophes, l’image triomphante du diadème s’effondre, en opposition à un Baudelaire, dont les poèmes font encore état d’une certaine existence divine, comme il l’exprime dans le poème de jeunesse Bénédiction, qui ouvre la partie Spleen et Idéal des Fleurs du Mal.

- « Soyez béni, mon Dieu qui donnez la souffrance Comme un divin remède à nos impuretés Et comme la meilleure et la plus pure essence

Qui prépare les forts aux saintes voluptés! 1

Au contraire, chez Mallarmé, l’horreur du monde supplante et efface l’image du ciel et de l’Idéal. Même sa foi en Dieu tremble : les ailes du poète sont sans plume et il ne peut lui garantir qu’il ne chutera pas pendant l’éternité. Sur cette évocation qui rappelle à la fois Icare et l’ange déchu Satan se clôt le poème, emportant avec lui le lecteur vers l’abîme désespérant du Néant.

Malgré les fortes analogies qui existent alors entre les poèmes de Baudelaire et ceux de Mallarmé, on peut donc déjà observer la présence de quelques points sur lesquels les deux poètes divergent. Ainsi, dès ses débuts, Mallarmé se montre plus violent et plus extrême que les poètes romantiques de la seconde génération, notamment dans sa position face aux hommes et à Dieu. Peu à peu, ce rejet se renforce, jusqu’à devenir absolument inconciliable avec sa façon romantique d’écrire, profondément rattachée à une conception chrétienne du monde et de l’art. Au fil des ans, le nœud se resserre autour du poète, au fur et mesure qu’il travaille et retravaille ses manuscrits.

1 C. Baudelaire, Les Fleurs du mal, Spleen et Idéal, Bénédiction, vers 57-60, p.60

2. Hérodiade 1 et Igitur 2 , naissance d’une poétique nouvelle quelque part en Ardèche

- J’ai donc à te raconter trois mois (…) Je les ai passés, acharné sur Hérodiade, ma lampe le sait ! (…) Malheureusement, en creusant le vers à ce point, j’ai rencontré deux abîmes, qui me désespèrent. L’un est le Néant (…) Oui, je le sais, nous ne sommes que de vaines formes de la matière - mais bien sublimes pour avoir inventé Dieu et notre âme. Si sublimes, mon ami ! que je veux me donner ce spectacle de la matière, ayant conscience d’elle, et, cependant, s’élançant forcenément dans le Rêve, qu’elle sait n’être pas. 3

Alors qu’il s’en approchait depuis quelques temps déjà, Stéphane Mallarmé atteint le Néant au cours de l’hiver 1866, qu’il passe avec sa famille dans l’atmosphère déprimante de Tournon, en Ardèche. Cette rencontre impromptue s’avère être un tournant majeur pour l’histoire de la poésie. Pour la première fois en Occident, un poète idéaliste s’affranchit de toute Divinité et revendique une création artistique fondamentalement athée. Le Rêve, l’Idéal, par lequel les romantiques avaient remplacé le Dieu Créateur, est balayé de l’échiquier philosophique du poète Mallarmé, laissant un vide qu’il ne remplace pas. Désormais, lorsqu’il regarde à travers la fenêtre, il ne peut plus voir que le Rien. Même si cette crise se laissait pressentir dès ses premiers écrits, il en est un qui en constituera l’élément déclencheur : Hérodiade, poésie conçue comme et pour le théâtre. L’héroïne, Hérodiade, est une princesse juive, cause de la

1 S. Mallarmé, Poésies, Hérodiade, Scène, I p.17-22

2 S. Mallarmé, Œuvres inachevées, Igitur ou la Folie d’Elbehnon, p.471-500 3 S. Mallarmé, Correspondance choisie, Lettre à Henri Cazalis du 28 avril 1866, I p.696

mort du prophète Jean-Baptiste. Dans son œuvre, Mallarmé, qui prend ici une certaine distance avec la tradition, la dépeint comme un être hautement narcissique. Cloîtrée pour fuir la souillure de l’amour, c’est-à-dire de l’autre, et enfermée dans sa pureté et sa stérilité, seule sa virginité l’obsède.

Oui, c’est pour moi, pour moi que je fleuris, déserte ! (…) Vers lui (le mortel) nativement la femme se dévoile, Me voit, dans ma pudeur grelottante d’étoile, Je meurs !

J’aime l’horreur d’être vierge et je veux Vivre parmi l’effroi que me font mes cheveux Pour, le soir, retirée en ma couche, reptile Inviolé sentir en la chair inutile 1

Hérodiade, donc, être du froid et de la pudeur, veut la certitude de son extrême frigidité. Néanmoins, elle n’a aucun point d’appui en dehors d’elle-même, aucun regard étranger pour l’en assurer, elle qui vit murée dans sa solitude et repousse avec violence tout contact, fût-il chaste, venant de l’extérieur, craignant même que sa fidèle nourrice ne l’effleure. Cet isolement lui empêche de vérifier ce qu’elle désire savoir par dessus tout. Par conséquent, il ne lui reste plus que sa propre personne comme observateur potentiel. Or, pour parvenir à se sonder elle- même, il lui faut en quelque sorte se dédoubler, comme le poète face au miroir dans Les Fenêtres. Pour ce faire, une partie de son moi va comme s’en détacher inconsciemment, ce qui lui permettra de s’auto-observer. Soudain, elle se rend compte de l’existence de cette partie, qui forme à ce moment une conscience indépendante mais qui conserve pourtant l’essence et les

1 S. Mallarmé, Poésies, Hérodiade, Scène, vers 86-106, I p.21

qualités du tout auquel il appartient. Ce dédoublement de la conscience est propre à la symbolique et à la poésie mallarméennes. Dans un premier temps, ce sont les cheveux de la belle princesse qui jouent ce rôle-là : presque extérieurs à elle, ils présentent cependant encore la caractéristique dont elle voulait s’assurer la présence, à savoir la chasteté. Autrement dit, les cheveux d’Hérodiade lui appartiennent, mais, séparés en partie d’elle, leur présence devient sensible et observable par son moi, de même que sa nature propre, toujours contenue par les cheveux.

Le blond torrent de mes cheveux immaculés Quand il baigne mon corps solitaire le glace D’horreur, et mes cheveux que la lumière enlace Sont immortels. 1

Cette conscience de soi où les différentes facettes de l’être se reflètent comme la lumière dans un diamant constitue pour Mallarmé la base de la connaissance et de la pensée, puisque la connaissance du soi le plus essentiel et le plus profond, invisible de l’extérieur, ne peut être effectuée que par soi-même et au moyen de cette conscience dédoublée et réfléchie. Lors des nombreuses nuits blanches qu’il a passées à Tournon en vue d’Hérodiade, Mallarmé a eu l’occasion de découvrir et d’étudier les nombreuses symboliques intrinsèques relatives à son personnage, dont celle-ci qui est sans doute l’une des plus intéressantes et l’un des traits principaux de cette figure. Outre les cheveux et autres parties du corps, les miroirs, dans lesquels Hérodiade se mire par ailleurs à de nombreuses reprises, produisent aussi ce dédoublement, mais

1 S. Mallarmé, Poésies, Hérodiade, Scène, vers 4-7, I p.17

cette fois de façon plus concrète et plus intellectuelle, puisque la séparation ne se situe plus sur le plan animal et obscur du toucher et des sensations, mais sur celui clair et visible de l’œil et de l’espace. Le regard change de direction : par le reflet d’un miroir, abstrait ou réel, il revient vers lui-même et en devient auto- suffisant. Donc, Hérodiade, qui précipite Mallarmé au fond du gouffre du vide absolu, lui donne également une porte de sortie : il n’est plus nécessaire de viser un Idéal quelconque. L’être, grâce à cette scission de la conscience, comme l’appellera le poète, se suffit à lui-même. Dieu et l’au-dessus peuvent ainsi disparaître et la poésie continuer d’exister.

En creusant le vers au fil des jours, Stéphane Mallarmé s’interroge. Jusque dans ses moindres recoins, il explore le style et l’écriture romantiques, auxquels il est encore lié, évidemment indissociable de la philosophie romantique. Cette immersion dans l’univers poétique de son époque ne fait qu’amplifier et intensifier les désaccords profonds qu’il présente vis-à-vis de ce dernier et il ne peut pas se cacher plus longtemps son intime conviction, qu’il réaffirme de trois façons différentes dans la suite de sa lettre : il n’y a que le Néant, et l’Idéal est une chimère. Au XIX e siècle, l’esprit scientiste et rationnel aidant, de nombreux membres de la classe pensante s’étaient convertis à la nouvelle religion à la mode : l’athéisme. Malgré tout, les poètes, athées ou non, continuaient à s’adresser à Dieu et à fonder leurs poèmes sur l’espérance de l’existence d’un Idéal proche et prochain. En effet, la poésie a toujours été sacralisée : il s’agissait d’une magie à laquelle une ou plusieurs Divinités donnaient leur pouvoir. Chez

les Grecs, Apollon et les Muses inspiraient le poète, alors que la Bible attribue aux mots une puissance créatrice : au commencement était le Verbe… Il reste qu’aucun poète – occidental - n’avait jamais osé concevoir une poésie sans Dieu. D’ailleurs, était-ce même envisageable ? L’apparition du Néant, ou plutôt , la disparition de l’Idéal, chamboule les choses sous de nombreux angles : plus de Dieu, plus d’Idéal, plus de Livre, plus de pouvoir créateur, rien que les mots et le concept de la double conscience, qu’il vient de découvrir récemment. Longtemps, pourtant, près d’un an, le spectre de Dieu hantera Mallarmé, jusqu'à ce qu’il puisse affirmer la fin de sa lutte terrible avec ce vieux et méchant plumage, terrassé, heureusement, Dieu. 1

Ecrit et appréhendé comme un remède à la crise d’un homme qui a perdu le ciel, influencé par l’hégélianisme, Igitur ou La Folie d’Elbehnon est l’un des poèmes les plus étranges de Stéphane Mallarmé, mais aussi l’un des plus riches, car il en représente à lui seul une allégorie et un dénouement. En l’étudiant, on parvient peu à peu à appréhender ce que le poète a pu éprouver face à ce gouffre laissé par l’anéantissement de Dieu.

C’était un assez long conte d’Allemagne, une sorte de légende rhénane, qui avait pour titre,- je pense bien ne pas me tromper, - Igitur d’Elbenone. Dès les premières lignes, je fus épouvanté, et Villiers, tantôt me consultait d’un regard furtif, tantôt écarquillait vers le lecte ur (Stéphane Mallarmé) ses petits yeux gonflés d’effarement. 2

1 S. Mallarmé, Correspondance choisie, Lettre à Henri Cazalis du 14 mai 1867, I

p.714

2 C. Mendès, Rapport sur le mouvement poétique français de 1867 à 1900, p.137, Imprimerie nationale, Paris 1902

Voici comment Catulle Mendès décrit dans son Rapport sur le mouvement poétique français de 1867 à 1900 l’impression que lui fit la lecture d’Igitur par son ami Mallarmé, trente ans plus tôt, en août 1870, lors d’une visite. Obscur et effrayant, Igitur forme bien la synthèse de la poétique qui guide l’œuvre de cet homme de la nuit. Assez impénétrable et flou du dehors, le sens du poème ne se laisse que deviner à la première lecture. En effet, l’histoire, étroitement liée à la pensée mallarméenne, ne peut se comprendre indépendamment d’elle. Pourtant le synopsis de ce conte philosophique est simple en lui-même : long de quelques pages, il raconte l’aventure existentielle d’un jeune homme, dernier descendant d’une race immémoriale 1 , enfermé dans une salle décorée et meublée contre toute logique physique. Soudain, le jeune homme, obéissant à une injonction inscrite dans un livre, se lève et sort de la pièce pour accomplir son destin, qui est d’abolir le hasard. Il descend les escaliers qui mènent aux tombes de sa famille et jette les dés (ou boit peut-être une fiole), bien que cela soit inutile, pour abolir le hasard. Puis, il finit par se coucher dans le tombeau.

Et du Minuit demeure la présence en la vision d’une chambre du temps où le mystérieux ameublement arrête un vague frémissement de pensée, lumineuse brisure (…) C’est le rêve pur d’un Minuit, en soi disparu, et dont la clarté reconnue, qui seule demeure au sein de son accomplissement plongé dans l’ombre, résume sa stérilité sur la pâleur d’un texte ouvert que présente la table : 2

1 S. Mallarmé, Œuvres inachevées, Igitur, Le Coup de dés (au tombeau), I p.478

2 S. Mallarmé, Œuvres inachevées, Igitur, Le Minuit, I p. 483

L’athéisme imprime donc à présent sa marque jusque dans les poèmes de son disciple. Outre la pièce, plus rien n’existe, ni n’est mentionné. Il n’y pas d’espace extérieur et le monde intime, l’intérieur de cette pièce, donne l’impression d’absorber le reste de l’Univers comme un trou noir. Jusqu’à la complexité marine et stellaire et le hazard infini des conjonctions 1 disparues figurent dans le décor. Même le temps s’efface, bien qu’il en reste encore des traces. Le Minuit est mort, puisque seul lui survit son ombre et son écho, qui permettent de mesurer et de réaliser sa disparition. Cette survivance témoigne d’un état antérieur, l’existence du Minuit, dont l’absence serait sinon passée inaperçue. Mais, s’il est clair qu’il n’y a plus rien hors de la salle et du château, qu’en est-il dedans ? Grâce au dédoublement de la conscience, l’être n’a plus besoin de porter son regard vers l’au-delà pour lui trouver un but, puisqu’il peut désormais s’observer avec ses propres yeux. L’intime, l’intérieur, eux, sont, mais par l’absence. Egalement contaminés par le Néant qui rôde dehors, la sonorité est vacante, le joyau, nul de rêverie , les yeux, nuls pareils au miroir et l’hôte, dénué de toute signification que de présence 2 , etc. On note encore la présence du miroir cher à Mallarmé, bien qu’il n’ait pas d’existence à part entière, étant donné qu’il n’apparaît qu’à travers ce qu’il reflète. Ici, la matière existe et se réalise par la négativité, l’inexistence, le seul moyen donné à l’être afin de s’accomplir. Par conséquent, le non-être, l’inexistence totale, serait pour l’être la seule façon de s’accomplir totalement. Igitur ou la

1 S. Mallarmé, Œuvres inachevées, Igitur, Le Minuit, I p. 483

2 S. Mallarmé, Œuvres inachevées, Igitur, Le Minuit, I p. 483

folie d’Elbehnon, le titre déjà suggère cette lecture : El be non…, le « ne sois personne », l’être qui a su répondre négativement et impérativement en lui à la vieille interrogation shakespearienne, comme l’explique Jean-Pierre Richard 1 . A être ou pas être, le héros répond par la négative. Igitur, qui signifie « donc » en latin, exprime peut-être le caractère inéluctable de ce Néant et la vanité d’une lutte quelconque à son encontre. C’est dans cet état, ou ce non-état, qu’il sort de la pièce pour accomplir sa destinée et s’accomplir. L’accomplissement final étant la mort, le personnage doit franchir un certain nombre de « décomplissements » successifs jusqu’à parvenir à l’état de lucidité absolue qui le précède. Toujours selon Richard, l’être se réalise ici à travers toute une suite d’expériences négatives. Pour s’atteindre, il lui faut d’abord s’égarer, s’aliéner, et pour se rallumer, s’éteindre. 2 Ainsi, à chaque pas, à chaque avancée, il acquiert non pas quelque chose de neuf, mais se dépouille d’une existence rendue superflue par la confrontation avec son contraire et qu’il réalise être fausse. Igitur, héros de la disparition, se perd toujours plus dans son procédé d’auto-destruction, tuant à chaque confrontation dialectique (confrontation entre ses consciences dédoublées et réfléchies, dont l’anéantissement respectif serait la synthèse) une partie de sa personne, jusqu’à n’être plus personne et se fondre dans le Néant. Mallarmé raconte avoir vécu une expérience similaire lors de son séjour à Tournon, puis à Besançon :

1 J.-P. Richard, L’Univers imaginaire de Mallarmé, L’Expérience nocturne, La négativité fictive : Igitur, éd. Seuil, Aubin 1961, p.184

2 J.-P. Richard, L’Univers imaginaire de Mallarmé, L’Expérience nocturne, La négativité fictive : Igitur, p. 184

J’ai encore besoin (…) de me regarder dans cette glace pour penser, (…) si elle n’était pas (…) , je redeviendrais le Néant. C’est t’apprendre que je suis maintenant impersonnel, et non Stéphane que tu as connu – mais une aptitude qu’a l’Univers Spirituel à se voir et à se développer, à travers ce qui fut moi. 1

Igitur, donc, commence à descendre les marches, à travers la nuit, vers les tombes et vers le passé. Il part à la recherche de son essence originelle.

J’aimerais

rentrer

en

mon

Ombre

incréée

et

antérieure, et

dépouiller

par

la

pensée

le

travestissement que m’a imposé la nécessité d’habiter le

reste

cœur

d’ambiguïté. 2

de

cette race

(que

j’entends

battre ici)

seul

Cette descente symbolise enfin une progression, bien qu’elle soit négative. Alors que chez Hérodiade, l’héroïne se dédoublait et se rassemblait, encore et encore, pour pouvoir continuer indéfiniment d’être, Igitur, qui a fait le choix de ne pas être, ne cherche plus à récupérer ce qu’il perd de lui lors de la synthèse entre les deux parties de son être. Il peut donc passer ensuite à une scission, puis une synthèse ultérieures, et ainsi de suite. Ces étapes de dépersonnalisation où tout disparaît alors que rien n’apparaît sont, en somme, bien plus importantes que la tradition ancestrale du lancer du dé, qui constitue uniquement un prétexte à la dissolution d’Igitur dans le Néant, à son suicide philosophique 3 . A moins que celle-ci ne soit la preuve de son accomplissement, la preuve qu’il

1 S. Mallarmé, Correspondance choisie, Lettre à Henri Cazalis du 14 mai 1867,

p.714

2 S. Mallarmé, Œuvres inachevées, Igitur, II. Quitte la chambre et se perd dans les escaliers (au lieu de descendre à cheval sur la rampe), I p.486

s’est bien fondu dans le Néant paradoxal, si paradoxal que l’on peut y lancer - pour de faux -

des dés – qui n’existent pas – sans qu’il y ait de

hasard – il n’existe pas non plus

s’est évanouie avec le poète. Toujours est-il qu’avec Igitur, fruit de la période la plus sombre et extrême de sa vie, Mallarmé a réussi à créer un conte stupéfiant d’angoisse et de terreur. Malgré nous, il réussit magistralement à nous plonger dans son cauchemar du Néant, dans lequel Igitur se fond d’ailleurs parfois au cours du récit. Ainsi, usant de tournures bizarres, de mots abstraits ou d’une logique paradoxale, il crée un climat étouffant de vide, abolissant le hasard de l’impression personnelle.

La réponse

3 J.-P. Richard, L’Univers imaginaire de Mallarmé, L’Expérience nocture, La négativité fictive : Igitur, p. 184

3. Un coup de Dés jamais n’abolira le Hasard 1 , le hasard et les mots

J’ai fait une assez longue descente au Néant pour parler avec certitude. Il n’y a que Beauté : - et elle n’a qu’une expression parfaite, la Poésie. Tout le reste est mensonge. 2

Avec l’affirmation du Néant et la négation de Dieu, Stéphane Mallarmé prive la poésie de ce qui constituait ses deux principaux piliers jusqu’à présent. Le premier était l’existence d’un Idéal et d’un monde réel extérieur comme base, dont la disparition provoque un retour des objets décrits vers eux-mêmes, comme cela se produit allégoriquement dans Igitur ou La Folie d’Elbehnon. L’autre pilier est enfoui plus profondément encore aux origines de cet art. En effet, ainsi qu’il a été brièvement mentionné au cours du chapitre précédent, les hommes ont toujours perçu la poésie comme quelque chose de lié au sacré. Les mots étaient doués d’une force créatrice et évocatrice totale que seul le poète avait le pouvoir de faire résonner, motivé par l’inspiration divine. Si l’on nie cette inspiration, toute la chaîne est amenée à se briser : l’athéisme mallarméen abandonne donc l’invention et l’architecture du langage au génie du cerveau humain et peut-être également au hasard des circonstances. Par conséquent, il n’existe désormais plus de différence fondamentale entre la poésie et le langage quotidien, puisque tous les deux sont formés des mêmes mots. Dans ces conditions, la vocation du poète perd tout son

1 S. Mallarmé, Un coup de Dés jamais n’abolira le Hasard, I p. 363-387 2 S. Mallarmé, Correpondance choisie, Lettre à Henri Cazalis du 14 mai 1867, I

p.715

sens, du moins aussi longtemps qu’il tiendra pour sien le rôle de messager entre le Divin et l’humanité. Dieu et les hommes, le poète et les hommes, Dieu et le poète, la question de la communication se pose comme une interrogation centrale. Qu’est-ce que le poète veut, ou peut transmettre au lecteur ? Comment doit-il le faire ? A qui et pourquoi ? Mais surtout, il s’agit de savoir si ces questions trouvent une réponse et une légitimité après l’abolition complète de l’élément divin dans la poésie. Dans l’extrait de lettre cité ci-dessus, Mallarmé parle du Néant comme d’un nouvel Idéal, d’un nouveau ciel antérieur où fleurit la Beauté 1 . Pourtant, ce n’est plus ici une séparation temporelle, mais spatiale qui coupe le poète de la Beauté : le Néant serait plutôt parallèle qu’antérieur à notre monde, parfaitement ouvert à la perception d’esprits sensibles comme ceux des poètes. Il s’agit donc pour le poète de représenter ce Néant, puisqu’il ne s’y trouve que Beauté. Dès sa crise, Stéphane Mallarmé pense à écrire un Grand Œuvre sur sa conception spirituelle du Néant 2 , et donc de la Beauté. Mais ce projet, trop philosophique et pas assez poétique est rapidement écarté. Vaincu, Mallarmé doit s’incliner devant l’impossibilité de dépeindre l’absolu. Le fond, à savoir le sens, étant limité quant à sa puissance d’évocation, il se tourne donc vers la seconde caractéristique qui reste au langage, c’est-à-dire la forme, ses qualités sensitives, visuelles ou auditives, ce qu’il nommera, dans Crise de Vers, la notion pure 3 .

1 S. Mallarmé, Poésies, Les Fenêtres, vers 32, I p.10

2 S. Mallarmé, Correspondance choisie, Lettre à Henri Cazalis du 14 mai 1867, I

p.713

3 S. Mallarmé, Divagations, Crise de Vers, II p.213

Dans cette optique, il continue chaque hiver à réfléchir et à travailler à son Hérodiade, dont il soupèse chaque mot. Curieusement, dès les débuts de son projet, cette œuvre porte en elle un souffle de nouveauté étonnant, peut-être dû à la richesse symbolique de son personnage éponyme. Déjà dans une lettre à son ami Cazalis datée de 1864, c’est-à-dire plus de deux ans avant la crise de Tournon, l’étude du langage et de ses desseins suscite chez le jeune Mallarmé le plus vif intérêt.

Pour moi, me voici résolument à l’œuvre. J’ai enfin commencé mon Hérodiade. Avec terreur, car j’invente une langue qui doit nécessairement jaillir d’une poétique très nouvelle (…) : peindre non la chose, mais l’effet qu’elle produit. Le vers ne doit donc pas, là, se composer de mots, mais d’intentions, et toutes les paroles doivent s’effacer devant la sensation. 1

Déjà, Mallarmé avoue ici implicitement son désaccord avec une poésie déiste. En effet, pourquoi peindre l’effet plutôt que la chose, bien plus riche et plus vraie que ce dernier, si les mots ont la capacité de faire les deux, ce qu’affirment les poètes romantiques ? Cette poétique très nouvelle est donc une poétique de résignement, sans doute non moins ambitieuse pourtant que l’ancienne. Sentant sous ses pieds les valeurs romantiques se craqueler et se morceler, Stéphane Mallarmé cherche l’issue de secours qui lui permettra de sauver le destin de la poésie. Anxieux, tandis qu’il entrevoit sa crise se dessiner, il essaie de résoudre le problème que les romantiques ont toujours tenté d’éviter, et de faire ce qu’ils n’ont jamais pu faire : mettre la théorie poétique au niveau des mots, des mots humains. Aussi, la subjectivité reste son seul

1 S. Mallarmé, Correspondance choisie, Lettre à Henri Cazalis du 30 octobre 1864, I p.663

remède contre la perfection absolue et inhumaine qu’elle croyait autrefois pouvoir atteindre et dont le souvenir, même illusoire et mensonger, lui manque à présent cruellement. Ainsi, maintenant qu’il a vu le Néant, Mallarmé connaît non seulement la méthode à employer, mais encore le but à atteindre, même s’il s’agit d’un gouffre dont on ne voit pas le fond : le Néant, ou encore la Beauté absolue, puisque c’est la même chose. En effet, si, déjà lorsque les choses en question n’étaient formées que de vulgaire matière, peindre la chose ne donnait pas les résultats escomptés, on peut aisément comprendre pourquoi Mallarmé s’est rapidement tourné vers une autre solution quand il a voulu décrire quelque chose d’abstrait et d’infini comme le Néant. C’est désormais peindre l’effet produit par l’Absolu (Néant ou Beauté) qui sera sa tâche. Là encore, le regard-miroir, qui se contemple lui-même et rend le monde extérieur accessoire, joue un rôle capital. Reprenant la métaphore du diamant évoquée précédemment, Mallarmé essaie au cours de l’extrait suivant de texte d’expliquer son importance dans son écriture poétique, bien que cela reste assez obscur.

Les mots, d’eux-mêmes s’exaltent à mainte facette reconnue la plus rare pour l’esprit, centre de suspens vibratoire ; qui les perçoit indépendamment de la suite ordinaire, projetés en parois de grotte, tant que dure leur mobilité ou principe, étant ce qui ne se dit pas au discours : prompts tous, avant extinction, à une réciprocité des feux. 1

Les mots, lorsqu’on les emploie couramment, par exemple dans le langage quotidien, seraient comme un diamant à l’état brut, que le poète doit tailler selon les qualités de chaque vocable, ou

1 S. Mallarmé, Divagations, Le Mystère dans les lettres, II p. 233

facette, qui compose son poème, afin que chacun soit placé idéalement pour refléter l’éclat des autres. Ainsi, grâce à son savoir-faire, il révèle le pouvoir transcendant du verbe et le rend porteur d’une réalité mobile, supérieure à leur sens habituel. Les mots peuvent exprimer leur propre infini, leur essence profonde, qui, en fait, n’est autre que l’expression parfaite de la Beauté absolue. Cette Beauté apparaît ici comme une sorte d’éclat rayonnant et changeant, telle une pierre précieuse au soleil. Malgré tout, c’est le vide central de la pierre qui lui donne sa luminosité chatoyante. De même, le Néant occupe le centre du poème et permet aux mots de se refléter les uns les autres et de créer ce flux de Beau qui en émane. Sans ce vide créateur, le savant arrangement du poète perd toute son utilité. Chez Mallarmé, on constate donc moins une disparition totale qu’un déplacement de la valeur magique et divine du langage, dont aucun poète ne peut se passer, bien que ce soit désormais le Néant qui la génère et qu’elle se situe plutôt au niveau de la notion qu’à celui du sens. Ce n’est plus le message délivré, mais le mot, le vers qui est magique. Il s’ensuit logiquement que Stéphane Mallarmé délaisse de plus en plus la clarté sémantique, au profit du langage pur, de ses jeux et de ses possibilités, pour peindre l’effet de son mieux.

L’œuvre achevée qui illustre de la meilleure façon - mais aussi de la façon la plus violente – les rêves ultimes d’un Mallarmé extrême est évidemment Un coup de Dés jamais n’abolira le Hasard, grand poème typographique qui s’étend sur neuf pages, paru pour la première fois en mai 1897, soit un peu plus d’un an avant la mort du poète. D’ailleurs, il s’avère que la revue Cosmopolis, chargée de la publication, lui demanda d’autoriser la présence d’une note d’avertissement à destination de ses lecteurs les moins avant-gardistes. En effet, de Stéphane Mallarmé le mondain, rédacteur de charmants

Vers de circonstance 1 , d’écrits sur la mode et organisateur des fameux mardis, où se réunissaient autour de sa personne la crème des artistes parisiens, nulle trace ici. L’ambiance dans laquelle Un coup de Dés… plonge son lecteur relève plutôt d’Igitur, dont on retrouve les thèmes et les expressions, si bien que quiconque ayant lu le conte se retrouvera dans une atmosphère quelque peu similaire. Il pourra ainsi, au hasard des mots, y rencontrer l’Abîme, l’ombre enfouie dans la profondeur, l’ultérieur démon immémorial, le gouffre, ou encore la folie 2 – car c’est bien de cela qu’il s’agit. La composition typographique particulière du poème dessine elle-même l’effet du propos, forçant l’œil à aller et venir entre chaque mot, à choisir le chemin à emprunter et à décider du sens du poème. Grâce à cette composition, les configurations possibles des mots sont rendues infinies – et les significations potentielles également.

Alors, on possède avec justesse, les moyens réciproques du Mystère – oublions la vieille distinction, entre la Musique et les Lettres, n’étant que le partage, voulu, pour sa rencontre ultérieure, du cas premier :

l’une évocatoire des prestiges situés à ce point de l’ouïe et presque de la vision abstraite, devenue l’entendement; qui, spacieux, accorde au feuillet d’imprimerie une portée égale. 3

Auteur de Richard Wagner. Rêverie d’un poëte français 4 , d’un Hommage 5 en son honneur et correspondant de Claude Debussy 6 - qui écrira une version orchestrale de L’Après-midi d’un

1 S. Mallarmé, Vers de circonstances, I p. 237-362

2 S. Mallarmé, Un coup de Dés jamais n’abolira le Hasard, I p. 370, 371, 374 et

377

3 S. Mallarmé, La Musique et les Lettres, II p. 69

4 S. Mallarmé, Divagations, Richard Wagner. Rêverie d’un poète français, II

p.153-159

5 S. Mallarmé, Poésies, Hommage, I p.39

6 S. Mallarmé, Correspondance choisie, Lettre à C. Debussy du 23 décembre 1894, I p. 810-811

faune 1 -, Stéphane Mallarmé est sans doute l’un des poètes français sur lequel la musique a produit la plus forte impression. Fort sensible au phrasé et à la construction symphoniques, il attache dès ses premiers écrits une grande importance à la musicalité du langage. Un coup de Dés… marque l’aboutissement de son évolution artistique dans ce sens. Autant, dans un opéra ou dans une symphonie, certains thèmes majeurs portent l’œuvre et la soutiennent dans son déroulement, tels les fondations d’un bâtiment, alors qu’en-dessous se développent des motifs mineurs, ornements dont l’auditeur peut n’avoir qu’une conscience partielle, mais qui n’en contribuent pas moins à la beauté de l’ensemble, autant le poème de Mallarmé, en jouant sur la taille des caractères de chacun des mots, suggère des lignes de force et, à côté, des axes de lecture plus secondaires. En outre, il laisse nombre de blancs importants entre les termes, équivalents visuels du silence, et prend conscience que tout poème, celui-ci surtout, se termine par le Blanc, le Néant, final. Ainsi, le propos principal, dont l’écriture prend le plus de place, n’est autre que le titre, que l’on pourrait interpréter comme l’ultime réponse du poète concernant sa poésie, et sa poétique. Un coup de Dés jamais n’abolira le Hasard. Le Hasard, qui apparaît en tant que thème à partir de la crise de Tournon et Igitur, semble directement lié à une conception athée de l’art et du monde. En effet, on peut le considérer comme l’héritier naturel du Destin, à partir du moment où Dieu a disparu de l’univers poétique du poète, car, puisque le monde et les hommes ne sont dès lors plus investis d’une mission, d’un sens divins, tout ce qui arrive n’est que le fruit d’un hasard aveugle et absurde. De même, pour le langage, c’est le Hasard qui a en maître décidé de l’association entre une notion - et ce qu’elle comporte de qualité sensitives – et sa signification, abstraite. Indépendamment de

1 S. Mallarmé, Poésies, L’Après –midi d’un faune, I p. 22-25

l’idée de représentation du Néant évoquée ci- dessus, la notion pure serait également un moyen d’abolir le Hasard, c’est-à-dire de vaincre la laide absurdité dans le langage courant, pour la remplacer par cet Absolu d’ordre et de plénitude quasi mathématiques, où le poète tient l’Univers au creux de ses mains, et où le sens s’efface au profit des qualités artistiques du mot, sa musique et sa calligraphie, mais aussi cette impression floue et éthérée qu’éveille en nous chaque terme lu ou prononcé, bien loin de la précision voulue par sa signification, ainsi que l’affirme Stéphane Mallarmé dans Crise de Vers :

Je dis : une fleur ! et, hors de l’oubli où ma voix relègue aucun contour, en tant que quelque chose d’autre que les calices sus, musicalement se lève, idée même et suave, l’absente de tous les bouquets.

Au contraire d’un fonction de numéraire facile et représentatif, comme le traite d’abord la foule, le dire, avant tout, rêve et chant, retrouve chez le Poëte, par nécessité constitutive d’un art consacré aux fictions, sa virtualité. 1

Ainsi, dans son titre, Mallarmé refuse qu’une chose matérielle, un coup de Dés, puisse jamais remplir le vide créé par le Néant, abolir le Hasard - l’absurdité d’un monde athée – et, idéaliste malgré tout, il continue de croire que la poésie, et elle seule, pourrait permettre de vivre en sachant pourquoi, sur le gouffre du Rien, rendant le poète pareil à l’équilibriste, si léger qu’il marcherait sans effort par-dessus le Vide absolu.

1 S. Mallarmé, Divagations, Crise de Vers, II p.213

Conclusion, l’ultime étape

Une proposition qui émane de moi – si, diversement, citée à mon éloge ou par blâme – je la revendique avec celles qui se presseront ici – sommaire veut, que tout, au monde, existe pour aboutir à un livre. 1

A partir de la crise de Tournon et jusqu’à la fin de sa vie, Mallarmé ne cessera de rêver à la création d’un livre absolu, contenant tout au monde, projet dont certaines notes éparses témoignent aujourd’hui 2 encore, car ce Grand Œuvre, qualitativement irréalisable, ne verra jamais le jour. Malgré tout, après Baudelaire, ce poète franchit une dernière étape avant la modernité la plus complète et la fragmentation du romantisme en une multitudes de courants artistiques, qui jalonneront le XX e siècle. En effet, plaçant le langage au-dessus de tout et en-dessous de rien, il marque l’avènement d’une époque neuve, où l’art et les mots sont plus réels et plus importants que la réalité matérielle elle-même, où le medium - le langage - reste le seul message qui vaille la peine d’être transmis et exprimé. En effet l’athéisme de Mallarmé, loin d’être destructeur, a insufflé une indépendance nouvelle à la création du poète, mue d’une vie et d’une liberté sans précédent, comme dans Un coup de Dés…, où les mots dirigent l’œil du lecteur suivant la signification qu’ils désirent donner au poème. Et aujourd’hui, quand les physiciens nucléaires affirment avoir découvert au Vide des pouvoirs créateurs, cela laisse une impression étrange, lorsque l’on pense que, dans le monde physique également, le Néant pourrait donc remplacer le Dieu Créateur, comme l’a fait

1 S. Mallarmé, Divagations, Quant au livre, Le livre, instrument spirituel, II

p.224

2 S. Mallarmé, Œuvres inachevées, Notes en vue du “Livre”, I p. 547-631

Stéphane Mallarmé dans sa poétique. Peut-être, effectivement, que le langage et la poésie sont toujours plus dans le vrai que l’univers matériel…

Pourtant, si avant-gardiste fût-il, Mallarmé reste un poète entièrement original, que nul n’a vraiment suivi. Ainsi qu’il est mentionné plus

haut, on assiste après lui à la dissolution totale

du mouvement romantique, comme si sa pensée

« antidivine » avait été trop violente pour préserver les coutures déjà fragiles du romantisme de l’éclatement. En revanche, nombre de contemporains s’inspireront partiellement de son œuvre, poétique ou non, à l’instar de Marshall McLuhan, que l’étude de Mallarmé et de Joyce - un autre de ses fils

spirituels – a guidé dans ses réflexions à propos des médias. En définitive, pour comprendre le

XX e siècle, dont le refus de Dieu et l’absurdité

du monde qui en résulte sont des thèmes récurrents, il s’avère indispensable de connaître Mallarmé, point de départ réel de ces tendances majeures.

on

peut lire peu après le début :

Dans l’ensemble et en moyenne, ce seront toujours les mêmes possibilités qui se répèteront , jusqu’à ce que vienne un homme pour qui une chose réelle n’a pas plus d’importance qu’une chose pensée. C’est celui-là qui, pour la première fois, donne aux possibilités nouvelles leur sens et leur destination, c’est celui-là qui les éveille. Mais un tel homme est chose fort équivoque. Comme ses idées, dans la mesure où elles ne constituent pas simplement d’oiseuses chimères, ne sont que des réalités non encore nées, il faut, naturellement, qu’il ait le sens des réalités ; mais c’est un sens des réalités possibles, lequel atteint beaucoup plus lentement son but que le sens qu’on la plupart des hommes de leur possibilités

Dans

L’Homme

sans

qualités

de

Musil,

réelles. L’un poursuit la forêt, si l’on peut ainsi parler ; l’autre les arbres ; et la forêt est une entité malaisément exprimable, alors que des arbres représentent tant et tant de mètres cubes de telle ou telle qualité. Mais voici peut-être qui est mieux dit : l’homme doué de l’ordinaire sens des réalités ressemble à un poisson qui cherche à happer l’hameçon et ne voit pas la ligne, alors que l’homme doué de ce sens des réalités que l’on peut aussi nommer sens des possibilités traîne une ligne dans l’eau sans du tout savoir s’il y a une amorce au bout. 1

Sans doute,

Stéphane Mallarmé était l’un de

ces hommes et le Néant était sa ligne.

1 R. Musil, L’Homme sans qualités, tome 1 , Une manière d’introduction, trad, P. Jacottet, éd. Points Seuil, Manchecourt 2003, p. 21

Annexe, extrait d’Un coup de Dés jamais n’abolira le Hasard 2

c’était

425

issu stellaire

le nombre

EXISTÂT-IL

autrement qu’hallucination éparse d’agonie

COMMENCÂT-IL ET CESSÂT-IL

sourdant que nié et clos quand apparu enfin par quelque profusion répandue en rareté

SE CHIFFRÂT-IL

évidence de la somme pour peu qu’une

pire

non

ILLUNIMÂT-IL

ce serait

davantage ni moins

mais autant indifféremment

LE HASARD

( Choit

la plume

2 S. Mallarmé, Dossier d’ « Un coup de dés », Edition « Cosmopolis », I p. 399

Bibliographie

L’encrier, cristal comme une conscience, avec sa goutte, au fond, de ténèbres relatives à ce que quelque chose soit : puis, écarte la lampe. 1

S. Mallarmé, Œuvres Complètes, tome I et II, éd de la Pléiade, Lonrai 1998 pour le volume I et 2003 pour le volume II, établie par B. Marchal :

Poésies

• Poèmes non recueillis (1862-1898)

• Poèmes retrouvés ( 1862-1898)

• Poèmes de jeunesse (1854-1861)

• Vers de Circonstance

• Un coup de Dés jamais n’abolira le Hasard

• Poèmes en prose

• Œuvres inachevées

• Correspondance choisie (• Transcriptions) 2

(• Beckford, Vathek)

(• Villiers de Lisle-Adam)

• Divagations

• Articles

• La Dernière Mode

(• Toasts, discours et hommages) (• Entretients)

•Les poèmes d’Edgar Poe et autres traductions (• Ouvrages pédagogiques)

• Dossiers

Le petit Larousse illustré 1984, articles divers, éd. Larousse, Paris 1980

J.-L. Backès, Encyclopoedia Universalis, Mallarmé, vol. 14, éd. Universalis, Malesherbes 1989 M. Jarrety, Dictionnaire de Poésie de Baudelaire à nos jours, Mallarmé, Baudelaire, Rimbaud, éd. Puf, Paris 2001

H.

Champion, Genève 1995

P.-O.

Walzer,

Approches

II,

Stéphane

Mallarmé,

éd.

1 S. Mallarmé, Divagations, Quant au livre, L’action restreinte, II p. 215

2 Les termes mis entre parenthèses correspondent

Complètes qui n’ont pas été lues du tout, ni utilisées pour ce travail

aux sections des Œuvres

J. Scherer, Grammaire de Mallarmé, éd. A. G. Nizet, Rennes

1977

J.-P. Richard, L’Univers Imaginaire de Mallarmé, L’Expérience nocturne, éd. Seuil, Aubin 1961

P. Bénichou, Selon Mallarmé, Introduction, Les Fenêtres, éd.

Folio Essais, Mesnil-sur-l’Estrée 1998

C. Baudelaire, Les Fleurs du Mal, éd. GF Flammarion, Paris

1991

M.

McLuhan, Pour comprendre les médias, traduction J. Paré,

éd.

Points Seuil Essais, La Flèche 2000

R.

Musil, L’Homme sans qualités, trad. P. Jacottet, Manchecourt

2003