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LANGUES D'AMÉRIQUE ET D'ORIENT

Ph. MARÇAIS

ESQUISSE
GRAMMATICALE
DE

L'ARABE MAGHRÉBIN

© Librairie d ' Amérique et d'Orient, Parie 1977


Jean Maillonneuve, Il , rue Saint.Sulpi<:e (Pa ri e 6 e )

« La loi du Il mare 1957 n 'a utoriunt, aux terme! d es aliniu 2 et 3 de l'A rticle 4l,
d ' une part, que les -copie!! ou reproductione strictement réae rvéea 1\ l' u,.ge privé du LIBRAIRIE D'AMÉRIQUE ET D'ORIENT
copiste el Don destinées il une utilisation collective' et, d'autre part, que les anslYBe.! et
les courtes citations dao' un but d 'excmpk et d' illustration, 'toute représentation ou ADRIEN MAISONNEUVE
reproduction intégrale, ou parllellt;, f.ite .au le contentement de l'auteur ou de au J. MAISONNEUVE, succ.
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Il, rue St·Sulpice
Cette représentation ou reproduction, par que1que procédé que ce lIOit, CODltituerait
donc une contrer.con uDctiODDée par le. Article. 425 et .vivaDu du Code PéDal ». l>A lH~
l

AVANT- PROPOS

Le titre ESquisse grammaticale de l'arabe


magh r ébin dit assez le dessein de l ' ouvrage que l ' on
présente ici : i l veut tracer à grands traits la silhou -
ette de l ' ensemble dialectal qu ' on appelle maghrébin .
C ' est dire que l ' on n'a , en aucune manière , la préten-
tion d ' y tout exposer , dans le détail , avec rigueur , et
avec précision , sur les parlers arabes qui forment cet
Ouvrage mis en page et dactylographié
ensemble .
par Michèle GRANDJEAN- HUBART
Secrétaire Il embrasse le Maghreb , C ' est-à-dire , d'Est en
à l a Section d ' Histoire et Littératures Orientales Ouest , la Libye , la Tunisie , l'Algérie et le Maroc , con -
de la Faculté de Philosophie et Lettres çus dans leurs limites actuelles. Ces quatre pays for-
de l ' Un iversité de Liège ment une entité ethnique , géographique et historique , et
(Belgique) à nombre d ' égards , linguistique . Elle est certes , dans
le 25 octobre 1976 sa constitution interne , différenciée . Mais on peut la
considérer comme relativement homogène. Aussi bien en
a - t - on délibérément écarté Malte et la Mauritanie , ju -
gées vraiment extérieures , à divers points de vue , à cet
ensemble cohérent .

La documentation qui nourrit cette étude a été


puisée dans un grand nombre d ' ouvrages de dialectologie
maghrébine qui ont été pUbliés jusqu ' à ce jour , tant mo -
nographies grammaticales , notes linguistiques , cours
d'arabe parlé , que textes , dialogues et manuels de con -
versation . Elle recourt également à une expérience et à
une pratique personnelles consignées dans des documents,
écrits ou enregistrés , généralement i n édits .

On n ' a pas voulu réaliser cette ESquisse comme


u n ouvrage savant, où chaqu e fait avancé est référé à
une source . La raison en est qu ' elle a été envisagée et
III
II

pronoms, ou des particules, on s'est efforcé de donner


rédigée à des fins pédagogiques, dans une présentation
en exemples de courtes phrases qui permettent de prendre
allégée , qui veut être accessible aux non-spécialistes.
une idée élémentaire de l'emploi qui en est fait .
Dans le même but, on s'est efforcé d'exprimer les choses,
autant qu'il était possible j dans le langage de tout le Le souci qui a dominé, tout au long de l ' ou-
monde, et de n'employer, pour les énoncer, que le strict vrage, a été d'en rendre l'abord facile au lecteur qui
minimum de termes techniques. Pour la même raison, on n'a pas une formation linguistique particulière, et pour
n ' a tenté de confronter des faits de l'arabe dialectal à qui la langue arabe est chose nouvelle ou peu familière.
ceux de l'arabe ancien, que lorsqu'une telle comparaison C'est pourquoi la manière d'exposer les faits a pu chan-
a paru nécessaire à une intelligence suffisante de ces ger d ' un chapitre à l ' autre . ,Ainsi le catalogue des
faits. prépositions a été dressé en partant des termes arabes
(bi-, fi- , m~n . ~- , li- , etc.) , cependant que les pro-
x noms indéfinis (un, certain, rien, autre , etc.) , les
x x conjonctions et les adverbes (et, ou , où , quand , comment,
etc . ) ont été étudiés en partant du français . Un tel
Le matériel linguistique des parlers maghrébins changement de méthode dans l'exposé peut paraître arbi -
est, dans cette Esguisse, décrit suivant le plan tradi- traire . Il l'est dans une certaine mesure . Mais il
tionnel des études grammaticales: la phonétique d'abord, trouve sa justification dans le fait que l'usage des
puis la morphologie , comprenant successivement l'étude prépositions est lié à celui des rections (qu ' inspire
du verbe, celle du nom , celle des noms de nombre , celle le génie propre de la langue) , c'est-à-dire de la maniè -
des pronoms; puis l'étude d'un ensemble composite qui re dont verbes , noms et pronoms agissent sur les complé-
figure sous le titre de particules; enfin l'étude des ments qui dépendent d'eux . C'est une matière subtile et
moyens d'expression de l'affirmation, de la négation et complexe, aussi stylistique que syntaxique, constituée
de l'interrogation. On n'a pas tenté d'en faire la syn- tout à la fois par des servitudes de la langue ancienne,
taxe. D'abord parce que l'analyse et l'exposé eussent par des modalités de l'expression dialectale, et par des
donné à l'ouvrage des dimensions trop considérables. nuances intentionnelles qui sont marquées diversement
Ensuite, parce que la matière linguistique, déjà souvent suivant les parlers. Prendre les prépositions du fran -
très différenciée d'un dialecte à l'autre dans les sons, çais comme point de départ eût abouti à un résultat aus-
dans les formes et dans le vocabulaire, l'est davantage si confus que déconcertant, voire lacunaire. On donnera
encore dans les modes innombrables et mouvants de cons- comme exemple le cas de la préposition "de" du français :
tructions qui font la trame des langages parlés. Enfin, si c ' est d ' elle qu'on part , elle peut faire aboutir à
parce qu'il est j à la vérité, encore trop de parlers ~, ou à bi - , ou à mta€, ou à •• • absence de préposi -
maghrébins sur lesquels on manque de documents (notes tion en arabe.
grammaticales et surtout textes) propres à en bien faire Il en va différemment des pronoms indéfinis ,
connaitre les usages syntaxiques. Cependant, toutes les des ligatures conjonctives , des locutions adverbiales
fois que cela a semblé utile, à propos du verbe, ou des
IV V

elles correspondent à des termes ou à des tou r nures adé - lers orientaux , qui eux- mêmes constituent un ensemble
quates de l ' arabe . Encore qu ' il aille de soi que les composite .
outils arabes , simples ou complexes , procèdent souven t Quels sont ces caractères typiques de ce qU'on
de conceptions , de représentations et de modes d'expres - appelle l ' arabe maghrébin? Ils sont nombreux et de na -
sion tout à fait différents de le u rs homologues français . tures diverses . On en souligne l ' existence , chemin fai -
Mais il demeure qU'existe entre les deux domaines li n - sant , au long des chapitres .
guistiques une équivalence fondamentale de liens à éta-
Il en est qui ont trait à la phonétique : comme
blir . A titre d ' exemples on peut citer le cas de " tout ,
la ruine du vocalisme bref , qui donne à l'audition l ' im-
tous" qui , pris comme point de départ , aboutit à kull
pression que les maghrébins parlent essentiellement en
le cas de "où 1" , qui mène à w~n, fayôn ; le cas de
articulant des consonnes ; comme la perturbation et
"comment ?" , qui fait nécessairement parvenir à ki fas .
l ' instabilité de l ' équilibre syllabique , qui fait qu ' on
Quant aux adverbes qui ne sont pas des ligatures , ils
ne sait jamais à quel l e place , da n s une séquence de con -
comportent également des correspondan ts dans les de u x
sonnes , va apparaître une voyelle brève , souvent fugace
langues , et il est indifférent , pour qui en d r esse l ' in -
comme l ' altération de certains sons , soit seuls , soit
ventaire pour l ' essentiel , de partir d 'une lang u e ou de
combinés avec d'autres •.
l ' autre . C ' est simple affaire de vocabu laire: " ici "
mène sans difficulté à hna , hüni , et "hier" à amas , al - Il en est qui ont trait à la morphologie .
barah ; et inversement . Ai n si , dan s la conjugaison du verbe à l ' inaccompli , l ' in -
---'
dice initial n- de la premièr e personne du singu lier
x (nakt?lb "j ' écris") , et la désinence -~ de la première
x x personne du pluriel (naktbu "nous écrivons " ) ; ou encore
, l 2- 3
l a prolifération des formes du theme verbal R R aR pour
On se rendra compte , en lisant cette ESquisse , les verbes expriman t l 'i d ée de "devenir de telle coule u r ,
ou en la consultant , qu ' il n ' existe pas une norme de ou de telle qualité " ; ou encore l ' extension du masdar
l 2 3
l'arabe maghrébin. C ' est qu ' il ne se trouve pas , au R R IR pour les verbes d ' action .
Magh reb , d'arabophones qui parlent arabe maghrébin . On Il en est qui ont trait à la syntaxe , comme la
parle l ' arabe de Rabat à Rabat , celui d ' Alger à Alger , création et l ' usage très répandu d'un article indéfini
celui de Tunis à Tunis , celui de Benghasi à Benghasi , et (wa h d - al - ) ; comme l ' emploi de certaines ligatures ori -
le reste à l'avenant . Le terme d ' arabe maghrébin ctest gi n ales ; comme le recu l, parfois extrême , de l ' annexion
une accolade qui embrasse une grande variété de parlers directe , c édant la place à l ' a n nexion indirecte qui est
usuel s à travers toute l'étendue du Maghreb . Ces par- réalisée au moyen de particules (mtaé , ntaE , dyal , a d di,
\
lers possèdent en commun des caractères qui leur so n t di , etc.) .
propres ; des caractères qui les différencient de la
I l en est e n fin qui ont tra i t au vocabu laire .
langue ancienne dont ils procèdent ; et qui les diffé-
Et très n ombreux sont l es mots qui n ' ont cours qu ' au
rencient également des autres parlers , notamment des par-
VI
VII

Maghreb . C ' est peut- être la caractéristique qui frappe


On a procédé de la même manière pour les pronoms person-
le plus les auditeurs , qu'ils soient ou non arabophones.
nels indépendants, aux personnes du pluriel, en plaçant
Mais il importe de souligner que ce qui fait Dna, antum, hum comme formes essentielles, ~numa, antüma,
l ' originalité des parlers arabes du Maghreb , ce n'est huma ; hnumân, antumân, humân comme variantes particuliè-
pas tellement , en elle-même, l'existence de ces phéno- res à certains parlers . Pour ce qui est des adverbes,
mènes de dégradation phonétique , de ces -innovations d'or- par exemple , c ' est waqtas " quand 7" dont on a cité en
dre morphologique ou syntaxique, et de ces usages lexi- premier lieu l'emploi, parce que jugé le plus couramment
cographiques (car il s'en trouve de semblables dans tel utilisé et compris , cependant q ue fuqas, fâywqq, w~ykat ,
ou tel parler d'arabe oriental) ; mais c'est tout à la ~mta, dmtâs, etc. étaient donnés en deuxième ligne, avec
fois la spécificité et surtout la densité des phénomènes: localisation SChématique des régions où ils on t cours.
ils créent le type linguistique particulier de l'arabe
L 'appréci ation du type morphologique jugé "plus
maghrébin , type tout à fait reconnaissable , qui possède ,
usuel", ou du mot estimé "plus courant" peut évidemment
pour les arabisants et les arabophones qui l'entendent
paraître arbitraire. Elle l'est en ce qu ' elle ne repose
parler , la valeur d'un véritable certificat d'origine.
pas sur le dépouillement d ' une documentation exhaustive,
Il n'est pas impossible qu'il soit , dans une large mesu -
et en ce qu 'elle ne résulte pas d'analyses statistiques.
re, imputable à la nature du fond berbère qui est celle
Mais on s'est efforcé de "recouper" les jugements de
de cette Afrique mineure sur laquelle la langue arabe
l'expérience personnelle par ce que l'on peut appeler
s ' est implantée .
des· "tests de compréhensi"on et d'emploi " auxquels de nom-
Pour présenter les faits qui caractérisent les breux interlocuteurs arabophones de diverses régions ont
parlers maghrébins dans leur grande diversité, on s ' est bien voulu participer.
efforcé de clarifier l'exposé en donnant en premier lieu
le paradigme des formes les plus communément admises x
(verbes, noms, pronoms) , ou le terme le plus usuel. Ce x x
n'est qu ' en second lieu qu'on a énuméré les variantes
dialectales , du moins les plus importantes , en en loca- Dans cet ensemble maghrébin, si diversifié
lisant approximativement l'aire d'emploi. C'est ainsi qu'il apparaît comme une mosalque de formes grammatica-
que pour le verbe trilitère de racine " saine" au thème les différentes, de mots-outils distincts les uns des
fond amental , on a donné, au pluriel de l'inaccompli, autres, d'éléments variés de vocabulaire, est-il possi-
naktbu, t3ktbu, yaktbu, comme type prédominant au Maghre~ ble de reconnaître des familles de parlers , des unités
citant ensuite nkatbu, tkatbu , ikatbu , enfin nakk~tbu, dialectales 7
takkatbu 9 comme types moins usuels, localisant les uns
1. On distingue deux group es assez bien tranchés :
et les autres . De même pour le pluriel des noms dits
les parlers sédentaires d 'une part, les parlers bédouins
"de couleurs et difformités" : d ' abord l;lQm.ç, 'tç,rs ; puis
de l'autre .

On dira schématiquement que les premiers repré-


IX
VIII

de nombreuses familles de tribus nomades , donc des va-


sen tent la pr emière vague de l ' arabisation de l'Afrique
riétés de parlers bédouins. A l'inverse , les parlers
du Nord , celle des conquérants du VIre et du VIlle siè-
sédentaires présentent le plus souvent une étonnante di -
cle ; et que les seconds sont ceux des tribus nomades ou
versité . Cela tient sans doute à la dispersion géogra -
semi- nomades dont les immigrations ont été postérieures
phique des cités , aux vicissitudes du passé historique ,
à la conqu ête initiale , mettons à partir du XIe siècle.
et aussi à la constitution ethnique et sociologique des
Mais i l y a eu, entre ces deux couches , au cours des
populations des villes et des villages. Il arrivera
âges , des compénétr ations nombreuses . Il s ' est en ou -
donc de distinguer, selon les régions , parmi les parlers
tre produit des circonstances historiques qui ont déter -
sédentaires , des parlers citad~ns , des parlers ruraux ,
miné le peuplement ou le repeuplement de centres cita-
des parlers villageois , des parlers montagnards . Il ar -
dins et de campagnes avoisina n tes par des éléments noma-
rivera aussi de noter qu ' il s'agit de parlers musulmans
des ; de telle sorte que , entre les parlers sédentaires
ou de parlers juifs , de langage des hommes et de langage
et les parlers bédouins , existent des parlers intermé-
des femmes (qui est généralement plus archaïsant) .
diaires dont les caractéristiques procèdent des deux ty-
pes mélangés. 2. Les quatre pays politiquement distincts qui
constituent le Maghreb o~t-ils des personnalités dialec-
Si l ' on compare les parlers sédentaires et les
tales bien définies 7 Il est difficile de répondre à
parlers bédouins à l ' arabe ancien , à un état de la la11-
cette question, parce qu e chacun d ' entre eux pose un
gue ancienne voisin de l ' arabe classique , on constate
problème particulier.
que les parlers bédouins sont généralement plus conserva -
teurs , et les parlers sédentaires plus novateurs . Cela La Libye se présen te comme un ensemble relati -
est vrai pour les sons (consonnes , voyelles , diphtongues\ vement homogène. Elle est caractérisée par des traits
dans une certaine mesure pour les formes, et aussi pour bédouins marqués au coin d ' un conservatisme assez remar -
les usages syntaxiques. Mais ce n ' est pas toujours vrai quable. Certains des rares centres urbains qui s ' y
pour le vocabulaire , car les parlers sédentaires offrent trouve n t (Tripoli notamment) usent de par l ers sédentai -
parfois des spécimens de mots d'une antiquité vénérable res , mais ils ont pa r fois subi u n e forte influence des
fidèlement conservés , qui sont ailleurs perdus. Aussi parlers bédouins. Le conservatisme libyen s ' étend jus -
bien la notion de parlers conservateurs et de parlers qu ' aux parlers du Sud tunisien et de l'Est saharien .
novateurs (ou évolués) doit- elle être appréciée avec La Tunisie est plus complexe. C ' est, on l'a
circonspection. souvent observé , une terre de transition. Nombreux sont
On constate d ' autre part que, à l ' intérieur les aspects conservateurs qui la rapprochent de la Libye ,
d ' une tribu nomade , ou d'un ensemble de tribus nomades notamment dans l'aire des parlers bédouins , mais aussi
sans doute de même origine , et auxquelles des circons- dans l ' aire des parlers villageois . Les centres urbains
tances sociologiques , économiques et historiques ont sont en Tunisie nombreux et anciens. L ' influence exer-
maintenu une certaine unité , le parler bédouin apparaît cée par Tunis fait que partout , dans ce pays , de dimen -
généralement unifié et homogène . r.1ais il est , évidemment, sions en somme réduites , on comprend et on peut u ser du
x
XI

dialecte de la capitale . Parler tunisien, c'est généra-


vieux citadins maures , s'est estompé. Le prodigieux dé-
lement parler tunisois .
veloppement de la vie urbaine a provoqué dans . la capi-
L ' Algérie , c'est tout autre chose . La dimen - tale la concentration d ' un peuplement considérable , très
sion est immense, le cloisonnage géographique extrême, hétérogène , et souvent non-arabe. Le parler arabe qui y
le passé historique extraordinairement c o mplexe, fait est actuellement en usage est en pleine mutation. Il
d'écartèlements et de rapprochements ininterrompus jus- est difficile de parler de dialecte algérois . - L ' Cra-
qu'au début de XXe siècle. On ne peut pas dire qU'il nais, dans sa majeure partie , est terre bédouine , avec
existe un dialecte algérien . A peine peut- on parler de des parlers qui diffèrent sensiblement des parlers bé-
dialectes qui correspondent aux vieilles provinces du douins de l ' Algérois , excepté dans les régions orienta-
Constantinois, de l'Algérois, et de l'Oranais. - Le les , où ils se mêlent et s e superposent à eux . Mais il
Constantinois , dans sa partie orientale , s'apparente aux est un centre urbain dont le passé historique est véné-
parlers tunisiens : bédouin, dans les régions sahariennes rable , et dont l'éclat a été prestigieux , c ' est Tlemcen
et même septentrionales (à La Calle on parle presque com- le parler en est citadin , comme un îlot perdu dans une
me à Tabarka) , sédentaire à Constantine, Guelma . Dans mer bédouine. Il possède des caractères originaux qui,
le Nord-Ouest , proche de la Petite Kabylie berbérophone , pour certains , s ' apparentent à ceux des villes marocai-
a cours un parler original , archaïque , de vieille cité , nes . Au Nord- Ouest de l'Oranie se trouve Nédroma , qui
avec ses abords villageois: Djidjelli . Dans le Centre use d ' un parler citadin qui rappelle, à certains égards,
et dans les régions occidentales, il y a partout des celui de Djidjelli , dans le Nord constantinois .
parlers bédouins qui se ~a'pprochent un peu de ceux , bé-
Le Maroc comprend , lui aussi , des parlers bé-
douins aussi , de l'Algérois ~ mais qui s'en distinguen t .
douins. Ce sont ceux des populations des plaines et des
S ' il était un dialecte du Constantinois , ce serait le
plateaux : plaines atlantiques , plateaux du Maroc orien -
parler de Constantine, avec des traits de ressemblan ce
tal . Ce sont aussi ceux des villes relativement récen-
avec le tunisois . - L'Algérois , depuis le Sahara jus -
tes, comme Casablanca , Mogador . Le type dialectal en
qu ' au Tell , est terre nomade ou semi-nomade : deux types
semble assez proche de celui des bédouins de l ' Oranie
de parlers bédouins se partagent ces vastes espaces, l'un
occidentale . Mais le Maroc compte aussi nombre de villes
au Nord , l'autre au Sud , et ils sont sensiblement diffé-
importantes et anciennes , dont les parlers sont citadins:
renciés . Quant aux cités , elles sont éloignées les unes
telles Fès , Rabat, Salé , Taza , Tanger , Tétouan . Les par-
des autres dans l'Algérois , et fort inégalement ancien-
lers de ces cités marocaines présentent entre eux des
nes. Les unes sont littorales , comme Alger , Cherchell ,
différences , mais ils ont aussi , en commun , des traits
Dellys ; les autres intérieures , comme Médéa , Blida ,
homogènes et généralement typiques. La partie septen-
Milian a , Vieux- Ténès . On y use de parlers sédentaires,
trionale du Maroc, au Nord de Fès et au Nord de Taza ,
mais ils ont tous subi de multiples influences lin gu is-
qu ' on appelle le pays des Jbalas, est l ' aire des parlers
tiques . Le dialecte de Cherchell est assez bien co n ser-
montagnardS . Ils sont de type marocain aussi , mais of-
vé . Mais celui d ' Alger, tel qU ' il était parlé par les
frent des traits de ressemblance avec les parlers des
XII XIII

Traras oranais (Nédroma) et du Nord constantinois (Dji - part d ' interlocuteurs " dialectalement différenciés" , une
djelli) . Les parlers marocains , dans leur ensemble, recherche permanente des points qui leur sont communs ,
présentent un caractère assez unitaire. Et on peut dire , dans les mots du vocabulaire d ' abord , et , ce qui est
grosso modo, que parler marocain , c ' est parler l ' arabe plus difficile , dans les formes grammaticales ; et, cor-
de Rabat , surtout celui de Fès , centre dont le rayonn e - rélati vement, un souci constant d ' éliminer de leurs pro-
ment a été éclatant et le demeure. pos les faits de leur dialectalisme trop particulier .
Il s ' agit en somme de jeter une " passerelle " linguisti -
x que . Il semble que ce soit chose plus facile chez les
x x citadins que chez les ruraux et. les bédouins. Cela
tient au fait que les habitants des villes ont une pro-
Au terme de cet exposé schématique sur la v ar ié - pen sion naturelle à nou er et à entretenir des échanges
té des parlers qui forment l ' ensemble dialectal appelé sociaux et à ouvrir leurs fenêtres sur J. ' extérieur. Ce-
arabe maghrébin , on fera deux observations . la tient aussi au fait que le niveau de culture a rabe
est chez eux plus élevé , et qu'un lettré ou demi - lettré
L ' une a trait à la distance linguistique qui
aràbe possède à un plus haut degré le sentiment de ce
pe u t séparer des parlers de types très différenciés .
qu ' est le patrimoine commun de la langue arabe , tant
Elle peut être très considérable : au point d ' engendrer
dans les sons que dans les formes , que dans les construc-
l ' incompréhension de deux interlocuteurs . Ainsi en se -
tions de phrases, et dans le vocabulaire . C ' est ainsi
rait - il dans le cas d ' un pasteur du Nefzaoua (Sud tuni -
que , de l ' usage de la langue des citadins , d ' un centre
sien) qui voudrait s'entretenir avec un cultivateur des
u r bain à l ' autre , s ' étendant de proche en proche jus -
abords de Djidje l li (Nord- Ouest constantinois) ; dans le
qu ' aux régions plus lointaines, peut naître ce qu ' o n ap -
cas d ' une juive de Tlemcen avec une paysanne du Sud
pelle une koinè , c ' est- à - dire un idiome commun . Aussi
con stantin ois ; dans le cas d ' un tangérois avec un saha-
bien peut- on con stater qu ' un commerçant d ' Alger ou de
rien des steppes algéroises. Cette distance linguisti -
Tlemcen peut aisément , en utilisant un arabe parlé " pas -
que peu t être moindre et ne causer que de la gêne dans
se- partout ", faire des voyag es d ' affaires à Fès ou à Tu -
la compréhension . La diversité du vocabulaire , ou les
nis ; et réciproquement.
divergences sémantiques d ' un seul et même mot employé
ici avec tel sens , là avec tel autre . risquent souvent
x
de décon certer , ou de créer des méprises , ou de faire ri-
x x
re (te l le mot gandüz qui peut vouloir dire "veau" ou
"étudiant" selon les lieux) .
Mettre à la disposition de qui veut s'initier à
L ' autre observation , qui contredit en apparence la langue arabe en usage au Maghreb , ou de qui désire se
la précédente , vise les possibilités de compréhension pe r fectionner dans sa pratique , un instrument de travail
entre arabophones dont les parlers propres sont éloignés. qui définit schématiquement les cadres grammaticaux , et
Des échanges intelligibles , sinon aisés , exigent , de la qui s'efforce de dégager les emplois les plus usuels et
XIV

les mieux compris, tel est le dessein essentiel de cette


ESquisse . La connaissance des variations dialectales
n'y répond pas à une préoccupation savante . Elle semble
simplement indispensable à la compréhension, sur quelque ABREVIATIONS
point de l'Afrique du Nord qu'on se trouve , de ce qu'on
peut appeler les "équivalences" d'un langage diversifié.
Mais il demeure que , seul , l'usage familier d'un parler
acc. accompli
dans un lieu donné peut en donner progressivement la
adv. adverbe
maîtrise, et y faire acquérir un sentiment profond de la
anc. ancien
langue. C 'est ce sentiment , surtout s ' il repose sur de
cf. confer
solides bases d'arabe classique, qui permet alors d'opé -
cl. classique
rer les transpositions recherchées d'un parler à l'au-
conj. conjonction
tre, et d'user avec aisance d'un idiome partout accessi-
cons. consonne
ble.
di al. dialectal
dim. diminutif
dipht. diphtongue
etc. et caetera
fém. féminin
imp. imparfait
inacc. inaccompli
inf. infra
masc. masculin
pf. parfai t
part. participe
pl. pluriel
prép. préposition
prés. présent
rad. radical
rsp. respecti vement
sg. singulier
s uff. suffixe
sup . supra
var. variante
voy. voyelle
PHONETIQUE

La phonétique a pour objet l'étude des sons ,


ou phonèmes , du langage .

L 'ex posé du matériel des sons de l'arabe


maghrébin établira avant toute chose la correspondance
graphique entre les lettres de l'alphabet arabe et les
caractères de la transcription phonétique q u' on a adop -
tée dans cet ouvrage .

Le principe de la transcription réside dans la


représentation d 'un son par un signe et plus précisé-
ment d 'un seul son par un seul signe mais ce signe
peut comporter des indices complémentaires qui le parti-
cularisent. On appelle généralement ces signes , complé-
tés ou n on , "caractères diacrités".

Le système de transcription qu ' on utilise ici


est simplifié à la limite du possible . Il va de soi
qu'une image exacte de l'articulation des sons et de
l'impression auditive qu ' ils donnent exigerait , pour
être fidèle et rigoureuse, une représentation graphique
infiniment plus riche et plus nuancée.

Aussi bien l'écrit, quand il s 'agit d'idiomes


qui ne sont que parlés , ne saurait remplacer la bouche
qui articule et l'oreille qui entend . La repr ésentation
graphique, nécessairement conventionnelle, n'est donc
qU ' un pis-aller, mais elle est indispensable.
_ 3_

Le classemen t phon é t iqu e des sons , définis par


les points et les modes d'articulation qui les caracté-
risent , peu t être résumé dans le tableau suivant , qui va
d'ailleurs faire apparaltre des signes nouveaux:
A. INVENTAIRE DES SONS

al s:~~:!~!!!!!:~
...'v" 'v" ~
e c
Le tableau de correspondance des lettres ara- '" 0 ~

z''""
C
0
bes et des signes du système de transcription est exposé '"
dans l'ordre traditionnel de l'alphabet arabe. 'v" .... .
~ 'C ,. ~
..,
1 p alif, harnza a j:> dad d
~
...."V
c
0
C
0
~ > 'C ,
N .N
'" ... ~
'cr>

P '"
Y ba b ta ~
....0.'" 'C'v"
~

ta t .b da d <Il ~ ... .... , "'. ..c. ..c


'" ""
0 ~
,C>

""
~

0
0 ta t éayn t.
G
.-
gayn 9 "v ./
C jIm j E.
">V
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Note - Tout au long de cet ouvrage, les signes et les <Xl ..:l Cl H a. > a. ..:0

mots présentés en transcription figurent soulignés.


4 5

Il est, on le voit, trois modes d'articulation On observe au reste que l'emphase, mode d'ar-
que la transcription traduit par des signes complémen- ticulation très originale, propre à l'arabe, comportant
taires placés au-dessus ou au -de ssous du signe principal: un effort musculaire localisé vers les régions postéri-
- le point souseri t, qui marque l'emphase : t, 2.., 2, ~t eures de la cavité buccale (racine de la langue, pha-
l, .I. ; étendu, par approximation, à ..t (un ~ "angoissé"); rynx), caractérise des sons d'une façon constante: t ~

- le trait souscrit, qui marque la spirantisation : t,


=
~ i ; mais peut atteindre aussi des sons d'une façon oc-
g, i ;
~ étant le th anglais de thing ; et ct le th an- casionnelle . On dit alors que ces derniers ne sont pas
glais de this ; emphatiques , mais emphatisés. Ce sont essentiellement,
le chevron suscrit, qui marque la chuintisation ~t 1; on vient de le voir, l !' r F. Mais dans nombre de par-
5 équivalant au ch français de chien ; e t ! étant géné- lers, l'emphatisation-p;ut-s~étendre à z ~~ b Pt m ~, D
ralement représenté, en graphie simplifiée , par j. ~, k ~, g~. L'emphatisation se propage volontiers à
]l'intérieur d'un mot d'une radicale à l'autre: c'est ce
Il est, en outre , deux signes complémentaires
qu'on appelle la "contamination d'emphase".
qui caractérisent deux sons particuliers :
- le point suscrit de ~t qui est un ~ non roulé, mais Il est enfin d'autres sons "nouveaux lI , qui ne
fortement grasseyé (souvent représenté ailleurs par figurent pas dans le tableau qui précède. Ce sont
S
gh) ; - t qui représente une articulation dite "affriquée" de
- la demi-lune souscrite de n, qui est le achlaut germa- !:- ;
nique ou la jota espagnole (souvent représenté ail- - t§, souvent noté ~, qui représente soit ur. son étran-
leurs par kh). ger à l'arabe dans des mots d'emprunt, soit une vari-
ante de k ;
Quant aux sons nouveaux, on n'a noté dans le ~ -
- k Y, L, variantes "affriquées" de k
tableau ci-dessus que
- gY, variante "affriquée" de 9 ;
7 ~ et ~, qui sont étrangers à l'arabe, mais peuvent fi-
gurer dans des prononciations altérées, ou dans des
-~, souvent noté ~ , qui constitue une variante de i(i).
mots d'emprunt
9, qui est l'articulation occlusive de ~, propre à
certains parlers qui ne prononcent pas les spirantes On doit distinguer les voyelles d'après leur
interdentales ; durée (ou quantité) et d'après leur timbre.
-~, qui est l'articulation vélaire de ~, qu'on trouve Trois quantités essentielles:
éventuellement devant ~, ~, ~ ; - la longue, indiquée par un trait suscrit a
g, qui apparaît d'une façon courante en substitution la mi-longue, sans notation propre : ~ ;
de ~ ; la brève, notée par la demi-lune suscrite a.
l et . .r, qui sont les articu lations emphatiques de l et
Trois timbres essentiels
r.
- ~, fat~a en voyelle brève, alif en voyelle longue, de
6 7

l'arabe classique; qui en assurent la conservation (essentiellement~ , 6


~, gamma en voyelle brève, waw en voyelle longue, de parfois les emphatiques). Sinon, la voye11e~, qui
l'arabe classique; est une voyelle ouverte, tend à se fermer, et, par ac-
~, kasra en voyelle brève, ya en voyelle longue, de commodation, à prendre le timbre ~ devant W ~, et ~
l'arabe classique. devant X : i!y-
On notera en outre des voyelles en quelque - à premier élément long, qui peut être ~ , ~, ~ aw , ~;

sorte intermédiaires :
- 9Y
QW, - ; - -
~w, ~y. On peut rencontrer aussi des diph-
.2., qui est un u dont le timbre est "assombri" (entre u tongues üa, Ia, mais elles sont infiniment plus rares,
et .2.) ; et particulièrement instabl~s, le premier élément pre-

- nant volontiers une articulation de semi-voyelle : wa,


..!..' qui est un i dont le timbre est "assombri" (entre i
et é) ; Yi! -
- ~t .::..- renversé, qui est une voyelle toujours brève, dont
le timbre est incolore (assez proche de l'e muet fran-
çais) _

Ont été rangés dans le tableau des consonnes


les sons w et ~, qui sont en fait des semi -voyelles ;
elles peuvent connaître une articulation consonantique
- ~, comme dans watt,
- "i, comme dans .yacht
et une articulation vocalique
- ~, prononcé comme le ou français,
- i.

Elles combinent deux éléments consécutifs


voyelle + voyelle. Le deuxième élément est le plus sou-
vent u ou i : il est généralement articulé en semi-
voyelle: !!J y. C'est ainsi qu'on le notera. On dis-
tingue deux types de diphtongues , selon que le premier
élément est bref ou long
à premier élément bref ~w, ay . La voyelle ne demeu-
re avec son timbre pur que consécutive à des consonnes
8 9

l'articulation interdentale, mais on en note la con-


B. REPARTITION DIALECTALE DES SONS servation dans des cités algériennes comme le vieux
Ténès, Cherchell, Dellys, Constantine; et Tunis, le
Une telle répartition ne peut être que très Cap Bon. A Miliana, Blida, Médéa, Alger, on entend
schématique, parce que les variations sont souvent con- tout à la fois l'articulation interdentale et l'arti-
sidérables et diverses d'un parler à l'autre, et même culation occlusive : la situation est flottante.
parfois à l'intérieur d'un même parler. On n'en dira - de l'interdentale ~ : elle est l'héritière des anciens
que l'essentiel. dad et da confondus. L'articulation interdenta-
~

le est conservée dans les parlers où celle de ct et t


a) Consonnes s'est maintenue. Ailleurs c'est l'articulation occlu-
Les variations les plus remarquables sont si ve ~; mais il arrive parfois, dans des parlers mon-
celles tagnards comme ceux du Nord marocain (Nord Taza), du
de la dentale ~ qui est articulée avec affrication Nord oranais (Traras), du Nord constantinois (Djidjel-
S li), et pour certains mots, que ce ne soit pas l'oc_
t , plus rarement th, dans un grand nombre de parlers
citadins et ruraux: au Maroc d'une façon générale clusive sonore 5!., mais . l'occlusive sourde ..t qui repré-
(sauf à Marrakech), en Algérie (Tlemcen, Nédroma, Al- sente d.
ger, Dellys, Djidjelli, Constantine>, sporadiquement de la chuintante l(!> : elle est prononcée en chuin-
dans de petits centres sahariens comme Touggourt (Sud tante "simple" au Maroc, en Tunisie, en Libye. En Al-
constantinois), Beni Abbès (Sud oranais) ; et parfois gérie, la situation est complexe. La chuintante y est
en Libye, comme à Tripoli. L'affrication est souvent articulée avec, à l'initiale, un élément dental~
tellement forte (à Fès, Tlemcen par exemple, surtout formant un son complexe ~ (souvent noté j), dans les
dans les milieux féminins) que l'audition rapide de t S parlers citadins et ruraux de Tlemcen, Ténès, Cher-
donne l'impression d'un s. chell, Médéa, Miliana, Blida, Alger, Dellys, Mila et
Partout ailleurs, c'est t sans altération. Constantine ; ainsi que dans les parlers bédouins des

des interdentales ! et &. Dans nombre de parlers, plaines et des hauts plateaux du Centre et de l'ouest

l'articulation interdentale est perdue, et~, ~ sont algérien, suivant une large bande longitudinale allant

confondus avec t, d (t rejoignant l'articulation affri- de Constantine jusqu'à Oran: un ensemble bédouin plu-
quée de ~en tS~ dans-les parlers où on la constate). tôt septentrional. La prononciation 11 en Algérie,

Les parlers bédouins ont, dans leur ensemble, gardé est celle des parlers bédouins du Sud constantinois,

les interdentales, à quelques exceptions près, comme algérois et oranais, des régions présahariennes et
sahariennes : un ensemble bédouin plutôt méridional et
celui de Touggourt (Sud constantinois), de la région
de Ghardaia (Sud algérois), ceux des bourgs sédentai- oriental. C'est aussi celle des parlers ruraux du
Nord-Est constantinois, de la Kabylie orientale (Dji-
res de Libye (le Châti dans le Fezzan, Tripoli). Les
djelli) et du Nord oranais (Traras).
parlers citadins et ruraux n'ont généralement pas
10 11

- des sifflantes et chuintantes !!..' ~t ~ et i, L.:


elles on l'a dit; il se distingue parfois mal du ~ altéré
se confondent souvent dans les parlers Juifs du dont on vient de parler, lorsqu'il est non roulé, mais
Maghreb en un son intermédiaire entre 5 et S pour la grasseyé. Il est très important de souligner que les
sourde, z et j pour la sonore. parlers sahariens connaissent couramment la mutation

de la palatale roulée r : elle est plus ou moins rou- de 9 en 9.., depuis le Sud o ranais jusqu'à la Libye; et
lée suivant les parlers, suivant les milieux (mascu- que certains parlers bédouins des régions présaharien-

lins ou féminins), suivant qU'elle est ou non emphati- nes et des Hauts plateaux d'Algérie n'ignorent pas non

que (voir plus haut). Mais il arrive que l'articula- plus cette mutation.

tion en soit, non roulée, mais grasseyée (en uvulaire). _ de la vélaire q : elle peut ~tre articulée vélaire,
C'est une "maladie articulatoire" du r qui semble ty- mais aussi plus profondément que vélaire, dans une
piquement citadine. Elle est propre aux parlers juifs. zone d'articulation gutturale. Il est des parlers qui
Elle est fréquente dans les parlers musulmans de Fès, ne peuvent absolument pas l'articuler, ni vélaire ni
Tlemcen, Nédroma, Cherchell, Djidjelli, et n'est pas gutturale : des parlers juifs et de vieux parlers mu-
rare à Tunis. sulmans citadins . Les un s lui substituent une attaque

de la postpal,-.tale sourde k : elle connaît des altéra- vocalique proche du haR\za ~ ainsi en est-il au Maroc,

tions dans les parlers montagnards du Nord marocain à Fès notamment, mais aussi à Rabat, Tétouan, Tanger
(région de Taza, de l'Ouargha), du Nord oranais (Tra- en Algérie, à Tlemcen, à Alger-juif. Ailleurs, dans

ras), du Nord constantinois (Djidjelli) : soit une d'autres parlers juifs et à Djidjelli, .s.. est altéré en

mouillure de ~ en k Y, soit une affrication en~, soit


un k postérieur (qu'on peut noter ~) qui se distingue
très bien à l'audition du k postpalatal. On a vu ci-
une mutation en ts (parfois transcrit C). On observe
dessus que q pouvait apparaître en substitution de ~,
d'autre part qu'en Libye le pronom suffixe -k de la
dans des parlers bédouins méridionaux.
deuxième personne du singulier peut connaître une op-
position k (sans altération) pour le masculin, et ~ - du~, ou attaque vocalique, ou détente glottale ~ •
(avec articulation spirante qu'on peut noter k) pour Il a généralement disparu au Maghreb, en tant que pho-
le féminin. nème constitutif de racine, et comme élément formatif
de dérivation. Mais il arrive qu'il soit conservé ou
de la postpalatale sonore g : elle apparaît dans les
restitué dans des mots du langage relevé, ou d'emprunt
parlers bédouins du Maghreb en substitution de q (ex-
à la langue classique. On le trouve encore dans des
cepté, parfois, dans des mots de la langue savante ou
exclamations ou interjections. On vient de voir qu'on
religieuse). Il arrive, dans des parlers montagnards
pouvait distinguer une manière de hamza dans le pho-
du Nord marocain, du Nord oranais et du Nord constan-
nème de substitution à ~t dans les parlers où q n'est
tinois, que g s'altère, par mouillure, en gY ; et même
pas articulé.
jusqu'à devenir y.

de la vélaire g. C'est un r très fortement grasseyé,


12 13

Mais il n'en est pas de même dans tous les


h) :!~i'~g~~ parlers. Tant s'en faut. On peut dire, d'une façon
sChématique, que le vocalisme bref se délabre de façon
On peut considérer grosso modo que la pureté
croissante d'Est en Ouest. Il se présente dans un état
du timbre dépend de la durée des voyelles. Plus elles
de relative conservation dans les parlers de Libye et de
sont longues, plus elles sont pures. Plus elles sont
Tunisie, ainsi que dans les parlers bédouins. En Algé-
brèves, plus elles risquent d'avoir un timbre décoloré,
rie, la perte de la substance vocalique et du timbre
jusqu'à devenir incolores. Il est un autre facteur qui
s'aggrave de Constantine à Tlemcen . Et c'est dans les
joue sur le timbre vocalique: c'est l'influence colo-
parlers ruraux du Nord constan~inois (Kabylie orientale,
rante que peuvent exercer les consonnes sur les voyelles
Djidjelli), et du Nord oranais (Traras, Nédroma), enfin
qui leur sont contiguës. Il est des consonnes plus ou
et surtout au Maroc que le délabrement est le plus carac-
moins indifférentes, comme t, t, d, d, j, z, St -~, 1, b,
-
--=---=- - - - - - - térisé.
~,Q- I l en est qui exerce un effet "ouvrant", comme .2,.,
h, ~, ~, --=:'
favorisant le timbre .~. Il en est qui "as- D' un ensemble dialectal d'une grande complexi-
sombrisse" le timbre, en donnant à la voyelle une colo- té on ne prendra que quelques exemples :
ration "postérieure", comme les emphatiques et les em- - la plupart des verbes sourds connaissent une alter-
phatisées : à leur contact, ~ devient intermédiaire entre nance vocalique de la voyelle radicale : ~ à l'accom-
a et~, u passe à 2,., et i à ~ . pli , ~ ou i à l'inaccompli et à l'impératif. Elle est
conservée dans les parlers bédouins et ceux du Maghreb
Compte tenu de ce~ observations qui valent
oriental. Ainsi ;-add-if9dd "rendre, renvoyer" raddu
pour l'ensemble dialectal, on constate que les parlers --
' --
"il l'a renvoyé", f'9ddu "renvoie-le"; E.azz-iE.~zz "ché-
maghrébins sont caractérisés par une ruine considérable
rir" : éazzu "il l'a chéri", ~zzu "chéris-le". Cette
du matériel vocalique : le vocalisme long est solide,
alternance vocalique est abolie ailleurs, et les deux
mais le vocalisme bref est fragile. Cela veut dire que
formes sont confondues en une seule : raddu, E.~zzu.
les éléments du vocabulaire dialectal qui peuvent être
rapportés à des prototypes de l'arabe ancien présentent - l'opposition actif/passif du verbe en arabe ancien,
une perte très sensible du vocalisme bref, qui se tra- réalisée par la variation de timbre vocalique , s'est
duit maintenue dans un certain nombre de verbes dans les
d'une part, par une disparition de voyelles brèves, parlers du Sud tunisien, quelquefois dans des parlers
dont ne subsistent, dans les parlers les plus évolués, bédouins du Sud algérien et de Libye . Ainsi bdac "il
que celles qui sont indispensables à l'articulation a trahi" hdat. "il a été trahi" ; srag "il a volé",
.~

des groupes de conson n es formant syllabe ; srag "il a été volé". La totalité des autres parlers
d'autre part, par un nivellement du timbre des voyelles maghrébins ignorent ces formes passives.
brèves qui subsistent : elles tendent à devenir inco- - des parlers du Sud tunisien et de Libye distinguent
lores, ou à n'avoir que la coloration de timbre qu'el- habituellement darbak "il t'a frappé (toi homme)" de
les tiennent des consonnes environnantes. darbëk
"T • • _ "il t'a ;r~ppée (toi femme)" ; kalbak "ton chien
14 15

(à toi homme)" de kalb~~ "ton chien (à toi femme)", Fezzan, l'~ atteint très fortement le ~ final, le
distinction inconcevable ailleurs au Mag hreb. faisant passer à ~ : msa "il est parti" ) ms~ ; nsa
des éléments de vocabulaire sont différenciés par le "femmes l l ) ns~ (excepté quand la consonne qui précède
seul timbre vocalique dans les parlers du Maghreb exerce une influence "postérieure" ou emphatique : bqa
oriental et dans les parlers bédouins. Ainsi qalla "il est demeuré", ,qfa "il a lu").
"il a fait frire", q~11a l'petite quantité, manque".
Ils sont ailleurs confondus en qalla. Dans tels par- cl !2!E~!:~~g:~~:!
lers du Nord constantinois, qella signifie aussi "gar- La situation des diphtongues dans les parlers
goulette'l, qui, ailleurs, sera différencié par sa arabes maghrébins est extrêmement complexe, tant du
voyelle ~ : qulla (gç.llal. pont de vue synchronique que du point de vue diachroni- "
De très nombreux exemples de ces oppositions que. Elle est, en outre, mouvante et instable, et sus-
vocaliques, différenciant des formes et des mots, pour- ceptible de varier de l'un à l'autre, avec une extrême
raient encore être cités. Tous font ressortir que cer- facilité.
tains parlers, qu'on peut réellement appeler "conserva- On distinguera les diphtongues à premier élé-
teurs", ont gardé un sentiment très vif et très fin de ment bref et les diphtongues à premier élément long.
variations de timbre héritées d'un état ancien: senti-
ment qui, en d'autres parlers, apparaît plus flou, es-
@- Pour ce qui est des diphtongues à premier élé-
ment bref, il convient, avant tout, de souligner le fait
tompé, quand il n'a pas complètement disparu.
que, dans tous les parlers, la présence d'une consonne
Reste un trait du vocalisme à souligner "ouvrante" (et €.. semble la plus caractéristique) précé-
l'imala, phénomène de mutation de timbre (appelé aussi dant le groupe diphtonique est de nature à le conserver,
---
apophonie) qui fait "pencher" la voyelle a vers i. Il et à garder la pureté du timbre a au premier élément.
apparalt dans divers parlers maghrébins de façon inégale, Ainsi eawd "cheval" et "morceau de bois",
en position initiale, médiale, finale, toutes les fois .!.ayn "oeil" et "source l l •
que le consonantisme radical n'exerce pas d'influence
Il convient ensuite de traiter séparément des
colorante "postérieure l l ou emphatique : le a, long ou
diphtongues dont l'élément semi-voyelle est redoublé (ou
bref, tend alors vers ~, prenant un timbre proche de ~
géminé) et des diphtongues où cet élément n'est pas re-
français. Mais ce phénomène se manifeste avec plus d'in-
doublé. Soit qww, ~yy d'une part, et QW, ~y d'autre
tensité qU'ailleurs dans les parlers du Maghreb oriental.
part.
Dans les parlers bédouins du centre de la Tuni-
Dans les premières, le complexe diphtonique se
sie, on constate une imala qui est variable mais bien
maintient plus volontiers, et cela dans tous les parlers;
caractérisée, du a intérieur du mot. Dans les parlers
et d'autant mieux que la consonne qui le précède exerce
villageois du Sahel tunisien, et aussi dans ceux du Sud
une influence "ouvrante" ou une influence "postérieure".
tunisien (Gabès, Nefzaoua), de l'Est saharien et du
Ainsi éawwâj "il a tordu", !jQwwab "il a dress~", "il a
16 17

confectionné" , cl. bayt, dial. bIt "chambre, demeure"


éB,yyan "il a fixé, déterminé!!, ~g~yyar II pe tiot". encore que, dans nombre de milieux féminins, plus con-
servateurs, le langage ait opté pour la réduction par-
Mais il est fréquent aussi, à l'inverse, notam-
tielle : 19n, bit. Bien entendu, avec environnement con-
ment quand la consonne qui précède le complexe diphtoni-
sonantique "colorant", c'est généralement partout 9, ~:
que n'exerce pas d'influence "colorante" caractérisée,
som "jeune", gëf "hôte".
.-:.....&..-- ~
que le timbre du premier élément s'accommode à la semi-
voyelle consécutive : uww, ryy ; en sorte que le com- Dans les parlers de bédouins en général, dans
- - -- les parlers des ruraux tunisiens, et dans ceux de Libye,
plexe peut perdre son caractère diphtonique de timbre
différencié, et peut être tout aussi bien représenté par la situation apparalt particulièrement confuse, selon
la graphie ûw, Iy. Ainsi les parlers et, même, dans un parler donné, selon les
jüwwaz (jüw~z) "il a fait passer ll , milieux,allant jusqu'à varier selon les individus. Ce
sl.yyabni (sIyabni) "lâche-moi ll

n'est jamais réduction totale d, ~, .!. ; mais hésitation
entre conservation di ph tonique ~w, ~y et réduction par-
En ce qui concerne les diphtongues dont l'élé-
tielle 9, ~ ; les milieux féminins optant souvent pour
ment semi -voyelle n'est pas géminé, on envisagera deux
la premiè~ solution. Mais, là encore, l'environnement
possibilités
consonantique peut jouer son rôle, favorisant l'état
la conservation de la diphtongue qw , fï diphtonique : ~Qwm "jeûne" (plutôt que ~9m) , !?~yf "été"
- la contraction des deux éléments en un seul ; propre-
(plutôt que sëf).
ment la conversion de l'état di ph tonique à l'état voca- -'-'-
lique : la diphtongue se muant en voyelle longue. @- Les diphtongues à ·premier élément long ne sont
pas d'origine ancienne. Elles résultent habituellement
Cette conversion peut s'opérer soit avec con-
de mutation de caractère phonétique, ou de création de
servation d'un timbre "assombri" témoin de l'état diph-
caractère morphologique ; à moins que , dans quelques cas
tonique premier : .,2., i (qui ne doi t pas être confondu
rares, elles ne se trouvent dans des mots d'emprunt.
avec le timbre "assombri" qui résulte de l'influence co-
lorante éventuelle d'un environnement consonantique) Au premier type appartiennent des formes comme
soit avec adoption d'un timbre pur : ~,r. On dira que, é..awnu "ils ont aidé" , où le deuxième élément provient
dans le premier cas, il y a réduction partielle de la d'une semi-voyelle originellement suivie d'une voyelle
diphtongue ; et, dans le deuxième cas, réduction totale brève, dont l'état syllabique a provoqué la chute (cl.
de la diphtongue. e:..awanü) ; ou la-Yli "qu' il ne vienne pas" (cl. la yajr");
ou comme dayr "tournant, disposé en rond", où le deuxiè-
Qu 'en est-il dans les divers parlers maghré-
me élément représente un hamza vocalisé en ~ (cl. ~).
bins ?
Au deuxième type appartiennent des formes com-
Dans les parlers citadins et rur aux, il y a
me ~ "ils ont oublié", représentant un dialectal nsa
généralement réduction totale :
+ u (u indice du pluriel), irabb~w "ils éduquent", repré-
cl. lawn, dial. lûn "couleur, espèce",
18 19

sentant un dialectal irabb~ + u Cu indice du pluriel) fluence "postérieure". Il ne se produit pas lorsque
ou encore comme le marocain bOYdën "blancs" refonte la voyelle ~ cesse d'être en finale absolue : nsah "ses
2 3 "" •
dialectale en R1U'R R In d'un pluriel de noms de "cou- femmes (à lui)".
leurs et difformit's· Crac. byd). - celle qu'on peut relever dans nombre de parlers bé-
--1'-

Ces diphtongues ne sont pas toujours stables, douins dans le cas des voyelles ~, l, qui sont suivies
car i l arrive que le deuxième élément soit, dans une mu- d'un e ou d'un ~ (phonèmes "ouvrants") : jÜf., jO.E.,
tation provoquée (par l'état syllabique), articulé en jüat.. "faim", rbIt:.-, ~, rbIa!. "printemps".
semi-voyelle suivie de voyelle, en sorte que le complexe - celle qu'on peut remarquer, dans des parlers bédouins,
diphtonique se rompe: ë.awêm "il a aidé", dayar "tour- ceux d'Oranie par exemple, lo;sque la voyelle ~ est
nant, disposé en rond", nsawah "ils ont OUblié;', contiguë à une consonne emphatique : t~n, ~~yn "argile ll
i~abb~w(Jh "ils l'éduquent". L'instabilité est parfois (cl. ~) ; ~fam~t, !FâmI~t "chiffoŒ'.
extrême et peut résulter, dans une mutation spontanée , On rangera aussi parmi les diphtongaisons se-
tout simplement de la rapidité du débit, lent ou accé- condaires les diphtongues qui, dans divers parlers, com-
léré . Ainsi peut-on entendre, dans la même bouche, portent un allongement du premier élément en quelque
daY~:r et daYF ; et aussi yÜmayan et yÜmayn "de'Jx jours", sorte intentionnel, dans le but de sauvegarder un trait
fayan et fayn 1I 0Ù 1".
morphologique caractéristique. Telles sont les formes

Un mot comme tawla "table", d'usage courant kub~ys "petit bélier ll


, diminutif des parlers bédouins
dans l'Est maghrébin (ailleurs ~abla), fournit un exem- d'Algérie (cl. kubays, ailleurs ~, kbëyy~s) ;
ple de diphtongue dans un mot d'emprunt. msëyt "je suis parti" , dans les mêmes parlers (cl.
Y- '1- v "r)
masaytu, ailleurs ms~t, ms~t ;
®- Un mot doit être dit de ce qu'on appelle
- -ayn, indice du duel (cl.-ayni), dans yumayn "deux
"diphtongaison secondaire". C'est l'évolution rigoureu-
-jours" par ex. ;
sement inverse de la réduction de l'état de diphtongue à
-ayn, indice d'adverbe interrogatif (cl.~~yna), dans
l'état de voyelle longue décrite précédemment : une
fayan "où 7" par ex., tous deux précédemment notés, et
voyelle longue se scinde en deux éléments.
usuels dans nombre de parlers citadins et ruraux (ail-
Il est, semble -t-il, plusieurs sortes de diph- leurs yUm~n, yÜm!n ; §, fIn).
tongaisons secondaires
- celle qU ' on observe, par exemple, dans les parlers du
Sud tunisien et dans certains parlers de Libye, lors-
que la voyelle.a, en finale absolue, atteinte d'imâla,
se scinde en deux éléments : --
nsa ' __
nseo. __
nsIa IIfemmes" .
bka, bk~, bkIa "il a pleuré". Un tel phénomène se pro-
duit lorsque l'environnement consonantique (notamment
la Consonne qui précède la voyelle) n'exerce pas d'in-
20 21

yajzi ) yazzi Ifil suffit, assez! ", mtaE..- ) ntae;..


C. COMBINAISONS DE SONS "appartenant à".

C'est tantôt, aussi, le premier élément qui


Les phonèmes qui constituent le radical d'un
agit sur le second :
mot (ainsi que les éléments formatifs qui s'attachent au
n9sf ) nqsl' "moitié, demi", wÇ)st ) WO!?.!? "milieu".
radical du mot, aussi bien que les éléments distincts du
Ainsi en est-il aussi dans le cas du préfixe st- de
mot, mais accolés à lui et formant avec lui un seul mot
la dixième forme ) ss
phonétique) sont susceptibles d'exercer les uns sur les
stanna ) sSanna "attends",
autres de notables influences. Peuvent alors se produi-
ou dans le cas du t infixé de la huitième forme,
re des modifications de phonèmes, qui appartiennent au
lorsqu'il est suivi d'une sifflante
domaine de ce qu'on appelle la "phonétique combinatoire".
stadu ) ssadu "ils ont chassé",
~-
Ces modifications éventuelles sont très nom- d'une chuintante
breuses. Il en est qui sont communes à tous les parlers stka ) sska "il s'est plaint", ztad ) zdad ou zzad
maghrébins, obligatoires ou facultatives. Il en est qui "il est né".
sont particulières à tels ou tels parlers. Quand il
Il arrive aussi que l'interaction de deux pho-
s'agit de certains phonèmes dont le point ou le mode
nèmes contigus aboutit à la naissance d'un phonème
d'articulation sont voisins, on constate que, plus le
nouveau, redoublé :
débi t de la par,o le est rapide, plus nombreuses sont les
dmü€.hum ) dmüh1;lum "leurs larmes", smafha ) smal;1pa
mutations des phonèmes au contact.
"il l'a entendue", wUdjh ) wi:itc "visage" (forme
On n'exposera pas ici le détail de ces muta- usuelle à Alger).
tions. On se contentera de dire que, dans le cas de
b) Phonèmes distants, sont particulièrement fréquentes
a) Phonèmes contigus, c'est tantôt le second phonème qui les mutations qui se produisent dans des mots ou dans
agit sur le premier : des complexes de mots, 'qui comportent des "sonantes"
rqad + t ) rqatt "j'ai dormi", nQwwagtu ) nëwwattu comme ,!, E' ~ et w. Elles consistent en permutations
- ---
"vous avez fait lever", tji ) dji "elle viendra", qU'on appelle "métathèses" ou "interversions"
tZ9~9 ) dZ9-Ç'9 "tu le visiteras", tdüm ) ddüm "elle nt..al "il a maudit" pour lEan, nül "couleur, espèce"
durera l l , fayn-çah ) fay-Ç'-çah "où est-il 7", ma-
--- - -
pour lün, dan fIl "dauphin" pour dalfIn, ranjas
nôaraj-s ) ma-na-hras-s "je ne sortirai pas", iqül- "narcisse" pour na;-ji's, mar-;-awla "par derrière"
Ina ) iq~l-anna "il nous dira". pour mrn-al-wara~.
De telles assimilations se produisent parfois Elles peuvent se produire entre d'autres pho-
entre deux radicales d'un même mot: nèmes que les "sonantes" :
janb ) jamb "côté, flanc", ~ ) zdar ITpoi trine", saqQ9ta "mèche de l'occiput" pour qat~qsa, sôlddaja
dsrsa ) t"SIsa "bouillie d'orge" (cl. jasIsa), "natte de prière" pour sajjada.
22 23

Les phonèmes "liquides" • .! et !!., sont particu- entendre, suivant les parlers
lièrement sujets à des mutations, spontanées ou pro- pour j-ans "espèce", jans, zans, zans, gans ; pour
voquées, qui se manifestent ici et là au Maghreb (et .zuj "deux", zUj, juj, zuz ; pour sams "soleil",
...
sams, ....
sams,Y ...
sarns, s~ms " j ra "
; pour sa arb
re "t 'sa
j ça,
déjà en arabe classique). Ainsi
badanjal "aubergine" pour badanj'an, fanjal litasse" s~jra.

pour. fan jan, l?fafjan "coings" pour ~fafjalt kabran Il y a lieu aussi de signaler des cas possi-
"caporal", gldffi "moutons" pour gnam. bles, fréquents, d' "haplologie", chute d'un phonème ,.
Non moins remarquables sont les mutations qui lorsqu'il est suivi d'un phonème identique. Ai n si
apparaissent dans des mots qui comportent, dans la qut-lu, pour qult-lu "je lui ai dit" ; ma-tkallam-s,
charpente de leurs phonèmes radicaux, la séquence pour ma-tatkalla m-s "ne parle pas tt ; Eal-bab , pour
chuintante + sifflante (1 + z par exemple). Il est El-al-bab "à la porte" .
des parlers
où la séquence se maintient sans changement :
jazzaf "boucher l l , E...jüza "vieille femme" ; ce sont
les parlers citadins et ruraux d'Algérie et les
parlers des nomades du Tell algéri en ;
- où se produit une métathèse : zajjar , ézuj(a) ;
ainsi en est-il dans l' Oranie bédouine et dans le
Sahara algérien
où la sifflante assimile la chuintante: zazzar,
~züza ; c'est ce qu'on entend dans l'E st constanti-
nois, en Tunisie, et, partiellement, en Libye ;
où la chuintante se différencie et passe à 9
gazzar, ~güzat formes habituelles au Maroc .

La différenciation peut parfois opérer une mu-


tation de i à~. Ainsi ,
pour jaz-ijüz "passer" gaz-igüz dans le No rd ma-
rocain, daz-iduz dans le Sud marocain ; ainsi éga-
lement pour le n om de la ville d'Alger, al~jzayr :
ad-dzayr.

Des mutations semblables, plus ou moins capri-


cieuses, ont lieu dans la plupart des mots où figu-
rent les séquences chuintante + sifflante , sifflante
+ chuintante, chuintante + chuintante. Ai nsi peut- on
24 25

syllabique des mots dialectaux, au vocalisme souvent ré-


D. SYLLABE duit, comparés à leurs prototypes anciens, revêt généra-
lement un aspect nouveau, parfois profondément modifié :
Comme on l'a dit au chapitre des Voyelles, les que ce soit le fait de l'évanouissement pur et simple
mots d'arabe maghrébin, lorsqu'on les rapporte aux pro - d'une voyelle; ou que ce soit le fait du déplacement de
totypes anciens dont ils procèdent, présentent une très la voyelle à l'intérieur de la charpente des consonnes.
importante diminution du matériel vocalique . Ce fait
Un tel renouvellement du schème syllabique
frappe, à l'audition, l'oreille de l'arabisant le moins
s 'e st opéré suivant
initié. L'examen attentif le révèle plus complètement.
Cette diminution porte essentiellement sur les voyelles A. ~~~~_!~~~~~~~~_~~~~~~~!~~
brèves : les voyelles de la déclinaison et de la flexion, a) L'une, qui porte à conférer au mot trilitère
d'une façon absolue. Mais aussi une forte proportion nu à vocalisme bref, selon une mutation qu'on appelle
des voyelles qui sont intérieures au radical. 123
communément le "sursaut", un schème syllabique R R vR
Mais cette diminution du vocalisme interne (groupement tout à fait impossible en arabe classique,
n'est pas uniforme dans tous les parlers. Il est des où le mot ne saurait commencer par deux consonnes consé-
parlers qui ne conservent en fait de voyelles que le cutives : quand les deux premières consonnes sont grou-
strict minimum qui permette d'articuler les groupes con- pées , elles sont alors obligatoirement précédées d'une
sonantiques. Il en est d'autres qui en conservent bien voyelle d'attaque , dite "épenthétique", du type de l'im-
davantage. pératif du verbe trilitère sain au thème fondamental,
uktub "écris").
On peut dire d'une façon très générale
I 2 3
- d'une part que la diminution de la substance vocalique Ce schème R R vR est, en arabe maghrébin,
s'accroit d'Est en Ouest , les parlers marocains étant celui de tous les verbes trilitères sains, à la troi-
Ceux où elle apparaît le plus réduite sième personne du masculin singulier de l 'accompli :
d'autre part que cette diminution est plus marquée cl. k5tibi, dial. ktab "il a écrit".
dans les parlers citadins et ruraux, sédentaires, que C 'est également le schème qui prévaut dans la
dans les parlers bédouins. catégorie des noms à vocalisme bref, sans finale a :
Il en est, parmi ces parlers bédouins et du cl. bagl, dial. bgal "mulet" ; cl. ganam, dial. gnam
Maghreb oriental, qui ont une matière vocalique remar- "ovins".
quablement abondante,et dont l'aspect contraste avec Ma is on verra, au chapitre du Nom (B. Thèmes
l'aspect de l'ensemble des autres parlers maghrébins. nominaux du singulier. 1. Types à vocalisme bref), qU'il
On en parlera en annexe, en fin de chapitre. est un certain nombre de facteurs qui peuvent déterminer
La voyelle constituant le centre (le principe la conservation, ou l'adoption, d'un schème R1 vR 2 R3 :
essentiel) de la syllabe, on constate que la structure cl. g1rd, dial. Qard "singe" ; cl. ~, dial. ~
"serpent".
26 27

b) L'autre tendance consiste en la chute (ou ou de l'indice -In (et ses variantes dialectales -~,
l'évanouissement) de la voyelle brève, lorsqu'elle se -~. -ayn) du duel :
trouve placée en syllabe "ouverte". Qu' appelle-t-on shar + In ) sah~In "deux mois",
syllabe ouverte? Une syllabe constituée par une voyel- sbar + In ) sa brIn "deux empans".
le brève suivie d'une consonne qui est elle-même suivie Résultant de cet évanouissement quasi automati-
ct 'une voyelle cvc + v. A l'inverse, une syllabe "fer- que de la voyelle brève en syllabe ouverte, la mutation
mée" comporte une voyelle brève sui vie ct 1 une consonne de la structure syllabique, en somme uniforme dans le
non suivie d'une voyelle cvc ; ou suivie d'une conson- cas de mots monosyllabiques, se révèle plus complexe
ne suivie d'une consonne cvc + c. Lorsque la syllabe dans le cas de mots dissyllabiques ou plurisyllabiques.
comporte une voyelle longue (suivie ou non d'une conson-
Tel est le cas que posent les formes du verbe
ne), elle est nécessairement fermée cv, cvc.
trilitère sain, à l'inaccompli et à l'impératif, à la
De l'impossibilité pour une voyelle brève de deuxième personne du féminin singulier (là où elle est
se maintenir en syllabe o uverte résulte une instabilité en usage), et aux personnes du pluriel:
du schème syllabique, qui est manifeste lorsque la ta~fab + i "tu (toi femme) fraIPeras"t naqtCll + u
flexion morphologique, ou l'adjonction au radical du mot "n~us tuerons", tae.çaf + u Itvous saurez", yaknü~ + u
d'un élément vocalique suffixé, transforme une syllabe "ils balaieront", asmae.. + i "entends (toi femme)",
fermée en syllabe ouverte. aktab + 1L"écrivez".

C'est ce qui se produit quand la forme verbale Ainsi en est-il également des noms de type an-
l 2 3 l 2 3

.
de schème R R vR reçoit les désinences à initiale voca- cien mvR R vR a
lique du parfait, -at du féminin et ~ du pluriel. Le .
madrasa "école" mahkama "tribunal du cadi"
groupement syllabique passe alors, selon une mutation 1 Z 3
ou des noms de type mvR R vR lorsqu'ils sont pourvus de
qU'on appelle communément "ressaut", du schème RI R2 vR 3 suffixes à initiale vocalique
'
au sc h eme RI vR 2 R3 :
madrab + ak "ta place lt , mad.çab + u "sa place" ;
---'- - 12 - ! -
~.çab + a t ) ga.çbat "elle a frappé", ou des noms de type rnvR R vR lorsqu'ils sont pourvus
~.rab + u ) ~açbu "ils ont frappé". des indices In et at du pluriel externe :
maslem + In "musulmans" t maslam + at "musulmanes"
Le même IIressaut" s'opère également quand une
2 3
forme (verbe, nom, préposition) de schème RI R2 vR 3 est et aussi des noms de type Rl vR R a lorsqu'ils sont pour-
vus de suffixes à initiale vocalique :
pourvue de pronoms suffixes à initiale vocalique :
~.çab + ak ) èa.çbak "il t'a frappé", de ~, rQkbat + ! "mon genou", f9kbat + ak "ton ge-
rjëll + i ) r~jli "ton pied", nou" •

gbal + U ) gablu "avant lui u A ce problème (qui n'est qu'un seul problème)
ou de l'indice -a du féminin ou du singulatif posé par ces mots dissyllabiques ou plurisyllabiques,
bgal + a ) baQla "mule", les dialectes maghrébins trouvent des solutions variées.
1)j ar + a ) haj ra "un~ pierre"
28 29

€9- Il en est qui admettent la chute pure et sim- c o mporte dans les formes verbales, l' é vanouis s e ment de
ple de la voyelle de la syllabe finale (qui se trouve la voyelle du préfixe.
ouverte) selon un schème syllabique vccc- : soit, pour
les exemples ci-dessus,
®- Il en est enfin qui ass urent l a c o n s ervation
de l a voyelle de première syll a be en la fermant par le
ta2Fbi, naqtlu, ta&ffu, yaknsu, asm~, ~ktbu,
redoublement de la c o ns o nne con sécutive, selon un s chème
;ad~t maJ:lkma, ~.çbak, ma!:!J;bu,
cvccvc :
maslmIn, m~slmat, f9kbti, rQkbtak ;
ta~~â.çbi, naqqatlu, taf.t:~+fu, ya kkansu, assa mt:i ,
avec la possibilité, variable suivant les parlers (et
akkatbu,
suivant la rapidité du débit de la parole ) , pour rendre
maddarsal ,
mahhakma, ma ddarba~, ma~~ a Fbu,
, • __- . ":' _ _ _ _ __ • .• • • _ _ _

plus aisée l'articulation de trois consonnes, d'intro-


-m--a-s-s-a-l~m~In, mdssalmat, F9kk9btï, fokkqbtak.
duire un point-voyelle qui sépare
Cette solution est celle des parler s de Tlemcen et de
tantôt la première consonne de la deuxième :
l' Oranie septentrio nale, des cita dins et des ruraux de
ta2'çbi, naq'tIu, taé'rfu, yak'n s u, a s'méi, ak ' tbu,
l'Algérie, des petits nomades du Tell algér o i s et du
ma~rsa, maJ:l'kma, màd·.çb~k,
__T_____ ma~'fbu,
__ ____
Tell constantinois occide ntal, de la région de Collo et
mas ' lm!n, mas'lmat, f 9k·bti, f9k'b t dk
Skikda, et de l'oasis d'El-Kantara dans le Sud constan-
tantôt la deuxième c ons o nne de la troisième
tinois. Une réserve est à faire dans les parlers de
ta~f'bi, naqt ' lu, ta~ ' fu, y~ kn' su, as m'~i, akt'bu,
Tlemcen et de l' Oranie citadine, le redoublement de la
;';(~i0a , mal!k' ma, ma~r· bak, ma~f" bu,
consonne n'a pas lieu quand cette consonne est une "so-
masl'mIn, masl'mat, f9kb'ti, f9kb ' tak.
nante", r, l, n : on dit
C'est l a solution adoptée pa r le s p a rlers de Libye, de
Y3rSlu- Il ils ;nvoient ll , tanzlu "vous descendez", nalbsu
Tuni s ie, de l'ensemble bédouin du Sud constantinois, al-
"nous revêtons", manzla "place", q~rbti "mon outre".
gérois, oranais ainsi que des plaine s oranai s es. Sou-
vent, les parlers des nomades sah a riens a ux formes de Telle est, dans les grandes lignes, la répar-
l'inacco mpli du verbe, frappent de l'accent l a voyelle tition dialectale des solutions trouvées au problème des

du préfixe, et l'allongent po ur en mi eux a s s urer l a c o n- mots dissyllabiques ou plurisyllabiques.


s ervation :
ta~arb~, nüqutlu, taéa.çfu, yÜkunsu. On doit évoquer aussi le cas de la troisième
personne du féminin du verbe "sain", à l'accompli, lors-
@- Il en est qui, boulevers a nt l a répartition
qu'elle est suivie de pronoms suffixés à initiale voca-
syllabique, préfèrent un schème cvcc :
lique, du type
t~arbi, nqatlu,
téarfu, ikdnsu, s a mei, katbu,
...
------
;d~ , mQakma, mdaFbak, mda.çbu,
~-----
msalmfn, msalmat, Fkobti, rkobtak.
...frappé".
darbet + a k
--" --- "elle t'a frappé", darbat
~------

Là encore, les parlers adoptent des solutions


+ u "elle l'a

Cette solution est celle qui domine dans les parler s ma-
rocains et ceux du Nord constantinoi s ( Djidjelli). Elle diverses, dont la répartition ne recouvre pas la répar-
tition précédente.
30 31

@- Certains parlers admettent la chute pure et Voisin immédiat du cas précédent est le cas de
simple de la voyelle de l'indice -at, et la séquence de la forme participiale féminine pourvue de suffixes pro-
trois consonnes : nominaux à initiale vocalique :
_~arbt~ k, _~aFbtu, de mqabla, mqablat + ~k (~) "(elle ) te (lui) faisant
avec la possibilité d'un point-voyelle qui dissocie la face".
séquence d'articulation parfois malaisée: C'est suivant les parlers:
_~a( btak, ~,~tç· btu ; ou _~~~b'tak, ~arb' tu. mqabltak, mqabaltak, mqablatt~k, mqablatak (mgablIt~k
Ainsi en est-il dans les parlers bédouins de l'Est cons- à Tolga, mqabl ·a k à Tanger).
tantinois, du Sud de l'Algérie, du Centre et de l'Est
oranais. Voisin aussi des c as précédents est le procédé
<E9- D'autres, plus rares, préfèrent de fermeture de la syllabe qui suit la voyelle brève,
_~.r abta k, ~:r; abtu , pour en assurer la conservation, qu'on rencontre dans
confondant alors la troisième personne du féminin avec des parlers bédouins de l'Oranie et de l'Algérois. Ainsi
la première personne.
1.. - (
':Irç>bba cl. ,v. v t)
agrlba
V
"cor b eaux,
"

On entend ces formes dans quelques parlers sédentaires émadda (cl. "c3Lmlda t ) "perches de la tente",
de l'Algérois. ou, encore, pour sauvegarder la structure syllabique des

QO- Très fréquente est la conservation par allonge-


mots à l'état nu : jma l, utad :
jmalli "mon chameau", ailleurs j amli,
ment de la voyelle de l'indice -at, créant un indice -at:
utaddi "mon piquet", ailleurs watdi, w()ddi.
_~1i!,ba tak, .~arba tu.
Ce sont les formes en usage en Libye, dans la Tunisie
Après avoir énoncé les tendances essentielles
bédouine et villageoise, dans les hautes plaines cons-
qui semblent guider la constitution des syllabes dialec-
tantinoises, dans les hauts plateaux et dans le Sahara
tales, il reste qU'on se trouve en présence d'un très
a lgérien, et très généralement au Maroc.
grand nombre de cas syllabiques qui sont généralement
L'oasis de Tolga, dans le Sud constantinois , connait
posés, dans les schèmes les plus divers, par
darbItak, darbItu.

~~ L:~V~yelle
- l'adjonction aux formes verbales terminées par une
de l'indice -at est sauvegardée par consonne, des désinences -~ du féminin singulier
le redoublement de -~ : (deuxième personne), et -u du pluriel; ou des suffixes
~
darbattak, --
darbattu.
~.~~~ pronominaux à initiale vocalique - ok , ~ ;
Ainsi dit-on à Tunis et dans le Nord de la Tunisie, dans - l'adjonction aux formes nominales terminées par une
le Nord constantinois, Constantine, Skikda, Djidjelli. consonne, des indices -~ de l'ethnique, -a du féminin
C'est aussi ce qu'on entend à Alger, à Cherchell, à Del- ou du singulatif, -In (-~nt -~yn, -ayn) du duel, -In,
lys, où ja~batak, jarbatu n'est pas ~oins employé. Le -at du pluriel externe, et des suffixes pronominaux à
Maroc n'ignore pas non plus _~aFoott8k, ~a.Ç'battu. initiale vocalique -!' -ak, -~ ;
- l'adjonction aux formes nomin ales pourvues de la
32 33

finale -~ (-At en rapport d'annexion), des suffixes 3 . Les parlers sahariens , notamment ceux du Sud algérois ,
pronominaux à initiale vocalique -1, -ak, -u. du Sud constantinois, du Sud tunisien, et les parlers
libyens présentent la remarquable particularité de
Ces cas, chaque parler les traite à sa manière.
conserver en syllabe ouverte une trace de la voyelle
L'examen complet en exigerait une étude détaillée et
ancienne qui se trouve entre RI et R~ lorsque cette
étendue. On s'en tiendra ici aux indications générales
voyelle est de timbre a. Les plus "conservateurs"
données ci-dessus.
d'entre eux la gardent mi-longue , avec le timbre a
dans un voisinage consonantique de phonèmes "ou-
Annexe 2
vrants" .. Ainsi en Libye , l?rsque R , suivie d'un~,
Il est plusieurs remarques à formuler sur cer-
tains caractères syllabiques de parlers bédouins.
est 1'), .2.,
~, .2.,
E., ~ , !!.
ta+ab "il a demandé", sananIr "hameçonslI, baramIl
'
1. Nombre de parlers b é douins, gardant le scheme Rl vR 2 R3 "tonneaux" ;
1 2
pour des mots qui, ailleurs, passent souvent à R R v ils la gardent avec un timbre al téré (~ , ~, ~, Q)
3 2
R , conservent ou font naître volontiers entre R et quand le voisinage consonantique est autre :
3
R une voyelle secondaire: le fait se produit notam- rabat (.r<?bat;) "il a attaché" , dabalaj "bracelets",
3
ment quand R possède un caractère " ouvrant" , favora - b9tat~n "couvertures".
ble à la naissance ou au maintien d 'une voyelle qui
Particulier au parler de Bou - Saada (Sud algé-
la précède . Ainsi enteryd-on chez les nomades de
rois) est "le maintien , dans certaines condi tions , du
l'Oranais, de l'Algérois, du Constantinois, chez les
souvenir de la voyelle ancienne a , avec le timbre ~,
ruraux et les bédouins de Tunisie, et en Libye
en syllabe ouverte :
D9~9';- "verts"", fajar "aube", ma-çal "exemple" , ~
t;:il.ib "il a demandé", llban "petit lait", tilata
"corde", gabal "avant" , I:tükum " ordre , jugement",
"trois" , sikakIn "couteaux l l ..
kag0:3b "mensonge", malary "sel", gamaJ:l "blé", jabà};l
"ruche", ujâh "visage". Ailleurs, parmi les parlers bédouins des régions

Un accent d'intensité frappe la voyelle de première considérées , c'est le souvenir de cette même voyelle
~, dans la même position, sous la forme d 'une voyelle
syllabe, en favorisant sans doute le maintien (en
brève ou ultra-brève de timbre indéterminé:
syllabe devenue ouverte).
bada "il a commencé", samae. "il a entendu", fêlJras~n
2. Dans les mêmes parlers, la même structure syllabique,
"pieds (de chameau) " ..
avec même accentuation t est de règle, dans le~ mots
On peut donc constater les étapes parcourues,
dont la troisième radicale est u ou i :
des parlers les plus "conservateurs" aux parlers les
dalu "seau", ryalu "doux", jaro "chiot", g..,lu "cher-
plus "évolués", dans le processus de la disparition
té", jadi "chevreau", jari "course", ma~i "marche",
de la voyelle brève en syllabe ouverte au Maghreb :
~9mi "aveugles" (ailleurs dlu, ry.lu, j.P?, glu, jdi,
le processus est parachevé dans les parlers sédentai-
lri, mSi, é:mi).
res.
34 35

4 . On notera pour mémoire la possibilité, dans certains


parlers de Libye, de l'existence d'un type syllabique
123 123 . .
R vR vR + v, R R vR + v, dans des cond~t~ons com-
plexes qui restent à élucider :
;-9bütat , :çbuÇ'è t "elle a attaché", baga:r;a, bga:ça LE VERBE
"vache ll

Un tel type syllabique est absolument inconcevable


dans tous les autres parlers maghrébins qui ne con-
naissent que Fabtat (Fubtat), baqFa (bagça). Il at- L'expression verbale comprend deux modes; l'un
teste la prédominance d'une accentuation particulière. est conjugué à toutes les perso~nes ; l'autre ne connait
que la deuxième personne du singulier et du pluriel,
c'est l'impératif.

Le premier se présente sous deux aspects. Ils


indiquent que l'action (ou l'état) dénotée par le verbe
est réalisée ou n'est pas réalisée. Dans un cas, il
s 'agit de l'accompli (ou prétérit , ou parfait). Dans
l'autre cas, il s'agit de l'inaccompli.
Ainsi, pour un verbe d'action:
qtal "il a tué" (c 'e st chose faite et certaine)
yaqt<tl "il tue, tuera, tuerait" (ce n'est chose
ni faite ni certaine)
pour un verbe d'état (ou,plus exactement, de
devenir)
kbar "il est devenu vieux" (l'état est réalisé
et certain)
yakbar "il devient, deviendra, deviendrait
vieux Il (l'état n'est ni réalisé ni cer-
tain).

Ces deux aspects ne doivent pas être confondus


avec des temps.

On décrira successivement
- les indices des personnes de la conjugaison,
- la conjugaison des différents types de verbes , au thè-
me fondamental puis aux thèmes dérivés.
36 37

d) Mais la deuxième personne du pluriel, ainsi que la


A. PERSONNES DU VERBE
troisième, est commune aux deux genres dans tous
les parlers maghrébins, sauf dans l'extrême sud tu-
Les personnes du verbe (je, tu, il, elle, nous, nisien et en Libye , où elles sont respectivement
vous, ils) sont indiquées
exprimées par les désinences -t~n et -an :
qtaltan , qatlan "vous (femmes) avez tué, elles
1° à l'accompli, par des désinences (ou suffixes)
ont tué".
Singulier 1ère personne Radical -t
2e personne " -t 2 0
à l'inaccompli, par des pré~ixes et des désinences (ou
3e personne masc. " suffixes)
3e personne fém. " -at Singulier 1ère personne n- Radical
Pluriel 1ère personne " -na 2e personne t- "
2e personne " -tu 3e personne masc. y- "
3e personne " -u 3e personne fém. t- "
a) La première personne du singulier "est commune aux Pluriel 1ère personne n- " -u
deux genres, ainsi que la première personne du plu- 2e personne t- " -u
riel. 3e personne y- " -u

b) A la deuxième personne du singulier, la distinction a) La première personne du singulier, commune aux deux
du genre n'est marquée que dans le s parlers conser- genres, est exprimée par le préfixe .'2.- (principale
vateurs (de type bédouin par exemple) où elle est ca ractéristi que des parlers maghrébins , qui les
représentée par la désinence -ti : distingue, dans leur ensemble, tant de l'arabe
qtalt ntu (toi homme) as tué", qtalti "tu (toi classique que des parlers orientaux) . Ce préfixe
femme) as tué" . tire vraisemblablement son origine, par analogie,
du préfixe n- de la première personne du pluriel,
c} Dans un certain nombre de parlers citadins (et au
également commune aux deux genres.
Maroc assez généralement), cette désinence -ti
caractérise la deuxième personne, apportant ainsi b) La deuxième personne du singulier est commune aux
une distinction entre la première et la deuxième deux genres, excepté dans les parlers conservateurs
personne du singulier, ailleurs confondues: où elle est marquée par la désinence -~ _
qtalt "j'ai tué", qtêll ti "tu (toi, homme ou t-a q tal "tu (homme) tuej', taqtli "tu (toi femme)
femme) as tué lf • tued' •
Souvent aussi au Maroc, de cette deuxième personne c) A la troisième personne du masculin singulier et à
du si ngulier à désinence -ti, a été tirée une la troisième personne du pluriel . le oréfixe est
deuxième personne du pluriel, commune aux deux gen- articulé en semi-voyelle <:tJ lorsqu'il précède une
res, qtal tIw. voyelle, et en voyelle (i) lorsqu ' il précède une
p

38 39

consonne a Mais i l faut noter que, très générale-


ment au Maroc, même en syllabe fermée, le préfixe
est articulé i, et non y : iqtel, iqtlu.

d) Les personnes du pluriel se distinguent des person-


nes du singulier par la désinence -~ (même pour la B. CONJUGAISON DU VERBE
première personne , à la différence de ce qu'il en
est dans les parlers orientaux) . I . Thème fondamental
=~~===============
e) La deuxième personne du pluriel, ainsi que la troi-
sième, est commune aux deux genres dans tous les Le thème fondamental est celui où la racine
parlers maghrébins, à l'exception de ceux de l'ex- fournit un verbe réduit exclusivement à la charpente de
trême-sud tunisien et de la Libye, où elles sont ses éléments radicaux, c ' est-à-dire sans insertion de
exprimées par la désinence -_" : voyelle longue, sans redoublement de consonne (ou semi -
tëlqtlêl n "vous (femmes) tuez" yaqtla n "elles voyelle) radicale, sans préfixation ni infixation d'élé-
tuent" ments formatifs, soit

1. pour le verbe trilitère trois radicales


3° à l 'impératif , par préfixe et suffixe suivant qu'il est
3
Singulier a - Radical _ de racine "saine" (triconsonantique) : cl c 2 c
Pluriel a- " -u q td l "tuer"
de racine " sourde" (les deux dernières radicales
a) Le préfixe ne s'exprime que lorsqu'il précède un 122
sont semblables) : c c c
groupement de deux consonnes (c 'e st-à-di re en syl -
sëJdd "saisir"
labe fermée), soit dans le cas d'un verbe comme
de racine "assimilée" (la première radicale est
qtùl : aqtal "tue". Mais il est fréquent que, même
semi -voyelle) w c2 c 3
dans ces conditions , au Maro c notamment, il ne soit y
uj.d "trouver" , ibês "devenir sec"
pas articulé : qt.n "tue".
de racine "concave" (la deuxième radicale est semi-
b) Comme à l'inaccompli, le pluriel de l'impératif se cl 3
voyelle) c qal-iqül "dire"
distingue du singulier par le suffixe -u aqtlu '"
cl Y c 3 -- - -
baé-ib~6 "vendre"
"tuez". de racine "défectueuse" (la troisième radicale n 'e st
2
c) Le singulier est commun aux deux genres dans les pas une consonne) : c l c a nsa-yansa "oublier"
2
parlers où la deuxième personne du singulier de cl c i ~ra-ya sri "acheter"
-- ---
l'inaccompli est commune aux deux genres. Ailleurs, 2
verbe quadrilitère quatre radicales : RI R
le féminin se distingue du masculin par la dési- du type
nence - i 'dqt.n· "tue (toi homme)" aqtli "tue (toi tarja m "traduire"
femme)".
-
40
41

Verbe de racine "saine" Le radical du verbe, conformément à la solution qui

qtal "tuer" est adoptée à l'accompli, passe de qtal - à qatl-


Soit naqtal + u = nqatlu a q tal + u qatlu
C'est la solution qui prévaut dans l'ensemble des
~~~~!!'!?!! !!2~~~~!!'e!!
Sg . l parlers marocains, et que l'on retrouve dans le
qtalt n'dqtal Nord constantinois.
2 qtalt taqtal
m. qtal - Le radical du verbe perd sa voyelle de qt~l, il
3 yaqtal
f. 'l...,tla t passe à qtl :
taqta l
Pl. l qtalna na q tlu
Soit naqtol + u = naqtlu' aqtol + ~ = ~~t]~
2 qtol tu C 'est la solution des parlers tunisiens, d'une
taqtlu
3 q otlu partie du Nord et de l ' Est constantinois et du Nord
yaqtlu
de l'Algérie, et de beaucoup de parlers bédouin s .

!~E~E~~!!. Le radical du verbe passe de qtal à qatl, mai s la


Sg . voyelle du préfixe est sauvegardée par un redouble-
aqtal
Pl. ment de la première radicale :
aqtlu
Soit naqtal + u ~ n~qqatlu Qqtal + ~ = aqqatlu
Le fait se produit alors pour tous les verbes,
a) A l'accompli, la règle de la chute de la voyelle brè-
sauf ceux dont la première radicale est l'une des
ve en syllabe ouver te implique q ue, à la troisième
trois consonnes dites "liquides" !" E.. -n :
personne du féminin singulier et à la troisième per-
Soit y"lbas + u a yalbsu "ils revêtent"
sonn~ du plurie l, l'adjonction des désinences -dt et
y"drsal + U a yarslu "ils envo ient"
-u de termine une mo dificati o n de la constitutio~syl_
labique du radical. y;mzal + u yanzlu "ils descendent"
Ce radical . de qtal passe à qa tl. C 'e st la solution qU'ont adoptée les parlers du
Soit
qtal + at = qatl .. t Nord de l'Algérie centrale et occidentale (régions
qtal + ~ = qatlu
du Tell) jusqu'à Tlemcen, tant citadine que rurale.
Ce changement-;st de règle dans tous les parlers
maghrébins. c) Le préfixe de l'inaccompli, au singulier et au plu-

b) A l'inaccompli et à l'impératif, le même problème riel, est na-, ta-, ya-Iorsqu'il précède le radical
de type qtdl, soit devant consonne + consonne (la syl-
d'ordre s yllabi que est posé par l'adjonction au radi-
c al du verbe, du suffixe -u du pluriel Ma's' ' l " labe est fermée : maintien de la voyelle brève du pré-
- ..... J a 1n-
verse de ce qui a été dit au paragraphe a) précédent fixe) ; il est n-, t-, i- lorsqu'il précède le radical

ce problème n'est pas résolu uniformément au Maghreb' de type qatl, soit devant consonne + voyelle (la syl-

On peut distinguer, selon les parlers, troi s sOlutiO~s labe est ouverte : chute de la voyelle brève du préfi-
essentielles : xe) •

42 43

ct) L 'adjonction de la désinence -~, indice du féminin, à


Verbe de racine "s o urde"
la deuxième personne du singulier de l'inaccompli, et
~ôdd "sai si r"
à l'impératif, dans les parlers où elle est en usage,
détermine les mêmes mutations syllabiques que celles
q ue provoque l'adjoncti on de la désinence -~ du plu- ~",,~~eg !~~~~~~E!!
riel, soit, suivant les solutions dialectales adoptées 5g . l saddIt n~add
(cf. ci -de ss u s § b» : 2 saddIt dôdd
t .. qtal + i tqatli, t&qtli, tdqqC3tli IItu (toi fem- m. sadd iSadd
3
f. S3 ddat Ü.dd
me) tues"
aqtal + i ~ qatli, aqtli, aqqatli "tue (toi femme)". Pl. l s;;Iddlna nsaddu
2 saddItu tsaddu
3 saddu isaddu

!~E~E~~!!
5g . sadd
Pl. s addu

a) A l'accompli, dans la totalité des dialectes maghré-


bins, le radical demeure de type c l v~ c2 c 2 , même aux
deux pre mières personnes du singulier et du pluriel
(là où, e n arabe classique, on observe la disjonction
l ~ 2 2
des deux consonnes radi c ales semblables, c v c c
l ~ 2 ~ 2
passant à c v c v C) a Les désinences -~, - t ( - ti),
-na, -tu, sont rattachée s au radical par une voyelle
-- --
prédésinentielle -I- !

Soit -Tt, -Tt (-Tti), - Ina, -Itu a


-- --
b) A l'inaccompli, le radical demeure ~add, et les pré-
fixes sont ~- , t-, i-, t - au singulier, r.::..-, t-, i - au
pluriel, ne comportant pas de voyelle brève (puis -
qu'elle serait placée en syllabe ouverte)a

c) A l'impératif, le féminin, là où il est en usage, est


saddi a
r

44

l'Algérie.
Verbe de racine "assimilée"
- nujad, tuj9d, yujad, tujad (la première radicale
ujad "trouver"
étant articulée en voyelle, mi-longue, et directe-
ment précédée des préfixes ~-t t-, ~-t t-). C 'est
~~~~!!'2g !!;~SS~~E!!
ce que l'on entend dans la plus grande partie de
Sg. 1 uj ad t nujad l'Algérie et de la Tunisie.
2 ujadt tujad
c) A l'inaccompli, aux personnes du pluriel, la situation
3
m. uj<ld ~
f. w3jdat tujad varie suivant les dialectes. L'adjonction au radical
de la finale -u
Pl. 1 uj~ dna nujdu
2 uja dtu tujdu - détermine parfois le passage du radical ujad à wajd.
3 wajdu yujdu Soit nwajdu, twajdu, iwajdu
C'est la solution qui prévaut au Maroc.

!~E~E~~!! - ne cause pas de mutation syllabique (si ce n'est la


Sg. 9w Ji' d chute de la voyelle brève ujad- en syllabe ouverte :
Pl. 9wjdu (wajdu) ujd-). C'est alors, suivant les parlers,
--n9wjdu, tqwjdu, Y9wjdu, ou ~ujdu, tujdu, yujdu
a) A l'accompli, il en est pour le verbe "assimilé" de que l'on entend respectivement en Algérie et en Tu-
même que pour le verbe de racine "saine" à la tr o isiè- nisie.
me personne du féminin singulier et à la troi s ième De même pour la deuxième personne du féminin sin-
personne du pluriel. L 'adjonc tion des désinences -dt gulier, là où elle est en usage. C'est tantôt
et -u détermine le passage du radical ujad au radical ~~~jdi, tqwjdi, tujdi
wajd (avec articulation de la première radicale en d) A l'impératif, la situation est la même qu'à l'inac-
semi-voyelle w).
c o mpli. C'est, suivant les parlers,
Soit ujad + at wajdat ujad + ~ = wajdu tantôt ujad Qwjad pour le masculin singulier
Ce changement est de règle dans tous les parler s ujdi qwjdi wojdi pour le féminin singulier
maghrébin s .
ujdu Qwjdu wajdu pour le pluriel.
b) A l'inacc o mpli, aux pers o nnes du singulier, on entend e) Semblable à la conjugaison du verbe "assimilé" à pre-
tantôt
mière radicale ~, est celle du verbe "assimilé" à pre-
n9 wj_ct, t9wj~d, Y9wjGd, t9wj~d (la première radicale mière radicale y. Avec même mutation syllabique et
- ---
étant articulée en semi-voyelle w, et le préfixe mêmes variations d ia lectales. Ainsi
étant pourvu d'une voyelle). C'est la prononciation ibas, y~bsôlt, yi b~s, yabsu "devenir sec, s4cher".
habituelle au Mar oc , et généralement dans le Nord de
46 47

1tpasser la nuit",ban-iban "apparaitre", etc.


de racine "concave"
Verbe
c) A l'inaccompli, les préfixes sont ~-, ~, i- et ne
qal-iqul "dire" baf.-ib~E. "vendre"
comportent pas de voyelle brève <du fait de la posi-
tion en syllabe ouverte) .
~~~9!!'E~! !!!ë~~~~E!!
5g. l qult baE.t nqul nbëé: d) A l'impératif, le radical est le même qu'à l'inaccom-
.~

2 qult baEt tqül tbêt; pli : il comporte donc une voyelle radicale longue,
~

pour les trois catégories du verbe concave.


3
m. gal baE. ~ ~
f. qal. t bau t tqul tb~f.
e) Le féminin, là où il est en'usage, est exprimé à la
Pl. l qulna bat::.na nqülu nb~E.u deuxième personne du singulier de l'accompli et de
2 qultu baE.tu tqülu tb~t.u l'inaccompli, et au singulier de l'impératif, par la
3 qalu ba~u iqülu ibef.u finale -i, pour le verbe concave comme pour les autres
--'-
verbes
soi t à l' 0. <;compli qul ti, ba.: ti
5g. qül à l'inaccompli tqüli, t~Ei
Pl. qÜlu à l'impératif qÜli , b~E.i.
f) Sont versés dans la catégorie des verbes "concaves"
a) A l'accompli, aux deux premières personnes du singu- quelques verbes dont la deuxième radicale était primi-
lier et du pluriel, l'adjonction des désinences -t , tivement un harnza, comme sal-isal "questionner" par
-t (-ti), -na, -tu, déterminant la fermeture de la ex.
--- ----
syllabe, commande la présence, entre la première et la
troisième radicale d'une voyelle brève (dont le tim-
bre est neutre ou teintée suivant le voisinage conso-
nantique, variable selon les dialectes). Il ya donc
opposition de longueur et de timbre de la voyelle ra-
dicale entre qal , quIt, qulna, etc. et ba~, ba~t,
b ...~na, etc.

b) A l'inaccompli, les verbes de racine "con cave" se ré-


partissent en deux catégories essentielles : ceux dont
la voyelle radicale, entre cl et c 3 , est -u- ; et ceux
où elle est -1-.
Une troisième catégorie, beaucoup plus restreinte,
compte des verbes dont cette voyelle radicale est -~-,
tels ~f-~ "craindre", nal-inal "obtenir", bat-ibat
48 49

c) Le féminin de la deuxième personne du singulier, là où


Verbe de racine "défectueuse" i l est en usage, est
nsa-y.;lnsa "oublier", sra-yasri "acheter" à l'accompli nslti, srIti (sr~ti, sr~yti)
à l'inaccompli tan s ay (et parfois tansi)
à l'impératif ansay (et parfois ansi) .

Sg . l nsIt srIt n.n s a nasri d) Le féminin des deuxièmes et troisièmes personnes du


2 nsIt srrt tansa tasri pluriel, là où il est en usage, est
m. nsa sra y""ons.,g Y.ll.ti à l'accompli nsItan, nSdn ; ~r~tan , ~ran
3
f. nsat srat tansa t.hi à l'inaccompli: tdnsan,.~an ; t~~ran , ydsr~n.
Pl. l nsIna srIna nansaw na ~rI-II e) Le radical étant constitué à l'initiale par un groupe
2 nsItu srItu tansaw ta srIw de deux consonnes (qui fait de la syllabe précédente
3 nsaw !irâw yansaw yasrIw une syllabe fermée), les préfixes sont
à l'accompli n~-, ta-, ya-, ta-
~~E~!::~!g: à l'impératif ~-.
Sg. ans a ëJ'Sri f) On constate que tous les verbes qui, en arabe classi-
Pl. ,;,nsaw ~'§rIw que, avaient une voyelle u de l'inaccompli o nt été
versés dans la catégorie des verbes à voyelle~. On
a) A l'accompli, la conjugaison type qui figure ci-dessus ne signale que de rares survivances, ici et là, comme
est celle qui prévaut dans tous les parlers citadins hba-yahbu "marcher à quatre pattes (enfant)" t jga-
e t ruraux. ._
' ---'- -
yajgu "vagir", dba-yadbu Ittrottiner".
Dans les parlers bédouins, le radical du verbe sra
g) On notera que sont versés dans la catégorie des verbes
est, aux deux premières personnes du singulier et du
"défectueux" les verbes dont la troisième radicale
pluriel,sr~- (et même §r~Y-t avec diphtongue) :
étai t primi t1 vement un hamza, comme q.a-yaq,a "lire,
soit sr~t, ~r~t , sr~na , sr~tu.
étudier lt , bda-'yabda "commencer", ~-'yatf ~ "éteindre".
Les parlers bédouins de l'extrême-sud tunisien et de
la Libye connaissent aux troisièmes personnes
du masculin singulier sra ; osi
du féminin singulier
-- --
srélt ; n;:Jsyat
du pluriel sraw (et hu) nsu (et
nssyu) •

b} A l 'inaccompli et à l'impératif, aux personnes du plu-


riel de sra-~asri, la situation est également particu-
lière dans les parlers bédouins où l'on entend:
50
51

Verbes anomaux connaissent la présence de la première radicale sous


1· kla-yakül "manger", la forme ü (non a)
D2 a -y â hug "prendre"
soit nÜkuI, nüklu etc. ; nüpug, .~ etc.

~==!:!~e!! .!~~~5:~!Ee!! c) A l'impératif, kla et hda sont versés au compte des


5g. 1 kIIt hdIt nakül verbes concaves.
-><-=-- nahud
~
2 klIt hdIt taktil d) A cette catégorie de verbes doit être rattachée celle
~ tahud
~

3
m. kla hda yakül yahud des verbes (très inégalement employés)

Pl. 1
f. 1Clat
klIna
- --
-
hdat

hdIna
fiKul
naklu
~
nahdu
amar-yam;}r "ordonner", aman -yaman Hcroire, faire
-- " - - - -,
confiance", agan-ya~an "permettre"}
---
"-=--- ~
2 klItu VQItu taUu tapgu où la radicale initiale a (hamza primitif) est cons -
3 klaw hdaw yaklu yahdu tante à l'accompli et à l'inaccompli, la conjugaison
--=--- '---"=-
en étant, somme toute, semblable à celle du verbe
l's ain" :
5g . kùl hùd soit amant, aman, amnat, am;}nna, amnu, naman, ~y,
"--"
Pl. kùlu hüdu etc.
~

L'impératif de ces verbes semble rarement, pour ne


a} A l'accompli, kla et DQa ont , dans l'ensemble des par- pas dire jamais, en usage.
lers maghrébins, après la chute du hamza primitif de
première radicale, été versés dans la catégorie des 2° ~-iji "venir", fa-i~a "voir"
verbes "défectueux':
Cependant, au Maroc, il existe, à côté de la conju - ~~~~~~!! !!:!~~~~~E!!
gaison type qui vient d'être décrite, une conjugaison 5g. 1 jIt F~t nji nra
~

calquée sur celle des verbes de racine "concave" : 2 jIt f~t tji tra
-'-
soit k:alt, ~, kal, kalat, kalna, k-altu, kalu, m. ja ra iji ira
3
~agtt hagti, bag, t'agat, bagna, bâgtu, ~. f. rat ~
fa-t tji tra
h) A l'inaccompli, la première radicale (hamza primitif) Pl. 1 jIna f~na njIw nraw
-'-
est conservée partout au Maghreb sous la forme d'un ~, 2 jItu F~tu tjIw traw
-'--
_ __
soit nakùI, ___ etc.
naklu ", _nahüd , na-hdu e t c.
~
3 jaw raw ijIw ifaw
- -
Aux personnes du singulier la voyelle du radical est
conservée (elle est de timbre~, ou plus souvent.'Q.) .
Aux personnes du pluriel , elle tombe se trouvant en 5g. ra
~
syllabe ouverte. Pl.
Certains parlers bédouins (centre de la Tunisie)
52 53

a) A l'acc o mpli, cette conjugaison est celle de tous les


Verbe guadrilitère
parlers maghrébins.
taçj .. m "traduire"
b) A l'inaccompli,

le verbe ja-iji est partout employé, avec, dans la


région de Constantine, la présence d'une voyelle l
5g. l tarjamt nt'rjam
du préfixe :
2 t.rj .. mt ttafjam
soit nlji,tlji, ylji etc., nIjIw, tIjlw, yljIw et~
m. taçjo1m itarjam
3 taçjmat tta fPm
- le verbe ra-ira connait, lui, un emploi beaucoup f.

plus inégal; souvent on ne l'entend qu'à la deuxiè- Pl. l t~.çjdmna nta.çjmu


me p e r s onne du singulier, parfois du pluriel : t~a, 2 taçjamtu tt~r j mu
tfaw; les formes naFa, tard, yara etc. sont égale- 3 t~ç j mu itorjmu
men t parfois en usage.

c) A l'impératif, à côté de ji, jlw, courant dans toute


l'Algérie ( !~, Ijlw dans la région de Constantine>, 5g. tarjêJm
on entend habituellement aji, âjlw au Maroc, et Pl. .t'O r j mu
Ija, Ijâw en Tunisie.
A côté de ra, raw, on entend aussi ara qui signifie a) A l'accompli, le radical est

"vois", mais aussi "montre, donne" 1 au pluriel ~. _ tafjarn lorsqu'il est nu (troisième personne du mas-

d) A l'accompli, à l'inaccompli et à l'impératif, on no- culin singulier) o u pourvu des désinences -!' -~,
-na, -tu (deux premières personnes du singulier et
tera que les parlers bédouins de divers types présen-
tent, pour ces deux verbes, des variantes dialectales, du pluriel).

notamment de genre et de nombre, semblables à celles taçjm lorsqu'il est pourvu des désinences -at (troi-
qui ont été signalées à propos des verbes de racine sième personne du féminin singulier) et -u (troisiè-
"défectueuse". me personne du pluriel).

b) A l'inaccompli et à l'impératif, le radical est, dans


les mêmes conditions qu'à l'accompli tafjam au singu-
lier, ~çjm- au pluriel .
Le préfixe est ~-, ~-, i-, ~- ; ~-, ~-t ~- sans
voyelle (parce qu'elle se trouverait en syllabe ouver-
te) •

c) Là où elles sont en usage, la deuxième personne du fé-


minin est tafjamti à l'accompli, ttarlmi à l'inaccom-
55

pli, tafjmi à l'impératif.


II. Thèmes dérivés
ct) Quelque s verbes quadrilitères s o nt de ra c ine "défec -
:z:===== .. ==== ::z::::z
tueuse", et ont une flexion qui suit celle de s verbe s Les thèmes dérivés sont ceux où la racine fait
trilitères de racine "défectueuse", comme mae.na "par- l'objet
ler par allusion" : maf.nIt, m~f,.na, m!e.naw, omaLoi, 1 2 3
1. pour le verbe trilitère R R R
ima~Iw, etc.
- soit d'un redoublement de la radicale médiale
Thème II E~lla m "faire savo ir, enseigner"

- soit d'une insertion de la voyelle a entre la pre-


mière et la deuxième radicale
Thème III

soit d'une insertion de la v o yelle a entre la deuxi-


ème et la troisième radicale
Thème IX l)ma;- "devenir rouge"
soit d'une préfixation de l'élément formatif t-, qui
peut s'opérer
- sur le radi c al du thème fondamental
Thème diale c tal tjfary "être blessé, se blesser"
- sur le radical du thème II
Thème V tfallam "être enseigné, apprendre•
sur le radical du thème I II
Thème VI toala 1;. "se fréquenter"

- soit d'une préfixation de l'élément formatif n-


Thème VII ndrab "être frappé"
-~-'--
- soit d'une préfixation de l'élément formatif st-
Thème X stabba~ "s t informer"

- soit d'une infixation de l'élément formatif ~après


la première radicale
Thème VII I jtmae. "se réunir".

On observe que le thème I Vt quit en arabe classique,


était c aractérisé par la préfixation à la racine de
l'élément formatif hamzé, a disparu de l'arabe dia-
56
57

lectal maghrébin en tant que tel, par suite de l'amu-


issement quasi total du hamza. 1° Verbe trilitère
2 . pour le verbe quadrilitère RI R2 R3 R4
Tout au long de la dérivation, pour les verbes
- de la préfixation de l'élément formatif t-
de racine "saine" et de racine "assimilée", on constate
tmasbar " se moquer"
que,

- aux thèmes où les modifications interviennent à l'inté-


rieur du radical par redoublement de la consonne média-
le ou par insertion de la voyelle~, la structure syl-
On note d'une façon générale que tous les ver-
labique du radical se trouve acquérir une stabilité qui
bes du thème fondamental ne sont pas susceptibles de for-
la préserve de bouleversement profond : soit aux thèmes
mer des thèmes dérivés ; et que t ous les verbes des thè-
II, III, V, VI, IX ;
mes dérivés ne procèdent p as né c essairement de verbes du
thème fondamental. - aux thèmes où les modifications interviennent à l 'exté -
rieur du radical par préfixation, ou, à l'intérieur du
radical, par infixation de l'élément formatif -~-, la
structure syllabique du radical se trouve exposée à la
même mutation syllabique que cel le qui a été décrite
pour le thème fondamental : soit aux thèmes VII, VIII,
X, et au thème dialectal à t- initial.

Pour ce qui est de l'adjonction au radical des


désinences -at et -u, on observe dans tous les verbes dé-
rivés Cà l'exception de ceux qui. sont de racine "défectu-
euse">, que, ouvrant la syllabe qui précède, elle y dé-
termine la chute de la voyelle brève.

Pour ce qui est du préfixe, il est ou non pour-


vu de voyelle suivant qU'il se trouve en syllabe fermée
ou en syllabe ouverte.

Pour ce qui est des verbes de racine "défectu-


euse", ce qui a été dit des variations dialectales pour
la conjugaison au thème fondamental vaut pour celle des
thèmes dérivés.

On allègera la présentation des verbes aux thè~


mes dérivés en se bornant à donner
58 59

à 1 accompli} la première et la troisième personne du


1 tf.alla m, te.allmu.
singulier, et la tr ois ième personne du pluriel. Verbe de racine "sourde"
- à l'inaccompli, la première personne du singulier et la
-----------------------
II i~llal "rincer"
troisième personne du pluriel. V tf~dd~d "h~siter"
- à l'impératif, le singulier et le pluriel. sallalt, sallal, ~allu, nsallal, isallu, §allal, Sall~;
tçaddadt, tfàddact, traddu, natraddad, yatfaddu, tradd~d,
Thèmes II et V traddu.

L'adjonction des finakes -~~ et ~provoqu~nt


Le redoublement de la radicale médiale confère la chute de la voyelle brève de la deuxième syllabe du
au thème II un caractère intensif. Les verbes qui revê- radical, il se trouve une séquence de trois consonnes
tent ce thème expriment
semblables qui généralement se réduit à deux. Mais dans
- soit une valeur proprement intensive (action exercée une prononciation lente, cette séquence se trouve sauve-
sur plusieurs objets, ou de façon répétée ou habituel- gardée par l'apparition d'un point-voyelle entre les deux
le) consonnes redoublées et la troisième: salI-lat, tFadd-du.

- soit une valeur factitive (faire faire une action, ou Verbe de racine "assimilée"
mettre dans un état) ;
II waqq.af "arrêter"
- soit une valeur dénominative (exprimer une notion ver- V tw~ss3b "se salir"
bale tirée d'un nom) ; wdqq~ft, w~qqaf, waqqfu, nwaqqaf, iwaqqfu, ~, wdqgfu;
twass_~t, twassah, twasshu, ndtwassab, ywtwasspu, twassa~
- soit une valeur déclarative (dire une formule) ;
twasshu.
- soit, enfin, quelquefois, une idée de mouvement.
Verbe de racine "concave"
Le thème V constitue le réfléchi-passif du ------------------------
thème I I . - à semi-voyelle médiale w
II zQwwaq "décorer"
Le radical du verbe dans ces deux thèmes pré- V tjçwwal "se promener"
sentant la même physionomie, on en traitera conjointement z9wwaqt, z9wwaq, .z9wwqu, nZ9ww-aq, izC;Swwqu, z9ww-aq, z9wwqU:
la conjugaison_
tjowwalt, tjowwal, tjowwlu, natJowwal, yatjowwlu, tjowwal.
Verbe de racine "saine" tjowwlu.
----------------------
I I E-alla m "enseigner" - à semi-voyelle X
V t~àlla m "être enseigné, apprendre" I I z~yyan "embellir"

. Eallamt, élill~m, E~llmu, nE..allam , iéallmu , éallam , V try~yy<>l "user de ruse"


Ei!llmu ; z~yydnt, z~yyan, z~yynu, nz~yy~n, iz~yynUt z~yyan, z~yynUj
te.~llvmt, tEallam, tEal'lmu, n.tEall.am, yatE..allmu, tQ~yyalt, th~yy~l, tQ~yylu, nat~~yy.l, y.t~~yylu, t~~yy.~
60 61

tl'~yylu. VI tbala~ "se fréquenter"

La radicale médiale redoublée est toujours ar- Dald~t, Da1at, bal~~, nhald~, i~al~ç, bald~t bal~9~
ticulée en co nonne,
s ~ ou x..... Mais aux personne ,,, où le t!}alCltt, t~alatt thal~9t na tljal-at, yatlJal~,?, tDala~,
radical est pourvu des suffixes -at et -u, le radical thalto.

oscille entre l'articulation -9ww~-~yy--et l'articula_ Verbe de racine "sourde"


tion -~w-, -ë.y- : soit zo. wwqu ~
u z9 wqu, ~
z~yynu ou ~.
-----------------------
III g'an;;an " co ntredire"
.Y~Ee~_~!:_Eacine "défectueuse"
------------------ VI bjanan "se contredire"
gan~nt, ganan, gannu, nganan, igannu, gan~n, gannu;
II [abba "élever, éduquer"
V trabba "être élevé, éduqué" tqandnt, tganan, tqannu, natqan~n, ~annu, tganan,

~abbIt, ~t fabbaw, nrabbi, irabb!w, f abbi , rabbIw' tQannu.


,
trabbIt, tFabba, t~abbaw, natfabba, yatfabbaw, tfabba,
. Verbe de racine "assimilée"
tfabbaw.
III waldf "s'accoutumer"
L'inaccompli et l'impératif des verbes du thè- VI twafag "se mettre d'accord"
me I I ont toujours et partout la finale -1 ; ceux des walaft, wâlaf, walfu,nwalaf, iwalfu , walaf, walfu;
verbes du thème Y la finale -a.
twafaqt, twaf-;aq, twafqu, natwâfag, yatwafgu, twafaQ,
twafgu.
Thèmes III et YI

Le thème III exprime - à semi-voyelle ~


III eaw;Jn "aider"
- soi t une valeur "conati ve " (tension ou effort pour faire
VI teawBn "s'entraider"
une action) ;
~awent, eawan, eawnu, n~awan, iEawnu, eaw_n, -eawnu·
-- ,
soit la précision d'une direction, d'une incidence de t~awantt t~awan, téawnu, nqtiawan, yateawnu,
l'action sur quelque chose ou quelqu'un. teawnu.

Le thème VI est le réfléchi-passif du thème - à semi-voyelle ~


III .
Il marque volontiers la valeur conative interne , III é'ay:an "constater"
ou
externe (réciprocité). VI tzayad "renc hérir"
éaycmt, Eayan, Eaynu, neayan, iéaynu, .e.ay_n, Eaynu;.
Le radical du verbe dans ces deux thèmes pré-
sente la même physionomie. On tzaYddt, tzayad, tzaydu, n~tzayad, yatzaydu, tzay~d,
en traitera donc aussi
conjointement la conjugaison. tzaydu .

Verbe de racine "saine" y~E~_~~_E~=!~~_:~~!~~~~~~~~"


---------------------- III dâwa "soigner"
III ~
hala t "fréquenter"
62 63

VI tdawa "être soigné" Verbe de racine"défectueus " e


---------------------------
dawlt, dawa, dawaw, ndawi, idawIw, dawi, dawIw;
tdawIt, tdawa, tdawaw, natdawa, yatdawaw, tdawa,
nsrrt,
(3)n~ra "s'acheter"
---
nsra, ~,
.-
nansra, y;msraw.
. . -
L'inaccompli et l'impératif des verbes du thè- avec voyelle ~ final, à l'inaccompli.
me I I I ont toujours et partout la finale - ~; ceux des
verbes du thème VI la finale -a. Thème VIII

Thème VII Ce thème n'est fourni que par un nombre res-


treint de racines dans l'ensemble du Maghreb. Il cons ti-

Ce thème constitue le réfléchi-passif de ver- tue lui aussi le réfléchi-passif de verbes du thème fon-
bes du thème fondamental. I~ est inégalement en usage damental, avec peut-itre cette nuance que l'action est
au Maghreb: il est rare en Tunisie. Pour les verbes de réalisée "pour soi-mime" . La conjugaison des verbes de
racine "saine" et "assimilée", il comporte, au long de la racine "saine" présente l a mime alternance syllabique que
conjugaison , la même alternance syllabique que ceux du celle du thème fondamental.
thème fondamental. On entend irrégulièrement une voyelle d'attaque

La formative ~ ne s'entend pas nécessairement initiale à l'accompli. L'impératif est pratiquement inu-
précédée d'une voyelle d'attaque à l'accompli. L'impéra- sité.
tif est pratiquement inusité . Verbe de racine "saine"
----------------------
Y~E.e~_~~_E~~!~~_:~~!:~~" (~)jtm'~"se réunir"

(a)njfi~ "itre bles s é, se blesser" jtmait, jtmaé, jtdm~u, najtm04, yajtdrntu.

njFa~t, njra~, njaF~u, ndnj~a~, y~jarQu .

~~::~~ _~~_E~~!~~_:~~~::~~" (-a ) gtar.r "être contraint"


(~)ns~qq "se fendre" dta;rët, dtarr, 9tafF9, nagtaFf, Yd4taF~9'
;: '.. -~ "'.-'-'-'-
ns~qqItt nsaqq, nSdqq~t, nansaqq, y~nsaqqu .
y~::!?~-~~_::~~!~~_:~~~!~!!~~"
:y~::~~-~~_::~~!~~_:~~~!~!!~~" pratiquement pas d'exemple.
(~)nuz~n "itre pesé"
y~::!?~-~~_::~~!~~_::~~~~~~~"
nuzant, nuz3n, nW'aznu, ndnuzan, yanw~znu.
(~) rytaj "avoir besoin"
~~Ee~_~~_E~~!~~ _:~~~~~'~~" ~t.jt, ~taj, ~taju, na~taj,
('d)mbai. (Jnbat:) "se vendre" Cette flexion type connait deux variantes dia-
- - - -- --
mbaEt, mba€., mbaf..u, n(;lmbaL, ··. yamba€.u lectales aux deux premières personnes du singulier et du
avec voyelle ~ du radical, à l'inaccompli. pluriel de l'accompli: ~tâjt / ~tâjIt, ~tâjna / ~tâjrna
64

etc., exactement dans les mêmes conditions, et avec la Enfin, au Maroc, dans certains parlers citadins

même répartition suivant les parlers, que la conjugaison (Rabat-Fès), en Oranie et, sporadiquement, jusqu'à Alger,
du verbe du thème IX (cf. ci-dessous). à ces mêmes personnes de l'accompli, la voyelle formative
-a- demeure, mais les désinences sont suffixées au radi-
Verbe de racine "défectueuse"
---------------------------- cal par l'intermédiaire d'une voyelle prédésinentielle
C:2)~tha "avoir envie" -I- comme dans la conjugaison des verbes "sourds" du thè-
sthIt, ~tha, ~thaw, n3sthi, y.~thrw. me fondamental

La voyelle de l'inaccompli hésite, suivant les


parlers (et même à l'intérieur d'un même parler) entre -1 Thème.X
v ,_
et -a ~~stha, Ydsthaw.
Ce thème exprime généralement l'idée qu'on

Thème IX demande ou qu'on veut que soit réalisée la notion expri-


mée par la racine. I l est as s ez bien représenté à tra-

Ce thème (qu'il faut rapprocher des thèmes IX vers le Maghreb, particulièrement dans les parlers de

et XI du classique) forme des verbes exprimant une notion l'Est, et dans les parlers bédouins. Le préfixe Jst- y
revêt volontiers la forme assimilée ~-, la voyelle
de couleur, type hmar "devenir rouge", éten.du à des ra-
-'- - '
cines dénotant une qualité, type d'attaque tombant souvent ss-. L'impératif est en usa-
- -_.-
qbah "devenir méchant".
La voyelle initiale d'attaque, à l'accompli, n'est pas ge.
toujours entendue. L'impératif est irrégulièrement en
usage.
(d)st<3~baf "s'informer"
sta!}baft, st4lJbaf, stQëJbro, në)st~t!bar, y "a sthabro,

Cette conjugaison, qui suit celle des verbes "concaves" st~bbaF, stgdbf9'

du thème fondamental, comporte l'abrègement de la voyelle Verbe de racine "sourde"


formative -~- aux deux premières personnes du singulier
(a)st~all "tirer profit "
et du pluriel de l'accompli (avec variation possible de
st~alli t, st~all, stgallu, n-astg.all, yastgallu,
timbre Dmaçt/ Qm9rt). C'est la conjugaison habituelle
stgall, stgallu,
en Tunisie, et dans les parlers bédouins maghrébins en
général et jusqu'aux abords de Rabat. :y~E~~_~~_E~::!!:!~_::~~~!~!!~~"
("d) st9w1;an "choisir comme pays"
On entend aussi une conjugaison où la voyelle
st9w~~nt, stQwtan, stwa~nu, nast9w~an, ~wdtnu,
-a- formative se maintient à toutes les personnes du par-
fait, ~maFt, ~marna: dans les parlers de l'Algérie ci - ..
stowtan, stwatnu.

tadine et rurale et Jusqu'au Maroc (Tanger, Marrakech, Mais souvent la conjugaison ne comporte aucune
Salé, Jebala). alternance syllabique du radical: st?wtnu, y~t9W~nu.
66 67

Dans certains parlers bédouins, la première radicale w


y~E!?~_~::_E~~!~::_::~~~~~::"
se mue en a : ~tah.}~ "éprouver de la nostalgie".
tl~mm "être réuni"
Verbe de racine "concave" tlammIt, tlamm, tlammu, n a tlamm, yatl~mmu, tl.mm, tl~mmu
------------------------
(a)stjab "accueillir avec faveur ll

y::E!?!:_~::_E~~!~!:_::~~~!~!!~!:"
stjabt, stjab, stjabu, nastjab, y~stjâbu, stjab,
tuldd lIêtre enfanté"
stjâ~J
tuladt, tul~d, tW"dldu, ntul';ld, Ydtwaldu, tulad, twa-ldu.
où l'alternance vocalique longue / brève à l'accompli est
générale à travers t o ut le Maghreb. y~::!?::_~!:_E~~:!:~!:_:!:~~~2~~"
tbat.. "se vendre, être vendu"
~~E!?!:_:!~_E~~!!!~_~~~~~::~~~~~~"
tbdct, tbaE, tba€u, natbae, y~tbaEu, tba~, tb~u.
(~)stanna "attendre"
stdnnrt, stanna, st~nnâw, ndstanna, yast~nnaw, stann~ .Y!:E!?!:_:!::_::~~!~!:_::~~!!:!::!:~!:~~!:II
stônnaw. tabna lise construire, être construit l l
La voyelle radicale finale est toujours ~ . (à tabnIt, tabna, tabnaw, natbna, yatbnaw, tabna, tabnaw
l'exception du verbe astha "avoir honte" où elle est i avec,uniformément et partout, voyelle radicale finale -a.
yastJ;li).
Procédant d) un amalgame des thème s à préfixe . ~­

Thème dialectal à t- initial et à préfixe ~-,il se tr o uve des thèmes à préfixe nt- et
(~) tn- ; soit ntO:ljrah, tnajrah "être blessé"
Né,sans doute, sous l'influence analogique des ntajFaQt, ntqjfap, n~jarhu, nantajrah, y~ntjarhu;
réfléchis-passifs à t- initial des thèmes V et VI, procé- tdnjfa~t, tanjfa~, t~nja7hu, n3tn~jraQ, Y4tnjarhu.
dant respectivement des thèmes II et V, ce thème procède
Ce s o nt des réfléchis-passi f s de verbes au thè-
de verbes du thème fondamental généralement en usage. Il
me fondamental. Ils sont en usage dans le nord constan-
en constitue le réfléchi-passif. Il est très employé en
tinois (Djidjelli) et dans le Nord oranais (Tlemcen,
Tunisie et au Maroc, et dans les parlers bédouins en gé-
Traras) •
néral. Suivant les parlers, le t- initial est simple ou
redoublé; dans ce dernier cas avec une voyelle d'attaque
fragile: att-, tt-.

y~E!?~_~!::_E~~!~~_::~~!~~"

tablat:. "être frappé de stupeur"


tablaCt, tdQlaE, tQalCu, n~tnlaE, yathalcu, tdrylat,
..
thalEu .
68

2° Verbe guadrilitère C. ANNEXES A L'ETUDE DU VERBE

De caractère généralement expressif, les formes


peuvent procéder de verbes du thème fondamental en usage,
On donnera ici quelques indications sur l'em-
mais peuvent n'exister aussi qu 'au thème dérivé, comme
ploi qui est communément fait du verbe dans les parlers
tm~s~ar li se moquer de"
maghrébins.
tm~saart, tm4s~~r, tmashru, n~tm~sbar , y~tmasnru,
tmasbar, tmasbru,

Cette conjugaison type n'appelle pas d'observation.

Quelques verbes de racine "défectueuse" exis -


tent également, comme tEa;-ba-Yèltf:a.çba, "se conduire en a) L ' accompli (ou parfait) exprime l'action qui
arabe ll
• L'inaccompli est toujours en _~ . est déjà faite au moment où l'on parle : ~ ~andna u-msa
"il vint (ou est venu) chez nous et il partit (ou est
C'est enfin aux quadrilitères qu'on rattachera
parti}" . Il correspond grosso modo aux diverses notions
des verbes de racine anormale, soit au thème fondamental , exprimées par les temps du passé français.
soit au thème dérivé, comme sütaj "se conduire en sauva-
ge", ~ifa~ "envoyer" (cou.cant au Maroc), tt;Iram "faire le Mais il faut souligner que
coquin (Q.faimi)" , tqIbb31) "faire le méchant (qbIQ)", pour les verbes "résultatifs" qui dénotent le fait de
l)saib (s~aib) "penser, croire", s~ "s 1 imaginer", etc. "devenir dans un état", l'accompli indique que le pro-
qui foisonnent à travers le Maghreb, inégalement nombreux cès est réalisé au moment où l'on parle: il corres-
suivant les parlers . pond donc au présent du français : jti ~ t "je suis de-
venu affamé = j'ai faim" , kbilr "il est devenu vieux =
il est vieux"
- pour les verbes désignant une connaissance , un senti-
ment, une sensation, l'accompli indique (un peu à la
manière d'une notion résultative) que c'est chose faite
au moment où l'on parle: il exprime donc une valeur
de présent: .::q~lt3k "je t'ai reconnu je te recon-
nais", fhamtni w-ull "m'as-tu compris me comprends -
tu ou (non) 1" ;
dans les locutions empreintes de solennité , l'action
est, par anticipation , considérée comme réalisée
~ b-rabbi "j'ai juré = je jure , par Dieu" ;
dans les formules optatives , comme rahimahu llah "que
70 71

Dieu l'ait en sa miséricorde


Dieu te bénisse 1" ;
..
'" barak alI'ahu fIk "que l'action complétive ou attributive, quand l'inaccompli
est consécutif à un accompli ou un inaccompli, dans
- dans les expressions proverbiales, consignant une vé- les conditions où le français emploie l'infinitif:
ri té en quelque sorte atemporelle : 'alli fat mat "ce jIt nsufak "je suis venu te voir", ,nJi nsufak "je
qui est passé est mort" ; vien s (ou je viendr ai) te voir". Le lien de subordi-
- dans des phrases où deux verbes à l' ac compli se sui- nation, implicite, peut encore s'établir par une liga-
vent sans être séparés par la conjonction de coordin a - ture : ,It (El..!) bas n~üfak "je suis venu (je viens ou
tionJL-, le premier semble légèrement antérieur dans je viendrai) pour te voir" ;
le temps au second: ja basni "il est venu (= étant l'action actualisée, quand, notamment dans un récit,
venu), i l m'a embrassé" ; mais, réunis par u-, les l'inaccompli est consécutif à ~n accompli: u~"lt l-al-
deux verbes sont alignés sur le même temps ja u-basni jamat. nalqa bük "j'arrivai à la mosquée, (voilà que)
"il est venu et m'a embrassé". je rencontre ton frère" ;

b) L'inaccompli (ou imparfait) exprime le procès l'action qui dure dans le moment où une autre se réa-
en cours de réalisation, état ou action. Il dénote la lisait, o u se réali s e : l'inaccompli est alors précédé
durée plus que la localisation dans le temps. Le con- de la conjonction u-, qui introduit un rapport circons-

texte seul peut , en général, en situer le moment. On tanciel (c'e st le waw l-ryal du cl.) : nkar w-iqül,
peut distinguer yankar w-iqul "il nia, il nie en disant".
l'action contemporaine du propos: n aq ra "je lis,
j'étudie" ;
- l'action permanente : ad-~rari dIma y~~bkIw "les en-
fants pleurent toujours" ; Il s'agit, bien entendu, du verbe "être" em-
l'action qui va s'accomplir (valeur temporelle du fu- p loyé comme auxiliaire.
tur) : a§ ta.€.mal "que feras-tu, que vas-tu faire 1"
al kan précède un verbe à l'accompli : le complexe ex-
- l'action éventuelle, expression ambiguë du futur ou du
prime un temps du passé (passé simple, passé composé,
conditionnel : :asmaf. mlI? as
iqul-lak "écoute bien ce
plus-que-parfait, etc. l : kan msa "il était parti ",
qu'il pourra (ou pourrait) te dire" ;
baEd-ma kanat wazn êl t-li s-smId "après qu'elle m'eût
- l'action souhaitée, optative: yad!:al "qu'il entre 1",
pesé l a semoule" ;
rabbi inüb "que Dieu y pourvoie !" ;
l'action introduite par des tournures de défense, de h) kan précède un verbe à l'inaccompli: c'est l'expres-
mise en garde, de crainte : otanddk la-t~~tt "prends sion pe l'action qui dure dans le passé (imparfait du
garde de tomber" ; français) : kunt nÇ'anni "je chantais" ;
- l'action en cours d'accomplissement, quand l'inaccom- c) ikün précède un verbe à l'accompli: notation habitu-
pli est consécutif. un accompli : lqitha tabki "je elle du futur antérieur: yümkun ikun hraj "peut-être
l'ai trouvée elle pleure (= en train de pleurer)" ; sera-t-il sorti" ; et aussi d ' une valeur modalf'!
~kun 6malt kIfi "tu aurais fait comme moi".
72 73

ui pourrait mettre en doute


Notons aussi que kan peut précéder le partici - ainsi toute valeur modale q
t i de se dérouler ,
pe actif d ' un verbe , exprimant l ' action qui dure dans le la certitude du procès qui est en ra n
qui est habituel : a~ ka - td I r hna
passé: kan saki3n f - 3 1-rndIna "il fut habita n t C= il habi - ou qui dure , ou
. ..?"
tait) dans la vieille ville ". "qu ' est- ce que tu fa1.s 1.Cl. . •
de le placer après
Il est en outre possible
'd 1 passé: ka n ka - yark 3 b
kan , qui rejette le proces ans e
"il montait à cheval ", _"m~a::_:.'k~u~n.:t::-::S:...:k~a:-~n:::a:::~::rc:o'::.'::.f.:h:.:u::::. " j e ne les
m

L ' emploi de ce qu ' on appelle "préverbes " n'e s t connaissais pas ".
pas uniforme dans tous les parlers . Certains parlers en c) taw . C ' est en fait u rr adverbe de temps , qui
utilisent couramment , d ' autres les ignorent totalement . présent;-;ussi sous la forme ~ "maintenant ", usu -
se
Il est plusieurs préverbes . en Tunisie et en Libye . Dans ces parlers , il se pla-
el
v o l o n tiers , jouant le rôle de préverbe , devant un
al ka - /ku-. Visiblement tiré du verbe kan- ikün à ce
actualiser l ' action , ou en
l'accompli: l a forme ka - est celle des troisièmes per- verbe à l'inaccompl i , pou r
: taw nji " je viens , je viens ,
sonnes , l a forme ku - est celle des premières et deuxièmes n ote r le f utu r tou t proche
personnes. Le préverbe précède un verbe à l ' inaccompli , tout de suite " .
1 i t communé-
faisant corps avec lui t et exprime l ' idée bi / b . Les parler s de Libye emp 0 en
dl
de l ' action qui se déroule effectivement au moment où ~rbe soit sous c ette forme , soit sous la
ment ce p r eve ,
l ' on parle : ku - tajri "tu es en train de courir" , ka - -bbo d van t un verbe à l' i n a c compl i pour marquer
fo r me 1. , e , .
tabki "elle pleure " ; - -- 1 sibilité (parfois la volonte , l a f~ ­
l ' immi n ence , a pas
- de l ' action qui d u re ou qui se répète d'une façon in - l bÜk " i l est v enu parler à ton pè-
na l itél : ja b-ya d wi -
eux , ou je dési r e) m'en
dubitable ku -nb~f.. u -nasri IIje vends et j'achètell , r e" bbi-nam§: i "j e v a i s ( ou je P
huwwa IIi ka - ib~t. "c ' est lui qui fait les ventes ll • a l l:r ll • Il appartie n t e n même temps à l a flexio n v e r -

Ce préverbe , avec une alternance qui en carac-


ba l e d ' un i n accompli n ôbbi , ~ , Ydbbi , do~ t l ' a~com:
térise l ' origine , ne semble employé que par un type de
pli n' es t co nnu que sou s la forme négative ma-bIt- s , ~
parler , du Nord constantinois : celui de Djidjelli et de ba-s " j e ne veux , il ne veut pas "-
sa région .

bl ka . Sans doute de même origine que l e précé -


dent , mais figé , sans alternance a/u , ce préverbe s ' em-
ploie dans tout le Maroc , en concurrence avec une forme
ta.

Egalement p l acé devant u n verbe à l ' inaccompli ,


il exprime les mêmes valeurs que ka/ku, sou l ig n ant le ca-
ractère de réalité de l ' état ou de l ' actio n , et éca r tant
74 75

Ce qu'on appelle "inchoatifs", ce sont des


On en verra la véritable flexion verbale au
formes participiales ou verbales qui , placées devant un
chapitre des Pronoms personnels. Il joue le rôle d'un
verb~indiquent l'imminence, le début de l'action, et
"présentatif" : c'est-à-dire qU'il présente, constate
a ussi l'intention de l'accomplir.. Par extension, on
l'actualité (ou l'imminence) d'un état ou d'une action
rangera dans cette catégorie, des formes analogues qui
o u d'une existence, et en souligne la réalité: ~ani jIt
marquent la poursuite, la contipuation, l'achèvement de
"me voici venu", fak ta bdam "te voici qui travaille~' ,
l'action entreprise ..
Ida qal-lak iji ;ahu iji "s'il t'a dit qU'il viendrait,
et bien, il viendra". On le trouve devant verbes à l'ac- On distinguera les inchoatifs qui ont formes
compli et à l'inaccompli, mais aussi devant participes , participiales et ceux qui ont formes verbales.
devant noms et complexes prépositionnels, où il exprime
une valeur verbale d'existence expressément constatée: a) Formes participiales
.;:ahu jay "le voici qui arrive" , faki mF~Qa "te voici ma -
lade ll
;-ahum f-ad-da.;: "ils sont (bel et bien) dans la
,
masi, fém .. masya , pl .. masyIn, d'un emploi très général
maison".. On peut également entendre ,ça sans éléments au Maghreb : masi narkab "je me propose de, je vais
pronominaux .ça nha;: ~lat.. "voici que le jour s 'e st monter à cheval" ; quelquefois réduit à mas, invaria-
levé" .. ble : ma§ namilw "nous allons partir" ;
- ,çaya~ (.fay~ ) , fém .. ,çaYQa, pl. ,çay~In, qui s'entend
Les parlers du Maghreb connaissent aussi haw,
surtout en Algérie, rarement, sinon jamais, dans le
~, variable ou fléchi, qui a les mêmes emplois, et à
Maghreb oriental : klma ,çayJ:'la tapgu "comme elle allait
peu près les mêmes valeurs que ra .
le prendre" ;
- jay, fém. laya (jayya), pl. jayIn (jayyIn), qui est
courant aussi : jay yab-raj "il allait sortir" ;
- 9adi, fém .. gadya, pl . gadyln , qui domine au Maroc
(sauf à Tanger), avec souvent fém .. 9ada , pl .. gadIn
---- ------
connu en Algérie , pratiquement inusité en Tunisie et
en Libye: as {ladi tdIr "qu'est-ce que tu vas faire 7"·,
- baq~, fém. baqya, pl. baqyIn, au Maroc souvent fém ..
baqa, baq~n~ui marque partout la continuation de
l'action (d ans l'emploi de "encore, pas encore" qui
sera étudié au chapitre des Adverbes et l ocutions ad-
verbiales. I I . Expression du temps).
76
77

- qa~Dd , fém . qa~da, pl . qa~dIn, qui marque également la


dire (:::1. elle me dit alors)"
continuation de l ' action , l'aspect duratif; courant
~, proprement "devenir" , conjugué ~~rt nôktab-lu
dans les parlers sahariens et en Libye ryna gatctIn
"je me mis à lui écrire" ;
ndktbu "nous étions en train d'écrire"
bga , proprement " aimer , vouloir" , a parfois la même va -
- q~yyal , fém . q~yyala , pl .. q~yyalIn , proprement "pa s - leur.
sant la journée" , est particulier au ·Maroc et à l'Ou_
Ces divers verbes sont proprement inchoatifs
est oranais, dans le sens extensif "occupé à" c'est
en ce qU'ils expriment l ' idée du début de l'action ou
un adjectif verbal ayant valeur de participe présent :
l'intention de l'accomplir .
ana q~yyal ka -nag.dam "je passe mon temps (je s ui s oc -
cupé) à travailler" ; bqa , proprement "demeurer" , conjugué , s 'emploie aussi ,
- ttaddam . fém . paddama, pl. l1addamin , "travaillant", mê- en concurrence avec le participe baq~ vu plus haut :
me type de formation que le précédent , en us age dans bqët naqra n - nhar kamal "je demeurai à lire tout le
les mêmes parlers : hÇ)wwa haddam yane.as "occupé à dor- jour" ;
mir" . zad , proprement "continuer, ajouter", généralement
conjugué : zadna tkalla mna "nous continuâmes à parler",
b) Formes verbales zad yamsi "il continua à marcher" ;
- éad , proprement "devenir", parfois conjugué , le plus
qarn, proprement "se lever" , conjugué , d'usage pan- souvent figé et devenu particule invariable : Ead
maghrébin : q~mat tq~l "elle se mit à dire" ; t~h9.ar "elle se mit à parler " ; le terme exprime
nad "se lever", conjugué , même valeur, peu employé en l'idée de la continuation de l ' action , mais souvent
~

Tunisie ; avec ce sens particulier : "les choses en étant arri -


qead, propreme nt "s ' asseoir" , conjugué qaEdu yarkbu vées à ce point, voilà que (= alors) " ;
"ils se mirent à cheval" ; - éawad , proprement "recommence r", parfois conjugué, le
bda "commencer" , conjugué: bdIt na~t:.!~ " je me mis à plus souve.lt frappé d' invariabili té, notamment au ·'·a -
rire" ; roc: éawad darbatni
, , ti)d~abni
. "elle s 'est remise ,
- bQa "prendre , entreprendre", conjugué elle se remet à me frapper" . Le sens est voisin de ce -
"nous entreprimes de labourer" ; lui de "à nouveau, encore" , qu'on étudiera , ainsi que
ja "ven ir ", conjugué: jItu tgassüna "vous allez nous l'emploi de ~ad, au chapitre des Adverbes et locutions
mettre en colère" adverbiales. II . Expression du temps .
walla, proprement "devenir , revenir" , conj u gué , de mê - Ces termes expriment la continuation ou la re-
me valeur , avec une nuance d'action réitérée: wallIt prise de l ' action entreprise .
tabdam mlIl) "tu te mets (tu te remets) à bien travail-
~, p roprement "terminer ", tantôt conjugué , t antôt
ler"
invariable , indique l'achèvement de l ' action : t~~m
dar , proprement "se tourner (vers) ", conjugué
brajt, tgffim n C1!'!raj "j' ai fini , je finis par sortir (ou
tqül - li, ou darat-li (ou flyya) tgül "elle se mit à me
78

en sortant ) finalement je sorti s , je s ors".

L E NOM
La li s te de ces incho a tif s n'épuise sans doute
pas la matière. L'énumération qu'on en a faite s e con-
tente d'indiquer les u s ages qui pr é dominent. Cha que
parler peut comporter d'autres incho a tifs, qui lui s ont L'étude du nom c o mprendra l'examen des substan-
particuliers. Il est à noter que nombre d'inchoatifs tifs et des adjectifs.
peuvent être suivis d'un verbe conjugué; mais aussi On traitera d'abord des Noms verbaux. Ils ap-
d'un participe présent, con s truction qui semble particu- partiennent à la catégorie no~inale, mais ils sont spé-
lièrement en honneur dans le Maghreb occidental : zad cifiques en ce qU'ils procèdent le plus souvent de for-
jay küll-yÜm "il continua à venir chaque jour", t;ad mes verbales en usage, dans le schème qui est le leur,
qasad l-3l-jamat "il continua à se diriger (= il se di- au thème fondamental et aux thèmes dérivés.
ge~ alors) vers la mosquée ll , tdmm (tammat) m.rabbyatu
Puis on passera en revue les Thèmes n o minaux du
"elle acheva de l'éduquer (= fin a lement, elle l'éduqua )lt.
singulier, en soulignant chemin faisant la tendance dia-
lectale qui porte à créer ou à adopter des formes typi-
x
ques correspondant à des catégories sémantiques.
x x
Ensuite on verra ce qU'il en est de la flexion
On observera, en guise de conclusio n, que la du nom dans l'expression du Nombre et celle du Degré.
multiplication des préverbes et inchoatifs dans les par- Au singulier s'opposent deux nombres, le duel (dont on
lers maghrébins suit une voie qui avait été ouverte par constatera la régression notable) et le pluriel. Le de-
l'arabe ancien. Elle ré pond aux besoins de pallier l a gré du nom, c'est l a représentation qui en est donnée en
carence de l'expression temporelle du verbe a rabe no- partant de ce qu'on peut appeler sa "dimension norma le"
tamment dans l'usage de l'inaccompli, elle r é pond aux l'élatif et l'intensif d'une part, le diminutif d'autre
besoins de dissiper l'ambiguïté qui règne entre la v a - part.
leur du présent (momentané ou dur a tif), l a valeur du fu- Sur le Genre du n o m o n ne donnera que des indi-
tur et la valeur modale, valeurs diverses que le fran- cations s o mmaires, faisant ressortir la tendance des par-
çais distingue par l'emploi circonstancié du présent de lers maghrébins à opposer le féminin au masculin par un
l'indicatif, du subjonctif et du conditionnel. indice caractéri s tique : la finale -a.

Enfin, au chapitre de l'Etat du nom, on exami-


nera l'u s age qui en est fait, indéterminé, puis détermi-
né par des article s , défini et indéfini (ce dernier de
création dialectale), enfin inclus d a ns un rapport d'an-
nexion.
80 81

tlam "savoir" maélum maéluma maElumin


ha~t " poser" md~~çt mdry~9~a
A. NOMS VERBAUX
.
mahtotën
" . .
uz'dn "peser" muzun muzuna muzünIn
avec les variantes m9 wzun et, chez les bédouins
Ils comprennent les participes et les noms d' Oranie, dans le Sud tunisien et en Libye, m~yzün,
T' - - _
d'action, et correspondent généralement à des formes ver- m~zu..n, mazun.
bales en usage. nsa "oublier" mansi m~nsi~'ya m.1nslyyIn
avec, au féminin et au pluriel , les variantes
mdnsya, mansyIn (sans red ou blemen t de la semi-
voyelle finale) dans les parlers de Tunisie,de Li -
bye, et souvent au Maroc .
Les verbes ne forment pas tous des participes. kla "manger" mUkül mUküla muküIIn
L'usage seul révèle les formes de participes qui sont hda "prendre" muvüg muoüga mUlJügIn
---=--
possibles. et aussi m~ykül,

1.- Verbes au thème fondamental 2 .- Verbes aux thèmes dérivés

1- 2 3
Le participe actif est R aR vR au masculin Le participe actif et le participe passif sont
, 1- 2 3~ )
au fernin!n, R aR R ~n au pluriel : confondus dans la forme, dans tous les parlers maghrébins
(à l ' exception de certaines distinctions qui peuvent
"devenir complet" kamal kamla kamI In
"saisir" sadd sadda ~addIn
exister dans les parlers du Sud tunisien et de Libye).
Le sens passif prévaut généralement dans l'usage. Le
ib.s IIdevenir sec" yab~s yabsa yabsIn
contexte permet seul de déceler le sens actif, quand
haf
~

sra
"avoir peur"
"acheter"
hayaf (hayf)
~

sari
---- hayfa
~

~arya
-
hayfIn
saryln c'est lui qui est envisagé.

k1a "manger" wakal wakla waklIn Le participe est constitué par le radical du
hda
~
"prendre" wahad
~
wahda
wa!}ç!In
~
verbe au thème dérivé précédé du préfixe m-. Ce préfixe
à côté de ces deux derniers, on entend aussi mak~l est suivi ou non d'une voyelle brève, suivant que la po-
et mahad.
~
sition est celle de la syllabe fermée ou de la syllabe
"venir" m laya layIn OUverte.

et aussi mâj i.
Le perticipe (actif et passif confondus) du
verbe quadrilitère au thème fondamental, comme au thème
Le participe passif est mvR R uR
1 2 - 3 au masculin
dérivé , est f '
orme, -
de la meme manière que celui du verbe
82

trilitère aux thèmes dérivés, par le préfixe ~- :


II. Noms d'action (masdar-s)
~=:=3:========:===Z===:=
mb'd Qba J:l "enroué", comme msa gg a m "dressé" t ma tbalho t "mys-
tifié" , comme ma twaho as "dépaysé".
:Lls servent à exprimer "le fait de ••• (accom-
Les participes des verbes de racine "défectu- plir une action, transitive ou intransitive, devenir dans
euse" ont uniformément la finale -1 : msammi "nommé", un état)". Ils s'apparentent à l'infinitif français,
mc t.çabbi "éduqué", ms a rbi "servi", avec un féminin et un mais ne lui correspondent pas rigoureusement. Ils appar-
pluriel hésitant, suivant les parlers, entre les termi- tiennent au système verbal parce qu'ils procèdent de for-
naisons -iyya, -iyyIn et -ya, -yIn (ces dernières préva- mes verbales en usage (et évent~ellement parce qu'ils
lant dans l'ensemble du Maghreb). peuvent comporter telle rection propre au verbe. corres-
pondant), mais ils appartiennent au système nominal parce
qu'ils revêtent des formes de noms, et qu'ils ont le sta-
tut syntactique des substantifs.

a) Thème fondamental

La délimitation précise entre noms d'action et


noms désignant une notion abstraite (susceptible d'être
concrétisée) est souvent malaisée à établir : ex. bki
"fait de pleurer", bka "pleurs".

La plupart des schèmes de noms d'action sont


dénués de spécialisation sémantique. Mais il en est qui
1 2- 3
en comporte (comme par ex. le schème c c uc pour les
verbes exprimant un mouvement, une attitude du corps).
Il est aussi possible qu'un même verbe puisse fournir
concurremment tel ou tel type de masdar, l'un d'entre eux
ayant valeur sémantique particulière (comme par ex., de
fh a m, f 'd hm "fait de comprendrel! et fhama "manière de com-
prendre") •

- Schèmes à" vocalisme bref

Ils sont abondamment et partout représentés


dans les dialectes maghrébins.

Pour les verbes de racine saine et assimilée,


84 85

123 123 bëE a "une vente", ja rya "une course" etc.


c'est en général c vc c , plus rarement c c vc -"-'--
de ~;-ab, 9-afb "fait de frapper", de kbdr, kabr (kubr)
"fait de devenir grand", de uZ"Jn, wëlzn "fait de peserll,de Schèmes à vocalisme long
ibas, y.abs "fait de devenir sec" l 2- 3 l 2- 3 1 2 3
~ Ils sont de type c c ac , c c uc , c c Ic •
mais aussi: de étâ;;, é1:a9 "fait d'éternuer".
c ac , qui n'est pas tr è s largement repr é sen te' d ans
c 12-3
1 2
Pour les verbes de racine sourde, c'est c vc le Maghreb :
2
c de t-l<lb, tlab "fait de demander", de tab-itüb, twab "fait
de sabb, sabb "fait d'insulter l1 •
de se repentir", de qas-iqIs, q yas "fait de mesurer", de
Pour les verbes de racine concave, c'est, sui- tab-i t~~, tyab "fai t "de deveni'r mûr".
,
vant la semi-voyelle radicale mediale, c 1-
uc 3 , c II c 3 1 2- 3
- c c uc t qui, partout au Maghreb, caractérise des
de ~am-i!?9m, ~qm "fait de jeûner", de baE.-~, ~ "fait verbes exprimant un mouvement, une attitude du corps :
de vendre l l •
de~, ~ "fait d'entrer", de uqaf, uqùf "fait de se
Pour les verbes de racine défectueuse, c'est mettre, d'être debout", de sjad, sjùd IIfait de se pros-
1 2 1 2 terner", de sk'dt, skut "fait de devenir, d'être silen-
tantôt c c i, tantôt c c a, tantôt (infiniment plus rare)
1 2 cieux" •
ecu :
de jra-Ydjri, jri "fait de courir Il , de bqa-Y !3bqa, bqa Au Maroc, ce schème est concurrencé par le schème précé-
- -- - -- - - - -- dent :
"fait de durer", de ~fa-Y~7f~, .9 f9 "fait de devenir lim-
pide ll
,
de jlds, jlus et jlas "fait de s'asseoir", de rqad, rqüd
mais, d'une façon générale et partout au Maghreb, c'est et rqad "fait de dormir".
1 2 123
le schème c c i qui semble le plus caractéristique du - c c Ic , qui est, dans tout le Maghreb, de beaucoup
nom d'action. Il arrive que, quand, dans un même parler, le plus fréquent: c'est celui qui est le plus en honneur
deux schèmes sont représentés, procédant de verbes de ra- pour les verbes d'action (peut-être sous l'influence ana-
cines proches (sinon de la même racine), ils expriment " lc
logique du masdar du th è me II:t vc 2I c
3) :
souvent deux notions différentes : de gla-yagli, gli de S~d l,:l, s~~lf "fait de danser" ; de gsal, gsIl "fait de
"fait de bouillir" ; de gla-yagla, gla "fait de devenir laver".
cher". A noter enfin que, dans les parlers tunisiens et
libyens, les deux premières radicales dans les schèmes à ah 1 2_ 3 1 2- 3 l 2T 3
~ Ils sont de type c c ac a, c C uc a t c c lC a,
finale :-i_ ou -:J!., sont séparées par une voyelle brève où la finale -a, inhérente au schème, n'est pas la marque
(maintenue par l'accent) : jdri (et non jri), gOlu (et - l 2 3
du singulatif (elle peut l'être pour le schème c c Ic a).
non ~lu ) "cherté (de la vie)". 1 2- 3
c c ac a t qui ne forme pas de très nombreux masdars
Le fait de tirer un singulatif du nom d'action de fham, fhama "fait de comprendre", de zaF-iz9f, zya.ra
par adjonction de la finale -a tend à le concrétiser : "fait de visiter l l •
da,çba "un coup", wël zna "une pesée", s 'd bba "une insulte", Mais la série est enrichie

86

d'une part, de noms exprimant la manière de faire, Il est particulièrement fréquent, pour toutes
d'où l'exercice d'un métier: les catégories de verbes, dans les parlers de Tunisie,
de ktab, ktaba "fait d'écrire (écriture)", de et dans les parlers de Libye.
flaQ., flarya "fait de cultiver (agriculture)".
La construction du complément direct d'exté-
- d'autre part, de noms expri mant un état, une qua- riorisation de la notion verbale (maféül mutlaq du clas-
lité (avec correspondance fréquente avec les ad- sique, type "vivre sa vie" du français) l'emploie avec
jectifs c1e2l-e 3 , et avec les verbes du th è me IX prédilection, partout f~ ~ l f ; §lan "être pris d'une fai-
2 3
c 1 c âc ) : blesse".
qbaJ:la "fait d'être méchant", mlâtta "fait d'êtrt!
Sans doute issu du masdar en -an, un masdar en
bon", ~fafa "fait d'être poli".
-aniyya se rencontre sporadiquement au Maghreb
- c 1 c 2 -ue 3 a, qui forme des noms expr i Mant une couleur et de fa!}-ifûb, fûhanÏyya "fait de se vanter, de s'enfler".
aussi un état, une qualité (ressemblant à ceux du para- Le suffixe -aniyya peut aussi parfois contribuer à former
graphe précédent, et parfois avec les mêmes correspondan- des masdar-s de thèmes dérivés.
ces) :
l)m9~a "fait d'être rouge", Q.f9sa "fait d'être rude", - Schèmes à préfixe
brüda "fait d'être froid".
I l s'agit du préfixe m-
(masdar "mImI" du cl.).
1 2
- c c rc 3 a, qui forme des noms exprimant le résultat - ---- ,
Il ne constitue pas un type fréquent de masdar. On peut
d'une action (souvent violente), mais aussi des singula- en considérer les exemples en usage comme des éléments
2 3
tifs du schème c l c rc : de vocabulaire, généralement hérités du classique: ainsi
qtIla "fait d'assassiner", t::;-~qa "fait d'incendier", de l';l a bb, ml'). a bba "fait d'aimer", de lam-ilûm, mlam "fait
gbIl)a "un égorgement". de blâmer".

- Schèmes à suffixe b) Thèmes dérivés


Il s'agit du suffixe -an. On trouve de tels
noms d'action dans tout le Maghreb, pour certains verbes Les noms d'action comportent la valeur séman-
de racines saine et assimilée, et pour un très grand nom- tique de la dérivation. Ils dénotent "le fait de ••• ",
bre de verbes de racines sourde, concave et défectueuse, mais fréquemment lorsqu'on ajoute aux formes en usage la
comme finale -~, ils acquièrent une valeur concrète.
de gfa r, 9c$fran Itfait de pardonner", de uO.:ll, wa1)lan
"fait d'être embarrassé", de Fadd, ;:-addan "fait de ren- - Thème II
dre", de faq-if~q, f~qan "fait de s'éveiller", de qga-
yaqQ~, qagyan "fait de faire des emplettes l l , de b-ra- senté :
----- ---
yaDra, 1] e ryan "fait de déféquer lt • de s a bbar, t as bIr IIfait de mesurer à l'empan", de waqqat,
88

tqwqlt (tuqIt) "fait de déterminer le moment", de ~9WWél.çt II


ta~w~+ "fait de reproduire en image", de sayyaq, ti3sy~q de e..ânad, teanId "fait de rivaliser, controverser", de
IIfait de laver par terre", de tladd'c3d, taJ:1dlct "fait de ganan, tg an In "fait de contredire obs tinément l l •
repasser (au fer à repasser)"
Pour les verbes de racine défectueuse on peut
avec possibilité fréquente de former un singulatif;
rencontrer, suivant les parlers, de dawa-idawi, mdawya
de gaklco r t'8gkIr "fait de faire se souvenir" t t "éJQklra
et, analogique du masdar du thème II~a~fait de
t

"souvenir".
soigner l l •
Pour les verbes de racine défectueuse, il y a
1 2 1 2..,
hésitation suivant les parlers entre te vc ya, tvc c lyy~ - Thème V
1 2
tvc c ya (la nature phonétique des deux premières radica- 1 2 2~ 3
Assez peu d'exemples du masdar tc vc c uc ,
les pouvant, dans un même parler, entrer en ligne de
hérité du classique (avec conservation du timbre de la
1 2 2
compte pour l'option entre tc vc ya et tvc 1 c 1yya>, soit, 1 2 2- 3
voyelle ~, souvent allongée tc vc c uc ) , et ressenti
de .çabba lIéduquer" , t.çôbya, qui prévaut dans les parlers
comme terme littéraire :
marocains et de l'ouest algérien, tafblyya, qui est le
de tkabbar, tkabbur, tk Cl bbür "fait de s'enorgueillir".
plus fréquent dans les parlers sédentaires et citadins
Tous les parlers maghrébins préféreront recou-
du Centre et de l'Est algérien, tarbya (t?+bya), qui do-
l 2 3
mine dans les parlers bédouins d'Algérie, dans les par- rir au masdar du thème II, tvc c Ic étendu à l'usage du

lers de Tunisie et ceux de "Libye. thème V.

Un autre masdar, moins en usage, mais repré-


1 2_ 3 - Thème VI
sen té à travers tout le Maghreb, est tvc c ac
1- 2 3
de 9__ mmëlm, tabmam "fait de réfléchir". On a très souvent un masdar mvtc ac c a :
de t~afab, mat~arba "fait de se frapper l'un l'autre",
- Thème III de tgara 5 (tharas), matgarsa (matharsa) "fait de lutter

2 3 ensemble".
Deux formes sont en concurrence : c l c ac et
1- 2 3 Mais le masdar du thème III sert aussi de masdar au thè-
mc ac c a. La deuxième est plus commune que la première
me VI.
parce qu'on la sent plus caractéristique du thème (voyel-
le a après RI)
- Thème VII , VIII , IX
de far a q , fraq "fait de se séparer de", de fas "a l , f~al
--'-- Les masdar-s sont hérités du classique, et ra-
"fait de trancher un litige", de balat, mbal-ç.a "fait de
rement employés, sinon par des lettrés ou demi-lettrés;
fréquenter", de ba~'ëJm, m!}a~ma "fait d'être en contesta-
tion". peut-être sont-ils plus courants en Tunisie et en Libye
de anqlab, ;;lnql2lb "fait d'être bouleversé", de "oltmat. ,
Sporadiquement en Algérie, on entendra aussi un
~jtmaE:. "fait de se réunir", de sfar , sfrar "fait de
masdar tc 1-
ac 2r c3, analogique du masdar tvc 1 c 2 lc 3 du thème
"~ ...1-....!.-.<-

devenir jaune (coucher de Soleil , à Tlemcen)".


90

- Thème X
, l 2- 3
Il Y a hesitation entre astvc c ae , du classi-
que, et astvc l c2re3t analogique du rnasdar du theme
. II, le
premier étant seul en usage en Tunisie et en Libye
de stqall astaqlal "fait de devenir indépendant" B. THEMES NOMI NAUX DU SINGULIER
de stdl)ba~ asta tJblr "fait de s' informer ; et de préluder
(musique)"
En dressant le catalogue des thèmes nominaux
avec, au Maroc, une métathèse possible du préfixe st )
du singulier , on ne prétend pas , examiner dans le détail
ts
toutes les formes des noms en usage dans les parlers
de stagt;a" stag~~t:, tS;}g~~t.. "fait de faire un saut de
maghrébins. Cela entraînerait naturellement à pousser
cabri" •
fort loin, presque à l'infini, l'étude des éléments du
vocabulaire nominal. Ce serait une entreprise témérai-
- Verbes guadrilitères
re, et même, peut-on penser, actuellement irréalisable.
Qu'il corresponde au thème fondamental ou au
On se bornera à énumérer les types caractéris-
thème dérivé, le masdar, quand il est employé, revêt ha-
123 tiques, des séries nominales, en écartant l'examen des
bituellement la forme te vc c le 3 , analogique du masdar
cas particuliers qui sont très nombreux dans chaque par-
du thème II trilitère:
1er; à plus forte rais o n dans l'ensemble dialectal de
de n~ll~nal:l tnai';tnI~ "fai t de hennir", de tmêlshar tmasblr
l'Afrique du Nord.
"fait de se moquer",
l 2 3- 3 On traitera successivement des thèmes à voca-
et éventuellement au Maroc te vc c ue
de bal)bal;l tbal;lbIl) et thahbüh "fait d'être enroué" . lisme bref , des thèmes à vocalisme long, des thèmes com-
portant redoublement de la radicale médiale, des thèmes
à préfixe, des thèmes à suffixe, en distinguant, chemin
faisant, les trilitères et les quadrilitères. En annexe
figureront quelques spécimens de noms considérés comme
inclassable s .

Pour ce qui est des bilitères, on ne leur fera


pas de place à part. On se contentera de noter que la
tendance générale, déjà ancienne, et confirmée dans le
domaine dialectal, consiste à leur conférer une trilita-
rité secondaire . Ils constituent dans les parlers un
résidu lexical, composé de cas particuliers, qui s'in-
tègrent au reste diversement, et souvent malaisément,
dans le système de la dérivation.
92 93

1 .- Types à vocalisme bref


voyelle!.. mi-longue, ou ~incolore et ultra-brève ..
Trilitères
----------On reprendra ici l'exposé qui a été fait à pro-
2) Ensuite, parce que, dans de nombreux parlers,

pos de la Syllabe , dans le chapitre consacré à la Phonéti- il n'en est pas systématiquement de même pour les noms
l 2
dont le prototype ancien est monosyllabique, type R vR
que . On a dit que le renouvellement de la st~ucture syl -
R 3 , et pour les noms dont le prototype ancien est dis-
labique des mots, dans les dialectes maghrébins , était dû,
l 2 3
syllabique, type R vR vR pour les uns, le groupement
pour une très large part , à la ruine du vocalisme bref.
l 2 3
syllabique du mot est tenté de demeurer R vR R ; pour
Pour les noms à vocalisme bref et à radical nu
I 2 3
(c'est-à-dire sans finale - a , ni suffixe) on soulignera les autres, il devient volontiers R R vR •

à nouveau le jeu de deux tendances : 3) Ensuite encore, parce que, dans les parlers
- l'une qui consiste à ramener à un type monosyllabique les plus novateurs, ceux où apparaît plus estompé le
l ' héritage des noms anciens dissyllabiques (comme sentiment de ce qu'était l'état syllabique du mot de
f~éal, faéul, fae:.11, fUE:al, fil::à'l) l'héritage ancien, les consonnes radicales ont pu exer-
l'autre qui consiste à conférer un groupement syllabi - cer une action phonétique qui détermine la répartition
l 2 3 2
type R R vR (donc avec voyelle brève entre R syllabique (c'est-à-dire la place qu'élit une voyelle
à l'héritage des noms anciens monosyllabiques brève dans une séquence de consonnes) : soit en mainte-
(comme fa~}, füel , fi~l), et à l'héritage des noms an - nant la voyelle à la place où elle était, soit en provo-
ciens se réduisant au monosyllabisme. quant son déplacement. C'est ainsi que les liquides !'
Ce ne sont là que" des tendances . Elles sont do - ~, ~, et, à un moindre degré, les labiales m, b, f, ont
minantes en nombre de régions. Elles le sont moips en tendance à maintenir la voyelle avant elles, ou à l'at-
"
d'autres. La réalité est très complexe. tirer à cette place. Des exemples de cette action pho-
1) D'abord, parce qu ' i l s 'en faut de beaucoup que, nétique peuvent être pris dans le cas de :
dans tous les parlers maghrébins , joue d 'une façon abso - anc. j'amal "chameau" dial . jmal ; anc. fajr "aube"
3
lue la règle de la chute de la voyelle brève en syllabe dial. fjar, où la liquide est en R ;
ouverte (c'est-à-dire dans la position v + consonne + anc. hanas "serpent" dial. hans ; anc. qlrd "singe"
voyelle). Ainsi , on l'a déjà dit, dans les parlers bé- dial.·qard, où la liquide e~t en R2
douins de Libye et du Sud tunisien (Nefzaoua), on consta- On constate que, selon les parlers, suivant que l'influ-
te que , de la voyelle brève ancienne de timbre~, il sub- enCe phonétique des consonnes radicales prédomine ou
siste toujours quelque chose: soit une voyelle ~ dans s'avère moindre, il y a des cas d'héSitation, comme par
tels environnements consonantiques; soit une voyelle ~ exemple dans
3
ou i ou a dans tels autres environnements. Ainsi aussi, anc. bat)r "mer" dial. ~ ou ~ (liquide en R ), ou
dans les parlers bédouins des régions sahariennes du Sud encore anc. faras "jument" dial. faFs ou ~ (liquide
2
algérois (Bou-Saada, Chaamba, Laghouat) , où la voyelle en R ) .
brève ancienne de timbre a, dans de nombreuses séries
4) Enfin, parce que des série s morphologiques
morphologiques, est conservée sous la forme d 'une
peuvent posséder une action normative oui impose aux
95

1 2 3 2 3 l 2 3
noms la répartition R VR R , ou la répartition R1 R vR , 4) Type R vR R a
nonobstant le souvenir de l'état syllabique ancien, ren- C'est le féminin des types précédents, qu'il corres-
forçant ou neutrali sant l'action phonétique des conson- ponde ou non à des masculins en usage
kalma "mot, parole " z~bda "beurre frais", sabka
nes radicales.
2 3
C ' est ainsi que le type syllabique R1v
--- , -'--
R R s'impose volontiers aux noms d'action, comme dans "filet".
anc .. huzn "fait d'être triste", dial. ~ ; Procédant d'une forme masculine, il désigne soit le
-- - 2 3 " -
et que le type syllabique R1R vR prévaut généralement féminin sexué, soit le singulatif nom d'une fois,
dans la série des collectifs, comme dans soit le singulatif nom d'unité
anc. nabl "palmiers", diai. nhal. t-çfla "fillette n , fJ.a;-ba "êoup", l')aj-ra "pierre".
- "-
Il forme aussi, d'une façon constante, le féminin
l 2 3 des noms dits de "couleurs et difformités" (don t le
1) Type R vR R
I l est revêtu par un très grand nombre de noms, con- masculin revêt le type 50)
crets ou abstraits kahla "noire" é.amsa "chassieuse", ryarnqa "folle,
- -'- '
barq
, "éclalr ll
, garb "couchant Il , jald "peau", _~dlj sotte" •
"neige", l 2 3
5) Type R vR vR a
2
et c'est celui, on l'a vu, qu'admettent de préférence Ce type, qui comporte une voyelle brève entre R et
des noms d'action R 3 , en syllabe ouverte, est rigoureusement impossible
ja.;-ry "fait de blesser", rabh "fait de gagner, gain'! dans les parlers marocains, algériens et tunisiens.
l 2 3 Il n'apparaît, dans des circonstances particulières,
2) Type R R vR
Il n'est pas moins courant que le précédent et recou- que dans les parlers libyens, e~ éventuellement,
vre les mêmes notions dans le Sud tunisien (Nefzaoua)
shl1r; "mois", msat "peigne", jb~l nmontagne", l}baf' haldma "bout de sein", lugurya "près de mettre bas
"nouvelle" ; (chamelle)", safafa "épine de palmier".
il compte notamment beaucoup de collectifs ParfoiS, dans ces mêmes parlers, et pour les mêmes
b!?al "oignons ", é~ab "brou ssaille" , gnam ou gl~m mots, le groupement syllabique évolue tantôt vers
lIovins" .. ~~lma, lug~a, saEfa j tantôt vers ~ldma, 19ü~a,
l 2 3 séafa.
3) Type R vR vR
l 2 2
Ce type comporte un aspect syllabique qui apparaît 6) Type R vR R
s urtout dans les parlers bédouins.. Il est fréquent C'est celui des noms de racine IIsourde"
sarr "secret" é.a mm "oncle", ~arr "mal" hass
en Tunisie.. Il est courant en Libye ..
, -'-- --"-" , -' - -
l}ubm "jugement", éaha d "pacte", ga~a.;- "fort, ci ta- "brui tU.
delle". Il est revêtu aussi par d'anciens trilitères comme
Il semble très difficile,sinon impossible dans les f <Jmm "bouche", damm "sang", y a dd "main" ; ce der-
parlers citadins et sédentaires. nier étant la forme des parlers citadins et ruraux;
-
97

1- 3
ainsi que par des mots qui ont subi une réfection ll) Type R uR a

secondaire comme Féminin du précédent , il comporte , dans les mêmes


~ "un" (anc. "'ahad) t baIl "chameaux" (anc. conditions et suivant la même répartition dialecta-
~), n9s~ "moitié, milieu" (anc . nr~f), "",oss le, les mêmes variations diphtoniques et vocaliques:
_0_0_0

"milieu, centre ll
(anc. wasaç>, et, courant dans le s~wka , SÇ)ka , süka "épine" ; nè?wba, nqba, nüba
Nord algérois, watè "visage" ~anc . wujh). "tour de rôle" sQwda, ,s Qda, süda "noire" ; bü-
1 2 2 ma "chouette" ..
7) Type R vR R a
C 'est sous ce type qu'on rangera l'ancien bilitère
Féminin des précédents
l~~~t "langue", dial .. lü~~ ..
jabba "robe", ~ "santé", galla "récolte (et
1~ 3
fruits)", qatta "chatte", sdbba "cause, insulte". 12 ) Type R 1R
_ _0 _ 0 -
I 3
1- 3 De même que pour les noms de type R üR , la voyelle
8) Type R aR
Ce sont des noms de racine IIconcave" qui ont. ce
demeure -1-; ou la diphtongue est conservée -~y-, ou
partiellement réduite -~-, ou complètement réduite
schème ~
-~- :
_bab
_ "porte" ' -----f....
dar "maison" , jar
~ II v oisin" , ~ "op-
, b~yt, b~t, bIt "demeure, chambre" s~yf, ~, sIf
probre" , djaj , jaj "poules, gallinacés l l ,
" sabre " ; jIr "chaux" .
auxquels on joindra le pluriel nas II gens ",
o~ L ' ancien bilitère yad "main " est ijyd, Id, dans les
et des noms où, primitivement, R était un hamza,
parlers bédouins.
comme bas "mal" ; ou un ~t comme kaf "falaise, pré-
Quant à bIr "puits", 9Tb "chacal", ils proviennent
cipice " ..
respectivement d'anciens bi'r, dI'b.
9)
1-
Type R aR a
3
13) Type R1~ 3
1R a
Féminin du précédent
Féminin du précédent
saE.a "heure", t:aja "chose", ~a€.a "obéissance",
s~yha, ~~1]a , sI~a "femme âgée" ; ~~yma, .l}~ma,
j'ara "voiaine", fara "souris" ..
lJIma "tente" ; ~YQa, b~Qa "blanche" ;
__
0 - __0 _

jIfa "cha-
10) Type R uR
1- 3
rogne, viande non consommable ".
y ~t
Procédant d'anciens fÜl, les noms dialectaux sont, C 'est sous ce type qu'on rangera les anciens f~~a
- 1- 3
dans tous les parlers, R uR Mais dans les noms qui ont acquis une trilitarité secondaire par alloo-
qui procèdent d'anciens fawl, la diphtongue est, gement de la voyelle ~ , comme
dans les parlers bédouins, conservée - 9w-, ou par- jIha "direction", t~qa "confiance H, ~~ta "descrip-
tiellement réduite -0- ;
~
tandis que les parlers ci- tion, caractéristique".
tadins et ruraux ne connaissent que la diphtongue 1 2
14) Type R R a
complètement réduite à -ü- Il regroupe de s noms issus des anciens fa Ea , tâta'
nÇiwm, n9m, nüm "sommeil" q9wm,~, Qum (güm)
~l:a "moulin à bras", E ~a "bâton", sma Hciel", é~a
"troupe de gens (à cheval)" ; tüm "al1 n oo
98 99

"dîner" "fortuné".
qui sont confondus avec une voyelle a de longueur On citera encore dans ce type s~y, si "chose", et,
indéterminée . usuel dans les parlers bédouins, d~y "bruit".
Le terme qui désigne "femme" est mra' tantôt m-Fat-
-'-' 18) Type R1 vR 2 ya
en rapport d'annexion, au Maroc et dans le Sud tuni-
Féminin du précédent
sien, tantôt ma~t- (rnQ{t-) ailleurs. Provenant
kudya "colline ll , dunya, d<1nya "bas-monde l l , j arya
d'anciens bilitères, gra "sorgho", sna "année" ont
"course" ,
été ramenés à ce type. Notons aussi le pluriel ~
et i-adya ou jd1yya "chevrette", gn~yya "fortunée"
"femmes".
(qui pourrait être classé' .sous le type 34).
15) Type R!Ru
C'est l'héritier des anciens faEw (fUEW , fIéw) et
fat..uww.
Ils comportent généralement une répartition
Dans les parlers bédouins dl Algérie et en Tunisi'e, 2
dans laquelle la voyelle brève sépare RI de R •
s uivant le prototype ancien, et selon la nature de
2 1 2 1 2 2
R , le type est R vR u, non R R u. Partout ailleurs 19) Type R1 vR R3 vR 4
1 2 ri s'agit de noms concrets comme
c'est R R u
j a.çÇ>, j,q "chiot" ; l)olu, J:lu "doux" édu "enne- ta€.J:~ b "regard", arn'db "lièvre", zaë..ta~ Il thym" •
mi". 20) Type R1 vR 2 R3 R4 a
On y joindra n9 w "beau temps (et pluie)", 99 W "lu-
Féminin du précédent
mière l l , S9 w (su) "mal" • bcmdqa "noisetier, noisette", fa~mla (fFamla) "gi-
16) Type R1 vRwa let (de femme)", bardEa l'bâts", qant;a l'pont".
Féminin du précédent 21) Type R1 vR 2 R3i
talwa "marc de café", daE.wa "demande, affaire ll , La de~nière radicale R4 est un i. Ce type se con-
taqwa "crainte, piété". fond avec celui des ethniques (voir plus loin type
Procédant d'un masculin, de prototype faéuww, le fé- 59)
2
minin sera RI R uwwa (qui pourrait être rangé sous le
kursi "chaise", s-absi "pipe", bagli "mortier",
type 32) buri "mulet (poisson)".
édçwwa "ennemie" sur le type duquel s'aligne sou-
22) Type R1 vR 2 R 3 iyya
vent l:t19wwa "douce", à côté de l')alwa.
Féminin du précédent
17) Type R1 R2 i z~.çb~yya "tapi s l l ,
karwlyya "carvi (épice)",
Il regroupe les anciens faEy (fÜEY, fIEy) et faEiyy;
-- - - rIl,l!yya "pantoufle de cuir souple".
on fera donc à son sujet la même observation qu'à
propos de RIRu
j~di, jdi "chevreau", ~b~ "garçonnet", qnt:;
-
100 101

2 3
25) Type R1 üR vR
2.- Types à vocalisme long Rare
èürng "pâtisserie", yunds, lünas "nom d'homme".
Dans les types à vocalisme long on classera 1- 2 3
1- 2 3 2 6) Type R uR R a
parmi les trilitères tous les types R vR vR , mais en
Non moins rare
soulignant bien que, parmi eux, il n'en est que deux qui
lübya "haricots", zübya "ordures", ~ "minaret'~
comptent comme d'authentiques trilitères (comme hakdrn
- ' -- - 2 3
2 7) Type R1 IR vR
"juge l l type 23, dabba "bête de somme" type 2 4). Les au-
2 Rare
tres représentent en fait des quadrilitères dont R est
.frj~l "rue (végétal)!! ; enab "raisin" revêt volon-
une voyelle longue (comme batam "bague" type 2 3, èürag
"pâtisserie" type 25, fIj3l "rue (végétal)" type 27) • tiers ce schème, eInab (déjà hispanique) au Maroc,

Du point de vue formel, et pour la simplicité de l'ex- à Tlemcen, et dans le Nord constantinois .
posé, il est concevable de les grouper ensemble . 2 8)
1T 2 3
Type R 1R R a
Rare . Il compte surtout des termes étrangers
Trilitères sIsma "lieu d ' aisance", m~tli'a "mètre", l~t;;a "li-
1- 2 3 tre" •
2 3) Type R aR vR
C 'est le type que revêtent 1 2- 3
29) Type R R aR
des participes actifs, noms ou adjectifs Il comprend des noms abstraits et concrets
sar;)b "lèvre", ttaf4Jr "sabot (de bête)", jam :~i. rmad
- - "cendre" ' lsan "langue" , ~
sbah "matin" ,
"mosquée cathédrale", ainsi que quelques collectifs
type qui peut être revêtu par des noms de racine rbam "marbre", ?!?a~ "plomb", rymam "pigeons",
"assimilée, concave, défectueuse , sourde" comme et d'anciens masdars (du thème dérivé III)
yaS;Jr "nombreux, abondant", sayb "grisonnant", qtal "combat", lJ~am "contestation", fraq "sépara-
qaq~ "cadi", ryajj "pèlerin" tion ".
- des noms variés Canc. faéal) comme 1 2- 3
30) Type R R aR a
kag~f:. "papier", qal~b "moule, calibre" .
C'est le féminin du précédent
24)
-----r=- 2 3
Type R aR R a flana "une telle" rsasa "balle de plomb" , hmama
- -- ,~
Féminin du précédent, comportant ou non correspon- "un pigeon",
dance à des noms masculins en usage et divers noms sans masculin correspondant
sahla "facile", qabla "sage-femme", dabba "bête de ska;-a "sac", jnaza "obsèques", dwaya "encrier",
somme" , babya "grande jarre", zawya "centre de ai n si que des noms abstraits dénotant la qualité ou
confrérie religieuse", l'exercice d'une profession, anciens masdars
à la suite desquels on citera ~~afa "finesse", byaf:.a " couture ll , flarya "agricul-
tabla q:.awla) "table (haute) ". ture" •
- --
102 103

31) Type Rl R2-


uR 3 9,!~~::g!~~::!O:!
Il n'est pas moins représenté que Rl R2 aR
- 3
35) Type Rl vR 2 R3-
aR 4
~ "encens", f1,:<;;.;' "repas du matin", e.J;"us "ma- Il est fréquent et compte des noms v ar iés, d'origine
rié", hruf "agneau".
- -- - tant ancienne que récente
32) Type Rl R2 -uR 3 a sarwal "pantalon", masmas "abricots", kaskas "ter-
Féminin du précédent rine perforée (pour la c uis s on du cous cous à la
t..r;üsa "mariée ", sauna "chaude ", fluka "barque", vapeur)", faf -t;:a~ "chauve".
b~9ma "li tige" . 36) Type Rl vR 2 R3 aR
- 4
a
De rares noms de racine "défectueuse" comme ë düwwa Féminin du précédent, procédant ou n o n de masculin
"ennemie", l}luwwa "douce" ont été examinés sous le correspondant
type 1 6 . fê~~a::;;a "chauve", ldnja!?a "poire, poirier" ,
33) Type R1 R2 IR 3 b~qlawa "pâtisserie".
- ---
Paradigme de noms divers et nombreux 37) Type Rl vR 2 R3-uR 4
blIs "démon", jbIn "front", t:r;~q "chemin", J:11Ib Il est très abondamment représenté, et par des noms
"lait". de' provenance diverse. Il comporte une valeur très
Il est en particulier revêtu par un grand nombre de expressive
substantifs et adjectifs variables qanfüd "hérisson", sardük "coq", bahlül "fou, stu-
I)bIb l'ami", itIm "orphelin", kbIr "grandI', ,~~r pide", karmüs (ka.fm?~) "figues", ~a.ç~q:;- "étour-
"petit". ne aux" .
Procédant de racine "défectueu s e", il se confond, au
38) Type Rl vR 2 R3-uR 4 a
masculin, avec les nom s de type R1 R2 i,17.
Egalement très riche
34) Type Rl R2 -iR 3 a
bahlüla "folle", qarnüna "artichaut", qa~müda
Féminin du précédent "tuile", salgüma "moustache", garjüma "gosier",
bsIsa "bo uillie de farine", ftIla "mèche", jlIqa fartüna "fortune (et tempête)".
"gilet".
39) Type R1 vR 2 R3 IR 4
C 'est la forme habituelle du féminin des noms et ad-
Il est rare
jectifs variables de type R1 R2 IR 3
lJ a nzIr "porc", ba rmIl "tonneau", qafn~~ "pieuvre,
~ "doctore ss e", srIfa "descendante du Prophè-
encornet".
te", tw~la "longue", q'~Fa l'courte".
Procéda~ racine "dé~euse", il f o urnit des 40) Type Rl vR 2 R3~ 4
~R a

mot s comme nq~yya "propre", gn~yya "fortunée" ( voir Egalement rare et comptant souvent des noms d'em-
ci-dessus type 8) . prunt
barmIla "tonnelet", sardIna "sardine", m'ëlnwIla
"barre de gouvernail".
r
104 105

Il en est de plusieurs vocalisations . 3 .- Types à redoublement de la radicale médial e


On les clas -
sera d'après le timbre de la voyelle qui sépare R 3
4 Ils procèdent habituellement de r acine trili-
de R , a, U t l. Certains sont d'origine ancienne.
tère, mais présentent une structure syllabique qui les
Un bon nombre représente des noms dont le vocalisme ,
apparente a u x noms de racine quadrilitère . On en dis -
primitivement bref , est allongé par souci de conser-
tinguera deux sortes : à vocalisme bref , à vocalisme
vation de timbre ; ils appartiennent alors souvent
2 3
long (voye lle longue entre R et R ). On constate que
au vocabulaire de la langue religieuse ou juridique .
la tendance générale dans les dialectes maghrébins,
D'autres enfin, nombreux, certain s assez récents ,
d 'une façon qui va croissante 'd'Es t en Ouest, est de
constituent des emprunts étrangers.
verser des noms de l'héritage ancien à vocalisme bref au
a) Rl yR 3 ;;R 4 (a)
compte de types à vocalisme long , de valeur plus expres -
- ~alat "prière", salam, s alama " salut , saluta- sive.
tion", b- ê)l - ya~as "à la tâche" , falaqa "baston- 2 2 3
4 2) Type Rl YR R vR
nade sur la plante des pieds"
Il est rare
lùban "parfurlI.", bùqal , büqala "bocal, petite
poterie " ; ..
sakkar (sukkO, r,) " s ucre" ' .hammos "pois-chiche" ,.
mais c'est celui que rejoignent les noms et adjec-
dInar "pièce de monnaie" , s~1:ant S~i::ana "dia- l 2 3
tifs de type R R IR de racine concave (cf . type 32)
ble , diablesse"
s~yyad "monseigneur , monsieur", m~yYdt "mort",
l 3 4
b) R yR üR (a)
'1~yyaq"étroit l l •
~anût "boutique" , namu s IImou stique ", bakûr "fi-
43) Type Rl vR 2 R2 R 3 a
gues - fleurs" , barûd "poudre , combattt"~f'a
Féminin du précédent
"h ache , hachoir", lajq:.ça " carreau", €.a~ üra,
s~yyda "madame", m~yyta "morte ", q.~yyqa " étroite" .
Ea ~ëra
~~ , ~,~
"fête de Achoura " ,.
2 3
- büsün IIbou cho n", utûla "ha se " 44) Type Rl YR 2 R aR
----- ,----- , et aussi la sé-
rie des nombres fractionnaires !;.'Îl t, t ülü j; Type intensif par excellence . Que les noms qui le
"tier s" , lJüms , bûmùs "quint" ; revêtent procède nt de prototypes anciens o u soien t
bIdün "bidon", zItün "Oliviers", zItun a " oli - de création ou réfection dialectale, ce type est ce -
vier, oli ve", h~9ë?.;'a "peau de mouton " ; lui
c) R yR 3 IR 4 (a)
l - d'adjectifs v ar iable s dénotant un e qualité perma-
nente
- ~arif "de scendant du prophète ", sabIl "chemin" ,
kaQQab "menteur ", héJddaê "tral tre" , bakkay
farIna "far ine" ;
"pl e u reur" ;
- .b ülI s " po l ice ", küzIna (küjIna) "cuisine l l ,
de noms de professionnels ou ar ti sans
müzIka "musique" ;
naj ja;- "menuis ier" , !}ammas "ouvrier agricole",
- bIbçt (bIb9t) "vanneau".
106 107

sammas "gobeur de soleil, chômeur", qqwwad "en- caractéristiques

tremetteur", hanoay "maçon" m<1ssüsa "fade", ballÇ;~a "gland, chêne", qazzûla


122 IIcanne à gros pommeau", qa~~q~a IIchatte (en Tuni-
et on a vu, à propos des noms verbaux, que R vR R
aR 3 est souvent employé au Maroc avec valeur par- sie)".
2 2
ticipiale 48) Type R1 yR R rR 3
t:ammal "en train de porter", q~yyal "passant son Relativement rare
temps à" sakkln "sabre, coutelas", b9~1:-~1J "melon", qallII
de noms de choses et d'instruments (gaIIII) "indigent".
<:.i?kkaz "crosse, bâton", kattan "tissu", tannay 1 2 2~ 3
49) Type R yR R ~ R a
"tamis fin" ;
Féminin du précédent
de notions diverses, notamment de collectifs
q.3ddIda "morceau de viande séchée", zarrI€.a "se-
dunlJan "fumée", taffa'tt "pommes", o"dmmal "four-
mence, graine", t9zz~na "douzaine".
Il compte un peu partout, notamment au Maghreb
_ - "t
oriental, d'anciens fUEEayla , dont la diphtongue a
été réduite
b.;abbIza "mauve (plante)", é.all~qa "ronce", hottëfa
..... ...~

"hirondelle".
50) Types R1YR2R2ayyR 3 , R1 YR 2 R2 ayR 3 a
On les cite ici pour mémoire, car ils seront exami-
nés, au chapitre du Degré du nom, avec les diminu-
tifs (type 12).

4.- Types à préfixe

On distinguera quatre préfixes : a-, m-, a-,


t-.
51) Type aR 1 R2 yR 3
On le verra au chapitre du degré du nom, ce type est
celui des élatifs.
C'est aussi celui des noms dits de "couleurs et dif-
"porc", b.akküs "bègue"_
formités", au masculin. Le préfixe est, suivant les
1 2 2- 3
47) Type R yR R uR a parlers, articulé ou non. Dans les parlers du
Féminin du précédent, et en possédant les mêmes Maghreb oriental et dans les parlers bédouins, il
108 109

1 2 3
s'entend nettement, a oUd portant parfois l ' accent - mvR RRa qui est la forme habituelle des parlers
d'intensité. Dans
-
les
-
t

autres parlers, il s'est gé- bédouins en général et des parlers de Tunisie, et


néralement amui, mais i l y est généralement audible de nombre de parlers citadins d'Algérie
lorsque le nom est pourvu de l'article défini mad.;-sa "école", maqbfa "cimetière"
(,,)bya:~. 1- abyâ~ "le blanc", avec parfois une voyelle furtive entre RI et R2 ou
2 3 2
entre R et R suivant la nature phonétique de R
3
l - -.,.ema "l'aveugle", l - ~amm "le sourd" . et R ;
--- - 1
mR vR R a
2 3
qui prévaut au Maroc , dans l' Ouest ora-
Le féminin de ces noms dits "de couleurs et diffor - t
1 2 3 - mda~sa,
mités" est de type R vR R a (ane. fatla ), voir ci- nais et dans l e Nord constantinois:
dessus type 4. mq'3bra ;
1 1 2 3 1
l 2 3 - mvR R vR R a , comportant le redoublement de R ,
52) Type mvR R vR
qui réalise la fermeture de la syllabe dont le
Il fournit tout à la fois
centre est la voyelle du préfixe (celle qui sépa-
des noms de temps
re la formative m de RI) : c'est la forme qui pré-
mowlad, mülad "anniversaire de la naissance du
, --- vaut dans nombre de parlers citadi n s et de parlers
Prophète", m?ws-am, musam "fête périodique (reli -
bédouins des plaines et des hauts plateaux algé-
gieuse ou non)"
riens : mdddd~sa , maqq ab ~a.
- des noms de lieu
La répartition dialectale de ces trois variantes
ml)~~èb "lieu", rtt'39rab "occident", ffi!=,al; " parc"
recouvre à peu de choses près , et avec les mêmes
m"a-:ç:;;a "port" ;
réserves , celle du verbe triconsonantique du thème
- des noms d'instruments
fondamental dans
manjel "faucille", ma,;-wal; "éventail", .mqa~ ~ "ci-
yaktbu, ik<Jtbu, yJkkatbu "ils écrivent".
seaux", maqla "poêle à frire" ;
1 2- 3
- quelques noms verbaux 54) Type mvR R aR (a)
2 3
mlam "blâme", m-!='91} u-mji "allée et venue", mcJbda Il comporte une voyelle longue a entre R et R •
"commencement ll • C 'est tout à la fois un schème
1 2 3 - de noms d'instruments
53) Type mvR RRa
milftal;1 "clé", m9IJtaf "gr appin , ancre" , mIzan
Féminin du précédent, il n'est pas moins en usage
j'balance", mraya "mi roir" ;
pour les mêmes catégories de noms
- d'adjectifs intensifs, variables, dénotant une
môl)kma "tribunal du cadi", marft:.a "étagère",
qualité permanente ou passagère
mlyabba "affection", mt.~sa "vie, moyen de vie" ,
makras( ~) "glouton(ne)", m az yan(~) "beau (belle),
mgal1, m~alla "grand chapeau parasol" .
-'- -
Lorsqu 'il procède d'un radical triconsonantique
bon(ne)" , m::)skak(a) "soupçonneux, soupçonneuse".
2 3
(C l C C ), il se présente suivant les parlers sous un 55) Type mvR l R2-uR 3 (a)
triple aspect syllabique Il compte nombre de participes passifs, devenus
»

110 111

adjectifs o u s ubstan tifs variables Le schème berbère ou berbérisé est volontiers com-
maj;çt:t(~) IIb!essé(e)lI, mat!bÇ~(a ) "frappé(e) t débile plété par la finale -t, également morphème berbère
d' espri tl! tinasndst "pellicule", taflIl3 s t, tifirall-ast
et aussi des substantifs qui ne varient pas en "hirondelle".
genre Ce type..!:.. -~ sert à fo rmer des noms abstraits for -
md~Füf "dépense", rn-aktûm "poche" t rndn09:ra "nari- tement expressifs (avec valeur souvent péjorative),
ne", ma1;.m9;, ou m~tmq.ç'a " silo ", mohftyya "assiette,
.~ dénotant une qualité physique ou morale
terrine". takabbürt "orgueil" (racine arabe kbrt, taklübIt
"méchanceté" (racine arâbe klb), taklüfIt "indis-
56) Type mvR l R2T
1R 3 ( a )
crétion" (racine arabe kIf),
I l est rare
dans nombre de parlers d'Algérie et du Maroc. Au
maskln (a) "pauvre, pauvresse", m"ndIl "foulard de
tête, serviette" . Maroc notamment, ainsi qu'en Oranie , tout particu-
lièrement sous la forme ta - t <-Iyat) , le type
57) Type ~ + radical -- ---
connaît une prolifération remarquable dans une série
Ce n'est que dans des noms d'origine berbère ou des
de noms désignant l'action, la profession , le trait
noms berbérisés que se trouve le préfixe a -, qui est
caractéristique
un morphème berbère. On ne relèvera donc des noms
tasarraja t "sellerie", ta~'dbbanat " savonnage ",
de ce type que dans des parlers où s'avère influ~nt
tawakkal.at "gloutonnerie", !aQfaymIy-:at "coquine-
le substrat berbère, o u le bilinguisme arabo -ber-
rie".
bère, soit au Maroc, dans le Nord-ouest oranais
(Tlemcen, Nedroma), dans le Nord algérois (Cher-
5 .- Types à s uffixe
chell, Dellys) et dans le Nord constantinois (Dji -
djelli, Collo)
On distinguera plusieurs sortes de types à
agrüm IIpain", aman "eau", aqtot "chat", agdnjr:,.
~
suffixe
"cuiller à pot".
- les adjectifs en-an, fém. -ana,
58) Type S. + radical - les nisbas ou adjectifs relatifs en -I, fém. -iyya,
On en distinguera deux sortes les adjectifs relatifs en -ani, fém. -aniyya,
_ le préfixe t-, formative arabe, qui sert à former - les adjectifs relatifs en -ji,
des n oms d'action de thèmes dérivés o n les a les noms en -3s,
examinés au chapitre des noms verbaux - les noms en -dn.
_ le préfixe ~ formative berbère. On le trouve
59) Type Rl vR 2 R3 + an(a)
dans les mêmes conditions et dans les mêmes par-
Il sert à former nombre d'adjectifs intensifs déno-
lers que le préfixe ~ du type précédent :
tant une qualité, physique ou morale, passagère ou
tagqrfa, tayarfa "corbeau", të:llgçnja IIcuiller à
__ .. II occasionnelle, non un trait de nature
ll2 ll3

farhan(a) "contentee)", h.)sman(~) "timide, hon- bcmctIr, .bnadar, bnadri IIfabricant (ou joueur) de
teux (honteuse)", ~:dryan(~) "ou Ce)", malyan(~) tambourin" g~rbal, grabal, grabli "fabricant de
"plein(e)", .Eayyan(~) "fatiguéCe)", jIe.an( _~) "af- tamis".
famé(e)", auquel on joindra le terme d'emprunt, Logique dans le cas des quadrilitères, la formation
fréquent en Algérie, fanyan(a) "fainéantCe)". le devient moins dans le cas des trilitères qui ne

60) Type Radical + i(yya) connaissent pas nécessairement une forme de pluriel
brisé dans un emploi autonome
Le suffixe -i, au féminin -iyya, appelé nisba, est
--
en propre celui de
---
l'ethnique. Il indique donc au t:I~~;-a, t:~aY-F, Q~ayft'~ "fabricant de nattes"

premier chef l'origine (raciale, géographique, so- djayji "marchand de poulês" ; Q.sIs, t:Œaysi "fu-
meur de hachich" ; t:.;-am, Q;-aymi "mauvais sujet,
ciale, tribale etc.), tiré d'un nom propre
coquin" •
"originaire" de Fba:~ "Rabat", rbate ; de wahran
- -- -'---'-' Cette formation est très abondamment représentée,
"Oran", wahrani ; de tünas "Tunis", tünsi ; de
surtout dans les parlers de l'Ouest maghrébin.
~;-abl'Js "Tripoli", trab'alsi ; des Oulad Daoud
, 'à des num é raux de scheme
Suff~xe
,1 R R2 -aR 3 , la finale
d awdi
-i forme des adjectifs relatifs désignant un objet
Puis par extension, suivant un processus fort ancie~
composé d'éléments dénombrés ou l'âge d'un animal
il sert à former des adjectifs relatifs à une carac-
(d'après sa dentition)
téristique :
rbat..~ "composé de quatre éléments" ou "cheval de
de ~, a!lli "originaire du pays" ; de ~, .bal;l.çe
quatre ans", sdasi "composé de six éléments" ou
"marin, maritime" ; de jbal, jabli "montueux, mon-
"cheval (chameau) de cinq à six ans".
tagnard" ; de blad, b<ildi " citadin" ; de hdar,
- -- - - - ~
On notera enfin que, suffixée à un nom à finale -a,
l:ag1it; "sédentaire, citadin , citadinisé".
la finale est -wi, non -i
Il indique notamment la matière dont une chose est
"originaire de Salé" s la, slawi ; "couleur bleu
faite, la couleur qui lui est propre
ciel H sma , smawi ; fransa, ~;ansawi "français".
de .zIt, zIti "huileux, couleur huile l l ; de wa:ç"d, - - -.!. -- -

wa.:ç"di "rosen; de rmad, rmadi t'de consistance , de 61) Type Radical + ani(yya)
- --
couleur cendre l l ; de bga.r, b;)gri IIviande de boeuf". Formé du morphème -an pourvu du suffixe -i, -ani
Il en vient parfois à constituer une manière de sin- (yya) constitue un suffixe complexe, qui sert à
gulatif du nom collectif dont il procède créer des noms et adjectifs variables d'un emploi
de ihüd, ihüdi "juif et un juif", de éaskar , panmaghrébin
~askri "militaire, un soldat". 9wwal, 9wwlani (ülani) "premier" ; tâl)t, tat:tani
Il connait un développement extraordinaire dans la "inférieur,qui est en dessous" ; sayb, sIbani
formation des noms d'artisans et de professsionnels. "vieux, grisonnant"; n~âfa, na:j>;-ani "chrétien",
La suffixation s'opère sur le radical d'un pluriel qui vaut également comme singulatif "un chrétien".
brisé
......

114 115

62) Type Radical + ji(yya)


c. NOMBRE DU NOM
Le suffixe -ji,variable , est turc. Il forme des
noms d ' artisans, en usage en Tunisie, en Libye et
en Algérie Il Y a trois nombres : le singulier, le duel et
qahwa, qahwaji "cafetier" ~t l)alwaji "mar- le pluriel . L ' inventaire des thèmes nominaux du singu-
chand de bonbons" . lier a été dressé au chapitre précédent. Restent le duel
et le pluriel.
63) Type Radical + dS
Il n ' apparait que dans quelques mots, avec valeur
diminutive, dans des parlers montagnards d'Algérie
1 . Le Duel
==-="" ",,::l:::
(Djidjelli), d ' Oranie (Nédroma) et du Maroc
!;w~yya , sw~yy.aS "un tout petit peu".
Il apparalt, en arabe maghrébin, en régression,
64) Type Radical + an
parfois résiduel . Il a complètement disparu de la
Très rare aussi, et dans les mêmes parlers
flexipn verbale et de la flexion pronominale . Il ne
f ', arb, fr~yyaD, fr11].,n "un petiot" .
subsiste que dans les noms. Encore n'y est- il qU'inéga-
lement en usage . Il est courant pour toutes les catégo-
Annexe
ries de noms dans les parlers bédouins. Il n ' e5t possi -
ble dans les parlers citadins et ruraux que pour certai -
Les noms considérés comme inclassables sont
nes catégories de noms . On distinguera donc deux aires
ceux qui sortent des normes et qui ne sont généralement
d ' emploi.
pas susceptibles d'être même apparentés à des schèmes
identifiables . Beaucoup sont d'origine étrangère. 1. Dans les parlers bédouins .

Ainsi L'indice en est le suffixe - In (de cl._ayni) .


s 'J bralla "souliers de femme l1
, burdgan "orange Il , trqnj Dans les dialectes qui ont conservé la diphtongue, c'est
"cédrat", sfènnar~yya, zrüdJ:yya , IJIzZ9 "carottes", - ~yn ; dans ceux qui la réduisent partiellement , c ' est
m .lsk~nj bIr "gingembre", maé..dnüs "persil", t9mat<.?m, to- - en.
~
- .,.. '~ - T V
~, ~at~so "tomates" .
Tous les parlers de Libye l'emploient , sous la
L ' étude de ces noms~qui sont nombreux et divers selon
forme_~n, dans tout le vocabulaire des noms , autant qU ' il
les dialectes, relève de la lexicographie .
semble . Les parlers tunisiens de même , sous la forme - ~nr
Les parlers bédouins d ' Algérie en font un usage étendu ,
mais moins général , sous la forme - In dans le Nord et les
Hauts plateaux , sous la forme -ën , - eyn dans les steppes
- "- -"- -
et les régions sahariennes . Au Maroc , on entend égale -
ment -In, excepté pour les noms de mesure qui ont le suf-
...--

116 117

fixe -ayant -ayn. Dans les grandes lignes, on constate la première personne donne -ayya ; ailleurs -1yya :
que l'usage général du duel va se réduisant d'Est en Ou- râjlayya, rajllyya "mes pied~ waldayya , waldYYYa

est. "mes parents" .

2. Dans les parlers citadins et ruraux. b) Là où le duel n'est pas en usage pour toutes les caté-
gories de noms, il lui est substitué le pluriel précé-
L'usage du duel est limité aux noms exprimant
dé du numéral "deux".
des notions envisagées comme éléments d'une paire. Ainsi
les noms des parties doubles du corps, le nom du couple c) L'indice du duel, dans les parlers où il donne -In (de
père-mère , les noms de mesure. cl . -ayni ) , se confond avec l'indice du pluriel exter-
ne masculin -In (de cl. - fna' : aux noms qui peuvent
Pour les nomS des parties doubles du corps, et
le comporter (des parties doubles du corps, notamment),
le nom du couple père-mè re, l'indice est -In dans tout le
la forme du duel sert alors volontiers de pluriel (en-
Maghreb : ex. wuqnIn "deux oreilles" , waldin "parents l l •
core que certains puissent parfois avoir en outre une
Pour les noms de mesure , au Maroc et, en Algé- forme de pluriel brisé) ..
rie, dans la région de Tlemcen et la région de Djidjelli
(Nord constantinois) , l'indice est -ay3n, ayn (avec al-
longement du premier élément a: de la diphtongue, caracté-
ristique du duel, pour en assurer la conservation~ Par-
tout ailleurs, dans le reste de l'Algérie citadine et ru-
rale et en Tunisie, l'indice est -In: ex. alfayn, alfIn
..
"deux mille", yÜmayn, yÜmIn "deux jours ", f-atlayn, r"tlIn
"deux livres", sabrayn~rln "deux empans".

Remarques sur l'usage du duel .

a) Les noms des parties doubles du corps et du couple


père -mère sont fréquemment utilisés dans un rapport
d'appartenance marqué par le suffixe personnel. L 'in-
dice du duel perd alors son -n final et se présente ,
selon les parlers , sous la forme -1-, ou sous la forme
-~- ; plus rarement sous la forme -a- (Nord de Tlem-
cen) : rajlIk, rajl1h , rajlIha, rajlIna, rajllkum,
.r ajlIhum (rajl~k , rajl~h etc .. ) "tes, ses, nos, vos,
leurs pieds" ; wa ldIk, waldIh (wald~k, waldëh etc.)
l'tes, ses etc . parents" ..

Dans nombre de parlers bédouins le suffixe de


118 119

marchandes en sont le témoignage.


l 2 3
- des adjectifs de forme R vR R an
farhan "joyeux" pl. f"drl;lan!n,
On distinguera la formation du pluriel par ad-
à l ' exception de ceux qui font souvent le pluriel
jonction d'un suffixe au thème du singulier: c'est le 1 2 3
R R aR a.
pluriel externe ou "sain" ; et la formation du pluriel
2 3 4
- des adjectifs quadrilitères de forme Rl vR R aR
par modification du thème du singulier, et éventuellement
marmad "couvert de suie, souillé" pl. marmadln 1
adjonction de suffixe : c'est le pluriel interne ou "bri-
sé". I 3
des adjectifs de forme R RIR
qui admettent, au Maroc seulement semble-t-il, ce plu-
1.- Pluriel externe (ou "sain") riel, alors qU'ailleurs, dans tout l e Maghreb, ils ont
1 2_ 3
le pluriel R R aR
Le procédé consiste à adjoindre au nom, au sin- rfIE. lI excellent, précieux" pl. rfIt.rn.
gulier, la finale -In, ou la finale -at, ou la finale _~! Cepe ndant, dans tous les parlers de l'Afrique du Nord,
comme dans farryan "content" pl. farl'}anIn, les s'inguliers de ce type , lorsqu'ils sont de racine
lsan "langue" pl. lsanat, "concave" ou "défectueuse", recourent au pluriel en
najjaç "menuisier" pl. najja;-a. -In :
l~yyan "doux" pl. l~yynIn, z~yyan (zrn) "beau " pl.
a) ~~_~~!!!~~_~~~_=!~ z~yynIn (zInrn), nq~ "propre" pl . nqeyyIn, haYY"vi-
Il forme- le pluriel vant" h~yyIn.
pl. ="-'=~,

- de tous les participes ayant valeur verbale des adjectifs de formes diverses comme

gaE..ad Ilassis" pl. gae.dIn, wâg<lf "étant debout" pl. J:a;-:r "chaud, épicé" pl. rya.;:-;-In, marr "amer" pl . ma.r:-
waqfIn, bay3c. "vendant" pl. bayt.In, masi "allant" ';-In, ~ "chaud" pl. shunTn, ~ "doux" pl. l;lluwwIn;

pl. masyIn, m~jrol) "ble ssé" pl. m:ajrohIn,


, mqdddam des adjectifs à finale -~, de la nisba,
"dirigeant" pl. mqaddmIn, mwalaf "habitué" pl . mwal- jabli "montagneux" pl. jablJ::yyIn, tunsi "tunisien"
fIn, mk-arkab "roulé" pl. mkarkbln~ pl. tünslyyIn,
des adjectifs intensifs de forme Rl vR 2 R2 aR 3 avec cette réserve que ces ethniques, lorsqU'ilS sont

~~yyaf "qui passe l'été" pl. ~~yyafrn, substantivés, recourent habituellement au pluriel brisé
de type R R aR a
1 2- 3 1 - 3 4
(R waR R al
forme qu'il convient de distinguer, au Maroc, de la
forme à finale -~qui a valeur de substantif jbala, twansa",
--- ,
::;~yyaf "estivant" pl. ~~yyafa. tous les diminutifs d'adjectifs
Ailleurs au Maghreb, traditionnellement, les noms d'ar- rq~yyaq "assez, très fin" pl .. rq~yyqIn, ~9~w9.ç "pe-
tisans et de professionnels du schème Rl vR 2 R2 aR 3 fai- tiot" pl. ~9~wF~n, kbIb;::lr "grandelet .. pl . kbIbrIn;
saient le pluriel en - In . Les noms des souks et rues
120 121

numéraux ordinaux - aux diminutif s de noms


~ "premier" pl. owwlIn, ~ "troisième" pl.
taltIn.
.
uléyy~d (uIId)
- - - "peti t enfant" pl. ulIdat, srIw.."i1
- - ) "petit pantalon" pl. srIwlat , qhIwa "petit café" pl.

numéraux cardinaux (noms de dizaines) qhiwat;

~la1:a (t1ât; , tdl~) "trois ll


pl. ~lât:.In "trente". de 2rari, 9rIrwat "petits enfants ";
--- --- --- ,
numéraux fractionnaires, excepté pour "demi, moi- - aux adjectifs à finale -1yya, de la nisba, lorsqu'ils
désignent expressément des personnes du sexe féminin

~ülü~, ~ûl~ "tiers" pl. ~ülü~In, ~ultIn; jdbl!yya "montagnarde" pl. jabllyyat, dzayr'lyya "al-
gérienne, algéroise" pl. d:tayrlyyat.
-~-~- ,
des pronoms indéfinis
wal).dd "un, un certain" pl. wât;dIn, bat.~ "certain, - à des pronoms indéfinis de genre féminin, comme
une partie" pl. ba~q~n et aussi ahor- llautre" pl. ~ "une, certaine" pl. waJ:ldat, arrra (~) "au-
~

â~7~n, qui revêt le plus souvent la forme 9~;~n. tre" pl. ~ (9b~atJ:

comme
b) Le suffixe est -a~ ISdn "langue" pl. lsanat, jwab "lettre, réponse" pl.
------------------ jwabat;
Il est adjoint

- à certaines formes de participes substantivés, quand - à des noms de parenté comme


ils caractérisent des actions, des fonctions proprement baba "papa, père" pl. babat, yamma, umm "maman, mè-
féminines rel! pl. yammat, ummahat, et parfois de ~ "frères~

mé.c3.11ma "ma.ttresse, éducatrice" pl. mE.allmât~ -


P l. hwatat "soeurs".,

- à nombre de noms verbaux de thèmes dérivés, ou de qua - - à la plupart des noms d'origine étrangère
drilitères fabrIka "fabrique" pl. fabrIkat, tIIIfûn "téléphone"
- ---
tegkIra "souvenir" pl. tagkIrat, t -J -Fb!yya (tf":Jbya) pl. tI1Ifünat.

;;éducation" pl. ta:r;biyyat (t.çdbyat), tb~hdIla "moque - Remarque


rie" pl. tbahdIlat, mdabza "querelle" pl. mdabzat,
La finale -at, consécutive à des noms se termi-
m-a~qa.fba "bataille, rixe" pl. ma~qa;-bat; nant par une voyelle longue, se rattache au thème par w
- aux singulatifs, noms d'une fois et noms d'unité, en -wat. Ainsi en est-il
général l 2-
- de nombre de noms singuliers de type RRa
k..agba "mensonge" pl. kagba't, b.aqra II vac he" pl.
sma II c iel" pl. smawat , qfa "nuque" pl. qfawat, _hç-a
b~qrat,
"excrément" pl. !};-awât.
et presque automatiquement lorsque ces singulatifs sont
On a même relevé en Algérie et au Maroc de mf"a "fem-
consécutifs à des numéraux cardinaux (trois, quatre,
me" le pl. mfawat.
cinq etc. + noms de choses comptées).
de la plupart des noms d'origine étrangère comme
122 123

hasa "pacha" pl. basawat,


blru "bureau" pl. ~rüwatt 9~è~E!!!~~E~~
nIrnru (~) "numéro" pl. nIrnrüwat (:,ümrowat). Le principe de la formation réside dans 1'1n-
sertion d'une voyelle -a-- entre R2 et R. 3 D'un nom sin-
c) Le suffixe est -a gulier à v ocalisme bref--de type R vR R vR 4 (ou RlvR2R3R4~,
l 2 3
----------------- le pluriel sera de
Il s'applique
2 4
à des noms de schème intensif trilitère R1 vR R
2 2 3
aR, 1 ) Type RI R âR 3 vR
2 3 4
quadrilitère R1 VR R a:R , substantivés f .:: ndùq "fondouk, caravansérail" pl. fnadaq, qantra
l)-ammal "porteur" pl. Q-lmmala, b:.;nnay "maçon" pl. "pont" pl. qnitar.

bannâya, ~am~a~ "courtier" pl. !?am~a~a~ A ces noms de racine quadrilitère doivent être joints
ceux qui sont de racine trilitère, mais qui c o mportent
- à des ethni ques également s ubstantivés
un préfixe formatif : ils sont de même schème syllabi-
bat:~~ "marin" pl. b~l)f'~yya, t:ab::Jlsi IItripolitaln"
que
pl. t;.ç-ab.:,!sî:yya, qahwaji "cafetier" pl. qahwajlyya,
m'djlas "assemblée, réunion!! pl. mjalas, mad-Ç'sa,
tbarnaji "restaurateur" pl. tbarnaj{yya.
=.::c=,-,,-,-,,-= • mdarsa
, . "école, médersa Tl pl. mdar-=3s.
- à des noms de professionnels revêtant le schème de plu- Ce type procède de l'ancien fa~â~11.
riel quadrilitère "brisé" pourvu de la finale -,!, l 2- 3 4
2 3 4 2 4 2) Type R R aR vR ou
RI R aR R i, RI R ayR i.
Partant d'un nom singulier comportant une vo yelle lon-
bramli "tonnelier" pl. bramllyya, hsaysi "fumeur de 3 4 2 3 4
gue entre R et R , de type RI VR R VR , le pluriel se-
hachich" pl. ~Iaylryya.
ra
- dans les parlers citadins et ruraux, semblable au
2 .- Pluriel interne (ou "brisé") 2 3 4
type précédent, Rl R aR vR ,
- dans les parlers bédouin s , avec une voyelle -1- en-
Pour les noms quadrilitères, le pluriel interne 4 2 3 4
tre R3 et R , Rl R âR IR , image de l'ancien faeaEll.
se présente de façon assez simple et constante. Pour les
De t,) dlt;al "anneau de pied", h~çnë~ "burnous ll , b~rmIl
noms trilitères, il en va autrement : les types de plu-
"tonneau", on aura les pluriels:
riel sont nombreux et variés, et il n'y a pas de corres-
pondance constante entre tel type de nom singulier et tel
pour les parlers citadins hlaha
. .
l, b;-an.J ~, brâm~l
- pour les parler s bédouins l)lal)II, b;-an~~ , bramll.
type de pluriel.
A ces noms de racine quadrilitère doivent être joints
Pour la simplicité de l'exposé, on traitera
ceux qui sont de racine trilitère, mais qui, rejoi-
d'abord des pluriels de quadrl1itères.
gnant le schème quadrilitère, comportent
soit un redoublement de la radicale médiale
::'Gbbat. "soulier" pl. ~bâb3t., -?bâb~t;:., sallüm "échel-
le" pl. slal~m, slallm, sakkln "sabre" pl. skakan,
124 125

skakIn., 6) Type R1 R2-


awvR 4 ou R1 R1 awIR 4
soit un préfixe formatif 3
Il procède également de noms singuliers où R est un
m.a~.;-üf "dépense" pl. msaraf, msarIf. ~, et où, de plus, une voyelle longue sépare R3 de R4 ,
1 2 - 4 1 2-
4 est le pluriel
3) Type R1 waR
- 3vR 4 donc de type R vR wvR L'un R R awvR
~ 4
1
Partant d'un nom triconsonantique qui, après R , com- des parlers citadins, l'autre R1 R2-
aw~R celu i des par-
2 lers bédouins :
porte une voyelle longue (jouant le rôle de R ), de
1- 3 4 1 3 4 2 s :;rwal "pantalon" pl. srawal (srawl), srawIl, d '~rwIs
type R vR vR (ou R vR R a), un w se dégage en R , et
- 1 2- 3 4 "pauvre, ascète" pl. drawas (~raws), drawIs.
le pluriel constitue une variété du type R R aR vR :
3
R1 waR vR 4 Remarque
kag;}t;. "papier, carte" pl. kwag";31;:, ~?mE.a "minaret"
Les types de pluriels R1 R2-
ayvR 4 R1 wayvR
- 4•
pl. ~wamaE... 2 3 2 3 l 3 1 3
R1 R aR i. R1 R aR a. R waR i. R waR a. sont de schème qua-
4) Type R1 waR
- 3 vR 4 ou R1 waR
- 3...
l.R 4 drilitère. ayant même aspect syllabique que les quadri1i-
Partant d'un nom triconsonantique qui comporte une tères. Ils correspondent généralement à des singuliers
1 3
voyelle longue entre R et R , et une voyelle longue trilitères. On les examinera plus loin.
entre R
3 et R4 t de type R1- 3- 4( .
vR vR a), le plur1el, sui-
7) Type R1 R2-aR 3 R4 a
vant qU'il s'agit de parlers citadins ou bédouins, va-
De même schème que les précédents, ce type comporte
riera entre les deux types Rl waR
- 3 vR 4 et R1 waR
- 3 R,
I 4
en outre la finale -a. Il fournit partout au Maghreb
correspond~nt aux anciens fawalll et fawa~Il
un pluriel à des ethniques d'aspect syllabique quadri-
t)anüt "boutique" pl . l:twan-at, ljwanIt, "t:ajIn "poêlon"
litère.
pl. twajdn, 'Çwajln, mIzan "balance" pl. mwazan, mwa-
ryassani "de la tribu des O. Hassan" pl. rysasna,
zIn, ~ "Satan, diable" pl . ~wat-:Jn, ~watën.
m~grbi (mgarbi) "maghrébin" pl. mgarba, tünsi "tuni-
Il y a souvent hésitation, lorsque c'est un l qui sé-
1 et R3 , entre R1 waR
- 3 vR 4 et R1 yaR
- 3 vR 4 , l'une sien" pl. twansa, dawdi "de la tribu des O. Daoud"
pare R
pl. dwawda ;
semblant plus fréquente dans les parlers bédouins, la
et aussi à des noms quadrilitères comme
seconde dominant dans les parlers citadins et ruraux:
talmIg ttétudiant" pl. tlamga.
syatOlo.
Ce type est l'héritier d;:['ancien faEaê!la~
1 2- 4
5) Type R R awvR On le trouve aussi dans certains dialectes (constanti-
C'est le pluriel de noms singuliers où R3 est un ~, de nois par exemple) comme pluriel de noms singuliers de
1 2 4 l 2 2 3
type R vR wvR, la forme intensive R vR R aR Ca) comme
m;Jzwad "sac à provisions" pl . mzawad (mzawd). trammas "ouvrier quintenier" pl. cmamsa, q-addasa
On le trouve, au Maroc et dans le Nord algérois et "servante ll pl. qdadsa.
constantinois exclusivement semble-t-il, comme pluriel
1 2- 3
de noms tri1it è res de type R R uR
qsüS' "vieux vêtement" pl. qsawas (q~aws) .
126 127

Ce type dialectal regroupe en somme les héritiers des


anciens fUél, fut.ul, >afe.ul, fréal, f\lcSal.
On traitera successivement des types de plu-
C'est de ce dernier que procède le panmaghrébin qarya
riels à vocalisme bref, puis à vocalisme long, puis avec
"village" pl. qÜra , prononcé avec voyelle ~, longue ou
redoublement de la radicale médiale,puis à suffixe. On
demi-longue.
parlera enfin de quelques formes à préfixe, qui sont ra-
123
res . 3) Type R v RRa
La voyelle radicale est de timbre indéfini. Le type
a) Pluriels à vocalisme bref n'est pas fréquent, mais il est partout représenté, et
cependant davantage, semble-t-il, dans les parlers du
1) Type Rl vR 2 R3 Maghreb oriental :
2 3
La voyelle brève est de timbre ~t R1 uR R • Ce plu- rrtç:'~g "malade" pl. mè?.çga, tf'~q "chemin" pl. térqa ,

riel, de l'ancien fUf..l, est celui des lino ms de cou- i;-bIb "médecin" pl. ~~bba, ~yot "mort" pl . · ~ta.
leurs et difformités" en usage dans l'ouest de l'Algé- Dans certains parlers sahariens d'Algérie, ce type re-
rie, dans les parlers bédouins. On le trouve aussi en vêt, pour quelques mots~un aspect syllabique particu-
Tripolitaine pour les "noms de difformités". lier ' :
(~)l}ma.ç "rouge" pl . humr, (a)t~as "sourd" pl. tors . 9f"ab "corbeau" pl. 9f"SSbba, ernüd "pilier" pl . émadda.
"af~llâ", ~ af~il~~ consti-
~

Les anciens faEla t, faE.la,


2) Type Rl R2 vR 3
tuent les prototypes de ce type dialectal.
La voyelle brève est de timbre u, R1 R2 uR 3 Variante
On peut ranger à la suite
du précédent, c'est également le pluriel des "noms de
!}u "frère" pl. ?Q.wa (lJwa) , ~ en rapport d'annexion,
couleurs et difformités" habituel dans les parlers bé-
qui représente un ancien f1élat ;
douins du Sahara central et oriental, et dans les par-
~â~~ "cadi" pl. q9~at, avec voyelle longue u et fi-
lers tunisiens et libyens et pour les "noms de cou-
nale -at, qui procède d'un ancien fÜélat.
leurs" en Tripolitaine
(~)hmaf "rouge" pl. rym9;:', (a)~;,as "sourd" pl. tros. 4) Type Rl R2 iyya
C'est aussi le pluriel, habit~el en Tunisie, dan~ ~es Propre aux noms de racine "défectueuse", ce type se

parlers citadins, ruraux et bédouins, de vocables di- présente avec une initiale vocalique qui peut, sui-
vers comme vant les dialectes, ne pas être articulée :
shar "mois" pl. ~, ktab "livre u pl. ktub . nbi "prophète" pl. (a)nb!yya, uli "saint, santon" pl.

Avec une voyelle de timbre indéfini (qui peut être 9wl1yya (ülryya).
Il représente l'héritage d'un ancien ~af~ryya·.
teinté par le consonantisme environnant>, on le trouve,
dans tout le Maghreb, comme pluriel de singuliers com-
portant la finale ~~ (singulatifs ou non)
garba "outre" pl. grab, qUlla IIcruche" pl. ql~l,

lJIsa "vieux sac" pl. !}Y.JS, f91;a "serviette" pl. ~.


128 129

l 2
b) Pluriels à vocalisme long alors la forme R R r
~sa "bâton" pl .. ~se, rejoignant ainsi le type
1 2
5) Type R R a:R
3 ~2IR3. -~
Une voyelle longue C'est un plu- C'est à ce type qu'on rattachera zwi pl .. de zawya
riel extrêmement fréquent, en usage partout au Maghreb. "zaouya" !
Il correspond à à des substantifs de types variés
- des substantifs singuliers à vocalisme bref éad:al "témoin" pl .. cdül, sfIna "bateau" pl .. sfün ..
k.:Hb "chien" pl. kl;b, warqa "feuille" pl . owrag Dans le Maghreb occidental, il a généralement éli-
I 2
miné le pluriel R R uR q~e revêtent ailleurs des
(ur~q) , bIr "puits" pl. byar, yÜm "jour" pl. 3

eyyam. vocables divers


-
" --,
- des adjectifs ~ha;- "moisI! pl. ~hü.r;, ktab "livre" pl. ktüb.
Il en est le pluriel habituel, encore qu'au Maroc il Il se trouve ainsi l'héritier constant de l'ancien
puisse en être autrement : fut.ül, et occasionnel des anciens fUE..ûI, 'aft..u l.
kbIr "grand, âgé" pl . ~ , ~wrl "long" pl. Signalons aussi que dans les dialectes bédouins d'Ora-
- des substantifs et adjectifs de types variés nie" ce type de pluriel est volontiers celui de parti -
:çajal "homme" pl. rjal, ~ary.~b "ami" pl. :;;l)ab. cipes actifs comme
Il représente les anciens f!Lal et ~af~â l, dans un as- sik~t "silencieux" pl. sküt.
pect dialectal où ils- se trouvent confondus. Toute-
7) Type R l R2 uR
- 3a
fois la présence de l'article défini peut souvent fai- 2 3
Une voyelle longue u sépare R de R • Le type com-
re apparaître l'initiale vocalique des pluriels héri-
porte la finale -a.. I l est moins fréquent que le pré-
tés de ) afe. al
cédent, mais il est partout représenté. Divers voca-
lün "couleur, espèce" pl .. lwan, mais l-alwan, à côté
bles singuliers peuvent y rec ourir, mais en particu-
de l-lwan ..
lier des noms d'animaux
6) Type Rl R2-
uR
3
l")ans (rynJ s) ,. serpent" pl. ttnüsa, qIb "chacal Il pl.
2 3
Une voyelle longue u sépare R de R .. Pluriel fré- c:!yUba.
__ ~t

quent aussi et panmaghrébin. Il correspond soit Ce type a le pluriel ancien futula comme prototype.
- à des substantifs à vocalisme bref, de racine lIsai-
8) Type R1 R2 IR 3
ne"
de R3•
2
Une voyelle longue l sépare R Partout présent
qba;- "tombeau" pl .. qbür, battf (bt;lâ;-) "mer" pl ..
au Maghreb , c'est un pluriel rare
bhür.
~,

Eabd "nègre, esclave" pl. f:.bId, mae:.za "chèvre" pl.


- à des substantifs de racine "sourde" ou "concave"
mETz •
.lJ.add lIjoue, pommette" pl. IJdüd, bIt "pièce, demeu-
Il reporte à l'ancien fa~Il.
re" pl. byÜt ..
9) Type R1 üR 2 vR 3
~

- à des substantifs de racine "défectueuse". Il revêt


Une voyelle longue u sépare RI de R2 • Ce type est
131
130

l;laja "chose, affaire" pl. rywayaj (~wayj), ~


habituel, comme pluriel des noms de "couleurs et dif-
"odeur, parfum" pl. (;-wayl;l), fayda "utilité n
formités" dans les parlers du Maroc, de l'Ouest ora-
pl. fwayad (fwayd).
nais (Tlemcen), du Nord constantinois (Djidjelli) et
1 2- 3
parfois du Nord algérois (Cherchell, Dellys) 14) Type R R aR i
(~)t)ma.Ç' "rouge" pl . t:9mQ~, (~)~fa.r "jaune" pl. ~­ Lui aussi évoque un pluriel quadrilitère. Il s'ap-
f9.ç:' , (a)byacJ "blanc" pl. b9Yd2, (~)é.ma "aveugle" plique à des noms de racine "défectueuse" comme
-- --~ ~

pl. éomi. saqqaya "fontaine" pl . sqaq~ , s!arri_(yya) "enfant,


C'est l'ancien fUEl, dont la voyelle u a été allongée postérité ll pl. grari, maf.nêl: IIsens, signification"
pl . mtani, marsa "port" pl. mrase.
pour que le timbre caractéristique en soit conservé . - - - - - "-'-- ~ .
l 2 3 Mais il fournit souvent un pluriel à des singuliers
10) Type R uR aR a 2 3
l
de racine "saine" de type R vR R a. Il connait alors
Calque de l'ancien fUéala', avec conservation, par
au Maroc un développement considérable:
allongement , des voyelles brèves, ce pluriel est en
hofra "trou, excavation" pl. hfare, zanqa "rue" pl.
usage dans le langage des semi -le ttrés , et même du ~ ~

znaq~ .
vulgaire, pour des noms comme
Partout aussi au Maghreb on entend
fqlr "pauvre" pl. fuqara, hiIfa "calife" pl . h.... li l a-
--
fa.
---- I I I "nuit" pl. lyali, ard "terre" pl . a rade.
~ ~

l 2- 3
Sous la forme abrégée, conforme à la phonétique des 15) Type R R aR a
parlers maghrébins , on entend aussi fc?~.t;a, et parfois Il correspond à des singuliers de divers schèmes
l 2 3
:~_lma ,
de ëal<J.m, pl. éulama "savants". _ ethniques de type R vR R i

III Type R R2 -awvR 3


l jabli "montagnard ll pl. jbala, ga.ç-bi "occidental"
pl. graba.
On le note ici pour mémoire car il a été traité sous -"--'
noms à terminaison -i(-iyya) qui ne sont pas des
le type 6) des quadrilitères.
2 ethniques
12) Type RI R ayvR 3
kursi "chaise" pl. krasa, zarbiyya "tapis ll
pl.
Il a l'aspect syllabique d'un quadrilitère, et cor-
zraba.
_0 __ '
respond à des singuliers comportant une voyelle lon- noms de racine "défectueuse"
2 3
gue entre R et R • Il est fréquent et panmaghrébin. hdryya "cadeau" pl. hdaya, u~~yya "recommanda-
bla~a "place" pl. blaya~ (blays), flüka "embarca- tion" pl. usaya.~ /

tion" pl. flayak (flayk), bzlm "boucle, agrafe" pl. l 2 3-


quelques adjectifs de forme intensive R vR R an,
bzayam (bzaym).
inégalement en usage au Maghreb
C'est l'héritier de l'ancien faéa~ll. t.aryan "nu" pl. éraya, hafyan "nu-pieds" pl.
13) Type Rl wayvR
- 3 hfaya.
~

Variante du précédent, il procède de singuliers où quelques noms de provenance diverse comme


une voyelle longue sépare RI de R3 : nasrani "chrétien" pl. n;;:âra, nüja "secrétaire"
132 133

pl. Dwaja, dU~9 "pièce de 5 francs" pl .. ~, Procédant de l'ancien fu~eal, ce pluriel est exclusi-
itfm "orphelin" pl .. itama. vement en usage dans certains parlers bédouins et sa-
hariens de Libye, Tunisie et Algérie, et S'applique
Remarque. - Il est à noter que, pour les ethniques
en général à des mots du vocabulaire de la vie rura-
à finale -~, ou pour des noms à finales -~ C-iyya)
le et surtout pastorale.
qui ne sont pas des ethniques, le type de pluriel va-
l 2 2- 3
rie, suivant les parlers, entre R1 R2 a:R 3i et R1 R2 3a. aR 19) Type R vR R aR
2
Le premier est plutôt libyen et tunisien: g'rabi. , Une voyelle longue a sépare R de R3 • C'est l'ancien
krasi. Le second est plutôt algérien (constantinois, fiiéf.al :
algérois, oranais) : 9Faba, krasa ; encore que les sakan "habitant" pl. sukkan, l)akam "juge, gouver-
parlers bédouins et sahariens marquent quelque hési- neur" pl . J;tukkam.
tation. Au Maroc la tendance est pl utôt en faveur Ce pluriel , très employé dans tout le Maghreb, cor-
l 2- 3
de R R aR a. respond à des singuliers qui ont la forme de parti-
1 2 3
R R a:R a est l'héritier de l'ancien facala. cipe actif R1- aR 2 vR 3 , mais avec valeur de substantif.
l 3 Il comporte volontiers une coloration u de la voyelle
16) Type R waR i
I 2 3 '
br è ve ,
qui separe Rl de R2 •
Semblable au type R R aR i, il sert de pluriel à des
noms singuliers de racine "défectueuse", mais compor-
d) Pluriels à suffixe
tallt une voyelle longue après RI
~ "puits" pl . J:lwasi, saqya "rigole , canal" pl .
Il s'agit du suffixe -an et du suffixe - ~n .
swaqE;!:, zübya " ordure" pl. zwabi, rrf11yya "pantoufle
l 2 3
de femme" pl. rwahi. 20) Type R vR R an
17) Type R1waR - 3a Héritier des anciens fl~lan et fu~an, ce type de
l 2- 3 pluriel fréquent et partout représenté, correspond à
Variante du type R R aR a, il connaît le même flotte-
des singuliers de types variés
ment que lui pour les noms de même type
blad "agglomération, vil~e" pl.
J:awli (l)üli) "jeune mouton" pl . l:twala (ou rywali),
"agneau" pl. trarfan, gla"l- IIjeune homme Il pl. galman,
küri "écurie" pl. kwara (ou kwari) .. - ----;-
taras "cavalier" pl. farsan.
----- 1
La voyelle brève qui suit R est volontiers conservée
c) Pluriels à redoublement de la radicale mé-
avec le timbre u dans les parlers bédouins.
diale
Procédant de noms de racine "défectueuse", le type
l 2-
est R vR yan
~bE;!: "jeune enfant" pl.
7'9bya.!!., J~ "chevreau Il pl.
Le vocalisme est bref. Le type correspond à des sin-
jadyan, e.du "ennemi" pl. ~.. dyan, raEe "berger l l pl.
gUliers qui ont la forme de participe actif Rl aR 2 vR 3
r'léyan
sabF.lg " ,nonture rapide à la Gourse" pl . sUbb9g,
-;;=- auxquels on peut joindre quelques noms de IIdifformi-
sayla "chamelle suitée" pl. s~yyal.
1}4
135

tés" comme emploi.


~ lIaveugle" pl. e:amyan
24) Type mvR l R2 vR 3
et, dans les parlers bédouins, de nsa "femme" pl .
Exprimant l'idée "un groupe de, une foule", avec va-
ndswan.
leur parfois péjorative, cette forme a la valeur d'un
21) Type RII R3-
an pluriel ou d'un collectif. Elle semble, elle aussi,
De même type que le précédent, il est non moins pan- exclusivement en usage dans les parlers bédouins énu-
maghrébin et abondamment en usage, pour les noms de mérés pour le type précédent :
racine tlconcave" comme bga,ç- "bovins!!, mabgaç "beaucoup de bovins!!; isIr
bab "portel! pl. bIban, wad "cours d'eau" pl. wldan, (issIr) !!enfant", m~ysa .. "bande de gosses".
jaf" "voisine" pl. jlran, ~ "taureau" pl. tIran. Ce type évoque le prototype ancien dont un exemple
. •• __ t
22) Type Radical + an peut être donne dans masyaba "des cheikhs, des pro-
Le suffixe -an est d'origine berbère et n'a cours que fesseurs", qui est sans doute à l'origine du pluriel
de façon exceptionnelle dans le cas de mots d'origine dialectal brisé msayQ.
berbère ou de schème berbère, qu'on trouve dans des
parlers où les emprunts au berbère sont nombreux : au Annexe à l'étude du pluriel
Maroc, dans le Nord-ouest algérois et dans le Nord
constantinois (notamment dans la région de Djidjelli) On doit aussi parler
aqtçt "chat" pl. aq~ot;~~t agrüm "pain" pl. agrüman, l) " des pluriels composés ou pluriels à cumul.
agëlnja IIlou che, cuiller à pot" pl. ag2njawan.
Le procédé consiste à tirer, de noms ayant la
forme de pluriels, un pluriel de pluriel
e) Pluriels à préfixe
soit par l'adjonction du suffixe -at
Rangés dans la catégorie des pluriels, les ty- ddmEa "larme" pl. dmüt:, pl. de pl. dmué.at "torrent de
pes qu'on envisage ici sortent des normes. Ils sont
---- ~ - ~ --
larmes" ; yÜm !!jour" pl. ~yyam, pl. de pl. ~yyamat,
constitués par le préfixe m-. yamat "suite de jours, période de temps I l ; qÜs "arc"
pl. qwas, pl .. de pl. qwasat "enfilade d'arcades",
23) Type mR1vR
2 RRa
2 3
l=.jüzW"vieille femme" pl. Ejayz, pl. de pl. Ejayzat
C'est en réalité un participe féminin du thème verbal ---- - -----
"petites vieilles entremetteuses" ; !?9,ç-~~ "sou" pl.
dérivé II, à valeur intensive, employé comme adjectif
:;;wa,ç-èld, pl. de pl. ~wa~dat "argent mignon".
épithète ou comme attribut. Il est exclusivement en
Il arrive que l'adjonction du suffixe -at S'opère sur
usage dans les parlers bédouins de la Libye, du Sud
un schème de pluriel pour un mot qui n'a pas de plu-
tunisien, du Sahara algérois et oranais :
riel, comme
dl-bab magfül ilIa porte est fermée" pl. al -bIban
q(}mJ:1 "blé" pl. qmül:tat "des tas de blé", mais qmüt; est
mgaffla "les portes sont fermées".
inusité.
L'arabe classique présente des exemples d'un tel
136 137

Ces pluriels sont sporadiquement en usage, notamment 1 2 3


R vR R an ; il s 'en trouve beaucoup d'exemples dans des
en Algérie et dans le Nord marocain, surtout dans les parlers bédouins :
parlers citadins et ruraux. Ils expriment volontiers nsa "femmes" pl. naswan, pl. de pl. nsawIn faras
une nuanCe péjorative, en tous cas expressive. -"cavalier"
- pl .. f-arsan, pl. de pl.
- ~
fras1n ;
-
gum "pelo-
soit par l'adjonction du suffixe -at, sous la forme ton à cheval" pl . guman, pl. de pl. gwamIn.
-wat ou -yat :
~<?f;a "trou" pl. pè?ffawat "des trous" ; fqe (fqëh) 2) de l'accord syntaxique au pluriel de noms n'ayant pas
"jurisconsulte" pl. f9Qha, pl. de pl. !.2qhawat ; le schème de pluriel.
sarya "élément de panier double l l surtout employé au Ce n'est pas de mots comme nas "gens", ~
pl. swari, pl. de pl. ~war~yyat. "femmes", lb!.l (baIl) "chameaux", ga~i "monde" etc. qu ' on
Ces pluriels, usuels dans les parlers algériens, sem- veut parler i c i ; mais de certains mots qui, parfois dans
blent plus fréquents qu ' ailleurs dans les parlers bé- les parlers ruraux du Nord marocain et du Nord tlemcé-
douins des régions sahariennes . nien, souvent dans ceux du Nord constantinois, sont con-
soit par l'adjonction du suffixe -In à des pluriels en sidérés comme des pluriels, alors qU'ailleurs ils ont le
usage. statut syntaxique de singuliers : ils recouvrent des noms
Il s'agit d 'abord de la série des noms de "couleurs et berbères pluriels, dans ces parlers où le substrat ber-
difformités" couramment en usage dans certains parlers bère exerce une influence impérieuse . Ainsi: ma "eau",
marocains et algériens, citadins et ruraux bùl "urine", . Q.ç-a "excrément" etc.
(.")lch.l "noir" pl. ,~ , pl. de pl. lcùhlln (ô)em.S
"chassieux" pl .. é.. ûmas, pl. de pl. é..ûmsIn ;
---
ensuite de la série des adjectifs de type singulier
1 2
R R IR 3 :

kbIr "grand" pl. kba.ç-, pl. de pl. kbafën ; qbIh "mé-


chant" pl . qb~, pl . de pl. qbahln ;
et le procédé s'étend à des noms formant le pluriel
1 2 3
R R aR :
Q~f "hôte" pl. Qyaf, pl . de pl .. gyafIn.
C'est à côté de Ces noms qu'on pourra citer le pan-
maghrébin
~ (mùl-) "maître" pl. mwali et mwalI n.
Il ne semble pas que ces pluriels composés comportent
de valeur sémantique particulière.

- soit par la formation d'un pluriel de type quadrilitère


Rl 2 _ 3~ .
R aR 1n, t1ré d'un pluriel brisé de type trilitère
138 139

Remarques
D. DEGRE DU NOM
a) L'initiale vocalique, notée~, est inégalement articu-
lée . Dans les parlers de l'Ouest maghrébin, elle sem-
Marquer le degré du nom c'est faire revêtir au ble ne pas l'être:
schème radical de ce nom une forme qui dénote soit la di- kbar, elam, Üéar,
~gaf, __ shan,
->L- Oyar.
__

mension supérieure dans laquelle on l'envisage, soit la Dans les parlers du Ma:lhreb oriental et dans les par-
dimension inférieure. lers bédouins, elle l'est plus ou moins nettement,
parfois frappée par un accent d'intensité:
'3kbar, ·a!?~ëJ.çt atJ.am, 9w~alô, ~5~dn, aQyar.
b) Pour les adjectifs de racine "sourde" le type est in-
décis. Il oscille, suivant les dialectes, entre
Elle comprend l ' expression de l'élatif et celle 122 122
(d)R R vR et R vR R
de l'intensif .
de idId , ('~) jdad ou jadd "plus neuf, plus récent"
de h!.I!, ' (~)t)faf ou batf II pl u s léger, plus rapide
ll

Elatifs
c) Pour les adjectifs de racine "défectueuse Il , le type
1 2
Il n'y a que les adjectifs de racine trilitère est(v)RRa:
qui admettent la forme de l'élatif. Comme le comparatif de nq~ t (a) nqa "plus propre" de Qlu, (~)I}la "plus

dans les langues classiques anciennes, l'élatif indique doux" .


qu'une personne ou une chose est supérieure à une autre. d) Très exceptionnellement, on trouve des élatifs d'ad-
2 3
Le type en est (V)R 1 R vR , qui est en arabe maghrébin in- l 2 3-
jectifs de forme R vR R an, comme au Maroc,
variable en genre et en nombre, procédant de l'ancien de éajzan (~CJgzan)t (~)~jaz «~).égdZ) "plus pares-
'af~alut qui, lui, est variable: féminin futla', pl. seuxll ..
fué.!. Soit
e) Pour les adjectifs qui ne peuvent revêtir le type de
1 2 3
d'adjectifs R R IR l'élatif, le degré de supériorité est généralement in-
de kbIr, (a) kba r "plus grand", de ~g~-F, (~) ~gaç "plus diqué par l'élatif '.:.)kpr proprement "plus nombreux,
peti tH . davantage", précédant ou suivant le mot:
1 2 3 huwwa ûihwani ktar man-büh "il est plus gai que son
de participes actifs adjectivés R aR vR
de e..alam, (:')~lâm "plus savant" ; de ~, oWé;J r frère tl ,
'- - -
Il plus difficile". ou par l'adjectif suivi de la préposition ~la
~9~f éla-lJüh "plus petit que son frère".
d'adjectifs de formes variées
de sb-ùn, (a) soan "plus chaud" de aIr, (~)t!yar
f) L'élatif peut exprimer le superlatif lorsqu'il est
"meilleur". pourvu de l ' article défini ou premier terme d ' un rap-
port d'annexion:
140 141

l-ak~~r "la plupart", Elâ-l-qall lI pou r le moins", respondance constante dans tous les parlers. Ainsi
agzdr-an-nas "la majorité des gens". saker "en état d'ivresse" n'est relevé que sporadique-
ment, alors que sëlkran "ivrogne" est partout en usage,
g) C'est la forme de l'élatif qu'on trouve dans la tour-
mais que skayri "ivrogne invétéré" semble surtout maro-
nure exclamative correspondant à celle de l'ancien
cain.
"verbe d'étonnement" ma 'af6al.i
,traduisant l'ex-
pression "comme je suis (tu es, i l est etc.) grand, Le tunisien emploie volontiers le terme ba~
-- '
petit etc. 1" ma + élatif + pronom suffixe (ou d'origine turque, précédant l'adjectif, pour marquer le
haut degré :
..
parfois + nom)
ma-kbarni "comme je suis grand ." ma-l;llah "comme il kaddab "menteur", ba~-kadda:15 "fieffé menteur l l •
est doux t". Notons enfin que les formes de l'intensif sont
L'aspect syllabique de l'élatif est alors susceptible généralement variables en genre et en nombre.
de varier suivant la nature (consonantique ou vocali-
que) de l'initiale du pronom suffixe:
ma-kabrak "comme tu es grand !", ma-waE..ru "comme il
est difficile !".
Et le même flottement est constaté dans le cas des II. Dimension inférieure
élatifs de racine sourde :
====================
ma-bfafha, ou ma-baffha "comme elle est légère 1"
Elle est marquée par la formation des
mais toujours ma-baffu "comme il est léger !".

Diminutifs
Intensifs

La formation diminutive est réalisée de la


La notion de l'intensif, de même nature que
même manière que celle du pluriel "brisé", en CP. qu'elle
celle de l'expressivité, est rendue par des schèmes nomi-
S'opère à l'intérieur du radical des noms (substantifs
naux typiques que tous les noms et adjectifs ne sont pas
et adjectifs) de racine trilitère et quadrilitère.
susceptibles de revêtir. Ils constituent des types de
noms qui sont autonomes, et qui ne relèvent pas de la dé- Pour la clarté de l'exposé, on traitera d'abord
rivation systématique, comme il en est pour l'élatif. des diminutifs de quadrilitères pour ne parler des dimi-
Ainsi nutifs de trilitères qu'en second lieu.
saraq "qui vole, voleur", sarraq "très voleur l l
"pleurant", bakkay "pleurnicheur".
L'expression du nom à la dimension "normale" et
celle du nom à la dimension "supérieure" ne sont pas, au
reste, dans les formes en usage, dans un rapport de cor-
142 143

gue a, ~, I 3 4
I, dans les noms de schème R ;;R vR (R l vR 3
R4 a) -
9~~~E!~!!:~E~~
Le principe de la formation réside dans 1'io- çajal "homme", dim. fw~j~l modaE: "lieu, place" ,diJl'l.!
--'-"---
- 3 mw~d~E ; tibIa l'table (haute)ll, dim. ~wijbla ~qmE.a
sertion d'une diphtongue -~y- entre R2 et R .. Nam b re -, -'- -
"minaret", dim. ~w~mea.
de parlers bédouins la conservent sans réduction. D'au-
tres la ramènent à -~-. Les parlers citadins et ruraux 4) Type R1 3vR
wIR 4 (R 1 w~R
T 3 R4 a)
ou
la réduisent jusqu'à -1-. De plus, dans la plupart des Procédant de noms qui comportent une voyelle longue
1 3 3 4
parlers bédouins, une voyelle ultra-brève de disjonc- entre R et R et une voyelle longue entre R et R ,
tion, de timbre~, peut apparaître entre RI et R •
2 1- 3- 4 (R 1- 3- 4
soit R vR vR vR vR a); le premier est ,le diminutif

123 4 en usage dans les parlers citadins et ruraux, le se-


D'un nom à vocalisme bref de type R vR R vR cond celui des parlers bédouins
1 2 3 4
(R vR R R a) le diminutif sera de
hanüt "boutique", dim. rywInet (l)wInta) ou l)wlnIt ;
1) Type R1R2IR3vR4(R1R2rR3R4a) mIzan "balance", dim. mwlzan ou mwlzln ; bldün "bi-
Procédant de l'ancien fUGayGll don''', dim. bwIdan ou bwldln ; sü~ana"négresse (demi-
f~ndaq "hôtellerie", dim. fnidaq; qant.ça "pont", sang)", dim .. swIsna ou swIsIna ..
dim. qn~1;.ra ; .manj31 "faucille", dim. mnijal ; 2 4 2
5) Type R1 R IwvR (R 1 R I wR4 a) ou R1 R2 IwIR 4 (R 1 R2 IwIR 4 a)
mê>kl)la "fusil", dim. mkIl)la. 3
Il s'agit de noms dont R est la semi-voyelle w, et
2) Type RIR2rR3vR4(R1R2IR3R4a) ou R1 R2 IR 3 IR 4 (R 1 R2 IR 3 I qui comporte ou non une voyelle longue entre R
3 et R
4
4
R a) mazwad "petite outre", dim. mzIwad sarwal "pan ta-
Ce type est celui que revêtent les noms comportant Ion", dim. srlwal ou srlwII.
3 4
une voyelle longue entre R et R : c'est l'héritier 6) Type R1 R2 rR 3 i (R 1 R2 IR 3 iyya)
de l'ancien fu~ay(rl(~).
Il procède de noms à finale -i ou -!yya.
1 2T 3 4
Il est R R ~R vR (a), dans le s parlers citadins et
kursi "chaise", dim. krIsi ; za;-blyya "tapis", dim.
ruraux
zf~bryya.
kaskas "couscoussier", dim. ksIkZlS ; .!?andqq
"coffre", dim. ~nId~q ; maskIna "pauvresse", dim.
msIkna.
Il - est R1 R2 IR 3IR 4 (a) , avec -1- entre R 3 et R4 , dans
les parlers bédouins
ma ftaJ;1 "clef", dim. mfItIJ:l, ; barqüqa "prunier",
dim. briqIqa ; b~rmII "tonneau", dim. brlm1l.

3) Type R1 wIR 3 vR 4 (R 1 wIR 3 R4 a)


2
Un w se dégage de R , représenté par une voyelle 10n-
144 145

Trilitères - dans les parlers bédouins, celle des seuls noms à


---------- 1 2- 3
vocalisme long, de type R R vR : kt~yyab, stJ~YY'Jn,
L'arabe ancien connaissait
pour les noms à vocalisme bref: fu~ayl, fém. fUfayla, ~g~yyar, avec possibilité d'une voyelle ultra-brève
2 l 2
pour les noms comportant une voyelle longue entre R et d e disjonction, de timbre ~, entre R et R •
R 3 , de type R1 vR 2-
vR 3 : - _.
fUéayy~l,
.
fem. "
fUéayy Il a. Ce diminutif est également celui, pour les parlers bé-
douins ou non, de tous les noms de racine "défectu-
Parce que la situation est assez complexe et
euse"
mouvante dans les dialectes maghrébins, on traitera
é~a dim. é~~yy . jro "chiot"
(lorsque cela semblera nécessaire) d'abord des formes du -- "diner"
' , " ,
jdi "chevreau", dim. j.deyY;
diminutif masculiry,puls des formes du diminutif féminin.
auxquels on joindra les noms de parenté
1 ) Type R1 R2~
'!yR3 bu "père I l , dim. b~yy (bw~yy) bu "frère", dim.
Une diphtongue -~y- 2 3
sépare R de R : la forme est re- b~yy (ubG~YY) - -
vêtue par les noms à vocalisme bref dans les parlers qui ~ont généralement pourvus des pronoms suffixes
bédouins, ceux de Libye, du Sud tunisien, et ceux des bw~yyna IInotre peti t père", u1)lJ~yyna "notre frérot~'
régions des Hauts plateaux, des steppes et des régions
3) T ype R l -
w~yy"R 3
présahariennes du Constantinois, de l'Algérois et de
C 'est la forme, pour tous les parlers, du diminutif
l'Granais :
des noms de racine "concave" ; elle comporte, après R~
kalb l'chien l ' , dim. kl~yb tf.al "enfant", dim.
une semi-voyelle ~ :
1;f~yl.
bab "porte", dim. bw~yyab, mus "couteau", dim.
Souvent une voyelle de disjonction ultra-brève, de
R1 de R2 : k u... u .... mweyy.as ; b~t "fil", dim. b~yat ; z~yy~n "beau",

timbre ~, separe l~yb, t f~yl. Souvent
dim. zW~YY'3n.
Elle sera adoptée par l'ancien bilitère
fümm "bouche", dim. fw~yyam .
l 2 v 3
4) Type R R ,!yR a
L'adjonction de la finale -a du féminin peut ne pas
opérer de modification de l'indice interne (la diph-
tongue) du diminutif, dans les parlers bédouins
kalba "chienne I l , dim. kUI~yba, kl~yba ; ts;fla "fil-
lette", dim. tUf~yla, tf~yla , ---
qalb "coeur", dim. ql~yy.3b bg";:)l "mulet", dim.
mais elle favorise le plus souvent la réduction de la
bgiiyyal
1 2- 3 diphtongue à -~- kl~ba, tf~la.
ou qu'ils soient à vocalisme long, de type R R vR
ktab "livre", dim. kt~yyab slJun "chaud", dim. 5) Type RIR2~yyR3a

s!l~yy;Jn ; ~g~;, "petit", dim. !?g~yy-ar. L'adjonction de la finale -a provoque la chute, en


syllabe ouverte, de la voyelle brève qui sépare -~-
147
146

de R
3
dans la forme masculine. C'est le féminin
-
~côté de uhéyya
._---
u ht "soeur", dim. uhIt (uhIti , hIti "ma soeurette">,
--- - - --
b::tnt "fille " , dim . bnIta, à côté
y'
obligatoire dans les parlers bédouins, et aussi dans
de bnhya.
les parlers du Nord oranais, et de la Tunisie dans l _ 3 1 ·. 3 Rl 3
1 2 wIR a
leur ensemble, des diminutifs de noms de type R R v 7> Type R weyyR a, R w~yR a,
3 Ce type féminin, qui admet trois variantes dans les
R {a)
conditions envisagées ci - dessus, types 4), 5) , 6) , ca-
~kaf'a "sac", dim . ~k~yyra ; é.jüz(~) "vieille fem-
ractérise le diminutif des noms de racine "concave"
me", dim . éjf$yyza ; t;t~~:ça "natte", dim. I:t~~yy;-a~
facultatif dans les parlers citadins et ruraux d'Al- sae..a "heure", dim . sw~a ; taqa
-'--
"fenêtre" , dim .

gérie et du Maroc, des dimi n utifs masculins de type tw~qa ; sÇiq "marche", dim . sw€[qa ; ~ "tente", dim.
RIR2~yyaR3 hwIma .
wafd "rose", dim . ureyyda q~rda "guenon", dim. C'est à ce type qU ' appartient

qr~yyda ;
s~y "chose", dim. sw~yya ; umm "mère", dim . mwIma
mais obligatoire)dans tous les parlers, des diminutifs ma "eau" , dim . mw~yya, mw~ha .
1 2 3 1- 2 3 (vR l IR 2 R3 a)
masculins procédant de n oms de type R R IR (sinon, il 8) Type vR iR vR
y aurait confusion du diminutif et du non - diminutif) Ce diminutif n ' est admis que par les " noms de cou-
q~~;- "court " fém . q~~-ra , dim . q~;YY:01F, fém . q~~yy~a; leurs" et n'est, semble- t - il, en usage que dan s les
itIm "orphelin" fém . itlma , dim . it~yy:am , fém . parlers de type bédouin . La voyelle initiale est tan-
it~yyma. tôt a (comme dans le parler de Takrouna en Tunisie>,
Les formes considérées comme facultatives évoluent gé - tantôt i (comme dans les parlers des nomades de Gabès ,
néralement vers un type où la diphto n gue est complète- du Su d tunisien et de Libye)
ment réduite, qui est le suivant . a1: mâ f "rouge", dim. aJ:llmor , irylmar, fém . al)Imra,
2 3
6) Type RI R IR a it;>Imra ,
avec, parfois dans quelques parlers citadins et ru-
Une variation possible du timbre de la voyelle infi -
raux, chute de la voyelle initiale : t;>Imor (conservé
xée, -1-
- ou -i-,~
y résulte de l'influence d u voisinage
consonantique : dans les patronymes) .
3 I 2 3
sams "soleil I l , dim . smlsa ; ugcJO "oreille l l , dim . 9) Type RI R2 IwvR (R R IwR a)
ugIna ; jnan "jardin " , dim. j n Ina flùka "esquif ", D' aspect quadrilitère (voir ci - dessus type 5) des qua -
2
dim. fllka . drilitères), ce type comporte après R la voyelle l
On relève ce type partout a u Maghreb, dans les parlers qui constitue le premier élément d ' un complexe diphto-
citadins et ruraux (excepté on l ' a vu en Tunisie , et nique dont west le second élément . Il semble propre
dans le Nord oranais , où elle n e semble pas possible aux pa r le r s - citadins et ruraux du Maroc , du Nord ora-
l 2- 3 nais (Tlemcen, Nédr oma), du Nord algérois (Cherchell,
pour les dimi n utifs procédan t de noms de type R R vR
(.!!) ) • Alger) , du Nord constantinois (Djidjelli, Collo) . Il
C ' est à lui qu ' on rattachera procède
148

, - 2 3 byaQ "blanc", dim. bwIbqç! et bw~w9~, fém.


- de noms caractérises par un ~ entre R et R (<1)

s.jüz(~) "vieille femme", dim • .t.j!wza b~lbda . -


. ":'" et bwëwda.
"vieux vêtement", dim. qsIwas Innovation typiquement maghrébine, ce type de diminu-
1 2 3 tif semble d'origine arabe hispanique.
- de noms de forme R R IR
~g~-Ç' "petit", dim. !?g~w ' af, fém. !?g~wI;a qser 1 2 2- 3 1 2 2- 3
-'-'-' 12 ) Type R vR R vyvR , R vR R vyR a
"court", dim. q~~w.a:çt fém. q~~w.r;a ; t;-~q "che- Il s'agit ici de formes qU'il est malaisé de classer
min ll , dim. trëwqa. parmi les intensifs ou parmi les diminutifs ; des
10) Type R1 R2-iwa premiers il possède un trait caractéristique, le re-
Il procède de noms de racine "défectueuse" doublement de la radicale ~édiale ; des seconds il
2 3
'tl~lwa "douce", fém. Dliw~ ; ~ "pluie", dim. possède entre R et R un indice diphtonique, dont le
nwIwa ; qahwa "café l l , fém. qhëwa qçw "lumière", premier élément est long. Ainsi
dim . Qw~wa. h~rrayaq, singulatif harr~yqa "pétard", de la rac.
C'est à ce type qu'on rattachera m;-a "femme" dim. "
hrq ; sammeyna "caille", proprement "la grassouil-
mF~wa, et le curieux gtIwa (bt~wt- suivi de pronoms lette" de la rac .. smn ;

1 2 2 3
---
suffixes) de uht "soeur".
1 2 2 3
11) Type R R IR vR (R R IR R a)
que ces types correspondent ou n o n à des prototypes
classiques. Ii en est divers exemples ici et là en
usage au Maghreb .
D'aspect quadrilitère; ce type procède de noms de ra-
2 Infiniment plus rare est le type où l'élément diphto-
cine trilitère, et comporte un dédoublement de R
nique est üy comme, dans le Nord constantinois,
avec insertion de la voyelle -I- entre les deux élé-
taqmüyéa "un plongeon", de la rac. qmt. .
ments dédoublés.
On le trouve très fréquent au Maroc et, inégalement
Remarques
en usage, dans certains parlers sédentaires, surtout
citadins de l'Algérie, dans des catégories de noms Plusieurs remarques sont à faire sur les dimi-
variés nutifs maghrébins.
kbIr "grand, âgé", dim. kbIbar, fém. kbIbra ; twIl 1 2 3
------ ~
.---
1) Il est assez constant que le type R R vyyvR se réduise
"long", dim. tw~wal, fém. tw~wla ; J:llu "doux", dim .. l 2 3
à R R IR dans le cas de noms qui admettent l'annexi on
tllIlu ; wal;1ad "un, un quidam", dim. uhIQad, fém. du pronom suffixe . Ainsi de ul~d, ul~yydd, mais ülI-
ul;1I1}da. di, ulIdak "mon, ton pe tit enfant".
Il est, dans ces mêmes parlers, surtout fréquent dans
2) Procédant de noms dont le genre féminin n'a pas de ca-
la série des "noms de couleurs"
r actéristique morphOlogique, le diminutif recouvre
(~)k~3l "noir", dim. k~I~~l, fém. k~I~la
toujours cette caractéristique (finale -~ )
"brun", dim. ~m~ma;" fém. ~m~~a , ~ ~ -
umm "mère", ct i m. umm~ma, mw~ma ; €:ataq "jeune fille",
à la suite desquels on citera les formes hésitantes
dim. ~wItqa rjal "pied", dim • .rj~yla, rjIla.
de
150 151

3) Procédant de noms qui sont soit de genre instable, voyelle ü, insérée entre R2 et R3 dans les schèmes
soit de nature indécise (collectif ou non collectif), - 3 4
trilitères, entre R et R dans les schèmes quadrili-
le diminutif se présente volontiers sous la forme du tères, ou encore suffixée :
féminin y .1dd II ma in l l , dim . idüda ; ( -:J) byqd "blanc", b~yyog
ésal "miel", dim . E::s~YY Gl l, ~sIla ; zIt "huilent dim. "blanc d'engobe" ; tabd - al-ezlz "nom d'homme", dim.
zw~yy~t, zwIta ; !?9f "laine", dim. ~W~YY3f, ~w~fa . ézlzu .
Il est alors malaisé de discerner, pour bon nombre De telles formes ont valeur diminutive, en tous cas
d'entre eux , si la finale -~ est l'indice du genre fé- expressive . Des exemples nombreux et sporadiques peu-
minin, ou la marque du singulatif (nom d'unité). vent être relevés dans diverp parlers maghrébins.
4) D'une façon générale, mais confuse, et variable sui-
vant les dialectes, on peut considérer que la forme du
féminin d'un nom en usage au masculin dénote par elle-
même la valeur diminutive. Ainsi
qalmün "capuchon", q;JlmÜna "petite capuche l1 •
C'est peut-être ce fait qui explique que le diminutif,
procédant d'un nom habituellement employé à la forme
du masculin, peut hésiter entre le masculin et le fé-
minin :
sarwal "pantalon l l , dim .. srIw~1 (srIwII) ou srlwla.

5) Ce ne sont habituellement que des noms, substantifs et


adjectifs qui admettent le diminutif. Mais il se
trouve parfois des particules. Ainsi
qbal "avant", dim. g u b~yl,
v
g u b~l,
- qb l la "un peu au-
paravant", qbIlat "naguère".

6) On notera aussi que des noms propres de personnes con-


naissent des développements, qui relèvent tout à la
fois de la formation diminutive ou de la formation
augmentative, débordant largement et capricieusement
les normes de la dérivation systématique. Ainsi en
est-il dans toutes les catégories de l'onomastique
~ "prénom de femme l l , ~am9, tamIY9t fatt;om(a)
brahim "prénom d'homme", brlhmat.

7) On citera seulement pour mémoire l'emploi de la


152 153

On les appelle aussi "féminins non caractéri-


sés morphologiquement" . Il s'agit

de noms désignant des personnes du sexe féminin, comme


umm "mère", t:ataq "jeune fille", l.ajüz (éjüz)
"vieille femme", éa;:ÜS (ërüs, é.f9!?) "mariée", ~
"servante négresse" ;
E. GENRE DU NOM et des adjectifs désignant des états propres aux fem-
mes ou a ux femelles
!;lamaI, i;labal "enceinte", ryayg "ayant ses règles",
lagal;1 "pleine (chamelle)", §ayl "en c~aleur (chiennet
Il Y a deux genres, le masculin et le féminin.
Dans les dialectes maghrébins, l'opposition masculin/ - de noms de parties doubles du corps, comme
féminin n'apparaît sans équivoque que dans deux cas
quand elle recouvre la différenciation de sexe
êayn "oeil",
-- ----
"pied", faoè (fhad) "cuisse"
----
Id (yadd) "main", udan "oreille",
ktaf lIépaul e"
--'--"" ' ----
s'agissant de noms d'êtres animés , le masculin désigne de noms désignant des organes du corps ou des notions
le mâle, et le féminin désigne la femelle ; se rapportant à l'être, comme
quand elle oppose l'individu au groupe (êtres et ob- qfa "nuciue" , kars flventre", -F9Q, nafs "âme, souffle,
jets), la portion à l'ensemble, le fait isolé (envisa- personne", hal "état" ;
gé dans le concret) au fait général (envisagé dans
- de noms d'animaux, comme
l ' abstrait) : le féminin caractérise l'unité (singula-
arnab "lièvre", eaqrab ttscorpion", t:.ankbüt "araignée
tif), et le masculin désigne la généralité.
(ou toile d'araignée)"
Alors que, en arabe classique, la notion du
de n oms se rapportant aux éléments de l a nature et de
féminin, souvent floue , ne se dégage avec quelque nette-
la c osmogonie, comme
té que du jeu des accords syntaxiques, dans les parlers
ard "terre" nar "feu" jh<innam "enfer" sams "so-
arabes du Maghreb, elle tend de plus en plus à ne se ~ ' ---" '---
concevoir qU'en partant de la notion du masculin, et à
leil" ----
"vent" ;
,
sma "ciel" sta
.- , ,
"pluie hiver" parfois rIh , --
s'exprimer au moyen d'un indice caractéristique. Mais,
de l'héritage a n cien , subsistent des noms de genre fémi - - de noms de lieux et d'objets de la vie familière comme
nin qui ne sont pas pourvus de cet indice caractéristi- dar II maison", bIt "demeure, chambre", tf;q "chemin",
que. C 'est de ces derniers qU'on traitera en premier SQq "marChé", l';lanüt "boutique", ftta "moulin à bras",
lieu. e~a "bâton", hatam "anne au , bague" ;
154 155

des noms de villes et de localités, comme


rha'"
_ "Rabat" ' wahran "Oran" , dzayr
_"_ T ___ "Alger", tünas
"Tunis", gabas "Gabès", .'FFablaS ftTripoli lt ; et aussi
blad "ville, agglomération" (qui est un ancien plu-
Ce sont ceux que l'on dit aussi "caractérisés
riel, cl. bIlad).
morphologiquement" . On distinguera trois indices du
Tous ces noms n'étaient pas féminins dans la genre féminin: l'un essentiel, la finale -a ; deux se-
langue ancienne ou étaient de genre instable ; et tous condaires, la finale~, l'initiale t-.
ne sont pas féminins dans tous les pa rlers, ou y sont
parfois de genre instable. De plus, nombre de noms fé- 1. La finale' - a
minins dans la langue ancienne sont devenus masculins
dans tel ou tel parler . A titre d'exemples, on signale- La finale - a est l'héritière des classiques
t
ra le cas de noms, féminins dans la plupart des dialec- -~, -a", -a.
tes, qui sont traités en masculins, comme rjal "pied" à
Quand le mot féminin n'est pas en rapport
Tanger, ktaf "épaule ll à Cherchell, et trëq "chemin Il de
d'annexion directe, la finale est -a, de longueur indé-
genre indécis à Alger.
terminée, confondant les "trois prototypes anciens
Aussi bien les nom s énumérés ci-dessus, qui ne ~a:hwa (cl. q~hwat) "café", l;lamfa (cl. hamra') "rouge",
constituent pas un catalogue exhaustif des noms féminins maena (cl. matna> IIsignification, allusion".
ou de genre instable en usage dans les dialectes, sont-
Quand il est en rapport d'annexion directe, la
ils donnés avec une valeur indicative : le genre, pour
tendance générale des dialectes porte à tout ramener à
chacun d'entre eux, et pour d ..'alltres, doit être contrôlé
la finale _a t (ta marbü~a ) caractéristique unique du fé-
dans chaque parler .
minin : qahwatha "son café (à elle)", l;lam:p3t-l-wejh
On constatera ainsi que mus "couteau, rasoir" "rouge de visage", maenathum "leur allusion".
(cl. mÜsa) devient souvent masculin en perdant son -~
La mutation de la finale -~ s ' effectue norma-
final ; que tfab "terre, terroir" est parfois traité en
lement, ainsi qu'on l'a dit ailleurs (aux chapitres de
féminin sous l'effet de l ' attraction de arg "terre" ;
la Phonétique . 4. Syllabe ; et de l'Etat du nom. 3 . Dé-
que ~9f "laine", lham
- " -
"viande"
, -ésal
- "miel" acquièrent
termination par un complément déterminatif. a) Annexion
le genre féminin dans des parlers arabes à substrnt ber-
directe) en -at ou en -t, suivant les règles générales
bère transparent, parce qu'ils rec ouvrent des vocables
qui conditionnent le maintien de la voyelle brève en
berbères qui sont , eux , de genre féminin.
syllabe fermée, ou l'évanouissement de cette voyelle
brève en syllabe ouverte.

Mais dans le cas de noms dont le prototype an-


cien se termine par _a' ou -a, il arrive parfois que la
finale soit - a ou -at en rapport d'annexion directe. On
156 157

entend ainsi d'une façon hésitante: de .E~a "diner n , couramment au Maroc . Peut- être est- ce également le cas
E-sah ou esatu ; de e~a "bâton" , e.:;;ak ou e~atak ; de qfa de l;1anut "boutique", qui est féminin dans quel ques par-
"nuque", qfaya ou qfati ; et de maena "signification" lers citadin s d'Algérie et à Tuni s .
màenaha ou ma~nâtha .
Quant à ,a lat "pri~re", zakit "dîme aumoni~re" ,
--- -
Il en est de même des noms de parenté d'usage le - t final (ta marbuta) y est articulé avec un souci
familier: de baba "papa", babaha ou baba
tu ; de mamma intenti onnel de conservatisme comme il en est souvent
"maman", mammana ou mammatna ; de lâlla "madame ", lall a- dans les mots de la l a ngue religieuse .
zInab ou lal lat-zInab . I l est un mot dont le traitement
est ambigu , c ' est ~ "femme, épouse l l (du cl . '>Irnra>a t , 3 . L 'ini tiale t -
- •-t _ _t ) . . •
_mar a ,rnara qUI. se presente tantot sous la forme

mar t - (marti , mà~tak , mart- mQammôct) en Algérie par exem- C ' est un indice que l'on trouve dans les par-
ple et ailleu rs, tantôt sous la forme m~ât - (~ , lers où foisonnent les mots d'origine berbère ou berbé-
ffiFatdk , m.çat- ml:tamm.ld) au Ma roc par exemple. ri sée : dans des schèmes t - a , c o mme tayarfa " corbeau"

On notera e n fi n que nombre de dialectes sont


t - t , comme taflIl Qst "hirondelle" ; !. - l' t , comme
tapfaymIt (ta l)~aymrYi3t) "coquinerie" ; tous schèmes dont
portés à pourvoi r de l'indice - a des n o ms féminins pri -
on a parlé au chapitre des Th~mes n ominaux du sing ulier.
mitivement dépourvus de caractéristique morphologique .
C ' est ainsi que éj ü za "vieille femme" se substitue sou-
vent à t.jüz , !.;-üsallmariée" à . é~ÜS (qui désigne alors
"marié" ) , farsa "jument" à fFas, J:lamla "enceinte" à
J:lamal, lagrya, lügl)a " pleine (chamelle)" à lagah
- -- -- - - - -
"épaule" à ktaf , kabda "foie" à kabd.
.. katfa a) On regroupera ici un certain nombre d'observa -
tions touchant les fonctions du féminin. Si l'on met à
part les diverses catégories de n oms qui n'ont pas de
2 . La finale - t caractéristique morphologique , on constate que le fémi -
nin
On la trou ve , héritée d'un état ancie n, dans - dénote le sexe dans les oppositions
bant IIfi lle", ül]t (et ses variantes) "soeur", et aussi, rajal "homme" / m:ça "femme", .k abs " bélier " / nât..ja
de cré at ion dia lec tale, dans Sdtt "belle-mère, madame" "brebis ll , kalh "chien" / kalba "chienne", qatt
t
(de cl. sàyylda • dial. s~yydat-). Le parler de Cher - "chat" / qat;.ta "chatte " ;
chell con n ait également al-~ammt, ?l-balt (ailleurs al - - est la marque du slngulatif (nom d'unité) dans les
~ , al-Qala) "tante paternel le, tante maternelle". opposition s
3 tJüt "poissons" / J:lüta "un poisson" , nbal " palmiers"
C ' est sans doute la finale !' R de bIt "cham-
/ nahla "un palmier" , sük "épines" / s ük a "une épi -
bre" , müt "mort", waqt ( wabt) IItemps", qui , interprétée .~ -- --
ne", J1ja~ " pierres " / l)ajra " une pierre " ;
comme un indice du ge nr e , a contribué à faire verser ces
en soulignant
noms dans la catégorie des féminins , parfois en Algérie ,
158 159

d'une part que)dans la catégorie des noms d'animaux, vent mal élucidé. On se contentera de dire que la ten-
le singulatif est le nom de la femelle dance dialectale générale consiste à faire l'accord a u
bqar "bovins" / baq ra "vache ll
, djaj "gallinacés" / pluriel des verbe s (adjectif~ et pronoms) qui se rappor-
djaja "poule" tent à des n oms c ompo rtant l'idée manifeste de plura lité
d'autre part que dans la catégorie des n oms de plantes, (ou q ui sont régis pa r eux). Ainsi
le singulatif désigne à la fois le plant et le fruit klâwni .l -bragot "les puces m'ont mangé", as-sjar
bùg.a "pêcher" et "une pêc he", bandqa "noisetier " et mn9wwr~n "les a rbres sont en fleurs", 3S-sêar h5.~u

"une noi sette" ku!")l "ces cheveux sont noirs", fahum ~gar "ils sont
- est la marque du singulatif (nom d'une fois) dans le s peti ts" .
oppositions Il est cependant coura nt , surtout dans les
~a,çb "fait de frapper" / ~a+ba "un coup" , tafkIr parlers bédouins et dans les parlers de l'Est maghrébin,
"fait de se rappeler, fait de rappeler l l / tôfkIra de relever l ' accord au féminin des verbes (adjectifs et
"un souvenir" ; pronoms) s e rapportant à des pluriels et collectifs.
exprime une valeur diminutive Ainsi
magraf "cuiller à pot" / magrfa IIcuiller", mgIraf jat an-nsa "le s femmes sont venues" , at-tmar hagi
"petite cuiller" / mgIrfa "petite cuiller à café" md~wwda " ces dattes sont véreuses".
avec , éventuellement, . spécialisation sémantique ,
d) Trè s particulier aux parlers du Sud-Est saha-
s9'q "ma rché", sw~yyaq "petit marché" / sw~qa "marché
rien, et parfois de Libye, est l'empl oi du pluriel fémi-
de jour de fête" ;
nin en -at, de s adjectifs se rapportant à des n oms dési-
- caractérise ùn grand nombre de formes nominales aux-
gnant des personnes du sexe féminin, ou des êtres ou des
quelles l'indice du genre n'ajoute généralement pas de
• . ( comme Rl R2 -aR 3 a, Rl R2 üR 3 a, R1 R2 IR 3 a, choses, comme
valeur specif1que
l 2 2- 3 an-nsa ~aymat "les femmes jeûnent", kba; smInat "des
R vR R aR a, etc.).
béliers gras" t .~yyâm yasrat "de s jours nombreux" .
b) On notera que le féminin est fréquemment en
usage dans des locutions impersonnelles, exprimant en
quelque sorte la notion du neutre :~ mlrt)~ "voilà
qui est bien" , ha9,i bamstas-em-yÜm "il y a quinze jour s
que" , safôtha "alors , à ce moment-là", ~walam iji "il
conviendrait qU'il vienne" ; particulièrement dans le s
locutions météorologiques : ~abba~ al-yÙm "il a plu au-
jourd'hui", r~~dat l'il a tonné".

c) On ne traitera pas dans le détail de l ' accord


syntaxique des collectifs et des pluriels , qui est di-
vers et mouvant selon les parlers; il est, en outre, sou -
160 161

F. ETAT DU NOM
II. Détermination
=============
Tous les parlers maghrébins connaissent, dans
1. par l'article défini
l'emploi du nom, l'opposition indétermination-détermina-
tion, comme i l en est en arabe classique. Il correspond à l'article défini du françaiS
L'indétermination est caractérisée par la "le, la, les, etc." ; il a la forme ûl- et précède im'm é-
représentation du nom à l'état nu, au degré zéro, ç'est- diatement le nom qu'il déterm~ne.

à-dire sans article ni complément déterminatif.


La consonne! (phonème "liquide tt ) de l'article
La détermination est caractérisée par la pré- al- est assimilée par la première radicale du nom avec
fixation au nom d'un article, ou par l'annexion au nom lequel il fait corps, lorsque cette première radicale
d'un complément déterminatif. est dite "solaire", soit
- les liquides l, r, n : ~l-lban "le petit lait", ar-
On envisagera successivement
- le degré zéro d'indétermination et rmal "le sable", dn-nmal "les fourmis" ;

la détermination, qui est réalisée


les sifflantes s, !?, z : -as-sIf tlle sabre", a.;;-;;~f
"1' été" 1 az-zb-al "le fumier" ;
- par l'article défini,
les dentales t, t, d at-tknJn "la paille", at-1;fql
- par un article indéfini de création dialectale, - ...!.... -

- par un complément déterminatif. "l'enfant", ad-da,f "la maison"


les interdentales t, Q, ~ : at-~~lj "la neige", ag-
gra "le sorgho", ë)~-c;#:~f "l'hôte" ;
1. Indétermination la chuintante ~ : as-s~y "la chose ll •
=== :::========= =:
La chuintante sonore j (z), lorsqu'elle est
articulée en chuintante proprement dite, assimile géné-
C'est l'état du nom présenté sans caractérisa-
ralement 1-. Ainsi en est-il en Libye, en Tunisie, dans
tion aucune, sous sQn aspect le plus général. Il com-
le Nord et l'Est du département de Constantine, dans
portai t le tanouin en arabe classique : ;-:ijal IIhomme",
l'ensemble des parlers bédouins du Sahara et des Hauts
mFa "femme", s~y "chose l l •
plateaux, en Oranie et au Maroc: aj-jbal "la montagne".
C'est également l'état du nom déterminé par
nature: noms propres, comme m0t:ammad "Mohammed", fatma
Lorsqu'elle est articulée dj (i>, avec ini-
tiale dentale, en phonème complexe, elle n'assimile pas
"Fatma" ; ou certains noms communs, souvent d'origine
l'article 1-. Ainsi en est-il en Algérie, dans les par-
étrangère, comme batâta "pomme(s) de terre", ballaranj
lers citadins et ruraux de l'Algérois et du Constanti-
"cigogne(s)", taflIlast IIhirondelle(s)", tous mots qui
nois, dans les parlers bédouins du Tell algérois et
ne tolèrent pas, en général, d'être pourvus de l'article
constantinois : ~l-djba1. A Cherchell, l'élément ~ du
défini.
162 163

Phonème complexe dj, réalise l'assimilation: ad-djbal. timbre vocalique à la coloration de l'environnement Con-
On note d'autre part que la palatale]:.assi- sonantique est particulièrement vive dans les parlers
mile souvent, parmi les parlers bédouins, l'article bédouins.
ôl-, comme dans al-kull "le tout" : ak-kül1 ; et que les
labiales b et mt la gutturale q,exercent aussi un pou- 2. par un article indéfini
-- -
voir assimilant, dans divers parlers, notamment dans le
Nord constantinois: al-bt:ta~ "la mer" ab-bl)aF, 'a l-mra Se situant entre le degré zéro de détermina-
"la femme" : am-~at 'al-q-alb "le coeur" : aq-qalb. tion, c'est-à-dire l'indétermination absolue, et la dé-
termination par l'article défin~, est né au . Maghreb un
En ce qui concerne la présence d'une voyelle
article indéfini qui constitue une pure innovation dia-
contiguë à la consonne 1- de l'article défini, la place
lectale. On peut dire qu'elle présente un caractère
qu'elle occupe, antérieure à elle ou postérieure à elle,
particulier qui contribue à fonder l'originalité de
ou l'absence de toute voyelle, on marquera, d'une façon
parlers maghrébins. Elle consiste à utiliser le numéral
très schématique, que l'article est
"un" wat:lad, frappé d'invariabilité, suivi du nom déter-
- al + nom, lorsque le mot déterminé est en tête de
miné; qu'il soit déterminé par l'article défini al, ou
phrase : al-p-üt b-az-zaf "il y a beaucoup de pois-
qU'il le soit par nature, ou qU'il le soit par un complé-
sons" ;
ment déterminatif. Une· construction berbère toute sem-
lorsque le mot déterminé comporte un groupe-
blable a pu favoriser au Maghreb la création de cet ou-
ment syllabique initial consonne + voyelle: al-kalb
til indéfini : ~ajal "homme", ~.r-.çajal "l' homme", ~­
yanbaJ:l, "le chien aboie"
af-faj'3l "un (l' ) homme" ; et, de même, waJ:l.d-al-m.ra "une
1 + nom, lorsque le mot déterminé est consécutif à une
(la) femme Il , wa:l)d-as-s~y "une (la) chose".
voyelle : ja I-lJaddam "le serviteur vint" ;
lorsque le mot déterminé comporte une voyelle Là où l'expression de cet article indéfini a
ou une diphtongue en première radicale l-ügan cours, c'est le numéral waryad qui est communément en
l'l'oreille", l-~wlad l'les enfants" usage. Il apparaît dans le Sud marocain sous une forme
- la + nom, lorsque le mot déterminé comporte un groupe- abrégée wal)i-, wal).-, même wa-, suivi du nom déterminé.
ment syllabique initial consonne + consonne + voyelle: Mais on y entend aussi, ainsi qu'à Tlemcen et Nédroma
la-gda "le déjeuner l1 • (Nord oranais), à Djidjelli et Collo (Nord constanti-
nois), la forme rya, qui provient sans doute de hadd (du
cl. 'a~ad) : ~a-~rajal, Qa-I-IDfa, Qa-s-~~y.
Mais cette situation est instable suivant les
-----
parlers. De plus, on observe que la nature phonétique
des phonèmes consécutifs à l'article est souvent suscep- Cet emploi de wa~d-al- (et ses variantes), ar-
tible de colorer le timbre de la voyelle contiguë à ticle indéfini, est extrêmement fréquent au Maroc et en
l'article, surtout lorsque celle-ci sépare l'article de Algérie. On constate qu'il va décroissant d'Ouest en
la première radicale du nom déterminé : la-ésa "le dl- Est, à tel point qu'il est rare dans l'Est constanti-
ner", lu-kba;:- "les (gens) âgés". Cette sensibilité du nois, et impossible en Tunisie et en Libye. Quant aux
164 165

(seul) exemplaire non identifié" Eandhum fard-ktab


parlers bédouins du Maghreb central, ils en font un
"ils ont un livre (et un seul)".
usage très limité.
Il faut bien distinguer la construction de 3 . par un complément déterminatif
wa~dt dans waryd-al-, article indéfini, de celle où
waJ:1ad est pronom et variable: waryad .;-ajal "quelqu'un, Deux constructions sont possibles .
un homme", ~aJ:lda mfa "une personne, une femme n • L'une consiste à créer un complexe de deux
On notera que wa~8d peut également précéder un termes : le premier terme est directement suivi du
duel déterminé par l'article al, ou un complexe numéri- deuxième terme qui le détermine. C'est la construction
que : i l a alors le sens "une unité de, environ, quel- qu'on appelle en arabe classique ~i~âfa, état construit
que" : wal)d-~-yÜmayn "quelque deux jours" ; wal).ad ta1t- ou rapport d'annexion. On la désignera par l'expression
bq~;-at "quelque trois malheureuses vaches". Il est annexion directe du complément déterminatif (type du
alors d'usage panmaghrébln. français: Hôtel Dieu).
Outre wa~d-al, on relève, dans un emploi pro- L'autre consiste à associer deux termes, en
che de l'article indéfini, reliant le deuxième au premier par une particule. C 'e st
si, proprement tlchase", qui est préposé au nom indé- une construction, proprement analytique, ~i n'existe
terminé, avec la valeur, teintée d'éventualité, de pas en arabe proprement classique (mais déjà hispani-
l'article indéfini: sI-Fajal "un (= quelque) homme", que), et qui constitue une innovation dialectale. On
l'appellera annexion indirecte du complément détermina-
- ---"---
que) chose".
-
sI-mra "une (= quelque) femme", sI-haja "une (= quel-
'- -
Cette tournure est d'un emploi courant tif (type du français: Hôtel de ville).
au Maroc, mais n'est pas ignorée des parlers d'Algé-
rie. Elle recouvre sans doute une construction ber- a) ~~~~!~~_~!~~~~~
bère. Deux remarques préalables sont à faire.
Précédant un nom déterminé, si correspond à l'article
L'une soulignera le fait notoire que le pre-
indéfini, mais en déborde quelque peu la valeur pro-
mier terme, déterminé par le second, ne saurait en con-
pre, signifiant "un peu de, du, des, quelque(s)" :
séquence comporter l'article défini.
sI-l-esal "du miel, un peu de miel", sI-n-nas "des
gens, quelques gens l l • Cette construction s'entend en L'autre aura trait au traitement de la finale

.
Algérie . On en reparlera à propos des expressions qui -a du féminin lorsque le premier terme en est pourvu.
correspondent aux pronoms indéfinis du français. Elle se mue dans l'annexion directe en -at-, ou en -t-.
---
- fard, proprement lIunité" , précédant un nom singulier La mutation de - a s'effectue en -at- ou en -t- suivant
indéterminé est d'un usage possible : sporadique en un choix qui dépend de la structure syllabique de la
Algérie, fréquent en Tunisie, courant en Libye. Le séquence (position en syllabe fermée : -at- ; ou ouver-
complexe exprime l'idée, proche de l'indéfini, de "un te : -t-). Cette mutation peut causer d'importants
166

bouleversements dans l'économie syllabique du premier dans l'usage des noms de parenté (réelle ou fictive)

terme. De ces bouleversements éventuels, mouvants et wald1.yya "mè s parents", mart-qüya "femme de mon frè-
divers suivant les parlers, on n'entreprendra pas ici re", ulad-st:.ld "ouled S aïd (nom de tribu)", œnt-nas
l'étude. "fille de gens (= de bonne famille)", nas-ad-d<:SwwaF
"les habitants du douar", mÜlat-ad-da.ç "la maîtresse
Deux modes d'annexion sont à envisager:
de maison", bÜ-Ia!:,ya "père de barbe (- barbu)", umm-
annexion directe d'un nom, indéterminé ou déterminé
a!}nün "mère de morve (= morveuse)" ;
yÜm-~~d "jour de fête", yÜm-al-e.fjd "le jour de la fê-
dans l'expression des parties du corps, ou de notions
te", yadd-al-bç..çma "l'anse de la marmite" t III t-;)l-
d'appartenance à la personn!3.lité : .çasi "ma tête",
Ears "la nuit de noces", .ras-a1-Danût "l'essentiel de
qalb-3k "ton coeur", E.la-jur~t3k "sur tes traces", !}ü2
la boutique (= assortiment d'épices)", ~lat-al-fajr
Imlnak "prends ta droite", aLmal majhüdak "fais ton
"prière de l'aube", mdInat-fas "la ville de Fès".
possible" ;
annexion directe du pronom suffixe hüya "mon frère",
dans les complexes nom + adjectif déterminé
rajla-k "ton pied l l , ~b~f.- tu "sa nature (à lui)", waqtha
l-kblr "la grande mosquée", .bab-al-jdld "la porte neu-
"son moment (à elle) (= alors)", darna "notre maison",
ve" ;
ja,;-'. atkum "votre voisine", baE.<,#hum bat:~ "partie d'eux
dans les complexes adjectif + nom déterminé : 7wII-al-
partie (= les uns les autres)".
qama "haut de taille", kblr-as-sann "grand d'âge",
L'annexion directe est inégalement en usage l:maç-al-wajh "rouge de visage", zarqat-l-€.~nIn "bleue
dans les parlers maghrébins. D'une façon sChématique, d'yeux" ;
on peut constater que l'emploi en est courant en Libye dans des compositions comportant une véritable recher-
et en Tunisie, ainsi que dans les parlers bédouins saha- che oratoire (formules, proverbes, interjections, ob-
riens. Il est moins courant dans les parlers bédouins sécrations, injures) : ryaqq-.çabbi "par (le droit de)
des Hauts plateaux et du Tell, et moins encore dans les Dieu", ya-lJla-daf~ "ô ruine de ma maison", tarnrat-
parlers ruraux et citadins. On note en outre que l'usa- qalbi "fruit (= chose précieuse) de mon coeur", ~
ge en va décroissant d'Est en Ouest. Il finit alors, wakkal-razq-an-nas Itô dévoreur du bien des gens".
dans les parlers qui en ont réduit l'usage, par ne plus
De telles constructions d'annexion directe
être possible que dans des limites étroites Mais,
semblent possibles dans la plupart des parlers.
dans des groupements de notions naturellement asso-
hors de ces cas d'associations, en quelque sorte natu-
ciées,comme bab-dd-daF "la porte de la maison", waqt-
relles ou intentionnelles, le s parlers, qui répugnent à
dl-tI~ad "le temps de la moisson", qallat-l-hya "manque
utiliser l'annexion directe pour sauvegarder l'autonomie
de vergogne", !=~F-III "oiseau de nuit (= chauve-sou-
de chaque mot, recourent à l'annexion indirecte.
ris)!!, complexes qui, parfois, vont jusqu'à devenir de
véritables mots composés, comme bç~-ad-daF, b9~daF, de
b-wo~~-ad-daF, "la cour de la maison" ;
168 169

jnat au féminin.
Pour ce qui est des formes des particules Pour ce qui est de l'emploi de l'annexion in-
d'annexion indirecte, on relève au Maghreb directe, on observe que
- mtaE.. (du cl. mataE.- "objet propriété de") qui est d'un - ~ (ntaE, ta~) unit, indistinctement, au premier
usage assez général (déjà attesté au XIIe siècle au terme du complexe, un nom ou pronom suffixe :
Maghreb, ainsi qu'en hispanique) ; le terme est com- un nom : al-ba.rn9~ mtal.-Eli "le burnous de Ali", ôl-
pris partout; mais i l est plus particulièrement em- b9.rma mtae.-fatma "la marmite de Fatma", al-
ployé dans l'Est maghrébin: en Libye, en Tunisie, mzawd mtâf.-al-ésal "les outres (remplies) de
dans le Constantinois ; miel"
- nta€. (variante du précédent, ~ étant assimilé par la un pronom suffixe la-ktab mtae..u "son livre (à lui)",
dentale ~ : ~, qui a cours en Algérie centrale, en ar-rIplyya mtaf:.ha (mtal;1pa) "ses pantoufles
Oranie, parfois au Maroc, tant dans les parlers cita- (à elle)" , ad-daé.wa mtaE.~ "mon affaire", al -
dins et ruraux que bédouins Darfan mtaé..hum (mtat)l').um) "leurs agneaux".
ta~ (forme réduite des deux précédents) qui s'entend
Mais la capacité des autres particules ddi
dans le Sud algérois et marocain ; t~.
-' (di, ~ , dyal, jna, de relier nom ou pronom suffixe au
addi, courant au Maroc et dans les cités du Nord ora-
premier terme du complexe, apparalt moins tranchée, plus
nais, algérois et constantinois ; souvent réduit à
confuse
add, dd, ou même simplement à
-di,
-d-; ddi (~i, ~) est toujours possible devant un nom: at-
1;.:ç~q d-al-mdIna "le chemin de la ville", al-pammas d-
dyal, non moins courant dans les parlers qui connais-
e.ammi "l'ouvrier agricole de mon oncle", jabba d-al-
sent addi, di, d
t)rIr "robe (blouse) de soie l l , al-klam d -al-jaFa d-
alli, en fait un relatif, qui est particulie~ dans la
da.çna "les propos de la voisine de notre maison".
fonction de particule d'annexion, à certains parlers
Dans le Nord constantinois, il est également possible
du Nord constantinois (Colla) ;
devant pronom suffixe lorsque celui-ci est précédé de
- jna, enfin, qui est strictement libyen (notamment en
la préposition 1- : al -qc? ffa ddI-li "mon panier à mar-
usage au Fezzan) .
ché ".
Les parlers bédouins d'Algérie qui connaissent - dyal est toujours possible devant pronom suffixe : ~ l­
mtaé, nta~ leur donnent volontiers un féminin: mta~at ba;-n9~ dyali "mon burnous", la-lJlat~l dyalha.. "ses an-
(mtaEt), ntaé4t (?ta~t), et un pluriel mtawL, ntawE. neaux de pied (à elle)", la-.!.wayd dyalhum "leurs habi-
Les parlers du Sud tunisien et de Libye ont mtacat tudes l l •
(mtaet), mtiEIn, mta~at. Certains parlers m~rocains Mais on ne le "trouve devant nom que dans certains par-
font de même varier- dyal (gyal à Casablanca) en dyalat lers : au Maroc (à Rabat, Casablanca, Fès, nord de
(gyaltJ. dyaw1. Quant au fezzanais jna. il fait habitu- Taza) et en Algérie (à Alger, Dellys) : at-tmasvIr
ellement un féminin jant, et un pluriel jni au mascu~in, dyal-!}üya "la raillerie de mon frère", at-tbarna dyal-
170 171

m99tfa "le restaurant de Mustapha". Il semble ail - cIe de Fatma". Ainsi en est-il habituellement dans le
leurs impossible d'employer dyal devant nom; Nord marocain (Tanger, Nord de Taza), dans le Nord ora-
- jna ; l'emploi n'en est pas assez élucidé pour être nais (Nédroma, Traras), dans le Nord constantinois (Dji-
indiqué ici avec une grande précision. On entend ce- djelli, Kabylie orientale). C'est le calque d'une cons-
pendant au Fezzan al-klam Jna-nas-ad-dç;wwa-r: "les pro- truction berbère.
pos des gens du douar", hag-al-e.ada j~nthum IIcette
aP- On constate en conclusion que, même dans
habitude qui est la leur". les parlers où l'annexion directe est courante et prédo-
minante, l'annexion indirecte yient souvent couper des
c) ~~~~~9~~~_~~~_!~~_~~~E!~~~~_~~~~~~~~~~_~!~~~~~_~~ séquences d 'état construit comportant trois, quatre com-
d'annexion indirecte
-------------------- pléments déterminatifs, et même davantage ; surtout
Plusieurs observations sont à faire. lorsque certains d'entre eux doivent être caractérisés
par des adjectifs démonstratifs, ou par des pronoms suf-
@- Il n'est pas obligatoire, dans tous les
fixes nécessaires. On la trouve également dans les cas
parlers, de mettre le premier terme d'un rapport d'an-
où la structure syllabique du premier terme risquerait
nexion indirecte à l'état déterminé. Nombre de parlers
d'être perturbée par l'annexion directe, au point d'être
tunisiens, algériens, semblent le préférer, cependant
défigurée ou même méconnaissable. ·
qu'en Oranie et au Maroc, la détermination du premier
terme par l'article défini n'est pas de rigueur.

~- Le complexe d'annexion indirecte, tout


comme le complexe d'annexion directe, est susceptible
d'être présenté pourvu de l'article indéfini (là où il
est en usage) ou de l'adjectif démonstratif : ~­
wald-nas "un fils de bonne familletl, wal)ad-bant-nas "une
fille de bonne famille tl , wal:tad-~al)bi "un mien ami",
wal)d-as-ska;-a d-.l-q;,mp tl un sac de blé", hag-as-sqq
mtaé.-l-l)add "ce marché du Dimanche", dIk-al-mfallsa d-
al-m~a tlcette idiote de femme".

(j) - Dans certains parlers où l'influence du


berbère s'avère très forte, les noms de parenté s'em-
ploient le plus souvent pourvus du pronom suffixe cor-
respondant au genre et au nombre du complément détermi-
natif, lequel est relié au premier terme du complexe par
la particule d'annexion indirecte: aüh ddi-q,addür "son
(= le) frère de Kaddour", .e..ammha d-fatma "son (= l')on-
LES NOMS DE NOMBRE

On examinera successivement les numéraux car-


dinaux, puis ordinaux, puis fractionnaires, réservant
enfin une place aux noms des heures de la journée, des
jours de la semaine et des mois.

I l convient de distinguer l'empl oi du nom de


nombre à l'état absolu (un, deux, trois, quatre, etc.)
et l'emploi du nom de nombre suivi du nom de la notion
comptée (un homme, deux hommes, etc.).

1. A l'état absolu

de 1 à 10

- 1 c'est ~ary~d, qui est variable, comme quand il est


pronom indéfini, fém. waDda (waQda) hadd (du cl.
._
'- -
Jâhad) est alors inusité.
- 2 deux formes sont en usage. La plus fréquente est
zuj (z9wj, zQj) ; avec les variantes )üj (j9wj,
j9j) dans les parlers de l'Algérie centrale, et
zuz (z9wz, z9z) dans les parlers de l'E st maghré-
bien(Tunisie et Libye) ; les formes avec diphton-
gue conservée ou partiellement réduite sont celles
des parlers bédouins. Moins fréquente est ~nin
(tnIn) ou tn~ynt tn~n (du cl. ' itnayni) qui n'a
cours que dans les parlers bédouins avec un fémi-
nin t~ntIn (t~nt~ynt tant~n), qui paraît plus usu-
el en Tunisie et en Libye ;
- 3 tlata (tlata) ; dans le Sahara algérien on entend
aussi flafa
174 175

- 4 a~béa (du cl. )arba€a t ) ; la forme sans initiale


a t
et avec groupement syllabique ~ab~~ (rab~a) est
On voit que, pour quinze, dix-sept, dix - huit,
la plus fréquente dans l'Ouest oranais et au Ma-
dix-neuf, qui sont de structure radicale similaire, le
roc ;
groupement syllabique est, suivant les parlers, et même
5 !}amsa (. ~amsa)
à l'intérieur d'un même parler, très instable, variant
6 satta entre R1 yR 2 R3 _ et R1 R2 yR 3 _ .
- 7 sabéa
8 tmanya (tmanya) ; parfois tmanya dans quelques
Au-dessus de 20
dialectes citadins du Maghreb;
- 9 tdsEa est la seule forme en usage en Libye, en Tu-
20 Ea~rrn , avec un r non emphatique
nisie, dans l'Algérie orientale et centrale
21 waJ:1d u-éasr In ;
l'Est oranais connait tasE9d, et le Maroc tas~üd,
22 ZÜj u - éasrIn, tnIn u-~srIn
formes euphémistiques qui rattachent le nom à la ='-'-'----"'---''-'---=
23 tlât(~) u-~..;::tsrIn ;
racine séd qui exprime l'idée de "bonheur".
30 tlatIn (tl atIn, flafrn)
-10 easra, comportant, suivant les parlers et d'une
40 a;-béIn, ~abéIn (rabéIn)
façon hésitante , r non emphatique, ou emphatique
50 h;amsIn
éasra. 60
v
sattin
70 sabdn
de 11 à 19
80 tmânIn , tmanIn, tmânyIn, tm~nyIn
90 tase.In ;
Les numéraux sont constitués, dans des com-
- 100 mya, ou m1yya en Tunisie
plexes contractés, par les noms de l'unité suivis du nom
- 101 mya u - waJ:lad ;
de la dizaine, Easar, qui est réduit généralement à -as. 110 mya u - ê..asra ;
Dans les parlers bédouins d ' Alger , de Tuni.sie et de Li- - - ---
200 mIt!n , m~ytIn, mitayn, myatayn
bye, l'élément l:asar conserve souvent son f;. en une finale
300 \:.lat(a) (tlatta), ~, t,Üt , tl,,~)-mya
-aeas . Les numéraux sont habituellement emphatisés -,,-- - -- -
- 1000 aH (alf) ;
(mais souvent ~das ne l ' est pas).
- 2000 alfIn , alfayn
-11 ~das, ryda~a~
-3000 tla~ {et ses variantes)-alaf
- 12 tnas (tnas, tnas), ~nâ6as ;
milliers: ulüf , ulüfat ;
- 13 ~tas (tlQ~, tldtta~ , t 1d ttas), tldtt~as
- million: malyÜn, pl. mlayan (mlayIn)
- 14 â;-ba~tas , ' a;-ba€.t:aus , ;-baE.ta~ ;
- milliard: malyar, pl . mlayar (~layI r).
-15 hamsta~ (ùqmstas , bmastas), b~msta~a5
-16 sattas (s9t~as) , ~at~a l.as ; Il est à noter
- 17 sabEtas (sba~tas), sabEta~dS d ' abord que , pour 200, 2000 les formes habituelles
-18 ~amntâs (tdmn~as, ~mantâ~, trndntas), tdmnta~as sont celles du duel : en -In dans la plupart des parlers
177

citadins et ruraux, en -~yn, -~n dans nombre de parlers


parlers bédouins en général. Elle est admise par tous
bédouins, en -ayn ,dans des parlers du Maroc et du Nord-
les autres parlers .
Ouest oranais ;
ensuite que, dans les nombres composés, tnIn (tnIn), L ' annexion indirecte prévaut a u Maroc. Elle
avec les variantes tn~yn, tn~n en parlers bédouins , et est fréquente dans le Nord- Ouest de l'Oranie. Elle s ' en-
tnâyn au Maroc et dans la région de Tlemcen, entre ha- tend souvent dans des parlers citadins et ruraux d'Algé-
bituellement en substitution de zuj ; rie (Alger, Dellys, Djidjelli par exemple).
enfin que, dans les nombres composés 1 . 100 , 1.200, Dans l'annexion indirecte, le nom de nombre
1.300 etc. , on peut aussi avoir les noms des numéraux conserve la forme qU'il a à l 'éta t absolu, et il est
Il , 12, 13, etc. , suivis de mya (la construction de ces suivi du nom au pl uri el (et parfois à la forme du col-
complexes sera étudiée plus loin). lectif) : bamsa(mtaE- ou) d-al-baqrat, ou d-~l-bqa;­
" cinq bovins", tasé.a (mtaé.- ou) d-l-qwlad "neuf enfants".
2 . Suivis du nom de la notion comptée
Dans l'annexion directe, le nom de nombre con-
serve souvent la forme qu ' il a à l'état absolu, avec une
de 1 à 10
finale a plus ou moins affaiblie . Il est, comme en ara-
be classique, suivi du no~ de la notion comptée, au plu-
- 1 waryad utilisé comme article indéfini (avec ses va-
riel: tlai:a-rjal, -çlata-rjal "trois hommes", a.çbt:.a-nsa,
riantes waQ-, waryi-, rya-) , invariable: waryd-8F-
a.çbt.a -nsa " quatre femmes" . Mais plus fréquemment encore,
.;-aj;Jl "un homme", waJ:"ld-al-m~a "une femme". Là où
le nom de nombre revêt une forme en qu e l que sorte "allé-
la tournure de l'article indéfini n'a pas cours,
gée" (tant par l'abrègement de son vocalisme interne que
c'est wa~ad utilisé comme pronom indéfini et va-
par l'amputation de sa finale ~ :
riable, préposé au nom: wa~dd Fajal, waJ:"lda ~a.
- 2 zuj - (à l'exclusion de ~nrn)
A partir de 2 (si l'on met à part les noms des - 3 t"lt- (talt-) , tlat-
notions susceptibles de revêtir la forme du duel, qui 4 a~bt. -, .rabt.-
ont été étudiés au chapitre du Nombre du Nom), l'on doit 5 bams-, bmds -
considérer - 6 satt- ;
que la forme des numéraux cardinaux peut être instable ; - 7 sabé-, sbaE..-
que la construction nom de nombre + nom peut être celle - 8 tamn- (t3mn-) , tman-
de l'annexion directe ou de l'annexion indirecte; - 9 tast..-, tsaf- ;
que du choix de l'une ou l'autre de ces deux construc- -10 t:as.r- , ésa.r-;
tions peut dépendre la forme que revêtent les numé- l 2 3
avec un équilibre syllabique hésitant (entre R vR R et
2
raux cardinaux. Rl R vR 3 ), dont le choix depend
' souvent de la nature de
L'annexion directe est la seule construction la syllabe consécutive (ouverte ou fermée) : talt-9wlad
possible dans les parlers libyens, tunisiens , et les "tr ois enfants I l , tlat (ou t;al-ç)-bnat "trois fillettes".
178 179

de 11 à 19 Au dessu s de 20

Les formes en sont les mêmes que pour le dé - Même possibili t é d ' annexion indirecte ou di -
compte à l'état absolul et l'annexion de l a notion recte que pou r les noms de nombre précédents : avec le
comptée pe u t être indirecte o u directe, s u ivant la même pluriel du n om de la notion comptée dans le premier cas,
r épartition dialectale que pour les numéraux de 2 à 10 . et le singulier dans le second cas . Les formes demeu -
re n t celles de la série employée à l ' état absolu . Il
Lorsque l'annexion est i ndirecte , le nom de la
n ' y a , semble- t - il , que
notion comptée est habituellement au pluriel (ou à la
mya , ml:yy a cen t" , qui peut :revêtir la forme myat-
II
forme du collectif) : s.attas (mtaé. - ou) d- an- nas " seize
mya d - ar- rj a l, myat - ;-a}al "cent hommes ll
arbta - mya;
personnes", tsaé.'~as (mtaE. - ou) d - a l-l')aj-Fat (ou d - al -
d - al - jmal , àrbéa-myat- jmal "quatre ce n ts chameaux" .
l')jâ~) l'dix- neuf pierres ".

Lorsque l ' annexion est directe, le nom de la Noms de n ombre composés


notion comptée est a u singu lier , et un élément de liai -
son (sans doute vestige du ~ de ëasar) unit le numéral D'une fa ç o n générale , les éléments en sont re -
au nom qui le suit. Cet élément de liaison est l i és par la conjonction de coordination u - :
- an d ans la plupart des parlers algériens , citadins , les u nités précèdent les dizaines: wa1;ld u - t.asrIn "vingt
ruraux et bédouins , et dans les parlers tunisiens et, et un l l , !].amsa u - tmanIn " soixante - cinq " ;
partiellement , libyens (au Fezzan) : hdas - ~ - bagra les cen taines précèdent les dizaines : sab€a- mya u - sattYn
" onze vaches l l , t l attas - a n- mar ra " treize fois l l ;
"sept- c en t soixante " ; ai n si qu e les co mplexes uni -
-~ dans les villes marocaines , e n Oranie (Tlemcen et té + dizaine : m~ytln u-b-amsa u - saber n " deux cent
Nédroma) et en Tripolitaine: tnas - al - tam "douze ans l l , soixante - qui n ze " ;
.sa!:tas- al - kas "seize verres" ; les mil l ie r s p r écèdent les centaines ou l es complexes
ar dans le Sud marocain , le Sud oranais , la région du précédents : alf u - çl a>ta- mya II mille trois cents ",
Nord de Taza (au Maroc) et en Cyrénaïque : arba,( ta~ ­ tal !:- a laf w- arbé.a - mya u- imanya u - tlatIn " trois
-ar- yÜm " quatorze jours ", sbaEtas - ar - j mal "dix- sept mi ll e quatre cent trente - h u it ".
chameaux" ; Soit pour l a datation de l ' a n née 1 395 f - a l- t::am â l f u-
et l I on constate , ici et là , qU ' il ya des cas d ' assimi- ~la~a-m ya u-ba msa u - tosé!n.
lation de cet élément de liaison à la première radicale
du mot (notamment q u and cet élément est ~- , identique à Remar q ue s u r les compl exes numéral + nom
l ' article défini) : !:manl;:B.E...as - a! - çajol"dix- huit hommes" ,
l;:nas-as- sbu la " dou ze épis ". Le complexe con stituant en arabe dialecta l un
Notons e n fin que ~ , tnas etc . peu vent être ensembl e se mb l a bl e au rapport d' an nexion , le premier
suivis de mya " cent ", pour former " onze cents, douze terme n' e n co mporte gén éral eme n t pas l' a r tic l e : t l ata -
cents etc . " : ~dâs - <3n (al , a r ) - mya . r jal "trois h ommes" , ~rbé rn- jm.n . Mais l ' article est
.180 181

possible; c'est le complexe qui est alors considéré


II . Numéraux ordinaux
comme un tout susceptible d'être déterminé t-tlata- ===~=============

rjal "les trois hommes ll


, l-arbf.In-lmal mtaë.i limes qua -
De deux à dix, ils revêtent la forme du parti-
rante chameaux l l , hag-al-bams-eyyam l-owwlln "ces cinq 1- 2 3
cipe actif R aR vR , variable en genre et en nombre
premiers jours".
2ème ~ ( tani) ;
3ème tala!: (tal"t) • falaf
4ème rabc:>t.:
Sème !:t amas
7ème sabae
Sème ~ (ta man)
9ème tasaë.
- lOème Easar .
Pour 6ème, il y a deux formes possibles : la
plus répandue est sâtat, satt (plus rarement sadat), qui
parait la seule en usage en Tunisie, en Libye, et qui
est courante en Algérie et au Maroc, en concurrence avec
sac::las.

Pour llème et parfois 1 2 ème, on entend spora-


diquement ~ad8s et tanas (tanas, tanas).

Reste
- 1er le terme dialectal, de même structure que le
classique (~awwal, fém. ~üla , pl. ~uwal), revêt
non une forme de participe actif, mais d'élatif.
C'est
Qwwal, fém . üla, qui est habituel dans les par-
lers bédouins ;
mais 11 est fréquent que, dans les parlers cita-
dins et ruraux du Maroc et d ' Algérie, et même
dans certains parlers de Libye, le féminin soit
refait sur le masculin , ainsi que le pluriel
9wwôl , fém. owwla (gwla), pl . 9wwlIn (owlIn)
~ ~

cependant qu'en Tunisie, et fréquemment en Libye,


le masculin est refait sur le féminin
.

182 183

ul d'après ula ; et aussi le pluriel ülfn.

On notera enfin qu ' il est fréquent que qwwal, III. Numéraux fractionnaires
=======================
ul, et leurs féminin et pluriel correspondants ,
agglutinent l'article défini: l~wwal, ~ül. Mis à part le nom de la "demie , moitié" , la
Dans nombre de parlers maghrébins (citadins en série des numéraux fractionnaires revêt généralement
particulier), on a tiré de 9wwa1 , deux adjectifs deux formes
de type ethnique , ayant même sens que le numé- l'une "légère", héri tée du classique par la voie
raI : ?wwli, 9wwlani , variablesen genre et en " populaire ", comportant indécision , dans la répartition
-1 2 3 1 2 3
nombre. syllabique, entre les types R vR R et R R vR , et
conservation hésitante du timbre vocalique ;
Formant paire avec 9wwa1 "premier", et refait
l'autre "lourde", héritée du classique par la voie
sur son modèle, IIdernier" se dit généralement a u Maghreb
"savante", avec allongement des voye lles par souci de
dbhar, labbar (du cl . 'aD!r) , fém . aDura , pl . ~ŒQrrn : con servation du timbre (langue des partages successoraux
f-l - Ç5wwal u - f - l - abbar lien premier et en dernier (lieu)".
largement connue du "vulgaire" )
Au-dessus de 10 , la numération ordinale est 1/2 : n9~f, généralement prononcé n9-?-?
or dinairement rendue par la série des nombres cardinaux . 1/3 : ~ûl t, taIt (tBlt) , tlct , tülüt (tülü t)
Les noms de nombre de la sér i e ordinale sont 1/4 -F9 b t., ra b E. , çbat, rübüt.
employés comme substantifs ou comme adjectifs (épithètes 1/5 l]ums t barns , ornas , humus
- --
ou attributs) . Il faut me n tionner aussi l'emploi qui 1/6 suds , ,s..:)ds , sdôs , s üdüs
peut être fait d ' eux , invariables , comme premier terme 1/7 subt.. , sabi. , sbat:. , subüe
d'un rapport d ' annexion directe: al -ma~ç a l-qwwla, 1 /8 .tU mn (t'Umn) , tamn, tmëJn, tümun ( tümün )

9wwal-ma~;:-a "la première fois" , -çani-küsa "la deuxième 1/9 tu st. , tast.. , tsa~t tüsüt.. ;

fournée", al]l)ar- IIla "la dernière nuit". 1/10 EQS.r;, ES<'?f, éusur, Easür
" moins le, un quart se dit gIr-;"'çbl:. i.7'bat..) ou
ll

Dans le s parlers du Maroc et du Nord oran ais,


3l1â-~ 9bé se réduit volontiers à lla-.çqb, laf9~. Le Tu-
nisien connaît aussi lafb avec le même sens .
Les nombres fractionnaires sont, noton s -l e,
susceptibles d ' être mis au pluriel et au diminutif (no-
tamment dans la désignation de monnaies, l'évaluation
minutieuse de quantités , la détermination du poids de
matières particulières) .
184 185

g~r-F<?bt. (;:-abf., rba~) pour IImoins le quart" : ~lata


IV. Annexe à l'étude des noms de nombre g~r-rbaE, avec la variante alla-f9bL (alla-.t;Qb) signa-
===================================
lée à propos des nombres fractionnaires ;
1. Les heures de la journée tülü~, g~r-~ülu:t "vingt", "moins vingt",
- ;;;m -n q~f( an-n9~~) "la demie" : satta u-n9~!i "six heures
Ce sont les numéraux cardinaux, pourvus ou non et demie".
de l'article défini, qui les désignent (al-waryd a , <lt-
tlai~, l-arbEa, etc.) avec la précision 2. Les jours de la semaine
mtaë- al-yÙm (ou -an -nhaf ) "du jour",
- mtaë. - al-lIl "de la nuit", Leurs noms, dans l'ensemble du Maghreb, sont
mtae-a=?-~baD "du matin", - dimanche: nhar-al-Qadd, al-ryadd, l-~aQad,
- mtat:-la-Es1yya "du soir". - lundi: nha.;--at-tnIn (at-tnIn), l-:atn~n (l- -atnIn, 1-
atnIn) ,
Pour "deux heures" on a généralement
- mardi: nha:ç-dt-tlata (~t-tlata ) , at-t lata, at-tlat,
- az-züj au Maroc et en Algérie,
mercredi : nha+-l-a+béa, l-arb~a, l-arbéa, l - arba6,
sa~tIn en Tunisie et parfois en Libye,
- jeudi: nha:ç-ôl-bmIs, .al -OmI s,
at -~nIn (at-tn~n), l-ôtnIn en CyrénaIque et au Fezzan .
- vendredi : nha.Ç'-dl-j'a méa (.<H-jUméa), al -j-:JmE.a,
Dans tous les ~arlers maghrébins, pour "midi'! - samedi nhar-~s-sabt, ~s-sabt.
et "minuit", on entend
Il semble qu'en Algérie et en Tunisie, pour
at-tnas (ôt-~nas, at-tnas ), ou bien
IImercredi", ce soit la forme l-arbé.a, avec r non empha-
- n~~f (n9s~)-an-nhar, n9~f (n9~~) - al -lIl.
tique, qui prédomine.
Semble propre à la Tunisie, et connue en Li-
bye, pour désigner les quatre premières heures qui sui- 3. Les mois de l'année
vent "midi" et "minuit", la tournure
ma~e-sata, mtaé.-<J~-
- - - - - - .... - 'II .....
mage- sat:tln, etc ., mta&-la- eslyya, A côté de la série classique des noms de mois
?bary. lunaires
Quant aux fractions d'heure, elles s'expriment mUDarra m, !?afar:, rbiE l-qwwal, rbIE. J t-tani, jümada 1 -
par 9ww~l, jümada t-~an~, rjôb, sa6ban, ramagan, 59wwal,
dq~qa pour "minute", duel dq~qtrn, pl . dqayq, ~ü-1-qafda,
QÜ- l-~ajja,
- qsam pour "cinq minutes", au Maroc qasmayn "dix mi- on entend, au Ma roc et en Algérie,
nutes lt , l:aSOF ou éasQ:r;a, sayac:(ou say) -1-éas9.r; . (ou -E.asç;r a),
- dràj pour "cinq minutes", en Tunisie et en Libye .cH-mÜlüd, sayaf. (ou say) :-l-mûlüd, jümad al-oww-al ou lad,
dl~jrn (di~j~n ) "dix minutes" , jümad-at-tani ou jümad, ~jab, ~aEban, ~amq.an. (Fumgân,
- u-rÇ5bt.. <,.t;abE.., f'bac.) pour "et quart" hamsa u-:çbât., ramçan), shar dl-ft?~ ou -al-fit~ ou ~1-~Id-~9-~gIr,
186 187

LES PRONOMS
Est également d'usage courant, en particulier
dans les sociétés rurales et pasto rales, une série de
Sous ce titre , on range les indices personnels,
noms de mois solaires, du calendrier julien, d'origine
démonstratifs, interrogatifs, relatifs et indéfinis .
romane, dont les formes connaissent de nombreuses vari-
antes à travers le Maghreb, du type Il en est qui sont réellement des pronoms :
yannaF (ônnayr), fü.ça~, mafa~ (màgf"<J!1 ) , IbrIr, mayu, les indices personnels d'abord , lorsqu'ils sont indépen-
yÜnyu, yÜlyu (yÜlyÜz), awUssu ou gu§t, §t3mbar, kt9bar , dants ou suffixes annexés aux verbes et aux propositions .
~ünambIr, dûjambIr. Annexés aux noms, ils jouent le rôle des adjectifs pos-
sessifs du français.

Les relatifs ensuite, dans une large mesure .


Ce sont aussi des ligatures , et ils peuvent à ce titre
être considérés comme des particules .

Parmi les démonstratifs , les interrogatifs et


les indéfinis, il se trouve de véritables pronoms . Mais
aussi des adjectifs, des substantifs , des complexes ad -
verbiaux ou adverbialisés , et même ce qu'on peut appeler
des tournures. Nombre d'entre eux comportent des élé-
ments proprement pronominaux dans la combinaison de leur
structure . Cet aspect composite caractérise notamment
la série des indéfinis.

Tels qu 'il s se présentent , les élé ment s divers


qu ' on range sous le nom de pronoms constituent une caté-
gorie assez hétéroclite dans laquelle les parlers maghré-
bins ont recueilli u n e la r ge part de l'héritage a ncien,
mais où ils ont aussi largement innové.
188 189

- ~, parfois en Oranie, et aussi en L ibye,


A. PERSONNELS - ~ , dans le Sud constantinois, not amment dans les
parlers sahariens ,
- hnüman, également dans le Sud constantinois (Touggourt
par ex. ) .
I ls revêtent deux formes : pronoms indépen -
dants et pronoms joints ou suffixes (ou s uffixes person- b) A la deuxième personne du singulier , très nom-
nels ou possessifs) . breux sont les parlers (notamment ruraux et bédouins)
qui distinguent le masculin
- anta (nta),
- antaya (ntaya) forme augmentée ,
du féminin
- anti (nti),
Sg . 1 ana Pl. 1 ~ antiyya (ntlyya ) forme augmentée .
m. anta
2 2 antum
f. ilnti A Tunis et dans l'Est constanti n ois , anti est
m. hÇiwwa volontiers commun aux deux genres , ayant éliminé anta .
3 3
f. heyya Un augmenta~if -In, -In a, s 'entend aussi, un
Ces formes sont susceptibles de connaître des peu partout , pour la forme commune aux deux genres
variantes dialectales et de recevoir des éléments suffi - - antIn (ntIn),

xés, qu ' on appelle souvent "augmentatifs" .. - ant In a (ntIha).

a) A la première personne du singulier, à côté de A la deuxième personne du pluriel , à côté de

~n a , on a antum (ntum), on a

anaya , très répandu partout , - d ntüma (ntuma), forme alourdie , très commune au

na (~), naya, dans les parlers bédouins de l'Est Maghreb ,

maghrébin , - antüma~ (ntûman), à Tlemcen , à Cherchell et dans le

ani , dans le Sud tunisien et en Libye, où o n entend Sud algérois et constantinois ,

a u ssi -antu (avec perte du~final) est une forme qu'on tr ou-

-
~
~na ,
ve dans le Sud tunisien et en Libye .

yana , sporadiquement dans le Nord ma r o cain, oranais, Enfin , il existe , dans le Sud tunisien et en
constantinois . Libye , un féminin

A la première pe rsonne du pluriel, à côté de - ~ (ntan).


_~ (~) on entend c) A la troisième ~e rsonne du singulier , peu de
9naya , qui connait la même diffusion que ~ naya, variantes, éventuellement des formes allégées
- ~ni , dans le Sud tunisien et en Libye ,
190
191

hu,
hi.

A la troisième personne du pluriel, c'est, à


côté de hum, On distinguera, à la première personne du sin-
huma, gulier seulement , les formes du pro nom suffixe joint aux
human, là où hnüman . ntuman sont en usage. verbes et du pronom suffixe j oint aux nom s ; les autres
Le Sud tunisien et la Libye connaissent égale- sont communes aux deux sections.
ment
Joints aux verbes Joints aux noms
hümma, pour le masculin , et 5g . 1 -i, -~, -a
han, hanna, pour le féminin. 2 - ak , -k
3 m. -~ -h
f. -ha

Pl . 1 -na
2 -kum
3 -hum

a) A la première personne du singulier


ni, suffixé aux verbes, est de forme stable qtalni
l'il m'a tué " , g~tlüni l'il s m'ont tué'! ;
i est la forme suffixée aux noms et prépositions dont
la finale est une consonne: q31bi "mon coeur" , !fIann i
"de moi"
~ est la forme suffixée aux noms et prépositions
dont la finale est l : ycJddlyya "mes mains", f1.yya "en
moi"
ya est la forme suffixée aux noms et prépositions dont
la finale est a ou ~ : mülaya "mon mattre", mEaya
"avec moi", b.üya "mon frère" .

b) A l a deuxième personne du singulier


ak est la forme suffixée aux mots dont la finale est
une consonne: qtaltak "je t'ai tué", yadd~k "ta main",
manna k "de toi" ;
~ est la forme suffixée aux mots dont la finale est une
voyelle: gatlük lIils t'ont tué", mÜlak "ton mattre ll ,
192 193

Remarques
fI'k "en toi".
Les pronoms s uffixe s à i n itiale vocalique -~k ,
Elle est commune aux deux genres partout au
~, en se joignant a ux formes , son t susceptibles d'y ap -
Maghreb , sauf dans les parlers bédouins de l'extrême Sud
porter des pertu rb at i ons d ' o r dre syllabique .
tunisien et de Lib ye, où le féminin est ma r q ué par une
~ I 2 3
Adjoints à un r adical de type R R VR , ils provo-
prononciation spirante de k : k, ou mou i llée: k Y•
- ~ - q u e nt une mutation syllabique et déterminent l'adoption
c) A la troisième personne du masculin singulier
d 'un schème R vR R : qtal + ~ ) qatl u "il l ' a tué" ,
l 2 3
- u est la forme s uffixée aux mots dont la fina le est
qbdl + ak ) qablak " avant toi".
une c o nsonne : qtal tu "je l'ai tué", yaddu "sa main" ,
mannu "de lui". La voye lle est généralement asso mbrie ~ Ad j oi nt s à l a finale - at de" l a troisième pe r so nne du
en ~ dans les pa rler s marocains et de l ' Oue s t oranais. f émini n du verbe à l ' accomp li, il s placent la voye lle
b rève (de - at) en syllabe o uverte : gatlat + ak , qa tlat
Mais , dans le s parlers bédouins du Tell et du
+ ~ " e l le t'a, l' a tué" . On co n state
Sahara o ranai s , dans le Sud constantinois ( Souf ) , dans
l a chute de l a voyelle brève: gatlt3k
le Sud tunisien et en Li bye, ainsi que dans le Nord-
- le red o ublement de l a finale - ~ ( q ui a pour effet de
Ouest tunisien (de la Kroumirie à la Calle ) , le suffixe
fermer l a s yll abe) : q~ tlattak ;
n'e st jamais -~, mais
la mutation de l a finale - at en finale - at
- ah (parfois réduit à a) 9taltah , yaddâh, mannah .
s uivant une ré partition dialectale qui a été ex posée
Parto ut, au chapitre de la Syllabe (Phonétique).
- h est la forme s uffixée aux mo ts dont l a finale est
une voye l l e : qt<31tüh "ils l'ont tué", mülah " so n maî-
Q[) Adjoints aux finales du pluriel - aw , -Iw de s verbes
d éfectueux, il s p l acent la semi - voyelle termi n a le en po-
tre" , fIh "en lui".
s ition ambiguë: n saw + k "il s t ' ont oublié ", nDQJ:1~w + h
d) A l a troisième personne du féminin si ngulier, " enlevez -le". On p eut entendre
on a t o uj o ur s et par t out - l'articulation de l a fi n a le en voye l l e : nsaük,
- ha : qtaltha "j e l' a i tuée", qalbha "son coeur", ~ na~~Iüh, dans les parler s de Tunisie et de Libye
"d'elle", - l ' articul a ti o n de l a finale en semi-voye lle, s u i v ie
à l'exception du pa rler de Che rchell (Algérois', où l'on d ' une v oye lle b rève , -w3- (-wa-) : n sawa k, nahhIwsh,
entend, après consonn e courante au Ma r oc et en Algé rie.
- ah (forme hi spanique ) : .gtaltah , galbah , mannah.
Œ) Ad j o int à un verbe e t s ui vi de l a p r épos i tion..1.. +
e) Les personnes du plurie l s o nt communes aux prono ms s uffixes, le pron om suffixe de l a troisième per-
deux genres dans tous les parlers maghrébins, sauf dans sonne du masculin s ingulier revêt)d a n s nombr e de par lers,
les parlers du S ud tunisien et de Libye qui font , aux la forme - hü - : ~ "il l'a donné" , é.1;:ahü-li "il me l ' a
deuxième et troisième personnes , la différenciation donn é ", katbtu (k-atb.Jttu, katbatu) "elle l'a écrit ",
~~m , hum a u masculin ; ~, han au féminin. Notons aussi katbathü~'elle te l'a écrit" , .~bbaü h (babba~h )
q ue dan s nombre de parlers rur a ux et même bédouins, l a "il s l'ont caché" , habbawhü-ln a " i l s n o us l'ont caché" .
194 195

hani , hak, hahu (haw) , hahi (hay), hana , hakum , hahum


III. S~~~~~~~~=~~=g~=~~~~~~~~=~Q~~~g (hawm , ham) , série qui comporte parfois , dans le Cons-
~~g=g~~~~~g=g~~g~QQ~~g tantinois par exemple , l'amuissement du h initial:
ani , ak , ahu (aw), ahi (~) , ana , akum , ahum (~wm , am) .
a) Dans tout le Maghreb, ~a, sans doute impératif Aux troisièmes personnes du singulier, un élé -
du verbe IIvoir" , suivi de pronoms personnels , forme une ment démonstratif ka vient parfois s ' adjoindre à haw ,
série flexionnelle (qui se conjugue comme un verbe) mar- hay hâwka , hâyka "le voilà,là , la voilà, là" .
quant la constatation expresse de l'existence: "je suis ,
Le complexe s'apparente naturellement à la sé-
tu es, etc . " , ou plus exactement "me voici, te voici pré -
rie de démonstratifs dont la v~riation,en genre et en
sentement , etc . " . I l est
nombre , tient ses caractéristiques, on le verra au cha-
au Maroc, suivi du pronom personnel indépendant ra +
pitre des Démonstratifs , de la flexion des pronoms per-
ana, ~ + ota , etc ., soit
sonnels .
.Fana , ~ta (~) , ~, ~ , ~ . rantum, rahum
partout ailleurs , suivi du pronom suffixe : ra + ni , c) Dans tout le Maghreb , la négation ma , suivi de
~ +~, etc ., soit suffixes personnels, sert à former une série flexionnelle
Fani ,~ , rah , ;-aha , rana , ;-akum, ~ exprimant l'idée négative de l ' existence "je ne suis
avec parfois, au si.n gulier, à la deuxième personne du pas , tu n'es pas , etc . " ou "ce n ' est pas que je sois ,
féminin, à la troisième personne du
la variante raki j que tu sois, etc." :
masculin , la variante Fahu (raw) à la troisième per- mani , mak , mahu (maw) , mahi (may) , mana , makum , mahum
- - - -- -
sonne du féminin, la variante ~ahi (ray) ; et au plu- (mawm) , complexe qui peut également être suivi , et
riel, dans les parlers qui différencient le genre des c'est le cas le plus fréquent j de la négation acces -
deuxième et troisième personnes : masculin ~ , soire - H ( - 5)
rahum (rawm) féminin ,~akd~ , Fahaon . manIs , maks, mahü s (maws) , mahIs (ma ys ), manas , makums ,
mahums (mawms).
L'expression négative comporte l'encadrement
de ce complexe par ma ••• ,si ( ,i) Les troisièmes personnes du singulier et du
ma - ~ana-s , ma-~a - nta- s , etc. pluriel sont parfois contractées en
ma- ranI - s . , ma-rak - ~ , etc. - müs , mIs , mums , articulation très courante en TuniSie ,
où l'on constate même l'abrègement de la voyelle lon-
b) Dans tout le Maghreb , ~ , élément démonstratif ,
gue :
suivi de pronoms personnels , sert à constituer one série
mus, mis , mums . On en parlera au chapitre de l'expres -
f l exionnelle analogue à la précédente. Elle marque éga-
sion de la négation.
lement la constatation expresse de l'existence , mais
avec une valeur présentative ou démonstrative plus in- d) En Tunisie s'emploie aussi une série flexion-
sis tante encore "me voici, te voici , etc . " ou "voici nelle, de même sens que la précédente , constituée par la
que je suis , que tu es, etc . " : négation la
196 197

- lani, lak, etc .,


lanIs, laks , etc .
B. DEMONSTRATIFS
e) Un certain n~mbre de termes (noms , part icules ,
complexes) acquièrent une manière de flexion verbale en
a dmett a nt l a suffixation de pronoms pe r sonnels . On en -
Les formes en sont nombreu ses et procèdent
tendr a ainsi , ici et là, fréq u emment
principalement des éléments démonstratifs qui so nt fon-
- r~ani, r~ ak , e tc ., "si je suis , si tu es, etc .",
damentaux en arabe : h, Q, k, éventuellement 1. On dis-
- l~kannit l~nni
--- Iisi j ' étais " , tinguera le s démonstratifs dans l'emploi d'adJiectif s , · et
ma-damni " a u ssi longtemps que je",
les démonstratifs dans l'emp t o i de pronoms.
wënni, -
~
fayni
-- " où suis - je" ,
- watranni
- ' "évidemment je" , , Ad jectifs
€:amm9Fni "j ama is je ne",
- barkani "c' es t assez pour moi", L'arabe maghrébin utilise très généralement
- lamkanni "mais je", etc. a) le s formes préposées au nom, invari ables en genre et

f ) Très usuel en Algérie, mais employé et compris en nombre, du démonstratif proche

.
ai lleurs, est le complexe
-
- ma-mannu-s, qui a l a v a l eu r d'un ad jecti f signif iant
hag (had) haq-aç-r;ajal "cet homme", hac1-al-m;-a
"cette femme", haq-an-nas "ces gens" ;
"qui n'est pas bon, qui n e vaut rien, mauvais l1 ; il - ha, qui a cours en Tunisie et en Libye : ha-t-tfçl
est parfois variable , a vec un féminin ma-~nha - s et un "cet enfant" , ha-l-bant "cette fille", ha-l-çyyam
p luri e l ma-m~nhum-s . "ces jours".

Il emploie aussi, variable en genre et en nom-


bre
dak-a:ç-
-;;-.,..
~ajal, Q~k-al-m~a,
--
Quk-an-nas. Mais très souvent
gak et gIk sont en usage sans caractérisation du
-- ----;- ,.. ... ,
genre : qak- ou g~k-a1-waqt lia ce moment".

Po ur exprimer la démon s tration lointaine, gak,


qük, dIk peuvent servir, mais on a généralement re-
cours à
- hagak, fém . haqIk, pl . haQük, qui est panmaghrébin;
- hak, invariable, en Tunisie et en Libye .

b) postposé au nom, le démonstratif a toujours une forme


variable et connait la même diversité de formes que
le démonstratif employé comme pronom.
199
198

les constructions où il est pourvu de suffixes person-


Il est fréquent que, pour une démonstration
nels hani, hak (ani, ak) etc . ;
corroborée, on fasse précéder et suivre du démonstra-
hak "vOilà"-:- hakad-daEwa "voilà l'affaire", hak alli
tif le nom, toujours déterminé
(al-) ~ "le voilà qui est venu" ;
haga, hag-(ha-)l-m,a hagIk. _ haka, usuel en Tunisie, avec le sens "c'est lui, c'est
celui", variable en genre et en nombre, avec les for-
Pronoms
mes augmentées, masc. hakay, hakaya, fém. haki, hakly-
Pour le démonstratif proche, ctest ya, pl. hakum, haku, hakqma ;
- ha~a, souvent prononcé avec emphase dans la Tunisie hawka, fém. ha~le voici". est fréquent en Algérie
rurale et bédouine, dans le Sud algérien et en Libye, dans les parlers citadins et ruraux, ainsi que
hâ~a ; fém. hagi. Des formes augmentées peuvent être hawqa (hawda), fém. hayga, hamga, pour le démonstratif
entendues dans ces mêmes parlers, hagay, hâ~âya, fém. proche,
hagryya. Le pluriel est partout hagu. Mais dans les _ hawgak (hawdak), fém. haygIk, pl. hamgIk (hamgak) pour
parlers bédouins du Sud algérois, constantinois, tuni- le démonstratif lointain ;
sien , et dans les parlers de Libye, le pluriel peut hawwagak, fém. hayyagIk, pl . hammagûk, démonstratif
connaître les variantes suivantes hagüm, hagüma, ha- très corroboré, qui s'entend dans le Nord constanti-
güla, hagqla, haQ91 ; et en Libye le féminin haQün, nois.
hagüna, hacjala. Les parlers libyens r~nnaissent également
Pour le démonstratif lointain, ctest _ haQahah, fém. hadIhah, pl . haQ9lhâh, fém. hadanhah
- hagâk, également susceptible d'être emphatisé comme "c'est celui-ci qui" ;
hada : haqak ; féminin hagik ; avec les variantes à hadakkah, fém. hagIkkah, pl. hagQIQkkah, fém. hagIkka-
augment hagaka, hagika. Le pluriel est hagûk ; et, han (ou hadanakkah) "c'est celui -là qui" ; et aussi
dans les mêmes conditions que précédemment, les vari- ahu, fém. ahi, pl. ahum, fém. ahan, ainsi que
antes haguka, haQQka ; les formes haQQIQK, fém. hagi- - -aWyn
- h u, fe' m. -awe-nhi pl awënhum,
t , • = fém. awënhum, dans
kan, hagânak sont particulières à la Libye le sens "le voici qui" ou "c'est bien lui qui".
hak, invariable, est tunisien . Les parlers algériens de la Kabylie orientale
On notera que souvent , pour toutes les formes (DjidJelli, Collo) connaissent
qui précèdent, il est possible de constater un amuisse-
ment du h initial.
_ d
, sans doute d'origine berbère
hûma d-i>l-l]awa "eux ce sont les
------
d-ana uc'est moi",
frères (= ils sont

Appartiennent en outre à l'emploi pronominal frères)".


- ha, inchoatif d'une proposition nominale uvoici u : ha
l-bI'ad "voici le pays", ha IIi ja "voici celui qui est
venu", sous la forme ha l-ja, courante en Tunisie.
C'est le même élément démonstratif qu'on trouve dans
20.0 201

Pour interroger sur les choses, on peut recou-


rir à
- ma, qui est utilisé et compris partout, parfois élargi
C. INTERROGATIFS
en ma-ga. On l'entend aussi souvent pourvu des pro-
noms personnels ma-huwwa (hu), ma-h!yya (~)t ma-hum
(hüma) •

Ne sont pas moins en usage

Pour interroger sur les personnes, on emploie


- a§ dans tout le Maghreb, souvent aussi sous la forme
- was (sauf au Maroc, où was, en tête d'une phrase in-
- m~n dans tout le Maghreb, surtout dans les parlers bé-
terrogative, signifie "est-ce que 7") avec la variante
douins ; il est souvent précisé par les pronoms per-
- wah dans les parlers du Sud algérois ;
sonnels huwwa (hu), hryya (hi), hum (huma) ; il revêt
~~ (s) en Libye .
parfois la forme am#n chez les bédouins d'Oranie ; en
Libye on entend mnu, mni, manhum. as et wa~ sont parfois suivis de la ligature
ma
Très fréquent aussi est
- as-ma, wa~-ma, s - ma ;
aSkün, skün « cl. 'ayyu ~ay'-yakün), qui est en usage
wasta, a~ta, s 'entendent dans les parlers bédouins
dans tout le Maghreb, assez exclusivement dans les
d'Oranie et du Tell algérois, où l'on connaît aussi
parlers citadins et ruraux, parfois renforcé par huwwa -v -\1
wasan, souvent pourvu des pronoms personnels : wasnu,
(hu, u), htyya (hi, il, hum (hüma), complexe qui peut
wasni, wasanhum ; wa'sannak "comment vas-tu 7 " à Laghou-
avoir le sens de : IIqui est-ce qui 1" .
at (Sud algérois) ;
Précédé de prépositions, man se présente de la - aSan s'entend au Maroc; il est très usuel aussi en
façon suivante: Tunisie, volontiers pourvu des pronoms personnels
- bIman, lIITt'dn, .fITTlan, elIman (.ù.am",n), ~éIman (mtaman), as~nhuwwa (asnuwwa), a~nhlyya (asn1yya), et sous une
Eandman, mtaéman (ntaëman), dyalm~n, dlman, etc. ; sé- forme allégée asnu (snu), a~ni (sni) ;
rie qui alterne avec la série où m est redoublé après ~an (§nu), habituel en Libye, ainsi que
voyelle brève bé>mman, lamm~) n, famman, fldmman, mnam- eysan ;
man, etc. ~uwwat saddi ne semblent être connus que dans le Nord
Précédé de prépositions skün semble surtout constantinois ;
possible dans les parlers du Maghreb oriental et dans - dlyy.~, avec les formes contractées dis, das, semble
les parlers sahariens propre au Nord constantinois (Djidjelli et sa région);
- bq-skün, 13-skün, mea-skün, etc. as~m est algérien, notamment tlemcénien.

"Quoi 1", précédé de prépositions, s'exprime


-
203
202

w~n, suivi des pronoms personnels , w~nhu(wwa), w~n­


généralement en les combinant avec le morphème interro-
hi(yya), w~nhum, semble propre aux parlers des bé-
gatif -as: bas, fas, mnas etc. (à Djidjelli, blyydS,
douins d'Algérie.
flyyas, mnlyyas etc.).
Précédé de préposi tions, "quel, lequel" est
L'expression "je ne sais quoi" s'exprimera en
généralement rendu par le complexe préposition + terme
Oranie en faisant précéder WaSt wa~ta, de su, forme
interrogatif, dans les parlers citadins et ruraux: ex.
abrégée de l'impératif sûf "vols"
f-ama dar saktl n "dans quelle maison habi te-t-il 7" ;
- süwwa~, suwwasta, sübas, etc.
dans les parlers bédouins, le terme interrogatif est
plus volontiers suivi de la pr~position pourvue du pro-
nom de rappel : ama dar saK~n fIha.

Ce qui correspond à l'adjectif interrogatif On peut encore noter qu'un certain nombre de
est exprimé par termes (taille, manière, temps etc.) peuvent être em-
- ~yy (rarement variable : au féminin ~yya, ~yyat-) dans ployés avec valeur interrogative suivis du morphème -a s
les parlers conservateurs ; il est généralement suivi (-ah dans les parlers bédouins d'Oranie et du Tell algé-
de la préposition man précédant le nom indéterminé : rois ) : qé)ddas "quelle taille = combien 7" . C'est l'ori-
~yy man-da.ç "quelle maison 1" gine de nombre d'adverbes interrogatifs.
- ~yydn en Libye ;
~
Observons enfin que les termes interrogatifs
- as-m3n, was-man, suivi du nom indéterminé, est assez sont souvent employés avec valeur exclamative : ama
général dans tous les parlers maghrébins ;
~ajal huwwa "quel homme est-ce 7" et " que l homme c'est!".
- ana, suivi du nom indéterminé ou des pronoms indépen-
dants, ana-huwwa (hu), ana-heyya (hi) etc., semble
propre au Maghreb oriental ; il est variable dans le
Nord tunisien (Cap Bon) : .~, ani, anum
- ~yna dans le Sud algérois
- ama est algérien et tunisien, avec les variantes rma
(Constantine), amma (Oranie), ~yma (bédouins de l'Ora-
nie et de l'Algérois), wama (Cherchell, Nord algé-
rois) ;
dama à Djidjelli (Nord constantinois) c'est ama pré-
cédé de l'élément démonstratif d.

Pourvu éventuellement des pronoms personnels,


ama-huwwa (hu), ama-h1yya (hi), ama-hum (~üma), le com-
plexe signifie plus particulièrement "lequel, laquelle,
lesquels 7 ft ;
204 205

2. Pour les choses


D. RELATIFS
a) Dans l'emploi absolu, avec le sens de "ce qui, ce
que", on cannait dans tout le Maghreb
-~, qui est courant, en concurrence avec
On distinguera le relatif pour les personnes
- a11i, parfois réduit à li, à 1- en Tunisie
et le relatif pour les choses.
- addi (di) dans les mêmes parlers que ceux que l'on
-- -
a envisagés ci-dessus : ma (alli, addi) tqul-li
1. Pour les personnes
nqül-Ia k "ce que tu me diras je te le dirai".
a) Dans l'emploi absolu "celui (celle, ceux, celles) Précédé de prépositions, alli (addi) forme les mêmes
qui, qui", on connait partout au Maghreb complexes que lorsqu'il désigne les personnes; mais
-~, qui est d'un emploi général, mais moins cou- ma ne se combine guère qu'avec ela : Ela-ma.
rant que
b) En construction corrélative, alli (addi) est seul en
~lli, parfois réduit à li, à ~- en Tunisie;
usage: a~-sii\y a11i (addi) qUlt-lak "la chose que je
addi (parfois réduit à di) qui est usuel au Maroc
t'ai di te ft •
et jusqu'en Oranie (Tlemcen) ; et s'entend à Alger,
Fréquemment, a~,en combinaison avec une préposition,
Dellys ; c'est la forme habituelle du relatif dans
passe de l'emploi interrogatif à la liaison relative,
le Nord constantinois (Djidjelli, Collo) : mn-
précédé de al l i (addi), notamment au Maroc, en tlem-
(811i, addi) iJ:labbni itabbaêni "qui m'aime me sui-
cénien et dans le Nord constantinois : al-tam alli
ve".
fa~ msIt "l'année où je suis parti".
Précédé de· préposi tians, man se présente comme l' in-
terrogatif de même forme; alli (addi) forme les com-
plexes b-alli (b-addi), l-a11i (l-addi), f-alli (f-
addi) , mn-alli, m-alli (mn-addi, m-addi) etc.
Eventuellement askün (skün) peut passer de l'emploi
--- --- -,) y -" -
interrogatif à l'emploi relatif: ma-na~+3f-s askun
ja "je ne sais qui este-ce qui) venu", avec renforce-
ment possible de alli (addi) : askün alli (eddi).

b) En construction corrélative, c'est-à-dire en proposi-


tion relative et se rapportant à un antécédent dans
la phrase principale, c'est alli (addi), à l'exclu-
sion de ~ : :aF-.t;ajôl IIi ja "l'homme qui est venu";
d+-,çajëJl IIi lq~tu "l'homme que j(e l'lai rencontré";
'df'-.;:-ajal IIi amant ffh "l'homme que j'ai confiance en
lui (= en qui j'ai confiance)".
206 207

minutif : u~Id, fém. u~Ida ; pl. uryIdIn, fém. u~Idat


E. INDEFINIS dans les parlers bédouins; u~IQad, fém. u~I~da, pl.
uQlrydat dans les parlers marocains et certains parlers
citadins et ruraux d'Algérie, avec le sens "un petit
quidam, quelque(s) petites), un petit nombre den.
Sous cette rubrique, on groupe traditionnelle-
hadd (du cl. ~aQad), panmaghrébin, comme waDad ;
ment un ensemble de termes, ou de complexes, qui possè- ~ --- - --
waryad et ryadd peuvent être précédés au Maroc et en
dent en commun le caractère de l'indétermination, mais
Oranie de 51- : sI-wapad, sI-t)add "quelqu'un, un cer-
qui appartiennent en fait à des catégories variées du
tain, un quidam" ;
langage, distinctement ou tout à la fois pronoms, subs-
'SI-nas marque le pluriel : "des gens ll

tantifs, adjectifs ou même éléments invariables ou ad-


- flan, fém. flana correspond à "un tel".
verbiaux.

Qui gue ce soit

On emploie encore avec ce sens


L'arabe maghrébin rend le sujet (indéterminé,
- waQôd, qui peut être suivi de man-s9~t, m~n-~a~f, man-
vaque) du verbe, habituellement par la 3e personne du
wala, etc.
pluriel, quelquefois par la 1ère personne du pluriel
kull, proprement "tout qui = quiconque" : kull-min
-
qalu, quvna
I " on a dit" • Il est souvent fait recours à
yaémal yalqa "quiconque fera trouvera (la conséquence
bn-adam "on", proprement "fils d'Adam" ;
de ses actes)" ;
l-ansan "l'individu" ;
~yy-man (parfois fém. ~yya-m~n), qui s'entend sporadi-
as iqùI l-wa~ad (ou bien
quement
man-ma, skün-amma s'entendent au Maroc, plus fréquem-
ment dans les parlers bédouins
Quelgu'un
alll-huwwa,<>llI-hryya : "l-m;-a lll-hIyya "n'importe
quelle femme" à Cherchell.
C'est
waQ~d, qui est susceptible de varier en genre et en
Quelque chose
nombre, fém. wa~da, pl. mase. warydIn, et aussi ~
dans les parlers bédouins, fém. wa~dat. Parfois on le
On recourt habituellement à
trouve dans des parlers citadins d'Algérie (Cherchell,
s~y ou si, proprement "chose" ;
Alger, Dellys, Djidjelli, Constantine) précédé de ~i~:
si précédant un nom, singulier ou pluriel, indé,t erminé,
kas-wal;lad, avec une nuance d'indéfini soulignée "quel- -
signifiant "quelque ll : s~-draham
'fT - "
quel que argen t U
qu'un Cd'aventure, si cela se trouve)lt.
- Qaja "chose, affaire" généralement précédé de si, qui
On notera aussi que ~ peut revêtir la forme du di-
renforce la valeur d'indétermination: 'sI-qaja.
208 209

Quoi gue ce soit sonne".


wali, la-wall, ~atta-wali est libyen.
sI-haja est également usuel avec cette valeur ainsi
que
~yy-ma, parallèle, dans sa diffusion, à ~yy-man
mahma, courant en Tunisie dans les tournures mahma kan Le terme habituel, pan maghrébin , est
"quoi qu t i l en soi t ll
, mahma-ma "quoi que ce soi t")"n 1 im-- ;~y ; il est volontiers précédé de ~
porte quoi ll . ~atta-sh,
kull-ma, proprement "tout ce que" : kull-ma yatmal ryaja, J;latta-ryaja,
"tout ce (quoi) qu'il fera (::::: il aura beau faire)" walu,qui s'entend au Maroc infiniment plus que les au-
- 'a ill-huwwa, allI-hlyya : kalma I I i hlyya "n'importe tres termes, mais qui est employé dans toute l'Afrique
quelle parole" à Cherchell. du Nord.

L'héritier de ma d'indétermination absolue


Un, autre
(cl. ma l-Il-'!bham) est conservé dans nombre de parlers
maghrébins, surtout dans les parlers bédouins. Il est
On oppose naturellement
postposé au nom et sonne, soit redoublé dans le Maghreb
waJ;ldd, variable, on l'a vu, à
central -amma, soit non redoublé dans le Maghreb orien-
ab9f, fém. Qv~a, pl. 9b~~n, 9Qçat dans le Nord et le
tal -ma: nhaf-amma, nha:;--ma "quelque jour. que ce soit U ,
Sud constantinois (Djidjelli, Souf, Oulad Djellal),
waqt-amma, waqt-ma "à quelque moment que ce soit", w~n-,
c'est aba+, aOFa, abç~n ; Alger juif connatt ahor,
fas-amma, w~n-t fas-ma "où que ce soit". ~

ahqça, ahçç;;n" ; et Tanger éventuellement yaQ9f, yahça,


yahF~n.
Personne
Déterminés, ces termes sont l-wal)ad, l-a09+ etc.

Le maghrébin se sert de On relève en Libye pour "autre"


wal),ad, tladd, très souvent renforcé par ~ "jusqu'à, lani, fém. tanya, pl. tanyln, qui est variable post-
même", qui le précède:
--
posé
- --
au nom, et invariable préposé au nom : man-blad
I:latta-wal)ad, t:anya, man-'tani-blad "d'un autre pays" ;
~atta-~edd, tous termes qui figurent généralement dans glaf, adverbe postposé au nom, est propre au Nord
un environnement négatif. constantinois Oi;yy.ar waJ;lad Vlaf "choisis un autre".
La négation la peut souvent précéder ~, ~
la-wal)ad, la-~add.
Ces mêmes complexes figurent, avec valeur négative, en
réponse à une question positive : ja-si wa~ad (~add) 7 Le terme essentiel pour désigner la totalité
J;latta-waJ:1ad (l:ladd) ? "Est-il venu quelqu'un? - Per- (ensemble de notions dénombrables) et l'intégralité
210 211

(ensemble de notions partageables) est kUll, qui, dans gat., proprement "jusqu'au fond" gaf.-an-nas, an-nas
certains parlers citadins et ruraux, se prononce souvent gat. "absolument tous les gens", m-F~q gaë. "tout à fait
kalI. Il garde toujours sa valeur originelle de subs- malade" ,
tantif. On distinguera quatre constructions possibles kamal, fém. kamla, pl. kamlln, proprement "complet" :
de kull : an-nhar kamal "le jour étant complet (= toute la jour-
- Kul! déterminé par l'article, al-kull "le tout", en ·née)", al -IIla kamla "la nuit étant complète (= toute
apposition à un nom pourvu de l'article défini: an- la nuit)".
nas ~l-küll "les gens la totalité (= tous les gens)"
il se présente souvent en Oranie et dans les parlers Chague-
bédouins d'Algérie sous la forme dk-kull, avec assimi-
lation de l'article. Le même terme küll (kalI) va exprimer la no-
Il peut être précédé de la préposition b- : b-al-kull tion de totalité distributive. Il est alors premier
(b-uk-küll) et devient alors un véritable complexe ad- terme d'un rapport d'annexion dont un singulier indéter-
verbial ayant pour sens "en totalité, complètement, miné est le second terme :
tout à fait" : cH-mdIna b-~1-kul1 "la ville en totali- ktHl-wal,lad ou kÜII-J:ladd, fém. küll -waryda "chacun, cha-
té" t an-nas b-al-kull "les gens dans leur totalité", cune" ; kull-,fâjal U-~~Etu "à chaque homme sa natu-
~~~ b-al-kull "tout à fait maladelt ; il est alors, re" ; kull-blad u-Iügatha " chaque ville a son idiome
dans certains parlers citadins et ruraux d'Algérie, (propre)" ; à Tlemcen kulla-yÜm "chaque jour" ;
susceptible de recevoir des augmentatifs : b-ai-kalilt - kull-s~y, kull-~i, souvent kull-as (kalI-as) dans cer-
----c---'
b-al-kallItak, b-al-kallItIk, ensemble qui peut même tains parlers citadins et ruraux, "chaque chose" ;
être déterminé : al-b-al-kalIItak ; killlât, en Tunisie : kullât u-qasmu "chacun sa part"
kull déterminé par un pronom suffixe al -mdIna kullha - kull suivi de man, en Tunisie : killl manhum "chacun
"la ville sa totalité (= toute la ville)", an-nas kull- d'entre eux".
hum IIl es gens leur ensemble (= tous les gens)" ; avec, On peut aussi employer kùll suivi d'un nom au
à Tlemcen et en Libye, le féminin kullat : kullotha, duel ou au pluriel (désignant en fait non une pluralité
kullathum. Le complexe peut être également précédé de mais un ensemble global d'unités) : ktill-yÜmayn "Chaquel
préposition : b-kullha, b-kullhum Ca tous les) deux jours", kull--çla;a §hur "chaques(=tous
les) trois mois".
kùll déterminé par un nom singulier pourvu de l'arti-
cIe: kùll-an-nas "tous les gens", kull-an-nsa "toutes Certain
les femmes".

On peut encore employer En l'opposant à killl "tout, totalité, ensem-


- ~l-kullryya "la totalité", ble", le maghrébin se sert de bllEg (bac<!, baéi;) propre-
jml€.. "ensemble" : jaw jml€. "ils sont tous venus", ment "partie, portion", qui garde ' da~ombre d'emplois
212 213

sa valeur de substantif . On le trouve dans plusieurs autres", complexe qui est surtout en usage dans l'Est
constructions : algérien et la Tunisie centrale ;
baf.~ indéterminéjou déterminé par l'article, bat.~ "une ba~~ sous la forme baê~~t, bàe~~yat, suivie des suffi-
partie" ou al-baé9- "la partie ( ... certains)" ~a ma xes personnels du pluriel, complexe qui est courant au
iqülu I-ba-6~ "c'est ce que disent certains" Maroc et en Oranie : yamnu fI-bat:.q~yathum "ils ont
baEg déterminé par un suffixe personnel : baedo manna confiance les uns dans les autres".
--"-'--- -
baedo manna "une partie (de lui) par ici, une autre
---"-'- ---
par là" ; Même
- baEç déterminé par un nom au singulier en rapport
d'annexion: nuqEÇld baég-waqt fI-tünas "je demeurerai La notion d'identité est rendue volontiers par
quelque temps à Tunis" ; le numéral "un"
~ déterminé par un nom au pluriel en rapport d'an- - wa~ad, fém. wa~da, postposé au nom
nexion, pourvu de l'article défini: baëg-an-nsa "cer- sens".
taines (des) femmes" ; ou non pourvu de l'article
On peut aussi utiliser
baéq-klab "des chiens, quelques chiens" ;
f~rd, invariable, précédant le nom indéterminé : éan-
ba~~ suivi de la préposition man introduisant un nom
dhUTii" fard-jamaf. "ils ont une seule et même (= la même)
au pluriel ba~ mn-c3n-nsa "certaines femmes".
mosquée" ,
nafs, suivi également d'un nom en rapport d'annexion:
Les uns les autres
éandhum nafs-l-amwal "lIs ont la même fortune", tour-
nure usuelle en Tunisie.
C'est encore bae~ qui sert à exprimer la réci-
Cette notion est proche de celle qU'exprime le réflé-
procité :
chi pour lequel on a recours à nafs, +Q~ pourvu de
baé~ étant répété, dans une construction fidèle à la
suffixes possessifs, et à Qat, tous termes qui seront
langue classique : yam§iw me.â-ba~hum baE.d "ils par-
examinés au chapitre des adverbes et locutions adver-
tent les uns avec les autres" ;
biales;
baég
- _. non répété, avec pronom suffixé é1â~ tUbÇ~9
E~n précédé de ~, fI, et pourvu de suffixes personnels
bà~kum "pourquoi vous haIssez-vous les uns les au-
s'entend aussi, mais est d'un emploi classicisant
tres 7"
b- é.~nu, fi -E.~nu "dans (le fait) même".
baE~ non répété, sans pronom suffixé et précédé de
m~a , dans une tournure qui semble inconnue des parlers
de l'Ouest maghrébin: yam~Iw mea-baé~ "ils partent
les uns avec les autres ( .. ensemble)" ;
Pour marquer la différence, on peut employer
baéd sous la forme ba~dâ pourvue des suffixes person-
- anor, fém. ~ryfa, pl. qb~~n , Qb~at , que l'on a vu à
nel: du pluriel, ba~, ba~akum, ba~gahum : t&b~ni propos de "autre" opposé à "un" : ;-ajal a!}è;>.ç "un autre
uf'â-b~dahum "ils m'ont suivi les uns derrière les
214

homme" ; "une autre" se dit watt da i?b.ça, ou wal:'da-V.;-a,


ou wâhd-Çioça ;
ab~ani, fém. aŒ~anryya, pl. abranIyyIn, usuel en Algé-
rie, signifie "autre, différent", mais aussi "der-
nier n •

La notion "autre que , différent de" se rend


plutôt généralement par LES PARTICULES
g~r suivi de suffixe personnel ou de nom
"quelqu'un d'autre que toi" ;
- nlaf, qui s'entend dans le Constantinois
Le chapitre des particules est un peu un
"autre que moi".
"fourre-tout".
On y parle d'abord des prépositions. Elles
sont présentées sous la forme d'une simple énumération,
Le terme le plus courant, panmaghrébin, est avec les exemples qu'il a paru nécessaire de donner pour
- waryd-, pourvu des pronoms suffixes: .w al;ldi, ~êJl)d 'ak, préciser les formes qu'elles peuvent revêtir.
warydu, warydha (ou ü9ddha ou watt~adha) etc. : jIt ana Leur font suite les conjonctions et ligatures
waJ:ldi "je suis venu moi tout seul" . conjonctives: d'abord celles qui coordonnent, ensuite
Cet outil est susceptible de recevoir des aug- celles qui subordonnent, selon une distinction souvent
mentatifs waQdIk , wahdIh, etc. ; warydak, w~rydah, etc., malaisée à établir.
dans les parlers du Nord constantinois ; warydIti, Enfin l'on examine les adverbes et locutions
wal)dItak, au Maroc. Il est souvent précédé de la prépo- adverbiales : expression du lieu, expression du temps,
sition b- : b-waQdak, b-waQdIk, b-w~hdâk, b-warydI~k
expression de la quantité et de la manière.
"toi-même, par toi-même, toi tout seul H •
Ce que l'on a groupé sous la rubrique "Parti-
Notons que wa~d- rejoint fard dans le sens de cules" ne compte que l'essentiel d'une matière considé-
"seul et même".
rable, qui ne saurait être plus résumée. Il serait cer-
Signalons aussi la tournure, d'un emploi géné- tes possible d'accroltre l'importance d'une telle étude,
ral en Algérie et en Tunisie: ja bIh b-ç,wladu "il est tant sont nombreuses les créations dialectales dans le
venu seul (rien qu') avec ses enfants". domaine des ligatures et des locutions. Mais la limite
entre ce domaine et le monde des expressions et des tour-
"Seul" dans le sens de "solitaire" se dit un
nures apparait alors extrêmement imprécise. C'est, dans
peu partout
l'ensemble des parlers maghrébins, un monde sans dimen-
wâQdâni, fém. wâ~dânlyya, pl. wâQdânlyyIn
sion précise, et au reste mal exploré.
waQad, u~Id, frId.
216 217

est parfois baha (et de même pour f1-


A. PREPOSITIONS laha ; e..la- : elaha).
Notons aussi la tournure, qui semble assez répandue
au Maghreb, où bi est répété devant deux termes : ~
bIh b-m,aryam "i'l est venu (lui) avec Myriem".
Etudier toutes les prépositions, tous les com-
Particule de serment, bi est usuel dans bl-llah(!j
plexes prépositionnels en usage au Maghreb, dans la va-
"par Dieu".
riété de leurs formes et dans leurs divers emplois,
n'est pas à envisager dans le cadre nécessairement res- - fi : Exprime la localisation sans mouvement "dans",
treint du présent exposé. ~ssi bien spatiale que temporelle et figurée ; ainsi
que la continuité de l'action exercée sur un objet.
On se bornera à examiner les prépositions sim-
La voyelle est ~ (cl. fI), et parait, dans l'ensem-
ples et composées les plus usuelles ; puis à énumérer
ble, assez stable. On l'entend volontiers devant un
celles qui apparaissent moins courantes ou plus tlloca_
nom en position de syllabe ouverte (c + v), mais il
les", le choix entre les unes et les autres étant natu-
arrive également qU'elle s'amuisse en toutes positions:
rellement arbitraire.
fI-daf9 ou f-da.rQ "dans sa maison", fI-l-€.ada ou f-l-
Eada "d'habitude", f!-bladna ou f-bladna "dans notre
pays", fI-uganha ou f-ud.mha "dans son oreille",
f-ayn, fayn, f~n, fIn "où 7".
~vant suffixes~rsonnels fIyya, flk, fIh, flha,
- bi : Outil "instrumental" par excellence, il indique fIna, fIkum, fIhum.
"par qui, par quoi une chose est faite". L'emploi en
- man: C'est la préposition qui marque la provenance,
est très étendu et exprime également l'idée d'associa-
l'origine, la cause, ou encore la matière (dont une
tion, la valeur très extensible d'une caractérisation,
chose est faite).
toutes notions déjà attestées en arabe classique.
Devant noms à initiale consonantique, elle revêt
Mais il en est une que la langue littéraire dénote et
habituellement la forme
que les dialectes ne semblent, en gén~r~l,guère avoir
- rnan- : man-bab l-bab "de porte en porte", miln-l,1dId
retenue, c'est celle de la localisation.
"de fer".
La voyelle i (cl. bi) est le plus souvent amuie de-
Devant noms comportant article défini ou initiale
vant les noms : ;-ajal b-éaqlu "un homme avec (= doué
vocalique, c'est
de) son bon sens", b-slama "avec le salut (formule de
mn- : mn-al-OQf "de peur", mn-~~a+t<ak "de ta gauche".
poli tesse) ", b-al-t.aks "au contraire", b-udanha "par
Mais il est fréquent, dans de nombreux parl~rs, bé-
son oreille", b-çwladu "avec, par ses enfants".
douins et de l'Est maghrébin, que la forme se réduise à
Mais, devant suffixes personnels, la voyelle est
m- : m-ad-dar "de la maison", rn-alli "de ce que,
toujours audible, longue : bryya, bIk, bIh, bIha, bIna,
puisque" •
bIkum, bIhum. Dans le Cap Bon (Tunisie), le féminin
218 219

Et, s'il n'y a pas chute, il se produit souvent moi, à moi" ; et est généralement seule possible en
assimilation de n aux phonèmes "liquides" (!.' ~, E.) et proposition nominale: hacj a ltyya "ceci est à moi",
parfois aux "sifflantes" : mar-fasu "de sa tête", ~­ lIha §har ma-'!iaf"tni "à elle (= i l Y a) un mois
Sd>tta "à partir de six (heures)". qu'elle ne m'a vu".
Pourvue de pronoms suffixes, la préposition est Images plus fidèles du prototype ancien, plusieurs
m~n- devant initiale consonantique : manha, m3nna, formes se trouvent en usage devant noms, dans tels ou
mankum, manhum, tels parlers maghrébins :
menn- devant initiale vocalique ma nni, .ffiannak, li dans les parlers de l'Est, Sud tunisien et Libye:
mannu. msa lI-l-bIr "il alla ver~ le puits" ;
la dans le Nord constantinois l)"tta-la-wal)ad "ab-
- l : Déno te l'attributio n, la de s tination, la localis a -
solument à personne" J
tion avec mouvement, tant spa tiale q ue temporelle et
lIa courant dans les dialectes du Sahara algérien et
figurée .
du Sud marocain et tunisien, et aussi en Libye (sou-
Elle est dépourvue de voyelle propre (cl. la, li) :
vent sous la forme alya ) alya-d-daç "vers, jusqu'à
da+ I-babah "il se tourna ver s son père", na~jaL I-dd-
la maison"
dar "je reviens à la maison", t)atta-l-éS!yya "jusqu'au
--' lya, lyal, ilal, laI, en usage en Oranie : ilal-
soir" t las yU~+Ql') "à quoi ça sert 1".
darhum "vers, jusqu'à leur maison", parfois précédé,
Ave c les pronoms suffixes, la série est !i, ~~k, ~u,
comme à Tlemcen, de gIr : gIral- (9Irlal-) dafkum
lha, Ina, lkum, lhum. Mais on con state que, dans cet
"jusque chez vous".
emploi, 1- ne peut généralement pas être autonome. Il
On trouve · enfin une série complexe (sans doute II +
n'y a qu'en Libye où il est possible de l'admettre
~), pourvue de suffixes pronominaux:
dans une proposition nominale comme : haga li "ceci
lIli, lIlak, lIlu, lIlha, lIlna, lIlkum, lIlhum, qui
est à moi lt • Partout ailleurs on aura, non 1-, mais lJ-;
s'emploie dans le Nord marocain (Tanger) , en Tunisie
li : C'est sans doute l'héritier de l'ancien 'ïla. et en Libye ; qui se présente sous la f o rme lalla k,
Dans la grande majorité des parlers maghrébins, qu'ils lallu, etc. dans le No rd-Est tunisien (Tabarka ) :
soient citadins, ruraux et bédouins, on ne le trouve hadak lI1na "celui-là est à nous ll •
que pourvu des suffixes personnels : ~, lIk, lIh,
- êla : Les sens en sont~lti,ples : la position s upé-
llha , lIna, lIkum, l Ihum ; série qui, dans les parlers
rieure, la superposition, l'obligation, la valeur ad-
bédouins, comporte une diphtongue pleine -~y-, ou une
versative, la contiguIté, la c o nformité à une n o rme ,
diphtongue partiellement réduite ~ : ~ , l~yk
etc.
(l~k), l~yh (l~h) etc. Cette série constitue alors le
Elle revêt diverses formes devant noms
doublet de la série lJ:, ~ak, ~ etc ., mais marque
- €la- est toujours possible (cl. €.ala) : fla-rayi "à
l'attribution, la destination, le mouvement, avec plus
mon avis", é.la-ktafi "sur mes épaules", E.la-imInak
d'instance: smiE-lu "il l'a écouté" , sm;E IIh Ilii lui
nA ta droite" ;
a prêté attentionlt~ gül-li "dis-moi", qül l'iyya "dis-
220 221

él- (~el-) est fréquent devant noms pourvus de l'ar- cette forme (où n est assimilé à ct ! dd) est également
ticle : é.l-at:-1:-F~q "sur le chemin", ~l-an-nas "sur connue des parlers sahariens et libyens, qui utilisent
les gens" ; aussi éad. La préposition éand (et ses variantes)
éal-, parfois, devant consonne + consonne d'l- sert partout à exprimer l'appartenance, la possession;
ktafi elle forme alors un complexe proche de la notion ex-
ea-, avec perte du !, est usuel dans les parlers de primée par le verbe "avoir" : éandi, EandCJk, e.andu,
l'Est maghrébin: e.a-s-slama "au revoir", ea-s-xbah éandha, éandna, éandkum, éandhum "j'ai, tu as, il a,
"au matin". etc.".
Pourvue des pronoms suffixes, la série est é11yya,
bIn ! Signifie "entre". C'est b~yn, b;;n dans les
, par-
élrk, élrh, elrha, élrna, élrkum, Elrhum ; et, dans lers b'douins (cl. bayna). Souvent quand on veut mar-
les parlers bédouins, "l<}yya, él~yk (el~k), él~yh
quer la distinction, la s'paration entre deux notions,
(~) etc. bIn est r'pété devant chacun des deux termes : bIni u-
Ean : On constate la disparition à peu près totale au bInak "entre moi et toilf. Souvent aussi, surtout dans
Maghreb de cet héritier du éan classique, excepté dans les parlers citadins et ruraux, quand la préposition
des parlers sahariens et libyens, où elle se substitue est suivie d'un nom ou d'un pronom suffixe au pluriel,
à ela devant noms, surtout devant pronoms suffixes : elle a la forme bInat : bInat-an-nas "entre les gens",
éanni, eann-ak, eannu, Eanha, eanna, œnkum, e::anhum . bInatna "entre nous".

me.a : Cette préposition marque l'accompagnement "avec", .1:lg.a : "auprès de" (l).da) : hga-ml)ammad Ifauprès de Moham-
éventuellement, une valeur adversative proche de "mal- med", ogaya, l:1dak, etc. "auprès de moi, de toi, etc. lf ;
gr'" ; et aussi la concordance dans l'espace et le guddam: "devant" (gaddam, Quddam) : guddam-bab-<td-dar
temps. Parmi les parlers du Sud algérien, t~nisien, "devant la porte de la maison", quddarnha "devant elle";
et parfois ceux de Libye, on emploie habituellement la
u+a : "derrière" (Q"f'a) : u.ça-l-bab, u.ç-al-bab "derriè-
forme à métathèse éma. Les deux formes rnEa et €ma
re la porte", u;.-ak Itderrière toi" ;
comportent une voyelle ~ longue (alors que le cl. est
m~a), qui est relativement stable: m~a-waldryya - fQq : "au-dessus de, sur" (fqwg, fQ"g)
"avec mes parents", méa-I-wad "le long de l'oued", "sur le cheval", fQqha "sur elle" ;
lTlê.a-I-fja+ "avec l'aube", me..a-uladu "avec ses enfants". - talJ,t : "au-dessous de, sous" (tapt) : tabt-al-b~+nQ~
Mais on entend parfois mE-, et même maé- dans les par- "sous le burnous, sous le manteau ll , ta:l;1tu "sous lui"
lers b'douins.
- ~ : "à l'intérieur de", devant noms: dapal-l-bIt
Pourvue des pronoms suffixes, la série est méaya,
"à l'int'rieur de la pièce"
mEak, mEah, m~ha, mEana, m~akum, méahum.
hâra j : "à l'extérieur de" devant noms harj-dl-mdrna
~nd : "auprès de, chez" est d'un emploi gén'ral sous
"hors la ville" ;
cette forme au Maghreb (cl. érnda) . Mais, dans cer-
tains parlers citadins d'Algérie, elle sonne eadd ; "comme, semblable à" kIf-;ls-samS "comme le
222 223

soleil", klfhum "comme euxl1 ; le terme est volontiers l)wayt : "même sens",

répété devant deux noms dont on veut souligner la res- day:r "autour de".

semblance , l'identité: kIf-l-ansan kIf-al-kalb "(il On relèvera aussi des termes qui semblent plus
en est de) l'homme comme le chien", kIf! kIfak "moi proprement bédouins comme
comme toi" 5'399 : "au-delà",

ki : Doublet du précédent, ne s'emploie que devant dün "en deça",


gatéfE.. Itde l'autre côté de",
noms : ana kI-bük "je suis tout comme ton frère" ;
parfois réduit à kô-, k- k-al-eada "comme d'habitu- saw : "en avant, en tête de",
- égab : "à la suite de",
de" ;
gubal, gubalt "en face de",
sgal : "comme, semblable à", devant noms
- swa:r : "en direction de",
a§ -s ~tan "comme un diable" ;
et, plus spécialement en usage en Libye,
matl "même sens" (matI, mtal), devant noms et pro- sot' :
.~
"en direction delt,
noms ma~1-al-9üla ncomme l'ogresse", mc3~li mtalha !là côté de" .
"moi comme elle" j
Peuvent être rangées parmi les prépositions
z~yy : " même sens" et aussi "à la mode de" : z~yy-c.t9w­ les particules d'annexion indirecte qui ont été étudiées
an-nhar "comme la lumière du jour", zi;!:yyi z~yykum "moi à propos de l'Etat du nom mtaé , ntâE, taE, addi (ddi,
comme vous" ; di), ~, dyal, jan.

- qartd : proprement !là la taille de", et souvent avec la Mention doit être faite également de partici-
valeur Il comme , semblable à ll (gadd) : q,addu qddd-.;:ajai pes du thème III qui sont devenus de véritables préposi-
"il est aussi grand qu'un homme", ana qaddu ttje suis tions, comme ms ami "à côté de", rnqabal "en face de",
comme lui" ; mwâja h "face à, donnant surI!, mj awar "voisin de" etc .

- bae.d : "après" : ~aéd-a~-91at "après la prière", Il est enfin plusieurs termes qui sont occa-
bat:.dna "après nous" ; sionnellement prépositions, mais qui connaissent d'autres

- qb-al : "avant" (gabl, gball : qb~l-l-lIl "avant la emplois comme adverbes, comme conjonctions (ils seront
étudiés en leur lieu et place) : ~ (~, hta)
nuit", .9bëllhum "avant eux", qab18k "avant toi" ;
"jusqu'à", 0I1la (lIa) "rien que, si ce n'est que", gIr
~: "par, au nom de", particule de serment: u-fasak
(q~r, qa) "autre que, si ce n'est que, excepté", sIwa
"par ta tête", w-a~lah "par Dieu". "excepté".
Citons encore
1;:91 "le long de",
- twali, twal : "vers, en direction de ll ,
jIht, jwayh, jwayht "du côté de, aux environs de",
nhat, nwayh, nwahi : "même sens",
224 225

c) man + - -
Dans le parler algérien de Cherchell, c'est le plus sou-
vent mal, non man.
Elles sont généralement suivies de noms ou de
môn-éla "de dessus"
pronoms suffixes, mais d'une façon qui est variable sui-
man-fqq (fqg) "au-dessus de" ;
vant les parlers. Elles sont constituées par une prépo-
rrran-tal).t (tal)t) "en dessous den
sition suivie d'un nom, ou d'une autre préposition, ou
môn-:-quddam "par devant" ;
d'un autre élément.
mn-ufa (Q~a) npar derrière" '. et procédant de mn-al-
al bi + -- Qfa, mdl-1-9~a, une forme à métathèse maF-Fawla, ~
b-l}al "dans l'état de", et courant au Maroc dans le +awl que connaissent Alger, l'Oranie et certains par-
sens de Itcomme", en substitution de kIf, kI (k) ; lers marocains ; m-Q+a, m9~ a, à Tanger, à peu près
b-o<ja (l)da) "à côté de", en concurrence avec 1').ga et évincé u~a ;
souvent préféré à lui ; - man-nQ~f (nQ~!?) "du milieu, au milieu" ;
b -la "sans", quelquefois prononcé bI-la, en Libye ha- - man-wQ$t (wQ!?!?) "du milieu, de l'intérieur"
la ; - man-nalf "par derrière" ;
b-gIr "sans" ; man-blaf, m-1'11af "à l'exception de", fréquent dans les
b-sb'ab lien raison den. parlers citadins d'Algérie
_ b-J<)nb (jamb) "à côté de". man-b~E~, m-bru:.d "après" ;
man-qabl (gabl, qbal) "avant"
bl fi + - -
fI-mkan !tau lieu de, à la place de", en Libye fI-bkan; man-jIht "du côté de" ;

fI-bQqt:..a "même sens", d'emploi surtout tunisien; .man-gIr "sans, à l'exclusion de"
man-dün "même sens" ;
fI-mhall "même sens"
rnan- 1:tga "à côté de", ~ à Taza ;
fI-mQqaf. "même sens"
man-q~bal !l à cause de , relativement à" dans les par-
fI-maQ.çab "même sens" ;
lers marocains.
fI-bla~t "même sens" ;
fI-é.oq. (€.QQ) "même sens" et "en substitution de" dl 1 + -
fI-n9~~ (nq:?f) "au milieu de" l-~and "(en allant) chez, auprès de"
fI-wQq1; (w~S?!?) "même sens" ; - I-dahûl "à l'intérieur de"
fI-93lb (qalb) proprement "au coeur de", dans le sens - l-haraj "à l'extérieur de"
de "dans" ; dans nombre de parlers citadins d'Algérie, - l-bafra "même sensll ;
il est souvent préféré à fi ; - l-fOg "au-dessus de" ;
fI-!?dar (sdar) "même sens" ; I-tal;lt "au-dessous de"
fI-j"anb (J .. mbl "à côté de", concurrençant l)ga l-~ra "dessous"
--_0_0- ,.
fI-jIht (jwayh, jwayhtl "aux environs de". l-qiiddam "de ssus" .
226 227

e) 61a + - - daf "jusqu'à la maison", Q.é'ltta-m,:tnnu "même de sa part",


- ela-baffa "en dehors de, à l'écart de" ; J:1<:ttta-f9q-m-annu "ju squ 'au dessus de", hatta-m(tn-j!ht-al-
éla-J:lsab "suivant, selon, d'après" ; blad "Jusqu'aux environs de la ville".
~l'a-bal"à la connaissance, à l'intention de"
~la-krf "selon, au goût de" Disons en conclusion que la possibilité de
éla-janb (jamb) "à côté de" créer des locutions prépositionnelles, combinant prépo-
- ~la-t9J. "le long de" ; sition et nom, ou tel autre élément, en y faisant parti~
éla.-twal lien direction de" ciper en outre tel ou tel adverbe, est pratiquement in-
Lla-güd "même sensU ; finie. Aussi bien l'inventaire qui précède peut-il être
êla-ja.ç}:' "même sens", ces deux derniers bédouins considéré comme un simple échantillonage.
E..lâ-q~bal "exprès pour, avec l'intention de", propre-
ment oranais et marocain
éI'a-jal !là cause de"
Ela-san "même sens", réduit à éasan en Libye
ë.la-sôbb IImême sens", éla-msabbt- à Taza.

f) Il\é.a + --
- mE.a-sq1;t; "àcôté dell, courant dans le Nord constanti-
nois, où le complexe est volontiers réduit à méa-st_
Remarques sur les prépositions composées
a) I l est souvent malaisé de discerner, car la
situation est variable suivant les parlers, et même à
l'intérieur d'un seul et même parler, l'emploi préposi-
tionnel de certains complexes prépositionnels, de l'em-
ploi adverbial ; notamment dans le cas de ceux dont man
et l constituent les premiers éléments. On observe sou-
vent que l'emploi prépositionnel peut être tiré de l'em-
ploi adverbial par l'adjonction de la préposition man,
postposée au complexe : fQ'q (ou ~1-f9q) mannu 1Ipar des-
sus lui", tal).t mannu, man-tal;1t mannu, l-ta};lt mgtnnu 1Ide 1
dessous lui Il, (1-) ba;:;-a mn-al-blad "hors la ville", etc. 1
b) L'adverbe l)atta 1Ijusqu'à", marquant le
point extrême, la limite, se combine volontiers avec di-
verses prépositions, simples ou composées: l;1atta-I-ad-
228 .229

On a généralement recours à
B. CONJONCTIONS ET LIGATURES CONJ ONCTIVES w-ulla, w-alla, proprement lIet si non ll , prononcé aussi
avec une articulation classicisante wa-'illa.. On
l'entend souvent avec perte de la voyelle finale: w-
all (üll), à la fin d'une phrase interrogative ou ex-
clamative ; ou bien, dans les mêmes conditions, ren-
forcée par la négation la : w-alla-la 1I0U bien n o n 7 Il
et
La tournure alternative comportant répétition
- u-, qui s'articule généralement de la conjonction devant deux-mots ou en tête de deux
en voyelle u- devant consonne + voyelle u-da.çi membres de phrase: " ou ••• ou", très proche de "soit
"et ma maison", ••• soit" correspond en arabe maghrébin à
en semi-voyelle ~- devant voyelle : w-abc?:r "et amma ••• aw, amma w-alla,
un autre" ; ou devant voyelle + consonne : !!!...- ya .... ya,
iqatlu lIet il le tue", swa swa,
en semi-voyelle ~- suivie d'une voyelle de tim- bga ••• bga,
bre variable w - devant consonne + consonne : et dans les dialectes sahariens
wa-ngatlu "et je le tue". sta ••• sta,
Mais il faut observer que l'articulation u/w/wa J:labb l)abb.
peut varier considérablement d'un dialecte à l'autre,
suivant la nature des phonèmes contigus , et suivant la
structure syllabique du mot qui précède et du mot qui
sui t. C'est généralement
Notons aussi que la conjonction u- n'est pas seule- lakin, lakan, qu'on emploie soit isolé, soit pourvu
ment coordinative. des pro~suffixes : lakanni, lakannak, lakannu,
lakanha, lakanna, lakônkum, lakanhum ; et qui cannait,
C'est à propos de "et" qu'on mentionnera le
suivant les dialectes, des variantes nombreuses :
complexe, hérité du classique, et d'usage panmaghrébin,
layn, lakant, lamkant, làmkan, l~mka:yn, lammakan,
w-~yya- muni des pronoms suffixes de deuxième et troisiè-
lammIkan, laman, amkan, emmâkan(~), ammIka n(~), etc.
me personne: ana w-~yyak "moi et toi", hüma w-~yya:ha
"eux et elle" .. On entend aussi, avec valeur adversative,
b-al?-~a1.1J:1 ,

ou (ou bien) b-al-I)aqq,


~,

aw est employé partout, mais le plus souvent par des - ammala, hammala
demi-lettrés, ou avec un souci littéraire .. b-a g-<?add.
230
231

au contraire
autant •• • autant

L'expression, en deux membres de phrases qui


se font écho, de l'équivalence, de la s upériorité, de
or, donc, alors
l'infériorité,est rendue, semble-t-il, par les mêmes
termes :
ammala est d'un emploi très général. Mais on entend
- qfldd-ma ••• qadd "dimension de ce que", prononcé gBdd-
aussi
ma ••• 3add dans les parlers bédouins parfois pré-
~, à Tlemcen,
cédé de la préposition êla- ; parfois à ma est substi -
as-sa~a , hak - as - saEa, w- ak-ds - Sata, dak (drk)-~s-saEa,
tué 11i;
- saéatha, waqtha,
qadar-ma ••• qadar-ma parfois
baédan, baCd~n, mam- baéd,
- kI- , kIma • • • kI- s'entend aussi.
- hi?ywa, rwa,
~Ih~âgabIh, en Tunisie . Les termes qui dénotent le balancement "soit
que ••• soit que" servent aussi à cet usage:

en bref amma •• • amma (imma wa- imma), amma aw


~ swa ,
al - hasol, avec les variantes al-0a$~1, al-Qa$~lu, ôl- bga bga.
hâsQle, al-ryason;J En Oranie, citadine et bédouine, on emploie
l - gaya, gay tu , gaytha . aussi
ma-~add ma- ~add, suivi de pronoms suffixes ou de
tantôt ••• tantôt noms,
ma-dam ma-dam dans le sens de "plus • •• plus",
.marra
~
... .m a-dam ma ••• ma-dam, dans le sens de "moins . .. .
- ~ ... ~, moins" ,
saEat, - hodâh pC?Qah.
~

ma-blh
et plus rarement
tâf'a .... taFa,
- tâf'âtan,
<lJ:1yânan ..
232 233

parlers citadins d'Algérie.


ma, proprement "ce que" sert aussi de conjonctif, soit
isolé, soit comme deuxième élément de locutions con-
jonctives comme kIf-ma, qbal-ma, baEd-ma, bën-ma, etc.
lIa (la) comme ligature suffixée, est plus particuliè-
Pour représenter cette "conjonction universel- rement outil conjonctif du vocabulaire bédouin.
le" du français, la forme dialectale héritée du classi-, - as, ~as, proprement "quoi 1", dans l'emploi isolé,
que 'an .nna. passe de l'interrogation directe à l'interrogation in-
- an (n) est employée au Maghreb,parfois sous la formel( directe avec le sens conjof}ctif "que" ; élément suf-
Dans l'emploi isolé, elle est en usage, exclusive- fixé, il entre en composition dans nombre de complexes
ment semble-t-il, dans les parlers bédouins, en Algé- qui, originairement interrogatifs, sont étendus à
rie, en Tunisie et en Libye. l'emploi de ligatures conjonctives ou relatives.
Comme ligature suffixée à des termes conjonctifs, Lorsque "que" comporte une valeur de .f inalité,
elle est très fréquente dans ces mêmes parlers, et on utilise
plus largement encore : ainsi ryatta-n, cjIr-an, nhir-an, bas et ses variantes dialectales bah, blyyas.
etc.
On la trouve encore précédée de la préposition bI, Lorsque
dans le complexe
- bayn, bIn, qui s'entend au Maroc et en Oranie après Les termes maghrébins qui situent dans le
des verbes et des tournures exprimant une déclaration temps l'action ou l'état sont variés. C'est
quelque peu solennelle (jurer, affirmer, par ex.). - lamma, qui est courant au Maroc et en Oranie, ainsi que
- hIt
Hormis ces emplois, qui sont limités, la liga- "-"-'
ture la plus courante au Maghreb est - kIf, kI- ; qui s'entendent dans tout le Maghreb avec

311i (li), qu'on trouve isolée, mais volontiers précé- les variantes
dée de la préposition b- : k~f, k~yf dans les parlers bédouins;
n~n, w~n qui est spécifiquement libyen.
b-alli, surtout en Algérie citadine et rurale, après
des verbes déclaratifs où l'asyndète est, dans d'au- Lorsque la notion de localisation temporelle
tres circonstances, constante; alli est également li- est teintée d'éventualité "quand (d'aventure), lorsque
gature conjonctive dans la plupart des parlers maghré- (le cas éChéant)", on emploie
bins, élément suffixé à de nombreux termes conjonctifs Ida, Ida, da, suivi parfois, dans l'Algérie citadine,
comme saEt-~lli, waqt-~lli etc., sous la forme alli, de }can :
li, et, en Tunisie, al, l. ida-kan, da-kan
- dddi (di), dans les mêmes usages que alli, seule ou en IIa, qui est une variante du précédent, habituelle au
composition; s'entend beaucoup au Maroc et dans les Maroc, mais qui s'entend aussi en Algérie, sous la
234 235

forme la à Cherchell, Ily-an à Laghouat. Lorsque la notion est teintée de "soudaineté",


Lorsque la notion est nuancée par l'idée "dès exprimant l'idée "aussitôt que, pas plus tôt que", on
que, ce n'est que quand", on emploie emploie
mnayan, mnayn au Maroc et en Algérie (mnan à Tlemcen), - kIf-mn~yn en Oranie bédouine, et
mn;n, mnIn dans les parlers bédouins et jusqu'en Libye, w~n, wf;n-ma,
gIr, ~~r, très répandu au Maghreb, notamment en Algé- hadd-ma, radd-w~n, Qadd-wën-ma,
rie, avec, dans le Sud oranais, algérois et constanti- hâdd-an,
nois, les variantes hën-on, bin-ma,
q~y et qa (qa-n). - siét-an, nhat-an,
man-~~yt, ry~yt-an,
Mais il faut constater que tous ces termes
- <?wwal-ma,
<{ga t Ila, mnayn, grr etc.), suivant les régions, peu-
y~mat, toutes expressions relevées dans le Sud tuni-
vent exprimer la localisation temporelle "quand, lors-
que" sans nuance particulière. sien et en Libye.

Lorsque la notion est précisée par une valeur Avant que


équivalant à "au moment où, dans le temps que", on a re-
cours à
C 'est essentiellement qbal dont procède l'ex-
waqt-ma (wagt-ma), wâqt- alli , wàqt-li, qui s'entendent
pression de la localisati o n dans un temps qui précède
en Oranie, dans l'Algérois, le Constantinois , en Tuni-
- qbal-ma, qui s'entend dans toute l'Afrique du Nord,
sie,
avec la prononciation gbal-m~, ou gabl-ma dans les
wagt-an, chez les bédouins d'Oranie,
parlers bédouins,
nhaf-ma, nhaf-alli dans la même région, et aussi
qbal-la (gbal-la) est usuel en Oranie, en Tunisie et
l;;lt-~lli, saEt-alli, etc.
jusqu'en Libye,
Lorsque la notion envisagée comporte la nuance - qbal-lli dans le Nord constantinois,
"voici seulement que, c'est tout juste quand", on emploie .gabl-al dans le Sud tunisien,
dans tous les parlers maghrébins, ici o u là : - gabl-an dans le Sud tunisien et en Libye .
gIr-kIf,
Souvent qbal est précédé de la préposition
gIr-ki, mnayn-ki,
man : man-qbal, man-qbal-ma.
gIr-kI-ma,
kIf, kIf-ma, kI-ma, - guddam-la, güddam-alli (-li) s'entendent aussi dans
les parlers bédouins d'Algérie.
- d9 b , d9 b - ma, doba-ma, düb-as, düballas, formes variées,
avec diverses nuances ("c'est à peine que" par ex.),
qui sont en usage en Tunisie,
ead-ma.
237

Après gue figé à la troisième personne du masculin singulier et


suivi des pronoms personnels, indépendants ou suffixes:
Le terme fondamental est baCd : ma-dam ana, anta, etc., ma-damni, ma-dam.k etc. ; tous
ba€d-ma est en usage dans tout le Maghreb, concurrencé emplois courants en Tunisie et en Libye ; ma-damanni,
par ma-dabdnni (ak, ~, etc.) sont formes particulières à
bà~d-là, baëd-alla au Maroc, en Tunisie et en Libye, la Libye ;
baed-olli (-li) dans le Nord constantinois, en Tunisie ma-dam (ni, ak, ~ etc.) est habituel dans l'Algérois
et en Libye, et le Constantinois, avec, à Djidjelli, une contamina-
baed-al, dans le Sud tunisien, mais souvent joignant tion du complexe par le mot zman "temps" :
~

au sens temporel le sens causal "du moment que", ma-bfzman, suivi des pronoms personnels indépendants
ba~d-~n, qui est employé dans les parlers bédouins qadd-ma, proprement IIdimension (quantité) de ce que"
d'Algérie et en Libye, est une locution qU'on entend à Alger et à Cherchell.
baed-ki, qui est spécifiquement tlemcénien.
L'Algérie centrale et l'Oranie connaissent
On peut souvent entendre ba~d, baEd-ma, précé- bIda, bIg-ma (bId-ma), avec les variantes bIga-ma,
dés de la préposition man : man-baLd, rnam-baed, mm-bacd. b~yga-ma, beyd-amma dans les régions bédouines ;
- bId-man (b_d-man), qui s'entend à Alger, Cherchell et
Depuis gue Tlemcen (où on note également la variante bId-manat),
et jusqu'à Tanger (où on relève la-b~ydman).
Sont généralement en usage :
Dans les parlers bédouins de l'Algérois et de
~~lli, rn-alli, qui peut aussi avoir valeur causale, l'Oranais, ainsi qu'au Maroc, on observe l'emploi de
man-waqt-alli (-li),
b~yl-ma, b~yl-amma (~yl-üma, b~yl-umma, ~yl-ama), et
man-v~y~, man-Q~yt, en Oranie.
- bIn-ma, b~yma et b~yla, plus particulièrement à Tlem-
cen et en Oranie
Pendant gue b~yna, .?~yn-ma t ma-b~yn (ma-bIn), qui sont usuel s au
Maroc.
Il est divers outils, plus ou moins complexes,
En Tunisie (Sahel, Takrouna), on emploie éga-
pour exprimer la notion du temps qui dure "pendant que"
lement
se déroule un procès; ou la notion du temps qui s'écou-
- mûddat-ma, proprement "le temps où (que) ft.
le "tant que" le procès n'est pas accompli, "en atten-
dant que" le procès soit révolu :
Jusqu'à ce gue
ma (ma d-daymÜma du cl.) s'emploie dans le Sud tuni-
sien et en Libye, soit seul, soit amplifié par dam :
ma-dam qui est employé soit comme un verbe conjugué : Dans son emploi conjonctif, cette notion, qui
ma-dumt, ma-damat, ma-damu etc. ; soit comme un verbe marque la limite extrême d'un procès, ou d'un effort
poursuivi dans un but, avec les nuances finales ("dans·
238 239

le: but den), conséquentielles ou con sécu tives ("si bien On notera enfin que, partout au Maghreb, ryatta
que, de telle sorte que, à tel paini; que"), r ecourt (et ses variantes), en début de phrase, peut signifier
principa leme nt à ~t qui c onnait les variantes ryatta, "(attends seulement) que" et "(voici qU'il arrive) que",
btta, et même ~ (et ta dans le Sud oranais> dans une tournure elliptique, avec valeur consécutive
- hatta s'entend dans tout le Maghreb;
,~ implici te.
~ a tta-ma a cours au Maroc ;
Pour marquer la soudaineté de l'événement qui
,\ latta-d est courant à Tlemcen, et hatta-dd( 1) , hatta-
survient "et voici que", on emploie volontiers en Tuni-
ll(i) à Djidjelli ;
sie
~attâ-n est propre aux parlers du Sud algérois, à côté
- waiabIh, la~abIh, lawIiabIh • .
de !:'lanna-n i
Dattâ-l~n domine en Tunisie, avec souvent les pronoms
Afin gue
personnels suffixés, et notamment celui de la deuxième
personne du singulier en toute circonstance :
L'expression de la finalité est réalisée dans
,t>atta-ljinak
tout le Maghreb par
ryattâ-n~n est la forme libyenne. - v
bas,
On entend aussi, dans les emplois considérés, - bah dans les parlers bédouins de l'Ouest algérois et
~n, -n dans les régions de Bou-Saada, Laghouat, Gery- de l'Oranie,
ville (Sud algérois et oranais), blyya§ dans le Nord constantinois (Djidjelli).
an, Ilayn parfois dans le Sud tunisien,
Parfois le complexe est précédé de kI-
n~n en Libye,
- kI-bas, kI-bah en Oranie.
allaI, mallal dans le Sud tunisien et en Libye,
gir (g,r), proprement "si ce n'est que" dans les ré- Quand la notion de finalité est teintée de va-
gions bédouines du Sud algérien, ainsi que leur conséquentielle, on a recours volontiers à ~,
g~yra, geyl-la dans les parlers d'Oranie, hadak ~las .
- qa, qay-Ila, dans les parlers du Sud algérois . L'expression négative "afin que ne ••• pas"
Dans le sens plus particulier du rapport con- est rendue par
séquentiel (proche de "jusqu'à ce que") , on peut enten- - bas ma-, dans tout le Maghreb,
dre mais elle peut être très bien notée par la simple néga-
hagak ~las, proprement "c'est pourquoi" en Algé rie et tion
en Tunisie ; la, qui est aussi l'instrument de la défense expresse,
balli , hall, nal dans le Sud tunisien; qui , lorsque comme aussi celle que l'on trouve après les verbe s de
le pronom suffixe de la première personne du singulier crainte et de mise en garde.
lui est annexé, forme le complexe hanni .
--- -
241
240

La tournure optative "ah, si ••• 1" dan s le


sens "comme je, tu, voudrais ••• " se rend par
_ ya-Iu (law) ,
Deux modes d'expression de l'hypothèse et de
_ ya-IÜ-kan.
la condition sont à envisager.
On peut aussi utiliser au Maroc et en Algérie
Le réel (supposition du possible, notion de
man-sab (massab), précédé de a- ou de ya- et pourvu
conditionnel, évocation de l'éventuel) recourt générale- ':::::';:.:-:i'':= - '-' -
des pronoms suffixes ma~-~abni (;)k, ~ etc.).
ment à
m3n-Fa (mar;a) suivi des pronoms suffixes marrani
, ,
~ (Ida), souvent réduit en Algérie à da (da) ; et
~,~ etc.).
parfois élargi dans le Constantinois par .kan ida-kan,
da-kan. Il s'emploie d'un bout à l'autre du Maghreb.
Même si
Il comporte un doublet
- rIa, qui prévaut au Maroc, mais s'entend ici et là,
Voisine de sens de "bien que, quoique, quand
partout, en concurrence avec le précédent ; souvent ré-
bien même", cette notion complexe se rend en arabe
duit à la ; parfois élargi par kan : ~a-kan, la-kan.
maghrébin par
Dans le Nord de l'Algéro is (Alger et surtout Cherchell)
wa-Iaw (u-law, u-Iu, wa-Iu)
on entend
u-Iü-kan ;
wIla ;
hatta-Iü-kan marque une notion renforcée "même si (à
Ilya est une forme fréquente des parlers bédouins
tout le moins, à la rigueur)" ;
d'Algérie ;
baed-ma, b~êd-amm~ , usuels au Maroc et en Oranie, est
- Ilya-n dans le Sud algérois ;
une expression du temporel élargie dans le sens envi-
kan est très fréquent dans les parlers tunisiens.
sagé ;
L'irréel (évocation de l'irréalisé, supposi- Ida (da)-h~bb, qui S'emploie dans le Nord constanti-
tion de l'impossible ) a comme instrument
- - '
nois ;
lu (law) qui s'entend partout; ka-s-ma (de kan-! ma), proprement "y a-t-il ce que 1"
lü-n se trouve parfois dans les parlers bédouins d'Ora- peut également être utilisé en Algérie pour exprimer
nie ; ces diverses notions;
lü-kan, qui ne s'entend pas moins; tantôt fléchi - wabba, au Maroc.
(künt, kanat, kanu etc.), tantôt invariable; parfois Si ce n'est gue
suivi des pronoms suffixes : lÜ-kanni, lü-kanak etc.
- u-kan, u-ka, dans les parlers bédouins de l'Algérois On utilise deux termes essentiels, alla et gIr:
kün au Maroc alla (lIa) est employé dans tout le Maghreb, avec
- ah-kan, qui S'emploie en Libye; l'élargissement alla-ma dans le Sud tunisien et en Li-
- lü-ma correspond à la supposition de l'irréel négatif bye ;
l'si ••• ne ••• pas".
-~ (g~r) est également en usage partout. Il est pro-
b-la-ma,
noncé g~yr dans nombre de parlers bédouins, et q~yr,
b-dun, man-dün.
q~y, qa dans le Sud algérien, et aussi
~-a;:-qa-n, pourvu de la ligature conjonctive -:!!.. ; L'Oranie bédouine connait
- éIr, au lieu de gIr, s'entend dans le Sud marocain. - blëys-ma.

Ces deux outils de la "mise à part" signifiant Et dans le Nord constantinois on trouve par-
"si ce n'est que, excepté, hormis" peuvent également, fois
partout semble-t-il, dénoter la "mise en relief", signi- b-ahlaf-addi.
y

fiant "ce n'est pas autre chose que, c'est seulement,


que seulement ••• ". Parce gue

"Rien que pour, seulement dans le but de", va-


Le complexe qui est le plus communément em-
leur de "mise en relief" en même temps que de finalité,
ployé est
est rendu par alla, surtout par gIr, suivi de bas : gIr
~ala-ba~af, ela-hat~f, qui peut connaitre des contrac-
pas, et dans le Sud algérien giy-c-~) bas, giy (~) u-
bas. tians, quelquefois l:.a-!;ha1:Jf' à Tunis, la-hat-a;- à Cher-
chell, à Alger, à Djidjelli ; dans ce dernier parler,
"Hormis, excepté" peut encore se dire la-oataf peut être élargi en la-bat~~-ma, la-Da~a~-mas
kan, en Tunisie et en Libye,
(ma~) ;
la-kan, ~akkân, dans certains parlers d'Algérie, Eala-q~bal, ~la-qbal est le plus usuel au Maroc , où
!!!, en CyrénaIque ,
ela-~a~af est en usage.
l ansmah , ~asmah, sporadiquement en Algérie De Ela-batar, ~a-qbal procèdent des compositions
et aussi, au Maroc et dans l'Ouest algérien, en ~as (~), comme ~la-hat;as, bat~as, entendu à Tlem-
- ma-t:.àda,
cen, E.la-qbal-s, qu'on trouve chez les bédouins d'Ora-
- sIwa,
~ nie. Ces compositions peuvent aussi servir parfois à
- -" af.
hl- - - .
interroger sur la cause: ftpourquoi 7".
- .Lala-ryaqq s ' entend aussi au Maroc,
Sans que - éala-san est employé aussi sporadiquement , Easan en Li-
bye, ainsi que
C 'est aussi une locution exceptive. On emploie Eala-jal, dont procède tala-jal-as, dans le sens de
partout
"pourquoi 1".
- gir-ma, souvent précédé de la préposition éala-san et ~ala-jal sont volontiers suivis de noms
~-,
- man-gIr-ma, ou de la préposition b-
ou de pronoms suffixes .
- b-gIr-ma, dans les parlers ruraux de Tunisie.
L'expressio n de "parce que" , constat objectif
Tous les parlers maghrébins utilisent aussi de la cause, apparentée à celle de "puisque", constat
subjectif, recourt volontiers à la préposition man- sui-
244 245

vie d'éléments conjonctifs comme personne du féminin, exprimant la notion de "ce qui

- ~na§, dans les parlers bédouins, conviendrait qu'il arrive", de "ce qui viendrait à

~~yya~, dans le Nord constantinois, point".


mn-alli, m-~lli, courant dans tout le Maghreb. On relève dans le Tell oranais et algérois

On emploie aussi
-.-
la-gna, la-gna-s,
..
~~y~, Q~~, pIt (~It), un peu partout, l~ykün,
man-l:l~S (man-l;l~n-as) avec le sens particulier de "du lhgQa,
moment que ft en Libye. l~Yêüd, léûd , ~üd.

"Etant donné que, du fait que" sont notions


I l faut gue
que les locutions causales expriment généralement ; mais
souvent ce sont des locutions temporelles qui sont en
L'expression de l'obligation, de la nécessité
usage, ainsi
se rend partout par
b~d-alli, en Tunisie (Takrouna par ex.),
lazam Ela,
b~n-ma,
yalzam, suivis de noms ou pronoms suffixes .
kIf, k-.. n.
On entend aussi , dans le Nord de l'Algérois

Peut-être gue - iQoabb-l.


Doublée de la notion de lice qui fait défaut",
Un ensemble de termes ou de complexes sert à donc de "ce qu'il faut", la nécessité se rend par le
exprimer l'énoncé de "ce qui pourrait être", notion verbe
d'une éventualité probable, possible ou douteuse : _ ba$~-itq~~t suivi de noms ou de pronoms suffixes .
- la~alla se dit, mais dans un emploi classicisant. Quand il s'agit d'absolue nécessité, on emploie
Les termes et complexes les plus fréquents la-büdda, lâ-badd,
sont ma-kan qlr,
balak, balak-s, b-°" s-sIf Ela-.
yUmkun (y"mkan),
mn-al-mümkrn (m~mkan), Assez de
wa-gIla, proprement "et dit-on".
ll

On peut encore citer ici et là On invite expressément à "ceSser de faire en

yaqdar i~;;+, proprement "il se pourrait que se produi- disant partout


sen, bafka, proprement "bénédiction" suivi de ~ (conjonc-
twal'a m, tif) précédent un verbe : ba;-ka-ma tahga;- "cesse de
twali, toutes deux formes d'inaccompli à la troisième (proprement = ce que tu pa~les) parler, trève de paro-
246

les" ;
- yakf! est panmaghrébin aussi, et
yazzi, très tunisien ; C. ADVERBES ET LOCUTIONS ADVERBIALES
tous deux verbes impersonnels commandant les mêmes
constructions que barka.
On ne donnera que les termes et complexes es-
Ces divers termes peuvent être pourvus des
sentiels de la catégorie du langage envisagée ici. La
pronoms suffixes suivis de rrrnn : barkani, barkak, etc.
matière peut en effet en être considérée comme infinie.
(yakfIni, yakfIk, etc. ; ya~ni, yazzIk, etc.) mn-al-
On ne saurait donc tenter d'en dresser l'inventaire ex-
klam b-la-fayda "trève de propos sans intérêt".
haustif.

Les valeurs auxquelles on se limitera sont


classées sous les rubriques traditionnelles du lieu, du
temps, de la quantité et de la manière. L'expression
adverbiale de la manière, qui, en français, recourt à un
nombre démesuré de créations, toujours vivaces, d'adjec-
tifs pourvus du morphème -ment, est, dans le tableau som-
maire qui est entrepris, à peine esquissée. Bornons-nous
à dire que l'arabe maghrébin utilise habituellement, pour
rendre ces notions, un procédé déjà ancien qui consiste
à utiliser un voCable, déterminé ou indéterminé, précédé
de la préposition b- : du type b--al-l]aff "rapidement",
b-al-lati "lentement", b-sw~yya "doucement".

On constatera qu'adverbes et locutions adver-


biales constituent un domaine où le matériel ancien a
fait l'objet d'un renouvellement très important; où, par
conséquent, foisonne la création dialectale. En résulte
une très grande variété de termes. C'est peut-être de
ces termes divers que les dialectes en usage au Maghreb
tiennent leurs caractères les plus différenciés. L'usage
localisé de tel ou tel outil peut souvent être interprété
comme un véritable certificat d'origine dialectale: tels
le daba marocain pour "maintenant", le olaf algérien pour
"aussi, également", le bar§a tunisien pour "beaucoup".
248 249

altération du h : ina, ~nna s'entend quelquefoiS à Al-


ger.
hüni est le mot tunisien, aveC les variantes hünryya,
Où 7 ~ka.
Précédés des prépositions 1- et man, les com-
Tous les termes en usage procèdent du classique "vers ici ~t
plexes s i gn ifi en t
?ayna :
l-ahna,l-ahna, partout au Maghreb, mais
- w~n, win est la forme la plus répandue au Maghreb. On
I-hünl en Tunisie,et
la trouve également dans les parlers bédouins où elle _ l-h9~ dans certains parlers bédouins d'Algérie.
se présente volontiers sous forme diphtonguée w~yn, _ "d'ici"
weyn. man-hna, qui aboutit fréquemment à mê>nna "par ici, ici~t
- fayan, fayn est le terme qui domine au Maroc, à Tlem-
man-hüni, pour la Tunisie , et
cen, et qui se retrouve dans de vieilles cités algé- - t i lers bédouins d'Algérie.
_ man- h 9 n dans cer a ns par
riennes comme Constantine, Djidjelli, et aussi Cher-
chell (qui cannait également un wayan). Là
Précédées de prépositions, principalement 1- et
man, on relève avec le sens de "vers où 7 11 On peut distinguer certains degrés dans l'éloi-
layn, l~yn, l~n, au Maroc et dans l'ensemble de l'Algé- .gnement
i l est
rie, _ hanak, hnak, indiquant une relative distance
lwIn qui se dit à Tunis, et lwayn à Cherchell. assez usuel.
avec le sens de "d'où 7" l-h~h, l-hIh, assez répandu pour désigner un certain
mnayn, mn~yn qui est courant dans tout le Maroc et éloignement, aveC une variante l-h~yh dans les parlers
toute l'Algérie, bédouins d'Algérie.
- .mnln, qui est le terme tunisien, et avec la variante l-tamm , l-tamm, ntout là-bàs", qui connatt des varian-
~, celui de la plupart des parlers bédouins d'Algé- tes augmentées comme t.mmati, tdmmak(~) ; et aussi une
rie ; il se trouve aussi au Maroc. prononciation du ! en ~ : f~mm, ~ du Sud algérien,
de Cherchell, de Tunisie, de Libye, avec des variantes
augmentées, fammati, fammlka.
-
gadi s'enten d auss i et semble plutôt oriental, avec une
Le Classique huna est à l'origine du terme dia- . variante gadlka .
lectal :
- hana, hna s'entend dans tout le Maghreb, du Maroc à la A droite
Cyrénaïque (à l'exception de la Tunisie) ; il est sus-
ceptible de recevoir un augmentatif -~ : hnaya ; avec Pour l'expression de cette notion~le Maghreb
251
250

cannalt une certaine unité en recourant à la racine yron ~91, souvent répété ~91-~91.
_ nIsan se comprend à peu près partout s'il est inégale-
lmIn, et Imlna, eal-l-Imln(a), au Maroc, dans les ré-
gions citadines et rurales d'Algérie, en Tunisie et ment employé.
~la-hwak est une expression des parlers bédouins du Sud
jusqu'en CyrénaIque.
~ymant ~mant Iman (issu de l'élatif ~~yman), et ~ymna, oranais et algérois.

~mna, Imna, eal-l-~yman, eal-l-~ymna, qui semble préva-


Devant
loir dans les parlers bédouins d'Oranie, de l'Algérois
et du Constantinois.
C'est partout
_ qüddam, q9ddam, guddam.
A gauche

Derrière
Deux termes se partagent le domaine dialectal
~mal, 6al-as-smal, du Maroc à l'Oranie et dans les
On entend généralement
vieilles cités algériennes.
_ aWfa, ü~a, 9fa, avec les variantes 1-9ra, mn-9;a, mal-
~~af, et ~~a+a, Gal-l-~~ar(a) qu'on entend en Tunisie
--
et en
---
Libye.
'-
1-9ra, et
mar-fawl, métathèse de la forme précédente, en usage en
~y~a~, ~~aF (issu de l'élat!f »àysar) et ~Y~Fa, ~~~a,
Oranie.
éal-l-~~, tàl-l-~~+a qui semble le plus en usage
dans les parlers où ~yman prévaut . Divers parlers emploient aussi
m~n-tali.
Tout droit
Dedans
L'expression utilise divers mots :
qbala, qU'on entend d'un bout à l'autre du Maghreb,
gbala (gubala) étant la prononciation des parlers bé-
douins. Dehors
- d9gri (d'origine turque) est employé au Maroc et dans
toute l'Algérie citadine et rurale. l-har"j
w _ et
Sdgd~ s'entend au Maroc et en Oranie.
guda, souvent répété gÜda-güda, est d'un usage courant
au Maroc et en Algérie. Certains parlers bédouins em- En haut
ploient la forme à métathèse düga-düga. Certai nes ré-
gions du Tell algérien et du Nord tunisien connaissent - l-fÇ;q, l-fë?g
gada, et daga ; d'autres, de caractère bédouin, Qddu.
252 253

En bas

- I-tl~t, I-ta~t, et
1-9t a , l-c;;t

De côté Une grande variété de termes sont en usage au


Maghreb pour interroger sur le temps, sur le moment. On
E.la-j ~nb (jambJ peut considérer que le plus communément compris, et le
E.la-jan.b plus souvent employé est
éla-jIha, man-jIha waqta~ (wQqtas, waqtas), qui, dans les parlers bédouins
On recourt aussi à qui le connaissent, se prononce wagtas,

Dga, Dda, précédé ou non de la préposition b. wagtah est la forme propre aux parlers bédouins de
l'ouest algérois et d'Oranie.

AU milieu Procédant de waqt, on entend également


füqas « fI-wlqt-âsJ au Maroc,
- aYW9q se dit parfois à Alger, concurremment avec
- faYW9q « fI~ayy-wlqtJ qui est usuel en Algérie (Tlem-
cen, Djidjelli ) avec les variantes faw9q, f1w9q, f9w9Q,
ici et là, notamment au Maroc (Tanger),
- qrrb, man-qrrb fay w9!:', parfois au Maroc (avec mutation de q en h.)'
- yala en Cyrénafque fas-man-wQqt, sporadiquement en Algérie ,
dlwqas, düqas, forme rare entendue en Algérie (Cher-
chell J.
ana-wagt dans le Sud tunisien (Marâz!g).

Procédant également de waqt, mais avec une mu-


tation de q en k, on relève
- w~YW9k, w~ywâk « w~âyy-waqt) dans des parlers bédouins
du Sud oranais et algérois~

i w~ykat, w~ykta dans les parlers bédouins du Sud algé-


rien.

Procédant du classique mata, on utilise


amta (mta) en Tunisie et en Libye ; parfois yamta, qui
s 'entend aussi au Maroc,
254 255

amtas (amta-as) dans le Sud tunisien (Gabès), citadine, rurale que nomade (9F99).
- ~ « mata-Jan) au Fezzan, ~

De galwQq, garw9q procèdent des formes à aug-


w~ynta, w~nta en Algérie (Hauts-plateaux oranais et
mentatifs, comme ~arka, galka, galkya dans le Sud algé-
algérois) • rois, ou comme drükat, dlükat, dükat, drükati, drükatâs
Procédant de saLa, avec peut-être le sens plus drükatIk dans le Nord constantinois (Constantine, Dji-
précis de !là quelle heure 7", on peut entendre djelli).
as-man-saEa, fas-m_n-sa~at sa~ta~ en Algérie, Partant toujours du .terme waqt, on peut égale-
- ana-SaLa en Libye. ment entendre ha2-al-waqt, ha-l-waqt, ha-l-wQgt (Cyré-
_ -v naIque) •
A SaIda (Algérie), on relève encore q~sas,
- tawwa, qui est le mot proprement oriental du Maghreb,
depuis Souk-ahras, La Calle en Algérie jusqu'aux con-
Quant aux complexes qui dérivent de "quand",
fins de la Libye, avec une forme allégée taw, qu'on re-
comme "depuis quand, jusqu'à quand", ils recourent aux
lève en Tunisie jusque dans le Sud ; avec une forme
termes ci-dessus énumérés précédés de m_n-, de ~- (Qatta-
augmentée tawwIka (tàwwIkah) dans toute la Tunisie.
1-) : ainsi
- sa:~a qui note plus exactement "heure", mais sert égale-
- man-waqtas, man-faYW9Q, mn-~YW9q, man-dlwqas, mn-dmta, ment à exprimer l'idée "maintenant" dans le complexe
mn-~nta, etc.
ds-sa~a, ha-s-sa~a, dak-as-sa~a en Algérie, dak-3s-
l-waqtas, I-faYW9Q, I-dlwqas, l-amta Cl-amtén), l-~nta. sa:~Itt dâk-as-sa~It~k, . dâk-~s-sa~ItIk, dans le Nord
constantinois, saetha en Libye.
Maintenant
Les expressions complexes "depuis maintenant",
On citera d'abord un mot qui s'emploie plus ou jusqu'à maintenant" utilisent, suivant les régions les
moins, mais s'entend à peu près partout, et que les par- mêmes termes précédés respectivement de ~- et de
lers conservateurs affectionnent, c'est (hatta-)l- : telle notamment l'expression marocaine m~n­
daba talt-~yyam "d'ici trois jours".
31-'an,1-an, du classique; il est fréquent dans le
langage des demi-lettrés.
Aulourd'hui
Cinq termes essentiels se partagent en outre,
au Maghreb, l'expression du moment présent:
C'est généralement
daba, qui domine au Maroc, et se trouve ici et là en
- al-yÜm, al-Y9m qu'on trouve d'un bout à l'autre du
Algérie (parlers Juifs de Tlemcen, Alger et Constanti-
Maghreb, al-yÜma quelquefois au Maroc, parfois nhaf-~l­
ne).
~ proprement "le jour d'huiu.
~alw~q, ~.lwQq « ~a-l-w~qt), avec un très grand nombre
de variantes : dalwgq, ~af~Qq, darwaq, d~lwaq, dlûk, On entend aussi
drük, qui est répandu à travers toute l'Algérie, tant - al-III a dans le sens d'''aujourd'hui''.
257
256

Demain

C 'est essentiellement à la racine gdw, gdy du


Le terme qui domine est
classique que le maghrébin recourt :
- amas, avec une variante yamas que l'on entend en Algé-
gadda est la forme en usage au Maroc et jusqu'en Oranie
rie, notamment dans les parlers bédouins. Là où on
(Tlemcen ),
emploie am.s (yamas), on c9nnait aussi al-barap qui
- gda est la forme du mot dans les Hauts-plateaux oranais
désigne alors plutôt "hier soir". Mais
où l'on entend aussi
- al-baraQ est le mot le plus en usage (sinon le seul)
gadwa, güdwa t qui est courant dans tout le Maghreb cen-
pour "hier" au Maroc et dans une partie importante de
tral et oriental et jusqu'en Libye; avec la variante
l'Oranie citadine; quelquefois al-bar~a.
qüdwa dans le Sud algérois.
- güdwIka est une forme~pourvue d'un augmentatif~fréquen­
Avant-hier
te en Tunisie.
- b?k+a est le terme qu'on entend au Fezzan et en Cyré-
L'expression d~ cette notion temporelle utilise
narque, en concurrence avec gudwa.
amas et dl-bard~ précédés soit de çwwal:, ül-, soit de
qbal-, soit ufa- La notion de "lendemain" recourt aux mêmes ou-
- 9wwal - l-bara~ au Maroc, en Oranie, assez répandu en tils, soit
Algérie et connu jusqu'en Cyrénarque. all~~gadda au Maroc; avec la variante alla-gadd,
ûl-amas, ült-amas en Tunisie, ainsi que awwal-amas en - alla-gda dans l'Algérie centrale,
Libye, - f-al-qudwa dans le Sud algérois .
.ült-~l-ba:rat:, ütt-al-barap, dl-barl)'at-lüla, très usuel - gudwa man-dak dans le Nord constantinois,
en Tunisie également, .t.~"~-gudwa, et surtout l-gudwa qui est d'un emploi assez
mn-amas, . lürnn-am-as, luI-amas dans les parlers bédouins général.
d'Oranie et de l'Algérois~

qbal-I-bar~ry, uFa-l-barêry ici et là en Algérie rurale Après-demain


et citadine.
C'est, suivant les régions, gadda, gda t gudwa
Le compléxe "avant avant-hier" s'exprime soit
qui servent de base à l'expression de cette notion tem-
en faisant précéder l'expression qui dénote "avant-hier"
'
porelle, très g é neralemen tprece ~
' 'dé s de b"a<d " soit
par qbal, comme qbal-u~a-l-barary du Nord constantinois,
- baéd-gadda, baéd-gda, baEd-gudwa.
soit par des formes de duels comme
9wwal-l-barQIn de Tlemcen, Mais il se trouve des parlers où ces termes
lumn-amsIn des bédouins d'Algérie, sont précédés de gIr
ul-âmsIn, ~l-baraQt-lultIn qui s'entendent en Tunisie. - grr-gadda à Tlemcen et en Oranie,
258 259

- jlr-gudwa dans le Nord constantinois.

On relève aussi divers complexes dont la com-


Jamais
position se discerne rlus ou moins clairement
- ma-ggadd des Hauts plateaux oranais~
On emploie partout
- baqdaqad dans le Sud algérois)
- abadan, abadan, ~b3dan.
- bad_gda, bagdg~d, badgad, batagadd dans le Nord cons-
tantinois .. Dans les phrases négatives, on n'emploie pas
moins
Sporadiquement on trouve aussi, de l'Oranie à
- Eam~, E9mr pourvus des pronoms.suffixes. Au Maroc,
la Tunisie, un curieux
c'est souS la forme t<;>mmQr suivi du suffixe ·complément
- addI1Ih • .allI1Ih ( 'alladI yalIh 7).
Ailleurs,
Quant à l'expression lIaprès après-demain", elle complément
se rend tantôt par direct du nom : t9M+~, ~9m~k, eç~Q, Em9fha etc. ; et
- baE.d-gIr-g-adda (gda, gudwa), dans la région de Tlemcen et Hauts plateaux oranais,
soit, très souvent par des formes de duels telles avec l'alternance é9mç~, ~Qmrakt ~9mf9, ~9mm9tha etc.
que qatt, qatt est volontiers dans la bouche des demi-
- -"- "
--"-'
- bat::d-gudutIn, lettrés, ainsi que
mma-ggaddIn. h~yhat "au grand Jamais" s'entend aussi.
- baqdaqd~n, etc.
- ::>ddIltIn. Cette année

Toujours eam et sna servent tous deux à exprimer cette


notion, tantôt sous la forme
C'est avec la racine classique dwm qU'on expri- al-eam, al-~am haga, hag-al-tam, ha-l-eam,
me cette notion. tantôt sous la forme
- dayman est répandu d'un bout à l'autre du Maghreb, as-sna, hag-as-sna, et dans le Sahel et le Sud tunisien
- daym se trouve également très fréquent, notamment en :a s-snfi!:,
Algérie, et aussi, en associant les deux mots dans le com-
- dIma s'entend aussi partout, et semble la forme qui plexe :
prévaut en Tunisie et en CyrénaIque~ - éam~as-sna.
b-ad-düm est en usage à Constantine et dans la région
de Djidjelli L'année dernière
- b-ad-dwam s'emploie en Tuni sie .
C'est
On cannait également en Oranie l~bda, labd-
llbud. sam l-Qwwal partout au Maghreb, et
260 261

man-ba~datak, m@n-baEdatlk dans le Nord constantinois


- ~am-n-owwalt habituel en Algérie, en Tunisie et en Li- éla-égab est une forme usuelle dans le Sud algérois.
bye.
"Peu après" se dit
Le recours au duel marque la notion "l'année
- sw~yya man-baLd, baEd-saLa, sw~yya h~
qui a précédé la dernière" :
&am 1-9wwlIn et, pour désigner l'année plus éloignée
De bonne heure
encore,
- lùl-éam-1-9wwlIn au Maroc et en Algérie~
D'un bout à l'autre du Maghreb on emploie
ült-~am-n-9wwlln, ült-~am-nÇwwltlnt en Tunisie et en
- bakri qui comporte les variantes
Libye.
- bakrIn, mbakrln dans le Sud tunisien et la Libye.

Dans ces mêmes régions on entend aussi


badri.
Les termes variés dénotant "le temps antérieur" Il faut signaler que baRri a aussi pour sens
sont généralement, précédés ou non de ffidn, issus de Itautrefois, jadis l l , quelquefois précédé de ,zman : zman-
qbal, mdn-qbal, qu'on entend d'un bout à l'autre de bakri ; et que zman tout seul exprime aussi le temps très
l'Afrique du Nord~ lointain du passé.
- .9b31, ou plus souvent gabal, dans les parlers bédouins,
- qUddam, guddam, mdn-guddam sont plus rares~ Tout de suite
güb~yl signifie "auparavant l1 , qbâla~
- gübaYëll "bien auparavant l lj
L'expression pan maghrébine est
- ~~, gub~yla "tout à l'heure" (passé récent), gub~y- f-as-sat:, ou fI-saE.., fIsat:.
lat "tout récemment" avec dans les parlers de l'Est les
Mais elle dénote tout à la fois l'idée "sur le
variantes qbI1ek (qb~llk), qbI11k (qb~lIka), qbë1ay,
champ, séance tenante" et l'idée "rapidement", qU'elle
gub~la, gubIIIk, gubIIIka)
partage avec des locutions comme
- haqa w~n signifie aussi Itnaguère" dans le Sud algérois.
t~mm-tamm dans le Sud algérois
- blh-fIhJqui est algérien et tunisien.

A côté de fI-saL, marquant le moment, non la


Pour noter Itle temps qui suit lt , on emploie promptitude de l'action, on entend aussi
baéd, précédé ou non de man: - f-a1- hIn et
batd, m'dn-baE.d, mdm-bai.d, m-baE"d dans tout le Maghreb~ - f-al-'anJf-l-an. qui sent son lettré.
- baé"d~n s'entend en Tunisie et en Libye~
baEdas dans le Sahel tunisienJ
263
262

levé". Il est parfois amplifié, comme en Oranie et


Longtemps dans l'Algérois, sous la forme baEdatIk, et au Maroc
sous la forme baedanIt.
On emp loie souvent les termes qui marquent "le
haut degré", qui sont, suivant les lieux
- b-'dz-zaf,
- yasCJr,. Avec négation, cet adverbe de temps marque la
- b'arsa. cessation d'un état ou d'une action. C'est
Mais pour exprimer avec plus de précision la ma-Ead-s(i), invariable, sui~i du verbe à l'accompli
notion de IItemps qui dure", on recourt, quelquefois à ou à l'in;ccompli, ou premier terme d'une proposition
zman , habituellement à nominale, semble être en usage d , u n bout à l'autre du
Maghreb : ma:-E..ad-~ yalJdam "il ne travaille plus" ;
y
mùctda (mwadda) , amplifié souvent par ~wëla mudda
twëla. la-Ead est fréquent en Libye ;
-"- " -
L 'idée rendue par l'il ya longtemps que ••• '! est mâ-bqâ-~(i), ma-baq~-s(~) est également partout possi-
tr adui te par ble ; il prédomine a u Maroc ;
hagi mUdda général au Maghreb ~ mâ-tlâ-s(i), invariable ou conjugué, est usuel au Ma-
hagi s~al au Maroc et en Oranie,. roc seule~ent, semble-t-il ;
l~yya, llyya (lIk, lIh) mudda qui s'entend jusqu'en _ ma-zad-s(i), ma-izId-s(i) s'emploie aussi en Algérie
Libye) et en Tunisie: ma-zad-s ja "il n'est plus venu", ma-
lIli (lIlak) mudda, yasar est usuel en Tunisie, izId-s iji "il ne viendra plus" ;
- qalha, eadha sont également employés dans le Sud algé- ma-ra (+ suffixes pronominaux)-s(i), suivi du verbe à
- - -"-
rien. l'inaccompli, est relevé dans le Nord de l'Algérois et
du Constantin oiS .

Encore
Cet adverbe de temps constate le fait acquis
dans le moment envisagé. La notion peut être rendue en L'adverbe français est chargé de sens
arabe maghrébin par 1) "jusqu'au moment dont il S'agit"
- ~a- suivi d'éléments pronominaux, qui est courant ici ~â-zâl, invariable, est employé dans tout le Maghreb,
et là au Maghreb : ~ah ja "il est déjà venu". On ne suivi d'un verbe à l'accompli, à l'inaccompli, ou as-
peut pas dire autrement dans le Nord constantinois la socié à un nom (qui le précède ou plus souvent qui le
tournure est parfois complétée par bal.d "après" suit), m. à m. "n'a pas cessé" ; se présente souvent
- baLda (du cl. baCda ) semble pouvoi~;employer du Ma-
n
sous la forme rna-zzal dans les parlers bédouins d'Al-
roc à la Libye : .. n-nha. tla<: baLda "le jour est déjà gérie, ou ~I-zal, qui s'entend aussi dans le Sud tuni-
264

sien et en Libye ;
mâ-zal, fléchi (mâ-z alt, ma-zalti, rna-zalùt, etc.), fols les nuances "encore" et "de nouveau" tagli5t
- -- ', '
dans le même emploi, semble plus fréquent dans les tani "tu te trompes encore" ;
parlers bédouins ; au Maroc, ma-zal cannait souvent zad-izId, fléchi, proprement "ajouter" rend mieux en-
une variation en genre et en nombre : fém. ma-zila, core la nuance "de nouveau" : zadt t~gl9t "tu te trom-
pl. ma-zalIn ; pes à nouveau"

bâq~, invariable, est également d'un emploi panmaghré- 3) "de plus, de surcroît"
hin, suivi également d'un verbe à l'accompli, à l'inac- On peut employer les mêmes termes que ci-
compli, ou associé à un nom (qui le précède ou plus dessus, mais c'est surtout
SOUvênt le suit), m. à m. "demeurant" ; il .s 'emploie zayd, le participe et
au Maroc plus que ma-zal ; zada, zyada, dans des emplois adverbialisés : ae~~ni
bâq~, variable, est surtout marocain : fém. bâqya ou wal)da zada "donne-m'en une encore (= de plus) ," i
baqa, pl. bâqyIn ou bâq~n la combinaison des deux zyada est courant en Libye, qui connait aussi dans ce
termes mâ-zal et bâq~, se renforçant l'un l'autre, est sens
fréquente : mâ-za~q~ y~sk;)n fI-da!, waldlh "il de- ohra _at:tëni ohra
! _'_ _ -!...:L!....- "donne-m'en encore (= de surcroit) If;
---' -
meure encore dans la maison de ses parents" ; ' hlaf s'entend dans le Constantinois: waJ:t<ld l]laf "un
tad (parfois Eada) , g~néralement invariable, quelque- de surcroit lt •
fois (en Tunisie et en Libye) variable en genre et en
nombre, fém . Eadat, pl. eadu, est très fréquent dans Pas encore
les parlers bédouins et ruraux d'Algérie et de Tuni-
sie : Ead ja "il est encore venu", ,E.adna wën jIna t.ad C'est le constat de ce qui ne s'est (ou ne
"encore lorsque nous sommes arrivés (::: nous venons s'était) pas produit au moment où l'on parle:
tout juste d'arriver)" (Sahel tunisien). - ma-zal (invariable) suivi de ma •.• sei) est pan-
2) "de nouveau" maghrébin : ma-zal ma-ja-s q)"il n'est pas encore venu";
ma-zal, invariable ou fléchi, peut partout exprimer il peut comporter les variantes notées cl-dessus ma-
cette valeur, ainsi que zzal, mI-zal ;
baq~, invariable ou variable baq~ renforce souvent
ma-zal ma ••• l(!), fléchi ou variable, suivant les
ma-zal ; régions ;
éawd, invariable, est marocain et oranais ; souvent baqe (invariable) suivi de ma
renforcé par ~ani, dans un complexe éawttani ; avec, n'e'st pas encore venu" ; la négation accessoire -sei)
en tlemcénien, les élargissements éawttânik, ~awttâ­ est possible, mais est généralement absente ; Qaq~
nyak ; et en tangérois dans un complexe Eawd~nnIt, ma ••• est la tournure la plus fréquente au Maroc (où
E.awnnit ; baq~ est volontiers variable en genre et en nombre),

~ani (tani), dans l'emploi adverbial, marque tout à la au détriment de ma-zal ma ••• ~(~) ;
éad ma ... sei) est marocain, oranais, notamment tlem-
266 . 267

cénien : ~ad ma-tal€at-s


,
dS-~_mS ou ma-tal~at-s
~~,~~~~
ûs-
sams é ad "le soleil ni est pas encore levé" j
- mâ-s-sâ~ sei) est usuel en Libye: mâ-s-sâé-~ ja Combien ?
"il n'est pas encore venu u ..

Trois termes se partagent cette expression


Remarque sur "encore" et "pas encore"
kam (k3mm), souvent précédé de la préposition ~- :
Cette remarque porte sur l'expression de la b-kam ; qui semble le plus souvent, sinon exclusive-
réponse à une interrogation, expresse ou tacite, suivant ment, en usage en Libye, et qu'on trouve fréquent dans
que le fait sur lequel on interroge implique la prolon- nombre de parlers bédouins d'Algérie;
gation d'un état, la continuation d'une action; ou l'ap- - q~ddas, qaddas s'emploie dans l'Algérie centrale et
parition d'un état nouveau, l'entreprise d'une action et orientale, et en Tunisie, avec les variantes
nouvelle. - qadda 5 dans le Nord constantinois)
gaddah dans les parlers bédouins d'Oranie et de l'Ouest
Dans le premier cas, les termes ou complexes
envisagés expriment l'idée "encore" : hûk f-ad-daf ? algérois.

- ma-zal (ou bâq~) "Ton frère est-il à la maison? En- Là où il est employé en concurrence avec sQal,
core" .. q.ddas interroge plutôt sur la taille que sur le nombre.
- ~hal, a~hal est le vocable qui prévaut au Maroc et jus-
Dans le deuxième cas, ils expriment l'idée ~~

qu'en Oranie. On le trouve ici et là en usage dans les


"pas encore : ~ab al-hubz ? -
11
ma-zal (ou baq~) "Le pain
est-il cuit? - Pas encore". parlers citadins et ruraux d'Algérie.

En Tunisie (et sans dou te en d'au tres régions),


Beaucoup
dans des expressions comportant détermination du temps,
du moment, si le nom, sujet logique de ma-zal (ou baqe) ,
--' L'expression du haut degré, qui se trouve géné-
est indéterminé, l'ensemble signifie "encore" : ma-zal
ralement confondue avec celle du grand nombre ("au plus
~~f "c'est encore l'été" ; s'il est déterminé, il signi-
haut point, très" étant associé à "en grand nombre, dans
fie "pas encore" : ma-zal a~-~~f "ce n'est pas encore
la plus forte proportion numérique"), est traduite par
l'été".
- b-az-zaf, du Maroc à la Cyrénaïque;
yas~r prédomine dans les parlers bédouins du Maroc,
d'Algérie, de Tunisie et du Fezzan. Certains d'entre
eux traitent le mot en adjectif variable : yas_r, fém.
yasra, pl. yasrIn, yasrat ;
barsa (d'origine turque) est le terme tunisien
~ est fréquent dans les parlers bédouins ;
268 269

gaya a une valeur plus estimative que quantitative. qui est nécessaire", qui s'entend surtout en Tunisie.
Il est en outre d'autres mots, d'autres tour- La notion d'excès s'oppose naturellement à
nures de caractère plus ou moins expressif, pour déno- celle d'insuffisance: "trop peu", "pas assez", qui s'ex-
ter cette notion complexe. prime par des vocables issus de la racine nq~

naqa~, b-an-naqa~
Un peu b-an-noqsan.

"Ni trop ni trop peu!! se dira donc partout


C'est d'un bout à l'autre du Maghreb
b-la-zyada u-Ia-nQqsan.
- sweyya, "sw~yya,
." ... v
par f 015
. sous 1 a forme ~w~y, et, au Ma-
roc, avec une variante swiyyas.
Pas du tout

Cela se dit avec les mêmes moyens que ceux qui


servent à dire "rien!!
L'expression en est variable v~ ~- ~ _ v_ v _ V
- .sey, say, Q.atta-s~y, l).atta-si,
baf'k, ba.;-ka s'entend un peu partout, ainsi que les for-
walu qui S'entend dans tout le Maghreb, mais qui semble
mes classicisantes baraka, barakat ;
assez exclusif au Maroc.
yakfi, proprement lIil suffit", est général aussi
gaf., proprement !!jusqu'au fond, radicalement", qui sem-
yazzi est plus spécifiquement tunisien
ble plus particulier aux parlers bédouins.
- b.ss est libyen ;
fa-qat~ qui est familier à la langue des lettrés, mais
- u-kan, qui est marocain et oranais, a, approximative-
est généralement compris.
ment, le sens "voilà tout".

Comment 7

L'interrogation sur la manière utilise exclu-


On a généralement recours aux termes qui expri-
sivement le terme kayfa, et les variantes qui en procè-
ment l'idée "beaucoup", la notion de la quantité, ou la
dent :
proportion, en excès se confondant avec celle du grand
- kIf s'entend dans tous les dialectes, servant souvent
nombre ou du haut degré: b-az-zaf, ~asar, barsa.
de support, dans les parlers du Maghreb oriental aux
On peut dire encore, en utilisant la racine qui suffixes personnels par l'intermédiaire du morphème
dénote lice qui est ou vient en plus lI , -an- :
b-zayd, b-az-zayd, kI~nni, kInnnak etc. "comment moi, tu ••• etc."
- zada, zyada ; ki est la forme abrégée de kIf, très usuelle au Maroc
ou encore la .périphrase et dans l'Algérie occidentale.
fQq-';H-lazam, f'Ç)q-ma lazam, proprement "au dessus de ce kIfas n'est pas moins fréquent, du Maroc aux limites
270 271

extrêmes de la Tunisie, avec les variantes klf3~ dans tout le Maghreb, suivi du nom ou du pronom personnel
le Nord constantinois, kyas, kas dans les parlers cra- indépendant; le complexe marque la limite dans la-

nais. quelle le concept envisagé est inclus.

klfah est la forme propre aux parlers bédouins d'Oranie nlaf parait plus spécifiquement algérien ; il est con-

et de l'Ouest algérois . sécutif au terme, que l'on veut exprimé ainsi inclus;

kIfs, kIs représentent des formes contractées habituel-


les dans les vieilles cités d'Algérie.
- -
souvent précédé de la préposition b-, b-ahlaf et volon-

Pourguoi ?

Le terme français comporte une ambigulté parce


qu'il interroge à la fois sur la cause et sur le but.

Dans le premier cas , on utilise généralement


... _ tI _ ...
~alas, ~las, dans tout le Maghreb, avec. les variantes
~lryyas dans le Nord constantinois, ~lah dans les par-
ler3 bédouins d'Oranie et de l'Est algérois.

Dans le deuxième cas, c'est, outre ~as qui


peut être entendu dans ce sens,
las, qu'on trouve partout, avec les variantes llyyas
dans le Nord constantinois, lawas dans le Sud algérois,
l~yyas, l~yyâh en Oranie et au Maroc.

Aussi roc et sporadiquement en Algérie h9wwâ-nnlt "lui


aussi, lui-même", dlk-annI t Il juste à ce moment-là" ,~tc.
Le terme français associe les notions exprimées
La notion proche du réfléchi "même", comportant
par "également".(c'est-à-dire "en conformité avec"), par
la valeur renforcée qu'exprime "en personne",est rendue
"pareillement" (c'est-à-dire "d'une manière semblable à"), dans tout le Maghreb par
par "même" (c'est-à-.dire "qui est précisément ce dont on
gat (dat) souvent précédé de la préposition ~, soit
parle" et "ce qui vient en outre, en plus de").
pourvu de l'article, b-ad-dat, soit pourvu de suffixes
Il est plusieurs termes arabes pour dénoter ces personnels, b-dati (b-datak, b-datu etc.) ; il est en
diverses valeurs usage dans tous les parlers maghrébins.
l)atta (ry.iltta, t)ta, ta), proprement "jusqu'à" sert à ces - nafs, f9l), précédés de la préposition b-, et pourvu de
usages, avec la valeur inclusive de "y compris", dans suffixes personnels; en usage partout sémble-t-il.
273

L'EXPRESSION DE L'AFFIRMATION, DE LA NEGATION

ET DE L'INTERROGATION

De cet ensemble, la partie la plus complexe est,


sans conteste, celle qui concerne la négation. Elle com-
prend l'expression de l'idée négative dans les emplois
isolés de l'intervention spontanée ou de la réponse; puis
dans les emplois qui précèdent ou embrassent un mot ou
une séquence de mots 00 l'on veut marquer l'idée de ce
qui est nié. Les deux outils essentiels de l'arabe, la et
ma, se retrouv~nt dans les ~arlers maghrébins : ils y
jouent le rôle de négations principales. L'innovation dia-
lectale consiste dans l'extension de la valeur négative
(on pourrait presque parler de contamination négative) â
des termes complémentaires qui accompagnent, généralement
qui suivent, la négation principale: d'oU naissance de
négations accessoires comparables a celles que l'on trou-
ve dans les tournures françaises ne ••• personne, ne ••. rien,
ne ••• pas, etc. C'est en particulier s~y, proprement "cho-
se", qui sert à cet usage, sous les formes -s~y, -si, -s.
On n'a pas réservé de place (et ce n'est pas un
oubli) aux interjections et aux exclamations. Elles exis-
tent dans les divers parlers du Maghreb, sous la forme
d'éléments extrêmement divers, qui sont parfois des mots,
mais aussi des sons, des bruits, souvent accompagnés de
gestes ou de mimiques. Elles débordent le cadre d'un expo-
sé qui se veut strictement grammatical.
274 275

A. AF FIRMATION B. NEGATION

L'affirmation la plus courante , cocrespondant La négation, réponse ou intervention négative


à " oui ", ::; t exprime au moyen de correspondant à "non", s'exprime essentiellement par
Ih, d'emploi très courant, qui conna!t le s variante s la, souvent répété la-la, volontiers élargi en
~ - lawah, la-lawah.
_rh , ---L-
.1 ëh '
y~h, ~, chez les ruraux t En Oranie, on entend également
yah , qui semble p lu s oranais , la- ' aFah,
wah, 'ah , fréquent chez les bédouins d ' Algérie, et, chez les bédouins, des formes d 'interjec tions comme
- aha , assez nasalisé , qui s ' ente nd dans le s parlers - "ahha, 'ahha" ~ ah ,
saharien s , et un bruit produit pa r le claq uement de la langue con -
çhç , uhu, dans le Su d marocain et ora n ais . tre le palais.
L ' aff irmati o n plus expressive , équivalant à La négation d'un terme ou d'une ph r ase reco urt
" ou i ce rtes", "oui-da Il , peut être marquée partout par à l'emploi de
- aywa , ~wa , ~wah.
1. la, que l'on trouve
Plus forte encore, ma rquant l' a ssentiment, devant des verbes à l'inacco mpli, comme négation de
c'est dans tout le Maghreb défense : la-t.ç9t;t "ne pars pas" ;
nLam, nLam, anfam , qui signifie a ussi "pardon , plalt- devant des verbes à l'accompli (parfois à l'inaccompli\
il", lorsqu'on désire faire ré pé ter quelque chose; comme négation catégorique du futur : ya-bbi la-fqt;tt
mlI(!, amlI(!. m€.ah "que non, je ne partirai pas avec lui", w-a++âh
Nombre de rur aux et de bédouins, notamment la-natkalla m ffie.ak "par Dieu , je ne par lerai pas avec
dans lez régions sahariennes , font a u ssi entendre , pour toi" ;

dir~ leur accord, un claquement de l a ngue contre la - après verbes de crainte ou de mise en garde : D~ft la-
joue, qui s 'apparente plus à un b ruit qu'à un son. yadrabni "j' ai craint qu'il (ne ) me frappe", balak la-
-~---
tt~1) "prends garde de tomber ("" que tu ne tombes)"
On notera enfin l'us age , pour la corrobo r a ti o n
- pour exprimer la finalité négative : azrab azrab la-
énergique, de l a , souvent ap puyé pa r une f o rmule de ser-
taddIk ~l-müja "dépêche-toi, dépêche-toi, que la vague
ment (w-a+~ah), par une excl a mati o n (yâ -~Gi) : la-tandJk
ne t'emporte", emploi que l'on a signalé p récéd emme nt
~l -Q aqq "oui certes, tu as raison v ; qu'on peut entendre
au chapitre des Conjoncti o ns (subordination) ;
ici et là a u Ma ghreb. Ce~ , peut-être héritier du cl .
et sa variante optative : êlrk lâ-tddDDdl f-umüfna
~a la (l-ll-~r~bat ) , ne doit pas êtr~ c o nf o ndu avec la
"puisses-tu ne pas fourrer ton nez dans nos affaire s ! ";
n égati o n l a , do nt on v a parler mai nten a nt.
276 277

devant verbes, noms, pronoms, prépositions en cons- ttatta-sat.:ça "il ne lui reste pas un cheveu", ma-rooJ:'t
truction itérative qaEdat la-takul (u-)la-tasrob walu "il n'a rien gagné", ma-kan s~y "il n'y a (abso-
"elle demeura sans manger ni baire n , la-me..aya (~-)lâ­ lument) rien", ma-lq~t J:1add "je n'ai rencontré per-
mt;ak 1Ini avec moi ni avec toi", emploi déjà décrit au sonne", €9mr~ ma-saftu "j e ne l'ai jamais vu", ma-
chapitre des Conjonctions (coordination) ; ya~.ç9b gir-ai-mabrum "il ne fume que du (tabac) roulé
devant noms (ou pronoms) comme négation catégorique (à la main)", ma-ntaf alla-~abbi "je ne crains que
(cf. cl. naf1yatü- l-jr~s) : la-fayda fI-klamu "pas Dieu" ;
d'intérêt dans ses propos", la-l:tadd f-ad-da+ n(il n'y lorsqu'il figure en construction itérative: laba ma-
a) personne à la maison". C 'est à ce type de construc- yadbal (u-) ma-yabraj "il n '.a voulu ni entrer ni sor -
tion qu'on rattachera la tournure b-la- "sans", b-la- tir" ; où il pourrait être remplacé par la : ma-il)abb
---- ----
ma "s a ns que", vue au chapitre des Conjonctions (subor- la-yarta1;1 (u-) la-yaodam "il ne veut ni se reposer ni
dination) ; travailler" .
- devant propositions nominales, avec valeur de mise en
I l convient néanmoins de remarquer que dans la
relief, "ce n'est pas" : la-ma;-tu tsamhu "ce n'est pas
plupart de ces emplois, si non tous, il est possible de
sa femme qui le pardonnera 1".
trouver ma suivi de la négation accessoire -si (-5),
On a vu en outre, au chapitre des pronoms per- avec un renforcement de l'idée négative du type ma-
sonnels, que la pourvu de pronoms suffixes , pouvait for - fIha-s bas "il n'y a pas du tout de mal à cela", ma-
mer un complexe fléchi : lani, lak, lah etc. ê.andI-~ J:'tatta-~9;:di "je n'ai pas un sou vaillant", f..9mf~
ma-lq~tu-s "je ne l'ai jamais, au grand jamais, rencon-
2 . - ma, non suivi de la négation accessoire
-s~ (-~), que l'on trouve tré" etc.

lorsqu'il porte sur un nom au degré zéro de détermina- 3. ma- ••• -si (-5) qui encadre le terme sur
tion (type du français "il n' y avait âme qui vive") : lequel on veut faire porter l a négation, que ce soit
ma-radd-li kalma "il ne m'a pas répondu mot" , ma-Eandi avec verbe à l'accompli ou à l'inaccompli: ma-wallât-
flüs "je n'ai pas d'argent ll
, ma-fIha bas "il n'y a pas ~ "elle n'est pas revenue", mâ-tfql)-s "tu ne partiras
de mal à cela" ; pas" ; avec l'inaccompli le sens peut être aussi celui
lorsqu'il porte sur un élément ligature (ma, man, bas, de la défense négative: "ne pars pas"
etc.) : ma-êtani ma nakul lIil ne m'a pas donné de quoi avec verbe précédé de l' auxiliai re kan: kan ma-fham-s
manger", ma-e.andi man (ou skün) namdn fIh "je n'ai per- ou ma-kan-s fham "il n'avait pas compris", kunt ma-
sonne à qui me confier", ma-é:andu bas "il n'a pas de narbat;l-s ou ma-kunt-s narbaJ:'t "je ne gagnais pas"
quoi lT avec, peut-être, une légère différence de valeur entre
lorsqu'il est suivi de complétifs ou restrictifs de les deux constructions ;
négation, comme Q.Oltta "jusqu'à", walu, s~y (say) avec verbe accompagné de termes comme êad Ead ma-
"rien", ~ ou waJ:1ad "personne", êqmr "jamais", grr, ijI-s ou ma-Ead-s iji "il ne viendra plus" ;
alla, kan "(rien, si ce n'est) que", etc. : ma-bqat-lu avec verbe pouryu de pronoms suffixes directs ou indi-
278 279

rects : ma-fhamtak-s IIje ne te comprends pas", hada kull "pas tous, pas tout, pas complètement" ;
--
IIi ma-iqülu-lna-s "c'est ce qU'ils ne nous diront - équivalant à "ce r.,.Iast pas" sert à nier, dans des con-
pas l l ditions voisines de ma ••• si (~>, mais avec plus de
- avec pronoms personnels ou complexes préposition + force négative : masi waldryya "ce ne sont pas mes pa-
pronom suffixe : ma-hum-s rnrad
. ï
"ils ne sont pas mala- rents", masi ?lna nda.rbak "ce n'est pas moi qui te
des", ma-çahum-s kbar "ils ne sont pas grands", as- frapperais", masi fI-waqtu "ce n'est pas en son temps";
bik ? - ma-biyya-s "qu'as-tu? - Je n'ai rien", ma- - équivalant à "ce n'est pas le fait de, que", vient ap-
fIh-s (ma-fI-s) "il n'yen a pas", ma-E.la-qôddü-~'pas porter une contradiction à une notion affirmative :
à sa taille", toutes constructions comportant une va- masi tab "ce n'est pas qU'i.1 soit mûr", masi t.la-bali
leur verbale implicite ; b-elli "ce n'est pas que je sois informé de ce que",
- avec adverbes: ma-t~mma-s "n'est pas là (= il n'est masi kbar b-;;I2i'Zaf "ce n'est pas qu'il ait beaucoup
pas, il n'yen a pas)", ma-hna-s "n'est pas ici", éga- vieilli". Précédant une tournure négative, misi de-
lement avec valeur verbale implicite vient l'instrument d'une affirmation très énergique
avec des termes ou complexes variés, nominaux, prono- masi ma-t..la-balI-s "ce n'est pas que je ne le sache
minaux, adverbiaux, etc., souvent dans des reprises, pas".
en réponse négative, de tournures affirmatives: bÜ-
laryya huwwa 7 - la, ma-bü-lat).ya-s "il porte la barbe, Remarques
lui ?-Non, il ne la porte pas", win sakan anta,qrIba ?
L'expression de la négation se présente dans
- la, ma-qrrba-~ "habites-tu loin 7 - Non, pas loin",
les parlers maghrébins de façon assez homogène, et les
f-al-ryanüt babak ? - la, ma-f-al-l).anüt-s "il est au
exemples donnés ci-dessus pour illustrer les emplois de
magasin, ton père? - Non, pas au magasin".
la, de ma, de mâ ••• si (~), de masi, pourraient être re-
Mais il demeure que, quand on veut nier un ter- levés dans l'ensemble de l'Afrique du Nord, et certaine-
me ou un complexe qui n'a pas de valeur verbale impli- ment partout compris. Restent cependant à signaler des
cite, ou qui n'est pas l'écho négatif d'une affirmation usages particuliers à tel ou tel dialecte.
ou d'une question antécédente, on préfère très souvent
a) La manière de dire Ilil y a" et Ilil n'y a
employer masi, qu'on va étudier maintenant.
pas". C'est
4. - masi, précédant un terme ou des termes - kan, kayn dans le Maghreb central et occidental, et la
(verbes, noms, adjectifs, participes, particules pourvus forme négative
de suffixes personnels, tournures nominales>, ma-kan-~, ma-ka-s
sert à nier, à la manière d'un exposant négatif: masi
~-~alj, tabrüri (ou ~l-J:1ja+) "pas de la neige, de la -
~amma,
--- -.
dans le Maghreb oriental, et son contraire
ma-~amma-s ;
grêle", masi f-ad-da:z;- "pas à la maison", masi mlIo, - fih, fi, également dans le Maghreb oriental et qui pré-
masi mazyan "pas bon, pas beau", masi bakri "pas de vaut en Libye, et 1.' inverse
bonne heure", masi b-az-zaf "pas beaucoup", masi b-al- - ma-fih, ma-fI-s.
280 281

h) L'usage extensif du complexe mÜs, mIs, mums


(c'est, comme on l'a dit au chapitre des Pronoms person-
c. INTERROGATION

nels, une variante contractée de mahü~, . mahIs, mahums) ..


Dans les parlers de Tunisie et de Libye, il a pratique-
ment éliminé masi, dont il assure les emplois. Devant La tournure qui marque en français l'interroga-
adjectif épithète , il connait une forme abrégée mus, mis, tion qui porte sur un mot ou sur une phrase (type "est-
mums : had-al-klam mU~ bahi "ce langage n'est pa;---bon-"- ce que") est rendue en arabe maghrébin de diverses ma-
et en arrive à être frappé d'invariabilité: kalma mUs nières. On peut recourir aux termes issus du classique
bahya "une parole qui n'est pas bonne ll
• On entend même, ~alt et plus rarement ~. 'L'emploi en sent son let-
avec altération de timbre, mas. tré. Mais il est courant, dans le populaire, suivi de
t:ra : hal-t,ça, ya-hal-tça "est-ce que tu vois (= est-
ce que) 7" ;
was , précédant le terme ou la phrase, objet de Itin-
terrogation, est typiquement marocain; on Itentend
jusqu'en Oranie ;
- kan-s, kas "y a-t-il 7" stemploie dans toute l'Algérie,
souvent élargi en
- kans-ma, kas-ma "y a-t-il ce que 7"
~, amma s'entend aussi
~yyak, yak, au Maroc, plutôt avec le sens lin test-il
pas que 7".

Les tournures négatives servent aussi à marquer


ltinter~ogation. Ainsi
ma ••• si (s) encadrant le terme sur lequel on inter-
roge
- ~, mah, invariable, ou
- maw, may, mahum, variable, usuels en Tuni s ie, ainsi
que
" ,
mus, mas.
,

Dans toute la partie orientale du Maghreb ,


c'est le plus souvent
- -si (ou simplement -s) postposé au terme sur lequel on
interroge. Cette tournure S'emploie aussi en Algérie.
Elle se comprend en tous cas.
282

Il est encore deux éléments, figurant en tête


d'une phrase que l'on veut interrogative, qui semblent
TABLE DES MATIERES
propres aux parlers tunisiens :
:a, qui est peut-être la négation, ou peut-être l'hé-
ri tier du cl. :!. la ; Pages
- ti, sans doute forme résiduelle de ~nti. pronom per-
AVANT-PROPOS ••••••••••••••••••••• ; ••••••••••••• l
sonnel indépendant de la deuxième personne du singu-
LISTE DES ABREVIATIONS ••••••••••••••••••••••••• rv
lier. On trouve ti avec une valeur introductive tein-
tée d'intention interrogative. PHONETIQUE ••••••••••••••••••••••••••••••••••••• 1
A. Inventaire des sons •••••••••••.•.•.••••••• 2
Notons enfin que, dans tous les parlers du
B. Répartition dialectale des sons ............ . 8
Maghreb, l'intonation peut à elle seule exprimer la va-
C. Combinaisons de sons . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
leur interrogative d'un mot ou d'une phrase. Il arrive
D. Syllab.e ••••••••••••••••••••••••••••••••••• 24
que l'intonation soit corroborée par la conjonction
LE VERBE ••••••••••••••••••••••••••••••••••••••• 35
"ou" : tji w-ull, tji w-ullâ-la "tu viens ou 7, tu viens
ou non 7". A. Personnes du verbe •.•..•.••.•.••..•..•..•• 36
B. Conjugaison du verbe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39
1. Thème fondamental .................... . 39
II. Thèmes .dérivés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55
C. Annexes à l'étude du verbe ................ . 69
LE NOM ••••••••••••••••••••••••••••••••••••••••• 79
A. Noms verbaux ................................... . 80
B. Thèmes nominaux du singulier .•....•.•..•.• 91
C. Nombre du nom ..................................... .. 115
D. Degré du nom ............................ ... ...... 138
E. Genre du nom .................................... 152
F. Etat du nom ••••••••••••••••••••••••••••••• 160

LES NOMS DE; NOMBRE • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • 173


I . Numéraux cardinaux ..................... 173
I I • Numéraux ordinaux ...••...•.••....•••• 181
I I I . Numéraux fractionnaires ................... 183
IV . Annexe à l'étude des noms de nombre ... 184

LES PRONOMS ••••••• , . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 187


A. Personnels .......................... .. ................. 1 88
B. Démonstratif .~ ••••••••••••••••••••••••••••• 197
284

Pages

C. Interrogatifs ••••••••••••••••••••••••••••• 200


D. Relatifs •••••••••••••••••••••••••••••••••• 204
E. Indéfinis 206
LES PARTICULES 215
A. Prépositions •••••••••••••••••••••••••••••• 216
B. Conjonctions et ligatures conjonctives •••• 228
1. Conjonctions de coordination .•••.••• 228
I I . Conjonctio ns de subordination ••••••• 232
C. Adverbes et locuti o ns adverbiales ••••. ~ ••• 247
I. Expression du lieu .................................... 248
II. Expression du temps .................................. 253
III. Expression de la quanti té et
de la manière ............................................. 26 7
EXPRES SI ON DE L'AFFIRMATIO N, DE LA NEGATION,
DE L'INTERROGATION ••••••••••••••••••••••••••• 273

TABLE DES MATIERES ••••••••••••••••••••••••••••• 283

Joseph FLOC H, Mait re-I mprimeur à Mayenne 5 - 4 - 1977 - n° 6003