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TRIBUNAL ADMINISTRATIF

DE MARSEILLE

REPUBLIQUE FRANÇAISE

AU NOM DU PRUI>LE FRANÇAIS


M. Roux
Magistrat désigné

Le Tribunal administratif de Marseille,

Jugement du 26 avril 201 J


Le magistrat désigné

335-03

Vu la requête, enregistrée au greffe du Tribunal administratif le 23 avril 201 l, sous le n?


1102958, présentée pour M. Baris SI'. "
demeurant au Chez M,Sonmez Ergin 3, chemin de
la Bigotte, Parc Kalliste, F24, à Marseille (13015), par Me Ferrarini ;

M. S' 7, de nationalité turque, demande au Tribunal:

la) d'annuler J'arrêté en date du 21 avril 201 l, par lequel préfet des Bouches-du-Rhône
a décidé sa reconduite à la frontière;

20) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L 761-1 du
code de justice administrative;

Il soutient que:

- la décision est entachée d'une insuffisance de motivation;


- son signataire ne disposait pas d'une délégation de signature du préfet;
- la décision méconnaît la directive 20081115/Conseil d'Etat car elle ne fixe aucun délai de départ
volontaire et rien ne le justifie;
- le délai automatique d'un mois pour exécuter une obligation de quitter le territoire français
méconnaît également la directive dès lors que ce délai est supérieur à trente jours et qu'il ne
repose pas sur une appréciation, au cas par cas, de la situation d'un étranger;
- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et
familiale, en violation des stipulations des articles 8 de la convention de sauvegarde des droits de
l'homme et des libertés fondamentales tt
L. 313-11, JI 0 ;

Vu le mémoire, enregistré le 2 avril 20 Il, présenté pour le préfet des Bouches-du- Rhône
qui conclut au rejet de la requête;
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Il fait valoir que:

le signataire de la décision bénéficiait d'une délégation de signature régulièrement publiée;


la décision est suffisamment motivée;
l'obligation de quitter le territoire français respecte les exigences de forme et de fond
énoncées par les articles 7 et 12 de la directive 2008/115/CE ;
il n'y a pas d'atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale du
requérant célibataire, sans enfant, qui ne démontre pas son intégration en France, ni
l'ancienneté de son séjour et dont la famille réside encore en Turquie;

Vu l'arrêté attaqué;

Vu les autres pièces du dossier;

Vu la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés


fondamentales;

Vu la directive 20081115/CE du parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008


relative aux normes et procédures communes applicables dans les Etats membres au retour des
ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier;

Vu le code de justice administrative;

Vu la décision par laquelle le président du Tribunal a désigné M. Roux pour exercer les
pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L.512-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et
du droit d'asile;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience;

Après avoir au cours de l'audience publique du 26 avril 2011, présenté son rapport et
entendu:

- les observations orales de Me Ferrarini, représentant M. S , assisté de Mme

un nouvel examen de la situation de M. S.'-


Zadikian, interprète, qui abandonne les conclusions tendant à l'annulation de la décision de
placement en rétention, conclut à ce qu'il soit enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de procéder à
dans un délai de quinze jours et qu'une décision
soit rendue sous astreinte de 100 euros par jour de retard, reprend et développe les moyens invoqués
dans la requête, précise notamment l'état de la vie personnelle et familiale du requérant sur le sol
français, rappelle que son père est décédé et qu'il n'a plus, en Turquie, que sa mère, une sœur et deux
frères, qu'il a été interpellé alors qu'il se rendait à la préfecture pour déposer une demande de titre de
séjour, que sa situation n'a pas été examinée alors qu'elle ne l'avait pas été depuis septembre 2009 ;

Sur les conclusions à fin d'annulation:

Considérant qu'aux termes de l'article L.511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers
et du droit d'asile: « II. L'autorité administrative compétente peut, par arrêté motivé, décider qu'un
étranger sera reconduit à la frontière dans les cas suivants: ... 3° Si l'étranger fait l'objet d'une
obligation de quitter le territoire français exécutoire prise depuis au moins un an» ; qu'il ressort des
pièces du dossier que, par arrêté en date du 7 septembre 2009 notifié le 12 septembre 2009, le préfet
des Bouches-du-Rhône a rejeté la demande de M. sm riE: tendant à la délivrance d'un titre de
N°1102958 3

séjour, en assortissant ce refus d'une obligation de quitter le territoire français; qu'ainsi, à la date du
21 avril 20 II, à laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a ordonné sa reconduite à la frontière, M.
Sji n entrait dans le champ d'application des dispositions précitées du code de l'entrée et du
séjour des étrangers et du droit d'asile;

Considérant que tout justiciable peut faire valoir, par voie d'action ou par voie d'exception,
qu'après l'expiration des délais impartis, les autorités nationales ne peuvent continuer de faire
application des règles, écrites ou non écrites, de droit national qui ne seraient pas compatibles avec
les objectifs définis par les directives communautaires; que les délais impartis à la France pour
transposer la directive 2008/IIS/Conseil d'Etat, étaient expirés, le 24 décembre 2010 en vertu du
paragraphe 1 de son article 20, antérieurement à la date d'édiction de l'arrêté attaqué;

Considérant qu'aux termes de l'article 6 de la directive 20081115/CE susvisée: « 1. Les


Etats membres prennent une décision de retour à l'encontre de tout ressortissant d'un pays tiers en
séjour irrégu lier sur leur territoire ( ... ) » ; que si le 6e paragraphe de l'article 6 et le 3e paragraphe de
l'article 8 de cette directive distinguent les décisions de retour des décisions d'éloignement, il résulte
de J'économie de ces deux articles que les mesures d'éloignement au sens du code de l'entrée et du
séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être regardées comme des décisions de retour au sens
de la directive, sauf dans le cas où aurait été préalablement relevée à l'encontre du ressortissant d'un
pays tiers une irrégularité de son séjour, assortie d'une obligation de retour qualifiable elle-même de
décision de retour au sens de la directive, et dont la mesure d'éloignement se bornerait à assurer
l'exécution; qu'il en résulte que les arrêtés de reconduite à la frontière qui sont pris sur le fondement
du II de l'article L.511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont des
décisions de retour entrant dans le champ des prévisions de J'article 7 de la directive, à l'exception
de ceux pris, tel qu'en l'espèce, sur le fondement du 3° de cet article à l'encontre des personnes ayant
fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français exécutoire prise plus d'un an auparavant;
que par suite, les dispositions de la directive susvisée ne font pas obstacle à ce qu'une mesure de
reconduite à la frontière soit prise en application du 3° du II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée
et du séjour des étrangers et du droit d'asile sans être assortie d'un délai de départ volontaire,
s'agissant là d'une décision d'éloignement assurant l'exécution de la décision de retour que constitue
l'obligation de quitter le territoire français antérieure de plus d'un an, au sens de ladite directive, à la
condition toutefois que cette dernière ait été prise conformément aux exigences de forme et de fond
prévues par les dispositions des articles 7 et 12 de la directive;

Considérant qu'aux termes de J'article 7 de la directive: « 1. La décision de retour prévoit


un délai approprié allant de sept à trente.jours pour le départ volontaire, sans préjudice des
exceptions visées aux paragraphes 2 et 4. Les États membres peuvent prévoir dans leur législation
nationale que ce délai n'est accordé qu'à la suite d'une demande du ressortissant concerné d'un pays
tiers. Dans ce cas, les États membres informent les ressortissants concernés de pays tiers de la
possibilité de présenter une telle demande.! Le délai prévu au premier alinéa n'exclut pas la
possibilité, pour les ressortissants concernés de pays tiers, de partir plus tôt. /2. Si nécessaire, les
États mem bres pro 1ongen t le dé lai de départ volon ta ire d'un e durée appropriée, en tenant compte des
circonstances propres à chaque cas, telles que la durée de séjour, l'existence d'enfants scolarisés et
d'autres liens familiaux et sociaux» ; qu'en l'espèce, le préfet des Bouches-du-Rhône, en prenant à
l'encontre du requérant une obligation de quitter le territoire français le 7 septembre 2009,
accompagnée du délai de départ volontaire d'une durée réglementairement fixée à un mois, sans
avoir préalablement procédé à un examen de la situation personnelle du requérant susceptible de
justifier que ce délai soit rallongé, compte tenu notamment de l'état de sa vie privée et personnelle en
France, n'a pas respecté les exigences posées par l'article 7 de la directive 2008/1 15/CE; que par
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suite, il ne pouvait légalement se fonder sur cette obligation de qJtter le territoire français
pour prendre l'arrêté de reconduite à la frontière attaqué, ainsi dépourvu de base légale et qui ne peut
donc qu'être annulé;

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte:

Considérant qu'au vu des motifs d'annulation, il ya lieu d'enjoindre au préfet des Bouches-
du-Rhône de procéder à un nouvel examen de la situation personnelle de M. SONMEZ sur le
territoire français dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ; qu'en
revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette mesure d'exécution d'une astreinte;

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice


administrative:

Considérant qu'il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat
une somme de J 000 euros au titre des frais exposés par M. Z et non compris dans les
dépens;

DECIDE

Article ler : L'arrêté attaqué du préfet des Bouches-du-Rhône en date du 21 avril 201 J

S_
portant reconduite à la frontière de M. S 5 '7, est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de procéder à un nouvel examen


de la situation de M. dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent
jugement.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 000 (mille) euros à M .••• ~n application
de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.