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GUID E D’INFO RMATI ON

SUR LA PA RTI CIPATION DE LA


VICTIM E DANS LA PROCÉD URE DU
TRIBUN AL SPÉCIAL PO UR LE LI BAN
Rédigé par Jérôme de Hemptinne (Juriste)
Édité et imprimé par le Tribunal spécial pour le Liban.
Tribunal spécial pour le Liban
Dokter van der Stamstraat 1,
2265 BC Leidschendam
Pays-Bas
Sommaire
Avant- propos

Glossaire des abréviations et des acronymes

I. Le Tribunal en quelques mots

1. Comment le Tribunal a-t-il été créé ?


2. Quelle est la compétence du Tribunal ?
3. Quelles sont les étapes de la procédure du Tribunal ?

II. Les origines de la participation de la victime_________

III. La définition des notions de victime et de victime


participant à la procédure _________

1. Que signifie la notion de « victime » ?


2. Que signifie la notion de « victime participant à la
procédure » ?

IV. Les rôles de la victime

1. En quelles qualités la victime peut-elle être entendue par


le Tribunal ?
2. La victime peut-elle obtenir réparation devant le Tribunal
des dommages dont elle souffre ?

V. Les droits de la victime

1. Quels sont les droits de la victime participant à la


procédure durant l’enquête ?
2. Quels sont les droits de la victime participant à la
procédure durant le procès ?
3. Quels sont les droits de la victime participant à la
procédure durant la procédure de détermination de la
peine ?
4. Quels sont les droits de la victime participant à la
procédure durant la procédure d’appel ?

–3–
5. Quels sont les droits de la victime participant à la
procédure en cas de procédure par défaut ?

VI. La représentation de la victime

1. La victime doit-elle être représentée par un représentant


légal ?
2. La victime peut-elle choisir son propre représentant
légal ?
3. Plusieurs victimes peuvent-elles être représentées par un
représentant légal commun ?
4. La victime peut-elle bénéficier d’une aide financière pour
assurer sa représentation ?

VII. La Section de participation des victimes

1. Quels sont les rôles de la Section de participation des


victimes ?
2. Comment la neutralité et l’indépendance de la Section de
participation des victimes est-elle garantie ?

VIII. Les modalités de participation de la victime

1. Comment adresser une demande de participation au


Tribunal ?
2. Dans quelle(s) langue(s) la demande de participation doit-
elle être effectuée ?
3. À quel stade de la procédure la victime peut-elle adresser
ou retirer une demande de participation ?
4. La victime peut-elle interjeter appel d’une décision
rejetant sa demande de participation ?

IX. La protection de la victime

1. Comment la protection de la victime est-elle assurée par


le Tribunal ?
2. Quels sont les rôles de la Section d’appui aux victimes et
aux témoins ?

–4–
Avant-propos

Ce guide présente, de manière synthétique, sous forme de questions –


réponses, le statut de la victime et ses droits dans la procédure en
vigueur au Tribunal spécial pour le Liban. Il est d’abord destiné aux
victimes souhaitant comprendre la place qu’elles occupent dans la
procédure du Tribunal. Il peut également s’avérer utile pour les
praticiens et théoriciens du droit et, en particulier, pour les
représentants légaux des victimes œuvrant devant le Tribunal. Ce guide
vise enfin à sensibiliser la société civile à toutes les questions touchant
aux droits des victimes.

Il présente la participation de la victime en neuf chapitres. Après avoir


rappelé, en quelques mots, l’historique de la création du Tribunal et
décrit sa compétence ainsi que les étapes gouvernant sa procédure (I), il
retrace les origines du système de participation en vigueur au
Tribunal (II). Le guide définit ensuite la notion de victime (III) avant
d’en examiner ses rôles (IV) et ses droits dans la procédure (V) ainsi
que les principes gouvernant sa représentation (VI). Il évoque, en outre,
les fonctions de la Section de participation des victimes (VII) et les
modalités concrètes de la participation de la victime dans la
procédure (VIII). Le guide se termine par quelques considérations
générales au sujet de la protection des victimes (IX).

La lecture, parallèlement à ce document, du « Mémorandum


explicatif » du Président du Tribunal et du « Mémento de la
procédure » aidera le lecteur à mieux cerner la procédure dans son
ensemble.

Le guide n’a pas de valeur officielle, légale ou interprétative.

Les mentions figurant entre parenthèse et en italique dans les intitulés


renvoient aux dispositions pertinentes de l’Accord portant création du
Tribunal ainsi que du Statut et du Règlement de procédure et de preuve.

Le Règlement, le Mémorandum explicatif et le Mémento sont


disponibles sur le site internet du Tribunal à l’adresse suivante :
www.stl-tsl.org

–5–
–6–
Glossaire des abréviations et des acronymes

Accord Accord entre l’ONU et la République


libanaise sur la création du Tribunal
spécial pour le Liban

Affaire Hariri Affaire concernant l’attentat perpétré


contre l’ancien Premier Ministre Rafic
Hariri et d’autres personnes

Chambre d’appel Chambre d’appel du Tribunal

Chambre d’instance Chambre de première instance du


Tribunal

Conseil de sécurité Conseil de sécurité de l’ONU

CPI Cour pénale internationale

Greffier Greffier du Tribunal

Juge(s) Juge(s) du Tribunal

Juge de la mise en état Juge de la mise en état du Tribunal

ONU Organisation des Nations Unies

Parties Procureur et Défense

Procureur Procureur du Tribunal

RPP Règlement de procédure et de preuve

Secrétaire général Secrétaire général de l’ONU

Statut Statut du Tribunal

Tribunal Tribunal spécial pour le Liban

Tribunaux ad hoc Tribunaux pénaux internationaux pour


l’ex-Yougoslavie et le Rwanda, Tribunal
spécial pour la Sierra Leone

–7–
–8–
I. Le Tribunal en quelques mots
1. – Comment le Tribunal a-t-il été créé ?

1. À la suite de l’attentat perpétré contre l’ancien Premier


Ministre Rafic Hariri, le Gouvernement libanais a sollicité le 13
décembre 2005 l’aide de l’ONU pour la création d’un « tribunal à
caractère international ». Suite à cette demande, le 29 mars 2006, le
Conseil de sécurité a donné mandat au Secrétaire général pour négocier
avec le gouvernement libanais la mise en place d’un tel tribunal
(résolution 1664 (2005)). Ce processus de négociation s’est conclu par
la signature entre le gouvernement libanais et l’ONU, les 23 janvier et 6
février 2007 respectivement, de l’Accord portant création du Tribunal,
auquel est annexé le Statut de celui-ci. Toutefois, en raison de blocages
institutionnels, l’Accord n’a pu être ratifié par les autorités libanaises.

2. Prenant acte de cette situation de blocage, et sur la base des


pouvoirs contraignants que lui confère le chapitre VII de la Charte de
l’ONU, le Conseil de sécurité a adopté le 30 mai 2007 la résolution
1757 (2007) mettant en vigueur les dispositions de l’Accord et du
Statut et invitant le Secrétaire général, en coordination avec les
autorités libanaises, à instituer le Tribunal.

3. Conformément à cette résolution, entre juin 2008 et février


2009, le Secrétaire général a pris les mesures nécessaires aux fins de
mettre en place le Tribunal, et en particulier, a sélectionné et nommé, le
cas échéant en concertation avec les autorités libanaises, les Juges, le
Procureur, le Chef du Bureau de la Défense et le Greffier du Tribunal.

4. Le 1er mars 2009, le Tribunal a officiellement ouvert ses portes


à Leidschendam (Pays-Bas). Trois semaines plus tard, le 20 mars 2009,
les Juges ont adopté le RPP appelé à régir la structure et le
fonctionnement du Tribunal, le Règlement portant régime de détention
et la Directive relative à la commission d’office de conseils de la
défense.

–9–
2. – Quelle est la compétence du Tribunal ? (art. 1, par. 1 &
4, par. 1 du Statut & art. 11,12 & 17 du RPP)

5. La compétence du Tribunal s’étend à trois catégories de


crimes : l’attentat du 14 février 2005 contre Rafic Hariri et d’autres
personnes ; d’autres attentats survenus entre le 1er octobre 2004 et le
12 décembre 2005 ; et les attentats ayant eu lieu à toute autre date
ultérieure.

i) La première catégorie de crime – à savoir l’attentat perpétré


contre Rafic Hariri – relève automatiquement de la
compétence du Tribunal. En effet, dans les deux mois de la
prise de fonction du Procureur, le Tribunal doit demander à la
juridiction libanaise saisie de l’affaire Hariri de :

a) se dessaisir en sa faveur ;
b) lui transmettre tous les dossiers y relatifs ; et
c) lui présenter une liste des personnes détenues dans le
cadre de cette affaire.

ii) La deuxième catégorie de crimes ne relève de la compétence


du Tribunal que si deux conditions sont remplies. Ces crimes
doivent :

a) présenter un lien de connexité avec l’attentat perpétré


contre Rafic Hariri ; et
b) être de nature et gravité similaires à cet attentat.

iii) La troisième catégorie de crimes ne relève de la compétence


du Tribunal que si :

a) les deux conditions énumérées au point ii) ci-dessus


sont remplies ; et
b) l’ONU et le Liban ont accepté la compétence du
Tribunal, et ce avec l’assentiment du Conseil de
sécurité.

– 10 –
3. – Quelles sont les étapes de la procédure du Tribunal ?

6. La procédure en vigueur au Tribunal se déroule en sept étapes


selon le schéma ci-dessous : i) l’enquête ; ii) la confirmation de l’acte
d’accusation ; iii) la mise en état ; iv) la comparution initiale et le
plaidoyer de culpabilité ; v) le procès ; vi) la détermination de la peine ;
et vii) l’appel et la révision. Par ailleurs, dans certaines conditions, le
Tribunal peut engager une procédure par défaut.

Procureur Enquête

Juge de la mise Acte d’accusation


en état Mise en état

Chambre Comparution
d’instance initiale

Plaidoyer Plaidoyer
coupable non coupable

Fixation de la Procès sur la


peine culpabilité

Acquittement Condamnation

Fixation de la
peine

Chambre
Appel
d’appel

Révision

– 11 –
– 12 –
II. Les origines de la participation de la
victime
7. À l’échelon international, les rôles et statuts de la victime ont
considérablement évolué depuis la création des Tribunaux ad hoc. En
effet, la victime n’a, devant ces Tribunaux, ni le droit de participer à
l’instance en son nom propre ni le pouvoir d’obtenir réparation de son
préjudice. Entendue seulement en qualité de témoin et contrainte de se
tourner vers les juridictions nationales pour apaiser ses souffrances, elle
est donc reléguée au second plan de la procédure pénale internationale.

8. Préoccupés par le sort marginal qui est ainsi réservé à la


victime et inspirés de la tradition « romano-germanique », les auteurs
du Statut de la CPI ont tenté de remédier à cette situation en lui
confiant le droit de présenter, sous certaines conditions, ses « vues et
préoccupations » à tous les stades de la procédure et d’obtenir
réparation de ses dommages.

9. Dans la lignée du système de la CPI et de la procédure pénale


libanaise – laquelle consacre le système de la partie civile –, les auteurs
du Statut du Tribunal ont adopté un article 17 entièrement dévolu aux
droits de la victime. Cette disposition est libellée de la façon suivante :
« Lorsque les intérêts personnels des victimes sont concernés, le
Tribunal permet que leurs vues et préoccupations soient exposées et
examinées, aux stades de la procédure que le juge de la mise en état ou
la Chambre estiment appropriés et d’une manière qui n’est ni
préjudiciable ni contraire aux droits de la défense et aux exigences d’un
procès équitable et impartial. Ces vues et préoccupations peuvent être
exposées par les représentants légaux des victimes lorsque le juge de la
mise en l’état ou la Chambre l’estiment approprié ». Quant au RPP, il
s’efforce de traduire concrètement ces exigences en donnant des
pouvoirs étendus à la victime, similaires à ceux qu’elle possède dans
les systèmes romano-germaniques, tout en veillant à garantir
l’efficacité et l’équité du débat judicaire. C’est dans cet esprit qu’il
autorise la victime à participer à tous les stades du débat pénal (hormis
durant l’enquête), et ce sous le contrôle strict du Juge de la mise en état
et des Chambres compétentes.

– 13 –
10. À la différence du Statut de la CPI et de la procédure pénale
libanaise, le système du Tribunal ne va pas jusqu’à confier un droit de
réparation à la victime. À l’instar des Tribunaux ad hoc, celle-ci doit
alors s’adresser aux juges nationaux ou à toute autre institution
compétente pour obtenir compensation du préjudice subi.

– 14 –
III. La définition des notions de victime et de
victime participant à la procédure
11. Pour préserver les droits de l’accusé et garantir l’efficacité des
procédures, le RPP distingue les notions de « victime » (1) et de
« victime participant à la procédure » (2).

1. – Que signifie la notion de « victime » ? (art. 2 du RPP)

12. Est considérée comme « victime », la « personne physique qui


a subi un préjudice matériel ou moral résultant directement d’un
attentat relevant de la compétence du Tribunal ».

13. Les personnes morales ne peuvent donc pas se prévaloir de la


qualité de victime devant le Tribunal.

2. – Que signifie la notion de « victime participant à la


procédure » ? (art. 2 & 86 du RPP)

14. Est considérée comme « victime participant à la procédure »,


« la victime d’un attentat relevant de la compétence du Tribunal et
autorisée par le Juge de la mise en état ou une chambre à présenter ses
vues et ses préoccupations à un ou plusieurs stades de la procédure,
après confirmation de l’acte d’accusation ».

15. Ainsi toutes les victimes ne peuvent-elles pas nécessairement


participer à la procédure. Pour préserver les droits de l’accusé et
garantir l’efficacité des procédures, encore faut-il qu’elles y aient été
autorisées par un juge après avoir recueilli les observations écrites des
Parties. Aux fins de statuer sur cette question, le juge prend notamment
en compte les critères suivants :

i) l’intérêt spécifique légitime d’une victime par rapport à celui


des autres victimes ;
ii) l’impact de la participation d’une victime sur l’intégrité,
l’équité et la célérité des procédures ;
iii) les questions de sécurité en cause ; et
iv) l’intérêt de la justice.

– 15 –
– 16 –
IV. Les rôles de la victime
16. La victime peut être entendue en qualité de témoin ou de
victime (1), sans toutefois pouvoir obtenir réparation de ses dommages
devant le Tribunal (2).

1. – En quelles qualités la victime peut-elle être entendue


par le Tribunal ? (art. 134, 145, 146, 152 & 165 du RPP)

17. La victime peut tout d’abord être entendue en qualité de


témoin. Dans ce cas, comme tout témoin, sa participation à la
procédure est conditionnée par plusieurs éléments, dont le fait que :

i) la victime doit être invitée par les Parties ou par un juge pour
participer au débat judiciaire ;
ii) elle ne peut refuser cette invitation sous peine d’être
sanctionnée pour outrage au Tribunal ;
iii) elle doit prêter serment et, si elle ne dit pas la vérité, peut faire
l’objet de poursuites pénales ;
iv) elle ne peut s’exprimer que dans le cadre des interrogatoires et
contre-interrogatoires des Parties;
v) elle ne peut demander à être assistée d’un représentant légal
lors de son audition ;
vi) elle ne peut prétendre à être informée du déroulement de la
procédure, même si elle est personnellement concernée par
celle-ci ; et
vii) elle ne peut assister dans le prétoire aux dépositions des autres
témoins avant de donner son témoignage.

18. En revanche, si elle est admise à participer à la procédure, la


victime peut également être entendue – personnellement ou par
l’intermédiaire d’un représentant légal – en qualité de victime.
S’exprimant en son nom propre, elle dispose alors de tous les droits
énumérés au chapitre V ci-dessous.

– 17 –
2. – La victime peut-elle obtenir réparation devant le
Tribunal des dommages dont elle souffre ? (art. 25 du
Statut)

19. La victime ne peut pas obtenir devant le Tribunal réparation


des dommages dont elle souffre.

20. Pour être indemnisée, la victime doit s’adresser aux


juridictions nationales ou à toutes autres institutions compétentes. Elle
peut se prévaloir devant ces juridictions ou institutions d’un jugement
de condamnation prononcé par le Tribunal qu’elle ait été ou pas
identifiée comme victime par le Tribunal. À cette fin, ce jugement sera
considéré comme « définitif et déterminant quant à la responsabilité
pénale de la personne condamnée ».

– 18 –
V. Les droits de la victime
21. Excepté pendant l’enquête (1), la victime bénéfice de droits
significatifs. Elle peut s’exprimer en son nom propre aussi bien durant
le procès (2) et la phase de détermination de la peine (3) que durant la
procédure d’appel (4). La victime bénéficie également de droits étendus
en cas de procédure par défaut (5).

1. – Quels sont les droits de la victime participant à la


procédure durant l’enquête ? (art. 11 du Statut & art. 86,
par. A) du RPP)

22. La victime ne dispose d’aucun droit à ce stade initial de la


procédure. En effet, à la différence du Code de procédure pénale
libanais qui permet à la victime de se constituer partie civile et de
déclencher l’action publique, le RPP n’autorise pas la victime à
participer à la procédure avant la confirmation de l’acte d’accusation.

23. Conformément à l’article 11 du Statut, en tant que


représentant de l’intérêt public, le Procureur décide donc
souverainement de mettre ou pas en mouvement l’action pénale
internationale selon la politique de poursuite qu’il entend mener. La
victime peut tout au plus transmettre au Procureur toutes les
informations qu’elle juge utiles à la manifestation de la vérité, celui-ci
ayant toute la liberté de décider des suites à leur réserver.

2. – Quels sont les droits de la victime participant à la


procédure durant le procès ? (art. 17 du Statut & art. 86,
par. B) & C), 87, par. A) & B), 143, 144, par. B), 146, 147,
par. B), 150, par. D) & 168, par. A) du RPP)

24. Durant le procès, la victime participant à la procédure dispose


de pouvoirs significatifs pour présenter ses « vues et préoccupations ».
En effet, elle peut :

i) effectuer une déclaration liminaire ou en fin de procès ;


ii) citer des témoins à comparaître ;
iii) présenter des éléments de preuve ;
iv) interroger et contre-interroger des témoins ;

– 19 –
v) demander aux juges de poser des questions spécifiques à
l’accusé ; et
vi) déposer des requêtes et mémoires.

25. Aux fins d’exercer les pouvoirs susvisés, la victime participant


à la procédure doit être tenue informée de l’évolution des procédures et,
en particulier, du prononcé d’un jugement rendu par le Tribunal. À
moins que le Juge de la mise en état ou la Chambre compétente n’en
décide autrement dans l’intérêt de la justice, elle se voit également
notifier tous les documents déposés par les Parties dans le cadre du
procès ainsi que le dossier de mise en état.

26. Toutefois, la participation de la victime est strictement


réglementée de manière à ce qu’elle ne soit « ni préjudiciable ni
contraire aux droits de la défense et aux exigences d’un procès
équitable et impartial ». À cet effet :

i) la victime participant à la procédure doit être expressément


autorisée à exercer les pouvoirs susvisés par le Juge de la mise
en état ou la Chambre compétente ;
ii) le nombre de victimes invitées à présenter ses « vues et
préoccupations » peut être limité ;
iii) la victime participant à la procédure doit être représentée par
un représentant légal, à moins que le Juge de la mise en état ou
la Chambre compétente n’en décide autrement ;
iv) un ou plusieurs représentants légaux communs sont, en
principe, désignés pour représenter les intérêts des victimes ;
v) la victime participant à la procédure ne peut interroger
l’accusé que par l’intermédiaire d’un juge ; et
vi) une victime participant à la procédure n’est pas autorisée à
témoigner, sauf si la Chambre estime qu’il y va dans l’intérêt
de la justice

3. – Quels sont les droits de la victime participant à la


procédure durant la procédure de fixation de la peine ?
(art. 87, par. C) du RPP)

27. La procédure du Tribunal est divisée en deux phases : la


première vise à établir la culpabilité ou l’innocence de l’accusé, la
seconde à, le cas échéant, fixer la peine.

– 20 –
28. Au cours de cette seconde phase, la participation de la victime
est limitée : elle ne peut faire entendre sa voix sur l’impact du crime sur
elle-même qu’avec l’autorisation de la Chambre d’instance. Elle n’est
donc pas habilitée à se prononcer sur la fixation d’une sentence. En
effet, pour protéger pleinement les droits de l’accusé et éviter toute
forme de revanche, seul le Procureur, représentant de l’intérêt public,
est autorisé à requérir une peine.

4. – Quels sont les droits de la victime participant à la


procédure durant la procédure d’appel ? (art. 87, par. D)
du RPP)

29. Le RPP prévoit seulement que « la victime peut intervenir


d’une manière jugée appropriée par la Chambre d’appel » avec
l’autorisation de celle-ci.

30. En théorie, la victime participant à la procédure peut donc


exercer tous les droits que lui confère le RPP pendant le procès, à
moins que la Chambre d’appel n’en décide autrement. Dans la pratique,
l’étendue de sa participation à ce stade des débats variera selon la
nature de la procédure d’appel qui peut se dérouler soit par écrit, soit
oralement.

5. – Quels sont les droits de la victime participant à la


procédure en cas de procédure par défaut ? (art. 107 du
RPP)

31. Durant la procédure par défaut, la victime participant à la


procédure peut exercer tous les droits dont elle aurait bénéficié dans le
cadre d’un procès contradictoire.

– 21 –
– 22 –
VI. La représentation de la victime
32. La victime doit, en principe, être représentée au cours de la
procédure par un représentant légal (1). Elle peut choisir celui qu’elle
estime compétent, pour autant qu’il remplisse certaines conditions
prévues par le RPP (2). Si elle est indigente, la victime peut bénéficier
d’une aide financière et d’un avocat qui lui est assigné par le
Greffier (3).

1. – La victime doit-elle être représentée par un


représentant légal ? (art. 86, par. C) du RPP)

33. La victime doit, en principe, être représentée par un


représentant légal au cours de la procédure, à moins que le Juge de la
mise en état ou la Chambre compétente n’en décide autrement.

2. – La victime peut-elle choisir son propre représentant


légal ? (art. 51, par. C) du RPP)

34. Sous réserve du pouvoir du Juge de la mise en état de


demander au Greffier de désigner un ou plusieurs représentants légaux
communs, la victime peut choisir son propre représentant légal pour
autant que celui-ci remplisse certaines conditions prescrites par le RPP,
à savoir :

i) figurer sur la liste des représentants légaux hautement


qualifiés tenue par le Greffe ;
ii) être habilité à exercer le droit dans une juridiction reconnue
ou, en tant que co-représentant légal, être professeur de droit ;
iii) maîtriser l’anglais ou le français ; et
iv) ne faire l’objet d’aucune sanction pénale ou disciplinaire.

3. – Plusieurs victimes peuvent-elle être représentées par


un représentant légal commun ? (art. 51, par. C) & 86, par.
C) du RPP)

35. Le Juge de la mise en état peut décider de limiter le nombre de


victimes autorisées à exposer leurs vues et préoccupations dans le cadre
de la procédure. Il peut également ordonner au Greffier de désigner un

– 23 –
ou plusieurs représentants légaux communs à plusieurs victimes, à
moins que cette situation n’entraîne un conflit d’intérêts.

4. – La victime peut-elle bénéficier d’une aide financière


pour assurer sa représentation ? (art. 51, par. C) du RPP)

36. En principe, la victime déclarée indigente peut bénéficier


d’une aide financière fournie par le Greffier pour assurer la
représentation de ses intérêts devant le Tribunal.

– 24 –
VII. La Section de participation des victimes
37. La victime participant à la procédure peut bénéficier du
soutien de la Section de participation des victimes. Tout en ayant des
attributions étendues (1), celle-ci doit veiller à garantir son
indépendance et sa neutralité par rapport à toutes les victimes
participant aux diverses procédures du Tribunal ainsi que par rapport à
leurs représentants légaux (2).

1. – Quels sont les rôles de la Section de participation des


victimes ? (art. 51, par. A) & B) du RPP)

38. La Section de participation des victimes exerce trois missions


principales. Elle est chargée de :

i) veiller à ce que : a) la victime ou son représentant légal soit


tenu informé de ses droits et du développement des procédures
la concernant ; et b) lui soient remis tous les documents la
concernant ;
ii) donner à la victime ou à son représentant légal toute l’aide
matérielle et juridique nécessaire ; et
iii) s’assurer que les représentants légaux fournissent des
prestations de qualité.

2. – Comment la neutralité et indépendance de la Section


de participation des victimes est-elle garantie ? (art. 51,
par. C) & F) du RPP)

39. Aux fins de garantir la neutralité de la Section de participation


des victimes vis-à-vis de l’ensemble de victimes participant aux
procédures du Tribunal et éviter tout conflit d’intérêts, ses membres :

i) ne fournissent, en principe, pas de conseil portant sur les faits


de la cause ; et
ii) « ne reçoivent aucune instruction de victimes ni
n’interviennent dans une affaire ou une procédure engagée
devant le Tribunal d’une manière susceptible de compromettre
l’indépendance de la section ou du Greffe, ou d’être perçue
comme tel ».

– 25 –
– 26 –
VIII. Les modalités de participation de la
victime
40. Les modalités de participation de la victime seront fixées
dans une directive pratique qui régulera notamment : la manière
d’adresser une demande de participation au Tribunal (1), la langue à
employer dans ce cadre (2) et le stade de la procédure auquel une
telle demande peut être effectuée ou retirée (3). Par ailleurs, le RPP
confère un droit d’appel à la victime qui n’a pas été autorisée à
participer dans la procédure (4).

1. – Comment adresser une demande de participation au


Tribunal ?

41. La demande de participation doit être adressée à la Section de


participation des victimes. Elle doit contenir les éléments suivants :

i) l’identité précise de la victime ;


ii) l’objet de la demande ;
iii) un résumé des actes criminels allégués dont la victime estime
souffrir ;
iv) un bref exposé du préjudice subi ; et
v) tout élément de preuve susceptible d’étayer sa requête.

42. Aux fins de faciliter la saisine du Tribunal, la victime est


invitée à remplir un formulaire de participation mis à sa disposition sur
demande par la Section de participation des victimes ou disponible sur
le site internet du Tribunal à l’adresse suivante : www.stl-tsl.org

43. Si nécessaire, la Section de participation des victimes peut


fournir une assistance légale ou logistique à la victime désireuse de
déposer une demande de participation au Tribunal.

2. – Dans quelle(s) langue(s) la demande de participation


doit-elle être effectuée ?

44. La demande de participation doit être effectuée dans l’une des


trois langues officielles du Tribunal, à savoir l’arabe, l’anglais ou le
français.

– 27 –
2. – À quel stade de la procédure la victime peut-elle
adresser ou retirer une demande de participation ?
(art. 86, par. A) & 87 du RPP)

45. La victime peut adresser ou retirer sa demande de participation


à tous les stades de la procédure, hormis durant l’enquête.

3. – La victime peut-elle interjeter appel d’une décision


rejetant une demande de participation ? (art. 86, par. D)
du RPP)

46. La victime ou son représentant légal peut faire appel de la


décision rejetant sa demande de participation dans un délai de 7 jours à
compter du jour suivant la date du dépôt de cette décision.

– 28 –
IX. La protection de la victime
47. La poursuite et le jugement d’actes de terrorisme exigent que
le Tribunal puisse prendre toutes les mesures nécessaires aux fins
d’assurer la protection des victimes et témoins appelés à comparaître
devant lui (1). À cette fin, une Section d’appui aux victimes et aux
témoins à été instituée au sein du Greffe (2).

1. – Comment la protection de la victime est-elle assurée


par le Tribunal ? (art. 50, 93, 115, 116 & 124 du RPP)

48. Selon le RPP, le Juge de la mise en état et les Chambres


d’instance et d’appel peuvent prendre des mesures assurant la
protection d’une victime ou d’un témoin avant, pendant et après sa
déposition devant le Tribunal.

49. Ces mesures comprennent notamment :

i) la non-divulgation de l’identité d’un témoin ou d’une victime


jusqu’au moment où il est placé sous l’autorité du Tribunal ;
ii) la déposition par vidéoconférence ;
iii) la tenue d’une audience à huis clos ;
iv) la distorsion des traits du visage et de la voix durant la
déposition ;
v) la relocalisation d’un témoin ou d’une victime dans un État
tiers ; ou
vi) la déposition sous anonymat (c’est-à-dire sans divulgation de
l’identité de la victime au public et à l’accusé).

2. – Quels sont les rôles de la Section d’appui aux victimes


et aux témoins ? (art. 50 du RPP)

50. Une Section d’appui aux victimes et aux témoins est instituée
au sein du Greffe. Elle exerce deux fonctions principales :

i) élaborer des stratégies relatives à la protection des victimes et


témoins ; et
ii) leur fournir toute l’assistance administrative, logistique,
psychologique et médicale nécessaire.

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