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L'homme qui haïssait les femmes

L'homme qui haïssait les femmes

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07/25/2015

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1 L'attention éveillée par un bruit de pas rapides foulant le somptueux tapis d'Orient qui recouvrait le sol de son bureau de P.-D.G., Philip Whitworth leva les yeux. Se calant dans son fauteuil pivotant tendu de cuir marron, il étudia le vice-président qui se dirigeait vers lui. - Alors? s'enquit-il d'un ton impatient. Ont-ils annoncé le nom du concurrent qui a proposé moins que nous ? Le vice-président appuya ses poings serrés sur la surface cirée du bureau d'acajou de Philip. - Nick Sinclair, cracha-t-il. Il a obtenu le contrat de National Motors portant sur la fourniture de toutes les radios destinées à équiper les voitures de leur fabrication. Et cela pour une seule et bonne raison : il leur a fait une offre inférieure de trente mille dollars à la nôtre ! Furieux, il inspira violemment et rejeta l'air dans un sifflement. - Il a suffi à ce salaud de faire un prix d'à peine un pour cent inférieur au nôtre pour nous piquer un contrat de cinquante millions de dollars ! Philip Whitworth reprit la parole. Son exaspération n'était perceptible qu'au léger frémissement de son menton aristocratique. - C'est la quatrième fois cette année qu'il nous rafle un contrat très important. Drôle de coïncidence, non? - Vous parlez d'une coïncidence ! Enfin, Philip, vous savez parfaitement que ça n'en est pas une. Un membre de mon service travaille pour Sinclair. Il y a un salaud qui joue les espions. Dès qu'il connaît le montant de notre offre, il transmet l'information à Sinclair pour que celui-ci puisse offrir de remplir le contrat pour une

somme inférieure de un pour cent à la nôtre. Seuls six de mes hommes connaissaient le montant que nous proposions pour ce contrat. L'un d'eux est donc notre espion. Philip s'inclina en arrière sur son siège, appuyant sa tête aux tempes argentées contre le haut dossier de cuir. - Vous avez déjà fait procéder à une enquête sur ces six hommes. Résultat : nous avons simplement appris que trois d'entre eux trompaient leur femme. - C'est donc que cette enquête n'était pas assez approfondie. Redressant le buste, le vice-président se passa une main dans les cheveux avant de laisser retomber son bras. - Ecoutez, Philip, je sais bien que Sinclair est votre beau-fils, mais il va falloir que vous preniez des mesures pour mettre un terme à ses pratiques. Il a décidé de vous détruire. Le regard de Philip Whitworth devint glacial. - Je ne l'ai jamais considéré comme mon « beau-fils », pas plus que ma femme ne le considère comme son fils. D'ailleurs, j'aimerais bien savoir ce que vous me suggérez exactement de faire pour l'arrêter. - Placez un espion à vous dans sa société afin de découvrir qui est son contact chez nous. Peu importe la façon dont vous vous y prendrez, mais bon Dieu, faites quelque chose ! La réponse de Philip fut interrompue par le bourdonnement discordant de l'interphone posé sur son bureau. Il planta son doigt sur le bouton. - Oui. Qu'y a-t-il, Helen ? - Excusez-moi de vous interrompre, monsieur, répondit sa secrétaire, mais une certaine Lauren Dan-ner vient d'arriver. Elle dit avoir rendez-vous avec vous au sujet d'un emploi. - C'est vrai, admit-il avec un soupir d'irritation. Elle aimerait être engagée dans notre société et j'ai accepté de la recevoir. Dites-lui que je la verrai dans quelques minutes. Il relâcha le bouton et reporta son attention sur le

vice-président qui, bien que préoccupé, le dévisageait sans pouvoir dissimuler sa curiosité. - Depuis quand procédez-vous personnellement à des entretiens d'embauché, Philip ? - C'est un rendez-vous de courtoisie, répliqua celuici avec impatience. Son père est un lointain parent, un cousin au cinquième ou sixième degré, si mes souvenirs sont exacts. Danner est l'un des membres de la famille que ma mère est allée déterrer il y a des années, lorsqu'elle faisait des recherches pour son livre sur notre arbre généalogique. Chaque fois qu'elle repérait un nouveau groupe de parents éventuels, elle les invitait à venir passer un « gentil petit week-end » chez nous afin de pouvoir se plonger dans l'étude de leurs ancêtres et de découvrir s'ils avaient un véritable lien de parenté avec nous. Ensuite, elle décidait s'ils méritaient vraiment d'être mentionnés dans son livre. » Danner était professeur dans l'une des universités de Chicago. Comme il ne pouvait pas venir, il envoya sa femme - une pianiste concertiste - et sa fille à sa place. Mme Danner a été tuée dans un accident d'automobile quelques années plus tard. Après cela, je n'ai plus jamais entendu parler de lui, jusqu'à la semaine dernière. Il m'a appelé pour me demander d'accorder un rendez-vous à sa fille, Lauren, qui cherche du travail. Selon lui, elle ne trouve rien à Fenster, la petite ville du Missouri où elle vit actuellement. - Plutôt présomptueux de sa part de vous appeler, non? Une expression de résignation ennuyée se peignit sur le visage de Philip. - J'accorderai quelques minutes à cette fille et je la renverrai dans ses foyers. Nous n'avons aucun poste à offrir à une personne diplômée d'un conservatoire de musique. Et quand bien même ce serait le cas, je n'engagerais pas Lauren Danner. Je n'ai jamais rencontré d'enfant plus exaspérante, effrontée et mal élevée de toute ma vie. Un laideron de neuf ans environ. Une petite chose boulotte, avec des taches de rousseur, de hideuses lunettes d'écaillé et une tignasse

rousse qui donnait l'impression de n'avoir jamais été peignée. Mais le plus incroyable, c'est que cette petite péronnelle nous regardait de haut... La secrétaire de Philip Whitworth jeta un regard à la jeune femme vêtue d'un tailleur bleu marine pimpant et d'un corsage blanc à col monté qui était assise en face d'elle. Elle portait ses cheveux blond vénitien ramassés en un chignon élégant, d'où s'échappaient de jolies boucles ondulées qui encadraient son visage d'une beauté pure et éclatante. Elle avait les pommettes hautes, un petit nez, un menton à la rondeur délicate, mais c'étaient d'abord ses yeux qui captaient l'attention, des yeux lumineux d'un étonnant bleu turquoise, frangés de longs cils recourbés. - M. Whitworth va vous recevoir dans quelques minutes, lui annonça poliment la secrétaire en prenant soin de ne pas donner l'impression de l'observer. Levant les yeux du magazine qu'elle faisait semblant de lire, Lauren Danner accueillit cette information d'un sourire. - Merci, dit-elle, avant de se replonger dans la pseudo-lecture du magazine sans rien voir, tant elle avait de mal à maîtriser l'angoisse et la nervosité qui la rongeaient à l'idée d'affronter Philip Whitworth en tête à tête. Quatorze années n'avaient pas suffi à effacer le souvenir douloureux des deux journées passées dans la superbe demeure de Grosse-Pointe où toute la famille Whitworth, domestiques y compris, avait traité Lauren et sa mère avec un mépris cuisant. Sur le bureau de la secrétaire, le téléphone se mit à bourdonner et Lauren sursauta nerveusement. Comment s'était-elle fourrée dans cette situation impossible ? Cette question la plongeait dans le désespoir. Si son père l'avait prévenue qu'il allait appeler Philip Whitworth, elle aurait pu l'en dissuader. Malheureusement, elle ne l'avait appris qu'une fois le coup de téléphone donné et le rendez-vous pris. Lorsqu'elle avait essayé de protester, son père lui avait calmement

il était revenu les mains vides d'un énième voyage à la recherche d'un emploi. mais pas de son total dévouement à son art. Evidemment. Elle avait hérité du talent de musicienne de sa mère. l'air étrangement épuisé. elle avait déjà décidé qu'elle ne possédait ni l'ambition ni l'abnégation absolue nécessaires pour mener avec succès une carrière de soliste. Il se rongeait les sangs à l'idée de ne plus avoir d'argent et les soucis tiraient les traits de son visage blême. Après avoir étudié sans répit le piano pendant des années exténuantes. . pourtant nécessaire. Ou plutôt non. mais cet instant avait changé le cours de la vie de Lauren. D'un air absent. victime d'une grave crise cardiaque.répliqué que Philip Whitworth leur devait un service et que si elle ne lui fournissait pas d'arguments convaincants pour ne pas aller à Détroit. coincés dans l'étau de la récession économique. Mais pour l'instant. Lauren reposa le magazine sur ses genoux sans l'avoir lu et poussa un soupir. Lauren attendait de la vie qu'elle lui apporte da- . il avait posé sa mallette sur la table et avait souri tristement à Lauren et à la belle-mère de celle-ci. Son père était maintenant en voie de guérison. leur avait-il dit.Je ne pense pas qu'un ex-professeur puisse obtenir un poste de concierge en ce moment. Et sans autre signe d'avertissement. après avoir obtenu son diplôme du conservatoire. il tenait à ce qu'elle honore le rendez-vous qu'il avait pris pour elle. elle était en fait sur le point de le changer d'elle-même. dont le père de Lauren. des milliers d'enseignants. il s'était massé le torse. Trois mois plus tard. A l'époque. avaient refusé de voter l'augmentation du budget de l'éducation. avant d'ajouter d'un ton sinistre : . avaient été licenciés. les contribuables du Missouri. car je ne me sens pas l'énergie de pousser un balai. cette fois. il s'était écroulé. Peu de temps auparavant. elle aurait pu rappeler à son père comment les Whitworth s'étaient conduits quatorze ans plus tôt. De Kansas City.Et ça vaut sans doute mieux. Le visage pâle. les ennuis financiers dont il était harcelé passaient avant tout le reste. En conséquence. tout près du bras gauche.

celleci l'avait autant privée qu'elle l'avait comblée. par la même occasion. avec tous les soucis supplémentaires que cela comportait. comparés à ceux des grandes régions industrielles comme Détroit. il l'avait beaucoup aidé à payer ses cours et ses leçons . A vingt-trois ans. Et tout de suite. sa couverture sociale . elle n'avait jamais assez d'argent pour faire face à toutes ses dépenses sans être obligée d'avoir un travail d'appoint. Elle embrassa du regard la salle d'accueil somptueuse où elle attendait et fit un effort pour s'imaginer en train de travailler dans une grande entreprise comme celle-ci. Une sorte de malaise la prit. elle ne connaissait que des chambres d'hôtel. Entre les études.vantage que la musique. elle avait déjà voyagé dans de nombreuses villes des EtatsUnis pour participer à des concours. D'une certaine manière. Elle se sentait désorientée. il lui avait paru malgré tout déplacé de se lancer dans une autre carrière. A l'idée de cette responsabilité. Pendant toutes ces années. . mais de ces villes. désormais. en juillet. Les bons emplois avec possibilités d'avancement n'existaient pratiquement pas à Fen-ster. La maladie de son père et les factures qui s'accumulaient l'avaient forcée à prendre la décision qu'elle ne cessait de repousser. Lauren avait l'impression que le poids du monde reposait sur ses épaules. Après avoir tellement investi dans la musique. La secrétaire raccrocha le téléphone et se leva. Cela aurait été du gâchis. il avait également perdu la santé. les salaires que l'on vous y proposait étaient si bas. les prix et les récompenses. elle prendrait tout ce qu'on lui proposerait. il avait perdu son travail et. Malgré les bourses. Mais peu importait : si le salaire était suffisamment élevé. que c'en était une pitié. elle avait croisé beaucoup d'hommes. En chemin. et à travail équivalent. des studios de travail et des auditoriums. les heures de piano et le travail pour payer ses leçons et ses cours. c'était à son tour de l'épauler. elle n'avait jamais eu le temps de se détendre ni de profiter de la vie. il fallait qu'elle trouve de l'argent. Il fallait qu'elle trouve un travail. sans jamais avoir le temps de lier vraiment connaissance avec eux. Au mois d'avril.

et sa voix teintée d'une pointe d'ironie amusée.Vous ressemblez de façon étonnante à votre mère. Vous étiez une enfant. précisa .. dit-il après un long silence. il lui indiqua une chaise tendue de velours or. .Détrompez-vous. Elle était italienne. La poignée de main de Philip Whitworth était ferme. Toutes les années où elle avait dû affronter la scène pour jouer en public lui avaient appris à dissimuler sa grande nervosité et lui permettaient maintenant de s'approcher de Philip Whitworth d'une démarche en apparence pleine d'assurance tranquille. une expression de stupéfaction sur son visage de patricien. Surprise par son humour direct. Tout en s'exécutant. Lauren sortit une enveloppe de son sac en bandoulière. devant son bureau. D'un geste gracieux.. Au moment où la secrétaire ouvrait celle-ci. la jeune femme fit une courte et ardente prière pour que Philip Whitworth ne se souvienne pas de la visite qu'elle lui avait rendue des années auparavant.. . inoubliable. Il ouvrit l'enveloppe qu'elle lui tendait et en sortit les feuillets dactylographiés. . Je me souviens parfaitement de vous. monsieur Whitworth. D'un signe de la tête.C'est très gentil de votre part. Vous auriez pu dire monstrueuse au lieu d'inoubliable. plutôt.Prenez place. mademoiselle Danner. Lauren. Je suis Lauren Danner. tandis qu'il se levait. mais ses yeux bruns restaient rivés sur le visage de la jeune femme.Sans doute ne vous souvenez-vous pas de moi. non? . elle lui tendit la main pardessus le bureau..Mes grands-parents sont nés en Italie. puis elle pénétra dans son bureau. Lauren lui adressa un sourire. Whitworth va vous recevoir maintenant.Je vous ai apporté mon curriculum vitae. je vous en prie. . Une sorte de trêve s'établit entre eux à la suite de ce premier échange.M. . Lauren la suivit jusqu'à une porte d'acajou richement sculptée.. . dont il étudiait minutieusement chaque trait.

Tout bien considéré. Légèrement décontenancée par le tour inattendu qu'avait pris l'entretien. Dans son costume sombre coupé sur mesure. En fait. qui sont beaucoup plus clairs que les siens. grand et bien bâti. il avait tout d'un homme du monde élégant et distingué. Lauren s'inclina en arrière sur son siège.En dehors de vos cheveux. Le fait que Philip Whitworth ait trouvé Ginna Danner belle. le fil des pensées de Lauren changea de direction. il se montrait maintenant cordial et aimable envers elle. elle se demanda quelle raison exacte l'incitait à changer subitement d'opinion à son sujet. malgré l'attitude en apparence froide et hautaine qu'il avait adoptée à son égard quatorze années auparavant. Ses tempes commençaient à s'argenter.une sorte d'aura de richesse et de puissance impressionnante. installé derrière son imposant bureau directorial. ne portait aucune trace d'embonpoint. il était extrêmement séduisant. il émanait de lui -Lauren fut obligée de l'admettre à contrecœur . D'accord. D'autant qu'il disait maintenant à Lauren qu'elle était belle aussi-Tandis qu'il lisait son curriculum vitae. tandis qu'il ajoutait d'une voix neutre : . Il faisait preuve envers elle d'une courtoisie indéniable.C'était une femme d'une beauté extraordinaire. avait quelque chose de déconcertant. Pour un homme qui avait dépassé la cinquantaine. Maintenant qu'elle le voyait à travers ses yeux d'adulte. . mais son visage bronzé était presque totalement dénué de rides et son corps. Mal à l'aise. vous êtes pratiquement son sosie. Puis elle entreprit de l'étudier. et en plus il avait le sens de l'humour. Mais ma mère est née ici. Lauren ne pouvait s'empêcher de penser qu'elle avait nourri des préjugés injustifiés envers lui durant toutes ces années. Comme Philip Whitworth tournait la seconde page de son curriculum vitae.Lauren. il ne ressemblait plus au snob froid et prétentieux dont elle avait gardé le souvenir. mais pourquoi ne . Le regard de Philip glissa vers le curriculum vitae. Lauren laissa ses yeux errer sur la splendeur majestueuse de l'immense bureau d'où Philip Whitworth régnait sur son empire.

.Votre dossier universitaire est excellent. poursuivit-il. Lauren se dit qu'il envisageait peut-être sérieusement de lui proposer un emploi. ou se laissait-elle aujourd'hui influencer par l'opulence évidente et par la sophistication onctueuse de Philip Whitworth ? . Avait-elle vraiment mal jugé les Whitworth. dit-il. mais j'imagine que vous savez qu'un diplôme d'études musicales n'a aucune valeur dans le monde des affaires. pendant vos études. Comme il se taisait dans l'attente de sa réponse. sur son passage.Oui.Et. sans omettre la santé de son père et les problèmes matériels de sa famille. c'est vrai. l'air pensif.l'aurait-il pas été ? Elle n'était plus le petit laideron de neuf ans. .En fait. Sans s'énerver. répondit Lauren. après un . Philip se détendit dans son fauteuil et. . dont l'enthousiasme avait commencé à se dissiper à la mention de son expérience du secrétariat. Lauren reporta immédiatement son attention sur l'objet de sa visite. Philip l'écouta attentivement avant de jeter un nouveau regard au curriculum vitae qu'il tenait à la main. elle lui expliqua brièvement et avec dignité ce qui l'amenait à abandonner sa carrière de pianiste. des années plus tôt.J'en ai parfaitement conscience. J'ai fait le conservatoire parce que j'adore la musique. admiratifs. Votre père ne m'en a pas parlé au téléphone. mais je sais bien que je n'ai aucun avenir dans ce domaine. il me manque juste quelques cours pour être en mesure d'obtenir un diplôme d'études supérieures de commerce. vous avez travaillé le soir et durant les vacances comme secrétaire. . mais une jeune femme au visage et à la silhouette qui incitaient les hommes à se retourner.Je vois que vous avez également suivi plusieurs cours de commerce. Etes-vous aussi bonne sténodactylo que le prétend votre curriculum vitae ? .

. à moins que vous n'obteniez votre diplôme. Dans une petite entreprise. Peut-être est-ce parce que nous pensons à fermer notre département radio . Un rictus ironique tordit les lèvres de Philip Whitworth à la vue de son air abattu. . Vous avez travaillé pour le P. Or. Vous ignorez nos intentions. seuls les cadres supérieurs et leurs secrétaires ont une vue d'ensemble de la marche des choses. Ou alors. Me permettez-vous de vous donner un exemple de ce que j'avance ? Lauren hocha la tête et il poursuivit : . d'une petite entreprise industrielle. Vous consacrez des semaines à la préparation de ce rapport sans savoir pourquoi vous le faites.-D. malheureusement.Laissez-moi terminer. Un poste stimulant et avec des responsabilités.. Lauren. nous manquons terriblement de secrétaires de direction qualifiées de haut niveau.. peut-être est-ce parce que nous pensons à développer notre département radio. mais. Dans les grandes entreprises comme celle-ci.Disons que vous êtes comptable dans notre département radio et que l'on vous demande de préparer une analyse du coût de chaque poste de radio que nous fabriquons. gagne presque autant que mes cadres moyens. .G. nous avons peut-être l'intention de lancer une campagne publicitaire afin de vendre davantage de radios.. Ma propre secrétaire. Philip Whitworth leva la main pour l'interrompre.Je peux vous offrir un poste de secrétaire.certain temps de réflexion. Les seules personnes qui sont au courant de ce genre de décisions . tout comme votre supérieur et le supérieur de celui-ci. protesta la jeune femme. tenta de protester Lauren.Mais je ne veux pas être secrétaire. tout le monde sait ce que chacun fait et pourquoi il le fait..Vous dites que votre souci principal pour l'instant est l'argent. . C'est tout ce que je peux vous proposer. par exemple. Résultat : elles sont très recherchées et très bien payées.Oui. parut parvenir à une conclusion. . il se trouve qu'en ce moment.

. Lauren avait l'impression d'être suspendue au bord d'un gouffre dangereux. Pas avant que vous ayez obtenu votre diplôme d'études commerciales. conclut-il en appuyant ses paroles d'un sourire. vous vous ferez une bonne vue d'ensemble de l'entreprise.J'en connais assez sur ce sujet pour savoir que des gens sont allés en prison pour de telles pratiques et que je n'ai absolument aucune envie d'y être mêlée. Elles sont.Non. Prise d'une sorte de nausée. Lorsqu'il reprit la parole.Y a-t-il un autre poste que je pourrais tenir dans une entreprise comme la vôtre. calmement.Ne prenez pas cet air lugubre.. comme frappé par quelque chose. Il s'interrompit. répéta-t-il.sont les directeurs de département. Dites-moi ce que vous savez de l'espionnage commercial ou industriel. je suis sur le point de vous faire une offre dés plus inhabituelles. tandis que ses traits s'éclairaient d'un sourire indéchiffrable. . ce qui vous permettra de choisir vos objectifs professionnels en toute connaissance de cause. affirma-t-il. une pointe de triomphe calculateur perçait dans sa voix : . . Jamais ils n'iront soupçonner une secrétaire.Les secrétaires de direction sont dans le secret d'informations très confidentielles. Votre travail ne sera pas ennuyeux. Mais elle savait qu'elle n'avait pas le choix. tandis que ses yeux bruns luisaient comme du topaze. ma propre secrétaire en sait plus sur nos projets que la plupart de mes cadres. Lauren soupira intérieurement. lui dit-il. Ecoutez. Ils ne feront même pas d'enquête sur elle. leurs secrétaires ! Si vous débutez comme secrétaire chez nous. Il fallait qu'elle gagne autant d'argent que possible.. dit-il d'une voix douce. » Une secrétaire ! chuchota-t-il. . et la dévisagea longuement en silence. Ne m'interrompez pas avant que j'aie terminé mes explications. les vice-présidents et...Lauren. mais sans appel. aussi bien payé qu'un emploi de secrétaire ? . . Les secrétaires de direction sont dans le secret de toutes sortes d'informations très confidentielles.

puis ils baissent leur prix afin que celui-ci soit légèrement inférieur au nôtre et ils nous soufflent le contrat. Ces dernières années. Douze mille familles ont un toit sur la tête et de quoi manger sur leur table grâce à mon entreprise. La subsistance de douze mille personnes dépend de Whitworth Enterprises. ils parviennent à découvrir la somme que nous offrons.monsieur Whitworth. ils auront sans nul doute besoin d'étoffer leur personnel. une société du nom de Sinco est devenue notre plus important concurrent. . Mais si Sinco continue à nous voler des affaires de la sorte.Dans ce cas. Lauren.Et si j'obtiens le job. appelez-moi Philip. Lauren acquiesça d'un signe de tête. Etant donné vos qualifications et votre expérience. Il n'y a que six hommes ici susceptibles d'avoir révélé à Sinco le montant de notre offre. . Après tout.Ce qui est tout à fait compréhensible. » C'est encore arrivé aujourd'hui même.Je ne vous demande pas d'espionner une autre entreprise. . Il existe une possibilité pour que vous les aidiez à garder leur gagne-pain et leur logis. Je n'ai pas envie de renvoyer cinq collaborateurs loyaux dans le simple but de me débarrasser d'un homme cupide et traître. L'un d'eux est sûrement notre espion. et qui est pourtant gardée secrète. je vous donnerai les noms des six . Je vous demande simplement de postuler pour un poste de secrétaire chez Sinco aujourd'hui même. nous sommes parents et je vous appelle Lauren. Et. Chaque fois que nous tentons d'obtenir un contrat. Toujours mal à l'aise. Sinco semble connaître le montant exact de notre offre et ils proposent une somme inférieure d'un minuscule pourcentage. J'emploie douze mille personnes. ils envisageront probablement de vous confier un poste auprès d'un cadre supérieur. mais d'espionner la mienne. Laissez-moi vous expliquer. je vous en prie. D'une manière ou d'une autre. Avec le contrat qu'ils viennent de nous voler. il va falloir que je commence à licencier du personnel. que se passera-t-il ? ne put s'empêcher de demander Lauren. . dit-il sans sourciller.

à condition bien entendu que vous soyez capable de le tenir. Dans les grandes cités comme Détroit. les salaires sont très élevés comparés à ceux des villes plus petites. Si elle vivait frugalement.C'est très risqué. sur lesquels se lisait la perplexité. rit doucement Philip. je veux que vous l'acceptiez. . Je déteste les intrigues.suspects et il ne vous restera plus qu'à tendre l'oreille chez Sinco. Il poussa un soupir de lassitude en se laissant aller en . Et si vous n'avez rien appris d'ici six mois. Résumons-nous : si vous vous présentez cet après-midi chez Sinco et qu'ils vous offrent un poste de secrétaire. . observa-t-il tranquillement. Si le salaire qu'ils vous proposent est plus bas que celui que je viens d'avancer. afin d'entendre si quelqu'un mentionne l'un de ces noms. elle pourrait subvenir à la fois à ses propres besoins et à ceux de sa famille. il croisa les mains sur son bureau. Le chiffre qu'il cita était si élevé que Lauren ne put s'empêcher de montrer sa stupéfaction. vous pourrez démissionner de votre emploi chez Sinco pour venir travailler comme secrétaire chez nous. Se penchant en avant.. . Il scrutait les traits de la jeune femme. monsieur Whitworth.Je vous en prie. Il s'agissait d'une somme beaucoup plus rondelette que celle que gagnait autrefois son père comme enseignant. Si vous parvenez à découvrir le nom de notre espion. ma société vous versera un chèque tous les mois pour compenser la différence. admit Lauren. ou à apprendre toute autre information digne d'intérêt.Tout me gêne. je vous verserai une prime de dix mille dollars. mais franchement j'en suis au point de vouloir essayer n'importe quoi.Je constate que ça vous convient. De quoi s'agit-il ? . Lauren. Faites au moins cela pour moi.Quelque chose vous gêne. appelez-moi Philip.. Voici maintenant ce que je vous offre dans cette affaire : j'allais vous proposer une place de secrétaire chez nous à un salaire très alléchant. . Je vous offrirai le poste que vous désirez.

. Il décrocha son téléphone. il demanda à Lauren de passer le voir immédiatement.Très bien.. . Je. donnez-leur votre adresse dans le Mis souri. Je vais vous dire une chose qui vous surprendra peut-être : je réalise à quel point la visite que vous nous avez rendue il y a quatorze ans a été désagréable pour vous. Sinco venait de signer un contrat très important et avait un besoin urgent de secrétaires expérimentées.. Dans son for intérieur. Je le ferai. Selon le directeur du personnel. Cet espoir fut aussitôt anéanti.arrière dans son fauteuil. Ma mère était obsédée par ses recherches sur notre arbre généalogique. Il griffonna des chiffres sur un carnet et déchira la feuille.Bon ! se hâta de constater Philip. Mais sa vie était sens dessus dessous et ses responsabilités matérielles énormes. dit-elle lentement.Nos domestiques se contentent de répondre d'un simple « allô ». lui expliqua-t-il. Je ne voudrais pas m'imposer. . . . demanda à parler au directeur du personnel et tendit le combiné à la jeune femme pour qu'elle puisse prendre rendez-vous. je suis désolé que nous n'ayons pas été plus aimables. Leur marché conclu. Elle croulait presque sous les soucis. au point d'en être étourdie et de douter de tout. mais inscrivez ce numéro de téléphone afin qu'ils puissent vous joindre chez nous. je sais que je n'ai absolument aucun droit den vous demander de chercher à obtenir un emploi chez Sinco. Quant à ma femme et à moi. composa le numéro de Sinco. dit-il simplement. je préfère de loin descendre dans un hôtel. Mon fils.. Lauren espérait que cet homme refuserait de la recevoir tout de suite. répondit immédiatement Lauren.Merci. . était à un âge difficile.Non. En temps normal. . Philip se leva et donna une poignée de main à la jeune femme.. Carter. avant d'ajouter après réflexion : quand vous remplirez leur formulaire d'en gagement. Lauren aurait refusé sa proposition.Lauren. Comme il avait l'intention de travailler tard.

Je ne vous reprocherai pas votre façon de ressentir les choses. de l'autre côté du couloir. . dit-il... Lorsque la porte se fut refermée derrière Lauren.Carter.. si bien qu'elle eut l'impression de s'être montrée grossière et peu aimable.Etes-vous certain que Mme Whitworth n'y verra pas d'objection ? . Vaincue. je crois que nous allons bientôt transpercer l'armure de Nick Sinclair.Carol sera enchantée. Te souviens-tu de Lauren Danner ?. mais j'aimerais vraiment pouvoir racheter votre première visite. . dit-il. . Lauren succomba. Philip Whitworth décrocha son téléphone pour composer un numéro qui sonna dans le bureau privé de son fils.

Mettant sa décision en pratique. le diplôme d'études supérieures qu'elle avait obtenu. suivi de « directeur du personnel » et. Selon les instructions. Il les . Lauren avait inscrit « P.G. Pour commencer. elle redoutait d'avoir à lui avouer sa lâcheté. En chemin. Tandis qu'il notait ses tests. Weatherby. ». en troisième position. le simple fait d'y penser lui avait donné des palpitations et les paumes de ses mains sur le volant étaient devenues moites. il lui fallait indiquer par ordre de préférence trois postes qu'elle se sentait capable de tenir chez Sinco. M. ne put cacher son horreur. puis de tout faire pour être sûre qu'on ne l'engagerait pas. Elle aurait bien aimé aider Philip. de « secrétaire ». le directeur du personnel. Malgré tout. elle fit exprès de rater les tests d'orthographe. de sténo et de dactylo et omit de mentionner. Une solution lui vint à l'esprit tandis qu'elle remplissait les questionnaires et les formulaires interminables de Sinco. mais les intrigues et les tromperies que cela impliquait la pétrifiaient. dans son curriculum vitae.2 Comme il était plus de 17 heures lorsque Lauren se présenta au bureau du personnel de Sinco. elle avait eu le temps de parvenir à la conclusion qu'il lui était impossible d'espionner pour le compte de Philip Whitworth. Mais la cerise sur le gâteau fut la réponse qu'elle apporta à la dernière question du formulaire de demande d'emploi. La meilleure façon de se sortir de cette situation était d'honorer sa promesse envers Philip en se présentant à cet emploi.-D.

Tout en marchant aussi rapidement que le sol inégal le lui permettait. A la faveur d'une accalmie dans la circulation. le visage de celuici s'empourpra de colère et ses narines se pincèrent. la circulation était dense sur Jefferson Avenue. elle s'accroupit pour se faufiler sous les cordes qui délimitaient le chantier. Une rafale de vent frais en provenance de la rivière Détroit plaqua sa jupe autour de ses jambes et l'aida à prendre sa décision. En définitive. peut-être étaitelle taillée pour les intrigues et les subterfuges. mer de phares blancs et de feux arrière rouges. Parcourue d'un frisson. parmi ses trois choix. Lauren s'aperçut que le ciel couvert de cette soirée d'août lugubre avait déjà cédé la place à une nuit sombre et venteuse. Tandis qu'il bondissait sur ses pieds pour lui annoncer d'un ton glacial qu'elle ne possédait pour aucun poste les qualifications exigées par Sinco. Lorsqu'il lut sa réponse.mit de côté pour prendre le formulaire de demande d'emploi et Lauren observa son regard qui glissait vers le bas de la dernière page sur laquelle elle avait indiqué. de grosses gouttes de pluie se mirent à éclabousser la chaussée autour d'elle. Sans tenir compte de la pancarte Interdiction d'entrer. elle gagnerait au moins un pâté de maisons. elle leva la tête vers le gratte-ciel en construction qui se dressait devant elle. et les voitures filaient devant elle dans les deux directions. Le garage où elle avait laissé sa voiture se trouvait à quatre pâtés de maisons de là. Lorsqu'elle émergea du bâtiment. elle fit le geste de s'emmitoufler dans sa veste de tailleur bleu marine. Lauren fut obligée de se mordre la lèvre inférieure afin de lui cacher le rire qui la faisait frémir. A bout de souffle et trempée. Weatherby. En ville. Lauren leva les yeux vers les lumières éparpillées çà et là dans le bâtiment plongé dans la . Lauren franchit les nombreuses voies de l'immense artère au pas de course. atteignant l'autre trottoir un quart de seconde avant que les voitures qui arrivaient ne la dépassent en rugissant. mais si elle coupait en contournant le gratte-ciel. le propre emploi de M. Tandis qu'elle s'apprêtait à traverser. elle ne put s'empêcher de sourire intérieurement.

la surface-miroir se transformait en doubles vitres ordinaires et Lauren pouvait apercevoir des cartons empilés dans les bureaux.Au secours ! cria-t-elle.Espèce d'idiote ! lança l'un d'eux d'une voix à la fois agacée et inquiète. répliqua-t-elle ironiquement. D'une hauteur d'au moins quatre-vingts étages. Elle pressa le pas. Paniquée. les bras battant l'air pour retrouver l'équilibre. Là où des lampes brillaient à l'intérieur du bâtiment. . . Au moment où elle se précipitait vers l'entrée principale. il y a quelqu'un. des frissons de peur la parcoururent des pieds à la tête. puis se tendirent.. au beau milieu d'une ville réputée pour sa forte concentration de criminels. je tombe en général d'un pont. . depuis les chaussures jusqu'au visage. comme si les locataires étaient prêts à prendre possession des lieux.Je passe une audition pour entrer dans un cirque. isolée dans le noir.pénombre. Tout à coup. Lauren fit un vol plané. Tandis qu'elle se hâtait.. Lauren leva la tête pour regarder l'homme de bas en haut. Marcher près de l'immeuble la protégeait du vent qui soufflait de la rivière et elle s'arrangea pour bien rester à l'abri. Son pied heurta un tas de tuyaux qui s'enroulèrent autour de sa cheville. Lauren se lança dans une course trébuchante. la bouche ouverte en un cri silencieux. L'autre homme accueillit sa réponse d'un éclat de . le visage dans la boue. tandis que l'autre s'accroupissait pour l'examiner d'un air préoccupé. il lui vint soudain à l'esprit qu'elle était seule. mais ceux de l'inconnu qui la suivait se hâtèrent également. Et en bis. des pas lourds résonnèrent dans la boue. Mais qu'est-ce que vous fichez ? S'appuyant sur ses avant-bras. derrière elle. A cette pensée. il était construit entièrement en verre réfléchissant sur lequel miroitaient les lumières scintillantes de la ville. aux pieds des deux hommes. et le cœur de Lauren fit un bond. l'une des grandes portes de verre s'ouvrit sur deux hommes qui sortaient du bâtiment plongé dans l'obscurité. et atterrit à plat ventre.

l'air soucieux : .Nick. L'espace d'un instant.Pouvez-vous marcher ? . portant complet et cravate. il doit y avoir une trousse de premiers secours dans l'une des pièces réservées au matériel . une pointe de gaieté dans la voix. elle estima qu'il avait environ trente-cinq ans. Il la prit par les épaules pour l'aider à se relever. . Il glissa un bras autour de sa taille et se rapprocha d'elle afin qu'elle puisse s'appuyer contre lui.Dans ce cas. Nick s'adressa à son compagnon par-dessus son épaule : .Comment vous appelez-vous ? lui demanda-t-il. Rien. s'effondrant presque de soulagement quand l'homme dénommé Nick entreprit de la guider vers le hall.Des kilomètres. mais lorsqu'ils entrèrent dans le hall. Il portait un pantalon et une veste en jean. le deuxième homme alluma plusieurs petits projecteurs au plafond et la plupart des doutes de Lauren s'évaporèrent : c'était un personnage entre deux âges. dit l'autre homme d'un ton acerbe. ajouta-t-elle d'un ton désespéré. ne lui parut dangereux. elle songea qu'il était tout de même peu recommandable de pénétrer dans un bâtiment désert en compagnie de deux inconnus. Quand Lauren eut décliné son nom. afin que nous puissions faire un constat des dégâts. prétendit la jeune femme d'une voix mal assurée. A en juger par son profil à moitié plongé dans la pénombre. . qui lui enveloppait toujours la taille du bras. il ajouta. Je suis plus embarrassée que blessée.Mike.rire. dit-il. Chaque muscle de son corps hurlait de protestation et sa cheville gauche la faisait douloureusement souffrir. à l'air digne. Lauren jeta un coup d'oeil à Nick. je crois que je ferais mieux d'aller chercher une ambulance pendant que vous restez ici avec Mlle Danner. chez lui non plus. . vous allez pouvoir marcher jusqu'à l'immeuble. . En dépit de l'éclairage. il ressemblait plus à un homme d'affaires qui aurait réussi qu'à un voyou.N'appelez pas d'ambulance ! le supplia Lauren.

Voudriez-vous aller la chercher ? . trop futile. lui expliqua Nick. tout en se dégageant volontairement du bras qui la soutenait. après tout. chuchota-t-elle d'une voix bizarrement croassante. Les portes de cuivre étince-lant s'ouvrirent et Lauren pénétra dans la cabine brillamment éclairée. Elle se demanda quand même s'il lui restait un soupçon de rouge à lèvres ou si son visage était maculé de terre.Bien sûr. Tout était construit en marbre blanc. Tandis que Mike se dirigeait vers un panneau rouge indiquant Escalier. Lauren lui adressa un bref sourire en même temps qu'un rapide regard de gratitude et se pétrifia sur place. comme dans l'attente que quelqu'un vienne les disposer à l'endroit qui leur était destiné dans la vaste surface du hall. Lauren embrassa le hall immense d'un regard curieux. très haut audessus de leurs têtes. . Nick lâcha un instant la taille de Lauren pour appuyer sur le bouton de l'un d'entre eux. Au même instant. Lorsqu'ils atteignirent la rangée d'ascenseurs encastrés dans le mur le plus éloigné.Je vous emmène dans un bureau meublé où vous pourrez vous asseoir et vous reposer jusqu'à ce que vous vous sentiez suffisamment d'attaque pour marcher sans aide. depuis les murs jusqu'au sol et aux piliers gracieux qui s'élançaient jusqu'au plafond. Il appuya sur le bouton du quatre-vingtième étage et Lauren dut refréner l'impulsion bien féminine de tendre la main pour mettre de l'ordre dans sa coiffure.Merci. mais je suis capable de me tenir debout toute seule. Pour une jeune femme intelligente. Des dizaines de grands arbres et de plantes luxuriantes étaient alignés le long d'un mur. se tenait l'un des hommes les plus beaux qu'elle eût jamais vus.d'entretien. les traits de son visage exposés maintenant en pleine lumière. puis elle se reprit. elle était en train de réagir de façon fort stupide à ce qui n'était. A côté d'elle. les portes de l'ascenseur se refermèrent et Lauren arracha son regard du visage de Nick. Ce serait un geste trop évident. rien de plus qu'un homme . .

Elle leva les yeux et s'aperçut avec horreur que ceux. le visage de profil. mais à l'ingéniosité qui lui avait soufflé un mensonge si plausible. sinon de le boire du regard. avec des épaules larges et musclées. reflétait la force virile. Lauren en était encore à étudier les lèvres de Nick lorsque celles-ci se contractèrent soudain. car il venait de la surprendre en train de le détailler. gris. mais d'un ton si taquin que ce n'était manifestement pas à la solution qu'elle avait trouvée pour soulager sa peur des ascenseurs qu'il applaudissait. mais sensuel. pour ne pas penser à la hauteur. D'un air très naturel. et il était bâti comme un athlète. il n'était peut-être pas si beau que cela. .. Le dessin de sa bouche était ferme. Puis. de Nick avaient glissé sur elle. Ses cheveux épais. mais cette fois-ci. D'ailleurs. Prise en flagrant délit.. Nick contemplait les chiffres qui flashaient les uns après les autres. comme pour exprimer une pointe d'amusement. son regard glissa de côté.Très futé. Lauren lança la première chose qui lui venait à l'esprit : .séduisant.Attendez-moi ici pendant que je vais allumer. Elle prit la décision de le regarder de nouveau.. J'essaie de me concentrer sur autre chose pour. en faisant preuve de discrétion. Chaque trait de son profil altier. étaient parfaitement coupés. des sourcils sombres et droits à l'avancée arrogante du menton et de la mâchoire.. Non seulement il était encore plus beau qu'elle ne le pensait. mais il mesurait au moins un mètre quatrevingt-dix. elle leva les yeux vers les chiffres qui clignotaient brièvement au passage de chaque étage.. Elle ne fît ni l'un ni l'autre.. dit . brun foncé. improvisa-t-elle en désespoir de cause. au-dessus des portes de l'appareil. . La tête légèrement inclinée en arrière. j'ai peur des ascenseurs. remarqua-t-il.Je. choisissant au contraire de garder les yeux rivés sur les portes de l'ascenseur jusqu'à ce que celles-ci s'ouvrent sur le quatre-vingtième étage. Lauren se retrouva partagée entre l'envie de rire de l'observation ironique de Nick et celle de rougir parce qu'elle n'avait pas du tout réussi à le tromper. mine de rien.

Elle ne put s'empêcher de le comparer mentalement au vieux bureau d'acier dont elle disposait dans son ancien emploi à temps partiel. Elle avait du mal à imaginer qu'un tel luxe et tant d'espace fussent réservés à une simple secrétaire. Mais qu'est-ce que . Et elle s'immobilisa net. si bien qu'elle avait déjà traversé la moitié de la pièce lorsqu'elle commença à prêter attention au cadre qui l'entourait. juste avant de. . Nick ouvrit les portes toutes grandes.Mon Dieu ! s'exclama-t-elle.. au milieu duquel était installé un bureau circulaire pour la réceptionniste. Nick lui jeta un regard chargé de dérision. puis il s'effaça pour permettre à Lauren de le précéder et pour étudier par la même occasion sa démarche boitillante.Nick. alors qu'ils traversaient le hall d'accueil en direction de doubles portes en palissandre hautes de deux mètres cinquante. illuminant tout l'étage. Cette autre partie de l'étage comprenait un espace d'accueil encore plus grand. . Quelques secondes plus tard. Il était déjà équipé de fichiers encastrés et d'un bureau de secrétaire en bois et en chrome étincelant.Les secrétaires de direction qualifiées sont extrêmement fières de n'être que des secrétaires et leurs salaires ne cessent de grimper tous les ans. Lorsqu'elle émit cette pensée à voix haute. Nick la prit par le coude pour la guider de l'autre côté du mur où étaient situés les ascenseurs et les pieds de Lauren s'enfoncèrent dans l'épaisse moquette émeraude. Lauren jeta un coup d'oeil à l'intérieur d'un superbe bureau qui s'ouvrait à droite de l'espace d'accueil. de vous rencontrer.. Je venais de me présenter de l'autre côté de la rue pour un emploi chez Sinco.Il se trouve que je suis secrétaire. . La jeune femme avait une conscience si aiguë du regard ardent et pénétrant posé sur ses jambes qu'elle sentit ses genoux flageoler. dont la partie gauche consistait apparemment en une immense zone de réception et en quatre très grands bureaux lambrissés de bois de chêne. lui confia Lauren. des panneaux au plafond s'allumèrent en tremblotant.

L'un des seuls qui soient complètement terminés. Sans voix.c'est que ça ? . dans toute sa splendeur magique. Six chaises en chrome. commenta Lauren d'une voix douce. la stupéfaction qu'elle éprouvait devant cette opulence l'amusait énormément. Des étagères transparentes offraient des rangées de verres et de carafes en cristal de Waterford. éclairé par de minuscules spots invisibles. Lauren laissa errer son regard admiratif sur l'ensemble du gigantesque bureau. Lauren se retourna et. construit en verre du sol au plafond. le regarda se diriger vers un mur nu en palissandre sur lequel il pressa du bout des doigts. elle prit conscience d'un élément qui lui avait . Manifestement.« Ça ». Des mètres carrés d'épaisse moquette beige recouvraient le sol et un somptueux bureau en bois de rose trônait tout au fond à droite. là. étaient disposées stratégiquement devant le bureau. répliqua Nick que sa stupéfaction amusait. Les trois autres murs étaient lambrissés de palissandre luisant. il lui lança un coup d'œil pardessus son épaule. comme vous dites. révélant un splendide bar en miroirs. fascinée. offrait un panorama ininterrompu de Détroit la nuit. tourné vers l'intérieur de la pièce. . au siège tendu de tissu vert mousse. le long mur. Du coup. tandis que de l'autre côté de la pièce. c'est le bureau du président. à leurs pieds. La ville étincelante de lumières s'étendait en éventail à des kilomètres à la ronde. Les prunelles bleues de la jeune femme quittèrent le bar encastré pour se poser sur le visage de Nick et surprirent l'expression qu'il tentait de dissimuler.Je vais nous préparer un verre en attendant que Mike revienne avec la trousse de premiers secours. . Un grand panneau glissa sans bruit sur le côté. dit Nick.J'en ai le souffle coupé. Devant elle. trois longs et profonds canapés capitonnés de la même teinte formaient un grand U autour d'une immense table basse composée d'un plateau en verre supporté par un énorme morceau de bois flotté verni. Comme Lauren ne répondait pas à sa proposition de lui préparer un cocktail.

Insistez auprès d'elle. Nick inclina la tête en direction du mur près du bar. en qualité d'avocat de cette entreprise. Cela n'aurait pas été si grave s'il n'avait pas eu l'air.Nick. Lauren essaya de ne plus y penser. mais apparemment les yeux de Nick ne remarquaient rien d'intéressant lorsqu'ils se posaient sur elle. Après avoir supporté pendant six ans l'admiration béate et les regards concupiscents des hommes.Voici la trousse de premiers secours. lui ne paraissait pas être le moins du monde affecté par sa féminité. Ses lèvres frémirent de nouveau. contentez-vous d'appuyer dessus.totalement échappé jusque-là : si elle était profondément sensible à sa séduction virile.Marchez droit devant vous et quand vous atteindrez le mur. .Où ? s'enquit-elle d'un ton neutre. tout en notant la direction qu'il lui indiquait. Mais elle suivit ses instructions et il lui suffît d'effleurer la surface lisse de palissandre du bout des doigts pour qu'un panneau s'ouvre avec un petit bruit sec sur une salle de bains spacieuse dans laquelle elle pénétra. sinon sachez que n'importe quel avocat pourra prétendre qu'elle est restée handicapée à la suite de sa chute et nous réclamer des millions de dollars de dommages et . je vous conseille d'emmener cette fille voir un médecin ce soir. .Si vous voulez vous rafraîchir. il y a une salle de bains là-bas. de la trouver extrêmement drôle. et rien ne se passait ! Absolument rien. mais elle s'interrompit en l'entendant ajouter un ton plus bas : . Lauren était sur le point de refermer la porte de la salle de bains. et Lauren lui lança un regard d'exaspération. . la beauté se trouve dans les yeux de celui qui regarde. Légèrement décontenancée et en proie à une réelle déception. afin d'établir la preuve qu'elle n'est pas sérieusement blessée. Selon un vieil adage. par la même occasion. lança l'homme dénommé Mike qui entrait dans la pièce à cet instant précis. elle venait enfin d'en rencontrer un qu'elle souhaitait désespérément impressionner. .

son chignon à moitié défait pendillait de travers sur sa nuque. Ce n'est qu'une gentille gosse aux grands yeux qui a eu la frousse de sa vie en tombant. de petites mèches de cheveux se hérissaient comme des pointes tout autour de sa tête et la veste de son tailleur pendait lamentablement de son épaule gauche. ne lui offrez pas de boisson alcoolisée. Les sourcils froncés. Si elle passait trop de temps dans cette salle de bains.un clown. Elle se dépêcha d'enlever sa veste bleu marine souillée. Je suis en retard pour mon rendez-vous à Troy et il faut que je parte. Un trajet en ambulance ne ferait que la terrifier.. Lauren referma discrètement la porte sans faire de bruit. entenditelle Nick lui répondre. Il était absolument nécessaire qu'elle ressorte de cette salle de bains sous un aspect totalement différent. Tandis qu'elle se frottait le visage et les mains. elle se tourna vers le miroir au-dessus du lavabo et étouffa un hurlement de rire horrifié. .. force lui fut de constater qu'elle ressemblait exactement à une caricature d'elle-même .Bon. bon ! soupira Mike. et non parce qu'elle mourait d'envie que Nick la trouve attirante. Mais.Arrêtez de gonfler toute cette histoire. . et Lauren se convainquit que c'était uniquement parce qu'elle se réjouissait à l'avance de gagner cette partie de « rira bien qui rira le dernier ». Son visage était maculé de larges traînées de boue et de crasse. Ses parents pourraient vous poursuivre pour tentative de séduction sur une mineure et.intérêts. son pouls s'accéléra sous l'effet de l'excitation. Mais il fallait qu'elle fasse vite. une gosse des rues lamentablement crasseuse et dépenaillée. Avec un gloussement hystérique. A la fois décontenancée et vexée de s'entendre traitée de gosse effrayée aux grands yeux. l'effet provoqué par sa transformation serait bien moindre. . pour l'amour du ciel. se réjouissant à l'avance du choc qui attendait Nick quand elle se serait débarbouillée pour devenir présentable.

A chaque mouvement de ses bras. Quand elle en eut terminé. Après les avoir bien lissés sur ses jambes. sa chevelure retombait en une masse fluide et brillante qui ondulait naturellement sur ses épaules et dans son dos. enfonçant à la hâte la brosse dans sa tignasse emmêlée sans se soucier de la douleur. une touche de rose à joues sur ses pommettes. elle ôta son collant de soie et fit mousser davantage le savon sur le gant de toilette. mais le verre que je vous ai promis sera prêt dans une seconde. Nick lui tournait le dos. lui dit-il sans se retourner. Elle se tenait tranquillement debout près du long canapé. Bien qu'un peu trop collet monté. merci. soulignant ses épaules larges et musculeuses et son dos fuselé. Avez-vous trouvé tout ce dont vous aviez besoin dans la salle de bains ? .Avec une grimace à la vue du piteux état de ses genoux. fit Lauren en posant son sac et sa veste. attrapa veste et sac et sortit de la salle de bains dont le panneau se referma avec un claquement feutré. Lauren prit tout son temps pour admirer la ligne nette formée par . Lorsqu'elle s'estima suffisamment propre.Oui. le fin tissu de sa chemise bleue se tendait. son corsage blanc était flatteur pour la ligne gracieuse de sa gorge et il soulignait bien les courbes de ses seins. La veste en jean qu'il avait enlevée était négligemment jetée sur l'une des chaises. elle se détourna du miroir. . Installé au bar. puis elle fourra tous ces objets dans son sac avant de s'écarter d'un pas pour s'examiner dans le miroir. Son teint était vif et ses yeux pétillaient à l'idée de la surprise qu'elle réservait à Nick. elle appliqua du rouge à lèvres couleur pêche. Satisfaite de son œuvre.J'ai été obligé de passer un coup de fil. elle ôta les épingles de ses cheveux miel foncé et se mit à les brosser avec vigueur. elle renversa le contenu de son sac à bandoulière sur la coiffeuse et ouvrit le sachet de collants de rechange qu'elle y avait en permanence. observant les gestes rapides et efficaces avec lesquels Nick prenait deux verres de cristal sur une étagère et sortait un bac à glaçons du réfrigérateur compact encastré dans le bar. En quelques gestes vifs.

Maintenant. . .Je redose votre gin-tonic. comme s'il l'avait prise en faute. Lauren avait nourri l'espoir qu'il remarque qu'elle était une femme. les lèvres retroussées en un sourire ironique. il n'y a ni sodas ni limonade dans ce bar. de son nez mutin. Mais il n'en fit rien. les sourcils froncés et l'oeil surpris. répliqua-t-il d'un ton amusé.Mais que faites-vous ? lui demanda-t-elle. retourna au bar et versa le contenu de l'un des verres dans l'évier d'acier chromé. Puis il dériva en direction de sa poitrine pleine. elle aurait plutôt souhaité qu'il lui dise un mot gentil. prenant note de ses yeux turquoise qui pétillaient d'humour sous leurs cils longs et recourbés. Lauren éclata de rire. Deux pas dans sa direction et il s'immobilisa net. de sa taille mince et de ses longues jambes sculpturales. La réussite allait bien au-delà de ses espérances. Le suspense se prolongeait et elle attendait avec de plus en plus d'impatience qu'il se retourne. après avoir replacé un bouchon sur une carafe de whisky en cristal et pris un verre dans chaque main.Malheureusement. Sans une parole. tandis qu'il lui jetait un regard par-dessus l'épaule. . Son regard stupéfait se posa ensuite sur le visage de Lauren. Lauren. il pivota sur ses talons. Lauren réprima un petit gloussement de rire et joignit sagement les mains dans le dos. mais quel âge avez- . de ses joues délicatement sculptées et de ses lèvres tendres.Ce n'est que pure curiosité. Perdue dans sa contemplation. A la mention du mot limonade. elle sursauta lorsqu'il s'adressa à elle. Ses prunelles grises glissèrent sur la luxuriante cascade de cheveux d'or qui encadraient le visage de la jeune femme et tombaient avec grâce et naturel sur ses épaules et dans son dos. et reposa vite les yeux sur sa nuque sombre. Je vous ai donc préparé un verre de tonic avec de la glace. Ce qu'il fit.ses hanches étroites et ses longues jambes. . mises en valeur par le jean bien ajusté qu'il portait.

Les bonnes secrétaires sont toujours très recherchées. Le bureau du personnel de Sinco finira probablement par vous rappeler pour vous proposer un poste. . tout en lui obéissant néanmoins. Il lui apporta son verre et lui fit signe de prendre place sur le canapé. Après avoir posé son verre sur la table basse. . sans cesser de la dévisager. protesta-t-elle. il paraissait ne rien avoir remarqué. la jambe de la jeune femme fut parcourue de décharges électriques.Oui. occupé qu'il était à explorer minutieusement son mollet de ses doigts fermes qu'il faisait glisser lentement vers sa cheville. . Heureusement. fit Lauren sans pouvoir refréner un . avant de vous jeter à nos pieds ce soir ? souffla-t-il. La tête toujours penchée.Je vous assure qu'elle ne me fait pas mal.Etes-vous une bonne secrétaire ? .Vous ont-ils offert un poste ? Il était si grand que Lauren fut obligée d'incliner la tête en arrière pour voir son visage.Non. .D'après mon ancien employeur.Vingt-trois ans. tout en ajoutant une petite dose de gin au tonic qu'il lui avait préparé. Au simple effleurement de ses doigts sur sa cheville. il ajouta : . .J'en doute. . . Nick resta debout devant elle. sur cette cheville.vous? . Elle se contracta sous ce choc inattendu.Et vous étiez allée vous présenter chez Sinco pour un poste de secrétaire. Vous ne devriez pas rester debout. il s'agenouilla et commença à déboucler la fine lanière de la sandale de Lauren. . .Asseyez-vous. oui.J'aimerais bien jeter un coup d'œil sur votre cheville.

il prit le talon de Lauren dans la main gauche et ramassa la sandale de la jeune femme de l'autre main. croyez-moi. et son regard se promena avec une admiration franche et virile sur ses traits. Je crains. . par de la chaleur et de l'humour. il leva les yeux vers elle et lui demanda. Et il n'était pas question non plus de nier l'emprise qu'exerçait sur elle le magnétisme sexuel émanant de tout son corps d'homme solide et sûr de soi.Cendrillon. Pendant qu'elle lui adressait un sourire. Lauren le trouva encore plus attirant. le directeur du personnel. Le brin de cynisme qui luisait dans ses yeux était tempéré.N'y a-t-il pas un conte de fées dans lequel un homme recherche une jeune fille dont le pied entrera dans une pantoufle de vair ? . dit Lauren avec un hochement de tête. . précisa-t-elle. Est-ce qu'elle vous fait souffrir ? . votre cheville et votre dignité se porteront parfaitement bien demain.Sans blague? s'esclaffa Nick. elle le percevait bien. Sinon. constata-t-il. il ne porterait pas une veste jacquard avec une cravate à motifs cachemire. que M. Au moment où il allait lui enfiler la chaussure. avec un sourire langoureux qui lui fit chavirer le cœur : . .Lauren. ne m'ait pas trouvée très brillante. Ce Weatherby doit être aveugle. . La tête de Nick se releva brusquement. Weatherby.Bien sûr qu'il l'est ! s'exclama-t-elle.Elle ne m'a pas l'air enflée. en ce qui me concerne. la tête de nouveau penchée vers sa cheville.Si tel est le cas. Mais ce n'est rien à côté de ma dignité. . elle sentit qu'il était bien davantage qu'un spécimen masculin d'une beauté hors du commun. Il porte vraiment ça? Lauren acquiesça de la tête et cet instant de connivence se chargea bizarrement pour elle d'une profondeur inexplicable.Un tout petit peu.sourire. vous êtes aussi brillante qu'un sou neuf. Toujours accroupi. et sur son visage dessiné au burin se lisait l'expérience d'un homme ayant eu à affronter de rudes épreuves. Du coup. .

Lauren le sentit non sans tristesse. . Cette pensée la déprimait tellement qu'elle en oubliait l'embarras qui venait de l'envahir en découvrant que c'était à un gardien chargé de la sécurité de l'immeuble qu'elle avait essayé d'échapper. . Ramassant son cocktail.Travaillez-vous pour l'entreprise qui construit ce gratte-ciel ? s'enquit-elle dans une tentative pour retarder le moment de leur séparation et apprendre quelque chose sur lui.les yeux brillants. Nick Sinclair à l'appareil. dit-il. La jeune femme que vous suiviez parce qu'elle était entrée sans permission s'est remise de sa chute.Travailler dans le bâtiment vous plaît-il ? . je vous retrouve en bas dans cinq minutes. . Leur agréable petit badinage était terminé. dit-il sans cacher son impatience.George. Il reboucla la sandale de Lauren. une brève étincelle d'attirance erotique qu'il étouffa sur-le-champ. tandis que leurs regards s'accrochaient. .Que m'arrivera-t-il si cette pantoufle est faite pour vous ? . puis se leva. C'était le signal. Elle le regarda se pencher pour prendre le téléphone à l'autre bout de la table basse et composer un numéro à quatre chiffres. le railla-t-elle. L'accablement s'empara de Lauren. Nick jeta un coup d'œil presque impatient à sa montre.Je vous transformerai en crapaud. il le but d'une traite et reposa le verre sur la table basse. Très bien. J'aimerais que vous veniez devant le bâtiment avec la voiture de sécurité et que vous la raccompagniez à l'endroit où elle s'est garée. Cinq minutes.J'aime construire des choses. que leur rencontre s'achevait.un rire chaud et merveilleux -. . et elle vit quelque chose vaciller tout au fond de ses yeux argentés. Je suis ingénieur. .Oui. Et ce n'était même pas Nick en personne qui la reconduirait jusqu'à sa voiture ! Un horrible pressentiment lui soufflait qu'il ne s'inquiéterait même pas de savoir comment il pouvait la joindre.. Il éclata de rire ..

pour veiller au bon fonctionnement de tous les ordinateurs sophistiqués qui. Sans doute avait-il une soirée de prévue. . Un mannequin. elle en avait une sorte d'horrible pressentiment. Il va falloir le boucler à double tour pour éviter que ça continue. Et avec une très jolie fille.Global Industries était garée sur le terrain boueux devant le bâtiment et l'attendait. Une voiture blanche portant la mention Service de sécurité .Dans les années qui viennent. il posa l'avant-bras sur le toit de la voiture et baissa la tête pour lui parler à travers l'étroite ouverture de la portière. ne s'apercevra pas que vous avez fait un raid sur son placard à alcools. je passerai la plus grande partie de mon temps ici. merci pour tout. Je vais leur passer un coup de fil pour voir s'ils ne peuvent pas persuader Weatherby de revenir sur sa décision. si l'élue était censée posséder un physique aussi avantageux que le sien. De toute façon. . pour le moins. Formant de son corps un paravent qui la protégeait contre l'air frisquet. dirigeaient tout dans ces gratte-ciel. Ne sachant pas très bien quoi penser de cette réponse. elle ne le reverrait jamais. Nick l'accompagna jusqu'au véhicule et tint la portière ouverte pendant qu'elle se glissait sur le siège du passager à côté du garde.. cela n'avait pas d'importance puisque. J'espère que le P. à première vue.Tous les gardiens se sont déjà chargés de faire main basse dessus. Ou alors. Nick lui lança un regard ironique. un agent de la sécurité en uniforme au volant. n'était pas du genre à s'être fait passer la bague au doigt. La présence permanente d'un ingénieur était peut-être nécessaire. .Eh bien.Vous enverra-t-on ailleurs quand cet immeuble sera achevé ? . du chauffage central aux ascenseurs. il était marié. Pendant que l'ascenseur descendait.G. .J'ai des relations chez Sinco. ne put s'empêcher de penser Lauren avec mélancolie. il lui parut préoccupé et pressé.-D. Mais il ne portait pas d'alliance et. Lauren se leva pour prendre sa veste.

Je lui ai vraiment fait très mauvaise impression. elle pénétrerait pour la seconde fois dans leur demeure de Grosse-Pointe. Dix minutes plus tard. . il la bouscula « par hasard ». S'obligeant à ne plus penser à Nick Sinclair. Carter. Carter s'était ingénié à la rendre aussi malheureuse que possible. Dans moins d'une demi-heure.Ce petit signe prouvant qu'elle lui plaisait assez pour qu'il essaie d'intercéder en sa faveur regonfla le moral de Lauren. à la rabaisser et à tout faire pour l'effrayer. Pendant tout le reste de l'après-midi. La partie cauchemardesque avait commencé le lendemain. Des souvenirs du week-end humiliant qu'elle avait passé quatorze années plus tôt dans cette maison élégante se bousculèrent dans sa tête. La première journée ne s'était pas trop mal passée. tout en songeant sans joie à la rencontre qui l'attendait avec la famille Whitworth. car elle était restée pratiquement toute seule. Lauren payait le gardien du parking et sortait sur l'avenue balayée par la pluie. quand elle eut changé sa robe sale et déchirée. juste après le déjeuner. Hormis le fait de l'appeler Quat'z'yeux parce qu'elle portait des lunettes. l'Ins-tit. Durant la visite qu'il fit faire à Lauren de leur jardin à la française. Une demi-heure plus tard. professeur à l'université de Chicago. Quant à sa mère. elle suivit les instructions que lui avait fournies la secrétaire de Philip. Mais je vous suis reconnaissante de me l'avoir proposé. et elle frissonna de crainte et d'embarras. mais il lui suffit de repenser à la façon dont elle avait volontairement répondu de travers aux tests pour secouer la tête d'un air sincèrement désabusé. c'était la Pianoteuse. avait fait son apparition sur le seuil de la porte de la chambre de Lauren pour lui annoncer que sa mère lui avait donné l'ordre de la faire sortir de la maison. une pianiste concertiste. Elle attendait des amis et ne voulait pas qu'ils voient la petite fille. le fils adolescent des Whitworth. l'envoyant s'étaler à plat ventre dans un gros buisson de rosiers piquants. il surnommait sans arrêt son père. Carter lui présenta de piètres excuses et lui proposa de rendre . Il ne changera pas d'avis.N'en faites rien.

il connaît plein de tours. ils vont te sauter à la gorge et te trancher la veine jugulaire.Attrapez.Carter ! hurla-t-elle.Bonjour. les chiens. .vive. ajouta-t-elle alors qu'ils arrivaient devant une haie taillée derrière laquelle était dissimulé un vaste enclos pour les chiens. . lui apprit-il.visite aux chiens de la famille. . . Sinon. Il paraissait si sincère et montrait tant d'enthousiasme juvénile à vouloir les lui présenter que Lauren décida sur-le-champ qu'il n'avait effectivement pas fait exprès de la faire tomber dans les rosiers. j'ai une chienne. Pourquoi font-ils ça ? . lui confia-t-elle fièrement. . Il joue tout le temps à chat avec nous et. leurs babines blanches retroussées. tout en pressant le pas pour rester à son niveau tandis qu'ils traversaient des pelouses superbement entretenues. en direction de l'arrière de la propriété. je ne bougerais pas.Moi aussi. . la porte de l'enclos qu'on refermait claqua dans son dos. entouré d'un treillage haut de trois mètres. les gars ! Attrapez ! Les deux chiens se raidirent sur-le-champ et s'avancèrent en grondant sur Lauren pétrifiée. Carter ouvrit la porte et s'effaça pour la laisser entrer.Ces deux-là connaissent aussi des tours très particuliers. tandis que Carter criait : . en plus. d'un vert éclatant. dit-elle d'une voix douce en s'approchant des animaux silencieux et sur le qui. Lauren pénétra dans l'enclos sans la moindre crainte. tout en reculant jusqu'à se retrouver coincée contre la barrière. La petite fille adressa un sourire radieux aux deux dobermans et à Carter qui était en train d'ouvrir le lourd cadenas de la porte de l'enclos. Au moment où elle tendait la main pour les caresser. ironisa sur un ton doucereux le jeune garçon de l'autre côté de la barrière.A ta place.Ma meilleure amie a un doberman. Elle s'appelle Flocon et elle est blanche.

Il était inutile de raconter à sa mère ce que Carter lui avait fait.Ne me laisse pas là-dedans ! hurla Lauren. l'air furieux. Ginna Carter possédait la dévotion profonde . elle s'était résignée à l'obligation de ravaler sa fierté et de se conduire comme si rien ne s'était passé. Américaine d'origine italienne. tandis qu'un flot de larmes incontrôlable ruisselait sur ses joues. bégayat-elle d'une voix enrouée. Pendant tout le reste de l'après-midi. lorsque sa mère vint la chercher dans sa chambre pour le dîner.Ces chiens ne t'auraient pas fait le moindre mal. tous les plans qu'elle imagina étaient néanmoins difficilement applicables. ne me laisse pas là-dedans.Sors de là ! la gronda-t-il. elle retrouva l'usage de ses cordes vocales. Lauren prit soudain conscience qu'il n'avait pas l'air le moins du monde effrayé. Lauren resta avachie sur son lit. . Qu'est-ce qui te prend d'énerver ces chiens ? Il l'attrapa par le bras pour pratiquement la traîner hors de l'enclos et lorsqu'il referma la barrière d'un coup sec derrière eux. En dépit de l'intense satisfaction qu'elle éprouvait à l'idée de le voir se traîner à genoux à ses pieds en la suppliant de l'épargner. Quand le jardinier reprit la parole après avoir plongé les yeux dans le regard bleu glacé de terreur de l'enfant. c'est tout. . Les yeux rivés sur les chiens qui montraient les crocs. . Ils sont dressés pour donner l'alarme et faire peur aux intrus. Le soir. elle ne s'époumonait plus. . ils allaient me trancher la gorge. il était un peu moins fâché.Et sur ces mots. elle poussait des petits gémissements hystériques. à envisager toutes les façons sanguinaires possibles et imaginables de se venger de Carter. L'homme ouvrit la barrière d'un geste brusque et pénétra dans l'enclos. Du coup.Ils. il s'éloigna d'une démarche nonchalante en sifflotant gaiement.. Ils n'auraient pas la bêtise de mordre n'importe qui.. Je t'en supplie. Quand le jardinier la trouva une demi-heure plus tard.

As-tu passé une bonne journée. Quand elles arrivèrent au bas de l'escalier. mais je refuse désormais de recevoir un de ces parasites minables chez moi.Maman Whitworth. j'arrive tout de suite. elle ajouta : . La famille Whitworth au grand complet était déjà installée autour d'une table immense. Robert Danner les demandait au téléphone. ma chérie. Si Lauren lui avouait sa mésaventure. Tournant sa tête aux cheveux blonds mis en plis avec chic vers la vieille dame assise à sa gauche. une domestique leur annonça qu'un certain M. Si elle est assez mal élevée ou idiote pour être en retard.et sentimentale qu'ont les Italiens envers la famille dans son sens le plus large. dit tendrement Ginna à sa fille. . y compris lorsque les membres de ladite famille ne sont unis que par des liens lointains et obscurs.Philip.Pas mauvaise.Vas-y.J'ai pourtant dit clairement à cette Danner de descendre à 20 heures précises. Elle adressa un bref signe de tête au majordome. marmonna Lauren qui était en train de se demander comment elle allait résister à l'envie pressante de flanquer à Carter Whitworth un bon coup de pied dans les tibias. Sur le pas de la porte voûtée de la salle à manger. Je suis persuadée que vous avez maintenant rassemblé assez . . Il est 20 h 2. continua sa femme. . nous dînerons sans elle. sous un lustre étincelant. avec la charité qui la caractérisait. Lauren hésita. sa mère. . se contenterait de dire que Carter ne s'était livré qu'à des blagues de gamin. il faut que ça cesse. ma chérie ? lui demanda Ginna alors qu'elles descendaient ensemble le grand escalier circulaire menant à la salle à manger. . j'ai fait preuve d'autant de tolérance que possible en la matière. était en train de dire la mère de Carter à son époux. tout en allant prendre le combiné du téléphone posé sur un petit guéridon en bas de l'escalier. qui se mit sur-le-champ à remplir de potage les fragiles assiettes de porcelaine de chaque convive.

une flamme rebelle étincelant dans son regard bleu fulminant. Tous continuèrent à avaler le potage que le maître d'hôtel venait de leur servir.Si c'était le cas. .Seigneur. Lauren se tenait sur le pas de la porte. nous vous demandons de bénir ce repas.Pardonnez-moi de vous avoir fait attendre. ditelle à ses hôtes. . dit-elle. qui se tenait debout sur le côté.ce que du moins Lauren considérait comme tel . mais elle ne tolérerait jamais que ces gens horribles et grossiers rabaissent un homme brillant comme son père et une femme belle et talentueuse comme sa mère ! Sa mère.d'informations pour pouvoir mener à bien votre ouvrage. Seigneur. . Merci. Carol. Faisant bien attention d'éviter le regard de sa mère. sans hésiter à braver son regard dédaigneux. je n'aurais pas besoin de recevoir ces gens ici. remarqua qu'elle avait reposé sa cuiller. la rejoignit sur le seuil de la salle à manger et la prit par la main. justement. joignit les mains et entonna d'une voix enfantine et aiguë : . Le majordome. mais il faudra que vous les supportiez encore pendant un certain temps. elle saisit calmement sa cuiller. Lauren jeta un regard rapide à sa mère. Amen. mademoiselle ? . La petite fille inclina pieusement la tête. Nous vous demandons de pardonner aux gens qui sont des hypocrites et qui se croient meilleurs que tous les autres pour la simple raison qu'ils ont plus d'argent qu'eux.Quelque chose ne vous convient pas. C'était une chose que d'avoir eu à subir personnellement les affronts de Carter.était froid. Pas un seul des Whitworth ne se donna la peine de lui répondre. . Je sais bien qu'ils sont énervants et mal élevés et que c'est pénible pour nous tous. qui était en train de déplier une serviette de lin et de la poser sur ses genoux. Prise d'une inspiration subite. Le potage .Mon potage est froid.

Carter. je t'assure. je suis vraiment désolée ! susurra-t-elle en étouffant un gloussement de rire. . Sous les regards furibonds de toute la famille Whitworth. Pendant que nous visitions la roseraie. lança Carol Whitworth à Lauren d'un ton coupant. mais je ne me rendais pas compte que c'était mal élevé de raconter ma journée. il m'a enfermée dans l'enclos par accident et.. quand il m'a montré les chiens.Je suis désolée. C'était un accident. Lauren était quand même parvenue à trouver le courage de soutenir son regard gris acier sans ciller et à répondre d'un ton faussement humble : . non ? Veux-tu que je raconte à tout le monde les « accidents » qui te sont arrivés aujourd'hui ? Feignant de ne pas remarquer le regard assassin qu'il lui lançait. elle se tourna vers les autres membres de la famille. j'ignorais aussi qu'il était bien élevé de traiter ses invités de parasites minables. tandis que le majordome et Carter essayaient de réparer les dégâts. son beau visage aussi froid et dur qu'un glacier. et figure-toi que ça se mange froid ! Le lait « glissa » des mains de Lauren.Qu'est-ce que t'es cruche ! se moqua Carter alors que Lauren soulevait son petit verre de lait. . . .Je refuse d'entendre une autre de vos accusations effrontées de gosse mal élevée.. elle avait soulevé sa cuiller et ajouté pensivement : .Oh. et un déluge blanc et froid vint éclabousser le set de table et les genoux de Carter. il a trébuché accidentellement et m'a poussée dans les rosiers. Et tu t'y connais en accidents. m'dame. C'est de la vichyssoise.Carter a eu un nombre incroyable d'« accidents » aujourd'hui.Evidemment.. Après.

avait maculé ses vêtements et rencontré l'homme le plus beau et le plus séduisant de sa vie. . commença-t-il. Dès qu'elle aurait trouvé un logement. Elle avait eu deux entretiens pour trouver du travail. vint lui ouvrir la porte. avant d'être interrompu . prête à se mettre à la tâche. Lauren reconnut l'un des témoins de la scène qui s'était déroulée quatorze années plus tôt dans la salle à manger. en uniforme. Le lendemain était un vendredi. pour couronner le tout. mais il lui était possible d'être de retour à Détroit dans une quinzaine de jours. elle était tombée dans la boue..Bonsoir. Pour être à l'heure à son rendez-vous avec Philip Whitworth en début d'après-midi. elle avait gâché ses chances de travailler non loin de lui. Un majordome bedonnant. Au premier coup d'œil. elle avait conduit pendant douze heures d'affilée.. Et. Philip ne lui avait pas précisé quand il souhaitait qu'elle commence à travailler pour son entreprise. elle pourrait retourner à Fenster pour déménager ses objets personnels.3 Lauren se sentait très lasse et complètement démoralisée lorsqu'elle se gara devant la demeure de trois étages de style Tudor des Whitworth. et elle avait l'intention de consacrer cette journée à la recherche d'un appartement. Elle ouvrit la malle de sa voiture pour en sortir sa valise. en ratant volontairement les tests qu'elle avait passés chez Sinco.

Puis elle lui fit un bref résumé de sa chute devant l'immeuble de Global Industries et lui demanda la permission d'aller se rafraîchir avant le dîner. Lauren ? . Philip se leva pour l'accueillir au moment où elle faisait son apparition sur le seuil de la porte voûtée du salon. répondit Carol. l'épouse de l'industriel était encore une belle femme. . toutefois. optant pour une jupe droite couleur abricot et un chemisier assorti. En dépit de ses préjugés. je suis persuadé que tu te souviens de Lauren. Comment allezvous. » Carol. les commissures de ses lèvres relevées en un sourire qui. En quelques mots. elle se sentait même franchement coupable. Lauren dut reconnaître qu'avec ses cheveux blonds impeccablement coiffés et sa silhouette toujours mince et élégante malgré les années. très bien. tout en la menant jusqu'à sa femme.par Philip Whitworth qui traversait à grands pas le vaste vestibule de marbre : . je me faisais un sang d'encre à votre sujet ! Pourquoi avez-vous mis tellement de temps à nous rejoindre ? Il paraissait si inquiet que Lauren s'en voulut de lui avoir causé du souci. intervint un Carter Whitworth souriant. D'un regard paresseux. n'omettant ni ses yeux bleu vif. ne se reflétait pas dans ses yeux gris. lui dit-il. où elle prit une douche. A l'idée qu'elle l'avait trahi en n'essayant pas vraiment d'obtenir un emploi chez Sinco. Le majordome la conduisit à sa chambre. dont la personnalité glaciale avait laissé dans la mémoire de la jeune femme une empreinte indélébile. il la considéra attentivement. située à l'étage.Lauren. ni ses traits .Effectivement. mère. vous avez fait merveilleusement vite. tout en se levant pour saluer la jeune femme.Il est clair que Lauren va très. elle lui expliqua que son entretien « ne s'était pas très bien déroulé ». .Lauren. se brossa les cheveux et changea de tenue.

.Je me suis montré incroyablement grossier envers vous. . . Lauren garda une attitude neutre.Et vous aussi. il sourit.Vous avez vraiment changé. Vous venez ? Alors qu'ils venaient de finir le dernier plat. . Ils venaient en quelque sorte de se réconcilier. . . ni les courbes très féminines de sa silhouette pleine de grâce. . comme un enfant gâté. le majordome apparut dans la salle à manger.Quant à vous. Pour ces retrouvailles avec le bourreau de son enfance.C'est vrai... puis il se leva et tendit la main à Lauren. . Elle accepta le verre de sherry que lui avait préparé Carter et prit place sur le sofa. . vous vous êtes conduite comme une véritable sale gosse au dîner. l'observant avec circonspection quand il s'installa près d'elle au lieu de regagner sa chaise. Carter leva les yeux vers le majordome qui se tenait sur le seuil de la porte.délicatement sculptés. nous ne nous étions pas très bien entendus. observait le petit manège de séduction de son fils d'un regard froid et insondable. Lauren acquiesça de la tête et ses yeux s'illuminèrent d'un sourire. l'air de plus en plus réjoui. . observa-t-il d'un ton songeur.Le dîner est prêt.Pourquoi ne nous entendions-nous pas ? insista Carter. observa-t-il gaie ment. poursuivit-il. Lauren sentait que les préjugés qu'elle nourrissait à son égard commençaient à se dissiper. .Eh bien moi. il passa le bras derrière ses épaules sur le dossier du canapé.Effectivement. si.Je. je ne m'en souviens pas. Sans avoir l'air d'y toucher. Lauren jeta un bref regard gêné en direction de Carol qui. . l'air d'une altesse quelque peu pincée.Si je me souviens bien. Décontenancée par son visage plein de candeur et de franchise.

Vous a-t-il précisé qui conduirait cet entretien ? . . Cet ami a appelé M. Quelque peu décontenancée d'apprendre que deux personnes supplémentaires étaient dans le secret de son avenir. Higgins. dit-il. Racontez-nous. Carter les quitta pour regagner son appartement et Carol se retira dans sa chambre. Weatherby il y a quelques minutes. Résultat : M. Nous ne voulons pas que le moindre obstacle vous empêche d'obtenir ce job. un homme du nom de Williams. . l'homme qui est venu à mon secours ce soir lorsque je suis tombée possède un ami très influent chez Sinco. Lauren s'exécuta : . selon lui. mais il y a un certain Weatherby de la Sinco Electronics Company au téléphone pour Mlle Danner. Après avoir raccroché.Veuillez apporter le téléphone sur la table. Pas possible ! Peu de temps après.Il se peut que Williams veuille que vous commenciez tout de suite. Le visage de Philip Whitworth s'éclaira sur-lechamp. . Je suis censée avoir un entretien pour ce poste demain. murmura tout bas Philip. de plus en plus satisfait. me conviendrait parfaitement. .Jim Williams. Weatherby s'est souvenu d'un poste de secrétaire qui. Carol et Carter sont tous les deux au courant de ce que vous essayez de faire pour nous aider.Allez-y. elle posa sur Philip des yeux stupéfaits et pleins de gaieté. La conversation téléphonique fut brève.Apparemment. Mais Philip demanda à Lauren de rester au salon avec lui. lui dit-il quand les autres furent partis.Je ne peux pas aller chercher mes affaires avant d'avoir trouvé un logement ici.Si je me souviens bien. Lauren se contentant surtout d'écouter. . . Quand pouvez-vous retourner chez vous pour vous occuper de votre déménagement et revenir travailler? Le plus tôt sera le mieux.Excusez-moi..

c'est impossible.. Espionnage. j'ai acheté un appartement à Bloomfield Hills pour l'une de mes tantes. elle pourrait également lui faire parvenir l'argent du loyer qu'elle économiserait. Elle est en Europe depuis plusieurs mois et a l'intention de rester là-bas pendant encore un an. Il est hors de question que vous me fournissiez également un logement. Non. En acceptant mon offre. dit-il en lui tendant le morceau de papier. ce n'était pas exactement ce qu'elle ferait. avant d'ajouter après un moment de réflexion : Il y a quelques années. non seulement sa mission se justifiait. personne n'établira jamais le lien entre vous et moi. Cela me ferait très plaisir que vous en profitiez. . mais celui-ci avait déjà sorti un stylo et un papier de la poche de son veston et il était en train de griffonner quelque chose dessus. De cette façon. . et le plus vite possible.J'insiste. donnez-leur ces informations. Lauren tirait d'un air absent sur la manche de son chemisier abricot. Prise d'angoisse. . le rappel du double rôle qu'elle jouerait si elle travaillait pour Sinco glaça Lauren jusqu'à la moelle épinière. En réalité. gentiment mais fermement. le temps de se rappeler la véritable . dit-il. Tel un sinistre présage.Je vois. car je suis obligé de payer une somme mensuelle rondelette au gardien de la résidence pour qu'il surveille l'appartement inoccupé. Vous avez déjà bien trop fait pour moi. elle se hâta de rejeter ce terme. acquiesça-t-il. Cela nous permettra à tous les deux de faire des économies. elle se contenterait d'essayer de dénicher le nom du traître qui espionnait l'entreprise de Philip. Quand vous remplirez les formulaires d'engagement chez Sinco demain. Avec cet arrangement.Vraiment. Considérée de ce point de vue.Voici l'adresse et le numéro de téléphone de la résidence. elle eut même l'impression d'être une personne vertueuse. L'espace d'un instant. Elle posa un regard préoccupé et dubitatif sur Philip. mais elle devenait franchement honorable. vous me rendrez de toute façon service. Son père avait besoin de chaque cent qu'elle serait en mesure de lui envoyer. se hâta de répondre Lauren.

. acceptez-le et partez directement de chez eux pour le Missouri. La voix de Philip vint interrompre le fil de ses pensées : .Si Sinco vous offre un emploi de secrétaire demain.raison qui la poussait désormais à travailler de si bon cœur pour Sinco : Nick Sinclair travaillait juste de l'autre côté de la rue et elle ne souhaitait rien d'autre que d'avoir une occasion de se trouver près de lui. je saurai que vous avez obtenu le poste et je ferai en sorte que l'appartement soit à votre disposition dans le courant de la semaine. Si je n'ai pas eu de vos nouvelles demain à midi.

une amie personnelle de M. Sampson. qui se trouve être une jeune personne extrêmement intelligente et.à vous. Sinclair. répondit M. mon patron m'a appelé chez moi pour m'annoncer que j'avais offensé et mésestimé Mlle Danner. Avec un sentiment d'impatience mêlé de crainte. vous auriez pu nous éviter une grosse perte de temps . Sinclair. . Et hier soir. juste devant l'immeuble de Global Industries. Il vous suffisait simplement de m'annoncer. de notre société. qui plus est. quand vous êtes venue me voir hier. Sur ce.Est-ce lui qui vous a appelé pour vous dire que j'étais de ses amis ? lui demanda Lauren par curiosité. il m'a raccroché au nez.et bien des ennuis. . qui a appelé mon patron. . celui-ci était manifestement ennuyé : . mademoiselle Danner. que vous étiez une amie de M. Lauren eut la chance de trouver une place pour se garer en face des bureaux de Sinco. traversa la rue pour se rendre à son rendez-vous avec M. après avoir lissé sa jupe beige et ajusté la courte veste militaire coordonnée. M. à moi et à beaucoup d'autres . lui dit-il au moment où il la faisait entrer dans son bureau. Weatherby qui avait bien du mal à cacher son irritation. de l'autre côté de la rue. En dépit de son sourire courtois et presque patelin. Sinclair a appelé le P. elle sortit de sa voiture et. qui a appelé le directeur administratif adjoint.-D.G. Lequel a appelé le directeur général adjoint.Franchement. Weatherby.Non.4 Le lendemain matin à 11 h 30. M.

il interrompit la lecture des documents sur lesquels il était en train de travailler et. je vous prie de bien vouloir me suivre. même s'il la détestait. l'interrompit M. Weatherby introduisit Lauren dans son bureau.Exactement. J'avais effectivement échoué aux tests que vous m'aviez fait passer. Veuillez fermer la porte derrière vous en sortant. rongée par l'idée inquiétante que M. Lauren s'assit comme Jim Williams le lui demandait et attendit qu'il se lève et contourne son bureau pour se rapprocher d'elle. Williams. lui offrirait peutêtre ce poste parce qu'il avait été intimidé par son supérieur.M. mais il m'a répondu que lui se fichait que vous tapiez avec vos doigts de pieds. . Après tout.Je suis vraiment désolée de vous avoir causé tant de soucis.J'ai dit à mon patron que vous ne saviez pas avec quel bout du crayon on écrivait. Je vais vous emmener jusqu'au bureau de M. il ajouta : . S'appuyant contre le meuble.Maintenant. Lauren le suivit. . .Lauren n'arrivait pas à croire qu'elle avait déclenché une telle tempête. de la tête. Il acquiesça d'un hochement de tête dramatique. ajouta-t-il d'un ton cassant à l'intention de Weatherby. James Williams avait le comportement vigoureux et autoritaire d'un homme qui ne sera jamais le pantin de qui que ce soit. Quelques instants plus tard. désigna froidement à la jeune femme la chaise tendue de cuir qui se trouvait devant son grand bureau. qui est notre directeur général adjoint. Sa secrétaire déménage en Californie. Lorsque M. ce n'était pas votre faute. C'est lui qui va vous recevoir pour ce poste. Weatherby. dit-elle d'un air contrit. elle abandonna néanmoins cette idée. Williams. Williams est-il le directeur général adjoint qui a appelé le directeur administratif adjoint qui a appelé ?. . S'extrayant non sans mal de son fauteuil. fort embarrassée. Agé d'environ trente-cinq ans.. il croisa les bras sur son torse et la balaya d'un regard pénétrant. lui dit-il. demanda Lauren. ..Asseyez-vous. Le reste de son visage restait tota- .

Vous devrez vous conformer entièrement à la politique de l'entreprise. Si. . vous êtes Lauren Danner ? . puis elle se reprit et se mit à prendre en sténo le texte qu'il lui dictait à toute vitesse. Pas un détail gênant. en tant que mon assistante. . Lauren posa sur lui un regard sidéré. nous allons déménager dans l'immeuble de Global Industries.Ecrivez.J'en ai bien peur.Chère mademoiselle Danner. et si vous tentez. . Sinclair. je vous virerai sur-lechamp et vous raccompagnerai en personne à la porte. .Oui. . . vous êtes au courant du tumulte que vous avez causé hier soir ? . ne m'a été épargné.Si je comprends bien. adoucissant un instant ses traits froids et sérieux. vous serez censée remplir un certain nombre de tâches administratives et servir avec efficacité de lien entre les membres de mon équipe et moi-même. voire insupportable. ne serait-ce qu'une fois.Savez-vous épeler insupportable ? . Sans la quitter des yeux.A quelle vitesse tapez-vous . vous vous intéressez à votre travail et . de profiter du fait que vous connaissez M. Une étincelle d'amusement traversa le visage du directeur.lorsque vous n'êtes pas sous l'effet du stress ? Le visage de Lauren s'empourpra. .Ainsi donc.Oui. Dans quelques semaines. . indépendamment de vos relations personnelles avec Nick Sinclair.lement impassible. s'il vous plaît.Environ cent mots à la minute. il tendit la main derrière lui pour prendre un crayon et un bloc sur son bureau et les lui tendit.Oui. en revanche. complètement interloquée.Sténo ? . dit-elle. soupira Lauren. que ce soit en vous dérobant à vos devoirs ou en ignorant les règlements valables pour l'ensemble du personnel.

Oui.. Si ces conditions vous conviennent.Voici votre mémo. Quelques minutes lui suffirent pour en avoir fini avec la machine à écrire et revenir d'un pas hésitant dans le bureau du directeur. Comment Weatherby a-t-il pu conclure que vous n'aviez aucune cervelle ? .. .C'est l'impression que je lui ai donnée. Et non. . car j'ai l'impression que je pourrais apprendre énormément de choses. . Lauren ? La jeune femme leva vers lui un regard médusé.. .. êtes-vous prête à accepter ce poste ? . mais celui-ci avait promis de combler la différence. . veuillez vous présenter à mon bureau pour votre première journée de travail lundi en quinze.faites preuve d'initiative.Alors.Est-ce à dire que vous m'engagez ? . . Disons qu'il y a eu une sorte de malentendu.Et comment vous y êtes-vous prise. je vous déléguerai autant de responsabilités que vous êtes prête à en accepter et que vous êtes capable d'en assumer.Très efficace. dit Lauren avec un faible sourire. La somme qu'il lui offrit était inférieure de deux mille dollars à celle que Philip lui avait proposée.Bon ! je ne vous en demanderai pas plus.Je. lui dit-elle sans vraiment répondre directement. Y a-t-il autre chose dont nous devions parler ? Ah oui. Mais je n'ai pas envie de cet emploi si vous ne . votre salaire. J'aimerais beaucoup travailler pour vous. si ça ne vous gêne pas de me le dire ? . James Williams jeta un coup d'oeil à celui-ci avant de reporter son attention sur Lauren. Cette façon détachée de lui offrir un emploi étonnait trop Lauren pour qu'elle soit nerveuse à l'idée de retranscrire cette dictée. Avez-vous des questions à me poser.Dans la mesure où vous serez capable de taper ce mémo sans fautes de frappe en un temps raisonnablement court. à 9 heures du matin. je n'y tiens pas vraiment.

Lauren serra la main qu'il lui tendait. Mais l'amitié n'a pas sa place en affaires. pas plus que je n'apprécierais qu'il essaie de m'influencer dans le choix de ma secrétaire.Nick n'a absolument rien à voir dans cette histoire.Merci. Ce n'est pas le cas. Je le connais depuis de nombreuses années et nous sommes très amis.. Lauren se retrouva plongée dans la lumière éblouissante d'une magnifique journée d'août ensoleillée.Il me semble que c'est ce que je viens de faire.. En émergeant du sombre bâtiment. .Appelez-moi Jim. . Je vous verrai donc lundi en quinze. Ne vous laissez pas intimider par moi.Bravo. Le visage éclairé d'un sourire reconnaissant. Les lèvres de James Williams se contractèrent. . de l'autre côté de la rue. a eu maille à partir avec Weatherby dès le début. Nick a son travail et j'ai le mien.me le proposez qu'à cause de. . . Je n'aurais pas la prétention de vouloir lui dire comment accomplir le sien. .Effectivement.Nick Sinclair ? Lauren opina de la tête. pourquoi avez-vous décidé de m'accorder un entretien aujourd'hui.Dans ce cas. . son regard fut irrésistiblement attiré par le bâtiment de Global Industries.. elle se demanda s'il était . .Dans ce cas. . Lauren. je me suis dit que je tenais peut-être là une autre Teresa. mon ancienne secrétaire. vous pouvez m'appeler Lauren. Lorsque j'ai entendu dire qu'une jeune femme brillante qui se présentait pour un emploi de secrétaire n'avait pas accroché avec lui hier. monsieur Williams. envers qui j'éprouve le plus grand respect. Habitée par l'envie nostalgique de revoir Nick.Eh bien.. mais je pense que vous et moi nous entendrons encore mieux que ça. . pour vous dire la vérité. alors que j'avais échoué aux tests ? Des étincelles s'allumèrent dans les yeux bruns du directeur. de. Pendant qu'elle attendait que le feu passe du rouge au vert.

sans doute avait-il l'habitude que ce soient les femmes qui prennent l'initiative et lui demandent de bien vouloir sortir avec elles. Lauren hocha la tête en signe de dérision. Etant donné son physique avantageux et son charme nonchalant.Nick.Si je l'ai accepté ? Le salaire est formidable.Devinez d'où je viens ! Elle rayonnait. mais elle garda sa maîtrise de soi. elle se dit qu'il l'avait aperçue près de sa voiture et qu'il était descendu pour lui dire bonjour. De toute façon.Et vous l'avez accepté ? . et ils m'ont offert un emploi. Timide ! Tout en posant la main sur la poignée de la portière. Les portes de verre de l'immeuble s'ouvrirent toutes grandes et le cœur de Lauren fit un bond à la vue de Nick qui les franchissait. si Nick avait tenu à la revoir.Vous venez de faire un défilé de mode pour Bonwit Teller ? la taquina-t-il. envahie d'un bonheur absurde lorsqu'il rebroussa chemin pour se diriger vers elle à longues enjambées. Le feu passa au rouge et elle traversa la large avenue pour regagner sa voiture. . son élégant tailleur beige. . Grâce à votre intervention. Une lueur taquine passa dans les yeux gris qui se promenaient sur ses cheveux de miel relevés en un chignon plein de classe. Ce compliment la fit rayonner davantage. . .Non.en train d'y travailler. son chemisier et ses sandales couleur chocolat. appela-t-elle sur une impulsion. Il fit mine d'ignorer cette allusion à l'aide qu'il lui avait apportée. Nick Sinclair était tout. . chez Sinco Electronics. mais il tourna sur sa droite en direction de l’angle de l’immeuble . je viens de me présenter de l'autre côté de la rue. A moins qu'il ne soit timide. Nick ! Il jeta un coup d'oeil en arrière et elle lui fit un signe de la main. sauf timide. il se serait arrangé pour lui demander son numéro de téléphone. Pendant un court instant d’euphorie.

Ces dissidents. aux tables luisantes à force d'être astiquées et aux murs de brique laissés à l'état brut.Par conséquent. puis un sourire se dessina lentement sur son visage hâlé. Tandis que Nick tirait une chaise pour qu'elle puisse prendre place. avant de les accompagner à la seule table encore libre de la salle. je vous offre à déjeuner. vous êtes contente ? Lauren acquiesça de la tête. L'espace d'un instant qui parut insupportable à Lauren. Au lieu de quoi. . à l'éclairage tamisé.C'est la meilleure offre qu'on m'ait faite de toute la journée. Tous portaient le costume et la cravate. Un garçon debout près de la porte salua Nick d'un « bonjour » poli. L'intérieur de la maison avait été transformé en un charmant restaurant au plancher de chêne. je suis d'humeur à célébrer cet événement. se lança-t-elle avant que son courage l'abandonne. Il n'y avait que très peu de femmes. comme Nick. il hésita. .. . il tendit la main pour lui ouvrir la portière de sa voiture. dans l'espoir qu'il lui demande de sortir avec lui. Et le travail m'a paru à la fois intéressant et extrêmement stimulant.Nick. puis elle attendit. derrière ce qui ressemblait à une étroite maison de brique de trois étages qu'on avait ravalée. artistiquement décorés de casseroles en étain. Si vous connaissez un endroit sympathique où nous pourrions prendre un sandwich et boire quelque chose de frais. il quitta Jefferson Avenue pour aller se garer dans un vaste parking. indiquait simplement Tony's. Les hommes brillaient par leur diversité. à trois exceptions près. Nick prit le volant. Les rayons du soleil illuminaient les vitraux des fenêtres et des nappes à carreaux rouges et blancs accentuaient le charme et le caractère chaleureux de l'établissement. un écriteau en bois sombre dans lequel étaient gravées de profondes lettres d'or. Au-dessus de la porte. .L'homme pour qui je vais travailler aussi. Lauren balaya les autres clients du regard.. Quelques pâtés de maisons plus loin. Plutôt que d'avoir à lui indiquer le chemin.

. lui dit Nick. Tony. ce n'était pas l'impression qu'elle faisait sur les gens. comment allez-vous vous habituer à vivre à Détroit? lui demanda-t-il quand Tony. Ça va certainement représenter un énorme changement pour une fille qui vient d'une toute petite ville du Missouri. Un serveur d'un certain âge s'approcha de leur table et salua Nick d'une petite tape affectueuse sur l'épaule et d'un joyeux : « Ça fait plaisir de te revoir. dans le Missouri . je me suis retrouvée aussi avec une demi-sœur et un demi-frère respectivement plus âgés que moi de deux et un an. En plus de ma belle-mère. Il est devenu professeur dans le lycée où il avait fait ses études. mon père et moi sommes effectivement allés nous installer à Fenster. J'avais alors douze ans. Ça vous va? Comme elle lui avait offert de l'inviter à déjeuner. Une fille venant d'une toute petite ville ? Lauren était déconcertée. il ajouta : .Commandez ce qui vous plaît. On ne peut donc vraiment pas dire que je sois « une fille qui vient d'une toute petite ville ». Lauren se dit qu'il lui demandait la permission de commander quelque chose de plus cher qu'un simple sandwich.Etes-vous fille unique ? .A votre avis. . je vous en prie.Il s'agit de sandwiches à la française. Lauren l'interrogeant du regard.Oui.avaient opté pour un pantalon et une chemise sport à col ouvert.En fait. . Ensuite. avant de leur tendre de grands menus reliés de cuir. mais mon père s'est remarié quand j'avais treize ans. lui dit-elle aimablement.Nous prendrons ta spécialité.la ville de son enfance. mon ami ». Le visage de Nick ne changea pas d'expression. qui était apparemment le propriétaire du restaurant. . . D'habitude. nous avons vécu à Chicago jusqu'à la mort de ma mère. Nous sommes ici pour fêter mon nouvel emploi et je peux vous offrir tout ce qui figure sur ce menu. . se fut éloigné.

. je n'aimais pas beaucoup Lenny à l'époque. tandis que ses lèvres fermes offraient la promesse d'une sensualité virile exacerbée. En contrepartie.Je n'avais pas beaucoup de petits amis qu'elle aurait pu me chiper . avec des reflets argentés. Lauren se sentit aussi délicieusement troublée que la veille au soir et elle baissa prudemment son regard. tirait sur mes nattes et me piquait de l'argent dans ma chambre. A quoi ressemble-t-elle ? . Il lui suffisait de flâner dans la rue pour que les garçons s'extasient bêtement sur son passage.Oh.Sans doute perçut-il une vague note de dégoût dans sa voix au moment où elle mentionnait son demifrère. ce que personne n'a jamais cru. et s'attardait sur sa lourde chevelure aux . se détachaient sur l'or chaud de son visage bronzé. pendant qu'il étudiait la perfection toute classique de ses traits. Un des sourcils de Nick se haussa en signe d'incrédulité. . ils pétillaient d'humour et d'intelligence. Sous leurs sourcils brun foncé et leurs longs cils épais. .Et votre demi-sœur ? demanda-t-il. car il ajouta : . ses yeux qui brillaient comme des turquoises sous leur épaisse frange de cils recourbés. Malheureusement. Il me taquinait sans pitié. . je racontais à tout le monde qu'il était homosexuel. Nous nous sommes détestés au premier regard. Ses yeux gris clair.Elle est superbe.J'avais toujours cru que toutes les petites filles étaient ravies à l'idée d'avoir un grand frère. qui se posa sur le cou puissant de Nick.A-t-elle essayé de vous chiper vos petits amis ? Le regard de Lauren qui se posait sur lui se teinta gentiment d'humour. c'était une idée qui me plaisait énormément. Nick eut une expression amusée et Lauren remarqua que des petites rides se creusaient au coin de ses yeux quand il souriait. car il est vite devenu un sacré coureur. Pas vous? Le frais visage de Lauren pétilla d'humour.en tout cas pas avant l'âge de dix-sept ans.

en dehors des questions que posait Lauren sur le restaurant et son propriétaire. Elle se rappelait très clairement la petite fille commune qu'elle avait été. C'est délicieux. leur recommandat-il. . juste au-dessus de leurs têtes. puis leur situation matérielle s'était plus ou moins retournée. elle apprit que sa famille et celle de Tony entretenaient des liens d'amitié depuis trois générations. baignaient son visage d'un tendre éclat. c'est son grand-père qui m'a prêté la somme nécessaire pour ouvrir ce restaurant. . le père de Nick avait travaillé pour celui de Tony. A un moment donné. Ses souvenirs n'étaient certes pas très douloureux. Et laissez Nick payer à votre place. Il a davantage d'argent que vous.J'ai beaucoup de mal à le croire. il plaça une petite tasse de jus de viande.Je vous promets que c'est vrai.Goûtez-y vite.Bien. Lauren goûta et exprima son assentiment.C'est vrai. . Du peu de renseignements qu'elle parvint à rassembler à partir des réponses laconiques de Nick. . finit-il par lui avouer. rejetant son compliment avec un sourire. son visage rond et moustachu rayonnant à la voir ainsi se régaler. sans échanger beaucoup de paroles.reflets mordorés. A côté de chaque assiette. Les rayons de soleil qui s'infiltraient par les vitraux de la fenêtre. puisque le grand-père de Nick avait ensuite possédé . affirma Lauren. Ils déjeunèrent agréablement. dit-il. . Tony déposa deux assiettes sur la nappe à carreaux rouges et blancs. D'ailleurs. dont chacune contenait un morceau de baguette croustillante coupée en deux dans le sens de la longueur et rempli de tranches très fines de rosbif cuit à point. mais elle ne parvenait pas à attribuer grande importance à des éléments aussi peu fiables que la beauté extérieure. lui confia-t-il avant de s'éloigner d'un air affairé pour aller réprimander un apprenti serveur maladroit.

Le visage rayonnant de bonheur.A moitié seulement. puis il la dévisagea de près. en lui tapotant . Tony s'approcha de leur table pour débarrasser leurs couverts. Au bout d'un long moment. . l'air très sûr de lui. Trente secondes plus tard. adressez-vous à moi. Ensuite. poursuivit Lauren. celui de la famille de sa mère. j'y mets. A sa grande déception. Tony s'était arrangé pour apprendre son nom. . elle écoutait Tony. lui annonçat-il fièrement.. .Des morceaux de fruits et plein de noix. J'ai des canoli pour vous . absolument ravi. lui dit Tony.. Ils n'étaient arrivés que depuis trente-cinq minutes. alors qu'elle avait nourri l'espoir de passer au moins une heure avec Nick. le visage radieux. Et à moitié irlandaise. . Mon spumone n'a rien à voir avec celui qu'on trouve dans les magasins. Tony en resta bouche bée. Lauren trouva que le service était bien trop rapide dans ce restaurant. Une glace de plusieurs parfums et de plusieurs couleurs disposés en couches. ses yeux sombres et amicaux posés sur Lauren. si vous preniez un dessert ? leur proposa Tony. Lauren. corrigea Lauren. Bien des années s'étaient écoulées depuis qu'elle vivait à Chicago et depuis sa dernière visite à ses cousins italiens et c'était bien agréable de réentendre l'accent pittoresque qui avait bercé son enfance.Si vous avez besoin de quelque chose. proclama-t-il. il hocha la tête. elle estimait risqué de mentionner ses liens avec Philip en sa présence. Dès qu'ils eurent terminé. C'est du vrai de vrai. Lauren se sentait un peu coupable de ne pas avoir évoqué Philip Whitworth.Vous êtes italienne.ou bien un peu de mon propre spumone. Tout comme le faisait ma mère.Et maintenant.suffisamment d'argent pour pouvoir en prêter à Tony. mais comme Nick connaissait des gens chez Sinco. . et pour découvrir qu'elle était sur le point de s'installer à Détroit où elle ne connaissait personne.

Cette réponse sidéra Lauren. tandis qu'il s'inclinait en arrière sur sa . tant cette réflexion l'exaspérait et la confondait. . lui dit-elle.Lauren n'a pas fini sa croissance. Alors.Ça me ferait très plaisir d'y goûter.C'est tout à fait inconscient. lui dit-il. elle ajouta d'un ton très irrité : . puis au visage plein d'expectative de Tony. mais. elle le fixa droit dans les yeux.Et je me demande bien ce qui a pu vous faire croire que j'étais naïve. . choisissant d'ignorer le fait qu'elle n'avait plus faim du tout. Nick lança un clin d'oeil de conspirateur à Tony. précisa-t-il. Je ne le suis pas. et le fait que j'aie vécu dans une petite ville ne signifie absolument rien ! Elle se tut.l'épaule comme il l'avait fait à Nick. Croisant les bras sur la table.Je suis une femme et non une gamine. . La lueur taquine qui brillait dans les yeux de Nick s'évanouit. et pendant une minute elle suivit le contour d'un carreau rouge de la nappe de l'un de ses ongles manucures.Pourquoi parlez-vous de moi comme si j'étais une adolescente naïve ? Les lèvres de Nick se tordirent en une sorte de rictus plein d'ironie.un repas italien.Puis-je vous poser une question? demanda-t-elle d'une voix douce à Nick. Ici. Le regard de la jeune femme s'assombrit. que vous venez d'une petite ville du Missouri et que vous êtes probablement très naïve. J'imagine que c'est pour me rappeler que vous êtes jeune. dans le seul but de prolonger le déjeuner. le temps que Tony leur serve le spumone. dès qu'il eut tourné le dos. . . Une jeune femme qui vit seule dans une grande ville doit avoir des points de chute.Bien sûr. . . mon délicieux spumone vous dit-il ? Lauren jeta un coup d'oeil à Nick. il y aura toujours un bon repas pour vous .

Ils s'attendent à ce que j'arrive accompagné. Nick jeta un coup d'oeil par-dessus son épaule et fit signe à Tony de leur apporter l'addition. Lauren se força à demander avec circonspection : . C'est à cinq heures de route d'ici. J'étais sur le point de m'y rendre tout à l'heure quand nous nous sommes rencontrés. vu ce qu'ils avaient consommé. Nous serions de retour dimanche. Pendant qu'elle cherchait son portefeuille. quels sont vos projets pour le week-end ? Bien que son cœur ait bondi d'allégresse. le voyage ne prenait qu'une journée dans chaque sens. ça me plairait beaucoup de venir. déclara-t-elle. D'un autre côté. et elle souhaitait désespérément partir avec Nick. S'apercevant de son désarroi. Tony lui caressa le menton comme si elle était encore une petite fille de . . Le temps ne représentait donc pas un obstacle. et elle n'avait besoin que d'une petite semaine pour préparer son déménagement. dans leur maison près de Harbor Springs. J'ai des amis qui en donnent une ce week-end.Dans ce cas.C'est vrai ? . elle vit Tony les ramasser.exorbitante. .Absolument certain. Elle disposait de plus de deux semaines avant de commencer son nouveau travail. dissimulant habilement le choc que lui causait la somme inscrite au bas de la note . ma valise se trouve déjà dans le coffre de ma voiture. Lauren avait prévu de partir directement pour rentrer dans l'après-midi. Nick déposa plusieurs billets sur la table. fit Lauren dans un sourire.Dans ce cas. Le propriétaire s'exécuta et vint déposer celle-ci près de l'assiette de Nick.A une réception. poursuivit-il d'une voix traînante. c'est vrai. .chaise et la dévisageait avec incrédulité. .A quoi pensez-vous ? . En fait. Impuissante.Etes-vous certain que vos amis ne verront pas d'inconvénient à ce que je vienne avec vous ? .C'est moi qui vous invite.Oui. . mais Lauren la recouvrit agilement d'une main et la tira vers elle.

les observant d'un air amusé. Dominic. une lueur de reconnaissance heureuse dans les yeux.Joe est marié. Il leva un bras d'un geste impérieux pour attirer l'attention de trois jeunes serveurs à la beauté ténébreuse qui s'approchèrent de la table de Lauren. Tony se pencha vers elle.Etant donné vos prix. . En fait. tout en . Ricco. Lauren examina les trois « gardes » que Tony venait de lui désigner. lui annonça-t-il avec fierté. il ajouta à son attention : . tu inscriras le nom de Lauren sur la liste. Ricco. tu surveilleras tes frères ! Comme Lauren éclatait de rire.huit ans. je suis surprise que la moitié de vos tables ne soient pas libres. ce sera déjà très bien. quatre visages italiens basanés se tournèrent vers Nick qui se prélassait sur sa chaise. Je vais demander à Ricco d'inscrire votre nom sur celle-ci. se hâta d'intervenir Lauren. ce n'est pas la peine.Non.Vous reviendrez souvent nous voir. Dominic et Joe. Lauren. . Tony feignit de ne pas l'avoir entendue.Que Lauren veille sur elle-même. afflrma-t-il sans se troubler. Dans un ensemble parfait. . l'air plein d'assurance. Venez nous rendre visite le plus souvent possible. . quand Lauren viendra. à moins d'être inscrit sur ma liste. vous veillerez sur elle. . Joe. il est même impossible d'en réserver une. sur qui devrai-je veiller? s'enquit-elle d'un ton taquin. Refoulant non sans mal sa gaieté. .Et moi.Une gentille Italienne comme vous a besoin d'une famille pour la protéger et la guider dans une grande ville comme Détroit. le taquina la jeune femme.Je n'ai jamais une seule table de libre. leur ordonna-t-il. J'aurai toujours une table de libre pour vous et un bon repas qui vous attendra. Ricco. Quant à toi. . Nous habitons l'appartement juste au-dessus du restaurant. .Je vous présente mes fils.

faisant de son mieux pour ne pas montrer la tension qui l'habitait. Comme cela. Il n'a découvert aucune anomalie. au bout du couloir. C'est sans doute le témoin lui-même qui fonctionne de travers. Je me suis arrêtée sur la route à l'aller pour demander à un mécanicien de la vérifier. vous ne serez pas seule si elle tombe vraiment en panne. Lauren tourna le visage vers le pare-brise. se hâta de le rassurer Lauren. elle hésitait à lui avouer qu'elle sortait d'une .. Lauren profita de son absence pour aller se rafraîchir dans les toilettes. « Ericka ». Sa voix de baryton était plus basse qu'à l'accouti'-mée. s'empressa-t-elle d'acquiescer. mit le contact et fronça les sourcils à la vue du témoin de la batterie qui s'allumait en rouge sur le tableau de bord. Ma voiture n'a que six mois. elle le reconnut à ses épaules larges et à son dos fuselé. .Pourquoi ne pas la prendre pour aller dans le Nord et voir comment elle marche ? dit-il finalement. lui demanda-t-il dès qu'ils sortirent du parking. Comme Nick connaissait des personnes chez Sinco et qu'elle avait délibérément omis de mentionner son diplôme d'études supérieures sur le formulaire de demande d'emploi. Le petit réseau de mensonges qu'elle avait tissé commençait déjà à s'élargir et à s'emmêler. Lorsqu'elle en ressortit.repoussant son siège pour se lever.. mais un mot. lui parvint avec une clarté absolue. . Il était en train d'annuler un rendez-vous ! Nick se glissa dans la petite Pontiac Trans Am sport de la jeune femme. Il parlait au téléphone dans l'entrée. Quoique peut-être pas. Comme il avait un coup de téléphone à donner. Nick réfléchit un instant. Lauren ne put s'empêcher de penser que le moment était bizarrement choisi pour appeler une autre femme. . après tout. Sans doute s'était-il organisé depuis longtemps pour emmener quelqu'un d'autre chez eux. . Il lui avait dit que leurs hôtes s'attendaient à ce qu'il vienne avec une amie.Excellente idée.Parlez-moi un peu plus de votre famille et de vous-même.Je ne crois pas que ma batterie ait un problème.

. s'il est enseignant. qu'elle avait envie d'effleurer. lui répondit-elle laconiquement. un peu épicé. Elle qui était foncièrement honnête lui avait également un peu menti au sujet de son âge. Elle s'est mariée en avril dernier. a aujourd'hui vingt-quatre ans. au lieu de vous laisser devenir secrétaire ? Ça me sidère ! .Vous ai-je posé une question difficile ? plaisanta Nick. puisqu'elle n'aurait vraiment vingt-trois ans que dans trois semaines. . entièrement bâti en verre. laissant apparaître quelques poils noirs et frisés. comme une invite à se rapprocher de lui. qui lui est entièrement dévouée. Il est marié et il commence à fonder sa propre famille. Il n'était pas jusqu'au parfum de son eau de toi-lette.Mon père est enseignant. Il ne lui restait donc plus maintenant qu'à soigneusement « oublier » les cinq années de sa vie qui venaient de s'écouler. fort soulagée quand Nick fut obligé de détourner son attention pour la fixer sur la conduite du véhicule. ni famille à Détroit. Le col de sa chemise était largement entrouvert. Son mari est mécanicien. Les changements de voie étaient complexes et il lui fallait négocier le grand virage les amenant en bas de la bretelle d'accès à l'autoroute. . ne vous a-t-il pas poussée à entrer à l'université.école supérieure de musique.Comment votre père. . Ma belle-mère est une femme très douce. Son sourire produisait un effet bizarre sur les pulsations cardiaques de Lauren. Tout en admirant au passage le magnifique Centre Renaissance. avant que l'environnement d'usines et d'ensembles immobiliers ne cède la place à de petites . Et elle avait affirmé devant lui à Tony qu'elle ne possédait ni amis. a vingt-cinq ans. elle poussa un soupir. Mon demi-frère.Je n'ai pas grand-chose à vous raconter. Ma demi-sœur. qui ne lui titillât les sens. Lenny. Melissa.Et votre père et votre belle-mère ? . Il travaille chez le concessionnaire Pontiac où j'ai acheté ma voiture.Il l'a fait. La voie express traversait la ville. C'est un homme brillant et plein de sagesse.

maisons de banlieue, puis à un immense centre commercial et à des faubourgs beaucoup plus opulents. - Et vos vêtements de rechange ? lui demanda-telle tout à coup. N'aurez-vous pas besoin de prendre une valise ? - Non. Je garde toujours quelques affaires dans une autre maison de Harbor Springs. La brise qui pénétrait par la vitre ouverte jouait doucement dans l'épaisse chevelure brune de Nick. Bien que coupés impeccablement, ses cheveux étaient juste assez longs sur la nuque pour venir effleurer le col de sa chemise - juste assez longs, songea Lauren, pour que des doigts de femme s'y glissent. Ses doigts. Arrachant son regard du profil de médaille de Nick, elle fit descendre ses lunettes de soleil sur son nez et tourna la tête pour regarder le paysage qui défilait sur le côté de l'autoroute, sans prendre nettement conscience du moment où les faubourgs interminables laissèrent la place à de longues étendues de campagne. Nick dégageait une incroyable impression de force et de sensualité. A la seule présence de sa cuisse longue et dure, à quelques centimètres seulement de la sienne, Lauren se sentait défaillir. Tout, dans l'apparence de Nick et dans la façon dont il la regardait, l'avertissait que cet homme pouvait représenter un grave danger pour sa paix intérieure. Un danger? En acceptant de passer un week-end avec lui, elle avait agi complètement à l'encontre de son caractère. Et cette attitude inhabituelle était aussi inexplicable que l'attirance profonde qu'elle éprouvait à son égard. Elle reconnaissait qu'il s'agissait d'un geste téméraire et imprudent. Mais un danger ? Et si Nick était un tueur fou qui avait l'intention de l'assassiner, de mutiler son corps et de l'enterrer dans les bois ? Dans ce cas, personne ne saurait jamais ce qui lui était arrivé - à l'exception de Tony et de ses fils. Mais Nick pourrait toujours leur raconter qu'elle était retournée dans le Missouri. Ils le croiraient sur parole. En douce, Lauren jeta un regard plein d'appréhension vers son profil de médaille et l'ombre d'un sourire se dessina sur ses traits qui se détendaient. Jusque-là, l'idée instinctive qu'elle se faisait des gens ne l'avait

jamais trompée et son instinct lui disait qu'elle ne courait aucun danger physique. Les trois heures qui suivirent se passèrent dans un flou délicieux. La voiture avalait les kilomètres, projetant vers eux une brise apaisante qui venait caresser leurs visages et jouer dans leurs cheveux et ils conversèrent amicalement de tout et de rien. Lauren remarqua que Nick restait extrêmement évasif quand il s'agissait de parler de lui-même, alors qu'il se montrait au contraire insatiable dès qu'il était question de sonder son histoire à elle. En tout et pour tout, elle parvint à apprendre de lui que son père était décédé lorsqu'il avait quatre ans, et que ses grandsparents, qui l'avaient élevé, étaient morts quelques années plus tôt. A Grayling, une ville située selon lui à une heure et demie de route de Harbor Springs, Nick fit une halte devant une petite épicerie. Il ressortit du magasin avec deux canettes de Coca-Cola et un paquet de cigarettes. Quelques kilomètres plus loin, il se gara sur une aire de pique-nique qui offrait des tables sur le bord de la route, et tous deux sortirent de la voiture. - Quel temps splendide ! Lauren leva la tête pour contempler avec délices les nuages blancs dentelés qui dérivaient dans le ciel d'un bleu lumineux. Puis elle jeta un coup d'œil à Nick et s'aperçut qu'il l'observait avec indulgence. - Chez moi, j'ai l'impression que le ciel n'est jamais d'un bleu comme celui-ci et il fait beaucoup plus chaud, précisa-t-elle, sans tenir compte de l'atti tude blasée qu'il affectait. Sans doute est-ce parce que le Missouri est beaucoup plus au sud. Nick ouvrit les deux canettes de Coca-Cola et lui en tendit une. Tandis qu'il appuyait la hanche d'un geste naturel contre la table derrière lui, Lauren essaya de reprendre la conversation là où elle avait été interrompue quelques minutes plus tôt. - Vous m'avez dit que votre père était mort quand vous aviez quatre ans et que vos grands-parents vous avaient élevé. Qu'est-il arrivé à votre mère ? - Rien du tout, répliqua-t-il.

Après avoir placé une cigarette entre ses lèvres, il craqua une allumette, joignant les mains autour de la flamme pour la protéger de la brise. Fascinée, Lauren contempla la masse brillante de ses cheveux pendant qu'il baissait la tête vers l'allumette, puis elle plongea son regard bleu dans le sien. - Nick, pourquoi êtes-vous si peu loquace à votre propre sujet ? La fumée odorante qui s'élevait en spirale de la cigarette lui fit plisser les yeux. - Peu loquace ? Ça fait des dizaines de kilomètres que je vous soûle de paroles ! - Mais vous ne dites rien de personnel. Qu'est-il arrivé à votre mère ? Il rit. - Vous a-t-on jamais dit que vos yeux sont d'une beauté inouïe ? - Si, et vous êtes en train de biaiser ! - Et que vous parlez aussi extrêmement bien ? poursuivit-il, ignorant son commentaire. - Ce qui n'a rien d'étonnant, étant donné que mon père est professeur d'anglais, comme vous le savez déjà. Lauren poussa un soupir, exaspérée par la façon délibérée dont il venait de prendre la tangente. Nick leva brièvement les yeux vers le ciel, puis laissa son regard dériver sur les arbres et l'autoroute déserte, avant de le reposer sur Lauren. - Après trois heures en votre compagnie, je me rends compte à quel point j'étais stressé. Je commence enfin à me détendre. J'avais vraiment besoin de faire une coupure comme celle-ci. - Vous avez travaillé dur ? - Environ soixante-dix heures par semaine depuis deux mois. Comme les yeux expressifs de Lauren se remplissaient de sympathie, Nick lui adressa un sourire - un de ces sourires chaleureux et engageants qui faisaient battre son cœur plus vite. - Savez-vous que votre présence est extrêmement apaisante ? lui demanda-t-il d'une voix douce.

S'entendre qualifier d'apaisante, alors qu'elle le trouvait électrisant, ne plut pas particulièrement à Lauren. - Merci. J'essaierai de ne pas vous endormir avant que nous arrivions à Harbor Springs. - Vous pourrez m'aider à m'endormir une fois que nous serons là-bas, souffla-t-il d'un ton plein de sousentendus. Le cœur de Lauren se mit à cogner contre sa poitrine. - Je voulais dire que j'espérais ne pas vous en nuyer. - Croyez-moi, vous ne m'avez pas du tout ennuyé. Sa voix, lourde de sensualité, baissa d'un ton : - En fait, il y a quelque chose que j'ai envie de faire depuis hier soir, depuis le moment où je me suis retourné, un verre de soda à la main, et où je vous ai découverte à l'autre bout de la pièce, en train de vous efforcer de ne pas éclater de rire devant le choc que j'éprouvais. Bien qu'elle fût dans un état de nervosité extrême, Lauren comprit qu'il avait l'intention de l'embrasser. Il prit le Coca qu'elle tenait entre ses doigts tremblants et le posa calmement sur la table de pique-nique à côté de lui. Puis il tendit les bras et l'attira contre lui. A son contact, une onde de choc la parcourut tout entière. Les mains de Nick remontèrent doucement le long de ses bras pour venir emprisonner ses épaules. Incapable de résister, brûlante d'attente, elle regarda les lèvres fermes et sensuelles qui s'abaissaient lentement vers les siennes. La bouche de Nick recouvrit la sienne en un baiser tendre et langoureux, mais dont l'insistance lui coupa le souffle. Lauren essaya désespérément de s'accrocher au peu de raison qui lui restait, mais dès que la langue de Nick glissa sur ses lèvres, elle dut s'avouer vaincue. Dans un gémissement étouffé, elle s'abandonna contre lui et entrouvrit les lèvres. Il resserra son étreinte pour la retenir captive contre son torse, et leurs langues se mêlèrent dans un baiser passionné. Quelque chose explosa à l'intérieur de Lauren. Son corps se cambra contre celui de Nick et elle leva les mains d'un geste impulsif pour lui caresser le cou et

glisser ses doigts dans les cheveux qui recouvraient sa nuque. Lorsque Nick finit par relever la tête, Lauren eut l'impression d'avoir été marquée par ce baiser, comme s'il avait apposé son sceau sur elle pour l'éternité. Toute tremblante d'émoi, elle appuya le front contre son épaule. Les lèvres chaudes de Nick glissèrent de sa joue à sa tempe, puis ses dents vinrent lui mordiller le lobe de l'oreille. Dans un petit rire rauque, il murmura : - Je vous dois des excuses, Lauren. S'inclinant en arrière dans ses bras, elle leva les yeux vers lui. Sous leurs lourdes paupières, les prunelles gris cendré dans lesquelles couvait le désir lui rendirent son regard. Il souriait, mais d'un sourire ironique où perçait l'étonnement. - Des excuses ? Pourquoi ? La main de Nick lui caressait langoureusement le dos. - Eh bien, vous aviez beau m'affirmer que vous n'étiez pas naïve, je m'inquiétais pour ce week-end. Il y a encore quelques minutes, je craignais qu'il ne soit difficile à affronter pour vous - et qu'il n'aille au-delà de ce que vous attendiez. Encore éblouie par leur baiser, Lauren lui demanda d'une voix douce : - Et maintenant, qu'en pensez-vous ? - A mon avis, murmura-t-il, ce week-end risque de dépasser toutes mes espérances. Il plongea le regard dans ses yeux bleus brillants, et, du coup, ses propres yeux s'assombrirent. - Et je pense que si vous continuez à me regarder comme cela, nous risquons d'arriver au moins deux heures en retard à Harbor Springs. D'un mouvement plein d'éloquence, il lui désigna un motel qui se trouvait de l'autre côté de l'autoroute, mais avant même que Lauren ait eu le temps de songer à paniquer, il leva les mains pour lui remettre ses lunettes sur le bout du nez. - Ces beaux yeux finiront par me vaincre, dit-il sur

Lauren. Mais il était clair qu'elle ne serait pas une conquête si facile. puis s'attarda sur son beau profil aux traits rudes. . posées sur le volant. . si ouvertement viril. qu'il suffisait sans doute aux femmes de lui jeter un seul regard pour être prêtes à lui céder. Le moteur de la voiture démarra en vrombissant et elle s'obligea à se détendre et à réfléchir calmement.. A moins qu'elle ne se trompe ? Elle tourna la tête en direction de la vitre et un sourire un peu triste s'esquissa sur ses lèvres. Nick avait l'intention de coucher avec elle pendant le week-end. vous prendriez vos jambes à votre cou. A quoi pensez-vous ? L’esprit rempli de pensées sur leur avenir commun. mais là surgissait le second problème : elle n'était pas du tout persuadée d'avoir envie de dire non. Deux problèmes se posaient à elle dans l'immédiat : le premier était qu'à l'évidence. car elle savait qu’elle était déjà éprise de lui . Il était si séduisant. et pourtant elle se trouvait là en train de dresser des plans pour faire en sorte que Nick tombe amoureux d'elle. Lauren s'effondra sur son siège. . Jamais auparavant elle n'avait autant désiré qu'un homme lui fasse l'amour. Sur ce. Dans son esprit..un ton faussement sévère. le jeune femme se tourna vers lui et hocha lentement la tête. Tout le monde disait d'elle qu'elle était extrêmement intelligente et sensible. comme si elle venait d'être balayée par un cyclone. l'affaire était déjà conclue. Elle étudia les mains solides et adroites de Nick.Si je vous le disais. je commence à me sentir un peu seul de ce coté de la voiture. sans jamais attendre de sa part le moindre engagement sentimental. Jamais un homme ne l'avait autant attirée ni un baiser eu un tel effet sur elle. il la prit par le bras pour la raccompagner jusqu'à la voiture. Il lui était bien entendu possible de dire non le moment venu.

dont les branches croulaient sous des grappes magnifiques de fruits orange vif A la vue du paysage bien policé qu'ils traversaient Lauren comprit que ce qu'elle allait découvrir n'était pas le simple cottage sur le lac qu'elle avait imaginé lorsque Nick lui avait proposé de passer le week-end en sa compagnie. avec en toile de fond un promontoire escarpé. dont les vagues d'un bleu étincelant gonflaient et se couronnaient d'écume blanche avant de venir cascader paresseusement sur le rivage sableux.5 Emerveillée. Des serveurs en veste bleu clair passaient avec des plateaux parmi les invités. Un peu plus loin.Plus que quelques minutes et nous arrivons. Quelques instants plus tard. serpentant parmi des bosquets de pins qui s'élançaient vers le ciel. une centaine au moins. ils suivirent ce chemin privé tortueux. Lauren admirait le panorama offert par le lac Michigan. se dressait une immense maison de trois étages futuriste en verre et en stuc. descendaient en pente douce vers une plage de sable. Rien. il vira sur la gauche dans une allée non signalisée au revêtement noir bien lisse. bordé des deux côtés par des sorbiers majestueux. néanmoins. ne la préparait au spectacle qui les accueillit quand ils émergèrent des ombres pommelées des sous-bois dans l'incandescente lumière dorée du soleil couchant et vinrent s'arrêter derrière la longue file de voitures luxueuses déià garées. Certains se prélassaient dans des chaises longues autour d'une gigantesque piscine aux lignes harmo- . Durant plus d'un kilomètre. parsemées de tables abritées par des parasols aux couleurs vives. Des étendues de pelouses d'un vert luxuriant. . lui lança Nick au moment de quitter la grand-route pour prendre une route de campagne bien entretenue.

Pour tout dire. Cette étincelante assemblée de gens beaux et fortunés ne semblait ni l'impressionner. Outre quelques vedettes de cinéma célèbres. ni l'intimider. ils se dirigèrent vers la foule des invités. Il la prit par le coude. Si j'avais su ce que Tracy entendait par « petite réunion ». les laissait parfaitement sereins et que les tempêtes qui fouettaient parfois rageusement sa surface de quinze mille kilomètres carrés. Lauren se dit que la profondeur du lac. qui était en train de scruter lentement la foule. Longeant la file tortueuse de voitures de sport étrangères et de limousines. . En contre-jour sur le ciel rose doré. Bien que se sentant plutôt mal à l'aise en compagnie de tous ces gens aisés. il avait plutôt l'air irrité. ne devaient pas les intimider le moins du monde.Qui sait. Parvenue au bord de la pelouse. d'autres formaient sur les pelouses de petits groupes animés d'où jaillissaient des éclats de rire ou se promenaient le long de la plage. je ne vous aurais pas emmenée ici. Lauren. la transformant en une masse grise en furie.nieuses. L'exaspération que la jeune femme lisait sur son visage pointa aussi dans sa voix lorsqu'il s'adressa à elle : . elle reconnut d'autres visages familiers -des visages qu'elle voyait régulièrement dans des articles que les magazines consacraient à la jet-set internationale et aux riches de ce monde. elle fit une halte pour embrasser du regard les gens auxquels elle allait se mêler. Elle jeta un coup d'oeil à Nick. Nick sortit de la voiture et en fit le tour pour venir lui ouvrir la portière. se détachaient les silhouettes de yachts au mouillage. elle parvint à prendre un air faussement détaché et à lui adresser un sourire désinvolte.Ne comptez pas là-dessus. la prévint-il d'un ton . ils se balançaient languissamment sur les eaux que les vagues faisaient onduler. . et Lauren ne put qu'avancer à ses côtés. qui pouvait aller par endroits jusqu'à trois cents mètres. avec un peu de chance.Je suis navré. Ça va être la cohue. personne ne s'apercevra de notre présence. D'un blanc étincelant.

Tout le monde était en train de se demander si tu allais nous décevoir en ne venant pas.Appelez-moi Bebe comme tout le monde. la femme abandonna ses amis pour se diriger d'un pas vif vers Nick et Lauren. l'attirant vers lui pour lui rendre son baiser. le regard plongé dans ses yeux gris. sans plus tenir compte de Lauren que si celle-ci n'était pas là. Nick reposa la bouteille de liqueur et l'enlaça aimablement à son tour. . car le téléphone a sonné de façon ininterrompue pour toi. Mais qui est-ce ? ajoutâtelle gaiement. Plutôt que de le boire des yeux comme une malheureuse énamourée pendant qu'il préparait leurs cocktails. et que ses mains couvertes de bagues remontaient déjà le long de ses bras. . Lauren s'obligea à se détourner pour étudier leur environnement. une superbe rousse se tourna vers eux et aperçut Nick. Tout l'après-midi.Lauren. D'un pas nonchalant. le lâchant enfin pour reculer d'un pas afin de scruter Lauren avec une curiosité non dissimulée. Nick passa derrière celui-ci. Mais je savais que tu viendrais. Lauren remarqua que la rousse gardait les mains posées sur les bras de Nick. les serveurs et nous tous avons pris des messages en provenance de ton bureau. tandis qu'elle s'apprêtait à l'embrasser. ils firent le tour de la pelouse. commença Nick.pince-sans-rire. Elle portait un large pantalon en soie légèrement serré aux chevilles. ils s'arrêtèrent à un bar qui avait été installé à l'usage des invités. En chemin. . mon chéri ! roucoula-t-elle. Bien qu'il l'eût relâchée. La femme reporta son attention sur Nick et continua de le questionner. dit-elle. qui était bordée par des sous-bois touffus. tout en lui souriant chaleureusement. . Au moment où ses yeux glissaient vers un petit groupe en pleine conversation à quelques mètres d'eux. . Ses traits parfaits éclairés d'un sourire. je vous présente Barbara Leonardos.Nick.

. bras dessus. lui répondit Nick avec un sourire affectueux.Nick ! Avec un rire ravi. . . bras dessous. Lauren étudia la jolie brune d'une trentaine d'années et son cavalier. Barbara Leonardos était la coqueluche des magazines de mode et des échotiers.Dans ce cas. S'armant de courage pour affronter l'inévitable tour de présentations. Nick entama une explication : .Certains d'entre nous travaillent encore pour gagner leur vie. je vais vous présenter.Nous tenions absolument à te voir.Reconnaissez-vous l'un d'eux ? . Il prit Lauren par le bras afin de l'inclure dans ce . Nick lui tendit le cocktail qu'il venait de préparer pour elle.J'ai vu sa photo des dizaines de fois dans les journaux de mode et autres magazines. Et moi je croyais que tu étais à Rome avec Alex ? . qui ne devait pas avoir loin de la soixantaine. prit le sien. Puis elle recula d'un pas. Mais que trafiquais-tu donc ? .. Lorsqu'elle s'éloigna.Ça fait des mois qu'on ne t'a pas vu ! le gronda-telle. Il se trouve que ce sont nos hôtes et de très bons amis à moi.Bebe est.. une héritière du pétrole américaine mariée à un industriel grec à la fortune colossale. la femme se jeta dans les bras de Nick sans tenir compte le moins du monde du verre qu'il tenait à la main et l'embrassa avec le même étalage de familiarité intime et d'enthousiasme que venait de déployer Bebe. quelques instants plus tard.Je sais déjà qui elle est.Non.Je croyais que tu venais avec Ericka ? . .Vraiment ? ironisa-t-il d'un ton léger. Je n'ai aucune idée de qui il peut s'agir. un homme plutôt corpulent. et désigna de la tête un couple qui se dirigeait d'un pas rapide vers eux. admit Lauren. . lui annonça doucement Lauren qui essayait de ne pas paraître intimidée.. .

Ravie de faire votre connaissance. dit aimablement .cercle amical. .La maison déborde de partout. Elle jeta un regard vers le ciel qui tournait au mauve. Personne ne va s'apercevoir que vous êtes ici. répondit Nick. Lauren. où des hors-bord les attendaient pour les ramener sur leurs yachts. S'habiller pour le dîner ? S'ils devaient se mettre en tenue de soirée pour le repas. elle n'avait absolument rien à se mettre de tant soit peu convenable ! . Tu ne peux pas imaginer les problèmes que ça nous a posés dans la maison. Quant à moi. sans prêter attention au fait que la jeune femme lui étreignait fébrilement l'avant-bras. Tracy et George Middleton. Des serveurs avaient commencé à dresser les tables sous un vaste dais à rayures et on allumait des torchères tout autour de la piscine.Lauren.Lauren se changera ici. puis par-dessus son épaule. lui avoua-t-il carrément. Tracy prit un air faussement coupable. déclara Tracy. à la maison ? Lauren chancela. . dit Tracy. Pourquoi vous tenez-vous tellement à l'écart. j'aimerais vous présenter à nos hôtes. je vais aller à La Crique répondre aux coups de fil qui ne peuvent pas attendre.C'est exactement pour ça que je reste dans ce coin. Des musiciens étaient en train d'apporter leurs instruments sur une grande estrade qui avait été érigée pour la circonstance à l'extrémité la plus éloignée de la piscine. . Je te jure que je ne m'attendais pas du tout à ce que la presque totalité des personnes que nous avions invitées vienne vraiment. . Lauren fit comme elle et s'aperçut que la plupart des invités avaient commencé à regagner la maison d'un pas lent ou qu'ils se dirigeaient vers le ponton. J'en profiterai pour me changer là-bas.Tout le monde a déjà commencé à s'habiller pour le dîner.Je sais que je t'avais promis que ce serait une réunion intime. tous les deux ? ajouta-t-elle à l'attention de Nick. . Qu'avez-vous prévu ? Avezvous l'intention d'aller vous changer à La Crique ou de le faire ici. .

Tracy à Lauren. Vous et moi pouvons utiliser notre chambre. George trouvera un autre endroit pour se changer. Si nous y allions ? leur proposa-t-elle, déjà prête à s'éloigner. A la vue de la tête que faisait Lauren, Nick lui jeta un coup d'ceil où luisait une étincelle de compréhension pleine d'ironie. - J'ai l'impression que Lauren veut me parler de quelque chose. Partez devant. Nous vous rejoindrons. Dès que le couple se fut éloigné hors de portée d'oreilles, Lauren lui dit d'une voix désespérée : - Nick, je n'ai rien de convenable à me mettre. Et vous non plus, j'imagine ? - J'ai des vêtements à La Crique, et je trouverai aussi une robe pour vous là-bas, la rassura-t-il. Je la ferai porter ici, et vous la trouverez dans la chambre de Tracy quand vous serez prête à vous changer. A l'intérieur de la maison régnaient une joyeuse cacophonie et une activité de ruche. Des rires et des bruits de conversation sortaient de vingt pièces différentes réparties sur trois étages, tandis que des domestiques, du linge tout frais blanchi drapé sur leurs bras et des plateaux de boissons dans les mains, se hâtaient dans toutes les directions. Nick arrêta l'un d'eux au passage pour lui demander ses messages téléphoniques. Un instant plus tard, il les tenait à la main. Il se tourna vers Lauren. - Je vous retrouverai près de la piscine dans environ une heure. Vous en sortirez-vous sans moi pendant si longtemps ? - Tout ira bien, le rassura la jeune femme, prenez votre temps. - C'est sûr ? A la vue de ces yeux gris fascinants qui sondaient les siens, Lauren n'était même plus sûre de son propre nom ; elle acquiesça néanmoins de la tête. Quand il se fut éloigné, elle se détourna et découvrit Bebe Leonardos qui la dévisageait avec une curiosité non dissimulée. Se hâtant d'effacer l'expression rêveuse de son visage, Lauren lui demanda : - Y a-t-il un téléphone que je puisse utiliser ?

J'aimerais appeler chez moi. - Bien sûr. Où habitez-vous ? - A Fenster, dans le Missouri, répondit Lauren qui se dirigeait sur les pas de Bebe vers un bureau luxueux situé à l'arrière de la maison. - Fenster ? renifla l'héritière, comme si une odeur offensante était associée au nom de la ville. Puis elle sortit du bureau en refermant la porte derrière elle. Le coup de fil longue distance que Lauren donna en P.C.V. à son père ne dura pas longtemps, car tous deux étaient très conscients du montant élevé de la communication. Mais à l'annonce de son nouvel emploi et de son salaire, le père de la jeune femme éclata d'un rire de fierté et d'étonnement, et il fut soulagé d'apprendre que Philip Whitworth lui avait proposé d'habiter l'appartement de sa tante, sans payer de loyer. Ne voulant nullement inquiéter son père, Lauren ne lui parla pas du marché qu'elle avait conclu avec Philip. La seule chose qui lui importait était de lui apprendre que le fardeau de ses soucis financiers allait être allégé. Après avoir raccroché, Lauren traversa le bureau et, ayant entrouvert la porte, s'immobilisa en entendant une voix de femme qui saluait gaiement quelqu'un à l'autre bout du couloir. - Bebe, ma chérie, tu as l'air en pleine forme. Ça fait des siècles qu'on ne s'est pas vues ! Sais-tu que Nick Sinclair est attendu ici pour le week-end ? - Il est arrivé, répondit Bebe. Je lui ai déjà parlé. Le rire de l'autre femme fusa. - Grâce à Dieu, quel soulagement ! Carlton m'a obligée à quitter une plage divine des Bermudes pour me traîner ici, parce qu'il voulait parler affaires avec Nick. - Carlton devra attendre son tour, répliqua Bebe d'un ton neutre. C'est aussi à cause de Nick qu'Alex et moi avons fait le déplacement. Alex veut lui parler du lancement d'une chaîne d'hôtels internationale. Il a essayé de le joindre de Rome pendant deux semaines, mais Nick ne l'a jamais rappelé, malgré ses multiples messages. Nous avons donc pris l'avion hier.

- Je n'ai pas aperçu Ericka dans le coin, dit l'autre femme. - Normal. Nick n'est pas venu avec elle. Mais attends de voir ce qu'il a amené à la place ! Devinant le rire plein de dérision qui perçait sous la voix affectée de Bebe, Lauren se raidit, avant même que l'héritière ajoute : - Tu ne vas pas le croire ! Elle a à peine dix-huit ans et sort tout droit d'une ferme du Missouri. Avant de l'abandonner une heure, Nick a été obligé de lui demander si elle s'en sortirait toute seule... Les voix s'estompèrent au fur et à mesure que les deux femmes s'éloignaient. Etonnée et irritée par l'attaque verbale de Bebe, Lauren ouvrit néanmoins la porte calmement et sortit dans le couloir. Une heure plus tard, installée à la table de toilette de Tracy, la jeune femme brossa ses cheveux épais, jusqu'à ce que les mèches brillantes encadrent son visage et cascadent en vagues éclatantes sur ses épaules. Puis elle appliqua à la hâte une pointe de fard à joues sur ses pommettes hautes, mit du brillant à lèvres de la même teinte et rangea ses produits de maquillage dans son sac. Nick l'attendait déjà sûrement près de la piscine. A cette pensée, ses yeux turquoise s'embrasèrent d'une lueur de pur bonheur, tandis qu'elle se penchait vers le miroir pour mettre avec précaution les précieuses boucles d'oreilles en or qui avaient appartenu à sa mère. Une fois prête, elle recula pour étudier l'effet de la longue robe sophistiquée en jersey de soie couleur crème que lui avait fait porter Nick pendant qu'elle prenait un bain. Le doux tissu soulignait sa poitrine haute et pleine. De longues manches étroites descendaient jusqu'à ses poignets et se terminaient en pointe sur le dos de ses mains. La ceinture dorée qui lui serrait la taille faisait légèrement blouser le tissu, de telle sorte que toutes ses courbes féminines étaient mises en valeur, depuis l'encolure ras du cou jusqu'au

bas évasé sous lequel pointaient les délicates sandales dorées que lui avait prêtées Tracy. - Parfait! s'écria joyeusement celle-ci. Tournezvous que je voie de dos. Lauren s'exécuta de bon gré. - Comment une chose qui a l'air si sage de face peut-elle être si provocante de dos ? lui demanda son hôtesse, qui admirait la façon dont le dos svelte de Lauren, hâlé par le soleil d'été, était dénudé presque jusqu'à la taille. Eh bien, si nous descendions ? Tandis qu'elles avançaient toutes les deux le long du balcon, Lauren pouvait entendre les bruits des festivités, qui montaient de la piscine. Des dizaines de voix de femmes pleines de gaieté se mêlaient au son plus bas des voix masculines, avant de ne plus former qu'une masse sonore confuse avec la musique rythmée de l'orchestre. Cinq secondes après qu'elles eurent débouché sur le patio, Tracy fut entourée et emportée par un groupe d'amis, et Lauren se retrouva seule. Elle tendit le cou pour essayer d'apercevoir Nick au milieu de la foule. A peine avait-elle fait deux pas qu'elle l'aperçut au centre d'un groupe important d'invités, à l'extrémité de la piscine. Sans lâcher sa haute silhouette des yeux, Lauren se fraya avec précaution un chemin en contournant les obstacles formés par les invités, les serveurs, les torchères, les tables avec leurs parasols et la piscine. Se rapprochant, elle constata que Nick semblait engagé dans une conversation animée. La tête légèrement penchée vers les gens qui l'entouraient, il paraissait leur prêter une attention intense. Pourtant, à intervalles réguliers, il laissait son regard glisser sur la foule, comme s'il cherchait quelqu'un. Lauren comprit que c'était elle qu'il cherchait, et elle s'embrasa de l'intérieur. Comme s'il sentait sa présence, il releva brusquement la tête et ses yeux rencontrèrent les siens par-delà les grappes d'êtres humains. Avec un côté abrupt qui n'était pas loin du manque de courtoisie, il fit un signe de tête à ses interlocuteurs et les quitta d'un pas nonchalant, sans

même leur adresser une parole. Lorsque le dernier groupe de personnes présentes sur le patio s'écarta pour le laisser passer, Lauren le vit apparaître dans toute sa splendeur, au point que le souffle lui manqua. Le smoking noir corbeau épousait parfaitement sa haute et magnifique silhouette, comme s'il avait été fabriqué sur mesure par le meilleur tailleur. L'éblouissante blancheur de sa chemise à jabot formait un superbe contraste avec son visage bronzé et son nœud papillon noir, et il portait ce costume habillé avec l'assurance tranquille d'un homme parfaitement habitué à ce genre de vêtement. Lauren se sentait bêtement fière de lui et elle ne tenta pas de le lui cacher lorsqu'ils se rejoignirent. - Vous a-t-on jamais dit à quel point vous êtes beau ? lui demanda-t-elle d'une voix douce. Un sourire de petit garçon éclaira lentement les traits de Nick. - Que penseriez-vous si je vous répondais non ? Lauren eut un petit rire. - Je penserais que vous essayez de faire votre modeste. - Que suis-je donc censé faire maintenant ? la taquina-t-il. - A mon avis, vous devriez essayer d'avoir l'air un peu troublé et embarrassé par cette flatterie. - J'ai le plus grand mal à avoir l'air troublé ou embarrassé. - Dans ce cas, vous devriez essayer de me troubler en me disant de quoi j'ai l'air, suggéra-t-elle. Se détournant lentement afin de ne pas attirer l'attention des autres invités, elle s'arrangea délibérément pour que sa robe fasse sur lui tout son effet. A la lumière des torchères, son éclatante chevelure blond vénitien projeta des étincelles dansantes quand elle compléta son tour sur elle-même. Puis elle attendit que le regard de Nick se déplace sur son visage radieux, ses yeux d'un bleu lumineux et ses lèvres douces et pleines, puis qu'il examine de haut en bas les contours de sa silhouette. - Eh bien ? le taquina-t-elle à son tour. Qu'en pensez-vous ?

il lui lança brusquement : . N'étant pas si angélique que cela. qui avait le teint clair. inconfortable. elle pressentait qu'il n'aurait nulle envie de séduire une vierge et de coucher avec elle. mon envie de découvrir comment vous serez dans mes bras cette nuit devient. Dans ce cas.Vous croyez ? se moqua-t-il. Lauren doutait fort qu'il reste un seul brin d'innocence dans tout le corps agressivement viril de Nick. elle comprenait parfaitement ce qu'il entendait par le mot « inconfortable ». rosirent.tout.. je vais vous dire exactement ce que je pense : je pense que vous êtes d'une beauté exquise et que vous possédez la faculté fascinante d'avoir l'air à la fois d'une jeune femme extrêmement sexy et sophistiquée et d'une jeune fille complètement angélique. mais au lieu de lui répondre. les yachts qui s'allumaient comme des sapins de Noël .Je pense que cette robe vous va à la perfection. En ce qui concernait ses relations avec les femmes.Ne croyez jamais celui qui vous dira que vous êtes un flatteur. sauf le corps grand et musclé de Nick.. une lueur de défi dans les yeux. Accorderait-il d'ailleurs une quelconque importance au fait qu'elle soit vierge ? A en juger par la franchise de son attitude envers le sexe.Une flamme brûlait dans les yeux gris qui se décidèrent à rencontrer les siens. la vierge en question désirait de toutes ses forces se laisser « . car c'est faux ! . parce que chaque fois que je vous regarde. Et pourtant. Elle s'arracha aux yeux gris moqueurs de Nick et contempla les invités. . Lauren éclata de rire. Et je donnerais tout pour ne pas être coincé ici avec une centaine de personnes dans les heures qui viennent. Evidemment. Les joues de Lauren. Après une hésitation. il n'y avait probablement rien qu'il n'eût fait ou qu'il ignorât dans ce domaine. il la parcourut de nouveau de la tête aux pieds de son regard ardent. Pourquoi s'était-il montré si direct? Peut-être soupçonnait-il qu'elle n'avait encore jamais couché avec aucun homme et essayait-il volontairement de la choquer pour le lui faire admettre.

Lui prenant fermement le menton entre le pouce et l'index. la forçant à le regarder dans ses yeux gris taquins. .Je comprends. Je ne peux pas faire semblant d'être sourd et aveugle beaucoup plus longtemps. . La main sous le coude de la jeune femme.C'était bête de ma part de vous le dire.. il déclara d'un ton irrité : . ils pensent que vous leur appartenez. Et au cas où cela vous intéresserait. . il va falloir que nous nous mêlions aux autres. Nick l'obligea à relever le visage vers lui.J'ai entendu par hasard Bebe Leonardos raconter à quelqu'un que son mari était venu tout exprès . Ce sont des gens très riches et très gâtés.Malgré mon envie de passer la soirée seul avec vous.. Allons nous restaurer. six autres personnes le hélèrent par son nom. fit-il. personne ne me l'avait jamais dit avant vous.. ajouta-t-il d'une voix qui se voilait. . Les sourcils noirs de Nick se froncèrent de surprise. s'excusa-telle avec dignité et.séduire ».Qu'est-ce qui vous fait penser que je travaille pour eux ? . mais ni tout à fait aussi vite. compatit Lauren. . et comme vous travaillez pour eux. tandis que sa main lâchait le menton de Lauren. pourquoi refusez-vous de me regarder ? . puis fit mine de ne pas avoir entendu. mais elle n'était pas persuadée que c'était la conduite qu'elle allait adopter. il la guida vers la tente installée sur la pelouse et sous laquelle des serveurs offraient des hors-d'œuvre chauds et froids. mais ça m'a plu. Dans les cinq minutes qui suivirent.Je suis sûr que vous mourez de faim et de soif. La septième fois.Si je suis si beau. Il aurait fallu. Il aurait fallu qu'elle le fasse attendre jusqu'à ce qu'il tienne vraiment à elle. ni tout à fait aussi facilement.C'était effectivement très exagéré. il leva les yeux.. \ Quelqu'un l'ayant appelé.

Ça ne devrait pas être trop difficile. elle l'in- . Nick passa en revue la foule des invités d'un regard ennuyé. Vraiment ? s'esclaffa-t-il. Avec un brio tactique que n'aurait pas renié Napoléon Bonaparte. sauf si je me trompe dans mes estimations.de Rome pour vous parler d'un projet de construction d'hôtels internationaux.Dès que quelqu'un commencera à vous parler affaires. Je les tiendrai à distance. Et l'autre femme lui a dit que son mari.Laissez-moi m'occuper d'eux. qui s'appelle Carlton. il n'y a aucune raison pour que vous le fassiez. Et comment vous y prendrez-vous ? Les yeux bleus de Lauren pétillaient sous leurs cils d'or. lui répondit-il. se fâcha-t-il. . Dès que la discussion s'engageait trop loin. . elle parvint à extraire Nick en douceur d'une bonne dizaine de conversations d'affaires. il y a au moins quatre autres de ces messieurs qui ont fait le voyage uniquement dans cette intention.Je suis venu ici parce que j'ai travaillé comme une bête de somme pendant deux mois et que j'avais envie de passer un week-end de détente. comme si chaque personne présente représentait une menace personnelle pour sa tranquillité. . Vous ne ces sez déjà pas d'occuper mes pensées. .Si vous ne souhaitez vraiment parler affaires à personne. je vous distrairai en prétendant que j'ai besoin de vous.Des gens qui ont fait des milliers de kilomètres dans le seul but de vous rencontrer peuvent se montrer très insistants. Lauren se conduisit exactement comme elle le lui avait promis. . avec un nouveau coup d'oeil en direction des invités. Le regard de Nick s'abaissa sur les lèvres de la jeune femme. dit Lauren avec un sourire ensorceleur. était également ici pour vous parler d'une autre affaire. Durant les trois heures qui suivirent. . Et.

. . Ils s'attardèrent l'un près de l'autre sur le rivage. malgré son goût et sa consistance de chocolat malté. Et Nick la laissa faire. il la gardait tout près de lui et. tout en se tournant pour observer quatre invités exubérants qui faisaient un double sur le court de tennis. la soirée avançant et l'alcool coulant à flots. se servait d'elle comme d'un bouclier.Bien sûr que non. . les plaisanteries plus crues.Et si nous descendions à la plage ? Une réception battait son plein sur l'un des yachts brillamment illuminés. Tous les stratagèmes lui étaient bons. à écouter la musique et les rires et à admirer la lumière projetée par la lune qui ruis- . L'une des joueuses. avait enlevé sa jupe et n'était plus vêtue que d'un haut à paillettes. les conversations se firent plus bruyantes. observant sa manœuvre des plus efficaces avec un mélange d'admiration ouverte et d'amusement voilé. sous lequel pointaient des dessous de dentelle noire et de hauts talons. Nick lui prit son verre des mains et le posa sur une table toute proche. mes jambes sont parfaites. . Mais..terrompait en venant lui rappeler avec douceur qu'il lui avait promis d'aller lui chercher un verre. une vedette de cinéma française. celui-ci était beaucoup plus fort qu'elle ne l'imaginait. Lauren était en train de siroter son troisième cocktail d'après dîner et elle commençait à se rendre compte que. lui déclara-t-elle gaiement. Et les hommes qui désiraient retenir Nick se montrèrent de plus en plus insistants. tandis qu'ils s'éloignaient à pas lents d'un yachtman au visage rubicond qui voulait que Nick lui raconte tout ce qu'il savait d'une compagnie pétrolière située dans l'Oklahoma.Avez-vous vraiment besoin de marcher pour faire disparaître cette crampe à la jambe ? lui chuchota Nick d'une voix taquine. les rires plus débridés. de l'emmener faire une promenade ou de lui montrer les lieux. Son verre dans la main droite et son bras gauche autour de la taille de Lauren. sans la moindre honte.

dit Nick.A la place de cette femme qui jouait au tennis. Weatherby et un autre avec Jim Williams. j'aurais gardé ma jupe et ôté mes chaussures. je suis l'un ou l'autre.Afin d'être plus à l'aise pour jouer ? chuchota Nick d'une voix distraite en écartant du bout du nez les cheveux ondulés et soyeux qui retombaient sur la tempe de Lauren. . ni inhibée. Savezvous pourquoi ? . A moins que je ne sois inhibée.Je garderais ma jupe parce que je suis réservée. Depuis qu'elle s'était levée le matin. Lauren releva brusquement le visage vers celui de Nick et lui avoua : . Les effets de ce tour de manège émotionnel se faisaient pleinement sentir : une délicieuse lassitude l'avait envahie et elle se sentait vraiment au bord du vertige. . L'image de la vedette de cinéma française flotta dans son esprit et elle eut un petit rire de gorge. En une seule journée. La joue posée contre le tissu lisse de sa veste de smoking. elle passait le week-end avec l'homme de ses rêves. je ne sais même pas jouer au tennis. puis fait un long voyage et assisté à cette réception au cours de laquelle elle avait bu davantage qu'au cours de toute sa vie. . tandis que sa main se déployait tout en bas de ses reins dénudés. elle avait eu un entretien avec M. Je suis tout simplement le . elle avait connu tension. et maintenant. enthousiasme.En réalité. elle se déplaça avec lui en mesure sur la chanson d'amour que jouait l'orchestre.Dansez avec moi. adorant la façon dont ils glissaient autour d'elle pour l'étreindre. Elle reposa la joue contre les muscles solides du torse de Nick qui étouffa un petit rire contre ses cheveux. vibrant au contact des jambes qui remuaient intimement entre les siennes. la pressant plus près contre son corps ferme.selait à la surface du lac.Non. et Lauren vint volontiers se placer dans ses bras. . espoir et passion. poursuivit-elle rêveusement. En tout cas. je ne suis ni réservée. elle avait déjeuné avec Nick.

Ses lèvres s'adoucirent et se mirent à se mouvoir à l'unisson de celles de Nick. La preuve flagrante de celui qui montait en Nick. avivant le désir qui les consumait. et il resserra le bras autour de ses hanches. alors que je pense qu'il est parfaitement normal que les autres fassent tout ce dont ils ont envie. . Sans réfléchir. la pressant encore plus contre ses cuisses d'acier. Puis il pressa de nouveau ses lèvres sur les siennes. . Lauren la sentait contre elle. habitée du besoin fiévreux de lui plaire encore davantage. Ce que je dis a-t-il un sens ? Nick ignora sa question et choisit à la place de lui en poser une autre : . ne seriez-vous pas par hasard un peu pompette ? . En d'autres termes. mais ses lèvres n'eurent pas le temps de prononcer le moindre mot.Ma belle.Je vous l'interdis. tandis que sa langue s'insinuait entre ses lèvres pour venir effleurer la sienne.Peut-être bien que oui.. . Puis Lauren lui donna d'instinct ce qu'il désirait. vous n'embrassez pas comme une puritaine. Décidée à se rebeller contre cette attitude autoritaire. Il fit glisser sa langue sur sa joue et lui chuchota à l'oreille d'une voix rauque de désir : . marmonna Nick d'une voix rocailleuse. Lauren releva brusquement la tête.Lauren.Je n'accepte aucune protestation. elle se cambra. son corps épousait celui de Nick et elle ne savait plus ce qu'elle faisait. La main de Nick s'enfonça dans la masse épaisse de ses cheveux lui caressant la nuque. et à ce contact des frissons de plaisir la parcoururent. Puis sa bouche s'ouvrit sur la sienne en un baiser fulgurant qui la fit descendre en spirale tout au fond d'un monde obscur où n'existaient plus que les lèvres mâles et sensuelles.résultat confus d'une éducation semi-puritaine et d'études libérales. il s'agissait d'un ordre destiné à être respecté. Bien qu'énoncé tranquillement.. fiévreuses et exigeantes collées aux siennes. ça veut dire que je me refuse à faire n'importe quoi. De luimême.

Lauren. . . montrant qu'il approuvait sa candeur.Dans ce cas. Les paroles suivantes de Nick le confirmèrent : . . incapable d'arracher son regard du sien ou de lui mentir..Ça fait des heures que Sinclair est parti.Lentement.J'ai envie de vous. Il posa la main contre la joue de Lauren et l'effleura en une caresse qui remontait vers sa tempe puis descendait jusqu'à sa nuque..Je sais. comme si on l'avait surprise en train d'accomplir un acte innommable. Lauren avala sa salive..Et j'ai envie de vous.. puis elle s'évanouit complètement. pourquoi restons-nous plantés ici ? .Hé. Trop profondément aussi pour s'en libérer. C'est bien vous ? Lauren s'écarta brusquement de Nick. chuchota-t-elle d'une voix mal assurée. et j'en suis heureuse. la pression de sa bouche s'adoucit. Elle sombrait trop vite dans ce précipice de désir. Les mains de Nick remontèrent le long de ses bras jusqu'à ses épaules. murmura-t-il d'une voix lourde de sensualité. . . s'étonna l'homme qui se rapprochait et essayait . Cette déclaration tranquille et directe l'enflamma tout entière. .. la repoussant de quelques centimètres. avoua-t-elle d'une voix frémissante. Une lueur chaleureuse s'alluma dans les yeux de Nick. puis faillit éclater de rire quand Nick l'obligea à se rapprocher et répondit tranquillement : .C'est pas vrai ? Je me demande vraiment pourquoi. puis les étreignirent. Nick ! s'exclama une voix à quelques mètres d'eux.Nick. lui souffla-t-il. Les yeux bleus éblouis de Lauren rencontrèrent son regard argenté. Tremblante d'excitation et de crainte.Allons à La Crique. .. Lauren appuya le front contre son épaule dans un accès de faiblesse.Regardez-moi.Et ?. . je. lui dit-il d'une voix empreinte de douceur.

Ah ! je vois. tout en faisant mine d'écouter le résumé que faisait Dave Numbers des paris en cours. La veste de son smoking était ouverte. au moment où Nick le lui présentait sous le nom de Dave Numbers. Je suis en train d'endormir votre jeune dame. Tracy Middle ton mise par trois mille dollars à chaque coup. Se tournant vers Nick. Le visage jovial. monsieur Numbers ? dit-elle poliment. puis un autre. Maintenant qu'il avait identifié sa proie. qui en était maintenant . C'était un homme corpulent au teint basané.Ils se sont lancés dans une sacrée partie de black jack à bord du yacht de Middleton. Un homme. .de scruter leurs visages à travers l'obscurité.. Non seulement elle avait froid. se dit Lauren. Nick. . répliqua Nick d'une voix traînante. l'homme ne manifestait plus la moindre intention de comprendre cette allusion scabreuse et de s'éloigner. qu'on avait envie d'aimer. répondit-il avec un sourire affable. fit l'homme.. . .Comment allez-vous. il sortit d'un pas nonchalant de l'ombre. avait sur elle un effet quasi hypnotique.Il avait manifestement quelque chose de plus intéressant à faire. que Lauren compara immédiatement à un nounours. Il y a une chance sur quatre mille pour que ça arrive. qui était du genre accommodant. le col de sa chemise à jabot déboutonné. George a tiré pratiquement les mêmes cartes deux parties de suite.. il ajouta : . s'excusa Dave Numbers. cherchant plus près sa chaleur. et quelques minutes plus tard.Plutôt bien. Elle étouffa un bâillement.. et son nœud papillon desserré pendouillait à son cou. mais le sommeil la gagnait et la main de Nick. ma jeune amie. Lauren posa la tête sur le torse de Nick. Bebe Leonardos vient de lâcher vingt-cinq mille dollars. qui lui caressait paresseusement le dos. ses paupières tombèrent et se fermèrent. Sans se départir de son sourire courtois.

Il se pencha en arrière pour contempler son visage et secoua ironiquement la tête.aux paris sur les prochains matches de football. Lauren faillit presque trébucher de surprise. de la chance ! Il les salua d'un bref mouvement de la main.C'est un bookmaker.C'est bien ce que je me disais.C'est vrai.Ces gens ne dorment-ils donc jamais ? demanda . dit-il. commenta-t-elle. très amical et.. le visage enfoui dans sa chevelure odorante. ..Non. Il passa un bras autour de ses épaules et entreprit de la ramener à la maison. . des rires bruyants leur explosèrent aux oreilles.C'est un génie des maths. . . . .Vrai que je vais avoir de la chance cette nuit ? . . Le regard de biais qu'il lui jeta était empreint d'amusement. . le visage enfoui dans ses cheveux. que Nick observait avec une lueur d'humour. Lauren ? lui demanda-t-il. puis fit un clin d'oeil à Nick. Lauren se redressa gauchement et essaya d'esquisser un sourire sur son visage endormi. compléta Nick. que Lauren est prête à aller au lit.Venez. Dès que Nick eut ouvert la porte d'entrée. puis se retourna pour regagner la maison d'un pas nonchalant. . remarqua Lauren d'un ton admiratif.Un quoi ? En dépit de l'heure avancée.En réalité.M. gloussa-t-il. . Très chaleureux. . Vous êtes déjà à moitié endormie. . répondit-elle d'une voix ensommeillée. son vrai nom est Mason. la maison était illuminée et la réception battait son plein. Numbers est un surnom. Nick l'étreignit très fort contre son torse musclé. L'homme regarda brièvement la jeune femme. Lauren se blottit davantage dans la chaleur de ses bras.Vous en avez.Je crois. Enveloppant Lauren dans ses bras. Numbers me plaît bien.Vrai quoi ? .

Ulcérée.Je dormirai cette nuit à La Crique. dans la mesure où ils peuvent s'en passer. Vous ne pouvez pas la rater. L'entourant de ses bras.Lauren.Ne devriez-vous pas d'abord me demander si j'ai envie de me retrouver seule avec vous là-bas ? Il lui caressa le menton. ..A moins que je ne parte pour le Missouri. Je vous attendrai à 11 heures. il ajouta d'un ton légèrement ironique : .Je vous attendrai à 11 heures.Non. Et nous y passerons la journée de demain tous les deux. La Crique se trouve au bout de cette route.C'est le majordome qui a les clés de votre voiture. si plein d'arrogance et si merveilleux ? Jusque-là. il lui prit les lèvres en un long baiser provocant. Après son départ.. . Nick demanda à un domestique quelle chambre avait été attribuée à la jeune femme. La manière arrogante qu'il avait de ne pas douter un instant qu'elle serait tout à fait d'accord pour le rejoindre à La Crique et pour faire en outre tout ce qu'il désirait exaspéra Lauren autant qu'elle l'amusa. C'est la seule maison. . Il vous suffit de tourner en direction du nord à la sortie de l'allée et de parcourir trois kilomètres jusqu'à la première route sur votre gauche. il ajouta : . elle s'affala sur le lit. sans pouvoir empêcher un sourire tremblant de fleurir sur ses lèvres. puis il l'accompagna en haut de l'escalier. comme si elle était une amusante petite fille de neuf ans. vous pouvez toujours prendre la direction du sud à la sortie de la propriété des Middleton et filer droit vers le Missouri. Avec un grand sourire à son adresse. Seuls. Lauren le contredit d'un ton désinvolte : . elle avait été trop occupée à .Et si vous n'en avez pas envie. . Ouvrant la porte de la chambre de Lauren. Comment un homme pouvait-il être à la fois si outrageusement sûr de lui.Vous en avez envie. .

il fallait qu'elle se conduise d'une manière différente des autres femmes qu'il avait connues. Il était beaucoup trop sûr de lui à son goût. si elle voulait être quelqu'un de différent pour lui. Lauren prit l'un des oreillers et. Il se serait déjà dit qu'elle n'allait pas venir.. il avait le sens de l'humour. Et si elle voulait conquérir son affection. intelligent et sage. Et elle désirait Nick. Il s'adonnait au jeu du désir. Une femme qui savait ce qu'elle désirait. elle le serra contre sa poitrine en frottant la joue contre le tissu blanc comme s'il s'agissait de la chemise de Nick. elle voulait gagner son cœur. mais ne serait pas encore parti ailleurs. Lauren se laissa lourdement retomber sur le dos et contempla le plafond. doux. il était terriblement attirant. Il était tout ce qu'un homme devrait être : fort. Par exemple. Elle ferait donc en sorte d'être juste assez en retard pour lui faire croire qu'elle ne venait pas. l'encerclant joyeusement de ses bras. Lauren sombra dans le sommeil. mais elle était une femme maintenant. à travailler et à faire de la musique pour vivre une relation profonde avec un homme. Une bonne dose d'incertitude pouvait lui ôter de son assurance et jouer en sa faveur. Et en plus.. Il était beau. . Et elle dormit dans l'état de paix intérieure et de joie profonde de la femme qui sait qu'elle a trouvé 1 homme de sa vie. mais elle voulait également l'obliger à avoir de l'affection pour elle. il ne doutait pas un seul instant qu'elle le rejoindrait à La Crique. 11 h 30 était l'heure idéale. L'oreiller toujours serré dans ses bras et le sourire aux lèvres.étudier.

6 Bien décidée à mettre en pratique son plan d'arriver un peu en retard à La Crique. Mais au moment de sortir dans l'allée. Et si Nick avait décidé de ne pas l'attendre ? A trois kilomètres exactement de la demeure des Middleton. attrapa son sac et se hâta d'emprunter le large sentier dallé menant à la porte d'entrée. Quand on eut identifié leurs propriétaires. Au bout de l'allée se dressait une grande maison en forme de L. La maison était vide. Elle s'y engagea et sa voiture gravit à vive allure la pente raide et tortueuse. Les mains crispées sur le volant. A sa troisième tentative. structure spectaculaire construite en verre et en rondins de cèdre grossièrement équarris qui ressemblait à ces bâtisses bâties sur une falaise surplombant l'océan Pacifique. elle eut la surprise de découvrir qu'au moins six véhicules bloquaient le sien. elle avait déjà compris que personne ne lui répondrait. Elle pressa sur la sonnette et attendit. elle vit une allée recouverte de bitume noir sur sa gauche avec un petit écriteau en bois qui indiquait La Crique. trouvé les clés et bougé les voitures. Lauren ne demanda les clés de sa voiture au majordome qu'à 11 h 20. faisant fuir au passage des lapins et des écureuils épouvantés dans la forêt touffue. puis elle appuya de nouveau et attendit encore. elle prit le virage sur les chapeaux de roues pour s'engager sur la route principale. . Lauren s'arrêta brusquement à côté de la maison dans un grincement de freins. il était midi moins le quart et Lauren ressemblait à une pelote de nerfs.

Lauren se retourna pour contempler la petite pelouse bien entretenue d'un air déconfit. Comme il ne disposait pas de sa propre voiture. Vêtu unique- . Il était hors de question qu'elle s'assoie sur le pas de la porte dans l'espoir que Nick finirait peut-être par revenir passer la nuit dans la maison. venant de beaucoup plus bas. cela ne faisait pas le moindre doute. paralysée de joie et de soulagement à la vue de la silhouette souple et familière de Nick. attira son attention. elle se dit que Nick n'avait pas eu l'intention de l'attendre bien longtemps. Elle rebroussa chemin. A cause de cette machination. puisque c'était lui qui l'y avait invitée. Comme elle prenait le temps d'admirer une dernière fois la beauté sauvage du paysage qui l'entourait. Elle aurait dû savoir qu'il ne fallait pas essayer de jouer au plus fin avec un homme qui était manifestement un maître à ce genre de petits jeux. sans doute était-il allé quelque part avec le propriétaire de cette maison splendide. elle se précipita dans l'escalier de pierre escarpé. et elle ne pouvait pas non plus retourner chez les Middleton. elle allait en définitive terminer cette superbe journée sur la route du Missouri. Le cœur lourd d'amertume. Avalant sa salive pour essayer de dénouer sa gorge. Lauren ouvrit la portière de sa voiture et posa son sac sur le siège du passager. Cela ne servirait à rien de contourner la maison pour aller voir derrière. Un bizarre bruit métallique. Parvenue sur la dernière marche. elle s'arrêta. Ne la voyant pas arriver à l'heure. tombant à pic jusqu'à l'eau. juste à côté d'elle. car celle-ci était perchée tout au bout d'un promontoire et il n'y avait rien à l'arrière qu'un précipice d'une centaine de mètres. Ces marches. descendant le sentier avec le sentiment d'être très bête et une profonde envie de fondre en larmes. il en avait sûrement conclu qu'elle était repartie pour le Missouri. et il y avait quelqu'un en bas. descendaient à la plage en serpentant au milieu des arbres. et une plate-forme en cèdre. elle remarqua quelques marches taillées dans le promontoire rocheux. spectaculairement suspendue dans le vide. Le cœur cognant dans sa poitrine.

. Il était si parfaitement immobile que Lauren finit par s'arracher à la contemplation de son profil pour regarder dans la même direction que lui. elle ne trouva absolument rien de piquant à dire. Sans doute avait-il fait l'aller-retour au moins une demi-douzaine de fois sur ces marches escarpées. en train de bricoler le moteur d'un petit bateau qui avait été tiré sur l'étroit croissant de plage sableuse. Quand elle découvrit ce qu'il avait préparé. Un long moment. verres de cristal et couverts d'argent. Comme Lauren avait pensé quelques minutes plus tôt qu'il ne tenait même pas assez à elle pour attendre son arrivée.ment d'un court short de tennis blanc. se délectant de la beauté virile de ses épaules larges. rectifia-t-elle malicieusement. Elle n'avait toujours pas bougé quand il s'arrêta de farfouiller dans le moteur pour consulter sa montre. il se tenait accroupi par terre. Du couvercle ouvert de l'un d'entre eux. Lauren se contenta de le regarder. était soigneusement mise sur une nappe en coton.. sinon devant le décor méticuleusement préparé qui allait servir à sa propre séduction ?. Tentative de séduction. . devant quoi était-elle en train de s'extasier. pointait le col d'une bouteille de vin. Son bras retomba et il tourna lentement la tête pour regarder quelque chose sur sa droite. Ce scénario à l'esprit. La table. se hâta-t-elle de corriger. de ses bras et de son dos musclés qui luisaient au soleil comme du bronze poli. Un peu à l'écart. Il se montrerait sans nul doute très naturel et ferait celui qui n'avait même pas remarqué qu'elle était en retard. Il avait étalé de grandes couvertures sur le sable et planté derrière elles un large parasol de plage pour les protéger du soleil. Pas si touchante que cela. son corps entier vibra de tendresse. il y avait trois paniers de pique-nique en osier. essayant sans succès d'avoir l'air moins enchantée. elle fit un pas en avant. elle décida de se montrer spirituelle en disant bonjour à Nick. Après tout. assiettes de porcelaine. Malheureusement. Lissant le haut de velours éponge vert vif à encolure en V coordonné à son short. cette preuve du contraire était doublement touchante.

Et je serais enchantée de faire une promenade en bateau. Oui.Oui? . mais une accusation sans détour.Très déçu. Le regard plongé dans ces yeux gris hypnotiques. elle recula prudemment d'un pas. je vous remercie..Avez-vous pensé que je n'allais pas venir ? lui demanda-t-elle d'un ton innocent. . . .Lauren ? Elle avala sa salive. . Au lieu de quoi.Avant d'aller faire du bateau. il la dévisagea de son regard froid. Avant quoi ? .Salut ! fit-elle gaiement. la clé de serrage toujours à la main. . Cette constatation était si éloignée de tout ce que Lauren avait imaginé qu'elle dut se retenir de pouffer d'étonnement en s'approchant de lui. Sans quitter sa position accroupie. . Lauren sentit une effervescence traîtresse mettre en émoi tout son être. admit-elle d'une voix douce. gris et indéchiffrable. répondit-il.Que nous commencions ? chuchota-t-elle d'une voix contractée. J'aimerais bien commencer par déjeuner. Les sourcils noirs se froncèrent sardoniquement. . admit-il tranquillement. . Nick pivota lentement sur lui-même.Etes-vous déçu ? Elle regretta sur-le-champ sa question.N'était-ce pas ce que j'étais censé penser ? Ce n'était pas une question. Posant le bras sur ses genoux plies.Oui. .Ah ! Faire du bateau ! souffla-t-elle gaiement. et le premier réflexe de Lauren fut de la nier. sachant que Nick allait immédiatement procéder à des représailles au moyen d'une remarque coupante. elle hocha la tête et un sourire fleurit sur ses lèvres. .Voulez-vous que nous commencions par déjeuner ? . et quand Nick posa la clé et se leva sans se presser. tout en observant le regard froid et gris se réchauffer sous l'effet de la fascination.Vous êtes en retard. la dévisageant d'un air étonné.

Le ciel d'un bleu éclatant était piqueté de petits nuages blancs floconneux et le vent gonflait la voile et faisait filer le bateau en silence sur l'eau. Lauren avait eu maintes fois l'occasion d'aller pêcher avec son père.. juste en face d'elle.Enormément. Lauren n'avait connu de journée plus magnifique.7 De toute sa vie. mais dans ce cas.Nous pourrions jeter l'ancre ici pour nous dorer au soleil et pêcher un peu.une entente faite de remarques spontanées et de rires partagés que ponctuaient de longues plages de silence. Est-ce que cela vous dit ? . puis jeta un coup d'œil à Nick qui tenait la barre. il faudrait qu'on pêche à la cuiller ou au rapala. une camaraderie chaleureuse avait jailli entre eux . jouissant autant de la chaleur dorée du soleil que de la certitude d'avoir le regard languide et admiratif de Nick posé sur elle. Depuis deux heures que le bateau avait quitté la plage de La Crique. Il lui adressa un sourire qu'elle lui rendit.. mais elle n'avait encore . dans les ruisseaux verdoyants comme dans les rivières du Missouri. lui annonça-t-il quelques minutes plus tard en préparant deux cannes à pêche. Il déplia les jambes pour se lever et entreprit de ferler la voile.Nous devrions attraper quelques brochets pour notre dîner. dit Nick. . . C'est aussi un endroit formidable pour pêcher le saumon. Elle observa une mouette qui criait au-dessus de leurs têtes. puis elle releva le visage vers le ciel.

Dans son esprit. Lauren lâcha sa canne à pêche. Le soleil couchant éclaboussait l'horizon de flammes cramoisies quand Nick hissa la voile pour qu'ils puissent regagner La Crique. tandis que sa ligne voltigeait hors de l'eau dans un sifflement. et elle se rendit compte alors. Si l'homme qu'elle aimait était féru de pêche au large. il se penchait par-dessus bord et attrapait la grosse perche dans une épui-sette.J'en ai attrapé un ! lança Nick une demi-heure plus tard. elle apprendrait à aimer cela aussi. l'air piteux.Il est magnifique. Vous êtes magnifique. Tandis qu'il restait assis à la barre face à elle dans la lumière déclinante. pensa-t-elle. il était normal que cette nuit. la manière dont ils allaient passer la . . La fraîcheur commençait à descendre et elle replia les jambes contre sa poitrine.Eh bien. combien il manœuvrait d'une main experte. et se précipita vers l'extrémité du bateau où se tenait Nick et se mit à lui hurler spontanément ses instructions : .. dit-elle. qu'en pensez-vous ? Un seul regard à l'expression enfantine qui se dessinait sur les traits taillés à la serpe de Nick suffit à faire épanouir l'amour qui avait commencé à fleurir dans le cœur de la jeune femme. il possédât également son corps. .jamais péché d'un bateau. mais elle avait bien l'intention de le découvrir. chef! fit Nick.Oui. Lauren sentit de nouveau son regard peser sur elle.. . Quelques instants plus tard. Et à cet instant. Nick souleva le poisson qui battait l'air afin que Lauren puisse l'admirer correctement. Pareil à un petit garçon se pavanant fièrement pour exhiber un trophée à une personne chère à son cœur. .Amorcez-le ! Rabattez la canne ! Ne laissez pas de mou ! Il est en train de filer. Lauren prit la décision la plus importante de sa vie : Nick possédait déjà son cœur . Elle ignorait complètement ce que signifiait pêcher à la cuiller ou au rapala. hilare. les entourant de ses bras.

vous m'avez dit que votre père était mort quand vous aviez quatre ans et que ce sont vos grandsparents qui vous ont élevé. . . . il n'avait certainement rien de bien agréable.A quoi pensez-vous ? lui demanda tranquillement Nick. Puis il craqua une allumette et entoura la flamme de ses mains pour l'empêcher de s'éteindre.Eh bien. qui a deux fois son âge. Le restaurant de Tony était situé dans l'un des quartiers rénovés de la ville aujourd'hui à la mode.nuit était une question résolue. Lauren aborda le sujet que Nick avait évité un peu plus tôt et qui l'intéressait davantage que tout le reste : . Nick sortit une cigarette du paquet rangé dans la poche de sa chemisette et la mit entre ses lèvres. dit-il en éteignant la flamme d'un geste adroit du poignet. Avec précaution. Mais quinze ou vingt ans plus tôt. Nous habitions tous les deux tout près de l'endroit où se trouve aujourd'hui le restaurant de Tony. à l'époque où Nick et Tracy y avaient vécu.Tracy a épousé George.J'étais en train de me dire que je ne sais presque rien de vous. pour commencer. pour échapper à son ancien environnement.Tracy et moi avons grandi à deux pas l'un de l'autre. . Nick s'intéressa aux émotions diverses qui se livraient bataille sur le visage de la jeune femme et devina apparemment la direction qu'avaient prise ses pensées. .Qu'aimeriez-vous savoir ? C'était l'ouverture que Lauren souhaitait désespérément.Nick. comment se fait-il que vous connaissiez Tracy Middleton et tous les invités de sa réception ? Comme s'il voulait retarder le moment de lui répondre. mais le fait d'être sur le point de franchir un pas irrévocable avec un homme qu'elle adorait mais dont elle connaissait si peu de chose la tracassait. . Lauren n'en revenait pas. Et votre mère ? Que lui estil arrivé ? .

lui répondit Nick d'un ton pince-sans-rire. . mais qui avait sa fierté. quand les affaires de mon père ont commencé à mieux marcher. Pourquoi ? . immobile comme un masque.Comme deux gouttes d'eau. . Son beau visage était serein. pour épouser mon père. dit-elle.Ressemblez-vous à votre père ? lui demanda-telle impulsivement. Ce fut bizarrement l'indifférence totale qu'il manifestait qui mit la puce à l'oreille de Lauren et l'incita à l'étudier de très près.Ma mère avait été une jeune fille fortunée et gâtée de Grosse-Pointe.Votre mère ne vous a pas emmené avec elle ? insista-t-elle. Six semaines plus tard.Pour rien. jeune homme aussi riche qu'insignifiant. lui. et à le mépriser. Le ton coupant de Nick était le signe que le tour qu'avait pris la conversation lui déplaisait. Trop serein.. et elle lui en a voulu à mort à cause de ça.Dans ce cas. trop dénué d'émotion. pensa-t-elle. Le lendemain des funérailles de mon père. Il semble qu'elle ait pratiquement aussitôt regretté son coup de tête. non sans hésitation. énigmatique et passionné et le besoin désespéré de le comprendre la taraudait. elle a continué à mépriser sa vie. mais il lui répondit quand même : . elle était en train de tomber amoureuse de cet homme fascinant.Selon mon grand-père. C'était un homme sans le sou. Malgré son désir de ne pas être indiscrète. si j'en crois ce qu'on me raconte. . elle est retournée vivre chez ses parents. . Pourtant. elle rompait avec son fiancé. Mon père lui affirmait qu'elle devait se contenter de l'argent qu'il gagnait pour vivre. pourquoi ne l'a-t-elle pas quitté ? .Il ne lui est rien arrivé du tout. Elle avait fait la connaissance de mon père un jour où il venait réparer des fils électriques dans la demeure de ses parents. Ensuite. il y avait un domaine dans lequel elle le trouvait irrésistible. elle avait tristement l'impression de très bien comprendre pourquoi la mère de Nick trouvait .

Ça m'est arrivé en quelques occasions. mais toujours par hasard. Trois mois plus tard. puisqu'elle m'a « oublié » chez mes grands-parents.Elle m'a demandé de vérifier le niveau d'huile.Racontez-moi la suite de votre histoire. si je me souviens bien. et ce n'était pas loin du quartier où Nick avait grandi.Mais elle venait tout de même vous rendre visite.Et c'est tout ce qu'elle a dit ? Sans se rendre compte que Lauren supportait mal l'ironie qu'il mettait à raconter son histoire. elle s'est arrêtée à la stationservice dans laquelle je travaillais. . . . Lauren était parvenue à s'exprimer d'un ton neutre.Non.Il n'y a pas grand-chose à ajouter. vous ne l'avez plus jamais revue ? . . Je faisais apparemment partie de cette vie avec laquelle elle voulait rompre. Un soir.mon demi-frère. Les Whitworth vivaient également à Grosse-Pointe. elle m'a également demandé de vérifier la pression des pneus. Que sa propre mère l'ait traité comme s'il n'existait pas ne pouvait pas ne pas l'avoir fait terriblement souffrir. elle a épousé son ancien fiancé et elle a eu un autre fils la même année . Les larmes lui piquaient les .Et que vous a-t-elle dit ? demanda-t-elle dans un souffle. il ajouta : . Lauren n'arrivait pas à croire qu'il ait été si invulnérable quand il était enfant.Non. Le lendemain de l'enterrement de mon père.son père irrésistible. . non? . L'idée qu'une mère puisse abandonner son enfant et vivre ensuite dans le luxe à quelques kilomètres de lui horrifia Lauren. . je vous en prie. En dépit de l'indifférence absolue qu'il affichait. mais elle avait la nausée. . elle a annoncé qu'elle désirait oublier la vie sordide qu'il lui avait fait mener et elle est retournée vivre dans la maison de ses parents à Grosse-Pointe.Vous voulez dire qu'après ça.

Je pleurais sur le petit garçon que vous étiez à l'époque et non sur l'homme que vous êtes aujourd'hui.Arrêtez. En réalité. la taquina-t-il. et cela pratiquement sous vos yeux.Bien sûr que si ! N'importe qui en aurait. . il lui sourit. En dépit de tout ce qui est arrivé . ou c'est moi qui vais fondre en larmes ! D'un ton empreint d'une calme gravité. Je pleure aussi au cinéma. il regarda ses yeux voilés de larmes. vous êtes devenu un homme fort et indépendant. je suis certaine que c'est . Des voitures neuves et tout le reste..ou plutôt. faisant semblant d'admirer les nuages pareils à de la dentelle qui dérivaient devant la lune. . .N'y prêtez pas attention. qu'au fur et à mesure que vous grandissiez. les yeux dans ses yeux assombris de chagrin. D'un geste de la main. Dans un éclat de rire.J'imagine. envahie d'un sentiment étrangement maternel. . Lauren balaya sa remarque. elle lui avoua : . Lui soulevant le menton. votre frère avait toutes sortes de choses dont vous ne pouviez que rêver.Mais vous pleurez ! dit-il sans y croire. Complètement abasourdi. et elle leva le visage vers le ciel violacé pour les cacher. Se penchant en avant.Lauren ? La voix de Nick était sèche.. Nick l'attira sur ses genoux. dit-elle d'une voix tremblante d'émotion. . Elle vous a abandonné. Lauren l'entoura de ses bras et caressa ses épais cheveux noirs d'un geste apaisant. à cause de tout ce qui est arrivé -..Mes grands-parents étaient merveilleux et je peux vous jurer que ce qui s'est passé avec ma mère ne m'a laissé aucune cicatrice affective. .. . et ensuite elle a submergé son nouveau fils d'attentions.Hummm ? fit-elle sans cesser de contempler la lune. . il la prit par le menton pour l'obliger à tourner le visage vers lui.yeux.

Quel dommage ! . confirma Nick.. C'est un. Vous comprenez. .Pardon. ..Vous n'avez pas tort. Nous sommes presque arrivés à la maison. vous avez sûrement rêvé de devenir aussi riche que le mari de votre mère et que son fils et de réussir aussi bien qu'eux.Plus riche. conclut-il évasivement.. . c'est que vous avez réussi seul. et je voulais réussir encore mieux. Lauren fit semblant de ne pas remarquer son ton ironique.Ce que je veux dire. J'ai toujours pensé que c'était dans mes gènes.votre demi-frère qui est à plaindre.. Cela fait de vous un homme plus grand que votre frère. . . mais je n avais pas suffisamment de fonds.Vous êtes donc allé à l'université et vous avez passé votre diplôme d'ingénieur. imbécile. Est-ce que je me trompe ? .Je voulais créer ma propre affaire. .Quand vous étiez jeune.Nick. j'essaie d'être sérieuse ! . . . sans parents fortunés pour vous venir en aide. conclut-elle. Nick gloussa.Est-ce vraiment pour ça que je suis plus grand ? plaisanta-t-il. mon père et mon grand-père étaient grands tous les deux. .Je vous en ai assez raconté sur ma vie pour le moment.

Il souleva une bouteille de Grand Marnier et versa un peu de liqueur dans deux verres de fin cristal. Assise juste en face de lui. il pouvait l'emmener à l'intérieur de la maison. dans l'intention de débarrasser la table de la vaisselle de porcelaine et des verres de cristal. elle le devinait à la façon dont son regard possessif s'attardait sur ses traits délicats et à son sourire lourd d'intimité lorsqu'il s'adressait à elle. qu'ils prirent à la lueur des lampions. Elle souleva son verre pour avaler une rasade du mélange d'orange et de cognac revigorant. Lauren faisait rouler le pied de son verre entre son pouce et son index. Levant les yeux. sur la plateforme de cèdre à moitié suspendue dans le vide à l'avant du promontoire. A la lueur tremblante de la flamme. Mais c'était le temps qui lui filait entre les doigts. S'évertuant à ignorer l'atmosphère lourde d'attente qui régnait entre eux. . N'importe quand.8 L'impression réchauffante d'être proches l'un de l'autre qui était née entre eux pendant le trajet de retour continua à les envelopper durant le dîner. La femme de ménage s'en chargera demain matin. il s'apprêtait paresseusement à assouvir leur soif sexuelle. il porta le sien à ses lèvres tout en la dévisageant. Lauren se leva. elle le regarda allumer une cigarette. ses beaux traits ténébreux prenaient un aspect ombrageux qui le faisait . dit Nick avec nonchalance. Après lui en avoir tendu un.N'en faites rien. Maintenant que Nick avait satisfait leur appétit physique.

. Elle se leva.Ça va mieux comme ça ? L'empreinte du corps qui se pressait contre elle eut pour effet de la priver de la faculté de s'exprimer. où elle se perdit dans la contemplation des lumières qui scintillaient dans les collines. Puis elle se rendit compte qu'il avait dû la voir frissonner et elle ajouta : .Vous avez froid. j'ai eu un petit frisson à cause de la fraîcheur. .presque ressembler à un prédateur. Elle sursauta à l'instant où il posait les mains sur ses épaules. murmura-t-il. remonta le long de sa colonne vertébrale. et de toutes les façons possibles. Plusieurs minutes s'écoulèrent avant que Nick se décide à écraser le mégot de sa cigarette et à repousser sa chaise loin de la table. l'attirant contre son torse et l'entourant de ses bras pour la réchauffer. . Elle souhaitait toujours lui plaire. Elle surprit une lueur d'étonnement sur son visage.Avez-vous froid ? lui demanda-t-il d'une voix douce. Ses lèvres lui effleurèrent les cheveux. mais que se passerait-il si elle n'était pas à la hauteur durant la nuit ? La virilité de Nick était si inquiétante et son expérience en matière sexuelle si évidente que sa virginité et son inexpérience risquaient de lui paraître ennuyeuses. tant elle craignait qu'il ne lui suggère de rentrer sur-lechamp. Elle vida son verre d'un trait et le lui tendit. la scrutant sans détour. Elle . mais il reversa du Grand Marnier dans leurs deux verres et se cala à nouveau paresseusement sur sa chaise. Lauren répondit aussitôt par un non de la tête. lui adressa un sourire tremblant et alla se poster au bord de la plate-forme. Lauren se sentit défaillir. La chaise de Nick racla contre le sol de bois. de l'autre côté du lac.En fait. dû autant à la crainte qu'à l'excitation. mais c'est si agréable ici que je n'ai pas la moindre envie de rentrer tout de suite. Un frisson. .J'en voudrais encore un peu. Lauren était trop nerveuse pour croiser son regard et davantage encore pour le soutenir. et Lauren l'entendit s'approcher et s'arrêter juste derrière elle.

. puis se mit à trembler de façon incontrôlable.Vous frissonnez. . elle s'inclina en arrière contre lui et sentit la preuve du désir qui montait en lui.. Elle s'immobilisa net. La respiration de Lauren se fit haletante au moment où les lèvres de Nick se posèrent sur sa nuque. Lauren poussa un léger cri. Les mains de Nick glissèrent jusqu'à sa taille et il l'obligea doucement à se retourner dans la direction de la maison. De son autre main. parce que je n'ai pas l'intention de vous laisser dormir avant plusieurs heures. il repoussa sa chevelure épaisse et soyeuse.acquiesça de la tête.. puis se mirent à glisser. Il fait chaud à l'intérieur. La porte de verre que Nick était en train de faire glisser se referma dans son dos dans un claquement définitif et fatal. je voulais dire que.. protesta-t-elle stupidement.Nick. Le bras de Nick vint se glisser par-derrière autour de sa taille.Tant mieux. Défaillant presque. je.Enfin. . je ne suis pas fatiguée du tout. tandis qu'il suivait sensuellement du bout de la langue les plis de son oreille.Rentrons. en une caresse qui avait tout d'un délicieux supplice vers son oreille. blanc et brun. en même temps que ses mains commençaient à bouger paresseusement sur sa taille et à remonter vers son buste.. dénudant son cou. décorée dans des tons caramel. Ce ne fut qu'après être entrée dans la maison qu'elle se rendit compte qu'ils se trouvaient dans une chambre luxueuse. chuchota-t-il. .. ses yeux écarquillés posés sur l'immense lit qui trônait à l'autre bout de la pièce. Il venait de plonger le bout de la langue dans son oreille et une onde de chaleur se propageait dans tous ses membres.. . . et tout son corps se tendit comme un arc. Lauren était tellement troublée qu'elle ne remarqua pas tout de suite que les portes de verre coulissantes vers lesquelles Nick la dirigeait n'étaient pas celles qui ouvraient sur le living-room. pour attirer son corps tendu contre lui.

Il lui prit la main et la posa sur le devant de sa chemise. c'est que je ne suis pas encore prête à. Lauren. plongeant ses yeux gris fascinants tout au fond des siens. tandis que ses doigts. Nick souleva son visage vers le sien et. Ne me demandez pas d'attendre plus longtemps. Lauren comprit que Nick s'imaginait qu'elle hésitait parce que ses autres amants. La voix profonde de Nick agit sur elle comme un aphrodisiaque. . son cœur se mit à battre follement. lui susurra-t-il d'une voix tendre. sans se rendre . mais en fut incapable. moins expérimentés que lui. à aller me coucher.Regardez-moi. Le sens caché qu'elle lut dans ces paroles effaça les derniers doutes que la jeune femme éprouvait quant à la profondeur des sentiments qu'il éprouvait pour elle et au bien-fondé de ce qu'elle était en train de faire. ne lui avaient pas enseigné les préliminaires avant de lui faire l'amour.. .Enfin. mais quand il le lui enleva et la fit pivoter pour qu'elle se retrouve face à lui. la pressa-t-il gentiment..Nous allons le faire ensemble. ce que je voulais dire. obéissaient à l'ordre de Nick. précisa-t-elle sans cesser de trembler.Cela fait une éternité que je vous attends. Elle ne tenta pas le moindre geste pour l'arrêter lorsque ses mains glissèrent sous le pull de velours-éponge.. Les paupières palpitantes de Lauren s'abaissèrent et ses cils recourbés jetèrent des ombres sur ses joues empourprées. et qu'il essayait de les lui apprendre. Quelque part au milieu du chaos qui régnait dans son esprit. qu'un mélange de panique et de joie rendait maladroits. il lui dit tout naturellement : . Lauren essaya de lever les yeux vers les siens.Déboutonnez-la. Glissant les mains dans les cheveux de la jeune femme de part et d'autre de sa tête. . Il dégrafa habilement son soutiengorge de dentelle pendant qu'elle défaisait lentement chacun des boutons de sa chemise. Elle avala convulsivement sa salive.

et releva son visage vers le sien. qui s'activaient maintenant de leur propre chef. . ni à lui donner davantage d'instructions. Lauren s'émerveilla de sa beauté. Au premier effleurement des lèvres de Lauren. . tandis que sa bouche exigeante s'écrasait sur celle de Lauren en un baiser qui alluma en elle un ardent brasier. entrouvrirent la chemise de Nick. Son regard incandescent enflamma la jeune femme. elle glissa sensuellement les mains dans la toison sombre qui recouvrait son torse et se pencha en avant pour déposer un baiser sur sa chair ferme et musculeuse. puis il abaissa la tête. Ses doigts. glissant sur les côtés de ses seins et sur son dos. Il enfonça sa main libre dans la douce épaisseur de cheveux recouvrant la nuque de la jeune femme. Elle se cambra contre lui. Il respirait péniblement.Caressez-moi. les lèvres qui goûtaient et modelaient les siennes étaient chaudes et d'une douceur exquise. exposant son torse d'airain. et elle était tellement ivre à l'idée qu'il était sien et qu'elle pouvait le caresser tout son soûl.J'ai tellement envie de vous ! affirma-t-il avec violence. et Nick releva la tête. Il n'eut pas à insister. Au début. Un long moment. tentant visiblement de dominer son désir. Lauren poussa un gémissement. il se contenta de fixer sur elle ses yeux gris dans lesquels couvait le désir qu'il contenait. tandis que les mains de Nick poursuivaient l'exploration de son corps. Puis elles s'écartèrent lentement et la langue de Nick se mit à explorer sa bouche avec un appétit sensuel qui arracha à Lauren un soupir de plaisir. lui ordonna-t-il d'une voix rauque. mais il perdit la bataille. qu'elle se rendit à peine compte du moment où il fit glisser le soutien-gorge de ses bras. . ses mains glissèrent le long de son torse nu. sa propre fièvre erotique se réfléchissant dans les profondeurs bleues des yeux de Lauren.compte que sa lenteur ne faisait qu'augmenter l'excitation de son partenaire. Guidée par l'amour et par l'instinct. un frémissement parcourut Nick de la tête aux pieds.

avant de refermer la bouche sur elles. la recouvrant de son corps. . le monde bascula. alors qu'il augmentait peu à peu le rythme de leur union et la menait de plus en plus près de l'orgasme. Nick pénétra complètement en elle. . mais ça m'a paru une éternité. La souffrance qui pointait dans sa voix fit voler la résistance de la jeune femme en éclats. Il emprisonna ses seins nus dans ses mains et en titilla les pointes jusqu'à les rendre douloureuses. Puis il captura de nouveau ses lèvres et lui ouvrit avidement la bouche. jusqu'au moment où tout l'amour et toute la passion de Lauren explosèrent en une myriade de vibrations d'extase. Lauren sursauta brusquement.Nick.Je ne vous ai attendue que quelques jours. l'attirant plus étroitement contre sa virilité palpitante.Non. Elle referma étroitement les bras autour des larges épaules de Nick.Puis il posa les mains sur ses hanches. A l'instant où il la souleva dans ses bras pour la porter sur le lit. je. sans que sa bouche vorace ne cesse de butiner la sienne. attendez. Lauren. preuve qu'elle était prête à l'accueillir. plongeant dans sa douce chaleur avec une habileté qui ne lui causa qu'un instant de douleur. s'enfonçant une dernière fois au plus profond d'elle pour la rejoindre . et où il s'allongea à son tour. dit-il dans un râle. .. plongeant tous ses sens dans un kaléidoscope de violents plaisirs erotiques qui irradiaient dans tous les nerfs de son corps palpitant de désir. quelque chose de sauvage et de violent frémit au tréfonds d'elle-même. De deux mots. pendant que ses mains savantes se faisaient exploratrices et n'étaient plus que source d'excitation et de tourments. Nick l'étreignit plus étroitement. prise d'une angoisse irrépressible.. l'attirant vers elle tout en soulevant les hanches pour l'accueillir. instant qui fut oublié dès qu'il commença à se mouvoir en elle avec une lenteur qui la mettait au supplice. Mais au moment où il tenta de glisser son genou entre ses jambes. Soudain. il rejeta son refus.

. Avec hésitation. un malaise diffus envahit lentement son esprit embrumé. comblée et heureuse.dans le royaume où il l'avait envoyée. dubitatif et résolument amusé. Lauren prit peu à peu conscience de la chaleur qui irradiait du corps de Nick allongé près d'elle et du poids de sa main posée sur son ventre. Cela ne changeait en rien les sentiments qu'elle éprouvait à son égard. » L'état d'assouvissement languide dans lequel elle baignait céda la place à la réalité toute crue. Attrapant la chemise que Nick avait envoyée promener au pied du lit. Il avait l'air étonné. il avait l'intention d'en discuter. de l'empêcher de briser le bonheur parfait de ces instants. Lauren ouvrit les yeux. mais elle se sentait mal à l'aise. Mieux valait éviter complètement le sujet. En fait. Il s'en était rendu compte.. . mais ça m'a paru une éternité. Alors qu'elle redescendait peu à peu du nuage d'euphorie sur lequel elle flottait. où tout n'était qu'oubli et douceur. Avait-il remarqué qu'elle était vierge ? Comment allait-il réagir? Et s'il lui demandait pourquoi elle avait décidé de se donner à lui ? Il lui était absolument impossible de lui avouer dès maintenant la vérité. mais il était trop tard. et contemplait son visage d'un regard intense. Elle essaya d'y couper court. Et à en juger par son expression. Nick était allongé sur le côté. Lauren roula sur le côté pour s'écarter de lui et s'assit à la hâte en lui présentant son dos. de lui dire qu'elle l'aimait et qu'elle désirait qu'il l'aimât en retour. Dans sa tête trottaient les paroles que Nick avait murmurées au moment où il l'étreignait de toutes ses forces et où il s'unissait à elle : « Je ne vous ai attendue que quelques jours. appuyé sur un coude. elle l'enfila pour recouvrir sa nudité. Mais pendant qu'elle restait étendue à ses côtés sans bouger. il entendait par là que les quelques jours durant lesquels il avait attendu de lui faire l'amour lui avaient paru une éternité. Elle avait mal interprété les paroles de Nick lorsqu'il lui avait dit qu'il l'avait attendue une éternité.

Vous. puis se levait sur son visage.. . Lauren.Ça ne m'ennuie pas du tout. corrigeâtelle avec un hochement de tête vif et nerveux. tandis que ses mains tripotaient les boutons. complètement nue sous cette chemise trop ample... . une réaction à laquelle elle ne . elle lui demanda : . Ses joues s'empourprèrent sous les yeux brûlants qui glissaient le long de ses jambes nues et sculpturales. Je vais aller en faire. marmonna-t-elle. sautant sur cette excuse pour éviter ses questions. .Noir. Je voulais savoir comment vous aimez votre café. hein ? balbutia-t-elle.Ça. ça ne vous ennuie pas que je vous emprunte votre chemise. avant de pivoter sur les talons et de s'enfuir pour qu'il n'ait pas le temps de répliquer. Lauren sursauta et son visage s'empourpra davantage. Nick se moquait d'elle.. mais avec une lueur d'humour dans les yeux.. répondit-il d'un ton solennel. vous voulez un peu de.Non. .Exactement comme nous l'avons fait.Vous l'aimez comment ? .Oui. Fixant son esprit sur les manches qu'elle était en train de retrousser. les larmes n'étaient pas loin lorsqu'elle pénétra dans la cuisine et alluma la lumière. . En dépit de cette sortie pleine de bravade qu'elle venait d'effectuer.De café ! ... le coin des lèvres relevé en un sourire malicieux. Jamais elle ne s'était sentie aussi empêtrée dans ses gestes qu'en cet instant. . ce n'est pas ce que je veux dire. Elle se leva et osa enfin le regarder.Merci pour quoi ? railla-t-elle d'un air crâne. merci.J'aimerais bien boire un café. . Le fait qu'il ait l'air de trouver tout cela fort drôle énerva tellement la jeune femme que ses mains se mirent à trembler. .Un peu de quoi ? enchaîna-t-il d'un ton suggestif.

Vous savez parfaitement de quoi je parle. il était trop tard pour que cela y change quelque chose pour l'un ou pour l'autre..Prévenu de quoi ? esquiva Lauren. enfin que je n'avais jamais ?. Quant au reste. S'était-elle montrée si ridiculement inexpérimentée ? Elle entendit Nick entrer dans la cuisine dans son dos et se hâta de verser des cuillerées de café dans le percolateur d'un air fort occupé.Parce que cette maison est en vente.. Lauren se retourna et ses yeux bleus pénétrants interrogèrent ceux de Nick. encore plus rares. . vous ne vous étiez pas aperçu que je. j'étais.. c'est qu'à notre époque.Erreur.Pourquoi ces placards sont-ils complètement vides ? En dehors des restes du dîner de ce soir. auriez-vous changé d'avis ? . . ce moment-là.Mais avant ce. Et les vierges de vingt-trois ans avec un physique comme le vôtre. .Je ne me doutais absolument pas que vous étiez vierge.. Il l'enlaça et ajouta : ... .Pourquoi ne m'avez-vous pas prévenu ? lui demanda-t-il tranquillement... . .En vérité.. les vierges de vingt-trois ans sont une denrée aussi rare que les plages non polluées. . ils ne contiennent aucun aliment. et parce que je me suis dit que vous ne le remarqueriez pas. cela allait de soi. . .Si le sujet ne s'est pas présenté..Si je vous l'avais dit.Parce que le sujet ne s'est pas présenté. Lauren regarda par la fenêtre au-dessus de l'évier. Elle haussa les épaules. . fit-il avec un petit rire.Mais vous auriez dû me le dire avant que nous nous retrouvions dans ce lit. Trouvez une meilleure réponse. dit-il d'un ton comme toujours ironique. je l'avais oublié. . Quand j'ai compris.s'attendait absolument pas de sa part. Nick l'empoigna fermement par la taille et l'attira contre lui jusqu'à ce que le tissu de son jean touche l'arrière de ses jambes nues. .

. Vous n'êtes pas les seules à être libérées. à l'idée de. oui. à une femme dans votre vie ? .. Il me semblait que vous auriez pu avoir.. Les hommes n'attachent plus aucune importance à la virginité. Les paupières de Nick s'abaissèrent et son regard s'attarda sur les courbes appétissantes des seins de la jeune femme. et vous avez le droit de les satisfaire avec qui vous plaît. je ne sais pas..Non..Vous est-il jamais arrivé de tenir.Pourquoi diable aurais-je changé d'avis ? . .Si je vous ai donné l'impression d'avoir le sang froid. des réserves à l'idée. figurez-vous. Lauren lui demanda : . Lauren se demanda s'il avait délibérément interprété de travers le terme qu'elle avait employé afin d'éviter le sujet.Et ça ne vous gênait pas qu'elles aient eu des relations sexuelles avec un grand nombre d'hommes avant vous ? . .Je l'ignore. mais j'aurais fait preuve de davantage de douceur envers vous. Choisissant par prudence de fixer le médaillon en or qui pendait à une longue chaîne autour du cou de Nick.Absolument pas. de vraiment tenir. . S'il avait vraiment tenu à ces autres femmes. . il posa sur elle des yeux sincèrement étonnés. Se penchant en arrière. Lauren. Vous éprouvez les mêmes désirs physiques que moi. . balbutia-t-elle.Je trouve que vous faites preuve de. Nous n'avons pas envie d'une femme inexpérimentée et nous ne nous attendons pas à ce qu'elle le soit.lui demanda Lauren qui adorait le son de sa voix et l'étreinte des bras qui l'enlaçaient. . A l'idée de « voler » quelque chose qui revient à votre futur mari ? Ne soyez pas ridicule.A l'idée de quoi ? se moqua-t-il tendrement. il est grand temps que nous retournions dans cette chambre. d'énormément de tolérance et de sang-froid. .....A quelques-unes. Il ne s'attendra pas à ce que vous soyez vierge..

mais Nick ne paraissait pas s'apercevoir de son malaise. Lauren roula sur le côté et vit la tête brune de Nick posée sur l'oreiller à ses côtés.. Un peu après l'aube.Quoi ? murmura-t-il.Lauren. Il arrivera dans une heure.Bonjour. Mais sa joie s'estompa presque immédiatement. elle referma les yeux et replongea dans un sommeil profond. épuisée de bonheur. je crains d'avoir à abréger notre journée. ne devrait-il pas être heureux d'être le premier homme auquel elle s'était donnée ? Ses yeux bleus troublés se levèrent vers lui.. Mais sa bouche s'ouvrit sur la sienne en un long baiser enivrant qui la réduisit au silence.Nick ? Il promena le regard sur la jeune beauté délicate qu'il tenait dans ses bras. il ne paraissait même pas se rendre compte qu'elle était nue.n'aurait-il pas dû se montrer plus possessif envers elles ? S'il tenait vraiment à elle. tout en tentant de s'adosser aux oreillers sans lâcher le drap qu'elle serrait contre sa poitrine. dit-elle. sur ce visage encadré par une crinière ébouriffée de mèches ondulées aux reflets d'or.Qu'y a-t-il ? demanda-t-elle.. Le fait d'être toute nue alors qu'il était habillé la rendait gauche. sur cette bouche tendre et généreuse et sur cette poitrine pleine et tentante pressée contre son torse nu. un de mes associés m'a appelé ce matin. . Je trouverai quelqu'un d'autre pour me raccompagner en ville. . car elle venait de s'apercevoir qu'il était déjà douché et rasé et qu'il était habillé d'un pantalon gris coupé sur mesure et d'une chemise grise au col ouvert. Elle ne se réveilla que lorsque Nick posa une tasse de café à côté d'elle sur la table de nuit et s'assit sur le lit. Un sourire de plénitude sur le visage. Un.. . En fait. Lauren ressentit une déception terrible. . Ses bras se resserrèrent autour d'elle et il pencha la tête. . mais qua- .

Elle s'arrêta devant sa voiture et se tourna vers lui dans l'espoir qu'il allait la prendre dans ses bras et lui donner un baiser pour lui souhaiter bon voyage. Envolé. « Si jamais il y a des conséquences. La veille. l'amant passionné et séducteur de la nuit précédente. Vous me promettez de me le dire ? Lauren était trop gênée pour répondre.. la regarda sans ciller et lui dit : . elle s'était arrangée pour glisser sans en avoir l'air dans la conversation qu'elle y serait de retour le vendredi et que. je vous demande de me tenir au courant. sa déception s'était transformée en une vive inquiétude.Lauren. il regagnait déjà la maison à grands pas. je vous demande de me tenir au courant. la ligne de téléphone aurait été rétablie et mise à son nom. quand Nick la raccompagna à sa voiture.. N'essayez pas d'y faire face seule.S'il y avait des conséquences. Au lieu de quoi. . avez-vous pris des précautions à propos des éventuelles conséquences de la nuit dernière ? Une grossesse ! Lauren secoua la tête. mais il se garda bien de laisser filtrer la moindre trace d'émotion dans sa voix. Elle ne savait plus où elle en était.. dans l'intervalle. alors qu'ils discutaient de son déménagement à Détroit. » De me tenir au courant. Elle était en pleine traversée des immenses étendues rurales de l'Indiana. Nick se conduisait maintenant de manière amicale mais impersonnelle. ces cinq derniers mots ne cessaient de tourner dans son esprit.rante minutes plus tard. avec la sensation de lui présenter un visage en feu. il suffirait à Nick de décrocher le . Elle sentit que sa réaction l'irritait. il enfonça les mains dans ses poches. Pour la joindre ce jour-là. et non une nuit d'amour. comme s'ils avaient passé ensemble une nuit agréable à jouer aux cartes. Quand elle passa la marche arrière. Ou était-ce toujours ainsi que les hommes se conduisaient après ? Lauren essaya de se convaincre qu'elle était trop sensible. Lauren jeta un coup d'œil à l'horloge du tableau de bord de sa voiture. Elle hocha la tête et il lui ouvrit la porte de la voiture pour qu'elle puisse y monter.

. Peut-être était-ce pour cela qu'il était soudain devenu si lointain et si impersonnel ce matin ! Après trente-quatre années d'indépendance. mais sûrement pas davantage. Il attendrait peut-être jusqu'au samedi ou au dimanche. elle en était convaincue. puis jeté au rebut. elle recevrait certainement un coup de fil de Nick. l'idée que son bonheur puisse dépendre d'une femme serait difficile à supporter pour lui. il le savait parfaitement.. Lauren était très lasse. Elle se sentait si proche de lui ! Comment pouvait-il ne pas avoir ressenti la même impression ? Elle ne parvenait pas à concevoir qu'il ait simplement l'intention de disparaître et de ne plus jamais la revoir.combiné et de demander à l'opérateur son nouveau numéro. A son retour à Détroit vendredi. . après avoir été rejeté par sa propre mère. à moins qu'elle ne soit dans l'obligation de le joindre pour lui annoncer qu'elle était enceinte ? D'une certaine façon. plus il s'efforcerait de combattre ses sentiments. Quand Lauren traversa le Mississippi pour entrer dans le Missouri. Plus il se sentirait attaché à elle. Ils avaient ri ensemble et appris à se connaître. mais optimiste. le soleil levant striait le ciel de traînées roses. et elle était persuadée qu'il éprouvait quelque chose pour elle. Lauren avait l'impression d'être un objet qu'on avait utilisé. Elle aimait Nick. Peut-être avait-il commencé à ressentir de l'amour. Pourquoi s'était-il exprimé comme s'il n'avait aucune raison de la recontacter.

M. Whitworth est arrivé il y a une heure et demie. son optimisme grandissant s'était transformé en un état d'attente fébrile et radieuse. construits en pierre et en verre. quand.9 Lauren continua à faire preuve d'optimisme pendant toutes les journées où elle fut occupée à emballer ses affaires. Mais elle eut néanmoins un peu de mal à se convaincre que c'était désormais là qu'elle allait vivre. s'étendaient bien à l'écart de la rue bordée d'arbres. mademoiselle. Il était 10 heures du soir quand elle s'arrêta devant le portail d'une ravissante résidence de style espagnol. Des ranches spectaculaires. après avoir fait un dernier signe d'adieu à son père et à sa belle-mère. les unes après les autres. Les maisons splendides l'éblouissaient au passage. Le gardien sortit et vint scruter son visage à travers la vitre ouverte de la voiture. . il lui annonça : . Lorsqu'elle déclina son nom. de superbes maisons de style Tudor se dressaient aux côtés d'immenses demeures de style géorgien. à moitié plongés dans l'ombre de jardins paysagers dessinés avec infiniment de soin . Et le jeudi matin. Grâce aux indications que Philip Whitworth lui avait fournies. avec leurs colonnes blanches. elle démarra en direction du Michigan. elle n'eut aucun mal à trouver le faubourg élégant de Bloomfield Hights ce soir-là.

. Lauren oublia sa lassitude en s'arrêtant devant une cour charmante. Non seulement cette femme avait des goûts extrêmement jeunes en ce qui concernait les vêtements. répondit Philip sans prêter grand intérêt à la remarque de Lauren.Alors. . mais sa taille était la même que la sienne.On dirait que votre tante a des goûts extrêmement jeunes en matière vestimentaire. .Que vais-je faire de tous ces vêtements ? Ce placard et tous ceux qu'elle ouvrit par la suite étaient pleins à craquer de superbes tailleurs et de robes en lin. les doigts contre la visière de sa casquette : . en soie et en crêpe.J'ai cru comprendre que vous étiez une nouvelle résidente. dans laquelle on entrait par un portail en forme d'arche sur lequel était inscrit le numéro 175.Philip. qu'en pensez-vous ? lui demanda-t-il une demi-heure plus tard. .Elle ne peut pas s'arrêter d'acheter.Puis il lui indiqua l'allée qu'elle devait prendre et la salua respectueusement. Elle ouvrit la porte de l'un d'eux et détourna la tête pour questionner Philip du regard. qui était en train de transporter l'une de ses valises dans la chambre. Je vais téléphoner à une association carita-tive et leur demander de venir enlever tout ce bazar. . lui dit-il. seriez-vous d'accord pour que j'achète .C'est merveilleux. et sa Cadillac était effectivement garée dans l'allée menant au garage privé. C'était là que Philip avait promis de la retrouver pour lui montrer les lieux. après qu'ils eurent fait le tour du propriétaire. puis elle jeta un coup d'oeil à l'étiquette qui pendait de la manche. n'hésitez sur tout pas à faire appel à moi. Si vous avez besoin d'aide. Lauren fit glisser sa main sur un magnifique blazer en velours couleur lie-de-vin. . dont l'un des murs était entièrement recouvert de miroirs qui cachaient des placards. tandis que d'autres vêtements griffés lui parurent provenir tout droit de Paris. Lauren reconnut les marques de certains couturiers. dit Lauren. La plupart d'entre eux avaient encore des étiquettes et n'avaient probablement jamais été portés.

Lauren éteignit la lumière et le suivit.. Sa maîtresse ! Dans un passé assez récent. Ça m'évitera de m'en occuper. la jeune femme laissa tomber le sujet. Carol trouve que les membres de ma famille abusent de ma générosité. et donnez les autres.. et Nick risquait de téléphoner. La vision des vêtements somptueux suspendus dans les placards du dessus se superposa dans son esprit. il se dirigea vers la porte pour s'en aller. tandis qu'elle contemplait de nouveau la pièce superbe avec un hochement de tête désabusé. elle s'assit à la table de . . Pas sa tante. les objets anciens de valeur. et les délicats tissus d'ameublement en soie.Mais ce sont des vêtements très onéreux. L'appareil fonctionnait. Après le départ de Philip. Après l'avoir aidé à décharger le reste de sa voiture. je vous le promets. D'un haussement d'épaules. Je vous serais reconnaissant de faire de même. Cela ne la regardait pas. Un sourire entendu se dessina lentement sur le visage de Lauren. Prenez ceux qui vous plaisent. on serait vendredi.. elle fit le tour du duplex luxueux qui serait désormais sa résidence. .Je sais ce qu'ils coûtent. ma femme ignore que j'ai acheté cet endroit pour ma tante. et admira la cheminée de marbre. dit-il en s'immobilisant. Ils sont à vous. la main posée sur le bouton de la porte.Bien sûr. C'est moi qui les ai payés.Au fait. Elle alla jusqu'au téléphone et poussa un soupir de soulagement en entendant la tonalité. Demain. On aurait dit que l'appartement avait été décoré dans le but d'être photographié pour un magazine. C'est pour cela que je ne lui en ai jamais parlé. . . Le lendemain matin. Philip Whitworth avait sûrement eu une maîtresse.certains de ces vêtements ? Il haussa les épaules. « Ma femme ignore que j'ai acheté cet endroit pour ma tante ». tout en s'assurant de sa discrétion. très tôt. lui avait dit Philip. l'interrompit-il sans cacher son irritation.Prenez ceux que vous voulez. . Il était déjà dans l'escalier descendant au livingroom..

elle prétendit que cela ferait un cadeau de Noël idéal pour son demi-frère mais. et ses frais de nourriture. Ce rôle lui répugnait néanmoins car. Nick n'avait pas téléphoné.. le ferait revenir à elle. et elle décida de l'acheter pour tricoter un pull. Quand elle alla se coucher. il lui fallait deux choses bien spéciales pour fêter la venue de Nick : du bourbon et du Grand Marnier. au fond de son cœur. mais tous deux avaient des crédits à rembourser et d'autres obligations matérielles qu'elle n'avait pas à assumer. elle revint avec ses achats. il y avait les factures d'électricité. La liste de ses dépenses paraissait interminable. Nick l'avait ardemment désirée et il le lui avait prouvé. Le dimanche. qui était un samedi. Dans sa tête. à les essayer et à séparer ceux qui lui allaient de ceux qui devaient être retouchés. elle rangea ses bagages sans s'éloigner du téléphone. Lenny et Melissa apportaient également leur contribution financière. dans ce cas. Au moment où elle prenait son sac. A Har-bor Springs. elle vit de la laine du même gris que les yeux de Nick dans la vitrine d'une mercerie. elle lança un regard au téléphone. sans oublier l'assurance de celle-ci. de téléphone. Outre les produits de base. La prime de mille dollars que Philip lui avait promise était pour le moins tentante. Ce serait formidable si elle parvenait à découvrir le nom de cet espion. Le désir sexuel. Le lundi. Elle passa le reste de la journée à sortir les vêtements des placards. elle . Deux heures plus tard.la cuisine pour dresser la liste des achats qu'elle devait faire. Elle avait aussi les mensualités à payer pour sa voiture. elle s'installa devant le secrétaire et établit un budget qui lui permettrait d'envoyer le plus d'argent possible à la maison. En dehors des dettes de ses parents. mais elle se consola à l'idée qu'il appellerait sans doute le lendemain.. La pensée qu'il ne l'appellerait peut-être jamais lui traversa l'esprit. ou tout au moins à apprendre quelque chose qui puisse être vraiment utile à la société de Philip Whit-worth. mais elle la rejeta. Pendant toute la journée suivante. à tout le moins. elle ne vaudrait pas mieux que l'espion qu'elle aurait démasqué.

. Il l'appellerait à son nouvel emploi pour lui souhaiter bonne chance. tandis qu'elle préparait les vêtements qu'elle porterait pour son premier jour au bureau.. Le dimanche soir suivant. .savait qu'elle allait le tricoter pour Nick. elle se dit que Nick l'appellerait le lendemain.

Il ne lui avait pas souhaité bonne chance pour ce premier jour de travail. .. H lui adressa un sourire pour se faire pardonner..10 . . Ou croyez-vous que vous allez avoir envie de rester ? Lauren était assise face à lui. répondit-elle gaiement. Lauren ? .Alors. j'ai dû répondre à des questions à votre sujet. . son carnet de sténo plein des textes à taper qu'il lui avait dictés. ils travaillaient bien ensemble. son nouveau patron. Si vous êtes mariée. . C'était vrai. . j'avais oublié que vous étiez nouvelle ! Le compliment fit plaisir à Lauren.Que pensez-vous de vos collègues ? la sonda-t-il. Tous pensent que j'ai la plus jolie secrétaire de la société. de l'autre côté de son bureau. Nick ne l'avait pas appelée.A quel genre de questions ? . fiancée ou libre. êtes-vous prête à démissionner ? plaisanta Jim Williams. ajoutant.Oh ! des questions qui portent avant tout survotre situation de famille.Etes-vous libre. le lendemain vers 5 heures du soir.Vous me donnez l'impression de travailler dans un tourbillon. Ses sourcils se haussèrent en point d'interrogation.Nous nous entendons si bien qu'au bout d'une heure. avant même qu'elle puisse répondre : Un consensus s'est fait parmi les hommes qui travaillent ici. Toute la journée. mais elle avait été si occupée qu'elle n'avait guère eu le temps d'en être malheureuse.

Souhaitez-vous me dicter la fin ce soir. Sans la moindre émotion. laissant la porte de la salle de bains ouverte afin d'entendre le téléphone quand il sonnerait dans sa chambre. les yeux rivés sur le téléphone. ça peut attendre à demain matin. et qu'il s'était empressé de les transférer dans d'autres services. Jim sortait beaucoup. Nick ne . il le ferait sûrement ce soir. Grand. avec d'épais cheveux blond-roux et de chaleureux yeux bruns pailletés d'or.Pour quoi ? railla-t-elle. elle monta à l'étage pour prendre sa douche. avec l'impression déplaisante qu'il essayait en fait d'apprendre par ce biais le genre de relations qui la liait à Nick. Lauren ne put s'empêcher de se demander si elle était victime de son imagination ou si les questions que Jim lui avait posées étaient intéressées sous leur apparence anodine. puis s'assit sur le canapé tendu de soie à rayures bleues et blanches. avant que je parte ? . A 22 heures. A 21 h 30. alluma la télévision. mais il n'était pas du genre à mélanger les affaires et le plaisir. Elle jeta un coup d'œil à l'horloge et se hâta de boucler son travail. Selon les rumeurs. Elle se prépara un sandwich. Il lui téléphonerait pour lui demander comment elle s'était sortie de cette première journée. S'il ne l'appelait pas maintenant. Tandis qu'elle mettait de l'ordre sur son bureau. Cette idée lui donna la nausée. elle désirait qu'il sonne. Elle rentra chez elle aussi rapidement que la circulation le lui permit. elle se mit au lit. Elle se leva. Il était 18 h 15 quand elle se précipita à l'intérieur de son duplex. De toute son âme. Elle n'arrivait pas à croire qu'il puisse caresser l'idée de lui demander de sortir avec lui. avait énormément d'argent et représentait bien entendu un excellent parti. elle avait appris que trois secrétaires avaient eu le tort de succomber à son charme charismatique. Lauren se dit également qu'il était beau. Si Nick devait l'appeler.. c'était qu'il n'avait manifestement aucune intention de la revoir. Au cours du déjeuner. après deux semaines et un jour. s'empressant d'ajouter : .Non.

Ne vous inquiétez pas. Elle était incapable de prendre le sexe à la légère. Elle referma ses yeux voilés de larmes et le beau visage d'airain de Nick lui apparut. « Et qu'on ne me parle plus de la libération des femmes ! » se dit-elle misérablement alors qu'elle engageait une nouvelle feuille de papier dans sa machine à écrire au milieu de l'après-midi. . dans le nouvel immeuble de l'autre côté de la rue. cette envie lui avait passé. espérant contre tout espoir que Nick allait se matérialiser. C'est rare que ça m'arrive. A midi. Si elle n'avait pas couché avec Nick. alors qu'elle lui tendait un rapport qu'il lui avait fallu taper à deux reprises avant qu'il soit correct. elle n'aurait pas l'impression d'être une chose dont on s'était servi et qu'on avait jetée. avec davantage de détermination que de réussite.Mauvaise journée? lui demanda Jim en fin d'aprèsmidi. mais en agissant ainsi. . ajouta-t-elle. je suis désolée. . Lauren tourna la tête sur l'oreiller.Il faut que j'apporte ce rapport au bureau du contrôleur. Non seulement cela se révéla futile. Ni jamais. . elle sacrifia le peu qui lui restait de sa fierté ravagée. Il jeta un coup d'œil à sa montre et se leva. tandis qu'il griffonnait ses initiales au bas du rapport. Le lendemain matin. ça arrive à tout le monde. observa-t-il. Elle fit des fautes de frappe dans les lettres qu'elle tapait. » De toute évidence. coupa deux des communications téléphoniques de Jim et égara un dossier important. avec un sourire qu'elle espérait rassurant. elle sortit se promener devant l'immeuble de Global Industries. Lauren. Tout le monde appelait l'immeuble de Global In- . Lauren se jeta à corps perdu dans son travail. elle se sentirait encore troublée et déçue.l'appellerait pas ce soir. mais au moins.Oui. et un ruisseau de larmes brûlantes se mit à couler du coin de ses yeux. Elle distinguait le désir qui brûlait dans ses yeux aux paupières lourdes et entendait sa voix basse et sensuelle qui lui susurrait : « J'ai envie de vous.

dustries le « nouvel immeuble », si bien que Lauren n'avait aucun doute sur ce qu'il entendait par là. - Avez-vous vu l'espace que nous allons y occuper? Lauren eut l'impression que son visage se transformait en un masque de cire. - Non. Tout ce que je sais, c'est que nous sommes censés nous présenter là-bas pour travailler lundi matin. - Exact, dit-il, tout en courbant le dos pour passer le veston de son costume. Sinco est la plus petite et la moins lucrative des filiales de Global Industries, mais nous allons avoir d'impressionnants bureaux. Il lui tendit une page arrachée à un journal, qu'il avait pliée en quatre. - Avant de partir, voudriez-vous montrer ça à Susan Brooke, au service des relations publiques, et lui demander si elle l'a vu ? Si elle l'a raté, dites-lui qu'elle peut en avoir une copie pour son dossier. » Vous serez probablement partie à mon retour, fit-il sur le pas de la porte. Passez une bonne soirée. Quelques minutes plus tard, Lauren se rendit avec une certaine indolence au service des relations publiques. Au passage, elle faisait un signe de la tête et souriait à ses collègues, mais dans son esprit, c'était Nick qu'elle voyait. Comment parviendrait-elle jamais à oublier la façon dont la brise ébouriffait ses cheveux au moment où il attrapait cet imbécile de poisson ? Ou l'allure splendide qu'il avait dans son smoking ? Repoussant de toutes ses forces le désespoir qui l'habitait, elle tendit aimablement à Susan Brooke la page que Jim avait arrachée dans le journal. - Jim voulait savoir si vous aviez vu ceci. Si ce n'est pas le cas, vous pouvez en avoir une copie pour votre dossier. Susan déplia la page pour y jeter un coup d'œil. - Non, ça m'avait échappé. Apparemment ravie, elle fouilla dans son bureau et en sortit un classeur très épais, bourré de magazines et d'extraits de presse. - Ce qui me plaît le plus dans mon travail, c'est de garder ce dossier à jour, dit-elle en ouvrant le classeur dans un éclat de rire. Regardez-moi ça : n'est-ce pas le plus beau spécimen de mâle que vous ayez jamais vu?

Le regard de Lauren glissa du sourire pétillant de Susan au beau visage d'homme qui la fixait de la couverture du magazine Newsday. Sous le choc, elle resta pétrifiée sur place, mais sans pouvoir empêcher sa main de se tendre vers le magazine. - Vous pouvez emporter le dossier dans votre bureau et vous extasier dessus tout à loisir, lui suggéra gaiement Susan, sans remarquer la panique qui l'avait envahie. - Merci, dit Lauren la gorge nouée. Elle s'enfuit jusqu'au bureau de Jim et, refermant la porte derrière elle, s'effondra sur une chaise et ouvrit le dossier. Le bout de ses doigts moites, qu'elle faisait glisser sur les sourcils bruns arrogants de Nick, sur les lèvres viriles, légèrement souriantes, qui avaient caressé et dévoré les siennes, laissa des marques sur la couverture glacée du magazine. J. Nicholas Sinclair, disait la légende de la photo, président et fondateur de Global Industries. Elle n'arrivait pas à en croire ses yeux. Son esprit refusait de l'admettre. Abandonnant le magazine, Lauren déplia lentement la page que Jim avait arrachée du journal. L'article était daté de deux semaines auparavant, par conséquent du jour où elle se trouvait à Harbor Springs avec Nick et où il l'avait renvoyée dans le Missouri sous prétexte qu'un de ses « associés » venait lui rendre visite. RÉCEPTION À HARBOR SPRINGS : DES AIGLES DE LA FINANCE ET LEURS PAPILLONS RÉUNIS POUR CINQ JOURS DE PLAISIR, titrait l'article. La page entière était consacrée aux photos et aux commentaires de la réception. Au beau milieu trônait un cliché de Nick en plein farniente sur la plate-forme en cèdre de La Crique, le bras passé autour des épaules d'une superbe blonde que Lauren n'avait pas rencontrée à Harbor Springs. J. Nicholas Sinclair, l'industriel de Détroit, avec sa compagne de longue date, Ericka Moran, dans la maison de Mlle Moran près de Harbor Springs, indiquait la légende sous la photo. La compagne de longue date... la maison de Mlle Moran... Une souffrance, aiguë et déchirante, foudroya Lauren. Nick l'avait emmenée dans la maison de sa petite

amie. Il lui avait fait l'amour dans le lit de sa petite amie ! - 0 mon Dieu ! laissa-t-elle échapper dans un souffle, tandis que ses yeux se remplissaient de larmes brûlantes. Il lui avait fait l'amour, puis il l'avait renvoyée dans ses foyers parce que sa maîtresse avait décidé de rejoindre leur groupe d'amis à Harbor Springs. Comme mue par le besoin de se torturer davantage, Lauren se pénétra de chaque mot de l'article, puis elle ramassa le numéro de Newsday et lut le reportage de huit pages dans son entier. Quand elle eut terminé, le magazine glissa de ses doigts gourds sur le sol. L'hostilité ouverte que lui avait montrée Bebe Leonardos n'avait plus rien d'étonnant ! Selon le reportage, Nick et Bebe avaient eu autrefois une liaison torride dont toute la presse avait parlé et qui s'était achevée le jour où Nick l'avait laissée tomber pour une actrice de cinéma française, celle-là même qui jouait au tennis en talons hauts à cette fameuse réception de Harbor Springs... Un rire hystérique enfla dans la poitrine de Lauren. Pendant qu'elle était sur la route du Missouri, Nick était en train de faire l'amour à sa maîtresse. Pendant qu'elle l'attendait nuit et jour près du téléphone la semaine précédente en lui tricotant un pull, il assistait à un bal de charité avec Ericka à Harbor Springs... Des torrents d'humiliation la submergeaient tout entière. Les épaules secouées de déchirants sanglots silencieux, elle croisa les bras sur le bureau de Jim et y enfouit la tête. Elle pleurait sur sa stupidité, sur ses illusions anéanties et sur son rêve brisé. La honte gonfla encore le flot de larmes qui se déversaient de ses yeux - elle avait fait l'amour avec un homme qu'elle ne connaissait que depuis quatre jours, et dont elle ignorait jusqu'à l'identité véritable ! Et c'était encore une chance qu'elle ne se retrouvât pas aujourd'hui enceinte ! Au souvenir de la colère et de l'émotion douloureuse qui l'avaient étreinte en apprenant que la mère de Nick l'avait abandonné lorsqu'il était petit garçon, ses larmes redoublèrent. Sa mère aurait dû le noyer !

Ses sanglots furent interrompus par la voix de Jim : - Lauren ? Elle releva la tête à l'instant où il s'immobilisait près d'elle. - Mais que se passe-t-il ? Ravalant son chagrin, elle parvint à lever ses yeux embués, bordés de cils épais hérissés par les larmes, vers le visage inquiet de son patron. - Je croyais... A la torture, elle fut obligée de reprendre sa respiration avant d'exhaler dans un souffle : - Je croyais qu'il n'était qu'un simple ingénieur qui voulait créer un jour sa propre entreprise. Et il ne m'a pas détrompée ! s'étouffa-t-elle. Il m'a laissée le croire. La compassion qui se lisait sur le visage de Jim était plus qu'elle ne pouvait en supporter. Elle se leva. - Puis-je sortir d'ici sans que personne me voie ? Je veux dire... est-ce que tout le monde est déjà parti ? - Oui, mais vous n'êtes pas en état de conduire. Je vais vous ramener. - Non, se hâta-t-elle d'objecter. Je vais très bien, je peux conduire. Vraiment. - En êtes-vous sûre ? Elle parvint enfin à contrôler les tremblements de sa voix. - Absolument. J'ai eu un choc, c'est tout. Je suis confuse. Jim désigna le dossier d'un geste sans conviction. - Vous en avez fini avec ça ? - Je ne l'ai pas lu en entier, répondit-elle, éperdue. Il ramassa le magazine sur le sol, le mit dans l'épais dossier avec l'article de presse et tendit le tout à Lauren. Celle-ci le prit d'un geste automatique, puis s'enfuit comme une flèche. Elle crut qu'elle allait se remettre à pleurer en montant dans sa voiture, mais il n'en fut rien. Et elle ne pleura pas non plus durant les trois heures qu'elle consacra à la lecture du dossier. Il ne lui restait plus de larmes à verser.

Lauren se gara dans le parking près de l'écriteau qui indiquait Réservé aux employés de Sinco. Depuis qu'elle avait lu le dossier la veille au soir, le terme Sinco avait acquis dans son esprit une nouvelle signification : « Sinclair Electronic Components ». Selon le Wall Street Journal, la société avait été créée douze ans auparavant par Matthew Sinclair et son petit-fils, dans un garage situé derrière le bâtiment qui abritait désormais le restaurant de Tony. Sa voiture garée, elle ramassa le dossier consacré à J. Nicholas Sinclair sur la banquette arrière et sortit du véhicule. Nick avait construit un empire financier qu'il maintenait florissant en plaçant des espions chez ses concurrents. Manifestement, songea-t-elle farouchement, il montrait aussi peu de scrupules dans sa vie professionnelle que dans sa vie privée. Devant les sourires aimables que les employées lui adressèrent à son arrivée, un sentiment de culpabilité l'envahit à l'idée qu'elle allait jouer un rôle dans la destruction de l'entreprise pour laquelle ces femmes travaillaient. Non, il ne s'agissait pas de la détruire, se corrigea-t-elle en rangeant son sac dans son bureau. Une entreprise comme Sinco était digne de survivre, à condition qu'elle soit en mesure de se battre honnêtement contre ses concurrents pour obtenir des contrats. Sinon, elle méritait de péricliter avant d'avoir mené à leur perte ses concurrents honnêtes, comme la société de Philip Whitworth. Elle se rendit dans le bureau de Jim. Etait-il au courant que Nick employait des espions ? Quelque chose lui disait que non. Elle n'arrivait pas à croire qu'il puisse admettre de tels procédés. - Merci de m'avoir autorisée à emporter ce dossier chez moi, lui dit-elle d'une voix douce. Jim interrompit tout de suite la lecture du dossier sur lequel il travaillait pour examiner ses traits pâles, mais qui avaient retrouvé leur calme. - Comment vous sentez-vous ce matin? se contenta-t-il de lui demander. D'un geste gauche, elle enfonça les mains dans les poches de sa jupe. - Embarrassée... et plutôt stupide.

j'ai dit et fait des choses qui sont extrêmement embarrassantes quand j'y pense maintenant.. . ainsi que leur patron. Jim. pour-riezvous me donner une idée de ce que Nick a bien pu faire pour vous blesser autant ? J'imagine que ce n'est pas uniquement parce que vous veniez de découvrir qu'il était riche et célèbre que vous avez versé tant de larmes. n'était pas le genre de patron à autoriser que sa vie privée vienne empiéter sur sa vie . Vous pourrez rencontrer les secrétaires avec lesquelles vous aurez à travailler dans l'avenir. afin qu'ils fassent plus ample connaissance.Je ne veux plus le revoir de toute ma vie ! rétorqua-t-elle laconiquement. Et qu'avez-vous l'intention de faire pour y remédier ? . . C'est Nick qui reçoit. ont travaillé dans des immeubles différents.Je vois. Les coins de la bouche de Jim se relevèrent en un demi-sourire. Tous les directeurs de nos différentes sociétés y sont conviés en compagnie de leurs secrétaires.Ce que je voulais dire. je préférerais ne pas y aller.Si cela ne vous ennuie pas. par le passé. Un coup de poignard douloureux transperça Lau-ren au souvenir de la bonne volonté qu'elle avait mise à collaborer à l'entreprise de séduction de Nick.Sans entrer dans des détails douloureux. elle lui dit : .Cela m'ennuie.Lauren. Feignant maladroitement l'indifférence. mais il s'exprima d'un ton solennel : .J'ai l'intention de me jeter dans mon travail et d'apprendre le plus de choses possible. elle en avait parfaitement conscience. samedi prochain aura lieu un cocktail privé dans le restaurant tournant au sommet de l'immeuble de Global Industries. Elle devait néanmoins à Jim un semblant d'explication au sujet de son comportement hystérique de la veille. dit calmement Jim. . c'est : qu'avez-vous l'intention de faire quand vous verrez Nick ? . répondit-elle dans un élan de sincérité teintée d'amertume. affirma Lauren. . Elle était prise au piège.Comme je pensais qu'il n'était qu'un simple ingénieur. Le but de cette petite réunion est de rassembler tous ceux qui.

professionnelle. .Je passerai vous prendre à 19 h 30. Ne vaut-il pas mieux que ça ait lieu samedi.Tôt ou tard. poursuivit Jim. elle ne découvrirait jamais qui était l'espion que Nick employait pour surveiller l'entreprise de Philip Whitworth. persuasif. Et si elle perdait son emploi. quand vous y serez préparée ? Comme Lauren hésitait encore. il ajouta d'un ton qui n'acceptait aucune réplique : . vous aurez à rencontrer Nick. .

Elle essaya en vain de se réjouir de son apparence.11 D'une main tremblante. Dans l'un des placards dissimulés derrière les miroirs. Après avoir refermé le placard. tandis que des pans de tissu de couleurs identiques s'entrecroisaient sur la poitrine en un bustier s'agrafant sur la nuque. Maintenant qu'elle avait découvert le salaud sans principes. se déployait comme un arc-en-ciel. menteur et arrogant qu'était en réalité Nick. elle alla décrocher une robe de cocktail fluide en mousseline. Lauren mit du rouge à ses lèvres. Malgré tout. qu'elle avait fini par choisir dans l'après-midi. qui lui laissait les bras. elle recula d'un pas afin d'étudier son image en pied dans le miroir de la porte. puis une pointe de rose sur ses pommettes. parmi la nouvelle et élégante garde-robe qu'elle venait d'acquérir. son orgueil blessé exigeait qu'elle soit aussi éblouissante que possible à cette soirée. alors que l'attendait une confrontation avec l'homme . il allait sans doute lui paraître dénué de toute séduction. Comment aurait-elle pu être satisfaite d'elle-même. les épaules et le haut du dos complètement dénudés. composée de pans de mousseline couleur crème qui se fondaient en un camaïeu de teintes plus foncées allant jusqu'au pêche. La jupe large. Elle remonta la fermeture Eclair de la robe avant de chausser d'élégants escarpins. Elle jeta un coup d'œil à sa montre : Jim serait là dans un quart d'heure.

car c'était la seule chose qui lui restait de sa mère. Elle prenait toujours le plus grand soin d'elles. elle se convainquit que cette attitude ne manquerait pas de le déstabiliser. alors qu'ils étaient au lit..qui l'avait séduite sans effort et lui avait ensuite suggéré de lui téléphoner si elle tombait enceinte ? Un multimillionnaire qu'elle avait invité à déjeuner en lui disant généreusement qu'il pouvait choisir n'importe quel plat sur le menu ! Vu son caractère vil et cynique. tout comme il l'avait été pour lui. En y réfléchissant. car cela risquerait de lui prouver qu'elle tenait encore suffisamment à lui pour être en colère. mais elle n'avait pas la moindre intention de lui laisser entrevoir ne serait-ce qu'une ombre de ces deux émotions. pour réviser mentalement l'attitude qu'elle adopterait à son égard pendant cette réception. Au bout de quelques minutes. songea-t-elle en cherchant dans sa boîte à bijoux les précieuses boucles d'oreilles en or de sa mère. Il était impossible qu'elle les ait égarées. Tout en continuant à chercher les boucles d'oreilles. Elle s'arrangerait au contraire pour le convaincre que leur week-end à Harbor Springs n'avait représenté pour elle qu'une amusante petite escapade. que Nick ne l'ait pas laissée payer ce repas hors de prix. elle aurait avec lui un comportement naturel et détaché.. Les boucles d'oreilles de sa mère se trouvaient quelque part dans le lit de la petite amie de Nick ! . et le lendemain à La Crique. Nick lui avait embrassé l'oreille. Elle s'accorda une pause. et elle avait enlevé les boucles parce qu'elles la gênaient. Nick s'attendrait sans nul doute à ce qu'elle se montre blessée et fâchée. elle se demanda avec une certaine nervosité où pouvaient bien être passées ces boucles.. elle se souvint qu'elle portait les bouclés d'oreilles à la réception de Harbor Springs. Cette nuit-là. Etant donné ce qui s'était passé. Même si cela la tuait intérieurement. il était même étonnant. et le traiterait avec le même genre d'affabilité qu'elle accordait au portier ou au gardien du bureau.. Elle ne devait se montrer froide sous aucun prétexte.

. à moins que vous n'en ayez besoin pour vous donner du courage avant d'affronter Nick. mais pas gênée. Jim lui lança un regard amusé. . par cette manière ouvertement masculine qu'il avait d'estimer ses charmes.Si je comprends bien. c'est ça ? Mal à l'aise. elle descendit ouvrir la porte. le visage réjoui. elle ajouta : . Le carillon de la sonnette retentit en bas.Pas dans ce que je vois. dit-il. . Il ne signifie rien pour moi. vous voulez le convaincre que vous n'éprouvez plus la moindre attirance pour lui. . Lauren sentit que Jim ne se laissait pas abuser par son indifférence de façade.Entrez. elle se retourna.Voulez-vous prendre un verre ? réitéra Lauren. . En l'accompagnant jusqu'à sa Jaguar vert sombre.Submergée par une nouvelle vague de douleur et de colère. surprise. A moins que vous ne souhaitiez d'abord boire un verre ? Comme il tardait à lui répondre. . l'invita-t-elle sereinement. Lauren appuya les mains sur la commode et laissa tomber la tête en avant.J'ai juste à prendre mon sac et nous pouvons partir. Jim se tenait sur le seuil en costume sombre et cravate. . Lauren secoua la tête. prototype de l'impressionnant homme d'affaires à succès.Non. admit-elle. Après avoir pris une profonde inspiration.Quelque chose ne va pas ? Jim était en train d'admirer ses traits parfaits et la masse luxuriante de sa chevelure aux reflets d'or chaud qui se répandait sur ses épaules en somptueuses ondulations. Mais c'était normal : il l'avait vue verser toutes les larmes de son corps. . .Je n'ai pas besoin de courage. Puis il balaya d'un regard appréciateur sa silhouette enveloppée de jolie mousseline et ses longues jambes au galbe parfait. et elle se releva comme un automate. Les boucles étaient probablement entre les mains d'Ericka Moran. Comme il pénétrait dans le vestibule.Effectivement.

Lauren ne parvint pas à contrôler les battements désordonnés de son cœur. une main familièrement posée sur sa manche.. C'était Ericka Moran. Pendant que Jim commandait des boissons. il lui suffit de jeter un seul regard à la foule grouillante pour sentir sa poitrine se nouer d'appréhension. Il se tenait à l'autre bout de la pièce. Pourtant. de l'aisance pleine de classe avec laquelle il portait son costume sombre impeccablement coupé. fit-il. Au même moment. Puis elle remarqua la belle blonde qui lui souriait. je vais me permettre de vous donner quelques conseils que vous n'avez pas sollici tés. Moi.Dans ce cas. et j'essaierai de l'être. puis le prier de vous excuser de votre air le plus charmant et vous rendre auprès de quelqu'un d'autre. au point qu'elle crut suffoquer. si je suis dans les parages. . Aucun détail douloureusement familier le concernant ne lui échappa. Nick se trouvait quelque part dans cette pièce.Merci. Ayant retrouvé calme et confiance en soi. . Vous devriez passer quelques minutes à bavarder avec lui. à . A la vue de son visage superbe et hâlé. un sourire de gratitude flottant doucement sur le visage. Ils se rendirent au bar. Et l'époustou-flante robe crème qu'elle portait était celle que Nick lui avait prêtée. elle se détendit. Nick se trouvait bien là. avant de s'engager dans un vrombissement sur la voie express. un groupe de personnes se déplaça légèrement de côté. du naturel avec lequel il tenait son verre. de la réception ou de votre nouveau job..Jim changea de vitesse. lorsque les portes de l'ascenseur s'ouvrirent toutes grandes sur l'élégant restaurant tournant du quatre-vingt unième étage. Lauren se tourna vers lui. la femme avec laquelle Nick posait sur la photographie publiée par le journal. dit-elle. en train de rire à gorge déployée de quelque chose qu'on lui disait. Une traînée d'angoisse se répandit dans les veines de Lauren comme un acide brûlant. Lauren jeta un coup d'oeil précautionneux autour d'elle.

dit-il finalement en tendant le verre à Lauren. pour la réception de Harbor Springs. Lauren coopéra de son mieux. mais le durcissement de la mâchoire de celui-ci arrêta net ses paroles. nostalgie et désarroi. Ce geste la surprit tellement qu'elle ne se rendit même pas compte qu'il la pinçait en guise d'avertissement.D'accord.elle. Si Nick est notre hôte. Ce . Jim lui souriait ou la taquinait au sujet de quelque chose. les mêmes émotions qu'elle venait d'éprouver à la vue de Nick. Un sourire triste au coin des lèvres. . non ? Nous n'avons pas besoin de nous précipiter tout de suite sur eux.Le groupe que vous voyez là-bas.Voici votre cocktail.. Lauren eut un mouvement de recul.. elle le comprit sur-lechamp. . elle savait que Nick se moquait totalement de ce qu'elle faisait ou de celui avec qui elle le faisait. alors qu'ils circulaient parmi les invités. il est de son devoir d'accueillir en personne tous ses invités.Ça ne presse pas. Nous attendrons qu'ils viennent vers nous. Jim. Il est temps que nous commencions notre petit jeu. . Lauren acquit de plus en plus la conviction qu'elle ne s'était pas trompée au sujet de Jim et d'Ericka et que son patron essayait de rendre jaloux à la fois Nick et celle-ci. est constitué des membres du conseil d'administration. il la prit par le coude pour la guider dans la direction de Nick et d'Ericka. Pendant la demi-heure qui suivit. Au fond de son cœur brisé. Lauren arracha les yeux de ce spectacle pour s'adresser à Jim. Elle était en train de siroter son second cocktail quand Jim l'enlaça subitement par la taille. Lui aussi venait d'apercevoir la belle blonde à l'autre extrémité de la pièce et sur son visage se lisaient désespoir et colère. Mais elle le fit pour lui. faisant tout pour avoir l'air de passer un moment absolument délicieux. Chaque fois qu'Ericka jetait un regard dans leur direction. Jim hésita avant d'opiner de la tête. était épris d'Ericka. lui apprit-il. . et non pour elle-même.

. tandis qu'il attendait qu'elle réagisse.Merci. Le corps entier de Lauren s'était brusquement pétrifié au son de la voix profonde de baryton de Nick. Un seul regard à la lueur d'amusement qui brillait dans ses yeux. Lauren. . tout comme celle de son épouse. Je me demande pourquoi. La famille de Crawford.sont tous des industriels qui ont une fortune personnelle.J'ai admiré votre robe toute la soirée. est dans les obligations. Lauren ajouta : . Elle est époustouflante. Ils feraient peur aux petits enfants. suffit à lui venir en aide.. est dans le pétrole depuis des générations. elle parvint à garder un visage épanoui et à prendre la main qu'il lui tendait.J'ai remarqué la vôtre dès que nous sommes entrés. Bien que s'effondrant intérieurement en mille morceaux. Les doigts de celui-ci se refermèrent autour des siens. Lauren. Jim lui lança un regard d'avertissement avant de poursuivre : . Horace Moran. L'homme qui se tient tout à fait à gauche est le père d'Ericka. . La famille d'Horace.Comme ça doit être pénible pour eux ! plaisanta Lauren avec un battement de cils comique destiné à l'égayer.Bonsoir. . puis adressa un sourire lumineux à Ericka. .Ah oui ? Et personne ne les en délie ? le taquina Lauren. et que personne ne souhaite les voir courir en liberté. Nick. que Nick s'empressa de lui présenter. juste dans son dos.Bonsoir. lui dit celle-ci. lança-t-il gaiement. lui répondit une voix douloureusement familière.A côté de lui se trouve Crawford Jones.. Sans regarder Nick. Elle retira sa main avec précaution. . lui expliqua-t-il. Puis elle se tourna vers Jim : . mais elle s'obligea à se retourner. .Parce que Crawford et sa femme sont tous les deux très laids.

se tenait près du bar. comme si elle cherchait quelqu'un d'autre dans la foule. elle se retrouva entourée d'un groupe d'hommes fascinés et admiratifs et. quelques instants de répit pour se soulager du poids constant de sa présence. Jim se trouvait embarqué dans une conversation animée avec un collègue et Lauren fit des efforts pour déployer son charme et son esprit et pour se débrouiller sans lui. dans le calme bienvenu de cette soirée un peu fraîche. Peu de temps après. Il lui fallait un peu de solitude. durant tout le reste de la soirée. Il hocha la tête. La jeune femme se détourna et se glissa dehors. Elle était parvenue à traiter Nick avec un mélange parfait de politesse impersonnelle et d'inattention souriante. quatre-vingt-un étages plus bas. Jim. Il a essayé de vous parler toute la soirée. ... qu'elle cherchait des yeux. aucune allusion au fait qu'il ne l'avait pas appelée. Au bout de trois heures.Veuillez nous excuser. en pleine conversation avec un groupe d'hommes. Jim.Oh. Puisant dans les dernières ressources de son assurance en déroute. elle croisa accidentellement son regard perçant alors qu'elle se retournait. mais elle fit en sorte chaque fois de regarder d'un air naturel au-delà de lui. fût-elle justifiée. Elle avait réussi. elle se rendit jusqu'au muret courant autour de la terrasse du restaurant qui s'élevait à hauteur de sa poitrine. cependant. puis elle inclina légèrement la tête en direction des portes de verre coulissantes qui s'ouvraient sur la partie en terrasse du restaurant. elle contempla le panorama de lumières scintillantes qui se déployait à des kilomètres à la ronde à ses pieds. voici M. lui dit-elle poliment. Elle attendit d'avoir attiré son attention. A deux reprises. Enveloppée dans le manteau sombre de la nuit. le fait de se trouver dans la même pièce que lui faisait peser sur elle une tension presque insupportable. aucune indignation. elle évita scrupuleusement de regarder dans la direction de Nick. Avec un sentiment de satisfaction mêlé de . En un rien de temps. avec sur le visage une expression signifiant qu'il la rejoindrait là-bas. De là. Aucune récrimination. Lauren leva ses yeux turquoise vers les traits impassibles et indéchiffrables de Nick.. Simon.

.. Elle regarda sa chemise blanche. gonflés par une brise légère. Et pourquoi m'auriez-vous manqué ? ajouta-t-elle. Dans son dos. . tout en portant son verre à ses lèvres. . La main de Lauren se mit à trembler si violemment que les glaçons s'entrechoquèrent dans son verre. elle songea. J'en arrive presque à croire que je suis invisible.J'ai été très occupée. et elle se résigna à l'idée de perdre cette solitude qui lui était si nécessaire. s'efforcant de donner à sa voix une pointe de légèreté amusée.Je vous ai manqué ? Les yeux de Lauren s'écarquillèrent et s'emplirent d'une innocence feinte. répéta Lauren dont le sang-froid commençait à s'émousser. . la porte s'ouvrit et se referma dans un bruissement. Il fallait absolument qu'elle se montre polie et détachée. s'y accouda et la dévisagea en silence.Est-ce votre façon de me faire comprendre qu'après avoir essayé le sexe avec moi. disons. avant de revenir à son visage.. Nick s'approcha du mur. très bien. . Dans un effort désespéré pour rassembler les idées qui lui échappaient.Et je ne vous ai donc pas manqué du tout ? . puis son regard parvint enfin à se poser sur ses yeux rieurs. ... elle se retourna lentement. qu'il devait sans doute être sidéré par son attitude.Comment m'en suis-je sortie jusqu'à maintenant ? demanda-t-elle.J'ai été occupée.lassitude. comme si ce qui s'était passé entre eux signifiait davantage pour lui que pour elle. vous avez décidé que ça vous plaisait et que vous avez. sa cravate rayée. Les sourcils sombres de Nick se haussèrent brusquement en signe d'interrogation amusée..La réception est très réussie. Jim venait la rejoindre.. élargi votre expérience ? Seigneur ! Il se moquait même complètement qu'elle . Vous n'êtes pas le seul homme disponible du Michigan. ironisa la voix langoureuse de Nick. dit-elle. .Très. Il contempla ses cheveux chatoyants qui remuaient doucement sur ses épaules nues.

Avalant le fond de son cocktail d'une seule rasade.. . le plus égoïste !. Partons d'ici. Les gens comme vous ! . .Maintenant que vous êtes en mesure de comparer. répliqua-t-elle avec mépris. . ou chez vous. et lui saisit la main. Comme il acquiesçait de la tête.Vous êtes le plus arrogant.Cette question est tout juste digne d'un adolescent.Où allons-nous ? . .. Il plia le poignet pour passer ses doigts solides entre les siens.Vous avez raison.Chez moi. Peu importe.Quelle question idiote.Quand j'ai quitté Harbor Springs.Non. pour une fille intelligente ! Lauren explosa de rage. et en plus. Quand il voulut ouvrir celle-ci. .Nick. prit celui de Lauren pour le poser à côté. quand il tendit de nouveau la main vers la porte.. je vous plaisais pourtant beaucoup.Pourquoi ? s'entêta-t-elle. . sans le moindre sentiment.Il y a quatre semaines. puis elle ajouta d'un ton sec : . répondit-il sans ciller. jusqu'au moment où elle se rendit compte qu'il était en train de la guider vers une porte dérobée de l'autre côté du bâtiment.Je suis incapable d'avoir ce type de rapports sexuels de hasard. je veux dire.ait couché avec d'autres hommes ! . j'aimerais vous poser une question à la quelle je vous demande de répondre honnêtement.. lui rappela-t-il froidement. aviez-vous l'intention de me revoir ? Enfin. . Les joues de Lauren s'empourprèrent et ses yeux se mirent à lancer des étincelles. quelle note m'accordez-vous ? la taquina-t-il.. Prise de vertige sous cette étreinte qui la brûlait. elle reprit ses esprits et recula. il posa son verre sur l'une des tables. Elle chancelait encore sous le choc de ce non.. le temps d'inspirer à fond pour se calmer. Lauren ne s'accorda pas le temps de réfléchir. elle poursuivit : .. de sortir avec moi ? .. Elle fît une pause. je déteste les gens qui le peuvent. .

tandis que sa bouche. Vous n'avez qu'à vous trouver un homme aussi naïf que vous. chancelante. tonna-t-elle. .Epargnez-moi votre leçon à propos de ma morale. s'appuya contre le muret dans son dos. c'est ça ? .vous êtes sans scrupules.Exactement ! siffla Lauren. vous couchez avec n'importe qui et vous êtes moralement corrompu ! Vous êtes cruel et égoïste. Elle secoua la tête.Vous venez ? lui demanda-t-il. Et je vais. toutes les fibres du corps de Lauren se mirent à vibrer. et si je l'avais su à l'époque. En un seul geste rapide. . je vous ai dit que. Dès qu'il la toucha.C'est de la folie.Et maintenant que vous savez qui je suis et ce que je fais. Il y a quatre semaines. j'ignorais que vous étiez un play-boy milliardaire à la vie dissolue qui change de lit aussi souvent qu'il change de chemise. si c'est ça que vous voulez. l'interrompit-il d'une voix glaciale. Tout comme lorsque l'on se fait une coupure nette et . Vous pourrez batifoler dans le noir et vous dessaler ensemble.. vous ne voulez plus rien avoir à faire avec moi.. il la défia à son tour : . il l'attrapa par les épaules pour l'étreindre brutalement et lui captura les lèvres en un baiser d'une sensualité sauvage et provocante. tant elle désirait se perdre à nouveau dans la volupté inouïe que lui avait apportée l'union de leurs deux corps lorsqu'il lui faisait l'amour. D'un seul coup. je ne vous aurais pas accordé une demi-seconde ! Nick mesura du regard la jeune beauté fulminante et pleine de mépris qui l'affrontait. je vous prenais pour quelqu'un d'exceptionnel.Il y a quatre semaines. il la lâcha et Lauren..Non.. D'une voix à la douceur dangereuse. . N'importe qui pourrait sortir sur la terrasse et nous surprendre. toutes griffes dehors. marmonna-t-il. Vous représentez tout ce que je déteste chez un homme . la met tait au supplice. annonciatrice d'une autre possession. ..

Votre maîtresse. Où étaient donc passés sa fierté et son respect de soi ? Comment pouvait-elle même envisager une seule seconde la possibilité d'avoir une relation passagère et sordide avec ce coureur arrogant et sans principes ? C'était terminé. dans sa maison. où j'étais avec son amant. Elle le chasserait de son esprit. je veux récupérer les bou cles d'oreilles de ma mère. Peut-être s'était-elle conduite comme une idiote en ne partant pas avec lui. le plafond n'était qu'un vide plongé dans des ténèbres aussi lugubres que celles qui habitaient son cœur. quant à moi je ne veux pas de vous. ou votre petite amie. Furieuse contre elle-même.. Lauren resta heureusement insensible à la douleur que lui infligeaient ces paroles. jusqu'au moment où elle fit trembler sa voix : . Au-dessus du lit de Lauren. Il avait amené Ericka à la réception. peu importe ce qu'elle est. Ericka a les boucles d'oreilles de ma mère. À tout jamais. Je les ai laissées dans son lit. qui était en train de revoir en esprit sa scène de rupture avec Nick.. . il l'avait probablement désirée davantage qu'Ericka. . En revanche. ne cessa de s'intensifier.. au moins. Elle ne penserait plus à lui. qui s'était mise à se propager dans tout son corps comme un mal lancinant. elle roula sur le ventre. Ce soir.Une seconde.Je tiens absolument à récupérer ces boucles d'oreilles. lui lança-t-elle au moment où il ouvrait la porte. La douleur.. Vous pouvez vous la garder. mais c'était avec elle qu'il avait eu envie d'en repartir.profonde qui ne se met pas tout de suite à saigner. Elle ne ressentait que de la fureur. enfin.

Posant son sac. Lorsqu'elle rentra de déjeuner. vous veniez en second sur sa liste. vous ne serez pas disponible l'après-midi pour votre travail habituel. Williams quand il rentrera de déjeuner. Ensuite. plusieurs de ses collègues secrétaires l'invitèrent à se joindre à elles pour prendre un verre dans un bar du quartier après le travail. et je m'arrangerai pour lui trouver une autre . lui annonça-t-il quelques minutes plus tard. je tiens à ce que vous sachiez que tous les renseignements relatifs aux compétences professionnelles de nos employés sont systématiquement entrés dans l'ordinateur central de Global Industries. et elle accepta avec joie. le service du personnel en est avisé et l'ordinateur est consulté. Pour commencer. Je notifierai ce changement d'affectation à M. Son premier choix était une femme du nom de Lucia Palermo. elle jeta un coup d'oeil par-dessus l'épaule en direction du bureau vide de Jim. puis elle décrocha. » Cela signifie que pendant les trois semaines à venir. alors qu'elle prenait un siège pour s'installer en face de lui. Lauren se jeta à corps perdu dans son travail le lundi matin. . le téléphone sonnait sur son bureau.12 Cette solution fermement ancrée dans la tête. pour être plus précis. Ce matin. Ou. mais elle est en congé de maladie.Nous n'avons guère de temps. A l'heure du déjeuner. Et c'est vous que l'ordinateur a choisie.Mademoiselle Danner ? C'était Weatherby qui lui demandait de passer le voir immédiatement au bureau du personnel. le chef du personnel de Global Industries a reçu un coup de téléphone lui demandant de trouver de toute urgence une secrétaire expérimentée parlant couramment italien. je serai donc bref. chaque fois que nous avons besoin de quelqu'un possédant un savoir-faire ou des connaissances spécifiques pour un projet. .

Weatherby lui jeta un regard méprisant. une jolie fille aux cheveux châtains.M. J'ignore la nature exacte du projet qui exige que vous connaissiez l'italien. .secrétaire qui travaillera pour lui l'après-midi pendant que vous serez occupée par le projet auquel vous êtes affectée. Les objections qu'avait Lauren envers ce changement de poste arbitraire tombèrent en une cascade de mots hachés : . M.Quoooi ? s'étouffa Lauren que le choc avait fait bondir sur ses pieds.Vous devez vous présenter immédiatement au bureau de M. Williams.. . Sinclair. . Il se leva. M. . lui dit-elle poliment. Williams n'a pas le choix. à M... Six hommes en sortaient. M. mais je sais qu'il est top secret. La main sur le micro.M. et qu'il passe avant les autres. . .. annonça-t-elle à la réceptionniste.Je suis Lauren Danner. Sinclair que vous êtes arrivée. Sinclair a demandé une secrétaire bilingue. C'est le service du personnel qui m'envoie. la coupa-t-il froidement. . Sinclair est-il au courant que c'est moi qui ai été retenue ? M. Elle allait décrocher le téléphone quand celui-ci se mit à sonner. Je veux dire à.Je préviens M. Sinclair vous attend. elle chuchota à Lauren : . Sinclair se trouve actuellement en réunion et sa secrétaire n'a pas jugé bon de le déranger pour l'informer d'une simple mutation de secrétaires. La réceptionniste jeta un regard en direction des portes du bureau de Nick qui venaient de s'ouvrir.Allez-y.Mais je suis encore en train de me familiariser avec mon nouveau travail et ça ne va pas plaire du tout à Jim. Une atmosphère de fièvre contenue semblait régner au quatre-vingtième étage lorsque Lauren traversa l'épaisse moquette vert émeraude en direction du bureau circulaire qui trônait au centre de l'espace de réception privé de Nick.

A l'écart sur sa gauche se trouvaient les trois canapés couleur vert mousse qui formaient un grand U autour de l'immense table basse au plateau de verre. Il observa un bref silence. Lauren pénétra dans l'immense pièce au sol recouvert de moquette crème et referma sans bruit la porte derrière elle. En pleine conversation téléphonique. il attend Lucia Palermo.Bien.Très bien. le dos tourné. Les hautes portes de palissandre du bureau de Nick étaient légèrement entrouvertes. Il lui était difficilement possible de l'appeler Nick. il se tenait debout derrière son bureau. . Il avait ôté son veston... et de la chaleur que dégageait sa peau bronzée sous ses doigts. rectifia nerveusement Lauren en son for intérieur. Appelez le bureau de Washington pour informer les membres de l'équipe de coordination que je veux qu'ils soient à Dallas ce soir.. Il raccrocha le téléphone et tourna une autre page du dossier qu'il était en train de lire.Non. Le combiné coincé entre l'épaule et l'oreille. il ramassa un dossier sur son bureau et se mit à le parcourir.Prévenez la raffinerie de l'Oklahoma qu'ils risquent également d'avoir un certain nombre de problèmes avant que tout soit réglé. . Lauren ouvrit la bouche pour lui annoncer qu'elle était là. mais elle se refusait absolument à l'appeler humblement et respectueusement « . Dans un effort pour s'arracher à ce spectacle. Prenant une profonde inspiration. et au fur et à mesure qu'il tournait lentement les pages. sa chemise blanche se plissait et se tendait sur ses épaules larges et sur son dos musclé. dit Nick à son interlocuteur après un silence. puis elle la referma. avant d'ajouter : . elle tenta de maîtriser les émotions traîtresses qui la submergeaient. Rappelez-moi quand vous aurez vu l'équipe de coordination à Dallas. Les mains de Lauren se mirent à lui picoter au souvenir de la force ondulante de ce corps d'homme plein de vigueur. disait Nick d'un ton posé.. C'était là que Nick s'était agenouillé pour examiner sa cheville le soir de leur rencontre.

Nick pressa brutalement sur l'interphone. ni assez expérimentée pour travailler à ce niveau. . Lauren. Nick durcit la mâchoire. aboya-t-il.Vous avez bien mal choisi votre moment pour venir me présenter vos excuses.Parfait ! s'exclama-t-elle vivement en reculant d'un pas. Aucun sentiment ne transparaissait dans ses yeux gris. J'ai un rendezvous à déjeuner dans cinq minutes.Votre réceptionniste m'a dit d'entrer. mais il m'a forcée à venir. quelles « . S'avançant vers son bureau en bois de rose.monsieur Sinclair ». l'informa-til. elle dit donc à la place : . Au fait. puis enfonça les deux mains dans les poches de son pantalon et la dévisagea sans rien dire. Comment pouvait-il oser penser que c'était elle qui lui devait des excuses ? Pourtant. Sa réaction méprisante eut pour effet de faire sauter le couvercle retenant la colère qui bouillonnait en Lauren. Il attendit qu'elle se trouve exactement en face de lui de l'autre côté du bureau pour lui déclarer tranquillement : .Dans ce cas. vous n'êtes ni assez qualifiée. mais je ne suis pas venue m'excuser. Nick pivota brusquement vers elle. .Appelez-moi Weatherby. en second lieu. auriez-vous l'obligeance d'appeler vous-même M. .Pourquoi ? interrogea-t-il d'un ton mordant.Pour travailler pendant trois semaines sur un projet qui exige la présence d'une secrétaire supplémentaire. vous perdez votre temps. Lauren faillit étouffer de rage sous le choc. Dans ce cas. avant de glisser à nouveau le regard vers Lauren. . Je suis ici à la demande de M. et elle ne put s'empêcher de le piquer au vif. . je ne veux pas vous voir ici. du service du personnel. . Et. Pour commencer. elle se contenta de lui faire la grâce d'un sourire amusé. Il jeta le dossier d'un geste naturel sur son bureau. toujours aussi cassant. Weatherby.Désolée de blesser votre ego. Weatherby pour lui expliquer tout ça ? Je lui ai déjà exposé les raisons pour lesquelles je ne souhaitais pas travailler pour vous.

Malgré l'énorme tourbillon de colère.Mais le plaisir que j'éprouve à vous le dire en anglais est autrement plus intense : vous n'êtes qu'un salaud ! Ouvrant la porte d'un geste brusque. . La main sur le bouton de la porte. dit Nick d'un ton doucereux.Mais il lui a semblé que vous changeriez d'avis quand vous apprendriez que je suis bilingue.Bilingue ? ironisa-t-il d'un ton méprisant. mais que je devais faire passer ma loyauté envers l'entreprise avant la répulsion compréhensible que vous m'inspiriez. Elle prit le chemin des portes de palissandre. Lauren fit semblant d'examiner ses ongles.Et qu'a-t-il répondu ? Incapable de soutenir le regard glacial qui la foudroyait. Un tic nerveux fit trembler la mâchoire crispée de Nick.Exactement. et que je préférerais être morte plutôt que travailler pour vous.Eh oui ! Et je peux vous dire exactement ce que je pense de vous dans un italien parfait. tandis qu'elle ajoutait d'une voix basse et cinglante : . . mentit-elle effrontément. dit-elle. . Inclinant royalement la tête. . de douleur et de crainte qui bouillonnait en elle. Lauren traversa le hall de réception luxueux d'un pas martial. Elle était en train d'appuyer sur le bouton de l'ascenseur. elle lui dit : . la jeune femme parvint à garder son sang-froid. Weatherby.Figurez-vous que j'étais absolument persuadée que vous ne voudriez pas non plus travailler avec moi et je l'ai fait savoir à M.Oh ! il m'a répondu que c'était probablement ce que pensaient de vous des tas de femmes avec qui vous aviez couché. elle se tourna vers lui.Je lui ai dit que vous étiez un débauché arrogant et fat. . . lui avez-vous données ? .raisons ».Lauren.Vous avez dit ça à Weatherby ? fit-il d'une voix basse et menaçante. quand . . vous êtes virée. . un sourire plaqué sur le visage.

soit je vous y traîne manu militari sous leurs yeux.Vous venez de me virer ! . .Ne me touchez pas ! chuchota-t-elle. . impuissante : ..Revenez dans mon bureau ! gronda-t-il entre ses dents.Arrêtez ! siffla Lauren qui remuait violemment le poignet pour se libérer.Vous avez des yeux d'une beauté inouïe ! Quand vous êtes en colère. Soit vous revenez dans mon bureau de votre propre gré. en rage. Lauren était trop affaiblie par les émotions des dernières minutes pour résister à son sourire dévastateur.Je viens de vous réengager. lâchez-moi.Petite menteuse. je vous en prie. dit-il. . la contredit-il gaiement. tandis qu'une ride de stupéfaction irritée creusait profondément son front rembruni. . .Je ne peux pas. cette menace arracha malgré lui à Nick un sourire admiratif.la main de Nick se referma comme un étau sur son poignet.Ne me parlez pas comme ça ! Je ne veux rien avoir à faire avec vous.Nick. Chaque fois que je vous vois.C'est ce que j'ai fait. et en plus elle avait désespérément besoin de garder cet emploi. la prévint-il. qui communiquait avec le sien par une porte. . Je vous poursuivrai pour atteinte à ma personne physique et je les citerai tous les quatre comme témoins ! De manière inattendue. elle appuya l'épaule contre le mur de marbre et le supplia. . Vaincue. . la taquina-t-il d'un ton suggestif. j'ai le plus grand mal à vous laisser partir. . elle se détacha du mur et le suivit dans le bureau de sa secrétaire.Il y a quatre personnes qui nous regardent. Vous voulez tout de moi ! Cette confiance en soi ironique eut pour effet de couper le souffle de Lauren et de lui ôter son énergie pour continuer le combat.Essayez toujours ! siffla-t-elle.. Pleine d'amertume. . . ils. .

Et comme elle se délectait de son évident embarras. installez-la au bureau lait dans ses yeux. . . une pointe d'impatience dans la voix. je vous présente Lauren Danner. Elle s'avança. Nick ignora ce mémento.Je ne suis pas libre ce soir. Je vous ai blessée et j'en suis . .Bon voyage ! . . Mlle Moran. Pendant que je vais déjeuner. mais je suis prise. .Nous avons quelques problèmes personnels à régler tous les deux..Désolée. mais s'immobilisa juste hors de portée de sa main.. . Pourquoi ne pas le faire ce soir au cours du dîner ? lui suggéra-t-il. que diriez-vous de demain soir ? lui proposa-t-il.Mais moi pas. Lauren va travailler sur le projet Rossi.Je m'envole pour l'Italie mercredi. dit Lauren avec un petit sourire narquois destiné à l'irriter. . .Très bien.J'annulerai mon rendez-vous.Bien sûr que oui. dont la voix de plus en plus basse se fit cajoleuse. .Que si ! Une étincelle d'amusement éclaira le regard de Nick. Lauren en profita pour poser les messages sur sa paume grande ouverte. Avez-vous autre chose à me dire ? .Mary. Vicky et Nicky. dit-il à la femme d'âge mûr à lunettes et aux cheveux grisonnants qui lui prêta immédiatement la plus grande attention.Je rentre samedi. poursuivit-il. Vicky vous a appelé pour savoir si la réception de samedi était habillée ou non. j'ai déjà un rendezvous. Quant à vous. . dans ce cas.. à 19 heures.Vous êtes déjà pris. Nous irons. affirma Nick laconiquement. au Recess Club..Vous n'êtes pas assez près. elle ajouta avec un sourire éblouissant : . la main tendue vers elle.Elle vous appelle Nicky.. Lauren se réfugia courtoisement derrière une semivérité pour refuser sa proposition : . Je trouve ça adorable.

dit joyeusement Lauren.Nous parviendrons à quoi ? A avoir une liaison en douce ? . si arrogante.Lauren. de fureur et non de plaisir. nous y parviendrons.... de façon à éviter que l'on ne cancane sur nous dans la boîte. Si vous êtes encore « en activité »..Vous les avez déjà faites. le coupa-t-elle. ajouta-t-il encore après une brève réflexion. . . Nick plongea en avant. si nous faisons preuve d'une certaine prudence quand nous sommes ensemble. j'ai déjà pris la décision de vous appeler quand ma fille aura mon âge. plaquant ses cuisses musclées contre les siennes. et je sais que c'est réciproque.. Mais vous n'avez blessé que ma fierté. Je n'échangerais cette nuit pour rien au monde.D'ailleurs. Les joues satinées de Lauren rosirent. Nick la dévisageait. . Pour notre bien à tous deux. il faudra que nous soyons discrets. . Un pas ne fut pas suffisant...J'accepte vos excuses. Les yeux rétrécis..Vous êtes si belle. Prenant la précaution de reculer d'un pas.Lauren. . j'aimerais bien vous l'envoyer pour que vous puissiez. . .. mais elle parvint néanmoins à ne lui offrir qu'un visage perplexe.. poursuivit-il. j'essaie de vous faire mes excuses pour que nous. j'ai envie de vous.. .Mais c'est faux ! protesta la jeune femme avec une douceur feinte. Ses yeux brûlaient d'un mélange inquiétant de colère et de désir. Je sais également que vous m'en voulez de vous avoir initiée à l'amour physique et d'avoir ensuite... pour que nous puissions aller de l'avant. la saisit par les poignets et l'attira brutalement entre ses jambes. elle ajouta d'un ton léger : . Mais à mon avis.désolé...

Après votre départ de Harbor Springs. Cet aveu fit voler la résistance de Lauren en éclats.Si je pouvais m'arrêter. . tandis que Jim se redressait et pénétrait dans le bureau.Sa bouche vorace fondit sur les lèvres de Lauren en un baiser assoiffé et d'une sensualité dévastatrice. Dans un suprême effort. elle risque de mener la vie dure à Lauren. Je ne peux pas m'arrêter. elle détourna le visage pour s'arracher à lui. j'ai bien peur que Mary n'ait surpris une partie de cette petite scène. Lauren s'arracha aux bras de Nick. d'une voix érail-lée de confusion : . en fouissant le front contre son torse. et le feu qui couvait dans ses yeux s'enflamma au moment où il abaissait de nouveau lentement la tête. Lauren serra les dents pour résister à ce baiser ardent qui la troublait. je n'ai pas arrêté de penser à vous.S'agit-il du projet prioritaire et top secret qui nécessitait la présence de Lauren ici ? La voix traînante et amusée de Jim Williams fit avorter leur baiser. . du seuil de laquelle Jim les contemplait. Les mains qui étreignaient ses épaules se desserrèrent légèrement. Celle-ci fut horriblement mortifiée d'apprendre que Mary les avait vus. . Pendant tout mon déjeuner d'affaires aujourd'hui. Mais ce n'était rien à côté du choc . Nick comprit qu'elle avait capitulé au frémissement de ses lèvres tendres. dans une posture décontractée. dit-il à Nick d'un air pensif. Pour commencer. je n'arrivais pas à me concentrer sur autre chose que vous. et Nick s'exprima. et comme elle t'est aveuglément dévouée. Leurs têtes se tournèrent brusquement dans la direction de la porte du bureau de Mary. il lui prit le visage entre les mains pour l'obliger à le regarder. je vous jure que je le ferais ! Emmêlant ses doigts dans les cheveux de Lauren. Cela rend les choses un peu difficiles pour Lauren.Espèce de salaud. la soumettant et la séduisant bien davantage qu'un baiser ne le ferait jamais. Il gardait le regard rivé sur elles. arrêtez ! s'étouffa-t-elle.

Pour tout dire.qui l'attendait lorsque Jim affirma : . Jim poursuivit. il se trouve que le rendez-vous que tu demandes à Lauren d'annuler samedi est un rendez-vous avec moi.. un sourire de défi au coin des lèvres.Je refuse d'entendre un seul mot de plus à ce sujet. Jim la laissa passer. Nick. Je me demande. Lauren était déjà en train de passer le seuil de la porte de Mary quand le nom résonna à ses oreilles. Curtis. elle fit un effort pour entendre ce qui se disait dans le bureau de Nick. .Et deuxièmement. Etant donné que je suis l'un de tes meilleurs et de tes plus vieux amis et qu'il y a sept jours par semaine. . . Curtis a appelé pendant mon absence. je suis tout à fait prêt à.Comme je te le disais. je ne trouve pas très sportif de ta part d'essayer d'usurper « ma » soirée ! Comme s'il n'avait pas remarqué les sourcils de Nick qui se fronçaient d'ennui. Lauren parvint enfin à retrouver l'usage de sa voix. Curtis veut discuter d'un contrat. que tu as une très bonne raison de me rendre cette visite imprévue. Curtis était l'un des six noms auxquels Philip Whitworth lui avait demandé de prêter attention. l'interrompit celui-ci sèchement. s'il est juste ou non de la poursuivre de nos assiduités ici.. imperturbable : . Son sang ne fit qu'un tour.. Elle s'effondra sur sa chaise. Le sang battant à ses oreilles.J'espère sincèrement. songea-t-il tout haut.. Curtis pouvait aussi bien être un prénom qu'un nom ... Je crois qu'il veut nous parler d'un contrat. mais continua à fixer Nick. je pense que nous devrions établir quelques règles de base. s'écria-t-elle en se dirigeant d'un air digne vers le bureau de Mary. oui.. mais les deux hommes avaient baissé la voix et le cliquetis survolté de la machine à écrire de Mary l'empêchait de comprendre. .Puisque nous avons tous les deux l'intention de faire la cour à Lauren. au bureau.. Je suis tout à fait prêt à me soumettre à.

Quand elle redescendit à l'étage de Sinco. Il venait d'apparaître à l'angle du couloir et se dirigeait vers elle. C'était à Jim qu'elle accordait son attention.. Celle-ci comprenait deux Curtis. vous et moi ? Jim se cala dans son siège. les coins de ses lèvres retroussés en un sourire ironique. à tout écouter ? Pour quelle raison avez-vous fait ces allusions nous concernant. Non.Si vous n'avez rien à faire .Pour quelle raison êtes-vous resté planté là à. Lauren adressa un signe de tête absent aux femmes qui lui rappelaient qu'elle avait accepté de les rejoindre dans un bar. Il s'agissait peut-être de l'un d'eux. Lauren poussa un soupir de soulagement. à 17 heures. Rougissante.de famille. le stade des formalités est dépassé. Mary m'a dit que vous veniez d'entrer dans son bureau. Le nom que Philip Whitworth lui avait donné était Michaël Curtis.Si nous parlions de tout ça ? dit-il. je serais ravie de vous passer un peu de mon travail. .Quand j'ai découvert en rentrant de déjeuner qu'on vous avait affectée chez Nick. Nick assista à des réunions pendant tout le reste de la journée et. . Lauren se mit à la tâche avec application.Eh bien. . avec un signe de tête en direction de son propre bureau. je suis monté pour m'assurer que vous vous en sortiez bien.. Elle ne parvenait pas à croire que Jim puisse servir d'intermédiaire à l'espion dont la traîtrise étranglait l'entreprise de Philip. . Jim ne pouvait pas agir ainsi. Lauren attrapa la liste téléphonique de Global Industries dans l'un des tiroirs du bureau. . J'ai donc ouvert la porte pour voir si vous n'aviez pas . la taquina-t-il quand elle se fut installée sur le siège de cuir en face de lui. Lauren repoussa les mèches qui tombaient sur son front. Allez-y. mais Jim n'avait parlé que de Curtis tout court. D'un geste nerveux. les éclats de voix et les claquements de tiroirs que l'on refermait annonçaient la fin d'une journée de travail de plus.c'était Mary Callahan qui s'adressait à elle d'un ton glacial -. Entre nous.

Tandis qu'il l'étudiait d'un regard admiratif. . Jim lui avait expliqué pourquoi il était intervenu. si Nick pense que vous vous intéressez à moi. Et . Et vous étiez là. ..Pourquoi ? insista Lauren.. un temps bizarrement long..En tout cas.. Jim hésita. vous aviez l'air d'opposer une sacrée résistance aux représailles physiques de Nick ! J'étais sur le point de m'esquiver quand il a eu le toupet de prétendre qu'il ne parvenait pas à penser à autre chose qu'à vous. ses yeux bruns se firent plus chaleureux. . Comme vous aviez avalé l'hameçon et que vous commenciez à couler. . l'initier.besoin qu'on vous vienne en aide. euh. vous êtes formidable ! J'étais sur le point de partir quand vous avez dépassé les bornes en lui disant que vous l'appelleriez quand votre fille serait adulte afin qu'il puisse. comme j'imagine qu'il vous a initiée ? Il ouvrit un œil sur les joues écarlates de Lauren et écarta de la main les propos qu'il venait de tenir. je représenterai pour lui un défi encore plus grand.. Appuyant la tête contre le dossier de son fauteuil. Pour commencer. vous donnerez votre démission et il se trouve que j'aime bien travailler avec vous.Lauren. Lauren accueillit cette avalanche de compliments d'un air aimable.Et.. s'avança-t-elle de façon un peu intrépide. je me suis immiscé dans la conversation afin de vous donner le temps de vous reprendre. . . mais il était hors de question qu'elle laisse tomber le sujet. si cela se reproduit.Parce que je vous ai vue pleurer à cause de lui et que je n'ai pas envie de vous voir souffrir. Jim ferma les yeux et éclata de rire.Non seulement vous êtes une jeune femme extrêmement décorative... mais vous êtes aussi pleine d'esprit. intelligente et capable. en train de lui tendre les messages d'autres femmes avec un sourire angélique et de lui refuser « l'aven ture » qu'il vous proposait. mais pas pourquoi il s'était arrangé pour faire croire à Nick qu'il y avait quelque chose entre elle et lui.

fit-il ironiquement. vous l'êtes. il ne lui restera plus beaucoup de temps pour s'occuper d'Ericka Moran. ravissante idiote. mais c'était il y a des années. Lauren ajouta doucereusement : . Lauren se leva. . . Nick était entré à l'université grâce à une bourse. elle sait qui a séduit qui il y a quelques semaines. l'interrompit Jim.Nick. . mais il avait la matière grise.Non.dans ce cas. Lauren poussa un soupir de défaite.C'est vrai.Et s'il est occupé à me poursuivre de ses assiduités.J'aurais préféré que vous gardiez le silence. Il n'avait pas les moyens d'appartenir à ma confrérie. . il se débarrassa de sa question d'un haussement d'épaules. mais ça ne vous empêche pas d'être aussi extrêmement séduisant. . .Faisiez-vous partie de la même confrérie d'étudiants que lui ? lui demanda-t-elle.Le mieux serait peut-être que je fasse exactement ce que j'ai dit à Nick et que je vous fasse la cour. . C'est ça ? Jim plissa les yeux.Merci. il consacrera davantage de temps et d'efforts à me séduire. C'est un brillant ingénieur. j'ai parlé à Mary pour rétablir les faits. Ericka et moi sommes allés ensemble à l'université. Ne prenez pas cet air consterné. Il lui adressa un sourire diabolique. . nia-t-elle. Je me trompe ? Avant que Jim puisse lui répondre. Et il avait aussi les filles. Il parut tellement piqué au vif qu'elle ajouta d'un ton radouci : . .Au fait. Ça fait des années que nous sommes amis.Je ne le plaignais pas. . . . Il n'avait pas l'argent.Amis intimes ? le sonda Lauren. brûlant d'en savoir davantage sur Nick. dont plusieurs de celles que j'aurais voulu avoir. Après lui avoir jeté un regard perçant. Maintenant.Ericka et moi avons été fiancés.J'ai l'impression que vous êtes aussi blasé et cynique que lui.

demanda-t-elle un peu gauchement. . . se plantèrent droit dans les siens. Jim la précédant au moment de franchir les lourdes portes de verre. . Je me posais simplement la question. Mais ça m'a effectivement servi d'excuse. c'était la vérité. Elle vous aurait rendu la vie absolument intenable. Sur le seuil de la porte. fut Nick qui se .Et moi.Jim.. . . Mary travaillait pour le grand-père de Nick et elle connaît celui-ci depuis l'enfance. Elle lui est d'une loyauté farouche. étais-je la raison principale pour laquelle vous êtes monté dans le bureau de Nick ? Je veux dire. Ils traversèrent ensemble l'immense hall de marbre. Tout en ouvrant son attaché-case. avez-vous inventé cette histoire de contrat dont voulait parler Curtis en guise d'excuse ? Les yeux de Jim. . Mais c'est aussi une sacrée pudibonde qui déteste particulièrement les jeunes femmes agressives qui pourchassent Nick. Lauren s'immobilisa et se retourna vers lui. dans lequel il se mit à fourrer des papiers.Pour rien. il eut un petit rire. et la première chose que Lauren aperçut. en débouchant en plein soleil.Non. je ne vois vraiment pas comment elle peut travailler pour Nick.Elle a un grand faible pour lui et pour moi.Comme Nick me l'a fait savoir plutôt sans ména gement après votre départ.Venez. je suis enchanté de lui avoir parlé. Pourquoi me parlez-vous de Curtis ? ajouta-t-il. pleins de curiosité. Elle est convaincue qu'il est encore possible de sauver nos âmes. se révolta Lauren.Si elle est si pudibonde. Elle avait l'impression d'être transparente et de ne rien pouvoir lui cacher. . Il prit son attaché-case. Lauren sentit son sang se glacer dans ses veines. ce problème concernant Curtis n'était pas assez urgent pour justifier que je monte le voir et que je l'interrompe. Jim lui adressa un clin d'oeil. je vous accompagne jusqu'à la sortie.

le tout dans un emballage extrêmement séduisant. mais aussi un avertissement : demain.dirigeait à grands pas vers une longue limousine luisante qui l'attendait au bord du trottoir.A l'aéroport. Avec un regard d'appréciation purement esthétique. il admira le léger balancement de ses hanches. qui était en train de s'installer dans la luxueuse automobile. Ils contenaient une promesse souriante. Nick se rendait compte que tout l'attirait chez Lauren. Sa silhouette avait quelque chose de sereinement équilibré et de fier. quand il s'était retourné pour lui tendre un verre de tonic et qu'il s'était retrouvé. Un sourire se dessina sur son visage au souvenir de l'expression qu'elle avait eue lorsqu'elle s'était aperçue du choc qu'il venait de subir. il était maintenant trop tard. Ses yeux gris glissèrent sur Jim avant de se poser sur Lauren. Elle s'était attendue à ce . il lui aurait trouvé un emploi dans l'entreprise de l'un de ses amis. Maintenant qu'il y réfléchissait. C'était pure folie que de se lier à l'une de ses employées. mis en colère et excité sexuellement. qui donnait de la grâce à chacun de ses mouvements. il n'accepterait pas si facilement de se laisser démonter. Nick jeta un coup d'oeil en direction du bâtiment et il les aperçut à son tour. qui traversait l'avenue en compagnie de Jim. S'il avait imaginé que cela pouvait arriver. Malheureusement. monsieur Sinclair? demanda le chauffeur à Nick. elle l'avait successivement amusé. Il tourna la tête afin de suivre des yeux Lauren. Il la voulait. Elle était rieuse et sensuelle. Nick se mit à réfléchir à l'aventure qu'il avait l'intention d'avoir avec elle.Où allons-nous. non pas face à une adolescente dépenaillée mais à une jeune femme d'une exquise beauté. douce et provocante. . Depuis qu'il la connaissait. Le chauffeur profita d'un répit pour insérer la limousine dans le flot des véhicules qui circulaient à cette heure de pointe. Il l'avait voulue dès ce premier soir. Bien calé sur le siège confortable. Au moment où il se tournait pour se glisser à l'arrière du véhicule. .

il ne l'aurait jamais invitée à Harbor Springs. Il s'y serait tenu s'il ne l'avait pas revue à la réception. un autre s'en serait chargé. Elle était trop jeune pour lui. et il poussa un soupir d'irritation. songea-t-il avec une ironie désabusée. il savait instinctivement qu'une aventure avec Lauren lui compliquerait la vie. debout sur la terrasse ce soir-là. il l'y avait emmenée. « Il y a quatre semaines. De toute façon. Il y a quatre semaines. Jim Williams avait envie d'elle. s'il ne lui avait pas fait l'amour. elle aussi l'avait désiré ce soirlà. La vision de la jeune femme.. Et elle était encore vierge. Seulement. décision qu'il avait prise en la renvoyant de Harbor Springs. flotta dans son esprit. Et elle avait également eu envie de lui cet aprèsmidi. songea-t-il se souvenant de la façon dont plusieurs de ses directeurs la buvaient des yeux avec avidité durant la réception du samedi précédent.. dans son bureau. Et bientôt. Tout comme des dizaines d'autres. Si ce désir ne lui avait pas complètement fait perdre la raison lorsqu'il l'avait emmenée déjeuner chez Tony. incroyablement attirante et fascinante dans sa robe de mousseline. L'une des premières choses qu'il allait enseigner à cette adorable et exaspérante jeune beauté serait d'accepter sa propre sexualité et à ... De tout son être. Bien qu'elle l'ait nié.qu'il soit surpris. et elle s'était réjouie ouvertement de sa réaction. Un remords de conscience le prit. » Une chose était sûre : elle savait comment exprimer ses opinions. et la montée de désir inexplicable qu'il avait ressentie lorsqu'elle l'avait prévenu joyeusement qu'elle le transformerait en beau crapaud si la « pantoufle » lui allait lui avait déplu. que vous couchiez avec tout le monde et que vous étiez moralement corrompu. Ce soir-là. il avait décidé de ne pas s'approcher d'elle. mais c'était plus fort que lui. je vous prenais pour quelqu'un d'exceptionnel ! avait-elle explosé avec un visage d'ange furibond. j'ignorais que vous étiez un play-boy à la vie dissolue. Il aurait dû s'en tenir à sa décision d'éviter désormais de s'approcher d'elle.

Puis il lui prodiguerait toutes les délicieuses sensations erotiques qu'un homme est capable de donner à une femme dans un lit. il constata lugubrement qu'elle possédait sur lui un empire inouï. Tout en changeant de position. . Que se passerait-il si elle était incapable de se sortir émotionnellement d'une aventure ? Et si elle s'effondrait quand celle-ci serait terminée ? Il ne voulait surtout pas la blesser. Et il lui apprendrait également à le satisfaire. Il avait trop envie d'elle . il était trop tard pour se soucier des éventuelles conséquences. Nick se pencha pour ouvrir son attaché-case et en sortit les contrats se rapportant à l'achat des terrains qu'il était sur le point de négocier avec les hommes qui venaient le rejoindre à l'aéroport.admettre ses désirs. Au simple souvenir des tentatives tendres et maladroites qu'elle avait faites en ce sens pendant qu'il lui faisait l'amour à Harbor Springs. il sentit l'excitation monter en lui.tout comme elle avait envie de lui. De toute façon.

.Vous voulez me voir ? demanda-t-elle poliment. .C'est donc à cela que nous allons jouer ? . Elle voulait qu'il devienne sien pour toujours. dit-il de sa voix profonde qu'il faisait vibrer un ton plus bas que d'habitude pour la séduire. qui observait son trouble avec un sentiment de satisfaction. . Mais elle lui mentait. Lauren monta au quatre-vingtième étage. répliqua-t-elle légèrement. lui fit signe de prendre place sur un fauteuil en face de lui. .Jouer à quoi ? . Sinclair souhaitait la voir immédiatement. je vais les laisser défaits. mais calme. Il lui adressa un sourire. dit-elle d'une voix ferme. Pour calmer sa nervosité. Nick jeta les documents qu'il était en train de lire sur son bureau.13 Le lendemain à une heure de l'après-midi.Au petit jeu que nous avons commencé hier.Dans ce cas. Je n'ai pas envie de gagner le prix. Et elle se méprisait elle-même de cette faiblesse stupide. Nick. où Mary lui apprit que M.Vous portiez vos cheveux noués comme ça le jour où nous sommes partis à Harbor Springs. . . se pencha en arrière contre le dossier de son fauteuil et la parcourut d'un regard langoureux. Lauren lissa ses cheveux qui étaient retenus en un chignon souple sur sa nuque avant de pénétrer dans son bureau.Je ne joue pas à vos jeux. Ça me plaît.

sinon mon œil gauche tressautait. Ce flirt qu'il venait d'engager avec elle était un doux tourment qu'elle ne pouvait pas supporter. comme s'il comprenait exactement ce qu'elle était en train d'essayer de faire. Nick continua tout haut : . Il n'était plus loin du bas de la page. dit-il. DANNER/EMPLOYÉE N° 98753.. Ils vous vont bien.Asseyez-vous..Impossible de le nier : ils sont bleus. . DOSSIER PRIVÉ ET CONFIDENTIEL était marqué au tampon sur la couverture. Ils sont magnifiques. En dessous. mais le souffle lui manqua quand il ramassa le dossier et qu'il l'ouvrit. Soulagée de constater qu'il était prêt à travailler. il y avait. là où Lauren avait indiqué les postes par ordre de préférence. écrit à la machine sur une étiquette : LAUREN E. Ses pommettes rosirent légèrement au souvenir des tests qu'elle avait fait exprès de rater et du poste de président qu'elle avait choisi en tête de liste dans les emplois éventuels qu'elle se sentait capable de tenir. Lauren prit place comme il le lui demandait.. Elle sut à quel moment . Lauren Elisabeth Danner. Ignorant cette remarque.J'étais studieuse. Un homme pourrait se perdre dans cet océan.. j'étais obligée de porter des lunettes. pas mignonne.Petite fille avec des lunettes sur le bout du nez. J'allais consulter un dossier que je viens de faire monter. . Ses yeux gris lui jetèrent un regard intime et taquin par-dessus le dossier... je parie que vous étiez très mignonne. Il retourna le formulaire de demande d'emploi et se mit à le passer au crible. . répéta-t-il gaiement. L'une d'elles louchait et l'autre avait des verrues. Je trouve qu'Elisabeth est un joli nom et Lauren aussi. répliqua-t-elle pour couper court.J'ai été prénommée comme ça en souvenir de deux tantes vieilles filles. Un tic fit remuer les lèvres de Nick.Couleur des yeux : bleu. .. .Quand j'étais petite. Il a fallu qu'on l'opère. .Hum. Nick allait lire ça et.

il désigna le rapport qu'elle . j'ai eu le plaisir douteux de consulter votre dossier. refusant d'admettre à quel point cela l'avait fait souffrir.Maintenant. vous avez volontairement raté les tests ? . répliqua-t-elle du tac au tac. le coupa-t-elle froidement. Puis il éclata d'un rire joyeux.Nick vient juste d'appeler. Une paix dérangée par les fréquents regards pensifs que lui jetait Mary Callahan.Et si je comprends bien. Lequel de nos jobs vous attire-t-il le plus? . . ça vous a blessée...Moi aussi.Lauren. . pourrions-nous nous mettre au travail? Quelques minutes plus tard.Ni l'un ni l'autre. D'un geste de lassitude. . commença-t-il d'une voix douce et cajoleuse qui la mit immédiatement sur ses gardes. Il veut que vous montiez tout de suite et il aura besoin de vous pour le reste de la journée... . Nick fut appelé à une réunion qui dura tout le reste de l'après-midi et Lauren eut donc la paix.exact il repérait ce qu'elle avait écrit. répondit-elle sèchement. J'ai répondu ça parce que j'avais décidé en me rendant à mon entretien chez Sinco qu'en définitive. . précisa-t-elle devant son air stupéfait.C'est pas vrai ! s'écria-t-il. . vint la voir à son bureau. l'air sidéré. l'air débordé. . A 10 heures le lendemain matin. Votre dossier de presse. Je sais tout sur Bebe Leonardos et sur cette actrice de cinéma française. Jim. J'ai même vu la photo de vous en compagnie d'Ericka Moran qui a été prise le lendemain du jour où vous m'avez renvoyée parce qu'un de vos « associés » arrivait. . conclut-il. je n'avais pas envie d'y travailler.Exactement.Et.Il va falloir que Weatherby et moi-même fassions très attention. Il lui fallut faire un effort pour maîtriser ses émotions avant d'ajouter d'une voix calme : .Ça m'a dégoûtée.

Je finirai ça moi-même. Mary s'était absentée. la taquina-t-il. Que puis-je faire pour vous ? Nick interrompit son travail. Les manches de sa chemise étaient retroussées sur ses avant-bras hâlés et son col était déboutonné.De quoi s'agit-il ? . La jeune femme crispa les poings.. . ma douce.. .. . assis à son bureau. Lauren faillit s'étouffer.C'est moi qui ai besoin de vous. Figurez-vous que je meurs de faim. . Cela ne faisait pas si longtemps qu'elle avait appuyé ses lèvres dans le creux où battait son pouls. mais en bas j'ai un travail important à accomplir et Jim a besoin de moi.Je ne suis peut-être pour vous qu'un objet sexuel frivole et amusant. alors que ce petit mot tendre la faisait vibrer d'une .Et c'est ça que vous trouvez urgent ? . .J'aimerais que vous alliez m'acheter quelque chose à la cafétéria pour mon petit déjeuner. Avec un coup au cœur de nostalgie.était en train de préparer pour lui. . Mais cela ne l'empêcha pas de s'adresser à lui d'une voix calme et détachée : . .Exact. ..Allez-y. Je suis ici depuis. .J'ai cru comprendre que vous aviez une tâche urgente à me confier. imperturbable.Je vous défends de m'appeler ma douce ! éclata-telle. Le regard de Lauren s'attarda sur la colonne d'airain que formait son cou. sa tête brune penchée sur les notes qu'il griffonnait. elle constata une nouvelle fois qu'aucun des hommes qu'elle avait rencontrés ne pouvait rivaliser avec lui sur le plan de la beauté et de la séduction. complètement absorbé dans son travail.Ça mérite réflexion. mais Nick était bien là. fit-il. Elle prit bien soin d'ignorer ce sous-entendu scabreux.Jim m'a dit que vous aviez besoin de moi tout de suite. Elle contempla la coupe seyante de ses cheveux bruns et les angles taillés au burin de ses joues et de sa mâchoire.Très urgent. en bras de chemise et cravate dénouée.

lui répondit-elle fermement. Deux nouveautés frappèrent Lauren à la fois : au lieu de l'habituel « Mlle Danner ». Que voulez-vous pour votre petit déjeuner ? . Vous êtes douce. prononcé d'un ton glacial.joie inattendue. . . Au moment où elle tendait la main pour prendre la tasse. Mary venait de l'appeler Lauren. lui dit celle-ci. il posa la sienne sur son bras. Lauren retourna dans son bureau temporaire où elle découvrit que Mary était de retour. il la rejoignit au bar. auquel il s'appuya pour la contempler pendant qu'elle ajoutait sucre et crème dans son café. bon.Vous n'aurez pas besoin d'argent. . .. Et le sourire de Mary Callahan était absolument sidérant ! On aurait dit qu'il irradiait de l'intérieur. Lauren fut bien obligée de se rappeler qu'il était toujours son patron. . . Nous avons un compte à la cafétéria. susurra-t-il d'une voix câline..Les odieuses secrétaires..Je le ferai moi-même. . Il illuminait son visage et éclairait ses traits austères de telle sorte qu'elle devenait absolument adorable.Et pourquoi pas.Je vous promets que vous changerez d'avis si vous recommencez à m'appeler ainsi. Comme il se rembrunissait devant le ton qu'elle employait. Comme pour se racheter de l'avoir chargée d'une tâche si peu noble. se moqua-t-il. mais merci quand même. la vieille secrétaire avait prononcé son nom avec le sourire. Lauren se rendit compte qu'elle lui retournait ce sourire contagieux. A son grand embarras.Ces odieuses secrétaires.. capitula-t-elle de mauvaise grâce.Que prend-il pour le petit déjeuner ? soupirat-elle. . Les yeux de Mary pétillèrent. Lauren... Et surtout. Nick la remercia pour les petits pains au lait qu'elle lui apportait et tint avec galanterie à lui verser une tasse de café.Bon.

un sourire entendu au coin des lèvres. Prenant sa tasse. Quand la réunion fut terminée. A peine avait-elle reposé sa tasse de café que l'interphone sonna sur son bureau.Vous n'avez absolument pas besoin de me présenter des excuses. Puis il se replongea dans la lettre. . la jeune femme fit mine de s'en aller.Le temps qu'il me faudra pour gagner à ce petit jeu auquel nous jouons. l'invita-t-il. sous leurs paupières lourdes. . Croyez-moi. Nick voulait qu'elle vienne prendre une lettre en sténo à l'intention de Rossi. qui avait pris la moitié de ce compliment en sténo sans s'en apercevoir.. . Au milieu de ladite réunion. Mais à partir de lundi. ça n'était nullement dans mes intentions. la bataille de volontés qui s'ensuivit amena rapidement Lauren au bord de l'épuisement. j'aurai également besoin de vous ici le matin. Tout son corps se mit à lui brûler et elle décroisa les jambes. Lauren. Nick lui demanda d'assister à une réunion dans son bureau et de prendre des notes. l'inventeur italien. elle leva la tête et s'aperçut que les yeux gris. lui lança un regard assassin qu'il accueillit d'un petit rire. mais Nick l'arrêta dans son élan. il lui dit d'une voix douce sans faire de pause : . .Au fait. je suis désolé de vous avoir blessée.Et apportez votre café. ils bril lent comme s'ils étaient tissés de fils d'or. . La couleur étant ainsi annoncée.Pendant combien de temps ? s'enquit-elle. lui dit-il sur le ton de la conversation. .Quand le soleil tombe sur vos cheveux. elle se dirigea vers le bureau de Mary. Au milieu de la lettre qu'il lui dictait à la vitesse d'une mitraillette. étaient posés sur ses jambes croisées. Nick la regarda droit dans les yeux. je pars pour l'Italie ce soir. épouvantée. Contentons-nous de faire comme si tout cela n'était jamais arrivé. lui dit-elle. retirant son bras avec circonspection.Lauren. A 13 heures.

une fois traités.Elle est prête.Très bien.J'aurais dû vous l'expliquer avant.Si seulement je le savais ! admit Nick d'un ton un peu désabusé. Il faut que je puisse rapporter un spécimen que nous pourrons tester dans un . au feu. . passant de façon inattendue d'un comportement de séducteur à celui de patron attentionné. . Je sais que Rossi est un chimiste qui vit à Casano et qu'il a inventé quelque chose qui vous intéresse. à partir du travail que je vous ai donné à effectuer ? Elle secoua la tête. sans changer leur apparence ni leur texture originales. il ajouta : . répondit-elle. Cela aurait rendu votre travail beaucoup plus agréable. Et j'ai également compris que vous envisagiez de financer ses recherches ainsi que de fabriquer son produit à l'avenir.Avez-vous fini de taper la traduction en italien de cette liste de questions que je vous ai dictée pour que Rossi comprenne bien ce que j'ai en vue ? Tout en lui lançant un sourire d'excuse plein de charme. Rossi a inventé une substance chimique qui possède apparemment la propriété de rendre certains produits synthétiques imperméables à l'eau. C'est trop technique.Mais ce produit chimique parvient-il vraiment à agir sans rien changer ni endommager ? . Il la considérait comme une collaboratrice et pour la première fois depuis qu'ils avaient passé le week-end ensemble. Lauren se détendit en sa compagnie. Il sera pratiquement impossible d'user ou d'abîmer les tapis ou les vêtements fabriqués dans ces matériaux. Jusqu'à maintenant. dit-il.Non.Je suis navré de vous presser. Et êtes-vous parvenue à vous faire une idée de ce qu'est le projet Rossi. . Lauren s'en voulait à mort de défaillir stupidement chaque fois qu'il l'appelait ma douce. Mais j'ai bien l'intention de le découvrir au cours de ma visite. mais il faut que je l'emporte à Casano. .. ma douce. aux intempéries et à la crasse. pas vraiment. je n'ai vu que des démonstrations. .

Par exemple. n'est absolument pas protégé. . qu'on ne lui vole son invention. Il vit dans une fermette près de Casano. . Il aimait la regarder. et nous présenterons la découverte de Rossi au monde entier. une étincelle propageait sur-le-champ une traînée de désir dans son corps entier. mais Rossi est un paranoïaque en matière de secret. mais que se passe-t-il si du lait est renversé dessus ? Ou du soda ? . elle se dégagea de son étreinte et pivota sur elle-même pour regagner le bureau de Mary. vous avez vu des démonstrations. Et. il craint probablement qu'on n'en fasse l'analyse en laboratoire et qu'on n'en découvre la formule chimique. Sans qu'elle s'y attende. qui est situé dans un appentis à presque un kilomètre de là.Les démonstrations ne signifient pas grand-chose tant que des tests complets n'ont pas été effectués.Il est complètement excentrique. . il passa un bras autour de ses épaules et lui souleva le menton de sa main libre.Vous n'avez pas tort. . Il a des chiens de garde.Au moins. répondit tout net Lauren. . D'un brusque mouvement en arrière. une tendresse qui lui donnait l'impression d'être vulnérable.laboratoire officiel. . en même temps . Il dit que c'est lui qui me teste ! Lauren fronça le nez. par conséquent. soupira Nick. mais son laboratoire. dit-il avec un sourire.Dans ce cas. celui-ci sentit une émotion inconnue naître au tréfonds de lui-même.Je vous rapporterai un cadeau d'Italie.Il m'a l'air un peu fou. son sourire le réchauffait et chaque fois qu'il la touchait. Elle possédait une grâce. Qu'est-ce qui vous ferait plaisir ? . une alliance entre Global Industries et deux autres entreprises prêtes à coopérer. un petit village de pêche italien. .Et si ce produit est exactement ce qu'il prétend ? . poursuivie par le rire guttural de Nick.Les boucles d'oreilles de ma mère. son produit chimique rend peut-être un matériau imperméable à l'eau. Tout en la regardant s'éloigner.S'il vous donne un échantillon. je mettrai sur pied un consortium.

Son sourire s'évanouit. attitude qu'il n'avait jamais adoptée envers aucune femme. Deux minutes après qu'elle se fut assise. derrière son bureau. S'il désirait Lauren. voire même son idéalisme.. Nick se pencha vers le micro et déclara d'une voix . . Il la pressait effectivement.. Cette réunion par téléphone était déjà commencée quand Lauren pénétra dans le saint des saints.Quoi ? s'inquiétèrent en chœur trois voix d'hommes. de toute sa vie. l'acculait dans les coins. Il vous demande seulement de noter tous les chiffres qui seront discutés. Il éprouvait davantage pour elle que du désir . Nick se leva et lui fit signe de s'asseoir à sa propre place. Il l'aimait bien et il avait envie d'elle. Et pourtant. c'était parce qu'elle représentait une superbe énigme.Arrêtez ! explosa-t-elle. il ne pouvait pas s'arrêter. Il admirait son courage et son entêtement. Lauren était une agnelle innocente. A 16 h 45 de l'après-midi. appuya les mains sur le bureau de part et d'autre de son corps et lui effleura les cheveux des lèvres. Lorsque Mary l'informa que tout était prêt.Il a branché les haut-parleurs du téléphone. lui expliqua Mary. du Texas et de l'Oklahoma. il l'aimait vraiment bien. il se pencha vers elle dans son dos.qu'une sophistication naturelle et sans apprêt. . Rien de plus. mais cela ne l'empêchait pas d'avoir le courage de le défier ouvertement et la force de résister à la pression qu'il lui imposait. Lauren perdit son sang-froid. Comparée aux autres femmes. Cette émotion inconnue qui n'avait pas de nom le troubla de nouveau et il la rejeta de son esprit. . pour pouvoir écrire confortablement. eut lieu une conférence téléphonique que Nick avait programmée avec ses collaborateurs de Californie. Nick lui demanda de lui envoyer Lauren pour qu'elle puisse prendre des notes. Il la traquait. et il se dégoûtait lui-même d'utiliser de tels procédés.

La prenant par le bras. je le reconnais.Qu'en pensez-vous. le supplia-t-elle. . .J'espère que vous êtes content de vous ! chuchota furieusement Lauren. Nick pressa un bouton devant lui. . et Lauren se sentit malgré elle irrésistiblement captive de son charme magnétique. . il captura ses lèvres en un baiser qui la força à incliner la tête contre le dossier de la chaise. et Lauren vit la porte menant au bureau de Mary se refermer électroniquement. Et comme elle tournait la tête en arrière pour lui envoyer une remarque cinglante.. il la souleva de sa chaise pour la faire pivoter vers lui. Elle aperçut la lueur de triomphe qui luisait dans .Je pense que ça s'améliore à chaque fois.Il suffisait qu'elle le demande. Sa bouche se rapprocha de la sienne.Ma secrétaire trouve que vous parlez trop vite. ne me faites pas ça ! Les mains de Nick resserrèrent leur étreinte autour de ses bras. J'ai envie de vous. elle était trop bouleversée pour faire autre chose que le regarder fixement. Nick ? demanda une voix dans le haut-parleur.Je vous en prie. Elle aimerait bien que vous fassiez une pause pour pouvoir vous rattraper.traînante : . fit Nick à son oreille. répliqua l'un des hommes d'un ton offensé. Vous avez gagné. . Le corps de Nick la bloquait. Lauren referma son carnet d'un coup sec et essaya de reculer sa chaise. Avec l'intention pure et simple de le laisser prendre tout seul ses notes. tripla le rythme de ses battements cardiaques et lui fit perdre le fil de ses pensées. Lorsqu'il arracha sa bouche à la sienne. Lorsque la conversation arriva enfin à son terme.. dit-il après un toussotement pour s'éclaircir la voix.Pourquoi n'arrivez-vous pas simplement à admettre que vous avez envie de moi et à jouir des conséquences de cette évidence ? . . .Non.Très bien. mais je vais bientôt l'être. dit-elle misérablement.

Je.J'essaie de vous expliquer que j'ai envie de vous. vaincue.ses yeux et redressa le menton. . . mais que je ne vous laisserai pas me faire à nouveau souffrir. j'avais moi aussi très envie d'une guenon que j'avais vue dans un magasin d'animaux. . Mon père m'a fait plaisir en se remariant. vous êtes allé à Harbor Springs avec l'une de vos maîtresses. et d'un demi-frère qui me chipait mon argent de poche. je l'ai eue. .Quand j'avais huit ans.Je ne vois absolument pas en quoi cela a quelque chose à voir avec nous ! . et j'ai hérité d'une demi-sœur qui me volait mes vêtements et mes petits amis. mais vous le ferez. Lauren préféra ignorer sa plaisanterie. puis les rabaissa.Mais si ! répliqua-t-elle. . luttant farouchement pour retenir ses larmes.. Nick enfonça les mains dans ses poches. commença Lauren sur un ton proche du rire .Et malheureusement. Vous ne le ferez pas volontairement. j'avais envie de frères et de sœurs. Le triomphe s'estompa. Vous avez déjà commencé.Et à l'âge de treize ans. . .Mais ça a tout à voir ! Elle leva les mains en signe de supplication.Non.Je ne vous ferai pas souffrir ! .J'imagine qu'elle vous a mordue parce que vous l'aviez appelée Daisy.. Nick paraissait partagé entre le rire et la colère. . . Savez-vous ce que je faisais pendant que vous vous trouviez là-bas ? Sur le qui-vive. Quand j'ai regagné le Missouri.Et? interrogea-t-il avec un soupir d'énervement en la lâchant. Daisy m'a mordue et il a fallu qu'on me fasse douze points de suture à la jambe. Que faisiez-vous ? .

.Naturellement. sauter dans un lit et prendre un immense plaisir à faire des galipettes. Il se contenta de l'observer de ses yeux gris pleins de mystère. Elle avait résisté à la tentation et s'en était tenue à ses principes.Si nous avions une aventure. j'étais assise près du téléphone à attendre que vous m'appeliez. Mais il ne fit ni l'un ni l'autre. mais moi si. elle aurait éclaté en sanglots. . Nick hocha la tête. Plus tard. . je suis sûre que vous voudriez que nous restions amis quand ce serait terminé. ajouta-t-elle d'une voix tremblante. . pourquoi ne pouvons-nous pas être amis maintenant? J'aimerais. Je ne peux pas séparer mes émotions de mon corps. et cela lui permit de se sentir plus forte. Et si j'en avais la certitude. vous ne vous impliqueriez pas sentimentalement. Elle parvint même à lui adresser un sourire empreint de tristesse. je souffrirais et je serais furieuse. J'attendrais de votre part des signes de tendresse. et j'en aurais à votre égard. Elle croisa les bras sur le volant et fondit en larmes. . Si Nick s'était moqué d'elle ou s'il avait tenté de la convaincre.Eh bien. en train de vous tricoter un pull gris assorti à vos yeux ! Elle posa sur lui un regard qui le suppliait de comprendre. Elle s'était montrée honnête et directe. Lauren regagna sa voiture en se félicitant de la maturité dont elle avait fait preuve dans cette situation.. et avait l'impression d'être sortie plus forte et meilleure de cet affrontement. puisque notre « aventure » est déjà terminée.. j'aimerais beaucoup vous considérer comme un ami.Si nous avions une liaison. Je serais jalouse si je pensais que vous étiez en compagnie d'une autre femme. mais il ne répondit rien. puis tout oublier. Elle s'était conduite comme il le fallait.hystérique.

elle ajouta : . il est d'usage que les secrétaires apportent un cadeau à leur patron.Thé et petits gâteaux. Mais son cœur se brisait à cette idée. se délivrer de ses frustrations et de ses déceptions au clavier comme elle le faisait auparavant lui manquait beaucoup. L'hôpital réclamait la moitié du montant des frais d'hospitalisation en un seul paiement. . Lorsqu'elle était à la maison. une seule solution lui vint à l'esprit : vendre le magnifique piano à queue de sa mère.. elle y pensait avec une immense nostalgie. Dans notre entreprise. Le vendredi en fin d'après-midi. Ne pas pouvoir jouer. soit elle pensait à Nick. . s'il retombait gravement malade. Ça nous fournit une excuse formidable pour quitter le bureau un quart d'heure plus tôt que d'habitude.Dans ce cas. son père était loin d'avoir véritablement recouvré la santé. soit elle s'inquiétait au sujet de la situation financière de son père. lui apprit-elle. j'en apporterai. elle ne pouvait pas courir le risque. Après réflexion. Susan Brooke la retint au service des relations publiques. qu'on refuse son hospitalisation sous prétexte que sa dernière facture était restée impayée. la rassura .L'anniversaire de Jim a lieu la semaine pro chaine. et maintenant qu'elle vivait dans le Michigan. C'était aussi son piano. L'air ravi..14 Lauren passa le reste de la semaine à travailler comme une enragée. D'un autre côté.

. Philip lui demanda si son travail chez Sinco lui plaisait. . il se fit plus précis : . Quand Lauren lui répondit par l'affirmative. Plus que jamais. répondit-elle après une légère hésitation. Je dois absolument savoir qui divulgue les renseignements chez Sinco avant cette date.Non. Lauren envisagea de parler de Curtis à Philip. Philip poussa un soupir de déception. Avant de s'en prendre à la réputation et au travail de quelqu'un. il fallait qu'elle soit absolument certaine de ce qu'elle avançait. intervint Carter. sa banque lui prêterait cette somme.Quelqu'un a-t-il prononcé l'un des noms que je vous ai donnés ? . Puis il lui vint à l'esprit que Philip trouverait peut-être que le projet Rossi était une « information intéressante » et qu'il lui verserait peut-être les dix mille dollars qu'il lui avait promis. déchirée entre sa loyauté envers Philip et son désir d'agir honnêtement. mais le simple fait d'imaginer qu'elle puisse lui en parler lui donna à l'avance des remords de conscience.En fait. Lauren se sentit tout de suite coupable de ne lui avoir parlé ni de Curtis ni de Rossi. Elle jeta un coup d'œil à sa montre. Philip Whitworth l'avait appelée pour l'inviter à dîner ce soir-là et elle ne voulait surtout pas être en retard. elle se sentit égarée. .immédiatement Lauren. // me faut ces contrats. Avec un peu de chance. prit congé de Susan et regagna rapidement son bureau. Un peu plus tard au cours du dîner. il est trop tôt pour que j'aie appris quel . Lauren n'arrivait pas à comprendre comment elle s'était laissé entraîner dans cet embrouillamini. Mais cette éventualité la mit mal à l'aise. Sur le chemin de son appartement où elle passait se changer.Les contrats les plus importants pour lesquels nous ayons jamais soumissionné seront attribués d'ici quelques semaines.Je t'avais bien dit que Lauren ne pourrait pas nous aider. Elle décida donc d'écrire à l'hôpital pour leur offrir trois mille dollars.

Je ne me suis pas arrangée du tout. .Elle a dit que Sinclair était parti pour l'Italie hier... On m'a mise là parce qu'il se trouve que j'avais mentionné sur mon formulaire de demande d'emploi que je connaissais l'italien et qu'il avait besoin d'une secrétaire qui le parle couramment pour travailler sur un projet spécial.que chose.Lauren. vous m'aviez promis. . que j'aurais uniquement à vous dire si j'avais entendu mentionner le nom de l'un de ces six hommes. avança-t-elle pour sa propre défense. l'interrompit la jeune femme.Quel genre de projet? demandèrent en chœur Philip et Carter. Je veux savoir exactement où il s'est rendu en Italie. ma chère. . il se tourna vers son fils. qui la dévisageait intensément par-dessus son verre. Mais quand Lauren les eut quittés une heure plus tard. je ne vaudrai pas mieux que la personne qui vous espionne.C'est vrai. Sinclair .s'envole hier pour l'Italie. Une décharge électrique se propagea dans toute la pièce à la mention du nom de Nick Sinclair. lorsque j'ai accepté de travailler pour Sinco.Philip. ne me demandez rien d'autre. Lauren jeta un coup d'œil embarrassé à Carol.Penses-tu vraiment que c'est si important ? Philip gardait les yeux fixés sur son verre de brandy. . . On m'a affectée à un projet spécial au quatre-vingtième étage. vous êtes formidable ! Comment vous êtes-vous arrangée pour être affectée auprès de lui ? Bon sang ! vous avez accès à toutes sortes d'informations confidentielles. Si je vous communique des informations. Puis elle s'adressa aux deux hommes : . . . reconnut-il immédiatement.M. si bien que ça m'a empêchée de travailler à plein temps pour Sinco jusqu'à ce que Nick . tandis que les trois Whitworth se raidissaient à vue d'œil. vous avez raison. Je vous en prie. Appelle ton ami pilote pour voir s'il lui est possible d'avoir des renseignements sur son programme de vol. Le regard de Carter se mit à briller d'excitation.

. fit-elle sincèrement. vous m'invitez à entrer ? . . Elle décida d'aller acheter un cadeau pour l'anniversaire de Jim. je veux que tu envoies là-bas une équipe d'enquêteurs pour le suivre à la trace. Nick était d'une beauté à couper le souffle. se posa sur ses lèvres. Je devrais? Le regard de Nick l'enveloppa tout entière.En général. Malgré le soleil qui inondait cet après-midi de dimanche d'automne. . qui était en train de passer un pull jaune bouton-d'or et un pantalon. avant d'ajouter : . sans pouvoir cacher sa joie.Lauren le pense manifestement. Sinon. jeta un coup d'œil au petit thermomètre accroché à l'extérieur de la fenêtre de sa chambre. on prétend qu'on se trouvait dans le voisinage et qu'on a décidé de passer à tout hasard.Je me demande vraiment pourquoi ça ne m'est pas venu à l'esprit ! plaisanta-t-il. je ne le ferais pas.Si seulement je le savais ! . . Elle alla ouvrir et resta bouche bée devant l'homme dont la haute silhouette semblait remplir toute l'embrasure de la porte. Il réfléchit un instant. .Bonjour. Alors. avec sa veste de chevreau couleur feuille-morte négligemment jetée sur une épaule.A votre place. elle nous aurait donné des détails sans le moindre scrupule. Elle était en train de se demander ce qu'elle pourrait bien lui offrir quand le carillon de la porte d'entrée interrompit le fil de ses pensées. qu'est-ce qui vous amène ? Il fronça les sourcils. dit-elle. Lauren. elle se sentait triste et seule dans son appartement luxueusement meublé. Cela l'occuperait. J'ai le pressentiment qu'il est en train de travailler sur un coup très important.Si nous parvenons à savoir où il est. Lauren fit un effort pour s'exprimer d'une voix posée et pour ne manifester qu'une vague curiosité. puis sur ses yeux. Dans sa chemise crème au col ouvert. .Je n'en sais rien.

Un sourire enfantin éclaira le visage de Nick. je suivrai votre avis. Une main appuyée au-dessus du chambranle de la porte. Et merci d'être passé me dire bonjour.Je vous promets de ne pas porter vos vêtements et de ne chiper ni votre argent de poche ni vos petits amis. dit-elle. Lauren décida néanmoins de s'en tenir à sa décision d'éviter tout contact personnel avec lui. elle rebroussa chemin à toute allure. elle perdit la bataille qu'elle se livrait à elle-même. . commençant à refermer la porte.Souhaitez-vous vraiment que je parte ? . je me trouvais dans le coin et je me suis dit que j'allais passer vous dire un petit bonjour à tout hasard.Dans ce cas. .. Au revoir. D'une légère inclinaison de la tête. Pivotant sur ses talons. un sourire entendu et satisfait aux coins des lèvres. ses yeux turquoise plongés dans ceux de Nick. C'est ce qui est le mieux pour moi qui compte et..Et je vous jure que je ne vous mordrai pas si vous me promettez de ne plus jamais m'appeler Nicky. . Mais à mi-chemin dans le living-room. il attendait dans une pose décontractée. baissant les yeux sur ses joues empourprées. . . il accepta cette décision. tandis que la jeune femme se forçait à refermer tout à fait la porte. Nick. elle essaya de refermer la porte. les raisons de sa présence chez elle étaient on ne peut plus personnelles. puis à s'en éloigner d'une démarche exagérément lente. tout en se rappelant en même temps qu'il serait dément de le laisser approcher d'elle. De nouveau hésitante.Vous. fit-il.Que voulez-vous ? soupira-t-elle.Bouleversée par la sensualité manifeste de ce regard. Et à en juger par ce regard. mais il avança la main pour l'en empêcher. .Je vous ai dit mercredi que mes souhaits n'avaient rien à voir dans l'affaire. Lauren ne put s'empêcher de lui rendre son sourire avant qu'il termine : . Lauren. ouvrit la porte et se heurta à l'obstacle formé par le torse de Nick.Salut. .

. et en échange j'en dispose gratuitement. En se redressant. . J'adorerais vous mordre ! .Ça m'est égal. planté sur le seuil de la porte. . car il eut un petit rire.Tant mieux ! Manqué à quel point ? .Embrassez-moi d'abord. . .C'est hors de question.Vraiment ? Pourquoi ? . Lauren se retourna brusquement vers la table pour y poser des tasses et des soucoupes. mais pas assez vite. la conscience aiguë du fait qu'il l'observait. . Je surveille l'appartement.En effet. Comme elle l'entendait se rapprocher d'elle. .Votre ego aurait-il besoin d'être un peu gonflé aujourd'hui ? le contra-t-elle. l'invita-t-il langoureusement. Préférez-vous un café ou un Coca ? ..Non.Bon. La chose faite. ne la quitta pas.A votre avis? tenta-t-elle d'esquiver.. Lauren recula prudemment d'un pas. les bras croisés.Le salaire que je vous verse est-il suffisant pour que vous puissiez vous offrir cet appartement? lui demanda-t-il sans paraître étonné. je vais faire du café. Il lui fallait se retourner et l'affronter.Vous ai-je manqué ? lui demanda-t-il. Nick était appuyé à la porte d'entrée refermée.Elle s'écarta pour le laisser entrer. dit-il.Approchez-vous pour que je vous montre-à quel point je le suis.Pervers ! répliqua-t-elle d'un ton taquin.Après mûre réflexion. Elle était si excitée que les battements désordonnés de son cœur l'empêchaient presque de savoir ce qu'elle disait. mais elle n'avait pas le choix. . Pendant qu'elle préparait le café. je reprends ce que j'ai dit en dernier. puis lui prit sa veste des mains pour la suspendre dans un placard. elle sentit qu'il se tenait juste derrière elle. elle se retourna. Lauren lui lança un coup d'oeil par-dessus l'épaule avant de pénétrer dans la cuisine. . . Il y a des problèmes de vol dans le quartier. . .

. Sa bouche était en train d'opérer une descente d'une lenteur savamment mesurée. l'instant où ses lèvres recouvriraient les siennes. s'attardant langoureusement sur son oreille dont il traça de la langue chaque courbe et chaque creux. Si je comprends bien. Elle a des yeux angéliques. Les mains de Nick remontèrent en glissant le long de ses bras.. Lauren ne pouvait absolument rien faire qu'attendre. . Elle me fait l'effet d'une épine dans mon flanc.Et. le vocabulaire d'un prof d'anglais et une langue comme un scalpel. Lauren. un corps qui m'enivre.Quel dommage ! dit Lauren sans parvenir à dissimuler la joie qui éclairait sa voix. . je l'aime beaucoup. puis s'incurvèrent autour de ses épaules. Quand elle s'en fut approchée à quelques millimètres.. impuissante. . si bien que leurs corps se joignirent. Mais il choisit à la place de les éviter et de se mettre à explorer la peau crémeuse de son cou et de ses épaules. palpitante.Non. . Coincée entre la table et le corps de Nick.. La bouche de Nick laissa une traînée de baisers brûlants jusqu'à sa tempe. leur étreinte s'accentuant au fur et à mesure qu'il l'attirait vers lui. ajouta-t-il alors qu'elle ne se trouvait plus qu'à quelques centimètres de son torse. Sa bouche chaude fouilla cette zone sensible avant de remonter paresseusement le long de son cou en direction de son oreille. .N'est-ce pas? se moqua-t-il. Comme il lui en mordillait le lobe. je dois vous remercier. et Lauren attendait. Il accueillit ce non d'un haussement d'épaules et commença à lui embrasser l'autre joue sans se presser.Parce que j'ai été frappé en plein cœur par une ravissante jeune personne de vingt-trois ans et que je n'arrive pas à m'en remettre. chuchota-t-elle d'une voix tremblante. il fit une pause pour lui susurrer de nouveau : . d'une ampoule à mon talon. puis se remit à descendre lentement vers ses lèvres.Embrassez-moi.. Une étincelle jaillit entre eux et ils se raidirent tous les deux sous ce choc délicieux. Lauren vacilla brusquement en avant.

Non? répéta-t-il d'une voix de velours. Vous étiez si douce et si chaude dans mes bras ! Dans un gémissement d'abandon. .Nick.Mon Dieu ! marmonna Nick.Où est la chambre ? chuchota-t-il d'une voix rocailleuse. Le souvenir de ces yeux insistants et de ce désir volcanique auquel elle avait succombé lui revint à l'esprit.Je vous en prie quoi ? murmura-t-il. . Les images se succédaient à la vitesse de l'éclair : la première fois où il lui avait fait l'amour à Harbor Springs.Non! Il releva la tête. Je rêve de la façon dont vous m'embrassiez à Harbor Springs. je vous en prie. Lauren s'inclina en arrière dans ses bras pour le regarder dans les yeux. Lauren fit remonter ses mains le long du torse musclé de Nick et se décida à l'embrasser. je vous en prie. Lorsqu'il finit par arracher sa bouche de celle de Lauren. De mettre un terme à ce supplice ? .Embrassez-moi. . soupira-t-elle faiblement. que je vous déshabille et que je vous fasse l'amour ? Ses lèvres toutes proches étaient terriblement tentantes et le désir de les sentir s'écraser sur les siennes faisait presque défaillir Lauren. Il baissa la tête pour lui effleurer doucement la bouche. où il l'avait tenue dans ses bras et caressée comme s'il ne pouvait se rassasier d'elle et où il l'avait ensuite renvoyée froidement chez elle. . dans un sens puis dans l'autre. tandis que ses lèvres redescendaient lentement du cou aux épaules de Lauren. A sa propre honte. Elle sentit le violent frémissement qui parcourait son corps et le souffle haletant qu'il exhala contre ses lèvres avant de refermer les bras sur elle et d'ouvrir la bouche sur la sienne dans un élan passionné. elle avait appris qu'il était parfaitement capable . il dardait sur elle ses prunelles grises avides. . Le visage assombri par la passion. la supplia-t-il d'une voix câline et rauque. Mais il ne le fit pas. tout contre sa gorge. celle-ci brûlait d'un désir sauvage.. Vous ne voulez pas que je vous embrasse.

. Il était hors de question. dit-elle nerveusement. je. je crois qu'il vaudrait mieux que nous apprenions d'abord à nous connaître.Mais nous nous connaissons déjà. Il la désirait davantage maintenant que lors de leur week-end à Harbor Springs.Qu'est-ce qui compte d'autre ? siffla-t-elle. Comment osez-vous me poser une pareille question ? Je suis incapable d'avoir une liaison dénuée de sentiments. Et je veux aller jusqu'au bout.. Qu'est-ce qui compte d'autre ? Lauren se libéra brutalement.. passionnée et bouleversante. . C'était évident. de le laisser se servir d'elle une nouvelle fois. Elle commençait aussi à croire qu'il éprouvait à son égard plus qu'un simple désir physique. soufflat-il. elle voulait en être certaine. Elle en avait la conviction. Comme vous. . . .Nous avons déjà entrepris quelque chose. dans le seul but d'en tirer du plaisir . . Un halètement lui échappa. dit-il avec un soupçon d'impatience dans la voix. ses mains vinrent la saisir par les hanches pour la serrer contre lui afin de la forcer à sentir sa virilité durcie qui se tendait vers . Lauren.Je veux dire que... Je ne vois vraiment pas ce que nous avons besoin de connaître de plus l'un sur l'autre. car les mains de Nick venaient d'épouser ses seins ronds et tendus et il traçait des pouces le tour de leurs tendres pointes qui se durcissaient. .. j'aimerais que nous nous connaissions mieux avant d'entreprendre quoi que ce soit. Intimement. lui rappela-t-il.Nick. D'un mouvement brusque. mais elle l'avait également cru à Harbor Springs.sans éprouver pour elle le moindre attachement sentimental.Je sens bien à quel point vous me désirez. Cette fois-ci. .de faire l'amour à une femme de façon tendre... . Et cela l'angoissait encore.elle.Non.Et vous pouvez constater à quel point je vous désire aussi. Qu'essayez-vous de me faire ? La mâchoire de Nick se crispa. pour sa fierté personnelle.

dit-il d'une voix glaciale. Je veux que vous m'aimiez. et je ne serai censée y voir aucun inconvénient. fit-elle d'un ton las. C'est ça ? Demain. Laissezmoi.Vous avez absolument raison ! C'est ce que je vais faire. Folle furieuse. si vous préférez que je sois plus direct. . moi pas ! s'énerva-t-elle. mais demain. Je ne suis pas prête à être votre joujou du dimanche après-midi. sans que ça vous fasse ni chaud ni froid. Je veux vous faire l'amour toute la journée. je pourrai me donner à un autre homme.. Il la désirait davantage. nous faisons l'amour .. Grandissez ! Lauren prit sa remarque comme une gifle.J'essaie de vous emmener dans cette chambre où nous pourrons nous libérer de cette envie douloureuse qui monte entre nous depuis des semaines.Le café est prêt. Vous êtes bien trop vieux et bien trop cynique à mon goût. Rien de plus. Et moi.Je ne veux rien de vous. A dater d'aujourd'hui. dit-il crûment. vous pourrez faire l'amour à une autre si l'envie vous en prend. dit-elle. . elle le gifla à son tour en pensée. C'est bien ça ? . Si ça vous ennuie. .Oui.Je suis prêt.Eh bien. Lauren possédait sa réponse : il ne tenait pas davantage à elle que quelques semaines plus tôt. demain. jusqu'à ce que nous soyons trop faibles pour remuer. Je veux connaître les règles du jeu ! Aujourd'hui. je vais vous donner un conseil. Ou.Avant de partir. Mais pas avec vous. . quoi ? explosa Lauren. .. pensa-t-elle. . Partez. de plus en plus furieuse. allez vous trouver une fille qui voudra faire des galipettes avec vous sans que cela tire à conséquence. Nick la scruta de ses yeux pleins d'insolence. partez d'ici ! . je veux. Et maintenant.Mais que voulez-vous de moi ? demanda-t-il d'un ton glacial. je vais grandir et mettre en pratique ce que vous prêchez ! Je vais coucher avec tous les hommes qui m'attirent. ce sera tout juste si nous nous connaissons. . . lança-t-il.Et après.

elle prit sa décision : ce pull ferait un superbe cadeau d'anniversaire.. Lauren l'entendit claquer la porte dans son dos. et le pull lui plairait beaucoup. ou s'agissait-il d'un « cadeau » qu'il lui avait apporté d'Italie ? Elle monta à l'étage pour prendre son sac et enfiler un pull plus chaud. ui lança-t-il en sortant de la pièce. mais à la place de ceux-ci..Nick sortit une petite boîte en velours de sa poche . . elle ramassa et ouvrit la !boîte. l'écrin contenait deux perles lumineuses et si fragiles qu'on aurait dit deux grosses gouttes de pluie étincelantes suspendues dans l'air. 311e s'attendait à y trouver les anneaux d'or de sa mère. Ces bijoux provenaient-ils d'une de ses maîtresses qui les avait perdus dans son lit. Furieuse et dégoûtée. Sans tenir compte de l'angoisse aiguë qui la taraudait. Jim était pratiquement de la même taille que Nick. D'un geste brusque.t la jeta sur la table de la cuisine. Elle l'éradiquerait de ses pensées. Sa décision était prise : elle allait acheter un cadeau à Jim comme elle en avait l'intention et balayer une fois pour toutes de son esprit l'heure qui venait de se dérouler. elle ouvrit le tiroir du bas de la commode et resta en contemplation devant le magnifique pull gris qu'elle avait tricoté pour ce. De ies doigts tremblants. Nick Sinclair ne la pourchasserait plus. pour ce salaud ! Elle sortit le pull du tiroir. Lauren referma brutalement le couvercle. .Je vous devais une paire de boucles d'oreilles.

Je. Elle ne s'attendait pas du tout à ce que Nick lui parle sur ce ton.. elle s'était dit que.Montez tout de suite ! Je vous ai dit que j'avais besoin de vous ici toute la journée et je ne parlais pas dans le vide. . Cinq minutes plus tard. . La voix de Nick siffla comme un coup de fouet. répliqua-t-elle. De son propre chef. Nick ne voudrait plus qu'elle travaille pour lui le matin. alors que Jim et elle discutaient d'un rapport sur lequel elle était en train de travailler. Le visage de Jim reflétait la plus grande perplexité. . .Quel chic ! la félicita Jim à la vue de l'élégant tailleur en daim couleur lie-de-vin qu'elle avait choisi de porter ce jour-là. Jamais elle n'avait entendu personne s'exprimer de manière si coupante. . Lauren décida de ne rien montrer de ses angoisses au bureau. leur « jeu » étant terminé.Nick. bégaya-t-elle. .15 Le lendemain.. . Elle se trompait.Je me demande vraiment quelle mouche l'a piqué. Mais que faites-vous ici? N'êtes-vous pas censée travailler en haut ? La jeune femme lui tendit son courrier.C'est fini. je crois que je ferais mieux de monter. lui dit-il en lui passant le combiné. tout en se levant à la hâte. Et dépêchez-vous ! Il raccrocha au nez de Lauren qui resta à contempler le combiné comme s'il l'avait mordue. le téléphone sonna sur le bureau de son patron.

il continuait en effet d'écrire comme si elle n'était pas là. mais pour moi elles avaient un prix inestimable parce qu'il s'agissait d'une valeur sentimentale. Elle attendit deux minutes entières qu'il veuille bien remarquer sa présence. Lauren y déposa la petite boîte et retourna se mettre au travail dans le secrétariat. Après lui avoir hurlé de monter sur-le-champ.Parfaitement capable. Celles de ma mère étaient des anneaux d'or tout simples. je vous ai offert quelque chose qui possédait une valeur sentimentale à mes yeux. Ces boucles d'oreilles appartenaient à ma grand-mère. sans même lever les yeux. elle s'approcha de Lauren pour lui . Etes-vous seulement capable de le comprendre ? . répliqua-t-il d'un ton glacial.Dans ce cas. Elles ne valaient pas le centième de celles-ci. elle haussa les épaules en signe d'énervement et se dirigea droit sur lui. Mary l'y suivit une minute plus tard. Comme je ne pouvais pas vous les rendre. laissez-les là. le petit écrin de velours du bijoutier dans sa main tendue.Malheureusement. elle frappa et entra.. poursuivit-il. Avec un calme apparent qu'elle ne ressentait pas du tout.Je crois que je le sais. Ayant refermé la porte reliant le bureau de Nick au sien. Finalement.Ça ne change rien au fait que je ne peux pas les accepter.. Le sourire pensif qui naissait lentement sur les traits de Jim ne lui échappa pas. . lança-t-elle. mais elle n'eut pas le temps de l'analyser. pas des perles. . les vôtres sont perdues. . . dit-elle d'un ton calme d'où tout ressentiment avait disparu. Quelques minutes suffirent à Lauren pour se retrouver devant la porte du bureau de Nick. Elles signifiaient quelque chose pour moi et je veux les récupérer. L'estomac de Lauren se contracta.. Il tendit la main vers l'interphone afin d'appeler Mary.Ce ne sont pas les boucles d'oreilles de ma mère et je n'en veux pas. il lui désigna le coin de son bureau. D'un brusque signe de tête.

n'oubliez rien. Après cet incident. Elle avait l'impression qu'il se contentait d'attendre qu'elle commette une erreur pour avoir une raison légitime de la renvoyer. Lauren était paralysée à l'idée de lui déplaire d'une façon ou d'une autre.Retapez-le.. les mains moites et tremblant de tous ses membres. . elle se détendit un peu. Lauren apprit à connaître des aspects de la personnalité de Nick qu'elle n'avait que vaguement soupçonnés. cette erreur qu'elle redoutait tellement se produisit : elle omit un paragraphe entier d'un contrat compliqué que Nick lui avait dicté. Sans doute avait-il absolument besoin de l'avoir sous la main pour ce coup de téléphone de Rossi.. je vous serais très reconnaissante de me donner un coup de main. En sa qualité de secrétaire intérimaire. lui ordonna-t-il sèchement. il dictait ou travaillait à son bureau. et cette fois-ci. Et s'il vous reste du temps libre.transmettre gentiment les instructions que son patron venait de lui donner. Si Nick ne l'avait pas mise à la porte pour cette bêtise. Le mercredi. et elle pénétra dans son bureau. Lorsqu'il n'était pas au téléphone ou en réunion.Je suis Vicky Stewart. elle sut que le moment était arrivé. . . Il arrivait avant elle le matin et était encore là quand elle repartait le soir. il était clair qu'il ne cherchait pas un prétexte pour se débarrasser d'elle.Il attend un appel du signore Rossi dans les jours qui viennent. . Envolé. A l'instant où il la convoqua d'un ton cinglant par l'interphone. embrassée et poursuivie avec tant d'insistance. En attendant. quelle que soit la médiocrité du travail qu'elle accomplissait. vous pouvez apporter une partie du travail de Jim et le faire ici. Il veut que vous restiez à sa disposition pour servir d'interprète quand ce monsieur se décidera à téléphoner. Celui-ci avait cédé la place à un homme d'affaires énergique et dynamique qui la traitait avec une distance brusque et hautaine extrêmement intimidante. Durant les trois jours qui suivirent. l'homme taquin qui l'avait étreinte.

La main de Nick était familièrement posée sur les reins de la jolie fille et il souriait aux propos qu'elle lui tenait. Il y a déjà eu beaucoup de Vicky Stewart dans sa vie. Et jamais il ne lui avait semblé davantage hors de sa portée. ma chère. Quelques minutes plus tard. Je me contente de passer la tête dans son bureau. lui conseilla Mary Callahan qui se levait pour aller déjeuner. Une brune d'une beauté éclatante se tenait devant elle. Ne vous donnez pas la peine de m'annoncer. de l'aura de puissance et de magnétisme qui irradiait de lui à l'assurance pleine d'énergie de ses longues enjambées et à son expression lorsqu'il était plongé dans ses pensées. Elle détestait le rire sensuel de cette femme. Elles ne font jamais long feu. Elle adorait la classe avec laquelle il portait ses vêtements élégants et la façon qu'il avait de faire rouler son stylo dans la main d'un air absent lorsqu'il répondait au téléphone. la bouleversait. Lauren se retourna brusquement vers sa machine à écrire.Ne vous faites pas tant de souci. Tourmentée par une douloureuse sensation d'impuissance. ce même jour. En fait elle la haïssait tout entière et elle savait parfaitement pourquoi : Lauren était désespérément. Vicky et Nick ressortirent tranquillement du bureau ensemble et prirent la direction des ascenseurs. Tout. Sinclair. . Elle savait que Mary était non seulement au courant de ce qui s'était passé entre Nick et elle. Lauren leva la tête pour voir à qui appartenait la voix sensuelle qui venait de s'adresser à elle. je me suis dit que j'allais passer voir si Nicky. . . Elle l'adorait tout entier. enfin M. Ce conseil d'amie ne fît qu'augmenter la gêne de Lauren. était libre pour déjeuner.Il était midi. irrévocablement éprise de Nick Sinclair. Elle détestait la voix traînante de Vicky. totalement. elle reconnaissait qu'il était l'homme le plus attirant et le plus dynamique du monde.Comme j'étais en ville. chez lui. mais que les sentiments qu'elle nourrissait à l'égard de son patron ne lui avaient pas échappé. Elle détestait le regard possessif qu'elle posait sur Nick.

Il avait eu envie de cet instrument dès qu'il avait posé les yeux sur lui. blessée dans sa fierté. furieuse. Et elle se mettrait sur-lechamp en quête d'un autre emploi. Lauren fut prise d'une violente envie de dire à Nick Sinclair et à Philip Whitworth d'aller en enfer et de faire ses bagages pour retourner chez elle et retrouver ses parents et ses amis. dont elle avait suivi l'enseignement l'année précédente. En même temps que les ingrédients destinés au gâteau d'anniversaire de Jim.. ne cessa de se demander dans quel lit Vicky et lui avaient batifolé. elle allait acheter le journal. Ne sachant plus que faire. Avaient-ils choisi le sien ou celui de son amie ? Lauren rentra chez elle en proie à une migraine lancinante. Nick ne revint pas cet après-midi-là et la jeune femme. elle cessa d'arpenter la pièce.. Il existait d'autres grandes entreprises à Détroit ayant besoin de bonnes secrétaires et qui les payaient bien.Je me fiche de ce qu'il fait ! maugréa-t-elle. Ils avaient besoin de. Il fallait qu'elle quitte Sinco. Subitement. En dépit de la souffrance diffuse qu'elle éprouvait à . car une solution qui ne lui était pas encore venue à l'esprit venait de s'imposer à elle. et d'être obligée de le voir en compagnie d'autres femmes. de l'aimer comme elle l'aimait. Elle ne pouvait pas supporter d'être si près de lui. avant de partir déjeuner. D'un seul coup.Vraiment ? rétorqua Mary avec un sourire sceptique. . elle allait appeler Jim Van Slyke. Mais elle ne pouvait bien entendu pas le faire. La présence toute proche de Nick la faisait souffrir chaque jour davantage. elle se mit à marcher de long en large dans son élégant salon. La jalousie la dévorait et elle se haïssait d'aimer un pareil débauché. Mais avant cela. Et le fait qu'il la regarde comme si elle était une pièce du mobilier de bureau dont la présence l'offensait mais qu'il était obligé d'avoir sous la main par nécessité lui était insupportable.. et lui demander s'il voulait toujours acheter son piano à queue.

Lauren se sentit en paix pour la première fois depuis des semaines. Philip allait être obligé de mettre lui-même la main à la pâte. Elle trouverait aussi un petit appartement pas cher et déménagerait de cet endroit luxueux. elle s'empresserait de l'oublier. Pour son sale travail. Elle ne pouvait ni ne voulait trahir Nick.l'idée de le vendre. . elle s'appliquerait dans son travail chez Sinco et si elle entendait prononcer par hasard l'un des six noms que Philip lui avait donnés. En attendant.

au quartier général. Lauren remarqua que de l'autre côté du vestibule se trouvait une porte de bureau sur laquelle une plaque indiquait Global Industries Service de la sécurité. Lauren s'écarta un peu pour qu'il puisse passer et constata qu'il traversait le vestibule en direction du service de la sécurité. . Rudy. le service de la sécurité traitait surtout la paperasse provenant des usines. dans lesquelles étaient menées les recherches ou gérés les contrats passés avec le gouvernement. à Détroit. L'appareil s'arrêta au trentième étage et comme ses portes s'ouvraient. et de l'autre le pull gris emballé dans un papier-cadeau pimpant. dit l'homme en pardessus marron. C'est ici que je descends.16 Le lendemain matin. Elle se sentait détendue et le cœur léger et elle adressa un sourire de remerciement à un homme d'un certain âge en pardessus marron qui s'écarta pour lui laisser davantage de place dans l'ascenseur. portant précautionneusement d'une main la boîte qui contenait le gâteau d'anniversaire de Jim. un jeune homme ambitieux aux . La première tâche de ce service consistait à protéger les installations industrielles de Global et en particulier les usines disséminées dans tout le pays. Son assistant. Jack Collins avait tendance à s'ennuyer dans son poste de directeur.Excusez-moi. mais sa santé chancelante et l'âge qui venait l'avaient obligé à abandonner le terrain et à accepter ce travail administratif. Ici. Lauren traversa le hall de marbre.

Mais il s'agit d'une secrétaire qui a été affectée à un projet prioritaire et ultra-secret.joues rondes. DANNER / EMPLOYÉE N° 98753. En fait. . elle n'a pas dit qu'elle y avait travaillé à plein temps.Le problème. l'air désappointé. mais elle a aussi obtenu un diplôme. mais pas à ce propos. . les pieds sur le bureau. il leur a appris qu'elle avait travaillé pour lui à temps partiel pendant cinq ans alors qu'elle faisait ses études supérieures de musique. nous ne le faisons pas. chez Sinco.Si je comprends bien. et non à plein temps.Une secrétaire ? fit Rudy. lorsque Jack entra dans la pièce. comme le croyait Weatherby. Il se hâta de reprendre une position normale. L'ordinateur l'a automatiquement reclassée et a formulé une demande de contrôle de sécurité. . . Jack n'appréciait pas particulièrement Rudy. Jack en sortit un dossier étiqueté RAPPORT D'ENQUÊTE DE SÉCURITÉ / LAUREN E. était affalé sur une chaise. c'est que lorsque nos enquêteurs sont allés questionner son ancien employeur à son propos. elle a menti sur son formulaire de demande d'emploi ? Rudy commençait à manifester un certain intérêt. .Quoi de neuf ? s'enquit Rudy. Les enquêteurs ont approfondi leurs recherches sur place dans le Missouri. Je ne savais pas qu'on menait des enquêtes sur les secrétaires. mais une partie de son travail consistait à le mettre au courant avant de partir à la retraite. Non seulement elle a fait des études supérieures. . lui expliqua-t-il à contrecœur.Pour quelle raison aurait-elle caché le fait d'être allée à l'université ? .En général. . .Et quel est le problème ? . . Mais elle a menti en prétendant avoir arrêté ses études après le baccalauréat.Je viens d'obtenir le résultat d'une enquête que nous menons sur une secrétaire qui travaille dans ce bâtiment. Après avoir posé son attaché-case sur le bureau.Probablement rien.Oui.

S'ils décident de me garder pour des examens supplémentaires. J'aurais compris l'inverse.. il est d'usage que les secrétaires apportent un gâteau pour leur patron. .Non seulement je vous ai fait un gâteau. . Je ne fais procéder à cette vérification que par acquit de conscience. En général... annonça Jim à Lauren dès qu'il la vit ce matin-là.A propos de. choses.. . Mary m'a dit que Nick était comme un bâton de dynamite prêt à exploser à la première étincelle.Pourquoi ne me confiez-vous pas ce travail ? Ça vous permettrait de vous reposer. il montra une vraie joie de petit garçon. mais je ne pense pas que vous soyez ici depuis assez longtemps pour le savoir.Je voulais vous souhaiter un bon anniversaire. D'un seul coup.C'est l'un des points qui m'ennuient un peu. Mais ça me fait très plaisir ! . .Vous n'auriez pas dû.C'est mon anniversaire. A la vue du pull.Quelles sont les autres choses qui vous ennuient ? Jack jeta un coup d'œil au visage rondelet de Rudy et à ses yeux avides et il haussa les épaules. Comme cela paraissait l'attrister. je me mettrai au travail sur les résultats de l'enquête.. mais je vous ai apporté un cadeau. Un cadeau que j'ai fabriqué moi-même. mentit-il. mais aussi vous remercier de me faciliter les. conclut maladroitement Lauren. Il le souleva pour le mettre devant lui. lui annonça-t-elle gaiement. Elle dit que vous vous comportez de façon magnifique malgré cette tension. je vous appellerai afin de vous expliquer comment vous y prendre. Lauren éclata de rire. . Qu'elle dise avoir fait des études supérieures alors que ça n'était pas le cas. Je me serais dit qu'elle pensait que le fait d'avoir un diplôme universitaire allait l'aider à obtenir un emploi. Vous l'avez .Rien.. les choses. Jim défit l'emballage du paquet qu'elle lui tendait. elle se rendait compte à quel point lui avait pesé la promesse qu'elle avait faite à Philip Whitworth. . . mais dès ma sortie lundi. Je dois entrer à l'hôpital ce week-end pour des examens. Et ce poids venait subitement de s'envoler. ..

ne faites pas ça ! chuchota-t-elle sévèrement. l'épaule négligemment appuyée au chambranle. bouche bée. Il paraissait tellement en colère qu'elle estima malvenu de mentionner le nom de Jim.. sans tenir compte de son avertissement. Jim décrocha son téléphone et composa un numéro à quatre chiffres. lui annonça-t-il. . .On dirait que ça va bientôt exploser.Je n'en suis pas tout à fait sûre. quelle atmosphère règne-t-il en haut. . esquiva-t-elle. Quand elle l'eut quitté pour monter au quatrevingtième étage. .Vous n'en êtes pas tout à fait sûre ? répéta-t-il d'un ton mordant.entièrement acquise à votre cause. Nick se tenait sur le seuil de la porte.Je l'aime bien aussi. . A son retour de déjeuner. . lui apprit-elle joyeusement. Pourquoi ? . .Mary.Pas vraiment mystérieux. .Ça vient d'un mystérieux admirateur? la raillat-il caustiquement. aujourd'hui ? .Je vous verrai un peu avant 17 heures..Jim. dit Lauren dont les yeux s'étaient embués à la mention de Nick.Est-ce que Nick sera au bureau cet après-midi ? . . Lauren trouva deux douzaines de roses rouges d'une beauté extraordinaire dans un vase posé sur son bureau. ma chérie y était écrit à la main et c'était signé J. C'était la première remarque d'ordre personnel qu'il lui faisait depuis quatre jours. Elle sortit la carte de visite qui les accompagnait de son enveloppe et resta à la contempler.Parce que j'ai décidé d'allumer une allumette sous lui pour voir ce qui va arriver.Oui.De qui. . alors ? Lauren se raidit. Merci. Avec combien d'hommes portant l'initiale . Mais la ligne de sa mâchoire tendue et l'expression réfrigérante de ses yeux gris n'avaient rien de décontracté. Lorsque la jeune femme releva la tête.

Il faut dire que maintenant. . ma chérie. . Elle se leva pour contourner son bureau. mais elle releva le menton. je reviens. .Tu m'as manqué. Après avoir posé les assiettes sur la table vide de Mary. Elle l'a tricoté ellemême ! Et je t'ai aussi apporté un morceau de mon gâteau d'anniversaire. et ce qui se produisit à la seconde suivante l'immobilisa sur place de stupéfaction.Nick ! s'écria-t-il. . Jim entra chez Mary. il jeta un coup d'œil vers la porte menant chez Nick.je le répète textuellement parce que je ne comprends pas ce qu'elle entendait par là . dit Jim qui l'avait prise subitement dans ses bras.Où est Mary ? demanda-t-il à Lauren.Vous avez vraiment dû faire des progrès ! ironisa-t-il crûment. Regarde le pull que Lauren m'a offert pour mon anniversaire.J sortez-vous ? Combien d'entre eux pensent-ils que cela vaut le coup de dépenser cent dollars en roses pour vous remercier de quelque chose ? . il la laissa complètement seule. A 16 h 55.Elle est partie il y a environ une heure.Cent dollars ? reprit Lauren. Excusez-moi. L'instant d'après. Lauren se sentit défaillir intérieurement. Nick tourna les talons pour rentrer dans son bureau. Je dois apporter ces lettres à Nick. Il avait mis le pull gris. tellement sidérée par ce chiffre qu'elle en oublia complètement que Nick avait manifestement ouvert l'enveloppe et lu la carte. Elle m'a demandé de vous dire . la tête baissée vers le parapheur qu'elle tenait à la main. . Pendant tout le reste de la journée.que l'extincteur le plus proche se trouve près des ascenseurs. . quatre morceaux de gâteau d'anniversaire en équilibre sur deux assiettes. Fait par elle également ! Feignant de ne pas s'apercevoir de l'air furieux de . il la relâcha si brusquement qu'elle manqua tomber en arrière. j'ai de bien meilleurs professeurs ! Avec un regard glacial.

trop suffoquée pour avoir peur. Elle étouffait littéralement de rage. Complètement abasourdie. Mais de quoi parlez-vous ? Les mains de Nick resserrèrent leur étreinte. C'est de ça que je parle.Sortez d'ici.Il faut que je redescende. . . Lauren avait probablement plusieurs amants. Et maintenant. La stupéfaction de Lauren céda la place à la compréhension.Espèce de petite salope. vous lui avez offert mon pull ! Et quelle autre chose lui avez-vous donnée qui m'appartienne à moi ? . espèce d'hypocrite ! explosa-t-elle. ma douce.Quelle autre chose ? répéta Lauren dont le ton montait. Quand elle fut sortie. vous m'insultez ! Vous qui pourriez sans difficulté représenter les Etats-Unis aux jeux Olympiques du meilleur baiseur.. Depuis que je vous connais. Sur ce. il alla se verser un bourbon bien sec au bar. vous n'avez pas cessé d'essayer de me convaincre qu'une femme qui satisfaisait ses désirs sexuels avec tous les hommes qui lui plaisent n'avait rien à se reprocher. Lauren. en proie à une angoisse et à une colère telles qu'il avait l'impression que des centaines de serpents le dévoraient de l'intérieur. mon chou. .Et maintenant que vous vous imaginez que je suis passée à l'acte..Nick. . Vous auriez vos chances pour la médaille d'or ! Nick la lâcha comme si elle l'avait brûlé. . puis à la colère. Lauren le regardait s'éloigner d'un air hébété quand Nick la fit pivoter sur elle-même pour l'obliger à lui faire face. Le regret le rongeait comme de l'acide.De votre corps délectable. il fit sa sortie. Lauren avait un amant.Comment osez-vous me traiter de salope. Elle n'était plus la petite fille aux grands yeux illuminés d'étoiles . il ajouta gaiement : . Lauren ! lui ordonna-t-il d'une voix sourde et dangereusement maîtrisée. je vous verrai plus tard.

.et c'était généralement le cas -. il M montrait d'une froide courtoisie. lui conseilla-t-il.Il l'est. A sa place. des images de Lauren nue dans les bras de Jim se mirent à lui tourmenter l'esprit. Lauren comprit exactement ce que Jim avait voulu dire.Très. c'est moi qui dois monter travailler avec lui ! Comment vais-je pouvoir m'y prendre ? Jim pouffa de rire. il mettait lt> coupable en pièces avec une sauvagerie implacable qui glaçait le sang de Lauren. C'est également ce que pense Mary. Lauren écarquilla les yeux. A cet instant. Lorsqu'il était satisfait du travail de quelqu'un. Nick se mit à travailler à une allure démoniaque qui obligeait tout le monde. Lentement. et sa rage s'estompa.J'appelle ça de la folie ! explosa-t-elle. Mais maintenant. il alla s'asseoir sur le canapé et posa les pieds sur la table basse. Rien qu'un vide douloureux. . très prudemment. le verre à la main. Il est fou de vous.Vous êtes tous fous.. En moins d'une heure. Il m'a insultée ! Je. D'autres avaient exploré de fond en comble son corps somptueux. Comme pour faire preuve de . .. acquiesça Jim. absolument enchanté de luimême. . et les jours suivants la Bensation qu'elle éprouvait de marcher sur une corde raide ne fit que s'intensifier. à s'agiter frénétiquement pour suivre son rythme et à essayer d'éviter qu'il ne pique une crise de rage. il n'y avait rien. je crois qu'il est fou. Vous ne pouvez pas imaginer la colère dans laquelle cela l'a mis.qui pensait que les gens devaient être amoureux avant de faire l'amour. l'alcool se mit à opérer sa magie engourdissante. Il reposa brutalement son verre et se versa un autre bourbon pour oblitérer la douleur et les images. Mais lorsqu'il ne l'était pas .Appelez cela une pulsion incontrôlable.Mais qu'est-ce qui vous a pris ? demanda Lauren à Jim le lendemain matin. . des cadres supérieurs au plus petit coursier. Puis. .

étage après étage. elle sentait son sang-froid s'émietter et ne parvenait plus à garder son calme et à retenir ses larmes que par un suprême effort de volonté. si occupé fût-il. Chaque fois qu'elle téléphonait. Quoi qu'il fût en train de faire. Evidemment. se réjouissait davantage. Après tant de journées de tension pendant lesquelles il l'avait traitée comme quantité négligeable.son sens de la démocratie. pour en ressortir quelques minutes plus tard tels des voleurs. Le mercredi de la semaine suivante. l'air confiant. Envers Mary. A 16 heures. leurs pages de registres et leurs feuilles d'ordinateurs étroitement serrées contre leur torse. Seule Mary Callahan paraissait rester totalement imperméable à la tension ambiante. Nick se montrait toujours courtois et avec Vicky Stewart. au fur et à mesure que passaient les heures. la vieille secrétaire échappait aux remarques de Nick. qui l'appelait au moins trois fois par jour. ce qui n'était pas le cas de Lauren. deux heures avant l'heure prévue pour . l'atmosphère au quatre-vingtième étage s'était tellement détériorée qu'il y régnait une atmosphère de panique étouffée. qui peu à peu contaminait tous les services. Personne ne riait plus dans les ascenseurs ni ne discutait près des photocopieuses. les accablant de ses sarcasmes avec une causticité qui faisait transpirer les directeurs et éclater les pauvres filles en larmes. il était tout sucre et tout miel. De son bureau. échangeant des regards d'avertissement avec les experts-comptables qui entraient à leur tour en hâte. il acceptait toujours de lui parler. au bord de l'explosion. il poussait l'impartialité jusqu'à répartir également son mécontentement entre les standardistes et les directeurs. il prenait la communication et s'enfonçait dans son fauteuil. En fait. qui tombaient comme un couperet. son cœur se serrait. Lauren entendait vibrer sa voix rauque et langoureuse quand il s'adressait à cette autre femme et chaque fois. Nick était censé prendre l'avion pour Chicago ce vendredi soir et Lauren avait hâte qu'il s'en aille. Des cadres supérieurs pénétraient dans son bureau. Lauren avait même l'impression que Mary.

paraissait désespérément vide le lendemain matin. mais Mary la retint en chemin. La réunion était déjà commencée et Lauren. pareille à un coup de fouet.D. prenaient une teinte mauve qui annonçait peut-être une attaque imminente. interrompit le cours de la réunion : . Incapable de réfléchir tant elle était scandalisée. Nick la fit venir dans la salle de conférences. Demain. . sans tenir compte du regard de mise en garde de Mary. suivant Nick du regard. Lauren se précipita sur ses talons. lança-t-il d'un ton meurtrier. afin qu'elle prenne des notes durant une réunion avec l'équipe du service financier. le bureau du P.Ne discutez pas avec lui. les yeux rivés sur son bloc de sténo.Il ne rentre pas de Chicago avant vendredi soir. se tourna vers Nick.son départ.G. nous parviendrons peut-être à terminer ! Le rose vif monta aux joues de Lauren. il vous renverrait et il le regretterait le restant de ses jours. Il la contourna pour sortir à grandes enjambées. Lauren essaya de se convaincre qu'il y régnait . nous déjeunerons ensemble au restaurant. . Sans l'énergie électrisante de Nick. quand la voix de Nick. rétorqua-t-il froidement. Nous l'avons bien mérité. Dès que le dernier membre de l'équipe eut franchi le seuil de la salle de conférences.J'espère que vous êtes content ! siffla-t-elle. folle furieuse. ce qui nous donne deux jours pour récupérer.Anderson. tandis que celles d'Anderson. un homme d'un certain âge. dit-elle. On aurait dit qu'elle venait d'assister à un miracle. Lauren. si vous arrivez à détacher vos yeux du buste de Mlle Danner. mais vous avez failli flanquer une crise cardiaque à ce pauvre homme. . Non seulement vous m'avez humiliée.Mettre à la porte la première qui ouvre la bouche.Dans l'état où il est. Qu'avez-vous l'intention de faire maintenant ? . Comme Lauren hésitait. faisait voler son stylo de page en page. elle ajouta gentiment : . peut-être chez Tony. un sourire béat sur les lèvres.

Aimeriez-vous que nous parlions de Nick ? Lauren faillit s'étouffer avec le vin.. Ce n'était pas une question mais une affirmation. était posté à l'entrée de la salle à manger. Surprise. . Ricco vous trouve très belle. portant l'uniforme noir d'usage. Un maître d'hôtel.Je sais qu'il a un caractère de chien. déclara-t-il. Un véritable dictateur ! . Mary s'efforçait manifestement de dissimuler l'amusement que lui causait le ton employé par la jeune . Il rougit chaque fois qu'il entend pronon cer votre nom. mais Tony se précipita vers elles dès qu'il les vit. Mary et elle se rendirent en voiture chez Tony. Le visage réjoui. étreindre Mary avec une telle vigueur que les pieds délicatement chaussés de la vieille secrétaire faillirent décoller. . Lauren recula d'un pas en le voyant. par exemple ? insista doucement Mary. Mary et moi. . Vous faites partie de la famille. Les yeux de Mary pétillèrent.Ricco va s'occuper de vous. ne gâchons pas un déjeuner agréable.Quoi.une atmosphère délicieusement calme qui lui plaisait. au moins. . elle s'adressa sans préambule à la jeune femme : . tel un gros nounours.J'étais plus content quand vous travailliez pour le papa et pour le grand-papa de Nick dans le garage derrière chez nous.Et vous l'aimez. .Je vous en prie. il se tourna vers Lauren. j'avais l'occasion de vous voir et de voir Nick. Dans le temps. J'en sais déjà davantage sur lui que je ne l'aurais voulu.Oui. où Lauren avait réservé une table par téléphone. furieuse.Alors. Il les accompagna à leur table avant d'annoncer gaiement à Lauren : .. ma petite Laurie. C'est un tyran égoïste et arrogant. reconnut Lauren. le sang lui monta effectivement au visage. Ricco prit leur commande et au moment où il posait un verre de vin devant Lauren. mais en réalité elle se sentait très mal à l'aise. maintenant vous con naissez Nick. . A midi. mais dès qu'il eut tourné le dos.

. .. il se montre attentif et charmant. Lauren détourna la tête vers la fenêtre à vitraux à côté de leur table..Qu'est-ce qui vous fait penser ça ? . pas une femme ne lui a inspiré autre chose que de l'affection ou du désir. de sa vie. à juste titre. dit Lauren d'un ton lugubre. . Je ne sais pas. Ce qui nous amène à vous. cela l'a amusé. Mais rien de plus. Il leur a toujours témoigné une sorte d'indulgence amusée. mais il aurait été inutile de le nier.Moi aussi.Pour commencer.Je me dis qu'il m'oblige à rester là-haut pour se venger.Vous. et qu'il ne se contente pas de vous demander de monter pour servir d'interprète quand Rossi se décidera enfin à appeler ? . afin d'avoir une raison de ne plus éprouver ces sentiments. . il ne vous renvoie même pas quelques étages plus bas.Exactement ! acquiesça Mary. il est gentil. d'indifférence tolérante. Ne trouvez-vous pas bizarre qu'il ne vous laisse pas travailler pour Jim. parfois irrité.J'en étais sûre. Et je suis pratiquement certaine que lui aussi vous aime. il ne vous fait pas sortir de sa vie . il essaie de vous trouver des défauts. Ou alors. Tentant d'écarter la lueur d'espoir qui venait de jaillir dans son cœur. dit Lauren sèchement. courtoisement mais sans appel. .Je le sais bien. . Aucune n'a suscité chez lui d'émotions plus profondes. Tant qu'une aventure dure. Il est furieux contre vous et contre lui-même. au pire. continua tranquillement Mary. il la fait sortir. Peut-être essaie-t-il de vous faire payer les sentiments que vous lui inspirez. Et pourtant. il ne vous traite pas comme il traite d'habitude les femmes avec lesquelles il sort. Nick . Avec les autres. Je les ai vues essayer de le rendre jaloux de toutes les façons possibles et imaginables .femme. Mais lorsqu'une femme commence à l'ennuyer. placée dans la catégorie des femmes avec lesquelles Nick avait couché fit rougir Lauren.. vous l'avez véritablement mis en colère. Le fait d'être.. A ma connaissance.

Jim. Lauren esquiva du regard le visage de Mary pour ajouter : . C'est à Ericka que vous devriez parler. Mary interrompit soudain le fil de son raisonnement pour demander à Lauren : . Pourtant. vous ne vous adressez pas à la bonne personne.Ne soyez pas bête. Un soulagement si subit envahit Lauren que son cœur bondit de joie. Il y a une part de lui-même qu'il refuse de partager avec les autres. et ce dernier est membre de celui de Global Industries. Ericka et moi sommes tous les trois très proches de lui.. Mais au moins.. J'ai commencé à travailler comme dactylo pour son père et pour son grand-père quand j'avais vingt-quatre ans. sa raison lui disait que ses relations avec Nick restaient sans espoir.Depuis combien de temps connaissez-vous Nick ? .est un homme complexe. mais il n'y a rien d'autre entre eux. Nick avait quatre ans à . et pourtant il garde une certaine distance à notre égard. qui n'était autre qu'Ericka. y compris avec nous. . Nick fait partie du conseil d'administration de l'entreprise du père d'Ericka.Mais c'était vrai ! s'écria Mary.N'avez-vous pas vu l'article dans les journaux à propos de la réception donnée à Harbor Springs il y a quelques semaines ? Gênée.Que se passe-t-il ? Pourquoi cette expression étrange ? Lauren poussa un soupir. Elle a toujours adoré cette maison et j'imagine qu'ils se sont vus là-bas pour conclure l'affaire.Si vous essayez de jouer à la marieuse.. Ils sont amis intimes. . . . pas à moi. Ericka voulait acheter La Crique à Nick. il ne lui avait pas fait l'amour dans le lit et la maison de sa petite amie ! Elle attendit que Ricco les ait servies pour demander : .. le bras tendu pardessus la table pour réconforter Lauren d'un petit tapotement sur la main.Depuis toujours. et ils sont associés en affaires.Je me trouvais à Harbor Springs avec Nick et il m'a renvoyée dans le Missouri en prétextant l'arrivée d'un soi-disant « associé ».

Mais elle était aussi riche. » Un jour. je leur en ai voulu. Il ne la réclamait jamais. Son père est mort six mois après. tandis qu'elle se plongeait dans le passé. En dépit de tous ses défauts. Mais j'avais tort.l'époque. il restait planté derrière la fenêtre à attendre son retour. Elle ressemblait à une décoration de sapin de Noël : jolie à regarder. il se contentait de l'attendre. Il ne m'a pas raconté grand-chose sur elle.A l'époque. .Je suis sidérée qu'il l'ait même mentionnée. . mais qui ne voulait apparemment pas du sien. fit Lauren qui n'avait pas oublié à quel point Nick s'était montré peu enclin à le faire à Harbor Springs. Nicky l'adorait. . pour être franche. » Tout de suite après la mort du père de Nick. elle est partie en l'abandonnant à ses grands-parents. . Cela faisait à peu près . A l'exception de la sienne. C'était le plus adorable petit diable aux cheveux bruns qu'on ait jamais vu. Il ne parle jamais d'elle. comme j'en ai eu ensuite la preuve. choyée. peu de temps avant Noël. . étreignait Lauren. mais il ne parvenait pas à comprendre que sa mère ne reviendrait pas non plus.Justement.C'était une femme d'une extraordinaire beauté. Un petit garçon solide.Quel genre de petit garçon était-il ? Une envie désespérée d'apprendre tout ce qui était possible au sujet de l'homme puissant et énigmatique qui avait conquis son cœur. Des mois après qu'elle eut quitté la maison. Le visage de Mary s'éclaira au souvenir du passé. et têtu à l'occasion. Le regard de Mary dévia légèrement. mais friable et vide à l'intérieur. Fier comme son père. nous l'appelions Nicky. le visage plus grave. J'ai commis l'erreur de penser que ses grands-parents refusaient de la laisser revenir et. parlez-moi de sa mère. Nicky a arrêté d'attendre près de la fenêtre et s'est transformé en un véritable tourbillon d'activités. très gai et intelligent -le genre d'enfant que n'importe quelle mère souhaiterait avoir. Il comprenait que son père était mort et qu'il ne reviendrait pas. ajouta-t-elle. gâtée et caractérielle.

Et en cinq minutes. bien que nous ignorions tout de ce bébé. et son enthousiasme communicatif. pour qu'elle lui revienne. Il nous a fait du charme. il avait l'intention d'acheter sa mère. mais Nicky a posé la sienne sur mon bras. Il m'a demandé de vérifier qu'il était bien coiffé et habillé comme il faut. il m'a demandé de l'accompagner dans les magasins. Il s'attelait à toutes les petites tâches susceptibles de lui rapporter quelques sous. parce qu'il voulait acheter un cadeau "extra-spécial". J'ai tendu la main vers la sonnette. Il économisait tout son argent et. qui avait été superbement décorée pour les fêtes de fin d'année. Nicky était en extase. il l'a convaincu de lui faire un paquet-cadeau. « Mary.un an que son père était mort. » C'est dans le rayon des soldes d'un grand magasin que Nicky a fini par trouver son cadeau "extraspécial" : une ravissante petite boîte à pilules en émail qui coûtait le dixième de sa valeur. J'ai baissé les yeux vers lui et je . Elle avala sa salive avant de poursuivre : . » J'ai cru que ce cadeau était destiné à sa grandmère. » Nous n'avons eu aucun mal à trouver la maison. Il était tellement excité qu'il n'arrivait pas à se tenir tranquille. au vendeur et à moi. Et ce n'est qu'en fin d'après-midi que je me suis aperçue qu'il voulait acheter un cadeau de Noël pour sa mère. Les yeux brillants de larmes. mais je n'ai pas compris ce qu'il voulait faire. il m'a persuadée de l'accompagner chez sa mère pour qu'il puisse lui offrir son cadeau. Nick s'est mis à déborder d'énergie. Une propriété ressemblant à un palais.. parce qu'il m'a traînée dans une dizaine de magasins pour trouver quelque chose qui conviendrait parfaitement à "une dame".Nicky et moi avons pris le bus jusqu'à GrossePointe.. Mary regarda la jeune femme.II. Quant à moi. deux semaines avant les vacances. est-ce que je suis présentable ? » ne cessait-il de me demander. Sa mère s'était remariée et elle venait de donner naissance à un petit garçon. . Bref.

La bicyclette. entourée d'un grand nœud et posée près de l'arbre. lui a-t-elle appris. un majordome nous a fait entrer et nous a menés. Mary fut obligée d'essuyer ses larmes avant de terminer : . Bref. . » Nick a vu son cadeau prendre le chemin de la poche de la domestique. » Quand sa mère a fini par descendre. Nicholas ?" Nicky lui a offert son cadeau en lui expliquant qu'il l'avait choisi lui-même. "Mary. elle comprendrait qu'il avait besoin d'elle et viendrait au moins lui rendre visite de temps en temps. elle a jeté un coup d'œil à la jolie petite boîte à pilules et elle a dit : « Je ne prends pas de cachets. « Vous voyez. et la domestique qui était en train d'épousseter la pièce a failli le gifler. il a insisté pour qu'elle l'ouvre sur-le-champ. Comme elle voulait le poser sous le sapin. Sa voix tremblait. » Il a tendu la main pour toucher la bicyclette.. Elle attendait simplement que ce soit moi qui vienne la voir.Il paraissait si vulnérable et il était tellement beau ! J'ai vraiment pensé que si sa mère voyait ce petit garçon.n'ai jamais vu un enfant avec un air aussi désespéré. madame Stewart. puis il a dit très poliment : « Joyeux Noël. Je suis sûre qu'elle en aura l'usage. m'a-t-il dit. Mais ce n'est pas ça que Nicky a remarqué. m'a-t-il demandé. » Et avec un bref regard à sa mère. dans un salon au milieu duquel était dressé un sapin de Noël qu'on aurait cru décoré pour la vitrine d'un grand magasin. prend des médicaments. tu le sais parfaitement. était destinée au bébé. » Et elle a tendu le cadeau à la domestique qui faisait le ménage dans la pièce en ajoutant : « Mais Mme Edwards.Sa mère a ouvert le petit paquet. on est obligés de . il a ajouté : « Maintenant. c'est la petite bicyclette rouge vif. Mary et moi. Tout ce qu'il a vu. êtes-vous sûre que je suis assez présentable pour la voir ?" Mary détourna le visage vers la vitre multicolore. elle. Nicky et moi. Nicholas.. les premières paroles qu'elle a adressées à son propre fils ont été les suivantes : "Qu'est-ce que tu veux. et son visage s'est littéralement illuminé. je savais bien qu'elle ne m'oubliait pas. Nicky a retiré sa main comme s'il s'était brûlé.

à part à sa grand-mère et à moi. il s'est tourné vers moi et m'a lâché la main. A l'arrêt du bus. Selon ce qu'Ericka a appris de ses petites amies. il est extraordinairement prodigue de son argent. garder son rang était primordial. elle ajouta : . Bien entendu.. il leur donne de l'argent et il leur dit de s'offrir quelque chose qui leur plaît. Aujourd'hui. . Elle appartient à l'une des familles les plus en vue de Grosse-Pointe.A partir de ce jour-là. Après un silence douloureux. Nick circule maintenant dans les mêmes sphères que sa mère et il les éclipse même complètement. » » Il n'a pas ouvert la bouche avant que nous arrivions à notre arrêt d'autobus. quelles que soient les circonstances. elle s'est déclassée. mais il ne leur offre jamais de cadeau.Je ne comprends pas pourquoi sa mère voulait l'oublier et faire comme s'il n'existait pas. précisa Mary d'une voix frémissante. Peu lui importe si ce sont des bijoux. Lauren pensa aux magnifiques boucles d'oreilles qu'il lui avait offertes et à la façon méprisante dont elle lui avait dit qu'elle n'en voulait pas. . Nick n'a jamais offert le moindre cadeau à une femme. . pour autant que je le Hache. Je n'avais pas arrêté de retenir mes larmes pendant tout le trajet.partir. le fait d'être beau en plus d'avoir une énorme fortune ne lui fait pas de tort.. Elle en était bouleversée. des fourrures ou autre chose. Je n'ai plus besoin de personne.. Ils possédaient l'argent mais leur statut social était basé sur le prestige de leurs relations de famille. sans expression. Quand elle a épousé le père de Nick. Mais il ne les choisit pas lui-même.. Je suis un grand. il m'a annoncé : "Je n'ai plus besoin d'elle maintenant. D'une petite voix solennelle. Elle était la reine du bal des débutantes.Je n'ai que des suppositions à ce sujet." C'est la dernière fois qu'il m'a tenu la main. son mari et elle. les choses ont changé. L'argent en soi est prestigieux. A la place. alors que le visage de Nick était. Tout le monde admirait sa beauté. Pour des gens comme ça.

Une sorte de cri de refus muet monta dans sa gorge. Il n'avait que cinq ans. non. qu'il le veuille ou non. Mary reposa sa serviette sur la table et prit son sac.Ça doit être douloureux pour Nick de la rencontrer. Mary jeta un coup d'oeil au papier.» En tout cas. lui coupant le souffle quand elle voulut parler. . Mais il faudrait que vous connaissiez cette femme pour comprendre son égoïsme inouï et à quel point elle a le cœur froid. à l'époque. Lauren.Lauren ? Tony lui pressa l'épaule d'une main inquiète. les sourcils froncés. en dehors d'elle-même. Nick représentait certainement pour elle le rappel vivant de sa disgrâce sociale. ce n'est pas ça.Non. tandis . le plus méticuleusement et définitivement du monde. Lauren éprouvait en même temps l'envie d'étrangler la mère de Nick et de retrouver celui-ci afin de lui donner tout son amour.Je crains de devoir rentrer. A cet instant même. .Pourquoi n'avez-vous pas mangé vos pâtes ? Elles n'étaient pas bonnes ? leur demanda Tony. Il dit qu'il a besoin de documents qui sont enfermés à clé dans votre bureau. Il l'a tué lui-même. Elle est gâteuse devant lui. Je parlais à Lauren de Carol Whitworth et ça nous a coupé l'appétit.Je ne le pense pas. . c'est le demi-frère de Nick. Elle ne le voulait pas près d'elle. . mais il possédait déjà la force et la détermination qui lui ont permis d'accomplir cet acte. . le rassura-t-elle. . Tony se matérialisa près de leur table et tendit un morceau de papier à Mary. sur lequel était inscrit un nom. Le jour où elle a donné son cadeau à la domestique. restez ici et terminez votre repas.Cet homme vient de vous appeler. La seule personne qui compte pour elle. l'amour qu'il éprouvait pour elle est mort. . Le nom pénétra comme une bombe assourdissante dans les oreilles de Lauren et résonna dans son cerveau. pas davantage que son beau-père ne voulait de lui.

D'ailleurs.Qui ? chuchota-t-elle fiévreusement. s'il payait vraiment . elle continuait à fixer le dos de Mary qui s'éloignait. Si quelqu'un était en train de se livrer à l'espionnage. il ne s'agissait sûrement pas de Nick. arrogant et ravissant. . présidant royalement une petite réunion intime au cours de laquelle trois personnes étaient en train de comploter contre son propre fils. lisse. Dès son entrée dans le hall de marbre. . elle resta assise ce soir-là dans son appartement. à qui elle demanda l'autorisation de téléphoner. Son fils si beau. comment pouvait-elle lui faire une chose pareille ? Furieuse de son impuissance. paralysée d'horreur. Lauren en était convaincue. non ! Lauren prit un taxi pour regagner son bureau. autour de ses épaules pour essayer de s'empêcher de frissonner. une vague glaciale la parcourait des pieds à la tête. Je rentre chez moi. mais de Philip. s'il s'avérait qu'il s'agissait de Nick. si magnifique ! Mon Dieu. elle se dirigea vers le bureau de la réceptionniste.Mary? dit-elle lorsque sa correspondante décrocha. De qui parlait Mary? .De Carol Whitworth. à regarder fixement la cheminée vide. Son fils. qu'elle avait tricotée l'année précédente. Le choc qu'elle venait de subir s'était peu à peu estompé. . laissant la place à un engourdissement glacial. Elle resserra la couverture en mohair. Lauren leva vers lui son regard turquoise frappé de Htupeur. mais ses efforts furent vains. La maman de Nick. Ce visage vaniteux. Je ne me sens pas très bien.que. Chaque fois qu'elle repensait à sa dernière visite aux Whitworth. Carol Whitworth.ô mon Dieu ! haleta-t-elle d'une voix enrouée. Lauren tremblait de tout son corps et crispait sur la couverture des doigts qui n'avaient qu'une seule envie : agripper et égratigner le visage majestueux de Carol Whitworth. Ô mon Dieu. Emmitouflée dans sa robe de chambre.

Il voudrait simplement savoir pourquoi elle avait cherché à se faire engager par Sinco et ne croirait jamais qu'il s'agissait d'une coïncidence. Mais elle ne pouvait pas continuer à vivre à Détroit. elle ne cesserait de se demander s'il pensait parfois à elle.quelqu'un pour lui donner des informations sur le prix des offres faites par Whitworth Enterprises. Lauren referma la porte du bureau de Jim derrière elle et lui tendit la feuille de papier qu'elle venait d'extraire de sa machine à écrire. il tuerait dans l'œuf les sentiments qu'il éprouvait à son égard. C'était en tout cas ce que pensait Mary. Dès que Nick découvrirait qu'elle était parente des Whitworth.Ça va mieux ? lui demanda Jim le lendemain matin.Vous démissionnez pour raisons personnelles. Si elle en avait eu à cet instant même la faculté. Lauren balaya d'un regard amer et méprisant le somptueux nid d'amour qui l'abritait si chaudement. sous le nez de celui-ci. Elle ne pourrait pas s'empêcher. Mary m'a dit qu'elle vous avait parlé de Carol Whitworth et que ça vous avait rendue malade. Ça veut dire quoi. . tout comme il avait tué ceux qu'il éprouvait pour sa mère. et cela la rendrait folle. elle aurait fait s'écrouler l'empire de Philip Whitworth dans un vacarme assourdissant. bon sang ? Quelles raisons personnelles ? . elle enseignerait également le piano. d'essayer d'apercevoir Nick. pour compenser la différence de salaire.J'ai de vagues liens de parenté avec Philip Whit- . ajoutat-il ironiquement. Elle rentrait à la maison. Nick l'aimait peut-être. Il la déplia et en parcourut rapidement le texte de quatre lignes. mais c'était terminé. partout où elle irait. . Elle avait vécu comme si elle était la maîtresse chouchoutée de Philip Whitworth. mais calme. quels qu'ils soient. elle ne lui en voudrait pas une seconde. même si elle lui mentait. Mais Lauren n'en aurait jamais la confirmation. Si cela s'avérait nécessaire. en plus de son emploi. Le visage pâle.

Elle lui fit alors un bref résumé des circonstances qui lui avaient fait rencontrer Nick ce soir-là. je pourrais être en train de vous espionner pour son compte ? Les yeux couleur d'ambre de Jim se firent perçants. mais en venant à mon entretien ici. à la fois fâché et troublé. Je savais qu'il travaillait dans cet immeuble et c'est pour ça que j'ai accepté votre offre. Epuisée.Vous nous espionnez.Jim. Il la contempla en silence.. Mais je n'ai jamais transmis la moindre petite parcelle d'information à Philip.Quelle histoire de fous ! s'écria Jim. ses traits se détendirent. Peu à peu. ne vous vient-il pas à l'esprit qu'en tant que parente de Philip Whitworth.worth.Pourquoi me dites-vous ça ? . ..J'ai pensé accepter un instant.Non.Je voulais être près de Nick. . Et alors ? Lauren ne s'attendait pas à une discussion. j'ai décidé que je ne pouvais pas le faire. . Jusqu'à hier. Je ne m'attendais absolument pas à être engagée et je ne l'aurais pas été. . Sous le choc.Vous avez un lien de parenté avec le second mari de sa mère. comme pour se . Inclinant la tête en arrière.Whitworth vous a-t-il demandé de le faire ? . dit-il finalement. .. d'accord. .Et vous lui avez dit oui ? Lauren ne se doutait pas qu'on pouvait se sentir si malheureuse. Jim se redressa brusquement sur son siège. . elle se laissa tomber sur une chaise.. conclut-elle. Lauren ? . Et le lendemain. Il se frotta le front des doigts. puis lui demanda : . elle ferma les yeux. vous avez eu un entretien avec moi et vous m'avez offert un poste. j'ignorais que Carol Whitworth était la mère de Nick.. .Parce que vous m'avez demandé pourquoi je démissionnais. Il la dévisagea.

Et même si c'était le cas. Il exigera de savoir pourquoi j'ai essayé d'entrer chez Sinco et il ne croira jamais qu'il s'agissait d'une coïncidence. Je ne vous y autorise pas.Monsieur Sinclair. je ne vous donnerai pas de bonnes recommandations. si elle choisit bien son moment. ce qui n'est pas le cas.Comment pouvez-vous en être sûr ? le défia-t-elle. vous êtes amoureuse de Nick.. et je crois que lui aussi est amoureux de vous..Si vous démissionnez sans préavis comme ça. .Mais de quoi parlez-vous ? N'accordez-vous pas d'importance au fait que je pourrais raconter à Philip tout ce que je sais ? . plongé dans ses pensées. baissant la voix pour essayer de ne pas gêner les six autres grands . dit-il enfin. il la menaça : . Comme la jeune femme rejetait son conseil d'un firme hochement de tête.Je n'en attendais pas.Je pense que vous vous trompez. il ne voudra plus rien avoir à faire avec moi.Ça n'a pas d'importance. Jim resta complètement immobile pendant plusieurs minutes. à la minute où il apprendra mes liens avec la famille Whitworth.. dans l'attente de la sentence de Jim. . .Lauren. Lauren en resta bouche bée. . Quand elle fut sortie de son bureau.Simple question de bon sens..débarrasser d'un mal de tête aigu. Lauren se sentait trop misérable pour le remarquer ou pour y attacher la moindre importance. vous ne viendriez pas me donner votre démission et me raconter que vous êtes parente des Whitworth. Les minutes s'écoulaient dans le plus grand silence. . Vous ne démissionnez pas. Si vous vouliez nous espionner. Attendez le retour de Nick et vous pourrez. li's sourcils froncés. Elle restait simplement assise là. La secrétaire se pencha vers Nick. . dit-elle avec dignité. . D'ailleurs. une femme peut pratiquement tout avouer à un homme. Puis il tendit lentement la main et décrocha le téléphone.. même si j'étais prête à lui mentir.Mais ce n'est pas le cas. ..

Je ne te retiens pas plus longtemps. .. .Excusez-moi de vous déranger.Et alors ? aboya-t-il. répondit Jim sans se démonter. c'est-à-dire le 15 novembre. . mais un certain M.Rien.Je sais.. Je me fiche de la date à laquelle il commence et tu le sais parfaitement. Je serai donc bref. c'est à peu près tout. je t'appelle pour savoir si ça te convient qu'il commence à travailler en novembre ou si tu préfères attendre jusqu'en janvier comme il était prévu à l'origine et. Le 15 novembre convient tout à fait. .Jim.. Comment ça va à Chicago ? . Excuse-moi. Je te jure que si tu ne m'as dérangé en pleine réunion que pour me demander si.D'accord.Alors.Oui. Le nouveau directeur commercial que j'ai engagé peut commencer à travailler pour nous dans trois semaines. sans que son visage ne révèle d'aucune manière l'inquiétude que lui causait cette interruption urgente. J'avais juste besoin que tu me donnes un conseil. monsieur.industriels américains installés autour de la table de conférences pour débattre d'un accord commercial international. de plus en plus furieux. C'est tout ? . .Un conseil ? répéta Nick qui hésitait entre la colère et l'incrédulité.Ça vente ! lança Nick d'un ton hargneux.. . La secrétaire le fit entrer dans une pièce à l'écart et il décrocha le combiné d'un geste brusque. .Mais c'est pas vrai ! le coupa Nick.. hocha la tête. Je suis au milieu d'une conférence sur le commerce international et. Nick proféra un juron. .. que se passe-t-il ? . Nick. Ah ! j'allais oublier : Lauren m'a donné sa . Jim Williams vous demande au télé phone. Hors de lui. Il ne parvenait pas à imaginer quelle Horte de désastre pouvait avoir poussé Mary à ne pas empêcher Jim de le déranger en pleine réunion. qui faisait déjà glisser sa chaise en arrière.

démission ce matin. D'habitude.A d'autres ! Tu voulais t'envoyer en l'air avec elle et quand elle a refusé.Je lui parlerai lundi matin à mon retour. pas le mien. . D'un commun accord. Je crois qu'elle a l'intention de regagner le Missouri dès demain.. . tu t'es mis à tellement la surcharger de travail qu'elle est pâle et épuisée. au détriment de tout le reste.Elle n'est pas amoureuse de moi. . dit Nick d'un ton sarcastique. . Il se revoyait en train de lever les yeux sur son visage enchanteur.Pardonnez-moi pour cette interruption. elles tombent amoureuses de toi et tu es obligé de les transférer dans un autre service pour t'en débarrasser. mais des images de Lauren ne cessaient de flotter dans son esprit. Nick eut l'impression d'avoir reçu une claque en plein visage. Nick s'efforça ensuite de se concentrer sur les questions débattues. .. . ses cheveux dénoués flottant Mir ses épaules pendant leur promenade en bateau Hur le lac Michigan.Tu ne pourras pas. tu l'as obligée. il avait été convenu que personne ne prendrait d'appel.C'est ton problème. Ma secrétaire a surestimé l'importance d'un problème et a hit suivre ce coup de téléphone ici.A mon avis. . Nick raccrocha bruyamment le combiné et regagna LA salle de conférences à grandes enjambées. Sa démission prend effet immédiatement. Six paires d'yeux lui lancèrent ensemble un regard à la fois poliment inquiet et accusateur. tu es en train de perdre la main.Que se passera-t-il si la pantoufle vous va ? . . . Au beau milieu d'une discussion sur des droits de commercialisation. il voyait son visage radieux. sauf en cas d'extrême urgence. offert au soleil. Lauren t'a évité cet inconvénient. Nick reprit sa place.Lauren se fiche complètement de moi ! Et je n'ai pas le temps de discuter d'elle avec toi. Elle est amoureuse de toi et tu l'as obligée à prendre des messages d'autres femmes.

Il ne supplierait pas Lauren de changer d'avis. Au lieu de quoi. elle l'avait transformé en véritable obsédé. il passa devant la vitrine d'un grand bijoutier. Un rubis magnifique monté en pendentif et entouré de diamants étincelants capta son attention. à répondre à des messages et à régler des questions qui s'étaient posées en son absence. Ses propres cadres glissaient hors de sa vue dès qu'ils l'apercevaient sur leur chemin. Dans sa suite. Cela valait mieux pour tous les deux. Lundi. Il s'arrêta devant la vitrine et contempla les boucles d'oreilles assorties. Cela valait mieux pour toute sa satanée boîte. il se demandait lequel de ses amants l'appelait. il se mit à contempler le panorama scintillant des gratte-ciel de Chicago. Lauren s'en allait. Chaque fois qu'un homme la regardait alors qu'elle se trouvait dans son bureau. il passa une heure et demie au téléphone. avait acheté la jolie boîte à pilules en émail. D'un seul coup. Pour quoi que ce soit. Et si elle était enceinte ? Bon sang. S'approchant de la fenêtre. était la forme la plus vile de la supplication. En traversant le hall principal de l'hôtel de luxe où il était descendu pour regagner les ascenseurs. la jalousie le rendait fou furieux. Lorsqu'il raccrocha... Demain. il ne la reverrait pas. Il se détourna et s'éloigna dans le hall à grands pas. Jim lui avait dit qu'elle avait l'air pâle et épuisé.Je vous transformerai en beau crapaud. il avait envie de donner un coup de poing dans la mâchoire du malheureux pour lui faire avaler ses dents. Peut-être que s'il achetait le pendentif à Lauren. La corruption. si elle était vraiment enceinte ? Il ne pourrait même pas savoir avec certitude si c'était son enfant ou celui d'un autre. Jamais plus il ne supplierait personne. il eut l'impression d'être de nouveau le petit garçon qui. La conférence fut suspendue à 19 heures et à la fin du dîner. Depuis deux semaines. il était presque 23 heures. Chaque fois que le téléphone de Lauren sonnait. en compagnie de Mary. se rappela-t-il férocement.. Nick s'excusa pour monter dans sa suite. elle serait partie. .

songea-t-il avec amertume. . Il m'a chargé de vous dire qu'il avait été rappelé d'urgence à Détroit ce matin pour un problème important. grogna l'un des participants. peut bien empêcher Nick d'être ici ? . . Nous avons tous ce genre de problèmes. Elle voulait qu'il s'engage vis-à-vis d'elle. elle avait explosé de rage.A un moment donné.Il m'a dit qu'il s'agissait d'un problème de relations avec le personnel. diable. Furieux. lui jurerait un amour éternel et prendrait vis-à-vis d'elle tous les engagements qu'elle voulait. Nick s'étendit sur son lit.Nous avons tous des problèmes importants en attente. La conférence reprenait à 10 heures précises le lendemain matin. Mais maintenant. Elle n'avait qu'à rentrer chez ri le et se trouver un crétin de province qui se tortil-hrait à ses pieds.Je n'ai pas manqué de le lui faire remarquer. elle était probablement capable de lui apprendre des choses. Le président du comité balaya les six hommes présents du regard et leur annonça : . La plupart des femmes se seraient contentées de ce qu'il leur offrait. il aurait pu en être certain. Quel problème. tous furent ponctuels. qu'il s'attache autant à elle sentimentalement que sexuellement. Comme tous les participants étaient des géants de l'industrie dont le temps était extrêmement compté. mais pas Lauren. C'était aussi bien qu'elle s'en aille. Elle voulait qu'il tienne à elle. à lui ! Il repensa au dimanche après-midi où il s'était rendu à son appartement pour lui offrir les boucles d'oreilles.Nick Sinclair n'assistera pas à la séance aujourd'hui. il était le seul homme qu'elle eût jamais connu. répondit le président. . A un moment donné. Lorsqu'il avait essayé de l'emmener au lit. .Ce n'est pas une excuse ! explosa un autre des membres de la conférence.

. . Inquiète. Elle rentra dans son appartement. dont elle prit garde de laisser la porte ouverte. ne tarderait pas à tomber. perdit l'équilibre et atterrit sur le dos au milieu des coussins. prenant soin de laisser la porte d'entrée légèrement entrouverte afin de pouvoir l'ouvrir complètement en la poussant du pied quand elle ressortirait avec son prochain chargement. Elle était en train de traverser le living-room quand un bruit de pas en provenance de la cuisine lui parvint dans son dos. étalée en travers du sofa. voire même la neige.Que personne n'avait un problème de relations avec le personnel comme celui-là. De ses doigts impatients. Puis elle attrapa la valise pour la descendre. Nick contemplait la jeune beauté qui s'offrait à lui. Paniquée. elle pivota sur elle-même. Elle gagna la cuisine où elle les mit dans le four chaud. Dans sa hâte. les yeux brillants de nervosité. Une lueur d'amusement dans les yeux. la jeune femme lâcha la valise et recula précipitamment. Lauren transporta une autre brassée de ses affaires jusqu'à sa voiture. Il ne lui restait plus qu'à écrire un petit mot à Philip Whitworth et elle serait libre de partir. puis elle fit une pause pour étudier d'un air lugubre le ciel d'octobre couvert de nuages noirs. elle mit une autre paire de chaussures et boucla une dernière valise. La pluie. ses baskets de toile étaient trempées et elle se pencha d'un geste mécanique pour les ôter. Comme elle avait l'intention de les porter pour son voyage de retour dans le Missouri.Qu'a-t-il répondu ? . En haut. elle heurta le bras du canapé. elle essuya les larmes qui lui brûlaient les yeux. Un éclair lui traversa l'esprit : il était au courant pour Philip Whitworth. et resta paralysée d'étonnement à la vue de Nick qui sortait de la cuisine et s'avançait vers elle. il fallait qu'elle les fasse vite sécher. A force d'avoir pataugé dans les petites flaques d'eau du trottoir.

Je vous ai dit.Je sais ce que vous m'avez dit. il était contrarié. tant je craignais d'arriver ici en retard. Par conséquent. Que servez-vous ? En dehors des chaussures au four ? Avec un luxe de précautions... pourquoi n'êtes-vous pas à cette conférence sur le commerce international ? . . Vous m'avez dit que j'étais trop vieux et trop cynique pour vous. . quand j'ai pratiquement expulsé un vieux monsieur du siège arrière d'un taxi pour prendre sa place.Je me suis posé cette question.. En dépit du ton humoristique qu'il employait.Ne bougez pas. Il était tendu. mais j'aimerais d'abord croquer quelque chose.Pourquoi. je n'ai que deux mois de plus qu'à Harbor . je me suis posé plusieurs fois cette question ce matin. que voulez-vous ? . répondit-il d'une voix traînante. il ignorait l'histoire Philip Whitworth. poursuivit-il. tout en avançant d'un pas. Lauren se paralysa de nouveau sur place.Pour tout vous avouer. Lauren se releva tant bien que mal. lui ordonna-t-il d'une voix douce. Malgré ses efforts désespérés pour comprendre l'état d'esprit dans lequel il se trouvait.Je me sens très flatté. quand la femme qui était assise à côté de moi dans l'avion a vomi dans un sac. Elle se plaça prudemment hors de son atteinte. . ma douce. Lauren refoula un gloussement de rire nerveux. la mâchoire de Nick avait une rigidité sinistre de masque de fer et une énorme tension se dégageait de chaque muscle de son corps vigoureux. C'est bien ça ? Elle acquiesça d'un hochement de tête. Je me la suis posée quand j'ai laissé en plan six collègues qui attendent de moi un vote sur des questions d'une importance vitale. dit-elle d'une voix tremblante. .Vous. Lauren n'y parvenait pas..Et maintenant que vous êtes ici.. .Lauren. . Je me la suis posée pendant le voyage qui m'amenait ici. . mais il n'était pas furieux. la coupa-t-il avec impatience.

Mais ce qui compte. Qu'entendait-il par « appartenir » ? D'instinct. . pas davantage qu'aujourd'hui.. calmement mais avec détermination.La seule chose que vous prouveriez. elle comprenait qu'il ne lui offrait pas le mariage.Réfléchissez à l'individu cynique. affirma-t-elle. je vais décharger votre voiture et vous allez pouvoir défaire vos bagages.Mais non. si vous m'y forcez. Elle recula d'un autre pas.. de toutes les façons. Nick. même si je me sens sacrement plus vieux que je ne l'étais à l'époque. Elle allait courir le . vous m'appartenez et. pensez à toutes les améliorations que vous pourriez apporter à mon caractère. tout ce que j'admettrais n'aurait aucune valeur. Reconnaissez-le : vous ne me trouviez pas du tout trop vieux il y a deux mois. Nick lui adressa un sourire : . Elle allait céder et devenir ce cliché sordide : la secrétaire amoureuse de son patron qui vit une liaison secrète avec lui. Elle allait miser sa fierté et son amour-propre sur le vague espoir de se faire aimer de lui. Une envie simultanée de rire et de pleurer fit perdre à Lauren son sang-froid.Je rentre chez moi. Maintenant. Lauren savait qu'il était tout à fait capable de le faire. une pointe d'exaspération dans sa voix cajoleuse : . c'est que vous êtes plus fort que moi physiquement. ses cheveux tombèrent en cascade en un épais rideau. Que se passerait-il si elle lui parlait maintenant de Philip Whit-worth ? Nick reprit la parole. je vais vous porter jusqu'à votre lit et c'est là que je vous obligerai à l'admettre. répliqua-t-il d'un ton qui n'admettait pas la discussion.Springs. de quelque façon que ce soit ! L'air sombre. . mais qu'il s'offrait au moins lui-même. amoral et sans principes que je suis. Le cœur de Lauren se mit à cogner dans sa poitrine... c'est que je refuse de vous appartenir. Elle allait le faire. Comme elle inclinait la tête en avant pour cacher ses yeux brillants de larmes.Alors que moi. Dans ces conditions. . je veux vous appartenir.

luttant de toutes ses forces pour apaiser les exigences de son corps en feu. impétueux et passionnés qu'il lui donnait... Elle essaya de dire quelque chose et Nick se raidit. Je ne suis pas entré ici en conquérant pour vous emmener d'office au lit. Des larmes noyaient ses yeux bleus et perlaient sur ses cils épais. de Lauren.. Je vous aime. Lauren. Nick lut son acceptation de se plier à la décision qu'il prendrait. pressée contre son cœur battant. tremblant de tous ses membres. sans quitter son étreinte. il lui souleva le menton pour la dévisager. car Lauren s'était jetée de manière inattendue dans ses bras. Incapable d'en croire ses oreilles.risque qu'il se mette peut-être à la haïr quand elle finirait par lui parler de Philip. prêt à subir le rejet auquel il s'était attendu pendant tout son voyage de retour de Chicago. Elle s'étendrait près de lui. murmura-t-il tendrement. .Je vous défends de pleurer. Animé de la soif insatiable qui le torturait depuis des semaines. d'une . Malgré les baisers frénétiques. .Je vous trouve si beau. Nick écrasa la bouche de la jeune femme sous la sienne. releva le visage vers lui. et il la tint simplement dans ses bras. Au bout de quelques minutes dans cette position. Il ne put finir sa phrase. chuchota-t-elle d'une voix brisée. s'il le désirait.Lauren. D'un geste mal assuré. Pas comme cela. serrant en même temps son corps tendu et avide contre celui. Il réussit enfin à arracher sa bouche à la sienne. Avec un gémissement rauque venu de sa poitrine. Je ne vais pas recommencer ce que j'ai fait à Harbor Springs. dit-il d'une voix enrouée. La jeune femme qu'il tenait dans les bras. Elle releva brusquement la tête. . .Non. elle le contemplait à travers ses yeux embués. souple et malléable. Dans les yeux interrogateurs de la jeune femme. il dévorait ses lèvres. je trouve que vous êtes le plus beau.. Je ne l'ai encore jamais dit à une femme et je. il ne parvenait pas à se rassasier d'elle. Nick sentit son cœur fondre.. ici même. Vaincu par ses larmes..

ce qui lui valut un autre baiser. . soudain gênée.Au bal de charité de l'hôpital pour enfants. qui a lieu à l'hôtel Westin.Je passerai vous prendre à 21 heures. . A moins que vous ne préfériez quelque chose de plus conventionnel. j'ai des invitations tous les ans. Lauren le gratifia d'un regard plein de compassion. Comme j'en suis l'un des sponsors. Un quart d'heure lui suffit pour décharger la voiture de Lauren.. Quelqu'un risque de nous surprendre ensemble.Je vous suggère de dormir un peu aussi. Vous avez une tenue adéquate ? Lauren répugnait d'avoir à porter les vêtements de la maîtresse de Philip Whitworth. parce que nous irons au lit à notre retour de la réception à laquelle je vous emmène ce soir et j'ai bien l'inten tion de vous tenir éveillée toute la nuit. lui dit-il avant de partir. ajouta-t-il pour bien se faire comprendre. . dit Lauren.beauté presque impudente.Avez-vous vraiment faim ? Je pourrais vous pré parer des collants sautés pour accompagner ces chaussures au four.Tout le monde verra que nous sommes ensemble. . mais pour ce soir.Une soirée qui n'aura rien de discret. elle n'avait pas le choix. Ensuite je dormirai un peu. . aucun des autres employés de Global Industries n'était susceptible d'y assister. lui adressa l'un de ses sourires ensorceleurs. par exemple ? Nick eut un petit rire et lui effleura le front des lèvres. C'est une soirée habillée.Où allons-nous ? . . Une omelette. Je n'ai pas pu dor mir une seconde la nuit dernière.Je vais demander à ma gouvernante de me pré parer quelque chose pendant que je prends une dou che. . Où est le mal ? Si ce bal de charité était l'une des grandes réceptions de la haute société.. Sans . C'est l'une des plus importantes réunions mondaines de l'année et c'est pour cela que je veux vous y emmener.

répondit-il. Un instant. il resta fasciné par le spectacle appétissant de ses seins. sa chemise à jabot d'un blanc immaculé et son nœud papillon noir. Nick parcourut d'un regard brillant d'admiration les traits animés de la jeune femme et ses cheveux lumineux ramenés en torsades compliquées sur sa nuque. 17 Ce soir-là. doublée de satin blanc. dont les globes crémeux se gonflaient au-dessus du décolleté de son fourreau de velours noir. j'irais au bout du monde. Avec vous. . .doute était-ce pour cela que Nick ne se souciait pas des ragots que cela déclencherait au bureau.. dont la jupe étroite et longue était fendue d'un côté jusqu'au genou.Ça ne vous plaît pas ? lui demanda Lauren qui lui tendait une cape de velours noir assortie. A l'occasion du bal. un tapis rouge avait été déployé du trottoir à .. au centre-ville de Détroit.Il n'y a aucun mal. De son côté. L'hôtel Westin était situé dans le magnifique Centre Renaissance. se hissant sur la pointe des pieds pour l'embrasser.Vous êtes superbe. répondit-elle. Je serai ravie d'y assister. .Je les adore. lui dit-elle tendrement. . la porte de Lauren s'ouvrit sur un Nick d'une élégance époustouflante dans son smoking corbeau. Les joues de la jeune femme rosirent quand elle comprit à quoi il faisait allusion.

A leur entrée dans la salle de bal où se pressaient les invités. la soirée fut magique.... gratifia son ami d'une franche poignée de main. dit Jim sans paraître remarquer la réserve de son ami. Nick a oublié que j'étais autrefois amoureux d'une fille à qui je n'arrivais pas à demander sa main par manque de courage. Tu sais parfaitement pourquoi ! Jim fronça les sourcils avant de tourner son regard fauve et admiratif vers Lauren.l'entrée principale de l'hôtel.Je vous dirais bien que vous êtes superbe. mais Nick est déjà en train de refréner son envie de me faire avaler mes dents. Des caméras de télévision étaient placées des deux côtés du tapis. . Pour Lauren.Tu reviens de Chicago plus tôt que prévu. Je me demande bien pourquoi.A cause de deux douzaines de roses et d'un baiser dont il a été témoin. éclairée de lustres étincelants et . Une soirée embaumant les fleurs. tandis que les cameramen suivaient leur avancée sur le lapis rouge. les flashes crépitèrent de toutes parts.Espèce de salaud ! s'écria-t-il gaiement. Lui aussi les vit et il les regarda approcher Bans parvenir à dissimuler tout à fait la joie qu'il éprouvait. la première personne qu'aperçut Lauren fut Jim. Un jeune garçon en livrée s'avança pour ouvrir la portière de Lauren.Ne fais pas l'innocent. . Nick éclata de rire et. . Le regard de la jeune femme vola à son tour vers le visage de Nick. Comme le chauffeur de Nick immobilisait la limousine.. . . des photographes de presse se frayèrent un chemin à coups de coude jusqu'à l'avant du véhicule in brandissant leurs appareils. Jim répondit d'un petit gloussement : . Lauren remarqua pourtant que Nick hésitait à la prendre. Lorsqu'il tendit la main. dur comme du granité. cette fois-ci. Il en a eu assez de mes hésitations et il a donc envoyé deux douzaines de roses à Ericka.Pourquoi ? s'étonna-t-elle. Au moment où Nick descendait de la limousine derrière elle et la prenait par le coude.

Une soirée passée à danser dans les bras de Nick et à se tenir à ses côtés pour qu'il puisse la présenter à ses connaissances. Dès qu'ils quittaient la piste de danse pour prendre une coupe de Champagne. Un gros effort lui fut nécessaire pour passer du visage de Philip à ceux de Carol Whitworth et de Nick. . .J'aimerais bien partir maintenant. quel plaisir de vous voir ! Il s'exprimait d'une voix légèrement plus aiguë que d'habitude.bercée de musique magnifique. . Elle le constatait au sourire chaleureux qui éclairait son visage quand il la présentait à ses amis et à la manière possessive qu'il avait de garder le bras autour de sa taille. et elle se sentait absurdement fière de lui. Lauren s'apercevait que les gens aimaient bien Nick et qu'ils le respectaient profondément.Lauren ? Minuit avait sonné depuis longtemps. Et lui aussi était fier d'elle. se laissa emmener hors de la piste de danse.. un masque d'amabi lité sur le visage. Lauren acquiesça de la tête et.Nick. Mère et fils s'affrontaient comme deux étrangers bien élevés. Oh non ! supplia-t-elle frénétiquement. Elle inclina la tête en arrière et lui sourit de bonheur.Hummm !. Le désir qui brûlait dans les yeux gris de Nick était éloquent.. Et il semblait connaître tout le monde. Une femme blonde et mince à la beauté . dit Philip Whitworth. ajouta Philip. Le sang de Lauren s'était figé dans ses veines. pas maintenant ! . une foule de personnes se pressaient autour d'eux. Elle manqua en défaillir de soulagement. . Ils dansaient toujours. Elle venait de décider que cette soirée était la plus parfaite de sa vie quand une voix familière déclencha la panique dans tout son être. Il levait poliment les sourcils vers Lauren d'un air interrogateur.Il me semble que nous ne connaissons pas cette jeune femme. Pas ici. sans la moindre protestation.

Nick resta impassible. .Je sais que Carol Whitworth est votre mère. Carol ». . Quand ils eurent regagné son duplex. chuchota Lauren en détournant la tête. le soulagement qu'elle avait éprouvé lorsque Philip Whitworth ne l'avait pas démasquée se métamorphosa en inquiétude. mais froide. mais son bien-être ne dura qu'un instant.J'ai bien cru que tu ne le dirais jamais. Lauren se nicha dans ses bras. Lauren sentit le regard de Nick qui pesait sur elle. je serais tellement fière de vous ! Chaque fois que je vous regarderais.aristocratique. Lentement. Mary me l'a appris il y a quelques jours. Il fallait qu'elle le lui dise avant de se retrouver encore davantage empêtrée dans la toile d'araignée de mensonges qu'elle avait tissée. d'une beauté ténébreuse. Elle eut l'impression qu'une onde de soulagement parcourait le corps de Nick. je me dirais : cet homme superbe.Qu'avez-vous ? se décida-t-il à lui demander au bout d'un moment. La panique s'emparait peu à peu d'elle.Je t'aime. d'une certaine façon. . En prétendant ne connaître ni Philip ni Carol en présence de Nick.Si j'étais votre mère. .. Lauren glissa les doigts dans ses épais cheveux bruns. Elle respira avec difficulté. . Nick lui enleva la cape de satin des épaules et la drapa autour d'une .Mon amant. elle venait de participer à une tromperie flagrante qui. avant de la prendre dans ses bras et de l'embrasser avec une ardeur pleine de tendresse. murmura-t-elle. élégant. D'une manière courtoise. quand ils auraient fait l'amour. dans la limousine. termina Nick tout bas. Quelques minutes plus tard. . la bouche toute proche de la sienne. puissant est mon. face à un homme de haute taille. Cette nuit.. .C'est vrai. Nick les lui présenta comme « Philip Whitworth et son épouse. qui avait hérité de ses yeux gris. Elle le lui dirait cette nuit. le ridiculisait.

Nick l'y suivit. Nick prenait conscience que Lauren l'embrassait comme elle ne l'avait jamais fait auparavant et qu'elle faisait volontairement onduler sensuellement ses hanches contre sa virilité pour exacerber les vagues de désir qui montaient en lui. Quelque part. Animée d'un mélange d'amour et de crainte de le perdre. tout en caressant la chair dure et musclée de ses épaules et de son dos. brûlant frénétiquement de partager et d'aviver la passion qui montait en lui. tout au fond de son esprit embrumé par le désir. sur sa tempe. Lauren se cambra vers lui.Veux-tu boire quelque chose ? lui demanda-t-elle d'une voix tremblante.chaise. Lauren sentit contre elle la preuve brûlante de la fièvre erotique qui montait en lui. tandis que l'autre glissait vers le haut et venait se refermer doucement sur l'un de ses seins prisonniers du fourreau de velours. elle effleura ses lèvres brûlantes. elle alla se poster près d'une fenêtre. Quand les mains de Nick remontèrent vers ses épaules pour la faire pivoter. . L'une d'elles vint épouser l'une de ses hanches. Elle le sentit haleter lorsque. Au moment où ses mains s'attaquaient aux boutons de sa veste de smoking et où il commençait à se déshabiller. doux tourment. Assoiffé de désir. Délicieusement légères étaient les mains de Nick et. Il n'établit pas . La respiration de Lauren se fit courte et saccadée sous la caresse des lèvres qui effleuraient son oreille puis sa nuque et sous la pression des mains sur sa taille. Pour se calmer. Lauren fut traversée par un frisson d'excitation. . de sa langue. Il glissa un bras autour de sa taille pour l'attirer contre lui. lorsqu'il glissa les doigts sous le bustier pour caresser possessivement sa poitrine sensible. le corps tout entier de Lauren n'était plus que désir. en même temps que ses bras l'attiraient doucement plus près de son corps rigide. il lui donna un baiser lent et voluptueux qui se fit peu à peu plus pressant et brûlant avant d'éclater en une frénétique voracité.Non. Les lèvres entrouvertes de Nick effleurèrent les siennes. pendant que sa tête se baissait pour déposer un baiser.

Après lui avoir reproché d'avoir des critères de moralité infantiles.Débarrassons-nous de ça tout de suite pour que j'arrête de me poser des questions. le dévisageant sans comprendre. Si Lauren était étonnée par son attitude. . Elle ne parvenait pas à en croire ses oreilles. Cette nuit-là.Combien de quoi ? dit-elle. Décontenancée par le ton amer. il lui recouvrit les mains pour l'empêcher de continuer. s'abattit sur lui. empreint d'une sorte de lassitude et de tristesse. mélange de regret et de déception. voilà qu'il était jaloux ! Pour la bonne raison qu'il tenait maintenant à elle. à la différence près que c'était alors lui qui avait dû poser la main de la jeune femme sur sa chemise et lui demander de la déboutonner. elle était inexpérimentée et timide. Des doigts. elle fut complètement abasourdie par ce qu'il lui dit ensuite en reposant son verre : . elle avait manifestement acquis beaucoup d'expérience.D'amants. Lauren hésitait entre l'envie de le frapper. Mais quand Lauren se détacha un peu de lui pour commencer à déboutonner sa chemise. précisa-t-il amèrement. après lui avoir dit et répété que les hommes préféraient les femmes expérimentées. Lauren cessa de le déshabiller. Depuis lors. Elle alla lui préparer un bourbon à l'eau au bar et le lui tendit. qu'il employait. il porta le verre à ses lèvres. Une douche glacée. il revit aussitôt la scène qui s'était déroulée à Harbor Springs. .Puis-je avoir un verre ? Il s'en voulait de telles pensées et des sentiments qu'il éprouvait soudain à son égard. Sans un mot. d'éclater de rire ou de le réconforter d'un câlin en le prenant dans . Le rictus glacial qui tordit les lèvres de Nick au moment où il se rendit compte qu'elle se souvenait exactement de ce qu'il aimait boire ne lui échappa pas.d'emblée de comparaison entre la femme libérée qu'il tenait dans ses bras et la jeune fille timide et peu sûre d'elle qu'il avait connue à Harbor Springs. Il y en a eu combien? .

mais j'ai besoin de la connaître pour arrêter de me torturer l'esprit. Dis-moi s'ils te plaisaient. que les femmes ont les mêmes désirs physiques que les hommes et que nous avons le droit de les satisfaire avec quiconque nous plaît.Bien sûr que tu ne m'en voudras pas. . . lança Nick qui avait enfin . comme si le ton qu'il employait la stupéfiait. Alors. Une lueur de regret féroce brûla dans les yeux de Nick et son corps se raidit comme si on l'avait frappé physiquement. Je me fiche de ta réponse. . si tu te moquais éperdument d'eux ou si tu l'as fait pour être à égalité avec moi.A l'époque. Dis-moi combien il y en a eu. et qu'ils préféraient des femmes expérimentées. . Se détournant de lui. sans lâcher du regard les glaçons au fond de son verre.Lauren. .Oui.Tu m'as également affirmé.. Tu parles ! songea Lauren avec bonheur tout en essayant de déboucher la bouteille de vin. dit-elle gaiement. Elle jeta un coup d'oeil rapide dans sa direction.Juste un.ses bras. continua-t-elle en essayant de ne pas sourire. j'ai cru que je l'aimais. . Une autre solution lui vint à l'esprit : elle allait se venger un tout petit peu de tout le chagrin et de toute l'incertitude dans lesquels il l'avait plongée... tu m'as dit que les hommes n'accordaient plus d'importance à la virginité. C'est bien ça ? . A Harbor Springs. combien ? insista-t-il sèchement. la coupa-t-il d'une voix sombre.En quoi leur nombre est-il important ? s'enquit-elle d'un ton innocent. est-ce que tu tenais à lui ? Lauren enfonça plus profondément le tire-bouchon.Est-ce que. je t'ai posé une seule question.Je sais ce que j'ai dit. .Bon ! oublions-le. Tu as dit très précisément que. elle alla prendre une bouteille de vin blanc dans le bar. Je ne t'en voudrai pas.. Tu as même beaucoup insisté sur ce point et. . . Contente-toi de me le dire... admit-il d'un ton lugubre.

sophistiqué. pourquoi as-tu l'air tellement fâché ? Tu me mentais ? Nick reposa brutalement la bouteille sur le bar et tendit la main pour prendre un verre dans le placard.Parce que ça m'arrangeait de le croire.Pourquoi ? insista-t-elle. Je n'étais pas amoureux de toi à ce moment-là. Il était grand. Le dos tourné à elle. . dit-il froidement. .. Il a réussi à vaincre ma résistance en deux jours et. arrête ! grinça Nick. . il se tourna vers elle. comme toi. . . Lauren se tenait au centre de la pièce. véritablement hors de lui. bon sang ! .Oui. .Non. .Veux-tu que je te parle de lui ? .Il s'appelle John. .Je ne veux pas le savoir ! . Très élégant. Nick agrippa le placard à alcools des mains pour se retenir. sans s'empêcher d'admirer la facilité avec laquelle il s'y prenait pour venir à bout du bouchon récalcitrant.remarqué les efforts qu'elle faisait pour déboucher la bouteille de vin et s'approchait pour lui venir en aide. . brun et beau. Nick ressentit un tel soulagement qu'il eut le plus grand mal à le supporter.Qu'entends-tu par là ? Tu m'as expliqué qu'une femme qui satisfaisait ses pulsions sexuelles n'était pas pour autant immorale. . finit-il par avouer. mais elle recula d'un pas pour être hors de son atteinte.Je sais ce que j'ai dit.. . Les yeux de la jeune femme pétillèrent. .Je ne t'ai pas menti. Se redressant..Serais-tu capable de me pardonner ? lui de-mandat-elle. tel un ange drapé de séduisant velours noir.Tu l'aurais trouvé à ton goût. A l'époque. Une jeune femme . Lauren sentit qu'elle l'aimait plus que jamais.Dans ce cas... je croyais ce que je disais. quand le temps aura passé.John Nicholas Sinclair. Après cet aveu.Bon sang. précisa Lauren.. et expérimenté.

d'une beauté exquise. puis il prit une profonde inspiration. sa joue et finalement ses lèvres.. chuchota-t-il d'une voix rauque. qu'elle était également têtue. Il ne pouvait pas accepter ce cadeau et son amour et ne lui offrir en retour qu'une liaison sans avenir.. commença-t-il gravement.. Et elle était amoureuse de lui. dotée d'un corps aux lignes parfaites et plein de grâce naturelle. . une fierté sereine. je me suis beaucoup attaché à la cou leur blond vénitien de tes cheveux. j'aimerais avoir quatre filles avec des yeux bleus comme les tiens. Il l'observa longuement sans piper mot. tout le reste ne ferait que saccager sa fierté et la rabaisser. Nick se pencha pour la soulever dans ses bras et l'emporter dans la chambre à l'étage au-dessus.Chérie. Il avait le choix entre en faire sa maîtresse et en faire sa femme. je t'en supplie. Il émanait d'elle une finesse. l'écrasant contre son cœur. volontaire et assez courageuse pour le défier.. il laissa lentement glisser la main qui la soutenait derrière les genoux.Lauren. aux dépens de sa propre colère et de sa propre frustration. qui l'avait empêchée de devenir la proie facile des désirs des hommes. Ne pleure pas.sensuelle. Nick avait aussi appris. ne pleure pas. transpercé d'émotions identiques à celles qui la faisaient trembler. en déposant des baisers sur son front. il la prit brusquement dans ses bras. Il était le seul à qui elle eût fait don de ce corps magnifique. La sensation exquise des jambes de Lauren descendant le long de ses cuisses lui coupa brusque- . Au cours des dernières semaines. . Se souvenant qu'il ne s'agissait pour Lauren que de la seconde fois où elle allait faire l'amour. La bouche toujours collée à la sienne. Dans son cœur. si tu pou vais t'arranger. Nick savait que c'était en tant qu'épouse qu'elle avait sa place à ses côtés . A la vue des larmes de bonheur incrédule qui remplissaient les yeux de la jeune femme. Et puis. et qu'il était hors de question de la presser. mais il l'aimait. Elle était très jeune. Alors.

A Harbor Springs. Et lorsque ses sous-vêtements de dentelle glissèrent enfin sur le sol.Lauren. il pencha la tête pour l'embrasser. Pendant qu'il ôtait ses vêtements. il cessa de se maîtriser. La langue de Nick s'inséra à peine dans sa bouche pour goûter à sa saveur enivrante et se retira. glissaient sur ses traits lisses. elle leva le visage vers le sien et resta debout devant lui sans la moindre honte. Lauren se rendit cependant compte que Nick ne lui faisait pas l'amour de la même façon que la première fois.. L'amour brillait dans ses yeux. la pressant contre les oreillers. des petites flammes de désir brûlant et incontrôlable embrasèrent tout le corps de Nick. puis elle y replongea de nouveau avidement et frénétiquement. Un sentiment de tendresse dévastateur fit trembler les mains de Nick qui épousaient le visage de Lauren entre leurs paumes.ment le souffle. elle remonta les mains le long de son torse nu afin de lui encercler le cou de ses bras et se pressa de tout son long contre son corps dénudé et tendu par la passion. un amour d'une intensité si sereine qu'il en ressentit à la fois de l'humilité et une grande fierté. . A Harbor Springs. En guise de réponse. Lauren s'offrait désormais à lui tout entière.. il avait manié son corps avec maestria comme s'il s'était agi d'un instrument familier entre ses mains souples et habiles . A ce contact. cette nuit. soudain malhabiles. dit-il de sa voix profonde dans laquelle perçaient ces émotions bouleversantes et toutes nouvelles pour lui. tandis que ses doigts. Dans un gémissement rauque. Emportée par ce tourbillon déchaîné de sensations erotiques. Après l'avoir défié avec entêtement pendant des semaines et avoir froidement nié son existence. sans cesser de lui prodiguer des caresses folles et des baisers ardents. la jeune femme se déshabilla sous son regard brûlant. Les lèvres tendres de Lauren s'écartèrent. il tenait presque son désir à distance et le maîtrisait sans . il l'attira sur le lit et la fit rouler sur le dos. S'efforçant encore de retenir cette explosion de passion. ses mains la caressaient et avivaient son désir avec une douceur qui la mettait au supplice et avec une sorte de respect subtil. moi aussi je t'aime. Et d'un seul coup.

D'un même élan. ses lèvres capturèrent celles de Lauren en un baiser profond et fiévreux et il plongea dans sa chaleur inouïe. Les mots d'amour qu'il lui chuchotait la remuaient jusqu'au tréfonds de l'âme.mal . Lauren fut réveillée en sursaut par la sonnerie du téléphone. . Nick raccrocha. lui souffla-t-il d'une voix cajoleuse. il s'enfonça davantage en elle. dans un dernier assaut. chuchota-t-il d'une voix rocail leuse.. extase qui finit par exploser avec une violence qui lui arracha un cri venu du fond des âges. Puis il s'assit sur le rebord du lit et se passa une main dans les cheveux. A chaque contact de ses doigts indiscrets. à chacun de ses assauts de plus en plus pressants.C'est Jim.J'ai envie de toi. Lorsqu'il lui écarta les cuisses des mains. dans un univers où n'existait rien d'autre que la façon belle et sauvage dont il lui faisait l'amour. Nick resserra son étreinte. Ses lèvres et sa langue se mirent à parcourir la poitrine de Lauren. Puis ses mains glissèrent sur les épaules et les bras aux muscles tendus. . Nick cessa de se retenir.. pour toi. Se penchant audessus du torse nu de Nick. Lauren eut un gémissement et cambra les hanches vers lui. l'écrasant contre lui. elle s'envolait de plus en plus haut. . j'ai tellement envie de toi ! Cette déclaration passionnée l'embrasa davantage. . la rejoignit dans cet oubli bienheureux. Après une brève conversation. lui faisant perdre la raison. Et lorsque Lauren s'exécuta. dit-elle en lui tendant l'appareil. il avait besoin de se fondre en elle aussi désespérément qu'elle avait besoin de se fondre en lui. Tôt le lendemain matin. et. Elle agrippa convulsivement ses cheveux entre ses doigts pour l'obliger à garder la tête contre ses seins. à chaque effleurement de ses lèvres et de sa langue. cette nuit. elle tendit la main pour décrocher le combiné. chérie. Des vagues de volupté frémissantes déferlaient sur Lauren à chacune de ses caresses profondes.Bouge avec moi.

Il se peut que j'aie à prendre un vol de nuit pour rentrer. il était en train d'enfiler son pantalon et sa chemise. lui promit-il quelques minutes plus tard devant la porte d'entrée.Je dois prendre l'avion pour l'Oklahoma aujourd'hui. . Je te le promets. j'ai acheté une compagnie pétrolière appartenant à un homme qui. . . Il la prit dans ses bras pour lui donner un long baiser enivrant avant de la lâcher à contrecœur. lui annonça-t-il avec un mélange de regret et de résignation. mais je te promets d'être de retour demain. Mon équipe a essayé de négocier de nouveaux contrats avec ces employés. Déjà. Il y a quelques mois.. Ils exigent de me parler en personne. au fil des ans.Je te verrai demain au bureau. sinon ils vont se mettre en grève. mais ils sont habitués aux promesses non tenues. avait fait de ses employés des esclaves.

Nick l'avait appelée deux fois de l'Oklahoma et elle le reverrait dans le courant de la journée. Nicholas Sinclair. avec un coup d'œil en direction des six visages animes d'une intense curiosité qui entouraient son bureau. c'est vraiment incroyable ! Elle ne voulait pas que sa relation avec Nick soit . l'industriel de Détroit.C'est à toi de nous le dire.C'est vrai qu'elle me ressemble. esquiva-t-elle. des dizaines de visages attentifs et interrogateurs se tournèrent au passage de Lauren. N'est-ce pas toi sur cette photo ? Elle posa le journal du dimanche sur le bureau de Lauren d'un geste brusque et le lissa soigneusement. à son arrivée chez Global Industries. J. . elle suspendit son manteau et continua en direction de son bureau.en compagnie de Nick.Qu'y a-t-il ? demanda-t-elle. . Susan Brooke l'y attendait. Sans comprendre ce qui se passait. et sa compagne. Ils étaient en train de danser et Nick la buvait des yeux. levé vers le sien. en compagnie d'une demi-douzaine d'autres employées. répondit gaiement Susan. Et au beau milieu de cette page trônait sa photo en couleurs . . A ce point-là. Une page entière était consacrée au bal de charité de l'hôpital pour enfants.18 Le lundi matin. Elle rayonnait de bonheur. Le visage de Lauren. disait la légende. était pris de profil. Les yeux de la jeune femme s'écarquillèrent.

le silence qui gagnait tous les bureaux au fur et à mesure que les gens arrêtaient de parler et que le cliquetis des machines à écrire se taisait. Apparemment. dit la voix profonde de Nick dans le dos de Lauren. l'air franchement déçu. dans un soupir.Décidément.Tu es superbe.Et tu vas me manquer encore davantage. Je suis obligé de m'envoler dans une heure pour Casano. Une fois dans son bureau.ébruitée publiquement avant le moment adéquat. . Six femmes sidérées sursautèrent à l'unisson et. . . Mais qui est ce type affreux avec lequel tu danses ? Sans attendre de réponse. c'est vraiment incroyable ! la taquina-t-elle. il la relâcha à contrecœur et noua les mains dans son dos. chuchota-t-il. des Américains ont débarqué dans son village. avec un étonnement mêlé de crainte. Puis. mesdames. avisant le journal. lui ébouriffa les cheveux sur le sommet du crâne d'un geste affectueux et pénétra dans le bureau de Jim en fermant la porte derrière lui. Aucune d'elles ne remarqua l'accalmie subite.Tu veux dire que ce n'est pas toi ? la questionna l'une d'entre elles. Lauren était tellement gênée qu'elle aurait voulu disparaître sous terre. Nick demanda à Lauren de monter avec lui. Susan Brook fronça les sourcils. Comme Rossi n'arrivait pas à me joindre. il a appelé Horace Moran à New York.Tu m'as manqué. . et ne souhaitait surtout pas un instant que ses collègues de travail la traitent différemment. quelle ressemblance. . . A sa sortie du bureau de Jim. tellement près qu'elle n'osa pas tourner la tête de crainte qu'il ne l'embrasse devant tout le monde. Ils mettent leur nez partout et posent des questions à son sujet. contemplèrent Nick qui se penchait derrière Lauren et posait les mains sur le bureau de la jeune femme. Il jeta un coup d'oeil au journal étalé sur le bureau. . . il se redressa. quelques minutes plus tard.Bonjour. il l'attira dans ses bras pour lui donner un long et ardent baiser.Bonjour ! lui dit-il à l'oreille.

. dit-elle. Il fronça les sourcils. à la vue du visage de Lauren qui s'éclairait. Rassure-le. En l'emmenant en Italie où se trouve déjà Ericka. Quatre labos sont en train de tester les échantillons de son produit.Pourquoi emmènes-tu Jim ? .. Dans l'intervalle. Jim prendra sa place. .. s'efforçant de paraître gaie alors que son départ la rendait très malheureuse. Enfin. Rossi s'est caché et il n'y a aucun moyen de le joindre au téléphone. Dis-lui que j'arrive et qu'il n'a aucune raison de se faire du souci. Elle parle un peu italien.Quand le président de Sinco prendra sa retraite à la fin du mois. je vois que tu comprends le fond de ma pensée. . Je serai de retour mercredi ou jeudi au plus tard. mais elle aurait à se ronger les sangs pendant trois ou quatre jours supplémentaires avant de pouvoir lui parler de Philip.J'ai envoyé des agents de la sécurité enquêter sur eux. j'ai demandé à Mary de te le passer. Après l'avoir une dernière fois serrée dans ses bras. Il lui adressa un sourire. nous pourrons discuter des projets à long et à court terme concernant Sinco.Et je dois dire que je lui suis si reconnaissant d'être intervenu dans nos vies que j'ai décidé de me mêler aussi de la sienne. je ne t'ai jamais expliqué ce qu'il en était d'Ericka. où que tu te trouves.. Il lui était absolument impossible de lui raconter maintenant. Il fallait qu'elle lui explique l'affaire quand elle serait près de lui pour pouvoir le calmer. dit-il.Mary l'a fait. Mais du coup. D'ici deux semaines. » J'emmène Jim avec moi. Le père d'Ericka a paniqué et il l'a envoyée à Casano pour essayer de calmer Rossi.. . Non seulement il allait lui manquer. Pendant ce voyage. alors qu'il s'apprêtait à partir en voyage. . Il ressasserait sa colère pendant tout son séjour. nous devrions savoir s'il est un génie ou un imposteur. il la relâcha pour aller prendre des papiers sur son bureau.Si Rossi rappelle. . je.Lauren. qu'il fourra dans son attaché-case.. nous allons lui faire confiance et le .

Lauren l'écoutait monologuer à la vitesse de l'éclair avec admiration. dit-elle.Tant mieux. . poursuivit-il. comme si elle vivait à la frange d'un cyclone. Nous remplirions de la sorte nos obligations mondaines envers toutes nos connaissances.Lui as-tu dit quand et où nous allions nous marier ? . je crains que tu ne sois assaillie par une meute de journalistes.As-tu envie d'un grand mariage à l'église avec des centaines de figurants et qui va demander des mois de préparation. avec tellement de naturel que Lauren fut tout de suite sur ses gardes.chouchouter. Parce que je deviendrais fou si je devais attendre pour te faire mienne. et l'alternative beaucoup plus attirante qui consistait à devenir l'épouse de Nick tout de suite. . . ou serais-tu prête à accepter de lier ta vie à la mienne dans une petite chapelle. . . Quand la nouvelle éclatera au grand jour. Tout se déroulait si vite que Lauren en avait le vertige. . Il sait qui tu es et que nous allons nous marier. elle serait emportée dans un véritable tourbillon. Lauren soupesa rapidement le poids que représentait un grand mariage à l'église pour son père souffrant et sans le sou. Il lui lança un clin d'oeil.Comment l'a-t-il su? demanda-t-elle dans un souffle. .Toi et une chapelle. . Lorsqu'elle serait mariée avec lui. Il referma son attaché-case et l'obligea à se lever du fauteuil sur lequel elle venait de s'affaler.Vraiment ? Afin d'avoir une excuse pour le toucher. elle rajusta .C'est moi qui le lui ai appris. un reporter m'a appelé ce matin. Je ne suis pas très patient. avec pour seuls témoins ta famille et quelques amis ? Cela ne nous empêcherait pas de donner une grande réception au retour de notre lune de miel.Au fait.Je lui ai dit que c'était pour bientôt.

. il leur donne de l'argent en leur disant de s'offrir quelque chose qui leur plaît.. Lauren s'attarda quelques instants dans son bureau..Jack. Comme si le simple fait d'y penser avait déclenché l'appel. On était lundi. Utilise le montant qui restera pour t'acheter quelque chose dont tu as envie en souvenir de nos fiançailles. Il essayait de fixer ses idées.. Il se moque que ce soit des bijoux ou des fourrures. L'horloge indiquait 10 h 30. Après le départ de Nick. Elle jeta un coup d'oeil à son bracelet-montre.. Lentement. Tu n'arriveras pas à la dépenser uniquement en vêtements.. » Elle écarta cette pensée attristante. avant d'ajouter : J'ai signé un chèque que j'ai donné à Mary. ou une fourrure. de se concentrer. Il était 10 h 15 et elle n'avait pas encore commencé à travailler. Nick changerait. prends quelques jours de congé et sers-t'en pour acheter ton trousseau pendant mon absence. .Coquine. A la place. le taquina-t-elle.Je ne l'avais pas remarqué. Metsle sur ton compte. Un jour peutêtre. luttant contre la faiblesse qui s'emparait de lui chaque fois qu'on lui faisait des piqûres avant de l'emmener en bas pour ses examens... lança-t-il affectueusement. Jack se forgea une image mentale du visage rond et des petits yeux en billes de loto de son assistant.Avez-vous contrôlé cette demoiselle Danner ? lui . Jack fixait d'un regard hébété la grosse horloge ronde sur le mur qui faisait face à son lit d'hôpital. Nick n'a plus jamais acheté un cadeau à une femme.. sa joie teintée de tristesse au souvenir des paroles que Mary avait prononcées lorsqu'elles avaient déjeuné ensemble chez Tony : « A partir de ce jour-là. Un bijou. c'est Rudy. .le nœud de sa cravate. .. le téléphone se mit à sonner près de son lit. Rudy était censé l'appeler pour lui communiquer les résultats de l'enquête menée sur la secrétaire bilingue qui avait été affectée à Nick Sinclair. Il s'agit d'une somme assez importante..

Jack. A mon avis. allez voir Mike Walsh. Et je vous demande de la surveiller. La dernière nana qui vivait là était une rousse. . . Elle crèche dans une résidence pour gens friqués de Bloomfield Hills et c'est un vieux qui paie son loyer.. .Ouais. Allez voir Nick Sinclair et racontez-lui ce que vous venez de me dire. dites-vous ? . et rapportez-lui ce que je vous ai dit. Il peut voir son appartement du portail.. A mon avis. espèce de crétin. l'avocat principal de l'entreprise. fit Rudy. ce Whitworth commence à se décatir et.Whitworth. Vous plaisantez ! Cette nana est. ... comme celui d'un soldat en mission.demanda-t-il. . le vieux Whitworth n'en a pas pour son argent.. Vous avez pigé ? Dites à Nick.Quoi ? Elle est ?. il a perdu l'envie et.Qui. le ton de Rudy se fit soudain important. c'est d'elle que vient la fuite dans l'affaire Rossi. . c'est fait..Ecoutez-moi et fermez-la ! dit Jack d'une voix qui trahissait sa bouche pâteuse. Je veux que tous les .Dites-lui qu'à mon avis. Jack luttait pour se débarrasser de la brume qui brouillait ses pensées. . Le gardien dit que cette Danner se tient bien tranquille. et écoutez-moi ! Si Nick Sinclair est absent. Ils m'emmènent en bas pour des examens et ils viennent de me faire une piqûre qui m'endort. N'en parlez à personne d'autre. J'ai parlé au gardien qui m'a dit que le type loue ce petit nid d'amour pour ses maîtresses. Un soir où le vieux Whitworth venait lui rendre visite.Je vais m'en occuper. Rudy eut un petit rire lubrique. Vous pouvez compter sur moi. Comme vous me l'avez demandé. Philip Whitworth.. Des vagues nauséeuses l'embrumaient.. ..Fermez-la.Selon lui. De méprisant. il l'a trouvée en compagnie d'un autre type et il l'a fichue dehors.. Il n'est passé la voir qu'une seule fois depuis qu'elle a emménagé.

avant qu'elle ait l'occasion de tout lui expliquer personnellement. elle pouvait évidemment lui annoncer qu'elle allait s'installer à l'hôtel. elle vivait dans l'appartement qu'il avait mis à sa disposition et elle ne pouvait pas déménager pendant l'absence de Nick.coups de fil qu'elle passe et qu'elle reçoit au bureau soient écoutés. lui annonça Philip Whitworth d'une voix onctueuse. mais elle n'en eut pas le courage. ma chère. . Lauren était en train de rêvasser. mais pour cela il lui faudrait inventer une raison et elle ne voulait pas ajouter un nouveau mensonge à sa liste. Elle nageait en pleine béatitude et n'arrivait pas à se concentrer sur ses petites tâches de bureau quotidiennes. Eût-elle voulu écarter Nick de ses pensées. elle courait le risque qu'il appelle Nick pour lui révéler qui elle était et lui raconter les événements de son point de vue. comme chaque fois qu'elle décrochait depuis la veille.Je nous vois mal déjeuner dans votre immeuble. Elle prit l'appel et nota sans y prêter attention le minuscule déclic qui se produisit. . mais d'un ordre. Son téléphone sonna. ce qui n'était pas le cas.Lauren. accepta-t-elle sans enthousiasme. En outre. il me semble que nous devrions déjeuner ensemble ce midi. . En le mettant en colère. mais je ne peux pas m'absenter longtemps du bureau. quand le téléphone sonna le lendemain matin. Elle se sentait mal à l'aise à l'idée d'être seule en sa compagnie. Lauren aurait voulu dire à Philip d'aller se faire voir et lui raccrocher au nez. Et faites-vous seconder. De . S'il l'appelait au bureau. L'inquiétude la prit. De toutes les fibres de son être.D'accord. Il ne s'agissait pas d'une invitation. que cela lui aurait été impossible. lui rappela Philip. Je veux que vous la suiviez à la trace et observiez le moindre de ses gestes. le regard perdu dans le vide. Il s'exprimait sur un ton sarcastique qui donna le frisson à Lauren. car celui-ci n'aurait plus de point de chute où lui téléphoner. car ses collègues ne cessaient de la taquiner à son sujet.

Je vous rencontrerai chez Tony's à midi. Il se leva poliment. votre beau-fils ! le corrigea-t-elle amèrement.Effectivement. puis il lui offrit un verre de vin. .. baigné dans une lumière tamisée.Et si vous me racontiez maintenant ce qu'il en est exactement de vos relations avec notre ami commun. en direction des tables installées près du bar. mais je préférerais que . Un simple treillis de bois recouvert de plantes grimpantes les séparait du bar. Philip Whitworth était déjà installé et faisait tourner les glaçons dans son verre d'un air absent. Nous vous en donnerons une meilleure. très assuré et même très content. Une foule de clients attendant d'être assis emplissaient le restaurant lorsqu'elle y arriva. où se pressaient les clients qui consommaient debout. Tony. Essayez de nous appeler plus tôt la prochaine fois. répliqua vivement Lauren. attendit que Dominic ait placé la jeune femme. les serveurs pressés ne cessaient d'aller et venir pour prendre les carafes d'eau disposées dans un renfoncement juste à côté de leur table. ma chère. Comme elle lui adressait un petit sourire reconnaissant. . Quand il la conduisit dans l'arrière-salle. quand Lauren le rejoignit. à en juger par son expression. lui lança-t-il sans préambule.quoi voulait-il lui parler ? Puis elle se souvint du restaurant de Tony et se sentit soulagée. .. Elle le trouva très calme. Lauren comprit ce qu'il voulait dire. .Je m'occupe de la réservation. mais votre table n'est pas très bonne. . Il s'en échappait un incessant tintamarre de conversations ponctuées de rires bruyants.Excusez-nous. le jeune homme devint rouge comme une pivoine. ulcérée qu'il essaie encore de la tromper. l'aperçut et lui adressa un sourire avec la mine d'un homme submergé. C'est impossible d'avoir une table là-bas. Lauren. à moins de. mais n'y pensez plus. mais ce fut Dominic qui se chargea de la mener jusqu'à sa table. En outre. . Vous savez où c'est ? .Vous voulez dire Nick Sinclair.Oui. qui se trouvait de l'autre côté de la salle.

relations qui nous lient.Nous le savons bien. Elle bouillait de colère.Je ne pense pas que ce soit une bonne idée.. . . le croira-t-il ? . .nous n'utilisions pas son nom dans cet endroit très public. Les souvenirs de la façon dont sa femme et lui avaient traité Nick déchirèrent Lauren comme des coups de poignard. . Puisque c'est le cas.J'ai l'intention de l'en informer très bientôt. Philip lui adressa un sourire rusé et froidement calculateur.Je crains fort que cela ne relève de l'impossible s'il croit également que vous m'avez parlé du petit projet qu'il a en vue à Casano.Ne soyez pas ridicule ! Je ne suis pas votre maîtresse ! .Mais il croira que vous m'en avez parlé.. que vous portez les vêtements que je vous ai achetés. Lauren. réfléchissez à ce qu'il va éprouver quand il découvrira que vous vivez comme si vous étiez ma maîtresse.. dit-elle d'une voix sourde.Comme les journaux vous l'apprendront d'ici un jour ou deux... vous et moi ? Manifestement. Dans un effort pour ne pas oublier que Philip Whitworth s'était plutôt conduit décemment avec elle. autant vous le dire tout de suite : nous allons nous marier.Félicitations.Je ne vous ai rien dit au sujet de Casano.A juste titre ! ne put-elle s'empêcher de s'écrier. ..Ah ! je constate que vous êtes déjà au courant de cette histoire. . . .. elle parvint néanmoins à s'exprimer avec un calme calculé : . . Absolument rien ! Je ne vous ai jamais rien dit de confidentiel. il n'en savait rien lorsque nous vous avons rencontrés tous les deux à ce bal de charité. mais lui. . Lui avez-vous déjà parlé des..Je ferai en sorte qu'il le croie. Il éprouve une certaine animosité envers ma femme et moi. Des vagues d'angoisse paralysèrent Lauren quand elle comprit à quoi Philip faisait allusion.

Je préférerais mourir que lui faire le moindre mal. êtes-vous en train de me menacer de lui raconter que je suis votre maîtresse.Philip. vous me comprenez ? Il se pencha par-dessus la table. . . . Et je veux connaître les prix de Sinco. .Quel dommage ! siffla Lauren. Vous et moi sommes sur le point de conclure un marché et je veux simplement vous faire comprendre que vous n'êtes pas en position de discuter mes conditions. Je ne veux pas l'acculer à la faillite.Vous en faites trop. et tous ces autres mensonges ? . La concurrence de Sinco lui fait sérieusement de l'ombre. J'essaie simplement de sauvegarder ma propre entreprise. lança-t-il sèchement. la panique s'emparait d'elle. . vous n'avez pas le choix.En échange de mon silence. Les offres pour quatre contrats très importants doivent être déposées vendredi au plus tard. De toute façon. Les larmes montèrent aux yeux de Lauren. Lentement. Cessons donc de discuter pour savoir si vous allez ou non m'aider. . implacablement. mais Whitworth Enterprises revient de droit à Carter. Puis il pressa les doigts de la jeune femme autour de la feuille..Menacer n'est pas le terme exact. avant de lui tapoter la main en un geste amical .. . répliqua-t-il sans sourciller. Vous le croyez vraiment ? Les larmes la brûlaient et l'étouffaient presque.. Il sortit une petite feuille de papier sur laquelle étaient inscrits les noms des quatre projets et déroula les doigts de Lauren pour la lui mettre dans la main. . C'est son héritage et ma femme y tient comme à la prunelle de ses yeux.La jeune femme croisa les mains sur la table pour calmer leurs tremblements.Quel marché ? Lauren venait de poser la question pour la forme.Et vous pensez que je vous les donnerai ? lançat-elle d'un ton méprisant. je vous demanderai de me fournir de temps à autre des informations.Ça n'a pas peut-être aucune signification pour vous.. car elle connaissait malheureusement déjà la réponse.

peur y comprise. l'état de nos finances serait rendu public.Et vous me promettez de ne raconter aucun de ces mensonges à Nick si je vous aide ? . Elle décrocha d'un geste automatique. l'avait abandonnée.Je ferai de mon mieux. Et les Whitworth s'attendaient vraiment à ce qu'elle leur apporte son aide dans cette entreprise. . Les Whitworth étaient intéressés.Je vois. . dit Lauren. elle le savait. C'était Philip. Il faut dire que si j'essayais de vendre mon entreprise aujourd'hui. seule alternative qui s'offre à moi. ma chère. envahie d'un calme mortel.Davantage que vous ne pouvez l'imaginer. . et ce chantage.Oui. si folle de rage que toute autre émotion. impitoyables et sans scrupules. je dois regagner mon bureau. Afin de le convaincre pour l'instant qu'elle avait l'intention de se montrer coopérative. Avant peu. .Je m'en veux de vous presser. susurra-til d'un ton mielleux. dit-il en repoussant sa chaise.Malheureusement.Vous avez ma parole d'honneur. mais j'ai besoin de ces fameux renseignements aujourd'hui. ne connaîtrait jamais de fin. Global Industries viendrait rejoindre le reste de l'héritage de Carter. Lauren sortit du restaurant dans un état de rage froide et meurtrière. Et cela serait extrêmement gênant. Carol Whitworth voulait acheter « l'héritage » de son second fils bien-aimé en détruisant ce que son fils aîné avait bâti.Parce que votre femme veut sauvegarder l'entreprise pour votre fils ? Parce qu'elle y tient beaucoup ? .et quasi paternel. Vous trouverez les offres quelque part au bureau d'études. . . répondit-elle d'une voix . Cela nous serait d'une aide immense si vous pouviez obtenir les fiches de prix. elle ajouta : . Lauren le fusilla des yeux. le 270 téléphone sonna.Ces contrats sont très importants pour vous ? . Quelques minutes après son retour au bureau. Ils la faisaient chanter.

Il prit les copies sur le plateau. . elle s'exécuta. Enfin. elle lui raconterait ce qui s'était passé. Il paraît qu'elle a eu des problèmes toute la journée. et le montant de l'offre. Williams aimerait voir les dossiers de ces quatre projets. mademoiselle.atone.Bravo ! Formidable ! Je vous retrouverai en bas de l'immeuble à 16 heures. mais comme la machine n'avait effectivement pas arrêté de tomber en panne. Au-dessus de chacun d'entre eux se trouvait une fiche de prix sur laquelle étaient indiqués le nom du projet. Descendez à toute vitesse. de changer le montant des offres faites par Sinco. augmentant chacune d'entre elles de plusieurs millions de dollars. . Elle remit les originaux dans leurs dossiers. je suis envoyé par la société qui entretient cette machine. Il était impossible de déceler ses modifications. . je vous attendrai dans ma voiture. y . Pour l'instant. Dès qu'elle eut raccroché. l'idée qu'elle se conduisait de manière louche ne l'inquiétait pas. avec beaucoup de minutie et de calme. Peutêtre même l'aiderait-il à en parler à Nick. Quelques minutes plus tard. Lauren en sortit les feuilles pour les photocopier.M.Excusez-moi. puis elle rapporta les originaux et les copies sur son bureau. elle rapportait lesdits dossiers dans son bureau. gardant les photocopies devant elle. Le correcteur était visible sur les exemplaires qu'elle était en train de modifier. Elle se détournait juste de la photocopieuse quand un jeune homme au visage poupin s'avança vers elle. Ça vous ennuie de refaire une copie de vos originaux pour que je puisse vérifier qu'elle fonctionne maintenant normalement ? Une sorte de malaise envahit Lauren. mais disparut complètement sur les photocopies qu'elle en fit. Lauren se rendit au bureau d'études. elle sortit un flacon de correcteur d'un tiroir et entreprit. Cette opération ne vous prendra qu'une dizaine de minutes au total. Dès que Jim rentrerait. un résumé de l'équipement technique qui serait fourni dans l'éventualité où Sinco obtiendrait le contrat. dit-elle à la secrétaire du bureau d'études.

. La vitre côté trottoir descendit électroniquement pour lui permettre de se pencher à l'intérieur et de tendre une enveloppe à Philip. Lauren fut prise d'un accès de rage si violent qu'elle en avait les oreilles qui bourdonnaient. .jeta un coup d'œil. et. Lauren le vit jeter les copies dans la corbeille à papier.On dirait que cette fois-ci. Mais elle ne le vit pas se pencher pour les en ressortir quelques instants plus tard.. elle faillit renverser le jeune homme au visage poupin. . qui cacha à toute vitesse un appareil photo derrière son dos. Dans sa hâte. une Cadillac vint se garer le long du trottoir. et hocha la tête.. commença-t-il.J'espère que vous comprenez l'importance que cela a pour nous. elle est vraiment réparée. Comme Lauren traversait le hall d'entrée. Comme elle se retournait. Elle pivota sur les talons et rentra au pas de course dans le bâtiment.

. . Ericka et Jim sur les talons. Il dit que c'est urgent. leur jeta-t-il avant d'ouvrir un placard qui contenait plusieurs tenues de rechange et d'en sortir une chemise propre. . . comme un écolier fou d'amour. il ressortit de la salle de bains. tous les jours.Faites-le monter. Et après.Exactement ! s'écria Nick.19 . Elle est en plein boulot dans le bureau de Jim. rasé de près. Cinq minutes plus tard.Dieu merci.Lauren est-elle au courant de vos intentions ? 8'enquit Mary. . . On est en train de procéder aux vérifications techniques de l'avion et de refaire le plein de carburant. le visage illuminé de Lauren lui avait tellement manqué qu'il l'avait appelée trois fois par jour.Lorsque l'avion aura décollé et qu'elle n'aura plus le choix. les sourcils froncés. Mike Walsh a besoin de vous parler immédiatement.Mettez-vous à l'aise. dit Nick en ôtant son veston. Je suis sur le point d'enlever Lauren pour aller l'épouser à Las Vegas. vous êtes de retour ! lança Mary à Nick qui pénétrait à grands pas dans son bureau le mercredi en fin d'après-midi. venez prendre un verre avec nous. ajouta Ericka avec un sourire plein de sous-entendus.Je saurai la convaincre de leur bien-fondé. et jeta un regard à Mike Walsh et au jeune homme au visage poupin qui se tenait près du .

Et à partir de ce soir. C'est moi qui vous l'ai appris. de l'embrasser et de la caresser.Il y a une fuite dans le projet Rossi. Il ne parvenait pas à arracher ses pensées du visage de Lauren. d'unir son corps rongé de désir au sien. mentit-il.Les hommes qui essayaient de trouver Rossi à Casano étaient des types de Whitworth. . dit-il calmement.. .Continuez. je vais faire ce que j'aurais dû faire il y a cinq ans. commença prudemment l'avocat.Jim. C'était le jour de son mariage. Seul un petit instant d'arrêt dans le geste que faisait Nick pour ôter le muselet du bouchon de Champagne trahit la tension qu'il ressentait à la mention du nom de Whitworth. . Nous avons en notre possession un exemplaire des photocopies qu'elle a fournies et que nous utiliserons comme preuves au tribunal. on l'a photographiée en train de passer à Philip Whitworth les copies de quatre fiches de prix de Sinco.Il paraît évident.Alors..Je le sais. Cette nuit serait leur nuit de noces. et lui seul. leur tournant le dos pour aller prendre une bouteille de Champagne au bar. Continuez. que l'une de nos employées espionne pour le compte de Whitworth. de son sourire radieux.. . A partir de maintenant. poursuivit Walsh.. le pressa-t-il sans changer de ton. .Je vous écoute. je veux que Sinco soumissionne systématiquement sur les mêmes projets que Whitworth et je veux que nos prix soient en . . .Hier. . Nick sortit quatre coupes de Champagne du bar.Ce fils de. . . aurait le droit de la prendre dans ses bras. que se passe-t-il ? s'enquit-il. Nick fit un effort pour étouffer la fureur qui montait en lui afin de ne pas laisser l'animosité qu'il éprouvait à l'égard de Philip Whitworth gâcher sa bonne humeur. Mike.canapé sur lequel étaient installés Jim et Ericka. lui. Je vais le mettre hors circuit. J'ai demandé à ce jeune homme de mettre son poste téléphonique au bureau sur écoute et de la maintenir sous surveillance.

Mettez-le hors de ma vue ! Et qu'il y reste à tout jamais. . dont la voix se gonflait d'importance. Je l'ai personnellement surveillée. leur tournant toujours le dos. Compris ? Je veux que ce salaud disparaisse de notre paysage ! Jim ayant murmuré son accord.La maîtresse de Whitworth ! s'empressa de lâcher Rudy. mais il fut obligé de s'agripper des mains au bar pour se soutenir avant d'être capable de prononcer les mots fatals. voyant que Nick paraissait surtout intéressé par le Champagne qu'il était en train de verser dans leurs verres. La dame vit comme une reine dans une résidence luxueuse de Bloomfïeld Hills dont Whitworth paie le loyer. . . .dessous de notre prix de revient si nécessaire. . Mike poursuivit : .Lauren Danner. je sais qu'elle a travaillé pour vous personnellement et que c'est la fille qui est pratiquement tombée à nos pieds ce fameux soir.Qui est-ce ? demanda Jim.. .. Sans se retourner. qui est prêt à le faire dès que vous en aurez donné l'ordre.. J'ai déjà discuté de la question avec le juge Spath.Nous pouvons faire émettre un mandat d'arrêt contre cette jeune femme. La publicité qui sera donnée à son arrestation découragera définitivement quiconque envisagerait encore de nous espionner. il fit un brusque signe de tête en direction de Rudy.. et attendez là. commença Jim à l'adresse de son ami qui .Regagnez votre bureau. Son esprit formula la question.Nick. lui lança Nick d'une voix étranglée par la fureur et le chagrin. Dois-je. . répondit immédiatement l'avocat pour couper court au nouveau flot de détails que s'apprêtait à déverser l'agent de sécurité zélé. Nick fut pris d'une crainte atroce et tout son corps se tendit.. Je vous appellerai.Qui est-ce ? murmura-t-il. dans l'attente de la confirmation angoissante qui lui martelait déjà le cerveau. mais j'ai attendu de vous en parler pour lancer les accusations contre elle.. Elle est habillée comme un top model et. Nick...

comme s'ils étaient sur le qui-vive.Sortez ! La voix de Nick avait sifflé comme un fouet. Lauren l'espionnait. elle s'immobilisa pour mettre de l'ordre dans sa coiffure d'une main qui tremblait à l'idée merveilleuse de le revoir. Il aurait voulu l'étrangler pour la punir de l'avoir trahi. Au passage. Il avait envie de l'écraser dans ses bras pour l'obliger à lui dire que c'était faux . mais sa raison lui affirmait le contraire. il aurait voulu déverser son amour en elle jusqu'à ce qu'il ne reste de place dans son corps et dans son cœur que pour lui. brusque et inamical.. Tout s'expliquait : le lieu où elle vivait. Il aurait voulu mourir. elle leur adressa un vague sourire. Ensuite. Il est presque 17 heures. Son cœur hurlait que c'était faux. Lauren était la maîtresse de Whitworth.Mary. appelez Lauren pour lui dire de monter dans dix minutes. mais aussi parce qu'elle craignait la réaction qu'il aurait en . .. Lauren jeta un coup d'œil aux trois agents de sécurité postés à l'extérieur du bureau de Nick vers lequel elle se hâtait. Ils la dévisagèrent d'un air bizarrement soupçonneux. Puis. en repensant à la façon dont elle avait fait mine de ne pas les connaître. Lauren le trahissait pour le compte de Whitworth. s'efforçant de maîtriser sa rage. La fureur et l'angoisse se répandaient comme du poison dans ses veines. les vêtements qu'elle portait. rentrez chez vous.lui tournait toujours le dos. Devant la porte de Nick. l'assassiner de ses propres mains. auquel l'un d'entre eux seulement répondit par un léger hochement de tête. il se tourna vers Mary: . Dans le silence sépulcral qui tomba après leur départ. Nick se redressa et jeta dans l'évier le Champagne qu'il s'était versé pour fêter son mariage avec un ange. Il se souvint de l'instant où il l'avait présentée aux Whitworth le samedi soir et. Une princesse aux yeux turquoise débordant de gaieté qui était entrée dans sa vie et l'avait complètement chamboulée. il eut l'impression d'exploser en mille morceaux.

Quelque chose d'étrange perçait dans sa voix. contemplant la ville à l'horizon. l'invita-t-il doucement.Viens ici. et essayer de comprendre son étrange humeur.A quel point? chuchota-t-il d'une voix de velours. mais lorsqu'elle voulut s'asseoir près de lui. la pressa-t-il.Tourne-toi et je te le montrerai. Lauren? lui demanda-t-il sans bouger. il fallait qu'elle lui en parle tout de suite. mais qui fut rapidement dissipé par l'exigente insistance de sa bouche sur la sienne. admit-elle. lorsqu'il aurait eu le temps de se détendre. Lauren s'approcha du canapé et s'immobilisa devant lui. Obéissante. se dirigea vers l'un des canapés et y prit place. .apprenant l'affaire qui la liait à Philip. elle comptait tout lui avouer dans la soirée. . Un sourire échappa à la jeune femme. Les rideaux étaient en partie tirés et aucune des lampes n'avait été allumée pour dissiper l'obscurité prématurée et sinistre de cette soirée pluvieuse. répondit-elle d'un ton enjoué. celui-ci était dur comme du roc. dit-il doucement. . elle ne pouvait pas voir son visage. Nick lui tournait le dos.Ferme la porte. Nick se retourna et.Oui. Debout derrière l'immense baie vitrée. sans la regarder.T'ai-je manqué. Le corps de Nick parut se raidir à son contact et quand elle frotta la joue sur son dos large et musclé. Lauren en ressentit un frisson inexplicable le long de la colonne vertébrale. Il gardait un visage impassible. . s'approchant derrière lui et entourant hardiment la taille de Nick de ses bras. il l'attrapa par le poignet et l'obligea à s'asseoir sur ses genoux. comme il lui tournait le dos. mais maintenant que Philip la faisait chanter. . . presque détaché. Lauren trouva sa voix étrange mais. Au départ. .Montre-moi à quel point tu as envie de moi. Il lui . la tête baissée pour étudier ses traits si beaux. . en partie plongés dans l'obscurité.Je suis tellement heureuse que tu sois de retour ! 8'exclama-t-elle en pénétrant dans la pièce.

je t'en supplie ! cria-t-elle. . Je peux tout t'expliquer. Philip Whitworth n'est pas mon amant.Nick ! Le hurlement frénétique resta coincé dans sa gorge. Je veux que tu t'assures que c'est bien moi et non Whitworth qui suis sur toi. .Oui.Ecoute-moi. m'aimeras-tu encore dans cinq ans. La main libre de Nick plongea dans ses cheveux et se mit à les tirer. ouvre les yeux. il mordilla les pointes durcies de ses seins.Dans ce cas. . des agrandissements de photographies en noir et blanc qui la montraient en train de se pencher vers sa voiture et sur lesquelles on distinguait nettement la plaque d'immatriculation de la Cadillac portant le numéro minéralogique de l'Etat du Michigan prouvant que Philip A. les traits de Lauren se glacèrent de terreur. Nick ! je t'en supplie. la coupa-t-il d'une voix basse chargée de menace. en même temps qu'il l'allongeait sur le canapé et se couchait sur son corps demi-nu. .Explique-moi ça ! chuchota-t-il d'un ton terrifiant. aux demandes torrides de ses lèvres.donna un baiser profond et savant et Lauren s'abandonna. susurrat-il mielleusement. mais je te jure que je ne .. . écoute-moi. De sa bouche habile. terrorisée par la colère noire et la haine virulente qui flambaient dans ses yeux. A la vue des papiers éparpillés sur la table basse. car Nick venait de se relever brusquement et il lui tirait cruellement les cheveux pour l'obliger à se lever en même temps que lui. ahana Lauren qui ondulait sous lui.Lauren.Oh. je t'aime ! Je. je.Je t'en supplie. mon chou.. . Elle lui avait manqué. Les doigts de Nick étaient déjà en train de déboutonner son corsage de soie et de faire descendre son soutien-gorge pour dénuder sa poitrine. Whitworth était le propriétaire du véhicule. pendant que sa main s'insinuait sous sa jupe. Des copies des quatre fiches de prix qu'elle avait données à Philip... Il m'a envoyée chez Sinco me présenter pour un emploi. . c'est un parent à moi. quand toi et ton amant sortirez de prison ? . impuissante. l'implora-telle d'une voix hachée.

Lauren remit de l'ordre dans ses vêtements et s'appuya d'une main à la table basse pour se relever lentement. Il m'a envoyée ici pour que je trouve de qui il s'agissait et.lui ai jamais rien dit. mais maintenant. Et cet espion.Sortez-la d'ici ! L'ordre était tombé comme un couperet.Ecoute-moi. Paralysée de terreur.Je t'aime tellement ! implora-t-elle d'une voix hystérique.Lève-toi. essaya-t-elle de lui expliquer fébrilement. répéta Nick. il essaie de me faire chanter. Rien de plus. Pourquoi refuses-tu de m'écouter? Pourquoi ? Je te supplie de m'écouter. l'implora-t-elle frénétiquement. la railla-t-il d'un ton cinglant. . . Ils allaient l'emmener en prison. un parent qui essaie de te faire chanter. mais Lauren s'agrippait à lui.. Il avait déjà pris le chemin de la porte. Et rajuste ton corsage. .. la jeune femme regardait les hommes s'avancer droit sur elle.. Philip pensait que tu payais quelqu'un pour l'espionner. ordonna-t-il d'un ton sec. c'est toi ! Il la relâcha et essaya de la repousser. de la . jusqu'à ce qu'il nous voie au bal. .Oui. Ne nous fais pas ça ! Nick se dégagea des bras qui l'étreignaient d'un mouvement brutal et elle s'effondra sur le sol. Nick ouvrit la porte d'un geste brusque et les trois agents entrèrent dans la pièce. La rage quitta le visage de Nick. . les épaules secouées de sanglots déchirants. Il m'a menacée de te raconter des mensonges si je ne m'exécutais pas. . .Un parent à toi. Son regard vola vers Nick. . mais fut remplacée par un affreux mépris qui terrifia tellement Lauren que les mots sortaient frénétiquement de sa bouche comme une cascade déchaînée.. je t'en supplie.Il m'a laissée tranquille jusque. La poitrine soulevée de sanglots convulsifs et silencieux. l'implorant silencieusement une dernière fois de l'écouter.Whitworth est le seul à employer un espion. glacial et sarcastique.

Transpercé d'un coup de poignard doux-amer. les avant-bras appuyés sur les genoux. deux éclats de glace grise. Elle se dégagea brusquement. Il trouvait dommage que le photographe n'ait pas pris une photo en couleurs. de mettre un terme à cette horrible méprise. elle sortit du bureau en leur compagnie et traversa le hall d'accueil silencieux et désert. Les trois gardes armés entourèrent Lauren et l'un d'eux la prit par le bras. auréolé de sa magnifique chevelure en désordre.croire. Tous ces gens.Ne me touchez pas ! Sans un regard en arrière. Lauren traversa le hall de marbre grouillant d'employés qui quittaient le bureau un peu en retard. on aurait pu croire qu'il ne ressentait pas la moindre émotion. Un muscle remua sur le cou de Nick qui essayait d'avaler la boule nouant sa gorge. il se dit qu'elle était très photogénique. il lui retourna son regard sans ciller. Sans le muscle qui se contractait sur sa mâchoire crispée et qui le trahissait. Ses traits dessinés au burin n'étaient plus qu'un masque de pierre. . Il enfouit le visage entre ses mains. et elle n'avait pas pris la peine de mettre un manteau. Nick regagna le canapé. elle ne se souciait pas particulièrement de savoir qui était témoin . Il s'assit. plongés dans leurs propres pensées. et se mit à contempler l'agrandissement de la photo noir et blanc sur laquelle Lauren tendait les copies des offres volées à Whitworth. ni les reflets d'or chaud de ses beaux cheveux. A vrai dire. ses yeux. Cette foule qui se pressait lui épargna la honte de regards curieux. Le photographe avait capté son profil délicat. se hâtaient de regagner leurs foyers. Le noir et blanc ne pouvait rendre la luminosité de la peau de Lauren. Ses yeux ressemblaient à deux étangs de chagrin. Escortée des gardes silencieux. fouettée par le vent. Le cliché avait été pris lors d'une journée venteuse. Une fois la porte refermée derrière la jeune femme. Les mains enfoncées dans les poches. C'était une photo de Lauren en train de le trahir. ni le turquoise vif de ses yeux.

. Le garde qui marchait à sa gauche et celui qui la suivait repartirent dans l'autre sens. mais Lauren sentait à peine la piqûre glaciale des gouttes de pluie qui inondaient son léger corsage de soie. mais il n'y en avait pas. En définitive. . Dehors. une étincelle d'espoir l'embrasa. . Il faisait froid. elle se sentit basculer dans le vide. elle chercha le fourgon de police qui l'attendait sûrement le long du trottoir. mais avec une certaine compassion : . les cheveux plaqués autour de son visage par la pluie. Pour l'instant. Celui-ci était resté dans le bureau de Jim avec son sac à main. dit-elle bizarrement.Jim ! cria-t-elle au moment où Ericka et lui allaient la dépasser sans la voir. lança-t-il sèchement. il s'avérait qu'on n'allait pas l'emmener en prison. D'un regard presque indifférent. . comme s'il s'attendait à ce que quelqu'un vienne se garer devant eux et propose à la jeune femme de l'emmener. Lauren restait plantée sur le trottoir. et lui demanda brusquement. elle se tourna pour descendre l'avenue Jefferson. Jim se détourna brusquement vers elle. Celui qui marchait à sa droite fit demi-tour pour s'en aller lui aussi. L'espace d'un instant. plein d'amertume et de colère accusatrice qu'il lui lançait. Elle ne savait que faire ni où aller. Le garde balaya le trottoir d'un regard incertain.de son humiliation. la peau comme transpercée par l'eau glacée. Tout espoir mourut dans le cœur de Lauren et en même temps qu'il disparaissait. dit-il.Je vais vous le chercher. Puis il marqua une hésitation. Comme un automate.Vous n'avez pas de manteau.Je n'ai rien à vous dire. tout lui était indifférent.Si. Et il rentra dans l'immeuble avec ses collègues. sans argent et sans clés. à l'instant même où une silhouette familière sortait à pas rapides du bâtiment et se dirigeait vers elle. Elle avait effectivement un manteau. Sous la seule brûlure du regard méprisant. la nuit était tombée. s'installa un engour- . mademoiselle ? Lauren posa sur lui des yeux hébétés de chagrin.

Enfonçant ses mains gelées dans les poches de sa jupe de tweed. Lauren lui répondit alors digne : . . De sa main gelée.Mais quand Nick finira par découvrir la vérité. elle commença à s'éloigner. elle cogna à la porte du fond.Ne me touchez pas. Celle-ci s'ouvrit sur un Tony qui resta stupéfait à sa vue. . Lauren longea à pied les huit pâtés de maisons la menant au seul havre où on l'accueillerait gratuitement : le restaurant de Tony.Tenez. répéta-t-il laconiquement.Mot pour mot. elle leva les yeux vers lui. Mais il la réprima. Malgré ses cheveux trempés et la pluie qui inondait son visage levé vers lui. Je ne veux plus jamais être touchée par personne. tout en commençant à enlever celui-ci. Dites-lui que je ne veux plus jamais le voir.Prenez mon manteau. A peine avait-elle fait six pas que la main de Jim lui agrippa le bras et la fit pivoter. affirma-t-il. . je ne veux pas de votre manteau. .Croyez-vous ce que Nick croit ? .dissement bienheureux. prenez mon manteau. dit-elle calmement. dites-lui de ne plus jamais s'approcher de moi. puis se reprit et lui lança : . le visage toujours aussi hostile. il y a un message que vous pourrez lui transmettre de ma part.Dans ce cas. dit-il. Elle fit mine de se tourner. Sans tenir compte du vêtement qu'il lui tendait. Sans penser à l'endroit où elle allait. Il portait un smoking noir jurant avec le vacarme et la vapeur qui sortaient de la cuisine derrière lui. continua-t-elle en claquant des dents. Dites-lui. Jim ne put empêcher une lueur d'inquiétude de briller dans ses yeux. . vous allez mourir de froid. Joe ! hurla-t-il.Laurie ! Dio mio ! Dominic. Lauren ne trouvait rien de désagréable à la perspective de mourir de froid. Lauren libéra prudemment son bras. venez vite ! .

Quoi ! . . Tu ferais mieux de venir ici tout de suite. Par conséquent.. Elle se trouvait dans l'appartement situé au-dessus du restaurant. gelée des pieds à la tête. Le cœur de Lauren fit un bond dans sa poitrine. Lauren descendit du lit lentement. Il est arrivé quelque chose à Laurie. Elle se sentait trop mal pour se soucier vraiment de ce qui arriverait. Malheureusement. Et elle n'a pas voulu qu'aucun de nous la touche.Mary.. il ne manquerait pas de se demander comment cela avait pu se produire. Dans ce cas. Tout son corps était perclus de douleurs. Combien de temps faudrait-il à Nick pour s'apercevoir qu'elle avait changé les chiffres des fiches de prix? Si un seul même des quatre contrats était attribué à Sinco. Tous les fils du restaurateur étaient assis autour de la table.Nick.Lauren se réveilla dans un lit chaud et confortable et ouvrit les yeux sur une chambre inconnue. meublée avec un charme un peu étrange. elle n'était pas morte de froid. Rejetant le lourd édredon. Elle a refusé de nous dire ce qui s'était passé. le visage marqué de profondes rides d'inquiétude. constata-telle avec une pointe de regret morbide. il était trop tard pour l'arrêter car il s'était déjà lancé dans un monologue ininterrompu. c'est Tony. ni rien. Il chercherait à savoir pourquoi Whitworth n'avait pas fait une offre plus basse que celle de Sinco et comparerait peut-être alors les copies des fiches de prix que Lauren avait fournies à Philip avec les originaux. ni sac. Mais il existait aussi une autre possibilité. Son état empira encore quelques minutes plus tard. lorsqu'elle pénétra dans la cuisine familiale où Tony était en train de parler au téléphone. sauf. disait-il. c'est Tony. comme si on l'avait battue. Elle est arrivée ici hier soir. Elle n'avait ni manteau. après lui avoir fait prendre un bain chaud et un bon repas. La jeune épouse de Joe l'avait mise au lit. Nick croirait toute sa vie qu'elle l'avait trahi. . Le sang battant douloureusement à ses tempes. Les contrats iraient peut-être à d'autres entreprises que Sinco ou Whitworth. Je veux parler à Nick. elle se hissa avec difficulté sur les coudes pour examiner les lieux.

la mâchoire crispée. dit Lauren avec un mélange d'espoir et de crainte.Nick vient de me raccrocher au nez. pendant que la secrétaire interrogeait manifestement Nick. vous avez déjà fait assez de mal à ceux .Lauren. .Mary. vous pouvez parier votre chemise qu'il s'agit de Lauren. Quoi ? Oui. Mary. je. il se tourna vers Lauren qui se tenait dans l'embrasure de la porte. Nick. puis il éloigna le récepteur de son oreille et le regarda comme s'il lui avait d'un seul coup poussé des dents. Lauren fit un pas vers lui. Mary s'adressa à elle d'une voix glaciale : . lui dit-il. Vous ne comprenez pas. répliqua le restaurateur. reprit-il. . Le visage pâli par le remords.La colère se peignit sur son visage.Je comprends parfaitement le ton qu'il a employé avec moi. il reprit le combiné en main et recomposa le numéro d'un air farouchement décidé. .. mais Mary a quelque chose à vous dire.. . vous ignorez ce qui s'est passé. . Voilà ce qu'il m'a dit.Tony. Nick m'a parlé sur ce ton ! répéta-t-il sans y croire. Tony tendit le téléphone à la jeune femme. repassez-moi Nick immédiatement. Sans prêter attention à la jeune femme. annonça-t-il à ses fils. . .Je te défends de me parler sur ce ton.Nick prétend que vous lui avez volé des renseignements et que vous êtes la maîtresse de son beau-père. . Il resta totalement immobile pendant que Nick lui racontait ce qu'il avait à lui dire. il demandera à sa banque de nous refuser le prêt qu'elle nous a promis pour nous permettre de moderniser notre restaurant. Il dit qu'il ne veut plus jamais entendre parler de vous et que si je prononce une nouvelle fois votre prénom devant lui.Allô. Complètement abasourdi. Il paraissait tellement fâché et tellement blessé que Lauren se sentait de plus en plus mal. Il attendit.Nick refuse de me parler. . elle est ici.Oui.

vous ne me croiriez pas.Parfaitement clair. . ce cochon avec lequel vous déjeuniez vous adressait.Je m'en irai dès que l'avocat m'aura apporté mon sac à main. Nous allions vous en aviser par l'intermédiaire de Philip Whitworth. L'avocat de l'entreprise va vous apporter vos affaires et vous expliquer votre situation d'un point de vue légal. Après tout ce qu'elle venait de subir. Tony et ses fils. je vous suggère de rester là où vous êtes pendant une heure. et j'ai entendu chaque parole que ce.. trop honteuse pour regarder les hommes qui allaient désormais la considérer avec la même expression accusatrice et glaciale que Jim et Mary. Elle trouva la force de lever lentement les yeux. Dans ce cas.Ne me demandez pas de vous expliquer ce qui s'est passé. et leur sympathie. là où sont posées les carafes d'eau. mais cette solution est de loin préférable. . sapant le barrage qui retenait ses émotions. lui fendit le cœur. Papa l'a reconnu et il s'est approché de moi pour écouter aussi. . Je me tenais près de votre table. chuchota-t-elle. . Au revoir. laissez Tony en dehors de cette histoire. Les menaces de Nick ne sont pas des paroles en l'air. Au lieu des regards de mépris auxquels elle s'attendait. Mais j'ignorais qui il était. S'il vous reste un minimum de décence. la dévisageaient avec compassion.Mais si. La main de Tony se referma alors d'un geste rassurant sur son épaule et elle inspira longuement et gauchement. répliqua violemment Dominic. le visage empourpré.. . Il pensait vraiment ce qu'il a dit à Tony. si je le faisais. Lauren se sentait davantage capable d'affronter l'animosité que la gentillesse. C'est clair ? Lauren avala sa salive pour tenter de se libérer du nœud de désespoir qui lui serrait la gorge. parce qu'il se demandait pourquoi vous déjeuniez en compagnie .Bien. impuissants. La jeune femme s'effondra sur l'une des chaises qui entouraient la table.d'entre nous qui ont été assez légers pour vous accorder leur confiance. Lauren.

elle haussa les épaules. La réprobation qui teintait ces dernières paroles n'échappa pas à Lauren. dans le restaurant qui n'était pas encore ouvert aux clients. Elle s'était traînée en sanglotant à ses pieds. Joe et Dominic l'accompagnèrent en bas. Mais Nick. Après ses larmes de la veille au soir. J'en viendrai tout de suite aux faits. . le croit. Le seul fait d'y penser faisait monter en elle une bouffée de honte et de fureur. et prirent place.Non. Il lui présenta l'homme qui l'accompagnait : Jack Collins. Cependant. elle parvint à les retenir et à leur dire. D'un battement de cils. Jamais. Mademoiselle Danner. . Lauren reconnut immédiatement Mike Walsh.Le service a dû vraiment laisser à désirer ce jour-là. . Puis les deux hommes prirent place en face d'elle. Global Industries possède suffisamment de preuves contre vous pour . J'ai demandé à Mary de lui dire de me rappeler dès son retour.d'une personne que Nick hait. le suppliant de bien vouloir l'écouter. Désirez-vous en vérifier le contenu ? Lauren prit soin de garder un visage impassible.Je ne lui ai pas donné ce qu'il souhaitait. . C'était l'homme qui accompagnait Nick le soir où elle s'était littéralement écroulée à leurs pieds. chef de la sécurité de Global Industries à Détroit. Elle n'avait pas pleuré depuis des années avant de rencontrer Nick. avec un sourire tremblant : . elle ne pleurerait plus jamais. D'un geste las. derrière sa chaise.Très bien. lui. Une demi-heure plus tard.J'ai essayé d'appeler Nick après votre départ ce jour-là. si vous veilliez tous les deux sur moi. . pour lui révéler que Philip Whitworth vous menaçait et que vous étiez dans le pétrin. dit Mike en lui tendant l'objet. je dois vous dire que je n'aurais jamais cru que vous fournissiez des renseignements à Whitworth. dit-il sèchement. Lauren ne parvenait plus à se maîtriser et glissait de plus en plus vers les larmes.Votre sac à main. mais Nick était en Italie. lui apprit Tony. comme de vrais gardiens.

. . L'avocat ouvrit une grande enveloppe de papier kraft et en sortit plusieurs feuilles. ce mandat sera signé et vous serez arrêtée. Quelle est votre seconde question? Ignorant Mike Walsh.Oui. de fraude. Puis elle se retourna de nouveau vers l'avocat.Avez-vous des questions ? . et de plusieurs autres délits importants. . précisa-t-il. nous ferons tout pour obtenir votre extradition. . qui avait relevé le menton en signe de rébellion silencieuse. Et nous le ferions.vous accuser de vol. Il l'a garée juste en face du restaurant. elle préférait prendre congé d'eux maintenant. Comme elle savait que dire au revoir à ses deux amis lui serait trop douloureux et qu'elle s'effondrerait sous la tension émotionnelle.Parfaitement.M. deux. la jeune femme s'adressa à Jack Collins : . . S'étant levée. Il lui tendit une copie de la lettre. l'entreprise ne va pas demander votre arrestation.Est-ce vous qui avez découvert toutes ces « . Si vous vous trouvez dans un autre Etat. ainsi qu'un papier qui avait l'air d'un document officiel. est une injonction. Pour le moment. quand c'était plus facile. puis sur celle de Dominic.Ceci. qui vous déclare désormais hors la loi dès que vous poserez ne serait-ce qu'un pied chez Global Industries. nous pourrions vous faire inculper pour tous les délits que je viens de citer. Vous comprenez ? . le doigt pointé sur le second document. signée par le tribunal. Collins vous l'a amenée.Où est ma voiture ? lui demanda-t-elle. fit Lauren. L'homme de loi inclina la tête en direction de la porte du restaurant. Si toutefois on vous revoyait dans les locaux de Global Industries ou de n'importe laquelle de ses filiales. Un mandat d'arrêt contre vous a été préparé. Si jamais vous remettez les pieds chez nous. Lauren se détourna pour déposer un baiser affectueux sur la joue de Tony.Voici une lettre énonçant les faits que je viens juste d'énumérer.

Très belle. . Mike Walsh se leva de son siège. Sans jeter un seul regard en arrière. non ? dit l'avocat. elle adressa un bref sourire noyé de larmes à Joe et à Dominic. . venez m'en parler et c'est moi qui vous raconterai la vérité. elle sortit du restaurant.Oui. . dit-elle d'une voix douce. Jack Collins se rembrunit davantage. elle l'est. . Et quand ce sera fait. Et merci. Jack Collins gardait un regard perçant et inquisiteur. Mais pas du tout coupable.Au revoir. acquiesça Jack Collins. allez consulter le dossier que votre assistant a réuni sur elle. . .preuves » contre moi ? En dépit de son teint blafard. qui fronçait le front pensivement. Les deux hommes de Global Industries suivirent sa sortie des yeux. . D'un mouvement impatient. Elle avait l'air très en colère et profondément blessée. Pourquoi posez-vous cette question. .Mais incroyablement traîtresse et hypocrite. Je n'ai pas arrêté de regarder ses yeux. S'obligeant à se tourner vers eux.Une jeune femme étonnante. dit Jack.Un de mes hommes a mené l'enquête pendant que je me trouvais à l'hôpital.Pourtant.Je n'en suis pas si sûr. Et si vous n'êtes pas de cet avis.C'est bien dans mon intention. .Parce que celui qui s'en est chargé a vraiment fait du mauvais travail. Lauren ramassa son sac à main sur la table. mademoiselle Danner? lui demanda-t-il en la scrutant de près. . C'est Whitworth qui l'a obligée à le faire ! . faites-le ! s'écria furieusement Tony qui ne s'était pas gêné pour écouter leur conversation.

Jim et Tony pénétrer les uns derrière les autres dans son bureau. Sans cesse. Mais désormais. Nick regarda Jack Collins. A cet instant précis. Il n'avait accepté le principe de cette réunion au sujet de Lauren que parce que Jack lui avait répété qu'elle était nécessaire au bien de l'entreprise. conférence qu'il avait quittée brusquement pour courir . Depuis un mois qu'elle était partie. son cœur avait chaviré.20 Assis dans son fauteuil. Dans quelques heures. une femme avait éclaté de rire dans le salon d'accueil. Son rire. travaillant pour essayer de l'oublier jusqu'à l'épuisement physique et mental. tout cela allait changer. il aurait tout donné pour être ailleurs. il s'envolerait pour Chicago afin d'assister à la fin de la conférence sur le commerce international. bloc-notes et stylo à la main. et il avait bondi sur ses pieds dans l'intention de l'entraîner de force dans son bureau afin de la prévenir une dernière fois de ne plus mettre les pieds chez Global Industries. N'importe où. La semaine précédente. prête à noter ses instructions. ressemblait à celui de Lauren. il n'avait pas réussi à l'extirper de ses pensées. Les poursuivre à quel propos ? se demandait amèrement Nick. au cas où la jeune femme déciderait de les poursuivre en justice. C'était du repos qu'il lui fallait. Ils allaient parler d'elle et il allait être obligé de les écouter. alors qu'il était plongé dans l'étude du dernier bilan financier de la société. doux et musical. Mary. Il avait trop exigé de lui-même. Mais quand il s'était aperçu en sortant de son bureau qu'il s'agissait d'une autre femme. il s'attendait en levant la tête à la voir pénétrer dans son bureau. Quelques jours de détente lui fourniraient une excellente diversion.

Nick. Lauren l'avait captivé. En voyez-vous une ? . son charme l'avait ensorcelé. avait-elle sangloté. comme il l'avait déjà fait trois années auparavant. dit-il sèchement. et le désir sauvage et incontrôlable qu'elle lui inspirait lui avait fait perdre la raison. une fois la réunion levée. Mais quelle défense? Le seul fait qu'elle soit à moitié italienne poussait automatiquement Tony à avoir un préjugé en sa faveur. Sa défense. mais cela fait des années que nous nous connaissons tous les cinq et je ne vois aucune raison pour que nous ne nous parlions pas ouvertement. que parler de Lauren Danner vous est à tous fort désagréable. Tout de suite. Ces trois semaines qu'ils passeraient à skier pendant la journée et à faire l'amour pendant la nuit devraient résoudre agréablement tous ses problèmes. Vicky le rejoindrait à Chicago et ils s'envoleraient pour un voyage de trois semaines en Suisse. Malheureusement. lui plaisait énormément. puisque lui aussi avait fait preuve du même aveuglement et de la même naïveté. la tête tournée vers la fenêtre. Combien de temps lui faudrait-il avant d'arriver à effacer le souvenir de Lauren en larmes à ses pieds ? « Ne nous fais pas ça. Je t'aime tellement ! » Il fit rouler son stylo en or paresseusement entre les bouts de ses doigts. disait Jack Collins. prêt à bondir sur la plus petite occasion pour prendre la défense de Lauren.Je me rends bien compte. Dimanche. mais il sentait très bien que Tony le fixait furieusement du regard. .. Et Tony était incapable de voir que sa beauté à fendre le cœur cachait un caractère perfide.derrière Lauren et qui avait dû être reprogrammée afin que le comité puisse résoudre les questions qui n'avaient pas pu l'être sans son vote. il ne parvenait pas à se souvenir en compagnie de qui il avait passé les fêtes de Noël cette année-là. je t'en supplie.Oui. Il lui était difficile d'en vouloir à son ami. puis-je commencer ? . c'est-àdire dans trois jours. Et l'idée de passer Noël en Suisse. disait Jack Collins.. fasciné et enchanté. pensa-t-il sarcastiquement. .

poursuivit-il avec obstination. » Maintenant que c'est chose faite. . J'espère maintenant qu'en vous réunissant tous. Mary et Jim.Bon ! fit alors Jack à l'adresse des trois autres. je dois admettre que je n'ai pas encore compris cette femme . sans piper mot. Et vous m'avez également dit tous les trois qu'elle était d'une intelligence supérieure et que sa sténo et sa dactylo étaient excellentes. je vais commencer par m'adresser uniquement à Nick.enfin. alors qu'elle y a étudié la musique et qu'elle . Jack poussa un soupir avant de poursuivre : .Comme personne ne répondait. nous pourrons le reconstituer ensemble. Les yeux noirs de Tony se rétrécirent en signe d'impatience mais. vous m'avez tous dit que vous pensiez que Lauren Danner avait cherché à obtenir un emploi chez nous afin de pouvoir espionner pour le compte de Philip Whitworth. Vous me le confirmez? Jim et Mary répondirent oui. nous parviendrons à résoudre les contradictions qui continuent à me gêner. pas complètement. L'enquête lancée sur elle dépendait techniquement de moi et je suis obligé de vous apprendre qu'elle a été très mal menée. . Chacun de nous possède peutêtre un morceau du puzzle et dans ce cas.J'aimerais donc vous poser la question suivante : pour quelle raison une secrétaire intelligente et qualifiée échouerait-elle à tous les tests qu'on lui fait passer et prétendrait-elle ne pas avoir fréquenté l'université.Croyez-moi. Nick acquiesça d'un bref hochement de tête. J'aimerais que vous ne fassiez aucun commentaire avant que j'en aie terminé. ça ne m'est pas du tout facile d'en parler. je me serais penché plus tôt sur le sujet. il se cala plus confortablement dans l'un des canapés verts. J'ai déjà parlé à chacun d'entre vous séparément. Si je n'avais pas été dans l'obligation de retourner deux fois à l'hôpital depuis lors. Je pourrais même le dire en termes beaucoup plus grossiers. Le jeune homme qui s'en est chargé pendant que j'étais à l'hôpital manquait d'expérience et il était trop avide de bien faire. Tony.

les Danner sont cousins . Le lendemain.Pourquoi ne l'aurais-je pas crue ? soupira Jim d'un air dégoûté. à vous et à Nick. Et je suis également l'imbécile qui a cru que Whitworth était l'un de ses parents et que bien qu'il lui eût demandé d'espionner pour son compte. il continua : . qui souhaite obtenir un emploi pour pouvoir espionner. J'ai vérifié. Elle m'a dit qu'elle avait rencontré Nick ce soir-là et qu'elle avait accepté le poste parce qu'elle voulait travailler près de lui. Jim lui a accordé un entretien. la version de Lauren. Personne ne répondant.a obtenu brillamment son diplôme ? Comme tous gardaient le silence.Je vous ai déjà donné. . vous en conviendrez.La raison évidente est qu'elle ne voulait pas obtenir cet emploi.Et qu'est-ce qui pousserait une femme intelligente et cultivée. on peut affirmer. à commettre l'une des plus grosses bêtises que j'aie jamais vues ? A savoir répondre P. . elle ne l'avait pas fait. qu'elle a fait tout ce qui était en son pouvoir pour s'assurer qu'on ne lui en proposerait pas un. Pourquoi? Jim inclina la tête contre le dos du canapé. dit Jack avec un petit rictus amusé. . il poussa un soupir. Jack parcourut son auditoire du regard. et directeur du personnel à la question : « Quel poste souhaiteriez-vous occuper ? » posée sur son formulaire de demande d'emploi. . .Et vous l'avez crue ? demanda Jack. et selon l'arbre généalogique des Whitworth qui a été retracé il y a environ quinze ans et consigné dans un livre à l'usage pratiquement exclusif des snobs de la haute société. Tous gardaient l'air renfermé.G. et Mlle Danner a fait une volteface complète et décidé d'accepter le poste que lui proposait Jim et de travailler pour Sinco.En fait.-D. Je l'ai trouvée en pleurs quand elle a découvert qui il était vraiment. . Elle pensait qu'il n'était qu'un simple ingénieur employé par Global Industries. En fait. qui a intercédé en sa faveur le soir même. il existe effectivement un lien de parenté entre Whitworth et elle.J'ai cru comprendre que c'est en regagnant sa voiture qu'elle a rencontré Nick.

non sans hésitation.au septième ou huitième degré avec les Whitworth. Lorsque je lui ai parlé de la mère de Nick.Si elle avait vraiment voulu espionner pour Whitworth.J'ai appris aussi. alors que cela lui aurait permis d'accéder beaucoup plus facilement à des informations confidentielles ? Nick ramassa un dossier sur son bureau et se mit à le lire. elle aurait dû sauter sur l'occasion de pouvoir se venger en venant vous espionner sur place. . les dents serrées.Je n'ai pas de temps à perdre avec ça ! la coupa abruptement Nick.. insista Jack. Elle est la maîtresse de Whitworth. Cousins ou pas. Tony ouvrit la bouche pour contester. (Elle ne voulait pas coucher avec moi. L'éclat de joie incontrôlable qui transporta Nick fut de courte durée. affirma Jack. mais Nick l'en empêcha d'une voix basse et grondante : . pourquoi se serait-elle opposée au fait de travailler pour vous. que Mlle Danner a demandé à ne pas être affectée à votre secrétariat. En fait.) . Lauren Danner s'est fait engager chez Sinco pour nous espionner. elle est devenue pâle comme. Le simple fait de parler d'elle lui nouait l'estomac. .Tout cela n'a aucun sens. . C'est une menteuse de grand talent et une actrice extraordinaire. je peux éclaircir tout ça en quelques phrases. .Elle ne voulait pas travailler pour moi parce que nous avions eu une dispute d'ordre personnel. Weatherby m'a fait comprendre qu'elle était absolument opposée à cette idée. dit Jack en se massant les tempes comme s'il avait la migraine. Il n'allait pas pouvoir supporter beaucoup plus longtemps cette confrontation. Lauren était néanmoins la maîtresse de son beau-père.Il faut dire que beaucoup de choses concernant cette fille sont incompréhensibles. Jack.C'est vrai. Je pars pour Chicago. ajouta-t-il intérieurement. intervint Mary. Si vous vous êtes querellés.. . . admit Nick. Nick.Et n'essaie pas de la défendre ! Elle m'a laissé la .

Elle. Dès qu'il a entendu ça. mon enquêteur vous a dit qu'elle l'était. l'interrompit Jack. si bien que les hommes de main de Whitworth se sont abattus sur Casano comme un essaim de guêpes pour trouver Rossi.Ce qu'elle a fait. Whitworth s'est mis à lui raconter que tu risquais de penser qu'elle était sa maîtresse et que tu en conclurais que c'était elle qui lui avait parlé de Casano.. Elle a parlé à Whitworth de Rossi.. Laurie lui a dit tout de suite que toi et elle étiez fiancés et qu'elle allait te révéler leurs liens de parenté. . Il a dit qu'il essayait de conclure un marché avec elle.présenter sans piper mot à ma propre mère et à mon beau-père ! Elle est restée plantée là..Arrêtez de parler de Laurie sur ce ton ! cracha Tony tel un fou furieux. Et dans l'heure qui a suivi ! Elle l'a fait parce qu'elle avait l'intention de continuer à me mentir jusqu'à ce que Whitworth ait .. Puis elle lui a demandé sans se démonter s'il essayait de la faire chanter. C'est vrai. le soir où elle a emménagé. . . l'interrompit Nick. il ne lui a rendu visite là-bas qu'une seule fois. le coupa Nick.Elle n'était pas la maîtresse de Whitworth... . pas seulement moi.Garde ta salive. Laurie était bouleversée..J'en ai plein en réserve. et il n'y est resté qu'environ une demi-heure. Je. mais en vérité.L'âge de mon beau-père doit entraver ses facultés. si Whitworth est effectivement le propriétaire de l'appartement où elle habitait. tandis que Tony bondissait sur ses pieds pour protester. à me regarder me ridiculiser auprès de ses complices. Il a ajouté qu'il se tiendrait tranquille si elle lui donnait des renseignements. . .. Elle lui a répliqué qu'elle n'avait rien dit au sujet de Casano et qu'elle n'était pas sa maîtresse. Tony. Elle a fourni des informations sur nos prix d'offres à Whitworth qui vont faire perdre une fortune à Sinco. et je ne vais pas me gêner pour dire ce que j'ai à dire ! Dominic et moi avons entendu la conversation qu'elle a eue avec Whitworth le jour où ils ont déjeuné chez nous. dont l'un est son amant ! Elle nous a tous trahis.

Maintenant.réussi à nous mettre en faillite. elle fait huit pâtés de maisons à pied sous la pluie glaciale pour venir s'effondrer dans mes bras. Je n'ai jamais vu quelqu'un d'aussi blessé qu'elle après ce que tu lui as fait. cria presque Tony en se dirigeant vers la porte.C'est une salope perfide et une menteuse ! C'est tout ce que j'ai besoin de savoir. sans argent. Et si tu veux manger dans mon restaurant.C'est faux ! hurla Tony. tu es rayé de ma liste. tu as intérêt à t'y présenter en compagnie de Laurie ! . Elle lui a dit qu'elle préférerait mourir plutôt que de te faire du mal. Alors écoute. . Ouste ! Je m'en vais. Mais il y a une chose que tu dois encore savoir. Elle.A partir de maintenant. . .moi bienTony se redressa de toute son impressionnante stature et enfonça son chapeau sur sa tête. Tu la jettes dehors sans manteau. sans rien. Nick.. Nick frappa son bureau du plat de la main en bondissant sur ses pieds.. sortez tous d'ici. Et qu'est-ce qu'elle fait ? Elle appelle Whitworth ? Non.

Nick. ce qui lui valut d'être fusillé du regard par six paires d'yeux accusateurs. . quelque temps auparavant.. nous venons d'obtenir deux des contrats. pardonnez-moi de vous déranger.Oui. Nick sortit rapidement de la salle.. lui annonça Jim d'une voix hésitante et légèrement pâteuse. Et nous attendons que soient annoncés les noms de ceux qui ont fait des offres plus avantageuses que les nôtres pour les deux autres. autour de la même table. puis poursuivit : .21 . attendant manifestement que Nick fasse un commentaire. Nick repoussa sa chaise en arrière.Je n'y comprends plus rien.Monsieur Sinclair. furieux de penser à elle et encore davantage de souffrir à sa simple évocation. mais un certain James Williams vous demande au téléphone. Opinant de la tête. chuchota la secrétaire de Chicago à l'oreille de Nick. . Il fit une pause. Jim avait concocté une excuse idiote comme prétexte pour lui annoncer que Lauren avait donné sa démission. que se passe-t-il ? demanda-t-il d'un ton irrité.Il y a une sacrée fête qui bat son plein au bureau d'études. exactement comme cela s'était passé. Qu'en penses-tu ? . Cette fois-là. plein du souvenir de ce jour où Jim l'avait dérangé en pleine conférence. en dépit des copies de nos fiches de prix que Lauren a fournies à Whitworth.

répliqua Jim.. Objectif qu'il avait parfaitement atteint. Il se souvenait de la perfection absolue de ses seins crémeux. elle fait huit pâtés de maisons à pied sous une pluie glaciale pour venir s'effondrer dans mes bras.. on peut reprendre ? demanda le président. J'ai envie de vérifier les chiffres qu'elle. . Indépendamment des deux contrats restants.Whitworth est un vieux roublard et tout ce que tu voudras. il lui devenait de plus en plus difficile de penser à autre chose qu'à Lauren. je veux que Sinco se mette systématiquement en concurrence avec Whitworth et passe des offres. sans argent. Nick acquiesça d'un bref signe de tête.Je t'ai déjà dit ce que tu devais faire. mais au fur et à mesure que la matinée cédait la place à l'après-midi et que celui-ci s'assombrissait à l'approche du soir. Il vota avec application sur les trois questions suivantes. Je crois que je vais aller demander le dossier de Lauren à Jack Collins au service de sécurité.. . sans parvenir à dissimuler totalement la réprobation que lui inspirait cette interruption. le coupa Nick d'une voix empreinte d'un calme glacial. et qu'est-ce qu'elle fait ? Elle appelle Whitworth ? Non.Alors. sans rien. mais ce n'est pas un imbécile. . .. de la douceur inouïe de sa peau. Tandis que la réunion se poursuivait et que la neige tombait devant les fenêtres du gratte-ciel de Chicago. la voix scandalisée de Tony lui serinait sans fin : « Tu la jettes dehors sans manteau. du goût exquis de ses lèvres. Je veux mettre ce salaud hors circuit en un an ! Nick raccrocha bruyamment le combiné et regagna rapidement la salle de conférences.Je pense. de la façon dont elle l'avait embrassé et étreint. gronda Nick. » Huit pâtés de maisons ! Pourquoi les gardes ne l'avaient-ils pas arrêtée pour lui apporter son manteau ? Il se souvenait du chemisier léger qu'elle portait ce jour-là. pour l'avoir déboutonné lui-même dans le but de la dénuder et de l'avilir. que cet enfant de salaud n'est même pas assez futé pour gagner une partie de poker avec des cartes maquillées. en dessous du prix de revient si nécessaire..

- Nick, dit la voix coupante du président, je pré sume que vous êtes en faveur de cette proposition ? Nick s'arracha difficilement à la contemplation de la fenêtre. Il n'avait pas la moindre idée de la proposition dont il était question. - J'aimerais bien la connaître plus en détail avant de prendre ma décision, biaisa-t-il. Six visages étonnés se tournèrent vers le sien. - Mais c'est votre proposition, se moqua le président. C'est vous qui l'avez rédigée ! - Dans ce cas, je suis bien entendu pour, les informa-t-il d'un ton détaché. Les membres du comité dînèrent ensemble dans un restaurant raffiné de Chicago. Dès la fin du repas, Nick les pria brusquement de l'excuser pour rentrer à son hôtel. Tête nue, son pardessus de cachemire brun saupoudré de gros flocons de neige, il descendit l'avenue Michigan sans prêter attention aux vitrines des magasins élégants, brillamment illuminées et décorées pour les fêtes de fin d'année. Les mains enfoncées dans les poches de son pardessus, il maudissait Jim tout bas de l'avoir appelé le matin pour lui parler de Lauren, et il la maudissait, elle, d'être entrée dans sa vie. Pourquoi n'avait-elle pas demandé à Whitworth de venir la chercher quand les gardes l'avaient expulsée du bâtiment de Global Industries ? Qu'est-ce qui pouvait bien l'avoir poussée à parcourir à pied cette distance par ce temps glacial pour se rendre chez Tony ? Pourquoi avait-elle sangloté à ses pieds comme un ange brisé, alors qu'il venait de la blesser et de l'avilir ? Nick fit une halte pour sortir une cigarette d'un paquet et la placer entre ses lèvres. Penchant la tête, il joignit les mains autour de la flamme pour l'allumer. La voix de Lauren, étouffée de sanglots épouvantables, flottait dans son esprit. « Je t'aime tellement, suppliait-elle. Ecoute-moi, je t'en prie... Je t'en supplie, ne nous fais pas ça... » Il explosait de colère et de souffrance. Il ne pouvait pas reprendre Lauren, c'était impossible. Jamais il ne la reprendrait. Il était prêt à croire que Whitworth avait exercé un

chantage sur elle pour l'obliger à lui fournir le montant des offres. Il allait même jusqu'à admettre qu'elle ne lui avait pas parlé du projet Rossi. Car si c'avait été le cas, les hommes de Whitworth qui s'étaient abattus sur le village tel un essaim n'auraient pas cherché à savoir ouvertement ce que faisait Nick, ils se seraient intéressés à Rossi. Apparemment, ils ignoraient jusqu'au nom du chimiste. D'ailleurs, s'ils le trouvaient, cela n'aurait aucune importance. Les essais en laboratoire avaient révélé que son produit était très loin d'être aussi efficace qu'il le prétendait, outre le fait qu'il irritait la peau et les yeux. Nick s'arrêta à un croisement où un homme déguisé en costume rouge vif de Père Noël se tenait près d'un pot de fer et faisait tinter une clochette. La période de Noël ne lui avait jamais été très agréable. Ces fêtes lui rappelaient toujours la visite qu'il avait rendue à sa mère lorsqu'il était petit garçon. En fait, c'était le seul moment où il pensait à elle. Les voitures glissaient devant lui, leurs pneus crissant dans la neige fraîche. Ce Noël aurait pu être différent. Il aurait pu représenter un début. Il aurait emmené Lauren en Suisse. Non, il serait resté à la maison avec elle. Il aurait fait un superbe feu de cheminée et ils auraient pu instituer leurs propres traditions. Il lui aurait fait l'amour devant le feu de bois qui crépitait et les bougies du sapin de Noël auraient projeté leur lueur vacillante sur sa peau satinée... Dans un accès de rage, il rejeta ces pensées et traversa la rue à grands pas, sans tenir compte des coups de klaxon qui protestaient bruyamment et des phares qui fonçaient sur lui. Il n'y aurait pas de Noël en compagnie de Lauren. Il la désirait assez désespérément pour lui pardonner presque tout, mais il ne pouvait ni ne voulait pardonner ou oublier le fait qu'elle l'avait trahi pour son beau-père et sa mère. Avec le temps, il serait peut-être parvenu à lui pardonner d'avoir conspiré contre lui, mais pas de l'avoir fait avec les Whitworth. Ça, non, jamais. Nick inséra la clé dans la double porte de l'appartement luxueux qu'il possédait au sommet d'un gratte-

ciel. - Mais où étais-tu passé? lui demanda Jim Williams du canapé où il se prélassait, les pieds posés sur la table basse posée devant. Je suis venu te parler des offres que Lauren a données à Whitworth. Dans un état de colère noire, Nick ôta brusquement son pardessus. Il bouillait de voir son appartement envahi, son intimité violée, et d'être obligé -même s'il n'allait lui falloir qu'un instant pour mettre Jim à la porte - de reparler de Lauren. - Je t'ai déjà dit, répéta-t-il d'une voix sourde et implacable, que je voulais la perte de Whitworth et je t'ai expliqué comment t'y prendre. - Tu n'as pas à vouloir sa perte, annonça tranquillement Jim à son ami qui fonçait sur lui. Lauren y a veillé à ta place. Jim ramassa sur le sofa les copies des vraies fiches de prix et celles que Lauren avait trafiquées à l'intention de Whitworth. - Elle a modifié les chiffres, Nick, lui dit-il d'un ton morne. La réunion du comité sur le commerce international reprit à 9 heures tapantes le lendemain matin. Après avoir regardé un à un les six hommes installés autour de la table, le président du comité leur annonça : - Nick Sinclair n'assistera pas à la réunion d'aujourd'hui. Il m'a demandé de vous faire part de ses regrets et de vous expliquer qu'on avait besoin de lui pour un problème des plus urgents. Six visages scandalisés se tournèrent en même temps vers la chaise vide de leur confrère absent, la fusillant d'un regard hostile et impuissant. - La dernière fois, c'était un problème de relations avec le personnel, tonna un des hommes à la mâchoire volontaire. De quoi peut-il bien s'agir aujourd'hui ? - D'une fusion, répliqua le président. Il m'a dit qu'il allait essayer de négocier la plus importante fusion de sa vie.

22 La petite ville de Fenster, dans le Missouri, était nappée d'un épais manteau de neige. Avec ses guirlandes de Noël suspendues à chaque carrefour, Fenster possédait un petit cachet vieillot, qui évoquait pour Nick, de façon poignante, l'attitude un peu collet monté qu'avait Lauren envers le sexe lorsqu'il l'avait rencontrée. A l'aide des indications que lui avait données un vieil homme taciturne quelques minutes plus tôt, Nick n'eut aucun mal à trouver la petite rue tranquille où Lauren avait grandi. Il se gara devant une maison modeste à la charpente de bois blanc, avec une véranda sous laquelle oscillait une balancelle. Un chêne énorme trônait dans la cour devant la maison. Il arrêta le moteur de la voiture qu'il avait louée à l'aéroport cinq heures plus tôt. La partie facile de son entreprise, consistant à parcourir à la vitesse d'un escargot un trajet plein d'embûches sur des routes enneigées, était terminée. Il lui restait maintenant à en accomplir la partie difficile : affronter Lauren. A peine avait-il frappé à la porte qu'un jeune homme longiligne, qui devait avoir dans les vingt-cinq ans, vint lui ouvrir. Nick sentit ses forces le quitter. Dans ses pires prévisions, pendant le voyage,

il n'avait jamais imaginé que Lauren puisse vivre avec un autre homme. - Je m'appelle Nick Sinclair, annonça-t-il, notant que le visage ouvert du jeune homme afficha sur-lechamp une franche animosité. Je voudrais voir Lauren. - Je suis son frère, et elle ne veut pas vous voir. Son frère ! Le soulagement momentané de Nick fut suivi d'une impulsion absurde. Il avait envie de gifler ce jeune homme pour le punir d'avoir volé l'argent de poche de Lauren quand elle était petite fille. - Je suis venu la voir, dit-il d'un ton sans appel, et si je dois vous marcher dessus pour y arriver, je ne m'en priverai pas. - A mon avis, Léonard, il ne parle pas en l'air, intervint le père de Lauren qui s'était avancé dans le vestibule, un doigt coincé entre les pages de l'ouvrage qu'il était en train de lire. Robert Danner étudia longuement l'homme grand et inflexible qui se tenait dans l'embrasure de la porte, scrutant de ses yeux bleus pénétrants le visage tendu du visiteur. Puis une esquisse de sourire involontaire adoucit la ligne sévère de sa bouche. - Léonard, dit-il sereinement, pourquoi ne pas accepter que M. Sinclair voie Lauren cinq minutes ? Comme cela, il verra s'il peut lui faire changer d'avis. Elle est dans le living, ajouta-t-il, inclinant la tête pardessus l'épaule en direction des chants de Noël que diffusait la stéréo. - Cinq minutes, mais pas davantage, grogna Léonard en emboîtant le pas de Nick. Celui-ci se retourna. - Seul, affirma-t-il. Léonard ouvrit la bouche pour discuter, mais son père l'en empêcha : - Seul, Léonard. Nick referma sans bruit la porte du gai petit salon, fit deux pas en avant et s'immobilisa, le cœur cognant follement dans sa poitrine. Lauren était debout sur un escabeau, en train de suspendre des guirlandes sur les branches les plus hautes du sapin de Noël. Si tendrement jeune, dans son

il avança vers elle. suppliante à ses pieds. Que penses-tu de l'étoile en haut du sapin? Peut-être devrais-je aller chercher l'ange dans le grenier pour le mettre à sa place ? . elle contempla l'homme grand et solennel qui se tenait tout près d'elle. De toutes les lignes de son corps tellement présent se dégageaient une impression de force et d'opulence et le même puissant magnétisme auquel elle tentait d'échapper dans ses rêves toutes les nuits. Son visage blêmit. Mais elle se souvenait aussi de leur dernier affrontement : ce jour-là. Il y a déjà un ange dans la pièce.Lenny. elle était également à genoux devant lui . Lauren descendit de l'escabeau et s'agenouilla pour prendre d'autres guirlandes dans la boîte posée à côté des paquets joliment emballés sous l'arbre. des sourcils noirs et droits aux angles rudes de la mâchoire et du menton.Sors d'ici ! hurla-t-elle. l'embrasser. ses mains et sa bouche. Au lieu de lui obéir. au fur et à mesure qu'elle enregistrait la détermination gravée sur chacun de ses traits virils. Du coin de l'œil.mais en larmes. répondit une voix profonde. . Elle s'en souvenait dans leurs moindres détails. elle aperçut une paire de mocassins d'homme.Laisse l'étoile en haut. . envahie d'une bouffée d'indignation et de fureur. J'ai déjà fini. avec ses cheveux qui cascadaient en vagues aux reflets dorés sur ses épaules et dans son dos ! Nick brûlait de l'envie douloureuse de l'arracher à l'escabeau et de la transporter dans ses bras jusqu'au canapé où il pourrait se perdre en elle. Incrédule. Les traits de Nick avaient été comme marqués au fer rouge dans son esprit.jean serré et son pull vert vif! Et d'une beauté si poignante et si vulnérable. soulager la souffrance qu'il lui avait infligée avec son corps. La tête de Lauren pivota brusquement. ton timing est vraiment génial ! lança-telle d'une voix douce et taquine. trop aveuglée par son propre tourment pour pouvoir remarquer les regrets et le chagrin torturants qui assombrissaient les yeux gris. Elle se releva d'un bond. l'étreindre et la caresser. d'une douceur qui la transperça. .

. le frappant au hasard. . Telle une chatte sauvage prise d'une crise de folie.. puis elle fit face et tint bon...Vas-y. le corps tout entier tremblant d'une violence sur le point d'exploser. de s'éloigner de lui.Ne me touche pas ! faillit-elle hurler. se débattant furieusement. Elle lui martelait de coups le torse et les épaules et Nick dut faire appel à toute son énergie pour la tenir jusqu'à ce que sa fureur se calme et qu'elle s'effondre enfin contre lui. Laisse-moi ! Elle essaya de s'échapper. tout en esquissant un pas sur le côté pour lui échapper. avec un mouvement de recul sauvage pour échapper à son contact. Tremblante de rage contrariée. à accepter n'importe quoi. son corps mince secoué de sanglots déchirants. . . Espèce de salaud ! Je t'ai supplié à genoux. Le regard de Nick se posa sur sa paume tendue. elle leva une main menaçante. à condition qu'elle ne le quitte pas. .Espèce de salaud ! hurla-t-elle. pleura-t-elle d'une voix entrecoupée dans ses bras. Cela était au-dessus de ses forces.. mais elle brandit le bras. Nick était prêt à tout accepter d'elle. . . Il lui barrait le chemin.Non ! cria-t-elle hystériquement. Comme il ne bougeait pas. . de sortir de la pièce. elle l'affronta alors de face. . attends. tu m'as obligée à te . Lauren abaissa la main et croisa les bras sous sa poitrine. mais Nick l'attrapa par les bras. Il tendit la main vers elle.Je t'ai dit de sortir ! siffla-t-elle.Lauren. la main tendue...Lauren. dit-il gentiment.Lauren recula d'un pas.Fiche le camp ! Va-t'en ! explosa-t-elle. . Elle essayait de contourner le sapin. prête à le gifler de toutes ses forces. folle de douleur. laisse-moi te.Tu m'as obligée à te supplier.. Elle recommença à se déplacer en biais afin de franchir les trois derniers pas qui lui permettraient de le contourner et de sortir de la pièce.

elle était parvenue à la conclusion que le cynisme et la dureté de Nick étaient incurables. Elle s'était exprimée d'un ton si calme. il parut ne pas saisir le sens des paroles de Lauren. Les remords lui piquaient les yeux. évitant ses yeux gris sans fond : .. Il ferma les paupières. Pendant ces semaines solitaires. Il lui caressait le dos dans un geste de réconfort impuissant et. . Faisant appel à ce qui lui restait de maîtrise de soi. les yeux fixés aveuglément dans le vide. Le fait d'avoir été abandonné par sa mère l'avait rendu ainsi et rien de ce qu'elle pourrait faire ne parviendrait à le changer.Je vous transformerai en beau crapaud.Maintenant. là où elles la touchaient. je veux que tu partes. elle ajouta. il avait appris qu'on ne pouvait pas offrir son cœur à une femme. A cinq ans. . plein du souvenir de la jeune fille si belle et si gaie qui avait pénétré dans sa vie et l'avait bouleversée de son sourire radieux. ses mains lui communiquaient leur chaleur. . et ses paroles le lacéraient comme un couteau. . mais pas davantage. Il lui offrirait son corps et son affection..Que m'arrivera-t-il si la pantoufle vous va ? . faites de nuits sans sommeil et de journées lugubres où elle ressassait sa colère. Je suis tellement désolé.Je suis désolé. Plus jamais il ne laisserait totalement percer sa vulnérabilité. Nick.. implacable et définitif que la mâchoire de celui-ci se crispa. Lauren sentit la souffrance vive qui perçait dans sa voix et le mur de glace qu'elle avait érigé autour d'elle pour ne plus rien ressentir commença à fondre. vraiment.. Ses larmes lui fendaient le cœur.supplier. Dans un suprême effort. Elle luttait contre la sensation exquise que lui procurait le fait de se trouver de nouveau dans ses bras et de se presser contre son corps puissant. et que son corps entier se tendit. Il la tenait.Ça va mieux. chuchota-t-il d'une voix rauque. Lauren le repoussa fermement. Mais au lieu de lui obéir.

La voix de Nick était rauque et hésitante. je t'en supplie. Elle ouvrit la boîte. le visage enfoui dans ses cheveux. De ses doigts tremblants. Et qu'elle le rejette lui. discrètement gravée au nom d'un grand joaillier suivi de celui d'un hôtel de Chicago. était au moins aussi gros qu'une boîte à pilules. Lauren.. Les paroles de Mary résonnèrent tout à coup aux oreilles de Lauren : « Il avait l'intention d'acheter sa mère pour qu'elle lui revienne. dit-elle d'une voix brisée.Je t'en supplie. . Il a insisté pour qu'elle l'ouvre tout de suite. mais à la vue du désespoir qui perçait dans ses yeux et de ses épaules qui s'arrondissaient. Je t'en prie. chuchota-t-il. Sans la quitter des yeux.. spectaculaire. Pour la seconde fois de sa vie.Ma chérie. Une tentative de corruption. la pressant à lui faire mal contre lui.. dit-il. Nick essayait d'acheter une femme qu'il aimait pour qu'elle lui revienne. . elle défit le papier d'argent qui enveloppait la boîte de velours plate.. Les dernières défenses de Lauren cédèrent définitivement. ... Le rubis. composé d'un rubis entouré de diamants étincelants.Tiens.. comme si on lui arrachait les mots qu'il prononçait. Il s'efforçait de garder un visage impénétrable.Ouvre-le maintenant.. Il l'étreignit brusquement. C'est un cadeau de Noël. tandis que ses . il sortit une boîte plate enveloppée dans du papier d'argent de la poche de sa veste. qui brillait de tous ses feux dans son écrin de velours blanc.Je t'ai apporté un cadeau.comme si elle avait parlé une langue qu'il ne connaissait pas.Je t'aime.. répéta Nick. Lauren ouvrit de grands yeux. lui soulevant la main pour y poser la boîte. ouvre-le. Des larmes de tendresse montèrent aux yeux de Lauren et son cœur s'emplit d'une douceur déchirante. Il lui a offert ce cadeau. C'était un pendentif. » . je t'en supplie. Lauren comprit qu'il s'attendait à ce qu'elle rejette son cadeau. .. .

Et sans attendre qu'elle lui réponde. elle l'enveloppait toujours de ses bras. . Et je t'achèterai un piano d'après le conservatoire. tu es une pianiste douée. Mais cette douceur fut de courte durée. Je crois que mes collègues viennent de voter ma radiation du comité sur le commerce international.. Et Tony m'a rayé de sa liste. le serrant de toutes ses forces.bras venaient lui encercler étroitement le cou et que ses mains apaisantes couraient sur ses épaules et lissaient ses cheveux noirs. il emprisonna sa nuque dans sa main et écrasa ses lèvres contre les siennes dans un baiser si passionné qu'il la laissa pantelante. Que préfères-tu.Tu m'as tellement manqué ! chuchota-t-il. tout en se hissant sur la pointe des pieds pour le réduire au silence avec ses lèvres. sa bouche avide effleurait tendrement ses lèvres entrouvertes. un piano à queue ou.Je t'ai aussi acheté des boucles d'oreilles. dit-il d'une voix câline et fervente. cambrée tout contre lui. .Tu dois m'épouser.Arrête ! cria-t-elle.. . il l'enlaça plus étroitement et sa bouche désespérément affamée s'ouvrit sur la sienne. Mary affirme qu'elle démissionnera si je ne te ramène pas.. murmura-t-il. . Ericka a retrouvé tes boucles d'oreilles et elle les a données à Jim. Dans un gémissement. il ajouta d'une voix mi-implorante. Tandis qu'il enfouissait ses doigts dans le flot de cheveux épais qui recouvraient la nuque de la jeune femme. comme s'il voulait complètement fondre son corps dans le sien. mi-taquine : . Dans celui qu'elle lui rendit. Le corps parcouru de tremblements. Une éternité plus tard.. Ils me trouvent trop instable. avant de glisser plus bas pour attirer ses hanches vers lui. tandis que ses mains couraient sur le dos de Lauren puis sur sa poitrine. La joue pressée contre le cœur de Nick qui battait follement.Je t'aime. Lauren mit tout l'amour dont son cœur débordait. ? . Il dit que tu ne les récupéreras que si tu viens les chercher en personne. elle revint à la réalité.

C'est Noël. les doigts posés contre sa joue : . Et sa gorge se serra de bonheur quand son épouse lui adressa un sourire et qu'elle lui répondit d'une voix douce. . il remonta le couvre-lit de satin jusqu'à ses épaules. Ils étaient mariés depuis trois jours. Lauren remua légèrement. se nichant plus près dans sa chaleur. une horloge se mit à égrener les douze coups de minuit. Noël. Avec d'infinies précautions pour ne pas la réveiller. .De minuscules lampes de couleur clignotaient sur l'arbre de Noël. dans l'immense salon plongé dans la pénombre. D'un geste plein de révérence. Et quand il la regardait. c'était il y a trois jours. Etendu sur le tapis devant la cheminée. Lauren avait apporté la joie dans sa vie et les rires dans sa maison. Les paupières de Lauren palpitèrent et s'ouvrirent lentement sur les lacs enchanteurs de ses yeux. Nick tenait sa femme endormie dans le creux de ses bras et contemplait avec émerveillement les reflets des flammes qui dansaient dans sa chevelure éparpillée en vagues désordonnées sur son torse nu.Non. chuchota Nick. Elle le trouvait beau. Quelque part dans la grande maison. il se sentait beau. il effleura sa joue du bout des doigts.

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