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Lorenzaccio
Acte IV, scène 3, monologue de LorenzoAlfred de Musset
De "LORENZO — Seul. De quel tigre..." à "...tomber en cendres sur ma proie. (
il sort.
)"
Lecture
ACTE IV, SCENE 3
 Extrait 
 
LORENZO
Seul. De quel tigre a rêvé ma mère enceinte de moi ? Quand je pense que j’ai aimé les fleurs, les prairies et les sonnets de Pétrarque, le spectre de ma jeunesse se lève devant moi en frissonnant. ô Dieu ! pourquoi ce seul mot,« à ce soir », fait-il pénétrer jusque dans mes os cette joie brûlante commeun fer rouge ? De quelles entrailles fauves, de quels velus embrassementssuis-je donc sorti ? Que m’avait fait cet homme ? Quand je pose ma main là,et que je réfléchis, - qui donc m’entendra dire demain : je l’ai tué, sans merépondre : Pourquoi l’as-tu tué ? Cela est étrange. Il a fait du mal aux autres,mais il m’a fait du bien, du moins à sa manière. si j’étais resté tranquille aufond de mes solitudes de Cafaggiuolo, il ne serait pas venu m’y chercher, etmoi, je suis venu le chercher à Florence. Pourquoi cela ? Le spectre de mon père me conduisait-il, comme Oreste, vers un nouvel Egisthe ? M’avait-iloffensé alors ? Cela est étrange, et cependant pour cette action, j’ai toutquitté ; la seule pensée de ce meurtre a fait tomber en poussière les rêves dema vie ; je n’ai plus été qu’une ruine, dès que ce meurtre, comme uncorbeau sinistre, s’est posé sur ma route et m’a appelé à lui. Que veut direcela ? Tout à l’heure, en passant sur la place, j’ai entendu deux hommes parler d’une comète. Sont-ce bien les battements d’un cœur humain que jesens là, sous les os de ma poitrine ? Ah ! pourquoi cette idée me vient-elle sisouvent depuis quelque temps ? suis-je le bras de Dieu ? Y a-t-il une nuéeau-dessus de ma tête ? Quand j’entrerai dans cette chambre, et que jevoudrai tirer mon épée du fourreau, j’ai peur de tirer l’épée flamboyante del’archange, et de tomber en cendres sur ma proie. (
il sort.
)
 Extrait de l'acte IV, scène 3 de
 Lorenzaccio
- Alfred de Musset 
Petites précisions :
 Pétrarque :
grand poète de la Renaissance italienne, grande influence sur les poètes de laPléiade. Il a imposé le sonnet en France.
 
Oreste et Egiste :
Oreste est le fils d'Agamemnon et de Clytemnestre, il dirigeait l'arméegrecque. Exilé par Clytemnestre qui a tué son père et pris un amant : Egiste, il revient et, poussé par sa sœur, tue sa mère et l'amant.
Introduction
Cette scène de l'Acte IV de
Lorenzaccio
deAlfred de Mussetest encore liée à lavengeance. Le spectre dont il parle peut renvoyer de manière indirecte à Hamlet ou àl'apparition de Lorenzo à sa mère.Il y a ici beaucoup de questions posées. Lorenzo organise l'assassinat d'Alexandre : il luifait croire que Catherine est dans sa chambre et qu'elle l'attend.
Etude
 
I. Les interrogations sur son acte
Un acte contre sa nature :
le meurtre paraît incompatible avec sa nature profonde : lesimages du passé le montre « j'ai aimé ».L’observation de la nature paisible « les fleurs », « les prairies » -> goût pour la solitude etl'isolement. Il également est amateur de poésie : « les sonnets de Pétrarque ».-> Sa nature d'origine paraît incompatible avec le criminel qu'il devient.
Remise en cause de ses motivations :
il n'en a pas de véritables pour tuer Alexandre : « Quem'avait fait cet homme ? », « m'avait-il offensé alors ? » -> Retour d'humanité enversAlexandre : « il a fait du mal aux autres mais il m'a fait du bien, du moins à sa manière ».Lorenzo bénéficie d'un traitement particulier « Si j'étais resté tranquille » : c'est lui-même quiest allé le chercher.Lorenzo est comme poussé par des forces qu'il ne contrôle pas.
Un acte qui le dépasse :
beaucoup de phrases interrogatives : « Pourquoi » répété 4 fois, «que veut dire cela ? » -> Doute, hésitation.« cette joie brûlante comme un fer rouge » Oxymore (« joie brûlante ») qui montre que le plaisir contraste avec la douleur de tuer -> masochisme caché.« le spectre de mon père me conduisait-il ? », « j'ai tout quitté » -> Folie ?Le meurtre d'Alexandre est associé à la propre destruction de Lorenzo : métaphore filée : « laseule pensée de ce meurtre a fait tomber en poussière les rêves de ma vie », « ruine »,« corbeau sinistre » (annonce la mort des deux.)Les interrogations de Lorenzo sur l'assassinat se doublent d'interrogations sur sa personne.
II. Les interrogations sur sa personne
Son hérédité : il se présente comme issu d'une hérédité féroce et mystérieuse : « de queltigre... ? », « de quelles entrailles fauves, de quels velus embrassements...? »

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