Laforgue, Jules (1860-1887). Oeuvres complètes de Jules Laforgue.... 1903.

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MÉLANGES POSTHUMES .

L'art en Allemagne. Le Concile féerique. Les Complaintes.ŒUVRES COMPLÈTES DE JULES LAFORGUE d PoÉSIES Le Sanglot de la Terre. Fleurs de bonne volonté. MÉLANGES POSTHUMES Pensées et paradoxes. . Moralités LÉGENDAIRES. Derniers vers 1 vol. six contes suivis des Deux Pigeons en prose. L'art impressionniste. Pierrot fumiste. L'Imitation de Notre-Dame la Lune. 1 vol. Lettres 1 vol. Notes sur la femme.

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DE MCMIII .}J .ŒUVRES COMPLÈTES DE E >x Jules Laforgue Mélanges posthumes PENSÉES ET PARADOXES FUMISTE PIERROT NOTES LA SUR FEMME L'ART IMPRESSIONNISTE L'ART ALLEMAGNE EN LETTRES PORTRAIT DEJULES LAFORGUE PARHEO RYSSELRERGIIE T VAN i PARIS SOCIÉTÉDV MERGYRE FRANCE DE STE COUDÉ. XZTI ZZVI.

IL A ÉTÉ TIRÉ DE CET OUVRAGE Quinze exemplaires sur papier de Hollande. numérotés de 1 à 15. m . JUSTIFICATION DU TIRAGE: y eompris la Suède et la Norvège.

PREMIÈRE PARTIE .

Dragées. Impressions. . PAYSAGES ET IMPRESSIONS. PIERROT FUMISTE.PENSÉES ET PARADOXES. SURLA FEMME (Aphorismes et réflexions. Fragments de nou pelles).

Malheureusement nature répugneau ma mensonge. Œuvre de littérature et œuvre de rophète des temps nouveaux. ans prétentiojii– Naïvement. les idoles religieuses. ^j Mes livres. ta peur te la mort. à croire qu'ils ne ont pas persuadés de l'existence de ces choses. Des nuits à méditer d ns une atmoshère de Sinaï.qu'il doive être bleu ou noir. et métaphysiques. v . Deux ans\de solitude dans >rusque-dechirement. L.^ Je croyais. Puis. es bibliothèques. Un volume de versquej^appelle philosophiques. et norales soient si peu émus. · J. sans amour. sa amis. Alors je m'étonn que les philoiophes qui exécutent quotidienne ent l'idée de la ustice.PENSÉESET PARADOXES Je voudrais trouver des pensées belles commedes regards.

du cerveau. de la conscience de la terre. tout d'analyses et de notules . pas assez fouillée. l'amour. etc. toute l'ordure de la planète dans 1'inno~ence des cieux. Leconte de Lisle pas assez humain. et cela a dans une langue d'artiste. du forcené. Un second volume où je concentrerai toute la misère. sans souci des codes du goût. du grotesque. Sully-Prudhomme trop froid. le Musée Dupuytren. l'histoire. le carnaval des Olympes. trop élevé au sens bourgeois. trop technique. Puis un roman. le journal d'un parisien Résignations de 1880. la Morgue. étonnement qu'il y ait dans notre génération de poètes si peu qui aient fait ce livre. fouillée et moderne. Première partie ce seront les sanglots de la pensée. et les autres l'accidentel. Et alors je fais naïvement ce livre Lamma sabachtani. sans crainte du cru. Ce livre sera intitulé Le Sanglot de la terre. qui souffre. la Salpêtr ière. seulement. des dévergondages cosmologiques. doute et arrive au néant et cela dans le décor parisien. les massacres. les splendeurs de l'Asie. la folie. les Jablochkoff. les bacchanales de l'histoire.MÉLANGES POSTHUMES Puis. cinq parties Angoisses. les orgues de barbarie de Paris. Les poèmes du spleen. Mme Ackermann pas assez artiste. les pavés gras. Les poèmes de la mort. les couchants. les Thébaïdes. l'hôpital. la Seine. Cazalis trop dilettante. les averses. le spleen. l'alcool.

mais un peintre penChenavard pessimiste et macabre. des ambitions de peintre. Et vierge. ut au renoncement. leen. C'est une autobiographie de mon organisme. La vanité tout. Et la planète en deuil laissera dans l'azur mme un sillage de lamentations. Un raté de eur. l'Inutilité de l'Univers. tout à la contemplation des cieux infinis. sans amour. énormes comme des tours. pauvre. la Bible uvelle qui va faire déserter les cités. On désertera les cités. qui rêve quatre grandes fresques: épopée de l'humanité. le renoncement. dans i nuées qui courront. Et alors mon grand livre de prophétie. à une vie. s'analyse pour se trouver des symptômes de lie et finit par le suicide. énie. les hommes s'embrasront. misère et l'ordure de la terre perdue dans les rtiges d'apothéoses éternelles de soleils. le déchirement de l'Illusion. bousculées par ces lamenta >ns. tristesse incurable de la vie et de ses sales. l'Angoisse s temps. transportée à un peintre. on ira sur les promontoires vivre dans la ndre. Vie malheureuse. Un personnage et quelques comarses. e ma pensée. la danse macabre des deriers temps de la planète. N "N . On organisera des Concerts iinis d'oigues vastes comme des montagnes qui fileront des de lamentations avec leurs ouragans yaux montant.PENSÉES ET PARADOXES sychologiques. les trois stads de VIIsion.

cet espoir s'en va. Il faut se hâter de multiplier remède du renoncement. l'Inde vénérable penhaûer. Il faut se contenter du suicide mat riel et du renoncement. Rêves de dilettantes l'atrophie d vouloir. matériellemei ou intellectuellement mais ne songez pas à tuer Vouloir universel. la seule trêve au supplice de l'Être. Absurdité des remèdes. C$~s'~ . l'insaisissable présent partout sous les mill variétés de l'illusion. qui supprim le mal universel. Le grand bienfait des religions est d'avoir b. tous bouleversements. insaisissable qui ci cule partout. appétit sexuel. Tuez votre existence individuelle. universel. le principe mystérieux. Jamais on n'atteindra l'essence même de la V lonté.e« la douleur et les effrois de l'homme d'un au de d'éternelle douceur. entretenir l'homme l'éternel pour qu'il ne fasse pas attention à sa m sère éphémère. désir. Ce 1 peut amener la révolte des malheureux. Catéchish LE SAGE DE L'HUMANITÉ PESSIMISTE.MÉLANGES POSTHUMES 1 NOUVELLE. Hartmann. qu'on y fas e attention. Deux solu Sh tions proposées: Bouddha. de contempl tion. etc. Pas de remède absolu. Aujourd'hui. on ne croit plus. Travaillez à l'art et à la scienc multiplication des moyens d'extase.

se pénétrer de l'histoire 2 i . toutes les maladies hideuses ou tristes. Dieu. Il n'y a pas de pauvre ni de riche. Ce remède. ni d'hypertrophique. de phtisique. on atteint à la grande Liberté sortir de l'Illusoire. on est affranchi pour un instant du Temps. Pour les autres. qu'à la portée d'une éJ. l'amour. on monte. non-être. toutes les saletés. du moins encore. je ne le sais que trop. visiter les hôpitaux. Le vouloir est souffrance trêve à la souffrance. il faut souffrir au moins deux ans jeûner. tepoevoao. ne peut être. la charité. saigner de pitié et d'amour universel. maintenir doucement dans l'illusion. On meurt au vouloir. scientifique ou philosophique (ces deux dernières sont les plus sûres de quiétude) on échappe à soi.. d'extase.PENSÉES ET PARADOXES | Par la contemplation sereine. l'émancipation. de cerveaux en mal d'absolu. Le vouloir objectivé et vivant par chaque individu une chaîne. souffrir de la continence.j J S i t . on meurt à la conscience de son individualité. On tue pour un moment le vouloir individualisé qui est en nous. esthétique. de l'Espace et des Nombres. ni d'esclave du génie de l'Espèce. l'instruction.».te. d'estomac. ne provoquer le déchirement que lorsqu'on sait que l'individu peut être mûr pour cet état et peut arriver au renoncement « ?. de soucis. Avant d'arriver au renoncement. de Dieu.

en passant. vivront et arriveront au renoncement. Voir toute la douleur de la planète. éphémère et perdue dans l'universel des cieux éternels. observer une rigoureuse continence. travailler.MÉLANGBS POSTHUMES générale et minutieuse. curieux. de la Réalité universelle. Pitié. inutile. des aspirations au bonheur la [ lire avec sympathie (le premier don du sage) comme Carlyle ou Michelet. partager son cœur. ou ont recours au suicide matériel les autres. Arrivés là. 11 devra jeûner. des sens. philosophes. Résignons-nous à ne rien savoir. sans oublier que le plus haut degré de souffrance est au plus haut degré de sensibilité. hommes par excellence. les félicitant de leur grâce d'état. artistes. à ne rien pquvoir sur l'essence universelle. Désirer l'Illusion. méditation vivement par l'imagination toutes les souffrances qui crient en ce moment sur la terre. se pénétrer de l'inutilité du Mal et de la vanité de tout. Arrivé au renoncement. que ces milliards d'individus avaient des coeurs. sur la nécessité . le sage devra éviter le dans son égoïsme grand écueil: se cristalliser d'émancipé de l'Univers. les uns jouissent. sans but et sans témoin. Nous laissons les indifférents de côté comme des cailloux. sages. en se disant que cela est réel. saigner pour toute l'Humanité. A certaines se représenter heures.

oelle où elle a une moitié de passé Oh le jour. • Le POINTculminant. éternel et sans coeur des torrents d'étoiles. C'est le contraire de la sensation de vivre. puisque tout est fixé d'avance. et arrivons au renoncement par la conscience de la vanité éphémère de notre planète et la contemplation de l'affolement solennel. Et cependant. même malades. Et en fin de compte nous n'aurons pas été heureux. la moindre idée du temps qui nous reste à vivre. c'est-à-dire par définition en voie de mourir. j'en ai. nous n'aurons pas vécu. soulageons-les comme nous pourrons. en ce moment dans le présent*. Le bonheur tous nous le voyons réellement dans l'avenir et nous en rappelons réellement des échappées dans le passé. Nous n'avons pas. l'heure summum de cette moitié! . nul n'a jamais pu se dire « le voici.PEN8ÉE8 ET PAHADOXES résignons-nous à nos misères. il est certain que notre fond » inconsoient en a le sentiment. notre existence se divise en deux moitiés celle où elle voit l'avenir. on n'a jamais entendu personne. et cela depuis notre premier jour. universel. LE BONHEUR. et pour cette conscience qui veille et sait.

l'Amour inconscient souffle où il veut. DE En fait de religion. devant la Mort qui fait que nous sanglo1 . laissez le passer. secondeetc. le sommet verra • LE CHOIX LAVIE (nirvanâh ou amour). le repos ou la vie. la voie est toute Jtracée. elle doit avant tout prendre son centre. nirvanâ opium de la marmotte suicide Platon Karataïeff. universellement imprévue et inenregistrable en tragique. substratum du Progrès indéfini sans but ni sanction. Or l'amour est chose inconsciente. et fasse le calcul et cherche ce qui se il passa le jour où il eut sa moitié. « Aimez et laissez faire le reste. il n'y a de choix qu'entre deux ou bien vous voulez le néant. systématique.MÉLANGES POSTHUMES Que chacun de nous songe aux êtres chers et connus près. de sa continuation etc. » • PEUR ET RESPECT LA MORT. de vie organisée. sa lumière dans ce qui est l'essence de la vie. par la vertu de la Sélection naturelle. Cette frousse t DE réflexe. Si votre religion est le néant. Donc laissez le faire. vue. Si votre religion veut la vie. sa clef. Le Repos -ou la bataille aveugle. l'amour des sexes.

Aussi à mon tour que mon père. qui vient de Je cesserai de vivre aussi carrément que vient de commencer à vivre ma nièce Juliette née la nuit dernière. Ce qui prouve que la créature humaine a beau se monter le coup. secoués de pardons. Quand est-ce que nous nous montrerons adéquats à la valeur des phénomènes. devant un ennemi agonisant. d'autres disent l'Illusion. elle est organisée pour le bonheur. Tout pour toi. Cent cinquante francs pour payer mon terme demain me toucheraient davantage. Alléluia! ~t ~–J St . C'est étonnant comme ça me laisse froid. etc. que nous trouvons génial un artiste qui vient de trépasser. O Maïa.PENSÉES ET PARADOXES tons. Aussi à mon tour que ma mère. et notre mère une sainte. Je aussi carrément que ce moustique se brûler à ma lampe. Quoi qu'il en soit. et vivrons-nous justes de ton LA cesserai pensée de DE LA MORT vivre ET LA VIE COURANTE.

toujours veillante. à la grande vertu curative. Le rêve. même non teinté d'espérance.MÉLANGES PO8TBCMBS r L'ënwui. inconsciente. est encore de l'action. célibat de la Terre. bavarder avec cette idée. O donjons de l'ennui. Nous n'avons pas de goût à vivre et nous ne pouvons pas vivre de l'idée de la mort. alors c'est l'ennui. O Ennui cinquième saison steppes désertes comme le temps (la durée). en écoutant le bruit de la rue (gens revenant de vêpres !) et que pelotonnés en vous-mêmes. L'action est le débouché naturel de l'être. Mais quand tout vous répugne excepté vous pelotonner en vous-même un dimanche. la considérer comme l'égale universelle de la vie en intérêt et distractions et même indigestions. Horloge dans une Célibat irrémissible! 1 gare désertée. présente partout! (voilà l'ange gardien détaché pour chacun de nous du grand ange de l'Histoire et délégj| de l'évolution A LA DÉRIVE. maternelle. Le temps! le temps! et le reste est sillages. tout un monde dans la mousse des créneaux. . vous n'avez plus de vie que pour ne pas voir le seul hôte que vous y trouvez c'est-à-dire la Mort. S'abandonner à cette force unique. v Ennui.

Comme on est bien. me garde mélancolique et attendri le long de la vie parmi les loups. atome et minute et dans ce baiser de la bonne Loi m'a ravi du monde de la réflexion. raccommode ma chair quand me suis blessé. me donna le sens esthétique. du calcul. et enfin qui m'a en si spéciale dilection. l'harmonie préétablie.PKJISÉesM PARAOOXËS terrestre détaché lui-même de celui de l'omnivers) qui fait tout sans bruit. la moralité. qu'elle a soulevé un peu son voile et s'est distraite de son Œuvre éternel et infini pour se donner spontanéMENT à moi. quand on s'est bien pénétré de la nécessité de la Fatalité universelle et ` minutieuse. quel état délicieux d'existence. du raisonnement. moi pourtant si jeune. qui donna le divin amour maternel à maman. qui m'a fait croître selon un certain type élu au moral et en forme. qui me guide. des préméditations pour à la dérive sur les jourdnins de l'Incons.a!l. élue. qui me poussa à la puberté vers la jeune fille adorable. qu'elle m'a permis de la contempler. la historia farà da se. qui présida aux unions bien trouje vées de tous mes ascendants en vue de moi.k len. .é cient où fleurissent les lotus de la Vraie moralité. l'Univers. me suggère des instincts inconnus et précieux qui nous sauvent. • FATALISME.

torrent souverain des soleils.. des circonstances. des choses. L'armée des circonstances est en marche à travers la vie me heurterai-je à des circonstances défavorables. sans entrailles. des idées. des troupeaux. une force équivalente à un soufïle dans les puissances formidablement brutales du mécanisme universel. toutes vos actions. Je me laisse porter. étouffant sans les entendre. vos chances. une femme vous accable de son indifférence. saurai-je m'emboîter aux circonstances favorables ? Rien ne dépend de moi. Votre mère meurt. des êtres. des sentiments. votre santé. toutes vos peines. . un ami vous lâche. l'atome dans l'éternel. tout cela sera déterminé par des causes. sans conscience sous sa clameur unique et souveraine. Je ne suis rien.MÉLANGES POSTHUMES inexorable. les plaintes de l'individu éphémère. rien ne m'étonne.. la à quoi mort. le soupir dans l'ouragan déchaîné. Je suis un brin d'herbe dans un torrent qui roule des quartiers de rocs. je me laisse aller. Je suis l'atome dans l'infini. Tout est écrit. roule-moi. vaste fatalité laisse aller. des toitures. des effets et des causes. On se Berce-moi. des arbres. etc. bon se remuer? Toutes vos joies. etc. est là peut-être. vous tombez malade. vous perdez au jeu. » tout est écrit.

l'enrayer) et submerge tout destiné au mal et il régnerait absolument sans la lutte incessante de l'homme. Le bien est un accident produit à grand peine par l'homme et il est si peu fait pour vivre. DU Une preuve que le Mal est. dès qu'on ne l'entretient pas. s'accroît si on ne le combat pas (pour l'attéCe monde est nuer. L'aimera. Ira.PENSÉES ET P. plutôt que le Bien. LE MAL. qu'il disparaît Un mot aussitôt. . Et quand le mal et le bien se sont produits. par conséquent.\l)OXES INCERTITUDE. ira pas. le bien s'en va si l'on cesse un moment de l'activer. ne se décide à rien et est. la destinée de notre monde. l'aimera pas. des ambiances. c'est que le bien ne se montre que par l'effort (la douleur) vers le bien.DESTINÉE monde. pour régner. C'était un caractère cousu d'incertitudes. il se développerait suivant sa fatalité éternelle. un être sur le seuil du libre arbitre. n'est influencé en dédomestiqué aucun sens. tandis que le mal est indéracinable.\It. d'un être qui. d'une femme célèbre (?) Que de peine pour avoir un peu de plaisir Réflexion Dès qu'un homme 2* •.r que d'une organisation supérieure. Ceci est sans doute la mar. II ne se décidait jamais. tandis que le mal arrive tout seul et le plus souvent malgré les efforts pour le prévenir.

sans se demander où suis-je ? sans s'étonner de rien. qui m'ont paru idéales. il se trouve sur un îlot isolé dans l'azur et emporté cependant. Eh bien. Aux Indifférents.MÉLANGES POSTHUMES cesse d'emplir son estomac il ne peut plus penser. il se . s'élever à l'idéal Et il n'a pas besoin de penser pour manger. mais l'on peut manger sans qu'il soit nécessaire Cela ne prouve-t-il pas pour' cela de penser. avoir de grandes conceptions. Il se demande avec angoisse où suis-je ? il court. Je vais souvent dans le monde J'ai observé des dizaines de jeunes filles en toilette. Si l'on ne mangeait pas. six. il cherche. sous le ciel au milieu de la mer bleue. Le lendemain il se réveille. uniques. l'homme naît. Un homme pendant son sommeil est transporté rapidement dans une île au milieu de la mer vaste. en beauté. il réfléchit. grandit il regarde.. en leur mieux J'en compte bien cinq. être vertueux. inaccessibles. et meurt. se reproduit.voit seul. seul. quelque chose ? Que la raison ne gouverne pas le monde ? • Solitude DE LA VIE. il n'a pas de repos qu'il ne sache où il est. on ne penserait pas. il vit. etc. sous le grand ciel. Eh bien ceci va paraître un pavé d'une naïveté colossale 1 . mange.

surtout en pleins champs c'est-à-dire avec pas sous les yeux et à nos côtés les bruits rassurants de la ville. ` Eh bien si la jeune fille en question après avoir vu Vmon air et entendu ma voix ne devine pas que je suis moi. je suis même un peu ours. de l'homme primitif notre ancêtre le sentiment de faiblesse devant le jour qui s'en va. je ne m'étale pas ni comme manières ni comme conversation. c'est que c'était une fausse alerte et qu'elle n'est pas elle. tant pis. Si on ne saisit pas. de la tribu sociale. ni remarquable d'aspect sous aucun rapport. L'atavisme de ce sentiment qui fut le plus fort. une pierre de touche divine pour savoir si tout cela n'était que faux dehors dont elles n'étaie~t ni dignes ni responJe ne suis point un jeune homme beau. AU Mélancolie ATAVIQUE CRÉPUSCULE. sables.PENSÉES ET PARADOXES mais j'avais un criterium infaillible. En somme je ne suis pas remarquable ni ne fais quoi que ce soit pour être remarqué p >ur qu'on me distingue il faut avoir la vue profonde. et me chercher. Ce sentiment de mélancolie qui nous prend au crépuscule. s'ennuyer des majorités. de l'être . et je ne m'amuse pas à rencontrer et à intriguer des regards de jeunes filles.

sur les quais. sur les ponts. de Mais celui qui est seul.MÉLANGES POSTHUMES nu qui a traqué et a été traqué tout le jour. Tu n'es plus là. de créature dépendante de quelque chose de plus fort là-haut la lumière. bourrelé d'angoisse se lève à deux heures. mêlé à l'autre sentiment de la sécurité sociale et du savoir du fond de ces choses. la nuit et la nuit est le frère (alléchant. de gloire. qui souffre. et que l'obscurité épeure et envisionne. Et je suis /"comme une route désertée depuis l'inauguration du . de fortune. transitionnel) de la mort ce mystère. et qui qui songe à la mort. qui s'en va par les rues aux maisons endormies. qui rêvent éveillés des rêves d'amour. Heureux ceuxqui jouissent du lit. se change en douce mélancolie. LE LIT. Aujourd'hui c'est l'antique sentiment d'effroi. C'est l'effroi qui. qui leur corps éreinté dans la peuvent abandonner fraîcheur des draps. de faiblesse. vengeance. qui dorment. qui pleure dans la Seine et qui fait se retourner les débauchés aux blêmes paupières lourdes Heureux qui peut jouir de son lit • ROUTEabandonnée.

des fourmis et des larves. est familier avec les ciels et les astres. les baisers. et les choses bonnes comme les gâteaux. et les animaux. luxurient et s'inextriquent et que je vive des petits bonheurs des feuilles. et les rues. l'amour. et les couleurs. Ah puisque nul ne veut plus rouler sur moi.PENSÉES ET PAfiADOXES grand chemin à côté plus coupantcourt et plus propre. Des images d'un Gaspard Hauser qui n'a pas fait ses classes mais a été au fond de la mort. des sarments. le tabac. RÊVE d'échiture. que les ronces et les haies de mes marges m'envahissent. mais que les averses et le temps auront bientôt effacées. tout en restant directement humaines. contournée non péniblement mais naïvement. du français de Christ. très simple (mais gardant toutes ses richesses). du français d'Africaine géniale. a fait de la botanique naturelle. . et qui n'a plus dans ses ennuis que le bonheur des ornières laissées dans sa peau tendre. Et y ajouter par des images hors de notre répertoire français. Ecrire une prose très claire.

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En nappes noires pleines d'orage. et assoiffé de brises de prairies. de loin. cesse d'aspirer et l'eau plane alors en nappes noires bouillantes de ce baptême spasmodique. D Le Soleil torride à son apogée pleure des lingots comme des battants de cloche. se tordant comme un . et soulagé. sources des paysages. fécondées de foudres latentes.PAYSAGES ET IMPRESSIONS PAYSAGE 'ÉTÉ. elles se tordaient de malaise cherchant leur destinée dans cette atroce journée il voit monter ces troupeaux aériens de globules et s'y rafraîchit avec un soupir. de parfums de les cresson. il aspire les sources invisiblement.

sans lampes. 1 foudre a déchiré le voile du temple et l'éventail d l'averse d'amour s'abat sur les prairies haletante . se dési rant. creusant 1 tunnel. on entend les coups de pics des pionniers de l'autre côté. les lèvres altérées affolées de soif cher chent et vont s'abattre sur des lèvres plus altérées. comme la crête d'ui coq aveuglé. voyageant. Les feuilles tournent comme un œil agonisant sur leurs pédoncules. fraîcheurs corrosives. des supplications s'étranglen dans les gosiers en feu. Les pu les tempes sont moites e pilles s'agrandissent. Le simoun d'amour fait sa tournée. plus qu'une cloison. où te délivrer ? où la bond que battent tes flots à la faire sauter ? Pauvres mi neurs ensevelis. se repoussant par peur des catastrophes fi nales. les mains s'égarent pleine de Foi. s'étirant. les vents se cherchent e inventant des prétextes inépuisablement lamentables la créature se sent en détresse. désorbités de la planète. Deux éclairs ont sifflé. battent aux champs. éperdus. s'entrelaçant en fulgurantes vipères. comme la face des aéronautes perdus. s< flairant amoureuses les unes des autres. les prairies s'assombrissent comme ta roue d'un paon en courroux. les branches battent comme des artères bouchées par des chaleurs in connues. plus flétries. L'eucharistie du Soleil défaillant d'un air tout somnambule a dispa ru.MÉLANGES POSTUW?:KS malade sur son matelas. 0 rosée de plus affolées encore.

Le bassin moiré d'or tendre. les fines découpures des futaies squelettées ar les brises noires et les averses éternelles. dans la <. ftioyant les yeux. sanguinolences dans des plaques de lilas morne et de violet sourd aste ceinture où se découpaient les lignes calmes es toitures à cheminées puis des deux tours Plus haut le ciel était jonquille anét-Sulpice. Les feuilles t les yeux ruissellent. derrière des troncs entre deux basses échancrures de toits. et ça et là des fouettages de nuages violâtres. délayant l'amer des sueurs. Un crépusAU Soir D'AUTOMNE Luxembourg. mique qui montait se fondre dans du laiteux voilé qui devenait le ciel bleu pâle. aubergine. Tout était calme.PAYSAGES ET IMPRESSIONS omme l'épervier aux mille mailles sur l'océan calé e lingots de fidélité avec un bruit argentin d'averse ur un lac autour d'une barque perdue. au milieu. était plein de mille frissons en marche toujours renouvelés. avec des futaies réfléchies brisées. les feuilles irrémédiablement brûule frileux ées de rouille semblaient s'être ramassées en tas our se tenir au chaud. lie de vin. Le ciel au ras était or pàle. sauf. une place rose laissée par l'agonie du soleil vaincu. .

un clic clac de fouet. Un tuyau d'usine fumassait mollement des paI { quets violâtres qui montaient. estompant tout. les hachures des nuages à ras d'horizon qu'un coup de bise égarée avait déchiquetés. mais derrière c'était la nuit qui tombait. Bon voilà que le vent assez aigre ma foi se levait. s'étiraient et se fondaient. les pâleurs des statues Et le gaz crépita. Oh le ciel en quelques minutes était devenu très curieux là-bas à gauche c'était de l'or comme un grand champ de blé où pleuvait comme une averse. voitures. En face c'étaient donc là les dernières curiosités. Et l'espace était presque imperceptiblement rempli des rumeurs confuses des rues.MÉLANGES POSTHUMES vasque soutenue de trois angelots. impression de vie de cité lointaine. un aboiement de chien. pleuvait. les derniers jeux du couchant royal. Voyez un clair de DE lune de novembre dans le plein enchantement d'une brume fine immobile au-dessus du fleuve large qu'on . le jet d'eau était mort. L'heure sonna à l'horloge du Luxembourg. • CLAIRDE LUNE NOVEMBRE. une trompe de tramway.

automnal vu de grande fenêtre du salon Tout le long du fond Ju berceau. Le sol était mal balayé des tas de petites folioles mnes des acacias. hérissé. que ce jardin ait dépouillé. s'accrochaient les sarments comme des raifications de gros nerfs noirs. oh ja- . Et là-haut la lune comme la clef énigmatique de t enchantement immobile et qu'un souffle. semJle-t-il. carcasse. ferait redevenir réel et cru. aux poutres ramient. malgré les ingénieux avaux et mosaïques et rafistolemcuts de ileurs des rdiniers dans les plates-bandes. Novembre. Les marches de pierre étaient un brin verdies our monter à la terrasse sablée où une table de 1er avec sa chaise gelait sous un groupe mytholoen grès des plus poreux. eu gais. avec çà et là perstant encore une touffe maladive de feuilles d'un une serin anémique Deux merles sautaient. gique Le jet d'eau du bassin rond n'avait jamais. UN PARC.PAYSAGES ET IMPRESSIONS vine aux feux réfléchis et sa berge effacée d'une ne de plusieurs lieues de collines avec leurs feux obiles. c'était visible. fait de poutres jour sur colonnes espacées.

Oui. Et ma liberté d'al lures et d'âme! Mais hélas. le tramwa qui passe. d'e d'eau sèche la ri PROMENADE DANS une RUE. y déchiffrer la quotidienneté de leu existence et de leur destinée. un piano travaille réglé d'un métronome cette éternelle valse de Chopin usée comme l'amour ô délices poignantes. En fait il est vide équivoque ou débordant. or gies de berquinades bizarres. qu'elle de vient monotonie et débonnaire fatalisme.MELANGES POSTHUMES mais joué aux soleils irisants. des rideaux. Quelle est cette rue de province aisée ? A une fenêtre. par un fin matin d lendemain de pluie. ô bon fatalisme et l'on allume un cigare Des pla tanes Une bonne lavant des vitres. le dilettantisme n' son prix qu'en nostalgie. je le regarde passer. Aller les visage regardt de femmes. errer dans une capitale. Un pensionna distingué passe. gare d'une porte cochère sort une calèche découverte avec deux dames en noir se . mélancolie dont le objets soni tirés à tant d'exemplaires. ô délices. et le rond morte et glacée mirait avec une précision forte le ciel craie sale et les futaies fines et des grands arbres qui séparaient le parc de vière s'en allant comme en été.

l'immuable atmosphère lambre à coucher. un . Le bruit était une trailée là-bas. Et toutes ces fenêtres comme des yeux condamnes. juste en face et faisant tapiserie la faction. bruit de feuilles continu si égrené. Deux bonnes se rencontrent et causent. A une autre de mansarde aussi. les bées regardent par dessus l'épaule. la mesquinerie labode la euse du salon. un chien sans but. A une fenêtre là haut une cage à serins. pendant cet arêt forcé. Et l'on imagine l'ennui de la salle à manger suspension en cuivre poli.PAYSAGES ET IMPRESSIONS mtant. A Chevreuse. Une petite fille qui boite et tient une ange. accoudé. létaché parfois qu'il semblait être plutôt le bruis- . le corps de garde des sept peupliers tauts qui massés par la nuit étaient plus des cyprès loirs que des peupliers. Le soir par la fenêtre un ciel le violet assez grand deuil.une homme regardant avec la conscience du terme ayé. de trouver son nom fixé à une La surprise nseigne de boutique et de bâtir des romans antéiluviens là-dessus. piqué de deux brillants l'argent clignotant sur la même ligne dans l'écarement de deux yeux.

On n'entend pas la musique dans le grand bruit qui monte de la chaussée grouillante de piétons et de fiacres avec les passages qui dévorent et vomis. très on correctement. recueilli. -1. des crânes penchés. sent pans cesse du monde et la criée du programme devant le péristyle des Variétés. En bas les piaulements très doux mécon. un cabinet de lecture. grands boulevards. Un café ruisselant de près gaz. devant blanc. . la tenant à peine embrassée. naissables des canards semblant ou rêver ou se bécoter. des homme» en frac noir. tout sombre. des parfums. il preuve que ça devenait parfois presque les rumeurs des sources lointaines cet accompagnement seul etc. LES boulevards. rosé. Mais on voit danser. tournai tenant une femme bleue. des Variétés. • t SOIR DE piuxtemi>s sur. toutes les fenêtres ouvertes. un bal. en cadence. ébiouissement du gaz. blanche. puis redevenant si feuillu qu'on opinait décidément le frisement perpétuel des futaies sous le pour lancinement des brises diverses oui. des tables.MÉLANGES POSTHUMES sement métallique mais éteint des grillons. des lampes. Au premier. des fleurs. JiJas. te long de ces dix fenêtres. Une cocotte toute en rouge allant de bock en bock.Un soir de printemps sur un banc. Au second.

sans Indication à vendre ? Sur le flanc droit de la. repasser. le gaz. • PAYSAGEarisien. vers e vide de l'horizon avec les éternels chantiers de >ûches empilées et rangées une vaste fresque- . une cohue sort pour ix francs. ournaux deux femmes causent l'une dit « Pour 4r. Ces cocottes qui passent sous les clartés Près de moi un kiosque de rues des cafés. les 'entr'acte acres.PAYSAGES ET IMPRESSIQNS s voit passer. et son môme qui donné la gale au mien. En haut les étoiles douces et éternelles. » Les omnibus chargés es deux sexes tous ayant leur coeur. leur soucis. sans rire (on n'ennd pas la musique qui les fait danser). elle ne passera pas la nuit. » et toujours l'enfer du boulevard. Boulevard Bourdon p le ong du canal aboutissant par un étranglement noir outerrain à la Seine fourmillante venant par n boyau sombre aussi au-dessous là-bas de la des maisons se dressant lace de la Bastille solées avec leurs cinq étages et leurs rangs de six enêtres = au bas marchand de vin traiteur et une boutique poussiéreuse volets clos. elle a fait Aux Variétés. Un groupe e souteneurs passe. eur (anges. sérieux. les vitrines. les cafés. toujours des assants. l'un dit: « Mon cher. maison.

dans l'eau-forte enchevêtrée des char pentes. Puis à gauche une enfilade comme une série d'ac cents circonflexes de dix hangars à jour continus et dessous. des fumées lentes et noires o fusées par jets blancs Et le grand ciel houle sur lequel était plus tragique une femme là-bas i un sixième venant secouer un tapis à l'angle d'm balcon. aussi de maisons se dressant en détresse isolées cerclées d balcons avec sur un flanc du haut en bas comm montré dans une figure section verticale reliée d deux ponts vénitiens le boyau de la cour avec le e fenêtres grises des cuisines couleur torchon. Et des fabriques. Il ne passait sur ce boulevard que des camions .MÉLANGES POSTHUMES réclame sur fond bleu des lavoirs un énorme e farouche hébété mousquetaire embrasse du br droit un flacon d'insecticide Vicat et de l'autre d'u souillet au jet palpable occit des poux. des punaises des puces énormes vues au microscope. qui partent. la vie des tonneaux. des tas de barriques et tonneaux des camions qui attendent d'autre d'autres qui arrivent. des casemates de douaniers. Et la vie du canal sur le chemin du halage. de l'autre côté du canal. un foue claque. des gens qui chargent des pé niches amarrées. des débardeurs un sa gris en capuchon. En face.

Mais l'idéal c'est ces éponges. tous les tempéraments. . l'eau d'un boueux verdâtre laisse aller du même train ses rides et ses moires. •A Crépuscule A l'aquarium DEBerlin. Après un temps d'averse pas trop épaisse. • Devant le regard atone. allaient au pas et le pavé sonnait creux à donner des coups dans l'estomac.PAYSAGES ET IMPRESSIONS des camions pas encombrement mais la sensation de l'encombrement car ils allaient. bouddhique des crocodiles. toutes les métaphysiques et qui finissaient par adorer. Tout le reste est masse immobile de coteaux. les sifflets de la gare. ces astéries. X gavé. des pithons (les ophites) etc. espace et ciel blafard. béatifier comme symbole du Nirvâna promis ces regards nuls dont on ne peut dire s'ils sont plus infinis qu'immuables. Il y a trois notes uniques et monotones dans l'espace. DE mi-juillet. dans les bas feuillages de la terrasse. et des clochettes de vaches qui passent. sage. ces plasmas dans le silence opaque et frais. de l'eau. tout au rêve. HUITHEURES. les flûtis éveillés d'un merle. Comme je comprends ces vieilles races d'Orient qui avaient épuisé tous les sens.

Aussitôt. Ces dimanches de février en province qu'aucun soleil de demain ne rachètera pour nos cœurs pleins de rancune. EN province. éclairant spécialement cette ville comme pour me jurer que cette ville existait vraiment. que sur le Mississipi. Et la lune est ici la même qu'à Paris. Je regardais une lune bête monter là-bas. paisible. cinq. puis s'en va. les gens constatent qu'il est allumé et s'en vont à pas lents. Il contemple une minute le réverbère. qu'à Bombay. Oh vivre dans un de ces bancs de mollusques Mourir mourir. La fenêtre d'hôtel donne sur la grande place. et flairait les pavés comme de très vieilles connaissances. soigneusement pavée.MÉLANGES POSTHUMES FIN journée DE JOURNÉE en province. Le réverbère ne voulait pas s'allumer. . dans son insignifiance. Un seul reste. deux. • Dimanche DE fkvkiek EN province. Passé une fin de Ville grisâtre. six personnes s'attroupent et conjecturent le réverbère s'allume. Un allumeur de réverbère portant un bébé dans ses bras et suivi d'un chien qui avait l'air habitué à tout.

Le livide sec (après la ventée furibonde de la nuit) ricane blanc au ciel où courent des nuées noires et monotones comme des huissiers. moitié imprègne la grosse atmosphère comme un invisible buvard qui vous pénètre. A 6 heures 1/2 les gens vont au théâtre. prennent des tristesses de cheminées. Un lundi matin blafard. 6 heures. prennent dans le crépuscule crotté. On a froid aux pieds. qui moitié retombe et enflaque le sol. Les amateurs de ` dimanche quand même vont patauger en famille toute la nuit et rentrer n'osant supputer les avaries de leurs toilettes.PAYSAGES ET IMPRESSIONS Ciel de cendre opaque distillant une pluie monotone grisâtre. Les monuments découpant à leurs terrasses des statues trophéïques. On allume le gaz dans les maisons. Des gens recommençant la semaine hélant un fiacre portant des paquets que faDes parapluiee tigué on remonte sous le bras. l'atmosphère étant trop saturée. leurs ateliers. Voilà qu'on entend quelques cloches d'après les vêpres disant la province bloquée sans espoir et les dimanches de vieilles filles. La pluie devient de l'averse. Puis la cloche impertinente d'un tramway. et demain repeupler leurs bureaux. on s'y arrache les journaux illustrés. pas encore les réverbères. . étouffants de cigares économiques. leurs comptoirs. les deux ou trois cafés sont pleins. le ciel définitivement gâché (dimanche raté).

d'une tournure. les autres ennuyées. Tous sont non pas gifleurs ou giflés. Les cochers de fiacre ont encore les têtes les plus sages. Un couple se racontant quelque chose. un de ces musiciens militaires. de leurs gants. souffler . Que je serais malheureux si j'avais des seins. Les pieds ET cuisent. giflées. adéquates au piétrisme de l'existence (à la situation). et étais nourrice Ou si. mais les deux comme causes et effets. au cœur. ou uniquement heureuses pour le quart d'heure de leur mise. • Après-dîner TORRIDE STAGNANTE. la cigarette qui ne quitte pas le coin de votre bouche est consumée en douze bouffées. sanglé dans un uniforme. de leur chapeau. on souffle si profondément. la peau trempe. il faut défaire sa cravate. sous le menton. Des solitaires qui ruminent ce qu'ils viennent de vivre ou l'affaire où ils vont. d'une plume. dures.MÉLANGES POSTHUMES en réserve Un bébé qui court contre la grille du square balottant son petit manchon bleu sur son ventre comme une breloque maternelle. le moindre dîner vous pèse. les uns avec des faces optimistes. je devais. Toutes les femmes ont l'air battues à la maison. on sent battre ses artères aux chevilles. aux poignets. on doit tenir en l'air à des embrasses ses mains déjà trop gonflées et moites.

dans la fraîche et toujours obscure arrière-boutique d'un bric-à-brac sur les bords de la Séquane ou une fleur de rideau dans le salon propret et nu d'une vieille fille à ou un héron. muscles assassinés et somnolents. voir le défilé de la nature sous marine ou un bluet bleu. Ah être une mouche dans une cuisine au carrelage en province Ou plutôt une arrosé. de vanné de partout. une volupté coulant dans le pouls s'en rit. un corail au fond de la mer. Tout mort. comme dormant encore. on respire pesamment.PAYSAGES ET IMPRESSIONS dans un trombone des Danaïdes. On ne sent ses jambes que dans un confus bain de lassitude. au jardin public. jambes s'évaporant. sur une faïence de Delft au-dessus d'un empilement d'étoles. sur les plates-bandes des marges. incrusté à la même place. cogne. éponge passive. Les matins d'éreintement. Quimper • Matins VANNÉS. On va . tout mort et s'évaporant sauf le cœur qui cogne. Comme un oiseau encore tout palpitant de la mêlée sauvage. On essaie en vain de fermer les énergiquement poings. La main se refuse à tenir la plume qui festonne comme un homme ivre le long des phrases. les yeux clignant dans le vide.

Des bébés qui feignent de prendre au sérieux les caresses au menton. Moi si analyste. qu'importe ? J'aime. venez. si je ne dois pas l'avoir absolument. des yeux criblés de dettes à tous les points de vue des moustaches cavalières ou blasées trempées des soupes quotidiennes. je me sens tout solennel. les yeux. je me sens généreux. et qui vont de chaise en chaise. Et je vais par les rues. Si elle ne m'aime pas. Les yeux souffrent derrière des lorgnons. céleste. cela me suffit. tout le long. les chatouilles sous le cou. insomnies d'avenir. J'aime. les narines grandes ouvertes. MUFLESDES GENS. . le long de dix cigarettes. Le Luxembourg est plein d'une grande allégresse des cloches. ENFANTS. d'une âme si myope. Gaston. j'aime j'ai bu un bon coup de vertige. humain. c'est l'heure de votre quinquina COUP DE FOUDRE.MÉLANGES POSTHUMES chercher ses estampes et on s'abêtit là-dessus.

dans les mousseline rudecomme du papier draps fins et qui ne servent pas assez pour perdre leurs plis en carrés de l'armoire. voyager. si plein de choses que je n'ose me regarder entre quatre-z-yeux. être tragique ou sceptique. porter. Coupé. s'éterniser dans des trous. Les grooms en ligne se chauffant le dos en causant à la vaste cheminée du hall. et la couverture capitonnée à multitude de fleurettes jonquille. 10 heures du soir (octobre 1885).PAYSAGBS ET IMPRESSIONS palpitant. les langues étrangères se croisant. LE LINGEFIN. . DE BoRDEAux A PARIS. etc. Sept messieurs en noir plongés dans sept journaux blancs arrivés de Paris tout à l'heure et les y rapportant à toute vapeur. et le soir on rumine sa journée sur l'oreiller de fine toile vergée. faire des scènes ou en supet l'on sort un mouchoir de batiste. CENTRAL HOTEL. aller ici et là. Dans le roman. souple et câlin aux doigts. Vivre n'importe comment. 0 linge fin nul ne t'a chanté. Après le dîner. Et tout ça sans blacrue.

vous savez! des temps. des fumées noires. automne au milieu de la nuit boulangeries comme des mauvais lieux la tras'entr'ouvrant Le lever vinasse versée de Paris s'éveillant. du vent dans leur figure terreuse qui clignote aux espaces. UN la cage CABINET d'un DE TRAVAIL.MÉLANGES POSTHUMES Et en montant l'escalier somptueux à tringles de cuivre. -Je viens de gagner une gageure. on se croit obligé de prendre une démarcLe vraiment accablée de gens très gâtés depuis des temps. Les premiers arbrillons. UNEgageure. .-Quelque ascenseur. chose comme Les fiacres pris en Fiacres DE NUIT d'automne. les bras croisés. comme une laque charbonnée en eauforte avec des salissures de génie. des équipes de manœuvres regardant passer. des quais. les ponts noirs Le départ dans l'air vif la banlieue. les gares déjà grouillantes scandées de pulsations chaotiques.

Des maisons que je longe s'échappent des odeurs de friture et des bruits de vaisselle. Midi. Ah je me suis assez roidi contre mes larmes. quelque Sous nous part viol. Voici le crépuscule.PAYSAGES ET IMPRESSIONS En plein Paris j'ai passé trois journées sans adresser la parole à mes semblables. vole. Une moitié. Dans la rue. Et tout cela sur le dos la terre énorme roule par l'azur éternel avec la rapidité a froudroyante d'un éclair ? • Crépuscule. je peux être immensément lâche en face des étoiles Et tout cela n'a pas. résine ou chandelle. quelque part une exécution capitale. n'a pas de destinée. éclairée par le soleil. sans ouvrir la bouche. seul. l'autre noire et piquée de feux. Essayez. massacres. vous m'en direz des nouvelles. On se prépare à dîner puis on ira dormir ou au théâtre. • . On se bat quelque part. le ruban funèbre des convois vers les ifs et sans cesse. on dort des agonisants. gaz. des chevaux résignés traînent de lourds camions des femmes errantes des messieurs s'abordant d'un sourire Et la terre poli.

Un vieux. un bon vieux de il s'incline. lentement. la voix tremblante. Dans la cqw. il n'a pas une famille qui demande du pain. II a fini. fait Béranger. très bien. il vient chanter pour se distraire et parce qu'il croit bien chanter et être encore aux succès de jeunesse.MÉLANGES POSTHUMES D CHANTEUR ESCOURS. Type de chanteur dans les cours. il fait un salut gracieux sa main grassouillette sur son cœur. oui je vais de ce pas acheter une boîte de réglisses. Dans les passages pathétiques tend les bras. galant et jadis a dû avoir une petite répuvieux temps tation aux desserts. recule. et débite d'une voix chevrotante un compliment éteint qu'on devine aux Mesdames je vous gestes galants et aux sourires. des . en avant. charmant. chanterai bien autre chose encore. les yeux levés et finit le couplet en écartant les bras. les mains sur son cœur. On lui jette un sou son geste et ramasse dignement il n'est certes pas talonné par la faim. un peu chauve. Une tête de femme paraît derrière une persienne. Il fait des gestes. se penche. hésite. sait une foule de chansons du correct. il se retire. mon Dieu. et levant la main droite comme pour donner la volée à un dernier soupir arraché du cœur toujours découvert respectueusement. il remercie les dames en embrassant d'un beau geste les trois façades des maisons. avance un pied. mais je suis un peu grippé.

grâce à cette regrettable histoire de canapé.. Il disait que Ça lui convulsait la santé. montre en main. fait un dernier salut et disparaît le dos tout guilleret. bien que ce fût-pas sa faute. alors qu'il était prêt à réintégrer les traditions de sa famille. que c'était une individualité sans mandat de droit . et qu'il y avait une chose qu'il ne lui pouvait pardonner. hélas! c'est qu'on eût pris justement ce prétexte pour contrarier.irmc. Il continua que C'était simplement déplacer la question que faire venir ce médecin de la Faculté de Paris. se sont disputées. • COMPLAINTE DUFAUX CONVALESCENT. les réconcilie. que c'était sous toutes latitudes une chose digne de remarque est malaisé de juger la conduite de son semqu'il blable donc que c'était là enfin des procédés exorbitants. du moins en appale cours de sa vocation et rence. que. A huit heures et demie. Ls'jnf. commença le délire. Copie conforme. leur tapote les joues. laquelle il tenait en dépôt sacré de sa sainte mère.WsAGES ET IM|»KSSIONS gamines de converges s'a musent à des dînettes. la conversation eut alors pris une autre tournure.

comme dit Marmontel de Pompignan.mélaNges posTHtJMrs/ i I divin. dès que sur cette province triste comme un bureau d'expédition. Pierre. surtout dans notre belle langue cette « gueuse fière » comme a dit Volfrançaise. lui serait. puisqu'on y tenait et qu'il aurait vite atteint le nommé Bien-Être qu'en tout cas le souvenir de ses yeux. à aller s'enquérir de certaines histoires aux Environs de l'au-delà. le temps se remettrait au beau-fixe. que pour un obseuvateur on l'avait. . et qu'il était depuis la veille décidé à jouer son va-tout. taire. et quei'ailleurs avantde s'ériger en juge d'une situation on ne peut plus contagieuse il allait faire preuve d'un charme effréné. impartial lui. Ses adolescences ayant été insuffisantes. élevé à la hauteur d'un principe. ce n'était plus du délire. montre en main. sa rare faculté d'assimilation lui aurait du moins permis dès le début d'enrayer les foules et les sergents. mais un je ne sais quoi qui n'a de nom dans aucune langue. où qu'il allât. malgré leurs lacunes bleues. un oreiller d'indulgence pour toutes les créatures. en d'autres termes puisqu'on l'absolvait sans l'entendre de l'accusation d'être trempé pour l'accomplissement de grandes choses. quitte à inventorier ensuite la chose qu'est la chose. pris en traître*. A huit heures quarante. notre maître à tous.

la femme n'est pas notre frère.SUR LA FEMME Aufondla femmeest un être usuel. par la paresse et la corruption nous en avons fait un être à part. ce qui est non seulement la guerre perpétuelle. APHORISMES ET RÉFLEXIONS FRATERNITÉ. Les femmes. mais encore une arme pas de bonne adorant ou haïssant mais guerre pas compagnon franc. inconnu. un être qui forme légion avec esprit de corps. et qu'on est tous frères Non.ces êtres médiocres et magiques. Nous disons: humains. J L. n'ayant d'autre arme que son sexe. franc-maçonnerie des défiances d'éternel petit .

Elles LE font ce qu'elles veulent avec leur corps (ce corps qui doit dire l'âme !). des cols carcan. accrochecreur andaloux changent d'âme leur visage. mer. etc. les refor peut les saisir. 0 jeunes filles. changent en un tour de main bandeaux virginaux. Et du bleu! ou du noir digne. savoir! Est-ce que ça les change? non! . en tour. les habiller autrement. leur tout dire.MÉLANGES POSTHUMES esclave. nos frères intimes sans arrière-pensée d'exploitala vraie poignée tion Quand nousdonncrous-nous de main MIRAGE. cette révolution. en tresses. Mannequins de la mode. en bacchante avec des fleurs. Cette chose énorme. des draps équivoques. des vertugadins. à la titus équivoque et noble. des décolletages. leur couper les cheveux. des associés d'ici-bas. quand serez-vous nos frères. ou des fourreaux. etc. Une mèche folle près de l'œil! des bandeaux plats. en faire véritablement nos compagnes égales. Et tout de suite leurs yeux. il faut les tuer puisqu'on n< Mirage mirage ou bien les rassurer. à la chien par la coiffure canaille. n'être plus vierge. Et des paniers. nos amies in times. leur faire passer le goût des bijoux. leur air prend l'ex baissés avec les ban pression de leur coiffure deaux et les tresses.

Ecarter. Est-ce la Nature possible n'en tressaillera pas ? Ça pourrait-il arriver ? (Je ne songe pas à moi). L'idée qu'on pourrait lui titiller les amandes des seins.SUR LA FEMME Voyez dans les rues. Et cependant elle vieillira C'est sûr que dis-je ? elle est quotidiennement soumise aux abjections . UNE JEUNEFILLE. La physiologie dit que tout arrive. des dents et des yeux. Quelles sont les intactes et quelles les blessées les yeux. Sa poitrine est remarquable. Elle. mais quelqu'un ? Celui-là elle l'aimerait. qu'elle désire être possédée. si purement lumineux. qu'elle rêve de çà. déranger ses cheveux d'une main tremblante. l'air sont les mêmes. et le laisserait faire comme une chose naturelle en lui souriant des lèvres. Toutes ce petit air délicat et Sainte N'y Touche accumulé par tout un passé d'esclavage sans autre arme de salut et gagne pain que cet air séduisant sans le vouloir qui attend son heure. caresser ces fins cheveux chiUain-blond coupés court à la Russe. mais on ne songe à rien de la possession. cette jeune fille au teint créole diaphane aux yeux si francs. Il m'est impossible plutôt admettre l'existence de Dieu. en face.

nous sommes si éphémères TÊTE VIDE. ni mes dédains ni mes absences n'en gèleront pas le pétiole. parce que je lui aurais fait une peine de cœur. pôle moderne Après tout. les yeux rougis. 1 .MÉLANGES POSTHUMES de la petite créature animale (tableau connu tableau connu tableau connu !) C'est sur et visible comme deux et deux font quatre. Et cependant me l'imaginer pleurrnt. pâte tendre Mes larmes d'angoisse. Et cependant elle vous regarde en face souriante et lumineuse Donc elle est superficielle. ni canaille Ah misère a une fleur à la place du cœur. de fine culture mais quoï de plus ? Elle a la tête vide. la bouche tirée prête à recommencer à pleurer. un joli œillet dans un joli vase de Sèvres. ni mystique. son petit mouchoir en boulette crispé dans la main. la voix tremblante encore et étranglée de sanglots « Elle est délicate et frêle comme un Greenaway de théière. pleurant. L'homme n'a qu'un but. elle n'est ni traelle gique. ET ATTAQUE DÉFENSE. 0 féminiculture. mes larmes des nuits de vide tragique n'en effeuilleront pas un pétale n'en endeuilleront pas les couleurs.

Que la femme continue. L'associée. LES larmes. Balzac. Nous ne devrions nous occuper d'elle autrement que de nos frères. fuir derrière les saules. La femme est un être vaillant. ils se défendent. mais dès qu'ils sentent qu'on cède.SUR LA FEMME La femme assiéger. Homme ou femme. Il y a dans cette conduite de nos dilettantes beaucoup du besoin littéraire d'avoir une passion (Stendhal. travailleur. étonnée et intéressée à l'encouraou à décompliquer un peu ses ger coquetteries. et que le picador de l'orgueil féminin les larde de blessures. un associé. Nos dilettantes spleenétiques d'aujourd'hui sont femmes en amour. attiser. Ils attaquent. a à se défendre. Musset). ils sèchent sur pied. Ils n'aiment et n'assiègent et ne font l'homme que lorsqu'on les fait souffrir. Ah les larmes devraient être une virginité que l'aimée nous réserverait et que nous crèverions comme l'autre. qu'à . la preuve la plus forte que l'on puisse donner de son amour ce sont de vraies larmes. etc. en venir à ses fins et voilà.

pas avant.. Eh bien non. parce qu'elle a un autre sexe. une demi-heure. nous l'avons laissée s'hypertrophier. décolletages. chaque saison une nouvelle mode. platoniques. parce que la femme n'y prend pas part. ellc est un monde pour nous. et des variétés d'amour. Avec la Femme nous avons jusqu'ici joué à la poupée. Eh bien tout ça est faux et n'a pas de fin et conduit à l'extinction des nerfs. il a fallu. paquets de lettres parfumées. • Le règne DE LA femme. nous ne la voyons qu'en amour. chair. etc. comme on l'a laissée dans l'esclavage. C'est la femme qui sauvera le monde. la paresse. sans autre occupation et arme que son sexe. etc. C'est elle qui dissipera de son .MÉLANGES POSTHUMES certains moments. Nous supportons tout le travail de la planète depuis l'histoire. association. Ce travail nécessairement est stupide et boite. bijoux. romans. toilettes. pas après travail. lunes de miel. et comme la nature de cet amour est de durer à peine une demi-heure. amours mûres. chaque an. pour remplir les vides et joindre les deux bouts. un nouvel art de séduction. faux-derrières ou plates tuniques grecques. cœur. Voilà trop longtemps que ça dure. et est devenue le Féminin. qu'elle se fît une humanité à part. drames. nus. tête. elle l'a hypertrophié.

Le Génie féminin (inconscient) leur inspire de se venger du petit mépris bellâtre des hommes en général sur cette élite généreuse qui leur apparait comme d'énormes foyers réflecteurs. • LA FEMME. Sa vocation immuable et inextirpable. 4 la femme en sera arrivée au pessimisme. abusant. sa raison d'être est de perpétuer la vie. Le. et est fermée aux angoisses métaphysiques et au désespoir de l'Inconnaissable. vive la Femme! Elle croit au moi. la terre pourra se suicider. l'instinct de caste. plutôt que pas du tout. Elle est la vie contente.FOYER RÉFLECTEUR. La fonction de l'homme désormais sera l'art de faire des enfants à sa compagne. vulgaires. Aussi il n'y a guère de grande âme qui n'ait souffert positivement par la femme. L'orgueil féminin. L'homme est mort. Mais ce queurs. La plupart des hommes sont à leur endroit vainC'est laid. Et il faut prendre les hommes comme ils sont. et n'a pas peur de la mort. Le règne de la femme est arrivé. jour où après des siècles de l'Histoire Féminine. Leur unique but (inconscient) est . Vestales du jeu d'idéal qu'il faut attiser toujours. qui touche plus la caste est le grain de mépris et de désillusion des hommes.SUR LA FEMME sourire terrestre les vapeurs électriques de fin d'été du Pessimisme.

ni d'argent (tous travaillant. ni purement intellectuelle. Il faut donc commencer par faire de la femme. soi et en tout domaine. I' Amour tirpable d'idéal et de concurrence.ÉTALON ESTHÉTIQUE. mais c'est-à-dire supériorité d'élection.MÉLANGES POSTHUMES de profiter intérêt vital de ces foyers pour les attiser. En M général. héritage restreint). LE signe DE l'amour. en décupler la force réflective et illusionnante. Concurrence sélective implique aristocratie. C'est là le plus sûr élément de progrès. Ce ne sera plus aristocratie de nom. l'étalonrestant l'agent inexagent sera la femme. LA FEMME. l'homme ne se sou- . mais purement esthétique. dans la société moderne. à tout degré. A quoi reconnaît-on qu'un homme et une femme passant en couple dans la rue ne sont pas mariés c'est quand ils s'occupent l'un de l'autre. en esthétique. MODESTE idéal DE L'AMOUR ODERNE. Ici. un être non travaillant.

Etre aimé. en sont pleines et ivres et bornées. plus sœurs. LEFDE L'INTERVERSION C DESAGESDES AMANTS. . qui les aimeront comme les hommes faits aiment les vierges.SUR LA FEMME cie pas d'être aimé. Etre aimé. savent qu'il n'y a rien là pour eux puisqu'ils sont ivres de la même attente à des femmes de trente égoïste. plus maternelles. L'écoïsme DANSL'AMOUR. ayant besoin d'être adorés de la femme. restons des enfants de quinze ans. compris (c'est si difficile à vérifier. comme toute jeune fille pubère attend d'être adorée d'un homme. n'être pas rejeté. c'est être préféré aux autres soupirants. gentlemen comme lui. si oiseux) il aime. pour lui. c'est plaire. Et comme les jeunes gens de quinze ans savent que les jeunes filles sont toutes à cette attente. fait la cour et possède. Nous. ils s'adressent ans. poètes. toujours pubères.

Un baiser dans le coin de sa bouche quand elle me sourit avec ses yeux vifs. si noblement franc.MÉLANGES POSTHUMES IMPRESSIONS LA FLEURDE LA TERRE. certes mais ce sourire me tiendrait toute ma vie en haleine. le sang-froid du dilettantisme qui passe. Ce n'est pas un sourire heureux ou optimiste. Comme elle est pure. à pareille époque. d'excentrique retraitée à vingt ans. absout Tout. ses mains dans les miennes. pleins et bons ça ne me rassasierait pas. J'oublierais la vie pour elle. . absolue à part Rien d'elle ne me dégoûterait. je l'aime comme la vie. Elle prend même un petit air provincial. Et je la vois avec plus de sang-froid que l'an dernier. mais celui d'un ange sage. qui veut faire croire au bonheur quand il se trouve en société. Ah ce sourire si ouvert.

la compagne. corrosives. LA COMPAGNE. bâillant. gelée. -Elle est la seule race de femme que je ne parvienne pas à dëshabiller. Elle ne me dit ni des voluptés ni des ascétismes. 1 REGARD INCARNÉ. s'ennuyant. Elle est le sourire toujours ouvert à la rosée toujours nouvelle. Tout cela est-il vieillissable et mortel Elle me ferait sombrer dans des abîmes d'analyse et des problèmes mais son sourire premiers. J'essaie de me la figurer pleurant seule. n'a . l'Œillet-en-Soi. Cette imagination reste stérile. des bonds et des scènes de désespoirs sans lendemain. Ici pas de jeu de dupes. Non. m'arrête.SUR LA FEMME Que son cou est doux ah ses épaules doivent être tout un trésor. C'est la fleur de la Terre. prise de la nostalgie d'être autrement qu'elle n'est. Je ne peux pas. ni des héroïsmes. ça ne dit rien à mon imagination ardente des dessous. l'amie du chevet. la douce discipline de la Beauté aussi raisonnable l'infini qu'inamovible. des explosions. qui tombe sous les sens.

i. Tout pour moi. son accent qui a la monotonie des cataractes dans les pays inexplorés. j'irai me promener sur les boulevards. J'y dégusterai les plans de la nature dans l'œuf. les pouces aux entournures de mon gilet De toutes les femmes que j'ai vues. un regard 1 incarné. . Puis. c'est celle qui ressemble le plus à la nature. Je n'y songe pas. r LE PROTOTYPE. et à la coque. l'œuvre consommé. emprisonné dans une forme diaphane. et s'écoulant par les yeux.MÉLANGES POSTHUMES jamais existé. il me serait impossible d'y songer. ses-yeux. Elle n'a pas pour moi d'organes sexuels. Elle est belle en soi! je vaiss m'y ruer Elle est le prototype de mon rêve De celui qui naîtra de nous Mais il restera tantale virtuel dans les Limbes des latences il ne naîtra pas et je détournerai dans mon impiété au-dessus des dieux et de l'univers pour mon spleen insatiable de ses fins divines cette fleur en trésor au calice merveilleusement aménagé. Elle est tout Regard. j'aurais beau me battre les flancs. son sourire. ne m'a pas dégradé. jusqu'à épuisement.

Et le Et voilà à quoi on passe sa vie. DE Le montré de la denture des Anglaises. Quand au matin il la pre. la tête non encore bien consciente 30 alors.SUR LA FEMME ÉTERNELLE. et que abandon réflexe c'était son corps. toute sa nature qui agissait là. etc.t COMÉDIE nait. et 1 sans ouvrir encore les yeux ni déclore la bouche. elle s'y prêtait. Le 4 . elle saisissait unmoment d'étreinte plus profonde de sa part pour ouvrir la bouche et les yeux comme suit regard effaré. bouche effarée puis (comme après l'avoir reconnu lui) sourire « Ce n'est pas gentil amical et esclave qui dit de vous surprendre ainsi ». restej^y "7"f I t LE MONTRE LA denture. Les beautés dont les lèvres sont toujôTTrs closes sont belles. elle le sentait déjà depuis un temps touralors 1° elle feignait de dormir menté à ses côtés (avec le bénéfice de pouvoir adoucir le clos de ses paupières et de substituer un sourire à cette bouderie affaissée qu'a notre bouche qui s'oublie dans le sommeil) 2° puis il la prenait doucement. hardiment terrestres. s'étirait comme si c'était la première et naturelle pensée de ses journées. et vivantes pleinement. se donnant et disant Je te suffis sans avoir besoin de me donner des airs d'idéal. d'au-delà. sans remords.

. et cela avec un parfum d'effaré devant un inconnu qui doit venir incessamment et qu'on attend la lampe à la main comme les Vierges sages. C'est tout de suite un rappel de fragilité. du sublime martyre de la créature périssable mais révoltée et sanglotant quand même vers le bonheur. Et voyez l'effet dans un visage d'adorable jeune adolescente. puis l'ouvert de la bouche comme après un sanglot. de tombe.MÉLANGES POSTHUMES montré de la denture est la caractéristique des têtes de mort.

luhe. Une femme aimée qui a la consolation et la distraction d'une magnifique chevelure n soigner. est par cela même moins encombrante dans notre vie. même à la plus distinguée. • « Vos papiers ? ». 0 Hélène. Certain jourpluvieuxdemai Où je te dis monâmehumaine. II est des moments en amour où. à la plus authen- . MENUES DRAGÉESAU CAMPHRE LA chkvf. J.SUR LA FEMME DRAGÉES Un grain de cachou parfumé Ma rappelé chère ta haleine. L. et cela avec le charme de paraître au contraire si monstrueusement encombrante quand on la regarde circuler par la maison.

Sans noter que ces bastions naturels tiennent toujours un peu l'interlocuteur à distance. la fai- . Dans un premier tête-à-tête de déclaration. Remarquez que la plupart des femmes qui ont une poitrine exorbitante sont très imperturbables et même arrogantes. de la demeure de notre cœur et de nos poumons.MÉLANGES POSTHUMES tique petite amie d'enfance. d'où sortez-vous ? » • « A pro- LES SEINS. mettez-vous un instant à leur place. et des plus sérieuses (et qui même. en effet. lesquelles tirent d'ailleurs démoniaquement l'œil. de notre vie et de notre caractère. Et. je vous prie. bien calé et imposant à tout venant. épargnerait bien des malentendus que nous voyons). il faut dire: pos ma chère. Ne pouvoir baisser les yeux (par timidité ou désœuvrement) sans tomber constamment sur cet enavant de notre personne. vulgarisée. ça finit par tourner la tête aux plus honteuses. Autre remarque. • L'AMOURET LA toilette. et que cet interlocuteur est d'avance intimidé par la seule peur de paraître trop remarquer ces magnificences excentriques. Avoir tout le temps cet en-avant sous les yeux. cet en-avant.

vous n'aurez devant vous qu'une armure de suffisance féminine. un silence. avec la figure d'un bébé. souriante. Oh oui. en face. ce visage fatigué rajeunissait soudain comme sous des brises natales. Elle est très jeune. presqu'un froid. rajeunie et d'excellente humeur.SUR LA FEMME blesse ou la résistance de la femme est en raison du « passé de mode » ou de l'a à dernière mode » de la toilette qu'elle a mise. Eh bien?quand elle me disait un mensonge. ô douceurs si elle ne se sent ornée que d'une pelure incontestablement passée de mode. Au contraire. mais à certains jours un visage très fatigué. celui des deux qui est destiné à s'en aller plus tard (c'est fatal) com- . Alors. LA brise NATALE. d Dès qu'on s'est bien dit et dûment déclaré « je t'aime ». dont il sera bien difIicile Je trouver le joint. son sentiment sera « Allons. si elle vous arrive à la dernière mode. fanons-nous avec ». les yeux grands ouverts. DRAGÉES GRISES PREMIÈREENTREVUE'aveux. allons.

et ses yeux levés. et les voilà accumulant de part et d'autre les heures d'un passé perdu. son premier et dernier instinct est de se blottir contre l'Homme. Ils sentent déjà le vide sous leurs pieds. comme aux âges préhistoriques. autant de pelletées de terre jetées sur le cercueil du commun rêve. en train express. poussé déjà à crier à la réalité présente « Tu as beau faire. k L'IDÉAL. comme aux premiers jours de la volupté et repoussant sa petite aussi. tu ne seras jamais à la hauteur de ce que j'avais rêvé » Et elle répond de même et surenchérit pour n'être pas en reste. voyage de noce. la Femme frissonne. » (Et il embellit la chose.MÉLANGES POSTHUMES metice ses inutiles litanies rétrospectives « Ah moi. Alors. il y a longtemps déjà! Tenez. soirée de Noël. jamais etc. ne cherchant pas plus haut (n'eût-il que la taille d'un fantassin) que le regard du Vainqueur qui a aménagé la terre et fondé le foyer. d'exil et d'abandon surhumain en la nature. vous ne saurez Oh la première fois que je vous vis. se font terrestrement amoureux. l'Homme fixe tristement les profondeurs toujours si mystérieuses du ciel. dégoûté compagne terrestre. Impression. Mariage d'amour. Et. pour tous deux. et voudrait bien aussi se blottir contre un Vainqueur . qu'ils idéalisent encore pour le rendre plus irréparable.

En attendant que. notre vieille et noble éducation classique. avec l'anarchie moderne. le rôle de fantaisiste et d'artiste intuitif. ce n'est pas sa compagne qui aurait eu cure de succédanés de ce genre Maintenant elle à pris cette œuvre de l'Homme. que chaque ruine que vous lui faites visiter. il est vrai. chasse l'Homme de la Science et ne lui laisse désormais que le bon vieux rôle de rêveur lanceur d'hypothèses. et malgré la louable rêverie de ses attitudes. de noce. plus ou moins immédiatement. soyez sûr. On connaît le reste. et n'y parviendra jamais car sa précocité passionnelle et En voyage sociale ne lui en laisse pas le temps. et son génie pratique et quotidien en a chassé l'Infini primitif pour y installer un laboratoire d'idéal. lui suggère. reste décidément fermée à la mélancolie Elle n'a pas. de mystère et de remords. .StJIt LA FEMME un foyer suqui aurait fthlénàgé l'univers et fondé périeur. des ruines historiques. ce merveilleux génie pratique si jeune comparé à l'Homme. si vaillant et si également quotidien. Certes si l'Homme ne s'était fait des religions. A Les RUINES. merveilleux suppôt du Progrès. à la culture et aux intérêts de son sexe. Là femme. à la gloire.

. et que c'est autre [chose qu'il lui demande. tout en ayant pour amant un superbe viveur. elle se trouve avoir enlevé cet amant à Mme de-C. mo. La Femme et l'Ennui attisent la Littérature. déclare son fol amour à Mm A. La Femme achalande l'Ennui et l'Ennui le lui rend bien. Le jeune B. lui laisse surprendre. fatal et discret.MÉLANGES POSTHUMES l'achat de quelque nouvel article d'installation derne. et la Littérature le leur rend bien. à qui elle fait honte et qu'elle ne revoit plus. qui fait la grande sœur avec cet enfant de B. à elle de l'amour en action. ? une sincère et atroce scène de jalousie et de vertu au jeune B. Et il n'y a pas de raison pour que ça finisse.LA femme ET l'ennui. Le jeune B. Que fait Mmo A. qu'une Mme de C. 4. Et le septième mois.j J Histoires DE FEMMES. et lui fait comprendre. Puis elle passe six mois à méditer sur l'horrible complication d'âme de cette Mmede C. est déjà pour lui cette amie depuis un an. Celle-ci répond par de douces choses d'affection et veut jouer avec lui le rôle connu de la tendre et inaltérable amie.

c'est que les témoins en sont dispersés » Et me voilà m'exaltant sur la découverte de cette étonnante aubaine. En rentrant chez moi. Ce qui fait pour moi le charme du passé. je me sens comme l'aînée de mon modeste passé. j'accueillerais avec le plus de reconnaissance serait . je m'interrogeais aussi. La sincérité. Tu reviens de votre certes. l'amour que f. tes chers amis choisis et éprouvés à loisir.SUR LA FEMME T LE charme DU PASSÉ. ceux-ci ne sont-ils pas. en effet. tu ne connais vraiment voyage de noces pas encore ta femme. LA pierre DE TOUCHE. Mais voici la pierre de touche c'est la façon dont elle va comprendre et goûter tes amis. comme une grande sœur qui n'aurait jamais qu'un jour de sagesse d'avance sur sa moins expérimentée mais plus jolie cadette. c'est que nous nous sentons son aîné! Oui. me répondait en souriant une toute jeune mère de deux jumeaux. autant d'exemples de ce que tu aurais pu et voulu être si tu n'étais pas toi-même ? Si j'étais femme. le long des murs et je me pris à murmurer « Le charme que nous trouvons à notre passé.

monstrueusement développés. On n'est pas plus innocent. surtout celles si nombreuses à l'étranger qui portent les cheveux courts et bouclés on est d'abord déconcerté. et puis on se sent des démangeaisons richement asiatiques. L'éternelle kormule. de bébés importants. Observez-les sous cet angle. quelle tenue de dilettantes nous nous permettrions 1 .MÉLANGES POSTHUMES un amour qui dans toutes ses lettres et toutes se entrevues et surtout ses lendemains d'abandon protesto de sa sincérité comme d'une denrée infi niment précieuse et insaisissable et comme ce consciences louches qui protestent furieusement d leur innocence sans que personne les interroge. 0 incurables bébés. Les femmes me font souvent l'effet de bébés. L'éternelle formule pour renouer une liaison blessée c'est de supplie l'objet aimé de vous accorder « une dernière entrevue ». si vous ne souffriez pas le martyre pour nous mettre proprement au monde. A Bbbbs MONSTRES.

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SDRLA FBMME La vie a beau être réa' mais ain-train. demain. Méditez-ça. ou Le bonheur est une nvention comme le système des poids et des esures. dans une foule. au premier sou. en ce oment. I . mais Demain Demain serai heureux. c'est mag • LE MEILLEUII OYEN. dans un & n. et cela de loin. · CONVENTION bonheur. Auurd'hui en payant. Pour M toucher irré^ ement une femme c'est. C'est comme l'enseigne du barbier gascon. l'argument irrésistible. Je mens en disant que je suis heureux. mieux ça vaut) de répondre à ce sourire r une sauvage grimace d'homme primitif qui it qu'elle ne reconnaît plus votre visage et s'efaie mais si flattée d'avoir touché en vous et par un sourire le tréfond incivilisé si che en surprises de passion de l'être humain. ou que je l'ai été. 'on obtient d'elle. à la messe (plus le contrastt t cru. ent irrésistible (peut-être parce qu'il est s madrigaux) pour vaincre une femme enace d'un suicide. L'aucumknt.

elle aimera de forts petits-fils.e d'un mari fort ? (parcequ'clle était faible elle portait son fils et parce que son mari fort quand elle fut fécondée.) uoi la femme aime-t-elle ceux qui souffrent? li rappelle-t-il sa condition d'esclave?) uoi est-elle heureuse d'un fils faible et . (Chercher les raisons giques. Qu'y a-t-il au fond de notre dépit d'être trompé par la femme aimée?. NE vivue QU'AVEC AME. Oh qui jettera un pont . etc. sociales. grand'mère.MÉLANGES POSTHUMES hjrquoi DE l'amour. Il y a aussi ce mécanisme son mari est fort et brutal désillusion qui provoque en elle l'adoration de l'homme faible mais la nature féminine reprend le dessus comme toujours et.'enlever. Elle fait ce jonnement les femmes aiment les maris forts. anc si mon fils est faible aucune ne viendra me . Pourquoi aiment-elles les mauvais sujets?. me sens comme un Ariel au-dessus du Présent l'odieux et quotidien et importun Présent ainsi pour la femme et tout. Je viens. SON Je ne trouverai beau et pur que ce que j'imagine et ce dont je me souce qui peut arriver et ce qui a été.

Antigone va passer du ménage de la famille au ménage de la planète.SUR LA FEMME entre mon cœur et le Présent? C'est que le souvenir et le rêve sont l'art d'enchâsser les moments. des regrets et des appréhensions qu'eût aussi ce moment. il sait l'histoire. arts. ni regrets. Et ne vivre qu'avec son âme. de les prendre en eux ébarbés du moment d'avant et du moment d'après. Quelles réflexions font-elles en voyant des nus non en marbre. Il est vieux. D'ailleurs la fin de l'homme approche. grosses manœuvres. ni déceptions. car l'idéal sommaire est de tradition. LE nu. Aux paysages il enlève le trop froid et le trop chaud et tous les ennuis du corps l'âme seule est prise. hypothèses. et la science vient de lui donner le dernier coup. la femme qui n'a encore ni passé. il a engendré tant de faillites. l'homme. Ah! ne vivre qu'avec son âme -ALE ménage o'Antigone. musiques tristes. En avant les troupes fraîches. mais dans les nus du Salon quand elles voient comme on les flatte en supprimant des 5 . Le gynécée futur.

On trophié montre ses épaules. des fleurs. en fait de parfums que les parfums humains. Ça fonctionne à l'aise dans la complicité de cette musique. c'est-à-dire de l'espèce. tandis qu'il n'y a de vrai. des parfums. Ça veut faire croire à l'Idéal comme pain quotidien dans la vie. on abandonne sa taille. On fait sa partie. dans sa passion d'inconnu. en fait de toilettes que le nu. les conversations sont exquises et sans fond. La tout est revu. La douleur.MÉLANGES POSTHUMES choses ? N'ont-elles pas honte de leur réalité comet des méfiances sur l'hommc qui pour le plète beau supprime ces réalités ? j LA douleur. La croisade féminine pour la propagation de l'Idéal. des lumières. c'est le plaisir éternellement déçu dans sa foi au nouveau. Les mères font . Elles se sentent les coudes. 1 Dans UNBALklanc. hyperou atrophié selon l'idéal du siècle. Et l'on s'y laisse prendre. On joue l'animal très distingué. sacré nom de Dieu en fait de musique que les voix de la nature. en fait de fleurs que les fleurs sauvages. en fait de lumières que la loyale lumière du soleil (qui n'a jamais trompé personne). corrigé.

Pitoyable attitude. d'ailleurs. . Ennui humain. Et l'orchestre sonne l'hallali aux fiancailles. Moi j'erre convaincu des phénomènes nommés Vide.SUR LA FEMME tapisserie d'un air fortuné et qui n'a rien à cacher. Gêne sociale. Vieillesse.

et lui. Dans cette nuit d'août (la seule clarté des étoiles). ne conservant que. il était oublié. dans cette pénombre de mystère qui laisse aux blancheurs des nudités toute la capacité d'idéal du corps humain. un pan de la mousseline rose pointillée de noir du peignoir jeté là. elle avait laissé tomber son peignoir. . lasse. que ces voiles me pèsent Comme s'il n'était pas là. ne voyait que cette nudité. agonie. assis presque à terre. c'est-à-dire d'une attente. Que ces vains ornements. Il ne bougeait pas. sa tête retombe en arrière sur soi Lias croisés et le coussin. et de cette face que la bouche ouverte comme d'une de la mort. tout s'oubliait.MÉLANGES POSTHUMES FRAGMENTS DE NOUVELLES NUIT D'AOUT. assise sur le lit. entre les jambes.

et comme de l'autre main . il rencontra une pantoufle à terre. cette blancheur monotone. étoilée (comme une lampe au fond d'un tabernacle) seulement. s'il n'avait pris une diversion. il songea dortelle ? m'a-t-elle oublié ? attend-elle ? Je ne sais plus quelle bizarre idée le chatouilla. le sacré. il resta un quart d'heure à \'& contempler dans un battement de tempes et de cœur régulier. cela le réveilla. d'un centre mystérieux où tout convergeait. se perdant en un vers les arcanes paradisiaques. Cratère doux et un peu éteint. le mystère. les tournant. un tel parfum de bonne maternelle. Ayant défait son col. les duvetant de sa lèvre sèche sans ménagement. A la fin. il aspira largement et posa doucement sa joue brûlante d'enfant imberbe sur cette hanche Immaculée. Et s'étant détourné d'un clin d'ceil. d'un delta de deuil. A force de s'y absorber il en eut mal de tête. qui ne se fâchera pas. son bras droit sous le dos moite et doux. fausses maternités pleines de réticences. sous le peu de draperie. l'idéal. Elle ne bougeait. Ce fut. à ce contact. qu'il s'y frotta comme un jeune chat. mais il n'aurait pu retenir un rire nerveux qui se serait terminé par une crise de sanglots.SUR LA FEMME il n'y avait que la lassitude de cette atroce nuit d'août (oh! qui sait quels drames de nerfs éclatèrent sur tout l'hémisphère dans cette nuit ?).

d'un timbre exalté et ivre. Comme il cherchait un accent vrai. Il ret -<i ins. assis sur le bord du lit.. avec pour horizon ce pan de mousseline rose. Raccrocher à sa chevelure. se levant. et frissonna lui-même en sentait une main brûlante pas\ser sur son fron/t fc. la nuit se fit et qu'il l'entendit occupée à ranger . il s'acharna comme un bébé sur l'amande lumineuse du sein gauche (le besoin de ramper téter à Mais elle lâcha sa tête. La porte-fenêtre du balcon était resté ouverte. dit-il. Sans rien dire.. il sentit qu'il avait déchaîné un frisson dans le8 blancheurs. « Oh je vais fermer ». elle murmura comme hésitante « Tes boutons de manchettes m'ont fait mal. II s'abattit ivre sur sa bouche dont il lécha éperdument le palais. se releva et le l'idéal. Et comme. où semblait le maintenir cette main accrochée dans ses cheveux. « Tu vas me laisser ? » fitelle d'une voix stupéfiée et étouffée. Et voilà qu'on entendit les premières lourdes gouttes de pluie tomber sur les feuilles des glycines du balcon. » Que répondre ? Des éclairs de chaleur. Ses lèvres sèches remontant. regarda face à face. Une rafale entra. larges fêlures livides. il se leva et se dirigea vers le balcon pour la fermer.).MÉLANGES POSTHUMES il conquérait l'autre hanche. dans les blana cheurs. quand il eut fermé. Ils se devinaient des yeux dans cette clarté de nuit d'orage.

ô lune fine Pour lui qui n'avait encore haleté et expiré pâmé sur des rêves plus ou moins niais. plus mûre. ô saisons. que que sur des simulacres plus ou moins palpables. . si fou. de coussins. brûlant. à l'épiderme vivant de chaud. Ce grand corps de femme plus âgée que lui. Je me sens tant renouveau. Oh encore une fois et ce fut une seconde virginité dans une communion plus riche. respirer. qu'il s'évanouit roulant sur le plan. déjà meurtrie. boire la nuit d'après orage à la fenêtre. pesant. le cœur battant. femme. tout. de froid.SUR LA FEMME cet amas brûlant de draps. Et ils s'aimèrent sans mélodrames ni gamineries jusqu'à l'ultime actif. 1 avec tous les organes fonctionnant le corps né. O femme. o vents perdus. de caresses. à épiderme que veux-tu. rentré dans son lit et ivre.» cher dans l'effort qu'il fit pour se précipiter. (le mot • qu'il cherchait était lessivé). Il songeait devant ce pan rose à l'expression antique et poétique « dénouer la ceinture » avec sa douceur d'abandon à un rite inconnu. salut o prairies. grandi. il prit son temps et put se glisser près d'elle avec toute la liberté de ses mouvements d'éphèbe et tout le contact de son épiderme brûlant. si exalté à la pensée qu'il venait de vivre et que demain les vendanges seraient encore plus belles. C'est après.

elle les lui fait qu'évanoui. en voyantt venir la bête titubante Il meurt dans ses bras de la rupture d'un anévrisme. respirer. comprise. tête. aimée. eue Oh comme c'est beau le corps féminin. comme une Niobide. adorée. Le cœur ne bat plus. abandonné! comme les che. au dernier moment. aurait-il dit s'il n'avait pas été mort et va le porter dans sa chambre. Elle passe un peignoir. que faire? Finalement.MÉLANGES POSTHUMES Se disant qu'il ne l'avait pas assez admirée. les lèvres tendues vers cette bouche Oh cette qui s'incline bouche désolée de bacchante qui par suite d'une confusion a été incarcérée avec des martyres chrétiennes et se convertit dans le cirque. Elle a allumé. Elle se redresse affolée. aux rondeurs d'une douceur sidérale appelant les passes incantatoires Que les bras ont des trouvailles d'inflexions noblement amicales et des étirements n'en pouvant plus et ces doigts des crispations cupides et fertilisantes Que le col est délicat et se tourne adorablement Que cette beauté est réelle! et surtout les épaules si bien pour y poser sa sereines. du tréfonds de sa féminité. Il n'est peut-être Elle a des sels. avec ses habits elle le prend dans ses bras. .I veux découlent fin et bien élevé des tempes Que 1 les seins sont des excroissances naturelles aux quiétudes bien rythmées. sur son lit. Rien.

Elle se lève et va jeter un regard dans l'autre chambre. Elle rentre. Il la soutient. On entend des chœurs. d'ailleurs. se couche pour faire semblant de dormir au matin. Il lui promet de la laisser passer la journée de demain à la ville mais elle ne 5* . Elle revient à elle. des abois de chiens.SUIt LA FEMME Elle rentre chez elle et reste assise sur le sien. des chants lointains. Lui exulte et pleure. Elle n'y croit plus. Dimanche soir. et du doigt lui délaye sur les tempes les glaces qu'ils allaient prendre. elle entrevoit la masse telle qu'elle l'a posée. pas de lumières. Seuls à la fenêtre en ogive dont le bord leur arrive au menton et qui ne leur montre que le ciel étoilé. après tout. Elle éteint en cas que quelqu'un voie de la lumière chez elle. au plus haut de la tour du château. Jamais plus ils ne descendront sur terre. Elle s'en console car elle est de celles qui comprennent la douceur des mots d'ailleurs. Elle a le sentiment de la solitude et de la claustration à un tel degré qu'elle pousse un cri et a une attaque de nerfs. les yeux ouverts dans le vide. L'île. grelottante. Est-ce possible Elle reste ainsi jusqu'à trois heures du matin. pièce nue. Oh c'est la prison à jamais.

dans l'angoisse des éclairs fantastiques illuminant le ciel de déchirures bleues et aussitôt l'éclair. blottis sur un canapé. la fenêtre du château sur le lac.MÉLANGES POSTHUMES peut pas elle ne peut pas attendre. à la ville (les rues. le ventre blanc en l'air. Ils vont cendent. bonheur. Et les nuits d'orage dans ce château dominateur et isolé. et douceur des éclairs lointains. les places. plus on respire. les vulgarités). . et les poissons morts flottant. il s'éloigne sans tomber. toutes fenêtres fermées au haut de la tour. la sortie du théâtre. Et alors l'averse diluvienne dans les feuillages du parc. Et. mais terreur des débâcles foudroyantes quand il commence avec des craquements secs et hésitants comme un obusier trop bourré. Et plus il tarde. la terreur recroquevillée du coup de tonnerre qui doit suivre. Ils vont dormir dans un hôtel. Alors ils desil faut éveiller le passeur. il songeait. Et la lourdeur des jours et la farine verte séminale des flores aquatiques que les remous des petits vapeurs de plaisance a\ix tentes de coutil rayé font voyager. et les moustiques.

. ces emplâtres bord était joncs. Un jour. et aux clairs de lune ils vinrent les admirer. prendre des glaces. la Paris et ses Suède et la Norwège misérables gens assommants et ses rues canailles. île. Il n'y a qu'une une jolie aimée dévouée. ni les paquebots. répuLondres écrasant où pour gnantes d'inconfort jouir il faut se donner au monde la Russie. il amarre son bateau à chacun des poteaux plantés assez loin dans le lac et les peint en oh comme aux premiers beaux jours or glacé. ce chemin de fer qui passe ne me tente pas.SUR LA FEMME Non. lentilles d'eau de crème verte étaient si bien à leur place là qu'on n'eût osé les déranger. On était loin du continent à un quart d'heure de rames mais les voix arrivaient cependant si brutalement claires. d'eau bleu. Et les dimanches. siester en bateau amarré mais tout le dans quelque anse de la berge. L'été allait venir avec les gens sans pudeur qui viennent se baigner nus en caleçons grotesques et faisant les beaux. c'étaient des chœurs de noceurs. et la solitude Levé. ni les ballons j'ai vu l'Italie et ses musées et sa vie d'hôtels vulgaire l'Allemagne et ses peuplades de parvenus. de misérables. d'autant plus que ça sentait un moisi écœurant.

la durée. Il dit. aimé selon ça. Au matin. . refermant la fenêtre. si éphémère. et sans se douter qu'elle pleurait Tu t'étonnes de les voir si heureux et si familiers. dit « Il pleut. « Le Temps est un grand maître. que ça fait du bien d'avoir la foi au Temps » • Les premiers temps il lui lit sa littérature aimée pour être. Elle se sentit alors soudain si isolée. et qui n'était qu'une ferme entrée dans le fatalisme végétal. C'est sa première nuit dans cette chambre. si non chez elle. fait le café. l'ouvre. qu'une crise de larmes l'emporta.MÉLANGES POSTHUMES Enlevée. Croyant qu'elle n'en était pas et que ce seraient des délices de l'initier. lui. les heures et les toujours. il se lève le premier. quel triste dimanche et éparpille la mie sur le balcon. Ah tout ça ne s'est pas fait en un jour Cette idée lui arrêta ses larmes et lui souffla quelque chose qu'elle prit pour le courage et la dignité. Du fond de son alcôve elle voit un vol de moineaux familiers s'abattre et entend leurs piaillements querelleurs. le sert et ayant évidé les pains pour les beurrer va a la fenêtre.

canapés. Bibliothèques. lavabos. Elle pouvait raconter Rembrandt. lampes.SUR LA FEMME des délices de lui reprocher de n'être pas à la hauteur. consoles. lits rien que l'énoncé de ces mots étonnants et surnaturels ne te suggèret-il pas des meubles nouveaux. Alors. et faire sa partie dans un duo métaphysique exaltant le fatal Amour immanent à Tout. buffets. des délices alors de faire l'incompris (et d'en Mais elle savait. le lit! un lit! le lavabo oh . inconnus et il prononçait les yeux hors des orbites. et avait respiré un certain air de Paris pas loin du sien. et les automnes. la réveillait par des Vois-tu une ville en architectures ainsi carcasse extérieure de fer polychromé sur fond de murs d'un ton chaud très troué de fenêtres grâce à ces contreforts extérieurs (système gothique) et ces charpentes revêtues et chargées de polychromie en faïence ? Ah si j'avais les éléments et la patience Je t'exmême avec des esquisses pliquerai un jour mon rêve d'un mobilier réaliste et mystérieux. tables. il l'appela de plus haut Il se tourmentait des nuits. ô bonheur! d'un coup de talon donné sur ces ruines. rayonner plus qu'il n'y en a !) elle avait son tempérament. et évoluer savoureusement dans les musées d'art décoratif. et la poésie moderne. crédences.

. Et les fleurs Mais personne n'a encore regardé une fleur en face. la porte cochère s'ouvrant entre les deux pattes de l'oiseau cabré. Et des mosaïques des yeux énormes et très primitifs dans des coins.MÉLANGES POSTHUMES Et de la musique plus intime que celle de Schumann. Elle alors Pourquoi n'écris-tu pas tout ça ? ou faire des communications aqx gens du métier. je me sauverais au bout du monde Et des tentures imprimées et même des papiers peints Et te vois-tu comme jupe de robe un paysage d'hiver en point d'Alençon ou plutôt d'Argentan avec de grosses mailles laissant transparaître comme fond à ce paysage une sous-jupe bleu de ciel pâle. Des queues de paon. • Et des tapisseries vraiment kilométriqucmcnt profondes et où l'on pourrait errer. Une façade de maison une queue de paon s'y étalant en mosaïque. Avec quel plaisir on flânerait par ces rues. bien loin de pouvoir l'exploiter en art. et les ergots pour racler ses semelles quand il fait crotté. après des chagrins ou des insomnies Et les reliures tiens tais-toi.

Et je serais même le premier à me dégoûter de l'œuvre.SUR LA FEMME Ce serait trop long. . Tous des ânes.

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Homme nul. LE DOCTEUR docteur. ingénue. DE CORBILLARD. UN IVROGNE. place de la Madeleine. Arlequin. cousin de Colombi- UN UN MENDIANT SERGFNT aisé. mais marié. marchande de journaux. nette. poète très lyrique et 30 ans. UN COCHER UN CROQUE-MORT. MADAMEVENTRE. DE VILLE. PIERROT ET COLOMBI- NETTE. funèbres des ouvriers moment la noce sort . boursier. UN SUISSE LE LIT DE A LA MADELEINE. COLOMBINETTE. de l'église.PIERROT FUMISTE PERSONNAGES PIERROT. MADAME belle-mère. DES GENS DE LETTRES. UN MONSIEUR. noce où et voitures façade Pompes l'église. 19 ans. SA moitié. des pomj La place Voitures Au de de la Madeleine. LA NOCE SCÈNE DE PIERROT UNIQUE La des de l'escalier. GENS DE LA NOCE DE PIERROT. Colombine MONSIEURCOLOMBIN. stationnant.

Mon bon Monsieur Pierrot. Il aperçoit les tentures noires que l'on cloue. PIERROT. j'ai cinq enfants en ? Il me semble le moment LE MENDIANT. glacial et calme. cierges Pierrot s'avance digne. tendant la main. (Il s'avance vers l'un des ouvriers qui clouent les tentures. les dans It nuit. adorable. Rien. COLOÀIBINETTE. Ahurissement des dits ouvriers. . Notre Ces raison initiales sociale. geignant. Pieren habit . UN MENDIANT. P. Colombinctte Pierrot. cade sourcilltre. La noce se précipite. P. PIERROT. Quoi ? Monsieur Pierrot. se cabrant. II pousse soudain un cri formidable et suraigu qui révolutionne la place et remonte les boulevards. C. on veut être plus fumiste que papa. P. et les initiales C. 10 heures du matin. effrayée se tournant vers lui. monocle incrusté dans l'arrot. une petite aumône.) Connu.blanc et cravate noire. les yeux baissés. Les derniers roulements de l'orgue.Au fond. avançant ses minuscules pieds de satin.) Pierrot se calme soudain. bon Monsieur Pierrot.MÉLANGES POSTHUMES pes funèbres clouent des tentures noires aux initiales C. Colombinctte à son bras. et reprend sa marche. on les entoure. lui tape sur le ventre et ricanant en clignant de l'œil. La noce sort précédée du Suisse chamarré qui se range. Mon bas âge. Monsieur notoire est-ce une allusion que à mon impuissance est mal choisi. Un beau ciel bleu de premier mai.

Sur la place les populations font des rassemblements. s'approchant.) LE SUISSE. PIERROT. comme doit loui faut. Monsieur. an mendiant qui tend toujours la main Flûte LE MENDIANT. PIERROT. dre. sévère et majestueusement frappe un coup de hallebarde.) LE SUISSE. Pierrot tend son cou hors de sa fraise tuyautée et pousse un formidable et suraigu :) CocoriCO (et il rit à se tordre. Rumeurs. Pierrot. C'est un faux louis. . se reculent. épanoui. La noce commence à s'impatienter. La noce qui attend s'impatieDfe. (Colombinette rit complaisamment qu'il faire la femme d'un homme de lettres. Monsieur Pierrot.PIERROT FUMISTE PIERROT se campe. vexé. Prenez garde. et s'arrête reprenant son masque blême. met son monocle et le lorgne. et lui donne lui baisant galamment le bout des doigts. Il le lorgne durant trois minutes. Ces familiarités. et soudain. vous le serez. lui. en rit à se torSoudain Pierrot se calme. on n'entend pas voler une mouche. et soudain joyeux Tiens bonjour Eustache (Il lui caresse les mollets. le lorgne. ce c'est tout un louis faux. Pierrot lorgne toujours. et comme Colombinette parait étonnée). calmé soudain. un louis. Quoi encore ? la noce est dans l'attente. en Merci (Il lui tape sur le ventre. très calme.

gendre. de mes sens? COLOMBINETTE. Oh oui. Il se calme et reprenant Quel beau. Colombinette gion. PIERROT. PIERROT. (Puis sur un ton familier. les parfums des fleurs. beau-père le bras de Colombinette. Eustache. et la nuit de Noël voyez-vous. Mais il doit avoir moins de relij'avais Avez-vous de la religion. et les chérubins. monsieur Pierrot. descendentes escaliers.A Colombiils l nette. un beau jour.explicatif.MÉLANGES POSTHUMES MONSIEUR Cher COLOMBIN. s'exaltant. jour. est un ancien domestique à moi. J'aime la Sainte Vierge. COLOMBINETTE. J'ai constaté avec un attendrissement que vous comprendrez que ses mollets méritent mieux la plastique épithète de dodus que lorsque à le nourrir. les récolted seront belles. invités attendent. monsieur Pierrot. ce suisse que vous m'avez entendu interpeller par son petit nom. nos s'approche timidement de Pierrot.) a chère M amie. Pas un nuage. les yeux mouillés. aussi. Oh oui. langoureusement Quel beau jour si douce. . lève les deux bras convulsivement.

Pierrot sur ses mainsfait la roue.) MADAME COLOMBINE. Soudain à la vue du kiosque aux jouril crie d'une voix formidable. t s'ape prête déjà à quelquenouvellescène. doucement à son mari. il l'a prise sans dot. et ma grosse peur était pour l'église. mais un cœur d'or. sa PIERROT. fait hum hum et feintun air penaud d'écoliersurprispar le pion. Madame Ventre ohé (La noceest consternée. bien triste.) MADAME é VENTRE. apparaît. PIERROT. (Toutse calme. ma chère Eulalie. norme. Laisse. Tumulte. On a déjà fait signe aux voitures. Et puis un cœur d'or. Soudain à la dernière il pousse un cri. Desdamess'assoientsur les marches. Plaît-il. Une puce colombinetticide. oui.PIERROT FUMISTE mon doux monsieur Pierrot. monsieur Pierrot ? . naux. mettant ses mains en entonnoir devant Vo ronge de sa bouche. mon gendre (Pierrot retombe sur ses pieds. et son émotion ? continuant marche. Il est original.) MONSIEUR COLOMBIN. Borromée. Un peu original. C'est scandaleux. (Ilpincela nuquedeColombinette qui pousse un cri. Ils descendent cet orgue m'a rendue marche reste rêveur.Desgens tirent leur montre.) Oui.Mmc olombineontinuantsa conversation C c avecune dame. attendantla fin. en silence. mais avez-vous vu sa tenue. lui célèbre et riche.

Pierrot continue très exalté.fouillantson évenla que taire. la blâmant doucement. Madame. (Silence. PIERROT. en levant les yeux an ciel. Votre ? PIERROT. . Ini envoie un baiser. Monsieur Pierrot. Pierrot la présente aux gens de la noce. de parents pauvres quoique malhonnêtes. COLOMBINETTE. Heureux.) Le Pornographe illustré petite carogne (Tandis M"' Ventrecherche feuilleen question. C'est quinze centimes.) MadameVentre Une riche nature envie (M–Ventre lui remetle journal et attendl'argent.MÉLANGES POSTHUMES PIERROT. incorruptible.) Née en 1835. Mon journal habituel. qui deviendra propriétaire vos arrondissements MADAME VENTRE. de C'est pas cher. PIERROT. C'est quinze centimes. II hurle. MADAME VENTRE. Mon journal? a MADAME VENTRE.

Monsieur Pierrot.se met en devoirde fouillerles doublures. Patience. mon chat. de loin. Quinze centimes. A Colombinette: on enfant. je possède. . Certainement. Rien. Passe-moi un bout de chocolat s'il en reste. doucement à son mari. s'il se croît drôle SON HOMME.) MADAME COLOMBINE. va COLOMBINETTE. doucement.) i j'en doutais seulement. (il sort sa veste. C'est juste. S (D'unevoixcaverneuse.)Rien ? Comment pas d'argent (Tragique). M êtes-vous en fonds? Oh! je ne fais pas allusion à ce capital de la jeune fille dont parle Dumas fils. Ah quellejournée!) UNE DAME DE LA NOCE. (Il remet sa veste). Cœur d'or. à plat ventre. (Il se fouille. (Montrantle poing Ii sa belle-mère.) PIERROT. il ne fait pas manquer un bon repas qui nous soutiendra deux jours. La noce trépigne. létale à terre et. lui envoyant un baiser. Tu sais qu'il n'y a rien à manger à la maison aujourd'hui.Non il ne sera pas dit qu'un si beau jour. Ah non. j'en ai assez.PIERROT FUMISTE PIERROT. confuse et soumise. Il n'y en a plus ? (Querelle.

COLOMBINETTE.MÉLANGES POSTHUMES PIERROT. le tord et le rince comme pour le faire égoutter. il déploie le Pornographe illustré. confuse. Qu'elle te demande Non. Oh! ici? non. et force Colombinette à le tenir d'un bout pour l'aider dans cette tâche. tire un grand mouchoir noir dont il s'essuie les yeux. répond par un autre hennissement.) COLOMBINETTE. . donnez. les anciens. J'ai un louis.) C'est malheureux feront mourir de l'argent centimes que je quinze me gens-là (A part. monsieur Pierrot. PIERROT lui arrache le louis et le donne à madame Ventre en lui baisant les doigts.) Un si beau jour (Il pousse un sanglot. à part. va (Madame Ventre veut lui rendre la monnature. Pierrot avec un geste large à tous Sympathie de situation Riche Il replie son mouchoir. balbutiant.) Jamais (Embrassant Colombinette. Eh bien. ce soir! PIERROT. le voilà mon article Il s'installe sur parcourt et soudain Ah une marche. fait un geste qui rassemble la noce en galerie et « Le mariage commence: est assurément une belle chose. très douce. Une jument qui passe lui prendre le hennissement Toute la noce est stupéfaite. puis il le porte à son nez et se mouche bruyamment en imitant à s'y médes étalons. ces est bête (Haut. Pierrot fait un noble geste de refus. naie. levant les bras au ciel. inaltérable. Cela fait.

va Tu as raison. PIERROT. lui dit quelques mots. On parvient à arracher Pierrot de cette voiture. (il reprend. stationnant. La noce s'avance enfin sur le trottoir. comme après un bon morceau. en faisant claquer sa langue. monsieur Pierrot monsieur Pierrot (Il se relève et. La noce monte dans les voitures. se penchant Tiers lui. se jetant sur lui et lui arrachant la feuille. COLOMBIN.PIERROT FUMISTE M.) « Le UN SERGENT DE VILLE s'avance.) L'incident Il se jette convulsivement terre et baise tour à tour les petits pieds de Colombinette. Si mariage vous m'interrompez est assurément. Colombinette appelle. (il attrape Pierrot par un pied et tire. au cocher ébloui. et. avec une tape amicale sur la un louis de pourboire joue. Ah oui. rougissante. Seulement Pierrot qui a aperçu une voiture des Pompes funèbres là. Celui-ci se cramponne aux coussins avec des cris de merluche. LE COCHER. le sergo se dérobe il cligne de l'œil d'un air entendu et lui offre un louis. Cadet peu. comme ça. mon Dieu Au moment où les voitures vont s'ébranler. froid et mettant son monocle. se redressant. se dégageant. tu parles Ange d'or. Quoi encore ? Attends un Oh à 6 . levant les bras au ciel et disant Sauvés. rosé. (Il veut l'embrasser. se précipite dedans. descendant avec ses grandes bottes et son fouet. On met Pierrot dans sa voiture où est déjà Colombinette. COLOMBINETTE. On ferme la portière. se frotte l'estomac. Il donne. Le sergo refuse. On monte dans les voitures. quel beau jour PIERROT. Alors Pierrot lui fait le salut est clos militaire.

kroumir. et apercevant Arlequin qui s'éloigne. Il va offrir le bouquet de violettes à madame Ventre. L'IVROGNE. capitalisme". Alors il se décide à acheter nn bouquet de violettes de dix centimes.MÉLANGES POSTHUMES (On constate que Pierrot s'est évadé par l'autre portière. le lorgne et le prenant par un bouton. Pendant ce temps. On le rattrappe au marché aux fleurs de la Madeleine. Capitaliste sens. que vous Est-ce l'avez. On ne connaît que çà.) . rêveur.) Enfin. d'une voix de tonnerre. Le mariage est assurément. Il révolutionne le marché. lui faibant: bas les pattes Eh va donc. on l'aperçoit courant au galop. mon ami. vrai. par la portière. on voit Arlequin qui console sa cousine Colombinette. malgré son exaltation. Il cite Linné.) PIERROT revient à Colombinette. aristo. PIERROT. Oh! Monsieur Pierrot. Un ivrogne passe.) PIERROT l'arrête. Il dit cela en montant et descendant la gamme. votre Colombinette capital ? de mes COLOMBINETTE. On lepoursuit. Effectivement. On le ramène. En voin. Enfer et damnation (Calme. (Le sergo le pousse au large. réclamant une plante inconnue qu'il appelle Rosa sempervirens fuaulariflera. nous verrons. La noce remonte également. (Il entre dans la veitare.

cette Pierrot ressortant fois la noce gronde! Les'cochers s'impatientent!! C'en est a ses limites. pas tout à fait rassurés encore. T'es donc de remorqu^. lui met un dernier gros baiser avec un sanglot sur le front. Tous NUIT DE SCÈNE NOCE I MINUIT La chambre nuptiale. Décorée avec beaucoup de luxe et de goût par Pierrot d'après celle de Marthe et Ecmailly. Der~< r .PIERROT FUMISTE L'IVROGNE. une fuibla veilleuse. C'est fini Les voitures s'ébranlent. aujourd'hui ?. La noce qui était redescendue remonte. une troisième fois de la voiture. causant avec un croque-mort. Un beau ciel de mai. Nouvel effroi de la noce. MADAMECOLOMBINEtire sur elle les blancs rideaux et lui murmure des choses avec des larmes dans l'organe. PIERROT ressort de la voiture. Colombinette est déjà au lit. Piertrop L'originalité rot s'incline et fait un grand salut à la place de la Madeleine et remonte. I olit très étroit. Cochers Au pays de Watteau! à Cythère (Il remonte dans la voiture. Lui avec un geste large. On va partir). On voit des têtes d'invités se pencher aux portières. à la fin On attend. DernjiMrtÎMsèrrDernier mon pauv'chat. pauv'chat Soudain au fond on voit la portière s'entr'ouvrir pour laisser passer l'O rond de la bouche de Pierrot et l'on entend roucouler Coucou Rires étouffés et frissonnements de Colombinette. Mon du courage c'est un cœur d'or.

Ils se regardent. Ah mon Dieu. s'avance à pas de loup. qu'on mère. Ça me connaît. sérieux. imitant le voyou d'une façon adorable. mon gendre. p'tite j' vous dis! (il lui pince la taille. savez bien que je vous aime tant. MADAME COLOMBINE ferme les rideaux et sortant. Pierrot la regarde avec un doux sourire. et entre. Suffit. il entr'ouvre les rideaux à peine y met l'O dans sa bouche et d'une voix formidable qui fait trembler la maison.000 lyres dans le gosier. As pas On sait ce sait. mon Dieu PIERROT. Il est dans un galant déshabillé. PIERROT. Colombinette entr'rouvre les yeux. à Pierrot qui est derrière la portière. très effrayée. Alors Pierrot avec 36. Maintenant. COLOMBINETTE Ah sieur vous Pierrot. avec une voix natnrelle qu'on ne lui connaissait pas.MÉLANGES POSTHUMES nier courage! Puis encore un gros baiser sur le front de ce pauv'chat. Colombinette est prise d'un grand frisson. (Tout en murmurant des soyons mots rassurants.) Aimezvous mon peu âme ? un ce pauvre Pierrot.) COUCOU COLOMBINETTE. se peletonne. ma peur. mon- . Colombinette de. Ah ménagez-la. il s'est glissé sous les couvertures avec mille pudeurs et passe délicatement son bras sous la tête de Colombinctte qu'il amène ainsi sur son épaule. Pierrot la baise sur les lèvres.

vois-tu. ma Pierrette.PIKBROT FUMISTE PIERROT serre doucement la danssesbras. la serrant follement contre lui.) PIERROT. Mais ne parlons pas de cela. Appelle-moi mon Pierrot et dis-moi je t'aime. mon Pierrot bien-aimé. Pierrot bien aimé. (Ils restentamoureusement enlacés. OUI. Si tu savais. Pierrot pantin de lettres 's'est ia tristesse éternelle des choses. vous pleurez! tu pleures! ne pleure pas! (Et lui met ses bras autour du cou et cache sa tête dans sa poitrine. comme tous ces 1 gens 6' . se murmurant des mots d'amour et des baisers. Je t'aime et je mourrai en extase et ravissement pour te consoler un peu. mais je t'ai compris dès le premier jour. mon pauvre Pierrot.) PIERROT.(Elle sent unelarmechaudetombersur sa gorge. (Elle l'étreint. COLOMBINETTE Je t'aime. Les autres ne te comprennent pas. se dégageant un peu. J'ai tant besoin qu'on m'aime. COLOMBINETTE Je t'aime. Je t'aime tant. redisle moi. Je sais que tu as le cœur trop bon pour cette vie.)Ah mon Dieu. Ne m'appelle plus Monsieur Pierrot. mon pauvre Pierrot.)Oh oui. ma Colombinette.d'unevoix tremblautc. tu verras. Tu m'aimes.

Pardon. (Colombinette'oseprotester et l'embrasse n passionnément.sa s petitegorge. pauvre bébé. je vais la tuer encore née. (Ils se taisent. avance la tête sur mon épaule. brutal. fermés. langoureusement parlant comme pendue à son cou. Qu'il me tardait d'être seul avec toi Je croyais que ce bal ne finirait pas.) COLOMBINETTE Bien vrai ? (Elle soupiresous les baiserset les étreintesde Pierrot. dégageant. les yeux du fond d'un rêve. va.Pierrotvala posséder. Pierrot l'enveloppe tous de cotés. là. pardonnes. ma Colombinette. dis que tu me pardon. Pierrotl'enlace de mille manières.) Ah Pierrot. (Il l'enlacede nouveau. Pauvre ange .Ils se taisent.) Pauvre bébé Nous allons faire dodo. ne murmurantque leurs noms.et soudain. Colombinettee pâme.soncou. Un sale taureau Ma pauvre Colombinette est fatiguée de cette semaine d'émotions et de toute cette jouret moi.) se PIERROT. Pierrot ? PIERROT ce vilain Si je t'aime. COLOMBINETTE. Tiens. il aime un peu sa Colombinette.MÉLANGES POSTHUMES m'étaient insupportables aujourd'hui.couvrede baisers ses épaules. Alors. Pierrot. l Ah je ne suis qu'une brute un infâme.

SCÈNE II 3 h. pour (Pierrot se penche sur elle les yeux brillants. La nuit. ronchonnant. Il lui envoie martyre un baiser du bout du doigt et chuchote Il fait :) Adorable ce soir de mai. 20 DU MATJN PIERROT. Oui. Pierrot qui a craint de l'avoir éveillée s'est rejeté feignant de dormir. Il parait en proie à des angoisses. comme un gracieux oiseau mouillé par une averse. Chut sur la gorge.) Non elle ne sera pas à moi public. (Il y met un un mouvement reflexe Colombinette baiser par y porte la main. à la coiffure ébouriffée. (Il n'ose la touoher. les épreuves. une au minois chiffonné. il reprend son examen. Deux respirations dans les rideaux. elle s'endort les bras autour du cou de Pierrot. les bras nus croisés pelle. à ce mouvement. il s'endort de son côté. la contemple. étendue comme une martyre sur son tombeau. (Elle dort vraiment? (il se réveille. Il se chuchote à lui-même. II écarte avec mille infinies précautions la chemisette qui est tombée de la gorge. les mains tremblantes et ivres. Longtemps il la berce de mots d'amour.PIERROT FUMISTE Il l'embrasse sur le front. rêvant tout haut. avec son nom sur les lèvres. envoyant très . Une heure après. se rap- à poings fermés. de la femme aimée! épiderme albâtre. la tête dans sa poitrine. chaud. Fausse alerte.) Ah ces amours de petits L'attapieds che délicatement modelée 'les le de épaules pli l'aisselle La douce avec ces deux petite gorge pastilles dures cet amour de petit ventre. et le tic-tac éternel d'une pendule. se retournant vers le un baiser :) Lys ivoire satin Neige..

comme ça se rencontre. buffet. .) SCÈNEIII PIERROT mon cerveau traNon. Boileauétaiteunuque. car je la sais par cœur Oui un pari que j'avais fait il y a trois mois. ildoityavoir des vertus insoupçonnées dans cette ode.) Pierrotfait la roue contre le long de la pièce. encore un coup d'œil. Namur. Mais avant. J'ai même eu à Namur une aventure ruisselante de croustillance d épatance. Et. j'allais dire Mayeux. (il se retourneet la contemple longtemps. je ne puis m'endormir vaille et vous devinez quelle fièvre y bouillonne. comme mes tempes battent. le verIl faudra chertige finira par me ruer sur elle cher un régime: dormons.) Bah! après tout elle est toujours la même nous les chose. dix minutes.MÉLANGES POSTHUMES Et passer toutes les nuits à ses côtés Non. Donc allons-y de notre Boileau. Toutretombeau silence. 0 mon ange gardien! la chair est faible J'y suis je vais réciter l'ode sur la prise de Namur. Mons. (il lui tournele doset s'assoupit. (Il se perd dans ses souvenirset sa songerie. Namur. Tiens c'est en Belgique. toutes les femmes se ressemblent voyons toutes à travers les vieilles lunettes de la mère Maïa.

quelle heure il est? PIERROT Huit heures et demie. un croissant de velours noir en bandoulière. poupoule.PIEKROT FUMISTE SCÈNE IV 8 HEURES PIERROT se réveille. Ah pourvu que je hein me voyezsavoir Malheu- ne me sois pas vous sganarellisé reux Elle brrr le sans par moi-même seul laverait. Un quart d'heure s'écoule. (Il dort. Dispose le tout et met le café sur le réchaud pour attendre. Pierrot met sa plume d'oie à l'oreille. et apprête vite le café au lait de Colombinette.) ce qu'elle doit être la pauvre lasse. ma PIERROT l'embrassant. Au moment où elle ouvre les yeux. se frottant les yeux. ma poupoule. Revient avec un service pour le café au lait.) COLOMBINETTE. Comme j'ai dormi émancipé huit heures à mon insu. il le lui pose sur la tablette. Mon Dieu. . fait la roue sur le tapis en négligé de satin clair de lune très flottant. • Bonjour. se frappe sur mon vieux. nous nous sommes bien Pierrot. (Cristi elle est toute tiède. étale des papiers et s'y absorbe. l'épaule conduits. sort de la chambre. Colombinette fait mine de s'éveiller. s'habille en un clin d'ail. saute du lit doucement. Il se frotte les mains. comme j'ai dormi. sang (il se retourne. Il se met à sa table de travail.

COLOMBINETTE Ah Monsieur Pierrot PIERROT Encore COLOMBINETTE Non. me voilà reposée mise va. pour elles cette chose est venue lourdement. elles ont reçu cela comme le dernier coup de masse de cette journée de fatigues. Monologue. aussitôt après le bal. prenez-le en faisant votre toilette du matin. je frapperai pour rentrer.) Comme elles vont être jalouses. sans qu'elles s'y fussent préparées. Elles sont mariées à des philistins. COLOMBINETTE. voici votre café au lait.MÉLANGES POSTHUMES COLOMBINETTE Est-ce possible ? PIERROT. seule. poulette. brutalement. Je suis encore vierge Que vont dire mes amies ? "ir (Ellevaque & sa toilette tout en prenant son café au lait. Moi. De la dernière exactitude. avant qu'elles aient pu se reconnaître elles ont été exécutées. je suis tout de suite . mon bon Pierrot prête.

près du lit.. il avait sa plume à l'oreille. PIERROT. voyons ce que c'est. (Elle s'approchede la table. à la lampe. Oh je vais l'aimer bien. Mais à quelle heure s'est-il levé lui ? il a travaillé. tandis qu'elle était couchée.. se levant parfois pour l'embrasser et lui faire des chatouilles. Vraiment. (On entend toc!) Entrez. Ah! l'Art! comme dit mon bon Pierrot je suis heureuse comme mes amies vont être jalouses Ce café au lait est bien froid.) La Mosaïque. La nuit vint. imitant le chant de la poule qui vient lette de pondre. etc. il travailla. avec toute une journée devant moi pour que mon imagination travaille et que mes nerfs s'affinent dans v l'attente. ces artistes restent artistes en tout.. savait gré à son mari. La nuit suivante. incrustations monochromes. Rien. dra que je lise tous ses livres. et lit des papiers. toc. Des baisers.PIERROT FUMISTE en ardeur déjà par les étreintes de la nuit. Il faugrandiose. ça n'est pas amusant. puis peu à peu longue conversation intarissable dans laquelle il détailla tous ses projets d'avenir (ne parla pas d'enfants!) puis maintenant faisons dodo. prétextant un travail pressé. Bonjour Poupoupoupou LE FUMISTE Toute la journée elle se promit la nuit. puis se . le christianisme devait régénérer cet art etc.

Lui. On ne lui avait gendre jamais . etc. cela. un matin. elle l'étreignit et fit avec une voix larmoyante. puis ils s'endormaient. Elle n'osait rien dire. Elle en parla à sa mère. l'appelant: trésor de petit coeur. tJn jour elle s'avança jusqu'à dire ingénument « Quandj'aurai un bébé. il l'embrassa. Le lendemain idem. il fit venir un médecin.MÉLANGES POSTHUMES rasseyait et travaillait. Pierrot Que dis-tu là ? es-tu folle ? et il la couvrit de baisers. quand elle dormait. la caressait. va. Elle attendait pour la nuit rien. un travail sur la Mosaïque. Il l'embrassait. ne répondant pas à leurs allusions curieuses de vieilles filles ou de mariées mares et mères. répondit par des échappatoires ingénues à ses insinuations. Enfin. l'excitait vaguement. Le lendemain elle prit froid et toussotta. et se coucha tard près d'elle avec mille précautions. prétextant un mal de tête. la traitait en enfant.». arrangea une partie pour la journée mais elle ne voulut pas y aller. le rhume la tint une semaine. la mangeant de baisers. ceci. mettant des baisers là où elle voulait des épingles. Une semaine après la mère envoya à son son médecin qui s'informa. grossit la chose. Ah tu ne m'aimes pas. Quel supplice! elle était toute changée. Le matin quand il s'éveillait. l'aidant à s'habiller. et ne se mit au lit que très tard. la soigna. rien. rien. il l'embrassait avec un bonjour et se levait aussitôt. lui apportant son café. Dès lors ce fut tous les soirs la même chose. Deux mois se passèrent. comme il allait l'embrasser. _| «T^ Elle se perdait en conjonctnres Ne pouvait-il pas ? quoi donc ? Elle n'osait en parler à ses amies.

PIERROT FUMISTE connu de de maîtresse. à chaque station. l'embrassant avec des larmes Je t'aimais bien. Il répondit en achetant deux revolvers. il usa de sa dernière perdit nuit de mari. La mère et le médecin firent un en séparation. compris. comme si rien ne se fût procès | passé. mais. lui serrant i la main. Pierrot ce qui vous regarde. sifflotant sifflotant. le mit à la porte « Mêlez-vous Alors le médecin « Prenez n'aille demander à un autre ce que garde que votre femme vous lui refusez. tu aurais été la plus heureuse des femmes. Et il partit léger et i dansant dans son compartiment ricanant. médicales. il se refusa à toutes les vérifications son procès. puis au matin. il fit ses malles et partit pour le Caire. ^_J . mais on ne m'a pas Te voilà veuve irremariable. et en surveillant à toute heure sa femme et en lui retirant sa tendresse et ses baisers. l'éreinta d'amour comme un taureau. » La belle-mère Qu'elle le sut y aille et en menaça encore son gendre. Elle fut tout à fait malheureuse.

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DEUXIÈME PARTIE .

Notes {JJ Salon de 1886. L'art moderne en Allemagne). D CRITIQUE 'ART art impressionniste. . Luxembourg.LITTÉRATURE. Notes sur le d'esthétique.

il a montré la femme sphinx malgré elle. et les chats. le jeu. « ignorante et toujours ravie ». les restaurants et leurs soupiraux. Gautier païen. Musset mondain et collégien déclamatoire. et le coin du feu. meurtrissabie. bucolique et galantin. Lamartine raphaélesque. Le premier. Le premier. Après Alfred de Vigny chaste et fataliste. déshabillable.LITTÉRATURE 'i 'I NoTES SURBaudelaire. il se raconta sur un mode modéré de confessionnal et ne prit pas l'air inspiré. le bois qu'on scie en bûches qui retentissent sur le pavé des cours. chat de sérail. sujet aux cuisantes expériences du chercheur d'idéal. Gavarni vignettiste. les hôpitaux. des • t< iJ | «| -& A A 4] jâ . parla de Paris en damné quotidien de la capitale (les becs de gaz que tourmente le vent de la Prostitution qui s'allument dans les rues. Hugo apothéotique. Balzac inquisiteur mais George Sand.

Baudelaire est déjà un esthète oriental. aux couchants le spleen et la maladie (non la Phtisie poétique mais la névrose) sans en avoir écrit une fois le t* mot. son inutilité ennuyée au milieu de ce siècle travailleur et dévoué. l'alcôve triste. ii affirme le travail. des ivrognes et des parfums de fabrication moderne). mais cela de façon noble. Le premier qui ne soit pas triomphant mais s'accuse. sa paresse. le Fard et son extension aux ciels. supérieure. Par aristocratie et dégoût de la foule qui n'acclame que les poètes éloquents et soi-disant inspirés. des bas. Et la damnation ici-bas. montre ses plaies. La spiritualité anglaise presque norwégienne. Ses disciples ont étalé Paris comme des provinciaux ahuris d'un tour de boulevard et lassés de la tyrannie de leur brasserie. la charla- . le calcul. la patience. lointaine.MÉLANGES POSTHUMES lits. Le premier qui ait apporté dans notre littérature l'ennui dans la volupté et son décor bizarre et s'y complaise.

monie d'une période mettent en passant le pied dans le plat comparaisons palpables. selfsame. qui soudain dans 1'har. l'originalité coquettement. ton cou une tour d'ivoire. ton corps se penche comme un fin vaisseau qui plonge ses vergues dans l'eau. qu'une cloison (d'autres exemples foisonnent). trop premier plan. travaillée. de flirter avec Satan. Les angoisses métaphysiques ne sont pas pour le toucher. ta salive remonte à tes dents comme un flot grossi par la fonte des glaciers grondants. de se dire martyr. Baudelaire a des litanies où il détaille les formes de sa reine des adorées. ta tête se balance avec la mollesse d'un jeune éléphant. Un romantique oublié avait dit Ses yeux sont deux corbeaux. toc déconcertant et ravigottant La nuit s'épaississait ainsi. ta chevelure un océan. ta démarche un serpent au bout d'un bâton. Ta peau miroite. savamment voulue.LITTÉRATURE tanerie. en un mot américaines semblet-il palissandre. Il lui suffit de pécher. tes dents . de maudire la chair et d'élever l'encensoir de son rêve vers le grand harmoniste ou d'un Eureka préexistant d'un Séraphitus sorte de panthéisme-papiste Il a le premier trouvé après toutes les hardiesses de romantisme ces comparaisons crues. 1 épiderme de son âme est d'un autre tissu.

infiniment solitaire dans ses élévations. comme de menus oasis comme des déviations de tendresses subtile:. Allure large et harmonieuse. Il est toujours courtois avec le laid. exaspéré. Aimé ne daigne. plaintif. Il se tient bien. extatiques. La strophe sonne appellent sous-harmoniques. respecté il l'exige et considéré comme une exception. C'est l'américanisme appliqué aux comparaisons du Cantique des Cantiques. . compris si possible.MÉLANGES POSTHUMES des brebis suspendues au flanc de l'IIébron. singulier. bizarres et sans raison. semée çà et là de petites crispations minutieux accès colériques. • Il peut être cynique. ces syllabes ce que les compositeurs envolées. et raisonneuses et inexpliquées d'ivrogne. fou. le miaulement nocturne. Jamais il n'a un pli canaille. un faux pli aux expressions dont il se vêt. langoureux. désespéré. etc. Il a trouvé le miaulement. L'orage de sa jeunesse et les soleils marins de ses souvenirs ont dans les brumes des quais de la Seine détendu les cordes ùc viole byzantine incurablement plaintive et afflîftè. Jamais il ne se bat les flancs. jamais il n'insiste. ne charge.

il est spiritualiste. rusé. La source de ses images est le sens du symbd^^ l'allure solennelle. automnal. lui. qui est.LITTÉRATURE Par anti-démocratie. prélat parfumé. Le premier il a rompu avec le public. s'est dit La poésie sera chose d'initiés. jésuite impie. créole. satanique. douillet. le vers qui enchasuble lique en ses plis lamés de mots cassants en té la pensée subtile comme un parfum. L'alexandrin à rimes plates. 7* succube. le premier. Le vers se développe avec indifférence le serpent au' bout d'un bâton. Le Public n'entre pas ici. Il aime le mot charmant appliqué aux choses équivoques. le jeune éléphant qui va cassant des bambous. haine du bourgeois imbécile. se pavane. Ou bien le vers houleux ondule (roulis). onctueux. ou bien joue le flacon de cristal taillé à facettes. • Son style. bien la période du prédicateur.Les poètes s'adressaient au public (répertoire humain). roule (ce mouvement qu'il aimait chez la femme balançant sa jupe). américain. . Le préjugé du sonnet à cause du contemporainage de Gautier. voltairien et bruyant et industriel vénal. Je suis damné pour le public.

l'Eternité. le Silence. tel les élus de souffrance du moyen âge qui voyaient et que la foule brûlait comme sorciers. la Beauté c'est-à-dire Ce 'Qui Ne Change Pas.MÉLANGES POSTHUMES Et d'abord pour éloigner le bourgeois. Parler de l'opium comme si on en faisait son ordinaire. Abuser de parfums introuvables pour le lecteur. courtes. créature éphémère et tourmentée. etc. ou la Parisienne trèsfardée. qui font dire au bourgeois qui vient de lire « Et après ? » On souffre. Aimer une Vénus noire. Tout notre ta- . plaider un point. sans sujet appréciable (comme les autres. Se décrire un intérieur peuplé de succubes. c'est-à-dire. S'envelopper d'allégories d'extra-lucide.) mais vagues et sans raison comme un battement d'éventail. se cuirasser d'un peu de fumisme extérieur. lesquels faisaient un sonnet pour raconter quelque chose poétiquement. Se poser comme méprisé et conspué de lui (par la voix des journaux qu'il enrichit) et de sa femme comme un lépreux. on a la folie de la croix. on s'acharne et d'autre part là haut la' beauté après sa chair quand même qui nous prend en pitié. La Beauté c'est le Sifence éternel. avec ses grandes lignes. nous. Faire des poésies détachées. éphémères et équivoques comme un maquillage.

ou l'espace sur une planète morte. pas assez forts pour un tapage éternel ou pour nous faire au Silence éternel. par le bruit. jusqu'à ce qu'épuisés le Silence nous passe par dessus comme l'océan se referme sur un bouillonnement de navire sombré. ou les siècles sur une épopée comme celle de Napoléon. de discussions. Cet Hélas n'est ni poncif racinien ni une cheville mais d'une subtilité touchante et grande. cette façon de captivantes dire et cela sans périphrase prude. poncive. cette familiarité de martyr entre les plus grands lui faire dire qui peut Les persiennes abris des secrètes luxures et une page plus loin Andromaque. JSt rillant aux carreaux le bric-à-brac confus b . d'orages. c'est pour.je pense à vous et ajouter « veuve d'Hector Hélas (si humainement). Cette noblesse immuable qui annoblit les vulgarités intéressantes. Mais quand nous retombons las. nous l'écoutons restagner de partout et nous sommes plus tristes. d'art. nous faire croire que le Silence n'existe pas.LITTÉRATURE page de passions.

tout en restant aérien Ainsi qu'une sylphide au fond de la coulisse . comparaison française. tu te meus avec agilité » que les initiés détaillent d'une voix métallique sa haine de l'éloquence et des confidences poétiques Le plaisir vaporeux fuira vers l'horizon Ainsi que. aurait fait une lui la fait yankee. Et près d'Andromaque ce vers à l'heure. adjectif.:Gautier. sa façon de dire « machère » dans et morceau solennel qui s'ouvre par « Sois sage. où la voirie Pousse un sombre ouragan dans l'air silencieux et puis Les cocotiers absents de la superbe Afrique Tous ses élèves ont glissé dans le paroxysme. Quoi? Avant lui Hugo. 6 ma Douleur » ses « très.MÉLANGES POSTHUMES Ce confus est d'un maître. épiscopal. etc. Chat. oratoire sans parti-pris. ses et ce vers paysages cassants « Mon esprit. yankee. comme des carabins d'estaminets. dans l'horrible plat. hindou.» devant un Yankee. Baudelaire chat. alchimiste.

noyé en une page Mais jamais blanche. Sa préface porte en titre Ça. des oiseaux chantant soir et matin Ni grand cœur. Cassant. Les clochers ces mâts de la cité (toute cette pièce est si calme si noble !) Hindou. cinglant le vers à la cravache. des jets d'eau pleurant dans des albâtres. (Le vent des côtes de bretagne lui a fait trouver et aimer le verbe plangorer. Strident comme le cri des mouettes et comme elles jamais las.) . Il reste aérien et noble et ne détonne pas dans le contexte si pur de tenue. concis. d'obscénités d'ordures.il l'a cette poésie plus que Leconte de Lisle avec toute son érudition et ses poèmes bourrés et aveuglants. en disant Les tuyaux. ni grand esprit mais quels nerfs plaintifs quelles narines ouvertes à tout quelle voix magique • UNE ÉTUDE SURCorbière.. Des jardins.LITTÉRATURE On voit les fils de fer et les trucs. Bohème de l'océan chantant le matelot breton libre et méprisant les terriens. voyantes de commis. Picaresque et falot (a pris ce prénom Tristan chevalier errant de la Triste figure). Des baisers..

attaché les mains au dos à un mât. qui se désagrégeraient fouet incessant de l'expression mordante et la Sans esthétique. à peine de la littérature. un profil de satyre libidineux et falot. près d'une borne. c'est fait de chic. Tout. Tout ça. qui a bien roulé. replié sur soi ou à Paris ou sur l'eau et très-self aussi comme métier sans que ce métier soit riche. madame. il l'appelle « l'éternel Madame ». ce joli mot des cours d'amour du moyen âge. Les habits bçs ? . Quant à l'éternel féminin. surtout du Corbière. inculte. La femme qui fait des manières En serez-vous un peu moins nue. Deux parties Une où il raconte en vers sans armatures. Une tenue très chic. tout subjectif. je pose. et poigne d'ensemble. A chaque sortie il avertit vous savez me prenez pas au sérieux.MÉLANGES POSTHUMBS L'eau-forte. son feutre à terre. Je vais même vous expliquer comment ça se fabrique. L'autre plus intime. non une esthétique profonde. mais pas de la poésie et pas du vers. trempé par l'averse du large qu'il regarde en face. maigre. ni sans le coup de volutes. non un art mais une manière.

et qui ne la pousse que dans un sens. rimes ni riches ni pauvres. Un léger priapisme de barrière. il n'y a pas un autre Mais toujours le mot net artiste en vers. à l'épreuve de la corde raide. plus dégagé que lui du langage poétique. La femme de Montmartre qui n'a qu'un art: la toilette. Chez les plus forts vous pouvez glanes' des soldes poétiques. souligner son esthétique de pantin à la mode éphémère. ouMétier bête strophes de tout le monde blis. ici pas une chevilles. le tour de main. Il n'indique que le coup de hanche. réels oublis. Vers nuls de la plus basse cuisine « Vous qui ronflez auprès d'une épouse endormie. l'inattention proud'ailleurs rien vant radicalement une incurable indélicatesse d'o- . et ne se permettant sauf la paresse. miracle. insuffisantes et quelconques. images tout est passé au crible. dans les alternances des féminines et des masculines. il ne montre jamais la chair \J il n'y a pas un sein. une gorge dans ses vers encore moins des ventres et des cuisses. éventail. l'air de tête ombrelle.LITTÉRATCRK les exporla fille des congés à Paris Il connu tations sous toutes les latitudes accablées. Sensuel. pantin incassable comme les buses de son corset.

Et là il se prend la tête. mais tremplin à coq-à-l'ànc. par ci par n'ont que onze syllabes. ainsi dans le Sommeil où. mais on pardonne tout devant des plaintes parfaites et immortelles comme Le poète contumace. l'assaille. durant une litanic de cent cinquante vers il le définit. quelquefois. par exemple ces tas d'alexandrins qui sans raison. c'est de la folie à vide. L'assonance imprévue ne lui est pas invite à musique exotique. mettezvous à sa place. une définition par vers. Une lanterne magique montrant sous mille facettes colorées la même lumière qui est au centre à la façon de Hugo. Il n'est pas artiste. Tout passé au crible On peut voir ça dans certaines pièces. • A une influence romantique. mais Hugo tourne comme un cyclone large symphonique à son aise. ici c'est un petit albatros. Il écrit le titre. et cogne contre ce mot. toujours avec point d'exclamation. le mot-sujet.MÉLANGES POSTHUMES reille. en strophes inégales chacune sur une seule et même rime féminine. le sujet. picaresque dans sa jeu- . de jappements brefs. et alors c'est une grêle de définitions. C'est assurément après une de ces parties qu'il a dû se jeter à la mer comme point d'exclamation final. C'est étourdissant.

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nesse; pour le reste dans son volume pas la moindre trace de Parnassien, de Baudelairien. Il a un métier sans intérêt plastique. L'intérêt, l'effet est dans le cinglé, la pointe-sèche, le calemIl est à bour, la fringance, la haché romantique. l'étroit dans le vers il abonde en parenthèses, en monosyllabes pas un vers à détacher comme beau poétiquement rien que curieux de formule. Autrefois la rime et la raison était le difficile alors on mettait le mot original dans le corps du vers, et la rime arrivait comme elle pouvait, banale, et le plus souvent cheville, on passait sur la rime, on tâchait de se tirer de ses rimes, voilà tout. Ensuite, on réagit contre cette école et toute la révolution se porta sur son point faible, la rime. Vous allez voir tout le dictionnaire va passer à la rime et en effet. On fit des vers, en ayant l'œil surtout sur le bout des vers, le reste était oublié. Ce qui fait que les seules idées, les seuls mots personnels, étaient les mots appelés par la rime, il n'y avait d'effet que dans la rime. Corbière lui rime, comme ça prêter et rimer, cousu et décousu, maison et non, jour avec jour deux quatrains d'un sonnet faits avec quatre verbes en sen et quatre substantifs en elle Un autre sonnet sur deux rimes La rime ne lui est les entrelacements de féminines jamais tremplin et de masculines, il les bouscule, par paresse.

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Dans une pièce six masculines viennent après deux féminines puis la pièce reprend son alterné régulier. Souvent ses vers ont une syllabe en trop ou en pas assez. Cependant jamais une pièce tout en féminines ou tout en masculines. Les mots en ion ont tantôt une tantôt deux syllabes, cependant il n'osera jamais faire rimer un singulier avec un pluriel. Rien de rythmes voulus, sauf un sonnet renversé.

Il est trop tiraillé et a trop l'amour de l'ubiquité et des facettes et du papillotant insaisissable et la peur de pouvoir être défini, pour se laisser aller au long vers musical qui a toute sa valeur en soi la moitié de son vers est dans l'intonation, le geste et les grimaces du diseur, et alors il s'ingénie dans son texte à multiplier les lignes de points de suspension, de réticence et d'en allé, les tirets d'arrêt, les virgules, les d'attention et doubles points d'exclamation. Tout lui est tremplin, il vit de tremplins sa logique et son art ont pour devise Au petit bonheur des tremplins d'idées ou de mots. • Son tremplin d'antithèse souvent s'étale ment dans sa fabrication élémentaire naïve-

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Et si par erreur ou par aventure Tu ne me trompais je serais trompé Son épitaphe est bâtie excludéjeuner de jeûne sivement sur ces pointes. D'ailleurs tous ces gongorismes d'antithèse ne sont pas un jeu en l'air il y a des racines. C'est l'homme qui déclare son amour et qui est dépité si on l'écoute, qui fuit la société et se lamente qu'on le laisse seul. L'enfant gâté qui ne sait ce qu'il veut, refuse sa soupe parce qu'on la lui prêche et pleurniche dès qu'on la lui enlève. La lune reste pour lui la lune des vieilles esdes truands noctambules, tampes romantique Tantale évoquant l'absence d'un écu de cent sous. Il n'a pas été empoigné au cœur par les cosmologies modernes, les astres morts, les déserts stellaires sans échos. Il gambille, fait des moulinets, fait le borgne, le lépreux, l'amateur, le feu-follet des mares de Bretagne, narguant tous les octrois de la littérature, tous les douaniers de la critique, il croise le long des côtes, le long des corbières, pour l'amour de l'art. Il a peur des ridicules lyrique, apocalyptique, fatal, poitrinaire, hystérique, lunaire, prudhomme, musical, sentimental, naïf, etc. et se pose un peu partout, rature, dit Lyrique moi ? jamais et en effet le vers suivant est voyou. Il veut être indéfinissable, incatalogable, pas être

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aimé, pas être haï; bref déclassé de toutes les latitudes, de toutes les mœurs, en deçà et au delà des Pyrénées Très réussi commeraté. Très rarement la rime lui fournit l'esprit.. et alors c'est toujours le même moule: un mot poétique à qui l'on donne en rime un mot vulgaire, du pavé \i et c'est le drame de deux mots presque homofi nymes et à mille lieux l'un de l'autre en tant que synonymie, le charme d'être vraiment attiré puis remballé comme une balle coquelicot et calicot, pastille du sérail et ail, paradis et radis, Espagnole et Batignolles. • Il n'y a décidément pas trace de réminiscences dans ces poésies: ni sujets, ni métier. Ce n'est pas de l'originalité de quelqu'un revenu des romantiques et des parnassiens successivement, mais du primesaut à la diable. Il a lu, il le dit, il les nomme on n'en retrouve rien. Dans son poème sur le douanier garde-cote, il le ^déguste cet oiseau de mer avec sa poésie au large, faisant ses cent-pas, pipe, caban gris-bleu, dunes,

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horizons; comme il l'aime, et alors comme il l'admire d'être: Poète trop senti pour être poétique. Ce fut l'art de Corbière. Pas de couchants, pas de poésie de la mer, pas de ciels, pas de spleens pantoumés. Nous sommes tous poétiques, nous avons beau faire, nous montrons toujours un bout du lui n'est pas de chez nous, c'est un panache azur insaisissable et boucané corsaire hardi à la course. Il adore le mot « contumace », on le lui surprend à plusieurs endroits, quand il veut frapper un coup et tout dire d'un mot contumace. vivre par contumace. contumace. poëte contumace. artiste de proie.

Toujours sec, insaisissable, épave, sans cœur de chic. Quand il parle des matelots bien qu'il s'acharne sur leur rude coque comme on n'en fait plus, leur vie de forbans (le vieux d'autrefois qui mangeait de l'anglais), de lupanar, de goëlands, mettant tous les terriens dans le même sac, il devient parfois romance, très-romance, mobile breton. C'est raconté avec une prodigieuse épuration (Bitor), c'est condensé, ça pétille, tout est à prendre, la rime ne compte pas comme rime, on ne la

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sent pas. Il fait de la peine à voir compter ses syllabes, alterner ses distiques par masculines et féminines, scander ses césures. Que n'a-t-il fait cela en prose c'est impossible à chanter, ce texte. • La plus fine, lit plus ténue, la plus pure partie comme art Rondels pour après; de fines mauves pâle filigranées d'ironie sur un ton posthume. Biographie Mais il fut flottant mon berceau. Fait commele nid de l'oiseau Qui couve ses œufs sur la houle, Mon lit d'amour fut un hamac Et pour tantôt j'espère un sac Lesté d'un bon caillou qui roule. • FRAGMENT Mallarmé. le prinspr L'Inconscient cipe, après l'effort, l'apothéose de la conscience artistique parnassienne se consolant dans des protestations bouddhiques, le principe en poésie du bégaiement, de l'en allé. Chez M. Mallarmé, contemporain des Parnassiens à facture raisonnée et du premier engouement de la poésie faisant de la psychologie descriptive et didactique (Sully-Prndhomme, Bonrget), ce n'est pas le

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bégaiement de l'enfant qui a mal, mais le Sage qui ce n'est jamais une divagation d'images divague comme dans le rêve et l'extase inconsciente, c'està-dire de sentiments exprimés avec l'immédiat de l'enfant qui n'a à sa disposition que le répertoire de ses besoins, mais de la divagation raisonneuse. Sa consciente et technique est également raisonnée, l'on voit souvent qu'elle n'est pas de premier jet. Toujours concret, jamais impalpable.

Fragment suit Rimbaud. Rimbaud, fleur hâtive Jamais de strophes, et absolue sans avant ni après. de facture, de rimes. Tout est dans la richesse inouïe du pouvoir de confession, et l'inépuisable imprévu des images toujours adéquates. Dans ce sens il est le seul isomère de Baudelaire. Ce n'est qu'à la troisième lecture qu'on se dit Tiens, mais ce sont des quatrains quelconques, des rimes platement alternées, les rimes ne sont ni riches ni pauvres; nul effet de césures, nulle combinaisons de féminines et de masculines. Le genre somnambule divagation d'un cœur magnétisé par la paresse, l'été, l'ennui, une digestion copieuse. On peut hardiment l'avouer Une poésie n'est pas un sentiment que l'on communique tel que conçu

Il n'y a pas de raison pour que ça finisse. FRAGMENT SUR Huso (La fin de Satan).MÉLANGES POSTHUMES avant la plume. Mallarmé: Hugo se mettant tous les matins à l'orgue au sortir du lit. C'est la strophe. à ce géranium sans nécessité. L'ennui de ces périodiques pavés roulés du Sinaï coutumier. Je me rappelle un mot de M. trois cents cinquante pages de gros tout en vers et cet papier.Avouons le petit bonheur de la et les déviations occasionnées par les trourime. et le vers. disciplinés et aisés. L'orgue continue tant que la partition de la matière visible est ouverte à ses yeux de vivant et tant qu'il y a du vent pour les tuyaux. en gros caractères air. . les tortils de fantaisies techniques des Chansons des rues et des bois. faisant oublier un peu le parasitisme des adjectifs. vailles. de l'humeur de la mise en œuvre de son motif tel le musicien avec ses harmonies qui ont l'air parasites. la symphonie imprévue vient escorter le à motif tout comme un peintre est amené là ce gris perle à propos de bottes. Et à presque tous les tournants de page. comme le grand Bach qui entassa partitions sur . et la rime et les césures de La Légende des Siècles.

parties de la Légende des Siècles). Écoutez un peu parler l'amante Elle dormait. C'est la Bastille. saint Julien. (V. de méditation sensible. la liberté et les divagations humanitaires. 155) Puis la jeune fille Par l'ouverture de ma porte. Ça manque de crispation. Ça va parce que c'est de la prose et que la sienne est encore seule en ce genre. saint Antoine et voyez comme Flaubert est pénible. qui seront immortelles comme l'Art. 8 .LITTÉRATURE 7 de conséquences partitions sans se préoccuper autres. Le Cantique de -Bethphagé suffirait pour sa gloire de poète. (157) S'il savait à quel point. On ne la voit pas femme. (Quelle corvée !) Mais aussi des pièces de restitution (faisant assurément toute la partie intitulée Jésus-Christ. (161) Lisez toute la restitution des jours où se promenait le Christ. de l'aventure de ce dernier. Puis feuilletez les mosaïques patientes de Herodias. C'est tout le temps une frise en défilé de visions dans une atmosphère égale et suffocante d'apothéose.

le Juste. .MÉLANGfco POSTHUME" Mais songez à ces livres mis en vers par un poète équivalent au prosateur Flaubert. On se lassait d'entendre appeler ArisHugo. Ce serait décidément honorablement pauvre. tide.

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point ':i. A ne connaît que les vibrations sonores.CRITIQUE »'ART \j expériences des sensations humaines. par des associations habituelles d'aide mu. comme le nerf acoustique. '< Essentiellement l'œil ne doit connaître que les i vibrations lumineuses..connaissant que là lumiére blanche.>~ tuel et ensuite par hérédité des modifications acquises entre la faculté des organes tactiles et celle de l'organe visuel.'¡ sion et raffinement en a tiré pour la commodité de et de son expérience le sens des contours nets là cette illusion enfantine de la traduction de la réalité vivante et sans plans par le dessin-con-"-'<•* tour et de la perspective dessinée. par conséquent. ne. :-y . et que tandis que l'oreille en général analyse aisément les harmoniques. s'aida des expériences tactiles. C'est parce ~r que l'œil. 8* > s V> .j~ r. comme un prisme . Primitivement lumière ne ue l'œil.f aidé dans ses expériences par la ressource des colo« rations discernantes. Les formes arrêtées ne relè. Alors. après avoir commencé par s'approprie raffiner et systématiser les facultés tactiles a vécu et s'est instruit.'¡ vent pas primitivement de l'œil et l'œil par succes. s'est entretenu dans l'illusion par les siècles d'oeuvres dessinées que son évolution comme organe des vibrations lumineuses s'est si retardée relativement à celle de l'oreille par exemple. avec ses ombres indécomposées. v et est encore dans la couleur une intelligence rudimentaire.. . le sens des formes a passé des doigts dans l'œil.

où l'académique ne voit que la lumière blanche. de riches décompositions prismatiques. dans lequel les êtres se modèlent comme des grisailles colorées. venir primitif en se débarrassant Ljactiles). il voit les réelles lignes vivantes sans forme géométrimais bâties de mille touches que irrégulières qui. réfléchie par les êtres et les choses. l'œil voit synthétiquement et grossièrement seulement la lumière et n'a que de vagues pouvoirs de la décomposer dans les spectacles de la nature malgré ses trois fibrilles de Young qui sont les facettes du prisme. un œil naturel oublie les illusions tactiles et sa commode langue morte le dessin-contour et n'agit que dans sa faculté de sensibilité prismatique. décomposée. en incessantes variations. il faut rededes illusions j. réfractée. Donc un œil naturel (ou radine /puisque. Il arrive à voir la réalité dans l'atmosphère vivante des formes. à l'état épandu. . Telle est cette première de l'œil caractéristique impressionniste.MÉLANGES POSTAUMBS auditif. • L'œil ACADÉMIQUE l'œil IMPRESSIONNISTE. l'impressionniste la voit baignant tout non de morte blancheur. pour cet organe. Dans un DES paysage baigné de lumière. avant d'aller. mais de mille combats vibrants. ET POLYPHONIE COULEURS. Où l'académique ne voit que le dessin extérieur enfermant le modelé.

ceiui qui jusqu'ici a saisi et a rendu les combinaisons de nuances les plus compliquées connues. la formule est sensible surtout dans le où tout est obtenu par et le Pissarro. ni modelé. forêt » des théories de Wagner en concurrence vitale pour la grande voix de la forêt. établissent la vie. ni lumière. Dans cette petite et étroite exposition de chez Guslitt. est la grande vpix l'Incopscient. Ni dessin. ni persces classifications enfanpective. c'est-à-dire uniquement en vibrations colorées. . le tout est une symphonie qui est la vie comme « les voix de la vivante et variante. est dans l'évoEn somme l'œil impressionniste lution humaine l'œil le plus avancé. Où l'académique voit les choses se plaçant à leurs plans respectifs réguliers selon une carcasse réductible à un pur dessin théorique.CRITIQUE d'art de loin. voit et rend la nature telle # L'impressionniste qu'elle est. par les variétés d'états d'air suivant leur plan non immobile mais remuant. comme loi du monde. pour l'impression isolée. il voit la perspective établie par les mille riens de tons et de touches. mille touches menues dansantes en tout sens comme en concurrence vitale des pailles de couleurs Plus de mélodie d'ensemble. Monet. ni clair-obscur. tines tout cela se résout en réalité en vibrations colorées et doit être obtenu sur la toile uniquement par vibrations colorées.

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mélodique, résultante de la symphonie des consciences de races et d'individus. Tel est le principe de l'école du plein-air impressionniste. Et l'œil du maître sera celui qui discernera et rendra les dégradations, les décompositions les plus sensibles, cela sur une simple toile plane. Ce principe a été, non systématiquement, mais par génie appliqué en poésie et dans le roman chez nous.

Fausse éducat:on DE Nos YEUX. Or chacun sait que nous ne voyons pas les couleurs de la palette en elles-mêmes, mais selon les illusions correspondantes à l'éducation que nous ont donnée les tableaux des siècles, et avant tout pour la lumière que peut nous donner la palette. (Comparez photométriquement le soleil le plus éblouissant de Turner à la flamme de la plus triste chandelle.) Le jugement reflexe d'une convention harmonique innée vipour ainsi dire se fait entre la sensation suelle du paysage et la sensation des ressources étalées sur la palette. C'est la langue proportionnelle du peintre, qu'il enrichit proportionnellement à la richesse du développement de sa sensibilité optique. De même pour les grandeurs et la perspective. Oserai-je dire qu'en ce sens la palette du peintre est à la lumière réelle et à ses jeux en cou-

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leur sur les réalités réfléchissantes et réfractantes, ce que la perspective sur une toile plane est à la profondeur et aux plans réels de la réalité dans l'espace^ Ces deux conventions sont les ressources du peintre. • MOBILITÉ UPAYSAGE MOBILITÉ IMPRESSIONS D ET DES DU PEINTRE. Critiques qui codifiez le beau et guidez l'art, voici un peintre qui vient planter son chevalet devant un paysage assez stabfe comme lumière, un etat d'après-midi, par exemple. Supposons qu'au lieu de peindre son paysage en plusieurs séances, il a le bon sens d'en établir la vie de tons en quinze minutes, c'est-à-dire qu'il est impressionniste. Il arrive là avec sa sensibilité d'optique propre. Cette sensibilité est à cette heure, selon les états fatiguants ou ménageants qu'il vient de traverser, éblouie ou en éveil, et ce n'est pas la sensibilité d'un seul organe, mais les trois sensibilités en concurrence vitale des trois fébriles de Young. Dans ces quinze minutes l'éclairage du paysage le ciel vivant, les terrains, les verdures, tout cela dans le réseau immatériel de la riche j atmosphère avec la vie incessamment ondulatoire de ses corpuscules invisibles réfléchissants ou a infiniinent réfractants, l'éclairage du paysage varié, a vécu en un mot, •

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Dans ces quinze minutes, la sensibilité optique du peintre a varié et revarié, a été bouleversée dans son appréciation de la constance proportionnelle et de la relativité des tons du paysage entre eux. Impondérables fusions de tons, contrariétés de perdistractions subordinaceptions, inappréciables, tions et dominations, variations de la puissance de réaction des trois fébriles optiques entre elles et au dehors, combats infinis et infinitésimaux. Un exemple entre des milliards. Je vois tel violet, j'abaisse mes yeux vers ma palette pour l'y comtiré par la biner, mon œil est involontairement blancheur de ma manchette mon œil a changé, mon violet en souffre, etc., etc. De sorte qu'en définitive, même en ne restant que quinze minutes devant un paysage, l'œuvre ne sera jamais l'équivalent de la réalité fugitive, mais le compte-rendu d'une certaine sensibilité optique sans identique à un moment qui ne se reproduira plus identique chez cet individu, sous l'excitation d'un paysage à un moment de sa vie lumineuse qui n'aura plus l'état identique de ce moment. Notez en gros trois périodes d'état devant un paysage l'acuité croissante de la sensibilité optique sous l'excitation de ce spectacle nouveau, le summum d'acuité, puis la décroissance de la fatigue nerveuse. infiniment variable iK la Ajoutez l'atmosphère meilleure galerie où sera exposée cette toile, la

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des tons de cette vie minutieuse et quotidienne Et enfin pour les toile s'usant et se combattant. spectateurs autant de sensibilités sans identique et chez chacun d'eux l'infini des moments uniques des sensibilités. L'objet et le sujet sont donc irrémédiablement mouvants, insaisissables et insaisissants. Les éclairs d'identité entre le sujet et l'objet, c'est le propre du génie. Chercher à codifier les éclairs est une plaisanterie d'école.

ET DU DOUBLEILLUSION BEAUABSOLU DE L'HOMME HUMAINS. La CLAVIERS ABSOLU. INNOMBRABLES sur ces vieille esthétique a radoté alternativement l'homme le Beau absolu, objectifdeux illusions absolu, subjectif, le Goût. On a aujourd'hui un sentiment plus exact de la Vie en nous et hors de nous. moment dans le Chaque homme est selon son temps, son milieu de race et de condition sociale, un certain son moment d'évolution individuelle, clavier sur lequel le monde extérieur joue d'une certaine façon. Mon clavier est perpétuellement changeant et il n'y en a pas un autre identique au

*? mien. Tous les claviers sont légitimes. De même, le monde extérieur est une symphonie | changeante (la loi de Feschner,| perpétuellement i

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la perception des différences décroissant en raison inverse des intensités). Les arts optiques relèvent de l'œil et uniquement de l'œil. Il n'y a pas au monde deux yeux identiques comme organe et comme faculté. Tous nos organes sont en concurrence vitale chez le peintre l'œil domine, chez le musicien l'oreille, chez le métaphysicien certaine faculté, etc. L'oeil le plus digne d'admiration est celui qui est allé le plus loin dans l'évolution de cet organe, et par conséquent la peinture la plus admirable sera, non pas celle où il y aura ces chimères d'écoles « la beauté hellénique », « le coloris vénitien », « la pensée de Cornélius », etc., mais bien celle qui révèlera cet œil par le raffiné de ses nuances ou le compliqué de ses lignes. L'état le plus favorable à la liberté de cette évolution est la suppression des écoles, des jurés, des médailles, ces meubles enfantins, du patronage de l'État, du parasitisme des critiques d'art sans œil le dilettantisme nihiliste, l'anarchie ouverte à toutes les influences, telle qu'elle règne parmi les artistes français en ce moment « Laissez faire, laissez passer ». Au-dessus de l'humanité, la Loi suit son développement réflexe et l'Inconscient souffle où il veut.

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DÉFINITIONDU PLEIN-AIR.-Le plein-air, formule qui servit d'abord et surtout aux paysagistes de l'école de Barbizon (village près de la forêt de Fontainebleau), ne signifie pas cela. Ce plein-air des paysail commande leur peinture gistes impressionnistes, entière et signifie la peinture des êtres ou des choses dans leur atmosphère paysage, salons à la bougie ou simples intérieurs, rues, coulisses éclairées au gaz, usines, halles, hôpitaux, etc.

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DES EXPLICATION APPARENTES EXAGÉRATIONS impresSIONNISTES. L'oeil commun du public et de la critique non artiste, élevé à voir la réalité dans des harmonies établies et fixées par la foule de ses peintres médiocres comme œil, cet œil n'a aucun droit contre ces yeux aigus d'artistes qui, plus sensibles aux variations lumineuses en noteront naturellement sur leur toile des nuances, des rapports de nuances rares, imprévus, inconnus qui feront crier les aveugles à l'excentricité voulue, et même dût-on faire la part de l'incohérence d'un œil nasi l'on veut, exaspéré turellement, volontairement dans la hàte de ces œuvres d'impressions notées dans la toute première ivresse sensorielle d'une réalité déjà choisie rare et imprévue, tout cela, la langue de la palette par rapport à la réalité étant
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une langue sonnements

conventionnelle et susceptible d'assainouveaux, tout cela n'est-il pas plus artiste, plus vivant et par conséquent plus fécond pour l'avenir que les tristes et immuables recettes des coloris académiques ?

PROGRAMME ES PEINTRESFUTURS. Le groupe D de peintres, les plus vivants, les plus audacieux qu'on ait jamais vus, et les plus sincères (ils vivent dans les risées ou l'indifférence, c'est-à-dire presque dans la misère), avec la voix d'une certaine presse en minorité, demande que l'Etat cesse de s'occuper de l'art, qu'on vende l'École de Rome (villa Médicis), qu'on ferme l'Institut, qu'il n'y ait plus de médaille ou autre récompense, que les artistes vivent dans l'anarchie, qui est la vie, qui est chacun laissé à ses propres forces et non annihilé ou entravé par l'enseignement académique vivant du passé. Plus de beau officiel, le public sans guide apprendra à voir par lui-même et ira naturellement aux peintres qui l'intéressent d'une façon moderne, vivante, et non grecque ou renaissance. Pas plus de salons officiels et de médailles qu'il n'y en a pour les littérateurs. De même que ceux-ci travaillent par eux-mêmes et cherchent à placer leur œuvre aux vitrines des éditeurs, de même ils travailleront

Un paysage vert soleil. Cette mode a eu son contre-coup dans les salons olliciels. comme une femme sait mieux que personne quelles nuances d'étoffes et quelles poudres. et quelles tentures de boudoir feront valoir son teint. l'expression de son visage. mais n'y a produit que nouveautés bourgeoises. blancs. genre peluche et autres. LES CADRES RAPPORT EN avec l'œuvre. jaune jonquille. Nous avons vu des cadres plats. Ce s<ra leur salon. verts. Les exont substitué la variété positions d'indépendants et raffinée des cadres de fantaisie au intelligente perpétuel cadre doré à moulures faisant partie du magasin des poncifs académiques. rose-pâle.CRITIQUE D'ART à leur goût et chercheront à placer aux vitrines des marchands de tableaux. un intérieur papillotant de lustres et de toilettes exigent des cadres différents que leurs auteurs respectifs sauront seuls confectionner. ses manières. une page blonde d'hiver. d'autres bariolés à outrance de mille tons et de mille façons. .

si congénères des nôtres ne sont-ils pas aussi intéressants que les têtes des Niobides ? . » Non. Le nu est-il toute la sculpture ? Et cela étant. le nu d'une grisette déformée par le métier ou le nu grêle d'un Donatello. nu. tuer le roman en répondant à Cherbudu jour où l'on cesse d'aller à demiliez.MÉLANGES POSTHUMES NOTES' D'ESTHÉTIQUE « Le règne de la LA STATUAIRE immortelle. etc. dit M. nos artistes ne sont pas plus près d'épuiser les combinaisons de tons et de lignes que Wagner les combinaisons harmoniques. Renan avec ce dilettanstatuaire est fini tisme olympien qui le fait juger de tout d'un mot charmant. n'est-il pas aussi intéressant que celui de la Diane chasseresse ? Et l'habillé moderne n'est-il pas transportant de promesses en art et en sculpture ? Et les bustes des Césars de la décadence (voir Taine).

Baudelaire à fouiller sa langue. Berthelot à chercher. terre cuite. etc..CRITIQUE D'ART Polychromie. Un Ethiopien ou un Peau-Rouge taillé dans un carrare immaculé. Darwin tion naturelle. comme la faire et la refaire jusqu'à épuisement. à constater la sélecHugo à être énorme. cendante qui pousse Beethoven à chanter.. etc. bouquet. Certainement vous êtes autorisés à ne pas tenir compte de la monochromie quelconque de la matière employée. tout comme un couchant incendié. autant je mets au-dessus d'un l'atmosphère. si on la déchire. . les cheveux et la parure. • La force transFureur génésique DE L'ART. dans la monochromie d'une gravure. ce buste. des lèvres rouges ou exsangues. marbre. en cire par exemple. bronze. Mais de même qu'au-dessus d'une scène reproduite en gravure je mets cette même scène reproduite avec toute sa vie de tons et de valeurs dans etc. Gœthe à deviner les fleurs. un ours en terre cuite rouge raison d'être et leur ont leur conventionnelle un agrément. buste en marbre ou en bronze. avec les yeux bleus ou noirs. une nymphe pâle coulée en bronze vert-de-gris. la même qui Cuvier à reconstituer des fossiles pousse l'araignée à faire sa toile et. Delacroix à chercher des tons. et celle qui pousse Pasteur.

mais même la science. céleste mille fois au contraire. il y a l'instinct et la réflexion.MÉLANGES POSTHUMES l'amour. l'amour de la patrie la loi l'amour de la concurrence vitale. inconscience inspiratrice.) C'est ne pas comprendre le mot instinct. Selon Renan. Et ces deux catégories ne sont pas plus successives que celles des états successifs de l'humanité selon Auguste Comte pas plus que la médecine ne tuera la sociologie. la fureur L'INCONSCIENTN ART. mental ou de l'œil. la charité et le dévouement pas plus que l'astronomie exacte. Non seulement l'art n'est pas en voie de tomber dans la stérile et froide catégorie de la réflexion. le sentiment du sol. Dans l'art il y aura toujours. l'art. comme toujours il y eut. l'éréthisme génésique d'art. ce E produit spontané des premiers âges humains. divinatoire et conscience ou science. tombera peu comme tout le reste de la catégorie de l'instinct dans la catégorie de la réflexion. l'Inconscient et le . Dans la science comme dans toutes les voies humaines vers l'Idéal. la science la plus expérimentale n'y est et n'y sera. mathématiciens. instinct etréflexion. l'infini et la géologie. perdant leur faculté instinctive dès qu'on leur apprend les mathématiques. (Ces enfants prodiges.

l'inspiration chez le poète. Le génie aussi réflexe chez l'artiste de sentiment que chez le bon vieux mot. l'Inconsexemple n'a eu rien cient Cette confusion de M.CRITIQUE D'ART savoir. Si vous croyez que Claude Bernard par à voir avec l'instinct. le savant à part et au-dessus du des l'aristocrate n'est que son « terreau » qui comme si ces distinctions répontemps futurs est daient à rien de divin. et glacer les velléités pour l'avenir. Renan vient de sa marotte reste la Science. M. Renan voit autour de lui la mort de la poésie et de l'art. Il y a l'être qui sait. homme de la Renaissance Léonard de Vinci. Lucrèce? de l'Inconscient. chez le mél'Immortel Inconscient le nihiliste russe (apôtre taphysicien. Le premier MM. le musi- . parce que nul artiste ou poète contemla marque du génie. songeant à la foule des génies il voit la science submerger passés en ces genres. chez le savant l'hypoilluminé. L'hypothèse sacrée. Et celui-là c'est aussi bien aujourd'hui chercheurs de tons rares. mère féconde de tout déterminisme. thèse. chez l'artiste. etc. ne fut-il pas un artiste. Tourgueneff). comme autrefois ces fils sacrés Héraclite. Berthelot. inspiral'homme de science c'est tion chez l'artiste comme chez le chimiste. porain ne lui semble porter ou que du moins. que les impressionnistes Marcel Deprez. le mystique. qui en avant.

ce dehors.MÉLANGES POSTHUMES L'instinct est en cien. Il y a des façons de porter ce costume quel qu'il soit. on peut l'ôter en un tour de main ». « Il est LE vêtement. l'intéressant de mes personnages (V. autant que votre dedans. le geste. Et après ? c'est un dehors. On peut l'ôter en un tour de main ? Où prenez-vous le tour de main ? Je vois des gens habillés avec d'infinies nuances selon le rang. l'occupation. psychologue. Italie. le caractère individuel. des cheveux. sur le pantalon et le corset). le soin des ongles et des pieds. La toilette qu'on ôte en un tour de main est aussi précieuse que celle qu'on se greffe. Taine Esthétique clair que l'habit à la mode est un caractère fort seil change tous les deux ans ou tout au condaire moins tous les dix ans. c'est un dehors et un décor. l'heure. c'est la physionomie. Puis. toutes les modes se valant. mène l'univers. les manières. l'éclair tout et partout. la toilette de la peau. la coupe de la barbe. le beau. aspirant par nos milliers de coeurs aspirants. c'est lui qui. la pose. Je ne vois que des gens habillés. Taine. Il en est de même du vêtement pris en général. ce dehors m'importe à moi. la toilette du geste. toujours l'éclair. ce décor (même en notre temps submergé. peintre. . paralysé par la confection. l'allure sont une toilette aussi.

c'est-à-dire chercheur pour l'évolution. 9* .CRITIQUE D'ABT Une bonne aquarelle d'Eugène Lami. les Halles centrales? Les puissances de souveraines de la nature nous ordonnent-elles préférer un paysage stable du Poussin ou d'Aligny ou de Troyon à une impression qui a duré dix minutes dans le temps éternel par Claude Monet ? Le c'est-à-dire??. à Pindare ?). Se hausser jusqu'au génie fatal ou être intéressant comme la et imperturbable mode. être éphémère. cœur humain à œil d'arou toute tiste. Pas de milieu. un salon de Nittis. le soleil est-il pour moi. que chose en architecture Notre-Dame. autant qu'une fête de Véronèse autre œuvre où il y a plus souci du corps hustables. un sonnet de Baudelaire sont inférieurs à Virgile. plus intéressant que le regard femme aimée ? (Et appliquée à la de l'éternelle poésie. un bar de Manet. Eh bien non que devient votre idéal devant les merveilles des arts chinois et japonais ? devant des tapis persans ? Répond-il à queldevant le Parthénon. Le premier objet de l'univers. tous les Hollandais. raines de la nature s'expriment par les chefs-d'œuvre de l'art ». une rêverie de Shelley. m'intéressent autant. moi. » main dans ses « caractères « Les puissances souveVariété DE L'IDÉAL. (Taine). plus beau ciel sera le plus stable.

l'amour de l'humanité » avec un riche tapis. » Eh bien. Messaline. être anti-social. vibrion. en art. même la pièce de cent florins de Rembrandt? « L'œuvre qui exprime un caractère bienfaisant est supérieure à l'œuvre qui exprime un caractère malfaisant. est-elle au plus bas degré d'art? Et Néron. sans espoir ni contrastes philosophiques. est Ensuite . un impassible ravagé comme Leconte de Lisle. une créature en toilette éphémère m'intéresse plus qu'un modèle nu sculptural. C'est tout un. le siècle de Périclès. créature incomplète et éphémère. non. l'art japonais. un vitrail. humain. un éphémère m'intéresse jplus qu'un héros absolu. la Léda du Corrège. La morale n'a rien à voir avec l'art pur pas plus qu'avec l'amour pur. un corrompu nostalgique se débattant dans le fini. les gladiateurs de Rome. homme habillé. microbe monstrueux.MÉLANGES POSTHUMES qu'a à voir <t le caractère bienfaisant par excellence. avait raison de dire qualis artifex En art il s'agit d'être intéressant. est-ce moins intéressant en art qu'une civilisation équilibrée. Je prends même l'antipode de votre caractère bienfaisant la mort en elle-même. Pour moi. pereo Les coulisses de l'Opéra sont plus artistes que tous les phalanstères rêvés par Fourier. c'est égal. Une vieille civilisation décadente. l'humanité de Balzac. de même que moi.? Moi créature éphémère.

Les êtres comme les civilisations hypertrophiés sont plus intéressants que les êtres. Dieu en est témoin. les autres des châtrés. . ni Socrate.CRITIQUE D'ART est plus mon frère plus intéressant que Tiberge et tous les Desgenais. Les uns sont des hypertro. Il s'agit de n'être pas médiocre. non en art. le degré de bienfaisance est un critérium en morale. ni Marc-Aurèle. cristallisées en légendes. la santé intacte ». « Le corps florissant.\j phiés. Oui. les civilisations équilibrés. de Pourquoi voulez-vous que le jeune iwpiSoryoç Praxitèle m'intéresse plus que le moine en bois d'Alonzo Cano ou telle statue douloureuse du xi" siècle. ou telle monstrueusement hypertrophiée mosaïque byzantine de Saint-Marc. je 'oudrais bien connaître leur vie quotidienne. et que cela s'accommode parfaitement avec la concurrence vitale et la sélection naturelle. équilibré. de Shakespeare à Michel-Ange. parce que jamais. ou la Bethsabé de Rembrandt. -ni Bouddha. et que tous ceux qu'on nous cite dans l'antiquité sont des créatures comme nous. l'artiste étant un solitaire. un hypertrophié. où le prenez-vous ? Vous êtes en train de voir que la créature va hardiment à être purement cérébrale. anti-naturelle. Il faut être un nouveau. la pauvre humanité n'a produit un héros pur. ou une danseuse déjetée par les jetés de Degas ? « Le type naturel ».

le tout coloré d'admiration pour « l'animal humain ». Votre tort est de chercher par des voies morales. spiritualistes. dictatoriale. « corps parfait et âme parfaite ». et son dilettantisme. Après tous ces vivants tableaux d'époque et ces milieux et son esthétique historique. Le tort de Taine est de dire qu'en dehors du nu équilibré. de la modestie et de l'éloquence simple et systématique et désintéressée. Tout m'intéresse. Et abou- . quand le laid va jusqu'au génie. d'harmonie quoique par des chemins plus vivants et plus modernes. Mais cela ne nous regarde pas. Pas du tout. Où t r. avec tout le luxe des ressources d'érudition vivante et d'histoire naturelle.MÉLANGES POSTHUMES La civilisation nous détraque. l'autorité de la lucidité. le beau c'est la santé». il y infériorité. et les pantins japonais ni corps ni âme. littéraires. contre nature. laissez le faire et brodons nos arts sur ses étapes. Taine en revient au despotique idéal des spiritualistes. l'idéal plastique. c'est littéraire plutôt que plastique. ou. Taine «En résumé. car je m'incline pieusement devant l'Inconscient. N prenez-vous la santé ? Apprenez que l'Inconscient ne connaît pas la maladie. le corps sans âme païen. soit. L'Inconscient souffle où il veut et comme il veut. et le détraquement corps et âme d'aujourd'hui. plus d'équilibre. M. l'âme sans corps du moyen âge.

Prudhon. tout cela sculpture et la hiérarchie des genres est une légende d'esprits médiocres et perpétués l'autorité des médiocres. sans génie (génie. Les Ombriens manifestent aussi le caractère d'une race. Un ivoire japonais. Taine admire les petits Hollandais parce que ce sont des bourgeois contents de vivre. Eh bien. la Bethsabé de Rembrandt. Les médiocres ont par tissant . morale. ces petits Hollandais ont fait de la peinture littéraire de bourgeois médiocres.CRITIQUE D'ART au même résultat que Winkelmann l'anvous trouvez que c'est l'athlète de la vie tique grecque. Delacroix. un pied-bot de Velasquez. ? philosophie (systèmes). en admirant les petits Flamands « pour leur art de i manifester l'essentiel d'une race et d'un siècle ». point excentriques. en dehors de tout attrait archéologique. mais avec un génie douloureux comme Rembrandt. Dante. dans vos appréciations des éléments littéraires. Balzac. ou de rareté. d'une époque. peinture. une orfèvrerie de Cellini. M. C'est vous qui faites entrer littéraire. En outre. poésie. Le Beau idéal et les œuvres belles en littérature. un nocturne de Whistler donnent un plaisir artistique à mon œil. élu de l'Inconscient). comme Shakespeare. un tapis persan. point hypertrophiés. Cherchez-le au contraire par les voies du plaisir de l'œil et on arrive à voir qu'il n'est pas d'idéal absolu mais relatif. de l'origine desquels il n'y a pas à douter.

Il y a une heure de nos quinze ans d'où dépenComment . solution des choses). s'est passée notre puberté (corps et imagination). chaque sensibilité extraordinaire a son mirage personnel de l'univers. Par là devra être expliqué le sortilège de toute la variété des oeuvres d'art. Cela s'applique au philosophe (principe. châtré De la peinture sans spasme moi de l'amour platonique. • SPASME l'œil. un amour non localisé. etc. au musicien (symphoniste ou mélodiste.). • Mirage PERSONNEL l'univers. Cette esthétique ne sort pas du monde classique. à l'artiste optique (un certain sentiment et une certaine excitabilité devant la couleur et les formes des choses et des êtres). tout vient de là. Et d'abord et pour tous. de l'âme classique. c'est pour céladonique.MÉLANGES POSTHUMES toujours fait autorité car tout État. tout est là. essence. DE de l'œil. aux conservateurs. DE Selon la formule de Bourget. optimisme ou pessimisme. a toujours donné l'autorité aux médiocres. au poète (telle ou telle habitude de rêves). étant par intérêt conservateur.

pas aussi connu. c'est comme consolation au pessimisme de cette philosophie ne voyant que la nécessité. Tout l'Orient est laissé de côté (il n'est. EXCLUSIVISME. avec un Dieu personnel. élixir dernier de ce siècle épique et qu'ignorent M. Nul compte non plus des prodigieuses débauches de la rêverie mo. comme Kant a rebâti sur sa table rase avec cette dernière lueur consolante l'impératif catégorique. Soit. de ce que je trouve des consolations infinies dans V Imitation. notre mirage personnel de l'univers. je me reconstruisais avec cela toute une foi chrétienne.C'est comme si moi. il est vrai. c'est l'antiquité classique et l'Europe classique. trop débiles pour être criminels. que M. émancipé des religions. La rêverie artiste de ces quelques poètes trop chats. et dans la monstruosité de notre décadence.V Y derne. Taine s'accroche à l'équilibre et à la parfaite santé hellénique. qui ne sont . Comme le fait remarquer finement Bourget. Mais ici la chose a les allures les plus dogmatiques. Taine et tous nos savants et honorés et honorables professeurs d'une honnête sensibilité. aussi commode que le monde classique). Taine Tout cela est dans un monde trop étroit.CRITIQUE D'ART dra notre caractère.

sens central. • L'ARTEST TOUTE vie. Bienfaisance de caracLA tère La bienfaisance a-t-elle à voir avec l'art ? N'est-il pas singulier de rappeler à M.MÉLANGES POSTHUMES ni peintres. ni de société. Taine trouve plus instructif qu'un volume métaphysique sur la substance du moi). Pas plus que le principe bienfaisant de cette dernière peut-être la loi physiologique qui fait que le soleil est la nuit et la nuit 'a mort. ne répond à rien quand il s'agit d'œuvres colorées. bon en sculpture. mais dont le cerveau. sorte d'agglomération des cinq sens. le Philosophe de Rembrandt. Anarnourris dans l'école critique chistes. ni musiciens. ni sculpteurs. nous attriste par la même . que. jouit comme l'œil. nihilistes mais qui en sont sortis et se sont rejetés dans la vie les seuls êtres qui ne reconnaissent plus aucune discipline ni de conscience ni de santé. le nerf olfactif. le palais. par conséquent. Ce principe de santé. l'oreille les plus raffinés. le doigt. de bienfaisance. au Louvre. Taine que tout était nécessaire ? Peut-être a-t-il conçu cet idéal de santé à l'époque où il annotait pour son livre l'Intelligence ces prodigieuses et sinistres confessions d'un névropathe sur cérébro-cardiaque la formation de l'idée du moi (ce petit récit que M.

qu'une parisienne d'un pastel de Nittis. la correction de l'homme. humain. a apporté le procédé de l'huile en Italie comme il a changé du jour où Manet a été accouché par les albums japonais comme il changera du jour où une association de chimistes artistes refera notre palette. cette beauté de l'être en toilette. Le dandysme. Byron ou Lamartine. M. il y a la . aussi naturel que le nu grec? Je dirai donc que notre esthétique est étroite. ce qui n'est pas toute l'humanité (il n'y a pas de type. cela avec nos visages si expressifs. et. au-dessus. Michel-Ange. Et bien non. la Junon de la villa Ludovici. le chef-d'œuvre de la floraison hellénique n'est ni plus ni moins éphémère devant la vie et l'Inconscient que le héros de noblesse morale et de perfection physique d'une estampe de Deveria.CRITIQUE D'ART loi que le crépuscule attriste les troupeaux qui rentrent ne répondrait à rien en statuaire ni en musique. mais il a changé de principe et de monde du jour où Antonello de Messine. ne se meut que dans le monde classique. Raphaël. le moment le plus pur de la floraison hellénique. l'art de la femme. L'art a pu être parfait à l'époque hellénique. Taine le dit lui-même. n'est-il pas aussi aussi solide. les véritables sont Vinci. L'Antinoüs n'est pas plus beau que le duc de Morny. aussi intéressant. en art. avec ce principe.

le déclin avec ses exagérations . l'architecture Taine a le tort de l'aller chercher par musique. classique.MÉLANGES POSTHUMES vie). élémentaire. Tandis qu'il est si naturel /de dire: le monde des arts humains depuis les premiers jours jusqu'aux nôtres et aussi merveilleusement touffu et inextricable que la vie elle-même et votre idéal y est bien vite magnifiquement submergé. la beauté des organisations morales. Un peu plus de piété. Ce principe de qui devront relever la poésie humaine depuis les temps les plus reculés jusqu'à 1884. la fantaisie. « où la noblesse morale achève la perfection physique ». colorée ou non. comme . abstraites des voies plus littéraires qu'optiques.des écoles et des maîtres. la beauté des corps. tous éléments purement arbihumain traires) à former un idéal d'équilibre qui ne tient pas debout. la statuaire colorée ou non. et d'après lequel on classe l'enfance avec ses insuffisances. la floraison avec son équilibre. le paysage.ance et sa bienfaisance des caractères stables. momentané. import. il redevient dans cette investigaet arrive (par son tion platonicien. la céramique. le nu grec. arbitraire. l'âme parfaite d'Aristote et par sa convergence d'effets. la peinture. les tissus. la la nature morte. oubliant son malgré leur couleur expérimentale réel œil d'artiste. c'est toute la vie. L'art n'est point un devoir j de rhétorique d'écolier. éphémère.

de goûter les œuvres contemporaines et du passé que d'une façon infiniment éphémère. la Junon de la villa Ludovici ou Mademoiselle de Lespinasse. mais telle grisette de Paris. Encore une fois un tapis est une œuvre. son regard moderne. sa coiffure.. la Joconde. la Muse de Cortone. etc.l'amour est tous les amours. M. sa toilette. un de Rembrandt ou de griffonnage Degas sont des œuvres. à sa lumière. et cela avec son allure d'aujourd'hui. Et s'il nous est permis. Littérairement. nous pouvons être amoureux sincèrement d'un type de femme du passé. tréfond de nos gloter. en créatures. la jeune fille d'Ornous fera seule sanphée de Gustave Moreau. Taine pose « un principe qui assigne à chaque œuvre un rang dans l'échelle ». Vous voyez qu'il n'y a plus qu'à tirer l'échelle. il ne faut pas espérer de juger. Mademoiselle Aïssé. avec des goûts d'historien. parce qu'elles sont les sœurs immédiates de notre éphémère. Diane chasseresse. telle tête de Burne Jones. une partie de notes est une œuvre. de hasarder quelques vues d'ensemble. femme de Néron. l'Antiope. telle parisienne de Nittis. telle jeune fille de salon. ou Poppée. d'antiquaire. où au lieu de chercher Esthétique classique . et il faut s'en remettre à l'Inconscient dont l'évolution va et se fiche des digues de nos classifications. Marie la Sanguinaire. nous remuera jusqu'au entrailles.

MÉLANGES POSTHUMES son idéal par les voies de l'a posteriori. sympathiques thiques. le nu. M. à son insu.dernière Bas. l'air. d'où à ne mettre la Renaissance au second rang que sa peinture est encore de la statuaire. la physiologie des masses transparentes. Taine conclut: « . Comme l'a fait remarquer Paul Bourget dans sa théorie de la décadence. toute la peinture d'aujourd'hui et de l'avenir outre la perspective linéaire et colorée. du levant au couchant d'une journée. preuve de la dépendance qui attache l'originalité individuelle à la vie sociale et proportionne les facultés inventives de l'artiste aux énergies actives de la nation ». et auquel on peut aisément trouver des démentis. les richesses infinies de la perspective atmosphérique. ondulaperpétuellement avec sa vie prodigieuse de toires. à réflexion ou réfraction. de l'expérience. Encore un idéal. A propos de la décadence de l'art dans les PaysM. Taine l'a cherché imbu de l'idéal grec a priori. un critérium fort arbitraire. à propos de Baudelaire « Si les citoyens d'une décadence sont inférieurs comme . et les milliers d'accidents combinés de la direction de la lumière. de l'atmosphère ou antipacorpuscules disséminés. parce que Mais la peinture ? Qu'en fait-il ? N'a-t-elle pas voix au chapitre ? Et avec elle ce qu'ignore la statuaire et qui est cependant toute l'optique. De là il a été conduit à ne voir guère l'art que dans la statuaire.

Foi sublime. son cœur) adressons-nous au cœur égyptien. aimaient la beauté. pyramides. la parure. n'étaient pas à l'étroit . Faire au point Réflexions SUR L'ARTÉgyptien. hypogées et labyrinthes. sa foi (c'est-à-dire. cheveux dorés. le ciel bleu. répondra-t-on. qui ne connaissaient les pas le Christ. Le principe était le cauchemar unique de la mort alors dans cette vie. le besoin fou de la conjurer embaumecette lutte sublime contre la mort ment. de même que les femmes stériles sont les plus belles. de même que Kant et Newton étaient impuissants. de décadence. destinés à cacher les momies. sa religion. ne sont-ils pas de très supérieurs comme artistes de l'intérieur l'âme ? S'ils sont malhabiles à l'action privée ou publique. musées. si triste et si touchant. de vue humain une étude sur l'àme de l'art égyptien dans toutes ses manifestations. cauchemar comme celui du moyen âge. Mais on sait que cela ne répond à rien au point de vue d'une échelle de beauté. mais artistes Artistes fort curieux. mais dans un pays et des temps plus lents.CRITIQUE D'ART ouvriers de la grandeur d'un pays. A la lumière de ce qui est tout pour un peuple. n'est-ce point qu'ils sont trop habiles à la pensée solitaire ? » Cela est certain.

Ah ceux qui ont eu le cauchemar de la mort le pauvre fellah. C'est le même filon oriental. mais au sens réel. et pour toujours alors. ma chair. payé comptant en bonne espèce humaine pour se réveiller dans mille ans avec ma belle figure. mais plus énervé.MBLANGES POSTHUMES comme l'Europe et se mouvaient par périodes lentes et par dynasties vastes comme le désert. bijoux). qui traîne des pierres dans cette vie éphémère pour gagner l'éternité. criant. non selon l'image dilettante de M. Et bien l'art n'eut qu'un but tirer des exemplaires du défunt aussi vivant que possible pour décupler les preuves qu'il exista et qu'il est par sauvé. travaille dans cette vie et se reposera dans l'autre. qui chante trois comprendront notes. le plus trompc-l'œil (polyde là la chromie. plus habitué par des générations de sous le mancenillier farniente polyforme (voir Flaubert Saint-Antoine). lui donner le change. Plus il y a d'exemplaires. lui. palpable. mes cheveux. Le fellah. ma voix. qui sait ? pour détourner conséquent peut-être sur ces mannequins les coups jaloux du génie de la pourriture. Renan (la pierre de la pyramide consciente dans les Dialogues philosophiques). mes mains. et. plus ii y a de chances folie des rois. . lutte en sens contraire. Bouddha croit aussi aux résurrections mais les redoute et y coupe court par le nirvânah.

pauvres pédants du xixe siècle. sommaires et vivantes. Ils avaient vu la mort pour l'art leur royauté. Ils avaient de bien autres sées préoccupations que de faire du réalisme et de l'art toute leur vie. les animaux). . Oui le trompe-l'œil de l'être qui fut organisé et la rigidité de la mort (jambes ou bras collés. que pour l'immortalité d'un fauteuil à l'Institut et non pour la résurrection personnelle de la créature ou même celle de l'art égyptien Oui. (d'autres parties voulues vivantes. avec les siècles de latitude que cet art eut pour se perfectionner. leur naissance. comme c'est modelé voyez ces études de genoux dans la Ve dynastie.CRITIQUE D'ART de l'art égyptien n'ont qu'une idée. Voilà dans quelle foi il faut chercher la source de ce hiératisme qui n'est pas inhabileté technique en contradiction avec le vivant. Voyez comme ils sont réalistes. avec le reste de sa civilisation. Quelle vie Ces artistes sont aussi forts que vous mais ils y mettaient du style et ces œuvres n'ont pas été dépasLaissez donc. vous. défendre ces œuvres du reproche d'hiératisme. hiératiques et réalistes. 0 Les admirateurs pions dilettantes qui ne travaillez. leur civilisation tourne autour de ce puits effarant. poses simples ou stéréotypées) tout cela confirme cette idée des exemplaires à tirer du défunt pour dépister la Destruction de nos touchantes personnalités. leur enfance.

six mille ans de civilisation à son apogée. « La vie est une préparation à la mort. souriante. qui rêve. malgré les excuses de ce badaud d'Hérodote.MÉLANGES POSTHUMES C'est dans ce voulu de cadavre et non dans l'inhabileté commune à tous les primitifs. qui est familiale. la phrase de Platon n'est pas en l'air et vient de bonne source. et dès lors elle vit pour -. évolue ainsi dans le calme de ses dynasties en famille. qui a une personnalité de facture ou d'imagination. sage.) ne dure jamais plus de trois siècles. . fond du cœur du fellah et de la fellahine moderne. ombriens.ivre et non pour préparer sa tombe inviolable. a cet air en enfance. se distrait. comme cela se fait instinctivement ailleurs. a des arts. etc. a quelque chose à dire. Mais elle a autrement vu la mort. La mort a tout glacé. tandis qu'ici nous avons à faire à des cinq. qui qui signerait. qui crée. Le caractère intime et quotidien. Le sculpteur (en même temps scribe et décorateur) est un fonctionnaire sacerdotal et non un artiste. » Il est une race qui. patriarcale. comme celle-ci est enfermée chez elle dès la plus lointaine antiquité. inhabileté qui chez ceux-ci (flamands. par périodes monotones et vastes. de génie ou non. qui ferait mieux que le voisin. C'est la Chine. Oui.

Les deux et le sont les mêmes. le premier venu. du tout pavé comme les marbres d'autour: Mercié. Mais le Chinois est gai comme des oiseaux dans des volières de bambou. et la puissance d'attache des sans fini harmonieux son goncuisses. alcôve de ramollis. éphèbes prostitués ÎO . Les dynasties coulent le même moule de temps. perruqués. et la cuisse droite tendue. un nu quelconque.D'ART CRITIQUE L'art égyptien est de l'art chinois. mangeur de sauterelles. Camon. en Et l'Egyptien s'attelle aux blocs des cataractes sur trois notes. décents. -Le modèle italien tout dans le sens du nu pas une nuance d'intention Un saint Jean de Leroux. satinés. et la poitrine de fonderie. mais arrêté cœurs dès l'enfance et glacé par la mort. sale. grasillant ses mélopées LE saixt JEANDE Robin. muscle à muscle. discrète en reflets. virgiliens de Bréda. bougie. console honnête. coiffés. travaillé. anémiques. sans recette. sans bavure. les temps aussi. antichambre. avec flement énorme. bâti. ombrages pendule distinguée. pour lui uniquement le travail de l'attache de l'épaule gauche et de son coude et du dos tel quel. des rides aux orteils.. le milieu dans reste du monde aussi. aux chics. etc. et calé à terre avec ses pieds et non soulevé avec des ailes de marbre.

nés à cet âgeni nés ni poussés. point frères la foule les sent vaguement faux et n'est point saisie par leur exemple vers les régions héroïques. Il. fesses sans sphincters. prêts à s'envoler comme autant de Ganymèdes anémiés. avec sa physionomie de tous les jours. hein ? » Sculptube POSITIVISTE. ALTnuiSTE. surhumains. . qu'on sente le décor quotidien et les petits et les petits ennuis. n'ayant jamais poussé. là. épaules sans existence. Ils sont froids. obstacles humains au génie.MELANGES POSTHUMES effets de torse. sans même le poids de l'air. ses habits de tous les jours et polychrome. gestes. et les petites tribulations. n'ayant jamais eu d'égratignures. cheveux sans sève. peaux sans sueur. pas plus grand que nature qu'on oublie son piédestal. fronts « Est-ce assez uniquement occupés de cette idée ça. de bon goût. Donner son âme suffit et est tout. ncz inmouchables. bouches sans salive. faut le faire ce héros. drapé. s'achetait des habits. Qu'on sente qu'il faisait trois repas par jour. pieds d'anges. ivoirés par la crème d'amande et la prostitution dans des boudoirs étouffants. cous sans déglutition. passés au papier-verre. C'estunemauvaise habitude pour les statues des héros de Panthéon de les idéaliser comme tête. exact. Ventres sans tripes.

on arrivera à renouveler humainement toutes les statues allégoriques. Par cette sympathie de la créature humaine dans la concurrence vitale.CRITIQUE D'ART dormait. faire caractérisé. l'âme d'un jardin de banlieue ou d'une cheminée d'usine. faire suggestif. et à la portée de la foule qu'il encouragera. cellule immortelle et parfum. Et plus Fâme-sujet est particulière. faire réel. Et ce sera alors l'Exemple humain. etc. Pour toute idéalisation. faire païen. faire chrétien. se chauffait. l'âme d'un tronc d'arbre ou d'un terrain d'hiver. l'âme d'une nature morte d'huîtres. tout cela se résume à: donner l'âme selon son âme. plus il y a du génie. • . avait des intérêts en jeu. faire vivant. faire idéal. Si insullisante et drapée de banalité que soit la formule. l'âme de son œuvre de héros humain. sans la fausser ou la tendre. mettre dans sa physionomie. faire moral. ou de rue ou de salon. plus elle dispose d'un métier adéquat à sa particularité. il n'y en a pas de plus infaillible. misérable et grand. l'âme des minutes. l'âme d'un torse musclé. Faire bien. créature. l'âme d'un portrait. saisir l'inconscience des êtres et des choses. Donner l'âme des êtres et des choses telle qu'elle va à votre Ame particulière et éphémère d'artiste l'âme d'une scène historique.

la sculpture aussi). L'esthétique doit être chose absolument désintéressée et discrète. le plus d'avenir inépuisable.MÉLANGES POSTHUMES D L'ESTHÉTIQUE ÉSINTÉRESSÉE. celui qui a le plus d'écoles. Qr'elle soit entachée d'un soupçon de conseil aux artistes et elle est stupide. DES ARTS. . de premier l'amour. artiste sinon géniale. Ce qui dégoûte de philosopher sur l'art jouissance unique pour ellemême c'est de penser qu'un artiste peut lire ces spéculations et en être influé si peu que ce soit. Nous voyons en effet aussi que c'est le plus riche. Du moment qu'une organisation est née. elle se suffit. 1 LA toilette. Type DE Rembrandt. d'un riche inquiétant avec cette lèpre de la peau. et le moins lent (l'architecture est lente. Faire partir l'esthétique Aussi le premier des arts sera le plus immédiat à son principe et à son but l'art de la toilette de la femme. nyctalope. Tous les types de Rembrandt ont un air ambigu.

ça lui suffit. On accumule. chaud. dans son manteau vert. le bras les noirs des les mains. Il n'y a pas eu d'esquisse classique comme un Rubens. L'enfant. Le devant de corsage. Ici (Titien. gaze brune à boutons et fleurs. des hanches. ni d'esquisse sur le fait comme dans Hals. toutefois. Il s'est soulagé. ni la réalité des attitudes. de culotter une toile avec des noirs. tique Van Dick fond arbres. mais une de vague indication d'abord et là-dessus une pose mais sans pâte menues coulées. charpente avec ses touches en même temps qu'il nourrit sur place. de couleur. Velasquez) c'est sans armature de verve. veux à la Hals bâtit. du blanc albumine 10* . Ses gens ne sont jamais réellement c'est fête campés. • LES LINGESDE VAN Dick. aisé. Le verCELLESDU Titien. BATISSEDE Hals. l'ensemble profond. C'est décoratif. du goudron. des cuisses. Rubens ne voit pas la réalité ni les accents des lignes. Voyez le plus artischaudes. tapisseries le travail des collerettes. jamais étudié des rideaux. Il n'a des gorges. réellement assis. habits les mains. remplissant du bonheur de cuire. etc.CRITIQUE D'ART RUBENSN'EST PAS RÉALISTE.

un épatement des masses. non un besoin d'instinct. et encore). et d'abord dans l'idéalisation du confortable. apparaît une aberration froide et somptueuse du goût national.MÉLANGES POSTHUMES frite. des statues. solides. et rien que le strict des meubles. devant ces murs froids qu'ils étaient chargés par le roi Louis de réchauffer. devant cette atmosphère glacée. le stuc. pas de tapisseries. précieux et souples. à froid. C'était de l'emballement Que pouvaient peindre ou plutôt concevoir. de jouissance personnelle de la vie dans ses moindres choses. à Munich. gras. naturels. Schnorr avec son cycle de Charlemagne et I . voilà ce que le roi Louis mit retour d'Athènes sur la carte blanche de M. Le marbre. des coups de fouet soufflés à un fond vert « I I I I I I I I I L'art qui L'ART A MUNICHSOUSLE ROI Louis. sans boiseries (sauf pour les parquets. Pas de tapis. têtes de bourgeois libres. de. des linges de famille. Pas du blanc d'argent ces gens-là. Ces bonnes au chlore. pas blanchis lessives hollandaises. de l'albumine recuite. fleurit sous le roi Louis. ayant gardé de la grandesse espagnole qui les a tant outragés. point neufs et froids. Ces collerettes. et de Corinthe. des fresques. J.

de la verdure. Très simples. avec sillon. à être mis sous nos pieds. Quels suplancher. et peut-être aussi un peu de Quinet. • Charles Négliger les chefs-d'œuvre finis et analyser intimement les pochades. ornements! Imiter. jets ? Toujours motifs de rosaces. . imiter naïvement et sans point de repère ni bordure une tranche de cour de cloître avec ses pavés carrés et ses interstices de gazon très pauvre. au lieu de ces éterprétentieux nels et froids carrelages géométriques. aux cours de accouchées aux études de Kreutzer. touffes d'herbages reliefs. oblique d'un ruisseau et. sophiques et théologiques de Schwanthaler. etc). sillon transversal. oves. aux synthèses de Frédéric Schlégel. sans là..CRITIQUE d'art les peintures philoSchwanthaler avec son Iliade etc. UN CARNET DE NOTES Keene. les deux ans (les symboles d'Hésiode éléments. par exemple. çà et foulés. à Shelling. • Les tapis destinés à couvrir un LES TAPIS. paru depuis inspirées du Prométhée la terre. Et encore. l'Université de Munich.

les habits. quoique moins. Les pieds. oui elle est grosse et crache. Ce qui fait le des vrais artistes. et le décor de plage. désespoir c'est ces génies à la plume inélégante et subtile sans le paraître. . des dessins de main d'une anatomie à la Daumier.-U tu oll-I^cU^ Et l'originalité de ces petites compositions. de rue. ne fut qu'un moule à mode. âpre. du dessin de percheron la plume est grosse. Le seul qui dans ses sortes de croquis de mœurs volants ait fait profond. point élégante et envolée. on dirait que c'est timide et tâtonnant regardez comme c'est souple et savant.. et avec un rien qui paraît sale et attrapé de hasard établit des physionomies d'une variété d'expressions étonnante. C'est du dessin en sabots. parfois établies à la japonaise. Gavarni également. etc. mais comme elle s'écrase bien à l'endroit juste juste. au dessin d'une main élégante dessinée au moule dans la même coulée de trait. elle est inexperte aux jolies hachures calliaux profils enlevés d'un graphiques. des visages travaillés et spéciaux. est l'Anglais Charles Keene (Pictures o f Master Punch). La plume est grosse. elle crache. les pantalons. serré. les coiffures.MÉLANGES POSTHUMES La confection. de feuillage. trait. mère du dessin impersonnel des silhouettes costumées de Grévin.

pour les orbites. de mains. L'ÉTERNELualisme. dès lors il a appris à dessiner d'après nature et non par goût inné de hachures Défiez-vous des dessinateurs. la même lourvoire le deur de pieds. Assurément Raffaelli s'est nourri de Charles Keene. graveurs.CRITIQUE D'ART enlevés en les comparses qui paraissent passant d'une plume automatique qui paraphe un dessin achevé. etc. on dirait que les moindres ont été posés. peintres qui ont une jolie signature. les petits traits pluvieux pdilus pour certaines lèvres sans moustaches. ou s'aiguise en préludant par des arpèges avant de commencer le groupe a la légende. Regardez ces comparses l'un après l'autre. et vous n'a pas cette origine bête à sa vocation pouvez vous confier. d « La vie du corps et la . C'est la même bonhomie. Lui donner ce clarifié Clarifier limpide et vibrant en plein air. Voyez la signature de rustre de Il n'est pas calligraphe. de plume même travail de plume. qu'a un orchestre |/ vous arrivant (jouant par ex. Et SA PEINTUIIE. la Seine à Auteuil). du Wagner) à travers/! un fleuve assez plein (le Rhin à Coblentz. il Charles Keene. jolies et d'effets.

Le délassement sans effort n'en est qu'une des facultés (instruments). Pardon la ligne droite est ennuyeuse la ligne infléchie mollement est fade. mille lignes brisées se colorant par leurs brisures vibrantes dans les masses ondulatoires de l'atmosphère. de naturel. b est réduccipe esthétique l'agréable à voir tible au besoin de délassement. Le principe est réductible uniquement au besoin d'échapper à V Ennui. » (Herberpïpencer. parce que l'œil suit une trajectoire qui change mais insensiblement sans exiger d'effort. le mouvement.) On en peut dire de même du dessin et de la couleur. Il y a ici à distinguer. le tenant en haleine par des lignes. de laisser-aller. la série des minupar la distraction. pétillante d'écarts imprévus.MÉLANGES POSTHUMES vie mentale sont des espèces dont la vie proprement dite est le genre. et répugne à l'effort. tieux et subtils coups de fouet. ennuyeuse sans la sérénité de la ligne droite. Dans l'émotion artistique il ne faut jamais s'en . l'irritant. • Ils disent le prinLe T>RiNCTPfi stbbtique. décevant l'œil. écœurante. L'idéal est la ligne mille fois brisée. Vous dites la ligne mollement infléchie est agréable à voir. le nouveau. le fouettant.

c'est à dire le nouveau. une eau-forte de Rembrandt). vous êtes sûr de ne pas vous tromper. préjugés à'unitîè d'impression.CRITIQUE D'ART La lu+ie. etc. Dans la jouissance d'une toile très particulièreRousseau. les éléments de la jouissance s'ajoute une pointe de volupté égoïste. un ment optique (un petit Théodore à tous petit Degas. dans la décoration par lignes Le principe anarchique. la déception. la foule se promenant et que le Mozart sonne dans la soli- . et figures ornementales. la poésie. de lignes. quand au dehors il neige. principe de la Vie-même. au pénible. et laissez le reste. La Vie. dans l'architecture soi-disant assise et ordonnée. l'hésitation. un papyros de menues sonates du temps passé de Mozart clavecin et violon. concurrence vitale et sélection naturelle. Songer que la foule reste à la porte de cet Eden c'est comme la volupté de l'aprèsmidi de dimanche d'hiver à écouter vautré en un au bec. tout ce qui constitue la vie doit constituer la vibrade même que dans l'amour qu'on tion esthétique a pour une femmej Cela a été fait d'instinct dans Cela reste à les tableaux. la soif. canapé intelligent et féminin. les conflits. référer à l'agréable. J– C'est à remiser avec les anciens de d'idée-mère. la vie et balancement encore rien que la vie.. etc. la musique. dans l'art soi-disant faire et quelle source noble de la sculpture. etc. Faites de la vie vivant telle quelle.

de l'organisme unique en évolution vers l'infini. LE GÉNIE. Lui réserVër exclusiment le marbre. et. devant l'intéressant des formes et des mouvements des mécanismes de la Vie. de là. Les virtuoses en musique. etc. de plus en plus. du moins des variations personnelles sur ce thème du mécanisme . Elle doit nous apparaître toujours belle. personnelle (les clowns).v activité nerveuse se dépense à faire. les couleurs. à essayer de faire comme la Vie. Ce sont des mots spiritualistes. Quittez ces idées bases de l'harmonie humaine s'ingérant dans le décor de la nature. une importance de chef dans notre société. peu importe le mot). en terre en plastique cuite. Il faut qu'elle reste pure et sur un isoloir. en langues. Son . C'est chez les uns et les autres l'émotion (sensuelle ou spirituelle. sinon la création. c'est la condition du progrès humain.MELANGES POSTHUMES tude de la maison désertée par les endimanchés qui ont trimé toute la semaine (vous 'n'êtes pas sorti parce que vous avez joui toute la semaine. en peinture. à jouer comme elle. les sons. suave stupiditis mari magno). les êtres sont des miniatures différentes de degrés mais non d'essence et de Loi. La femme prendra. etc. soit dans les formes.

CRITIQUE D'ART cher à nos sens. Deaux. tuoses exploitant simplement chaque paradis des sens. Tiepolo etc).). l'individu. etc. l'école dupoint Monet. l'œil nu ordinaire (Rembrandt. et quand il est maître virtuose dans le sens que son génie exploite. Dans le jugement esthétique technique (arts optiques). • SCIENCESNOUVELLES. cela à l'aide de claviers plus ou moins perfectionnés suivant l'épola race. 11 . Delaroche. A succédé l'école du brisé. lui. celle des courbes minutieuses. il est prêtre immédiat de l'Inconscient il travaille avant tout. des lignes cassées. Le génie. Avant il y a eu l'Ecole des nobles lignes courbes apprises par routine. Il y a une école entre ces deux. il est maître. les Italiens. Voilà les simples virque. avec plus ou moins de poncif (Raphaël. • LES TROIS ÉCOLES. il variationne sur la création en avant vers la conscience. on bâtit un personnage ou un objet en le dégrossissant peu à peu par cassures (Toudouze.. de la Vie. Largillière. etc). n'a pas de sens. Degas. Raffaëlli.

du palais.MÉLANGES POSTHUMES n'a pas plus d'autorité que n'en avait dans l'ancienne psychologie la conscience ordinaire (le sens intime). tistique . Maury. etc). il y a une série de sciences spéciales à organiser psychologie de l'œil. Taine. Comme cela se fait aujourd'hui pour le centre cérébral (Maudsley. Bain. du nerf olfactif. et à un point de vue artisde l'aliénation artistique. psychologie de l'oreille.

Clairin. quand . Zakarian. Rochegrosse est avant tout très intelligent. Une petite pâte nouvelle. ce qui est une erreur tout de suite fatalement poupée et mesquin. Ah l'influence du Louvre et du Bon Marché sur notre peinture et notre littérature Le Whistler de cette année (1884). très fort et très calme. Il y a là un grain de Flaubert.CRITIQUE D'ART SOUVENIRS D'UN SALON (1886) Je laisse de côté l'Orient de Rochegrosse. etc. et l'ange diaphane renouvelé de Gustave Moreau. M. Mais de l'ordonnance. Le reste. on le connaît. Benjamin Constant. Trois quarts de nature. mais toiles trop grandes. et le capricant Japon. Je note dans toute sa jeune ceuvre cette amusante impassibilité très poussée. et la psychologie du mélodrame. race de Chardin. Regnault. J'adore çà de temps en temps.

sans cabotinage. de plus terre-àterre et de plus génial. des temps riches et esthétiques. de la brique. des yeux de la vie épique. Mais je dois déclarer que c'est facile à faire (grâce d'Américaine que Wagner régénérera). Le bas de la petite robe dentelle sur fond de satin bleu. Mais ici c'est maigre et coiffeur. Et la procession des filles de Jephté drapées de plusieurs bleus. non-fantaisie. aux sables gris. C'est immobile. des attitudes fatales. Une finesse de pastel. Une merveille de peinture non-rêve. un ciel polaire à étoiles gelées. salis par les pommades et les papillotes pauvres.MELANGES POSTHUMES la personne surtout est b Jle comme lady Campbell ou tragique comme Carlyle. convaincu. une bourgade fortifiée et des lumières. C'est bâti avec du rose. est charmant et sérieux. Les tons et la touche sont aussi succulents que ceux du plus né des virtuoses. mais c'est sérieux. et le fichu de che- . Je m'incline. et immortellement précieux dans un petit coin de l'avenir. de la gomme gutte. irisé. lunaire.. c'est photo. Rien de plus digne. Un paysage houleux. Bonnat. de l'ombre verte. Oui c'est noir. mystérieux. et voyez ces deux faces voilà de la peau tannée par l'air dur et chauffée du sang nourri de choses spéciales. du gris. c'est lie de vin. Et les cheveux rudement plantés. et on a demandé du temps et l'artiste l'y a mis. une vision Ary Renan. Raffaëlli.

jette ses filets pour les nourrir le soir. d'Eden-théâtre. perdues l'homme. Quelle dignité Visions de l'âge d'or. et toujours chez le peintre l'éternel appel du grand rêve Impression générale du Salon usine crapuleuse. et cependant des langueurs de chair et des yeux chauds. psychologie de mélodrame. hestétique de commis.CRITIQUE D'ART nille noire Quels tons fins Et ce merveilleux panier d'osier noir qui ferait à lui seul la fortune d'une nature morte et le triste temps qu'il fait. Chefs-d'œuvre de l'âme humaine de tous les temps. . le triste temps de travail Ça me rappelle la Maheuse dans Germinal. Ciels sans conscience. Puvis. des yeux de jeunes Eves. sage et pratique. C'est beau. sans préoccupations d'argent ni de polissonneries célibataires.

Le sol des Foins est aigre. bleu du fond commence à se patiner bleu porcelaine. c'est que ça paraît sale à distance. Les personnages sont glacés au blaireau ou au couteau. car plus intuitifs. etc. les doigts contournés patiemment comme un dessin à la mine de plomb ombré (ça vient de l'Ecole). mais comme mérite c'est très sous-bénéfice-d'inventaire. les Rubens. ces légers fonds à menus arbres comme ceux de la Joconde ou de Raphaël. Les Foins. trop dessiné et pas assez étoffé. bleu des ciels bleus de Corot culottés. etc. Ce qui le sauve. étaient les Hals. La bande de ciel Bastien-Lepage. Combien plus artistes. où quelques traînées de vert ou de gomme-gutte suffisent pour qu'à distance les souvenirs de la campagne opèrent.. les Ribera. . Ce fut une révélation de charme.MÉLANGES POSTHUMES NOTES SUR LE MUSÉE DU LUXEMBOURG (1886) L'union fait la force ces tas de peintres nous plongent dès l'entrée dans un état désagrégé.

mais ça et là remplis par un modelé/patient. Ces Foins sont des contours timides. comme moins timide et moins parisien. ni réalité ni mais si en fête !) dessin Quand on ne veut pas faire des orgies succulentes d'autrefois..CRITIQUE D'ART construcqui dans une pochade vous attrapaient la tion des phalanges et des articulations et le jet y sentit(encore que romantique) des attitudes. pèle-mêle avec les et les Romains et le romantisme). point vircompromis par un art des touches ou autres tuosités (si succulentes. C'est au- . l'orgie pour l'orgie. et même Jules Breton. Bastien Lepage est juste au-dessus des purs chromos plats de Cabanel. on même ce fond de virtuose à -répertoire que conseillait Delacroix après Rubens. ces Chevaux à l'Abreuvoir de Dagnan. tler. ou des notations comme Monet ou du Puvis ou du Moreau. les brillantes vignettes d'Isabey (sans psychologie. et même le Lhermitte. un pissenlit dans l'herbe. Grecs parce qu^ traditionnelles. au couteau. les sombres cuisines de Ribot. les plis d'une chemise. en fait de travail à la Bastien-Lepage je préfère. le tout servi chaud par une étude de gros souliers boueux à clous. au petit blaireau. J'aime au-dessus de cela les harmonies de Whis. etc. etc. mais iniquement conspuées. ou du plein air purulent comme Pissarro. ou du simple décor comme Whistler. etc.

Salmson et tous ses confrères ont beau faire et rafraîchir la presse blasée par leurs conceptions. les chevaux. et à côté de cela l'eau de l'abreuvoir est originalement torchée et le fond vert bariolé très jeune et très bout de Montmartre. au sortir des tartines aisées de Roll et des sous-Puvis ou des sousIsraëls. et rassure les vénérables collègues de son maître Cabanel par l'absence de virtuosités hasardeuses de touches. son accoutrement. estival de la glaneuse.MÉLANGES POSTHUMES dessus de Cabanel au même titre que Benjamin Constant et au-dessus de Decamps. son visage. Bastien. le travail dépensé y est à peine payé par l'effet. amuse la jeunesse par son fonds. ses mains. tout est traité avec une patience aussi pleine de science que de jeunesse. le gars. gagne les hommes mûrs par la sagesse de son réalisme de sujet. ses bottes. Les mains de la faneuse et celle de la Vénus de Cabanel à côté sont du il y a la différence du génie. bestial. sa pipe culottée. Il devrait être placé un peu plus bas pour que la génération actuellement à l'école. M. C'est simple. c'est bien campé. les harnais. . Puis les romanciers naturalistes qui tiennent la critique d'art seront charmés par l'air hébété. de la même race ton de cuir au ton de chair de salon. y puisse venir mettre le nez. J'ai le plus profond respect pour ce Dagnan.

et c'est succulent. joues saines. des points succulents bref du caractère profond des êtres et des choses. etc. Emile Renard. Voyez comme c'est filé. A propos de Bastien. Le fond est nul. Ah les tristes sucreries enluminées Voici à côté deux poissons près d'un chaudron sur une table du vieux Vollon. le fond est opaque. ces ciels venteux. mais ce pinceau-là a le génie des pieds et des chairs travaillées. deux yeux bleus.CRITIQUE D'ART ces prés vert plat. ses sujets sont indifférents et l'arrangement de même nul décor. et des cheveux blonds en quatre coups de brosse sage. ces petites faces. et comme ce torché de verve a pour charpente et pour dessous une divination artiste des saillies grasses. C'est gluant de vernis. ces gamins et fillettes à joues en pommes et cheveux jaune serin pâle sont de la romance en chromo sans avenir. Mais voilà des mains et des rides et de la patience la plus filiale Denner en est à cent lieues. Ne fait pas de cet art-là qui veut Ribot de même. Je préfère des choses dont on a un type dans cette Grand'mère d'un disparu. un nez et bouche roses.. On peut ne pas (1)Divina tragedia. le grain de la toile transparaît unique charpente. mais comme c'est torché d'abord. H* . Et je préfère le Chenavard (1). nul fond.

respect de la toile ou même Composition moins hiératique qu'immortel'ement inébranlable dans la dignité de sa tenue. damasquichers Primitifs. c'est comet puis comme serré de dessin. des décors: Benjamin Constant (1). figés (niellés. La jeune fille à la tête d Orphée. Technique du panneau de bois. et là-dedans vous fusinez avec un mol à-peu-près des exotiques en amadou. ebelle*. Ton de Léonard et sa suprême distinction par un pinceau du temps d'Ingres. Le plus piètre Vous posez en haut un ciel torridement bleu. mais c'est abordé dignement. si mûre d'expression compatissante et supérieure. nés) en une dureté autorisée des donnera Mais.MÉLANGES POSTHUMES aimer ça. condensé plet de didacticisme. je vous en prie nulle gravure ne le profil de cette immortelle jeune fille. . mais modelé d'amour et en décor d'émail stagnant et corsé d'ailleurs par tous les tons décoratifs. et comme modelé (du blond s'il vous plaît) et ça et là presque de la virtuosité. Gustave Moreau. cette Cordélia si jeune de tissus et d'inviolé. de M. du brio chaud Chenavard est mille fois plus attirant que Cornelius. vous en escamotez les trois quarts avec r (1)le*Dernier. Conception digne des larmes des s'arrêtant au ]/) meilleurs de ce temps-ci. en bas un sol en grès calciné. historiés.

tout brio de grumeaux de joailleries couvant sous une couche d'ambre. On chauffe un coin avec des femelles à vendre (et mélodrame qui poussent à s'expatrier). émeraude. eau. . personnages. et M. et le petit oriental est cuit à point. Un fond de lauriers école de Rome. décor. brio peluche cramoisi. c'est une fricassée rutilante. Tout cela est désossé. Baudry est bien nul. des étendards idem. Passons sur le fameux torse de l'Absalon de Cabanel. ni pour les sens ni pour la fantaisie (1). Ce n'est qu'une note. Sans parler de son modelé creux. mais elle est parfaite. le reste est modelé à peu avec des près (des nègres !) on constelle le tout parasols émeraude et jonquille. un nu Boucher-Impératrice Eugénie. le tout noirci et assagi. des quais léprés de soleil. une eau idem. ses dimensions flagrantes suffiraient à faire expulser ce tableau d'un musée. Des petits bonshommes d'Isabey.CRITIQUE D'ART des burnous aveuglants. Ziem est un artiste charmant. ça et là une réminiscence des Vénitiens. ne tient pas debout. ça et là des armures à peu près damasquinées. rien ni pour le cœur. On soufflerait dessus. ça s'envolerait en papillottes. Cabanel de l'Ecole de la rue Bonaparte. L'œil qui et et (1)LaFortune le jeuneenfant Saint-Jean-BaptUt*.

(3) les Exilés de Tibère. et (1)PhilippeRousseau UnImportun le Rat retirédumonde. Institut. Et des Jalabert (2) et des Barrias (3). la patience de chercher chaque ton juste et la virgule honnête au bout de semaines et de semaines. et Lefebvre (5) avec sa photo sur bois. j'aimerais bien avoir cela dans un coin chez moi. sinistres bibliothécaires de province. un patient chromo. et le Dernier jour de Coplace Navone à Santa-Maria-della-Pace rinthe. Robert-Fleury Colloque de Poissy en (4) Joseph-Nicolas 15i>1. Cette eau et ce ciel sont bien nuls.MELANGES POSTHUMES et y vécut toute sa vie est à féliciter et remercier. l'effet y est pour les familles probes. L'Étang de Villed'Avray. mais avec de la bonne volonté ils accrochent la poésie de l'heure. Horacet Varius hez e (2)Virgile. et des Robert-Fleutoiles de fond. de Cabat. c Mécène. ce fut plus digne et ça restera plus que les commis à leurs rayons qu'on voit au Salon. le grain de la toile. Les oubliés et les dédaignés. (5) Nymphe et Bacchus et la Vérité. devants de cheminée pour ry (4). . et la modestie des dimensions et l'abnégation de réveils de tons. le reste est d'une loyauté et d'une dignité stupéfiantes. Jane Shore et Pillage d'une maison dans la Giudecca de VeTony ROBERT-FLEURY les Vieilles de la nise au moyen-âge. Rousseau (1) est décidément aussi nul dans ses choses du Salon que dans ses vieilles ici.

(4) Les Martyrs aux Catacombes. qu'en reste-t il ? de quoi avachir le La toile de Robert-Fleury. (7) Retour de la pêche Cancale. ocreux. et les grévinades de casino de Feyen^jerrin (7). aux huîtres par les grandes marées. et ornant l Dominicains depeintureseurchapelle Vue (1)Psyché. latrice. puis le charme d'appeler deux personnages. aux fleurettes jaunes montant du cadre à la brosse japonaise. aux végétations hirsutes. Naissance de Vénus et Vierge conso(6) Triomphe du martyr. ce qui faisait pardonner Mais la mode leur nullité de structure et d'art. à au columbarium de la maison .CRITIQUE D'ART et Boulanger (3) et de Curzon (1) et Leroux (2) dans un ton de qui travaille à la mine de plomb et Lenepveu (4) et Claize (5). et l'harmonie grise d'une large très trempée d'huile. et le savon cuir. thridace de Bouguereau (6). passant. c'est crapusentiment de toute une génération. (3) Porteur d'eau juif. Funérailles (2) Hector-Leroux des Césars et Herculanum. Agar et Ismaël. priseà Ostiependantla crueduTibre. Le Cazin. une petite bûcheronne et son petit frère. avec les légers grumeaux du les pastel et du fusain. leux et coiffeur et d'une lâcheté qui vous gagne. (5) Une conjuration aux premiers temps de Rome. Il y eut à un moment fatal le charme d'un terrain cendreux.

MÉLANGES POSTHUMES Hugo Sàlmson Une arrestation dans un village de Picardie. les basreliefs d'orfèvre d'une aiguière. on pourrait se laver les mains avec les seins de Vénus. surlesruinesd'Ostie. le voisin par ex Jules Didier. les fleurs carotte des plats bleus. de l'eau forte dans de la pâte glacée les incrustations des fusils. ma parole. quelle solvabilité. c'est peint à petits coups avec la sagesse d'un chromo mais à distance quelle loyauté. propre physionomie. les émaux d'un coffret. vignette d'almanach sale et vide ça du naturalisme. de Madame X. mais garde ses droits. ici il triomphe et pousse au culte Le thridace de Bouguereau. le Ricard. fin comme sa Les oubliés délicieux. Quel merveilleux truqueur Un ensemble noir. quel dessin. c'est pétri dans un ton poitrinaire et cuit avivé de vermillon agonisant (2) le 218 (3) par exemple n'est que prétentieux. Il n'exclut pas les autres. ce serait trop fade pour des sorbets. . quel amour. glacé (ça et là des choses dans la pâte avec des lumières traînées et egratignées comme d'une aiguille). c'est tout art. du moderne J'aime mieux les braves gens d'autrefois. Antoinb VOLLON Curiosités. quelle poésie dans cette modeste toile! c'est complet et c'est parfait (1). (1)Labourage (2) Portrait (3) Portrait de l'auteur.

Les deux merveilleux petits Corot (3) glacés. puis des brumes d'escamoteur. argentés. . On accepte cela sous un prétexte de poésie vraiment trop gratuit. les petites fraiges pilées de Diaz. Rien.<~t fonuM et F«e <<« Co~y«'e. Ses fusains lui vont mieux. mal dessiné avec des lignes bêtes de décalque on cherche les carreages de la mise au point et alors nerveusement peigné. (2) DaM la campagne. un petit burin consciencieux. Ils se valent ces nus terreux de l'un il s'y ces moutons cardés de l'autre cache peut-être de la race et de l'avenir mais ce n'est là que l'outillage du concours pour le prix de Rome précocement dévoyé dans des sujets conçus au café.-Vignette psychologique d'Augustin Thierry pinceau lourd et banalement gras effet de théâtre de deuxième ordre du Bornier. La nullité de Fromentin. (3) ftt<. Le Lhermitte (4). Du truc débiné.CRITIQUE D'ART . Le Cormon (1) et le Lerolle (2) se font vis-à-vis immenses. Laurens. (4) La paye des moitsonneun. la bonne volonté du sujet et des fonds racheteurs à (1)Caïn. Le Dupré. Vue du Forum Vue du Colysée. nets comme des Francesco Guardi et plus vibrants et suggestifs d'épopées.-P.J.

POSTHUMES MÉLANGES peu de frais, ça se ramasse dans la rue. Pour le reste, c'est bâti avec du papier froissé, des armatures de l'Ecole et des touches comme on bâtit un fusain. Et ces murs de papier, et ce sol de carton et ces gerbes en fusain jaune, ça démoralise autrement mais autant que le Robert-Fleury. Le Guillemet (1), hélas c'est le cher Bercy c'est l'approche'de l'hiver c'est le soir c'est la fine et triste cuisine un peu Vollon, comment ne pas aimer cela? Je m'approche, je reste deux minutes décidément c'est parfait et l'art est digne du sujet absolument. Je ne suis pas volé ces cours, ces renfoncements vagues et grouillants des masures des quais, et tout le travail quotidien, et Paris au fond et ce ciel avec deux taches de soufre. Ces deux Diaz (2) à personnages, on les croirait faux ils sont mous, sans brio, presque fades. Quand le virtuose nommé Diaz rate ses fioritures j'ai le droit de le siffler. J'ai Décidément j'aime l'Auguste Flameng (3). plus de confiance dans son eau que dans celle de Montenard (4), (avec ces Marseillais on ne sait jamais).
(1) Bercy en décembre. (2) Le* Bohémiens et La Fée aux perle: (3) Bateau de pêche, à Dieppe. (4) Le Trantport de guerre la Corrèze quittant la rade de Toulon.

CRITIQUE

D'ART

Roll (3). Tout ce que peut donner la truelle mais ces plaques pourraient être d'un quart moins certains large, l'effet de verve n'y perdrait rien morceaux seraient plus solides (et par conséquent maintenant moins morts, qu'on y prenne garde) c'est charmant d'apparition épique. (3)En Normandie.

MÉLANGES

POSTHUMES

L'ART MODERNE EN ALLEMAGNE

L'artiste

s'agite;

l'Inconscient

le mène.

LE

PRINCIPE

ESTHÉTIQUE. ALLEMAGNE.

SA

fonction

EN

I Si la critique, celle qui nous livre ces gros trésors de documents sur les génies typiques de races et d'époques, s'arrête bien rarement à cette bagatelle de la porte, une idée esthétique directrice, ce n'est pas qu'elle estime d'une bavarde inutilité ou compromettant comme introduction à des recherches toutes positives, de prendre la chose de si haut elle sous-entend simplement à quoi bon ? il n'y a pas tant de systèmes, il y en a deux et d'une si belle réciprocité d'intolérance, quedix lignes d'un de ces livres suffisent à montrer de laquelle des deux paroisses sa méthode et ses sympathies se réclament, de celle qui classe et juge les écoles

CRITIQUE

D'ART

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naturaliste et son pour lois

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c'est tout ce qu'on (1) La méthode documentaire déterministe, a voulu retenir, avec la riche érudition qu'il y met en œuvre, des deux volumes de M. Taine. On a généralement laissé de côté son Idéal par degré» d'importance et de bienfaisance de caractère, au beau classique, lequel, de fait, aboutit, comme le spiritualisme, à ce nu grec « où la noblesse morale achève la perfection phydevant ce qui sique », et demeure insuffisant, par conséquent, n'est pas inspiration ou Renaissance. Nous le laissehellénique rons aussi de côté, ou du moins ne le considérerons qu'en bloc avec tous les idéaux proposés jusqu'ici, tous ayant le même vice radical et la même portée infiniment insuffisante. L'Idée réalisée des hégéliens, cherchant sa forme dans le symbolisme des archidans le classique de la statuaire tectures, la trouvant parfaite dans le Romantisme moderne le plus grecque et l'outrepassant pur de tous, l'infini et le fini de Schelling et Schiller, dont l'identité est l'idéal de l'art, etc., etc., tous ces idéaux, tournant dans la cage d'un devenir borné au monde de la pensée classique occi. dentale, posent d'abord que l'art est chargé de corriger la nature, comme s'il pouvait être d'autres lois d'harmonie que celles du tel fatalement au beau hellénique quel de la vie, et tous, convergeant ou au beau chrétien, n'aboutissent qu'à en préconiser une vague et demeurent incompétents et cois devant l'Orient, devunt salade, l'art moderne, devant le paysage, la nature morte, la sculpture polychrome, devant toute œuvre vraiment optique enfin. En effet, conçus dans le monde de la pensée classique, ces idéaux n'atteignent que des œuvres fourvoyées dans ce monde, mais plus l'œuvre «'éloigne de cette galèro où rament les Gustave Planche, etc., et plus elle relève de la science de l'oeil, moins elle tombe sous leur Nous n'avons donc à considérer que deux méthodes, juridiction. celle qui parle au nom d'un Idéal transcendant quelconque, et celle et ne qui repousse tout principe de ce genre, se dit déterministe s'en prive pas plus de proclamer ses préférences et ses haines.

MÉLANGES

POSTHUMES

Soit. Mais ceux qui voient que si les déterministes montrent bien le comment humain des génies et des œuvres, ils sont condamnés à n'en pouvoir expliquer le pourquoi, ni l'essence, et à les accepter indifféremment comme autant de phénomènes légitimes, alors que la simple loi de la sélection naturelle universelle, qui signifie choix en soi et tendance divine unique, proclame qu'un Idéal vivifie, ordonne et domine tout que les idéalistes, d'autre part, s'ils peuvent expliquer, par le principe d'intervention transcendante, le génie et l'inspiration et sont autorisés à classer et juger, n'ont adoré jusqu'ici que des idéaux qui sont des lits de ceuxProcuste à l'histoire de l'art humain,-pour là, n'y aurait-il pas un brin de foi nouvelle ? Posons d'abord contre les critiques positivistes, et très naturellement, que l'esprit humain étant li résultante de l'évolution organique terrestre, placée dans l'univers, la pensée est identique à l'objet, aussi nécessairement que rien ne peut être en dehors de tout, et que la connaissance métaphysique rime bien à une réalité transcendante bien entendu, la métaphysique inductive des sciences expérimentales de la vie, et non une autre. En outre, que, comme nous l'avons dit, la simple loi de la sélection naturelle universelle indique tendance divine en soi en effet, deux forces ne pouvant coexister qu'en concurrence vitale, si l'une l'emporte c'est

•CnlTIQBE

D'ART

en vertu d'»ne tendance occulte présente partout, et l'univers des forces en concurrence vitale se résout ainsi en urie sélection unique, selon cet Idéal. Au-dessus donc du monde changeant des phénomènes se développerait un Idéal, la Loi. -Faisons observer, en second lieu, aux idéalistes classiques, de leurs constructions est qu'ils que le vice radical se sont toujours mis, comme sujets, à un point de vue autre que celui de simple étape éphémère et bornée d'une évolution indéfinie et qu'une formule esthétique vaste et féconde comme la Loi, ouverte au passé comme aux surprises de l'avenir du présent, tout en restant et aux incohérences assez dogmatique pour être une pierre de touche à toute œuvre, ne saurait venir que d'un Idéal placé dans un devenir indéfini et dans une catégorie telle nous le verrons, que le sujet l'inconscience, ne puisse le concevoir que dans limite de ses pouvoirs d'étape éphémère d'une évolution indéfinie. Procédons selon cette discipline pour le sentiment du beau. Mon sentiment, en ce moment, devant les œuvres de quelque genre, époque ou latitude qu'elles soient n'a pas d'autorité plus sufrisante que celui que j'en avais ou que j'en aurais à d'autres moments de Mais de l'ensemble mon évolution individuelle. de ces sentiments, au terme de mon évolution, mon sentiment du beau. pourra être extrait

MÉLANGES

POSTHUMXS i i.

Mon sentiment du beau n'ama pas d'autorité plus suffisante que ceux de mes cunteiâporains. Mais notre époque se résumera m une certaine formule de sensibilité esthétique. La sensibilité contemporaine n'aura pas d'autorité plus suffisante que les sensibilités successives des générations défuntes. Mais leur histoire, jusqu'en cet instant connu, se résout en ura certaine âme humaine qui, pour ne veiller adéquatement en aucune âme existante peut-être, mais morcellée en plusieurs, ne s'en conserve pas moins invisiblement impérissable, prête aux crises rénovatrices des expériences de demain. Le sens esthétique est donc tourbillonnant et changeant comme la vie. Mais, dans cette universelle nuance de sentiments, la Sélection fatale, qui résout d'une façon réflexe les plus microscopiques et les plus immatériels conflits, nous est, nous le savons, la lueur qui va. tout rééclairer par degrés. Le sens esthétique est changeant comme la vie, de même que par exemple, les deux ou mais, trois cents personnages de la Comédie humaine de Balzac, pour ne pas prendre aussi bien l'œuvre d'un Michel-Ange ou d'un héros d'action pure, en une sélection naturelle de leur conexpriment, currence vitale en cinquante volumes, ce qui peut s'appeler l'évolution de l'âme de Balzac, laquelle

c'est l'atmosphère occulte de l'être.1 CRITIQUE D'ART s'est développée dynamiquement en eux. le principe mystique universel révélé dans la Philosophie de l'Inconscient de Hartmann. exprime l'évolution de l'âme universelle. langues. religions. Cependant. que la Loi soit placée dans un devenir indéfini. la pensée humaine. amours. évoluant indéfiniment vers la conscience pure par la sélection fatale des flux de forces aspiratrices en concurrence. le seul divin minutieusement présent et veillant partout. au dynamisme de qui ou de quoi elle est soumise à travers ses incohérents et riches gaspillages. C'est. conscients et parfaits. mais ne la garantit pas encore absolument pure de tout antropomorphisme II est un dosacrilège. apostolat social. on le sait. cela la met bien au-delà de nos indiscrétions éphémères quant à son âge moral actuel et à la nature de son but. maine qui. succession d'œuvres et d'idéaux à l'état de phénomènes en concurrence. selon le dernier mot humain de la métaphysique expérimentale. car reste son essence. vient d'ouvrir à la science les forêts vierge de la vie. le seul . mysticismes inédits. sciences. de la Loi unique. l'inconscience ce monde réservait à la créature débarrassée de ses dieux personnels. mais que ne trompaient pas ses siècles d'adoration perpétuelle. le dernier divin. etc. de même. la force unique constante. arts.

sans autre importance que sa nécessité symétrique dans l'œuvre bref une évolution réflexe en miniature des premiers jours de l'évolution unique. Et l'essence de la Loi ne peut être que du domaine de l'inconscience. qu'une évolution automatique. Ici. et faite de ses errements et de ses divinations en concurrence. les phases de l'évolution fœtale sont une évolution réflexe en miniature de l'évolution organique terrestre. et pour acquit de conscience. en un court entre-parenthèses. Donc pour notre sujet. Mais qu'importe que la Loi nous bénisse de seconde ou troisième main ? elle nous est la même. Cette aspiration suprême a parfois des tressaille* ments divinatoires et les génies surhumains. dont . notre sereine conviction que la. en est actuellement arrivée infiniment au-delà de ce que notre humanité peut offrir de plus pur que notre planète ne serait. au-dessus du monde changeant des aspirations au beau idéal. s'obj éctivant en mondes explorateurs vers la conscience depuis l'éternité. bien loin des préoccupations expresses de la Loi. se développe éperdûment une unique aspiration à l'Idéal. accessive à l'impulsion unique. Loi. comme chez l'homme.MÉLANGES POSTHUMES infaillible de par son inconscience le seul vraiment et sereinement infini. par conséquent. nous ne savons nous dispenser de dire. le seul que l'homme n'ait pas créé à son image.

son milieu. la créature et ses conditions de vie. la cité idéale. consciente et immuable géométrie d'harmonies préétabljes. en une parfaite. dans un devenir bornç à son centre le sujet. éclairs d'inspiration. et ignore le vrai et fécond milieu de chaque être. l'irréductible je ne sais quoi demeurant au fond des analyses de toute esthétique qui veut expliquer un génie par les deux seuls facteurs visibles et palpables. génie. A la Loi inconsciente sera pieusement rapportée cette intervention. Voilà le point capital. illuminisme. en sont les échos élus. qui a parfois interposé ses secousses divines. ses messies dans le train-train des causes et des effets déter minables de l'histoire humaine cette intervention supérieure. au substratum nécessaire de la vie universelle avec ses lois particulières. immanente et dynamique à l'évolution indéfinie des créatures en œuvres. et repoussée comme telle par les critiques positivistes. l'invisible d'inconscience dans atmosphère laquelle il vit et se développe. Pressentie par les idéalistes. tout en lui demeurant transcendante et dynamique. elle lera acceptée des uns et des autres qu'elle concilie. attachée qu'elle est. 12 . ses deus ex machina. mais figée.D CRITIQUE 'ART nous voyons la caravane artistique de temps en temps fouettée. et sans compromis spiritualiste la Loi inconsciente se développait indéfinie. reconquis.

la peinture. les religions. etc. devant la riche variété des genres. la plastique. l'art des parfums.MÉLANGES POSTHUMES Nous sommes donc en présence de tous les débouchés de l'aspiration humaine. l'architecture. la science. les émigrations. les arts définis sensuels ? . les fléaux naturels. armés d'un idéal qui doit les classer. en chacun de ces domaines. deux catégories de nos puissances civilisatrices au-dessus du terreau commun des agents fatals. des modes. pour la poursuite de la conscience pure. les arts sensuels la musique. les arts de luxe de la vie. commandant les autres manifestations comme son foyer. les guerres. la poésie. les cinq sens le mysticisme scientifique. inféodés à cette première catégorie comme les sens le sont au cerveau. contribuent-ils plus ou moins à l'évolution vers la Conscience pure ? L'âme de l'histoire humaine nous montre dès l'abord. Le lecteur voit déjà la compétence et la juridiction de notre idéal dans la première catégorie. et correspondant à la hiérarchie physiologique de notre organisme. et. le cerveau commande les foyers de celles-ci. l'apostolat social. Mais dans la seconde ? Que peuvent. des œuvres. etc. telle ou telle œuvre se rapprochent-ils plus ou moins des fins divines. En premier lieu. En second lieu. l'amour. dans leurs formes diverses. En quoi tel ou tel genre.

et continue son évolution vers l'ultra-violet. à l'épuration du miroir S expérimental où se cherche l'Inconscient. du sens suprême. la condition sine qua non du beau pour les œuvres. mais merveilleusement nécessaire. quoi qu'on en aie? Que l'œil. chaque organe est en évolution ? Que.D'ART CRITIQUE Beaucoup. Est-il besoin de rappeler ici cette vérité d'hier. n'a appris que peu peu à fouiller le compliqué . et cela par translocalisation raffinée du sens tactile. à l'état d'ivresse divinatoire du cerveau. matique. du rouge au violet. primitivement n'a appris que graduellement à connaître les ondes. de plus en plus rapides et de moins en moins longues. que. par exemple. dans un affinement sans frein de tout l'organisme. sera avant tout le développement à outrance de l'organe exploité. sens chroen pleine achromatopsie. l'Œil. et leur rôle divin va vous montrer quel critérium accessoire de l'idéal les classera et les jugera. pour les conquêtes de la première catégorie et surtout le mysticisme en un mot. pour le& fins divines leur mission est de développer indé-i finiment les organismes respectifs qu'ils exploitent et de concourir ainsi. Les arts n'ont qu'une importance secon-^ daire. Donc. en ce qui nous occupe. sens des lignes et du jeu des perspectives dans les masses ondulatoires colorées de l'atmosphère. comme toute force de vie. les arts optiques. l'œil.

mot. aux arts optiques ? Seul. etc. le réalisme. uniquement exalté. la à du et ne de par son préconiser du principe d'autre nouveau d'évolution. le le des le byzan- nouveau. . Cazin. à ne citer que les préraphaélites. l'étymologie seulement ceux ont révélé qui (1) Un carton de Cornelius ou Chenavard peut dénoter un noble génie. ce n'en est pas moins une œuvre dévoyée de moyens naturels d'expression qui l'eussent mieux servie. en dépit des conservateurs du palladium nommé « la probité de l'art » ? En résumé. ce que l'instinct a toujours du du en proclamant ceux et selon génies. japonisme. Odilon Redon.MÉLANGES POSTHUMES des lignes et des perspectives mêlées et se combattant en riches vibrations (1) et va de l'avant s'enivrant des découvertes auxquelles il se fait peu à peu. l'impressionnisme. avec son critérium. après l'éginétisme. et chez nous Puvis de Chavanes. nihilisme âges le bref préraphaélisme. fondé que nouveau tinisme. et pour rester dans les bornes d'une introduction sans développements à l'appui. logiquement. notre idéal appliqué. le rococo. Notre principe n'en proscrit pas pour cela la peinture murale littéraire ou symbolique. il est en général objectif et indéfiniment du l'hellénisme. fortunysme. avec les curiosités immédiates de l'œil prouvé et le prouvent encore. et mieux servi l'Idéal. tout comme une œuvre gravée monodes mitres l'ont chrome. renaissance. Même la plus austère et la plus abstraite n'a rien d'incompatible. le le romantisme. Gustave Moreau. que va préconiser ou condamner.

tout ce qui est église constituée en dehors de laquelle point de salut. le style. la classe. qui reste le même. il ne sait ce que d'autres appellent décadence et peut confondre ceux qui avec MM. le beau physique. laissez passer ne sachons que nous enivrer 12" . la morale. l'harmonie. nègre ou anémique. et de par son principe. peau-rouge ou citron. la Junon de la villa Ludovisi comme les Beauties préraphaélites de Burne-Jones et de Maddox Brown. Seul. la sculpture et la poésie et annoncent le règne unique de la science pure. comme l'amour. proclament arts 'morts désormais l'architecture. ce qui ne veut rien dire enfin. son principe est l'anarchie même de la vie laissez faire.CRITIQUE D'ART nouveau et qui. font étape et école dans l'évolution artistique de l'humanité. l'équilibre grec comme le soi-disant contre-nature moderne seul.. les codes à conventions de goût sur le beau moral. hiératisme ou académisme. Taine et Rénan. Seul. il est fondé à ne condamner que ce que les vrais artistes ont de tout temps condamné et secoué. l'Hercule Farnèse comme les dandies byroniens lithographiés par Dévéria. quelles que soient la mode. une Japonaise d'Okousaï comme une fleur de maquillage de Degas. quel que soit le visage. etc. l'école. par là. seul il est fondé à admettre tout idéal dans le temps et l'espace. sincère et fécond. la race.. etc.

en naîtra sublimé selon l'infaillible Loi et montera vers les templa serena de l'acquis à l'Inconscient. mysticisme. science. de cet en effet inconscient soupçonné par tous les penseurs ses A . rêveries sociales et du seul art qui y confine jusqu'à s'y confondre. avant tout. la volonté tenace de sa dominatri la Prusse.MÉLANGES POSTHUMES des paradis sans fond de nos sens et fleurir sincèrement nos rêves sur l'heure qui est à nous l'Inconscient souffle où il veut. le génie « saura reconnaître les siens ». la musique. religion. c'est l'épithète de natuI'kind. L'Allemagne pure est à tous égards. bien que de plus en plus intimement pénétrée de la qualité tout opposée. et le parfum unique qui doit naître de tous ces riches gaspillages anonymes d'un jour. la fille immédiate de la Nature. Il est une épithète qui a toujours chatouillé l'Allemagne au bon endroit. II L'Allemagne pure est. et dont elle a ellemême encore volontiers plein la bouche à tout propos. la terre bénie de ce que nous avons appelé les préoccupations de > /immédiates la Loi.

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CRITIQC .

MBLANGL POSTHUMES .

'} l et par suite le FranL'Hellène. poli. au Ce qne l'on conçoitbien s'énonceclairement.X cratie d'élite servie par un peuple d'esclaves. en face d'une nature fière et fine. fils aîné du monde gréco-romain. spontanément apprivoisable dans sa claire et sèche atmosphère animée par la mythologie hiérarchique de dieux en chair et en os aux ordres de Pan.CRITIQUB D'ART sculpter. pénétré de cette conviction monstrueusement contre-nature. l'Hellène. à l'état d'aristo.. euphuiste. sous les coups illettrés duquel on tombe du moins noblement drapé comme les Niobides. ses forêts druidiques. subtil. sobre. au contraire çais. sous un soleil tempéré qui est Apollon Musagète ayant vaincu le vieux Chaos de ses belles flèches. dans sa cité en dehors de laquelle tout est le monde barbare. de ce monde sophiste. jusqu'au romantisme revenu du Nord. rhéteur. menteur. qui lui a fait mettre en coupe réglée. etc. Dualiste. diplomate et mathématicien d'une part. selon Malherbe. par explosions symphoniques temps d'apprentissage du moins. est né démailloté de la vie inconsciente. or. soldat et légiste de l'autre. le libre arbitre du roseau pensant en face des choses et en face de ce fatum. brillant. exerçant la gymnastique de sa raison en une langue . Qui ne sut se borner ne sut jamais écrire. dilettante. comédien.

point accablé et émoussé par la lutte. Et pour connaître la forêt et arriver à en donner picturalement la symphonie vivante. le Français. selon le proverbe allemand. Longtemps. le climat. comme l'ont fait nos paysagistes. comme le corps humain est mesuré par ses sept têtes. homo additus naturae. Submergé d'abord et se débat- . n'a pas vu la forêt. la nourriture impérieuse. par l'arbre-canon mesurant la forêt.MÉLANGES POSTHOMES de miel. tyrannisé qu'il était par l'arbre idéal selon Cicéron et Boileau. dont il est le dieu beau et raisonnable. habile et né pétri de la norme. comme les rythmes de son corps nu. avec un œil juste et maître de lui-même et une main que ses démangeaisons ne trompent pas. le Latin. l'Allemand avouera que la forêt l'a toujours empêché de voir l'arbre. et de plus ingénieux. pétri par des générations d'hérédité de luxe et de catholicisme d'un fond d'études de détails. à la faire passer par sa norme humaine en choisissant. si le Latin est de ceux que. il est tout porté à interpréter graphiquement cette simple nature. ayant des loisirs dispos. élaguant. Poussin et Lenôtre. arrivant au seuil de ce siècle. synthétisant. l'arbre empêche de voir la forêt. à ce propos de paysage. il a fallu commencer par abstraire l'arbre du reste. En résumé. mais. certes. l'étudier et le rendre maigrement. il a été visité par « la lumière venue du Nord ».

CIlITIQtJE D'AHT tant. il reste constant. de cet invisible conflit pacifique. i { dans ces arts dont il reste la fiévreuse avantgarde. dans la pauvreté et le patient endurcissement administratif. se stérien opiniâtre volonté lisera-t-il. lui. que le Prussien. de l'Allemagne pure. universitaire et militaire. l'impitoyable volonté positive de ce génie se délayera-t-elle dans l'immense et chaste sensibilité germaine. ou' bien se neutraliseront-elles ? Et en définitive. sous ce large fleuve du devenir panthéiste. parmi ses tristes sables « monothéistes » du Brandebourg ? Ou bien. quant au présent. sous l'amollissante influence des Capoues soudaines que son génie lui a gagnées coup sur coup. il en a eu finalement fécondés son cœur humain et son œil passé maître et c'est pourquoi il enchante en maître le présent. mais mal armé pour la lutte. capable de ces sciences. en se capitalisant pratique dans la passive absorption du génie de son maître régénérateur. . après tant de siècles de privations? Ces deux forces parviendront-elles à coexister également intactes et fécondes. quel avenir se lèvera pour les arts optiques dans cet « Empire du Milieu » de a l'Europe ? Quoiqu'il en doive être. le Prussien grandi. Le vaste génie méditatif et prolifique. avec son dieu horloger et son univers réglé des chères causes finales.

l'Allemand demeure encore. et surtout ne satisfont que les petits tempéraments de race ambiguë et souple. .A tempérament esthétique. naturkind. à la musique.MÉLANGES POSTHUME3 positives et patientes pas à pas. Kant. et ceux-ci vivent. simple de besoins extérieurs de civilisé et inhabile. ni l'esprit passablement peint de la nôtre. pédantes et fades variations. qui n'ont ni le parfum de home. sur le Gemiith. avec toutes les conséquences indiquées d'un \. ni les virtuosités clownesques italiennes. à la philosophie. en tableaux de genre. a précisément ruiné le monde de la raison pure pour exalter la discipline de la raison pratique et la volonté. L'Allemand de génie va spontanément à la science. (1) Son seul et vrai penseur. sweet home de l'école anglaise issue de Wilkie et Leslie. que Carlyle appelle sciences de castors. n'a jamais rien eu à voir avec la grande sensibilité artistique ou spéculative (1) et que. d'autre part. et ne se prend aux arts optiques que fourvoyé par les circonstances et les illusions de son indolente sensibilité. en somme peu de nature morte du paysage sans accent national et tout sites italiens et ornières Alexandre Calame de l'histoire et de la peinture religieuse nulles avant tout d'innombrables. au fond. avec plus ou moins»de talent. à la remorque des trouvailles étrangères. Les arts optiques ne gagnent à eux.

e n'yconnaisqu'unemaison que j détonne dontles fenêtres ientdesvolets persiennes. ils bredouillent en incohérences pénibles et poignantes. cent. loyal. Et ce n'est pas encore avec ces organes. En effet. aux meubles patinés de brou de noix ou de vernis profonds (1). et deviennent des styleux ou bien.sont l de b percées. par les impérieux intérieurs raffinés en superflu aux tapis laineux résorbeurs de reflets.y a ou Touteses façades. que le génie germain peut communier avec le divin Inconscient. u (1)A ce propos. nul passé aux jouissances accumulées pour le clavier de l'œil et les instincts de la main. glacent leurs explosions épiques et bavardes de seconds Faust et de seconds Wilhelm Meister dans la banale rhétorique des lignes apprises. sans accoucher de la centième partie de ce qui les tourmente. elle.CRITIQUE D'ART Les génies qui s'y fourvoient y demeurent philosophes et littérateurs. point gâté et détraqué par l'atmosphère d'un climat fin ou gras à s'en lécher les doigts. et meurent des chefs-d'œuvre rentrés. n petitfait très significatif. aux cuirs cuits et brûlés. Œil franc. en maudissant l'ingéniosité et l'habileté latines. comme on ruse avec la volupté pour la mieux savourer. Pour entre neparlersûrement de Berlin.à 13 . ne fonctionnant pas en ces opulentes vibrations par lesquelles on ruse avec la lumière. mais avec le seul sens de l'ouïe. adigeonnées tonsfroids. possédés du démon de la virtuosité. pauvre et froid.

moulures. Et le luxe remuant est le terrain indispensable c'est grâce à des siècles de luxe. habitueraient les générations aux mille gammes et effets de jours à volonté parmi leurs intérieurs. de fenêtres plates. toujours et pour de bien que les besoins de le de vanités. à double armature de vitres. brique ou criardes. etc. pour l'intérieur. chocolat. ornements de briques et on est soulagé quand on découmiradores. losanges. par les pompes savamment artistes du catholicisme. politesses de charme convemensonges de notre ménagements qui ont fait tous laissé cause. ne sont pas casernes égalitaires comme à Paris. pourtant. eh pignons.papillottantes de toilettés volontiers noires auxquelles l'œil allemand préfère les étoffes à tons froids. mais sans sans persiennes volets.. thème nos besoins le pur certain de frivolités Germain. etc. froid ont optiques le bon Souabe et habileté Ingéniosité mais sans et profondeur nu. Aussi nues. mutuels. même non peints en vert. en dehors de 1 alignement. ces volets et persiennes qui. à l'extérieur. au lieu de la froide maison évangélique. mais se fleurissent volontiers. I I . vre que c'est l'absence de persiennes.f MBLANàtt tOBÏlItlkBS par Ylit des rues. ardoisées. surtout. de tons et de lignes la rompraient monotonie des rues modernes. macadam. société. jusqu'au voilà le génie. poussée sans foi. cendrées. et. On cherche à Berlin le secret de la longtemps tristesse de ces façades qui. clochetons. grises. que l'Angleterre est parvenue à se saigner d'une veine coloriste nationale.

et s'étale en bien-être superflu. l'Allemagne qui veut à son tour la prééminence absolue ` Berlin en Europe. a nommé la Florence moderne. sans effets bien visibles. que partout l'argent s'infiltre. Beaucoup de bonne volonté. un bel entraînement même. et leur La Mecque. Elle crée des musées A de.critiqué d'abt de ses opinions sur ceux qu'il appelle ses « aimables voisins. Et 'avant que la science . zélés mais incorrigiblement pédagogues encore. etc. levé l'armée des collectionneurs. et enfin vote des sacrifices d'argent avec une admirable et héroïque conscience. on le sait. mais rien encore que les années d'apprentissage. se met au régime du japonisme et à d'autres encore. leur Rome est Paris. travaille ces faces placides et jeunes. » sous le règne de Après cela. achète des collections. et complique surtout la femme comme tenue et cœur. a résolu de s'affirmer nation artistique. avant tout. Petsch. bouleverse la lettre gothique et le pédantisme. en un budget vague des arts ? Pour que la fleur artistique vienne à bien dans le terreau prussien-allemand il faut. Mais que sert de pomper de l'argent pour le canaliser. ce Paris que leur premier critique d'art. aiguise les nerfs. écoles. et se dilate. Les artistes allemands voyagent. suscite une pléiade d'érudits d'art. secoue et engraisse l'atmosphère et la fasse nombreuse.

cela a été fait pour ta 'musique. qui rt«Ue'les Tilleuls à l'île des Musées. cette épitaphe. orné de statues pseudo-grecques. qu'on lit sur la tombe de Herder. pas mal d'eau de •Aa. gardons. avant qu'elle éclate. sur le chapitre des arts optiques dans la musicale et philosophe Allemagne. dans la cathédrale de Weimar Licht. et donne au monde une interprétation personnellement optique de la vie. Sprée coulera sou. comme la littérature en 1770. selon le principe esthétique que nous avons posé et vu fonctionner. comme . élève de JeanJacques Rousseau.MÉLANGES POSTHUMES des voluptés de l'œil devienne quelque chose de genuine à la race. Le temps est un facteur indispensable d'hérédités des modifications acquises qu'on ne brusque pas.* le pont. Liebe. lymphatique et vide. et en dépit d'une demi-douzaine d'artistes fort intéressants. . Jusqu'à présent. Leben. en une nouvelle sturm und drang Période. anti-latine et anti-sensuelle.

TROISIÈME PARTIE .

EPHRUSSI.LETTRES LETTRES LETTRES A M. . A M™" X. A SA SŒUR.

de Je î Cher J'ai fait un excellent à Coblentz m'attendait. voyage. m'en mardi Je suis Une voiture J'ai vu M. Rappelons les dates extrêmes de la vie de Jules Laforgue 22 août 1860-20 août 1887]. I Coblentz. mercredi minuit. de Kneaebeck Il m'a suis présenté bien tiré. plus assurément timide . logé. où il passa près de cinq ans (décembre 1881-septembre 1886). soir à onze très bien merci. vous. [I" décembre 1881. ce matin.LETTRES A M. EPHRUSSI (1881-1882) [Ces lettres se rapportent aux premières semaines du séjour de Jules Laforgue en Allemagne.] Monsieur. heures. comme lecteur de l'impératrice Augusta. très Je suis bien arrivé servi. à onze J'étais Il m'a parlé heures à la Reine.

Ma voix n'a pas tremblé. D'où cela vient-il? Pourtant. m'a parlé Je voudrais vous écrire tout en détail. J'ai eu assez de présence d'esprit pour sauter. cher Monsieur. des revues à dépouil- . page 332). rappelez-vous que j'ai failli tomber sous votre bureau quand madame C. vous par qui je suis ici. (Vous le trouverez au numéro du 15 novembre. vous à qui je dois tant. Dites-moi cependant que sans être indiscret je puis vous écrire encore d'autres lettres. si délicatement bon. des journaux à lire. et par cela même à jamais mémorable. Je vous vois à votre bureau. On ne me laisse pas le temps de me recueillir. sans que nul ne s'en aperçût (il y avait là des messieurs et des jeunes filles. J'ai lu ce soir une étude de la Revue des Deux-Mondes à la Reine. au milieu de votre travail. Le plus fort est fait. Ma voix était très assurée. quand même vous n'y devriez pas répondre.MÉLANGES POSTHUMES chez vous. vous si bon. mais j'ai tant de lettres à écrire La politesse exigeait que je vous écrivisse cette lettre. valse et farandole dans ma pauvre tête. feuilletant des albums. brodant) un passage scabreux que je prévoyais. Pourquoi ? Je suis encore trop ahuri pour me livrer à la psychologie de tout ce qui tourbillonne. et par conséquent de m'effrayer.

I Mes amitiés au Claude Monet que vous savez (1). JULES LAFORGUE. Et vous en recevrez. Comment me lirez-vous ? Cependant. Princessinen Palais.LETTRES A M. D'ailleurs. puisque vous avez voulu qu'il y eût un lien de quelque nature qu'il soit entre nous. ÉPHRVSSI 1er. Lundi [fi décembre1881. Façon de vous avouer que j'espère tôt ou tard recevoir une lettre de vous. Berlin. vous êtes obligé de recevoir mes lettres. Je vous serre la main.] . II Cher Monsieur. quand je vous l'ai demandé vous y avez consenti. des articles à faire. des lettres à écrire ou à parcourir. M. Jules Laforgue. Nous partons demain pour Berlin. Avez-vous reçu une lettre de moi datée de Coblentz ? (1)La Grenouillère. 13* Berlin. près de S. et j'espère que ce n'était pas par pure politesse. Vu le Rhin dans le brouillard.

Vous connaissez sans doute Berlin. D. par exemple. Hier dimanche. le secrétaire (nous logeons porte à porte) et madame la comtesse Hacke chez qui je fais tous les soirs la lecture à l'Impératrice. sauf monsieur de Knesebeck. Dans la rue j'ai reconnu M. et il se pourrait que j'y apporte plus de zèle qu'on n'était habitué à en voir à mes prédécesseurs. Je prends mes fonctions très au sérieux.MÉLANGES POSTHUMES Nous sommes partis de Coblentz jeudi à 9 heures du matin et arrivés à Berlin le soir. le comte de Nesselrode. Je ne sais pas à quoi cela tient. Maintenant je ne vois personne. Je lis très clairement. Je loge Unter den Linden au palais des Princesses. grand-maître de l'Impératrice. D'ailleurs. Je ne suis pas du tout intimidé. d'une voix très assurée. Je l'ai salué. à 10 heures. c'était bien lui. je me suis bien ennuyé. Votre livre a-t-il paru ? . A Coblentz je voyais le docteur Velten. J'ai débité tout cela sans hésitation. etc. très lentement. Hier au soir. mais il ne m'a pas vu. médecin de l'Impératrice. et très probablement il ne m'eût pas reconnu. peut-être à ce que je suis en pays allemand. je devais résumer à l'Impératrice le livre du baron James de Rothschild Les Continuateurs de Loret. où j'ai entrevu la Princesse Royale. je prépare consciencieusement mes lectures. la comtesse de Brandebourg.

LETTRES A M. -De Sisley. la parisienne aux lèvres rouges en jersey bleu. Et de Renoir encore. Me ferez-vous cadeau d'un exemplaire ? Vous voyez que je suis sans gêne et que les grandeurs m'ont positivement tourné la tête. Je n'ai encore rien vu qui eût trait à votre livre. Et les pommiers en fleurs escaladant une colline de Monet. roux. vert. blond. Ou une berge des environs de Paris avec un voyou bucolisant par les sentiers. et de Berthe Morisot un sous-bois profond et frais. Et les impresssionnistes Deux éventails de Pissarro bâtis solidement par petites touches patientes. dans un fond spirituellement fouetta de neige. la Seine avec poteaux télégraphiques et ciel de printemps. Et cette très capricieuse femme au manchon. vert. les Débats et l'Indépendance Belge. une bonne avec son enfant. bleu. une femme assise. un filet à papillons. soleil. Et les danseuses . Chaque ligne de votre beau livre me rappellerait tant de souvenirs Surtout les heures passées à travailler seuls dans votre chambre où éclatait la note d'un fauteuil jaune. Et la sauvageonne ébouriffée de Renoir. Et la danseuse de Mary Cassatt en jaune. fauteuils rouges. un chien noir. nu des épaules. blanc. EPHRUSSI Je lis tous les jours le Figaro. rose. une rose laque à la boutonnière. Nous recevrons le Livre d'Octave Uzanne et la Revue des Deux-Mondes. Et encore de Morisot. son enfant.

on parle trop vite. je ne le comprends pas dans la bouche d'un être.MÉLANGES POSTHUMES nerveuses de Degas. J'élargis chaque jour le cercle de mes excursions par la ville. Vous figurez-vous la chose? Au fond je suis heureux et j'ai bien de la chance. Quoique en résumé je n'aie pas changé d'opinion et que je pense toujours que la vie est une chose . Mais. de Bismarck hier. Pendant la guerre elle a vu bien des Français. très jaune Ici. Je m'ennuie bien au fond. de T. je n'ai pas encore vu le musée. jaune. et comme je bénissais l'austère M. et elle les trouvait bien plus beaux! (!) J'ai entrevu M. Je n'ose entrer nulle part. Mais je ne m'aventure pas trop j'ai peur de me perdre et de ne pas me trouver à sept heures et demie pour la lecture chez la comtesse Hacke. que de marchands de cigares blonds Et quel ruisseau ignoble que la Sprée Et les beaux soldats que les soldats du roi Guillaume La comtesse Hacke trouve que ce ne sont pas de beaux hommes. qui me chassait dans votre chambre claire où éclatait la note d'un fauteuil jaune. Je sais si peu d'allemand. puis au diable ce que je comprendrais dans un texte. et le Duranty de Degas et le Polichinelle de Manet avec les vers de Banville Ah les douces heures passées là. à m'oublier sur les tables de votre livre à rêver. J'arrange mes phrases avec une lenteur ridicule.

je résume les bulletins politiques et les bibliographies.LETTRES A M. Je suis heureux ici autant qu'on peut l'être. Je vous vois m'écrivant à votre bureau. . je reçois l'Indépendance Belge. Voici mes journées. JULESLaforgue. Je viens de recevoir votre lettre. Cher Monsieur. à onze heures. à neuf heures. la première qui m'arrive de Paris. 7 décembre 1881. Le matin. Et maintenant vous devez encore avoir reçu une lettre de moi datée de dimanche dernier? Je vous remercie bien profondément de tout. Rappelez-moi. ÉPHRUSSI bruyante et inutile. Je note les articles "intéressants. la terre mourra ç'aura été un éclair dans la nuit. au bon souvenir de M. La terre est née. votre frère. puis. je vais chez l'Impératrice faire la lecture. je vous prie. N'eût-il pas mieux valu l'éternité noire sans Impératrice et sans votre livre. les Débats et le Figaro. III Berlin. Oh la bonne lettre Une bonne longue lettre de quatre pages et si délicate. mais je ne vous aurais jamais connu.

Nous causons. moi. dans un cabinet très intime et assez artistique avec des gravures. entre l'Impératrice. corrigeant des fautes d'accent !). Je lui fais des dictées. Elle veut savoir ce que j'ai fait de ma journée. Je fais des remarques. me demande invariablement si je suis allé . est si bonne pour moi. J'arrive toujours chez elle une demi-heure avant que l'Impératrice ne vienne. je lui corrige les fautes d'orthographe ou de prononciation (me voyez-vous. sieds.MÉLANGES POSTttOMBS Elle. Quand c'est le matin. Elle s'assied. puis je lui pose des questions de grammaire ou de prononciation. tellement elle est naturelle et familière avec moi. des loggia. etc. c'est chez l'Impératrice en compagnie d'une dame d'honneur. etc. je m'asPuis. Je fais la lecture à onze heures ou bien le soir à sept heures et demie. tout cela très consciencieusement. elle connaît Paris. Elle veut que je lui fasse faire des exercices sur la question des participes passés. Je suis même bien souvent embarrassé. Oh la bonne et charmante dame qui me protège et me fait venir tous les jours chez elle et veut à toute force être « ma maman ». Quand c'est le soir. Je lui résume les journaux ou bien des articles de la Revue qu'elle n'aurait pas le temps de se faire lire. c'est chez la comtesse Hacke.

je vais au palais où je ne vois personne. puis je encore au musée. je ne. et je ne connais pas ni n'ai encore vu ni n'ai entendu parler dudit comte de Seckendorff. je suis chez moi. je prépare très consciencieusement en franet que je puis débiter imperturbablement çais correct toutes sortes de commentaires. sauf M. Je r. de Knesebeck. ce serait trop horrible. c'est bien un chambellan. Mais je connais le comte de Nesselrode. Pour faire mes lectures. de Knesebeck et de celui du Dr Velten. Voilà qu'elles sont mes journées. J'ai un petit appartement retiré à côté de celui de M.LETTRBS A M. Je suis un peu timide. Je sors peu. vois pas cette chose vague qu'on appelle la cour. Ainsi. n'est-ce pas? Il est peut-être au palais du Roi. mais ce n'est rien relativement à ce que j'avais peur d'être quand j'y sonassurance c'est que geais à Paris. le docteur Velten et les comtesses Hacke et de Brandebourg avec qui je lis. mais je lis sans relâche et je prépare mes lectures. ÉPHRUSSI etc. le grand . J'avoue que non lis pendant qu'elle fait de l'aquarelle. Ne vous figurez pas que je vis à la cour. Je ne vois personne. Le reste du temps.. J'en ai déjà préparé pour un bon mois. Ce qui fait mon mes lectures. Si je ne me trompe. de l'Impératrice.c puis écrire un vers ni une ligne.

un charmant et sceptique monsieur. J'ai la fatuité de supposer que comme vous êtes en relations d'art très suivies avec X. Votre livre paraît dans quelques jours. nous ne recevons ici ni la Gazette ni VArt. avec qui j'ai passé une journée en cheJe l'ai bien étudié. de Tauzia. Nous avons ici un libraire français. et de M. D. Je serais et bien. vous me rendrez si heureux. Ai-je besoin de vous dire combien je serais reconnaissant des deux lettres d'introduction dont vous me parlez ? Je les attends avec impatience et les ajoute à tout ce que je vous dois déjà. verrez Adieu. je vous serre bien la main. Vous me parlez d'une étude sur les dessins du Louvre. bien heureux de faire leur connaissance d'avoir ces deux relations. sans doute à propos du catalogue de M. B. Je vais surveiller sa vitrine.1 1 --< -7>71 ~2 1 POSTHUMES MÉLANGES maître de l'Impératrice. Hélas. je pourrai parfois vous rendre un menu service. Vous Vous me recommandez de travailler. Vous parlez de M. et j'ai écrit des min de fer. de l'anapages sur lui uniquement pour le plaisir me lyser ou du moins d'analyser le monsieur qu'il semblait être. et qu'il n'aime pas à écrire. Inventez-en. J'ai l'inten- .

qui était toujours si aimable avec moi. Bourget. Ah. JULES LAFORGUE. Je vous récrirai un de ces jours. Votre bien dévoué. ÉPHRUSSI tion d'aller au musée aujourd'hui pour mon plaisir et aussi pour que l'Impératrice ne me tourmente et plus là-dessus Je vous quitte. Je n'ai pu vous répondre tout de suite. Je vous réponds en même temps. le vilain temps Un dimanche matin Vous connaissez Berlin. Je salue respectueusement madame votre mère. votre frère. Cher Monsieur.LETTRES A M. poète anglais et français ? Je salue tous ceux de vos amis à qui vous m'avez présenté. n'est-ce pas ? mes fenêtres donnent sur la Platz am Zeughaus. Ce matin j'ai reçu une lettre de Bou-get et une autri de Pigeon. J'ai reçu votre bonne lettre hier matin. IV Berlin [13 décembre 1881]. Je serre la main à M. Que devient P. pleine de .

de pensée à pensée. où il n'y a que des os et pas de baudruches à donner à dégonfler aux plumes de la critique. Est-ce que les livres s'égarent dans les postes allemandes ? Il aura été du côté de Nurenberg Qui me donnera votre volume Il me tarde tant de voir si les tables sont irréprochables Vous voyez qu'il a du succès Et puis ce n'est pas un roman. estampes inaccessibles. je ne vous ai vu qu'à la fin.MÉLANGES POSTBOMBg flaques d'eau. d'averses. balayée de rafales. vous me demandez s'il a bonne mine Je n'ai rien reçu Tout le monde est de la fête excepté moi à quoi attribuer cela ? Je suis au désespoir. toutes les brochures apportées sur l'homme. archives. quand vous n'aviez plus besoin que du coup de main d'un manœuvre quelconque. avec les minuties infinies de chaque pièce. musées. Puis les vagabondages à travers l'Europe. C'est un moellon. alors l'œuvre. Il y aura au moins un peu d'eau dans la Sprée. le . collections privées. un livre de vers. si touffu. si exact. une bulle de savon. Vous m'écrivez que vous m'avez envoyé un exemplaire. quelque chose édifié lentement et qui reste. C'est égal. D'abord les longues années à dépouiller et à s'assimiler indéracinablement l'immense alluvion formée par tous les livres. bibliothèques. Mais vous savez que je n'ai pas reçu votre livre. Puis l'étude de l'homme lui-même d'âme à âme. mais je sens l'énorme d'un pareil bouquin.

Je lis très haut et très clairement. D. Je fais la lecture le matin ou le soir. Je fais venir trois volumes de Sully-Prudhomme. Je suis toujours très consciencieux. A demain. Et votre article sur les dessins du Louvre ? Pour les notes que vous me recommandez de prendre. à rêver dessus ce que je n'ai pu faire encore. et j'ai toujours quantité de commentaires sur les livres. j'ai provision de lecture pour longtemps. Quelquefois les deux. pour M. Matériellement mes jours se ressemblent. tout. je . Je refais mon volume de vers.n'y manque aucun soir en rentrant chez moi. pour trois mois. Mais en juillet quand je reviendrai à Paris. Si vous m'entendiez Je n'avale plus mes mots. Je les ai reçues hier. je V . M. mince brochure de votre voyage inédit ô bénédiction de la rue L. je l'aurai prêt à toutes les bontés d'un éditeur qui me tombera du ciel.lettres A M. Je les ai encore dans mon tiroir. Je fais aussi une heure d'allemand. J'ai reçu vos deux lettres. A la lecture du matin. Dois-je être intimidé devant votre ami ? Je vous remercie bien de tout. les échafaudages. Mais pourquoi n'ai-je pas l'exemplaire que vous avez bien voulu m'envoyer ? Je me perds en conjectures. éphrcssi Rien que cette plan. et M. M'arrivera-t-il ? demain ? après-demain ? Où est-il ? Car maintenant il me reste à l'étudier. à penser.

et chaque fois. Mais je suis à une bonne école et j'en profiterai. Quant aux deux autres dames d'honneur. qui joue à la maman avec moi. elles sont arrivées depuis peu (deux autres étant parties) et je ne les ai pas encore vues. je lui apporte une collection de mots et de phrases terribles pour éprouver son orthographe. Pourquoi ne suis-je pas à Paris pour voir votre volume aux vitrines et aux étalages? a Votre reconnaissant. je vous prie. Je fais toujours la lecture avec la C"18"Hacke. La Ctess6 Brandebourg de est en voyage. . eu souvenir des personnes auxquelles vous m'avez présenté. Le soir je suis toujours une demi-heure à l'avance chez la CtesseHacke. Je vous écrirai bientôt pour vous parler des deux visites à M. D. M.MÉLANGES POSTHUMBS résume les journaux et je fais faire à l'Impératrice des exercices de grammaire. et à M. Rappelez-moi. Je crois que je serais plus intimidé à Paris dans le monde. Au revoir. Je lui fais des dictées. JULES LAFORGUE.

comme le jour de l'an à Paris. Alors. en lui envoyant la lettre la veille.LETTRES A M. ô grand homme L'Impératrice est toujours très contente de moi. j'ai pensé que. ÉPHRUSSI V [Berlin. Je vous ai écrit que cela m'avait été impossible. Mais là. j'ai rebroussé chemin me disant que. très probablement. J'ai lu l'article de W. Je suis allé Unter den Linden. 0 bénédictin. Je songeai donc à envoyer la lettre aujourd'hui samedi. Je vois ici depuis quelques jours tant de préparatifs. j'allais être importun en faisant cette visite demain dimanche qui est la Noël. Je suis très embarrassé. sur Van Praet où il y a trois lignes sur vous. . on respire un si joyeux air de fête que ce jour de Noël me paraît être très important ici. Vous m'aviez dit d'aller faire votre visite à M.] Cher Monsieur. très probablement. Dites-moi que rien n'est perdu et que je n'ai pas commis de faute. je dérangerais votre cousin. 24 décembre 1881. dimanche dernier. Je viens de recevoir le Livre où je lis une petite note sur votre travail que je bouquine. M.

Cela m'a été remis par ma bonne comtesse Hacke et à la lecture de demain soir je remercierai l'Impératrice en l'assurant encore de mon dévouement. Je ne me rappelle pas une heure de ma vie où la joie ne m'ait navré ou du moins attristé. M. et je prends les plus petits détails de ma besogne à cœur. ma foi. sait par vous que j'ai votre lettre depuis une semaine. une intimité littéraire. . Et puis. surtout si M. à ce propos. Je m'aperçois que je bavarde.MHLANGfeS FOSTHOMBS Cet. présent d'un beau nécessaire à écrire avec une exquise bonbonnière azur à peluche bronze.lectures se passent presque dans l'intimité. Item. le dans les Penséecs de chapitre des divertissements Pascal). Rassurez-moi. Je voulais seulement vous exposer ma situation relativement à cette visite tant désirée et que les circonstances m'ont fait retarder. Je suis très anxieux de savoir si je n'ai pas commis quelque faute. Votre reconnaissant. m'a fait ce matin L'Impératrice. La stupide humanité a besoin de fêtes (v. J'étais confondu. voilà. Cette atmosphère de fête m'attriste au-delà de la mort. JULES LAFORGUE. copié à la plume le portrait de Maître Hyeronimus exécrable. hier au soir.

Peut-être vous entreriez même. Surtout si vous saviez comment. répondre. Cher Monsieur. Je suis chargé de fureter dans les journaux pour trouver des entrefilets de modes pour la première femme de chambre de l'Impératrice. Je sors de ma lecture de onze heures. Le Royaume des chiffons l'a enchantée tout particulièrement. pardon d'avoir tant attendu pour vous J'ai fait une foule de courses. Rien dans les journaux. J'y ai trouvé une parisienne institutrice. L'Impératrice goûte beaucoup les articles d'Étincelle. . D. quelque chose comme Saint-Cyr. M. comme je vous l'ai dit. mais. M. Tout simplement. MUe de Meindorff. ÉPHRUSSI VI Berlin [31 décembre 1881]. et M.LBTTBES A M. mon incurable timidité est assez aise du prétexte de la semaine du jour de l'an pour retarder encore ces deux visites que je désire tant. nièce de Meyer du Collège de France. Si vous saviezque je vous aime. L'Impératrice a ici un pensionnat modèle. Pardon. Toujours Metternich et toujours Sully Prudhomme.

votre jeune gloire (de bénétrès dictin-dandy ?). Bourget m'écrit. . par exemple. J'attends toujours aux Débats l'article de Clément ou du fidèle Berger. Je fais de l'allemand. sur trois sortes de critique d'art. vos collections parisienne. à Berlin. Pour moi. votre silhouette. Merci de vos bonnes lettres. en prenant comme exemples. Une autre. des averses. A Paris vous avez naturellement des marécages. une journée de printemps avec le Aujourd'hui. et je verrai aussi. travaille. les éternels arrosages sur la voie publique. vous racontant n'importe quoi. un être qui vous doit tant et vous en est si reconnaissant. mais je ne veux pas qu'elles soient un ennui pour vous. du musée de Berlin. avec toujours cette épigraphe sous entendue: nil sub sole novum ou plutôt omne sub sole novum. Répondez-moi quand vous avez un petit quart d'heure à tuer et que votre papier à lettres n'est pas loin de votre main. des vers. du brouillard malade. un article pour moi. laissez-moi vous écrire souvent. Il y a cinq à écrire sur votre livre Une sur chroniques vous. vos travaux. à l'aventure. Je sais que vous pensez à moi et que vous n'oubliez pas qu'il y a quelque part. et comme toujours les arrosages. soleil et le ciel bleu clair et de grands militaires reluisants.MÉLANGES POSTHUMES Et je travaille. Je reçois les jeudis et les lundis de Bourget. J'ai trouvé ici un de ses amis.

peut comprendre l'âme d'un artiste de la Renaissance.Taine. Votre bien reconnaissant. celui du Watteau des de Goncourt. et puisque c'est l'usage et malgré mes convictions fatalistes. ÉPHRUSSI votre procédé. Voyons ce que je vais trouver un de ces jours dans le Parlement. etc. Je viens d'être présenté à la Princesse royale. Sur ce je vous quitte.LETTRES A M. Cher Monsieur. VII Berlin |9 janvier1882]. De toute façon vous verrez combien cette âme de poète aura compris votre œuvre et comprend l'âme de celui qu'entre nous nous appelions notre maître bien que je n'aie jamais fait d'infidélité au vieux Rijn. etc.. et va chez Brébant et fume sur le boulevard et porte des tuyaux de poële. Une autre sur ceci Jusqu'à quel point un Parisien de 1882 qui collectionne des impressions et va à Bruxelles pour écouter une première et a son fauteuil à l'Opéra. permettez-moi de vous « souhaiter une bonne année » à vous et aux vôtres. JULES LAFORGUE. Elle est d'une simplicité et d'une amabilité char14 . celui de M.

Alors je me suis mis à bavarder. d'une deuxième édition de votre livre. enfin. Seulement elle a vu à la première page votre petit mot. pêle-mêle avec la pacotille des livres d'étrennes leur ôtait peut-être quelque chose de leur caractère imposant et durable. J'ai insinué que la publication de pareils livres à l'époque du jour de l'an.e j'ai été peut-être un peu bavard.MÉLANGES POSTHUMES mantes. moi. Elle était émerveillée et plaçait des appréciations justes. trop peut-être. J'ai toujours peur. puis. j'ai porté l'autre jour votre volume à l'Impératrice. etc.). de l'article de Cheshistoriques. à son côté. n'est-ce pas ? ce qu'on vous en dira si tant est que tout ceci ait. l'importance que cela a eu pour moi. mais la Princesse m'a d'ailleurs ditesmis sur votre chapitre et dame. J'ai mis le livre devant elle. et me disant: Je l'ai presque terminé (votre livre). J'ai bien bavardé. Je vois son geste me montrant vaguement avec un sourire une table de travail. et j'ai eu toutes les peines du monde à lui persuader que c'était pure amabilité de votre part. Je m'en suis tiré je crois (sauf qv. Outre cela. neau. parlant de vos portraits de M"'e Ve G. en réalité. je lui ai montré une à une les héliogravures et quelques dessins. je deviens observateur). La Princesse m'a tout de suite parlé de vous (je ne suis plus timide. que je n'avais fait qu'un . elle a 'feuilleté les premières pages.

Il fait ici un temps de mars très doux et pluvieux. etc. une dissertation force éternellement charmante et sale et ridicule. élève préféré de Vieuxtemps. un pianiste. Je regrette les galeries de l'Odéon. ÉPHRUSSI travail de copiste. Que tramez-vous entre votre Grenouillère de Monet et le Constantin Guys de Manet et le Van Goyen noyé d'averses et de brume. travaille. ô bénédictin. Et maintenant. (J'ai été amou- . Et voilà. Je fais des connaissances. cette coup de vers. le violoniste Ysaye. les ciels malades que l'on voit du pont de la Concorde.LETTRES A M. et la chose bizarres de d'Ary Scheffer. Assez d'allemand. Et Bourget? Je vois très souvent ici un de ses amis qui fait de la critique musicale. et les archéologies Moreau dites ?. Puis je refais des vers. et que d'ailleurs il était évident que j'étais trop jeune pour collaborer à de pareils ouvrages. Puis. les belles flaques de la place de ce nom. Etc. elle m'a félicité du cadeau que vous m'aviez fait là. beausur l'amour. je me réchauffe les yeux avec une pile de crêpons japonais laissés par Pigeon. Je travaille. Vu les peintures du café Bauer. que faites-vous ? Je vois toujours les sommaires de la Gazette et de l'Art. un peintre de Dresde. Alors. ami de Rubinstein.

et les rosses résignées et somnolentes des fiacres. 13 janvier 1882. puis faite (enfin) ma visite à M.) Je regrette les enterrements à la Madeleine et à SI-Augustin. puis des courses. mais je ne trouve e vraiment pas le temps d'écrire. Ce matin lecture. Je soupçonne que M. Je me suis tout de suite senti dans une atmosphère de sympa- . J'en sors. M. qui s'intéresse beaucoup à notre littérature. J'ai bavardé très longtemps. Cher Monsieur. J'espère que vous ne m'oubliez pas. sur vous et sur tout. M. J'ai vu aussi MUe M. Jules Laforgue. même si vous n'avez pas le temps de m'écrire et je suis votre bien reconnaissant.m6langbs posthumes ceux de la statue de Nantes qui symbolise la chasteté saine et virile. il est onze heures et demie. M. M. On m'écrit qu'on a vu votre livre à Tarbes (H'esPyrénées) VIII Berlin. puis préparer la lecture. a été bien aimable pour moi. Je vous serre la main. Je vous demande de m'excuser. est un bibliophile convaincu. puis la lecture et à neuf heures un thé chez la Princesse royale.

mais je ne me suis pas effrayé. Curtius. le comte de Pourtalès. Un instant la Princesse royale est venue à moi et m'a parlé. Je sentais tous les yeux braqués sur moi. Mais j'ai glané des pages de notes. et j'en ai fait de nouvelles. De neuf à onze heures j'ai été tout yeux et tout oreilles. De bien curieux. Et les femmes. Un curieux profil de diplomate anglais. etc. Maisje voudrais qu'on fût bien persuadé que je supporterais tout plutôt qu'on crût que j'ai commis une impolitesse avec intention.LETTRES A M. M. outre l'aimable monsieur de Seckendorff. Werner (les [peintures du café Bauer). mais j'espère qu'il m'a pardonné mes retards (vous devez lui avoir dit que j'étais coutumier de ces sortes de choses). malgré mon air de mélancolique errant. mais au bout de cinq minutes j'étais remis et j'observais des types. et j'ai été souple comme dans un roman de Stendhal. Je voyais 14» . Un incident Vers dix heures. J'ai tout de suite revu des connaissances. M. j'étais dans un groupe. De vieux gâteux chamarrés de ferblanteries dorées. J'étais bien effrayé de ce thé pour ce soir. Él'IIRUSSl thie. Je me repaissais de réflexions méphistophér r liques. commençait à croire que j'étais un être mythologique. et les femmes.

et que finalement j'étais bien confus. comme on dit. et je suis à mille lieues au-dessus de toutes ces dorures. Il me quitte et alors je demande au Dr Velten quel est ce militaire qui vient de me quitter ? Mais c'est le Prince royal. Vous le savez aussi. me serre franchement la main et se met à causer très familièrement en riant. Elle m'a répondu qu'il n'y avait pas de quoi être confus. Tableau. vous qui êtes le bénédictin dandy de la rue de L. Et voilà. Je lis une page de Spinoza ou de Hartmann. Alors. Je lui raconte mon cas et il me rassure.MÉLANGES POSTHUMES un militaire chamarré causant avec celui-ci. Je réponds je souris aussi devant cette rondeur affable. j'ai raconté à mon tour. Néanmoins je vais me confesser encore à M. vous avez vu mon fils ?. de Seckendorff qui me rassure et à l'aide-de-camp. etc. » (Le Dr Velten lui avait raconté la chose). Je ne le connaissais pas. Brusquement il vient à moi. et je bavarde. de Nivenheim. Et que devient Bourget ? On me dit qu'il a disparu. qui en rit à son tour et fait plus que me rassurer. Ce matin l'Impératrice me dit en souriant ironiquement « Vous étiez au jthé hier. Peut-on lui écrire ? . et que je n'avais pas eu l'honneur d'être préalablement présenté à Son Altesse. celuilà. Il n'y a que l'Art. M. qu'il est en Angleterre en pourparlers avec miss Parnell.

j'en serais bien plus à mon aise. B. vos conseils et ne met-il plus d'eau dans son vin? Le bedeau de Saint-François de Sales est-il toujours le sérieux cicerone artistique que nous avons connu ? Il est probable que je recevrai M. IX Dimanche. JULES Laforgue. Je vous serre bien la main. M. ce qui est vrai. et sa famille. Je lui ai parlé de l'auteur comme étant le premier de la génération en vogue. Voilà longtemps que je ne vous ai écrit. Cher Monsieur. J'ai reçu un feuilleton de Bourget sur la Faustin et j'ai cru reconnaître votre écriture dans l'adresse de sa bande. . Et voilà. suit-il Que faites-vous? Que fait-on? M. Mais ne m'écrivez que si vous avez dix minutes à tuer. 6PHKUSSI a trouvé la Vie inquiète très disL'Impératrice tinguée de sentiment. Si vous aviez quelque conseil à me glisser à ce sujet. Donc vous vivez encore.Berlin. 29 janvier 1882.LETTRES A M.

Puis nous sommes sortis ensemble. des fantaisies légères. Un traité de géométrie avec des Cochin au bas des figures. Je ferme les yeux pour voir le pastel de B.? J'ai été encore le voir mardi dernier. Outre cela Pigeon m'écrit que Bourget est dans un découragement de tout. M. Il a un Goyen comme vous. J'ai passé deux bonnes heures aveclui.MÉLANGES POSTHUMES Vous ai-je conté ma première visite à M. est bien aimable pour moi. des dessus de tabatières. triste. M. était souffrante et je n'ai pas encore vu Mm6M. un beau. bien automne. le Baudelaire. Il m'a montré une série adorable de petits dix-huitièmes. Une édition de Molière avec les Boucher. une lettre triste. est un homme précieux. les deux volumes de notre Bourget. bien triste. que faites-vous ? Vous avez dû acquérir de nouveaux impressionnistes. Et vous. M. M. (Et son volume?) . Un Patenier. etc. des allégories charmantes jetées du bout du crayon relevées de quelques eoups de pinceau. avec parfois un sourire jaune. qui lui fait de la peine. M. d'un couchant si triste. Mlle M. J'ai reçu une petite lettre de Bourget. Il doit être avec moi le seul homme de Berlin qui adore la décadence en tout. La Faustin fait-elle beaucoup de bruit ? J'ai lu déjà plusieurs Pot-Bouille.fait les stations devant les vitrines. et chez moi où je lui ai prêté En ménage d'Huysmans.

Et en me le répétant la comtesse Hacke n'en était pas encore revenue. car il paraît que l'impératrice n'est pas prodigue sur ce point. Des mœurs bien curieuses. que faites-vous. Jamais l'Impératrice n'avait tant lu. J'ai ici deux amis (les deux frères Ysaye). Ils ont déchiffré et chanté toute la partition. ô bénédictin. ô homme sain d'esprit. Elle a dit à la comtesse de Hacke que je lui plaisais de plus en plus. Maintenant les lectures marchent bien deux par jour. L'un est violoniste (il avait un article dans le dernier supplément du Figaro et jouera vendredi devant l'Impératrice) et son frère est pianiste. Pris des notes. N'est-ce pas agréable ? Je crois que nous aurons bientôt SaintSaëns. ô homme bien équilibré? Vous reposez-vous sur votre jeune gloire ? Pourquoi n'êtes-vous pas passé par Berlin en allant à Bruxelles voir Hérodiade ?l i Ah vous savez que je connais Hérodiade maintenant.LETTRES A M. Passé plusieurs heures ensemble. ÉPBRUSSI Et vous. J'ai fait aussi la connaissance du petit Dangrémont et de son père. de nerfs et cœur. Et le ministère qui est tombé Hier j'ai expliqué de mon mieux à l'Impératrice ce que c'était que le scrutin de liste. ô dandy. Le matin nous faisons des exercices de style et comme sa main est trop faible pour écrire elle me demandait toujours de lui trouver une forme d'exer- .

MÉLANGES

POSTHUMES

cice. Après bien des réflexions, j'en ai trouvé une qui fournit l'occasion d'être spirituelle parfois et de tourner élégamment des phrases de vive voix, sur un mot. Elle en est chaque fois enchantée. (Est-ce assez Machiavel? ) Et tout est pour le mieux dans le pire des mondes possibles, sauf, etc., etc. Et je vous serre la main. Devinez à quoi je songe ? A la façon dont vous disiez « oh, quelle horreur » quand Bourget émettait une idée ou une expression. étrange. Vous souvenez-vous ? Adieu, ne m'en veuillez pas trop. Votre Jules LAFORGUE.

X Berlin, 2 février 1882.

Cher Monsieur, Quand je vous appelais ô homme sain d'esprit, de nerfs et de cœur, ô homme bien équilibré Cher Monsieur, vous êtes un sage de critiquer ainsi la maladie qui pousse des fleurs du genre de la Faustin, vous êtes un sage jamais vous ne sentirez le charme de la décadence, je vous plains et

A LBTTRKS M. ÉPHIIUSSI

assurément, quand je raconterai votre sortie à M. M. lui qui aime la décadence, il vous plaindra aussi avec un sourire d'yeux derrière ses lunettes d'or. Parbleu oui, tout ce que vous dites ta est très juste, mais, dame, il faut être de son âge et même en avant de son âge sous peine de passer pour un monsieur antédiluvien et d'être recommandé aux paléontologues de la critique littéraire. Vous me pardonnez, n'est-ce pas ? J'aime beaucoup la description que vous me faites de l'attitude de Bourget chez Renan (dont la Vie de Jésus a été appelée par P. Véron « du sirop d'hérésie). » Je vois encore Coquelin dans Diafoirus, mais j'espère que les sièges du salon de M. Renan ne sont pas si élevés que ça. Je voudrais bien voir Bourget dans cette attitude et baissant la voix, sa voix qui est tout un orchestre. Et vos dessins du Louvre ? Et son Baedecker ? J'ai trouvé ici la revue dans la Journal Zimmer à la Bibliothèque. Je n'ai pu encore aller voir M. D. (voilà une chose terrible). De une heure à trois heures on peut le voir et je n'ai ces heures bien libres que le lundi) et le lundi son musée est fermé. Voilà encore un petit martyre. Dites ? Je suis très occupé. Je lis en ce moment les deux énormes volumes de Galiani avec la certitude de

MÉLANGES POSTHUMES n'en pas tirer une page ch lecture pour l'Impératrice, c'est un peu vert. Nous avons la ressource de la Revue des Deux-Mondes (Maxime Du Camp et un article sur les musées de Berlin). Nous allons avoir ces jours-ci l'exposition Vereschagin (Est-ce bien l'orthographe ?) Je l'avais déjà vue à SaintArnaud à une époque de flâne à outrance, et j'y ai passé, je me rappelle, deux entières après-midi. Ici, je n'aime après Menzel et autres, que leur Joseph Brandt qui a une si belle verve de touche et qui m'était resté inoubliable avec ses Kosaques de l'Exposition Universelle de 1878. J'ai été voir hier M. M. Je ne l'ai vu que quelques minutes, il gardait la chambre pour un mal de gorge survenu. Merci de votre lettre. J'irai le revoir. Adieu bien, Votre JULES LAFORGUE. Connaissez-vous le concert Hans Bilse de Berlin ? J'ai fait là-dessus une pochade pour un jour à la Vie Moderne. Je me suis aperçu que mon, volume de vers était un ramassis de petites saletés banales et je le refais avec rage.

LETTRES

A M.

ÉPHRUSSI

XI

Berlin, 12 février 1882,samedi soir. Cher Monsieur, Je viens de lire votre article. Il est bien intéressant. Mais rien qu'à la façon dont il commence, rien qu'aux quelques lignes où vous donnez le caractère de ces médailles, rien qu'à la façon dont vous terminez, bref à l'allure consciencieuse et modeste de ces quelques pages j'aurais reconnu que vous en étiez l'auteur quand même je n'aurais pas trouvé votre nom au bas de la dernière. Et, dix minutes, je suis resté en extase devant les pieds aristocratiques, du duc de uniques Bien que « vilain et très vilain » Reichstag. (comme disait ce voyou de Béranger), j'adore la race et quand, dans ce monde où je suis un peu fourré, je la rencontre, j'ai des jouissances uniques. Sincèrement, ici, il y en a peu. La plupart de ces piliers de cour sont assez vulgaires. J'ai vu des jeunes gens a Paris et des dames qui avaient plus de race que ça. Le siècle pue le parvenu, n'est-ce pas ? La princesse 1 royale, elle, est d'une distinction
15

MÉLANGES POSTHUMES

bien complexe dont on démêlerait les éléments avec plaisir la plume à la main. Quant à l'Impératrice, c'est un type accompli de grande dame, comme les aiment ceux qui ont vécu en imagination dans les salons du grand siècle et dans ceux du dernier. Mais il ne faut pas que je vous fasse trop de confidences. Vous devez sans doute lire le premier article de Pigeon. Il a fait ici un triste effet. La nouvelle s'en est répandue au milieu d'un bal à la cour et a fait du bruit. Un peu de cette petite trahison est retombé sur moi. Mais j'ai pris mes mesures et j'ai eu avec le secrétaire de l'Impératrice une petite conversation qui arrêtera net toutes les méfiances à mon égard. Le cas de Pigeon est assez. singulier, mais je n'en dis pas davantage pour aujourd'hui. J'ai vaentrefilet sanglant de guement cu un écho d'un et la Gazette officieuse de la cour, pour Pigeon Motus. je ne sais pas ce qui arrivera. Je me tais. J'ai été revoir ici les Vereschagin où j'avais flâné de si bonnes après-midi à Paris. Ici, c'est autrederrière ment bien installé. Eclairage électrique, la cloison où s'appuie la grande toile du Prince de Galles, un orgue joue des choses lentes, éternelles et si tristes, qui m'ont bouleversé quand j'ai conet templé (vous vous rappelez?) ce pope en noir

LETTRES

A M.

ÉPHRUSSI

argent cadavres

avec nus.

son

encensoir

devant

la

plaine

des

J'y ai rencontré M. M. mardi dernier. J'ai enfin fait la connaissance de Mmo M. qui lit les Souvenirs de Renan dans la Revue des t)eux-Mondes elle est bien aimable et m'a semblé devoir être spirituelle. J'ai reçu hier au soir nne de ces cartes comme on en reçoit à Berlin.
Heur M. UND Erad

beehren

sich.

etc.

einzuladen

C'étaitun dîner pour demain dimanche à six heures. Hélas j'ai lecture tous les dimanches à sept heures, mais après ma lecture je m'échapperai vers les Linden passer un bon moment, causer avec M. M. tâcher de lui faire aimer un peu Baudelaire qu'il ne goûte décidément pas. Je lui ai porté le Gaulois de Zola, cela l'a dégoûté du reste. Je lui ai porté La Faustin. Je lui porterai La Chanson des gueux. Est-ce de vous que j'ai reçu ce matin un Gaulois avec, marqué, un article de Benvolio ? Qui est-ce, Benvolio ? a Adieu. le J'espère que vous êtes toujours même, bien portant, soignant votre barbe, fumant des cigarettes thé en riant du style degoncouresque. Je vous serre la main. (J'espère aussi que M. Hos.

MÉLANGES

POSTHUMES

clwdé ni autre ne vous a dépossédé de notre Monet aux barques: bien dessinées, et que je le reverrai.) `;
K-

Votre JULES LAFORGUE.

Je vous parlerai prochainement d'un projet sur > Watteau.

XII
Berlin, 31 mars 1882, vendredi.

Cher Monsieur, N'êtes-vous plus à Paris ? Je vous écris encore à la même adresse. J'ignore absolument ce que vous devenez. Bourget est à Aix, dans des pays inconnus qu'on voit sur les cartes de géographie. M. et MmeM. ont quitté Berlin. J'attends le numéro de demain de la revue pour voir si vous donnez la suite de vos dessins du Louvre. Je lis chaque jour les belles choses qu'on envoie au Salon le Roll, le Manet, etc. A ce propos, vous ai-je parlé d'un artiste d'ici Max Klinger, qui a une sorte de génie du bizarre ? Il a envoyé au Salon de Paris une toile intitulée Cerné que je n'ai pas vue, mais qu'il m'a décrite et qui doit être bien étonnante. Il a peur qu'elle

Il paraît qu'il cultive le paysage. Je n'en ai rien vu. il y a des effets ce qui prouve que Guillemet est un étonnants. Nous avons eu l'exposition d'une sorte d'union artistique de dames. Les jours passent et se ressemblent. à part une large et brutale copie de Hals de je ne sais qui. Au reste. Je lis à peu près tout ce qui paraît d'intéressant comme littérature. très travaillé. etc. Votre amie la Princesse royale est toujours malade. si profond. paysagiste de génie. C'était bien mauvais. le Luisen Ufer. de S. J'ai trouvé ici des endroits tristes où je vais promener mes mélancolies derrière les Zelten. et . Remarquez-les. il vous en parlera et vous serez témoin de ses accès de lyrisme. Le soir.LETTRES A M. mais je sors de son Renan qui est étonnant. de l'autre côté de Berlin. La comtesse de la comtesse Brühl. la princesse FréBrandebourg. mais si voulu. Le volume de Bourget continue à ne pas se montrer. le Kronprinz Ufer et. vous serez étonné. Ici tout le monde fait du paysage. Il va envoyer en outre quatre eauxfortes en deux cadres. C'est péniblement fait. J'entrevois de temps en temps M. Ma vie est toujours la même. déric-Charles. ÉPHRUSSI soit refusée. L'exposition Vereschagin continue toujours. M. si vous voyez M.

Que de choses. nous irons dans une autre. Il fait beau. XIII Dimanche. Je m'ennuie toujours. 9 avril 1882. pure modestie. Je vous serre la main. Mon cher ami. une lettre haletante. Quand saura-t-on de vos nouvelles ? Adieu. mais il est d^s mystères qu'il faut se garder de vouloir approfondir. . c'est. entre nous. La revue n'arrive ici que cinq jours après qu'elle a paru à Paris. Berlin.M'LANGES POSTHUNES toujours l'orgue caché derrière l'immense toile du Prince de Galles joue l'Ave Maria de Gounod. Le poète Bouchor est venu entendre la Passion de Bach. Je viens de recevoir votre bonne lettre qui m'apporte de la fièvre de Paris. et que vous êtes heureux Si vous vous plaignez de ce tourbillon. Votre JULES LAFORGUE. et la ville de Berlin est de plus en plus assommante heureusement que dans quinze jours.

Encore un. de Richepin. il est encore le plus pénétrant. dans ma dernière lettre. c'est un passage qui mène de la Taubenstrasse à la Hausvogteiplatz. hier au soir. Bourget a adoré la gloire. avec quelque chose de plus qu'eux tous. si nous ne partions bientôt aussi à notre tour. Mais vous vous rappelez peut-être.LETTRBS A M. si la revue est arrivée au café Bauer. envoyées au Salon et signées Max Klinger ? Je découvre de nouvelles eaux-fortes ici. Vous ai-je parlé. à une heure de la nuit. Je finirais par être seul. etc. Hier. d'une toile et de quatre eaux-fortes. je contemplais une sorte de passage en rivière noire et puante. J'ai souvent réfléchi à ce que pouvait être la gloire pour Bourget. au-dessus de Sully. à part les maîtres bien assis. En laissant de côté l'inévitable il y a longsubjectivité de tous mes jugements. temps que je pense et dis à qui veut l'entendre a du génie parmi nos poètes. Tout le monde part. Quant au critique. de Coppée. Je suis heureux de ce que vous me dites de la gloire de Bourget. sous la lune. C'était enivrant comme eau-forte. profondément encaissée entre les murailles lépreuses. que si quelqu'un c'est Bourget. son âme. ÉPHRUSSI Je lirai probablement ce soir votre nouvel article sur les dessins du Louvre. .

je pense. Je travaille un peu de tout. comme un Balzac. avec la gloire exquise d'un Tennyson singulier pour le public choisi.MÉLANGES POSTHUMES furieusement. Je lis. les voyages tourmentés d'un Byron. Et je note. Le public ne pourra jamais lui donner la gloire qu'il mérite. sans le génie de la patience. et l'on n'a pas encore analysé la maladie dont Flaubert est mort. et à laquelle il a conscience d'avoir droit. j'aurai deux ou trois mois. . devant ce succès auquel il n'avait bien certainement pas songé. Ce changement d'atmosphère civilisée m'a retourné le cerveau comme on retourne une omelette. Mais le public que nous avons. Mais je n'écrirai jamais rien sur les gens que je vois en tant que personnes. mais cela ne durera pas. Tout ceci serait trop long à développer. ne -lui donneront jamais que la gloire bourgeoise d'un Taine pour la foule. Nous partons pour Bade vers la fin du mois. Et c'est encore peu pour qui a rêvé les fanfares des siècles passés. Bourget se sent peutêtre repris d'une de ses frénésies d'antan. et l'art comme le respecte Bourget. Maintenant. mais surtout. un Balzac aux épaules frêles. je note toujours. On vient de m'offrir un congé de quinze jours que je n'ai pas pris pour ne pas déranger l'Impératrice dans ses habitudes. j'écris. Ma vie est toujours la même. tout au moins. ou. En août.

J'ai été visiter une exposition dans la Commandantenstrasse il y avait peut-être une ou deux bonnes toiles et un tableau sans valeur d'Eugène Chaperon fourvoyé là je ne sais comme. Et je m'y ennuie. pendant ces semaines. vous connaissez Wiesbaden. Renan. Mais maintenant on la voit sortir.LETTRES A M. Hélas je n'en verrai que le catalogue illustré et c'est maigre. Cher Monsieur. La Princesse royale avait simplement mal aux yeux. XIV 26 avril 1882. Bonnat. Je suis à Wiesbaden depuis bientôt une semaine. Vous me parlez tant du Salon Avec le Puvis. je m'y ennuie Vous qui avez été partout et même ailleurs. Votre JULES LAFORGUE. Manet. n'est-ce pas ? i5* . ÉPHRUSSI Mais j'utiliserai mes notes psychologiques en les transposant. Blanche. bien maigre. Je vous félicite pour le Menzel qu'elle vous a envoyé. Wiesbaden. un orgelet. Au revoir et merci de ne pas m'oublier et de votre bonne lettre.

je note des coins et les sensations y correspondantes. quand vous me reprochiez de sacrifier à de Goncourt ? Et vous y voilà. n'étant ici que pour dix jours. Je fais des kilomètres. que d'aller courir à travers les côteaux. mais rien à lire. Tout est déjà vert ici. Votre vue d'ensemble sur l'art hollandais est vraiment étonnante (entre parenthèses je ne vous savais pas si amoureux des intérieurs hollandais et des ciels pluvieux). ne pouvant travailler. les petits bois. Vous avez surtout un passage avec des touches où l'on sent le paysagiste qui est resté en vous. Puis vos lignes sur Backuysen et Rembrandt. Je suis heureux de voir que vous aimez Ruysdael qui. J'ai à la fin mis la main sur la dernière revue et votre article est vraiment étonnant comme langue. il est vrai que vous êtes russe. Pourquoi n'avez-vous pas écrit le livre que Havard vient de publier (il y a déjà des mois) chez Quantin dans la série de l'Enseignement des BeauxArts ? Je n'ai pas vu votre nom sur le catalogue d'ouvrages en préparation. Les sapins me vont au cœur. est le plus grand paysagiste qu'ait produit la terre après Guillemet. Vous souvenez-vous.MÉLANGES POSTHUMES Je n'ai d'autre distraction. . car pas installé. Je me grise de verdure. n'en doutez pas.

en arrivant ici (Bade. M. n'est-ce pas ? Votre JULES LAFORGUE. où je n'étais plus.LETTRES M. spleen. samedi au soir. M. ayant passé dix jours à Wiesbaden avant de venir ici. 1°' mai 1882. vous a-t-il dit beaucoup de mafde moi? Il m'en veut de lui avoir fait admirer deux ou trois pages des Fleurs du mal. J'ai lu votre lettre avanthier. Cher Monsieur. Spleen. de Bourget ? Et Pot-Bouille? Je l'ai lu en une journée de chemin de fer. ÉPHRUSSI A Et celui sur le Baiser de Michel-Ange ? Ce Baiser est la chose la plus sublime que la planète ait encore produite en fait d'amour. XV Baden-Baden. Je vpuj»remercie d'a. Rien de nouveau sous le soleil. spleen. maison Mesmer) où votre lettre m'avait précédé. C'est aujourd'hui lundi. Quand paraissent les Av^rr. Ce ne sera pas son chef-d'œuvre.voir songé moi pour par- . de Berlin à Wiesbaden. Votre lettre était adressée à Berlin.

Les huit pages vous seront remises le douze mai à moins d'un vol des Postes. Ma machine n'en sera que mieux. Je vous dis adieu. je crois. sont-ils rentrés sous . Nous avons ici dans le Kursaal un cabinet de lecture auquel je n'ai pas encore rendu visite. Mais je me suis déjà mis au travail. Et encore ues fois. projeteur d'éclairs. il y a une KunstAustellung permanente. Dans quel travail êtes-vous plongé ? Un tirage à part de vos dessins du Louvre ? Vos portraits ? Avez-vous de nouveaux impressionnistes ? Dans toutes lesvilles. et qu'il n'y a pas moyen de se procurer un timbre-poste. Mais on n'y voit jamais rien. et MmoM. \Si vous avez encore à préciser des points. C'est lamentable et sanglotant. Et d'ici là les Aveux auront paru. J'espère que vous serez content de ce* que je vous enverrai. mais où j'espère trouver la revue. mais figurez-vous qu'ici.MÉLANGES POSTHUMES 1er de votre livre dans la revue. exactement Ce que vous me dites comme points sur lesquels insister m'aide beaucoup. Je voulais vous le dire tout de suite. merci de ce début que vous me procurez. ici. le dimanche. Quelque chose digne de votre livre et digne du assembleur des nuages et temple où préside M. rien. Ce travail va me désespleeniser pour un mois. M. faites. la poste reste fermée tout le jour.

Cette lettre ne partira que demain matin. XVI Mai 1882 Bade (toujours) vendredi. et qu'avant de songer à faire un Salon. Et dire que si l'an dernier on m'avait offert un Salon à faire dans une feuille. il y a un quart d'heure. Je viens de terminer. Je vois que je ne suis pas encore capable d'écrire un article d'art. je devrais en faire d'abord un ou deux pour moi seul comme étude. j'aurais effrontément accepté. KPFHUSSI leur tente? Toute votre famille se porte-t-elle bien? Avez-vous de la verdure au Parc Monceau ?Et plus de mâçons. Je l'ai terminé avec la hâte d'en finir. avec l'horrible marchand de vins d'en face ? Votre Adieu. Cher Monsieur. J'avais commencé ce travail avec enthousiasme. de charpentiers brutaux dans votre rue. JULES LAFORGUE. la besogne en question et je l'ai mise juste à huit heures dans le Briefeinwurf.LETTRES A M. de plâtriers. .

que je ne sais pas si c'est parce que je fume depuis que je suis en Allemagne (pas cependant énormément) ou quoi. Connaissez-vous Bade ? C'est d'une banalité comme décor de paysages et comme ville de plaiC'est à mourir sir Je vais tous les jours à cette Conversation décorée par des pinturlureurs à quatre sous. Au moins en voilà un. mais le mot juste ne me vient plus ou me vient après des tortures. il rentre dans Berlin déjà. « Le beau monde ». se promène dans le jardin écoutant la La civilisation y est à musique. de S. qu'il ne connaissait. Figurez-vous.MÉLANGES POSTHUMES JI faut que vous sachiez que je ne suis pas très enclin à la modestie. je vous prie de le croire ? Nous avons causé d'art. Nous avons feuilleté mes exemplaires de vos brochures. en outre. Je vais au Cabinet de lecture où je cherche les bons morceaux que l'on peut glaner dans une collection du Graphie. Et ce pauvre Gill ? J'ai passé la soirée d'avant-hier avec M. au moins en ai-je conscience. aimable et intelligent. Ils sont rares ici. Après avoir revu Londres et Paris avec leur fièvre artistique. écœuré de la nausée qui l'y attend. Il m'a parlé du Salon. Pas une toilette ce point avancée qu'on ne peut se promener dans les rues ou le jardin avec un chapeau haut. c'est déjà beaucoup. II a beaucoup couru avec vous. même .

que j'espère. que tout le monde ne s'étonne. un curieux de JésusJe possède une Imitation tempérament. cependant. Que dites-vous du moins de ses eaux-fortes ? C'est curieux d'idée. J'ai vu un catalogue du Salon et j'ai un vague soupçon que la toile de Max Klinger a été refusée. pour demain matin. ÉPHRUSSI à moins correct. Votre JULES Laforgue. Cher Monsieur. qu'on ne soit un très vieux vieillard. Puis des eaux-fortes de Chjfflart (pour . pas avec assez de bravoure. quoique pénible. dédaignant les n'ont que splendeurs de ce Bade où les librairies des romans de Dentu et n'ont pas pu encore me faire envoyer les Aveux. à le prendre en bloc. C'est cependant. XVII Bade. trop préparé et sabré. lundi novembre1882.LETTRES A M. et je m'en nourris dans mon cœur solitaire. Ma vie a recommencé. Je n'ai pour me consoler qu'une cire de Cros qui me sourit maladivement. Christ et l'Ethique du Grand Spinoza. adoasée à la lampe. m'a repris dans ses engrenages peu fiévreux.

MÉLANGES POSTHUMES la plupart assommantes. mais révélant une âme michelan. un drôle de correspondant comprenant ses devoirs d'une façon légèrement biscornue. a Qu'en pensez-vous ? En revanche. Ce sera très important et j'essayerai « d'être à la hauteur de ma mission ». Schwanthaler. etc. alors à peine encore aménagée. je me sens capable d'un sérieux et compact volume sur l'art contemporain allemand. J'ai revu mes notes pour l'exposition de Munich. des Schnorr. Car je devrais le commencer de cette « La visite dont ces lignes sont le façon ridicule compte-rendu remonte à quatre mois et à l'ouverture de l'exposition. j'y ai pas mal bûché le côté théorique. grande exposition de l'art contemporain berlinois. Je suis content de Paris.. la base philosophique de l'art des Cornelius. si peu important qu'il doive être. J'enverrai deux articles de dix pages ou douze chacun sur le musée contemporain de Berlin. . se diront les abonnés. je vais trouver une. Je n'ose pas faire l'article. gélique). De plus. Avec une Introduction qui fera le quart du volume et qui sera toute de psychologie et d'esthétique. Voilà par conséquent infiniment incomplète ». en arrivant à Berlin. vous verrez.

XVIII Berlin. très juste et très condensée. mercredi. Le soir. Vous ai-je écrit depuis que je suis à Berlin ? J'ai revu M. J'ai causé aujourd'hui. Cher Monsieur.LETTRES A M. une pareille introduction toute philosophique effaroucherait les habitudes de la revue ? J'en vois déjà la trame logique et tes détails et j'avoue ingénûment que je la crois neuve comme vue d'ensemble en laissant à d'autres le soin de dire si elle est juste et complète et répondant à tous les a posteriori. K l'Hit OSSI Cette introduction sera très sérieuse. puis à Berlin. qui non seulement sont les . toujours français. Enfin vous verrez. Mais dites-moi si. décembre 1882. j'espère. et. en principe. grande société et nombreuse. une bonne heure. A che va la vita ? fuor che a dispregiarla ? Votre JULES LAFORGUE. De là à Coblentz jusqu'au premier décembre. Nous restons à Bade jusqu'au douze. en fumant avec Maxime du Camp. Je vous la soumettrai avant tout. et MmeM. Mais que la langue allemande m'est lente à lire et je ne parle que français.

J'ai fait un assez long article de revue. Lévêque. Taine dans un état de cerveau inconnu depuis mes nationale. mais encore ont la bonté de ne pas remarquer ma sauvagerie. enfermé. Les Jockeys de Degas étaient merveilleux avec son culotté de tapisserie. Bouddha sous le figuier de Gaza. Hegel. savant mais je n'aime pas ce porcelainé et curieux. cloîtré dans ce château de Coblentz. j'avais infiniment pensé et travaillé ? J'ai relu les esthétiques diverses. Devant les Renoir. de une esthétique qui s'accorde avec l'Inconscient . une explication physiologique esthétique (?) de la formule impressionniste que M. et dans une nuit. Pissarro est vraiment un monsieur solide mais nous n avions pas de Caillebotte. c'est moelleux et chatoyant pression. Vous ai-je dit que dans ces vingt jours. Je me dix-huit ans à la bibliothèque suis recueilli. M. St-Jean à Pathmos. Je le lui ai remis hier. très avons vu les impressionnistes intéressants sinon des plus significatifs.MÉLANGES POSTHUMES personnes les plus artistes d'ici. mais pas de Danseuse. Nous de chez Gurlitt. de dix du soir à quatre du matin. comme un pastel. Schelling. tel Jésus au Jardin des Oliviers. Platon au cap Sunium. son nu de femme est solide. toujours la même imc'est fin. lisse. Saisset. traduisait pour une revue. j'ai écrit en dix pages les principes métaphysiques de l'Esthétique nouvelle.

le transformisme de Darwin. J'aurai du moins rêvé que j'étais le John Ruskin définitif (1). ce sur quoi Taine se tait. ni avec les travaux de psychologie les plus avancés. . XIX Berlin. ÉPHRUSSI Htulmann. Enfin on verra. etc. JULES Laforgub. n° 56). ou ai-je enfin la vérité sur cette éternelle On le verra. Ma méthode. et vous verrez. J'ai deux lectures régulièrement par jour avec livres à choisir. et ça explique le génie spontané. Cher Monsieur. Je travaille comme un nègre pas cependant comme le nègre Dumas père. 2'j 12.dans La revueblanche du 1eroctobre (tomeIX.LETTRES A M. En tout cas question du Beau ? c'est très nouveau. ça touche aux problèmes derniers de la pensée humaine et ça n'est en désaccord ni avec la physiologie optique moderne. à lire (1)Cetteétude n'a été publiée qu'en1895.82. Je mets la dernière main à mes quelques pages préliminaires sur l'Allemagne pour l'étude sur la National Galerie de Berlin. ou plutôt ma divination est-elle enfantine. les travaux de Helmholtz.

A peine de temps en temps un fiacre sous les Linden. avec le Rhin en bas. J'ai donc un nouveau petit volume de vers que je ne publierai pas plus que le premier. C'est une infinie volupté. Aussi j'en écris une seconde. dans un an. J'ai une comédie en un acte. mais qui ne doit pas être fameuse en réalité.MÉLANGES POSTHUMES d'avance. A Coblentz aussi. le temps de dormir. et vous verrez qu'il ne me reste pas grand'chose. et la Revue des DeuxMondes. Toute la maison est endormie. Prélevez là-dessus le temps stupide de s'habiller deux fois. Alors j'entasse les feuilles de papier noirci. Je travaille la nuit à la lampe. Plus j'avais réuni des notes pour une étude courte mais supra-philosophique sur John Ruskin et le préraphaélisme mais on me dit que Chesneau est à la veille de publier un bouquin sur le même sujet. et trois journaux. il me paraîtra aussi ridicule que mon premier m'apparaît maintenant. Aussi. piqué de lumières reflétées. le sujet est très beau. Quelquefois le clair de la lune sous la neige fine de Hausvogteiplatz. Mais un premier roman ne peut valoir grand'chose. plus noire que les Corbeaux. j'avais pas mal besogné. le temps stupide de manger (mais je me cache toujours pour manger). avec quelle intensité Plus J'ai terminé un roman. . les menues dépenses de temps. attendu que. j'en écris un second.

L'autre soir. ÉPHRUSSI Il pleut un rude spleen sur Berlin. .LETTRES A M. On est toujours content de moi. Je réponds invariablement que c'est la vie. des jours où je lis très haut. le public se ruerait dessus. publient quelque énorme machinette chaque jour de l'an ? Pourquoi ne feriez-vous pas un livre qui n'a pas été fait et qui est si fécond (l'impressionnisme). et MmeM. d'autres où ma voix n'est qu'un souffle. Michiels. et j'ai été pris d'une rage de dents. Il y a tant de choses à faire. etc. je devais aller passer la soirée chez M. Quand vous aurez le temps. Vous ne publiez donc rien cette année Vous ne voulez pas vous enrôler dans la catégorie des forçats qui. Seulement il paraît aussi que j'ai des jours bizarres.. n'est-ce pas ? JULES LAFORGUE. Mantz. ferez-vous un volume de vos dessins du Louvre ? Au revoir j'espère que vous m'enverrez quelques lignes parfois. Impossible d'y aller. Il paraît que je suis passé maître dans l'art de choisir les romans voulus et dans celui de faire des coupures. comme Müntz. ou bien une belle étude sur Chifflart le Michelangelino moderne français.

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sans frais personnels. Maintenant. Qu'est-ce que c'est que ce bout de lettre que je D'abord cela ne commence par rien ni reçois cher Monsieur. ni rien (l'appellation qui doit répondre à notre.LETTRES A Mme I Dimanchematin. ni cher ami. n'existerait-elle pas ou bien avez-vous eu peur ?) puis cela ne finit ces par rien. nuance. Heureusement. Mon cher Poète. lignes me parlaient d'un éternel toutou et j'ai pu deviner de qui cela venait. Spleen. sans intention d'ailleurs. laissez-moi transcrire ici. et tout simplement pour aller jusqu'au bas de cette page. la dernière phrase de votre billet: . et pas de signature.

parce que personne ne veut vous les » voler. j'ai eu des enthousiasmes de prophète. comme chantaient Faure et Brunet-Lafleur) ? Oui. excepté des papillottes. Moi. que vous volerait-on? Quoi qu'il en soit. dites-vous. cela in'inquiète pour moi. je suis dilettante en tout. une façon indolente de prononcer Magali? « 0 Magali. » Hélas. vos deux pièces qui. je mène toujours ma vie de dilettante. ma bien-aimée ». Je regarde passer le Carnaval de la vie sergents de ville. ar- . Sachez. avec parfois de petits accès de nausée universelle. ne fait pas grand'chose. que voulez-vous qu'on vous vole ? Votre tableau italien ? vos illusions ? vos vers ? l'orientalisme bazar de votre pseudonyme (Sandâ est-il un diminutif mignard d'Alexandra et Mahâli. sont bien curieuses comme état d'âme pour ma part j'y vois beaucoup. et qu'à une époque je rêvais toutes les nuits que j'allais consoler Savonarole dans sa prison. bien des choses » qu'on ne peut pas perdre comme l'on perd son » chien. Vous ferez de ces copies tout ce que vous voudrez. bien triste de bien. je vous renvoie. déjà bien comme forme. légèrement et outrecuidamment modifiées.MÉLANGES POSTHUMES « Je suis bien. cher poète. Maintenant. qu'avant d'avoir des ambitions littéraires. cher poète.

et j'attends la mort. ministres. N'est-ce pas qu'il est trop tard pour que je m'y mette ? Je suis forcé d'interrompre mes bonnes soirées au cirque on se figure tout de suite qu'une écuyère est l'objet de vos platoniques assiduités et l'on vous propose d'énormes bouquets à lui lancer ? Au fond. au tréfond. je retrouve mon éternel cœur pourri de tristesse et toute la littérature que je m'arracherai des entrailles pourra se résumer dans ce mot de peine d'enfant. La prochaine fois je vous chanterai la chanson du « petit hypertrophique ». Je fume de blondes cigarettes. Je devrais être clown. et il va mourir aussi et il chante pour refrain J'entendsmoncœur qui bat. Vous mettrez cela en musique. C'est mamanqui m'appelle. etc. j'ai manqué ma destinée c'est irrévocablement fini. quand je me replie sur moi-même. Les clowns me paraissent arrivés à la vraie sagesse. Sa mère est morte d'une maladie de cœur. Adorez-vous le cirque ? je viens d'y passer cinq soirées consécutives.LETTRES A Mme tistes. peut-être aussi un peu d'eau-forte. nous 16 . amoureux. A propos. souverains. « faire dodo » (avec la faculté de se réveiller !) Pour tout ceci vous verrez un jour mes vers. je fais des vers et de la prose.

Madame. ne bavardons pas. chère Amie. cher Confrère.oulez-vous. parce que j'espère que vous joindrez à l'exemplaire à moi destiné votre photographie. • Merci des timbres et de votre définition des collectionneurs.W' MéLAfNgBS PO6T0JDMES avons ici Saint-Saëns. très iotimes. S. mais sans que regardepar dessus nos épaules. cher poète. mais encore. Voulez-vous? Votre Je les Laforgue. . v. j'ai psu*6éhier chez: lui une bien étrange soirée. écrivez-moi de longues lettres. S. très sérieuses. P. P. des lettres parfumées de confidences ? Vous voyez que je ne me gène plus. ne soyez pas spirituelle échangeons. entre oous. lume d'abord pour lui-méme.– H me tarde que vous publiiez votre vo. Dites. chère Madame et Amie(?) (Mon gosier 4e>aaéulp»rleto»t*g k* fatgNes). Dites. Mais qui avez-vous donc en a Egypte ? II Mercredi. voulezwns ? J'aimerais causer en tête à tête avec vous (vous) du fond de mon exil.

n'a qu'à aller se mettre au vert. n'avoir l'œil ébloui que des nappes crues vert-perroquet des prairies. pour m'en débarrasser.LBfillBS A 11"' J'ai eu votre longue lettre hier au soir (je rentre du Cirque). merci mille fois des timbres et de l'assurance que vous n'avez pas de correspondant au Caire. puis il ira se remettre au vert. sensitift malade d'un . Il n'y a qu'à Berlin où il n'y ait pas de détraqués. (Et tout de suite. pays où l'on fabrique des minarets pour ciels indigo.) Ce que vous me dites de l'état de notre ami ne m'étonne guère. déshabituer ses yeux du gaz par les humbles résines grésillantes et revenir à Paris avec un brin de santé à dépenser. et décidément (surtout par ambition et par vision) vous êtes de la bonne race. an un livre pour l'amour de l'Art. vous comprenez tout. Très sincèrement cela m'a enthousiasmé. tout un été vert. qui de nous n'est pas un peu névrosiaque ? Comment finira ? Comment finirons-nous ? Comment finira l'auteur de la Faustin ? Comment a fini son frère ? Notre soleil est un gros hystérique et les planètes sont de petites hystériques. Voyez-vous une autre vie en 1882 à Paris pour un artiste frémissant à tout. mais pourquoi s'en effrayer. n'écoutant que les friselis des arbres verts. ne respirer que du fumier. Vous êtes quelqu'un. même la lune n'est qu'un mal blanc.

il y a deux ans. heureux d'une nouvelle forme de chapeau pour parisienne et s'autopsiant avec du Chopin. Et enQuand je relis monjourcore. vous n'y croyez qu'avec un sourire et me répondez ce que « Vous êtes bien me répond tout le monde jeune » hélas croyez-vous que je pose ? Bien des choses à dire Trois ou quatre individus savent seuls un peu la vie que j'ai menée à Paris. Je vous ai fait part de mes pleurs. Voyez-vous une autre vie ? D'ailleurs les maisons de santé sont ici-bas pour recevoir des pensionnaires.MÉLANGES POSTHUMES nuage. je me demande avec des frissons comment je n'en suis pas mort. J'avais dix-neuf ans. froide destinée? . tu songes Voyez-les. Toute cette danse macabre moderne m'amuse Espècede Soleil. par conséquent pas un brin Autrement quel livre noir et aigu de mon métier. Ces pantinsdétraquésbuveursde lait d'ânesse Et de café. j'aurais à la place de celui sur lequel je m'acharne de temps à autre encore Pourquoi bavarder aujourd'hui sur ces deux années qui seront probablement la note aiguë de ma froide. je suis seul. non. nal de cette époque.

trop sale. et je me borne à tordre mon cœur pour le faire s'égoutter en perles curieusement taillées. alors j'analyserai ma petite névrose. J'ai voulu aller pleurer sur le Saint-Sépulcre. Oui. je bâtis un roman qui sera une autobiographie de ma pensée. je me crois plus. Pascal n'est que de la Saint-Jean à côté de votre serviteur. Seulement l'envie de pousser des cris sublimes aux oreilles de mes contemporains sur les boulevards et autour de la Bourse m'est passée. virtuose. Les vitraux de Notre-Dame m'ont rendu malade souvent. Depuis deux ans. j'ai joué à l'ascète. Une névrose religieuse. Maintenant dilettante. guitariste. 16' . Je suis un pessimiste mystique. J'étais croyant. L'histoire est un vieux cauchemar bariolé qui ne se doute pas que les meilleures plaisanteries sont les plus courtes. revenu de tout. La vie est trop triste. Pendant cinq mois. au petit Bouddha avec deux œufs et un verre d'eau par jour et cinq heures de bibliothèque.LETTRES A Mme Cela se raconte par bouts de conversation de temps en temps quand cela nous remonte à la gorge. Cependant je souffre encore parfois. (Avez-vous lu Le roi vierge de Mendès ?) Maintenant dilettante. car j'en ai une. j'irai fumer une cigarette sur le Golgotha en contemplant quelque couchant aux tons inédits.

la désertion des idées. des japonais.MÉLANGES POSTHUMES La planète terre était parfaitement ieutile. la gendarmerie m'eût arrêté comme vagabond. chacun la sienne. n'estce pas ? Mon Dieu. pieds-nus. le suffrage naiveasel. Prophète n'est plus un métier. maÀntemaAtveile- . des toiles ajguës.qui êtes. Hélas! à la première étape. je hais les d'impressionnistes. prêchant la bonne loi. mon cerveai*}. seulement Celui qui nous rêve ferait bien de hâter le cuvage de son opium. causons. qu'à dix-neuf ans j'ai rêvé de m'en aller par le monde.vous r êtes aw-dessus des foules-. Et je rêve. d&ennuyoasr nous par notre chanson. l'extradition de la vie. Trouvez.p0Faias*. Si j'avais de l'argent. Et voilà. Enfin peut-être Tout n'est-il que rêve. etc. Madame. Nous sommes co&tem.vous encore que je sois jeune ? Sachez. (airs connus). Si je vous déplais. je collectionnerais des céramiques. j'essaie la critique d'art de demain. je m'achèterai des fleurs que j'irai respirer longuement dans le coin le plus intime die ma citante. c'est très curieux. existez-voua ExisAé^e ? Donc ? tout est égal. fais des vers. dites-le moi.vous? Je »e me g««e pas. de la prose. E1 vou&. foules. je n'aime que VaH et moi (mon spleen. ma santé.. Donc je regarde passer la vie.. je voyagerai*. je mange mon cœur à diverses sauces épicée».

LETTBÇS A Mme venons homme de lettres. Je vous renvoie la pièce que vous appelez votre « fille unique » (prenez une copie de votre manuscar il porte au dos un crit et renvoyez-le-moi. vous m'avez fait prendre. » {comme si vous le voyiez. me plaît beaucoup. l'accommodant Vision pardonnez-moi. Seulement.). peut-être étendues. commencez non pas par « Je rêve 4'un pays. cœurs. pas pu faire autrement. impropre au service militaire.) C'est très simple. lisez Lecomte de Lisle. Vous verrez qu'il ne faut pas rimer éperdues. moi. n'est-ce (Pardonnez-moi. fleurs. citoyen français. Ambitions (ce titre est une trouvaille) me plaît bien aussi. vacciné. majeur. beaucoup et je la trouve. Coppée (?). bout de lettre qui m'appartient) je l'ai retouché à un état d'âme que j'ai eu un peu. extatique. » mais par « Un pays. pas. Banville. « Dont jamais voyageur encor n'est revenu ». mais « Dont aucun voyageur n'est jamais revenu » est d'un français trop lâche. fantastique. ce vilain rôle que . très complète ainsi. puis pour que cela soit plus vision.

la Valachie est seule coupable. où j'ai fait ma première communion où j'ai eu mes premières souffrances de la vie au lycée où j'ai aimé enfin. pour me l'adresser ici. C'est ici que je reçois votre bout de lettre. ce qu'il doit être. dans la ville où j'ai vécu de huit à quinze ans. Chère Madame. Ne me grondez pas trop. JULES LAFORGUE. D'ailleurs nous nous reverrons. Je me demande qui peut bien avoir été le chercher à l'hôtel où j'ai passé. III Août ou septembre. Je suis ici en pleine province. Mardi.MÉLANGES POSTHUMES Vous sentez le poème en prose. allez vous plaindre à elle. de . simplement pour l'avoir. elle loge au bureau des longitudes dit-on. J'étais à Paris seulement depuis quelques jours. votre portrait. mais celui-ci est trop phraséologisé. Enfin je crois que j'irai sonner chez vous en septembre (à Pâques l'on n'a pas quinze jours) et j'espère une longue lettre et vous demande. Avant de revenir en Allemagne je passerai par Paris. En ceci comme en tout. Tarbes.

rue Massey). Jules LAFQRGUE. On ne vit ici que des cancans qu'on colporte de rue en rue dans un assent (accent) abominable. Oh l'automne. quand écrivons-nous un roman en collaboration ? Au revoir. A propos. poète subtile et prosateur vif écrivez-moi (Tarbes.i fait du feu. pas un vers. il était écrit que nous ne nous verrions pas à mon dernier voyage à Paris. L'aversebat ma vitre et le vent s'époumonne A refleurirla bûcheoù monennuitisonne. Donnez-moi des nouvelles de Paris.LETTRES A Mme la passion sublime qu'on a au collège et qui fait pleurer des larmes de la plus belle eau. Mon Dieu oui.l'automne Ceci est de moi. Je mène une vie végétative. la lampe dès cinq heures et l'o. sans littérature. pas une ligne de prose. pas même la force d'observer ce que je vois. Ah la vie de province Oui. ce sera l'automne. . de noter ce que j'entends. Quand nous nous sera là. aussi je me contente de vous insinuer Ne m'oubliez pas. Avertissez-moi quand aura réintégré son domicile de la rue B. Ce pays ne produit pas de wergiss-mein-nicht. on allume reverrons.

Je rentre à Bade vers le 1er novembre. j'irai porter à la Vie Moderne un sonnet sur novembre et une nouvelle courte iuci- . Me recevrez-vous ? Me pardonnerezvous la perte de vos toutous idéaux ? Faites-vous toujours des choses rimées ? Quand je vous assure que vous êtes supérieure à Sieffert (Louisa).Tarbes. c'est qu'il étaic écrit que nous ne nous verrions pas? est donc à Paris ? Je vais lui écrire.mélangBs posthumes ïv Aoûtou Septembre. je passerai une semaine à Paris. dans un volume de Jean Richepin Les Morts bizarres ? Malgré ce Bonjour Monsieur. je veux faire un sonnet sur la vie. Avez-vous lu: Bonjour Monsieur. vendredi13. Chère Madame. Vous ai-je parlé d'une épopée sur Pierrot en forme de comédie? Comme copie. auteur connu chez Lemerre par sa fin touchante. Qu'est-ce que c'est que cette lettre désolée que j'ai reçue hier ? Avez-vous égaré votre toutou ? perdu un sonnet? Si nous ne nous sommes pas vus à Paris.

Ah ça dire que je ne vous connais pas du tout mais pas du tout Quel caractère avez-vous ? Quelle âme ? Quel cerveau avez-vous ? Avez-vous des nerfs ? Je ne vous ai vu que deux fois Peut-être ne vous reverrai-je jamais.A LETTRES Mme talée Mort curieuse de la femme d'un professeur de quatrième en province. Avez-vous étudié la culture de l'ananas ? je vais m'y mettre. Je crois que c'est tout. . Votre JULESLAFORGUE.

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l'attendais On Si me tu comme cette m'ennuie Comme êtes pelais pas et partis voyant était triste gare Dans ce wag^n. Toi tes yeux mouillés. s'en aller. lesquelles nous avaient été confiées. Il donne savais est ta sept lettre. ~t. Pour toi seule à lire avant de t'endormir. Dis à la cousine que je lui rembourserai l'éclairage.). I Pauvre chère sœur. dans la préface générale placée en tête du premier volume de cette édition. On les trouvera donc in extenso nous n'avions dessein de livrer au à la cour d'Allepublic que les lettres relatives à la présentation de Laforgue. des E. que nous ne publierions que deux des lettres de Laforgue à sa sœur. Vielé-Griffin.1 LETTRESA SA SOEUR 1881. L'Occident ayant. je heures. ne même où Je vous t'apfatigué.par M. notre réserve au sujet valle. dans l'intertoute la série de ces lettres. Je répondais pas dit il a fallu (1) Nous avions annoncé. Septembre Prends garde de laisser tomber un petit souvenir que je t'envoie. publié de leur caractère de grande intimité n'a plus de raison d'être. magne »t ans fiançailles (N. Ah Je comme rentre je aussf le au tu n'ai soir fond.' 17 .

MÉLANGES POSTHUMBS adieu à Ernest. Ce matin seulement trois journaux pour papa et que je lui renvoie plus une lettre d'Emile toujours gai et demandant quand vous J'ai laissé quelques livres inutiles au conpartez cierge. j'ai fait ce que tu m'avais défendu. désormais seul dans ce Paris. Et la semaine s'est passée ainsi. emportant à chaque fois quelques livres. et je suis parti chez Ephrussi. J'ai vu Charlot une fois. je me suis mis dans un fauteuil. Je suis rentré. il était seul. Paul et Charlot. plus tard. Jamais une lettre. banale. entre autres un manuel du baccalauréat pour son fils. où tant d'autres ont passé Je n'aurais pas pu dormir. tu m'excuseras. Je n'en pouvais plus. où rien ne m'appartient et ne me connait. Cortet m'a fait payer huit francs pour deux clefs absentes. enveloppé d'une couverture. Nous avons pris du chocolat ensemble. et j'ai attendu le matin. si bon pour moi. triste. rue Berthollet. Je suis parti en courant. J'avais le cœur gros. puis plus personne. Le premier du mois j'ai reçu deux cents francs d'Ephrussi. la gorge serrée. M. Je Tous les jours presque j'alm'ennuie. navré. je suis allé chez Rieffel. devant son lit. je m'ennuie lais rue Berthollet. J'ai rendu ses cinq francs à Charlot . à une heure du matin. En retour. Mystère. grelottant de tristesse. je suis monté à ma chambre.

dis? Puis j'ai prêté quarante francs à Riemer qui allait se trouver sans place et dont on retenait tous les effets à son lycée. pour ne pas paraître ridicule devant Rieffel. à cet hôtel où j'avais souvent mangé déjà avec lui (tu te souviens. cela te fâchait. tantôt douze sous. Je suis sorti de là les joues en feu. au Bon Marché. gilet en loques. tu veux. pantalon frangé et tu ne m'en voudras pas.LETTRES SA SŒUR A le blanchissage acheté des payé mon terme bas. entrer dans un petit restaurant à un franc. j'ai couru pour voir des tailleurs et je me suis arrêté à un vers cinq heures francs j'aurai un costume pour quatre-vingts complet en cheviotte. n'est-ce pas -aujourd'hui. après bien des hésitations. Et comme l'argent s'en va à manger Les deux premiers jours. on m'a regardé comme un monsieur qui arrive de pays extra-terrestres et tu sais comme j'étais fabuleux) puis aujourd'hui habillé veston tout reprisé. la tête lourde! si tu savais ce que c'est bon que cette nourriture . ce drap que tu aimes tant et je le soignerai bien pour aller te voir en avril prochain. 50 par jour. Puis Rieffel est parti alors je me suis nourri très irrégulièrement tantôt avec un franc par jour. trois gilets de flanelle (je demandais des rouges. dis-je. Une fois j'ai voulu. j'ai mangé. s'il ne payait pas ses dettes avant de partir. pauvre !) cela coûte 3 fr.

Voilà bien des détails terre-à-terre. Et le soir Ah si tu m'avais vu Je me promenais seul. que cela devenait pour moi une sorte de jouissance d'artiste. repas de famille. etc. Mais je n'aurais pas voulu que mes concierges prenant le frais Fur le seuil me vissent. n'est-ce a pas? Hier. dans la rue. les tramways qu'on prenait d'assaut. comment j'ai dîné. à ma porte. une charcuterie. d'énormes assiettes de ragoût. dans une boulangerie j'ai acheté deux sous de pain qui ont disparu dans les profondeurs caverneuses de ma poche. regardant les foules endimanchées rentrer. sortant d'une boulangerie. du café et deux sous de pain. j'ai été assez loin. etc. tenait à deux mains sur une serviette un rôti fuTu ne sais pas mant. si je n'avais que cela. Le matin j'ai pris une tablette Lombard. une fruiterie.. Pour la charcuterie . et c'était sagement cuit. Oh très bien Il me fallait une boulangerie.MÉLANGES POSTHUMES marché. Et des détails qui me faisaient sentir plus fortement encore ma solitude. une femme endimanchée. puis j'ai travaillé jusqu'à cinq heures dans ma petite chambre. Trois de ces boutiques se trouventt tout près. je me suis tellement ennuyé.. dimanche. dont la cuisson est bâclée à la diable et que de poivre Au moins à la maison j'avais des bols de café au lait. j'avais le cœur si serré de mon isolement dans ces foules se promenant. etc.

pensais-je. ne voyant au comptoir qu'une vieille charcutière à palatine d'astrakan chauve sur ses épaules. Tantôt intimidé de voir au comptoir deux jeunes charcutières aux joues roses et luisantes. Puis dans une fruiterie j'ai acheté pour la modique somme . Pour combien?. je me fis à part moi ce petit raisonnement Si je prends de la truffée. le coutelas effilé au côté. Truffée ou non truffée? Diable. Un homme borgne s'avance. FnSn à une autre j'entre. et ce sera cela du poids en moins Or je l'aime non truffée. balbutiai-je. et dans l'éclair d'une seconde. et les truffes en moins feront du non truffé en plus et je conclus à haute et intelligible voix Non truffée Cet être s'attaqua à un gros bloc recouvert de gelée ambrée et m'enveloppa dans un papier une grande plaque mince qui alla rejoindre les deux sous de pain dans ma poche. sous l'œil inquisiteur du charcutier. A quoi bon les déranger ? Puis. aux manches immaculées. Je passais et repassais devant sans oser entrer. me demandant si c'était bien de la galantine que cette chose s'appelait. ceint de son tablier. v. j'hésitais encore. devant une autre où je n'avais pas le même prétexte. riant entre elles. De la galantine s.LETTRES A SA SŒUR c'était plus décile.Six sous. je n'ai jamais goûté de l'une ni de l'autre. p. je n'aimerai peut-être pas la partie truffée et sjrai obligé de la jeter.

à onze heures. et faisant semblant de me promener sous les arcades de l'Odéon. Sois en outre sûre que je t'enverrai au moins dix francs par mois. et laissai tomber cette croûte à terre. Puis. je pris mon chapeau. Je voudrais t'envoyer tout de suite les vingt francs de La Vie . une fois tout fini. Je vais travailler comme un damné pour aller te voir. à toi qui ne m'écris pas. mis mes gants. je me suis couché. il me reste quarante francs pour aller jusqu'au bout du mois. et je remontai chez moi.MÉLANGES POSTHUMES de dix centimes une tranche de melon qu'on m'enveloppa aussi. Néanmoins. etc. en avril prochain. et. Je descendis. ce qui aurait révélé ma misère au garçon préposé à l'entretien de ma chambre. tu en as tant Mais ne t'ennuie pas. Je m'enferme à double tour et je mange en songeant à la vie. méprise-les et attends. avec beaucoup d'argent. puis fit passer ladite croûte dans ma poche. loin des indiscrets et je dépense peu. ne voulant pas laisser dans ma chambre la croûte de la tranche de melon. que je te sache au moins ce souci en moins. ne sois jamais inquiète de mon sort au sujet de l'argent jamais. entends-tu Promets-le moi. pauvre et bonne sœur. Puis. c'est plus qu'il ne faut. ma canne. j'épiai un moment favorable. Et. résigne-toi un peu observe ces provinciaux. je suis allé chez Henri où j'ai pris du café. va. Comme cela je mange ce que je veux je suis à mon aise.

Quant à la cousine et son digne beau-frère. ma pauvre Marie Au moins moi.LETTRES A SA SŒUR moderne. les amies et tout le monde. dis-moi si tu as à te plaindre d'eux Moi. je passe des après-midi d'oubli à la Bibliothèque. hautaines sur Tarbes. arrange-toi une petite existence fais-toi des opinions résignée et dans l'attente. et je te l'envoie immédiatement. Je vois tout 3c monde entrer dans les restaurants. un rien. tu habites chez des voleurs. cette vengeange. alors je monte dévorer mes petites provisions dans ma chambre. ou je . mais j'hésite. je vais chez Ephrussi. pense beaucoup grand Balzac emmagasine des deidées. une lettre très polie mais bien entendu tant je la différerai. aux femmes de notre Songe aux personnages. résigne-toi. Comme tu dois t'ennuyer. non seulement je les méprise mais je nourris encore une petite vengeance contre eux. Je ne m'ennuie que lorsqu'averti par la faim je songe qu'il faut manger. Je sais trop ce que c'est. moi je ne peux pas. viens une femme supérieure. dismoi si tu peux recevoir ce mandat en sûreté. faire rejaillir sur toi le moindre qu'elle pourra ennui. Oui. anciens boulangers. Et surtout pas de remords. et gascons. ce qui est formidable. digne du monde dans lequel nous vivrons. Mais écris-moi aussitôt cette lettre lue. réfléchis sur les choses et le caractère.

et je rôde. je m'accoude à ma petite croisée. comme si tu m'attendais toujours. je suis très heureux. Mais nous aurons la joie de nous revoir. regardant Notre-Dame et les toits et les cheminées. puissance des habitudes prises Le ressort a été monté d'une certaine façon par la main. en rentrant. mes jambes me portent vite et instinctivement dans notre quartier. ce sont des moments d'oubli. etc. très souvent. tu me trouves cruel peut-être. à dix heures. je me hâte vers le quartier. va. sans savoir pourquoi. Tiens. Puis j'ai la tête si lourde que je m'endors de bonne heure. Puis. et je rêve sans pensée. Mais ne t'inquiète pas. la joie d'échanger des lettres. quand je sors de chez Ephrussi à midi. quoique absolument libre. ma pauvre petite Marie mais il faut de temps en temps de ces séparations. autour de la rue Berthollet où je n'ai pourtant rien plus à faire Quand le soir. de ces tristesses. je me trouve sortant du cabinet de lecture. et la machine marche toujours dans ce sens. qui m'empêche de manger dans son quartier et d'aller de là à la bibliothèque? Et non. Figure-toi que. je ne puis m'arracher de mes habitudes.MÉLANGES POSTHUMES vais sur un banc caché du Luxembourg. au crépuscule. Comme ta lettre est triste. pour entretenir la douceur d'enfance de son cœur tu ne crois pas. .

JULES LAFORGUE. te voir. Adieu. Nous en rirons en les revoyant. aller à Tarbes. et ne t'ennuie pas.LETTRES A SA SŒUR Veux-tu qu'avec le mandat je t'envoie ma photographie ? Réponds-moi vite. una longue lettre. 17* . C'est un excellent père. sois moins impressionnable. réponds-moi. va. Persuade à papa car toi seule est capable de cette initiative d'amour filial persuade-lui de voir un médecin. Je t'enverrai un jour garde-le précieusement. de s'astreindre à un régime. je ne travaillerais plus. Oh je veux travailler. t'embrasser. te faire des misères. travailler. de revivre. Que puis-je t'envoyer comme souvenir cette foisci ? Je découpe dans un coin derrière la commode un morceau de la tapisserie de ma pauvre chambre. avoir mon chez moi. bien qu'il ait trop lu Jean-Jacques Rousseau. ne t'affecte pas tant des moindres choses Autrement je serais trop malheureux. je vous envoie un timbre. une cassette où tu mettras uniquement mes lettres et tous les petits souvenirs que je t'enverrai. un peu résignée. Chère petite pauvresse. vite. me mettre dans mes meubles.

Je ne m'en consolerai jamais. je ne le verrai plus. Que dire ? je suis abattu par une immense tristesse. Ma chère Marie. je serai triste pour toute la vie. là-bas. et je sens que c'est à moi d'avoir courage. Ah raconte-moi des pages pleines de détails sur ses derniers jours. fini. à midi. je ne le reverrai plus. Qu'a-t-il dit ? sentait-il qu'il allait mouqu'au rir ? Ne vous a-t-il pas tous recommandés à moi ? Fini. mon père était mort. je ne sens pas. Tout est triste. et pendant ce temps. j'ai vécu vendredi et samedi. Je ne pense pas. et je ne l'ai pas revu avant qu'il mourût. Et maintenant c'est fini. si papa n'a pas dit un mot bon pour moi avant de mourir. quelle vie . je veux savoir A-t-il conservé sa connaissance jusbout. Il est mort. sinon se résigner. Raconte-moi tout en détail. J'ai reçu la lettre de la cousine ce matin dimanche.MÉLANGES POSTHUMES II No». Que pensait-il de moi. Et rien. avant de mourir? Vois-tu. Et papa est mort vendredi matin Oui. ses derniers moments. le pauvre père N'a-t-il pas dit un mot pour moi. ne sachant rien. 81. allant à mes occupations ordinaires.

LETTRES A SA SŒUlt Aujourd'hui. Et moi qui me préparais à aller à Tarbes avant de partir pour l'Allemagne. que je tenais mon avenir. Je n'osais pas rentrer. à deux heures. C'a été une journée de sanglots. dimanche. Puis j'ai erré par les rues pleines de foules. Et pourtant il faut se faire à cette idée que nous n'avons plus de père. A neuf heures. J'y ai écrit à Charles. Je suis parti à six heures. . avec la recommandation de me les faire parvenir ? Est-il parti espérant en moi ? Oh ? raconte-moi tout. j'étais chez la tante. je croyais leur annoncer la nouvelle et eux me croyaient à Tarbes. Je t'ai envoyé ce télégramme si économique. Comment ai-je le courage de penser à autre chose qu'à ma douleur de fils. des lettres. des papiers. je rentre et je t'écris. et qui m'a fait pleurer. nous voilà onze orphelins. à la douleur de n'avoir pas revu papa et de ne pas savoir ce qu'il pensait de moi en s'en allant. sec que tu as reçu sans doute. Oui. en voir les conséquences. vous apprendre que j'étais nommé. il faut l'envisager. N'a-t-il pas laissé des instructions. et là-bas mon père était mort. Comme la vie est triste! Je vous vois là-bas autour de la lampe. maintenant je vois l'enterrement. J'étais si heureux vendredi et samedi.

avant tout. je suis prêt à tous les dévouements. Je prends pour moi seul Charlot et Adrien. et si tu mourais je mourrais. j'aurai un domestique à la moindre chose j'aurais là un grand médecin.ANGES POSTHUMES Et toi. aie du courage. mais peut- . Vois-tu. à toutes les abnégations mais. nourri au palais. d'elle et de Pascal. pauvre Marie. mais pour toi ce sera de l'adoration. je ne veux songer qu'à cela. A-t-on écrit à Emile. Les premières semaines de douleur passées. soigne-toi si tu ne veux pas me rendre malheureux.000 fr. je rendrai mes frères et sœurs heureux. réponds-moi vite. Tu es capable de tomber malade de chagrin. j'aurai 9. Mais je me sens et du cœur et des forces. Je serre la main à ce brave cœur d'Ernest. Remercie la cousine de sa lettre. Ma tante est encore trop abattue pour songer fermement. tu souffres pour tous. mon but est ton bonheur à toi. Vois-tu. tu es si bonne. si tu avais entendu chez ma tante toutes les larmes étaient pour toi. de la vénération. Ma chère Marie. je vais être logé. me décourager dans mes dévouements. nous songerons au positif. tu n'as probablement ni mangé. va.MÉI. Je n'ai pas besoin de dire tout ce que j'attends de leur part de dévouement. le terrible positif. par an. Et moi je te voyais. Ainsi. Je serai heureux et vous le serez. ni dormi de tous ces jours.

Je n'ai pas encore reçu de lettre de toi. comme je m'ennuie. Je vous écrirai de nouveau demain. . Ecris-moi. Mais du courage. moi qui dois avoir le plus de courage J'ai si peur que tu ne sois tombée malade de tout cela. et regarder la vie en face. mardi matin. J'ai entendu nommer M. et Ernest ? Qu'allons-nous faire ? Comment allons-nous vivre ? Tu sais que je ne sais rien des affaires de papa. Avez-vous écrit à Emile ? sait-il ? Ma pauvre Marie.LETTRES A SA SŒUR être une lettre de toi est-elle déjà en chemin. 81. Comment va-t-on s'arranger? i qu'on m'écrive. Si tu savais quelle journée je passe dire que je ne reverrai plus mon père! Quels projets ont Pascal et la cousine. écris-moi. donne-moi bien des détails. III Nov. Carbonnel. JULES. Ma chère Marie. du courage il faut se raidir. Je n'ai pas mangé depuis hier au soir et tout est fermé. mais je n'en sais pas davantage. Je suis bien triste. Je vous embrasse tous.

Tu le vois. Ma chère Marie. et ma vie entière ne sera qu'un dévouement. Ah pourquoi n'ai-je pas encore une lettre de toi. soigne-toi. dis-moi tout. c'est de prendre connaissance de notie situation pécuniaire et de l'administrer. j'ai des protections. écris-moi. J'en gagnerai. Ma pauvre Marie. J'ai probablement encore huit ou dix jours. Ecris-moi. tu le vois déjà. Dis-moi comment tu vas. donne-moi des détails sur les derniers jours et derniers moments de notre père. je vais gagner largement ma vie. S'il ne s'agit que de gagner de l'argent. à mes frères et sœurs. Comment sont les enfants. Comme je voudrais être à Tarbes je me ronge de rester à Paris.MSLANGBS POSTHUMES Oh! n'aie pas peur. Ecris-moi. tout. Je ferai tout. console-toi. Il faut que je sache tout. confie-moi tout. Mais s'il est une chose dont je sois absolument incapable. Ecris-moi Comment vivez-vous en ce moment-ci ? Qui est à la maison? Quais sont les projets de Pascal et de la coucine. ce n'est pas le courage qui me manque. résigne-toi. Que signifie tout cela?P Ah si tu tombais malade Je n'ai pas encore reçu d'Allemagne l'ordre de partir. Pascal ? ma tante ? Charles?. et de ne pouvoir rien et de ne rien savoir. Et je ne puis aller à Tarbes encore. Et qui le fera. il faut que j'attende. je vais m'occuper de .

rien ne me retiendrait. écris-moi une lettre chaque jour. rien. Soigne-toi. Jules. tout ce que tu pourras espérer je le réaliserai. ni mes ambitions. mais encore en rendant heureux mes frères et sœurs. ni l'avenir de mes autres frères et sœurs. Et avant nous longtemps vivrons ensemble. non seulement en te comblant de tout. et je t'écrirai chaque jour d'ici à mon départ. tu devais être peut-être préparée à cette fin. si du moins il en peut être une pour toi. Adieu. soigne-toi. Soigne-toi surtout je ne te survivrai pas. Comme je voudrais être à Tarbes J'ai tant peur que la mort de notre père ne t'ai donné un coup. écris-moi. Je te rendrai heureuse. Je veux espérer que le soignant à chaque heure. je Combien de jours faut-il que je passe encore dans ces angoisses ? a Ecris-moi. Comment se fait-il que n'aie pas une lettre de toi. et je te ferai une existence heureuse. Je t'embrasse. et espère. . Je t'ai dit que si tu mourais.LETTRES A SA SŒUR Charles et d'Adrien. Mais écris-moi.

Ah oui. J'aurais pu t'envoyer une dépêche. des sentinelles au casque pointu et d'innombrables reverbères. Voici Commençons par le commencement. çà et là. J'arrive à Coblentz à onze de la nuit. Je suis arrivé hier au soir mardi à Coblentz (ici) à onze heures. avec. mercredi. Je . minuit. penses-tu. une dépêche. et chauffé. avec glaces. Ma chère Marie. Après un voyage confortable en première.MÉLANGES POSTHOMBS IV Coblentz. Je monte on entre au château. on arrive à un perron. rembourré. Enfin je respire. Décembre 81. Un valet de pied s'incline devant moi et m'ouvre la portière. Mais tout s'est très bien passé. A la gare m'attendait une sorte de carrosse antique au cocher grave. puis déjeuné à la frontière belge (onze heures) et dîné à Cologne (huit heures). Des allées interminables. pris du café au lait à huit heures le matin à Paris avec Emile. en France. Et c'est à toi que j'écris la première. et puis songer à la foule de lettres qu'on attend de moi ta bas. quand j'ai passé une nuit et une journée où le cœur me battait à se rompre.

un grand un crachoir. des viandes froides. une grande table recouverte d'un tapis. une lampe d'un système très compliqué et que je n'ai pas encore compris. où l'on avait aussi allumé du feu et où j'ai trouvé ma malle. huit chaises rembourrées. un dîner. Je me chauffe. une toiLes domestiques me souhaitent le bonlette. d'argent. mon domestique et sa femme m'attendaient. deux grandes fenêtres. et sur la table. une assiette dorée avec des chambre. cœur gros et du bout des dents.LETTRES A SA SŒCK descends devant une porte. deux fauteuils. etc. une théière. allumant un grand feu. un bel encrier. Je n'entends que le tic-tac de la pendule. fauteuil. un grand diable galonné s'incline et m'ouvre. Puis ma chambre à coucher. puis ces dîners somptueux sont si'fades à mon estomac qui a déjà broyé pas mal de vache enragée Tout dort. Voici mon appartement de Coblentz une antipuis un grand cabinet de travail très haut^de plafond. un sucrier avec pince petits-fours. une chancelière. dans un plateau d'argent. C'est mon appartement. Je me demande si tout çà n'est pas un rêve. A droite un canapé-lit. à gauche une commode avec une glace et des bougies. . au fond mon bureau avec tout préparé pour écrire. soir et me quittent. disposant mon dîner. etc. etc. je dîne le mélancoliquement.

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la Ah le bon lit avec des draps fins comm^^k soie. je m'éveille. mais fat é. mon claque. m'apporte sur un plateau une lettre. En attendant je regarde dans la cour du château les gardes faire l'exercice à cheval. Je fais ma toilette. en songeant qu'à cette heure-là. songeais dans ton lit à tout ce qui arrive à ton pauvre Jules (ma chère Marie. la longue façade du château. C'est une visite pour dix heures. On va me présenter à sa Majesté vers onze heures. et de bien voir les choses. mes gants. je vois. etc. à mollets superbes.MÉLANGES POSTHUMES rideau. J'entre dans ma chambre à coucher où brûlent de fines bougies dans des bougeoirs d'argent. puis je me couche. je mets mon habit. éclairée de mille lumières. A dix heures. tu je m'endors. J'arrange un peu ma malle. mes bottines vernies. visite du secrétaire de la maison de la Reine. la femme de chambre m'apporte sur un plateau tout l'appareil qui accompagne un café au lait avec plusieurs sortes de petits pains minuscules. Comme le cœur me bat Représente-toi ton pauvre Jules J'écarte mon . Un valet. tu ne m'as pas dit ce que tu pensais de ceci). et un édredon bleu J'essaie de rappe es esprits. ma cravate blanche. A huit heures. et les sentinelles graves qui se promènent le fusil sur l'épaule.

m'a demandé qui soignerait mes jeunes frères et sœurs. elle me parle très elle me montre par la fenêtre le affeHpKisement. m'a plaint longuement de la mort de notre père. On me présente à la comtesse Hacke. Je m'en suis bien tiré. m'a questionné sur ma carrière. etc. avec des rangées de sentinelles en armes. elle est aimable. Deux valets s'avancent. Enfin chez moi. elle me dit de ne pas m intimider. Rhi qui coule dans le brouillard.LETTRES A SA SŒUR A onze heures je monte. et cela si sincère j'étais confondu. L'Impératrice était là'! elle s'est levée. une bonne et dame (la première dame d'honneur). On m'a je suis redescendu des choses innombrables et apporté à déjeuner fines mais je n'ai faim qu'en France. m'a souhaité la bienvenue. Je traverse des corridors pleins de portraits. de glaces. maternelle Elle^^k la mort de papa. Puis « Comtesse Hacke. La comtesse IIacke me faisait visiter. J'aurai tâté de bien des cuisines J'ai été me promener rien que des boutiques allemandes. elc. Laforgue ». Ah mon Dieu. on m'introduit C'a aétécomme un éblouissement. . que je lui en donne des nouvelles. en répondant très simplement. J'arrive dans une antichambre qui est un véritable jardin de plantes exotiques. elle m'a dit que j'aille lui rendre visite. faites visiter la galerie à M.

me fait asseoir. nous irons ensemble à l'opéra il jure de me faire apprendre tout à fait l'allemand. me parle français. trouve que je ne mange pas assez (j'ai renoncé à compter les plats). et une invitation à aller lire à huit heures et demie chez la Reine Pour la seconde fois. il me sert lui-même. Cela l'attendrit. était encore propre !) Un valet me conduit chez le docteur. le cœur me bat Dans une demi-heure. En habit. Demain la cour part pour Berlin à neuf heures du matin. toutes les heures on vient entretenir mon calorifère e un grand calorifère carré qui monte jusqu'au plafond.MÉLANGES POSTHUMES En rentrant. Je lui parle de quantité de livres de médecine célèbres que j'ai lu dans mes années de travail humble aux bibliothèques de Paris. je lirai à la reine Il pleut à verse. Enfin . me débarrasse de mon pardessus. Je vois un vieux monsieur. je ne me doutais pas). j'arpente ma chambre. je trouve des lettres une invitation à dîner avec le docteur Nelken. le cœur me bat me bat A six heures. qui me serre la main. quand j'avais mes palpitations. Nous serons dans le même wagon à Berlin nous nous verrons tous les jours. Ah le brave homme de médecin! (l'hiver dernier. médecin de la Reine. représente-toi ton pauvre Jules Pour la seconde fois. je change de chemise (je te prie de croire que celle que j'avais mise le matin. on me sert du thé. charmant. A huit heures je rentre.

j'ai sauté devinais habilement le passage Sauvé. l'impératrice en princesses. quatre jeunes la comtesse Hacke. Les princes feuillettent des abums. Je lis comme dans un rêve. l'Impératrice me fait asseoir. montant les larges escaliers blancs A huit heures et demie. ou du moins. les demoiselles brodent. et. etc. je songe à bien lire. je le sans faire semblant de riep. Je suis entre la comtesse Hacke et l'une des princesses. toilette. Une place est vide. Je suis en habit. dans ma bizarre vie Puis l'Impératrice m'a demandé des détails sur les expositions de peinture à Paris. deux princes. et j'entre suis pas tombé à la renverse. et bien m'en a pris J'arrive à un passage un peu leste la comtesse Hacke me regardait inquiète. je suis rentré dans mon bon cabinet de travail. Autour d'une table. L'Impératrice fait de l'aquarelle. le cœur léger. entre des sentinelles. un valet vient me chercher. avec un . je répondais avec assurance.LETTRES A SA SŒUR Vois-moi de grâce. mon Dieu la comtesse seule à dû s'en apercevoir. Puis on s'est levé. Peu à peu. tâchant d'assurer ma voix. Je traverse d'innombrables Je ne corridors. j'ai deviné un J'en aurai vu de belles regard de reconnaissance. je reprends ma présence d'esprit.

Le vois-tu en habit de cérémonie. Ton JULES. Je vais me laisser vivre dans ces opulences.MÉLANGES POSTHUMES bon feu et sur ma table. soigner ma personne. Emile a dû vous arriver. . l'oncle. et bûcher mes livres. est-tu contente de moi ? Espères-tu ? Je vous embrasse tous ainsi qu'Anastasie. je les caserai tous. Pascal. Si Adrien avait six ans de plus. que je t'ai envoyé il y a deux mois. petits Il pleut fours) et je t'écris minuit. gâter mon estomac. m'assouplir. les fenêtres de la Reine sont éclairées. lisant à Sa Majesté et sautant les passages lestes ? Dis-lui de ma part d'être bien sage et de t'adorer. il serait dans quatre ans mon successeur. un souper auquel je n'ai pas encore touché (pâté. la cousine. qui sont ma seule ambition en dépit de tout Ah çà mes amis Que pensez-vous de tout ceci ? Ma chère Marie. cuisse de poulet. mes chers livres. Ah ma chère Marie. Je n'ose pas déchirer un bout de ma tapisserie dorée pour faire le pendant de celui de ma chambre. Ma chère Marie. Je vais m'y habituer. II aura une place mes frères n'ont qu'à se laisser faire. le plus fort est fait Je suis sauvé. il vous amènera bientôt à Paris.

aussitôt arrivé là-bas. ou plutôt attends je t'écrirai le premier. T'ennuies-tu toujours outre mesure ? j'espère que non. Tu arriveras à te faire une raison avec le sentiment même que iaprovidence (!) nous a fait encore la part bonne. Princessinen Palais. Encore dimanche. Je passe mes journées ou à et le soir chez Henry. Allemagne. . peu près à la bibliothèque Voilà qu'on vient m'interronipre je te récrirai demain matin à la hâte dis à Emile de me renvoyer les deux numéros de la Nlle Revue laissée par Père. je rentre trempé. averses torrentielles et inépuisables. Je crois que je pars demain soir. l'Impératrice-Reine. Depuis trois jours. Je viens de chez Bourget où il y avait des tas de gens. Donc envoie-moi lettres chez Henri ou à Bade.LETTRES A SA SŒUR Je me figure toujours avoir des valets galonnés autour de moi. Ma chère Marie. M. Berlin. Jules Laforguo. 188-2. Ecrivez-moi M. V Dimanche. près de S. L'Irréparable paraît au mois de février.

et qu'il . veuillez me pardonner oui. Ton éternel Jules. poser chez un photographe. J'espère que m'adores toujours. Je l'ai retardée parce que je voulais aller la prendre en dehors de Paris. je te récrirai demain. je l'enverrai demain. Je t'embrasse tendrement. VI Septembre. 83. soigne-toi. va enfin. Devine ? J'ai été. Mais avant ça. dans six jours peut-être tu recevras un exemplaire de ma face. Travaille. 0 mânes de Flaubert. Misérable. Ma chère Marie. Espère. Il est midi devine ce que je viens de perpétrer.MÉLANGB8 POSTHCMBS Quant à la pipe. à Levallois-Perret. c'est fait. je n'oserai jamais. je te pardonne. Tai-je dit que j'avais été voir Delcassé et que j'avais dîné avec lui. J'ai été. de commettre ? Je viens de déjeuner sans doute. ne te fais pas de mauvais sang. non. J'espère que la présente te trouvera de même! Adieu. J'ai reçu ton autre lettre.

Tu sais comme on s'ennuie les jours de fêtes Tous ces gens endimanchés. a parcouru l'Italie. a-t-il répondu. Oui. puis fuite [?] aux jappements de Sarah. Que c'est embêtant de rester ainsi à Paris dans le provisoire Je n'ai pas encore été voir Ephrussi. un satyre. C'est un singulier individu. C'était l'archevêque qui officiait. nous avons été ensemble à la gare de Lyon chercher Rieffel qui. Hier Riemer et moi avons été à vêpres à NotreDame. vous venez de dîner. je lui disais qu'il était un satyre. Puis. Riemer a fait des calembourgs. je te ferais maintenant mourir sous les charmilles. où allons-nous ? Je n'ai pas revu Bourget. Charlot t'a-t-il encore répondu ? Tous ces jours-ci je suis pris par Riemer qui a ses congés de la Toussaint. Sais-tu la Marche funèbre ? Les titres[?] Si j'étais près de toi. après avoir séjourné à Constantinople. C'est l'heure ou mylord monte. Te souviens-tu de nos dernières promenades au Massez ? Etait-ce assez navrant 18 . et impossible de passer l'après-midi chez soi seul. Il a des habits neufs et comme il était cynique. -Parle-moi de tes leçons chez Madame Labastre. Hier encore. Vous autres. on ne sait où aller. mais nippé (ménippée).LETTRES SASŒUR A a publié une brochure politique intitulée Hervé. Revu aussi Soula et Pérès.

Ne t'ennuie pas trop. J'ai encore une lettre à écrire en Allemagne. donc que d'observations! Les enseignes sont On se croirait en France. En trois heures et demie de chemin de fer on est à Strasbourg. JULES.-Adieu. et je suis venu. quelconque. J'y tiens beaucoup. en français. et je te demande à toi de faire ton possible pour qu'il l'envoie. On entend partout parler notre douce langue. dis à Emile qu'il peut m'envoyer ici le Saint Antoine. n'avais rien à faire à Bade aujourd'hui. Je viens de dîner dans un hôtel. où je n'ai entendu parler que français. Je t'embrasse. Ma chère Marie. VII Strasbourg. Je suis à StrasJe bourg (je t'écris dans un café plein de soleil). Que d'observations Tu sais que Strasbourg fait partie de l'empire allemand depuis le traité de Francfort qui a terminé la guerre de 1870. et joue en pensant à moi La dernière pensée.MBLAMGBS PO9THOMES Naturellement je n'ai pas été chez ma tante. excepté. hélas par les petits enfants . lundi. etc. Je suis extrêmement heureux de passer ma journée ici.

En entrant dans la ville sur le seuil d'une boutique un enfant pleurait. Une jeune bonne est venue et lui a dit « Pourquoi que tu pleures. chose qui m'a touché au cœur. On voit partout des*gibus et des pieds peu éléPuis les cigarettes et les gants. Ecris-moi le 28 de ce mois nous partons pour Berlin. c'est la France. Il m'a confié. La feuille est divisée en deux. Mais je n'ai qu'à regarder sur la place des troupiers à lourdes bottes et à casques pointus. avec des larmes dans la voix. qu'il était un ancien commissionnaire et je me suis fendu d'un franc. Adieu. la moitié en allemand.LETTRES A SA SCEUH qui jouent dans les ruisseaux. tu le sais) un quidam s'offrait comme guide et comme je déclinais ses services en français. la moitié en français. c'est encore ici le bureau de tabac avec sa lanterne rouge et la cathédrale (si célèbre. il m'a offert l'image que je t'envoie ici. Je t'embrasse. cheveux et la barbe noirs ou du moins châtains. . René » Tu ne peux te figurer combien cette simple phrase m'est allée au cœur le bon moyen de maintenir le patriotisme dans le cœur des français est de les faire voyager. ils font l'exercice. lui. J'ai devant moi deux journaux d'Alsace. Au lieu de marchands de cigares que l'on voit partout en Allemagne.as.

lundi. Je lis. Je n'en ai qu'une copie. Pour le mériter. Vraiment. Il fait une chaleur accablante. Mais les paysages d'ici. Je t'avoue. bien qu'uniques au monde. Je te vois au naturel. ils sont plus beaux que nature.MÉLANGES POSTHUMES VIII Bade. qui est toujours devant moi. à canoniser le pôle arctique. Tu es très bien. toutefois. Les photographes établis sont des imposteurs fallacieux. j'ai voulu te recopier quelques vers. mea culpa. cet envoi ne va pas à l'encontre de mon but). çà a l'air fait d'après les tableaux de Gustave Doré. Envoie-m'en encore un autre. mes poèmes philosophiques. je vagabonde par la forêt noire. m'écœurent. bientôt. mea culpa. Et ton portrait. Mais j'ai abandonné mon idéal de la rue Berthollet. je travaille. d'ailleurs. Enfin. Des tas d'affaires m'ont empêché de te répondre. je fume. Ma chère Marie. Ils te paraîtront peut-être bizarres. Ça ne coûte rien à Émile. Reçu ta lettre il y a plusieurs jours. Ne les perds pas.84. . je t'envoie une poignée de vers prises dans le tas (si. voilà un vrai portrait. Puis.

Aujourd'hui que je suis plus sceptique et que je m'emballe moins aisément et que. laxe typographique. à mort. comme poète seulement (pour le roman c'est autre chose). plus clownesque. d'autre part. tout (ce sont en effet surtout les saletés de la vie qui doivent mettre une mélancolie humoristique dans nos vers). je possède ma langue d'une façon plus minutieuse. Une 18* . J'ai déjà une vingtaine de ces complaintes. c'est vrai mais pour Dieu quand il s'agit de poésie. n'est d'ailleurs. Avec cette épigraphe tirée des Aveux Et devant la présence épouvantable. écrin digne de mes bijoux littéraires titre Quelques complaintes de la vie. J'ai perdu de mon enthousiasme. pour rien dans ce retour). (le milieu dans lequel je vis. Je pense qu'aucun but ne vaut aucun effort. mes naturalismes. mais disons les choses d'une façon raffinée. n'ayant qu'un but faire de l'original à tout prix. J'ai la ferme intention de publier un tout petit volume (jolie édition). soyons distingués comme des œillets disons tout. La vie est grossière. Encore une douzaine et je porte mon manuscrit je sais où.LETTRES A SA SŒUR Je trouve stupide de faire la grosse voix et de jouer de l'éloquence. j'écris de petits poèmes de fantaisie. certains vers naturaJ'y regrette une chose listes y échappés et nécessaires.

7 'y~. mes complaintes n'y répondent pas assez encore il mon gré. Laisse-moi la compenser par un bon baiser. Lis-les. Et envoie-moi une autre photographie. L (Je me souviens à ce propos d'une déBnition que me donnait Bourget La poésie doit être à la vie. Où irons-nous ? Dis à Emile s'il se souvient de nos soirs au Français. Car la destinée d'un artiste est de s'enthousiasmer et se dégoûter d'idéaux successifs. ce qu'un concert de parfums est à nu parterre de fleurs). En voilà assea. et dis-moi ton avis (tu connaisd'ailleurs. Qu'Emile photographie aussi un des enfants et me l'envoie. le crois de plus en plus que mes congés commenceront un peu plus tôt cette année-ci. Cet idéal. Paul Renez est venu jouer à Bade.) pelle-moi JULfife. J'en serai aux anges. . je les noierai un peti plus. voilà mon idéaL Pour le moment du moins. A-t-il le catalogue du salon ? Dis±lui qu'on parle du tableau de beaucoup Rochegrosse et dé celui d'Aman Jean. ma complainte des montres).h°e. et je les retoucherai. Pardon pour les livres non envoyés^ Tu les liras plus tard. (Rapau souvenir des enfants. Tu trouveras peut-être cette lettre un peu sèche.v~ 7 Y . déjà. mais noyée de rêve. Bt&iàtfGSS *o»fttt)i«i!s poésie ne doit pas être une description exacte (comme une page de roman).

Je t'écris en trempant ma plume dans une encre car voilà trois jours que je n'y ai pas desséchée. et je sens toute la grandeur de cette idée. et j'en ai eu le vertige. c'est avanthier au soir que je me suis déclaré^ et qu'elle a dit oui. Ma chère Marie. à la maison. car voilà trois jours que je ne passe guère touché. hier) j'étais assis prêt d'elle en voiture. mercredi. Mais aussi depuis avant-hier je suis. dans un état d'énervement heureux que je n'aurais jamais imaginé.) Mais il faut que je te raconte tout. d'une jeune Anglaise avec qui j'avais pris quelques leçons de prononciation ? Eh bien. il faut que je te dise tout cela pêle-mêle. dans mes lettres. et je n'en suis pas encore là loin de là. T'ai-je parlé cet hiver.LBTTHBS A. Je ne sais comment commencer. (Je ne l'ai pâ» encore embrassée. Depuis avant-hier ma vie ne m'appartient plus seul. et près d'elle et quand je suis seul. dans la soirée. SA SŒUR IX Berlin. car je n'ai . et que nous sommes fiancés. en bloc. et en la regardant l'idée m'est venue que je pourrai caresset ses cheveux.

elle vint en Suisse dans un pensionnat (elle y a appris très bien le français). qui elle en ait donné (je lui étais recommandé par une amie) et le seul par conséquent qui venait chez elle. de son côté. un autre pasteur dans la nouvelle Zélande. et bpnjour et au revoir. et un de ses premiers mots après que je me suis déclaré a été pour que je t'écrive tout de suite. un autre officier dans le Zoulouland. Elle. etc. Elle a beaucoup de sœurs mariées ou non.). Tu me comprends. elle écrit à son frère favori. vivant moitié de ce qu'elle reçoit de son père moitié de ce que lui rapportent ses leçons. puis elle est venue ici à Berlin où elle est depuis deux ans. Elle étudiait la peinture et peu à peu je lui ai apporté . Son père se remaria contre le gré de ses enfants qui tous le quittèrent.MÉLANGES POSTHUMES que toi. Dès les premières fois sans connaître son caractère j'ai senti que ou bien je lui demanderai de passer sa vie avec moi. nos leçons se bornaient à des lectures anglaises. ou bien je n'avais qu'à m'en aller et sûr d'être pour longtemps tourmenté et incapable de travailler. et des frères (un avocat à Folkestone. Je t'ai dit qu'elle est anglaise. Elle. il y a quatre ans. Sa mère est morte. C'est dans la seconde semaine de janvier que je suis venu chez elle Je suis le seul homme à prendre des leçons.

en causant le peinture. je réservais. à propos d'une exposition d'ici sur laquelle je lui apportais un article de moi dans la Gazette. lui jurant que j'avais cru faire une chose très simple. ma place à côté et nous causions. Et chaque soir je rentrais chez moi et restais chez moi. Rentré à la maison.LETTRES A SA SŒUR des gravures et puis des livres. baissé la tête. et loyal. je lui ai proposé de visiter ensemble Musée. je ne sais comment. après ce musée ce fut un autre musée. Tout cela très simplement. et puis mes billets d'opéra. sans même la poignée de main si naturelle pourtant chez les Anglais. Nos en dehors de la leçon premières conversations furent la peinture. Mais pour rien au monde je n'aurais dit un mot. et ne l'aurais jamais regardée en face avant de me connaître patiemment des mois et des mois comme un garçon bon. et à la leçon suivante très simplement elle me proposa elle-même cette visite. comme un fou. Puis souvent quand je lui donnais mon billet d'opéra. Et. Je sais que beaucoup d" femmes ne dédaignent pas les déclarations soudaines. et je la raccompa- . Elle a rougi. délicat. Ce fut naturellement une occasion de causer. et je la raccompagnai chez elle. je lui écrivis une lettre d'excuses. et n'a pas répondu. Un jour. malheureux comme tout et plus malheureux chaque fois. tu t'en doutes. au mois d'avril.

«je vous aime ». Je devais partir incessamment. . Nos courses aux musées et à l'opéra. Je suis à Berlin depuis le premier septembre et r jus sommes aujourd'hui le huit.. Coblentz. Je lui ai demandé. sous divers prétextes. recommencèrent. Je la raccompagnai et nous nous donnâmes une solide poignée de main sans trop nous regarder en face. je ne me rappelle plus. Et avant-hier en la raccompagnant. elle m'a dit que oui. etc. Elle a dit oui avec un regard extraordinaire. Je lui ai balbutié des tas de choses que je ne me rappelle plus. (C'était le long du bois.MÉLANGES POSTHUMES gnais et je me faisais connaîtra. et la raccompagner ensuite. Je t'ai annoncé que je quittais l'Impératrice. Je partis pour Bade. avec des tas de circonlocutions. Je ne lui ai pas laissé dire qu'elle m'aimait mais eut confiance en mon dévouement. qu'elle etc. Cela alla ainsi sans un mot de plus jusqu'au quinze mai. Nous nous étions promis de nous écrire en bons amis. si elle voudrait passer sa vie avec moi (je me rappelle ma voix étranglée et mes larmes dans les yeux) et ae lui ai pas donné le temps de me répondre. je me suis lancé dans des protestations. Et chaque fois. Babelsberg. je retardais mon départ. figure-toi par exemple comme à Passy où à Neuilly. puis Paris. je lui ai tout dit je ne lui ai pas dit.) Je lui ai demandé si elle me connaissait.

Aussitôt arrivés (dix heures du matin). je vais travailler mon livre sur Berlin. elle arrivera vers huit heures du matin. comme tu vois) me disait non et je ne pouvais ou bien elle me disait oui plus rester ici. Or. quel rêve nous nous marierons tout de suite et nous irons vous voir. Elle tousse un peu et ne doit pas passer un autre hiver ici. dont l'Illustration m'a déjà demandé des chapitres (si ce livre est bien lancé. et alors il fallait de même rentrer à Paris et conquérir vite ma place pour nous marier au plus tôt. ce que je ne puis plus faire ici. je vais chez les Isaye. par l'express de dix heures. Nous passons la journée à Cologne et. Je pars demain soir Voici ce qui a été arrangt. Je vais donc en Belgique Cela juset met ordre à ses dernières leçons. serait-ce en plein mois de janvier. pour la Belgique.LETTRES A SA SŒUR Ou bien miss De toutes façons il le fallait Leah Lee (prononce Lia Litoujours les initiales de maman. de notre nom et de celui de ton mari. je ne puis la laisser à Berlin. et. reste ici bonheur). et puis cela est impossible. Le premier octobre je reviens à Cologne où je l'attends à la gare. comme je te l'ai dit. qu'au premier octobre. le même soir. . pourvu que je ne meure pas de elle. Et puis je serais trop jaloux. nous partons pour Paris.

rue Denfert-Rochereau (pas loin de la rue Berthollet. d'un roux dont tu ne peux te douter et que je n'aurais jamais soupçonné avant de la voir. (elle a déjà passé. quand j'aurai un moment. Le soir. je lui ferai visiter les musées. Que te dire de plus? j'emporte en Belgique sa photographie. un teint mat. etc. De mon côté je me mettrai à l'œuvre. j'irai la chercher et nous sortirons un peu ensemble. très anglaise surtout. peut occuper un peu ses journées. et des yeux. Je ne puis te l'envoyer encore. Dans la journée. un cou délicat. Elle demeurera là et y prendra ses repas. C'est un petit personnage impossible à décrire. Elle est grande comme toi et comme moi. deux semaines à Paris avec deux de ses frères qui demeuraient à Asnières pour étudier le français) et alors nous nous marierons au plus tôt. en 1878.MÉLANGES POSTHUMBS je l'accompagne dans une pension tenue par une vieille dame anglaise où elle sera avec d'autres jeunes filles. avec ses cheveux châtains à reflets roux. Elle donnera peut-être une elle leçon par jour et dans la maison même. et une petite voix et un drôle de petit accent en parlant français avec . mais très maigre et très anglaise. Mais tu verras. figure-toi seulement une figure de bébé avec un sourire malicieux et de grands yeux (couleur goudron) toujours étonnés. comme tu vois). oh ses yeux tu les verras J'ai été longtemps sans pouvoir les fixer un peu.

oh! si nous pouvions nous marier en janvier. je regarde son portrait et ne puis me figurer que c'est une réalité. Elle adore la carrière que j'ai choisie et en a confiance en moi. et que tout ce qu'elle aura désormais. Je lui ai raconté de notre famille. instruite comme toutes les jeunes filles avec. par acquit de conscience. au sortir d'une de ses leçons. de te dire qu'elle n'a aucune espèce de dot.LETTRES A SA SŒUR des manières si distinguées et si délicates. Je lui ai surtout parlé de toi. je lui ai tenu la main. à cinq heures et demie. mélange de timidité naturelle et de jolie franchise (songe qu'elle vit seule et libre depuis deux ans et qu'elle chose naturelle aux Anglaises et a voyagé seule qui ne tire pas plus à conséquence). et ce qu'elle a retenu de nos interminables conversations depuis avril. Et le premier octobre je la retrouverai à Cologne. Je la regarde. ce qu'on peut acquérir en voyage ainsi et en apprenant deux langues étrangères. en plus. et aller vous surprendre J'oublie. elle 19 . nous sommes restés ensemble hier au soir jusqu'à onze heures. Elle sait sa Elle est langue et l'allemand et le français. Je t'écris de cette éternelle chambre de Princesainen Palais où je ne reviendrai plus. J'irai la chercher ce soir. J'ai sa photographie sous mes yeux en t'écrivant. Et demain elle m'accompagnera à la gare.

nous irons nous perdre dans un coin pendant une grande messe avec orgue à la Madeleine ou à Notre-Dame. le lendemain dimanche. et cela dispense même du mariage civil. on va avec quatre témoins chez le pasteur d'en face. et nous nous sentirons bel et bien mariés pour la vie. Cette émotion nécessaire adoucira ce qu'a de sec la simple formalité d'union devant le code. je vais assister en Belgique à celui d'Eugène Ysaye. Et alors nous partirons et elle sera ma petite Leah à moi pour la vie. nous donnerons renment. Ce sera un samedi. ce violoniste dont je t'ai souvent parlé (ne pas confondre avec mon . on signe. je pense. On signera. Nous remercierons les témoins. nous nous figurerons que tout cet orgue sera pour nous. mais ne pratique pas. Nous nous marierons simpleelle en simple toilette.MÉLANGES POSTHOMES le tiendra de moi seul. je me le promets bien. Pour parler encore mariage. se font beaucoup de mariages anglais on se prend par la main. je la raccompagnerai chez elle. Elle est protestante. Je ne sais au juste l'âge qu'elle a. II lui est indifférent d'aller à Tu sais comment l'église ou de ne pas y aller. le même que Comme il me tarde que tu la voies toi. Je ne l'appelle pas par son prénom encore. dez-vous à quatre témoins un beau matin à la mairie. Elle ne s'ennuiera jamais avec moi. je l'appelle toujours « petit personnage ».

Je lui ai envoyé quelque chose. le pianiste Théophile Ysaye). Ma chère Marie.LETTRES A SA 3Œ. Ecris-moi que tu es contente. Belgique. raconte tout à ton mari. JULES. fait ses vingt-huit jours. Au revoir. Je t'ai donné mon adresse chez Ysaye. Emile. Il y aputant de choses Après trois jours pas- . et dis-moi que tu es contente de moi. 31 décembre 1886.e dit. X Londres.VH ami très intime son frère cadet. à Arlpn. parce que l'enveloppe est transparente. Écris-moi. Ma chère Marie E^çusç-moi si j'ai tant tardé à t'écrire. t'ai-j. écris-moi une bonne lettre de çqeur. 26Janvier 1887. Je reste toujours ton bon frère et le parrain de la demoiselle. J'enveloppe ma lettre de papier. Au revoir. Monsieur Jules Laforgue a l'honneur de vous faire part de son mariage avec Miss Leah Lee.

vieux de trois mois. je me suis trouvé avec Leah. En rentrant à Paris.. le petit personnage que j'ai épousé est d'une vraie santé de maigre. elles sont absolues. (Il faut bien mille francs par mois pour être heureux modestement en ménage à Paris). des chambres avec du soleil. Nous avons une installation incomplète mais très amusante. Voilà pour mes doléances (qui sont en même temps l'excuse au retard de cette lettre). Nous en dépensons quinze par jour. sans messe et pour 25 francs. elles. J'avais toujours mon rhume. comme nous étions parvenus à nous en passer). toujours gaie et fantaisiste. etc. Il est neuf heures. de l'argent tout juste. J'y suis arrivé le matin à six heures et demie.MÉLANGES POSTHUMES ses à l'installation ici (8. j'ai dû voir un médecin qui m'a embêté et dont je ne suis parvenu à me débarrasser qu'au bout d'une semaine et je tousse encore tristement. Quant à mes non-doléances. A dix heures. Sans papiers (c'est en rentrant à Paris que j'ai trouvé l'extrait mortuaire que tu m'envoyais et qui m'était inutile. nous avons été à une heure seuls dans une petite église protestante où un pasteur nous a mariés en un quart d'heure. rue de Commaille) le 30 au soir je suis parti pour Londres. Nous avons passé trois jours à Londres et une heure à Douvres. Heureusement. C'est l'heure où les amis qui veulent me voir et ont égard à ma difficulté de me déplacer moi-même . Je porte des articles çà et là.

un faire-part inutile pour toi. comment vas-tu ? et la petite fille Et les affaires de ton mari ? J'espère que tout va à peu près bien. du bon thé dans le service que l'Impératrice m'avait donné. Donne-moi de tes nouvelles. II ne viendra probablement personne. ne vient pas à la maison. Je vois à peine Emile. Je t'envoie tard. 8. Donne-moi de vos nouvelles. Eût-il fallu en envoyer à Tarbes ? Ton JULES. Et toi. Mes bonnes amitiés dévouées à ton mari. . rue de Commaille. auxquels je m'intéresse le plus. par une sotte timidité. Je suis encore trop malade et épuisé par la fièvre des trois derniers mois pour pouvoir bien travailler et surtout faire toutes les courses que je devrais faire. une belle lampe. Les affaires de la tante sont bien mal. je t'en prie. Tu sais bien que ton ménage et tes affaires sont ceux au monde toi. tard. qui. Nous avons un bon feu. Mais bientôt je serai en voie et en bonne voie. Ils ont du mettre leurs bijoux au Mont-de-Piété.LETTRES A SA SŒUR en ces commencements viennent sonner.

j'ai passé . Il y a deux semaines j'ai eu un redoublement de maladie. Triste dimanche. je quitterai Paris. Bourget m'a adresse avec les recommandations les plus particulières à une sommité médicale. Donc à tout prix. Le résultat de tout cela est qu'il ne m'est pas permis de rester à Paris que jusqu'au commencément d'octobre. Mes amis vont tout faire pour moi. je n'ai guère de force dans la main pour t'écrire. le Dr Robin.MÉLANGES POSTHtMBS 1 XI Dimanche. Il est donc assez probable que dès octobre bous serons à Alger. percuté aussi soigneusement qu'on peut l'être. dès la fin de septembre. J'ai un poumon mertacéi De toutes façons je ne puts songer de quatre ou cinq ans à passer l'hiver à Paris. Mes amis se sont émus. Juillet 1887. Ma chère Marie. J'ai été ausculté. Ce serait trop long à raconter. J'avais abusé de pilules d'opium qui me coupaient la toux. Ma bonne Marie. Trouver une place suffisante à Pau est assez improbable– mais à Alger ce sera beaucoup plus facile. sans forces. au coin du feu. Mon estomac en a été très malade.

il n'y a pas un littérateur de ma génération à qui on promette un pareil avenir. Ces trois mois de fièvre. c'est-àdire à dormir et manger un peu. Je n'ai pas pour deux sous d'idées. ces journées au lit. .LETTRES A SA SŒUR une bonne semaine sans dormir ni manger. Ton Jules. Tu dois penser qu'il n'y a pas beaucoup de littérateurs qui s'entendent dire « vous avez du génie » Hélas qu'il me tarde d'être guéri et d'être installé dans un endroit où je puisse respirer sans souffrance! Tu ne m'écris pas. Tu serais bien bonne de m'écrire quelques lignes. 8. Ce serait trop long à détailler. rue de Commaille. Je commence à me remettre. et cependant des articles et c'est pour mon talent je publie que mes amis s'intéressent à moi. tout cela m'a assommé comme une pauvre bête. Vous recevrez l'argent dès que je pourrai sortir et attraper quelque supplément d'argent. Il a y longtemps que tu ne sais plus rien de mes affaires littéraires. Je t'embrasse. il me semble que depuis quatre mois je ne me suis pas réveillé. Fait-il doux à Tarbes ? Comment vas-tu et as-tu été cet hiver ? Et ton mari et ton enfant. Bien des choses et une poignée de main à ton mari. De là ma faiblesse. ces quintes de toux. mais sache d'un mot que j'ai le droit d'être fier.

Ma chère Marie. je vivrais dans des angoisses continuelles. Pendant tout ce mois je n'ai mis les pieds dehors que pour ma consultation. avec ces quintes. en vérité. entre les mains d'un des grands médecins de Paris et. deux mois avant d'aller à Tarbes s'était mis entre les mains d'un pareil médecin. Ma chère Marie. Mais. j'espère qu'elle aura été décisive en bien pour Juliette.MÉLANGES POSTHOMES XII Juillet 2. tu es effrayante avec ces maternités successives Il me semble que si Leah était dans cet état. et tout d'abord. 87 Paris. soins et remèdes gratis. Mais comme je te l'ai dit je suis. tu ne saurais croire le plaisir que tu m'as fait. j'ai encore jusqu'à septembre. au . une moitié invariablement de la nuit. t'ai-je bien expliqué comme je suis malade ? Te souviens-tu des quintes de toux et des oppressions de papa? Eh bien. Ah si papa. depuis un mois qu'il me soigne. Et que de soucis! une semaine a passé depuis ta lettre. Une lettre de toi et une bonne lettre. Août 2. je guéris rapidement. j'en suis là. Mardi.

une place m'y attende. Tu me dis que tu attendais notre visite tu es bien bonne. colporte cela. s'occupe de me trouver quelque chose à Alger. que j'ai vécu à moitié tout ce mois. par Bourget qui pourrait me placer au consulat comme traducteur. La moindre page a du succès. le reste me venant d'articles arriérés. et je n'ai pas un ennemi. Je ne puis sortir. Mais tu n'as pas idée des amitiés. qui a pour moi une admiration exagérée. Tu ne sais pas tout ce que Bourget a fait pour moi. Mais ne t'ai-je pas dit que je devais rester en traitement jusqu'en fin septembre chez le Dr et puis quitter Paris. chose rara si tu savais ? Donc un ami. faire les démarches. naturellement. cela lui aurait coûté deux cents francs et il vivrait encore. 19* . j'en suis sûr. il faut qu'en arrivant à l'endroit dit. Mais le plus probable est que nous irons en Egypte. journaliste. comme tu penses est une grosse question. ? Ne t'ai-je pas dit que je quittais absolument Paris en septembre et que de trois quatre ans je n'y pouvais passer l'hiver ? Ce déplacement.LETTRES A SA SŒUR lieu de se soigner d'après des livres de hasard. c'est par lui que le Dr Robin me soigna et si particulièrement et gratis et me fournit de la pharmacie de son hôpital. des dévouements que m'amènent les petites choses que je publie. au Caire. C'est aussi par mais il est si simple lui.

Pouvais-je prévoir les choses ? Ah si je pouvais travailler comme tout le monde mais l'opium de mes pilules me tient engourdi deux après-midi sur trois. et pourtant ta vie.MÉLANGES POSTHUMES J'ai un livre qui. en quittant Paris.u J '"•/ V ''• . Leah aimerait bien te voir. ton ménage doit être souï un monde de préoccupations. Je voudrais bien savoir ce qu'est devenu Ma chère Marie. je t'embrasse et te Charles. Remercie ton mari de sa bonne confiance. Elle te plaira. C'est un si drôle de personnage Inutile de te dire que j'ai tous les caprices «– on me soigne toujours avec un bon sourire et de grands yeux. d'aller vous voir. si je puis le publier assez tôt. souhaite une douce délivrance et un garçon. \~LBsr/\ ['' FIN /.? . nous permettra. moi elle m'étonne toujours. Je ne t'ai parlé que de moi.

TABLE DES MATIÈRES .

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DE L'HUMANITÉ NOUVELLE. 16 17 19 MMTtNEZ DU MONDE DE ATAVIQVE LA ·17 vis CRÉPUSCULE. CATÉCHISME PESSI10 13 13 14 14 15 16 DÉRIVE. 22 28 -` 7 ET RESPECT PENSÉE DE LA MORT L'ENNUI. 19 20 21 22. SOLIITUI>lc MÉLAUDOLIE LzUT.PREMIÈRE PARTIE PENSÉES ET PARADOXES MES LE SAGE MISTE LE LE LE PaVR LA BONHEUR. A LA FATALISME hMMmMœE Lit MAL. DE LA VIE DE (nirv8nah~ LA MORT ET LA VIE COURANTE ou <tntOMf~ LIVRES. ROUTE 1\Iv~ . POINT CHOIX CULMINANT. ABANDONNEE D"çJUTVU.

DE PRINTEMPS PAYSAGE A L'AQUARIUM CRÉPUSCULE PARISIEN DE BERLIN DE MI-JUILLET. DE NOVEMBRE. EN PROVINCE EN PROVINCE ET STAGNANTE FIN DE JOURNÉE DIMANCHE DE FÉVRIER APRÈS-DIN8R M·TINS Mo'U!8Dt!G)[M. EttFANM. A PARIS 41 41 41 TR~VAtL. D'AUTOMNE. SOIR CHEVREUSE. COUPDEFOUDRE. CONVALESCENT 44 ~$ PROMENADE A. 32 33 35 HUIT HEURES 35 36 36 38 39 4O 40 M FIN.CRES UNE DE NUIT GAGEURE.llC DANS Utt8·RUB. 42 42 42 43 DES COURS. "'SoIR CL1IR UK AUTOMNE DE LUNE PII. LE DE LINGE BORDEAUX BOTJEL DE TORRIDE VlNtt1'3B CENTRAL UN CABINET FU.MÉLANGBS POSTHUMES PAYSAGES ET IMPRESSIONS ypAYSAOEDËTE. 25 27 28 29 30 31 SUR LES BOULEVARDS. AU Luxgxg6uRG. CRÉPUSCULE CHANTEUR COMPLAINTE DU FAUX .

TABLE -uu~ DES MATIÈRES SUR APHORISMES FRATERNITÉ. MODERNE CLEF DE MODESTE L'ÉGOISME AGES DE L'AMOUR L'AMOUR. JEUNE VIDE ET DÉFENSE. L'ASSOCIÉE. L'AMOUR. COMÉDIEÉTERNELLE. ÉTALON IDÉAL DANS DES ESTHÉTIQUE. LA FEMME FOYER RÉFLECTEUR 53 5 54 54 L'INTERVERSION DES 55 LESIGNEDE LA FEMME. LtREGNEDBLAFEMME. v 56 57 57 58 59 59 LACOMPAGNE. LE UNE TÈTE MIRAGE.PIEas? dragées au camphre 61 61 Il . p. LA FEMME ET RÉFLEXIONS 47 48 49 50 50 51 51 52 ATTAQUE LES LARMES.#!V06 CHEVELURE. LE MONTRÉ DE LA DENTURE DRAGÉES ·~Menues 'LA . FILLE. RZGARDINCARNÉ. AMANTS IMPRESSIONS LA FLEUR DE LA TERRE. LEPROTOTTPE.

L'ARGUMENT. ~LENU.{i" zp. LEBNMNS.MÉLANGES POSTH0ME6 .~Dragées grises l?a£MIJRB L'tDÉAL. . 68 64 65 DH FR1IMH8 66 66 ~LAPEMMEETL'ENNU! f~ t~ LE CHAUME Du PASSE.`if. '~LAStNCÉMT~ V L'ÉTERNELLE BÉBÉS FORMULE 68 6S 69 MONSTRES. 67 67 67 LAPtERREDETOUCBE.I VIVREQU'AVECONAXE S f 8 II~NAGH D'ANTIGONE. `~' L· ET L'A110UR LA TOILETTE ~RISB NATALH. DU BONHEUR DE L'AMOUR. _20. 69 69 70 CONVHNTION i/ LE POURQUOt f&M-RÔI. LE8RUIIIES. HISTOIHHB ENTREVUE D'AVEUX. LB MEILLEUR MOYEN. UNBALBLANC :D'·NS 70 71 71 72 72 FRdGMENTS ~tNatT L''f~a: bE NOUYELLJs~S 74 i 79 D'AOUT. ~· DOULEUR. 62 62 63 .ES~t NE ~t.

ET L'ŒIL DE D'ART L'iMFRESStONNtSME.. DE ioti ET YEUX FAUSSE MOBILITÉ ÉDUCATION DU PAYSAGE MOBILITÉ DES IMPRESSIONS DU 139 PEINTRE DOUBLE ILLUSION DU BEAU ABSOLU ET DE L'HOMME ABSOLU.TABLB DES MATIÈRBS PIERROT FUMISTE PtHtROTFWMtSTE. v POLY136 138 CO[1LEURS. 87 DEUXIÈME PARTIE LITTÉRATURE ~NoTESSURBAUDELA!RE. É SURCoRBtERE. LE 133 ACADÉMIQUE PHONIE DBS IMPRESSIONNISTE. SUR FRAGMENTS SURHUGO(la Fin de . _J~UNE TUDE FRAGMENTS SURMALLARMÉ FRAGMENTS RtMBAUD. ÏNNOMBttABLES BtHNtTtOtt Ov CLAVIERS HUMAINS v v v tM t4X · PLE]lt~A1$ .S<t<<t~ 111 119 128 129 130 CRITIQUE L IMPRESSIONNISME ORIGINE PRÉJUGÉ L'<Ett. PHYSIOLOGIQUE DU DESSIN.

L'ESTHÉTIQUE LA TOILETTE.4- L'ART EST TOUTE SUR JEAN LA YIE. CELLES DU TITIEN 171 171 172 173 LINGES DE VAN DICK. L'ARTAMuNICBSOUSLEROtLoUiS LES TAPIS. VARIÉTÉ SPASME MIRAGE EN ART DE L'IDÉAL DE L'ŒIL. FUREUR GÉNÉSIQUE L'INCONSCIENT LETBTEMENT. Un Carnet de notes . 147 148 150 151 156 DE L'UNIVERS 156 157 POLYCHROMIE.POSITIVISTE. PROGRAMME LES CADRES EXAGÉRATIONS IMpRESSION143 DES PEINTRES FUTURS AVEC L'ŒUVRE.¡l'CIIABLE8 ~CLARIFIER .MKUkMOBS POSTHUMES DES APPARENTES EXPLICATION MSTE8. PERSONNEL . TYPES DÉSINTÉRESSÉE PREMIER DES DE REMRRANDT RuBENSN'ESTPASRÉALISTE.f. L'ART ÉGYPTIEN 168 163 167 ALTRUISTE 168 170 ARTS 170 170 171 RZFLEXMNS LE SAINT DE RODIN SCULPTURE. BATISSES LES DE HALS. 144 145 EN RAPPORT NOTES LA STATUAIRE D'ESTHÉTIQUE IMMORTELLE 146 147 DE L'ART.~L~f1'=HNEL KeME t 173 175 175 SA PEINTURE DUALISME .

A Mme PARTIE ) ~] 221 273 Ephrussi X 1 j A SA sœur 287 t .TABLE DES MATIÈRES A s/Lk PRINCIPE esthétique • w'Le GÉNIE y LES TROIS écoles ./Sciences nouvelles SOUVENIRS D'UN SALON (1886) NOTES SUR LE MUSÉE DU LUXEMBOURG (1886) L'ART MODERNE EN ALLEMAGNE À 176 j^g yja j^g 181 184 196 n-/f^ f 1. f 1 fyj TROISIÈME LETTRES LETTRES LETTRES a M.

ACHEVÉ D'IMPRIMER Le vingt octobre mil neuf cent trots PAR L'IMPRIMERIE pour le MERCVRE DB 1 GARNIER A CHAHTRES i .

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