Laforgue, Jules (1860-1887). Oeuvres complètes de Jules Laforgue.... 1903.

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MÉLANGES POSTHUMES .

L'art en Allemagne. . Le Concile féerique. Fleurs de bonne volonté. L'art impressionniste. 1 vol. Notes sur la femme. Lettres 1 vol. Les Complaintes. Derniers vers 1 vol. L'Imitation de Notre-Dame la Lune. MÉLANGES POSTHUMES Pensées et paradoxes. six contes suivis des Deux Pigeons en prose. Moralités LÉGENDAIRES.ŒUVRES COMPLÈTES DE JULES LAFORGUE d PoÉSIES Le Sanglot de la Terre. Pierrot fumiste.

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}J .ŒUVRES COMPLÈTES DE E >x Jules Laforgue Mélanges posthumes PENSÉES ET PARADOXES FUMISTE PIERROT NOTES LA SUR FEMME L'ART IMPRESSIONNISTE L'ART ALLEMAGNE EN LETTRES PORTRAIT DEJULES LAFORGUE PARHEO RYSSELRERGIIE T VAN i PARIS SOCIÉTÉDV MERGYRE FRANCE DE STE COUDÉ. XZTI ZZVI. DE MCMIII .

m . JUSTIFICATION DU TIRAGE: y eompris la Suède et la Norvège.IL A ÉTÉ TIRÉ DE CET OUVRAGE Quinze exemplaires sur papier de Hollande. numérotés de 1 à 15.

PREMIÈRE PARTIE .

. SURLA FEMME (Aphorismes et réflexions.PENSÉES ET PARADOXES. Fragments de nou pelles). Impressions. PAYSAGES ET IMPRESSIONS. Dragées. PIERROT FUMISTE.

v . et norales soient si peu émus. Malheureusement nature répugneau ma mensonge.^ Je croyais. Œuvre de littérature et œuvre de rophète des temps nouveaux. Puis.PENSÉESET PARADOXES Je voudrais trouver des pensées belles commedes regards. ^j Mes livres. Un volume de versquej^appelle philosophiques. sans amour.qu'il doive être bleu ou noir. sa amis. ans prétentiojii– Naïvement. ta peur te la mort. les idoles religieuses. et métaphysiques. · J. L. Alors je m'étonn que les philoiophes qui exécutent quotidienne ent l'idée de la ustice. Deux ans\de solitude dans >rusque-dechirement. à croire qu'ils ne ont pas persuadés de l'existence de ces choses. es bibliothèques. Des nuits à méditer d ns une atmoshère de Sinaï.

les bacchanales de l'histoire. qui souffre. Leconte de Lisle pas assez humain.MÉLANGES POSTHUMES Puis. la folie. seulement. la Seine. trop élevé au sens bourgeois. le journal d'un parisien Résignations de 1880. les Jablochkoff. Un second volume où je concentrerai toute la misère. Et alors je fais naïvement ce livre Lamma sabachtani. les massacres. etc. Puis un roman. les Thébaïdes. les orgues de barbarie de Paris. doute et arrive au néant et cela dans le décor parisien. du forcené. l'amour. les splendeurs de l'Asie. Mme Ackermann pas assez artiste. sans souci des codes du goût. le carnaval des Olympes. de la conscience de la terre. Les poèmes du spleen. du cerveau. l'histoire. et cela a dans une langue d'artiste. le Musée Dupuytren. l'alcool. Cazalis trop dilettante. Ce livre sera intitulé Le Sanglot de la terre. cinq parties Angoisses. les pavés gras. Les poèmes de la mort. les averses. trop technique. des dévergondages cosmologiques. pas assez fouillée. Sully-Prudhomme trop froid. toute l'ordure de la planète dans 1'inno~ence des cieux. fouillée et moderne. l'hôpital. sans crainte du cru. le spleen. Première partie ce seront les sanglots de la pensée. la Salpêtr ière. les couchants. étonnement qu'il y ait dans notre génération de poètes si peu qui aient fait ce livre. du grotesque. tout d'analyses et de notules . et les autres l'accidentel. la Morgue.

transportée à un peintre.PENSÉES ET PARADOXES sychologiques. sans amour. tout à la contemplation des cieux infinis. pauvre. on ira sur les promontoires vivre dans la ndre. les hommes s'embrasront. e ma pensée. Et la planète en deuil laissera dans l'azur mme un sillage de lamentations. La vanité tout. N "N . leen. Un personnage et quelques comarses. Un raté de eur. dans i nuées qui courront. On organisera des Concerts iinis d'oigues vastes comme des montagnes qui fileront des de lamentations avec leurs ouragans yaux montant. tristesse incurable de la vie et de ses sales. Et alors mon grand livre de prophétie. l'Inutilité de l'Univers. le renoncement. On désertera les cités. ut au renoncement. les trois stads de VIIsion. Et vierge. énie. énormes comme des tours. misère et l'ordure de la terre perdue dans les rtiges d'apothéoses éternelles de soleils. qui rêve quatre grandes fresques: épopée de l'humanité. bousculées par ces lamenta >ns. l'Angoisse s temps. mais un peintre penChenavard pessimiste et macabre. s'analyse pour se trouver des symptômes de lie et finit par le suicide. la Bible uvelle qui va faire déserter les cités. des ambitions de peintre. la danse macabre des deriers temps de la planète. à une vie. le déchirement de l'Illusion. Vie malheureuse. C'est une autobiographie de mon organisme.

de contempl tion. Catéchish LE SAGE DE L'HUMANITÉ PESSIMISTE. matériellemei ou intellectuellement mais ne songez pas à tuer Vouloir universel. cet espoir s'en va. Travaillez à l'art et à la scienc multiplication des moyens d'extase. le principe mystérieux. etc.e« la douleur et les effrois de l'homme d'un au de d'éternelle douceur. C$~s'~ . appétit sexuel. désir. Ce 1 peut amener la révolte des malheureux. tous bouleversements. insaisissable qui ci cule partout. entretenir l'homme l'éternel pour qu'il ne fasse pas attention à sa m sère éphémère. Absurdité des remèdes. Tuez votre existence individuelle. Jamais on n'atteindra l'essence même de la V lonté. qui supprim le mal universel. la seule trêve au supplice de l'Être. l'insaisissable présent partout sous les mill variétés de l'illusion. Rêves de dilettantes l'atrophie d vouloir.MÉLANGES POSTHUMES 1 NOUVELLE. Hartmann. Deux solu Sh tions proposées: Bouddha. on ne croit plus. l'Inde vénérable penhaûer. Aujourd'hui. Le grand bienfait des religions est d'avoir b. qu'on y fas e attention. Il faut se hâter de multiplier remède du renoncement. Il faut se contenter du suicide mat riel et du renoncement. Pas de remède absolu. universel.

ne provoquer le déchirement que lorsqu'on sait que l'individu peut être mûr pour cet état et peut arriver au renoncement « ?. Dieu. se pénétrer de l'histoire 2 i . esthétique. de cerveaux en mal d'absolu. ni d'hypertrophique. Ce remède. Pour les autres. On meurt au vouloir. du moins encore. qu'à la portée d'une éJ.. ne peut être. de Dieu.j J S i t . Le vouloir est souffrance trêve à la souffrance. d'estomac. il faut souffrir au moins deux ans jeûner. Il n'y a pas de pauvre ni de riche. de soucis. l'instruction. visiter les hôpitaux. souffrir de la continence. toutes les maladies hideuses ou tristes. maintenir doucement dans l'illusion. on monte.PENSÉES ET PARADOXES | Par la contemplation sereine. Le vouloir objectivé et vivant par chaque individu une chaîne. l'émancipation. scientifique ou philosophique (ces deux dernières sont les plus sûres de quiétude) on échappe à soi. de phtisique. la charité. on est affranchi pour un instant du Temps.te.». de l'Espace et des Nombres. ni d'esclave du génie de l'Espèce. On tue pour un moment le vouloir individualisé qui est en nous. toutes les saletés. l'amour. d'extase. non-être. je ne le sais que trop. on meurt à la conscience de son individualité. tepoevoao. saigner de pitié et d'amour universel. Avant d'arriver au renoncement. on atteint à la grande Liberté sortir de l'Illusoire.

curieux. inutile. Arrivés là. des aspirations au bonheur la [ lire avec sympathie (le premier don du sage) comme Carlyle ou Michelet. Résignons-nous à ne rien savoir. sur la nécessité . que ces milliards d'individus avaient des coeurs. de la Réalité universelle. les uns jouissent. sans oublier que le plus haut degré de souffrance est au plus haut degré de sensibilité. Nous laissons les indifférents de côté comme des cailloux. les félicitant de leur grâce d'état. philosophes. méditation vivement par l'imagination toutes les souffrances qui crient en ce moment sur la terre. des sens. partager son cœur. Désirer l'Illusion. en se disant que cela est réel. Arrivé au renoncement. se pénétrer de l'inutilité du Mal et de la vanité de tout. en passant. vivront et arriveront au renoncement. travailler. le sage devra éviter le dans son égoïsme grand écueil: se cristalliser d'émancipé de l'Univers. sages. sans but et sans témoin.MÉLANGBS POSTHUMES générale et minutieuse. 11 devra jeûner. saigner pour toute l'Humanité. éphémère et perdue dans l'universel des cieux éternels. Pitié. artistes. observer une rigoureuse continence. à ne rien pquvoir sur l'essence universelle. hommes par excellence. A certaines se représenter heures. ou ont recours au suicide matériel les autres. Voir toute la douleur de la planète.

Nous n'avons pas. C'est le contraire de la sensation de vivre. il est certain que notre fond » inconsoient en a le sentiment. Le bonheur tous nous le voyons réellement dans l'avenir et nous en rappelons réellement des échappées dans le passé. j'en ai. nul n'a jamais pu se dire « le voici. et arrivons au renoncement par la conscience de la vanité éphémère de notre planète et la contemplation de l'affolement solennel. et pour cette conscience qui veille et sait. éternel et sans coeur des torrents d'étoiles. l'heure summum de cette moitié! . en ce moment dans le présent*. et cela depuis notre premier jour. soulageons-les comme nous pourrons. LE BONHEUR. oelle où elle a une moitié de passé Oh le jour. Et en fin de compte nous n'aurons pas été heureux. • Le POINTculminant. puisque tout est fixé d'avance. c'est-à-dire par définition en voie de mourir. Et cependant. universel.PEN8ÉE8 ET PAHADOXES résignons-nous à nos misères. nous n'aurons pas vécu. même malades. la moindre idée du temps qui nous reste à vivre. notre existence se divise en deux moitiés celle où elle voit l'avenir. on n'a jamais entendu personne.

Le Repos -ou la bataille aveugle. l'amour des sexes. sa clef. Cette frousse t DE réflexe. « Aimez et laissez faire le reste. de vie organisée. sa lumière dans ce qui est l'essence de la vie. de sa continuation etc. Si votre religion veut la vie. substratum du Progrès indéfini sans but ni sanction. vue. universellement imprévue et inenregistrable en tragique.MÉLANGES POSTHUMES Que chacun de nous songe aux êtres chers et connus près. et fasse le calcul et cherche ce qui se il passa le jour où il eut sa moitié. devant la Mort qui fait que nous sanglo1 . elle doit avant tout prendre son centre. l'Amour inconscient souffle où il veut. laissez le passer. le sommet verra • LE CHOIX LAVIE (nirvanâh ou amour). systématique. DE En fait de religion. par la vertu de la Sélection naturelle. la voie est toute Jtracée. nirvanâ opium de la marmotte suicide Platon Karataïeff. le repos ou la vie. Or l'amour est chose inconsciente. » • PEUR ET RESPECT LA MORT. Si votre religion est le néant. Donc laissez le faire. il n'y a de choix qu'entre deux ou bien vous voulez le néant. secondeetc.

que nous trouvons génial un artiste qui vient de trépasser. O Maïa. Ce qui prouve que la créature humaine a beau se monter le coup. devant un ennemi agonisant. C'est étonnant comme ça me laisse froid. d'autres disent l'Illusion. qui vient de Je cesserai de vivre aussi carrément que vient de commencer à vivre ma nièce Juliette née la nuit dernière. Alléluia! ~t ~–J St . elle est organisée pour le bonheur. Aussi à mon tour que ma mère. Cent cinquante francs pour payer mon terme demain me toucheraient davantage.PENSÉES ET PARADOXES tons. et vivrons-nous justes de ton LA cesserai pensée de DE LA MORT vivre ET LA VIE COURANTE. Tout pour toi. Quoi qu'il en soit. et notre mère une sainte. Quand est-ce que nous nous montrerons adéquats à la valeur des phénomènes. etc. Je aussi carrément que ce moustique se brûler à ma lampe. secoués de pardons. Aussi à mon tour que mon père.

Le rêve. L'action est le débouché naturel de l'être. est encore de l'action. O donjons de l'ennui. Nous n'avons pas de goût à vivre et nous ne pouvons pas vivre de l'idée de la mort. même non teinté d'espérance. célibat de la Terre. Le temps! le temps! et le reste est sillages. Horloge dans une Célibat irrémissible! 1 gare désertée. inconsciente. tout un monde dans la mousse des créneaux. bavarder avec cette idée. alors c'est l'ennui. la considérer comme l'égale universelle de la vie en intérêt et distractions et même indigestions. toujours veillante. v Ennui. . vous n'avez plus de vie que pour ne pas voir le seul hôte que vous y trouvez c'est-à-dire la Mort. à la grande vertu curative.MÉLANGES PO8TBCMBS r L'ënwui. Mais quand tout vous répugne excepté vous pelotonner en vous-même un dimanche. en écoutant le bruit de la rue (gens revenant de vêpres !) et que pelotonnés en vous-mêmes. présente partout! (voilà l'ange gardien détaché pour chacun de nous du grand ange de l'Histoire et délégj| de l'évolution A LA DÉRIVE. S'abandonner à cette force unique. O Ennui cinquième saison steppes désertes comme le temps (la durée). maternelle.

élue. qu'elle m'a permis de la contempler. la moralité.a!l. quand on s'est bien pénétré de la nécessité de la Fatalité universelle et ` minutieuse. du calcul. la historia farà da se. me garde mélancolique et attendri le long de la vie parmi les loups. l'harmonie préétablie. moi pourtant si jeune. me donna le sens esthétique. atome et minute et dans ce baiser de la bonne Loi m'a ravi du monde de la réflexion. l'Univers.k len. quel état délicieux d'existence. qu'elle a soulevé un peu son voile et s'est distraite de son Œuvre éternel et infini pour se donner spontanéMENT à moi. qui présida aux unions bien trouje vées de tous mes ascendants en vue de moi. qui me guide.PKJISÉesM PARAOOXËS terrestre détaché lui-même de celui de l'omnivers) qui fait tout sans bruit. qui me poussa à la puberté vers la jeune fille adorable. et enfin qui m'a en si spéciale dilection. raccommode ma chair quand me suis blessé. du raisonnement. Comme on est bien. qui donna le divin amour maternel à maman. • FATALISME.é cient où fleurissent les lotus de la Vraie moralité. qui m'a fait croître selon un certain type élu au moral et en forme. des préméditations pour à la dérive sur les jourdnins de l'Incons. me suggère des instincts inconnus et précieux qui nous sauvent. .

Votre mère meurt. des effets et des causes. le soupir dans l'ouragan déchaîné. bon se remuer? Toutes vos joies. des circonstances. etc. Je suis l'atome dans l'infini. On se Berce-moi. des toitures. torrent souverain des soleils. l'atome dans l'éternel. une femme vous accable de son indifférence. toutes vos peines.MÉLANGES POSTHUMES inexorable. la à quoi mort. une force équivalente à un soufïle dans les puissances formidablement brutales du mécanisme universel. toutes vos actions. » tout est écrit. des idées. votre santé. vos chances. roule-moi. des choses. sans entrailles. . je me laisse aller. Je me laisse porter. des arbres.. L'armée des circonstances est en marche à travers la vie me heurterai-je à des circonstances défavorables. tout cela sera déterminé par des causes. Je ne suis rien. est là peut-être. sans conscience sous sa clameur unique et souveraine. des êtres. les plaintes de l'individu éphémère. etc. Je suis un brin d'herbe dans un torrent qui roule des quartiers de rocs. des troupeaux. vous perdez au jeu. des sentiments. étouffant sans les entendre. Tout est écrit. vous tombez malade. saurai-je m'emboîter aux circonstances favorables ? Rien ne dépend de moi. un ami vous lâche. vaste fatalité laisse aller. rien ne m'étonne..

. tandis que le mal arrive tout seul et le plus souvent malgré les efforts pour le prévenir. II ne se décidait jamais.\It.PENSÉES ET P. pour régner. ne se décide à rien et est. l'enrayer) et submerge tout destiné au mal et il régnerait absolument sans la lutte incessante de l'homme. c'est que le bien ne se montre que par l'effort (la douleur) vers le bien. un être sur le seuil du libre arbitre. plutôt que le Bien. d'une femme célèbre (?) Que de peine pour avoir un peu de plaisir Réflexion Dès qu'un homme 2* •. DU Une preuve que le Mal est. Ira. le bien s'en va si l'on cesse un moment de l'activer. L'aimera. des ambiances. s'accroît si on ne le combat pas (pour l'attéCe monde est nuer. il se développerait suivant sa fatalité éternelle.DESTINÉE monde. tandis que le mal est indéracinable. ira pas. qu'il disparaît Un mot aussitôt. la destinée de notre monde. d'un être qui. Et quand le mal et le bien se sont produits. Le bien est un accident produit à grand peine par l'homme et il est si peu fait pour vivre. Ceci est sans doute la mar.\l)OXES INCERTITUDE. n'est influencé en dédomestiqué aucun sens. l'aimera pas. par conséquent. C'était un caractère cousu d'incertitudes. LE MAL. dès qu'on ne l'entretient pas.r que d'une organisation supérieure.

Il se demande avec angoisse où suis-je ? il court. seul. avoir de grandes conceptions. il se trouve sur un îlot isolé dans l'azur et emporté cependant. inaccessibles. se reproduit.voit seul. mais l'on peut manger sans qu'il soit nécessaire Cela ne prouve-t-il pas pour' cela de penser. Je vais souvent dans le monde J'ai observé des dizaines de jeunes filles en toilette. six.. Eh bien. et meurt. sous le ciel au milieu de la mer bleue. être vertueux. il n'a pas de repos qu'il ne sache où il est. s'élever à l'idéal Et il n'a pas besoin de penser pour manger. il vit. quelque chose ? Que la raison ne gouverne pas le monde ? • Solitude DE LA VIE. grandit il regarde. Si l'on ne mangeait pas. il réfléchit. Le lendemain il se réveille. on ne penserait pas. l'homme naît. sans se demander où suis-je ? sans s'étonner de rien. mange. en beauté. Aux Indifférents. uniques. etc. il se . sous le grand ciel. qui m'ont paru idéales. en leur mieux J'en compte bien cinq. Eh bien ceci va paraître un pavé d'une naïveté colossale 1 . il cherche. Un homme pendant son sommeil est transporté rapidement dans une île au milieu de la mer vaste.MÉLANGES POSTHUMES cesse d'emplir son estomac il ne peut plus penser.

PENSÉES ET PARADOXES mais j'avais un criterium infaillible. AU Mélancolie ATAVIQUE CRÉPUSCULE. Ce sentiment de mélancolie qui nous prend au crépuscule. ni remarquable d'aspect sous aucun rapport. et me chercher. et je ne m'amuse pas à rencontrer et à intriguer des regards de jeunes filles. sables. de la tribu sociale. En somme je ne suis pas remarquable ni ne fais quoi que ce soit pour être remarqué p >ur qu'on me distingue il faut avoir la vue profonde. je ne m'étale pas ni comme manières ni comme conversation. ` Eh bien si la jeune fille en question après avoir vu Vmon air et entendu ma voix ne devine pas que je suis moi. de l'homme primitif notre ancêtre le sentiment de faiblesse devant le jour qui s'en va. Si on ne saisit pas. tant pis. de l'être . L'atavisme de ce sentiment qui fut le plus fort. une pierre de touche divine pour savoir si tout cela n'était que faux dehors dont elles n'étaie~t ni dignes ni responJe ne suis point un jeune homme beau. surtout en pleins champs c'est-à-dire avec pas sous les yeux et à nos côtés les bruits rassurants de la ville. c'est que c'était une fausse alerte et qu'elle n'est pas elle. s'ennuyer des majorités. je suis même un peu ours.

sur les ponts. de Mais celui qui est seul. mêlé à l'autre sentiment de la sécurité sociale et du savoir du fond de ces choses. Heureux ceuxqui jouissent du lit. Et je suis /"comme une route désertée depuis l'inauguration du . de gloire. qui rêvent éveillés des rêves d'amour. transitionnel) de la mort ce mystère. Tu n'es plus là. qui dorment. qui leur corps éreinté dans la peuvent abandonner fraîcheur des draps. qui pleure dans la Seine et qui fait se retourner les débauchés aux blêmes paupières lourdes Heureux qui peut jouir de son lit • ROUTEabandonnée. de fortune. se change en douce mélancolie.MÉLANGES POSTHUMES nu qui a traqué et a été traqué tout le jour. Aujourd'hui c'est l'antique sentiment d'effroi. et qui qui songe à la mort. de créature dépendante de quelque chose de plus fort là-haut la lumière. de faiblesse. et que l'obscurité épeure et envisionne. LE LIT. qui s'en va par les rues aux maisons endormies. qui souffre. vengeance. sur les quais. la nuit et la nuit est le frère (alléchant. bourrelé d'angoisse se lève à deux heures. C'est l'effroi qui.

. et qui n'a plus dans ses ennuis que le bonheur des ornières laissées dans sa peau tendre. mais que les averses et le temps auront bientôt effacées. est familier avec les ciels et les astres. tout en restant directement humaines. et les choses bonnes comme les gâteaux. luxurient et s'inextriquent et que je vive des petits bonheurs des feuilles. des sarments. RÊVE d'échiture.PENSÉES ET PAfiADOXES grand chemin à côté plus coupantcourt et plus propre. du français d'Africaine géniale. contournée non péniblement mais naïvement. du français de Christ. Ah puisque nul ne veut plus rouler sur moi. et les couleurs. a fait de la botanique naturelle. les baisers. le tabac. et les animaux. des fourmis et des larves. que les ronces et les haies de mes marges m'envahissent. et les rues. très simple (mais gardant toutes ses richesses). Ecrire une prose très claire. Des images d'un Gaspard Hauser qui n'a pas fait ses classes mais a été au fond de la mort. Et y ajouter par des images hors de notre répertoire français. l'amour.

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se tordant comme un . il aspire les sources invisiblement. et soulagé. de loin.PAYSAGES ET IMPRESSIONS PAYSAGE 'ÉTÉ. de parfums de les cresson. sources des paysages. elles se tordaient de malaise cherchant leur destinée dans cette atroce journée il voit monter ces troupeaux aériens de globules et s'y rafraîchit avec un soupir. fécondées de foudres latentes. cesse d'aspirer et l'eau plane alors en nappes noires bouillantes de ce baptême spasmodique. D Le Soleil torride à son apogée pleure des lingots comme des battants de cloche. et assoiffé de brises de prairies. En nappes noires pleines d'orage.

on entend les coups de pics des pionniers de l'autre côté. comme la face des aéronautes perdus. se dési rant. L'eucharistie du Soleil défaillant d'un air tout somnambule a dispa ru. comme la crête d'ui coq aveuglé. Deux éclairs ont sifflé. sans lampes. voyageant. les prairies s'assombrissent comme ta roue d'un paon en courroux. se repoussant par peur des catastrophes fi nales. Le simoun d'amour fait sa tournée. battent aux champs. plus flétries. les lèvres altérées affolées de soif cher chent et vont s'abattre sur des lèvres plus altérées. éperdus. 1 foudre a déchiré le voile du temple et l'éventail d l'averse d'amour s'abat sur les prairies haletante . fraîcheurs corrosives. 0 rosée de plus affolées encore.MÉLANGES POSTUW?:KS malade sur son matelas. où te délivrer ? où la bond que battent tes flots à la faire sauter ? Pauvres mi neurs ensevelis. Les pu les tempes sont moites e pilles s'agrandissent. les vents se cherchent e inventant des prétextes inépuisablement lamentables la créature se sent en détresse. désorbités de la planète. s'entrelaçant en fulgurantes vipères. Les feuilles tournent comme un œil agonisant sur leurs pédoncules. les mains s'égarent pleine de Foi. les branches battent comme des artères bouchées par des chaleurs in connues. creusant 1 tunnel. s< flairant amoureuses les unes des autres. s'étirant. plus qu'une cloison. des supplications s'étranglen dans les gosiers en feu.

Le bassin moiré d'or tendre. ftioyant les yeux. sanguinolences dans des plaques de lilas morne et de violet sourd aste ceinture où se découpaient les lignes calmes es toitures à cheminées puis des deux tours Plus haut le ciel était jonquille anét-Sulpice. Tout était calme. derrière des troncs entre deux basses échancrures de toits. était plein de mille frissons en marche toujours renouvelés. . une place rose laissée par l'agonie du soleil vaincu. au milieu.PAYSAGES ET IMPRESSIONS omme l'épervier aux mille mailles sur l'océan calé e lingots de fidélité avec un bruit argentin d'averse ur un lac autour d'une barque perdue. délayant l'amer des sueurs. mique qui montait se fondre dans du laiteux voilé qui devenait le ciel bleu pâle. sauf. Les feuilles t les yeux ruissellent. et ça et là des fouettages de nuages violâtres. Un crépusAU Soir D'AUTOMNE Luxembourg. dans la <. lie de vin. les feuilles irrémédiablement brûule frileux ées de rouille semblaient s'être ramassées en tas our se tenir au chaud. les fines découpures des futaies squelettées ar les brises noires et les averses éternelles. aubergine. Le ciel au ras était or pàle. avec des futaies réfléchies brisées.

estompant tout. pleuvait. Et l'espace était presque imperceptiblement rempli des rumeurs confuses des rues. mais derrière c'était la nuit qui tombait. s'étiraient et se fondaient. les derniers jeux du couchant royal. En face c'étaient donc là les dernières curiosités. Bon voilà que le vent assez aigre ma foi se levait. Voyez un clair de DE lune de novembre dans le plein enchantement d'une brume fine immobile au-dessus du fleuve large qu'on . impression de vie de cité lointaine. une trompe de tramway. Un tuyau d'usine fumassait mollement des paI { quets violâtres qui montaient. les hachures des nuages à ras d'horizon qu'un coup de bise égarée avait déchiquetés. un aboiement de chien.MÉLANGES POSTHUMES vasque soutenue de trois angelots. le jet d'eau était mort. L'heure sonna à l'horloge du Luxembourg. les pâleurs des statues Et le gaz crépita. Oh le ciel en quelques minutes était devenu très curieux là-bas à gauche c'était de l'or comme un grand champ de blé où pleuvait comme une averse. voitures. • CLAIRDE LUNE NOVEMBRE. un clic clac de fouet.

ferait redevenir réel et cru. semJle-t-il. que ce jardin ait dépouillé. Le sol était mal balayé des tas de petites folioles mnes des acacias. eu gais. Et là-haut la lune comme la clef énigmatique de t enchantement immobile et qu'un souffle. automnal vu de grande fenêtre du salon Tout le long du fond Ju berceau. c'était visible.PAYSAGES ET IMPRESSIONS vine aux feux réfléchis et sa berge effacée d'une ne de plusieurs lieues de collines avec leurs feux obiles. aux poutres ramient. malgré les ingénieux avaux et mosaïques et rafistolemcuts de ileurs des rdiniers dans les plates-bandes. fait de poutres jour sur colonnes espacées. Les marches de pierre étaient un brin verdies our monter à la terrasse sablée où une table de 1er avec sa chaise gelait sous un groupe mytholoen grès des plus poreux. avec çà et là perstant encore une touffe maladive de feuilles d'un une serin anémique Deux merles sautaient. hérissé. Novembre. oh ja- . s'accrochaient les sarments comme des raifications de gros nerfs noirs. gique Le jet d'eau du bassin rond n'avait jamais. UN PARC. carcasse.

Aller les visage regardt de femmes. errer dans une capitale. qu'elle de vient monotonie et débonnaire fatalisme. En fait il est vide équivoque ou débordant. Quelle est cette rue de province aisée ? A une fenêtre. Un pensionna distingué passe. je le regarde passer. mélancolie dont le objets soni tirés à tant d'exemplaires. gare d'une porte cochère sort une calèche découverte avec deux dames en noir se . des rideaux. Oui. un piano travaille réglé d'un métronome cette éternelle valse de Chopin usée comme l'amour ô délices poignantes. le dilettantisme n' son prix qu'en nostalgie. le tramwa qui passe. et le rond morte et glacée mirait avec une précision forte le ciel craie sale et les futaies fines et des grands arbres qui séparaient le parc de vière s'en allant comme en été. ô délices. y déchiffrer la quotidienneté de leu existence et de leur destinée. d'e d'eau sèche la ri PROMENADE DANS une RUE. Et ma liberté d'al lures et d'âme! Mais hélas. ô bon fatalisme et l'on allume un cigare Des pla tanes Une bonne lavant des vitres.MELANGES POSTHUMES mais joué aux soleils irisants. par un fin matin d lendemain de pluie. or gies de berquinades bizarres.

de trouver son nom fixé à une La surprise nseigne de boutique et de bâtir des romans antéiluviens là-dessus. Et l'on imagine l'ennui de la salle à manger suspension en cuivre poli. l'immuable atmosphère lambre à coucher. les bées regardent par dessus l'épaule. un . le corps de garde des sept peupliers tauts qui massés par la nuit étaient plus des cyprès loirs que des peupliers. Le soir par la fenêtre un ciel le violet assez grand deuil. juste en face et faisant tapiserie la faction. accoudé. A une fenêtre là haut une cage à serins.une homme regardant avec la conscience du terme ayé. bruit de feuilles continu si égrené. Et toutes ces fenêtres comme des yeux condamnes. Deux bonnes se rencontrent et causent. létaché parfois qu'il semblait être plutôt le bruis- . la mesquinerie labode la euse du salon. pendant cet arêt forcé. A une autre de mansarde aussi. Le bruit était une trailée là-bas. piqué de deux brillants l'argent clignotant sur la même ligne dans l'écarement de deux yeux. un chien sans but.PAYSAGES ET IMPRESSIONS mtant. A Chevreuse. Une petite fille qui boite et tient une ange.

tout sombre. • t SOIR DE piuxtemi>s sur. sent pans cesse du monde et la criée du programme devant le péristyle des Variétés. LES boulevards. -1. des fleurs. en cadence.Un soir de printemps sur un banc. tournai tenant une femme bleue. des parfums. un cabinet de lecture. Au premier. naissables des canards semblant ou rêver ou se bécoter. des tables. grands boulevards. Mais on voit danser. devant blanc. très on correctement. des homme» en frac noir. Un café ruisselant de près gaz. te long de ces dix fenêtres. un bal. puis redevenant si feuillu qu'on opinait décidément le frisement perpétuel des futaies sous le pour lancinement des brises diverses oui. ébiouissement du gaz. blanche. des Variétés. il preuve que ça devenait parfois presque les rumeurs des sources lointaines cet accompagnement seul etc. Au second. En bas les piaulements très doux mécon. la tenant à peine embrassée. Une cocotte toute en rouge allant de bock en bock. toutes les fenêtres ouvertes. . recueilli. On n'entend pas la musique dans le grand bruit qui monte de la chaussée grouillante de piétons et de fiacres avec les passages qui dévorent et vomis. des lampes.MÉLANGES POSTHUMES sement métallique mais éteint des grillons. JiJas. des crânes penchés. rosé.

• PAYSAGEarisien. sérieux. » Les omnibus chargés es deux sexes tous ayant leur coeur. les vitrines. elle a fait Aux Variétés. eur (anges. Ces cocottes qui passent sous les clartés Près de moi un kiosque de rues des cafés. leur soucis. sans Indication à vendre ? Sur le flanc droit de la. ournaux deux femmes causent l'une dit « Pour 4r.PAYSAGES ET IMPRESSIQNS s voit passer. » et toujours l'enfer du boulevard. repasser. elle ne passera pas la nuit. En haut les étoiles douces et éternelles. les cafés. le gaz. Boulevard Bourdon p le ong du canal aboutissant par un étranglement noir outerrain à la Seine fourmillante venant par n boyau sombre aussi au-dessous là-bas de la des maisons se dressant lace de la Bastille solées avec leurs cinq étages et leurs rangs de six enêtres = au bas marchand de vin traiteur et une boutique poussiéreuse volets clos. l'un dit: « Mon cher. toujours des assants. et son môme qui donné la gale au mien. vers e vide de l'horizon avec les éternels chantiers de >ûches empilées et rangées une vaste fresque- . une cohue sort pour ix francs. sans rire (on n'ennd pas la musique qui les fait danser). maison. Un groupe e souteneurs passe. les 'entr'acte acres.

Et des fabriques. un foue claque. des débardeurs un sa gris en capuchon.MÉLANGES POSTHUMES réclame sur fond bleu des lavoirs un énorme e farouche hébété mousquetaire embrasse du br droit un flacon d'insecticide Vicat et de l'autre d'u souillet au jet palpable occit des poux. Puis à gauche une enfilade comme une série d'ac cents circonflexes de dix hangars à jour continus et dessous. la vie des tonneaux. de l'autre côté du canal. dans l'eau-forte enchevêtrée des char pentes. des punaises des puces énormes vues au microscope. des tas de barriques et tonneaux des camions qui attendent d'autre d'autres qui arrivent. En face. des casemates de douaniers. Et la vie du canal sur le chemin du halage. aussi de maisons se dressant en détresse isolées cerclées d balcons avec sur un flanc du haut en bas comm montré dans une figure section verticale reliée d deux ponts vénitiens le boyau de la cour avec le e fenêtres grises des cuisines couleur torchon. des gens qui chargent des pé niches amarrées. Il ne passait sur ce boulevard que des camions . des fumées lentes et noires o fusées par jets blancs Et le grand ciel houle sur lequel était plus tragique une femme là-bas i un sixième venant secouer un tapis à l'angle d'm balcon. qui partent.

les sifflets de la gare. Mais l'idéal c'est ces éponges. • Devant le regard atone.PAYSAGES ET IMPRESSIONS des camions pas encombrement mais la sensation de l'encombrement car ils allaient. sage. les flûtis éveillés d'un merle. Après un temps d'averse pas trop épaisse. HUITHEURES. DE mi-juillet. Tout le reste est masse immobile de coteaux. espace et ciel blafard. Comme je comprends ces vieilles races d'Orient qui avaient épuisé tous les sens. bouddhique des crocodiles. l'eau d'un boueux verdâtre laisse aller du même train ses rides et ses moires. tous les tempéraments. tout au rêve. •A Crépuscule A l'aquarium DEBerlin. et des clochettes de vaches qui passent. Il y a trois notes uniques et monotones dans l'espace. X gavé. des pithons (les ophites) etc. allaient au pas et le pavé sonnait creux à donner des coups dans l'estomac. dans les bas feuillages de la terrasse. ces plasmas dans le silence opaque et frais. de l'eau. . ces astéries. toutes les métaphysiques et qui finissaient par adorer. béatifier comme symbole du Nirvâna promis ces regards nuls dont on ne peut dire s'ils sont plus infinis qu'immuables.

Oh vivre dans un de ces bancs de mollusques Mourir mourir. que sur le Mississipi. Il contemple une minute le réverbère. éclairant spécialement cette ville comme pour me jurer que cette ville existait vraiment. puis s'en va. six personnes s'attroupent et conjecturent le réverbère s'allume. Ces dimanches de février en province qu'aucun soleil de demain ne rachètera pour nos cœurs pleins de rancune. Le réverbère ne voulait pas s'allumer. Un seul reste. Aussitôt. et flairait les pavés comme de très vieilles connaissances. La fenêtre d'hôtel donne sur la grande place.MÉLANGES POSTHUMES FIN journée DE JOURNÉE en province. Et la lune est ici la même qu'à Paris. Je regardais une lune bête monter là-bas. les gens constatent qu'il est allumé et s'en vont à pas lents. Passé une fin de Ville grisâtre. EN province. deux. . cinq. soigneusement pavée. qu'à Bombay. paisible. • Dimanche DE fkvkiek EN province. Un allumeur de réverbère portant un bébé dans ses bras et suivi d'un chien qui avait l'air habitué à tout. dans son insignifiance.

le ciel définitivement gâché (dimanche raté). leurs comptoirs. 6 heures. Les monuments découpant à leurs terrasses des statues trophéïques. on s'y arrache les journaux illustrés. Puis la cloche impertinente d'un tramway. Voilà qu'on entend quelques cloches d'après les vêpres disant la province bloquée sans espoir et les dimanches de vieilles filles. pas encore les réverbères. On a froid aux pieds. . les deux ou trois cafés sont pleins. Le livide sec (après la ventée furibonde de la nuit) ricane blanc au ciel où courent des nuées noires et monotones comme des huissiers. Un lundi matin blafard. Les amateurs de ` dimanche quand même vont patauger en famille toute la nuit et rentrer n'osant supputer les avaries de leurs toilettes. leurs ateliers. A 6 heures 1/2 les gens vont au théâtre. Des gens recommençant la semaine hélant un fiacre portant des paquets que faDes parapluiee tigué on remonte sous le bras. étouffants de cigares économiques. l'atmosphère étant trop saturée. prennent des tristesses de cheminées.PAYSAGES ET IMPRESSIONS Ciel de cendre opaque distillant une pluie monotone grisâtre. qui moitié retombe et enflaque le sol. et demain repeupler leurs bureaux. prennent dans le crépuscule crotté. La pluie devient de l'averse. moitié imprègne la grosse atmosphère comme un invisible buvard qui vous pénètre. On allume le gaz dans les maisons.

de leur chapeau. Les cochers de fiacre ont encore les têtes les plus sages. sous le menton. le moindre dîner vous pèse.MÉLANGES POSTHUMES en réserve Un bébé qui court contre la grille du square balottant son petit manchon bleu sur son ventre comme une breloque maternelle. au cœur. giflées. on sent battre ses artères aux chevilles. je devais. adéquates au piétrisme de l'existence (à la situation). Les pieds ET cuisent. les uns avec des faces optimistes. d'une plume. de leurs gants. dures. aux poignets. il faut défaire sa cravate. Toutes les femmes ont l'air battues à la maison. les autres ennuyées. souffler . la cigarette qui ne quitte pas le coin de votre bouche est consumée en douze bouffées. d'une tournure. un de ces musiciens militaires. la peau trempe. on doit tenir en l'air à des embrasses ses mains déjà trop gonflées et moites. Un couple se racontant quelque chose. Tous sont non pas gifleurs ou giflés. sanglé dans un uniforme. • Après-dîner TORRIDE STAGNANTE. Que je serais malheureux si j'avais des seins. on souffle si profondément. Des solitaires qui ruminent ce qu'ils viennent de vivre ou l'affaire où ils vont. ou uniquement heureuses pour le quart d'heure de leur mise. et étais nourrice Ou si. mais les deux comme causes et effets.

dans la fraîche et toujours obscure arrière-boutique d'un bric-à-brac sur les bords de la Séquane ou une fleur de rideau dans le salon propret et nu d'une vieille fille à ou un héron. sur une faïence de Delft au-dessus d'un empilement d'étoles. un corail au fond de la mer. tout mort et s'évaporant sauf le cœur qui cogne. de vanné de partout. Comme un oiseau encore tout palpitant de la mêlée sauvage. On va .PAYSAGES ET IMPRESSIONS dans un trombone des Danaïdes. Ah être une mouche dans une cuisine au carrelage en province Ou plutôt une arrosé. au jardin public. La main se refuse à tenir la plume qui festonne comme un homme ivre le long des phrases. une volupté coulant dans le pouls s'en rit. On essaie en vain de fermer les énergiquement poings. On ne sent ses jambes que dans un confus bain de lassitude. sur les plates-bandes des marges. jambes s'évaporant. éponge passive. incrusté à la même place. Les matins d'éreintement. cogne. Tout mort. les yeux clignant dans le vide. comme dormant encore. on respire pesamment. Quimper • Matins VANNÉS. muscles assassinés et somnolents. voir le défilé de la nature sous marine ou un bluet bleu.

si je ne dois pas l'avoir absolument. les chatouilles sous le cou. Moi si analyste. des yeux criblés de dettes à tous les points de vue des moustaches cavalières ou blasées trempées des soupes quotidiennes. le long de dix cigarettes. tout le long. cela me suffit. et qui vont de chaise en chaise. je me sens tout solennel. je me sens généreux. d'une âme si myope. qu'importe ? J'aime. Gaston. humain. . céleste. Et je vais par les rues. Si elle ne m'aime pas. Les yeux souffrent derrière des lorgnons. J'aime. ENFANTS. Des bébés qui feignent de prendre au sérieux les caresses au menton. j'aime j'ai bu un bon coup de vertige. Le Luxembourg est plein d'une grande allégresse des cloches.MÉLANGES POSTHUMES chercher ses estampes et on s'abêtit là-dessus. venez. les yeux. insomnies d'avenir. c'est l'heure de votre quinquina COUP DE FOUDRE. les narines grandes ouvertes. MUFLESDES GENS.

souple et câlin aux doigts. DE BoRDEAux A PARIS. 0 linge fin nul ne t'a chanté. porter. Coupé. Après le dîner. Sept messieurs en noir plongés dans sept journaux blancs arrivés de Paris tout à l'heure et les y rapportant à toute vapeur. voyager.PAYSAGBS ET IMPRESSIONS palpitant. Les grooms en ligne se chauffant le dos en causant à la vaste cheminée du hall. si plein de choses que je n'ose me regarder entre quatre-z-yeux. Et tout ça sans blacrue. 10 heures du soir (octobre 1885). et la couverture capitonnée à multitude de fleurettes jonquille. Vivre n'importe comment. etc. . LE LINGEFIN. et le soir on rumine sa journée sur l'oreiller de fine toile vergée. faire des scènes ou en supet l'on sort un mouchoir de batiste. Dans le roman. s'éterniser dans des trous. les langues étrangères se croisant. dans les mousseline rudecomme du papier draps fins et qui ne servent pas assez pour perdre leurs plis en carrés de l'armoire. aller ici et là. être tragique ou sceptique. CENTRAL HOTEL.

Les premiers arbrillons.-Quelque ascenseur.MÉLANGES POSTHUMES Et en montant l'escalier somptueux à tringles de cuivre. les bras croisés. des quais. des fumées noires. des équipes de manœuvres regardant passer. comme une laque charbonnée en eauforte avec des salissures de génie. du vent dans leur figure terreuse qui clignote aux espaces. les gares déjà grouillantes scandées de pulsations chaotiques. on se croit obligé de prendre une démarcLe vraiment accablée de gens très gâtés depuis des temps. -Je viens de gagner une gageure. automne au milieu de la nuit boulangeries comme des mauvais lieux la tras'entr'ouvrant Le lever vinasse versée de Paris s'éveillant. UN la cage CABINET d'un DE TRAVAIL. UNEgageure. . chose comme Les fiacres pris en Fiacres DE NUIT d'automne. les ponts noirs Le départ dans l'air vif la banlieue. vous savez! des temps.

Une moitié. vole.PAYSAGES ET IMPRESSIONS En plein Paris j'ai passé trois journées sans adresser la parole à mes semblables. sans ouvrir la bouche. quelque Sous nous part viol. On se bat quelque part. gaz. résine ou chandelle. seul. on dort des agonisants. des chevaux résignés traînent de lourds camions des femmes errantes des messieurs s'abordant d'un sourire Et la terre poli. Essayez. On se prépare à dîner puis on ira dormir ou au théâtre. quelque part une exécution capitale. vous m'en direz des nouvelles. Midi. l'autre noire et piquée de feux. n'a pas de destinée. massacres. Dans la rue. Des maisons que je longe s'échappent des odeurs de friture et des bruits de vaisselle. éclairée par le soleil. Voici le crépuscule. le ruban funèbre des convois vers les ifs et sans cesse. je peux être immensément lâche en face des étoiles Et tout cela n'a pas. Ah je me suis assez roidi contre mes larmes. • . Et tout cela sur le dos la terre énorme roule par l'azur éternel avec la rapidité a froudroyante d'un éclair ? • Crépuscule.

chanterai bien autre chose encore. un peu chauve.MÉLANGES POSTHUMES D CHANTEUR ESCOURS. et levant la main droite comme pour donner la volée à un dernier soupir arraché du cœur toujours découvert respectueusement. avance un pied. Dans la cqw. Type de chanteur dans les cours. Dans les passages pathétiques tend les bras. il se retire. galant et jadis a dû avoir une petite répuvieux temps tation aux desserts. il vient chanter pour se distraire et parce qu'il croit bien chanter et être encore aux succès de jeunesse. il remercie les dames en embrassant d'un beau geste les trois façades des maisons. oui je vais de ce pas acheter une boîte de réglisses. il n'a pas une famille qui demande du pain. et débite d'une voix chevrotante un compliment éteint qu'on devine aux Mesdames je vous gestes galants et aux sourires. mais je suis un peu grippé. très bien. se penche. Une tête de femme paraît derrière une persienne. les mains sur son cœur. il fait un salut gracieux sa main grassouillette sur son cœur. charmant. la voix tremblante. II a fini. Il fait des gestes. fait Béranger. Un vieux. lentement. mon Dieu. des . recule. sait une foule de chansons du correct. les yeux levés et finit le couplet en écartant les bras. hésite. un bon vieux de il s'incline. en avant. On lui jette un sou son geste et ramasse dignement il n'est certes pas talonné par la faim.

Ls'jnf. les réconcilie. que. la conversation eut alors pris une autre tournure. commença le délire. bien que ce fût-pas sa faute. montre en main. que c'était sous toutes latitudes une chose digne de remarque est malaisé de juger la conduite de son semqu'il blable donc que c'était là enfin des procédés exorbitants. Il disait que Ça lui convulsait la santé. leur tapote les joues. Copie conforme.irmc. Il continua que C'était simplement déplacer la question que faire venir ce médecin de la Faculté de Paris. grâce à cette regrettable histoire de canapé. se sont disputées. que c'était une individualité sans mandat de droit .WsAGES ET IM|»KSSIONS gamines de converges s'a musent à des dînettes. hélas! c'est qu'on eût pris justement ce prétexte pour contrarier.. • COMPLAINTE DUFAUX CONVALESCENT. alors qu'il était prêt à réintégrer les traditions de sa famille. fait un dernier salut et disparaît le dos tout guilleret. et qu'il y avait une chose qu'il ne lui pouvait pardonner. A huit heures et demie. du moins en appale cours de sa vocation et rence. laquelle il tenait en dépôt sacré de sa sainte mère.

et qu'il était depuis la veille décidé à jouer son va-tout. dès que sur cette province triste comme un bureau d'expédition. ce n'était plus du délire. où qu'il allât. mais un je ne sais quoi qui n'a de nom dans aucune langue. pris en traître*. et quei'ailleurs avantde s'ériger en juge d'une situation on ne peut plus contagieuse il allait faire preuve d'un charme effréné. Pierre. le temps se remettrait au beau-fixe. à aller s'enquérir de certaines histoires aux Environs de l'au-delà. un oreiller d'indulgence pour toutes les créatures. puisqu'on y tenait et qu'il aurait vite atteint le nommé Bien-Être qu'en tout cas le souvenir de ses yeux. sa rare faculté d'assimilation lui aurait du moins permis dès le début d'enrayer les foules et les sergents. comme dit Marmontel de Pompignan. élevé à la hauteur d'un principe.mélaNges posTHtJMrs/ i I divin. . A huit heures quarante. surtout dans notre belle langue cette « gueuse fière » comme a dit Volfrançaise. montre en main. impartial lui. en d'autres termes puisqu'on l'absolvait sans l'entendre de l'accusation d'être trempé pour l'accomplissement de grandes choses. que pour un obseuvateur on l'avait. quitte à inventorier ensuite la chose qu'est la chose. notre maître à tous. lui serait. malgré leurs lacunes bleues. taire. Ses adolescences ayant été insuffisantes.

SUR LA FEMME Aufondla femmeest un être usuel. par la paresse et la corruption nous en avons fait un être à part. n'ayant d'autre arme que son sexe. inconnu. la femme n'est pas notre frère. franc-maçonnerie des défiances d'éternel petit . ce qui est non seulement la guerre perpétuelle. J L. APHORISMES ET RÉFLEXIONS FRATERNITÉ. mais encore une arme pas de bonne adorant ou haïssant mais guerre pas compagnon franc.ces êtres médiocres et magiques. Nous disons: humains. et qu'on est tous frères Non. Les femmes. un être qui forme légion avec esprit de corps.

en tour. en bacchante avec des fleurs. Et tout de suite leurs yeux. il faut les tuer puisqu'on n< Mirage mirage ou bien les rassurer. les refor peut les saisir. leur air prend l'ex baissés avec les ban pression de leur coiffure deaux et les tresses. à la chien par la coiffure canaille. etc. cette révolution. des draps équivoques. Et du bleu! ou du noir digne. Mannequins de la mode. les habiller autrement. changent en un tour de main bandeaux virginaux. Et des paniers. leur tout dire. accrochecreur andaloux changent d'âme leur visage. leur faire passer le goût des bijoux. 0 jeunes filles. savoir! Est-ce que ça les change? non! . n'être plus vierge. nos amies in times. ou des fourreaux. à la titus équivoque et noble. etc. des associés d'ici-bas. des vertugadins. leur couper les cheveux. Cette chose énorme. nos frères intimes sans arrière-pensée d'exploitala vraie poignée tion Quand nousdonncrous-nous de main MIRAGE. en faire véritablement nos compagnes égales. quand serez-vous nos frères. en tresses. Elles LE font ce qu'elles veulent avec leur corps (ce corps qui doit dire l'âme !). des décolletages.MÉLANGES POSTHUMES esclave. mer. Une mèche folle près de l'œil! des bandeaux plats. des cols carcan.

mais quelqu'un ? Celui-là elle l'aimerait. Quelles sont les intactes et quelles les blessées les yeux. La physiologie dit que tout arrive. Toutes ce petit air délicat et Sainte N'y Touche accumulé par tout un passé d'esclavage sans autre arme de salut et gagne pain que cet air séduisant sans le vouloir qui attend son heure. qu'elle désire être possédée. cette jeune fille au teint créole diaphane aux yeux si francs. l'air sont les mêmes. en face. mais on ne songe à rien de la possession. UNE JEUNEFILLE. caresser ces fins cheveux chiUain-blond coupés court à la Russe.SUR LA FEMME Voyez dans les rues. Est-ce la Nature possible n'en tressaillera pas ? Ça pourrait-il arriver ? (Je ne songe pas à moi). qu'elle rêve de çà. L'idée qu'on pourrait lui titiller les amandes des seins. Elle. Sa poitrine est remarquable. Ecarter. Et cependant elle vieillira C'est sûr que dis-je ? elle est quotidiennement soumise aux abjections . si purement lumineux. et le laisserait faire comme une chose naturelle en lui souriant des lèvres. déranger ses cheveux d'une main tremblante. des dents et des yeux. Il m'est impossible plutôt admettre l'existence de Dieu.

L'homme n'a qu'un but. les yeux rougis. ni canaille Ah misère a une fleur à la place du cœur. Et cependant elle vous regarde en face souriante et lumineuse Donc elle est superficielle. Et cependant me l'imaginer pleurrnt. ni mystique. son petit mouchoir en boulette crispé dans la main. la voix tremblante encore et étranglée de sanglots « Elle est délicate et frêle comme un Greenaway de théière. ET ATTAQUE DÉFENSE. parce que je lui aurais fait une peine de cœur. 0 féminiculture. ni mes dédains ni mes absences n'en gèleront pas le pétiole. nous sommes si éphémères TÊTE VIDE. elle n'est ni traelle gique. 1 . un joli œillet dans un joli vase de Sèvres. la bouche tirée prête à recommencer à pleurer. pôle moderne Après tout.MÉLANGES POSTHUMES de la petite créature animale (tableau connu tableau connu tableau connu !) C'est sur et visible comme deux et deux font quatre. pleurant. pâte tendre Mes larmes d'angoisse. mes larmes des nuits de vide tragique n'en effeuilleront pas un pétale n'en endeuilleront pas les couleurs. de fine culture mais quoï de plus ? Elle a la tête vide.

L'associée. mais dès qu'ils sentent qu'on cède. étonnée et intéressée à l'encouraou à décompliquer un peu ses ger coquetteries. Homme ou femme.SUR LA FEMME La femme assiéger. Il y a dans cette conduite de nos dilettantes beaucoup du besoin littéraire d'avoir une passion (Stendhal. et que le picador de l'orgueil féminin les larde de blessures. Balzac. Musset). Que la femme continue. la preuve la plus forte que l'on puisse donner de son amour ce sont de vraies larmes. Ah les larmes devraient être une virginité que l'aimée nous réserverait et que nous crèverions comme l'autre. attiser. etc. Ils n'aiment et n'assiègent et ne font l'homme que lorsqu'on les fait souffrir. travailleur. ils se défendent. ils sèchent sur pied. LES larmes. Nos dilettantes spleenétiques d'aujourd'hui sont femmes en amour. qu'à . La femme est un être vaillant. en venir à ses fins et voilà. Ils attaquent. a à se défendre. Nous ne devrions nous occuper d'elle autrement que de nos frères. fuir derrière les saules. un associé.

etc. qu'elle se fît une humanité à part. etc. la paresse. pour remplir les vides et joindre les deux bouts. et comme la nature de cet amour est de durer à peine une demi-heure. Eh bien non. tête. Avec la Femme nous avons jusqu'ici joué à la poupée. et est devenue le Féminin.. et des variétés d'amour. parce que la femme n'y prend pas part. drames. nus. C'est elle qui dissipera de son . une demi-heure. comme on l'a laissée dans l'esclavage. cœur. nous l'avons laissée s'hypertrophier. C'est la femme qui sauvera le monde. nous ne la voyons qu'en amour. sans autre occupation et arme que son sexe. Eh bien tout ça est faux et n'a pas de fin et conduit à l'extinction des nerfs. bijoux. lunes de miel. pas avant. toilettes. il a fallu. Voilà trop longtemps que ça dure. Nous supportons tout le travail de la planète depuis l'histoire. chair. association. elle l'a hypertrophié. pas après travail. chaque an. parce qu'elle a un autre sexe. romans.MÉLANGES POSTHUMES certains moments. paquets de lettres parfumées. amours mûres. Ce travail nécessairement est stupide et boite. chaque saison une nouvelle mode. platoniques. un nouvel art de séduction. ellc est un monde pour nous. décolletages. • Le règne DE LA femme. faux-derrières ou plates tuniques grecques.

plutôt que pas du tout. la terre pourra se suicider. L'orgueil féminin. Le règne de la femme est arrivé. Leur unique but (inconscient) est . sa raison d'être est de perpétuer la vie.FOYER RÉFLECTEUR. Sa vocation immuable et inextirpable. Mais ce queurs. La plupart des hommes sont à leur endroit vainC'est laid.SUR LA FEMME sourire terrestre les vapeurs électriques de fin d'été du Pessimisme. Aussi il n'y a guère de grande âme qui n'ait souffert positivement par la femme. jour où après des siècles de l'Histoire Féminine. qui touche plus la caste est le grain de mépris et de désillusion des hommes. l'instinct de caste. vive la Femme! Elle croit au moi. et n'a pas peur de la mort. Le. et est fermée aux angoisses métaphysiques et au désespoir de l'Inconnaissable. abusant. Et il faut prendre les hommes comme ils sont. Le Génie féminin (inconscient) leur inspire de se venger du petit mépris bellâtre des hommes en général sur cette élite généreuse qui leur apparait comme d'énormes foyers réflecteurs. L'homme est mort. 4 la femme en sera arrivée au pessimisme. Vestales du jeu d'idéal qu'il faut attiser toujours. vulgaires. Elle est la vie contente. • LA FEMME. La fonction de l'homme désormais sera l'art de faire des enfants à sa compagne.

Ici. un être non travaillant. l'étalonrestant l'agent inexagent sera la femme. dans la société moderne. l'homme ne se sou- . Ce ne sera plus aristocratie de nom. C'est là le plus sûr élément de progrès. ni d'argent (tous travaillant. à tout degré. en décupler la force réflective et illusionnante. en esthétique. Il faut donc commencer par faire de la femme. A quoi reconnaît-on qu'un homme et une femme passant en couple dans la rue ne sont pas mariés c'est quand ils s'occupent l'un de l'autre. I' Amour tirpable d'idéal et de concurrence.MÉLANGES POSTHUMES de profiter intérêt vital de ces foyers pour les attiser. héritage restreint). soi et en tout domaine. mais purement esthétique. En M général. Concurrence sélective implique aristocratie. ni purement intellectuelle. mais c'est-à-dire supériorité d'élection.ÉTALON ESTHÉTIQUE. LA FEMME. LE signe DE l'amour. MODESTE idéal DE L'AMOUR ODERNE.

savent qu'il n'y a rien là pour eux puisqu'ils sont ivres de la même attente à des femmes de trente égoïste. Etre aimé. . L'écoïsme DANSL'AMOUR. comme toute jeune fille pubère attend d'être adorée d'un homme. n'être pas rejeté. c'est être préféré aux autres soupirants. fait la cour et possède. compris (c'est si difficile à vérifier. en sont pleines et ivres et bornées. Nous. Etre aimé.SUR LA FEMME cie pas d'être aimé. poètes. ayant besoin d'être adorés de la femme. plus maternelles. LEFDE L'INTERVERSION C DESAGESDES AMANTS. si oiseux) il aime. Et comme les jeunes gens de quinze ans savent que les jeunes filles sont toutes à cette attente. toujours pubères. ils s'adressent ans. pour lui. c'est plaire. restons des enfants de quinze ans. qui les aimeront comme les hommes faits aiment les vierges. gentlemen comme lui. plus sœurs.

si noblement franc.MÉLANGES POSTHUMES IMPRESSIONS LA FLEURDE LA TERRE. je l'aime comme la vie. absolue à part Rien d'elle ne me dégoûterait. le sang-froid du dilettantisme qui passe. ses mains dans les miennes. pleins et bons ça ne me rassasierait pas. à pareille époque. J'oublierais la vie pour elle. Un baiser dans le coin de sa bouche quand elle me sourit avec ses yeux vifs. Comme elle est pure. Ce n'est pas un sourire heureux ou optimiste. Elle prend même un petit air provincial. qui veut faire croire au bonheur quand il se trouve en société. Ah ce sourire si ouvert. Et je la vois avec plus de sang-froid que l'an dernier. absout Tout. . mais celui d'un ange sage. d'excentrique retraitée à vingt ans. certes mais ce sourire me tiendrait toute ma vie en haleine.

m'arrête. LA COMPAGNE. gelée. des bonds et des scènes de désespoirs sans lendemain. bâillant. des explosions. l'amie du chevet. J'essaie de me la figurer pleurant seule. Je ne peux pas. Tout cela est-il vieillissable et mortel Elle me ferait sombrer dans des abîmes d'analyse et des problèmes mais son sourire premiers. 1 REGARD INCARNÉ. prise de la nostalgie d'être autrement qu'elle n'est. n'a . ni des héroïsmes. -Elle est la seule race de femme que je ne parvienne pas à dëshabiller. Elle ne me dit ni des voluptés ni des ascétismes. l'Œillet-en-Soi. Non. qui tombe sous les sens. s'ennuyant. Cette imagination reste stérile.SUR LA FEMME Que son cou est doux ah ses épaules doivent être tout un trésor. C'est la fleur de la Terre. corrosives. Ici pas de jeu de dupes. ça ne dit rien à mon imagination ardente des dessous. la compagne. Elle est le sourire toujours ouvert à la rosée toujours nouvelle. la douce discipline de la Beauté aussi raisonnable l'infini qu'inamovible.

son sourire. un regard 1 incarné. j'irai me promener sur les boulevards. Elle est tout Regard. son accent qui a la monotonie des cataractes dans les pays inexplorés. j'aurais beau me battre les flancs. l'œuvre consommé. il me serait impossible d'y songer. r LE PROTOTYPE. les pouces aux entournures de mon gilet De toutes les femmes que j'ai vues. J'y dégusterai les plans de la nature dans l'œuf. c'est celle qui ressemble le plus à la nature. i. et à la coque. Je n'y songe pas. Elle est belle en soi! je vaiss m'y ruer Elle est le prototype de mon rêve De celui qui naîtra de nous Mais il restera tantale virtuel dans les Limbes des latences il ne naîtra pas et je détournerai dans mon impiété au-dessus des dieux et de l'univers pour mon spleen insatiable de ses fins divines cette fleur en trésor au calice merveilleusement aménagé. jusqu'à épuisement. Puis. ne m'a pas dégradé. Tout pour moi.MÉLANGES POSTHUMES jamais existé. Elle n'a pas pour moi d'organes sexuels. et s'écoulant par les yeux. emprisonné dans une forme diaphane. . ses-yeux.

la tête non encore bien consciente 30 alors. elle saisissait unmoment d'étreinte plus profonde de sa part pour ouvrir la bouche et les yeux comme suit regard effaré. restej^y "7"f I t LE MONTRE LA denture.SUR LA FEMME ÉTERNELLE. s'étirait comme si c'était la première et naturelle pensée de ses journées. toute sa nature qui agissait là. elle s'y prêtait.t COMÉDIE nait. elle le sentait déjà depuis un temps touralors 1° elle feignait de dormir menté à ses côtés (avec le bénéfice de pouvoir adoucir le clos de ses paupières et de substituer un sourire à cette bouderie affaissée qu'a notre bouche qui s'oublie dans le sommeil) 2° puis il la prenait doucement. et vivantes pleinement. se donnant et disant Je te suffis sans avoir besoin de me donner des airs d'idéal. et que abandon réflexe c'était son corps. Les beautés dont les lèvres sont toujôTTrs closes sont belles. etc. Quand au matin il la pre. Le 4 . et 1 sans ouvrir encore les yeux ni déclore la bouche. hardiment terrestres. bouche effarée puis (comme après l'avoir reconnu lui) sourire « Ce n'est pas gentil amical et esclave qui dit de vous surprendre ainsi ». Et le Et voilà à quoi on passe sa vie. DE Le montré de la denture des Anglaises. d'au-delà. sans remords.

Et voyez l'effet dans un visage d'adorable jeune adolescente. C'est tout de suite un rappel de fragilité. du sublime martyre de la créature périssable mais révoltée et sanglotant quand même vers le bonheur. puis l'ouvert de la bouche comme après un sanglot.MÉLANGES POSTHUMES montré de la denture est la caractéristique des têtes de mort. et cela avec un parfum d'effaré devant un inconnu qui doit venir incessamment et qu'on attend la lampe à la main comme les Vierges sages. . de tombe.

Certain jourpluvieuxdemai Où je te dis monâmehumaine. Une femme aimée qui a la consolation et la distraction d'une magnifique chevelure n soigner.luhe.SUR LA FEMME DRAGÉES Un grain de cachou parfumé Ma rappelé chère ta haleine. 0 Hélène. même à la plus distinguée. est par cela même moins encombrante dans notre vie. II est des moments en amour où. J. • « Vos papiers ? ». MENUES DRAGÉESAU CAMPHRE LA chkvf. à la plus authen- . L. et cela avec le charme de paraître au contraire si monstrueusement encombrante quand on la regarde circuler par la maison.

de notre vie et de notre caractère. Sans noter que ces bastions naturels tiennent toujours un peu l'interlocuteur à distance. et des plus sérieuses (et qui même. vulgarisée. bien calé et imposant à tout venant. épargnerait bien des malentendus que nous voyons). Et. en effet. Ne pouvoir baisser les yeux (par timidité ou désœuvrement) sans tomber constamment sur cet enavant de notre personne. la fai- . Remarquez que la plupart des femmes qui ont une poitrine exorbitante sont très imperturbables et même arrogantes. ça finit par tourner la tête aux plus honteuses. Dans un premier tête-à-tête de déclaration. de la demeure de notre cœur et de nos poumons. mettez-vous un instant à leur place. d'où sortez-vous ? » • « A pro- LES SEINS.MÉLANGES POSTHUMES tique petite amie d'enfance. lesquelles tirent d'ailleurs démoniaquement l'œil. Autre remarque. il faut dire: pos ma chère. je vous prie. et que cet interlocuteur est d'avance intimidé par la seule peur de paraître trop remarquer ces magnificences excentriques. cet en-avant. Avoir tout le temps cet en-avant sous les yeux. • L'AMOURET LA toilette.

Elle est très jeune. mais à certains jours un visage très fatigué. ce visage fatigué rajeunissait soudain comme sous des brises natales. LA brise NATALE. avec la figure d'un bébé. d Dès qu'on s'est bien dit et dûment déclaré « je t'aime ». en face. celui des deux qui est destiné à s'en aller plus tard (c'est fatal) com- . un silence. son sentiment sera « Allons. DRAGÉES GRISES PREMIÈREENTREVUE'aveux. Alors. fanons-nous avec ». souriante. presqu'un froid. vous n'aurez devant vous qu'une armure de suffisance féminine. ô douceurs si elle ne se sent ornée que d'une pelure incontestablement passée de mode. rajeunie et d'excellente humeur. Au contraire. Oh oui.SUR LA FEMME blesse ou la résistance de la femme est en raison du « passé de mode » ou de l'a à dernière mode » de la toilette qu'elle a mise. Eh bien?quand elle me disait un mensonge. dont il sera bien difIicile Je trouver le joint. allons. les yeux grands ouverts. si elle vous arrive à la dernière mode.

poussé déjà à crier à la réalité présente « Tu as beau faire. pour tous deux. vous ne saurez Oh la première fois que je vous vis. son premier et dernier instinct est de se blottir contre l'Homme. jamais etc. dégoûté compagne terrestre. Mariage d'amour. k L'IDÉAL. ne cherchant pas plus haut (n'eût-il que la taille d'un fantassin) que le regard du Vainqueur qui a aménagé la terre et fondé le foyer. » (Et il embellit la chose. et les voilà accumulant de part et d'autre les heures d'un passé perdu. qu'ils idéalisent encore pour le rendre plus irréparable. il y a longtemps déjà! Tenez. Ils sentent déjà le vide sous leurs pieds. et voudrait bien aussi se blottir contre un Vainqueur . autant de pelletées de terre jetées sur le cercueil du commun rêve. Alors. Et.MÉLANGES POSTHUMES metice ses inutiles litanies rétrospectives « Ah moi. en train express. voyage de noce. comme aux âges préhistoriques. d'exil et d'abandon surhumain en la nature. la Femme frissonne. Impression. tu ne seras jamais à la hauteur de ce que j'avais rêvé » Et elle répond de même et surenchérit pour n'être pas en reste. soirée de Noël. comme aux premiers jours de la volupté et repoussant sa petite aussi. et ses yeux levés. se font terrestrement amoureux. l'Homme fixe tristement les profondeurs toujours si mystérieuses du ciel.

à la culture et aux intérêts de son sexe. . et son génie pratique et quotidien en a chassé l'Infini primitif pour y installer un laboratoire d'idéal. le rôle de fantaisiste et d'artiste intuitif. En attendant que.StJIt LA FEMME un foyer suqui aurait fthlénàgé l'univers et fondé périeur. lui suggère. soyez sûr. A Les RUINES. et n'y parviendra jamais car sa précocité passionnelle et En voyage sociale ne lui en laisse pas le temps. ce merveilleux génie pratique si jeune comparé à l'Homme. reste décidément fermée à la mélancolie Elle n'a pas. avec l'anarchie moderne. il est vrai. de mystère et de remords. que chaque ruine que vous lui faites visiter. On connaît le reste. à la gloire. ce n'est pas sa compagne qui aurait eu cure de succédanés de ce genre Maintenant elle à pris cette œuvre de l'Homme. et malgré la louable rêverie de ses attitudes. merveilleux suppôt du Progrès. de noce. Certes si l'Homme ne s'était fait des religions. si vaillant et si également quotidien. Là femme. des ruines historiques. plus ou moins immédiatement. chasse l'Homme de la Science et ne lui laisse désormais que le bon vieux rôle de rêveur lanceur d'hypothèses. notre vieille et noble éducation classique.

et lui fait comprendre. qu'une Mme de C. 4. La Femme et l'Ennui attisent la Littérature. à elle de l'amour en action. déclare son fol amour à Mm A. et la Littérature le leur rend bien. Et il n'y a pas de raison pour que ça finisse. mo. qui fait la grande sœur avec cet enfant de B. Et le septième mois. Que fait Mmo A. est déjà pour lui cette amie depuis un an. ? une sincère et atroce scène de jalousie et de vertu au jeune B. lui laisse surprendre. elle se trouve avoir enlevé cet amant à Mme de-C.MÉLANGES POSTHUMES l'achat de quelque nouvel article d'installation derne. La Femme achalande l'Ennui et l'Ennui le lui rend bien. fatal et discret. Puis elle passe six mois à méditer sur l'horrible complication d'âme de cette Mmede C. . Le jeune B. à qui elle fait honte et qu'elle ne revoit plus. tout en ayant pour amant un superbe viveur. Le jeune B.LA femme ET l'ennui. Celle-ci répond par de douces choses d'affection et veut jouer avec lui le rôle connu de la tendre et inaltérable amie. et que c'est autre [chose qu'il lui demande.j J Histoires DE FEMMES.

Ce qui fait pour moi le charme du passé. Mais voici la pierre de touche c'est la façon dont elle va comprendre et goûter tes amis. je m'interrogeais aussi. En rentrant chez moi. ceux-ci ne sont-ils pas. je me sens comme l'aînée de mon modeste passé. en effet. c'est que nous nous sentons son aîné! Oui.SUR LA FEMME T LE charme DU PASSÉ. le long des murs et je me pris à murmurer « Le charme que nous trouvons à notre passé. La sincérité. j'accueillerais avec le plus de reconnaissance serait . me répondait en souriant une toute jeune mère de deux jumeaux. tu ne connais vraiment voyage de noces pas encore ta femme. Tu reviens de votre certes. l'amour que f. LA pierre DE TOUCHE. autant d'exemples de ce que tu aurais pu et voulu être si tu n'étais pas toi-même ? Si j'étais femme. tes chers amis choisis et éprouvés à loisir. comme une grande sœur qui n'aurait jamais qu'un jour de sagesse d'avance sur sa moins expérimentée mais plus jolie cadette. c'est que les témoins en sont dispersés » Et me voilà m'exaltant sur la découverte de cette étonnante aubaine.

A Bbbbs MONSTRES. Les femmes me font souvent l'effet de bébés. On n'est pas plus innocent.MÉLANGES POSTHUMES un amour qui dans toutes ses lettres et toutes se entrevues et surtout ses lendemains d'abandon protesto de sa sincérité comme d'une denrée infi niment précieuse et insaisissable et comme ce consciences louches qui protestent furieusement d leur innocence sans que personne les interroge. surtout celles si nombreuses à l'étranger qui portent les cheveux courts et bouclés on est d'abord déconcerté. quelle tenue de dilettantes nous nous permettrions 1 . L'éternelle formule pour renouer une liaison blessée c'est de supplie l'objet aimé de vous accorder « une dernière entrevue ». de bébés importants. et puis on se sent des démangeaisons richement asiatiques. monstrueusement développés. 0 incurables bébés. Observez-les sous cet angle. L'éternelle kormule. si vous ne souffriez pas le martyre pour nous mettre proprement au monde.

.

en ce oment. ou Le bonheur est une nvention comme le système des poids et des esures. Je mens en disant que je suis heureux. mieux ça vaut) de répondre à ce sourire r une sauvage grimace d'homme primitif qui it qu'elle ne reconnaît plus votre visage et s'efaie mais si flattée d'avoir touché en vous et par un sourire le tréfond incivilisé si che en surprises de passion de l'être humain. Auurd'hui en payant. demain. dans une foule. Méditez-ça. ent irrésistible (peut-être parce qu'il est s madrigaux) pour vaincre une femme enace d'un suicide. L'aucumknt. mais Demain Demain serai heureux. I . au premier sou.SDRLA FBMME La vie a beau être réa' mais ain-train. c'est mag • LE MEILLEUII OYEN. 'on obtient d'elle. C'est comme l'enseigne du barbier gascon. à la messe (plus le contrastt t cru. ou que je l'ai été. Pour M toucher irré^ ement une femme c'est. dans un & n. et cela de loin. · CONVENTION bonheur. l'argument irrésistible.

Je viens. sociales.e d'un mari fort ? (parcequ'clle était faible elle portait son fils et parce que son mari fort quand elle fut fécondée. grand'mère. Il y a aussi ce mécanisme son mari est fort et brutal désillusion qui provoque en elle l'adoration de l'homme faible mais la nature féminine reprend le dessus comme toujours et.'enlever. SON Je ne trouverai beau et pur que ce que j'imagine et ce dont je me souce qui peut arriver et ce qui a été. Pourquoi aiment-elles les mauvais sujets?. NE vivue QU'AVEC AME. (Chercher les raisons giques.MÉLANGES POSTHUMES hjrquoi DE l'amour. Oh qui jettera un pont . anc si mon fils est faible aucune ne viendra me . etc. Qu'y a-t-il au fond de notre dépit d'être trompé par la femme aimée?. elle aimera de forts petits-fils. me sens comme un Ariel au-dessus du Présent l'odieux et quotidien et importun Présent ainsi pour la femme et tout. Elle fait ce jonnement les femmes aiment les maris forts.) uoi la femme aime-t-elle ceux qui souffrent? li rappelle-t-il sa condition d'esclave?) uoi est-elle heureuse d'un fils faible et .

En avant les troupes fraîches. mais dans les nus du Salon quand elles voient comme on les flatte en supprimant des 5 . Quelles réflexions font-elles en voyant des nus non en marbre. de les prendre en eux ébarbés du moment d'avant et du moment d'après. car l'idéal sommaire est de tradition. l'homme. D'ailleurs la fin de l'homme approche.SUR LA FEMME entre mon cœur et le Présent? C'est que le souvenir et le rêve sont l'art d'enchâsser les moments. Ah! ne vivre qu'avec son âme -ALE ménage o'Antigone. Et ne vivre qu'avec son âme. ni regrets. musiques tristes. grosses manœuvres. ni déceptions. il a engendré tant de faillites. LE nu. Aux paysages il enlève le trop froid et le trop chaud et tous les ennuis du corps l'âme seule est prise. et la science vient de lui donner le dernier coup. il sait l'histoire. hypothèses. Antigone va passer du ménage de la famille au ménage de la planète. la femme qui n'a encore ni passé. Le gynécée futur. arts. Il est vieux. des regrets et des appréhensions qu'eût aussi ce moment.

Ça veut faire croire à l'Idéal comme pain quotidien dans la vie. La croisade féminine pour la propagation de l'Idéal. des lumières. en fait de fleurs que les fleurs sauvages. On fait sa partie. en fait de parfums que les parfums humains. On joue l'animal très distingué. en fait de lumières que la loyale lumière du soleil (qui n'a jamais trompé personne). on abandonne sa taille. Les mères font . en fait de toilettes que le nu. La tout est revu. Et l'on s'y laisse prendre. dans sa passion d'inconnu. On trophié montre ses épaules. c'est-à-dire de l'espèce. hyperou atrophié selon l'idéal du siècle. les conversations sont exquises et sans fond.MÉLANGES POSTHUMES choses ? N'ont-elles pas honte de leur réalité comet des méfiances sur l'hommc qui pour le plète beau supprime ces réalités ? j LA douleur. Elles se sentent les coudes. Ça fonctionne à l'aise dans la complicité de cette musique. tandis qu'il n'y a de vrai. des parfums. 1 Dans UNBALklanc. La douleur. sacré nom de Dieu en fait de musique que les voix de la nature. corrigé. des fleurs. c'est le plaisir éternellement déçu dans sa foi au nouveau.

d'ailleurs. Et l'orchestre sonne l'hallali aux fiancailles. Pitoyable attitude. . Moi j'erre convaincu des phénomènes nommés Vide. Ennui humain.SUR LA FEMME tapisserie d'un air fortuné et qui n'a rien à cacher. Vieillesse. Gêne sociale.

entre les jambes. ne conservant que. Que ces vains ornements. . un pan de la mousseline rose pointillée de noir du peignoir jeté là. dans cette pénombre de mystère qui laisse aux blancheurs des nudités toute la capacité d'idéal du corps humain. Dans cette nuit d'août (la seule clarté des étoiles). et de cette face que la bouche ouverte comme d'une de la mort. elle avait laissé tomber son peignoir. assis presque à terre. que ces voiles me pèsent Comme s'il n'était pas là. tout s'oubliait. il était oublié.MÉLANGES POSTHUMES FRAGMENTS DE NOUVELLES NUIT D'AOUT. Il ne bougeait pas. agonie. assise sur le lit. ne voyait que cette nudité. sa tête retombe en arrière sur soi Lias croisés et le coussin. et lui. lasse. c'est-à-dire d'une attente.

Elle ne bougeait. Ce fut. qu'il s'y frotta comme un jeune chat. le mystère. le sacré. s'il n'avait pris une diversion. étoilée (comme une lampe au fond d'un tabernacle) seulement. cette blancheur monotone. il rencontra une pantoufle à terre. il songea dortelle ? m'a-t-elle oublié ? attend-elle ? Je ne sais plus quelle bizarre idée le chatouilla. à ce contact. se perdant en un vers les arcanes paradisiaques. Et s'étant détourné d'un clin d'ceil.SUR LA FEMME il n'y avait que la lassitude de cette atroce nuit d'août (oh! qui sait quels drames de nerfs éclatèrent sur tout l'hémisphère dans cette nuit ?). A la fin. il resta un quart d'heure à \'& contempler dans un battement de tempes et de cœur régulier. sous le peu de draperie. les duvetant de sa lèvre sèche sans ménagement. d'un delta de deuil. l'idéal. un tel parfum de bonne maternelle. cela le réveilla. fausses maternités pleines de réticences. il aspira largement et posa doucement sa joue brûlante d'enfant imberbe sur cette hanche Immaculée. mais il n'aurait pu retenir un rire nerveux qui se serait terminé par une crise de sanglots. les tournant. son bras droit sous le dos moite et doux. et comme de l'autre main . d'un centre mystérieux où tout convergeait. A force de s'y absorber il en eut mal de tête. Cratère doux et un peu éteint. Ayant défait son col. qui ne se fâchera pas.

dans les blana cheurs.. larges fêlures livides. se releva et le l'idéal. et frissonna lui-même en sentait une main brûlante pas\ser sur son fron/t fc. se levant.MÉLANGES POSTHUMES il conquérait l'autre hanche. Il ret -<i ins. Raccrocher à sa chevelure. La porte-fenêtre du balcon était resté ouverte. « Tu vas me laisser ? » fitelle d'une voix stupéfiée et étouffée. d'un timbre exalté et ivre. dit-il. assis sur le bord du lit. Et comme. il sentit qu'il avait déchaîné un frisson dans le8 blancheurs. Et voilà qu'on entendit les premières lourdes gouttes de pluie tomber sur les feuilles des glycines du balcon. « Oh je vais fermer ». où semblait le maintenir cette main accrochée dans ses cheveux. Ses lèvres sèches remontant. II s'abattit ivre sur sa bouche dont il lécha éperdument le palais. regarda face à face. la nuit se fit et qu'il l'entendit occupée à ranger . Une rafale entra. elle murmura comme hésitante « Tes boutons de manchettes m'ont fait mal. » Que répondre ? Des éclairs de chaleur. Comme il cherchait un accent vrai. Sans rien dire. Ils se devinaient des yeux dans cette clarté de nuit d'orage. il s'acharna comme un bébé sur l'amande lumineuse du sein gauche (le besoin de ramper téter à Mais elle lâcha sa tête. il se leva et se dirigea vers le balcon pour la fermer.). avec pour horizon ce pan de mousseline rose.. quand il eut fermé.

» cher dans l'effort qu'il fit pour se précipiter. si exalté à la pensée qu'il venait de vivre et que demain les vendanges seraient encore plus belles. . salut o prairies. ô lune fine Pour lui qui n'avait encore haleté et expiré pâmé sur des rêves plus ou moins niais. à l'épiderme vivant de chaud.SUR LA FEMME cet amas brûlant de draps. (le mot • qu'il cherchait était lessivé). de coussins. Il songeait devant ce pan rose à l'expression antique et poétique « dénouer la ceinture » avec sa douceur d'abandon à un rite inconnu. si fou. il prit son temps et put se glisser près d'elle avec toute la liberté de ses mouvements d'éphèbe et tout le contact de son épiderme brûlant. ô saisons. pesant. brûlant. C'est après. O femme. Oh encore une fois et ce fut une seconde virginité dans une communion plus riche. de caresses. de froid. Ce grand corps de femme plus âgée que lui. Et ils s'aimèrent sans mélodrames ni gamineries jusqu'à l'ultime actif. à épiderme que veux-tu. que que sur des simulacres plus ou moins palpables. déjà meurtrie. Je me sens tant renouveau. respirer. 1 avec tous les organes fonctionnant le corps né. tout. qu'il s'évanouit roulant sur le plan. le cœur battant. femme. grandi. o vents perdus. boire la nuit d'après orage à la fenêtre. rentré dans son lit et ivre. plus mûre.

Elle passe un peignoir. adorée. aurait-il dit s'il n'avait pas été mort et va le porter dans sa chambre. tête. du tréfonds de sa féminité. que faire? Finalement. sur son lit. aimée. respirer. comprise. . Le cœur ne bat plus. aux rondeurs d'une douceur sidérale appelant les passes incantatoires Que les bras ont des trouvailles d'inflexions noblement amicales et des étirements n'en pouvant plus et ces doigts des crispations cupides et fertilisantes Que le col est délicat et se tourne adorablement Que cette beauté est réelle! et surtout les épaules si bien pour y poser sa sereines. au dernier moment. Rien. Elle se redresse affolée.I veux découlent fin et bien élevé des tempes Que 1 les seins sont des excroissances naturelles aux quiétudes bien rythmées. elle les lui fait qu'évanoui. les lèvres tendues vers cette bouche Oh cette qui s'incline bouche désolée de bacchante qui par suite d'une confusion a été incarcérée avec des martyres chrétiennes et se convertit dans le cirque. abandonné! comme les che. eue Oh comme c'est beau le corps féminin.MÉLANGES POSTHUMES Se disant qu'il ne l'avait pas assez admirée. en voyantt venir la bête titubante Il meurt dans ses bras de la rupture d'un anévrisme. Elle a allumé. Il n'est peut-être Elle a des sels. avec ses habits elle le prend dans ses bras. comme une Niobide.

se couche pour faire semblant de dormir au matin. des chants lointains. Lui exulte et pleure. pas de lumières. Il la soutient. L'île. Elle rentre. elle entrevoit la masse telle qu'elle l'a posée. des abois de chiens. Elle revient à elle. Il lui promet de la laisser passer la journée de demain à la ville mais elle ne 5* . Elle s'en console car elle est de celles qui comprennent la douceur des mots d'ailleurs. d'ailleurs. Elle a le sentiment de la solitude et de la claustration à un tel degré qu'elle pousse un cri et a une attaque de nerfs. et du doigt lui délaye sur les tempes les glaces qu'ils allaient prendre. Oh c'est la prison à jamais. les yeux ouverts dans le vide.SUIt LA FEMME Elle rentre chez elle et reste assise sur le sien. Jamais plus ils ne descendront sur terre. Elle n'y croit plus. Dimanche soir. Elle se lève et va jeter un regard dans l'autre chambre. Est-ce possible Elle reste ainsi jusqu'à trois heures du matin. Seuls à la fenêtre en ogive dont le bord leur arrive au menton et qui ne leur montre que le ciel étoilé. On entend des chœurs. Elle éteint en cas que quelqu'un voie de la lumière chez elle. pièce nue. après tout. grelottante. au plus haut de la tour du château.

Ils vont cendent. blottis sur un canapé.MÉLANGES POSTHUMES peut pas elle ne peut pas attendre. la terreur recroquevillée du coup de tonnerre qui doit suivre. les places. Et alors l'averse diluvienne dans les feuillages du parc. et les poissons morts flottant. Ils vont dormir dans un hôtel. . la fenêtre du château sur le lac. il s'éloigne sans tomber. les vulgarités). bonheur. et les moustiques. le ventre blanc en l'air. Et les nuits d'orage dans ce château dominateur et isolé. et douceur des éclairs lointains. plus on respire. Alors ils desil faut éveiller le passeur. la sortie du théâtre. Et la lourdeur des jours et la farine verte séminale des flores aquatiques que les remous des petits vapeurs de plaisance a\ix tentes de coutil rayé font voyager. dans l'angoisse des éclairs fantastiques illuminant le ciel de déchirures bleues et aussitôt l'éclair. Et plus il tarde. Et. toutes fenêtres fermées au haut de la tour. à la ville (les rues. mais terreur des débâcles foudroyantes quand il commence avec des craquements secs et hésitants comme un obusier trop bourré. il songeait.

d'autant plus que ça sentait un moisi écœurant. ce chemin de fer qui passe ne me tente pas. On était loin du continent à un quart d'heure de rames mais les voix arrivaient cependant si brutalement claires.SUR LA FEMME Non. ces emplâtres bord était joncs. et la solitude Levé. répuLondres écrasant où pour gnantes d'inconfort jouir il faut se donner au monde la Russie. la Paris et ses Suède et la Norwège misérables gens assommants et ses rues canailles. . L'été allait venir avec les gens sans pudeur qui viennent se baigner nus en caleçons grotesques et faisant les beaux. il amarre son bateau à chacun des poteaux plantés assez loin dans le lac et les peint en oh comme aux premiers beaux jours or glacé. Un jour. ni les ballons j'ai vu l'Italie et ses musées et sa vie d'hôtels vulgaire l'Allemagne et ses peuplades de parvenus. prendre des glaces. Et les dimanches. siester en bateau amarré mais tout le dans quelque anse de la berge. île. Il n'y a qu'une une jolie aimée dévouée. ni les paquebots. et aux clairs de lune ils vinrent les admirer. de misérables. c'étaient des chœurs de noceurs. d'eau bleu. lentilles d'eau de crème verte étaient si bien à leur place là qu'on n'eût osé les déranger.

C'est sa première nuit dans cette chambre. et sans se douter qu'elle pleurait Tu t'étonnes de les voir si heureux et si familiers. quel triste dimanche et éparpille la mie sur le balcon. Croyant qu'elle n'en était pas et que ce seraient des délices de l'initier. Du fond de son alcôve elle voit un vol de moineaux familiers s'abattre et entend leurs piaillements querelleurs. refermant la fenêtre. Au matin. lui. Elle se sentit alors soudain si isolée. le sert et ayant évidé les pains pour les beurrer va a la fenêtre. aimé selon ça. Ah tout ça ne s'est pas fait en un jour Cette idée lui arrêta ses larmes et lui souffla quelque chose qu'elle prit pour le courage et la dignité. et qui n'était qu'une ferme entrée dans le fatalisme végétal. . fait le café. qu'une crise de larmes l'emporta. il se lève le premier. « Le Temps est un grand maître.MÉLANGES POSTHUMES Enlevée. si éphémère. que ça fait du bien d'avoir la foi au Temps » • Les premiers temps il lui lit sa littérature aimée pour être. Il dit. dit « Il pleut. l'ouvre. les heures et les toujours. si non chez elle. la durée.

crédences. le lit! un lit! le lavabo oh . et avait respiré un certain air de Paris pas loin du sien. et les automnes. Elle pouvait raconter Rembrandt. canapés. Bibliothèques. consoles. des délices alors de faire l'incompris (et d'en Mais elle savait. il l'appela de plus haut Il se tourmentait des nuits.SUR LA FEMME des délices de lui reprocher de n'être pas à la hauteur. lits rien que l'énoncé de ces mots étonnants et surnaturels ne te suggèret-il pas des meubles nouveaux. ô bonheur! d'un coup de talon donné sur ces ruines. tables. et la poésie moderne. Alors. inconnus et il prononçait les yeux hors des orbites. et faire sa partie dans un duo métaphysique exaltant le fatal Amour immanent à Tout. la réveillait par des Vois-tu une ville en architectures ainsi carcasse extérieure de fer polychromé sur fond de murs d'un ton chaud très troué de fenêtres grâce à ces contreforts extérieurs (système gothique) et ces charpentes revêtues et chargées de polychromie en faïence ? Ah si j'avais les éléments et la patience Je t'exmême avec des esquisses pliquerai un jour mon rêve d'un mobilier réaliste et mystérieux. buffets. et évoluer savoureusement dans les musées d'art décoratif. rayonner plus qu'il n'y en a !) elle avait son tempérament. lavabos. lampes.

Et des mosaïques des yeux énormes et très primitifs dans des coins. Et les fleurs Mais personne n'a encore regardé une fleur en face. Elle alors Pourquoi n'écris-tu pas tout ça ? ou faire des communications aqx gens du métier. Des queues de paon. la porte cochère s'ouvrant entre les deux pattes de l'oiseau cabré. . Avec quel plaisir on flânerait par ces rues. • Et des tapisseries vraiment kilométriqucmcnt profondes et où l'on pourrait errer. et les ergots pour racler ses semelles quand il fait crotté. Une façade de maison une queue de paon s'y étalant en mosaïque. après des chagrins ou des insomnies Et les reliures tiens tais-toi. je me sauverais au bout du monde Et des tentures imprimées et même des papiers peints Et te vois-tu comme jupe de robe un paysage d'hiver en point d'Alençon ou plutôt d'Argentan avec de grosses mailles laissant transparaître comme fond à ce paysage une sous-jupe bleu de ciel pâle. bien loin de pouvoir l'exploiter en art.MÉLANGES POSTHUMES Et de la musique plus intime que celle de Schumann.

SUR LA FEMME Ce serait trop long. Tous des ânes. . Et je serais même le premier à me dégoûter de l'œuvre.

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stationnant. mais marié. GENS DE LA NOCE DE PIERROT. nette. UN MONSIEUR. 19 ans. place de la Madeleine. LE DOCTEUR docteur. UN SUISSE LE LIT DE A LA MADELEINE. MADAMEVENTRE. MADAME belle-mère. Colombine MONSIEURCOLOMBIN. des pomj La place Voitures Au de de la Madeleine. boursier. noce où et voitures façade Pompes l'église. Arlequin. LA NOCE SCÈNE DE PIERROT UNIQUE La des de l'escalier. de l'église. cousin de Colombi- UN UN MENDIANT SERGFNT aisé. Homme nul. ingénue. PIERROT ET COLOMBI- NETTE. UN IVROGNE. DES GENS DE LETTRES. DE CORBILLARD. funèbres des ouvriers moment la noce sort . DE VILLE. marchande de journaux. poète très lyrique et 30 ans.PIERROT FUMISTE PERSONNAGES PIERROT. UN COCHER UN CROQUE-MORT. COLOMBINETTE. SA moitié.

Les derniers roulements de l'orgue. UN MENDIANT. P. cade sourcilltre. cierges Pierrot s'avance digne. on les entoure. Mon bas âge. les yeux baissés. La noce sort précédée du Suisse chamarré qui se range. geignant. bon Monsieur Pierrot. et les initiales C. effrayée se tournant vers lui. Monsieur notoire est-ce une allusion que à mon impuissance est mal choisi. monocle incrusté dans l'arrot.) Pierrot se calme soudain. Un beau ciel bleu de premier mai. PIERROT. C.MÉLANGES POSTHUMES pes funèbres clouent des tentures noires aux initiales C. (Il s'avance vers l'un des ouvriers qui clouent les tentures. Rien. Colombinctte Pierrot. et reprend sa marche. COLOÀIBINETTE. P. Pieren habit . PIERROT. lui tape sur le ventre et ricanant en clignant de l'œil. Colombinctte à son bras. Notre Ces raison initiales sociale. avançant ses minuscules pieds de satin. tendant la main. se cabrant. on veut être plus fumiste que papa. . Quoi ? Monsieur Pierrot. j'ai cinq enfants en ? Il me semble le moment LE MENDIANT. les dans It nuit. Il aperçoit les tentures noires que l'on cloue. 10 heures du matin. II pousse soudain un cri formidable et suraigu qui révolutionne la place et remonte les boulevards.Au fond. adorable. une petite aumône. glacial et calme.) Connu. La noce se précipite.blanc et cravate noire. P. Ahurissement des dits ouvriers. Mon bon Monsieur Pierrot.

un louis. Prenez garde. se reculent. en rit à se torSoudain Pierrot se calme. et soudain joyeux Tiens bonjour Eustache (Il lui caresse les mollets. (Colombinette rit complaisamment qu'il faire la femme d'un homme de lettres. on n'entend pas voler une mouche. dre. sévère et majestueusement frappe un coup de hallebarde.PIERROT FUMISTE PIERROT se campe. PIERROT. épanoui. Pierrot tend son cou hors de sa fraise tuyautée et pousse un formidable et suraigu :) CocoriCO (et il rit à se tordre.) LE SUISSE. Rumeurs. et comme Colombinette parait étonnée). très calme. le lorgne. La noce commence à s'impatienter. Monsieur Pierrot. an mendiant qui tend toujours la main Flûte LE MENDIANT. Pierrot. ce c'est tout un louis faux. lui. Quoi encore ? la noce est dans l'attente. C'est un faux louis. . PIERROT. vexé. Sur la place les populations font des rassemblements. comme doit loui faut. vous le serez. La noce qui attend s'impatieDfe. Ces familiarités.) LE SUISSE. Pierrot lorgne toujours. en Merci (Il lui tape sur le ventre. et lui donne lui baisant galamment le bout des doigts. met son monocle et le lorgne. Monsieur. Il le lorgne durant trois minutes. s'approchant. et s'arrête reprenant son masque blême. calmé soudain. et soudain.

Mais il doit avoir moins de relij'avais Avez-vous de la religion. Oh oui. PIERROT. J'ai constaté avec un attendrissement que vous comprendrez que ses mollets méritent mieux la plastique épithète de dodus que lorsque à le nourrir. nos s'approche timidement de Pierrot.MÉLANGES POSTHUMES MONSIEUR Cher COLOMBIN. s'exaltant. beau-père le bras de Colombinette. les yeux mouillés. invités attendent. et les chérubins. aussi. (Puis sur un ton familier. Il se calme et reprenant Quel beau. est un ancien domestique à moi. lève les deux bras convulsivement. Pas un nuage. . de mes sens? COLOMBINETTE. descendentes escaliers. langoureusement Quel beau jour si douce. Eustache.explicatif. monsieur Pierrot. PIERROT. monsieur Pierrot. gendre. Colombinette gion. Oh oui. un beau jour. jour.) a chère M amie. ce suisse que vous m'avez entendu interpeller par son petit nom. les parfums des fleurs. les récolted seront belles.A Colombiils l nette. COLOMBINETTE. J'aime la Sainte Vierge. et la nuit de Noël voyez-vous.

il l'a prise sans dot. mais avez-vous vu sa tenue. Un peu original. oui. (Ilpincela nuquedeColombinette qui pousse un cri. monsieur Pierrot ? . ma chère Eulalie.) MONSIEUR COLOMBIN. Soudain à la dernière il pousse un cri. Soudain à la vue du kiosque aux jouril crie d'une voix formidable. Et puis un cœur d'or. Laisse. apparaît. Tumulte. PIERROT. Desdamess'assoientsur les marches. bien triste. (Toutse calme. Borromée. C'est scandaleux.Mmc olombineontinuantsa conversation C c avecune dame. et son émotion ? continuant marche. Madame Ventre ohé (La noceest consternée. Plaît-il. attendantla fin. norme. mon gendre (Pierrot retombe sur ses pieds. doucement à son mari. lui célèbre et riche.Desgens tirent leur montre.PIERROT FUMISTE mon doux monsieur Pierrot. mais un cœur d'or. Il est original. fait hum hum et feintun air penaud d'écoliersurprispar le pion. Ils descendent cet orgue m'a rendue marche reste rêveur. On a déjà fait signe aux voitures. mettant ses mains en entonnoir devant Vo ronge de sa bouche. et ma grosse peur était pour l'église. t s'ape prête déjà à quelquenouvellescène.) Oui. en silence. Une puce colombinetticide.) MADAME é VENTRE. naux. Pierrot sur ses mainsfait la roue. sa PIERROT.) MADAME COLOMBINE.

incorruptible. Mon journal habituel. Madame. C'est quinze centimes. en levant les yeux an ciel.) Le Pornographe illustré petite carogne (Tandis M"' Ventrecherche feuilleen question. Ini envoie un baiser. II hurle.) Née en 1835. PIERROT.fouillantson évenla que taire. (Silence. Votre ? PIERROT. MADAME VENTRE.) MadameVentre Une riche nature envie (M–Ventre lui remetle journal et attendl'argent. PIERROT. Mon journal? a MADAME VENTRE. C'est quinze centimes.MÉLANGES POSTHUMES PIERROT. qui deviendra propriétaire vos arrondissements MADAME VENTRE. COLOMBINETTE. Pierrot la présente aux gens de la noce. la blâmant doucement. de C'est pas cher. Heureux. Monsieur Pierrot. de parents pauvres quoique malhonnêtes.Pierrot continue très exalté. .

(il sort sa veste. confuse et soumise. Il n'y en a plus ? (Querelle.) i j'en doutais seulement. (Il remet sa veste). La noce trépigne. Tu sais qu'il n'y a rien à manger à la maison aujourd'hui.) PIERROT.)Rien ? Comment pas d'argent (Tragique). létale à terre et. il ne fait pas manquer un bon repas qui nous soutiendra deux jours. doucement. Passe-moi un bout de chocolat s'il en reste.PIERROT FUMISTE PIERROT. . S (D'unevoixcaverneuse. Ah quellejournée!) UNE DAME DE LA NOCE. (Il se fouille. va COLOMBINETTE. lui envoyant un baiser. je possède. mon chat. Monsieur Pierrot. C'est juste. Patience. Certainement. j'en ai assez. de loin. Ah non. Quinze centimes.Non il ne sera pas dit qu'un si beau jour. A Colombinette: on enfant. s'il se croît drôle SON HOMME. Rien. doucement à son mari.) MADAME COLOMBINE. Cœur d'or.se met en devoirde fouillerles doublures. (Montrantle poing Ii sa belle-mère. M êtes-vous en fonds? Oh! je ne fais pas allusion à ce capital de la jeune fille dont parle Dumas fils. à plat ventre.

le tord et le rince comme pour le faire égoutter. les anciens. PIERROT lui arrache le louis et le donne à madame Ventre en lui baisant les doigts. ce soir! PIERROT. Oh! ici? non. et force Colombinette à le tenir d'un bout pour l'aider dans cette tâche. il déploie le Pornographe illustré. levant les bras au ciel. puis il le porte à son nez et se mouche bruyamment en imitant à s'y médes étalons. Une jument qui passe lui prendre le hennissement Toute la noce est stupéfaite.) Jamais (Embrassant Colombinette. tire un grand mouchoir noir dont il s'essuie les yeux. ces est bête (Haut. naie. balbutiant. confuse. monsieur Pierrot. COLOMBINETTE. Qu'elle te demande Non. le voilà mon article Il s'installe sur parcourt et soudain Ah une marche. va (Madame Ventre veut lui rendre la monnature. J'ai un louis.) C'est malheureux feront mourir de l'argent centimes que je quinze me gens-là (A part. à part.MÉLANGES POSTHUMES PIERROT. donnez. fait un geste qui rassemble la noce en galerie et « Le mariage commence: est assurément une belle chose. très douce. Eh bien. inaltérable. Pierrot fait un noble geste de refus. Cela fait. .) COLOMBINETTE. Pierrot avec un geste large à tous Sympathie de situation Riche Il replie son mouchoir. répond par un autre hennissement.) Un si beau jour (Il pousse un sanglot.

La noce s'avance enfin sur le trottoir. en faisant claquer sa langue. PIERROT. comme après un bon morceau. monsieur Pierrot monsieur Pierrot (Il se relève et.) L'incident Il se jette convulsivement terre et baise tour à tour les petits pieds de Colombinette. va Tu as raison. Cadet peu. Il donne. COLOMBINETTE. quel beau jour PIERROT. au cocher ébloui. rosé. LE COCHER. (Il veut l'embrasser. descendant avec ses grandes bottes et son fouet. Si mariage vous m'interrompez est assurément. stationnant. se penchant Tiers lui. rougissante. tu parles Ange d'or. se précipite dedans. lui dit quelques mots. Ah oui. On met Pierrot dans sa voiture où est déjà Colombinette. (il attrape Pierrot par un pied et tire. (il reprend. Quoi encore ? Attends un Oh à 6 . froid et mettant son monocle. COLOMBIN. La noce monte dans les voitures. Seulement Pierrot qui a aperçu une voiture des Pompes funèbres là. On ferme la portière. On parvient à arracher Pierrot de cette voiture. On monte dans les voitures. avec une tape amicale sur la un louis de pourboire joue. Alors Pierrot lui fait le salut est clos militaire. se dégageant. se jetant sur lui et lui arrachant la feuille. se frotte l'estomac. mon Dieu Au moment où les voitures vont s'ébranler.PIERROT FUMISTE M. Le sergo refuse. se redressant. et. le sergo se dérobe il cligne de l'œil d'un air entendu et lui offre un louis. Celui-ci se cramponne aux coussins avec des cris de merluche. comme ça. levant les bras au ciel et disant Sauvés. Colombinette appelle.) « Le UN SERGENT DE VILLE s'avance.

Le mariage est assurément. et apercevant Arlequin qui s'éloigne. Il dit cela en montant et descendant la gamme. on voit Arlequin qui console sa cousine Colombinette. aristo. on l'aperçoit courant au galop. malgré son exaltation. Pendant ce temps. Oh! Monsieur Pierrot. capitalisme". Il cite Linné. que vous Est-ce l'avez. mon ami. lui faibant: bas les pattes Eh va donc. Alors il se décide à acheter nn bouquet de violettes de dix centimes. réclamant une plante inconnue qu'il appelle Rosa sempervirens fuaulariflera. rêveur. Capitaliste sens.) .) PIERROT revient à Colombinette.) Enfin. (Le sergo le pousse au large. Il va offrir le bouquet de violettes à madame Ventre. vrai. Un ivrogne passe. Il révolutionne le marché. On lepoursuit. par la portière. d'une voix de tonnerre. En voin. La noce remonte également. le lorgne et le prenant par un bouton. On ne connaît que çà. PIERROT. nous verrons. On le ramène.MÉLANGES POSTHUMES (On constate que Pierrot s'est évadé par l'autre portière. (Il entre dans la veitare. L'IVROGNE. Enfer et damnation (Calme. kroumir. On le rattrappe au marché aux fleurs de la Madeleine.) PIERROT l'arrête. Effectivement. votre Colombinette capital ? de mes COLOMBINETTE.

une troisième fois de la voiture. Colombinette est déjà au lit. pas tout à fait rassurés encore. lui met un dernier gros baiser avec un sanglot sur le front. Tous NUIT DE SCÈNE NOCE I MINUIT La chambre nuptiale. On va partir). Décorée avec beaucoup de luxe et de goût par Pierrot d'après celle de Marthe et Ecmailly. C'est fini Les voitures s'ébranlent. PIERROT ressort de la voiture. aujourd'hui ?. Piertrop L'originalité rot s'incline et fait un grand salut à la place de la Madeleine et remonte. T'es donc de remorqu^. pauv'chat Soudain au fond on voit la portière s'entr'ouvrir pour laisser passer l'O rond de la bouche de Pierrot et l'on entend roucouler Coucou Rires étouffés et frissonnements de Colombinette. I olit très étroit. MADAMECOLOMBINEtire sur elle les blancs rideaux et lui murmure des choses avec des larmes dans l'organe. à la fin On attend. Lui avec un geste large. Mon du courage c'est un cœur d'or. causant avec un croque-mort. Un beau ciel de mai. cette Pierrot ressortant fois la noce gronde! Les'cochers s'impatientent!! C'en est a ses limites.PIERROT FUMISTE L'IVROGNE. Nouvel effroi de la noce. Der~< r . La noce qui était redescendue remonte. On voit des têtes d'invités se pencher aux portières. Cochers Au pays de Watteau! à Cythère (Il remonte dans la voiture. une fuibla veilleuse. DernjiMrtÎMsèrrDernier mon pauv'chat.

000 lyres dans le gosier. As pas On sait ce sait. mon gendre. Ah mon Dieu. PIERROT. Alors Pierrot avec 36. Pierrot la baise sur les lèvres. Colombinette de. Maintenant. Ça me connaît.) COUCOU COLOMBINETTE. Il est dans un galant déshabillé. Colombinette est prise d'un grand frisson. à Pierrot qui est derrière la portière. qu'on mère. COLOMBINETTE Ah sieur vous Pierrot. MADAME COLOMBINE ferme les rideaux et sortant. se peletonne.) Aimezvous mon peu âme ? un ce pauvre Pierrot. (Tout en murmurant des soyons mots rassurants. Pierrot la regarde avec un doux sourire. savez bien que je vous aime tant. s'avance à pas de loup. il s'est glissé sous les couvertures avec mille pudeurs et passe délicatement son bras sous la tête de Colombinctte qu'il amène ainsi sur son épaule. avec une voix natnrelle qu'on ne lui connaissait pas. et entre. Suffit. il entr'ouvre les rideaux à peine y met l'O dans sa bouche et d'une voix formidable qui fait trembler la maison. imitant le voyou d'une façon adorable. ma peur. Colombinette entr'rouvre les yeux. mon- . très effrayée. Ils se regardent. mon Dieu PIERROT. p'tite j' vous dis! (il lui pince la taille. Ah ménagez-la. sérieux.MÉLANGES POSTHUMES nier courage! Puis encore un gros baiser sur le front de ce pauv'chat.

PIKBROT FUMISTE PIERROT serre doucement la danssesbras.)Oh oui. comme tous ces 1 gens 6' . tu verras. ma Colombinette. Pierrot pantin de lettres 's'est ia tristesse éternelle des choses. OUI. mon pauvre Pierrot. redisle moi. vous pleurez! tu pleures! ne pleure pas! (Et lui met ses bras autour du cou et cache sa tête dans sa poitrine. Je sais que tu as le cœur trop bon pour cette vie. Les autres ne te comprennent pas. COLOMBINETTE Je t'aime. Pierrot bien aimé. mon Pierrot bien-aimé. mais je t'ai compris dès le premier jour. COLOMBINETTE Je t'aime. vois-tu.d'unevoix tremblautc.(Elle sent unelarmechaudetombersur sa gorge.)Ah mon Dieu. Je t'aime tant. Appelle-moi mon Pierrot et dis-moi je t'aime. Tu m'aimes. la serrant follement contre lui.) PIERROT. Si tu savais. se murmurant des mots d'amour et des baisers. se dégageant un peu.) PIERROT. J'ai tant besoin qu'on m'aime. mon pauvre Pierrot. ma Pierrette. (Ils restentamoureusement enlacés. Ne m'appelle plus Monsieur Pierrot. (Elle l'étreint. Mais ne parlons pas de cela. Je t'aime et je mourrai en extase et ravissement pour te consoler un peu.

avance la tête sur mon épaule. je vais la tuer encore née. Pauvre ange . Pardon. Qu'il me tardait d'être seul avec toi Je croyais que ce bal ne finirait pas. Alors. (Il l'enlacede nouveau. Colombinettee pâme. pardonnes. brutal. ma Colombinette.Pierrotvala posséder. là. fermés. Pierrotl'enlace de mille manières. dégageant. langoureusement parlant comme pendue à son cou.Ils se taisent.MÉLANGES POSTHUMES m'étaient insupportables aujourd'hui. Un sale taureau Ma pauvre Colombinette est fatiguée de cette semaine d'émotions et de toute cette jouret moi.) Ah Pierrot. dis que tu me pardon.) COLOMBINETTE Bien vrai ? (Elle soupiresous les baiserset les étreintesde Pierrot.sa s petitegorge. va. l Ah je ne suis qu'une brute un infâme. Pierrot l'enveloppe tous de cotés. ne murmurantque leurs noms. COLOMBINETTE. il aime un peu sa Colombinette.) Pauvre bébé Nous allons faire dodo.couvrede baisers ses épaules.et soudain. pauvre bébé. Pierrot ? PIERROT ce vilain Si je t'aime. (Colombinette'oseprotester et l'embrasse n passionnément.) se PIERROT. Tiens. Pierrot. les yeux du fond d'un rêve. (Ils se taisent.soncou.

Longtemps il la berce de mots d'amour. les bras nus croisés pelle. elle s'endort les bras autour du cou de Pierrot. (Il y met un un mouvement reflexe Colombinette baiser par y porte la main.) Non elle ne sera pas à moi public. comme un gracieux oiseau mouillé par une averse. la contemple.PIERROT FUMISTE Il l'embrasse sur le front. (Il n'ose la touoher. à ce mouvement. SCÈNE II 3 h.) Ah ces amours de petits L'attapieds che délicatement modelée 'les le de épaules pli l'aisselle La douce avec ces deux petite gorge pastilles dures cet amour de petit ventre. rêvant tout haut. avec son nom sur les lèvres. Pierrot qui a craint de l'avoir éveillée s'est rejeté feignant de dormir. il s'endort de son côté. Oui. Fausse alerte. les épreuves. La nuit. Il se chuchote à lui-même. étendue comme une martyre sur son tombeau. (Elle dort vraiment? (il se réveille. les mains tremblantes et ivres. Chut sur la gorge. une au minois chiffonné. et le tic-tac éternel d'une pendule. Une heure après. la tête dans sa poitrine. ronchonnant. se retournant vers le un baiser :) Lys ivoire satin Neige. Deux respirations dans les rideaux. il reprend son examen. se rap- à poings fermés.. envoyant très . II écarte avec mille infinies précautions la chemisette qui est tombée de la gorge. chaud. de la femme aimée! épiderme albâtre. pour (Pierrot se penche sur elle les yeux brillants. Il parait en proie à des angoisses. Il lui envoie martyre un baiser du bout du doigt et chuchote Il fait :) Adorable ce soir de mai. à la coiffure ébouriffée. 20 DU MATJN PIERROT.

Namur. buffet. Toutretombeau silence. . dix minutes. Namur. je ne puis m'endormir vaille et vous devinez quelle fièvre y bouillonne. Tiens c'est en Belgique. j'allais dire Mayeux. car je la sais par cœur Oui un pari que j'avais fait il y a trois mois. comme mes tempes battent.) Bah! après tout elle est toujours la même nous les chose. Donc allons-y de notre Boileau. 0 mon ange gardien! la chair est faible J'y suis je vais réciter l'ode sur la prise de Namur. Mons. (il se retourneet la contemple longtemps. Et. J'ai même eu à Namur une aventure ruisselante de croustillance d épatance. Mais avant.MÉLANGES POSTHUMES Et passer toutes les nuits à ses côtés Non.) SCÈNEIII PIERROT mon cerveau traNon. (Il se perd dans ses souvenirset sa songerie.) Pierrotfait la roue contre le long de la pièce. Boileauétaiteunuque. le verIl faudra chertige finira par me ruer sur elle cher un régime: dormons. toutes les femmes se ressemblent voyons toutes à travers les vieilles lunettes de la mère Maïa. encore un coup d'œil. ildoityavoir des vertus insoupçonnées dans cette ode. (il lui tournele doset s'assoupit. comme ça se rencontre.

se frappe sur mon vieux. saute du lit doucement. Il se frotte les mains.) ce qu'elle doit être la pauvre lasse. Dispose le tout et met le café sur le réchaud pour attendre. l'épaule conduits. Un quart d'heure s'écoule. nous nous sommes bien Pierrot. un croissant de velours noir en bandoulière. quelle heure il est? PIERROT Huit heures et demie. s'habille en un clin d'ail. (Il dort. ma PIERROT l'embrassant. comme j'ai dormi. il le lui pose sur la tablette. Mon Dieu. sort de la chambre. et apprête vite le café au lait de Colombinette. • Bonjour. .PIEKROT FUMISTE SCÈNE IV 8 HEURES PIERROT se réveille. (Cristi elle est toute tiède. fait la roue sur le tapis en négligé de satin clair de lune très flottant. poupoule. ma poupoule. Colombinette fait mine de s'éveiller. Au moment où elle ouvre les yeux. Ah pourvu que je hein me voyezsavoir Malheu- ne me sois pas vous sganarellisé reux Elle brrr le sans par moi-même seul laverait. se frottant les yeux. étale des papiers et s'y absorbe. Il se met à sa table de travail. sang (il se retourne. Comme j'ai dormi émancipé huit heures à mon insu.) COLOMBINETTE. Revient avec un service pour le café au lait. Pierrot met sa plume d'oie à l'oreille.

COLOMBINETTE Ah Monsieur Pierrot PIERROT Encore COLOMBINETTE Non. mon bon Pierrot prête. brutalement. elles ont reçu cela comme le dernier coup de masse de cette journée de fatigues. seule. me voilà reposée mise va. je frapperai pour rentrer. Monologue. Moi. prenez-le en faisant votre toilette du matin. aussitôt après le bal. Je suis encore vierge Que vont dire mes amies ? "ir (Ellevaque & sa toilette tout en prenant son café au lait. voici votre café au lait.MÉLANGES POSTHUMES COLOMBINETTE Est-ce possible ? PIERROT. pour elles cette chose est venue lourdement. poulette. avant qu'elles aient pu se reconnaître elles ont été exécutées.) Comme elles vont être jalouses. je suis tout de suite . De la dernière exactitude. COLOMBINETTE. Elles sont mariées à des philistins. sans qu'elles s'y fussent préparées.

Ah! l'Art! comme dit mon bon Pierrot je suis heureuse comme mes amies vont être jalouses Ce café au lait est bien froid.) La Mosaïque. Vraiment.. Il faugrandiose. (On entend toc!) Entrez. La nuit vint. à la lampe. Bonjour Poupoupoupou LE FUMISTE Toute la journée elle se promit la nuit. tandis qu'elle était couchée. imitant le chant de la poule qui vient lette de pondre. le christianisme devait régénérer cet art etc.. dra que je lise tous ses livres. savait gré à son mari. Mais à quelle heure s'est-il levé lui ? il a travaillé. puis peu à peu longue conversation intarissable dans laquelle il détailla tous ses projets d'avenir (ne parla pas d'enfants!) puis maintenant faisons dodo. et lit des papiers. ces artistes restent artistes en tout. ça n'est pas amusant. avec toute une journée devant moi pour que mon imagination travaille et que mes nerfs s'affinent dans v l'attente. Oh je vais l'aimer bien. PIERROT. se levant parfois pour l'embrasser et lui faire des chatouilles. incrustations monochromes. il travailla. (Elle s'approchede la table. il avait sa plume à l'oreille. La nuit suivante.PIERROT FUMISTE en ardeur déjà par les étreintes de la nuit. Des baisers. voyons ce que c'est. toc. Rien. puis se . prétextant un travail pressé. etc. près du lit..

Elle attendait pour la nuit rien. Le matin quand il s'éveillait. comme il allait l'embrasser. prétextant un mal de tête. tJn jour elle s'avança jusqu'à dire ingénument « Quandj'aurai un bébé. lui apportant son café. ne répondant pas à leurs allusions curieuses de vieilles filles ou de mariées mares et mères. la caressait. mettant des baisers là où elle voulait des épingles. elle l'étreignit et fit avec une voix larmoyante.MÉLANGES POSTHUMES rasseyait et travaillait. répondit par des échappatoires ingénues à ses insinuations. Le lendemain elle prit froid et toussotta. l'appelant: trésor de petit coeur. et ne se mit au lit que très tard. un travail sur la Mosaïque. l'excitait vaguement. Enfin. Le lendemain idem. grossit la chose. arrangea une partie pour la journée mais elle ne voulut pas y aller. Dès lors ce fut tous les soirs la même chose. la traitait en enfant. l'aidant à s'habiller. Une semaine après la mère envoya à son son médecin qui s'informa. il l'embrassa. Deux mois se passèrent. ceci. rien. Il l'embrassait. il fit venir un médecin. puis ils s'endormaient. Elle en parla à sa mère. la soigna. Elle n'osait rien dire. va. _| «T^ Elle se perdait en conjonctnres Ne pouvait-il pas ? quoi donc ? Elle n'osait en parler à ses amies.». Ah tu ne m'aimes pas. rien. il l'embrassait avec un bonjour et se levait aussitôt. et se coucha tard près d'elle avec mille précautions. la mangeant de baisers. le rhume la tint une semaine. Lui. Pierrot Que dis-tu là ? es-tu folle ? et il la couvrit de baisers. un matin. cela. Quel supplice! elle était toute changée. quand elle dormait. On ne lui avait gendre jamais . etc.

puis au matin. il usa de sa dernière perdit nuit de mari. mais on ne m'a pas Te voilà veuve irremariable.PIERROT FUMISTE connu de de maîtresse. comme si rien ne se fût procès | passé. mais. il se refusa à toutes les vérifications son procès. Et il partit léger et i dansant dans son compartiment ricanant. » La belle-mère Qu'elle le sut y aille et en menaça encore son gendre. La mère et le médecin firent un en séparation. médicales. l'embrassant avec des larmes Je t'aimais bien. et en surveillant à toute heure sa femme et en lui retirant sa tendresse et ses baisers. compris. à chaque station. Il répondit en achetant deux revolvers. sifflotant sifflotant. tu aurais été la plus heureuse des femmes. Pierrot ce qui vous regarde. Elle fut tout à fait malheureuse. ^_J . le mit à la porte « Mêlez-vous Alors le médecin « Prenez n'aille demander à un autre ce que garde que votre femme vous lui refusez. il fit ses malles et partit pour le Caire. lui serrant i la main. l'éreinta d'amour comme un taureau.

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DEUXIÈME PARTIE .

Notes sur le d'esthétique.LITTÉRATURE. D CRITIQUE 'ART art impressionniste. . Notes {JJ Salon de 1886. Luxembourg. L'art moderne en Allemagne).

des • t< iJ | «| -& A A 4] jâ . sujet aux cuisantes expériences du chercheur d'idéal. les hôpitaux. Le premier. le bois qu'on scie en bûches qui retentissent sur le pavé des cours. il se raconta sur un mode modéré de confessionnal et ne prit pas l'air inspiré. Après Alfred de Vigny chaste et fataliste. déshabillable. et les chats. parla de Paris en damné quotidien de la capitale (les becs de gaz que tourmente le vent de la Prostitution qui s'allument dans les rues. chat de sérail. Musset mondain et collégien déclamatoire. et le coin du feu. Gavarni vignettiste.LITTÉRATURE 'i 'I NoTES SURBaudelaire. les restaurants et leurs soupiraux. Gautier païen. « ignorante et toujours ravie ». Hugo apothéotique. meurtrissabie. Lamartine raphaélesque. Le premier. Balzac inquisiteur mais George Sand. bucolique et galantin. il a montré la femme sphinx malgré elle. le jeu.

la charla- . aux couchants le spleen et la maladie (non la Phtisie poétique mais la névrose) sans en avoir écrit une fois le t* mot. la patience. lointaine. ii affirme le travail. des ivrognes et des parfums de fabrication moderne). mais cela de façon noble. Le premier qui ait apporté dans notre littérature l'ennui dans la volupté et son décor bizarre et s'y complaise. supérieure. le calcul. Baudelaire est déjà un esthète oriental. Et la damnation ici-bas. des bas. le Fard et son extension aux ciels. son inutilité ennuyée au milieu de ce siècle travailleur et dévoué. sa paresse. montre ses plaies. Le premier qui ne soit pas triomphant mais s'accuse.MÉLANGES POSTHUMES lits. Par aristocratie et dégoût de la foule qui n'acclame que les poètes éloquents et soi-disant inspirés. l'alcôve triste. La spiritualité anglaise presque norwégienne. Ses disciples ont étalé Paris comme des provinciaux ahuris d'un tour de boulevard et lassés de la tyrannie de leur brasserie.

toc déconcertant et ravigottant La nuit s'épaississait ainsi. Baudelaire a des litanies où il détaille les formes de sa reine des adorées. ton cou une tour d'ivoire. Un romantique oublié avait dit Ses yeux sont deux corbeaux. Les angoisses métaphysiques ne sont pas pour le toucher. de se dire martyr. l'originalité coquettement. qu'une cloison (d'autres exemples foisonnent). ta tête se balance avec la mollesse d'un jeune éléphant. de flirter avec Satan. ta salive remonte à tes dents comme un flot grossi par la fonte des glaciers grondants. qui soudain dans 1'har. Il lui suffit de pécher. savamment voulue. tes dents . ta chevelure un océan. trop premier plan. Ta peau miroite. 1 épiderme de son âme est d'un autre tissu.monie d'une période mettent en passant le pied dans le plat comparaisons palpables. travaillée. de maudire la chair et d'élever l'encensoir de son rêve vers le grand harmoniste ou d'un Eureka préexistant d'un Séraphitus sorte de panthéisme-papiste Il a le premier trouvé après toutes les hardiesses de romantisme ces comparaisons crues. selfsame. ton corps se penche comme un fin vaisseau qui plonge ses vergues dans l'eau. en un mot américaines semblet-il palissandre.LITTÉRATURE tanerie. ta démarche un serpent au bout d'un bâton.

singulier. un faux pli aux expressions dont il se vêt. infiniment solitaire dans ses élévations. et raisonneuses et inexpliquées d'ivrogne. Jamais il ne se bat les flancs. jamais il n'insiste. exaspéré.MÉLANGES POSTHUMES des brebis suspendues au flanc de l'IIébron. fou. • Il peut être cynique. ces syllabes ce que les compositeurs envolées. extatiques. le miaulement nocturne. Il se tient bien. compris si possible. La strophe sonne appellent sous-harmoniques. semée çà et là de petites crispations minutieux accès colériques. ne charge. Il a trouvé le miaulement. respecté il l'exige et considéré comme une exception. L'orage de sa jeunesse et les soleils marins de ses souvenirs ont dans les brumes des quais de la Seine détendu les cordes ùc viole byzantine incurablement plaintive et afflîftè. Il est toujours courtois avec le laid. . C'est l'américanisme appliqué aux comparaisons du Cantique des Cantiques. désespéré. Allure large et harmonieuse. bizarres et sans raison. langoureux. comme de menus oasis comme des déviations de tendresses subtile:. etc. Jamais il n'a un pli canaille. Aimé ne daigne. plaintif.

se pavane. le jeune éléphant qui va cassant des bambous. satanique. américain. qui est. La source de ses images est le sens du symbd^^ l'allure solennelle. prélat parfumé. . voltairien et bruyant et industriel vénal. s'est dit La poésie sera chose d'initiés. roule (ce mouvement qu'il aimait chez la femme balançant sa jupe). Je suis damné pour le public. • Son style. bien la période du prédicateur. le premier. créole. jésuite impie. haine du bourgeois imbécile. il est spiritualiste. Le préjugé du sonnet à cause du contemporainage de Gautier. automnal. Le Public n'entre pas ici. Il aime le mot charmant appliqué aux choses équivoques.Les poètes s'adressaient au public (répertoire humain). Le premier il a rompu avec le public. 7* succube. douillet. L'alexandrin à rimes plates. onctueux. rusé. Le vers se développe avec indifférence le serpent au' bout d'un bâton. lui. le vers qui enchasuble lique en ses plis lamés de mots cassants en té la pensée subtile comme un parfum. Ou bien le vers houleux ondule (roulis). ou bien joue le flacon de cristal taillé à facettes.LITTÉRATURE Par anti-démocratie.

qui font dire au bourgeois qui vient de lire « Et après ? » On souffre. Aimer une Vénus noire. on a la folie de la croix. sans sujet appréciable (comme les autres. éphémères et équivoques comme un maquillage. courtes. c'est-à-dire. créature éphémère et tourmentée. Parler de l'opium comme si on en faisait son ordinaire. Faire des poésies détachées. S'envelopper d'allégories d'extra-lucide. Abuser de parfums introuvables pour le lecteur. etc. l'Eternité. plaider un point. on s'acharne et d'autre part là haut la' beauté après sa chair quand même qui nous prend en pitié. le Silence.MÉLANGES POSTHUMES Et d'abord pour éloigner le bourgeois. avec ses grandes lignes. Se décrire un intérieur peuplé de succubes. nous. La Beauté c'est le Sifence éternel. Tout notre ta- . ou la Parisienne trèsfardée. la Beauté c'est-à-dire Ce 'Qui Ne Change Pas. tel les élus de souffrance du moyen âge qui voyaient et que la foule brûlait comme sorciers.) mais vagues et sans raison comme un battement d'éventail. se cuirasser d'un peu de fumisme extérieur. Se poser comme méprisé et conspué de lui (par la voix des journaux qu'il enrichit) et de sa femme comme un lépreux. lesquels faisaient un sonnet pour raconter quelque chose poétiquement.

nous faire croire que le Silence n'existe pas.LITTÉRATURE page de passions. de discussions.je pense à vous et ajouter « veuve d'Hector Hélas (si humainement). nous l'écoutons restagner de partout et nous sommes plus tristes. ou les siècles sur une épopée comme celle de Napoléon. Cette noblesse immuable qui annoblit les vulgarités intéressantes. c'est pour. cette familiarité de martyr entre les plus grands lui faire dire qui peut Les persiennes abris des secrètes luxures et une page plus loin Andromaque. d'orages. poncive. JSt rillant aux carreaux le bric-à-brac confus b . cette façon de captivantes dire et cela sans périphrase prude. d'art. jusqu'à ce qu'épuisés le Silence nous passe par dessus comme l'océan se referme sur un bouillonnement de navire sombré. ou l'espace sur une planète morte. par le bruit. Mais quand nous retombons las. pas assez forts pour un tapage éternel ou pour nous faire au Silence éternel. Cet Hélas n'est ni poncif racinien ni une cheville mais d'une subtilité touchante et grande.

sa façon de dire « machère » dans et morceau solennel qui s'ouvre par « Sois sage. ses et ce vers paysages cassants « Mon esprit. Quoi? Avant lui Hugo. dans l'horrible plat. où la voirie Pousse un sombre ouragan dans l'air silencieux et puis Les cocotiers absents de la superbe Afrique Tous ses élèves ont glissé dans le paroxysme. tu te meus avec agilité » que les initiés détaillent d'une voix métallique sa haine de l'éloquence et des confidences poétiques Le plaisir vaporeux fuira vers l'horizon Ainsi que. 6 ma Douleur » ses « très.:Gautier. adjectif.MÉLANGES POSTHUMES Ce confus est d'un maître. yankee. hindou.» devant un Yankee. tout en restant aérien Ainsi qu'une sylphide au fond de la coulisse . Chat. etc. alchimiste. aurait fait une lui la fait yankee. comparaison française. comme des carabins d'estaminets. Et près d'Andromaque ce vers à l'heure. oratoire sans parti-pris. épiscopal. Baudelaire chat.

) . (Le vent des côtes de bretagne lui a fait trouver et aimer le verbe plangorer.. Bohème de l'océan chantant le matelot breton libre et méprisant les terriens. d'obscénités d'ordures. Picaresque et falot (a pris ce prénom Tristan chevalier errant de la Triste figure). concis. Sa préface porte en titre Ça. Des baisers.il l'a cette poésie plus que Leconte de Lisle avec toute son érudition et ses poèmes bourrés et aveuglants. Les clochers ces mâts de la cité (toute cette pièce est si calme si noble !) Hindou. Des jardins. voyantes de commis.LITTÉRATURE On voit les fils de fer et les trucs. noyé en une page Mais jamais blanche. des oiseaux chantant soir et matin Ni grand cœur.. cinglant le vers à la cravache. Il reste aérien et noble et ne détonne pas dans le contexte si pur de tenue. en disant Les tuyaux. des jets d'eau pleurant dans des albâtres. Cassant. ni grand esprit mais quels nerfs plaintifs quelles narines ouvertes à tout quelle voix magique • UNE ÉTUDE SURCorbière. Strident comme le cri des mouettes et comme elles jamais las.

à peine de la littérature. Tout ça. maigre. L'autre plus intime. qui se désagrégeraient fouet incessant de l'expression mordante et la Sans esthétique. c'est fait de chic. il l'appelle « l'éternel Madame ». je pose. non un art mais une manière. qui a bien roulé. Tout. trempé par l'averse du large qu'il regarde en face. attaché les mains au dos à un mât. Une tenue très chic. son feutre à terre. A chaque sortie il avertit vous savez me prenez pas au sérieux. mais pas de la poésie et pas du vers. Quant à l'éternel féminin. replié sur soi ou à Paris ou sur l'eau et très-self aussi comme métier sans que ce métier soit riche. Deux parties Une où il raconte en vers sans armatures. surtout du Corbière. Je vais même vous expliquer comment ça se fabrique.MÉLANGES POSTHUMBS L'eau-forte. non une esthétique profonde. La femme qui fait des manières En serez-vous un peu moins nue. ni sans le coup de volutes. un profil de satyre libidineux et falot. près d'une borne. inculte. Les habits bçs ? . ce joli mot des cours d'amour du moyen âge. madame. et poigne d'ensemble. tout subjectif.

à l'épreuve de la corde raide. le tour de main. Il n'indique que le coup de hanche. pantin incassable comme les buses de son corset. Chez les plus forts vous pouvez glanes' des soldes poétiques. Un léger priapisme de barrière. ouMétier bête strophes de tout le monde blis. miracle. plus dégagé que lui du langage poétique. l'inattention proud'ailleurs rien vant radicalement une incurable indélicatesse d'o- . souligner son esthétique de pantin à la mode éphémère. insuffisantes et quelconques. et qui ne la pousse que dans un sens. Vers nuls de la plus basse cuisine « Vous qui ronflez auprès d'une épouse endormie. rimes ni riches ni pauvres. ici pas une chevilles. dans les alternances des féminines et des masculines. Sensuel. et ne se permettant sauf la paresse. il n'y a pas un autre Mais toujours le mot net artiste en vers. images tout est passé au crible.LITTÉRATCRK les exporla fille des congés à Paris Il connu tations sous toutes les latitudes accablées. une gorge dans ses vers encore moins des ventres et des cuisses. réels oublis. il ne montre jamais la chair \J il n'y a pas un sein. La femme de Montmartre qui n'a qu'un art: la toilette. l'air de tête ombrelle. éventail.

mais Hugo tourne comme un cyclone large symphonique à son aise. C'est étourdissant. et alors c'est une grêle de définitions. en strophes inégales chacune sur une seule et même rime féminine. par ci par n'ont que onze syllabes. Et là il se prend la tête. ainsi dans le Sommeil où. toujours avec point d'exclamation. c'est de la folie à vide. Tout passé au crible On peut voir ça dans certaines pièces. ici c'est un petit albatros. par exemple ces tas d'alexandrins qui sans raison.MÉLANGES POSTHUMES reille. le sujet. mais on pardonne tout devant des plaintes parfaites et immortelles comme Le poète contumace. le mot-sujet. mettezvous à sa place. Une lanterne magique montrant sous mille facettes colorées la même lumière qui est au centre à la façon de Hugo. Il n'est pas artiste. picaresque dans sa jeu- . durant une litanic de cent cinquante vers il le définit. L'assonance imprévue ne lui est pas invite à musique exotique. et cogne contre ce mot. une définition par vers. Il écrit le titre. l'assaille. C'est assurément après une de ces parties qu'il a dû se jeter à la mer comme point d'exclamation final. • A une influence romantique. quelquefois. de jappements brefs. mais tremplin à coq-à-l'ànc.

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nesse; pour le reste dans son volume pas la moindre trace de Parnassien, de Baudelairien. Il a un métier sans intérêt plastique. L'intérêt, l'effet est dans le cinglé, la pointe-sèche, le calemIl est à bour, la fringance, la haché romantique. l'étroit dans le vers il abonde en parenthèses, en monosyllabes pas un vers à détacher comme beau poétiquement rien que curieux de formule. Autrefois la rime et la raison était le difficile alors on mettait le mot original dans le corps du vers, et la rime arrivait comme elle pouvait, banale, et le plus souvent cheville, on passait sur la rime, on tâchait de se tirer de ses rimes, voilà tout. Ensuite, on réagit contre cette école et toute la révolution se porta sur son point faible, la rime. Vous allez voir tout le dictionnaire va passer à la rime et en effet. On fit des vers, en ayant l'œil surtout sur le bout des vers, le reste était oublié. Ce qui fait que les seules idées, les seuls mots personnels, étaient les mots appelés par la rime, il n'y avait d'effet que dans la rime. Corbière lui rime, comme ça prêter et rimer, cousu et décousu, maison et non, jour avec jour deux quatrains d'un sonnet faits avec quatre verbes en sen et quatre substantifs en elle Un autre sonnet sur deux rimes La rime ne lui est les entrelacements de féminines jamais tremplin et de masculines, il les bouscule, par paresse.

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Dans une pièce six masculines viennent après deux féminines puis la pièce reprend son alterné régulier. Souvent ses vers ont une syllabe en trop ou en pas assez. Cependant jamais une pièce tout en féminines ou tout en masculines. Les mots en ion ont tantôt une tantôt deux syllabes, cependant il n'osera jamais faire rimer un singulier avec un pluriel. Rien de rythmes voulus, sauf un sonnet renversé.

Il est trop tiraillé et a trop l'amour de l'ubiquité et des facettes et du papillotant insaisissable et la peur de pouvoir être défini, pour se laisser aller au long vers musical qui a toute sa valeur en soi la moitié de son vers est dans l'intonation, le geste et les grimaces du diseur, et alors il s'ingénie dans son texte à multiplier les lignes de points de suspension, de réticence et d'en allé, les tirets d'arrêt, les virgules, les d'attention et doubles points d'exclamation. Tout lui est tremplin, il vit de tremplins sa logique et son art ont pour devise Au petit bonheur des tremplins d'idées ou de mots. • Son tremplin d'antithèse souvent s'étale ment dans sa fabrication élémentaire naïve-

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Et si par erreur ou par aventure Tu ne me trompais je serais trompé Son épitaphe est bâtie excludéjeuner de jeûne sivement sur ces pointes. D'ailleurs tous ces gongorismes d'antithèse ne sont pas un jeu en l'air il y a des racines. C'est l'homme qui déclare son amour et qui est dépité si on l'écoute, qui fuit la société et se lamente qu'on le laisse seul. L'enfant gâté qui ne sait ce qu'il veut, refuse sa soupe parce qu'on la lui prêche et pleurniche dès qu'on la lui enlève. La lune reste pour lui la lune des vieilles esdes truands noctambules, tampes romantique Tantale évoquant l'absence d'un écu de cent sous. Il n'a pas été empoigné au cœur par les cosmologies modernes, les astres morts, les déserts stellaires sans échos. Il gambille, fait des moulinets, fait le borgne, le lépreux, l'amateur, le feu-follet des mares de Bretagne, narguant tous les octrois de la littérature, tous les douaniers de la critique, il croise le long des côtes, le long des corbières, pour l'amour de l'art. Il a peur des ridicules lyrique, apocalyptique, fatal, poitrinaire, hystérique, lunaire, prudhomme, musical, sentimental, naïf, etc. et se pose un peu partout, rature, dit Lyrique moi ? jamais et en effet le vers suivant est voyou. Il veut être indéfinissable, incatalogable, pas être

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aimé, pas être haï; bref déclassé de toutes les latitudes, de toutes les mœurs, en deçà et au delà des Pyrénées Très réussi commeraté. Très rarement la rime lui fournit l'esprit.. et alors c'est toujours le même moule: un mot poétique à qui l'on donne en rime un mot vulgaire, du pavé \i et c'est le drame de deux mots presque homofi nymes et à mille lieux l'un de l'autre en tant que synonymie, le charme d'être vraiment attiré puis remballé comme une balle coquelicot et calicot, pastille du sérail et ail, paradis et radis, Espagnole et Batignolles. • Il n'y a décidément pas trace de réminiscences dans ces poésies: ni sujets, ni métier. Ce n'est pas de l'originalité de quelqu'un revenu des romantiques et des parnassiens successivement, mais du primesaut à la diable. Il a lu, il le dit, il les nomme on n'en retrouve rien. Dans son poème sur le douanier garde-cote, il le ^déguste cet oiseau de mer avec sa poésie au large, faisant ses cent-pas, pipe, caban gris-bleu, dunes,

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horizons; comme il l'aime, et alors comme il l'admire d'être: Poète trop senti pour être poétique. Ce fut l'art de Corbière. Pas de couchants, pas de poésie de la mer, pas de ciels, pas de spleens pantoumés. Nous sommes tous poétiques, nous avons beau faire, nous montrons toujours un bout du lui n'est pas de chez nous, c'est un panache azur insaisissable et boucané corsaire hardi à la course. Il adore le mot « contumace », on le lui surprend à plusieurs endroits, quand il veut frapper un coup et tout dire d'un mot contumace. vivre par contumace. contumace. poëte contumace. artiste de proie.

Toujours sec, insaisissable, épave, sans cœur de chic. Quand il parle des matelots bien qu'il s'acharne sur leur rude coque comme on n'en fait plus, leur vie de forbans (le vieux d'autrefois qui mangeait de l'anglais), de lupanar, de goëlands, mettant tous les terriens dans le même sac, il devient parfois romance, très-romance, mobile breton. C'est raconté avec une prodigieuse épuration (Bitor), c'est condensé, ça pétille, tout est à prendre, la rime ne compte pas comme rime, on ne la

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sent pas. Il fait de la peine à voir compter ses syllabes, alterner ses distiques par masculines et féminines, scander ses césures. Que n'a-t-il fait cela en prose c'est impossible à chanter, ce texte. • La plus fine, lit plus ténue, la plus pure partie comme art Rondels pour après; de fines mauves pâle filigranées d'ironie sur un ton posthume. Biographie Mais il fut flottant mon berceau. Fait commele nid de l'oiseau Qui couve ses œufs sur la houle, Mon lit d'amour fut un hamac Et pour tantôt j'espère un sac Lesté d'un bon caillou qui roule. • FRAGMENT Mallarmé. le prinspr L'Inconscient cipe, après l'effort, l'apothéose de la conscience artistique parnassienne se consolant dans des protestations bouddhiques, le principe en poésie du bégaiement, de l'en allé. Chez M. Mallarmé, contemporain des Parnassiens à facture raisonnée et du premier engouement de la poésie faisant de la psychologie descriptive et didactique (Sully-Prndhomme, Bonrget), ce n'est pas le

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bégaiement de l'enfant qui a mal, mais le Sage qui ce n'est jamais une divagation d'images divague comme dans le rêve et l'extase inconsciente, c'està-dire de sentiments exprimés avec l'immédiat de l'enfant qui n'a à sa disposition que le répertoire de ses besoins, mais de la divagation raisonneuse. Sa consciente et technique est également raisonnée, l'on voit souvent qu'elle n'est pas de premier jet. Toujours concret, jamais impalpable.

Fragment suit Rimbaud. Rimbaud, fleur hâtive Jamais de strophes, et absolue sans avant ni après. de facture, de rimes. Tout est dans la richesse inouïe du pouvoir de confession, et l'inépuisable imprévu des images toujours adéquates. Dans ce sens il est le seul isomère de Baudelaire. Ce n'est qu'à la troisième lecture qu'on se dit Tiens, mais ce sont des quatrains quelconques, des rimes platement alternées, les rimes ne sont ni riches ni pauvres; nul effet de césures, nulle combinaisons de féminines et de masculines. Le genre somnambule divagation d'un cœur magnétisé par la paresse, l'été, l'ennui, une digestion copieuse. On peut hardiment l'avouer Une poésie n'est pas un sentiment que l'on communique tel que conçu

et le vers. Je me rappelle un mot de M. en gros caractères air. trois cents cinquante pages de gros tout en vers et cet papier.Avouons le petit bonheur de la et les déviations occasionnées par les trourime. FRAGMENT SUR Huso (La fin de Satan). vailles. disciplinés et aisés. Il n'y a pas de raison pour que ça finisse. Mallarmé: Hugo se mettant tous les matins à l'orgue au sortir du lit. de l'humeur de la mise en œuvre de son motif tel le musicien avec ses harmonies qui ont l'air parasites. faisant oublier un peu le parasitisme des adjectifs. à ce géranium sans nécessité. C'est la strophe. les tortils de fantaisies techniques des Chansons des rues et des bois. Et à presque tous les tournants de page. L'ennui de ces périodiques pavés roulés du Sinaï coutumier.MÉLANGES POSTHUMES avant la plume. comme le grand Bach qui entassa partitions sur . . L'orgue continue tant que la partition de la matière visible est ouverte à ses yeux de vivant et tant qu'il y a du vent pour les tuyaux. et la rime et les césures de La Légende des Siècles. la symphonie imprévue vient escorter le à motif tout comme un peintre est amené là ce gris perle à propos de bottes.

C'est la Bastille. saint Antoine et voyez comme Flaubert est pénible. 8 . (157) S'il savait à quel point. Le Cantique de -Bethphagé suffirait pour sa gloire de poète. (V.LITTÉRATURE 7 de conséquences partitions sans se préoccuper autres. Ça manque de crispation. 155) Puis la jeune fille Par l'ouverture de ma porte. (Quelle corvée !) Mais aussi des pièces de restitution (faisant assurément toute la partie intitulée Jésus-Christ. Puis feuilletez les mosaïques patientes de Herodias. C'est tout le temps une frise en défilé de visions dans une atmosphère égale et suffocante d'apothéose. (161) Lisez toute la restitution des jours où se promenait le Christ. de méditation sensible. de l'aventure de ce dernier. Écoutez un peu parler l'amante Elle dormait. la liberté et les divagations humanitaires. On ne la voit pas femme. saint Julien. qui seront immortelles comme l'Art. parties de la Légende des Siècles). Ça va parce que c'est de la prose et que la sienne est encore seule en ce genre.

.MÉLANGfco POSTHUME" Mais songez à ces livres mis en vers par un poète équivalent au prosateur Flaubert. On se lassait d'entendre appeler ArisHugo. tide. Ce serait décidément honorablement pauvre. le Juste.

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>~ tuel et ensuite par hérédité des modifications acquises entre la faculté des organes tactiles et celle de l'organe visuel. point ':i. avec ses ombres indécomposées. comme un prisme . Les formes arrêtées ne relè.CRITIQUE »'ART \j expériences des sensations humaines. par des associations habituelles d'aide mu.. C'est parce ~r que l'œil. '< Essentiellement l'œil ne doit connaître que les i vibrations lumineuses. Primitivement lumière ne ue l'œil. ne..connaissant que là lumiére blanche. v et est encore dans la couleur une intelligence rudimentaire. A ne connaît que les vibrations sonores. Alors. et que tandis que l'oreille en général analyse aisément les harmoniques.j~ r. 8* > s V> .'¡ vent pas primitivement de l'œil et l'œil par succes. . le sens des formes a passé des doigts dans l'œil. :-y . après avoir commencé par s'approprie raffiner et systématiser les facultés tactiles a vécu et s'est instruit. s'aida des expériences tactiles.f aidé dans ses expériences par la ressource des colo« rations discernantes. par conséquent. s'est entretenu dans l'illusion par les siècles d'oeuvres dessinées que son évolution comme organe des vibrations lumineuses s'est si retardée relativement à celle de l'oreille par exemple.'¡ sion et raffinement en a tiré pour la commodité de et de son expérience le sens des contours nets là cette illusion enfantine de la traduction de la réalité vivante et sans plans par le dessin-con-"-'<•* tour et de la perspective dessinée. comme le nerf acoustique.

Donc un œil naturel (ou radine /puisque. mais de mille combats vibrants. dans lequel les êtres se modèlent comme des grisailles colorées. à l'état épandu. Où l'académique ne voit que le dessin extérieur enfermant le modelé. Telle est cette première de l'œil caractéristique impressionniste. où l'académique ne voit que la lumière blanche. Dans un DES paysage baigné de lumière. l'impressionniste la voit baignant tout non de morte blancheur. venir primitif en se débarrassant Ljactiles). réfractée. • L'œil ACADÉMIQUE l'œil IMPRESSIONNISTE. en incessantes variations. avant d'aller. l'œil voit synthétiquement et grossièrement seulement la lumière et n'a que de vagues pouvoirs de la décomposer dans les spectacles de la nature malgré ses trois fibrilles de Young qui sont les facettes du prisme. décomposée. pour cet organe. de riches décompositions prismatiques. Il arrive à voir la réalité dans l'atmosphère vivante des formes. ET POLYPHONIE COULEURS. réfléchie par les êtres et les choses. . un œil naturel oublie les illusions tactiles et sa commode langue morte le dessin-contour et n'agit que dans sa faculté de sensibilité prismatique.MÉLANGES POSTAUMBS auditif. il faut rededes illusions j. il voit les réelles lignes vivantes sans forme géométrimais bâties de mille touches que irrégulières qui.

Ni dessin. le tout est une symphonie qui est la vie comme « les voix de la vivante et variante. par les variétés d'états d'air suivant leur plan non immobile mais remuant. la formule est sensible surtout dans le où tout est obtenu par et le Pissarro. Où l'académique voit les choses se plaçant à leurs plans respectifs réguliers selon une carcasse réductible à un pur dessin théorique. Dans cette petite et étroite exposition de chez Guslitt. il voit la perspective établie par les mille riens de tons et de touches. tines tout cela se résout en réalité en vibrations colorées et doit être obtenu sur la toile uniquement par vibrations colorées.CRITIQUE d'art de loin. . pour l'impression isolée. voit et rend la nature telle # L'impressionniste qu'elle est. ni lumière. ni clair-obscur. est dans l'évoEn somme l'œil impressionniste lution humaine l'œil le plus avancé. Monet. mille touches menues dansantes en tout sens comme en concurrence vitale des pailles de couleurs Plus de mélodie d'ensemble. forêt » des théories de Wagner en concurrence vitale pour la grande voix de la forêt. c'est-à-dire uniquement en vibrations colorées. ni modelé. ceiui qui jusqu'ici a saisi et a rendu les combinaisons de nuances les plus compliquées connues. ni persces classifications enfanpective. comme loi du monde. est la grande vpix l'Incopscient. établissent la vie.

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mélodique, résultante de la symphonie des consciences de races et d'individus. Tel est le principe de l'école du plein-air impressionniste. Et l'œil du maître sera celui qui discernera et rendra les dégradations, les décompositions les plus sensibles, cela sur une simple toile plane. Ce principe a été, non systématiquement, mais par génie appliqué en poésie et dans le roman chez nous.

Fausse éducat:on DE Nos YEUX. Or chacun sait que nous ne voyons pas les couleurs de la palette en elles-mêmes, mais selon les illusions correspondantes à l'éducation que nous ont donnée les tableaux des siècles, et avant tout pour la lumière que peut nous donner la palette. (Comparez photométriquement le soleil le plus éblouissant de Turner à la flamme de la plus triste chandelle.) Le jugement reflexe d'une convention harmonique innée vipour ainsi dire se fait entre la sensation suelle du paysage et la sensation des ressources étalées sur la palette. C'est la langue proportionnelle du peintre, qu'il enrichit proportionnellement à la richesse du développement de sa sensibilité optique. De même pour les grandeurs et la perspective. Oserai-je dire qu'en ce sens la palette du peintre est à la lumière réelle et à ses jeux en cou-

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leur sur les réalités réfléchissantes et réfractantes, ce que la perspective sur une toile plane est à la profondeur et aux plans réels de la réalité dans l'espace^ Ces deux conventions sont les ressources du peintre. • MOBILITÉ UPAYSAGE MOBILITÉ IMPRESSIONS D ET DES DU PEINTRE. Critiques qui codifiez le beau et guidez l'art, voici un peintre qui vient planter son chevalet devant un paysage assez stabfe comme lumière, un etat d'après-midi, par exemple. Supposons qu'au lieu de peindre son paysage en plusieurs séances, il a le bon sens d'en établir la vie de tons en quinze minutes, c'est-à-dire qu'il est impressionniste. Il arrive là avec sa sensibilité d'optique propre. Cette sensibilité est à cette heure, selon les états fatiguants ou ménageants qu'il vient de traverser, éblouie ou en éveil, et ce n'est pas la sensibilité d'un seul organe, mais les trois sensibilités en concurrence vitale des trois fébriles de Young. Dans ces quinze minutes l'éclairage du paysage le ciel vivant, les terrains, les verdures, tout cela dans le réseau immatériel de la riche j atmosphère avec la vie incessamment ondulatoire de ses corpuscules invisibles réfléchissants ou a infiniinent réfractants, l'éclairage du paysage varié, a vécu en un mot, •

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Dans ces quinze minutes, la sensibilité optique du peintre a varié et revarié, a été bouleversée dans son appréciation de la constance proportionnelle et de la relativité des tons du paysage entre eux. Impondérables fusions de tons, contrariétés de perdistractions subordinaceptions, inappréciables, tions et dominations, variations de la puissance de réaction des trois fébriles optiques entre elles et au dehors, combats infinis et infinitésimaux. Un exemple entre des milliards. Je vois tel violet, j'abaisse mes yeux vers ma palette pour l'y comtiré par la biner, mon œil est involontairement blancheur de ma manchette mon œil a changé, mon violet en souffre, etc., etc. De sorte qu'en définitive, même en ne restant que quinze minutes devant un paysage, l'œuvre ne sera jamais l'équivalent de la réalité fugitive, mais le compte-rendu d'une certaine sensibilité optique sans identique à un moment qui ne se reproduira plus identique chez cet individu, sous l'excitation d'un paysage à un moment de sa vie lumineuse qui n'aura plus l'état identique de ce moment. Notez en gros trois périodes d'état devant un paysage l'acuité croissante de la sensibilité optique sous l'excitation de ce spectacle nouveau, le summum d'acuité, puis la décroissance de la fatigue nerveuse. infiniment variable iK la Ajoutez l'atmosphère meilleure galerie où sera exposée cette toile, la

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des tons de cette vie minutieuse et quotidienne Et enfin pour les toile s'usant et se combattant. spectateurs autant de sensibilités sans identique et chez chacun d'eux l'infini des moments uniques des sensibilités. L'objet et le sujet sont donc irrémédiablement mouvants, insaisissables et insaisissants. Les éclairs d'identité entre le sujet et l'objet, c'est le propre du génie. Chercher à codifier les éclairs est une plaisanterie d'école.

ET DU DOUBLEILLUSION BEAUABSOLU DE L'HOMME HUMAINS. La CLAVIERS ABSOLU. INNOMBRABLES sur ces vieille esthétique a radoté alternativement l'homme le Beau absolu, objectifdeux illusions absolu, subjectif, le Goût. On a aujourd'hui un sentiment plus exact de la Vie en nous et hors de nous. moment dans le Chaque homme est selon son temps, son milieu de race et de condition sociale, un certain son moment d'évolution individuelle, clavier sur lequel le monde extérieur joue d'une certaine façon. Mon clavier est perpétuellement changeant et il n'y en a pas un autre identique au

*? mien. Tous les claviers sont légitimes. De même, le monde extérieur est une symphonie | changeante (la loi de Feschner,| perpétuellement i

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la perception des différences décroissant en raison inverse des intensités). Les arts optiques relèvent de l'œil et uniquement de l'œil. Il n'y a pas au monde deux yeux identiques comme organe et comme faculté. Tous nos organes sont en concurrence vitale chez le peintre l'œil domine, chez le musicien l'oreille, chez le métaphysicien certaine faculté, etc. L'oeil le plus digne d'admiration est celui qui est allé le plus loin dans l'évolution de cet organe, et par conséquent la peinture la plus admirable sera, non pas celle où il y aura ces chimères d'écoles « la beauté hellénique », « le coloris vénitien », « la pensée de Cornélius », etc., mais bien celle qui révèlera cet œil par le raffiné de ses nuances ou le compliqué de ses lignes. L'état le plus favorable à la liberté de cette évolution est la suppression des écoles, des jurés, des médailles, ces meubles enfantins, du patronage de l'État, du parasitisme des critiques d'art sans œil le dilettantisme nihiliste, l'anarchie ouverte à toutes les influences, telle qu'elle règne parmi les artistes français en ce moment « Laissez faire, laissez passer ». Au-dessus de l'humanité, la Loi suit son développement réflexe et l'Inconscient souffle où il veut.

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DÉFINITIONDU PLEIN-AIR.-Le plein-air, formule qui servit d'abord et surtout aux paysagistes de l'école de Barbizon (village près de la forêt de Fontainebleau), ne signifie pas cela. Ce plein-air des paysail commande leur peinture gistes impressionnistes, entière et signifie la peinture des êtres ou des choses dans leur atmosphère paysage, salons à la bougie ou simples intérieurs, rues, coulisses éclairées au gaz, usines, halles, hôpitaux, etc.

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DES EXPLICATION APPARENTES EXAGÉRATIONS impresSIONNISTES. L'oeil commun du public et de la critique non artiste, élevé à voir la réalité dans des harmonies établies et fixées par la foule de ses peintres médiocres comme œil, cet œil n'a aucun droit contre ces yeux aigus d'artistes qui, plus sensibles aux variations lumineuses en noteront naturellement sur leur toile des nuances, des rapports de nuances rares, imprévus, inconnus qui feront crier les aveugles à l'excentricité voulue, et même dût-on faire la part de l'incohérence d'un œil nasi l'on veut, exaspéré turellement, volontairement dans la hàte de ces œuvres d'impressions notées dans la toute première ivresse sensorielle d'une réalité déjà choisie rare et imprévue, tout cela, la langue de la palette par rapport à la réalité étant
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une langue sonnements

conventionnelle et susceptible d'assainouveaux, tout cela n'est-il pas plus artiste, plus vivant et par conséquent plus fécond pour l'avenir que les tristes et immuables recettes des coloris académiques ?

PROGRAMME ES PEINTRESFUTURS. Le groupe D de peintres, les plus vivants, les plus audacieux qu'on ait jamais vus, et les plus sincères (ils vivent dans les risées ou l'indifférence, c'est-à-dire presque dans la misère), avec la voix d'une certaine presse en minorité, demande que l'Etat cesse de s'occuper de l'art, qu'on vende l'École de Rome (villa Médicis), qu'on ferme l'Institut, qu'il n'y ait plus de médaille ou autre récompense, que les artistes vivent dans l'anarchie, qui est la vie, qui est chacun laissé à ses propres forces et non annihilé ou entravé par l'enseignement académique vivant du passé. Plus de beau officiel, le public sans guide apprendra à voir par lui-même et ira naturellement aux peintres qui l'intéressent d'une façon moderne, vivante, et non grecque ou renaissance. Pas plus de salons officiels et de médailles qu'il n'y en a pour les littérateurs. De même que ceux-ci travaillent par eux-mêmes et cherchent à placer leur œuvre aux vitrines des éditeurs, de même ils travailleront

genre peluche et autres. Nous avons vu des cadres plats. Cette mode a eu son contre-coup dans les salons olliciels. verts. jaune jonquille. et quelles tentures de boudoir feront valoir son teint. . blancs. une page blonde d'hiver. ses manières. Un paysage vert soleil. LES CADRES RAPPORT EN avec l'œuvre. d'autres bariolés à outrance de mille tons et de mille façons.CRITIQUE D'ART à leur goût et chercheront à placer aux vitrines des marchands de tableaux. un intérieur papillotant de lustres et de toilettes exigent des cadres différents que leurs auteurs respectifs sauront seuls confectionner. Ce s<ra leur salon. mais n'y a produit que nouveautés bourgeoises. l'expression de son visage. rose-pâle. comme une femme sait mieux que personne quelles nuances d'étoffes et quelles poudres. Les exont substitué la variété positions d'indépendants et raffinée des cadres de fantaisie au intelligente perpétuel cadre doré à moulures faisant partie du magasin des poncifs académiques.

nu. Renan avec ce dilettanstatuaire est fini tisme olympien qui le fait juger de tout d'un mot charmant. dit M. etc. Le nu est-il toute la sculpture ? Et cela étant.MÉLANGES POSTHUMES NOTES' D'ESTHÉTIQUE « Le règne de la LA STATUAIRE immortelle. le nu d'une grisette déformée par le métier ou le nu grêle d'un Donatello. n'est-il pas aussi intéressant que celui de la Diane chasseresse ? Et l'habillé moderne n'est-il pas transportant de promesses en art et en sculpture ? Et les bustes des Césars de la décadence (voir Taine). tuer le roman en répondant à Cherbudu jour où l'on cesse d'aller à demiliez. nos artistes ne sont pas plus près d'épuiser les combinaisons de tons et de lignes que Wagner les combinaisons harmoniques. si congénères des nôtres ne sont-ils pas aussi intéressants que les têtes des Niobides ? . » Non.

terre cuite. Certainement vous êtes autorisés à ne pas tenir compte de la monochromie quelconque de la matière employée. à constater la sélecHugo à être énorme.. avec les yeux bleus ou noirs. dans la monochromie d'une gravure. Baudelaire à fouiller sa langue. autant je mets au-dessus d'un l'atmosphère. cendante qui pousse Beethoven à chanter.CRITIQUE D'ART Polychromie. marbre. ce buste. un ours en terre cuite rouge raison d'être et leur ont leur conventionnelle un agrément. Mais de même qu'au-dessus d'une scène reproduite en gravure je mets cette même scène reproduite avec toute sa vie de tons et de valeurs dans etc. .. une nymphe pâle coulée en bronze vert-de-gris. Berthelot à chercher. Un Ethiopien ou un Peau-Rouge taillé dans un carrare immaculé. comme la faire et la refaire jusqu'à épuisement. Gœthe à deviner les fleurs. etc. en cire par exemple. Delacroix à chercher des tons. bouquet. les cheveux et la parure. la même qui Cuvier à reconstituer des fossiles pousse l'araignée à faire sa toile et. bronze. si on la déchire. tout comme un couchant incendié. et celle qui pousse Pasteur. Darwin tion naturelle. buste en marbre ou en bronze. des lèvres rouges ou exsangues. etc. • La force transFureur génésique DE L'ART.

perdant leur faculté instinctive dès qu'on leur apprend les mathématiques. mais même la science. comme toujours il y eut. inconscience inspiratrice. ce E produit spontané des premiers âges humains. (Ces enfants prodiges. il y a l'instinct et la réflexion. céleste mille fois au contraire. la science la plus expérimentale n'y est et n'y sera. le sentiment du sol.) C'est ne pas comprendre le mot instinct. divinatoire et conscience ou science. la fureur L'INCONSCIENTN ART. tombera peu comme tout le reste de la catégorie de l'instinct dans la catégorie de la réflexion. la charité et le dévouement pas plus que l'astronomie exacte. l'éréthisme génésique d'art. l'Inconscient et le . l'art. mathématiciens. Selon Renan.MÉLANGES POSTHUMES l'amour. Dans l'art il y aura toujours. Dans la science comme dans toutes les voies humaines vers l'Idéal. l'amour de la patrie la loi l'amour de la concurrence vitale. Et ces deux catégories ne sont pas plus successives que celles des états successifs de l'humanité selon Auguste Comte pas plus que la médecine ne tuera la sociologie. l'infini et la géologie. mental ou de l'œil. Non seulement l'art n'est pas en voie de tomber dans la stérile et froide catégorie de la réflexion. instinct etréflexion.

Et celui-là c'est aussi bien aujourd'hui chercheurs de tons rares. le mystique. l'Inconsexemple n'a eu rien cient Cette confusion de M. homme de la Renaissance Léonard de Vinci. thèse. Il y a l'être qui sait. chez le savant l'hypoilluminé. mère féconde de tout déterminisme. l'inspiration chez le poète. Lucrèce? de l'Inconscient. Le premier MM. Le génie aussi réflexe chez l'artiste de sentiment que chez le bon vieux mot. Tourgueneff).CRITIQUE D'ART savoir. Renan voit autour de lui la mort de la poésie et de l'art. parce que nul artiste ou poète contemla marque du génie. et glacer les velléités pour l'avenir. M. porain ne lui semble porter ou que du moins. Berthelot. L'hypothèse sacrée. chez l'artiste. Si vous croyez que Claude Bernard par à voir avec l'instinct. Renan vient de sa marotte reste la Science. chez le mél'Immortel Inconscient le nihiliste russe (apôtre taphysicien. ne fut-il pas un artiste. que les impressionnistes Marcel Deprez. inspiral'homme de science c'est tion chez l'artiste comme chez le chimiste. etc. songeant à la foule des génies il voit la science submerger passés en ces genres. le musi- . le savant à part et au-dessus du des l'aristocrate n'est que son « terreau » qui comme si ces distinctions répontemps futurs est daient à rien de divin. qui en avant. comme autrefois ces fils sacrés Héraclite.

mène l'univers. la coupe de la barbe. toujours l'éclair. c'est la physionomie. peintre. aspirant par nos milliers de coeurs aspirants. on peut l'ôter en un tour de main ». le geste.MÉLANGES POSTHUMES L'instinct est en cien. la pose. le caractère individuel. l'occupation. le beau. ce dehors m'importe à moi. Je ne vois que des gens habillés. la toilette du geste. l'allure sont une toilette aussi. autant que votre dedans. Puis. c'est lui qui. Il en est de même du vêtement pris en général. La toilette qu'on ôte en un tour de main est aussi précieuse que celle qu'on se greffe. ce dehors. Taine Esthétique clair que l'habit à la mode est un caractère fort seil change tous les deux ans ou tout au condaire moins tous les dix ans. des cheveux. les manières. Il y a des façons de porter ce costume quel qu'il soit. l'intéressant de mes personnages (V. paralysé par la confection. c'est un dehors et un décor. Italie. le soin des ongles et des pieds. toutes les modes se valant. l'éclair tout et partout. ce décor (même en notre temps submergé. la toilette de la peau. « Il est LE vêtement. Et après ? c'est un dehors. On peut l'ôter en un tour de main ? Où prenez-vous le tour de main ? Je vois des gens habillés avec d'infinies nuances selon le rang. l'heure. . psychologue. Taine. sur le pantalon et le corset).

tous les Hollandais. le soleil est-il pour moi. à Pindare ?).CRITIQUE D'ABT Une bonne aquarelle d'Eugène Lami. Se hausser jusqu'au génie fatal ou être intéressant comme la et imperturbable mode. c'est-à-dire chercheur pour l'évolution. cœur humain à œil d'arou toute tiste. être éphémère. Eh bien non que devient votre idéal devant les merveilles des arts chinois et japonais ? devant des tapis persans ? Répond-il à queldevant le Parthénon. une rêverie de Shelley. m'intéressent autant. plus beau ciel sera le plus stable. moi. 9* . un bar de Manet. les Halles centrales? Les puissances de souveraines de la nature nous ordonnent-elles préférer un paysage stable du Poussin ou d'Aligny ou de Troyon à une impression qui a duré dix minutes dans le temps éternel par Claude Monet ? Le c'est-à-dire??. » main dans ses « caractères « Les puissances souveVariété DE L'IDÉAL. que chose en architecture Notre-Dame. un salon de Nittis. plus intéressant que le regard femme aimée ? (Et appliquée à la de l'éternelle poésie. un sonnet de Baudelaire sont inférieurs à Virgile. Pas de milieu. (Taine). Le premier objet de l'univers. autant qu'une fête de Véronèse autre œuvre où il y a plus souci du corps hustables. raines de la nature s'expriment par les chefs-d'œuvre de l'art ».

être anti-social. c'est égal. La morale n'a rien à voir avec l'art pur pas plus qu'avec l'amour pur. un éphémère m'intéresse jplus qu'un héros absolu. avait raison de dire qualis artifex En art il s'agit d'être intéressant. l'art japonais. pereo Les coulisses de l'Opéra sont plus artistes que tous les phalanstères rêvés par Fourier. même la pièce de cent florins de Rembrandt? « L'œuvre qui exprime un caractère bienfaisant est supérieure à l'œuvre qui exprime un caractère malfaisant. Pour moi. est-elle au plus bas degré d'art? Et Néron. Je prends même l'antipode de votre caractère bienfaisant la mort en elle-même. les gladiateurs de Rome. sans espoir ni contrastes philosophiques. en art. l'humanité de Balzac. de même que moi. » Eh bien. est-ce moins intéressant en art qu'une civilisation équilibrée. l'amour de l'humanité » avec un riche tapis. créature incomplète et éphémère. vibrion. un impassible ravagé comme Leconte de Lisle.? Moi créature éphémère. la Léda du Corrège. le siècle de Périclès. Messaline. C'est tout un. humain. est Ensuite . microbe monstrueux. non.MÉLANGES POSTHUMES qu'a à voir <t le caractère bienfaisant par excellence. un corrompu nostalgique se débattant dans le fini. Une vieille civilisation décadente. une créature en toilette éphémère m'intéresse plus qu'un modèle nu sculptural. un vitrail. homme habillé.

ni Marc-Aurèle. et que cela s'accommode parfaitement avec la concurrence vitale et la sélection naturelle.\j phiés. et que tous ceux qu'on nous cite dans l'antiquité sont des créatures comme nous. parce que jamais. Les êtres comme les civilisations hypertrophiés sont plus intéressants que les êtres. « Le corps florissant. Il s'agit de n'être pas médiocre. ou la Bethsabé de Rembrandt. cristallisées en légendes. équilibré.CRITIQUE D'ART est plus mon frère plus intéressant que Tiberge et tous les Desgenais. ni Socrate. un hypertrophié. . Il faut être un nouveau. la pauvre humanité n'a produit un héros pur. ou une danseuse déjetée par les jetés de Degas ? « Le type naturel ». ou telle monstrueusement hypertrophiée mosaïque byzantine de Saint-Marc. Les uns sont des hypertro. -ni Bouddha. de Pourquoi voulez-vous que le jeune iwpiSoryoç Praxitèle m'intéresse plus que le moine en bois d'Alonzo Cano ou telle statue douloureuse du xi" siècle. où le prenez-vous ? Vous êtes en train de voir que la créature va hardiment à être purement cérébrale. Oui. les autres des châtrés. non en art. l'artiste étant un solitaire. les civilisations équilibrés. anti-naturelle. de Shakespeare à Michel-Ange. Dieu en est témoin. la santé intacte ». je 'oudrais bien connaître leur vie quotidienne. le degré de bienfaisance est un critérium en morale.

de la modestie et de l'éloquence simple et systématique et désintéressée. Taine «En résumé. soit. L'Inconscient souffle où il veut et comme il veut. d'harmonie quoique par des chemins plus vivants et plus modernes. et le détraquement corps et âme d'aujourd'hui.MÉLANGES POSTHUMES La civilisation nous détraque. c'est littéraire plutôt que plastique. avec tout le luxe des ressources d'érudition vivante et d'histoire naturelle. le beau c'est la santé». Le tort de Taine est de dire qu'en dehors du nu équilibré. N prenez-vous la santé ? Apprenez que l'Inconscient ne connaît pas la maladie. plus d'équilibre. le tout coloré d'admiration pour « l'animal humain ». Votre tort est de chercher par des voies morales. Après tous ces vivants tableaux d'époque et ces milieux et son esthétique historique. Taine en revient au despotique idéal des spiritualistes. Où t r. il y infériorité. ou. laissez le faire et brodons nos arts sur ses étapes. quand le laid va jusqu'au génie. Et abou- . l'âme sans corps du moyen âge. contre nature. Mais cela ne nous regarde pas. M. dictatoriale. le corps sans âme païen. « corps parfait et âme parfaite ». Tout m'intéresse. l'idéal plastique. et les pantins japonais ni corps ni âme. littéraires. l'autorité de la lucidité. et son dilettantisme. Pas du tout. car je m'incline pieusement devant l'Inconscient. spiritualistes.

un nocturne de Whistler donnent un plaisir artistique à mon œil. Delacroix. Les médiocres ont par tissant . En outre. de l'origine desquels il n'y a pas à douter. M. Eh bien. Dante. ? philosophie (systèmes). Le Beau idéal et les œuvres belles en littérature. tout cela sculpture et la hiérarchie des genres est une légende d'esprits médiocres et perpétués l'autorité des médiocres. morale. la Bethsabé de Rembrandt.CRITIQUE D'ART au même résultat que Winkelmann l'anvous trouvez que c'est l'athlète de la vie tique grecque. peinture. élu de l'Inconscient). sans génie (génie. un pied-bot de Velasquez. ces petits Hollandais ont fait de la peinture littéraire de bourgeois médiocres. Un ivoire japonais. Cherchez-le au contraire par les voies du plaisir de l'œil et on arrive à voir qu'il n'est pas d'idéal absolu mais relatif. dans vos appréciations des éléments littéraires. point excentriques. C'est vous qui faites entrer littéraire. Les Ombriens manifestent aussi le caractère d'une race. comme Shakespeare. point hypertrophiés. en admirant les petits Flamands « pour leur art de i manifester l'essentiel d'une race et d'un siècle ». Taine admire les petits Hollandais parce que ce sont des bourgeois contents de vivre. un tapis persan. d'une époque. une orfèvrerie de Cellini. Prudhon. poésie. Balzac. en dehors de tout attrait archéologique. ou de rareté. mais avec un génie douloureux comme Rembrandt.

tout est là.MÉLANGES POSTHUMES toujours fait autorité car tout État. essence. étant par intérêt conservateur. • SPASME l'œil. DE de l'œil. optimisme ou pessimisme. chaque sensibilité extraordinaire a son mirage personnel de l'univers. etc. solution des choses). à l'artiste optique (un certain sentiment et une certaine excitabilité devant la couleur et les formes des choses et des êtres). tout vient de là. de l'âme classique. s'est passée notre puberté (corps et imagination). • Mirage PERSONNEL l'univers. aux conservateurs. DE Selon la formule de Bourget. Et d'abord et pour tous. a toujours donné l'autorité aux médiocres. c'est pour céladonique. Il y a une heure de nos quinze ans d'où dépenComment . Cela s'applique au philosophe (principe. au musicien (symphoniste ou mélodiste.). châtré De la peinture sans spasme moi de l'amour platonique. Cette esthétique ne sort pas du monde classique. au poète (telle ou telle habitude de rêves). un amour non localisé. Par là devra être expliqué le sortilège de toute la variété des oeuvres d'art.

Taine Tout cela est dans un monde trop étroit. comme Kant a rebâti sur sa table rase avec cette dernière lueur consolante l'impératif catégorique. il est vrai. de ce que je trouve des consolations infinies dans V Imitation. c'est comme consolation au pessimisme de cette philosophie ne voyant que la nécessité. Comme le fait remarquer finement Bourget. Soit. aussi commode que le monde classique). que M. EXCLUSIVISME. Taine et tous nos savants et honorés et honorables professeurs d'une honnête sensibilité. La rêverie artiste de ces quelques poètes trop chats.V Y derne. élixir dernier de ce siècle épique et qu'ignorent M. avec un Dieu personnel. Nul compte non plus des prodigieuses débauches de la rêverie mo. Mais ici la chose a les allures les plus dogmatiques.CRITIQUE D'ART dra notre caractère. émancipé des religions. notre mirage personnel de l'univers. qui ne sont . et dans la monstruosité de notre décadence. je me reconstruisais avec cela toute une foi chrétienne. trop débiles pour être criminels. pas aussi connu.C'est comme si moi. Tout l'Orient est laissé de côté (il n'est. c'est l'antiquité classique et l'Europe classique. Taine s'accroche à l'équilibre et à la parfaite santé hellénique.

que. Bienfaisance de caracLA tère La bienfaisance a-t-elle à voir avec l'art ? N'est-il pas singulier de rappeler à M. ni sculpteurs. le doigt. l'oreille les plus raffinés. mais dont le cerveau. Taine trouve plus instructif qu'un volume métaphysique sur la substance du moi).MÉLANGES POSTHUMES ni peintres. Taine que tout était nécessaire ? Peut-être a-t-il conçu cet idéal de santé à l'époque où il annotait pour son livre l'Intelligence ces prodigieuses et sinistres confessions d'un névropathe sur cérébro-cardiaque la formation de l'idée du moi (ce petit récit que M. Anarnourris dans l'école critique chistes. le palais. sens central. Ce principe de santé. ni musiciens. • L'ARTEST TOUTE vie. Pas plus que le principe bienfaisant de cette dernière peut-être la loi physiologique qui fait que le soleil est la nuit et la nuit 'a mort. le Philosophe de Rembrandt. ni de société. bon en sculpture. de bienfaisance. au Louvre. par conséquent. sorte d'agglomération des cinq sens. jouit comme l'œil. nous attriste par la même . ne répond à rien quand il s'agit d'œuvres colorées. nihilistes mais qui en sont sortis et se sont rejetés dans la vie les seuls êtres qui ne reconnaissent plus aucune discipline ni de conscience ni de santé. le nerf olfactif.

ne se meut que dans le monde classique. L'Antinoüs n'est pas plus beau que le duc de Morny. Byron ou Lamartine. le moment le plus pur de la floraison hellénique. au-dessus. Michel-Ange. n'est-il pas aussi aussi solide. et. aussi intéressant. la Junon de la villa Ludovici. Taine le dit lui-même. Et bien non. M. mais il a changé de principe et de monde du jour où Antonello de Messine. aussi naturel que le nu grec? Je dirai donc que notre esthétique est étroite. qu'une parisienne d'un pastel de Nittis. ce qui n'est pas toute l'humanité (il n'y a pas de type. l'art de la femme. les véritables sont Vinci. L'art a pu être parfait à l'époque hellénique.CRITIQUE D'ART loi que le crépuscule attriste les troupeaux qui rentrent ne répondrait à rien en statuaire ni en musique. avec ce principe. cette beauté de l'être en toilette. en art. le chef-d'œuvre de la floraison hellénique n'est ni plus ni moins éphémère devant la vie et l'Inconscient que le héros de noblesse morale et de perfection physique d'une estampe de Deveria. la correction de l'homme. a apporté le procédé de l'huile en Italie comme il a changé du jour où Manet a été accouché par les albums japonais comme il changera du jour où une association de chimistes artistes refera notre palette. Raphaël. cela avec nos visages si expressifs. il y a la . Le dandysme. humain.

le paysage. la peinture. comme . arbitraire. la céramique.MÉLANGES POSTHUMES vie). éphémère. abstraites des voies plus littéraires qu'optiques. la la nature morte. classique. L'art n'est point un devoir j de rhétorique d'écolier. la beauté des organisations morales. la statuaire colorée ou non. Ce principe de qui devront relever la poésie humaine depuis les temps les plus reculés jusqu'à 1884. la beauté des corps. et d'après lequel on classe l'enfance avec ses insuffisances. le déclin avec ses exagérations .des écoles et des maîtres. la fantaisie. Tandis qu'il est si naturel /de dire: le monde des arts humains depuis les premiers jours jusqu'aux nôtres et aussi merveilleusement touffu et inextricable que la vie elle-même et votre idéal y est bien vite magnifiquement submergé. tous éléments purement arbihumain traires) à former un idéal d'équilibre qui ne tient pas debout. les tissus. l'âme parfaite d'Aristote et par sa convergence d'effets. import. la floraison avec son équilibre. l'architecture Taine a le tort de l'aller chercher par musique. colorée ou non. c'est toute la vie. élémentaire. oubliant son malgré leur couleur expérimentale réel œil d'artiste. momentané.ance et sa bienfaisance des caractères stables. Un peu plus de piété. « où la noblesse morale achève la perfection physique ». le nu grec. il redevient dans cette investigaet arrive (par son tion platonicien.

son regard moderne. ou Poppée. avec des goûts d'historien. nous remuera jusqu'au entrailles. femme de Néron. la Junon de la villa Ludovici ou Mademoiselle de Lespinasse. Diane chasseresse. où au lieu de chercher Esthétique classique . Marie la Sanguinaire. Taine pose « un principe qui assigne à chaque œuvre un rang dans l'échelle ». mais telle grisette de Paris. telle tête de Burne Jones. Encore une fois un tapis est une œuvre. la Muse de Cortone. de hasarder quelques vues d'ensemble. Et s'il nous est permis. Vous voyez qu'il n'y a plus qu'à tirer l'échelle. M. Littérairement. sa toilette. telle jeune fille de salon. de goûter les œuvres contemporaines et du passé que d'une façon infiniment éphémère. nous pouvons être amoureux sincèrement d'un type de femme du passé. et il faut s'en remettre à l'Inconscient dont l'évolution va et se fiche des digues de nos classifications. il ne faut pas espérer de juger.. la jeune fille d'Ornous fera seule sanphée de Gustave Moreau.l'amour est tous les amours. tréfond de nos gloter. et cela avec son allure d'aujourd'hui. à sa lumière. une partie de notes est une œuvre. l'Antiope. d'antiquaire. parce qu'elles sont les sœurs immédiates de notre éphémère. en créatures. etc. Mademoiselle Aïssé. un de Rembrandt ou de griffonnage Degas sont des œuvres. la Joconde. telle parisienne de Nittis. sa coiffure.

et les milliers d'accidents combinés de la direction de la lumière. les richesses infinies de la perspective atmosphérique. un critérium fort arbitraire.dernière Bas. sympathiques thiques. la physiologie des masses transparentes.MÉLANGES POSTHUMES son idéal par les voies de l'a posteriori. l'air. le nu. parce que Mais la peinture ? Qu'en fait-il ? N'a-t-elle pas voix au chapitre ? Et avec elle ce qu'ignore la statuaire et qui est cependant toute l'optique. Taine conclut: « . Taine l'a cherché imbu de l'idéal grec a priori. preuve de la dépendance qui attache l'originalité individuelle à la vie sociale et proportionne les facultés inventives de l'artiste aux énergies actives de la nation ». du levant au couchant d'une journée. et auquel on peut aisément trouver des démentis. à son insu. toute la peinture d'aujourd'hui et de l'avenir outre la perspective linéaire et colorée. ondulaperpétuellement avec sa vie prodigieuse de toires. Comme l'a fait remarquer Paul Bourget dans sa théorie de la décadence. d'où à ne mettre la Renaissance au second rang que sa peinture est encore de la statuaire. de l'atmosphère ou antipacorpuscules disséminés. à propos de Baudelaire « Si les citoyens d'une décadence sont inférieurs comme . de l'expérience. A propos de la décadence de l'art dans les PaysM. Encore un idéal. M. De là il a été conduit à ne voir guère l'art que dans la statuaire. à réflexion ou réfraction.

mais dans un pays et des temps plus lents. de décadence. destinés à cacher les momies. cheveux dorés. ne sont-ils pas de très supérieurs comme artistes de l'intérieur l'âme ? S'ils sont malhabiles à l'action privée ou publique. la parure. le besoin fou de la conjurer embaumecette lutte sublime contre la mort ment. cauchemar comme celui du moyen âge. n'étaient pas à l'étroit . son cœur) adressons-nous au cœur égyptien. de même que Kant et Newton étaient impuissants. mais artistes Artistes fort curieux. Foi sublime. n'est-ce point qu'ils sont trop habiles à la pensée solitaire ? » Cela est certain. si triste et si touchant. répondra-t-on. le ciel bleu. de vue humain une étude sur l'àme de l'art égyptien dans toutes ses manifestations. A la lumière de ce qui est tout pour un peuple. de même que les femmes stériles sont les plus belles. Mais on sait que cela ne répond à rien au point de vue d'une échelle de beauté. hypogées et labyrinthes. sa foi (c'est-à-dire. musées. Le principe était le cauchemar unique de la mort alors dans cette vie. Faire au point Réflexions SUR L'ARTÉgyptien.CRITIQUE D'ART ouvriers de la grandeur d'un pays. sa religion. qui ne connaissaient les pas le Christ. aimaient la beauté. pyramides.

le plus trompc-l'œil (polyde là la chromie. mes cheveux. lui donner le change. Le fellah. ma voix. lui. non selon l'image dilettante de M. Ah ceux qui ont eu le cauchemar de la mort le pauvre fellah. mes mains. mais plus énervé. palpable. plus ii y a de chances folie des rois. et pour toujours alors. Plus il y a d'exemplaires. bijoux). Et bien l'art n'eut qu'un but tirer des exemplaires du défunt aussi vivant que possible pour décupler les preuves qu'il exista et qu'il est par sauvé. qui traîne des pierres dans cette vie éphémère pour gagner l'éternité. qui sait ? pour détourner conséquent peut-être sur ces mannequins les coups jaloux du génie de la pourriture. et. travaille dans cette vie et se reposera dans l'autre. C'est le même filon oriental. plus habitué par des générations de sous le mancenillier farniente polyforme (voir Flaubert Saint-Antoine). . ma chair. lutte en sens contraire. Bouddha croit aussi aux résurrections mais les redoute et y coupe court par le nirvânah.MBLANGES POSTHUMES comme l'Europe et se mouvaient par périodes lentes et par dynasties vastes comme le désert. Renan (la pierre de la pyramide consciente dans les Dialogues philosophiques). criant. qui chante trois comprendront notes. payé comptant en bonne espèce humaine pour se réveiller dans mille ans avec ma belle figure. mais au sens réel.

Ils avaient de bien autres sées préoccupations que de faire du réalisme et de l'art toute leur vie. défendre ces œuvres du reproche d'hiératisme. Ils avaient vu la mort pour l'art leur royauté. poses simples ou stéréotypées) tout cela confirme cette idée des exemplaires à tirer du défunt pour dépister la Destruction de nos touchantes personnalités. les animaux). sommaires et vivantes. Oui le trompe-l'œil de l'être qui fut organisé et la rigidité de la mort (jambes ou bras collés. 0 Les admirateurs pions dilettantes qui ne travaillez. Voyez comme ils sont réalistes. pauvres pédants du xixe siècle. hiératiques et réalistes. leur naissance. Voilà dans quelle foi il faut chercher la source de ce hiératisme qui n'est pas inhabileté technique en contradiction avec le vivant. . leur enfance. comme c'est modelé voyez ces études de genoux dans la Ve dynastie. Quelle vie Ces artistes sont aussi forts que vous mais ils y mettaient du style et ces œuvres n'ont pas été dépasLaissez donc. vous. (d'autres parties voulues vivantes.CRITIQUE D'ART de l'art égyptien n'ont qu'une idée. leur civilisation tourne autour de ce puits effarant. avec les siècles de latitude que cet art eut pour se perfectionner. que pour l'immortalité d'un fauteuil à l'Institut et non pour la résurrection personnelle de la créature ou même celle de l'art égyptien Oui. avec le reste de sa civilisation.

Oui. la phrase de Platon n'est pas en l'air et vient de bonne source.MÉLANGES POSTHUMES C'est dans ce voulu de cadavre et non dans l'inhabileté commune à tous les primitifs. qui est familiale. a cet air en enfance. a des arts. malgré les excuses de ce badaud d'Hérodote. » Il est une race qui. Mais elle a autrement vu la mort. comme cela se fait instinctivement ailleurs. six mille ans de civilisation à son apogée. par périodes monotones et vastes. inhabileté qui chez ceux-ci (flamands. comme celle-ci est enfermée chez elle dès la plus lointaine antiquité.ivre et non pour préparer sa tombe inviolable. a quelque chose à dire. et dès lors elle vit pour -. se distrait. . C'est la Chine. sage. fond du cœur du fellah et de la fellahine moderne. qui a une personnalité de facture ou d'imagination. qui crée. Le caractère intime et quotidien. La mort a tout glacé.) ne dure jamais plus de trois siècles. etc. qui rêve. de génie ou non. « La vie est une préparation à la mort. qui ferait mieux que le voisin. évolue ainsi dans le calme de ses dynasties en famille. patriarcale. ombriens. tandis qu'ici nous avons à faire à des cinq. Le sculpteur (en même temps scribe et décorateur) est un fonctionnaire sacerdotal et non un artiste. qui qui signerait. souriante.

antichambre. Les dynasties coulent le même moule de temps. -Le modèle italien tout dans le sens du nu pas une nuance d'intention Un saint Jean de Leroux.. Camon. mangeur de sauterelles. un nu quelconque. et la puissance d'attache des sans fini harmonieux son goncuisses. et calé à terre avec ses pieds et non soulevé avec des ailes de marbre.D'ART CRITIQUE L'art égyptien est de l'art chinois. anémiques. avec flement énorme. le premier venu. décents. etc. les temps aussi. muscle à muscle. et la cuisse droite tendue. pour lui uniquement le travail de l'attache de l'épaule gauche et de son coude et du dos tel quel. grasillant ses mélopées LE saixt JEANDE Robin. ombrages pendule distinguée. du tout pavé comme les marbres d'autour: Mercié. virgiliens de Bréda. Mais le Chinois est gai comme des oiseaux dans des volières de bambou. travaillé. discrète en reflets. perruqués. sale. bâti. satinés. sans bavure. éphèbes prostitués ÎO . en Et l'Egyptien s'attelle aux blocs des cataractes sur trois notes. alcôve de ramollis. aux chics. sans recette. le milieu dans reste du monde aussi. Les deux et le sont les mêmes. mais arrêté cœurs dès l'enfance et glacé par la mort. des rides aux orteils. et la poitrine de fonderie. coiffés. console honnête. bougie.

n'ayant jamais poussé. surhumains. Qu'on sente qu'il faisait trois repas par jour. hein ? » Sculptube POSITIVISTE. peaux sans sueur. prêts à s'envoler comme autant de Ganymèdes anémiés. Donner son âme suffit et est tout. là. C'estunemauvaise habitude pour les statues des héros de Panthéon de les idéaliser comme tête. obstacles humains au génie. bouches sans salive. s'achetait des habits. avec sa physionomie de tous les jours. épaules sans existence. pieds d'anges. cous sans déglutition. passés au papier-verre. ses habits de tous les jours et polychrome. pas plus grand que nature qu'on oublie son piédestal. qu'on sente le décor quotidien et les petits et les petits ennuis. drapé. Ils sont froids. ivoirés par la crème d'amande et la prostitution dans des boudoirs étouffants. ncz inmouchables. de bon goût. cheveux sans sève. Il. exact. n'ayant jamais eu d'égratignures. sans même le poids de l'air. . fesses sans sphincters. gestes. faut le faire ce héros. ALTnuiSTE. Ventres sans tripes. et les petites tribulations. fronts « Est-ce assez uniquement occupés de cette idée ça. point frères la foule les sent vaguement faux et n'est point saisie par leur exemple vers les régions héroïques. nés à cet âgeni nés ni poussés.MELANGES POSTHUMES effets de torse.

Par cette sympathie de la créature humaine dans la concurrence vitale. l'âme d'un tronc d'arbre ou d'un terrain d'hiver. on arrivera à renouveler humainement toutes les statues allégoriques. faire chrétien. Et ce sera alors l'Exemple humain. l'âme d'une nature morte d'huîtres. faire caractérisé. plus elle dispose d'un métier adéquat à sa particularité. ou de rue ou de salon. faire idéal. cellule immortelle et parfum. Et plus Fâme-sujet est particulière. Donner l'âme des êtres et des choses telle qu'elle va à votre Ame particulière et éphémère d'artiste l'âme d'une scène historique. Faire bien. l'âme des minutes. tout cela se résume à: donner l'âme selon son âme. Si insullisante et drapée de banalité que soit la formule. l'âme d'un jardin de banlieue ou d'une cheminée d'usine. plus il y a du génie. et à la portée de la foule qu'il encouragera. faire païen.CRITIQUE D'ART dormait. Pour toute idéalisation. • . sans la fausser ou la tendre. faire réel. faire vivant. etc. l'âme d'un portrait. créature. mettre dans sa physionomie. avait des intérêts en jeu. l'âme d'un torse musclé. il n'y en a pas de plus infaillible. saisir l'inconscience des êtres et des choses. faire moral. faire suggestif. l'âme de son œuvre de héros humain. misérable et grand. se chauffait.

L'esthétique doit être chose absolument désintéressée et discrète. nyctalope. 1 LA toilette. le plus d'avenir inépuisable. celui qui a le plus d'écoles. elle se suffit. Type DE Rembrandt. artiste sinon géniale. d'un riche inquiétant avec cette lèpre de la peau. Du moment qu'une organisation est née. Faire partir l'esthétique Aussi le premier des arts sera le plus immédiat à son principe et à son but l'art de la toilette de la femme. Nous voyons en effet aussi que c'est le plus riche. Tous les types de Rembrandt ont un air ambigu. Qr'elle soit entachée d'un soupçon de conseil aux artistes et elle est stupide. DES ARTS.MÉLANGES POSTHUMES D L'ESTHÉTIQUE ÉSINTÉRESSÉE. Ce qui dégoûte de philosopher sur l'art jouissance unique pour ellemême c'est de penser qu'un artiste peut lire ces spéculations et en être influé si peu que ce soit. . la sculpture aussi). et le moins lent (l'architecture est lente. de premier l'amour.

du blanc albumine 10* . Velasquez) c'est sans armature de verve. aisé. Ici (Titien. Il n'a des gorges. tique Van Dick fond arbres.CRITIQUE D'ART RUBENSN'EST PAS RÉALISTE. de couleur. Le verCELLESDU Titien. On accumule. des hanches. jamais étudié des rideaux. réellement assis. L'enfant. charpente avec ses touches en même temps qu'il nourrit sur place. du goudron. ni la réalité des attitudes. ça lui suffit. habits les mains. le bras les noirs des les mains. gaze brune à boutons et fleurs. tapisseries le travail des collerettes. toutefois. de culotter une toile avec des noirs. remplissant du bonheur de cuire. Il s'est soulagé. Ses gens ne sont jamais réellement c'est fête campés. des cuisses. Le devant de corsage. • LES LINGESDE VAN Dick. BATISSEDE Hals. C'est décoratif. mais une de vague indication d'abord et là-dessus une pose mais sans pâte menues coulées. etc. Rubens ne voit pas la réalité ni les accents des lignes. veux à la Hals bâtit. l'ensemble profond. Il n'y a pas eu d'esquisse classique comme un Rubens. Voyez le plus artischaudes. ni d'esquisse sur le fait comme dans Hals. dans son manteau vert. chaud.

devant cette atmosphère glacée. Pas du blanc d'argent ces gens-là. et encore). point neufs et froids. et d'abord dans l'idéalisation du confortable. des linges de famille. têtes de bourgeois libres. Pas de tapis. et de Corinthe. solides. un épatement des masses. voilà ce que le roi Louis mit retour d'Athènes sur la carte blanche de M. devant ces murs froids qu'ils étaient chargés par le roi Louis de réchauffer. J. Ces bonnes au chlore. des statues. C'était de l'emballement Que pouvaient peindre ou plutôt concevoir. gras.MÉLANGES POSTHUMES frite. Ces collerettes. de jouissance personnelle de la vie dans ses moindres choses. Schnorr avec son cycle de Charlemagne et I . sans boiseries (sauf pour les parquets. non un besoin d'instinct. naturels. pas de tapisseries. le stuc. de l'albumine recuite. fleurit sous le roi Louis. Le marbre. des coups de fouet soufflés à un fond vert « I I I I I I I I I L'art qui L'ART A MUNICHSOUSLE ROI Louis. des fresques. ayant gardé de la grandesse espagnole qui les a tant outragés. et rien que le strict des meubles. à froid. précieux et souples. apparaît une aberration froide et somptueuse du goût national. à Munich. de. pas blanchis lessives hollandaises.

aux synthèses de Frédéric Schlégel. • Charles Négliger les chefs-d'œuvre finis et analyser intimement les pochades. sophiques et théologiques de Schwanthaler. paru depuis inspirées du Prométhée la terre. aux cours de accouchées aux études de Kreutzer. à être mis sous nos pieds. ornements! Imiter. oblique d'un ruisseau et. Quels suplancher. UN CARNET DE NOTES Keene.. avec sillon. l'Université de Munich. à Shelling. sans là. etc). çà et foulés. par exemple. touffes d'herbages reliefs. les deux ans (les symboles d'Hésiode éléments.CRITIQUE d'art les peintures philoSchwanthaler avec son Iliade etc. Et encore. et peut-être aussi un peu de Quinet. imiter naïvement et sans point de repère ni bordure une tranche de cour de cloître avec ses pavés carrés et ses interstices de gazon très pauvre. oves. de la verdure. • Les tapis destinés à couvrir un LES TAPIS. Très simples. . jets ? Toujours motifs de rosaces. au lieu de ces éterprétentieux nels et froids carrelages géométriques. sillon transversal.

point élégante et envolée. de feuillage. serré.MÉLANGES POSTHUMES La confection. Le seul qui dans ses sortes de croquis de mœurs volants ait fait profond. elle est inexperte aux jolies hachures calliaux profils enlevés d'un graphiques. La plume est grosse.. et avec un rien qui paraît sale et attrapé de hasard établit des physionomies d'une variété d'expressions étonnante. et le décor de plage. mère du dessin impersonnel des silhouettes costumées de Grévin. etc. les coiffures. elle crache. C'est du dessin en sabots. des dessins de main d'une anatomie à la Daumier. les pantalons. on dirait que c'est timide et tâtonnant regardez comme c'est souple et savant. oui elle est grosse et crache. de rue. Ce qui fait le des vrais artistes. Gavarni également. les habits. . Les pieds. est l'Anglais Charles Keene (Pictures o f Master Punch). des visages travaillés et spéciaux. trait. âpre. du dessin de percheron la plume est grosse. désespoir c'est ces génies à la plume inélégante et subtile sans le paraître. mais comme elle s'écrase bien à l'endroit juste juste. au dessin d'une main élégante dessinée au moule dans la même coulée de trait. quoique moins. parfois établies à la japonaise.-U tu oll-I^cU^ Et l'originalité de ces petites compositions. ne fut qu'un moule à mode.

la Seine à Auteuil).CRITIQUE D'ART enlevés en les comparses qui paraissent passant d'une plume automatique qui paraphe un dessin achevé. on dirait que les moindres ont été posés. d « La vie du corps et la . L'ÉTERNELualisme. dès lors il a appris à dessiner d'après nature et non par goût inné de hachures Défiez-vous des dessinateurs. C'est la même bonhomie. de mains. Et SA PEINTUIIE. et vous n'a pas cette origine bête à sa vocation pouvez vous confier. du Wagner) à travers/! un fleuve assez plein (le Rhin à Coblentz. peintres qui ont une jolie signature. les petits traits pluvieux pdilus pour certaines lèvres sans moustaches. Voyez la signature de rustre de Il n'est pas calligraphe. pour les orbites. la même lourvoire le deur de pieds. qu'a un orchestre |/ vous arrivant (jouant par ex. graveurs. etc. jolies et d'effets. Lui donner ce clarifié Clarifier limpide et vibrant en plein air. Regardez ces comparses l'un après l'autre. ou s'aiguise en préludant par des arpèges avant de commencer le groupe a la légende. de plume même travail de plume. il Charles Keene. Assurément Raffaelli s'est nourri de Charles Keene.

) On en peut dire de même du dessin et de la couleur. ennuyeuse sans la sérénité de la ligne droite. mille lignes brisées se colorant par leurs brisures vibrantes dans les masses ondulatoires de l'atmosphère. • Ils disent le prinLe T>RiNCTPfi stbbtique. et répugne à l'effort. écœurante. Vous dites la ligne mollement infléchie est agréable à voir. Le principe est réductible uniquement au besoin d'échapper à V Ennui. Le délassement sans effort n'en est qu'une des facultés (instruments). b est réduccipe esthétique l'agréable à voir tible au besoin de délassement. la série des minupar la distraction. le tenant en haleine par des lignes. Il y a ici à distinguer. l'irritant. décevant l'œil. le fouettant. pétillante d'écarts imprévus. tieux et subtils coups de fouet. le mouvement.MÉLANGES POSTHUMES vie mentale sont des espèces dont la vie proprement dite est le genre. de laisser-aller. L'idéal est la ligne mille fois brisée. » (Herberpïpencer. parce que l'œil suit une trajectoire qui change mais insensiblement sans exiger d'effort. Dans l'émotion artistique il ne faut jamais s'en . le nouveau. Pardon la ligne droite est ennuyeuse la ligne infléchie mollement est fade. de naturel.

un papyros de menues sonates du temps passé de Mozart clavecin et violon. etc. la déception. référer à l'agréable. et laissez le reste. un ment optique (un petit Théodore à tous petit Degas. la poésie. etc.CRITIQUE D'ART La lu+ie. au pénible. dans l'architecture soi-disant assise et ordonnée. tout ce qui constitue la vie doit constituer la vibrade même que dans l'amour qu'on tion esthétique a pour une femmej Cela a été fait d'instinct dans Cela reste à les tableaux. J– C'est à remiser avec les anciens de d'idée-mère. les conflits. Songer que la foule reste à la porte de cet Eden c'est comme la volupté de l'aprèsmidi de dimanche d'hiver à écouter vautré en un au bec. la musique. dans la décoration par lignes Le principe anarchique. c'est à dire le nouveau. de lignes. la vie et balancement encore rien que la vie. Dans la jouissance d'une toile très particulièreRousseau. la soif. préjugés à'unitîè d'impression. les éléments de la jouissance s'ajoute une pointe de volupté égoïste. concurrence vitale et sélection naturelle. etc. canapé intelligent et féminin. principe de la Vie-même. La Vie. une eau-forte de Rembrandt). l'hésitation. la foule se promenant et que le Mozart sonne dans la soli- . dans l'art soi-disant faire et quelle source noble de la sculpture. vous êtes sûr de ne pas vous tromper. Faites de la vie vivant telle quelle. quand au dehors il neige.. et figures ornementales.

etc. LE GÉNIE. suave stupiditis mari magno). Lui réserVër exclusiment le marbre. à essayer de faire comme la Vie. les êtres sont des miniatures différentes de degrés mais non d'essence et de Loi. soit dans les formes. en terre en plastique cuite. les couleurs. du moins des variations personnelles sur ce thème du mécanisme . personnelle (les clowns). Les virtuoses en musique. Ce sont des mots spiritualistes.MELANGES POSTHUMES tude de la maison désertée par les endimanchés qui ont trimé toute la semaine (vous 'n'êtes pas sorti parce que vous avez joui toute la semaine.v activité nerveuse se dépense à faire. en peinture. Elle doit nous apparaître toujours belle. de plus en plus. une importance de chef dans notre société. etc. de là. à jouer comme elle. en langues. Quittez ces idées bases de l'harmonie humaine s'ingérant dans le décor de la nature. La femme prendra. les sons. peu importe le mot). Il faut qu'elle reste pure et sur un isoloir. c'est la condition du progrès humain. sinon la création. Son . et. de l'organisme unique en évolution vers l'infini. devant l'intéressant des formes et des mouvements des mécanismes de la Vie. C'est chez les uns et les autres l'émotion (sensuelle ou spirituelle.

cela à l'aide de claviers plus ou moins perfectionnés suivant l'épola race. l'individu. des lignes cassées. il est prêtre immédiat de l'Inconscient il travaille avant tout. etc). Dans le jugement esthétique technique (arts optiques). l'école dupoint Monet. lui. il est maître. • LES TROIS ÉCOLES. de la Vie. avec plus ou moins de poncif (Raphaël. l'œil nu ordinaire (Rembrandt. 11 . etc..CRITIQUE D'ART cher à nos sens. il variationne sur la création en avant vers la conscience. Il y a une école entre ces deux. et quand il est maître virtuose dans le sens que son génie exploite. Tiepolo etc). Largillière.). Raffaëlli. • SCIENCESNOUVELLES. Degas. A succédé l'école du brisé. Delaroche. Deaux. Avant il y a eu l'Ecole des nobles lignes courbes apprises par routine. Le génie. celle des courbes minutieuses. les Italiens. Voilà les simples virque. tuoses exploitant simplement chaque paradis des sens. on bâtit un personnage ou un objet en le dégrossissant peu à peu par cassures (Toudouze. n'a pas de sens.

du palais. du nerf olfactif. et à un point de vue artisde l'aliénation artistique.MÉLANGES POSTHUMES n'a pas plus d'autorité que n'en avait dans l'ancienne psychologie la conscience ordinaire (le sens intime). Comme cela se fait aujourd'hui pour le centre cérébral (Maudsley. etc). il y a une série de sciences spéciales à organiser psychologie de l'œil. Maury. Taine. psychologie de l'oreille. Bain. tistique .

M. Regnault. Je note dans toute sa jeune ceuvre cette amusante impassibilité très poussée. etc. et l'ange diaphane renouvelé de Gustave Moreau. Rochegrosse est avant tout très intelligent. Mais de l'ordonnance. Benjamin Constant. Le reste. très fort et très calme. et le capricant Japon. ce qui est une erreur tout de suite fatalement poupée et mesquin. Ah l'influence du Louvre et du Bon Marché sur notre peinture et notre littérature Le Whistler de cette année (1884). Zakarian. Une petite pâte nouvelle. Il y a là un grain de Flaubert. mais toiles trop grandes. race de Chardin. quand . Clairin. Trois quarts de nature. on le connaît. J'adore çà de temps en temps.CRITIQUE D'ART SOUVENIRS D'UN SALON (1886) Je laisse de côté l'Orient de Rochegrosse. et la psychologie du mélodrame.

et voyez ces deux faces voilà de la peau tannée par l'air dur et chauffée du sang nourri de choses spéciales. Les tons et la touche sont aussi succulents que ceux du plus né des virtuoses. des yeux de la vie épique. aux sables gris. et immortellement précieux dans un petit coin de l'avenir. une bourgade fortifiée et des lumières. lunaire. mystérieux.MELANGES POSTHUMES la personne surtout est b Jle comme lady Campbell ou tragique comme Carlyle.. de la brique. Mais ici c'est maigre et coiffeur. irisé. Bonnat. Un paysage houleux. Oui c'est noir. de plus terre-àterre et de plus génial. Et la procession des filles de Jephté drapées de plusieurs bleus. Je m'incline. convaincu. non-fantaisie. Le bas de la petite robe dentelle sur fond de satin bleu. et on a demandé du temps et l'artiste l'y a mis. Raffaëlli. Une finesse de pastel. c'est photo. Et les cheveux rudement plantés. et le fichu de che- . du gris. sans cabotinage. salis par les pommades et les papillotes pauvres. des temps riches et esthétiques. Mais je dois déclarer que c'est facile à faire (grâce d'Américaine que Wagner régénérera). un ciel polaire à étoiles gelées. mais c'est sérieux. des attitudes fatales. Une merveille de peinture non-rêve. C'est immobile. C'est bâti avec du rose. de l'ombre verte. de la gomme gutte. une vision Ary Renan. est charmant et sérieux. Rien de plus digne. c'est lie de vin.

le triste temps de travail Ça me rappelle la Maheuse dans Germinal. sans préoccupations d'argent ni de polissonneries célibataires. C'est beau. hestétique de commis.CRITIQUE D'ART nille noire Quels tons fins Et ce merveilleux panier d'osier noir qui ferait à lui seul la fortune d'une nature morte et le triste temps qu'il fait. Puvis. et cependant des langueurs de chair et des yeux chauds. . des yeux de jeunes Eves. et toujours chez le peintre l'éternel appel du grand rêve Impression générale du Salon usine crapuleuse. d'Eden-théâtre. psychologie de mélodrame. sage et pratique. perdues l'homme. jette ses filets pour les nourrir le soir. Ciels sans conscience. Chefs-d'œuvre de l'âme humaine de tous les temps. Quelle dignité Visions de l'âge d'or.

mais comme mérite c'est très sous-bénéfice-d'inventaire. etc. bleu du fond commence à se patiner bleu porcelaine. Ce qui le sauve. les doigts contournés patiemment comme un dessin à la mine de plomb ombré (ça vient de l'Ecole). car plus intuitifs. Combien plus artistes.MÉLANGES POSTHUMES NOTES SUR LE MUSÉE DU LUXEMBOURG (1886) L'union fait la force ces tas de peintres nous plongent dès l'entrée dans un état désagrégé. Les personnages sont glacés au blaireau ou au couteau. les Rubens. . Le sol des Foins est aigre. bleu des ciels bleus de Corot culottés. Les Foins. La bande de ciel Bastien-Lepage. où quelques traînées de vert ou de gomme-gutte suffisent pour qu'à distance les souvenirs de la campagne opèrent.. étaient les Hals. ces légers fonds à menus arbres comme ceux de la Joconde ou de Raphaël. trop dessiné et pas assez étoffé. les Ribera. etc. c'est que ça paraît sale à distance. Ce fut une révélation de charme.

ou du plein air purulent comme Pissarro. au petit blaireau. ou des notations comme Monet ou du Puvis ou du Moreau. tler. mais ça et là remplis par un modelé/patient. Ces Foins sont des contours timides.CRITIQUE D'ART construcqui dans une pochade vous attrapaient la tion des phalanges et des articulations et le jet y sentit(encore que romantique) des attitudes. un pissenlit dans l'herbe. en fait de travail à la Bastien-Lepage je préfère. les plis d'une chemise. etc. ces Chevaux à l'Abreuvoir de Dagnan. etc. et même Jules Breton. on même ce fond de virtuose à -répertoire que conseillait Delacroix après Rubens. et même le Lhermitte. pèle-mêle avec les et les Romains et le romantisme). J'aime au-dessus de cela les harmonies de Whis. ou du simple décor comme Whistler. comme moins timide et moins parisien. le tout servi chaud par une étude de gros souliers boueux à clous.. les sombres cuisines de Ribot. l'orgie pour l'orgie. les brillantes vignettes d'Isabey (sans psychologie. point vircompromis par un art des touches ou autres tuosités (si succulentes. Bastien Lepage est juste au-dessus des purs chromos plats de Cabanel. mais iniquement conspuées. ni réalité ni mais si en fête !) dessin Quand on ne veut pas faire des orgies succulentes d'autrefois. Grecs parce qu^ traditionnelles. C'est au- . au couteau. etc.

et rassure les vénérables collègues de son maître Cabanel par l'absence de virtuosités hasardeuses de touches. c'est bien campé. ses bottes. Salmson et tous ses confrères ont beau faire et rafraîchir la presse blasée par leurs conceptions. et à côté de cela l'eau de l'abreuvoir est originalement torchée et le fond vert bariolé très jeune et très bout de Montmartre. bestial. Les mains de la faneuse et celle de la Vénus de Cabanel à côté sont du il y a la différence du génie. les chevaux.MÉLANGES POSTHUMES dessus de Cabanel au même titre que Benjamin Constant et au-dessus de Decamps. sa pipe culottée. C'est simple. le travail dépensé y est à peine payé par l'effet. amuse la jeunesse par son fonds. M. . y puisse venir mettre le nez. son accoutrement. les harnais. J'ai le plus profond respect pour ce Dagnan. son visage. gagne les hommes mûrs par la sagesse de son réalisme de sujet. Puis les romanciers naturalistes qui tiennent la critique d'art seront charmés par l'air hébété. estival de la glaneuse. Il devrait être placé un peu plus bas pour que la génération actuellement à l'école. ses mains. Bastien. au sortir des tartines aisées de Roll et des sous-Puvis ou des sousIsraëls. le gars. de la même race ton de cuir au ton de chair de salon. tout est traité avec une patience aussi pleine de science que de jeunesse.

Emile Renard. des points succulents bref du caractère profond des êtres et des choses. et des cheveux blonds en quatre coups de brosse sage. Mais voilà des mains et des rides et de la patience la plus filiale Denner en est à cent lieues. Voyez comme c'est filé. Et je préfère le Chenavard (1). le grain de la toile transparaît unique charpente. On peut ne pas (1)Divina tragedia. Le fond est nul. et comme ce torché de verve a pour charpente et pour dessous une divination artiste des saillies grasses.. deux yeux bleus. mais ce pinceau-là a le génie des pieds et des chairs travaillées. un nez et bouche roses. C'est gluant de vernis. et c'est succulent. Ah les tristes sucreries enluminées Voici à côté deux poissons près d'un chaudron sur une table du vieux Vollon. ses sujets sont indifférents et l'arrangement de même nul décor. H* . joues saines.CRITIQUE D'ART ces prés vert plat. ces ciels venteux. mais comme c'est torché d'abord. nul fond. Je préfère des choses dont on a un type dans cette Grand'mère d'un disparu. le fond est opaque. Ne fait pas de cet art-là qui veut Ribot de même. A propos de Bastien. etc. ces gamins et fillettes à joues en pommes et cheveux jaune serin pâle sont de la romance en chromo sans avenir. ces petites faces.

figés (niellés. Ton de Léonard et sa suprême distinction par un pinceau du temps d'Ingres. nés) en une dureté autorisée des donnera Mais. si mûre d'expression compatissante et supérieure. vous en escamotez les trois quarts avec r (1)le*Dernier. Conception digne des larmes des s'arrêtant au ]/) meilleurs de ce temps-ci. Gustave Moreau. condensé plet de didacticisme. du brio chaud Chenavard est mille fois plus attirant que Cornelius. mais c'est abordé dignement. des décors: Benjamin Constant (1). mais modelé d'amour et en décor d'émail stagnant et corsé d'ailleurs par tous les tons décoratifs. de M. en bas un sol en grès calciné. et là-dedans vous fusinez avec un mol à-peu-près des exotiques en amadou. je vous en prie nulle gravure ne le profil de cette immortelle jeune fille. ebelle*. La jeune fille à la tête d Orphée. Technique du panneau de bois. . historiés. damasquichers Primitifs. et comme modelé (du blond s'il vous plaît) et ça et là presque de la virtuosité. respect de la toile ou même Composition moins hiératique qu'immortel'ement inébranlable dans la dignité de sa tenue. Le plus piètre Vous posez en haut un ciel torridement bleu.MÉLANGES POSTHUMES aimer ça. cette Cordélia si jeune de tissus et d'inviolé. c'est comet puis comme serré de dessin.

le reste est modelé à peu avec des près (des nègres !) on constelle le tout parasols émeraude et jonquille. un nu Boucher-Impératrice Eugénie. ça et là une réminiscence des Vénitiens. ça et là des armures à peu près damasquinées. Passons sur le fameux torse de l'Absalon de Cabanel. ça s'envolerait en papillottes. des quais léprés de soleil. des étendards idem. rien ni pour le cœur. tout brio de grumeaux de joailleries couvant sous une couche d'ambre. décor. Cabanel de l'Ecole de la rue Bonaparte. Sans parler de son modelé creux. brio peluche cramoisi. eau. Ziem est un artiste charmant. . émeraude. c'est une fricassée rutilante. ne tient pas debout. et M. On chauffe un coin avec des femelles à vendre (et mélodrame qui poussent à s'expatrier). une eau idem. Ce n'est qu'une note. le tout noirci et assagi. Un fond de lauriers école de Rome. Tout cela est désossé. et le petit oriental est cuit à point. L'œil qui et et (1)LaFortune le jeuneenfant Saint-Jean-BaptUt*. mais elle est parfaite. Baudry est bien nul. On soufflerait dessus. ses dimensions flagrantes suffiraient à faire expulser ce tableau d'un musée.CRITIQUE D'ART des burnous aveuglants. Des petits bonshommes d'Isabey. ni pour les sens ni pour la fantaisie (1). personnages.

et (1)PhilippeRousseau UnImportun le Rat retirédumonde. la patience de chercher chaque ton juste et la virgule honnête au bout de semaines et de semaines. sinistres bibliothécaires de province. et le Dernier jour de Coplace Navone à Santa-Maria-della-Pace rinthe. de Cabat. l'effet y est pour les familles probes. devants de cheminée pour ry (4). Jane Shore et Pillage d'une maison dans la Giudecca de VeTony ROBERT-FLEURY les Vieilles de la nise au moyen-âge. et des Robert-Fleutoiles de fond. j'aimerais bien avoir cela dans un coin chez moi.MELANGES POSTHUMES et y vécut toute sa vie est à féliciter et remercier. . Les oubliés et les dédaignés. ce fut plus digne et ça restera plus que les commis à leurs rayons qu'on voit au Salon. (5) Nymphe et Bacchus et la Vérité. Robert-Fleury Colloque de Poissy en (4) Joseph-Nicolas 15i>1. et la modestie des dimensions et l'abnégation de réveils de tons. mais avec de la bonne volonté ils accrochent la poésie de l'heure. Cette eau et ce ciel sont bien nuls. le reste est d'une loyauté et d'une dignité stupéfiantes. (3) les Exilés de Tibère. L'Étang de Villed'Avray. et Lefebvre (5) avec sa photo sur bois. un patient chromo. Rousseau (1) est décidément aussi nul dans ses choses du Salon que dans ses vieilles ici. Horacet Varius hez e (2)Virgile. Et des Jalabert (2) et des Barrias (3). c Mécène. Institut. le grain de la toile.

leux et coiffeur et d'une lâcheté qui vous gagne. thridace de Bouguereau (6). à au columbarium de la maison . Agar et Ismaël. et l'harmonie grise d'une large très trempée d'huile. ocreux. Funérailles (2) Hector-Leroux des Césars et Herculanum. (3) Porteur d'eau juif. Naissance de Vénus et Vierge conso(6) Triomphe du martyr. une petite bûcheronne et son petit frère. (5) Une conjuration aux premiers temps de Rome. et ornant l Dominicains depeintureseurchapelle Vue (1)Psyché. qu'en reste-t il ? de quoi avachir le La toile de Robert-Fleury. (7) Retour de la pêche Cancale. et le savon cuir.CRITIQUE D'ART et Boulanger (3) et de Curzon (1) et Leroux (2) dans un ton de qui travaille à la mine de plomb et Lenepveu (4) et Claize (5). Le Cazin. (4) Les Martyrs aux Catacombes. Il y eut à un moment fatal le charme d'un terrain cendreux. priseà Ostiependantla crueduTibre. avec les légers grumeaux du les pastel et du fusain. c'est crapusentiment de toute une génération. latrice. aux huîtres par les grandes marées. aux végétations hirsutes. ce qui faisait pardonner Mais la mode leur nullité de structure et d'art. puis le charme d'appeler deux personnages. aux fleurettes jaunes montant du cadre à la brosse japonaise. passant. et les grévinades de casino de Feyen^jerrin (7).

le voisin par ex Jules Didier. on pourrait se laver les mains avec les seins de Vénus. . c'est pétri dans un ton poitrinaire et cuit avivé de vermillon agonisant (2) le 218 (3) par exemple n'est que prétentieux. quel amour. propre physionomie. ma parole. c'est peint à petits coups avec la sagesse d'un chromo mais à distance quelle loyauté. quel dessin. vignette d'almanach sale et vide ça du naturalisme. les émaux d'un coffret. glacé (ça et là des choses dans la pâte avec des lumières traînées et egratignées comme d'une aiguille). surlesruinesd'Ostie. ici il triomphe et pousse au culte Le thridace de Bouguereau. c'est tout art. ce serait trop fade pour des sorbets. le Ricard. (1)Labourage (2) Portrait (3) Portrait de l'auteur. les fleurs carotte des plats bleus. fin comme sa Les oubliés délicieux. de Madame X. mais garde ses droits. Quel merveilleux truqueur Un ensemble noir. les basreliefs d'orfèvre d'une aiguière. Il n'exclut pas les autres. Antoinb VOLLON Curiosités. quelle poésie dans cette modeste toile! c'est complet et c'est parfait (1).MÉLANGES POSTHUMES Hugo Sàlmson Une arrestation dans un village de Picardie. du moderne J'aime mieux les braves gens d'autrefois. de l'eau forte dans de la pâte glacée les incrustations des fusils. quelle solvabilité.

argentés. (2) DaM la campagne. Le Cormon (1) et le Lerolle (2) se font vis-à-vis immenses. Du truc débiné. Les deux merveilleux petits Corot (3) glacés. Rien. La nullité de Fromentin.-P. Ses fusains lui vont mieux. Laurens. Le Lhermitte (4). On accepte cela sous un prétexte de poésie vraiment trop gratuit. puis des brumes d'escamoteur.<~t fonuM et F«e <<« Co~y«'e. les petites fraiges pilées de Diaz.CRITIQUE D'ART . la bonne volonté du sujet et des fonds racheteurs à (1)Caïn. (4) La paye des moitsonneun. un petit burin consciencieux. Ils se valent ces nus terreux de l'un il s'y ces moutons cardés de l'autre cache peut-être de la race et de l'avenir mais ce n'est là que l'outillage du concours pour le prix de Rome précocement dévoyé dans des sujets conçus au café. (3) ftt<. . nets comme des Francesco Guardi et plus vibrants et suggestifs d'épopées.J.-Vignette psychologique d'Augustin Thierry pinceau lourd et banalement gras effet de théâtre de deuxième ordre du Bornier. Le Dupré. Vue du Forum Vue du Colysée. mal dessiné avec des lignes bêtes de décalque on cherche les carreages de la mise au point et alors nerveusement peigné.

POSTHUMES MÉLANGES peu de frais, ça se ramasse dans la rue. Pour le reste, c'est bâti avec du papier froissé, des armatures de l'Ecole et des touches comme on bâtit un fusain. Et ces murs de papier, et ce sol de carton et ces gerbes en fusain jaune, ça démoralise autrement mais autant que le Robert-Fleury. Le Guillemet (1), hélas c'est le cher Bercy c'est l'approche'de l'hiver c'est le soir c'est la fine et triste cuisine un peu Vollon, comment ne pas aimer cela? Je m'approche, je reste deux minutes décidément c'est parfait et l'art est digne du sujet absolument. Je ne suis pas volé ces cours, ces renfoncements vagues et grouillants des masures des quais, et tout le travail quotidien, et Paris au fond et ce ciel avec deux taches de soufre. Ces deux Diaz (2) à personnages, on les croirait faux ils sont mous, sans brio, presque fades. Quand le virtuose nommé Diaz rate ses fioritures j'ai le droit de le siffler. J'ai Décidément j'aime l'Auguste Flameng (3). plus de confiance dans son eau que dans celle de Montenard (4), (avec ces Marseillais on ne sait jamais).
(1) Bercy en décembre. (2) Le* Bohémiens et La Fée aux perle: (3) Bateau de pêche, à Dieppe. (4) Le Trantport de guerre la Corrèze quittant la rade de Toulon.

CRITIQUE

D'ART

Roll (3). Tout ce que peut donner la truelle mais ces plaques pourraient être d'un quart moins certains large, l'effet de verve n'y perdrait rien morceaux seraient plus solides (et par conséquent maintenant moins morts, qu'on y prenne garde) c'est charmant d'apparition épique. (3)En Normandie.

MÉLANGES

POSTHUMES

L'ART MODERNE EN ALLEMAGNE

L'artiste

s'agite;

l'Inconscient

le mène.

LE

PRINCIPE

ESTHÉTIQUE. ALLEMAGNE.

SA

fonction

EN

I Si la critique, celle qui nous livre ces gros trésors de documents sur les génies typiques de races et d'époques, s'arrête bien rarement à cette bagatelle de la porte, une idée esthétique directrice, ce n'est pas qu'elle estime d'une bavarde inutilité ou compromettant comme introduction à des recherches toutes positives, de prendre la chose de si haut elle sous-entend simplement à quoi bon ? il n'y a pas tant de systèmes, il y en a deux et d'une si belle réciprocité d'intolérance, quedix lignes d'un de ces livres suffisent à montrer de laquelle des deux paroisses sa méthode et ses sympathies se réclament, de celle qui classe et juge les écoles

CRITIQUE

D'ART

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naturaliste et son pour lois

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c'est tout ce qu'on (1) La méthode documentaire déterministe, a voulu retenir, avec la riche érudition qu'il y met en œuvre, des deux volumes de M. Taine. On a généralement laissé de côté son Idéal par degré» d'importance et de bienfaisance de caractère, au beau classique, lequel, de fait, aboutit, comme le spiritualisme, à ce nu grec « où la noblesse morale achève la perfection phydevant ce qui sique », et demeure insuffisant, par conséquent, n'est pas inspiration ou Renaissance. Nous le laissehellénique rons aussi de côté, ou du moins ne le considérerons qu'en bloc avec tous les idéaux proposés jusqu'ici, tous ayant le même vice radical et la même portée infiniment insuffisante. L'Idée réalisée des hégéliens, cherchant sa forme dans le symbolisme des archidans le classique de la statuaire tectures, la trouvant parfaite dans le Romantisme moderne le plus grecque et l'outrepassant pur de tous, l'infini et le fini de Schelling et Schiller, dont l'identité est l'idéal de l'art, etc., etc., tous ces idéaux, tournant dans la cage d'un devenir borné au monde de la pensée classique occi. dentale, posent d'abord que l'art est chargé de corriger la nature, comme s'il pouvait être d'autres lois d'harmonie que celles du tel fatalement au beau hellénique quel de la vie, et tous, convergeant ou au beau chrétien, n'aboutissent qu'à en préconiser une vague et demeurent incompétents et cois devant l'Orient, devunt salade, l'art moderne, devant le paysage, la nature morte, la sculpture polychrome, devant toute œuvre vraiment optique enfin. En effet, conçus dans le monde de la pensée classique, ces idéaux n'atteignent que des œuvres fourvoyées dans ce monde, mais plus l'œuvre «'éloigne de cette galèro où rament les Gustave Planche, etc., et plus elle relève de la science de l'oeil, moins elle tombe sous leur Nous n'avons donc à considérer que deux méthodes, juridiction. celle qui parle au nom d'un Idéal transcendant quelconque, et celle et ne qui repousse tout principe de ce genre, se dit déterministe s'en prive pas plus de proclamer ses préférences et ses haines.

MÉLANGES

POSTHUMES

Soit. Mais ceux qui voient que si les déterministes montrent bien le comment humain des génies et des œuvres, ils sont condamnés à n'en pouvoir expliquer le pourquoi, ni l'essence, et à les accepter indifféremment comme autant de phénomènes légitimes, alors que la simple loi de la sélection naturelle universelle, qui signifie choix en soi et tendance divine unique, proclame qu'un Idéal vivifie, ordonne et domine tout que les idéalistes, d'autre part, s'ils peuvent expliquer, par le principe d'intervention transcendante, le génie et l'inspiration et sont autorisés à classer et juger, n'ont adoré jusqu'ici que des idéaux qui sont des lits de ceuxProcuste à l'histoire de l'art humain,-pour là, n'y aurait-il pas un brin de foi nouvelle ? Posons d'abord contre les critiques positivistes, et très naturellement, que l'esprit humain étant li résultante de l'évolution organique terrestre, placée dans l'univers, la pensée est identique à l'objet, aussi nécessairement que rien ne peut être en dehors de tout, et que la connaissance métaphysique rime bien à une réalité transcendante bien entendu, la métaphysique inductive des sciences expérimentales de la vie, et non une autre. En outre, que, comme nous l'avons dit, la simple loi de la sélection naturelle universelle indique tendance divine en soi en effet, deux forces ne pouvant coexister qu'en concurrence vitale, si l'une l'emporte c'est

•CnlTIQBE

D'ART

en vertu d'»ne tendance occulte présente partout, et l'univers des forces en concurrence vitale se résout ainsi en urie sélection unique, selon cet Idéal. Au-dessus donc du monde changeant des phénomènes se développerait un Idéal, la Loi. -Faisons observer, en second lieu, aux idéalistes classiques, de leurs constructions est qu'ils que le vice radical se sont toujours mis, comme sujets, à un point de vue autre que celui de simple étape éphémère et bornée d'une évolution indéfinie et qu'une formule esthétique vaste et féconde comme la Loi, ouverte au passé comme aux surprises de l'avenir du présent, tout en restant et aux incohérences assez dogmatique pour être une pierre de touche à toute œuvre, ne saurait venir que d'un Idéal placé dans un devenir indéfini et dans une catégorie telle nous le verrons, que le sujet l'inconscience, ne puisse le concevoir que dans limite de ses pouvoirs d'étape éphémère d'une évolution indéfinie. Procédons selon cette discipline pour le sentiment du beau. Mon sentiment, en ce moment, devant les œuvres de quelque genre, époque ou latitude qu'elles soient n'a pas d'autorité plus sufrisante que celui que j'en avais ou que j'en aurais à d'autres moments de Mais de l'ensemble mon évolution individuelle. de ces sentiments, au terme de mon évolution, mon sentiment du beau. pourra être extrait

MÉLANGES

POSTHUMXS i i.

Mon sentiment du beau n'ama pas d'autorité plus suffisante que ceux de mes cunteiâporains. Mais notre époque se résumera m une certaine formule de sensibilité esthétique. La sensibilité contemporaine n'aura pas d'autorité plus suffisante que les sensibilités successives des générations défuntes. Mais leur histoire, jusqu'en cet instant connu, se résout en ura certaine âme humaine qui, pour ne veiller adéquatement en aucune âme existante peut-être, mais morcellée en plusieurs, ne s'en conserve pas moins invisiblement impérissable, prête aux crises rénovatrices des expériences de demain. Le sens esthétique est donc tourbillonnant et changeant comme la vie. Mais, dans cette universelle nuance de sentiments, la Sélection fatale, qui résout d'une façon réflexe les plus microscopiques et les plus immatériels conflits, nous est, nous le savons, la lueur qui va. tout rééclairer par degrés. Le sens esthétique est changeant comme la vie, de même que par exemple, les deux ou mais, trois cents personnages de la Comédie humaine de Balzac, pour ne pas prendre aussi bien l'œuvre d'un Michel-Ange ou d'un héros d'action pure, en une sélection naturelle de leur conexpriment, currence vitale en cinquante volumes, ce qui peut s'appeler l'évolution de l'âme de Balzac, laquelle

apostolat social. évoluant indéfiniment vers la conscience pure par la sélection fatale des flux de forces aspiratrices en concurrence. le dernier divin. le seul . mysticismes inédits. vient d'ouvrir à la science les forêts vierge de la vie. mais que ne trompaient pas ses siècles d'adoration perpétuelle. la force unique constante. mais ne la garantit pas encore absolument pure de tout antropomorphisme II est un dosacrilège. de même. langues. arts. selon le dernier mot humain de la métaphysique expérimentale. cela la met bien au-delà de nos indiscrétions éphémères quant à son âge moral actuel et à la nature de son but. conscients et parfaits. on le sait. car reste son essence. la pensée humaine. c'est l'atmosphère occulte de l'être. C'est. le principe mystique universel révélé dans la Philosophie de l'Inconscient de Hartmann.1 CRITIQUE D'ART s'est développée dynamiquement en eux. etc. succession d'œuvres et d'idéaux à l'état de phénomènes en concurrence. Cependant. l'inconscience ce monde réservait à la créature débarrassée de ses dieux personnels. que la Loi soit placée dans un devenir indéfini. le seul divin minutieusement présent et veillant partout. religions. exprime l'évolution de l'âme universelle. amours. au dynamisme de qui ou de quoi elle est soumise à travers ses incohérents et riches gaspillages. maine qui. de la Loi unique. sciences.

Ici. Cette aspiration suprême a parfois des tressaille* ments divinatoires et les génies surhumains. accessive à l'impulsion unique. qu'une évolution automatique. comme chez l'homme. Et l'essence de la Loi ne peut être que du domaine de l'inconscience. Mais qu'importe que la Loi nous bénisse de seconde ou troisième main ? elle nous est la même. sans autre importance que sa nécessité symétrique dans l'œuvre bref une évolution réflexe en miniature des premiers jours de l'évolution unique. dont . et pour acquit de conscience. bien loin des préoccupations expresses de la Loi. le seul que l'homme n'ait pas créé à son image.MÉLANGES POSTHUMES infaillible de par son inconscience le seul vraiment et sereinement infini. Donc pour notre sujet. se développe éperdûment une unique aspiration à l'Idéal. notre sereine conviction que la. et faite de ses errements et de ses divinations en concurrence. au-dessus du monde changeant des aspirations au beau idéal. s'obj éctivant en mondes explorateurs vers la conscience depuis l'éternité. Loi. les phases de l'évolution fœtale sont une évolution réflexe en miniature de l'évolution organique terrestre. nous ne savons nous dispenser de dire. par conséquent. en un court entre-parenthèses. en est actuellement arrivée infiniment au-delà de ce que notre humanité peut offrir de plus pur que notre planète ne serait.

tout en lui demeurant transcendante et dynamique. elle lera acceptée des uns et des autres qu'elle concilie. A la Loi inconsciente sera pieusement rapportée cette intervention. qui a parfois interposé ses secousses divines. Voilà le point capital. au substratum nécessaire de la vie universelle avec ses lois particulières. consciente et immuable géométrie d'harmonies préétabljes. reconquis. son milieu. attachée qu'elle est. en sont les échos élus. immanente et dynamique à l'évolution indéfinie des créatures en œuvres. éclairs d'inspiration. et sans compromis spiritualiste la Loi inconsciente se développait indéfinie. illuminisme. 12 . mais figée. dans un devenir bornç à son centre le sujet. ses deus ex machina. la créature et ses conditions de vie. l'irréductible je ne sais quoi demeurant au fond des analyses de toute esthétique qui veut expliquer un génie par les deux seuls facteurs visibles et palpables. l'invisible d'inconscience dans atmosphère laquelle il vit et se développe. ses messies dans le train-train des causes et des effets déter minables de l'histoire humaine cette intervention supérieure. et ignore le vrai et fécond milieu de chaque être. Pressentie par les idéalistes. en une parfaite.D CRITIQUE 'ART nous voyons la caravane artistique de temps en temps fouettée. la cité idéale. génie. et repoussée comme telle par les critiques positivistes.

les émigrations. Mais dans la seconde ? Que peuvent. armés d'un idéal qui doit les classer. les fléaux naturels. le cerveau commande les foyers de celles-ci. commandant les autres manifestations comme son foyer. En second lieu. contribuent-ils plus ou moins à l'évolution vers la Conscience pure ? L'âme de l'histoire humaine nous montre dès l'abord. dans leurs formes diverses. la plastique. Le lecteur voit déjà la compétence et la juridiction de notre idéal dans la première catégorie. deux catégories de nos puissances civilisatrices au-dessus du terreau commun des agents fatals. la peinture.MÉLANGES POSTHUMES Nous sommes donc en présence de tous les débouchés de l'aspiration humaine. des œuvres. les arts définis sensuels ? . etc. l'amour. etc. en chacun de ces domaines. les religions. telle ou telle œuvre se rapprochent-ils plus ou moins des fins divines. inféodés à cette première catégorie comme les sens le sont au cerveau. les arts sensuels la musique. les guerres. En premier lieu. les cinq sens le mysticisme scientifique. l'architecture. la science. l'apostolat social. et correspondant à la hiérarchie physiologique de notre organisme. la poésie. et. devant la riche variété des genres. des modes. l'art des parfums. pour la poursuite de la conscience pure. les arts de luxe de la vie. En quoi tel ou tel genre.

D'ART CRITIQUE Beaucoup. n'a appris que peu peu à fouiller le compliqué . mais merveilleusement nécessaire. dans un affinement sans frein de tout l'organisme. sens des lignes et du jeu des perspectives dans les masses ondulatoires colorées de l'atmosphère. à l'épuration du miroir S expérimental où se cherche l'Inconscient. et continue son évolution vers l'ultra-violet. pour les conquêtes de la première catégorie et surtout le mysticisme en un mot. les arts optiques. Est-il besoin de rappeler ici cette vérité d'hier. l'œil. en ce qui nous occupe. Donc. à l'état d'ivresse divinatoire du cerveau. du rouge au violet. de plus en plus rapides et de moins en moins longues. sens chroen pleine achromatopsie. que. comme toute force de vie. par exemple. la condition sine qua non du beau pour les œuvres. pour le& fins divines leur mission est de développer indé-i finiment les organismes respectifs qu'ils exploitent et de concourir ainsi. l'Œil. sera avant tout le développement à outrance de l'organe exploité. et leur rôle divin va vous montrer quel critérium accessoire de l'idéal les classera et les jugera. quoi qu'on en aie? Que l'œil. primitivement n'a appris que graduellement à connaître les ondes. Les arts n'ont qu'une importance secon-^ daire. chaque organe est en évolution ? Que. et cela par translocalisation raffinée du sens tactile. du sens suprême. matique.

aux arts optiques ? Seul. fondé que nouveau tinisme. etc. et mieux servi l'Idéal. le le des le byzan- nouveau. la à du et ne de par son préconiser du principe d'autre nouveau d'évolution. ce que l'instinct a toujours du du en proclamant ceux et selon génies. l'étymologie seulement ceux ont révélé qui (1) Un carton de Cornelius ou Chenavard peut dénoter un noble génie. l'impressionnisme. il est en général objectif et indéfiniment du l'hellénisme. en dépit des conservateurs du palladium nommé « la probité de l'art » ? En résumé. que va préconiser ou condamner. et chez nous Puvis de Chavanes. mot.MÉLANGES POSTHUMES des lignes et des perspectives mêlées et se combattant en riches vibrations (1) et va de l'avant s'enivrant des découvertes auxquelles il se fait peu à peu. japonisme. fortunysme. notre idéal appliqué. ce n'en est pas moins une œuvre dévoyée de moyens naturels d'expression qui l'eussent mieux servie. et pour rester dans les bornes d'une introduction sans développements à l'appui. Cazin. à ne citer que les préraphaélites. tout comme une œuvre gravée monodes mitres l'ont chrome. le rococo. logiquement. le réalisme. Notre principe n'en proscrit pas pour cela la peinture murale littéraire ou symbolique. . Gustave Moreau. avec son critérium. nihilisme âges le bref préraphaélisme. avec les curiosités immédiates de l'œil prouvé et le prouvent encore. Odilon Redon. le le romantisme. Même la plus austère et la plus abstraite n'a rien d'incompatible. uniquement exalté. renaissance. après l'éginétisme.

l'harmonie. la sculpture et la poésie et annoncent le règne unique de la science pure. comme l'amour. son principe est l'anarchie même de la vie laissez faire. hiératisme ou académisme.. le style. le beau physique. nègre ou anémique. etc. quelles que soient la mode. laissez passer ne sachons que nous enivrer 12" . font étape et école dans l'évolution artistique de l'humanité. il ne sait ce que d'autres appellent décadence et peut confondre ceux qui avec MM. il est fondé à ne condamner que ce que les vrais artistes ont de tout temps condamné et secoué. la Junon de la villa Ludovisi comme les Beauties préraphaélites de Burne-Jones et de Maddox Brown. quel que soit le visage.CRITIQUE D'ART nouveau et qui. seul il est fondé à admettre tout idéal dans le temps et l'espace. l'école. etc. Seul. la classe. la race. l'Hercule Farnèse comme les dandies byroniens lithographiés par Dévéria. l'équilibre grec comme le soi-disant contre-nature moderne seul. sincère et fécond. les codes à conventions de goût sur le beau moral. et de par son principe. proclament arts 'morts désormais l'architecture. peau-rouge ou citron. une Japonaise d'Okousaï comme une fleur de maquillage de Degas. tout ce qui est église constituée en dehors de laquelle point de salut. Seul. qui reste le même. la morale.. ce qui ne veut rien dire enfin. par là. Taine et Rénan.

la terre bénie de ce que nous avons appelé les préoccupations de > /immédiates la Loi. II L'Allemagne pure est. la volonté tenace de sa dominatri la Prusse. rêveries sociales et du seul art qui y confine jusqu'à s'y confondre. la musique. le génie « saura reconnaître les siens ». Il est une épithète qui a toujours chatouillé l'Allemagne au bon endroit.MÉLANGES POSTHUMES des paradis sans fond de nos sens et fleurir sincèrement nos rêves sur l'heure qui est à nous l'Inconscient souffle où il veut. science. de cet en effet inconscient soupçonné par tous les penseurs ses A . religion. avant tout. L'Allemagne pure est à tous égards. c'est l'épithète de natuI'kind. en naîtra sublimé selon l'infaillible Loi et montera vers les templa serena de l'acquis à l'Inconscient. la fille immédiate de la Nature. et dont elle a ellemême encore volontiers plein la bouche à tout propos. mysticisme. et le parfum unique qui doit naître de tous ces riches gaspillages anonymes d'un jour. bien que de plus en plus intimement pénétrée de la qualité tout opposée.

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CRITIQC .

MBLANGL POSTHUMES .

sobre. exerçant la gymnastique de sa raison en une langue . fils aîné du monde gréco-romain. diplomate et mathématicien d'une part. dans sa cité en dehors de laquelle tout est le monde barbare. subtil. en face d'une nature fière et fine. de ce monde sophiste. ses forêts druidiques. le libre arbitre du roseau pensant en face des choses et en face de ce fatum. comédien. menteur. Dualiste. '} l et par suite le FranL'Hellène. euphuiste. au Ce qne l'on conçoitbien s'énonceclairement. rhéteur.. soldat et légiste de l'autre. poli. or.X cratie d'élite servie par un peuple d'esclaves. sous les coups illettrés duquel on tombe du moins noblement drapé comme les Niobides. l'Hellène. selon Malherbe. qui lui a fait mettre en coupe réglée. est né démailloté de la vie inconsciente. par explosions symphoniques temps d'apprentissage du moins. spontanément apprivoisable dans sa claire et sèche atmosphère animée par la mythologie hiérarchique de dieux en chair et en os aux ordres de Pan. à l'état d'aristo. dilettante. etc. jusqu'au romantisme revenu du Nord.CRITIQUB D'ART sculpter. Qui ne sut se borner ne sut jamais écrire. sous un soleil tempéré qui est Apollon Musagète ayant vaincu le vieux Chaos de ses belles flèches. brillant. pénétré de cette conviction monstrueusement contre-nature. au contraire çais.

à la faire passer par sa norme humaine en choisissant. avec un œil juste et maître de lui-même et une main que ses démangeaisons ne trompent pas. selon le proverbe allemand. le climat. certes. comme le corps humain est mesuré par ses sept têtes. à ce propos de paysage. ayant des loisirs dispos. le Latin. comme l'ont fait nos paysagistes. l'Allemand avouera que la forêt l'a toujours empêché de voir l'arbre. par l'arbre-canon mesurant la forêt. il a été visité par « la lumière venue du Nord ». homo additus naturae. En résumé. l'arbre empêche de voir la forêt. tyrannisé qu'il était par l'arbre idéal selon Cicéron et Boileau. pétri par des générations d'hérédité de luxe et de catholicisme d'un fond d'études de détails. si le Latin est de ceux que. et de plus ingénieux. n'a pas vu la forêt. Poussin et Lenôtre. la nourriture impérieuse. il est tout porté à interpréter graphiquement cette simple nature. le Français.MÉLANGES POSTHOMES de miel. arrivant au seuil de ce siècle. mais. synthétisant. élaguant. point accablé et émoussé par la lutte. comme les rythmes de son corps nu. habile et né pétri de la norme. Submergé d'abord et se débat- . dont il est le dieu beau et raisonnable. Longtemps. Et pour connaître la forêt et arriver à en donner picturalement la symphonie vivante. il a fallu commencer par abstraire l'arbre du reste. l'étudier et le rendre maigrement.

. que le Prussien. parmi ses tristes sables « monothéistes » du Brandebourg ? Ou bien. avec son dieu horloger et son univers réglé des chères causes finales.CIlITIQtJE D'AHT tant. mais mal armé pour la lutte. après tant de siècles de privations? Ces deux forces parviendront-elles à coexister également intactes et fécondes. quel avenir se lèvera pour les arts optiques dans cet « Empire du Milieu » de a l'Europe ? Quoiqu'il en doive être. lui. Le vaste génie méditatif et prolifique. de cet invisible conflit pacifique. il en a eu finalement fécondés son cœur humain et son œil passé maître et c'est pourquoi il enchante en maître le présent. l'impitoyable volonté positive de ce génie se délayera-t-elle dans l'immense et chaste sensibilité germaine. universitaire et militaire. capable de ces sciences. sous ce large fleuve du devenir panthéiste. i { dans ces arts dont il reste la fiévreuse avantgarde. en se capitalisant pratique dans la passive absorption du génie de son maître régénérateur. quant au présent. se stérien opiniâtre volonté lisera-t-il. ou' bien se neutraliseront-elles ? Et en définitive. le Prussien grandi. il reste constant. sous l'amollissante influence des Capoues soudaines que son génie lui a gagnées coup sur coup. dans la pauvreté et le patient endurcissement administratif. de l'Allemagne pure.

avec toutes les conséquences indiquées d'un \. d'autre part. en tableaux de genre. pédantes et fades variations. que Carlyle appelle sciences de castors. naturkind. au fond. sweet home de l'école anglaise issue de Wilkie et Leslie. simple de besoins extérieurs de civilisé et inhabile. ni les virtuosités clownesques italiennes. n'a jamais rien eu à voir avec la grande sensibilité artistique ou spéculative (1) et que. L'Allemand de génie va spontanément à la science. à la philosophie. ni l'esprit passablement peint de la nôtre.MÉLANGES POSTHUME3 positives et patientes pas à pas. en somme peu de nature morte du paysage sans accent national et tout sites italiens et ornières Alexandre Calame de l'histoire et de la peinture religieuse nulles avant tout d'innombrables. sur le Gemiith. à la remorque des trouvailles étrangères. et surtout ne satisfont que les petits tempéraments de race ambiguë et souple. avec plus ou moins»de talent. et ceux-ci vivent. Les arts optiques ne gagnent à eux. et ne se prend aux arts optiques que fourvoyé par les circonstances et les illusions de son indolente sensibilité. Kant.A tempérament esthétique. qui n'ont ni le parfum de home. l'Allemand demeure encore. (1) Son seul et vrai penseur. . a précisément ruiné le monde de la raison pure pour exalter la discipline de la raison pratique et la volonté. à la musique.

adigeonnées tonsfroids. mais avec le seul sens de l'ouïe. en maudissant l'ingéniosité et l'habileté latines. et meurent des chefs-d'œuvre rentrés. pauvre et froid. Et ce n'est pas encore avec ces organes. loyal. Œil franc. ils bredouillent en incohérences pénibles et poignantes.sont l de b percées.y a ou Touteses façades. En effet. sans accoucher de la centième partie de ce qui les tourmente. aux cuirs cuits et brûlés. glacent leurs explosions épiques et bavardes de seconds Faust et de seconds Wilhelm Meister dans la banale rhétorique des lignes apprises. comme on ruse avec la volupté pour la mieux savourer. n petitfait très significatif. possédés du démon de la virtuosité. u (1)A ce propos. cent.CRITIQUE D'ART Les génies qui s'y fourvoient y demeurent philosophes et littérateurs. elle.à 13 . par les impérieux intérieurs raffinés en superflu aux tapis laineux résorbeurs de reflets. aux meubles patinés de brou de noix ou de vernis profonds (1). et deviennent des styleux ou bien. point gâté et détraqué par l'atmosphère d'un climat fin ou gras à s'en lécher les doigts. Pour entre neparlersûrement de Berlin. e n'yconnaisqu'unemaison que j détonne dontles fenêtres ientdesvolets persiennes. nul passé aux jouissances accumulées pour le clavier de l'œil et les instincts de la main. ne fonctionnant pas en ces opulentes vibrations par lesquelles on ruse avec la lumière. que le génie germain peut communier avec le divin Inconscient.

au lieu de la froide maison évangélique. macadam. poussée sans foi. vre que c'est l'absence de persiennes. société. même non peints en vert. à double armature de vitres. cendrées. habitueraient les générations aux mille gammes et effets de jours à volonté parmi leurs intérieurs. pour l'intérieur. mutuels. froid ont optiques le bon Souabe et habileté Ingéniosité mais sans et profondeur nu. ornements de briques et on est soulagé quand on découmiradores. en dehors de 1 alignement. et. de fenêtres plates. I I . Et le luxe remuant est le terrain indispensable c'est grâce à des siècles de luxe. etc. chocolat. thème nos besoins le pur certain de frivolités Germain. pourtant. à l'extérieur. ces volets et persiennes qui. jusqu'au voilà le génie. politesses de charme convemensonges de notre ménagements qui ont fait tous laissé cause. de tons et de lignes la rompraient monotonie des rues modernes. toujours et pour de bien que les besoins de le de vanités. par les pompes savamment artistes du catholicisme. ardoisées. Aussi nues. que l'Angleterre est parvenue à se saigner d'une veine coloriste nationale. mais sans sans persiennes volets.f MBLANàtt tOBÏlItlkBS par Ylit des rues. surtout. mais se fleurissent volontiers. moulures. brique ou criardes.. On cherche à Berlin le secret de la longtemps tristesse de ces façades qui. losanges. etc. eh pignons. clochetons. ne sont pas casernes égalitaires comme à Paris.papillottantes de toilettés volontiers noires auxquelles l'œil allemand préfère les étoffes à tons froids. grises.

Beaucoup de bonne volonté. mais rien encore que les années d'apprentissage. aiguise les nerfs. a résolu de s'affirmer nation artistique. Les artistes allemands voyagent. sans effets bien visibles. leur Rome est Paris.critiqué d'abt de ses opinions sur ceux qu'il appelle ses « aimables voisins. etc. Elle crée des musées A de. avant tout. en un budget vague des arts ? Pour que la fleur artistique vienne à bien dans le terreau prussien-allemand il faut. on le sait. suscite une pléiade d'érudits d'art. et s'étale en bien-être superflu. écoles. se met au régime du japonisme et à d'autres encore. achète des collections. l'Allemagne qui veut à son tour la prééminence absolue ` Berlin en Europe. Et 'avant que la science . secoue et engraisse l'atmosphère et la fasse nombreuse. un bel entraînement même. ce Paris que leur premier critique d'art. Petsch. que partout l'argent s'infiltre. et complique surtout la femme comme tenue et cœur. levé l'armée des collectionneurs. et leur La Mecque. travaille ces faces placides et jeunes. zélés mais incorrigiblement pédagogues encore. et enfin vote des sacrifices d'argent avec une admirable et héroïque conscience. a nommé la Florence moderne. bouleverse la lettre gothique et le pédantisme. » sous le règne de Après cela. et se dilate. Mais que sert de pomper de l'argent pour le canaliser.

Leben. en une nouvelle sturm und drang Période. dans la cathédrale de Weimar Licht. comme . comme la littérature en 1770. anti-latine et anti-sensuelle. qui rt«Ue'les Tilleuls à l'île des Musées. selon le principe esthétique que nous avons posé et vu fonctionner.cela a été fait pour ta 'musique. Sprée coulera sou. gardons. élève de JeanJacques Rousseau. lymphatique et vide. orné de statues pseudo-grecques.MÉLANGES POSTHUMES des voluptés de l'œil devienne quelque chose de genuine à la race. pas mal d'eau de •Aa. sur le chapitre des arts optiques dans la musicale et philosophe Allemagne. Jusqu'à présent. et donne au monde une interprétation personnellement optique de la vie. Liebe.* le pont. avant qu'elle éclate. qu'on lit sur la tombe de Herder. Le temps est un facteur indispensable d'hérédités des modifications acquises qu'on ne brusque pas. et en dépit d'une demi-douzaine d'artistes fort intéressants. cette épitaphe. .

TROISIÈME PARTIE .

. EPHRUSSI. A M™" X. A SA SŒUR.LETTRES LETTRES LETTRES A M.

mercredi minuit. Rappelons les dates extrêmes de la vie de Jules Laforgue 22 août 1860-20 août 1887]. ce matin.LETTRES A M. heures. à onze J'étais Il m'a parlé heures à la Reine. [I" décembre 1881. I Coblentz. comme lecteur de l'impératrice Augusta.] Monsieur. plus assurément timide . voyage. m'en mardi Je suis Une voiture J'ai vu M. soir à onze très bien merci. très Je suis bien arrivé servi. EPHRUSSI (1881-1882) [Ces lettres se rapportent aux premières semaines du séjour de Jules Laforgue en Allemagne. de Kneaebeck Il m'a suis présenté bien tiré. vous. où il passa près de cinq ans (décembre 1881-septembre 1886). de Je î Cher J'ai fait un excellent à Coblentz m'attendait. logé.

mais j'ai tant de lettres à écrire La politesse exigeait que je vous écrivisse cette lettre. Dites-moi cependant que sans être indiscret je puis vous écrire encore d'autres lettres. J'ai lu ce soir une étude de la Revue des Deux-Mondes à la Reine. D'où cela vient-il? Pourtant. feuilletant des albums. J'ai eu assez de présence d'esprit pour sauter.MÉLANGES POSTHUMES chez vous. vous à qui je dois tant. valse et farandole dans ma pauvre tête. Ma voix était très assurée. rappelez-vous que j'ai failli tomber sous votre bureau quand madame C. Je vous vois à votre bureau. vous si bon. On ne me laisse pas le temps de me recueillir. Pourquoi ? Je suis encore trop ahuri pour me livrer à la psychologie de tout ce qui tourbillonne. et par cela même à jamais mémorable. au milieu de votre travail. Ma voix n'a pas tremblé. quand même vous n'y devriez pas répondre. cher Monsieur. sans que nul ne s'en aperçût (il y avait là des messieurs et des jeunes filles. et par conséquent de m'effrayer. m'a parlé Je voudrais vous écrire tout en détail. si délicatement bon. (Vous le trouverez au numéro du 15 novembre. des revues à dépouil- . page 332). brodant) un passage scabreux que je prévoyais. vous par qui je suis ici. des journaux à lire. Le plus fort est fait.

D'ailleurs. Et vous en recevrez. ÉPHRVSSI 1er. vous êtes obligé de recevoir mes lettres. Façon de vous avouer que j'espère tôt ou tard recevoir une lettre de vous. JULES LAFORGUE. des articles à faire. M. Vu le Rhin dans le brouillard. II Cher Monsieur. Je vous serre la main. et j'espère que ce n'était pas par pure politesse. des lettres à écrire ou à parcourir.] . Avez-vous reçu une lettre de moi datée de Coblentz ? (1)La Grenouillère. Lundi [fi décembre1881.LETTRES A M. quand je vous l'ai demandé vous y avez consenti. Nous partons demain pour Berlin. Berlin. 13* Berlin. Comment me lirez-vous ? Cependant. Jules Laforgue. puisque vous avez voulu qu'il y eût un lien de quelque nature qu'il soit entre nous. près de S. Princessinen Palais. I Mes amitiés au Claude Monet que vous savez (1).

où j'ai entrevu la Princesse Royale. d'une voix très assurée. Je lis très clairement. Vous connaissez sans doute Berlin. Hier au soir. je prépare consciencieusement mes lectures. A Coblentz je voyais le docteur Velten.MÉLANGES POSTHUMES Nous sommes partis de Coblentz jeudi à 9 heures du matin et arrivés à Berlin le soir. grand-maître de l'Impératrice. à 10 heures. je me suis bien ennuyé. Je ne suis pas du tout intimidé. Hier dimanche. Je prends mes fonctions très au sérieux. D. le comte de Nesselrode. c'était bien lui. sauf monsieur de Knesebeck. etc. Je loge Unter den Linden au palais des Princesses. par exemple. très lentement. médecin de l'Impératrice. D'ailleurs. Dans la rue j'ai reconnu M. Votre livre a-t-il paru ? . je devais résumer à l'Impératrice le livre du baron James de Rothschild Les Continuateurs de Loret. J'ai débité tout cela sans hésitation. Je l'ai salué. Je ne sais pas à quoi cela tient. et très probablement il ne m'eût pas reconnu. peut-être à ce que je suis en pays allemand. et il se pourrait que j'y apporte plus de zèle qu'on n'était habitué à en voir à mes prédécesseurs. Maintenant je ne vois personne. le secrétaire (nous logeons porte à porte) et madame la comtesse Hacke chez qui je fais tous les soirs la lecture à l'Impératrice. la comtesse de Brandebourg. mais il ne m'a pas vu.

la Seine avec poteaux télégraphiques et ciel de printemps.LETTRES A M. dans un fond spirituellement fouetta de neige. une bonne avec son enfant. un chien noir. Et cette très capricieuse femme au manchon. EPHRUSSI Je lis tous les jours le Figaro. roux. bleu. son enfant. Nous recevrons le Livre d'Octave Uzanne et la Revue des Deux-Mondes. Me ferez-vous cadeau d'un exemplaire ? Vous voyez que je suis sans gêne et que les grandeurs m'ont positivement tourné la tête. Et les pommiers en fleurs escaladant une colline de Monet. rose. soleil. Et les impresssionnistes Deux éventails de Pissarro bâtis solidement par petites touches patientes. -De Sisley. Et les danseuses . Et la sauvageonne ébouriffée de Renoir. fauteuils rouges. Et de Renoir encore. vert. Et la danseuse de Mary Cassatt en jaune. une rose laque à la boutonnière. et de Berthe Morisot un sous-bois profond et frais. Et encore de Morisot. Ou une berge des environs de Paris avec un voyou bucolisant par les sentiers. un filet à papillons. Je n'ai encore rien vu qui eût trait à votre livre. nu des épaules. les Débats et l'Indépendance Belge. une femme assise. Chaque ligne de votre beau livre me rappellerait tant de souvenirs Surtout les heures passées à travailler seuls dans votre chambre où éclatait la note d'un fauteuil jaune. la parisienne aux lèvres rouges en jersey bleu. blanc. blond. vert.

MÉLANGES POSTHUMES nerveuses de Degas. Je sais si peu d'allemand. Je m'ennuie bien au fond. et le Duranty de Degas et le Polichinelle de Manet avec les vers de Banville Ah les douces heures passées là. je ne le comprends pas dans la bouche d'un être. jaune. Mais. Mais je ne m'aventure pas trop j'ai peur de me perdre et de ne pas me trouver à sept heures et demie pour la lecture chez la comtesse Hacke. de T. je n'ai pas encore vu le musée. et comme je bénissais l'austère M. Pendant la guerre elle a vu bien des Français. très jaune Ici. J'élargis chaque jour le cercle de mes excursions par la ville. qui me chassait dans votre chambre claire où éclatait la note d'un fauteuil jaune. à m'oublier sur les tables de votre livre à rêver. Vous figurez-vous la chose? Au fond je suis heureux et j'ai bien de la chance. Quoique en résumé je n'aie pas changé d'opinion et que je pense toujours que la vie est une chose . de Bismarck hier. et elle les trouvait bien plus beaux! (!) J'ai entrevu M. J'arrange mes phrases avec une lenteur ridicule. on parle trop vite. que de marchands de cigares blonds Et quel ruisseau ignoble que la Sprée Et les beaux soldats que les soldats du roi Guillaume La comtesse Hacke trouve que ce ne sont pas de beaux hommes. puis au diable ce que je comprendrais dans un texte. Je n'ose entrer nulle part.

puis. la première qui m'arrive de Paris. 7 décembre 1881. Rappelez-moi. Cher Monsieur. ÉPHRUSSI bruyante et inutile. je reçois l'Indépendance Belge. . je vous prie. III Berlin. au bon souvenir de M. JULESLaforgue. la terre mourra ç'aura été un éclair dans la nuit. à onze heures. Je vous vois m'écrivant à votre bureau. Le matin. je vais chez l'Impératrice faire la lecture. Je viens de recevoir votre lettre. mais je ne vous aurais jamais connu.LETTRES A M. N'eût-il pas mieux valu l'éternité noire sans Impératrice et sans votre livre. à neuf heures. votre frère. les Débats et le Figaro. je résume les bulletins politiques et les bibliographies. Et maintenant vous devez encore avoir reçu une lettre de moi datée de dimanche dernier? Je vous remercie bien profondément de tout. Je suis heureux ici autant qu'on peut l'être. Voici mes journées. Je note les articles "intéressants. La terre est née. Oh la bonne lettre Une bonne longue lettre de quatre pages et si délicate.

Je suis même bien souvent embarrassé. Nous causons.MÉLANGES POSTttOMBS Elle. Je lui fais des dictées. Je fais la lecture à onze heures ou bien le soir à sept heures et demie. Elle veut savoir ce que j'ai fait de ma journée. tout cela très consciencieusement. entre l'Impératrice. J'arrive toujours chez elle une demi-heure avant que l'Impératrice ne vienne. je m'asPuis. c'est chez la comtesse Hacke. tellement elle est naturelle et familière avec moi. elle connaît Paris. je lui corrige les fautes d'orthographe ou de prononciation (me voyez-vous. Quand c'est le soir. Je lui résume les journaux ou bien des articles de la Revue qu'elle n'aurait pas le temps de se faire lire. c'est chez l'Impératrice en compagnie d'une dame d'honneur. etc. dans un cabinet très intime et assez artistique avec des gravures. est si bonne pour moi. Oh la bonne et charmante dame qui me protège et me fait venir tous les jours chez elle et veut à toute force être « ma maman ». Elle s'assied. Quand c'est le matin. puis je lui pose des questions de grammaire ou de prononciation. me demande invariablement si je suis allé . Elle veut que je lui fasse faire des exercices sur la question des participes passés. etc. Je fais des remarques. des loggia. corrigeant des fautes d'accent !). sieds. moi.

c'est bien un chambellan. de Knesebeck. je prépare très consciencieusement en franet que je puis débiter imperturbablement çais correct toutes sortes de commentaires. puis je encore au musée. Ce qui fait mon mes lectures. ÉPHRUSSI etc. Ainsi.LETTRBS A M. Je ne vois personne. Si je ne me trompe. J'avoue que non lis pendant qu'elle fait de l'aquarelle. J'en ai déjà préparé pour un bon mois. mais je lis sans relâche et je prépare mes lectures. je ne. Je r. de Knesebeck et de celui du Dr Velten. n'est-ce pas? Il est peut-être au palais du Roi. Je suis un peu timide. Mais je connais le comte de Nesselrode. le docteur Velten et les comtesses Hacke et de Brandebourg avec qui je lis. je vais au palais où je ne vois personne. ce serait trop horrible. Je sors peu. Pour faire mes lectures. Ne vous figurez pas que je vis à la cour. Le reste du temps. le grand . mais ce n'est rien relativement à ce que j'avais peur d'être quand j'y sonassurance c'est que geais à Paris. et je ne connais pas ni n'ai encore vu ni n'ai entendu parler dudit comte de Seckendorff. vois pas cette chose vague qu'on appelle la cour. J'ai un petit appartement retiré à côté de celui de M.. sauf M.c puis écrire un vers ni une ligne. de l'Impératrice. je suis chez moi. Voilà qu'elles sont mes journées.

Votre livre paraît dans quelques jours. Inventez-en. de Tauzia. je vous serre bien la main. et j'ai écrit des min de fer. un charmant et sceptique monsieur. je pourrai parfois vous rendre un menu service. et qu'il n'aime pas à écrire. bien heureux de faire leur connaissance d'avoir ces deux relations. B. Nous avons ici un libraire français. J'ai l'inten- . de l'anapages sur lui uniquement pour le plaisir me lyser ou du moins d'analyser le monsieur qu'il semblait être. Je vais surveiller sa vitrine. J'ai la fatuité de supposer que comme vous êtes en relations d'art très suivies avec X. sans doute à propos du catalogue de M. et de M. nous ne recevons ici ni la Gazette ni VArt. vous me rendrez si heureux.1 1 --< -7>71 ~2 1 POSTHUMES MÉLANGES maître de l'Impératrice. verrez Adieu. D. avec qui j'ai passé une journée en cheJe l'ai bien étudié. Vous parlez de M. Ai-je besoin de vous dire combien je serais reconnaissant des deux lettres d'introduction dont vous me parlez ? Je les attends avec impatience et les ajoute à tout ce que je vous dois déjà. Hélas. Vous Vous me recommandez de travailler. Je serais et bien. Vous me parlez d'une étude sur les dessins du Louvre.

Je vous récrirai un de ces jours. JULES LAFORGUE. IV Berlin [13 décembre 1881]. poète anglais et français ? Je salue tous ceux de vos amis à qui vous m'avez présenté. Cher Monsieur. Je serre la main à M. votre frère. Votre bien dévoué.LETTRES A M. Je vous réponds en même temps. le vilain temps Un dimanche matin Vous connaissez Berlin. Bourget. ÉPHRUSSI tion d'aller au musée aujourd'hui pour mon plaisir et aussi pour que l'Impératrice ne me tourmente et plus là-dessus Je vous quitte. n'est-ce pas ? mes fenêtres donnent sur la Platz am Zeughaus. pleine de . Je n'ai pu vous répondre tout de suite. Ah. J'ai reçu votre bonne lettre hier matin. Ce matin j'ai reçu une lettre de Bou-get et une autri de Pigeon. Je salue respectueusement madame votre mère. qui était toujours si aimable avec moi. Que devient P.

estampes inaccessibles. Puis les vagabondages à travers l'Europe. archives. toutes les brochures apportées sur l'homme. collections privées. où il n'y a que des os et pas de baudruches à donner à dégonfler aux plumes de la critique. quelque chose édifié lentement et qui reste. C'est un moellon. quand vous n'aviez plus besoin que du coup de main d'un manœuvre quelconque. Mais vous savez que je n'ai pas reçu votre livre. alors l'œuvre. si touffu. un livre de vers. je ne vous ai vu qu'à la fin. Puis l'étude de l'homme lui-même d'âme à âme. musées. avec les minuties infinies de chaque pièce. vous me demandez s'il a bonne mine Je n'ai rien reçu Tout le monde est de la fête excepté moi à quoi attribuer cela ? Je suis au désespoir. une bulle de savon. Est-ce que les livres s'égarent dans les postes allemandes ? Il aura été du côté de Nurenberg Qui me donnera votre volume Il me tarde tant de voir si les tables sont irréprochables Vous voyez qu'il a du succès Et puis ce n'est pas un roman. Il y aura au moins un peu d'eau dans la Sprée. D'abord les longues années à dépouiller et à s'assimiler indéracinablement l'immense alluvion formée par tous les livres. de pensée à pensée. le . bibliothèques. C'est égal.MÉLANGES POSTBOMBg flaques d'eau. Vous m'écrivez que vous m'avez envoyé un exemplaire. mais je sens l'énorme d'un pareil bouquin. d'averses. si exact. balayée de rafales.

pour trois mois. à rêver dessus ce que je n'ai pu faire encore. Si vous m'entendiez Je n'avale plus mes mots. et j'ai toujours quantité de commentaires sur les livres. et M. J'ai reçu vos deux lettres. je l'aurai prêt à toutes les bontés d'un éditeur qui me tombera du ciel. M. Je fais la lecture le matin ou le soir. je V . Je les ai encore dans mon tiroir. Je les ai reçues hier. pour M. Matériellement mes jours se ressemblent. Je suis toujours très consciencieux. Je fais aussi une heure d'allemand. Quelquefois les deux. A demain. à penser.lettres A M. Mais en juillet quand je reviendrai à Paris. Et votre article sur les dessins du Louvre ? Pour les notes que vous me recommandez de prendre. éphrcssi Rien que cette plan. A la lecture du matin.n'y manque aucun soir en rentrant chez moi. Je refais mon volume de vers. Je lis très haut et très clairement. Je fais venir trois volumes de Sully-Prudhomme. M'arrivera-t-il ? demain ? après-demain ? Où est-il ? Car maintenant il me reste à l'étudier. tout. mince brochure de votre voyage inédit ô bénédiction de la rue L. Dois-je être intimidé devant votre ami ? Je vous remercie bien de tout. Mais pourquoi n'ai-je pas l'exemplaire que vous avez bien voulu m'envoyer ? Je me perds en conjectures. D. les échafaudages. j'ai provision de lecture pour longtemps. je .

Je lui fais des dictées. eu souvenir des personnes auxquelles vous m'avez présenté. Quant aux deux autres dames d'honneur. Mais je suis à une bonne école et j'en profiterai. je vous prie. . et chaque fois. elles sont arrivées depuis peu (deux autres étant parties) et je ne les ai pas encore vues. M. Je vous écrirai bientôt pour vous parler des deux visites à M. Je fais toujours la lecture avec la C"18"Hacke. qui joue à la maman avec moi. Pourquoi ne suis-je pas à Paris pour voir votre volume aux vitrines et aux étalages? a Votre reconnaissant. et à M. La Ctess6 Brandebourg de est en voyage. JULES LAFORGUE. Je crois que je serais plus intimidé à Paris dans le monde. Le soir je suis toujours une demi-heure à l'avance chez la CtesseHacke. Au revoir.MÉLANGES POSTHUMBS résume les journaux et je fais faire à l'Impératrice des exercices de grammaire. je lui apporte une collection de mots et de phrases terribles pour éprouver son orthographe. Rappelez-moi. D.

comme le jour de l'an à Paris. M. J'ai lu l'article de W. 24 décembre 1881. Je viens de recevoir le Livre où je lis une petite note sur votre travail que je bouquine. on respire un si joyeux air de fête que ce jour de Noël me paraît être très important ici. Je songeai donc à envoyer la lettre aujourd'hui samedi. Vous m'aviez dit d'aller faire votre visite à M. ÉPHRUSSI V [Berlin. Mais là.] Cher Monsieur. j'allais être importun en faisant cette visite demain dimanche qui est la Noël. très probablement. Je suis très embarrassé. sur Van Praet où il y a trois lignes sur vous. Je vois ici depuis quelques jours tant de préparatifs.LETTRES A M. . très probablement. ô grand homme L'Impératrice est toujours très contente de moi. 0 bénédictin. j'ai pensé que. je dérangerais votre cousin. dimanche dernier. j'ai rebroussé chemin me disant que. Alors. Dites-moi que rien n'est perdu et que je n'ai pas commis de faute. en lui envoyant la lettre la veille. Je vous ai écrit que cela m'avait été impossible. Je suis allé Unter den Linden.

copié à la plume le portrait de Maître Hyeronimus exécrable. Rassurez-moi. ma foi. Cette atmosphère de fête m'attriste au-delà de la mort. . à ce propos. hier au soir. le dans les Penséecs de chapitre des divertissements Pascal). voilà. Votre reconnaissant. Cela m'a été remis par ma bonne comtesse Hacke et à la lecture de demain soir je remercierai l'Impératrice en l'assurant encore de mon dévouement. Je m'aperçois que je bavarde. et je prends les plus petits détails de ma besogne à cœur. une intimité littéraire. J'étais confondu. Item. surtout si M. La stupide humanité a besoin de fêtes (v. Je voulais seulement vous exposer ma situation relativement à cette visite tant désirée et que les circonstances m'ont fait retarder. M.MHLANGfeS FOSTHOMBS Cet. m'a fait ce matin L'Impératrice. Et puis.lectures se passent presque dans l'intimité. sait par vous que j'ai votre lettre depuis une semaine. Je suis très anxieux de savoir si je n'ai pas commis quelque faute. Je ne me rappelle pas une heure de ma vie où la joie ne m'ait navré ou du moins attristé. présent d'un beau nécessaire à écrire avec une exquise bonbonnière azur à peluche bronze. JULES LAFORGUE.

comme je vous l'ai dit. Si vous saviezque je vous aime. L'Impératrice a ici un pensionnat modèle. mais. . Cher Monsieur. Tout simplement. et M. quelque chose comme Saint-Cyr. Peut-être vous entreriez même. Toujours Metternich et toujours Sully Prudhomme. Pardon. MUe de Meindorff. Je sors de ma lecture de onze heures. répondre. M. mon incurable timidité est assez aise du prétexte de la semaine du jour de l'an pour retarder encore ces deux visites que je désire tant. pardon d'avoir tant attendu pour vous J'ai fait une foule de courses. Rien dans les journaux. J'y ai trouvé une parisienne institutrice. Le Royaume des chiffons l'a enchantée tout particulièrement.LBTTBES A M. D. M. Je suis chargé de fureter dans les journaux pour trouver des entrefilets de modes pour la première femme de chambre de l'Impératrice. L'Impératrice goûte beaucoup les articles d'Étincelle. ÉPHRUSSI VI Berlin [31 décembre 1881]. Surtout si vous saviez comment. nièce de Meyer du Collège de France.

par exemple. et comme toujours les arrosages. une journée de printemps avec le Aujourd'hui. Je fais de l'allemand. à Berlin. . Une autre. Je reçois les jeudis et les lundis de Bourget. travaille. votre silhouette. un être qui vous doit tant et vous en est si reconnaissant. Je sais que vous pensez à moi et que vous n'oubliez pas qu'il y a quelque part. vous racontant n'importe quoi. vos travaux. un article pour moi. et je verrai aussi. laissez-moi vous écrire souvent. Bourget m'écrit. des vers. les éternels arrosages sur la voie publique. sur trois sortes de critique d'art. Merci de vos bonnes lettres.MÉLANGES POSTHUMES Et je travaille. J'attends toujours aux Débats l'article de Clément ou du fidèle Berger. A Paris vous avez naturellement des marécages. en prenant comme exemples. avec toujours cette épigraphe sous entendue: nil sub sole novum ou plutôt omne sub sole novum. votre jeune gloire (de bénétrès dictin-dandy ?). J'ai trouvé ici un de ses amis. du musée de Berlin. soleil et le ciel bleu clair et de grands militaires reluisants. mais je ne veux pas qu'elles soient un ennui pour vous. du brouillard malade. vos collections parisienne. Répondez-moi quand vous avez un petit quart d'heure à tuer et que votre papier à lettres n'est pas loin de votre main. des averses. Il y a cinq à écrire sur votre livre Une sur chroniques vous. à l'aventure. Pour moi.

De toute façon vous verrez combien cette âme de poète aura compris votre œuvre et comprend l'âme de celui qu'entre nous nous appelions notre maître bien que je n'aie jamais fait d'infidélité au vieux Rijn. JULES LAFORGUE.. et va chez Brébant et fume sur le boulevard et porte des tuyaux de poële. Cher Monsieur. etc. ÉPHRUSSI votre procédé. Elle est d'une simplicité et d'une amabilité char14 . Voyons ce que je vais trouver un de ces jours dans le Parlement. permettez-moi de vous « souhaiter une bonne année » à vous et aux vôtres.LETTRES A M. et puisque c'est l'usage et malgré mes convictions fatalistes. peut comprendre l'âme d'un artiste de la Renaissance. Votre bien reconnaissant. Je viens d'être présenté à la Princesse royale.Taine. Sur ce je vous quitte. Une autre sur ceci Jusqu'à quel point un Parisien de 1882 qui collectionne des impressions et va à Bruxelles pour écouter une première et a son fauteuil à l'Opéra. celui de M. etc. VII Berlin |9 janvier1882]. celui du Watteau des de Goncourt.

Je m'en suis tiré je crois (sauf qv.MÉLANGES POSTHUMES mantes. parlant de vos portraits de M"'e Ve G. je lui ai montré une à une les héliogravures et quelques dessins. Je vois son geste me montrant vaguement avec un sourire une table de travail.e j'ai été peut-être un peu bavard.). n'est-ce pas ? ce qu'on vous en dira si tant est que tout ceci ait. que je n'avais fait qu'un . l'importance que cela a eu pour moi. d'une deuxième édition de votre livre. j'ai porté l'autre jour votre volume à l'Impératrice. pêle-mêle avec la pacotille des livres d'étrennes leur ôtait peut-être quelque chose de leur caractère imposant et durable. de l'article de Cheshistoriques. Outre cela. J'ai toujours peur. elle a 'feuilleté les premières pages. je deviens observateur). puis. moi. à son côté. trop peut-être. Alors je me suis mis à bavarder. Seulement elle a vu à la première page votre petit mot. en réalité. J'ai mis le livre devant elle. neau. J'ai bien bavardé. etc. enfin. La Princesse m'a tout de suite parlé de vous (je ne suis plus timide. J'ai insinué que la publication de pareils livres à l'époque du jour de l'an. Elle était émerveillée et plaçait des appréciations justes. et j'ai eu toutes les peines du monde à lui persuader que c'était pure amabilité de votre part. mais la Princesse m'a d'ailleurs ditesmis sur votre chapitre et dame. et me disant: Je l'ai presque terminé (votre livre).

Etc. ami de Rubinstein. le violoniste Ysaye. une dissertation force éternellement charmante et sale et ridicule. ô bénédictin. et la chose bizarres de d'Ary Scheffer. Vu les peintures du café Bauer. beausur l'amour.LETTRES A M. et que d'ailleurs il était évident que j'étais trop jeune pour collaborer à de pareils ouvrages. Je fais des connaissances. Alors. que faites-vous ? Je vois toujours les sommaires de la Gazette et de l'Art. Assez d'allemand. élève préféré de Vieuxtemps. cette coup de vers. Je travaille. Il fait ici un temps de mars très doux et pluvieux. un pianiste. Puis je refais des vers. et les archéologies Moreau dites ?. Et Bourget? Je vois très souvent ici un de ses amis qui fait de la critique musicale. Et voilà. les belles flaques de la place de ce nom. Et maintenant. un peintre de Dresde. etc. ÉPHRUSSI travail de copiste. travaille. elle m'a félicité du cadeau que vous m'aviez fait là. Puis. Je regrette les galeries de l'Odéon. les ciels malades que l'on voit du pont de la Concorde. (J'ai été amou- . je me réchauffe les yeux avec une pile de crêpons japonais laissés par Pigeon. Que tramez-vous entre votre Grenouillère de Monet et le Constantin Guys de Manet et le Van Goyen noyé d'averses et de brume.

M. Je vous serre la main. et les rosses résignées et somnolentes des fiacres. Je soupçonne que M.) Je regrette les enterrements à la Madeleine et à SI-Augustin. il est onze heures et demie. M. sur vous et sur tout. puis préparer la lecture. J'ai bavardé très longtemps. J'en sors. puis des courses.m6langbs posthumes ceux de la statue de Nantes qui symbolise la chasteté saine et virile. même si vous n'avez pas le temps de m'écrire et je suis votre bien reconnaissant. puis la lecture et à neuf heures un thé chez la Princesse royale. puis faite (enfin) ma visite à M. M. Cher Monsieur. J'ai vu aussi MUe M. Jules Laforgue. Ce matin lecture. Je vous demande de m'excuser. J'espère que vous ne m'oubliez pas. Je me suis tout de suite senti dans une atmosphère de sympa- . est un bibliophile convaincu. a été bien aimable pour moi. On m'écrit qu'on a vu votre livre à Tarbes (H'esPyrénées) VIII Berlin. 13 janvier 1882. mais je ne trouve e vraiment pas le temps d'écrire. M. qui s'intéresse beaucoup à notre littérature.

M. Un incident Vers dix heures. mais j'espère qu'il m'a pardonné mes retards (vous devez lui avoir dit que j'étais coutumier de ces sortes de choses). De vieux gâteux chamarrés de ferblanteries dorées. Werner (les [peintures du café Bauer). mais au bout de cinq minutes j'étais remis et j'observais des types. Maisje voudrais qu'on fût bien persuadé que je supporterais tout plutôt qu'on crût que j'ai commis une impolitesse avec intention. Je sentais tous les yeux braqués sur moi. J'ai tout de suite revu des connaissances. j'étais dans un groupe. et j'en ai fait de nouvelles. M. outre l'aimable monsieur de Seckendorff. etc. De bien curieux. J'étais bien effrayé de ce thé pour ce soir. commençait à croire que j'étais un être mythologique. mais je ne me suis pas effrayé. Un instant la Princesse royale est venue à moi et m'a parlé. Je voyais 14» . et les femmes. De neuf à onze heures j'ai été tout yeux et tout oreilles. malgré mon air de mélancolique errant. Je me repaissais de réflexions méphistophér r liques. Et les femmes. Mais j'ai glané des pages de notes.LETTRES A M. le comte de Pourtalès. et j'ai été souple comme dans un roman de Stendhal. Curtius. Él'IIRUSSl thie. Un curieux profil de diplomate anglais.

Je réponds je souris aussi devant cette rondeur affable. de Seckendorff qui me rassure et à l'aide-de-camp. de Nivenheim. Néanmoins je vais me confesser encore à M. et je bavarde. M. me serre franchement la main et se met à causer très familièrement en riant. et que finalement j'étais bien confus. vous qui êtes le bénédictin dandy de la rue de L. vous avez vu mon fils ?. et je suis à mille lieues au-dessus de toutes ces dorures. qui en rit à son tour et fait plus que me rassurer.MÉLANGES POSTHUMES un militaire chamarré causant avec celui-ci. Vous le savez aussi. Elle m'a répondu qu'il n'y avait pas de quoi être confus. etc. Brusquement il vient à moi. Je ne le connaissais pas. qu'il est en Angleterre en pourparlers avec miss Parnell. Il n'y a que l'Art. j'ai raconté à mon tour. celuilà. et que je n'avais pas eu l'honneur d'être préalablement présenté à Son Altesse. Tableau. Il me quitte et alors je demande au Dr Velten quel est ce militaire qui vient de me quitter ? Mais c'est le Prince royal. Je lui raconte mon cas et il me rassure. » (Le Dr Velten lui avait raconté la chose). Et que devient Bourget ? On me dit qu'il a disparu. Et voilà. Peut-on lui écrire ? . comme on dit. Ce matin l'Impératrice me dit en souriant ironiquement « Vous étiez au jthé hier. Je lis une page de Spinoza ou de Hartmann. Alors.

Donc vous vivez encore.LETTRES A M. Voilà longtemps que je ne vous ai écrit. Je lui ai parlé de l'auteur comme étant le premier de la génération en vogue.Berlin. vos conseils et ne met-il plus d'eau dans son vin? Le bedeau de Saint-François de Sales est-il toujours le sérieux cicerone artistique que nous avons connu ? Il est probable que je recevrai M. . 6PHKUSSI a trouvé la Vie inquiète très disL'Impératrice tinguée de sentiment. j'en serais bien plus à mon aise. Je vous serre bien la main. 29 janvier 1882. Si vous aviez quelque conseil à me glisser à ce sujet. Mais ne m'écrivez que si vous avez dix minutes à tuer. JULES Laforgue. Et voilà. et sa famille. suit-il Que faites-vous? Que fait-on? M. J'ai reçu un feuilleton de Bourget sur la Faustin et j'ai cru reconnaître votre écriture dans l'adresse de sa bande. ce qui est vrai. M. IX Dimanche. B. Cher Monsieur.

J'ai passé deux bonnes heures aveclui. bien triste. J'ai reçu une petite lettre de Bourget. Il m'a montré une série adorable de petits dix-huitièmes.fait les stations devant les vitrines. les deux volumes de notre Bourget. M. des allégories charmantes jetées du bout du crayon relevées de quelques eoups de pinceau. Et vous. d'un couchant si triste. M. Mlle M. (Et son volume?) . qui lui fait de la peine. est un homme précieux. bien automne. est bien aimable pour moi. M. triste. La Faustin fait-elle beaucoup de bruit ? J'ai lu déjà plusieurs Pot-Bouille.MÉLANGES POSTHUMES Vous ai-je conté ma première visite à M. M. le Baudelaire. etc. et chez moi où je lui ai prêté En ménage d'Huysmans. des dessus de tabatières. Il doit être avec moi le seul homme de Berlin qui adore la décadence en tout. avec parfois un sourire jaune.? J'ai été encore le voir mardi dernier. était souffrante et je n'ai pas encore vu Mm6M. un beau. Une édition de Molière avec les Boucher. une lettre triste. Il a un Goyen comme vous. M. des fantaisies légères. que faites-vous ? Vous avez dû acquérir de nouveaux impressionnistes. Un Patenier. Puis nous sommes sortis ensemble. Un traité de géométrie avec des Cochin au bas des figures. Outre cela Pigeon m'écrit que Bourget est dans un découragement de tout. Je ferme les yeux pour voir le pastel de B.

Des mœurs bien curieuses. L'un est violoniste (il avait un article dans le dernier supplément du Figaro et jouera vendredi devant l'Impératrice) et son frère est pianiste. que faites-vous. Maintenant les lectures marchent bien deux par jour. ô homme bien équilibré? Vous reposez-vous sur votre jeune gloire ? Pourquoi n'êtes-vous pas passé par Berlin en allant à Bruxelles voir Hérodiade ?l i Ah vous savez que je connais Hérodiade maintenant. ô bénédictin. Pris des notes. J'ai ici deux amis (les deux frères Ysaye). Et le ministère qui est tombé Hier j'ai expliqué de mon mieux à l'Impératrice ce que c'était que le scrutin de liste.LETTRES A M. car il paraît que l'impératrice n'est pas prodigue sur ce point. Jamais l'Impératrice n'avait tant lu. Ils ont déchiffré et chanté toute la partition. de nerfs et cœur. J'ai fait aussi la connaissance du petit Dangrémont et de son père. ÉPBRUSSI Et vous. ô homme sain d'esprit. Passé plusieurs heures ensemble. Elle a dit à la comtesse de Hacke que je lui plaisais de plus en plus. N'est-ce pas agréable ? Je crois que nous aurons bientôt SaintSaëns. Et en me le répétant la comtesse Hacke n'en était pas encore revenue. Le matin nous faisons des exercices de style et comme sa main est trop faible pour écrire elle me demandait toujours de lui trouver une forme d'exer- . ô dandy.

MÉLANGES

POSTHUMES

cice. Après bien des réflexions, j'en ai trouvé une qui fournit l'occasion d'être spirituelle parfois et de tourner élégamment des phrases de vive voix, sur un mot. Elle en est chaque fois enchantée. (Est-ce assez Machiavel? ) Et tout est pour le mieux dans le pire des mondes possibles, sauf, etc., etc. Et je vous serre la main. Devinez à quoi je songe ? A la façon dont vous disiez « oh, quelle horreur » quand Bourget émettait une idée ou une expression. étrange. Vous souvenez-vous ? Adieu, ne m'en veuillez pas trop. Votre Jules LAFORGUE.

X Berlin, 2 février 1882.

Cher Monsieur, Quand je vous appelais ô homme sain d'esprit, de nerfs et de cœur, ô homme bien équilibré Cher Monsieur, vous êtes un sage de critiquer ainsi la maladie qui pousse des fleurs du genre de la Faustin, vous êtes un sage jamais vous ne sentirez le charme de la décadence, je vous plains et

A LBTTRKS M. ÉPHIIUSSI

assurément, quand je raconterai votre sortie à M. M. lui qui aime la décadence, il vous plaindra aussi avec un sourire d'yeux derrière ses lunettes d'or. Parbleu oui, tout ce que vous dites ta est très juste, mais, dame, il faut être de son âge et même en avant de son âge sous peine de passer pour un monsieur antédiluvien et d'être recommandé aux paléontologues de la critique littéraire. Vous me pardonnez, n'est-ce pas ? J'aime beaucoup la description que vous me faites de l'attitude de Bourget chez Renan (dont la Vie de Jésus a été appelée par P. Véron « du sirop d'hérésie). » Je vois encore Coquelin dans Diafoirus, mais j'espère que les sièges du salon de M. Renan ne sont pas si élevés que ça. Je voudrais bien voir Bourget dans cette attitude et baissant la voix, sa voix qui est tout un orchestre. Et vos dessins du Louvre ? Et son Baedecker ? J'ai trouvé ici la revue dans la Journal Zimmer à la Bibliothèque. Je n'ai pu encore aller voir M. D. (voilà une chose terrible). De une heure à trois heures on peut le voir et je n'ai ces heures bien libres que le lundi) et le lundi son musée est fermé. Voilà encore un petit martyre. Dites ? Je suis très occupé. Je lis en ce moment les deux énormes volumes de Galiani avec la certitude de

MÉLANGES POSTHUMES n'en pas tirer une page ch lecture pour l'Impératrice, c'est un peu vert. Nous avons la ressource de la Revue des Deux-Mondes (Maxime Du Camp et un article sur les musées de Berlin). Nous allons avoir ces jours-ci l'exposition Vereschagin (Est-ce bien l'orthographe ?) Je l'avais déjà vue à SaintArnaud à une époque de flâne à outrance, et j'y ai passé, je me rappelle, deux entières après-midi. Ici, je n'aime après Menzel et autres, que leur Joseph Brandt qui a une si belle verve de touche et qui m'était resté inoubliable avec ses Kosaques de l'Exposition Universelle de 1878. J'ai été voir hier M. M. Je ne l'ai vu que quelques minutes, il gardait la chambre pour un mal de gorge survenu. Merci de votre lettre. J'irai le revoir. Adieu bien, Votre JULES LAFORGUE. Connaissez-vous le concert Hans Bilse de Berlin ? J'ai fait là-dessus une pochade pour un jour à la Vie Moderne. Je me suis aperçu que mon, volume de vers était un ramassis de petites saletés banales et je le refais avec rage.

LETTRES

A M.

ÉPHRUSSI

XI

Berlin, 12 février 1882,samedi soir. Cher Monsieur, Je viens de lire votre article. Il est bien intéressant. Mais rien qu'à la façon dont il commence, rien qu'aux quelques lignes où vous donnez le caractère de ces médailles, rien qu'à la façon dont vous terminez, bref à l'allure consciencieuse et modeste de ces quelques pages j'aurais reconnu que vous en étiez l'auteur quand même je n'aurais pas trouvé votre nom au bas de la dernière. Et, dix minutes, je suis resté en extase devant les pieds aristocratiques, du duc de uniques Bien que « vilain et très vilain » Reichstag. (comme disait ce voyou de Béranger), j'adore la race et quand, dans ce monde où je suis un peu fourré, je la rencontre, j'ai des jouissances uniques. Sincèrement, ici, il y en a peu. La plupart de ces piliers de cour sont assez vulgaires. J'ai vu des jeunes gens a Paris et des dames qui avaient plus de race que ça. Le siècle pue le parvenu, n'est-ce pas ? La princesse 1 royale, elle, est d'une distinction
15

MÉLANGES POSTHUMES

bien complexe dont on démêlerait les éléments avec plaisir la plume à la main. Quant à l'Impératrice, c'est un type accompli de grande dame, comme les aiment ceux qui ont vécu en imagination dans les salons du grand siècle et dans ceux du dernier. Mais il ne faut pas que je vous fasse trop de confidences. Vous devez sans doute lire le premier article de Pigeon. Il a fait ici un triste effet. La nouvelle s'en est répandue au milieu d'un bal à la cour et a fait du bruit. Un peu de cette petite trahison est retombé sur moi. Mais j'ai pris mes mesures et j'ai eu avec le secrétaire de l'Impératrice une petite conversation qui arrêtera net toutes les méfiances à mon égard. Le cas de Pigeon est assez. singulier, mais je n'en dis pas davantage pour aujourd'hui. J'ai vaentrefilet sanglant de guement cu un écho d'un et la Gazette officieuse de la cour, pour Pigeon Motus. je ne sais pas ce qui arrivera. Je me tais. J'ai été revoir ici les Vereschagin où j'avais flâné de si bonnes après-midi à Paris. Ici, c'est autrederrière ment bien installé. Eclairage électrique, la cloison où s'appuie la grande toile du Prince de Galles, un orgue joue des choses lentes, éternelles et si tristes, qui m'ont bouleversé quand j'ai conet templé (vous vous rappelez?) ce pope en noir

LETTRES

A M.

ÉPHRUSSI

argent cadavres

avec nus.

son

encensoir

devant

la

plaine

des

J'y ai rencontré M. M. mardi dernier. J'ai enfin fait la connaissance de Mmo M. qui lit les Souvenirs de Renan dans la Revue des t)eux-Mondes elle est bien aimable et m'a semblé devoir être spirituelle. J'ai reçu hier au soir nne de ces cartes comme on en reçoit à Berlin.
Heur M. UND Erad

beehren

sich.

etc.

einzuladen

C'étaitun dîner pour demain dimanche à six heures. Hélas j'ai lecture tous les dimanches à sept heures, mais après ma lecture je m'échapperai vers les Linden passer un bon moment, causer avec M. M. tâcher de lui faire aimer un peu Baudelaire qu'il ne goûte décidément pas. Je lui ai porté le Gaulois de Zola, cela l'a dégoûté du reste. Je lui ai porté La Faustin. Je lui porterai La Chanson des gueux. Est-ce de vous que j'ai reçu ce matin un Gaulois avec, marqué, un article de Benvolio ? Qui est-ce, Benvolio ? a Adieu. le J'espère que vous êtes toujours même, bien portant, soignant votre barbe, fumant des cigarettes thé en riant du style degoncouresque. Je vous serre la main. (J'espère aussi que M. Hos.

MÉLANGES

POSTHUMES

clwdé ni autre ne vous a dépossédé de notre Monet aux barques: bien dessinées, et que je le reverrai.) `;
K-

Votre JULES LAFORGUE.

Je vous parlerai prochainement d'un projet sur > Watteau.

XII
Berlin, 31 mars 1882, vendredi.

Cher Monsieur, N'êtes-vous plus à Paris ? Je vous écris encore à la même adresse. J'ignore absolument ce que vous devenez. Bourget est à Aix, dans des pays inconnus qu'on voit sur les cartes de géographie. M. et MmeM. ont quitté Berlin. J'attends le numéro de demain de la revue pour voir si vous donnez la suite de vos dessins du Louvre. Je lis chaque jour les belles choses qu'on envoie au Salon le Roll, le Manet, etc. A ce propos, vous ai-je parlé d'un artiste d'ici Max Klinger, qui a une sorte de génie du bizarre ? Il a envoyé au Salon de Paris une toile intitulée Cerné que je n'ai pas vue, mais qu'il m'a décrite et qui doit être bien étonnante. Il a peur qu'elle

C'était bien mauvais. Remarquez-les. Le volume de Bourget continue à ne pas se montrer. Les jours passent et se ressemblent. le Kronprinz Ufer et. L'exposition Vereschagin continue toujours. Je lis à peu près tout ce qui paraît d'intéressant comme littérature. Ici tout le monde fait du paysage. Je n'en ai rien vu. Votre amie la Princesse royale est toujours malade. si profond. il vous en parlera et vous serez témoin de ses accès de lyrisme. la princesse FréBrandebourg. et . si vous voyez M. etc. paysagiste de génie. Ma vie est toujours la même. C'est péniblement fait. Au reste. Il paraît qu'il cultive le paysage. de S. le Luisen Ufer. La comtesse de la comtesse Brühl. très travaillé. M. il y a des effets ce qui prouve que Guillemet est un étonnants. J'entrevois de temps en temps M. Le soir. mais je sors de son Renan qui est étonnant. à part une large et brutale copie de Hals de je ne sais qui. Nous avons eu l'exposition d'une sorte d'union artistique de dames. ÉPHRUSSI soit refusée. de l'autre côté de Berlin. mais si voulu. Il va envoyer en outre quatre eauxfortes en deux cadres. vous serez étonné. J'ai trouvé ici des endroits tristes où je vais promener mes mélancolies derrière les Zelten.LETTRES A M. déric-Charles.

une lettre haletante. Votre JULES LAFORGUE. Je vous serre la main. nous irons dans une autre. mais il est d^s mystères qu'il faut se garder de vouloir approfondir. Je m'ennuie toujours. Le poète Bouchor est venu entendre la Passion de Bach. 9 avril 1882. Que de choses.M'LANGES POSTHUNES toujours l'orgue caché derrière l'immense toile du Prince de Galles joue l'Ave Maria de Gounod. pure modestie. Mon cher ami. La revue n'arrive ici que cinq jours après qu'elle a paru à Paris. et que vous êtes heureux Si vous vous plaignez de ce tourbillon. XIII Dimanche. Quand saura-t-on de vos nouvelles ? Adieu. Il fait beau. c'est. Berlin. et la ville de Berlin est de plus en plus assommante heureusement que dans quinze jours. . entre nous. Je viens de recevoir votre bonne lettre qui m'apporte de la fièvre de Paris.

il est encore le plus pénétrant. à une heure de la nuit. C'était enivrant comme eau-forte. etc. si la revue est arrivée au café Bauer. hier au soir. envoyées au Salon et signées Max Klinger ? Je découvre de nouvelles eaux-fortes ici. son âme. sous la lune. je contemplais une sorte de passage en rivière noire et puante. ÉPHRUSSI Je lirai probablement ce soir votre nouvel article sur les dessins du Louvre. Mais vous vous rappelez peut-être. Bourget a adoré la gloire. Quant au critique. temps que je pense et dis à qui veut l'entendre a du génie parmi nos poètes. Vous ai-je parlé. avec quelque chose de plus qu'eux tous. Je suis heureux de ce que vous me dites de la gloire de Bourget. profondément encaissée entre les murailles lépreuses. si nous ne partions bientôt aussi à notre tour. d'une toile et de quatre eaux-fortes. Tout le monde part. c'est un passage qui mène de la Taubenstrasse à la Hausvogteiplatz. de Richepin. Hier. à part les maîtres bien assis. . au-dessus de Sully. dans ma dernière lettre. Je finirais par être seul. de Coppée. Encore un. En laissant de côté l'inévitable il y a longsubjectivité de tous mes jugements.LETTRBS A M. que si quelqu'un c'est Bourget. J'ai souvent réfléchi à ce que pouvait être la gloire pour Bourget.

avec la gloire exquise d'un Tennyson singulier pour le public choisi. . et l'art comme le respecte Bourget. Et c'est encore peu pour qui a rêvé les fanfares des siècles passés. comme un Balzac. Je lis. tout au moins. Nous partons pour Bade vers la fin du mois. et l'on n'a pas encore analysé la maladie dont Flaubert est mort. je note toujours. Tout ceci serait trop long à développer. ou. ne -lui donneront jamais que la gloire bourgeoise d'un Taine pour la foule. On vient de m'offrir un congé de quinze jours que je n'ai pas pris pour ne pas déranger l'Impératrice dans ses habitudes.MÉLANGES POSTHUMES furieusement. Ma vie est toujours la même. Ce changement d'atmosphère civilisée m'a retourné le cerveau comme on retourne une omelette. sans le génie de la patience. mais cela ne durera pas. Le public ne pourra jamais lui donner la gloire qu'il mérite. Et je note. un Balzac aux épaules frêles. mais surtout. En août. Je travaille un peu de tout. je pense. j'écris. les voyages tourmentés d'un Byron. Mais le public que nous avons. j'aurai deux ou trois mois. Bourget se sent peutêtre repris d'une de ses frénésies d'antan. et à laquelle il a conscience d'avoir droit. devant ce succès auquel il n'avait bien certainement pas songé. Mais je n'écrirai jamais rien sur les gens que je vois en tant que personnes. Maintenant.

Mais maintenant on la voit sortir. Wiesbaden. J'ai été visiter une exposition dans la Commandantenstrasse il y avait peut-être une ou deux bonnes toiles et un tableau sans valeur d'Eugène Chaperon fourvoyé là je ne sais comme. pendant ces semaines. Blanche. je m'y ennuie Vous qui avez été partout et même ailleurs. Vous me parlez tant du Salon Avec le Puvis. Manet. Au revoir et merci de ne pas m'oublier et de votre bonne lettre. La Princesse royale avait simplement mal aux yeux. un orgelet. Votre JULES LAFORGUE. Je vous félicite pour le Menzel qu'elle vous a envoyé. Je suis à Wiesbaden depuis bientôt une semaine. n'est-ce pas ? i5* . bien maigre. Hélas je n'en verrai que le catalogue illustré et c'est maigre. Et je m'y ennuie.LETTRES A M. Bonnat. ÉPHRUSSI Mais j'utiliserai mes notes psychologiques en les transposant. XIV 26 avril 1882. Renan. vous connaissez Wiesbaden. Cher Monsieur.

il est vrai que vous êtes russe. que d'aller courir à travers les côteaux. Vous avez surtout un passage avec des touches où l'on sent le paysagiste qui est resté en vous. n'en doutez pas. .MÉLANGES POSTHUMES Je n'ai d'autre distraction. Je suis heureux de voir que vous aimez Ruysdael qui. mais rien à lire. J'ai à la fin mis la main sur la dernière revue et votre article est vraiment étonnant comme langue. car pas installé. Pourquoi n'avez-vous pas écrit le livre que Havard vient de publier (il y a déjà des mois) chez Quantin dans la série de l'Enseignement des BeauxArts ? Je n'ai pas vu votre nom sur le catalogue d'ouvrages en préparation. n'étant ici que pour dix jours. je note des coins et les sensations y correspondantes. les petits bois. quand vous me reprochiez de sacrifier à de Goncourt ? Et vous y voilà. Puis vos lignes sur Backuysen et Rembrandt. Les sapins me vont au cœur. Vous souvenez-vous. Votre vue d'ensemble sur l'art hollandais est vraiment étonnante (entre parenthèses je ne vous savais pas si amoureux des intérieurs hollandais et des ciels pluvieux). Je fais des kilomètres. Je me grise de verdure. ne pouvant travailler. est le plus grand paysagiste qu'ait produit la terre après Guillemet. Tout est déjà vert ici.

ÉPHRUSSI A Et celui sur le Baiser de Michel-Ange ? Ce Baiser est la chose la plus sublime que la planète ait encore produite en fait d'amour. Rien de nouveau sous le soleil. samedi au soir. vous a-t-il dit beaucoup de mafde moi? Il m'en veut de lui avoir fait admirer deux ou trois pages des Fleurs du mal. de Berlin à Wiesbaden. M. J'ai lu votre lettre avanthier. Je vpuj»remercie d'a. Spleen. spleen. Votre lettre était adressée à Berlin. spleen. Quand paraissent les Av^rr. ayant passé dix jours à Wiesbaden avant de venir ici. XV Baden-Baden. Cher Monsieur. en arrivant ici (Bade. de Bourget ? Et Pot-Bouille? Je l'ai lu en une journée de chemin de fer. C'est aujourd'hui lundi. n'est-ce pas ? Votre JULES LAFORGUE. où je n'étais plus.LETTRES M. 1°' mai 1882.voir songé moi pour par- . M. Ce ne sera pas son chef-d'œuvre. maison Mesmer) où votre lettre m'avait précédé.

Dans quel travail êtes-vous plongé ? Un tirage à part de vos dessins du Louvre ? Vos portraits ? Avez-vous de nouveaux impressionnistes ? Dans toutes lesvilles. faites. C'est lamentable et sanglotant.MÉLANGES POSTHUMES 1er de votre livre dans la revue. ici. J'espère que vous serez content de ce* que je vous enverrai. sont-ils rentrés sous . Ce travail va me désespleeniser pour un mois. \Si vous avez encore à préciser des points. mais figurez-vous qu'ici. mais où j'espère trouver la revue. Nous avons ici dans le Kursaal un cabinet de lecture auquel je n'ai pas encore rendu visite. je crois. et MmoM. rien. Mais je me suis déjà mis au travail. Quelque chose digne de votre livre et digne du assembleur des nuages et temple où préside M. Je vous dis adieu. la poste reste fermée tout le jour. M. Et d'ici là les Aveux auront paru. Ma machine n'en sera que mieux. merci de ce début que vous me procurez. projeteur d'éclairs. il y a une KunstAustellung permanente. et qu'il n'y a pas moyen de se procurer un timbre-poste. Les huit pages vous seront remises le douze mai à moins d'un vol des Postes. Et encore ues fois. Je voulais vous le dire tout de suite. exactement Ce que vous me dites comme points sur lesquels insister m'aide beaucoup. le dimanche. Mais on n'y voit jamais rien.

. Je l'ai terminé avec la hâte d'en finir. et qu'avant de songer à faire un Salon. Cher Monsieur. de plâtriers. il y a un quart d'heure. Je vois que je ne suis pas encore capable d'écrire un article d'art. JULES LAFORGUE.LETTRES A M. je devrais en faire d'abord un ou deux pour moi seul comme étude. KPFHUSSI leur tente? Toute votre famille se porte-t-elle bien? Avez-vous de la verdure au Parc Monceau ?Et plus de mâçons. de charpentiers brutaux dans votre rue. Je viens de terminer. j'aurais effrontément accepté. Et dire que si l'an dernier on m'avait offert un Salon à faire dans une feuille. avec l'horrible marchand de vins d'en face ? Votre Adieu. Cette lettre ne partira que demain matin. XVI Mai 1882 Bade (toujours) vendredi. J'avais commencé ce travail avec enthousiasme. la besogne en question et je l'ai mise juste à huit heures dans le Briefeinwurf.

Figurez-vous. Connaissez-vous Bade ? C'est d'une banalité comme décor de paysages et comme ville de plaiC'est à mourir sir Je vais tous les jours à cette Conversation décorée par des pinturlureurs à quatre sous. Je vais au Cabinet de lecture où je cherche les bons morceaux que l'on peut glaner dans une collection du Graphie. se promène dans le jardin écoutant la La civilisation y est à musique. je vous prie de le croire ? Nous avons causé d'art. Ils sont rares ici. II a beaucoup couru avec vous. de S. même . Et ce pauvre Gill ? J'ai passé la soirée d'avant-hier avec M. qu'il ne connaissait. il rentre dans Berlin déjà. Nous avons feuilleté mes exemplaires de vos brochures. Après avoir revu Londres et Paris avec leur fièvre artistique. au moins en ai-je conscience. c'est déjà beaucoup. Il m'a parlé du Salon.MÉLANGES POSTHUMES JI faut que vous sachiez que je ne suis pas très enclin à la modestie. aimable et intelligent. mais le mot juste ne me vient plus ou me vient après des tortures. « Le beau monde ». Pas une toilette ce point avancée qu'on ne peut se promener dans les rues ou le jardin avec un chapeau haut. en outre. écœuré de la nausée qui l'y attend. Au moins en voilà un. que je ne sais pas si c'est parce que je fume depuis que je suis en Allemagne (pas cependant énormément) ou quoi.

un curieux de JésusJe possède une Imitation tempérament. m'a repris dans ses engrenages peu fiévreux. adoasée à la lampe. et je m'en nourris dans mon cœur solitaire. Christ et l'Ethique du Grand Spinoza. quoique pénible. Ma vie a recommencé. à le prendre en bloc. Que dites-vous du moins de ses eaux-fortes ? C'est curieux d'idée. cependant. que tout le monde ne s'étonne. ÉPHRUSSI à moins correct. qu'on ne soit un très vieux vieillard. J'ai vu un catalogue du Salon et j'ai un vague soupçon que la toile de Max Klinger a été refusée. dédaignant les n'ont que splendeurs de ce Bade où les librairies des romans de Dentu et n'ont pas pu encore me faire envoyer les Aveux. Votre JULES Laforgue. Puis des eaux-fortes de Chjfflart (pour . C'est cependant. lundi novembre1882. pour demain matin. Je n'ai pour me consoler qu'une cire de Cros qui me sourit maladivement. Cher Monsieur. trop préparé et sabré.LETTRES A M. que j'espère. XVII Bade. pas avec assez de bravoure.

. un drôle de correspondant comprenant ses devoirs d'une façon légèrement biscornue. j'y ai pas mal bûché le côté théorique. si peu important qu'il doive être. grande exposition de l'art contemporain berlinois. J'ai revu mes notes pour l'exposition de Munich. J'enverrai deux articles de dix pages ou douze chacun sur le musée contemporain de Berlin. De plus. a Qu'en pensez-vous ? En revanche.. la base philosophique de l'art des Cornelius. Avec une Introduction qui fera le quart du volume et qui sera toute de psychologie et d'esthétique. je vais trouver une. Je suis content de Paris. Car je devrais le commencer de cette « La visite dont ces lignes sont le façon ridicule compte-rendu remonte à quatre mois et à l'ouverture de l'exposition. vous verrez. Je n'ose pas faire l'article. gélique). en arrivant à Berlin. Voilà par conséquent infiniment incomplète ». mais révélant une âme michelan. Schwanthaler. je me sens capable d'un sérieux et compact volume sur l'art contemporain allemand. etc. se diront les abonnés. des Schnorr. Ce sera très important et j'essayerai « d'être à la hauteur de ma mission ».MÉLANGES POSTHUMES la plupart assommantes. alors à peine encore aménagée.

Le soir. XVIII Berlin. puis à Berlin. Je vous la soumettrai avant tout.LETTRES A M. décembre 1882. J'ai causé aujourd'hui. grande société et nombreuse. Mais que la langue allemande m'est lente à lire et je ne parle que français. Vous ai-je écrit depuis que je suis à Berlin ? J'ai revu M. très juste et très condensée. Cher Monsieur. et. De là à Coblentz jusqu'au premier décembre. et MmeM. j'espère. Nous restons à Bade jusqu'au douze. qui non seulement sont les . mercredi. Enfin vous verrez. en principe. A che va la vita ? fuor che a dispregiarla ? Votre JULES LAFORGUE. K l'Hit OSSI Cette introduction sera très sérieuse. toujours français. en fumant avec Maxime du Camp. une bonne heure. Mais dites-moi si. une pareille introduction toute philosophique effaroucherait les habitudes de la revue ? J'en vois déjà la trame logique et tes détails et j'avoue ingénûment que je la crois neuve comme vue d'ensemble en laissant à d'autres le soin de dire si elle est juste et complète et répondant à tous les a posteriori.

lisse. Les Jockeys de Degas étaient merveilleux avec son culotté de tapisserie. Saisset. Je me dix-huit ans à la bibliothèque suis recueilli. M. cloîtré dans ce château de Coblentz. mais encore ont la bonté de ne pas remarquer ma sauvagerie. Lévêque. traduisait pour une revue. Taine dans un état de cerveau inconnu depuis mes nationale. de dix du soir à quatre du matin. Pissarro est vraiment un monsieur solide mais nous n avions pas de Caillebotte.MÉLANGES POSTHUMES personnes les plus artistes d'ici. Schelling. toujours la même imc'est fin. Vous ai-je dit que dans ces vingt jours. comme un pastel. St-Jean à Pathmos. enfermé. j'ai écrit en dix pages les principes métaphysiques de l'Esthétique nouvelle. et dans une nuit. de une esthétique qui s'accorde avec l'Inconscient . J'ai fait un assez long article de revue. Platon au cap Sunium. Hegel. son nu de femme est solide. c'est moelleux et chatoyant pression. tel Jésus au Jardin des Oliviers. très avons vu les impressionnistes intéressants sinon des plus significatifs. savant mais je n'aime pas ce porcelainé et curieux. mais pas de Danseuse. Nous de chez Gurlitt. une explication physiologique esthétique (?) de la formule impressionniste que M. Bouddha sous le figuier de Gaza. Devant les Renoir. Je le lui ai remis hier. j'avais infiniment pensé et travaillé ? J'ai relu les esthétiques diverses.

Je mets la dernière main à mes quelques pages préliminaires sur l'Allemagne pour l'étude sur la National Galerie de Berlin.LETTRES A M. JULES Laforgub. ÉPHRUSSI Htulmann. et ça explique le génie spontané. ni avec les travaux de psychologie les plus avancés. Ma méthode. n° 56). ou plutôt ma divination est-elle enfantine. etc. . J'ai deux lectures régulièrement par jour avec livres à choisir. Cher Monsieur. le transformisme de Darwin. J'aurai du moins rêvé que j'étais le John Ruskin définitif (1). ou ai-je enfin la vérité sur cette éternelle On le verra. à lire (1)Cetteétude n'a été publiée qu'en1895. ce sur quoi Taine se tait. et vous verrez. 2'j 12. En tout cas question du Beau ? c'est très nouveau.dans La revueblanche du 1eroctobre (tomeIX. XIX Berlin. Je travaille comme un nègre pas cependant comme le nègre Dumas père.82. ça touche aux problèmes derniers de la pensée humaine et ça n'est en désaccord ni avec la physiologie optique moderne. les travaux de Helmholtz. Enfin on verra.

Je travaille la nuit à la lampe. et la Revue des DeuxMondes. Aussi j'en écris une seconde. J'ai une comédie en un acte. dans un an. Prélevez là-dessus le temps stupide de s'habiller deux fois. Mais un premier roman ne peut valoir grand'chose. attendu que. mais qui ne doit pas être fameuse en réalité.MÉLANGES POSTHUMES d'avance. avec quelle intensité Plus J'ai terminé un roman. . plus noire que les Corbeaux. les menues dépenses de temps. Toute la maison est endormie. avec le Rhin en bas. Plus j'avais réuni des notes pour une étude courte mais supra-philosophique sur John Ruskin et le préraphaélisme mais on me dit que Chesneau est à la veille de publier un bouquin sur le même sujet. A Coblentz aussi. le temps de dormir. le sujet est très beau. Aussi. A peine de temps en temps un fiacre sous les Linden. j'en écris un second. J'ai donc un nouveau petit volume de vers que je ne publierai pas plus que le premier. il me paraîtra aussi ridicule que mon premier m'apparaît maintenant. j'avais pas mal besogné. et trois journaux. et vous verrez qu'il ne me reste pas grand'chose. C'est une infinie volupté. piqué de lumières reflétées. le temps stupide de manger (mais je me cache toujours pour manger). Quelquefois le clair de la lune sous la neige fine de Hausvogteiplatz. Alors j'entasse les feuilles de papier noirci.

Quand vous aurez le temps. des jours où je lis très haut. ÉPHRUSSI Il pleut un rude spleen sur Berlin. Michiels. d'autres où ma voix n'est qu'un souffle. Je réponds invariablement que c'est la vie. ou bien une belle étude sur Chifflart le Michelangelino moderne français. le public se ruerait dessus. ferez-vous un volume de vos dessins du Louvre ? Au revoir j'espère que vous m'enverrez quelques lignes parfois.. Vous ne publiez donc rien cette année Vous ne voulez pas vous enrôler dans la catégorie des forçats qui.LETTRES A M. . Impossible d'y aller. On est toujours content de moi. Seulement il paraît aussi que j'ai des jours bizarres. Il paraît que je suis passé maître dans l'art de choisir les romans voulus et dans celui de faire des coupures. etc. je devais aller passer la soirée chez M. n'est-ce pas ? JULES LAFORGUE. L'autre soir. et j'ai été pris d'une rage de dents. et MmeM. comme Müntz. publient quelque énorme machinette chaque jour de l'an ? Pourquoi ne feriez-vous pas un livre qui n'a pas été fait et qui est si fécond (l'impressionnisme). Il y a tant de choses à faire. Mantz.

.

ni rien (l'appellation qui doit répondre à notre. Spleen. et tout simplement pour aller jusqu'au bas de cette page. sans frais personnels. sans intention d'ailleurs. Qu'est-ce que c'est que ce bout de lettre que je D'abord cela ne commence par rien ni reçois cher Monsieur. Maintenant. Heureusement. Mon cher Poète. laissez-moi transcrire ici. la dernière phrase de votre billet: . nuance.LETTRES A Mme I Dimanchematin. ni cher ami. et pas de signature. lignes me parlaient d'un éternel toutou et j'ai pu deviner de qui cela venait. n'existerait-elle pas ou bien avez-vous eu peur ?) puis cela ne finit ces par rien.

vos deux pièces qui.MÉLANGES POSTHUMES « Je suis bien. et qu'à une époque je rêvais toutes les nuits que j'allais consoler Savonarole dans sa prison. dites-vous. je vous renvoie. excepté des papillottes. Maintenant. cela in'inquiète pour moi. avec parfois de petits accès de nausée universelle. » Hélas. cher poète. que voulez-vous qu'on vous vole ? Votre tableau italien ? vos illusions ? vos vers ? l'orientalisme bazar de votre pseudonyme (Sandâ est-il un diminutif mignard d'Alexandra et Mahâli. bien triste de bien. cher poète. parce que personne ne veut vous les » voler. Sachez. ar- . légèrement et outrecuidamment modifiées. j'ai eu des enthousiasmes de prophète. Moi. comme chantaient Faure et Brunet-Lafleur) ? Oui. Je regarde passer le Carnaval de la vie sergents de ville. déjà bien comme forme. une façon indolente de prononcer Magali? « 0 Magali. ma bien-aimée ». sont bien curieuses comme état d'âme pour ma part j'y vois beaucoup. bien des choses » qu'on ne peut pas perdre comme l'on perd son » chien. je mène toujours ma vie de dilettante. je suis dilettante en tout. Vous ferez de ces copies tout ce que vous voudrez. ne fait pas grand'chose. qu'avant d'avoir des ambitions littéraires. que vous volerait-on? Quoi qu'il en soit.

etc. Les clowns me paraissent arrivés à la vraie sagesse. quand je me replie sur moi-même. Vous mettrez cela en musique. et j'attends la mort. nous 16 . Adorez-vous le cirque ? je viens d'y passer cinq soirées consécutives. je retrouve mon éternel cœur pourri de tristesse et toute la littérature que je m'arracherai des entrailles pourra se résumer dans ce mot de peine d'enfant.LETTRES A Mme tistes. peut-être aussi un peu d'eau-forte. A propos. Je fume de blondes cigarettes. souverains. La prochaine fois je vous chanterai la chanson du « petit hypertrophique ». je fais des vers et de la prose. N'est-ce pas qu'il est trop tard pour que je m'y mette ? Je suis forcé d'interrompre mes bonnes soirées au cirque on se figure tout de suite qu'une écuyère est l'objet de vos platoniques assiduités et l'on vous propose d'énormes bouquets à lui lancer ? Au fond. C'est mamanqui m'appelle. ministres. au tréfond. Sa mère est morte d'une maladie de cœur. « faire dodo » (avec la faculté de se réveiller !) Pour tout ceci vous verrez un jour mes vers. Je devrais être clown. et il va mourir aussi et il chante pour refrain J'entendsmoncœur qui bat. j'ai manqué ma destinée c'est irrévocablement fini. amoureux.

écrivez-moi de longues lettres. mais sans que regardepar dessus nos épaules. chère Amie. . S. Dites. P.– H me tarde que vous publiiez votre vo. parce que j'espère que vous joindrez à l'exemplaire à moi destiné votre photographie. ne bavardons pas. j'ai psu*6éhier chez: lui une bien étrange soirée. ne soyez pas spirituelle échangeons. Mais qui avez-vous donc en a Egypte ? II Mercredi. entre oous. P.W' MéLAfNgBS PO6T0JDMES avons ici Saint-Saëns. Madame. mais encore. très iotimes. S. cher Confrère. v. chère Madame et Amie(?) (Mon gosier 4e>aaéulp»rleto»t*g k* fatgNes). très sérieuses. Voulez-vous? Votre Je les Laforgue.oulez-vous. Dites. cher poète. des lettres parfumées de confidences ? Vous voyez que je ne me gène plus. • Merci des timbres et de votre définition des collectionneurs. lume d'abord pour lui-méme. voulezwns ? J'aimerais causer en tête à tête avec vous (vous) du fond de mon exil.

même la lune n'est qu'un mal blanc. tout un été vert. Vous êtes quelqu'un. Voyez-vous une autre vie en 1882 à Paris pour un artiste frémissant à tout. qui de nous n'est pas un peu névrosiaque ? Comment finira ? Comment finirons-nous ? Comment finira l'auteur de la Faustin ? Comment a fini son frère ? Notre soleil est un gros hystérique et les planètes sont de petites hystériques. merci mille fois des timbres et de l'assurance que vous n'avez pas de correspondant au Caire. pour m'en débarrasser. an un livre pour l'amour de l'Art. pays où l'on fabrique des minarets pour ciels indigo. sensitift malade d'un . Il n'y a qu'à Berlin où il n'y ait pas de détraqués. puis il ira se remettre au vert. ne respirer que du fumier. n'écoutant que les friselis des arbres verts.) Ce que vous me dites de l'état de notre ami ne m'étonne guère. n'avoir l'œil ébloui que des nappes crues vert-perroquet des prairies. vous comprenez tout. n'a qu'à aller se mettre au vert. mais pourquoi s'en effrayer. déshabituer ses yeux du gaz par les humbles résines grésillantes et revenir à Paris avec un brin de santé à dépenser. Très sincèrement cela m'a enthousiasmé. (Et tout de suite. et décidément (surtout par ambition et par vision) vous êtes de la bonne race.LBfillBS A 11"' J'ai eu votre longue lettre hier au soir (je rentre du Cirque).

je suis seul.MÉLANGES POSTHUMES nuage. je me demande avec des frissons comment je n'en suis pas mort. il y a deux ans. froide destinée? . Et enQuand je relis monjourcore. Voyez-vous une autre vie ? D'ailleurs les maisons de santé sont ici-bas pour recevoir des pensionnaires. vous n'y croyez qu'avec un sourire et me répondez ce que « Vous êtes bien me répond tout le monde jeune » hélas croyez-vous que je pose ? Bien des choses à dire Trois ou quatre individus savent seuls un peu la vie que j'ai menée à Paris. Ces pantinsdétraquésbuveursde lait d'ânesse Et de café. J'avais dix-neuf ans. tu songes Voyez-les. heureux d'une nouvelle forme de chapeau pour parisienne et s'autopsiant avec du Chopin. non. par conséquent pas un brin Autrement quel livre noir et aigu de mon métier. nal de cette époque. Toute cette danse macabre moderne m'amuse Espècede Soleil. j'aurais à la place de celui sur lequel je m'acharne de temps à autre encore Pourquoi bavarder aujourd'hui sur ces deux années qui seront probablement la note aiguë de ma froide. Je vous ai fait part de mes pleurs.

virtuose. Je suis un pessimiste mystique. guitariste. j'irai fumer une cigarette sur le Golgotha en contemplant quelque couchant aux tons inédits. trop sale. Maintenant dilettante. J'ai voulu aller pleurer sur le Saint-Sépulcre. car j'en ai une. J'étais croyant. La vie est trop triste. je me crois plus. Une névrose religieuse. 16' . Oui. Seulement l'envie de pousser des cris sublimes aux oreilles de mes contemporains sur les boulevards et autour de la Bourse m'est passée. L'histoire est un vieux cauchemar bariolé qui ne se doute pas que les meilleures plaisanteries sont les plus courtes. j'ai joué à l'ascète. Depuis deux ans. (Avez-vous lu Le roi vierge de Mendès ?) Maintenant dilettante. Cependant je souffre encore parfois. alors j'analyserai ma petite névrose.LETTRES A Mme Cela se raconte par bouts de conversation de temps en temps quand cela nous remonte à la gorge. au petit Bouddha avec deux œufs et un verre d'eau par jour et cinq heures de bibliothèque. et je me borne à tordre mon cœur pour le faire s'égoutter en perles curieusement taillées. Les vitraux de Notre-Dame m'ont rendu malade souvent. revenu de tout. Pendant cinq mois. Pascal n'est que de la Saint-Jean à côté de votre serviteur. je bâtis un roman qui sera une autobiographie de ma pensée.

Nous sommes co&tem. Trouvez. (airs connus). ma santé. Enfin peut-être Tout n'est-il que rêve. le suffrage naiveasel. causons. maÀntemaAtveile- . Prophète n'est plus un métier. je mange mon cœur à diverses sauces épicée». seulement Celui qui nous rêve ferait bien de hâter le cuvage de son opium.p0Faias*. c'est très curieux. chacun la sienne. j'essaie la critique d'art de demain. je voyagerai*.qui êtes. je hais les d'impressionnistes. Hélas! à la première étape. E1 vou&. Et je rêve.vous r êtes aw-dessus des foules-. je m'achèterai des fleurs que j'irai respirer longuement dans le coin le plus intime die ma citante. je collectionnerais des céramiques. foules. la gendarmerie m'eût arrêté comme vagabond. je n'aime que VaH et moi (mon spleen. de la prose. Donc je regarde passer la vie. Madame. mon cerveai*}.. des japonais.vous? Je »e me g««e pas.MÉLANGES POSTHUMES La planète terre était parfaitement ieutile. existez-voua ExisAé^e ? Donc ? tout est égal. la désertion des idées.vous encore que je sois jeune ? Sachez. l'extradition de la vie. Si j'avais de l'argent. etc. d&ennuyoasr nous par notre chanson. prêchant la bonne loi. dites-le moi. qu'à dix-neuf ans j'ai rêvé de m'en aller par le monde. n'estce pas ? Mon Dieu. Et voilà. fais des vers. Si je vous déplais. des toiles ajguës.. pieds-nus.

Coppée (?). vous m'avez fait prendre. Seulement. beaucoup et je la trouve. pas pu faire autrement.) C'est très simple. me plaît beaucoup. bout de lettre qui m'appartient) je l'ai retouché à un état d'âme que j'ai eu un peu. « Dont jamais voyageur encor n'est revenu ». moi. fantastique. citoyen français.). impropre au service militaire. commencez non pas par « Je rêve 4'un pays.LETTBÇS A Mme venons homme de lettres. Je vous renvoie la pièce que vous appelez votre « fille unique » (prenez une copie de votre manuscar il porte au dos un crit et renvoyez-le-moi. l'accommodant Vision pardonnez-moi. cœurs. puis pour que cela soit plus vision. fleurs. vacciné. extatique. peut-être étendues. Ambitions (ce titre est une trouvaille) me plaît bien aussi. lisez Lecomte de Lisle. mais « Dont aucun voyageur n'est jamais revenu » est d'un français trop lâche. majeur. très complète ainsi. ce vilain rôle que . » mais par « Un pays. Vous verrez qu'il ne faut pas rimer éperdues. » {comme si vous le voyiez. pas. Banville. n'est-ce (Pardonnez-moi.

simplement pour l'avoir. où j'ai fait ma première communion où j'ai eu mes premières souffrances de la vie au lycée où j'ai aimé enfin. C'est ici que je reçois votre bout de lettre. En ceci comme en tout. de . votre portrait. D'ailleurs nous nous reverrons. J'étais à Paris seulement depuis quelques jours. mais celui-ci est trop phraséologisé. Je suis ici en pleine province. Chère Madame. Avant de revenir en Allemagne je passerai par Paris. pour me l'adresser ici. la Valachie est seule coupable. Tarbes. ce qu'il doit être. dans la ville où j'ai vécu de huit à quinze ans. III Août ou septembre. Enfin je crois que j'irai sonner chez vous en septembre (à Pâques l'on n'a pas quinze jours) et j'espère une longue lettre et vous demande. Je me demande qui peut bien avoir été le chercher à l'hôtel où j'ai passé. Mardi. JULES LAFORGUE. allez vous plaindre à elle. Ne me grondez pas trop.MÉLANGES POSTHUMES Vous sentez le poème en prose. elle loge au bureau des longitudes dit-on.

Mon Dieu oui. On ne vit ici que des cancans qu'on colporte de rue en rue dans un assent (accent) abominable. Ah la vie de province Oui.LETTRES A Mme la passion sublime qu'on a au collège et qui fait pleurer des larmes de la plus belle eau. Quand nous nous sera là. Je mène une vie végétative. de noter ce que j'entends. . il était écrit que nous ne nous verrions pas à mon dernier voyage à Paris. Oh l'automne. on allume reverrons. quand écrivons-nous un roman en collaboration ? Au revoir. Donnez-moi des nouvelles de Paris. pas même la force d'observer ce que je vois. sans littérature. Avertissez-moi quand aura réintégré son domicile de la rue B.l'automne Ceci est de moi. la lampe dès cinq heures et l'o. poète subtile et prosateur vif écrivez-moi (Tarbes. aussi je me contente de vous insinuer Ne m'oubliez pas. pas un vers. rue Massey). Jules LAFQRGUE. pas une ligne de prose. ce sera l'automne.i fait du feu. L'aversebat ma vitre et le vent s'époumonne A refleurirla bûcheoù monennuitisonne. A propos. Ce pays ne produit pas de wergiss-mein-nicht.

dans un volume de Jean Richepin Les Morts bizarres ? Malgré ce Bonjour Monsieur. auteur connu chez Lemerre par sa fin touchante. Avez-vous lu: Bonjour Monsieur. Qu'est-ce que c'est que cette lettre désolée que j'ai reçue hier ? Avez-vous égaré votre toutou ? perdu un sonnet? Si nous ne nous sommes pas vus à Paris. je passerai une semaine à Paris.Tarbes. Je rentre à Bade vers le 1er novembre. je veux faire un sonnet sur la vie. Chère Madame. Vous ai-je parlé d'une épopée sur Pierrot en forme de comédie? Comme copie. vendredi13. Me recevrez-vous ? Me pardonnerezvous la perte de vos toutous idéaux ? Faites-vous toujours des choses rimées ? Quand je vous assure que vous êtes supérieure à Sieffert (Louisa). c'est qu'il étaic écrit que nous ne nous verrions pas? est donc à Paris ? Je vais lui écrire. j'irai porter à la Vie Moderne un sonnet sur novembre et une nouvelle courte iuci- .mélangBs posthumes ïv Aoûtou Septembre.

Ah ça dire que je ne vous connais pas du tout mais pas du tout Quel caractère avez-vous ? Quelle âme ? Quel cerveau avez-vous ? Avez-vous des nerfs ? Je ne vous ai vu que deux fois Peut-être ne vous reverrai-je jamais.A LETTRES Mme talée Mort curieuse de la femme d'un professeur de quatrième en province. Je crois que c'est tout. Votre JULESLAFORGUE. Avez-vous étudié la culture de l'ananas ? je vais m'y mettre. .

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je heures. ne même où Je vous t'apfatigué. Septembre Prends garde de laisser tomber un petit souvenir que je t'envoie. publié de leur caractère de grande intimité n'a plus de raison d'être. Dis à la cousine que je lui rembourserai l'éclairage. s'en aller. magne »t ans fiançailles (N. Il donne savais est ta sept lettre. On les trouvera donc in extenso nous n'avions dessein de livrer au à la cour d'Allepublic que les lettres relatives à la présentation de Laforgue. dans l'intertoute la série de ces lettres. l'attendais On Si me tu comme cette m'ennuie Comme êtes pelais pas et partis voyant était triste gare Dans ce wag^n. Ah Je comme rentre je aussf le au tu n'ai soir fond. I Pauvre chère sœur. L'Occident ayant. Toi tes yeux mouillés.). des E.1 LETTRESA SA SOEUR 1881. lesquelles nous avaient été confiées. Pour toi seule à lire avant de t'endormir. notre réserve au sujet valle.' 17 . ~t. Vielé-Griffin.par M. Je répondais pas dit il a fallu (1) Nous avions annoncé. dans la préface générale placée en tête du premier volume de cette édition. que nous ne publierions que deux des lettres de Laforgue à sa sœur.

où rien ne m'appartient et ne me connait. Jamais une lettre. Le premier du mois j'ai reçu deux cents francs d'Ephrussi. et je suis parti chez Ephrussi. grelottant de tristesse. si bon pour moi. je me suis mis dans un fauteuil. je m'ennuie lais rue Berthollet. j'ai fait ce que tu m'avais défendu. Je Tous les jours presque j'alm'ennuie. entre autres un manuel du baccalauréat pour son fils. banale. la gorge serrée. tu m'excuseras. J'avais le cœur gros. désormais seul dans ce Paris. Nous avons pris du chocolat ensemble. et j'ai attendu le matin. rue Berthollet. J'ai rendu ses cinq francs à Charlot . Paul et Charlot. M. il était seul. triste. Cortet m'a fait payer huit francs pour deux clefs absentes. à une heure du matin. je suis allé chez Rieffel. Je n'en pouvais plus. J'ai vu Charlot une fois. Ce matin seulement trois journaux pour papa et que je lui renvoie plus une lettre d'Emile toujours gai et demandant quand vous J'ai laissé quelques livres inutiles au conpartez cierge. enveloppé d'une couverture. Je suis parti en courant. emportant à chaque fois quelques livres. En retour. où tant d'autres ont passé Je n'aurais pas pu dormir. navré. je suis monté à ma chambre. Mystère. devant son lit. Et la semaine s'est passée ainsi. plus tard. puis plus personne. Je suis rentré.MÉLANGES POSTHUMBS adieu à Ernest.

pauvre !) cela coûte 3 fr. gilet en loques. entrer dans un petit restaurant à un franc. pour ne pas paraître ridicule devant Rieffel. à cet hôtel où j'avais souvent mangé déjà avec lui (tu te souviens. Je suis sorti de là les joues en feu. dis-je. n'est-ce pas -aujourd'hui. j'ai mangé. ce drap que tu aimes tant et je le soignerai bien pour aller te voir en avril prochain. la tête lourde! si tu savais ce que c'est bon que cette nourriture . Une fois j'ai voulu. au Bon Marché. tu veux. j'ai couru pour voir des tailleurs et je me suis arrêté à un vers cinq heures francs j'aurai un costume pour quatre-vingts complet en cheviotte. Puis Rieffel est parti alors je me suis nourri très irrégulièrement tantôt avec un franc par jour. dis? Puis j'ai prêté quarante francs à Riemer qui allait se trouver sans place et dont on retenait tous les effets à son lycée. 50 par jour. après bien des hésitations. s'il ne payait pas ses dettes avant de partir. tantôt douze sous.LETTRES SA SŒUR A le blanchissage acheté des payé mon terme bas. Et comme l'argent s'en va à manger Les deux premiers jours. pantalon frangé et tu ne m'en voudras pas. cela te fâchait. trois gilets de flanelle (je demandais des rouges. on m'a regardé comme un monsieur qui arrive de pays extra-terrestres et tu sais comme j'étais fabuleux) puis aujourd'hui habillé veston tout reprisé.

Et des détails qui me faisaient sentir plus fortement encore ma solitude.. Pour la charcuterie . regardant les foules endimanchées rentrer. sortant d'une boulangerie. etc. dans la rue. Et le soir Ah si tu m'avais vu Je me promenais seul. du café et deux sous de pain. une charcuterie. Mais je n'aurais pas voulu que mes concierges prenant le frais Fur le seuil me vissent. je me suis tellement ennuyé. dont la cuisson est bâclée à la diable et que de poivre Au moins à la maison j'avais des bols de café au lait. les tramways qu'on prenait d'assaut. si je n'avais que cela. Oh très bien Il me fallait une boulangerie. dimanche. à ma porte. repas de famille. tenait à deux mains sur une serviette un rôti fuTu ne sais pas mant.MÉLANGES POSTHUMES marché. dans une boulangerie j'ai acheté deux sous de pain qui ont disparu dans les profondeurs caverneuses de ma poche. j'avais le cœur si serré de mon isolement dans ces foules se promenant. Voilà bien des détails terre-à-terre. comment j'ai dîné. j'ai été assez loin. une fruiterie.. une femme endimanchée. Trois de ces boutiques se trouventt tout près. etc. et c'était sagement cuit. que cela devenait pour moi une sorte de jouissance d'artiste. Le matin j'ai pris une tablette Lombard. puis j'ai travaillé jusqu'à cinq heures dans ma petite chambre. etc. n'est-ce a pas? Hier. d'énormes assiettes de ragoût.

je n'ai jamais goûté de l'une ni de l'autre. Truffée ou non truffée? Diable. p. et les truffes en moins feront du non truffé en plus et je conclus à haute et intelligible voix Non truffée Cet être s'attaqua à un gros bloc recouvert de gelée ambrée et m'enveloppa dans un papier une grande plaque mince qui alla rejoindre les deux sous de pain dans ma poche. le coutelas effilé au côté. FnSn à une autre j'entre.Six sous. Un homme borgne s'avance. pensais-je. balbutiai-je. riant entre elles. Tantôt intimidé de voir au comptoir deux jeunes charcutières aux joues roses et luisantes. ceint de son tablier. De la galantine s. et dans l'éclair d'une seconde. j'hésitais encore. ne voyant au comptoir qu'une vieille charcutière à palatine d'astrakan chauve sur ses épaules. aux manches immaculées. Je passais et repassais devant sans oser entrer. sous l'œil inquisiteur du charcutier. Pour combien?. me demandant si c'était bien de la galantine que cette chose s'appelait.LETTRES A SA SŒUR c'était plus décile. et ce sera cela du poids en moins Or je l'aime non truffée. je n'aimerai peut-être pas la partie truffée et sjrai obligé de la jeter. Puis dans une fruiterie j'ai acheté pour la modique somme . A quoi bon les déranger ? Puis. v. devant une autre où je n'avais pas le même prétexte. je me fis à part moi ce petit raisonnement Si je prends de la truffée.

loin des indiscrets et je dépense peu. à onze heures. c'est plus qu'il ne faut. méprise-les et attends. je pris mon chapeau. à toi qui ne m'écris pas. il me reste quarante francs pour aller jusqu'au bout du mois. va. en avril prochain. Je m'enferme à double tour et je mange en songeant à la vie. Je voudrais t'envoyer tout de suite les vingt francs de La Vie . avec beaucoup d'argent. une fois tout fini. tu en as tant Mais ne t'ennuie pas. Comme cela je mange ce que je veux je suis à mon aise. que je te sache au moins ce souci en moins. ma canne. pauvre et bonne sœur. puis fit passer ladite croûte dans ma poche. mis mes gants. Néanmoins. je me suis couché. et faisant semblant de me promener sous les arcades de l'Odéon. et je remontai chez moi. Puis. je suis allé chez Henri où j'ai pris du café. etc. ne voulant pas laisser dans ma chambre la croûte de la tranche de melon. entends-tu Promets-le moi. et laissai tomber cette croûte à terre. j'épiai un moment favorable. ne sois jamais inquiète de mon sort au sujet de l'argent jamais. Sois en outre sûre que je t'enverrai au moins dix francs par mois. Je vais travailler comme un damné pour aller te voir.MÉLANGES POSTHUMES de dix centimes une tranche de melon qu'on m'enveloppa aussi. Et. Je descendis. ce qui aurait révélé ma misère au garçon préposé à l'entretien de ma chambre. Puis. et. résigne-toi un peu observe ces provinciaux.

digne du monde dans lequel nous vivrons. cette vengeange. et gascons. hautaines sur Tarbes. Je ne m'ennuie que lorsqu'averti par la faim je songe qu'il faut manger. tu habites chez des voleurs. moi je ne peux pas. Mais écris-moi aussitôt cette lettre lue. non seulement je les méprise mais je nourris encore une petite vengeance contre eux. Quant à la cousine et son digne beau-frère. aux femmes de notre Songe aux personnages. ma pauvre Marie Au moins moi. réfléchis sur les choses et le caractère. les amies et tout le monde. ou je . une lettre très polie mais bien entendu tant je la différerai. viens une femme supérieure. alors je monte dévorer mes petites provisions dans ma chambre. pense beaucoup grand Balzac emmagasine des deidées. mais j'hésite. je passe des après-midi d'oubli à la Bibliothèque. résigne-toi. Je sais trop ce que c'est. Oui. Comme tu dois t'ennuyer. dismoi si tu peux recevoir ce mandat en sûreté. je vais chez Ephrussi. un rien. ce qui est formidable. et je te l'envoie immédiatement. faire rejaillir sur toi le moindre qu'elle pourra ennui. Je vois tout 3c monde entrer dans les restaurants. dis-moi si tu as à te plaindre d'eux Moi.LETTRES A SA SŒUR moderne. anciens boulangers. arrange-toi une petite existence fais-toi des opinions résignée et dans l'attente. Et surtout pas de remords.

Tiens. comme si tu m'attendais toujours. ce sont des moments d'oubli. . Puis. va. au crépuscule. sans savoir pourquoi. Mais nous aurons la joie de nous revoir.MÉLANGES POSTHUMES vais sur un banc caché du Luxembourg. et la machine marche toujours dans ce sens. etc. quand je sors de chez Ephrussi à midi. je ne puis m'arracher de mes habitudes. et je rêve sans pensée. à dix heures. pour entretenir la douceur d'enfance de son cœur tu ne crois pas. mes jambes me portent vite et instinctivement dans notre quartier. ma pauvre petite Marie mais il faut de temps en temps de ces séparations. très souvent. tu me trouves cruel peut-être. je m'accoude à ma petite croisée. Puis j'ai la tête si lourde que je m'endors de bonne heure. Comme ta lettre est triste. regardant Notre-Dame et les toits et les cheminées. puissance des habitudes prises Le ressort a été monté d'une certaine façon par la main. quoique absolument libre. de ces tristesses. Mais ne t'inquiète pas. en rentrant. je me trouve sortant du cabinet de lecture. Figure-toi que. je me hâte vers le quartier. et je rôde. je suis très heureux. la joie d'échanger des lettres. qui m'empêche de manger dans son quartier et d'aller de là à la bibliothèque? Et non. autour de la rue Berthollet où je n'ai pourtant rien plus à faire Quand le soir.

je vous envoie un timbre. Nous en rirons en les revoyant. et ne t'ennuie pas. une cassette où tu mettras uniquement mes lettres et tous les petits souvenirs que je t'enverrai. Chère petite pauvresse. réponds-moi. te voir. ne t'affecte pas tant des moindres choses Autrement je serais trop malheureux. una longue lettre. de revivre. Que puis-je t'envoyer comme souvenir cette foisci ? Je découpe dans un coin derrière la commode un morceau de la tapisserie de ma pauvre chambre. me mettre dans mes meubles. bien qu'il ait trop lu Jean-Jacques Rousseau. aller à Tarbes. te faire des misères. t'embrasser. Persuade à papa car toi seule est capable de cette initiative d'amour filial persuade-lui de voir un médecin. C'est un excellent père. je ne travaillerais plus. avoir mon chez moi. travailler.LETTRES A SA SŒUR Veux-tu qu'avec le mandat je t'envoie ma photographie ? Réponds-moi vite. vite. de s'astreindre à un régime. un peu résignée. JULES LAFORGUE. sois moins impressionnable. Je t'enverrai un jour garde-le précieusement. Adieu. Oh je veux travailler. 17* . va.

et je sens que c'est à moi d'avoir courage. Raconte-moi tout en détail. Tout est triste. Et maintenant c'est fini. j'ai vécu vendredi et samedi. ses derniers moments. Que dire ? je suis abattu par une immense tristesse. Qu'a-t-il dit ? sentait-il qu'il allait mouqu'au rir ? Ne vous a-t-il pas tous recommandés à moi ? Fini. je serai triste pour toute la vie. Et papa est mort vendredi matin Oui. je ne le verrai plus. allant à mes occupations ordinaires. et je ne l'ai pas revu avant qu'il mourût. Il est mort. mon père était mort. je ne le reverrai plus. quelle vie . J'ai reçu la lettre de la cousine ce matin dimanche. Je ne m'en consolerai jamais. fini. 81. Et rien. Je ne pense pas. Que pensait-il de moi. et pendant ce temps. je ne sens pas.MÉLANGES POSTHUMES II No». ne sachant rien. Ma chère Marie. à midi. le pauvre père N'a-t-il pas dit un mot pour moi. avant de mourir? Vois-tu. Ah raconte-moi des pages pleines de détails sur ses derniers jours. sinon se résigner. si papa n'a pas dit un mot bon pour moi avant de mourir. là-bas. je veux savoir A-t-il conservé sa connaissance jusbout.

LETTRES A SA SŒUlt Aujourd'hui. avec la recommandation de me les faire parvenir ? Est-il parti espérant en moi ? Oh ? raconte-moi tout. vous apprendre que j'étais nommé. Puis j'ai erré par les rues pleines de foules. A neuf heures. je rentre et je t'écris. des papiers. et qui m'a fait pleurer. Je n'osais pas rentrer. des lettres. Et moi qui me préparais à aller à Tarbes avant de partir pour l'Allemagne. dimanche. J'étais si heureux vendredi et samedi. à la douleur de n'avoir pas revu papa et de ne pas savoir ce qu'il pensait de moi en s'en allant. Je suis parti à six heures. il faut l'envisager. J'y ai écrit à Charles. Oui. que je tenais mon avenir. Je t'ai envoyé ce télégramme si économique. à deux heures. et là-bas mon père était mort. maintenant je vois l'enterrement. Et pourtant il faut se faire à cette idée que nous n'avons plus de père. . Comme la vie est triste! Je vous vois là-bas autour de la lampe. nous voilà onze orphelins. en voir les conséquences. Comment ai-je le courage de penser à autre chose qu'à ma douleur de fils. je croyais leur annoncer la nouvelle et eux me croyaient à Tarbes. N'a-t-il pas laissé des instructions. j'étais chez la tante. sec que tu as reçu sans doute. C'a été une journée de sanglots.

A-t-on écrit à Emile. Remercie la cousine de sa lettre. je rendrai mes frères et sœurs heureux. Je serai heureux et vous le serez. soigne-toi si tu ne veux pas me rendre malheureux. Je n'ai pas besoin de dire tout ce que j'attends de leur part de dévouement. me décourager dans mes dévouements. Ainsi.ANGES POSTHUMES Et toi. Vois-tu.000 fr. mon but est ton bonheur à toi. Les premières semaines de douleur passées. Tu es capable de tomber malade de chagrin. avant tout. je ne veux songer qu'à cela. et si tu mourais je mourrais. réponds-moi vite. ni dormi de tous ces jours. Ma chère Marie. je vais être logé. je suis prêt à tous les dévouements. tu es si bonne. nous songerons au positif. va.MÉI. aie du courage. mais pour toi ce sera de l'adoration. Ma tante est encore trop abattue pour songer fermement. le terrible positif. nourri au palais. tu souffres pour tous. Mais je me sens et du cœur et des forces. si tu avais entendu chez ma tante toutes les larmes étaient pour toi. d'elle et de Pascal. j'aurai 9. de la vénération. par an. Je serre la main à ce brave cœur d'Ernest. Vois-tu. j'aurai un domestique à la moindre chose j'aurais là un grand médecin. à toutes les abnégations mais. mais peut- . pauvre Marie. Je prends pour moi seul Charlot et Adrien. Et moi je te voyais. tu n'as probablement ni mangé.

Je suis bien triste. III Nov. Ecris-moi. mardi matin. Je vous écrirai de nouveau demain. moi qui dois avoir le plus de courage J'ai si peur que tu ne sois tombée malade de tout cela. Carbonnel. Je vous embrasse tous. Comment va-t-on s'arranger? i qu'on m'écrive. 81.LETTRES A SA SŒUR être une lettre de toi est-elle déjà en chemin. Si tu savais quelle journée je passe dire que je ne reverrai plus mon père! Quels projets ont Pascal et la cousine. et regarder la vie en face. . donne-moi bien des détails. du courage il faut se raidir. Je n'ai pas encore reçu de lettre de toi. et Ernest ? Qu'allons-nous faire ? Comment allons-nous vivre ? Tu sais que je ne sais rien des affaires de papa. mais je n'en sais pas davantage. Mais du courage. J'ai entendu nommer M. Je n'ai pas mangé depuis hier au soir et tout est fermé. comme je m'ennuie. écris-moi. Ma chère Marie. Avez-vous écrit à Emile ? sait-il ? Ma pauvre Marie. JULES.

à mes frères et sœurs. console-toi. Ecris-moi. et de ne pouvoir rien et de ne rien savoir. je vais gagner largement ma vie. tout. je vais m'occuper de . soigne-toi. Comme je voudrais être à Tarbes je me ronge de rester à Paris. ce n'est pas le courage qui me manque. Ma pauvre Marie. Ecris-moi Comment vivez-vous en ce moment-ci ? Qui est à la maison? Quais sont les projets de Pascal et de la coucine. Que signifie tout cela?P Ah si tu tombais malade Je n'ai pas encore reçu d'Allemagne l'ordre de partir. dis-moi tout. donne-moi des détails sur les derniers jours et derniers moments de notre père. il faut que j'attende. j'ai des protections. J'en gagnerai. J'ai probablement encore huit ou dix jours. confie-moi tout. S'il ne s'agit que de gagner de l'argent. Tu le vois. résigne-toi. Ma chère Marie. et ma vie entière ne sera qu'un dévouement. Dis-moi comment tu vas. tu le vois déjà. Comment sont les enfants. Il faut que je sache tout.MSLANGBS POSTHUMES Oh! n'aie pas peur. Et je ne puis aller à Tarbes encore. Ecris-moi. Mais s'il est une chose dont je sois absolument incapable. Pascal ? ma tante ? Charles?. c'est de prendre connaissance de notie situation pécuniaire et de l'administrer. écris-moi. Je ferai tout. Ah pourquoi n'ai-je pas encore une lettre de toi. Et qui le fera.

et espère. et je te ferai une existence heureuse. et je t'écrirai chaque jour d'ici à mon départ. écris-moi une lettre chaque jour. rien. Je t'ai dit que si tu mourais. soigne-toi. Adieu. ni mes ambitions. non seulement en te comblant de tout. Et avant nous longtemps vivrons ensemble. écris-moi. tout ce que tu pourras espérer je le réaliserai. Soigne-toi surtout je ne te survivrai pas. Comme je voudrais être à Tarbes J'ai tant peur que la mort de notre père ne t'ai donné un coup. ni l'avenir de mes autres frères et sœurs. je Combien de jours faut-il que je passe encore dans ces angoisses ? a Ecris-moi. Je veux espérer que le soignant à chaque heure. Comment se fait-il que n'aie pas une lettre de toi. si du moins il en peut être une pour toi. Je te rendrai heureuse.LETTRES A SA SŒUR Charles et d'Adrien. Soigne-toi. mais encore en rendant heureux mes frères et sœurs. Jules. Je t'embrasse. . tu devais être peut-être préparée à cette fin. rien ne me retiendrait. Mais écris-moi.

penses-tu. minuit. et chauffé. Après un voyage confortable en première. une dépêche. Mais tout s'est très bien passé. mercredi. Je monte on entre au château. Un valet de pied s'incline devant moi et m'ouvre la portière. Enfin je respire. Je suis arrivé hier au soir mardi à Coblentz (ici) à onze heures. Je . en France.MÉLANGES POSTHOMBS IV Coblentz. Ma chère Marie. des sentinelles au casque pointu et d'innombrables reverbères. avec. Ah oui. et puis songer à la foule de lettres qu'on attend de moi ta bas. A la gare m'attendait une sorte de carrosse antique au cocher grave. quand j'ai passé une nuit et une journée où le cœur me battait à se rompre. rembourré. Des allées interminables. puis déjeuné à la frontière belge (onze heures) et dîné à Cologne (huit heures). Voici Commençons par le commencement. J'arrive à Coblentz à onze de la nuit. avec glaces. Décembre 81. pris du café au lait à huit heures le matin à Paris avec Emile. on arrive à un perron. çà et là. J'aurais pu t'envoyer une dépêche. Et c'est à toi que j'écris la première.

je dîne le mélancoliquement. soir et me quittent. Je me chauffe. etc. des viandes froides. d'argent. dans un plateau d'argent. allumant un grand feu. une théière. Voici mon appartement de Coblentz une antipuis un grand cabinet de travail très haut^de plafond. Je n'entends que le tic-tac de la pendule. cœur gros et du bout des dents. un grand diable galonné s'incline et m'ouvre. puis ces dîners somptueux sont si'fades à mon estomac qui a déjà broyé pas mal de vache enragée Tout dort. disposant mon dîner. une toiLes domestiques me souhaitent le bonlette. une assiette dorée avec des chambre. .LETTRES A SA SŒCK descends devant une porte. etc. et sur la table. Je me demande si tout çà n'est pas un rêve. deux fauteuils. un bel encrier. deux grandes fenêtres. etc. un sucrier avec pince petits-fours. à gauche une commode avec une glace et des bougies. A droite un canapé-lit. un dîner. C'est mon appartement. au fond mon bureau avec tout préparé pour écrire. où l'on avait aussi allumé du feu et où j'ai trouvé ma malle. un grand un crachoir. huit chaises rembourrées. fauteuil. mon domestique et sa femme m'attendaient. Puis ma chambre à coucher. une lampe d'un système très compliqué et que je n'ai pas encore compris. une grande table recouverte d'un tapis. une chancelière.

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à mollets superbes.MÉLANGES POSTHUMES rideau. éclairée de mille lumières. mes bottines vernies. J'arrange un peu ma malle. Je fais ma toilette. ma cravate blanche. A huit heures. je mets mon habit. songeais dans ton lit à tout ce qui arrive à ton pauvre Jules (ma chère Marie. mon claque. A dix heures. mais fat é. tu je m'endors. je vois. la femme de chambre m'apporte sur un plateau tout l'appareil qui accompagne un café au lait avec plusieurs sortes de petits pains minuscules. tu ne m'as pas dit ce que tu pensais de ceci). Comme le cœur me bat Représente-toi ton pauvre Jules J'écarte mon . la Ah le bon lit avec des draps fins comm^^k soie. On va me présenter à sa Majesté vers onze heures. J'entre dans ma chambre à coucher où brûlent de fines bougies dans des bougeoirs d'argent. je m'éveille. visite du secrétaire de la maison de la Reine. En attendant je regarde dans la cour du château les gardes faire l'exercice à cheval. la longue façade du château. mes gants. m'apporte sur un plateau une lettre. C'est une visite pour dix heures. et un édredon bleu J'essaie de rappe es esprits. Un valet. et les sentinelles graves qui se promènent le fusil sur l'épaule. et de bien voir les choses. puis je me couche. etc. en songeant qu'à cette heure-là.

on m'introduit C'a aétécomme un éblouissement. m'a demandé qui soignerait mes jeunes frères et sœurs. elle m'a dit que j'aille lui rendre visite. . La comtesse IIacke me faisait visiter.LETTRES A SA SŒUR A onze heures je monte. elle me parle très elle me montre par la fenêtre le affeHpKisement. Rhi qui coule dans le brouillard. Enfin chez moi. elle me dit de ne pas m intimider. Puis « Comtesse Hacke. de glaces. faites visiter la galerie à M. elle est aimable. et cela si sincère j'étais confondu. On m'a je suis redescendu des choses innombrables et apporté à déjeuner fines mais je n'ai faim qu'en France. L'Impératrice était là'! elle s'est levée. J'arrive dans une antichambre qui est un véritable jardin de plantes exotiques. que je lui en donne des nouvelles. etc. m'a plaint longuement de la mort de notre père. J'aurai tâté de bien des cuisines J'ai été me promener rien que des boutiques allemandes. Je traverse des corridors pleins de portraits. Ah mon Dieu. m'a questionné sur ma carrière. Laforgue ». m'a souhaité la bienvenue. en répondant très simplement. une bonne et dame (la première dame d'honneur). Deux valets s'avancent. On me présente à la comtesse Hacke. avec des rangées de sentinelles en armes. Je m'en suis bien tiré. elc. maternelle Elle^^k la mort de papa.

représente-toi ton pauvre Jules Pour la seconde fois. me fait asseoir. me débarrasse de mon pardessus. il me sert lui-même. Demain la cour part pour Berlin à neuf heures du matin. je lirai à la reine Il pleut à verse. j'arpente ma chambre. Nous serons dans le même wagon à Berlin nous nous verrons tous les jours. Je lui parle de quantité de livres de médecine célèbres que j'ai lu dans mes années de travail humble aux bibliothèques de Paris. je change de chemise (je te prie de croire que celle que j'avais mise le matin. médecin de la Reine. toutes les heures on vient entretenir mon calorifère e un grand calorifère carré qui monte jusqu'au plafond. me parle français. nous irons ensemble à l'opéra il jure de me faire apprendre tout à fait l'allemand. on me sert du thé. je ne me doutais pas).MÉLANGES POSTHUMES En rentrant. était encore propre !) Un valet me conduit chez le docteur. En habit. charmant. Je vois un vieux monsieur. qui me serre la main. Ah le brave homme de médecin! (l'hiver dernier. Enfin . Cela l'attendrit. le cœur me bat Dans une demi-heure. trouve que je ne mange pas assez (j'ai renoncé à compter les plats). je trouve des lettres une invitation à dîner avec le docteur Nelken. et une invitation à aller lire à huit heures et demie chez la Reine Pour la seconde fois. quand j'avais mes palpitations. le cœur me bat me bat A six heures. A huit heures je rentre.

quatre jeunes la comtesse Hacke. l'impératrice en princesses. avec un . dans ma bizarre vie Puis l'Impératrice m'a demandé des détails sur les expositions de peinture à Paris. un valet vient me chercher. etc. toilette. tâchant d'assurer ma voix. et. le cœur léger. je suis rentré dans mon bon cabinet de travail. et bien m'en a pris J'arrive à un passage un peu leste la comtesse Hacke me regardait inquiète. Je lis comme dans un rêve. les demoiselles brodent. Je suis entre la comtesse Hacke et l'une des princesses. Une place est vide. montant les larges escaliers blancs A huit heures et demie. entre des sentinelles. Je suis en habit. Autour d'une table. j'ai sauté devinais habilement le passage Sauvé. et j'entre suis pas tombé à la renverse. je songe à bien lire.LETTRES A SA SŒUR Vois-moi de grâce. je le sans faire semblant de riep. Je traverse d'innombrables Je ne corridors. L'Impératrice fait de l'aquarelle. je reprends ma présence d'esprit. mon Dieu la comtesse seule à dû s'en apercevoir. j'ai deviné un J'en aurai vu de belles regard de reconnaissance. Puis on s'est levé. Peu à peu. je répondais avec assurance. deux princes. l'Impératrice me fait asseoir. ou du moins. Les princes feuillettent des abums.

et bûcher mes livres. Si Adrien avait six ans de plus. je les caserai tous. un souper auquel je n'ai pas encore touché (pâté. les fenêtres de la Reine sont éclairées. Je vais me laisser vivre dans ces opulences. qui sont ma seule ambition en dépit de tout Ah çà mes amis Que pensez-vous de tout ceci ? Ma chère Marie. la cousine.MÉLANGES POSTHUMES bon feu et sur ma table. Je n'ose pas déchirer un bout de ma tapisserie dorée pour faire le pendant de celui de ma chambre. petits Il pleut fours) et je t'écris minuit. Je vais m'y habituer. cuisse de poulet. m'assouplir. Ma chère Marie. soigner ma personne. mes chers livres. est-tu contente de moi ? Espères-tu ? Je vous embrasse tous ainsi qu'Anastasie. lisant à Sa Majesté et sautant les passages lestes ? Dis-lui de ma part d'être bien sage et de t'adorer. Ah ma chère Marie. gâter mon estomac. . Pascal. Le vois-tu en habit de cérémonie. le plus fort est fait Je suis sauvé. que je t'ai envoyé il y a deux mois. II aura une place mes frères n'ont qu'à se laisser faire. Emile a dû vous arriver. il serait dans quatre ans mon successeur. Ton JULES. l'oncle. il vous amènera bientôt à Paris.

près de S. Ma chère Marie. Donc envoie-moi lettres chez Henri ou à Bade. je rentre trempé. Allemagne. Princessinen Palais. averses torrentielles et inépuisables. Depuis trois jours. Je passe mes journées ou à et le soir chez Henry. Encore dimanche. ou plutôt attends je t'écrirai le premier. Ecrivez-moi M. Tu arriveras à te faire une raison avec le sentiment même que iaprovidence (!) nous a fait encore la part bonne. Je crois que je pars demain soir. Je viens de chez Bourget où il y avait des tas de gens. V Dimanche. Jules Laforguo. 188-2. aussitôt arrivé là-bas. L'Irréparable paraît au mois de février. T'ennuies-tu toujours outre mesure ? j'espère que non. M. peu près à la bibliothèque Voilà qu'on vient m'interronipre je te récrirai demain matin à la hâte dis à Emile de me renvoyer les deux numéros de la Nlle Revue laissée par Père. Berlin. l'Impératrice-Reine. .LETTRES A SA SŒUR Je me figure toujours avoir des valets galonnés autour de moi.

veuillez me pardonner oui. J'ai reçu ton autre lettre. je te pardonne. Espère. J'ai été.MÉLANGB8 POSTHCMBS Quant à la pipe. Il est midi devine ce que je viens de perpétrer. Je t'embrasse tendrement. soigne-toi. c'est fait. 83. je n'oserai jamais. VI Septembre. Travaille. J'espère que m'adores toujours. ne te fais pas de mauvais sang. J'espère que la présente te trouvera de même! Adieu. Ma chère Marie. Devine ? J'ai été. Je l'ai retardée parce que je voulais aller la prendre en dehors de Paris. à Levallois-Perret. de commettre ? Je viens de déjeuner sans doute. Ton éternel Jules. non. je te récrirai demain. Tai-je dit que j'avais été voir Delcassé et que j'avais dîné avec lui. Mais avant ça. et qu'il . 0 mânes de Flaubert. je l'enverrai demain. Misérable. poser chez un photographe. va enfin. dans six jours peut-être tu recevras un exemplaire de ma face.

Puis. un satyre. puis fuite [?] aux jappements de Sarah. Que c'est embêtant de rester ainsi à Paris dans le provisoire Je n'ai pas encore été voir Ephrussi. nous avons été ensemble à la gare de Lyon chercher Rieffel qui. où allons-nous ? Je n'ai pas revu Bourget. Charlot t'a-t-il encore répondu ? Tous ces jours-ci je suis pris par Riemer qui a ses congés de la Toussaint. Hier encore. vous venez de dîner. mais nippé (ménippée). Vous autres. Riemer a fait des calembourgs. a-t-il répondu. Oui. Il a des habits neufs et comme il était cynique. C'est l'heure ou mylord monte. Te souviens-tu de nos dernières promenades au Massez ? Etait-ce assez navrant 18 . je lui disais qu'il était un satyre. Tu sais comme on s'ennuie les jours de fêtes Tous ces gens endimanchés. C'était l'archevêque qui officiait. Sais-tu la Marche funèbre ? Les titres[?] Si j'étais près de toi. je te ferais maintenant mourir sous les charmilles. après avoir séjourné à Constantinople. Hier Riemer et moi avons été à vêpres à NotreDame. -Parle-moi de tes leçons chez Madame Labastre. Revu aussi Soula et Pérès. on ne sait où aller.LETTRES SASŒUR A a publié une brochure politique intitulée Hervé. C'est un singulier individu. et impossible de passer l'après-midi chez soi seul. a parcouru l'Italie.

J'ai encore une lettre à écrire en Allemagne. lundi. J'y tiens beaucoup. Que d'observations Tu sais que Strasbourg fait partie de l'empire allemand depuis le traité de Francfort qui a terminé la guerre de 1870.MBLAMGBS PO9THOMES Naturellement je n'ai pas été chez ma tante. Je suis à StrasJe bourg (je t'écris dans un café plein de soleil). hélas par les petits enfants . On entend partout parler notre douce langue. Je suis extrêmement heureux de passer ma journée ici. dis à Emile qu'il peut m'envoyer ici le Saint Antoine. VII Strasbourg. et je suis venu. donc que d'observations! Les enseignes sont On se croirait en France. Ne t'ennuie pas trop. quelconque. en français. etc. excepté. et joue en pensant à moi La dernière pensée. Ma chère Marie. JULES. Je t'embrasse. et je te demande à toi de faire ton possible pour qu'il l'envoie. En trois heures et demie de chemin de fer on est à Strasbourg. où je n'ai entendu parler que français. n'avais rien à faire à Bade aujourd'hui. Je viens de dîner dans un hôtel.-Adieu.

J'ai devant moi deux journaux d'Alsace. Il m'a confié. la moitié en français. il m'a offert l'image que je t'envoie ici. cheveux et la barbe noirs ou du moins châtains. qu'il était un ancien commissionnaire et je me suis fendu d'un franc. Ecris-moi le 28 de ce mois nous partons pour Berlin. Je t'embrasse. Une jeune bonne est venue et lui a dit « Pourquoi que tu pleures. La feuille est divisée en deux. tu le sais) un quidam s'offrait comme guide et comme je déclinais ses services en français. Adieu. la moitié en allemand. René » Tu ne peux te figurer combien cette simple phrase m'est allée au cœur le bon moyen de maintenir le patriotisme dans le cœur des français est de les faire voyager. Au lieu de marchands de cigares que l'on voit partout en Allemagne. ils font l'exercice. .as. c'est la France. chose qui m'a touché au cœur. lui.LETTRES A SA SCEUH qui jouent dans les ruisseaux. avec des larmes dans la voix. c'est encore ici le bureau de tabac avec sa lanterne rouge et la cathédrale (si célèbre. En entrant dans la ville sur le seuil d'une boutique un enfant pleurait. Mais je n'ai qu'à regarder sur la place des troupiers à lourdes bottes et à casques pointus. On voit partout des*gibus et des pieds peu éléPuis les cigarettes et les gants.

Ma chère Marie. Tu es très bien. à canoniser le pôle arctique. Je te vois au naturel. .lundi. Mais les paysages d'ici. mea culpa. Je n'en ai qu'une copie. mes poèmes philosophiques. Les photographes établis sont des imposteurs fallacieux. Mais j'ai abandonné mon idéal de la rue Berthollet. bientôt. çà a l'air fait d'après les tableaux de Gustave Doré. je travaille. Ça ne coûte rien à Émile. Puis. je t'envoie une poignée de vers prises dans le tas (si. toutefois. voilà un vrai portrait. Ne les perds pas. je fume. qui est toujours devant moi. Et ton portrait. Enfin. Vraiment. Je lis. j'ai voulu te recopier quelques vers. Ils te paraîtront peut-être bizarres. ils sont plus beaux que nature. Des tas d'affaires m'ont empêché de te répondre. Envoie-m'en encore un autre.84. Pour le mériter. Il fait une chaleur accablante. Reçu ta lettre il y a plusieurs jours. cet envoi ne va pas à l'encontre de mon but). bien qu'uniques au monde. je vagabonde par la forêt noire. m'écœurent. mea culpa. Je t'avoue.MÉLANGES POSTHUMES VIII Bade. d'ailleurs.

certains vers naturaJ'y regrette une chose listes y échappés et nécessaires. c'est vrai mais pour Dieu quand il s'agit de poésie. comme poète seulement (pour le roman c'est autre chose). mes naturalismes. pour rien dans ce retour). La vie est grossière. J'ai la ferme intention de publier un tout petit volume (jolie édition). je possède ma langue d'une façon plus minutieuse. j'écris de petits poèmes de fantaisie. J'ai déjà une vingtaine de ces complaintes. soyons distingués comme des œillets disons tout. Encore une douzaine et je porte mon manuscrit je sais où. tout (ce sont en effet surtout les saletés de la vie qui doivent mettre une mélancolie humoristique dans nos vers). plus clownesque. Je pense qu'aucun but ne vaut aucun effort. d'autre part. n'est d'ailleurs. laxe typographique.LETTRES A SA SŒUR Je trouve stupide de faire la grosse voix et de jouer de l'éloquence. (le milieu dans lequel je vis. Une 18* . n'ayant qu'un but faire de l'original à tout prix. écrin digne de mes bijoux littéraires titre Quelques complaintes de la vie. J'ai perdu de mon enthousiasme. mais disons les choses d'une façon raffinée. Avec cette épigraphe tirée des Aveux Et devant la présence épouvantable. à mort. Aujourd'hui que je suis plus sceptique et que je m'emballe moins aisément et que.

ma complainte des montres). le crois de plus en plus que mes congés commenceront un peu plus tôt cette année-ci. (Rapau souvenir des enfants. voilà mon idéaL Pour le moment du moins. Cet idéal. J'en serai aux anges. . Qu'Emile photographie aussi un des enfants et me l'envoie.7 'y~.) pelle-moi JULfife. et je les retoucherai.v~ 7 Y . déjà. En voilà assea. Car la destinée d'un artiste est de s'enthousiasmer et se dégoûter d'idéaux successifs. Bt&iàtfGSS *o»fttt)i«i!s poésie ne doit pas être une description exacte (comme une page de roman). Où irons-nous ? Dis à Emile s'il se souvient de nos soirs au Français. Laisse-moi la compenser par un bon baiser. ce qu'un concert de parfums est à nu parterre de fleurs). Tu trouveras peut-être cette lettre un peu sèche. L (Je me souviens à ce propos d'une déBnition que me donnait Bourget La poésie doit être à la vie.h°e. A-t-il le catalogue du salon ? Dis±lui qu'on parle du tableau de beaucoup Rochegrosse et dé celui d'Aman Jean. Pardon pour les livres non envoyés^ Tu les liras plus tard. je les noierai un peti plus. Lis-les. mais noyée de rêve. mes complaintes n'y répondent pas assez encore il mon gré. Paul Renez est venu jouer à Bade. et dis-moi ton avis (tu connaisd'ailleurs. Et envoie-moi une autre photographie.

c'est avanthier au soir que je me suis déclaré^ et qu'elle a dit oui. et j'en ai eu le vertige. dans la soirée. hier) j'étais assis prêt d'elle en voiture. Je ne sais comment commencer. SA SŒUR IX Berlin. dans un état d'énervement heureux que je n'aurais jamais imaginé. et que nous sommes fiancés. Depuis avant-hier ma vie ne m'appartient plus seul. T'ai-je parlé cet hiver. et je n'en suis pas encore là loin de là. dans mes lettres. à la maison. (Je ne l'ai pâ» encore embrassée. Je t'écris en trempant ma plume dans une encre car voilà trois jours que je n'y ai pas desséchée. et je sens toute la grandeur de cette idée. Mais aussi depuis avant-hier je suis. mercredi. en bloc. Ma chère Marie. car je n'ai . il faut que je te dise tout cela pêle-mêle. et près d'elle et quand je suis seul.) Mais il faut que je te raconte tout. car voilà trois jours que je ne passe guère touché. d'une jeune Anglaise avec qui j'avais pris quelques leçons de prononciation ? Eh bien. et en la regardant l'idée m'est venue que je pourrai caresset ses cheveux.LBTTHBS A.

Elle. C'est dans la seconde semaine de janvier que je suis venu chez elle Je suis le seul homme à prendre des leçons. puis elle est venue ici à Berlin où elle est depuis deux ans. qui elle en ait donné (je lui étais recommandé par une amie) et le seul par conséquent qui venait chez elle. Tu me comprends. Son père se remaria contre le gré de ses enfants qui tous le quittèrent.MÉLANGES POSTHUMES que toi. Sa mère est morte. ou bien je n'avais qu'à m'en aller et sûr d'être pour longtemps tourmenté et incapable de travailler. etc. Je t'ai dit qu'elle est anglaise. Dès les premières fois sans connaître son caractère j'ai senti que ou bien je lui demanderai de passer sa vie avec moi. il y a quatre ans. un autre pasteur dans la nouvelle Zélande. et un de ses premiers mots après que je me suis déclaré a été pour que je t'écrive tout de suite. un autre officier dans le Zoulouland. vivant moitié de ce qu'elle reçoit de son père moitié de ce que lui rapportent ses leçons. Elle. nos leçons se bornaient à des lectures anglaises.). elle vint en Suisse dans un pensionnat (elle y a appris très bien le français). Elle étudiait la peinture et peu à peu je lui ai apporté . et des frères (un avocat à Folkestone. elle écrit à son frère favori. et bpnjour et au revoir. de son côté. Elle a beaucoup de sœurs mariées ou non.

Rentré à la maison. je réservais. en causant le peinture. je lui ai proposé de visiter ensemble Musée. après ce musée ce fut un autre musée. Elle a rougi. et puis mes billets d'opéra. baissé la tête. Et chaque soir je rentrais chez moi et restais chez moi. sans même la poignée de main si naturelle pourtant chez les Anglais. et à la leçon suivante très simplement elle me proposa elle-même cette visite. à propos d'une exposition d'ici sur laquelle je lui apportais un article de moi dans la Gazette. malheureux comme tout et plus malheureux chaque fois. Je sais que beaucoup d" femmes ne dédaignent pas les déclarations soudaines. lui jurant que j'avais cru faire une chose très simple. Un jour. je lui écrivis une lettre d'excuses. ma place à côté et nous causions. Nos en dehors de la leçon premières conversations furent la peinture. et n'a pas répondu. et loyal. Ce fut naturellement une occasion de causer. Puis souvent quand je lui donnais mon billet d'opéra. je ne sais comment. Et. et je la raccompagnai chez elle. et je la raccompa- .LETTRES A SA SŒUR des gravures et puis des livres. au mois d'avril. délicat. Mais pour rien au monde je n'aurais dit un mot. tu t'en doutes. et ne l'aurais jamais regardée en face avant de me connaître patiemment des mois et des mois comme un garçon bon. comme un fou. Tout cela très simplement.

Et chaque fois. je me suis lancé dans des protestations.. Je lui ai demandé. Nous nous étions promis de nous écrire en bons amis. Babelsberg. (C'était le long du bois. recommencèrent. Elle a dit oui avec un regard extraordinaire. Et avant-hier en la raccompagnant. je lui ai tout dit je ne lui ai pas dit. Je t'ai annoncé que je quittais l'Impératrice. elle m'a dit que oui. Nos courses aux musées et à l'opéra. Je la raccompagnai et nous nous donnâmes une solide poignée de main sans trop nous regarder en face. Je suis à Berlin depuis le premier septembre et r jus sommes aujourd'hui le huit. «je vous aime ». etc. sous divers prétextes. je retardais mon départ. qu'elle etc. puis Paris. Coblentz. Je devais partir incessamment. figure-toi par exemple comme à Passy où à Neuilly. Cela alla ainsi sans un mot de plus jusqu'au quinze mai. si elle voudrait passer sa vie avec moi (je me rappelle ma voix étranglée et mes larmes dans les yeux) et ae lui ai pas donné le temps de me répondre. Je lui ai balbutié des tas de choses que je ne me rappelle plus.) Je lui ai demandé si elle me connaissait. Je ne lui ai pas laissé dire qu'elle m'aimait mais eut confiance en mon dévouement.MÉLANGES POSTHUMES gnais et je me faisais connaîtra. . et la raccompagner ensuite. je ne me rappelle plus. avec des tas de circonlocutions. Je partis pour Bade.

et puis cela est impossible. comme je te l'ai dit. . je vais travailler mon livre sur Berlin. ce que je ne puis plus faire ici. quel rêve nous nous marierons tout de suite et nous irons vous voir. nous partons pour Paris. comme tu vois) me disait non et je ne pouvais ou bien elle me disait oui plus rester ici. serait-ce en plein mois de janvier. Le premier octobre je reviens à Cologne où je l'attends à la gare. je vais chez les Isaye. qu'au premier octobre. elle arrivera vers huit heures du matin. Je pars demain soir Voici ce qui a été arrangt. le même soir. Aussitôt arrivés (dix heures du matin). et. par l'express de dix heures. dont l'Illustration m'a déjà demandé des chapitres (si ce livre est bien lancé.LETTRES A SA SŒUR Ou bien miss De toutes façons il le fallait Leah Lee (prononce Lia Litoujours les initiales de maman. Et puis je serais trop jaloux. reste ici bonheur). Nous passons la journée à Cologne et. de notre nom et de celui de ton mari. et alors il fallait de même rentrer à Paris et conquérir vite ma place pour nous marier au plus tôt. Or. je ne puis la laisser à Berlin. Je vais donc en Belgique Cela juset met ordre à ses dernières leçons. pour la Belgique. pourvu que je ne meure pas de elle. Elle tousse un peu et ne doit pas passer un autre hiver ici.

très anglaise surtout.MÉLANGES POSTHUMBS je l'accompagne dans une pension tenue par une vieille dame anglaise où elle sera avec d'autres jeunes filles. en 1878. deux semaines à Paris avec deux de ses frères qui demeuraient à Asnières pour étudier le français) et alors nous nous marierons au plus tôt. Elle demeurera là et y prendra ses repas. un teint mat. Mais tu verras. Elle donnera peut-être une elle leçon par jour et dans la maison même. Le soir. d'un roux dont tu ne peux te douter et que je n'aurais jamais soupçonné avant de la voir. comme tu vois). j'irai la chercher et nous sortirons un peu ensemble. quand j'aurai un moment. (elle a déjà passé. je lui ferai visiter les musées. C'est un petit personnage impossible à décrire. etc. figure-toi seulement une figure de bébé avec un sourire malicieux et de grands yeux (couleur goudron) toujours étonnés. De mon côté je me mettrai à l'œuvre. Dans la journée. mais très maigre et très anglaise. avec ses cheveux châtains à reflets roux. un cou délicat. Elle est grande comme toi et comme moi. oh ses yeux tu les verras J'ai été longtemps sans pouvoir les fixer un peu. peut occuper un peu ses journées. et une petite voix et un drôle de petit accent en parlant français avec . Que te dire de plus? j'emporte en Belgique sa photographie. rue Denfert-Rochereau (pas loin de la rue Berthollet. et des yeux. Je ne puis te l'envoyer encore.

je lui ai tenu la main. Elle sait sa Elle est langue et l'allemand et le français. Et le premier octobre je la retrouverai à Cologne. Et demain elle m'accompagnera à la gare. Je lui ai raconté de notre famille. Je la regarde. Je t'écris de cette éternelle chambre de Princesainen Palais où je ne reviendrai plus. en plus. oh! si nous pouvions nous marier en janvier. Elle adore la carrière que j'ai choisie et en a confiance en moi. et que tout ce qu'elle aura désormais. et aller vous surprendre J'oublie. et ce qu'elle a retenu de nos interminables conversations depuis avril. Je lui ai surtout parlé de toi. J'irai la chercher ce soir. ce qu'on peut acquérir en voyage ainsi et en apprenant deux langues étrangères. de te dire qu'elle n'a aucune espèce de dot. elle 19 .LETTRES A SA SŒUR des manières si distinguées et si délicates. par acquit de conscience. instruite comme toutes les jeunes filles avec. à cinq heures et demie. au sortir d'une de ses leçons. nous sommes restés ensemble hier au soir jusqu'à onze heures. mélange de timidité naturelle et de jolie franchise (songe qu'elle vit seule et libre depuis deux ans et qu'elle chose naturelle aux Anglaises et a voyagé seule qui ne tire pas plus à conséquence). je regarde son portrait et ne puis me figurer que c'est une réalité. J'ai sa photographie sous mes yeux en t'écrivant.

dez-vous à quatre témoins un beau matin à la mairie. II lui est indifférent d'aller à Tu sais comment l'église ou de ne pas y aller. Cette émotion nécessaire adoucira ce qu'a de sec la simple formalité d'union devant le code. je vais assister en Belgique à celui d'Eugène Ysaye. Je ne sais au juste l'âge qu'elle a. Nous remercierons les témoins. je me le promets bien. nous nous figurerons que tout cet orgue sera pour nous. nous irons nous perdre dans un coin pendant une grande messe avec orgue à la Madeleine ou à Notre-Dame.MÉLANGES POSTHOMES le tiendra de moi seul. Et alors nous partirons et elle sera ma petite Leah à moi pour la vie. le lendemain dimanche. nous donnerons renment. on va avec quatre témoins chez le pasteur d'en face. et nous nous sentirons bel et bien mariés pour la vie. on signe. je l'appelle toujours « petit personnage ». ce violoniste dont je t'ai souvent parlé (ne pas confondre avec mon . Pour parler encore mariage. Je ne l'appelle pas par son prénom encore. je pense. On signera. et cela dispense même du mariage civil. mais ne pratique pas. Elle est protestante. Elle ne s'ennuiera jamais avec moi. se font beaucoup de mariages anglais on se prend par la main. Nous nous marierons simpleelle en simple toilette. je la raccompagnerai chez elle. le même que Comme il me tarde que tu la voies toi. Ce sera un samedi.

raconte tout à ton mari. Belgique. Ma chère Marie E^çusç-moi si j'ai tant tardé à t'écrire. Il y aputant de choses Après trois jours pas- . fait ses vingt-huit jours. Je lui ai envoyé quelque chose. Au revoir. JULES. le pianiste Théophile Ysaye). à Arlpn. 31 décembre 1886. Ma chère Marie. Écris-moi.LETTRES A SA 3Œ. J'enveloppe ma lettre de papier. X Londres. Ecris-moi que tu es contente. Emile. Je t'ai donné mon adresse chez Ysaye. et dis-moi que tu es contente de moi. 26Janvier 1887. écris-moi une bonne lettre de çqeur. Au revoir. parce que l'enveloppe est transparente.e dit.VH ami très intime son frère cadet. Je reste toujours ton bon frère et le parrain de la demoiselle. Monsieur Jules Laforgue a l'honneur de vous faire part de son mariage avec Miss Leah Lee. t'ai-j.

Nous avons une installation incomplète mais très amusante. Voilà pour mes doléances (qui sont en même temps l'excuse au retard de cette lettre). Nous avons passé trois jours à Londres et une heure à Douvres.. Quant à mes non-doléances. je me suis trouvé avec Leah. sans messe et pour 25 francs. toujours gaie et fantaisiste. Sans papiers (c'est en rentrant à Paris que j'ai trouvé l'extrait mortuaire que tu m'envoyais et qui m'était inutile. En rentrant à Paris. j'ai dû voir un médecin qui m'a embêté et dont je ne suis parvenu à me débarrasser qu'au bout d'une semaine et je tousse encore tristement. J'y suis arrivé le matin à six heures et demie. de l'argent tout juste. A dix heures. elles sont absolues. Heureusement. le petit personnage que j'ai épousé est d'une vraie santé de maigre. comme nous étions parvenus à nous en passer). elles. nous avons été à une heure seuls dans une petite église protestante où un pasteur nous a mariés en un quart d'heure. J'avais toujours mon rhume. des chambres avec du soleil. C'est l'heure où les amis qui veulent me voir et ont égard à ma difficulté de me déplacer moi-même . etc. Il est neuf heures. (Il faut bien mille francs par mois pour être heureux modestement en ménage à Paris). Nous en dépensons quinze par jour. Je porte des articles çà et là. vieux de trois mois. rue de Commaille) le 30 au soir je suis parti pour Londres.MÉLANGES POSTHUMES ses à l'installation ici (8.

. Donne-moi de tes nouvelles. Eût-il fallu en envoyer à Tarbes ? Ton JULES. auxquels je m'intéresse le plus. du bon thé dans le service que l'Impératrice m'avait donné. une belle lampe. Tu sais bien que ton ménage et tes affaires sont ceux au monde toi. Mes bonnes amitiés dévouées à ton mari. rue de Commaille. qui. comment vas-tu ? et la petite fille Et les affaires de ton mari ? J'espère que tout va à peu près bien. tard. II ne viendra probablement personne. un faire-part inutile pour toi. Je suis encore trop malade et épuisé par la fièvre des trois derniers mois pour pouvoir bien travailler et surtout faire toutes les courses que je devrais faire. Mais bientôt je serai en voie et en bonne voie. 8. je t'en prie. Je vois à peine Emile. Et toi. Donne-moi de vos nouvelles. par une sotte timidité. Les affaires de la tante sont bien mal.LETTRES A SA SŒUR en ces commencements viennent sonner. Ils ont du mettre leurs bijoux au Mont-de-Piété. Je t'envoie tard. ne vient pas à la maison. Nous avons un bon feu.

je quitterai Paris. Ce serait trop long à raconter. j'ai passé . je n'ai guère de force dans la main pour t'écrire. au coin du feu.MÉLANGES POSTHtMBS 1 XI Dimanche. Il est donc assez probable que dès octobre bous serons à Alger. Il y a deux semaines j'ai eu un redoublement de maladie. Ma bonne Marie. J'avais abusé de pilules d'opium qui me coupaient la toux. J'ai été ausculté. J'ai un poumon mertacéi De toutes façons je ne puts songer de quatre ou cinq ans à passer l'hiver à Paris. Le résultat de tout cela est qu'il ne m'est pas permis de rester à Paris que jusqu'au commencément d'octobre. Mon estomac en a été très malade. sans forces. Mes amis vont tout faire pour moi. percuté aussi soigneusement qu'on peut l'être. Trouver une place suffisante à Pau est assez improbable– mais à Alger ce sera beaucoup plus facile. Juillet 1887. Triste dimanche. dès la fin de septembre. Ma chère Marie. Bourget m'a adresse avec les recommandations les plus particulières à une sommité médicale. Mes amis se sont émus. le Dr Robin. Donc à tout prix.

mais sache d'un mot que j'ai le droit d'être fier. ces journées au lit. Fait-il doux à Tarbes ? Comment vas-tu et as-tu été cet hiver ? Et ton mari et ton enfant. . Ces trois mois de fièvre. et cependant des articles et c'est pour mon talent je publie que mes amis s'intéressent à moi. Bien des choses et une poignée de main à ton mari. rue de Commaille.LETTRES A SA SŒUR une bonne semaine sans dormir ni manger. Tu dois penser qu'il n'y a pas beaucoup de littérateurs qui s'entendent dire « vous avez du génie » Hélas qu'il me tarde d'être guéri et d'être installé dans un endroit où je puisse respirer sans souffrance! Tu ne m'écris pas. il n'y a pas un littérateur de ma génération à qui on promette un pareil avenir. Ton Jules. 8. Tu serais bien bonne de m'écrire quelques lignes. ces quintes de toux. Je commence à me remettre. il me semble que depuis quatre mois je ne me suis pas réveillé. Ce serait trop long à détailler. Je n'ai pas pour deux sous d'idées. Vous recevrez l'argent dès que je pourrai sortir et attraper quelque supplément d'argent. Il a y longtemps que tu ne sais plus rien de mes affaires littéraires. tout cela m'a assommé comme une pauvre bête. De là ma faiblesse. c'est-àdire à dormir et manger un peu. Je t'embrasse.

Une lettre de toi et une bonne lettre.MÉLANGES POSTHOMES XII Juillet 2. Et que de soucis! une semaine a passé depuis ta lettre. t'ai-je bien expliqué comme je suis malade ? Te souviens-tu des quintes de toux et des oppressions de papa? Eh bien. Ah si papa. une moitié invariablement de la nuit. Mais comme je te l'ai dit je suis. en vérité. depuis un mois qu'il me soigne. avec ces quintes. je vivrais dans des angoisses continuelles. soins et remèdes gratis. Pendant tout ce mois je n'ai mis les pieds dehors que pour ma consultation. j'ai encore jusqu'à septembre. et tout d'abord. Mais. Ma chère Marie. Août 2. j'en suis là. entre les mains d'un des grands médecins de Paris et. tu es effrayante avec ces maternités successives Il me semble que si Leah était dans cet état. j'espère qu'elle aura été décisive en bien pour Juliette. deux mois avant d'aller à Tarbes s'était mis entre les mains d'un pareil médecin. 87 Paris. Mardi. Ma chère Marie. je guéris rapidement. tu ne saurais croire le plaisir que tu m'as fait. au .

colporte cela. une place m'y attende. que j'ai vécu à moitié tout ce mois.LETTRES A SA SŒUR lieu de se soigner d'après des livres de hasard. et je n'ai pas un ennemi. Tu me dis que tu attendais notre visite tu es bien bonne. Mais ne t'ai-je pas dit que je devais rester en traitement jusqu'en fin septembre chez le Dr et puis quitter Paris. le reste me venant d'articles arriérés. Mais tu n'as pas idée des amitiés. 19* . La moindre page a du succès. au Caire. naturellement. cela lui aurait coûté deux cents francs et il vivrait encore. C'est aussi par mais il est si simple lui. s'occupe de me trouver quelque chose à Alger. Je ne puis sortir. c'est par lui que le Dr Robin me soigna et si particulièrement et gratis et me fournit de la pharmacie de son hôpital. qui a pour moi une admiration exagérée. par Bourget qui pourrait me placer au consulat comme traducteur. chose rara si tu savais ? Donc un ami. Tu ne sais pas tout ce que Bourget a fait pour moi. comme tu penses est une grosse question. journaliste. Mais le plus probable est que nous irons en Egypte. faire les démarches. il faut qu'en arrivant à l'endroit dit. des dévouements que m'amènent les petites choses que je publie. j'en suis sûr. ? Ne t'ai-je pas dit que je quittais absolument Paris en septembre et que de trois quatre ans je n'y pouvais passer l'hiver ? Ce déplacement.

Pouvais-je prévoir les choses ? Ah si je pouvais travailler comme tout le monde mais l'opium de mes pilules me tient engourdi deux après-midi sur trois. moi elle m'étonne toujours. d'aller vous voir. souhaite une douce délivrance et un garçon. et pourtant ta vie.? . je t'embrasse et te Charles. ton ménage doit être souï un monde de préoccupations.MÉLANGES POSTHUMES J'ai un livre qui. Leah aimerait bien te voir. nous permettra. Je voudrais bien savoir ce qu'est devenu Ma chère Marie.u J '"•/ V ''• . C'est un si drôle de personnage Inutile de te dire que j'ai tous les caprices «– on me soigne toujours avec un bon sourire et de grands yeux. \~LBsr/\ ['' FIN /. Je ne t'ai parlé que de moi. si je puis le publier assez tôt. Elle te plaira. en quittant Paris. Remercie ton mari de sa bonne confiance.

TABLE DES MATIÈRES .

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SOLIITUI>lc MÉLAUDOLIE LzUT. ROUTE 1\Iv~ . POINT CHOIX CULMINANT.PREMIÈRE PARTIE PENSÉES ET PARADOXES MES LE SAGE MISTE LE LE LE PaVR LA BONHEUR. A LA FATALISME hMMmMœE Lit MAL. ABANDONNEE D"çJUTVU. CATÉCHISME PESSI10 13 13 14 14 15 16 DÉRIVE. DE L'HUMANITÉ NOUVELLE. 16 17 19 MMTtNEZ DU MONDE DE ATAVIQVE LA ·17 vis CRÉPUSCULE. 19 20 21 22. DE LA VIE DE (nirv8nah~ LA MORT ET LA VIE COURANTE ou <tntOMf~ LIVRES. 22 28 -` 7 ET RESPECT PENSÉE DE LA MORT L'ENNUI.

CONVALESCENT 44 ~$ PROMENADE A. DE NOVEMBRE.MÉLANGBS POSTHUMES PAYSAGES ET IMPRESSIONS ypAYSAOEDËTE. 42 42 42 43 DES COURS. DE PRINTEMPS PAYSAGE A L'AQUARIUM CRÉPUSCULE PARISIEN DE BERLIN DE MI-JUILLET.llC DANS Utt8·RUB.CRES UNE DE NUIT GAGEURE. D'AUTOMNE. A PARIS 41 41 41 TR~VAtL. EN PROVINCE EN PROVINCE ET STAGNANTE FIN DE JOURNÉE DIMANCHE DE FÉVRIER APRÈS-DIN8R M·TINS Mo'U!8Dt!G)[M. 25 27 28 29 30 31 SUR LES BOULEVARDS. EttFANM. COUPDEFOUDRE. AU Luxgxg6uRG. SOIR CHEVREUSE. CRÉPUSCULE CHANTEUR COMPLAINTE DU FAUX . "'SoIR CL1IR UK AUTOMNE DE LUNE PII. LE DE LINGE BORDEAUX BOTJEL DE TORRIDE VlNtt1'3B CENTRAL UN CABINET FU. 32 33 35 HUIT HEURES 35 36 36 38 39 4O 40 M FIN.

LEPROTOTTPE. v 56 57 57 58 59 59 LACOMPAGNE. LtREGNEDBLAFEMME.TABLE -uu~ DES MATIÈRES SUR APHORISMES FRATERNITÉ. LE UNE TÈTE MIRAGE. LA FEMME ET RÉFLEXIONS 47 48 49 50 50 51 51 52 ATTAQUE LES LARMES. ÉTALON IDÉAL DANS DES ESTHÉTIQUE. L'ASSOCIÉE.PIEas? dragées au camphre 61 61 Il . AMANTS IMPRESSIONS LA FLEUR DE LA TERRE. LA FEMME FOYER RÉFLECTEUR 53 5 54 54 L'INTERVERSION DES 55 LESIGNEDE LA FEMME. p. L'AMOUR. RZGARDINCARNÉ.#!V06 CHEVELURE. FILLE. JEUNE VIDE ET DÉFENSE. MODERNE CLEF DE MODESTE L'ÉGOISME AGES DE L'AMOUR L'AMOUR. LE MONTRÉ DE LA DENTURE DRAGÉES ·~Menues 'LA . COMÉDIEÉTERNELLE.

{i" zp. HISTOIHHB ENTREVUE D'AVEUX. 68 64 65 DH FR1IMH8 66 66 ~LAPEMMEETL'ENNU! f~ t~ LE CHAUME Du PASSE. LE8RUIIIES. ~LENU.ES~t NE ~t.MÉLANGES POSTH0ME6 . LB MEILLEUR MOYEN. ~· DOULEUR. _20. '~LAStNCÉMT~ V L'ÉTERNELLE BÉBÉS FORMULE 68 6S 69 MONSTRES. DU BONHEUR DE L'AMOUR. 62 62 63 .I VIVREQU'AVECONAXE S f 8 II~NAGH D'ANTIGONE. UNBALBLANC :D'·NS 70 71 71 72 72 FRdGMENTS ~tNatT L''f~a: bE NOUYELLJs~S 74 i 79 D'AOUT. 67 67 67 LAPtERREDETOUCBE. LEBNMNS. `~' L· ET L'A110UR LA TOILETTE ~RISB NATALH. 69 69 70 CONVHNTION i/ LE POURQUOt f&M-RÔI.`if. . L'ARGUMENT.~Dragées grises l?a£MIJRB L'tDÉAL.

ET L'ŒIL DE D'ART L'iMFRESStONNtSME. É SURCoRBtERE. PHYSIOLOGIQUE DU DESSIN.. SUR FRAGMENTS SURHUGO(la Fin de .S<t<<t~ 111 119 128 129 130 CRITIQUE L IMPRESSIONNISME ORIGINE PRÉJUGÉ L'<Ett. 87 DEUXIÈME PARTIE LITTÉRATURE ~NoTESSURBAUDELA!RE. LE 133 ACADÉMIQUE PHONIE DBS IMPRESSIONNISTE. ÏNNOMBttABLES BtHNtTtOtt Ov CLAVIERS HUMAINS v v v tM t4X · PLE]lt~A1$ . v POLY136 138 CO[1LEURS.TABLB DES MATIÈRBS PIERROT FUMISTE PtHtROTFWMtSTE. DE ioti ET YEUX FAUSSE MOBILITÉ ÉDUCATION DU PAYSAGE MOBILITÉ DES IMPRESSIONS DU 139 PEINTRE DOUBLE ILLUSION DU BEAU ABSOLU ET DE L'HOMME ABSOLU. _J~UNE TUDE FRAGMENTS SURMALLARMÉ FRAGMENTS RtMBAUD.

L'ARTAMuNICBSOUSLEROtLoUiS LES TAPIS.MKUkMOBS POSTHUMES DES APPARENTES EXPLICATION MSTE8. PERSONNEL . L'ESTHÉTIQUE LA TOILETTE.POSITIVISTE. FUREUR GÉNÉSIQUE L'INCONSCIENT LETBTEMENT.f. PROGRAMME LES CADRES EXAGÉRATIONS IMpRESSION143 DES PEINTRES FUTURS AVEC L'ŒUVRE.¡l'CIIABLE8 ~CLARIFIER . L'ART ÉGYPTIEN 168 163 167 ALTRUISTE 168 170 ARTS 170 170 171 RZFLEXMNS LE SAINT DE RODIN SCULPTURE. 147 148 150 151 156 DE L'UNIVERS 156 157 POLYCHROMIE.~L~f1'=HNEL KeME t 173 175 175 SA PEINTURE DUALISME . VARIÉTÉ SPASME MIRAGE EN ART DE L'IDÉAL DE L'ŒIL. BATISSES LES DE HALS. 144 145 EN RAPPORT NOTES LA STATUAIRE D'ESTHÉTIQUE IMMORTELLE 146 147 DE L'ART.4- L'ART EST TOUTE SUR JEAN LA YIE. Un Carnet de notes . CELLES DU TITIEN 171 171 172 173 LINGES DE VAN DICK. TYPES DÉSINTÉRESSÉE PREMIER DES DE REMRRANDT RuBENSN'ESTPASRÉALISTE.

TABLE DES MATIÈRES A s/Lk PRINCIPE esthétique • w'Le GÉNIE y LES TROIS écoles . f 1 fyj TROISIÈME LETTRES LETTRES LETTRES a M. A Mme PARTIE ) ~] 221 273 Ephrussi X 1 j A SA sœur 287 t ./Sciences nouvelles SOUVENIRS D'UN SALON (1886) NOTES SUR LE MUSÉE DU LUXEMBOURG (1886) L'ART MODERNE EN ALLEMAGNE À 176 j^g yja j^g 181 184 196 n-/f^ f 1.

ACHEVÉ D'IMPRIMER Le vingt octobre mil neuf cent trots PAR L'IMPRIMERIE pour le MERCVRE DB 1 GARNIER A CHAHTRES i .

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