Vous êtes sur la page 1sur 5

Le mobilier recueilli, notamment les couche de sédiment très organique,

L’établissement rural modestes mais nombreux fragments résultat d’un mélange de boue et
des Ormeaux de céramique (48 kg pour 297 d’excréments animaux, déposée
(Ve s. - Ier s. av. J.-C.) récipients reconnus), montre que lors du fonctionnement de la voie,
par Patrick Maguer l’établissement rural des Ormeaux recouvrait ce niveau sur 0,1-0,15 m
est pérenne entre le Ve et le début d’épaisseur. Associés à cette strate, des
Une fouille archéologique, du Ier s. av. J.-C., soit quatre siècles centaines de fragments de céramique,
prescrite par le Service régional de durant lesquels l’habitat va évoluer ainsi que plusieurs centaines de
l’Archéologie de Poitou-Charentes vers une organisation plus rigoureuse coquillages et des fragments d’os
et réalisée par l’INRAP, a été menée de l’espace. témoignent des principales activités
durant l’hiver 2005 sur le projet du site à cette époque. La présence
d’extension de la Z.A.C. des Ormeaux La première phase (Ve-IVe s. av. d’augets à sel en grande quantité,
à Angoulins. Ces travaux ont permis J.-C.) confirme les observations qui mais aussi de quelques morceaux
de fouiller, sur presque 15000 m², une ont pu être faites sur d’autres sites du de piliers de fours de saunier font
partie importante d’un établissement Nord-Ouest de la France. Quelques supposer que ces éléments étaient
rural caractéristique du deuxième bâtiments sur quatre poteaux, fabriqués sur place avant d’être
Âge du fer, type de site encore peu quelques fosses, un silo permettant utilisés dans les ateliers environnants.
connu dans la partie sud de la région. de conserver en atmosphère confinée Les nombreux coquillages, surtout
les récoltes, un four à vocation des patelles pour la période ancienne
artisanale mais aussi un chemin du site, indiquent que la pêche à pied
creux caractérisent cette première était une activité importante. Enfin,
occupation. L’ensemble de ces une première analyse du mobilier
vestiges archéologiques se concentre osseux montre la présence de grands
en haut de versant. Comme sur la mammifères domestiques (bovidés,
majorité des habitats ruraux de cette chevaux, ovicaprinés, suidés).
période, il n’existe aucune limite L’étude de ce matériel par une
physique de l’espace domestique archéozoologue de l’Inrap permettra
et agraire (fossé, palissade…). d’affiner notablement ces quelques
Plus qu’une simple ferme, cette observations.
installation est le centre d’activités
(fig. 2) Les premiers indices d’occupation
multiples, agropastorales, artisanales Nous ne connaissons que peu de
Coupe dans sont antérieurs à cette période,
le fossé de et domestiques. choses de la période suivante (fin IVe
puisqu’un grand vase de stockage
l’enclos – début IIe s. av. J.-C.). En effet, elle
d’habitat (cl. du Bronze ancien a été découvert en
La fouille d’une portion du chemin n’est attestée sur le site qu’à travers
G. Pouponnot, place dans sa fosse, attestant ainsi de
orienté Nord-Ouest/Sud-Est, est le comblement d’une carrière située
Inrap). la présence d’un habitat bien avant la
particulièrement révélatrice à en dehors de la zone principale de
période celtique. Situé sur un versant
cet égard. Découvert à 0,7 m de fouille. Paradoxalement, cette vaste
orienté à l’Est, l’établissement rural
profondeur, le niveau de circulation fosse de 9,6 m par 5 m et de 1,4 m
des Ormeaux est ainsi quelque peu
était aménagé en petits galets reposant de profondeur maximale, utilisée
protégé des vents dominants de suroît
directement sur le calcaire. Une comme dépotoir après son abandon, a
et de noroît.

24
(fig. 1) Plan général du site

chemin
grenier

blockhaus
silo habitation
silo
greniers puits
atelier blockhaus

silos

étables ?
silos

carrière

fossés ga ulois

fossés gallo-romains

fossé gallo-romain ou postérieur


0 25m
DAO : G. Pouponnot/P. Maguer - 2006.

(fig. 3, à droite) Détail d’un dépôt de patelles dans le


comblement de la carrière (cl. V. Sanglar, Inrap)

(fig. 4, ci-contre) Vue générale de la carrière en cours


de fouille (cl. P. Maguer, Inrap)
phase 1 fourni un lot de mobilier extrêmement
riche et varié. Ainsi, avec presque 16
kg, la céramique représente un peu
plus de 30 % de la totalité du mobilier
céramique découvert sur le site,
soit un minimum de 107 récipients.
Plusieurs kilos d’os ont également
été extraits de la fosse. Associés à des
restes de foyer, il s’agit sans aucun
0 5 cm
Dessins : G. Landreau - 2006.
doute d’animaux consommés. Outre
les grands mammifères domestiques
phase 2 déjà identifiés à la phase ancienne,
des restes d’oiseaux ont également
été observés. Bien qu’anecdotique, la
découverte d’une mandibule humaine
dans le comblement de la fosse
reste énigmatique. Dans le même
contexte, la mise au jour d’une chaîne
de suspension de fourreau d’épée
pourrait laisser penser que ce dépôt
est le résultat de la destruction d’une
ancienne sépulture située à proximité.
Il faut également signaler la présence
de plusieurs milliers de coquillages
0 5 cm
dans le comblement supérieur de la
Dessins : G. Landreau - 2006. fosse, dont presque exclusivement
des patelles. Enfin, quelques galets
phase 3
perforés utilisés comme poids de filet
évoquent la pêche même si aucun
reste de poisson n’est apparu à la
fouille.

C’est sans doute entre la fin du IIIe s.


av. J.-C. et le cours du IIe s. av. J.-C.
que sont creusés les fossés délimitant
l’établissement lors de la dernière
phase de la période gauloise. Le
fossé principal est creusé en limite
0 5 cm
Dessins : G. Landreau - 2006.
nord et est de l’habitat. Profond de
(fig. 1) Exemples de céramiques découvertes sur le site. (Dessins de G. Landreau)
1,3 m dans ses portions les mieux

26
conservées, il possède un profil en C’est à cette époque que se met en Le bâtiment d’habitation reposait sur
V, forme traditionnelle des fossés place le réseau parcellaire matérialisé six poteaux plantés à une profondeur
gaulois. L’étude de cette structure par plusieurs fossés se greffant sur les d’environ 0,7 m sous le sol de
montre qu’un talus lui était associé. enclos de l’habitat, qui correspondent l’époque. Sa superficie reste inconnue.
La limite occidentale de la zone donc au noyau à partir duquel s’est Nous ne savons pas en effet si la paroi
d’habitation était matérialisée par développé le paysage agricole se trouvait entre les poteaux porteurs
un petit fossé dont le comblement environnant. du bâtiment ou bien si elle était située
et la morphologie font supposer À mi-versant, une concentration en périphérie de ce module, comme
qu’il était utilisé comme fossé de de «structures en creux» définit au c’est le cas pour d’autres édifices de
haie. Associé à deux autres fossés, moins une unité domestique. Celle-ci la même période. Il semble que le
l’ensemble définit un espace qui est constituée de plusieurs bâtiments, bâtiment ait été détruit et reconstruit
présente toutes les caractéristiques d’un silo, d’un puits et d’un «fond de au moins une fois au même
d’une aire de stockage, avec plusieurs cabane», édifice de faible superficie, emplacement. Deux autres bâtiments
constructions sur quatre poteaux légèrement excavé et qui était utilisé se superposent également plus au sud.
interprétées comme des greniers à comme atelier. Cette construction en Ce sont de grandes constructions de
grains, petits édifices sur plancher fosse de 3,6 m par 1,8 m permettait 9 m de long sur 5 m de large environ.
surélevé permettant de protéger la de conserver l’humidité et la Plutôt que d’habitations, il pourrait
récolte des rongeurs. Il est intéressant fraîcheur plus longtemps que dans un s’agir d’édifices de stabulation.
de constater que le chemin utilisé lors bâtiment de plain-pied, deux facteurs
de la première phase d’occupation est nécessaires à plusieurs activités Toujours à (fig. 2, à gauche)
recoupé par ce fossé d’enclos et n’est artisanales, comme la fabrication Fibule en bronze
de la fin du IIe-
donc plus fréquenté. début du Ier s.
av. J.-C. (cl. P.
Nous n’avons qu’une connaissance proximité, Maguer, Inrap)
partielle de la partie sud du site et de un puits a été partiellement fouillé
ses limites. Il semble cependant que jusqu’à 6 m de profondeur sans
la zone d’habitation était délimitée que le fond n’ait été atteint. (fig. 3, à droite)
à cet endroit également par un fossé du fromage, le travail du cuir Comme la plupart des puits Fragment de
fibule en bronze
de faible profondeur. L’enclos ainsi ou le tissage, l’humidité donnant gaulois, son conduit est de forme du Ve s. av.
créé formait un espace de 11200 au fil une meilleure résistance à la carrée et non pas circulaire. En effet, J.-C. (cl. P.
m² à l’intérieur duquel une série de tension évitant donc qu’il ne casse. Sa les gaulois ne parementaient pas les Maguer, Inrap)
structures en creux (fosses, trous fouille a permis la découverte d’une puits, mais faisaient un coffrage de
de poteau, etc…) a été découverte. quantité importante de matériel, bois pour éviter les effondrements
Ainsi, de même que dans le cas beaucoup de céramique, quelques de paroi provoqués notamment
des villae gallo-romaines dont ces rares fragments d’augets à sel, une par les mouvements de la nappe
habitats sont de toute évidence les fibule, un minuscule fragment de d’eau. La forme carrée est donc la
prototypes, la partie domestique (pars bracelet en bronze, de l’os animal et plus appropriée dans ce cas. Les
urbana) est bien différenciée des des coquillages. Ils témoignent de la observations effectuées dans le puits
zones d’exploitation agricoles et des diversité des activités présentes sur indiquent qu’il a été volontairement
zones de stockage (pars rustica). le site. condamné lors de son abandon au

27
début du Ier s. av. J.-C. une majorité de patelles. L’huître, qui habitat in situ, mais indiquent qu’une
Un silo se trouvait également près des ne sera introduite dans l’alimentation nouvelle exploitation, peut-être une
bâtiments. De faible capacité, environ qu’à la période gallo-romaine, est villa, existe à proximité.
0,8 m3, il devait servir aux besoins absente des dépôts coquilliers du site,
quotidiens de la maison. sinon sous la forme d’un ou deux
individus.
En limite orientale de l’enclos, une
batterie de petits silos a été fouillée. À côté de la céramique fabriquée sur
Ce sont là encore des fosses de petites place ou dans la région, plusieurs
capacités, entre 0,5 et 0,8 m3. Elles fragments d’amphore illustrent la
servaient sans doute au stockage des généralisation du commerce du
récoltes de l’année, peut-être comme vin en Gaule à partir du deuxième
(fig. 1, ci-dessous) réserve en cas de crise agricole. Le tiers du IIe s. av. J.-C. Cette
Vue verticale du reste de la récolte devait être entreposé boisson, très appréciée des Gaulois,
conduit du puits
en cours de fouille
dans les greniers situés à l’ouest, pour n’était cependant produite qu’en
(cl. P. Maguer, une consommation plus rapide du fait Méditerranée. Les vins importés
Inrap). du mode de conditionnement. à cette époque sont tous d’origine
italique et annoncent la conquête
romaine toute proche. Ils prouvent en
outre la relative aisance des habitants
du site, le vin étant à l’époque une
boisson réservée à l’élite, du fait de
son prix. Diodore de Sicile écrit ainsi
au Ier s. av J.-C. : «Car pour une jarre
de vin, ils [les marchands romains]
reçoivent un esclave, échangeant leur
boisson contre un échanson».

L’habitat des Ormeaux est abandonné


peu de temps avant la conquête de
la Gaule par les armées de César
(58-51 av. J.-C.). Quelques fossés
L’analyse préliminaire menée sur parcellaires d’époque romaine
les coquillages découverts dans les complètent le réseau préexistant. Les
dépotoirs domestiques (fosses, silos) quelques éléments datant découverts
(fig. 2, à droite) montre une plus grande diversité (tuiles, tessons d’amphore hispanique,
Vectorisation des des espèces récoltées à la fin de la goulot d’un petit récipient en verre
fossés d’après la période gauloise, avec l’apparition de bleu, céramique) ont été piégés dans
photographie de
J. Dassié publiée palourdes et de pétoncles, ainsi que les fossés les plus tardifs du site et ne
dans la CAG-17. des ormeaux, avec cependant toujours correspondent plus à la présence d’un

28