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L'école méthodique — Portrait de Gabriel Monod (1844-1912)

F ondée en 1876 par Gabriel Monod, la Revue historique se veut


l'émanation d'une tendance qui va se prolonger jusqu'en 1930 : celle
d'une dimension positive de l'histoire, grâce au développement et aux
progrès des sciences auxiliaires comme l'archéologie, l'épigraphie, la
numismatique ou la paléographie. Cette tendance repousse dans la
littérature les travaux qui ne s'appuient pas sur les sciences auxiliaires
de l'histoire. Editée par Germer Baillière jusqu'en 1883 puis par Félix
Alcan, la Revue historique s'appuie sur l'idée que l'historien peut et doit
être objectif, moyennant la pratique d'une méthode critique, d'une
analyse des faits selon un enchaînement de cause à effet comme le
physicien empirique doit tenir compte de lois. La lecture des documents
Gabriel Monod (1844- reviendrait donc à l'expérimentation des sciences exactes. Elle imite
1912) S.H.P.F. aussi la Revue des Questions historiques, mais pour mieux la
combattre, car à la différence de son aînée, elle veut promouvoir la
"recherche désintéressée et scientifique" plutôt que la défense de certaines idées. [Source :
Gallica BNF]

Recevant au sein de sa - déjà célèbre - famille une éducation protestante libérale, ancien élève de
l'École Normale supérieure, il est le fondateur de la Revue historique (1876), et illustre le rôle des
protestants dans l'enseignement républicain. Directeur d'Études à la IVe section de l'École
Pratique des Hautes Études, Maître de Conférence à l'École Normale Supérieure, Professeur au
Collège de France, il fut l'ardent défenseur de Dreyfus. Grand lecteur de Michelet, bon connaisseur
de l'École historique allemande, il se rendit célèbre par ses débats avec Fustel de Coulanges, dont
il contestait les ardeurs nationalistes. Il proposa de fonder la recherche en histoire sur une
méthode analytique et critique, ce qui lui attira les foudres de Charles Maurras qui le considérait
comme vendu à l'Allemagne ; Maurras citait toujours l'historien pour vilipender le protestantisme.
[notice du Musée virtuel du protestantisme français ]
L'école méthodique — Portrait de Ernest Lavisse (1842-1922)

E rnest Lavisse est né en 1842 au Nouvion-en-Thiérache


(Aisne). Cet Axonais est le fils d’un boutiquier, "marchand de
nouveautés". Il effectue ses études secondaires au collège de
Laon puis songe à entrer à l’École Spéciale Militaire de Saint-Cyr
dans le but d’effectuer une carrière militaire. Il se décide
cependant à intégrer l’École Normale Supérieure.

A sa sortie de la rue d’Ulm, il est nommé professeur au Lycée


Henri IV. Lavisse est alors remarqué par Victor Duruy, ministre
de l’instruction publique depuis 1863. Celui-ci en fait de manière
officieuse son directeur de cabinet, avant de le recommander
Ernest Lavisse (portrait comme précepteur du Prince Impérial en 1868. Quelques années
Académie française) plus tard, la chute de l’Empire ruine ses ambitions.

Comme nombre d’intellectuels de l’époque, Lavisse est


troublé par l’ampleur de la défaite française face à une puissance naissante dans
l’Europe du XIXème siècle. Il séjourne alors trois années de suite outre-Rhin,
observant les pratiques du métier d’historien dans les brillantes universités du IIème
Reich. Il rédige également sa thèse, soutenue en 1875 et intitulée La Marche de
Brandebourg, essai sur les origines de la Monarchie prussienne. D’autres publications
ayant trait au passé germanique suivront : L’Histoire de la Prusse (1879), Trois
Empereurs d’Allemagne (1888), et Le Grand Frédéric (1891).

Sous la Troisième République, le jeune historien gravit tous les échelons de la carrière
universitaire. Il est maître de conférence en 1878, puis professeur en Sorbonne en 1888 et
enfin directeur de l’École Normale Supérieure en 1908. Lavisse prend également part aux cotés
de Gabriel Monod à la rédaction et à l’animation de la Revue Historique qui devient rapidement
la publication de référence dans le monde universitaire. Son œuvre d’historien s’enrichit de la
direction d’un projet éditorial qui s’inscrit comme une vaste tentative de reconstruction du passé
national, L’Histoire de France de l’époque gallo -romaine à la Révolution, publiée de 1903 à
1911. Il reçoit à cette occasion la collaboration d’historiens (Langlois, Luchaire , Lemonnier,
Sagnac…) et d’un géographe de renommée, Vidal de la Blache . Lui-même rédige un Louis XIV,
publié en 1905 et 1906, qui fera autorité pendant de longues décennies. L’entreprise trouve son
prolongement de 1920 à 1922 dans l’Histoire de la France contemporaine de la Révolution à
1919. La direction effective en revient cependant à son disciple Seignobos.

Le brillant universitaire se met également au service de l’enseignement primaire qui prend un


nouveau développement grâce aux lois initiés par Jules Ferry du début des années 1880. Il
publie en 1884 un manuel d’histoire de 240 pages et 100 gravures, Le petit Lavisse ,
qui connaît un immense succès. La 75ème édition est atteinte dès 1895. Le langage est
simplifié, la narration imagée et les traits grossis pour se mettre à la portée des enfants.
L’histoire de France se construit avec la succession de tableaux expressifs : "nos
ancêtres les Gaulois", le bon roi Henri IV ... Cette longue marche vers la formation de
l’État-nation est jalonnée de références à des personnages exceptionnels et vertueux
(Vercingétorix, Saint Louis, Jeanne d’Arc, Louis XIV…) qui ont renforcé l’autorité de l’État. Lavisse
fait également l’apologie du régime républicain et exalte la Mère-Patrie. Il défend également la
mission civilisatrice de la France dans son entreprise colonisatrice.

En 1892 un couronnement, une reconnaissance de son travail d’historien. L’"instituteur national"


est élu à l’Académie française. Après avoir quitté la direction de l’École Normale Supérieure en
1919, Ernest Lavisse meurt en 1922 à Paris.

Source : http://www.19e.org/personnages/france/L/lavisse.htm
L'école méthodique — Portrait de Charles Seignobos (1842-1922)

C harles Seignobos est un historien français,


spécialiste de la IIIe République (1854-1942).
Né en 1854 à Lamastre en Ardèche, il est le fils de
Charles-André Seignobos, député-maire de Privas de
1871 à 1894, de famille protestante et républicaine. Il
passe le baccalauréat à Tournon en 1871. Après de
brillantes études à l'École Normale Supérieure, où il
suit les cours de Fustel de Coulanges et de Ernest
Lavisse, il finit premier à l'agrégation d'histoire). Puis,
il part étudier deux années en Allemagne, il s'installe
ainsi quelques temps à Göttingen, Berlin, Munich et
Charles Seignobos (origine inconnue) Leipzig. Nommé maître de conférence à l'université de
Dijon en 1879, il soutient sa thèse de Doctorat en
1881, puis est nommé à la Sorbonne. Il succède à son père à la mairie de Lamastre. Il meurt en
avril 1942, après avoir été placé en résidence surveillée à Ploubazlanec en Bretagne.
Auteur de nombreux ouvrages d'histoire politique mettant en application la méthode historique
allemande et bénéficiant de son excellent niveau linguistique en allemand et en anglais pour la
recherche documentaire. Il est l'un des acteurs majeurs de l'histoire méthodique, qui repose sur la
lecture critique des sources manuscrites.

Bibliographie
• 1892: Histoire narrative et descriptive de la Grèce ancienne.
• 1897: Histoire politique de l'Europe contemporaine.
• Histoire de la France contemporaine, en collaboration avec Ernest Lavisse.
• 1898: Introduction aux études historiques (1898), en collaboration avec Charles-Victor
Langlois.
• 1901: La méthode historique appliquée aux science sociales.
• 1934: Études de politique et d'histoire.
• 1937: Histoire sincère de la Nation française.
• 1938: Essai d’une Histoire comparée des peuples de l’Europe.
- Autres:
• 1995 Histoire et historiens, Bizière J.M. et Vayssiere P., Hachette, Paris.
• 1998 Charles Seignobos devant ses contradicteurs. Analyse de la contreverse intellectuelle
française du début du 20e siècle sur l'histoire, Yves Morel, ANRT, These a la Cart, ISBN
2284016413.

Citation
• L'historien est dans la position d'un physicien qui ne connaîtrait les faits que par le compte-
rendu d'un garçon de laboratoire ignorant et peut-être menteur.
Extrait de Seignobos dans La méthode historique appliquée aux sciences morales.

Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Seignobos