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Germaine Aujac

Michel Psellos et Denys d'Halicarnasse : le traité "Sur la


composition des éléments du langage"
In: Revue des études byzantines, tome 33, 1975. pp. 257-275.

Résumé
REB 33 1975Francep. 257-275
Germaine Aujac, Michel Psellos et Denys d' Halicarnasse : le traité Sur la Composition des éléments du langage. — Dans le
court libellé intitulé Sur la Composition des éléments du langage, Psellos emprunte sans le dire les deux tiers de sa matière au
traité de Denys d 'Halicarnasse Sur la Composition des mots. Une comparaison stricte entre le texte de Psellos et les
développements correspondants de Denys montre que Psellos se contente d'une lecture hâtive ; il juxtapose des phrases
entières de Denys en une mosaïque fort disparate et pas toujours cohérente. L'étude des variantes permet de situer, par rapport
à la tradition manuscrite de Denys, l'exemplaire dont s'est servi Psellos et qui appartient à la famille de F (Laurentianus 59, 15).

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Aujac Germaine. Michel Psellos et Denys d'Halicarnasse : le traité "Sur la composition des éléments du langage". In: Revue des
études byzantines, tome 33, 1975. pp. 257-275.

doi : 10.3406/rebyz.1975.2033

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rebyz_0766-5598_1975_num_33_1_2033
MICHEL PSELLOS ET DENYS D'HALICARNASSE

LE TRAITÉ « SUR LA COMPOSITION*


DES ÉLÉMENTS DU LANGAGE"

Germaine AUJAC

Le précieux Parisinus graecus 1182 (xme siècle), qui réunit une bonne part
de l'œuvre de Michel Psellos, contient au folio 107v un court libelle en forme
de lettre intitulé : Περί συνθήκης των του λόγου μερών. Répondant à un
((savant ami»1 qui le consultait sur l'origine des différences de style, Psellos
met en cause la «composition des mots» (ή συνθήκη των ονομάτων), qui
constitue à ses yeux l'essentiel de la rhétorique.
Ce libelle paraît de prime abord fortement charpenté : à l'introduction, qui
explique par la composition des mots les différentes variétés de style, répond
très symétriquement la conclusion, et presque dans les mêmes termes. Entre
les deux, on s'attend donc à ce qu'intervienne la démonstration.
De fait, Psellos présente d'abord les deux objectifs que se propose toute œuvre
d'art : l'agrément et la beauté; puis les quatre moyens que l'on peut mettre
en œuvre pour les atteindre : mélodie, rythme, variété, convenance. A partir
de là, on constate un certain flottement : Psellos tente de distinguer plus nettement
les deux objectifs, puis il en revient aux quatre moyens; il insiste d'abord sur
la mélodie et la variété, vante les mérites de l'à-propos (est-ce une autre manière
de désigner la convenance ?), fait une brève allusion au rythme, revient aux
objectifs, agrément et beauté.
Suit un assez long exposé sur la nature des lettres, encadré au début par la
remarque que ces lettres sont les éléments constitutifs des syllabes, et que celles-ci

* Dans cet article, le terme composition, traduction de σύνθεσις et συνθήκη, est pris
dans le sens de « position relative des mots les uns par rapport aux autres », selon la
définition de Denys d'Halicarnasse, περί συνθέσεως, 2 : Usener-Radermacher, p. 6.
1. Ce correspondant est inconnu. On sait que Psellos entretenait une correspondance
considérable ; il n'y a donc pas lieu de penser qu'il s'agisse ici d'une lettre fictive. L'opus
cule de Psellos est édité par Ch. Walz, Rhetores Graeci, V, Osnabrück 1968 (réimpr.),
p. 598-601.
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le sont des mots, et, à la fin, par l'extension de ce qui vient d'être dit aux membres
de phrase et aux périodes. L'idée centrale est que la valeur de chaque composé
(syllabe, mot, membre de phrase, période) comprend la somme des valeurs
individuelles de chaque composant, augmentée d'une valeur globale, résultant
du « dosage et de la juxtaposition » des composants.
Référence est faite ensuite aux poètes dithyrambiques qui introduisaient toutes
sortes de variations dans la mélodie et le rythme ; est-ce pour les louer ou pour
les critiquer ? Psellos, qui ne prend pas parti, semble les mettre en parallèle avec
l'orateur consciencieux qui sait adapter la composition des mots et des phrases
aux émotions qu'il veut exprimer.
Ainsi beaucoup de méandres, beaucoup de disparate aussi dans ces quelques
pages consacrées à la rhétorique; des phrases incomplètes, des juxtapositions
inattendues, des développements qui ne sont pas conduits jusqu'au bout, sur
prennent chez un auteur dont l'éloquence était réputée.
Quant au contenu de cette lettre littéraire, en dépit d'une légère différence
de vocabulaire (le terme συνθήκη par exemple), il évoque immanquablement
l'important traité de Denys d'Halicarnasse2, le Περί συνθέσεως ονομάτων,
dont la doctrine était restée bien vivante au cours des siècles. Cité par Hermogène,
Syrianos, Lacharès3, ce traité eut à Byzance, aux xe-xie siècles, un succès que
confirment les deux précieuses copies qui nous sont restées de cette époque :
le Parisinus graecus 1741 (sigle P), écrit vers le milieu du xe siècle, où il figure
dans une collection d'écrits rhétoriques, aux côtés de la Poétique et de la Rhéto
rique d'Aristote4, et le Laurentianus 59, 15 (sigle F), datant de la fin du Xe ou
du début du xie siècle et consacré en majeure partie5 aux opuscules rhétoriques
de Denys d'Halicarnasse (il contient également le traité sur Les orateurs antiques et
le Dinarque). C'est aux xe-xie siècles peut-être6, et sans doute à Byzance, que fut
constitué un épitomé du Περί συνθέσεως (sigle Ε), qui n'est plus connu aujourd'hui
que par des témoins postérieurs au xme siècle. Enfin le beau manuscrit d'Hermogène
Parisinus graecus 1983 (sigle R), datant des xe-xie siècles7, contient dans les scho-

2. Pour Denys, l'édition de référence est celle de H. Usener et L. Radermacher, Diony-


sius Halicarnaseus, VI, Leipzig, 1904-1929, cité ici par page et ligne.
3. Pour de plus amples détails sur la tradition indirecte du Περί συνθέσεως, on peut
se reporter à mon article dans la Revue de Γ Institut d'Histoire des Textes, 1974, p. 1-44:
Recherches sur la tradition du περί συνθέσεως ονομάτων de Denys d'Halicarnasse.
4. Cf. Dieter Harlfinger et Dieter Reinsch, Die Aristotelica des Parisinus gr. 1741,
Philologus 114, 1970, p. 28-50.
5. On y trouve également les Vies des Sophistes de Philostrate, cinq ekphraseis de Callis-
trate, cinq discours d'Aelius Aristide.
6. Les opinions divergent sur ce point. Certains, dont C. Wendel (Planudes, RE 20,
1950, col. 2231), attribuent à Maxime Planude la paternité de cet épitomé. D'autres,
dont H. Rabe (Rhetoren corpora, Rheinisches Museum 67, 1912, p. 332 s.) et P. Costil
(Recherches sur la tradition manuscrite des Opera Rhetorica de Denys d'Halicarnasse,
thèse, Paris 1949), voient plutôt dans l'abréviateur un Byzantin du Xe siècle.
7. Citons également un de ses apographes, le Parisinus graecus 2977, daté du xie siècle
par Omont.
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lies des passages entiers du traité de Denys, notamment son analyse des lettres.
Je rappelle pour mémoire le plan de ce traité. Après une première partie assez
large sur la composition elle-même, sa nature (§2-3, p. 6-14), son efficacité
(§ 4-5, p. 15-27), son champ d'action, mots, membres de phrases, périodes (§6-9,
p. 27-35), Denys définit l'idéal à atteindre, agrément et beauté (§ 10-13, p. 36-48),
et indique dans quels domaines, mélodie, rythmes, variété, convenance, l'influence
de la composition se révèle prépondérante (§ 14-20, p. 48-93). Puis il décrit et
analyse les divers modes de composition, considérés du point de vue de la sonorité;
se distinguent ainsi les styles (Denys use du terme « harmonie ») sévère, poli,
intermédiaire8 ou tempéré (§ 21-24, p. 94-121). Une étude sur les rapports entre
la prose et la poésie (§ 25-26, p. 122-142) termine le traité.
Ainsi l'on constate que la matière tout entière de la lettre de Psellos est
empruntée au traité de Denys. Après une brève incursion dans la première partie
qui lui permet d'indiquer le rôle de la composition, c'est surtout la seconde partie
et plus précisément le début de la seconde partie qui retient l'attention de Psellos.
Denys commençait par définir l'idéal à atteindre, agrément et beauté, puis
présentait succinctement les quatre points, mélodie, rythme, variété (ou modul
ation ?) et convenance, sur lesquels l'influence de la composition pouvait se
faire particulièrement sentir ; il considérait successivement ces points sous l'angle
de l'agrément, puis sous l'angle de la beauté, pour conclure d'ailleurs que ce
sont les mêmes qualités qui procurent agrément et beauté. Reprenant alors
de manière plus systématique l'étude de ces quatre points, il considérait d'abord,
sous leur aspect mélodique, les lettres, les syllabes, les mots (§ 14-16). Là s'arrête
l'emprunt de Psellos, mis à part le jugement sur les poètes dithyrambiques, tiré
du développement sur la variété (§ 19).
Il peut être intéressant dès lors d'étudier le procédé même de l'emprunt, en
comparant terme à terme le texte de Psellos aux passages correspondants du
traité de Denys. Cette comparaison aura le double avantage de nous renseigner
et sur la manière de travailler de Michel Psellos, et sur le texte de Denys qu'il
utilisait.
Je cite donc in extenso la lettre de Psellos d'après l'édition de Ch. Walz
{Rhetores Graeci, V, p. 598-601), mais en restituant intégralement le texte du
Parisinus graecus 1182. Je mets en regard les passages correspondants du traité
de Denys, d'après l'édition d'Usener-Radermacher, mais en suivant le plus
possible le texte du Parisinus graecus 1741 (P), qui paraît dans l'ensemble le plus
fidèle à l'original de Denys ; seront intégralement pris en compte dans l'apparat
le Parisinus graecus 1741 (P), le Laurentianus 59,15 (F) et l'édition d'Usener-
Radermacher (Usener), quand elle s'écarte des manuscrits, ainsi que, pour les
passages correspondants, YEpitomé (E, cité d'après l'édition d'Usener-Rader
macher), le Parisinus graecus 1983 (R, scholies d'Hermogène), et Syrianos (In
Hermogenem Commentaria, éd. H. Rabe).

8. Le Parisinus gr. 1741 appelle κοινός ce troisième type de style, tandis que le Laurent
ianus 59,15 le nomme εύκρατος.

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Denys d'Halicarnasse

Περί συνθέσεως ονομάτων

(2) p. 2718-282 (selon la pagination de l'éd. Usener-Radermacher)


Δοκεΐ μοι της συνθετικής επιστήμης τρία έργα είναι · εν μέν, ίδεΐν τι
μετά τίνος άρμοττόμενον πέφυκε καλήν και ήδεΐαν λήψεσθαι συζυγίαν ·
έτερον δέ, γνώναι τών άρμόττεσθαι μελλόντων προς άλληλα πώς αν εκαστον
σχηματισθέν κρείττονα φαίνεσθαι ποιήσειε την άρμονίαν · τρίτον δέ, ει
τι δεϊται κατασκευής τών λαμβανομένων, αφαιρέσεως λέγω και προσδέσεως
και αλλοιώσεως, γνώναί τε πώς και προς την μέλλουσαν χρείαν οικείως
εξεργάσασθαι.

(3) ρ. 368-37 17
Δοκεΐ δη μοι δύο ταυτ' είναι <τα> γενικώτατα ων εφίεσθαι δει τους
συντιθέντας μέτρα τε και λόγους, η τε ηδονή και το καλόν ' αμφότερα γαρ
10 επιζητεί ταΰτα ή ακοή, βμοιόν τι πάσχουσα τη όράσει · και γαρ εκείνη
πλάσματα και γραφας και γλυφας και Οσα δημιουργήματα χειρών ανθρωπίνων
ορώσα, βταν εύρίσκη τό τε ηδύ ενόν αύτοΐς και το καλόν, αρκείται και
ουδέν έτι ποθεϊ. Και μη παράδοξον ήγήσηταί τις ει δύο ποιώ τέλη και
χωρίζω το καλόν άπα της ηδονής, μηδ' άτοπον είναι νομίση ει τίνα ηγούμαι
15 λέξιν ήδέως μέν συγκεϊσθαι, μη καλώς δέ, ή καλώς μέν, ου μην και ήδέως '
φέρει γαρ ή αλήθεια τό τοιούτον και ουδέν άξιώ καινόν. "Ηγέ τοι Θουκυδίδου

(2) PFE
1 δοκεϊ+δέΕ | συνθετικής+ ταύτης Ε | έργαεϊναι : είναι τα έ*ργα Ε 2
τόμενον : άρμοζόμενον F 4 ποιήσειε φαίνεσθοα transp. FE 4 δέ, ει ego :
ει Ρ δέ FE δ' ει Usener | κατασκευής : μετασ- FE 5 λέγω — αλλοιώσεως om. Ρ |
προσθέσεως : προσθήκης Usener 6-7 γνώναι — εξεργάσασθαι om. Ε | πώς om. F
(3) PFE
8 δή : δέ F I <τα> add. Usener | γενικώτατα : τελκώτατα Ρ 11 και δσα —
ανθρωπίνων om. Ε 11 χειρών + έστιν F 12 τό τε ήδύ — καλόν om. Ε |
ενόν + εν F 13 μη — τις : παράδοξον ουδέν Ε | ήγήσηταί : ήγήσετο F 14
μηδ' άτοπον — λέξιν : και ήγοϋμαί τίνα λέξιν Ε 15 ή καλώς μέν om. F | καΐ
ήδέως : ήδέως γε F 16 φέρει — καινόν om. Ε | γέ : γάρ Ε
MICHEL PSELLOS ET DENYS D'HALICARNASSE 261

Michel Psellos

Περί συνθήκης των του λόγου μερών

(1) Ήρώτησας, λογιώτατε, τί ποτέ και αύθις άνήδυστον και τραχύ


καί όπόσαι άλλαι λόγων μεταβολαί. "Ισθι τοιγαρουν ως ή παραλλάττουσα
συνθήκη των ονομάτων τας τοιαύτας διαφοράς απεργάζεται · εστί δε το
μέγιστον τούτο μέρος ρητορικής.

5 (2) "Εργα ôè της τοιαύτης επιστήμης το είδέναι την άρμονίαν των του
λόγου μορίων, το μετασχηματίζει τα άρμοττόμενα προς δ βούλοιτό τις,
τρίτον τό γνώναι τί δεϊται μετασκευής των λαμβανομένων, αφαιρέσεως
λέγω και προσθέσεως και αλλοιώσεως, και προς την μέλλονσαν χρείαν
οϊκείως αυτά εξεργάσασθαι.

10 (3) Δύο δε είσι τα γενικότατα, ων εφίεσθαι δεϊ τους συντιθέντας μέτρα


τε και λόγους, ή ήδονη και τό καλόν · αμφότερα γαρ επιζητεί ταϋτα ή
ακοή. Είσι γάρ τίνες λέξεις ήδέως μεν συγκείμεναι, μη καλώς δέ, καί
αύθις έτέραι καλώς μέν, μη ήδέως δέ · ή γέ τοι Θουκυδίδου λέξις και <ή>

13 <ή> suppl. e Dionysio

La composition des éléments du langage

(1) Tu m'as interrogé, savant ami, sur ce qui, à toute époque, explique le manque
d'agrément ou la rudesse, et les diverses variétés de style. Apprends donc que c'est la
composition qui, par l'ordre qu'elle imprime aux mots, produit ce genre de différences.
C'est elle qui constitue l'essentiel de la rhétorique.
(2) La science de la composition a pour rôle de connaître les lois d'ajustement des
éléments du langage, de donner aux éléments ajustés la forme appropriée au but poursuivi,
en troisième lieu de juger de l'opportunité d'une modification dans les éléments retenus
(par aphérèse, addition, altérations diverses) et de l'exécuter avec naturel conformément
à l'usage qu'on en veut faire.
(3) Les objectifs spécifiques que doivent se fixer les auteurs d 'œuvres en vers ou en prose
sont au nombre de deux : l'agrément et la beauté, deux qualités que réclame conjointement
notre oreille. Il existe des styles qui, de par la composition, présentent de l'agrément mais
manquent de beauté; d'autres, inversement, qui sont beaux mais sans agrément. Par
exemple le style de Thucydide et celui d 'Antiphon de Rhamnonte frappent par leur beauté
262 GERMAINE AUJAC

λέξις και ή 'Αντιφώντος τον ' Ραμνουσίου καλώς μεν σύγκειται νή Δία
ε'ίπερ τίνες και άλλαι, και ούκ αν τις αύτας εχοι μέμψασθαι κατά τούτο,
ου μην ήδέως γε πάνυ. Ή δε γε του Κνιδίου συγγραφέως Κτησίου και ή
τον σωκρατικού Ξενοφώντος, ήδέως μεν ώς εν ι μάλιστα, ου μην καλώς
5 γ' έφ' δσον έδει · λέγω δε κοινότερον, άλλ' ουχί καθάπαξ, έπεί και παρ'
έκείνοις ήρμοσταί τίνα ήδέως και παρά τούτοις καλώς. Ή δε Ηροδότου
σύνθεσις αμφότερα ταϋτα έχει, και γαρ ήδεΐά εστί και καλή.
Έξ ών δε οϊομαι γενήσεσθαι λέξιν ήδεϊαν και καλήν, τέτταρά εστί τα
κυριώτατα ταΰτα και κράτιστα, μέλος και ρυθμός και μεταβολή και το
10 παρακολουθούν τοις τρισί τούτοις πρέπον. Τάττω δε υπό μεν την ήδονήν
την ώραν και την χάριν και τήν εύστομίαν και την γλυκύτητα και το πιθανόν
και πάντα τα τοιαύτα, υπό ôè το καλόν τήν τε μεγαλοπρέπειαν και το
βάρος και τήν σεμνολογίαν και το αξίωμα και το πιθανόν και τα τούτοις
όμοια.

ρ.3813-15
(4)
15 "Εφην δε τήν άκοήν ήδεσθαι πρώτοις μεν τοις μέλεσιν, έπειτα τοις
ρυθμοϊς, τρίτον ταΐς μεταβολαϊς, επί δε τούτοις άπασι τω πρέποντι.

(5) ρ. 409-411

Μουσική γάρ τις ήν και ή των πολιτικών λόγων επιστήμη τω πόσω


διαλλάττουσα της εν ωδαϊς και οργάνοις, ουχί τω ποιώ · και γαρ εν ταύτη
και μέλος εχουσιν at λέξεις και ρυθμον και μεταβολήν και πρέπον, ώστε
20 και επί ταύτης ή ακοή τέρπεται μεν τοις μέλεσιν, άγεται δε τοις ρυθμοϊς,
ασπάζεται δε τάς μεταβολάς, ποθεί δ' έπί πάντων το οίκεϊον ' ή δε διαλλαγή
κατά το μάλλον και ήττον. Διαλέκτου μεν ούν μέλος ένί μετρείται διαστή-
ματι τω λεγομένω δια πέντε ώς εγγιστα, και ούτε επιτείνεται πέρα τών
τριών τόνων και ήμιτονίου έπί το οξύ οΰτ' άνίεται του χωρίου τούτου
25 πλέον έπί το βαρύ.

1 ή om. FE 2 εί'περ — τοϋτο om. Ε | και ούκ - τοϋτο om. Ρ 3


γραφέως om. Ε 4 ώς Ινι μάλιστα om. Ε 5-6 και παρ' έκείνοις : κάκείνοις Ρ
6 ήδέως + ώς FE 8 οϊομαι : οϊμαι FE | γενήσεσθαί. : γενέσθαι FE 9 ταϋτα
τα κυριώτατα transp. F | ταϋτα και κράτιστα om. Ε | κα11 + τα F 10 τούτοί.ς +
τό FE 11 τήνΧ + τε FE 13 τό πιθανόν : τον πίνο ν Usener
(4) PF
15 δέ : 8ή F 16 έπί : έν F
(5) PFE Syrianos (éd. Rabe, p. 321"8)
17 Μουσική — επιστήμη : ή γάρ τοι τών πολιτικών λόγων επιστήμη μουσική τίς
έστι Syrianos | πόσω +καΙ Syrianos 18 διαλλάττουσα της έν ωδαϊς : διαλλάτ-
τουσι τοις έν ώδη F | ουχί τω ποιώ om. Ε 19 ρυθμόν : ρυθμούς FE 20 δέ
om. Syrianos 22 και + το FE 23 επιτείνεται — οΰτ' in mg alia manu Ρ |
πέρα : παρά F | τών om. Ε 24 ήμιτονίου : ήμιτόνιον in mg P
MICHEL PSELLOS ET DENYS D'HALICARNASSE 263

'Αντιφώντος τοΰ 'Ραμνουσίου τω μεν καλώ διαπρέπουσιν, ούχ ήδύνουσι δε


την άκοήν * οι δε γε χαρακτηρίσαντες του σωκρατικού Ξενοφώντος τους
λόγους ήδεϊαν μεν αύτω συνθήκην άπέδοσαν, ου μην και καλήν ' ή δε 'Ηρο
δότου σύνθεσις αμφότερα ταϋτα έχει · και γαρ ήδεΐά εστί και καλή. Τέτταρα
5 δε εστί ταϋτα τα κυριώτατα της τοιαύτης συνθήκης, φημί δή της συναμ-
φοτέρου, μέλος και ρυθμός και μεταβολή και το παρακολουθούν τούτοις
το πρέπον. [(4) Ή γαρ δή ακοή πρώτον μεν ήδεται τοις καλοϊς μέλεσιν,
έπειτα τοϊς ρυθμοΐς, τρίτον ταϊς μεταβολαϊς, εν δε τούτοις πασι τω πρέ-
ποντι.] Προ δε τούτων ταττέσθω ήμΐν υπό μεν την ήδονήν ή ώρα, ή χάρις,
10 ή εύστομία, ή γλυκύτης, το πιθανόν και όσα τοιαύτα · υπό δε το καλόν ή
μεγαλοπρέπεια, το βάρος, 6 όγκος, ή σεμνολογία, το μέγεθος, το αξίωμα
και τα τούτοις όμοια.

(5) Ου μόνον δε ή εν cbôfj και οργάνοις εύμέλεια μέλος και μεταβολήν


ί'σχει, άλλα και αϊ λέξεις " και επί τούτων γαρ ή ακοή τέρπεται μεν τοις
15 μέλεσιν, άγεται δε τοις ρυθμοΐς, ασπάζεται δέ τάς μεταβολάς, ποθεί δέ
το οίκεϊον, και εστί διαλέκτου μέλος ποιόν τι διάστημα εν διαφόροις συλλα-
βαΐς βαρυτονούμενον ή όξυτονούμενον.

(6) Έπεί δέ το τα αυτά πολλάκις λέγειν προσκορές τε και πλήσμιον,


αϊ των τύπων μεταβολαί, φημί δή των έν τοις λόγοις, άκόρεστον ποιοΰσι
20 τήν ήδονήν τοις άκούουσιν.

7-9 Partem uncis inclusam (n° 4) transposuit Psellos 8 τοϊς om. Walz

mais ne sont pas agréables à l'oreille ; les critiques spécialistes de Xénophon le Socratique
accordent à cet auteur une composition pleine d'agrément mais dépourvue de beauté ;
chez Hérodote en revanche la composition offre les deux qualités à la fois, elle possède
autant d'agrément que de beauté. Il y a quatre facteurs essentiels pour obtenir une compos
itionde ce genre (je veux dire celle qui possède les deux qualités à la fois) : la mélodie,
le rythme, la variété, et leur compagne obligée, la convenance. [(4) En effet l'oreille trouve
de l'agrément d'abord à la beauté de la mélodie, ensuite aux rythmes, en troisième lieu
à la variété, et, pénétrant tout cela, à la convenance.] Mais, préalablement, il nous faut
mettre au compte de l'agrément l'éclat, la grâce, l'euphonie, la douceur, le don de persua
sion et autres qualités semblables ; au compte de la beauté la noblesse d'allure, la gravité,
l'ampleur, la solennité, la grandeur, la dignité et autres qualités semblables.
(5) Ce n'est pas seulement dans l'harmonie vocale et instrumentale que l'on trouve
une mélodie et des modulations, mais aussi en matière de style. Dans ce domaine égale
ment, l'oreille est charmée par la mélodie, se laisse entraîner par le rythme, fait ses délices
des modulations, aspire au naturel. Il existe une mélodie propre au langage, fondée sur la
distance qui sépare les accents aigus ou graves placés sur les diverses syllabes.
(6) Si des répétitions fréquentes provoquent la satiété et l'écœurement, la variété dans
les formules, en matière littéraire s'entend, procure à l'auditeur un plaisir exempt de
satiété.
264 GERMAINE AUJAC

(7) p. 45 10-12
άλλ' επι πάντων οϊομαι δείν τον καιρόν όραν ' ούτος γαρ ηδονής κάί
αηδίας κράτιστον μέτρον.

(8) ρ. 4715-481

"Ωσπερ γαρ ήδεϊά τις γίνεται λέξις, οϋτω και γενναία τις ετέρα, και
ρυθμός ωσπερ γλαφυρός τις, οϋτω και σεμνός έτερος, και το μεταβάλλειν
5 ώσπερ χάριν έχει, οΰτω και πιθανόν · το δε πρέπον ει μή του καλοΰ
πλείστον εξει μέρος, σχολή γ' αν άλλου τινός. Έξ απάντων δη φημι τούτων
έπιτηδεύεσθαι δείν το καλόν εν αρμονία λέξεως εξ ώνπερ και το ηδύ. Αιτία
δέ κάνταυθα ή τε των γραμμάτων φύσις και ή των συλλαβών δνναμις,
έξ ών πλέκεται τα ονόματα.

(10) ρ. 5116-524

10 δεύτερον δε τδ ή", δτι κάτω περί την βάσιν της γλώσσης ερείδει τον
ήχον άκόλουθον, άλλ' ουκ άνω, και μετρίως άνοιγομένου του στόματος ·
τρίτον δέ το ω * στρογγύλεταί τε γαρ εν αύτω το στόμα και περιστέλλει
τα χείλη, την τε πληγήν το πνεύμα περί το άκροστόμιον ποιείται.

(7) PFE
1 όραν : θηραν Usener
(8) PFE
3 και1 om. F | ετέρα : άρα F 4 σεμνός + τις F 5 πιθανόν : πόνον F
τόνον Usener | έ"χει + τίνα F 7 δείν : δή F 8 κάνταυθα : και ένταΰθα FE
9 ονόματα +ταϋτα F
(10) PFER
10 δτι : διότι FER | κάτω : κάτω τε F τε κάτω R | γλώσσης : γλώττης FE
11 άκόλουθον om. FER | του στόματος om. Ρ 12 στρογγύλλεταί τε : στρογγυ-
λίζεται FER | περιστέλλει : -στέλλεται FER
MICHEL PSELLOS ET DENYS D'HALICARNASSE 265

(7) Έπι πάντων ôè οϊμαι δεΐν τον καιρόν όραν · ούτος γαρ ηδονής κάί
αηδίας κράτιστον μέτρον.

(8) "Ωσπερ δε ήδεϊά τις γίνεται λέξις, οϋτω και γενναία, και ρυθμός
ώσπερ γλαφυρός τις, οϋτω και σεμνός έτερος ' είτα δεύτερον δέ σοι το
5 καλόν εν αρμονία λέξεων, εξ ώνπερ και το ηδύ. Αίτιον δέ πρώτον τοΰ
γίνεσθαι συνθήκην καλήν ή ήδεΐαν ή των γραμμάτων φύσις και ή των
συλλαβών δύναμις εξ ων πλέκεται τα ονόματα.

(9) Ού γαρ δή μία φύσις των λεγομένων γραμμάτων * και 'ίνα τας παρά
τοις γραμματικούς λεγομένας διαιρέσεις άφώ, διαφόρω σχήματι γλώττης
10 και όδουσι και χείλεσι εκφέρεται εκαστον · και τα μέν μηκύνεται τω πνεύματι,
τα δέ συστέλλεται, και τα μέν επί πλέον ανοίγει το στόμα, τα δέ επ ελαττον.
(10) Και τα μέν κάτω περί την βάσιν της γλώττης ερείδει τον ήχον, τα
δε άνω * και τα μέν στρογγυλίζει το στόμα και περιστέλλει τα χείλη και
το επι τούτοις πνεϋμα την πληγήν περί το άκροστόμιον ποιείται, (11) τα
15 δέ έτερον τρόπον διασχηματίζει τον λέγοντα. Και περιττον αν ε'ίη περί
τών τοιούτων μακρολογεΐν · σύ γάρ, οπότε βούλοιο, κατά σαυτόν επί σχολής
εκαστον τών στοιχείων έκφωνών ήρεμα, γνοίης αν άκριβέστερον επί
τίνων άπραγμάτευτος μέν έστιν ή γλώσσα, τα δέ χείλη μέμυκεν ή ανοίγεται,
οπόταν δέ και ή γλώττα λάβοι τινά κίνησιν, ποΐ φέρεται ή μετατίθεται

6 ή τών γραμμάτων φύσις καΐ om. Walz 17 επί : οίον Walz 18 μέμυκεν :
νένευκεν Walz 19 λάβη Walz

(7) Par dessus tout, me semble-t-il, il faut considérer l'à-propos, car c'est lui le meilleur
critère en matière d'agrément ou d'absence d'agrément.
(8) Un style peut avoir de l'agrément, un autre de la noblesse ; de même tel rythme
peut être poli, tel autre majestueux. En second lieu donc il te faut considérer la beauté
dans l'ajustement des mots ; (elle vient) des mêmes sources que l'agrément. La cause pre
mière de la beauté ou de l'agrément dans la composition, c'est la nature des lettres et la
valeur propre des syllabes dont l'enchevêtrement constitue les mots.
(9) La nature de ce que nous appelons les lettres n'est pas une ; sans entrer dans les
distinctions faites par les grammairiens, disons que chaque lettre se prononce avec une
position particulière de la langue, avec les dents et avec les lèvres. Le souffle allonge
certaines lettres, en abrège d'autres ; la bouche s'ouvre légèrement pour les unes, beaucoup
moins pour d'autres ; (10) pour certaines, le son prend appui en bas, vers la base de la
langue ; pour d'autres, la bouche s'arrondit, les lèvres l'enveloppent et le souffle dans ce
cas vient frapper le bout des lèvres ; (11) pour d'autres, le schéma de prononciation est
tout différent. Au reste, il serait bien superflu de ratiociner longuement sur ce sujet :
il te suffit, à titre d'exercice, de prononcer lentement chaque lettre pour te faire une opi
nion assez exacte sur les lettres pour lesquelles la langue n'intervient pas, avec les lèvres qui
se ferment et s'ouvrent, ou, en cas de mouvement de la langue, sur la direction qu'elle
prend et sur l'étendue de son déplacement, ou encore sur le point de départ du son pour
266 GERMAINE AUJAC

(12) p. So1^11
Τρία μεν από τών χειλών ακρών, το π και το φ και το β, δταν του στόματος
πιεσθέντος τότε προσβαλλόμενον έκ της αρτηρίας το πνεύμα λύση τον
δεσμόν αύτοΰ * και ψιλόν μέν έστιν αυτών το π, δασύ δε το φ, μέσον δε
άμφοΐν το β · του μέν γαρ ψιλώτερόν έστι, του δε δασύτερον. Μία μέν
5 αυτή συζυγία τριών γραμμάτων άφωνων όμοίω σχήματι λεγομένων, ψιλότητι
δε και δασύτητι διαφερόντων. Τρία δε άλλα λέγεται της γλώσσης ακρω
τω στόματι προσερειδομένης κατά τους μετεωροτέρονς οδόντας, επειθ* υπό
τον πνεύματος άπορραπιζομένης και την διέξοδον αύτω κάτω περί τους
οδόντας άποδιδούσης, το τ και το θ και τό δ ' διαλλάττει δέ και ταύτα
10 δασύτητι και ψιλότητι * ψιλόν μέν γάρ έστιν αυτών το τ, δασύ δέ το θ,
μέσον δέ και έπίκοινον τό δ· Αυτή δευτέρα συζυγία γραμμάτων άφωνων.
Τρία δέ τα λοιπά τών άφωνων λέγεται μέν της γλώσσης άνισταμενης κατά
τον ονρανόν εγγύς της φάρνγγος και της αρτηρίας νπηχονσης τω πνενματι,
τό κ και τό χ και τό γ, ούδενί ταύτα διαφέροντα τω σχήματι αλλήλων, πλην
15 δτι τό μέν κ ψιλώς λέγεται, τό δέ χ δασέως, τό δέ γ μετρίως και μεταξύ.
Τούτων κράτιστα μέν οδν έστιν δσα τω πνεύματι πολλώ λέγεται, δεύτερα
δέ δσα μέσω, κακίω δέ δσα ψιλώ · ταύτα μέν γαρ την εαυτών δύναμιν
έχει μόνην, τα δέ δασέα και τήν του πνεύματος προσθήκην, ώστε εγγύς
του τελειότερον είναι εκείνων. Έκ δή τών γραμμάτων τοσούτων τε όντων και
20 δυνάμεις τοιαύτας εχόντων ai καλούμεναι γίνονται συλλαβαί.

(13) ρ. 5915-605
Πρώτον μέν δή θεώρημα τοΰτο τών έν ταΐς συλλαβαΐς παθών, έτερον δέ
τοιόνδε · τών γραμμάτων πολλας εχόντων διαφοράς ού μόνον περί τα μήκη
και τας βραχύτητας άλλα και περί τους ήχους, υπέρ ών όλίγω πρότερον

(12) PFER
1 χειλών : χειλέων Ε | τό π — β om. FR 2 τότε : τό FER | προσβαλλόμενον :
προβ- FER | τό om. FER 3 δεσμόν : θεσμόν R 3-5 και ψιλόν — άφωνων om. Ε
| ψιλόν : ψιλών R | αυτών έστιν transp. R | αυτών : αύτοϋ Ρ 4 ψιλώτερόν :
ψιλό- F 5 άφωνων γραμμάτων transp. R | όμοίω + δέ Ε | λεγομένων : ταϋτα
λεγόμενα Ε | δέ om. Ε 6 διαφερόντων : διαφέρουσι, ώσπερ και τα ρηθησόμενα Ε
6 άλλα λέγεται : λέγεται άλλα FE άλλ' άκρα λέγεται R | γλώσσης : γλώττης FER
7 μετεωροτέρους : μετεώρους FER 8 άπορραπιζομένης : άπορριπ- FR _8 αυτών
κάτω Ε Usener : αυτών Ρ κάτω FR | τους om. F 8-9 τό τ — τό δ om. FR
9-11 διαλλάττει — γραμμάτων άφωνων om. Ε 9 και (ταΰτα) om. FR | ψιλόν:
ψιλών F 10 αυτών έστιν transp. FR | και om. F 11 συζυγία + τριών FR
| τών άφωνων om. Ε 12 γλώσσης : γλώττης FER | κατά :πρός FER | της
(φάρυγγος) : του FER 13 τό κ — τό γοηι. FR 13-15 ούδενί — μεταξύ om. Ε |
ούδενί : ουδέν δέ ού F ουδέν δέ ουδέ R ουδέν ουδέ Usener 15 μεταξύ + άμφοΐν
FR | οδν om. FE 17 μέσω : μέσα R μέσως Usener | κακίω : κάκιστα FER |
ψιλώ : ψιλώς Usener 17 εαυτών : αυτών FR | μόνην om. R 18 ώστε :
ώς Ε | τοΰ : που R | τελειότερον : -τερα FER | εκείνων : έκεϊνα FR om. E
18-19 τοσούτων — εχόντων : τούτων Ε
(13) PFE
21 έν om. F
MICHEL PSELLOS ET DENYS D'HALICARNASSE 267

και ποδαπος ό εξ εκάστου των στοιχείων ήχος έστι ' (12) Τα μεν γαρ
εκφωνείται άπα γειλέων ακρών, τα δε της γλώττης άκρω τω στόματι
προσερειδομένης κατά τους μετεώρους οδόντας, έπειτα νπό τον πνεύματος
απορριπιζομένης ' και τίνα μεν λέγεται της γλώττης άνισταμένης προς
5 τον ούρανόν εγγνς τον φάρνγγος και της αρτηρίας νπηχούσης τω πνενματι,
τα δε καθ' έτερον τρόπον. Έκ δη των γραμμάτων τοιαύτας δννάμεις εχόντων
ai καλούμεναι γίνονται ανλλαβαί.

(13) Και πάσα ανάγκη την εκ των τοιώνδε στοιχείων συνισταμένην


συλλαβήν την τε ιδίαν εκάατον αώζειν δνναμιν και την κοινήν απάντων,
10 ή γίνεται δια της κράσεως και παραθέσεως αντών, εξ ων μαλακαί τε φωναι
γίνονται και σκληραι και λεΐαι και τραχεΐαι, γλνκαίνουσαί τε την άκοην
και πικραίνονται, ατνψονααι και διαχέονται και πασαν άλλην κατασκενά-
ζονσαι διάθεσιν.

(14) Και τα έκ των συλλαβών κώλα τοιουτότροπα και αί έκ των κώλων


15 περίοδοι τήν αυτήν εχουσι σύνθεσιν και διαφοράν.

chaque lettre. (12) Certaines en effet se prononcent du bout des lèvres, d'autres avec la
langue fermement appuyée sur le bord de la bouche, contre les dents d'en haut, puis rejetée
en arrière par le souffle ; certaines se disent avec la langue levée vers le palais, près du
pharynx, et la trachée faisant résonance sous l'effet du souffle; d'autres encore d'autre
manière. Les lettres, avec leurs diverses valeurs, forment ce qu'on appelle des syllabes.
(13) II est donc de nécessité absolue que toute syllabe, composée de tels éléments,
retienne à la fois la valeur propre de chaque lettre et la valeur commune de l'ensemble,
produit du dosage et de la juxtaposition des lettres. C'est cela qui donne à l'émission
vocale du moelleux ou de la dureté, du liant ou de l'âpreté, de la douceur à l'oreille ou du
mordant, de l'épaisseur ou de la fluidité, et qui lui confère n'importe quel caractère
particulier.
(14) Même chose pour les membres de phrase, à partir des syllabes ; ou pour les périodes,
à partir des membres de phrase ; à chaque fois, même procédé de composition et même
diversité.
268 GERMAINE AUJAC

εΐρηκα, πάσα ανάγκη τάς εκ τούτων συνισταμένας σνλλαβας ή δια τούτων


πλεκομένας άμα την τε ιδίαν εκάστου σωζειν ούναμιν και την κοινήν απάντων,
ή γίνεται δια της κράσεώς τε και της παραθέσεως αυτών ' έξ ών μαλακαί τε
φωναί γίνονται και σκληραϊ και λεϊαι και τραχεϊαι, γλνκαίνουσαί τε την
5 ακοην και πικραίνουσαι, και στύφουσαι και διαχέουσαι, και πάσαν την
αλλην κατασκευάζουσαι διάθεσιν φυσική ν · αοται δ' είσΐ μυρίαι το πλήθος
δσαι.

(15) ρ. 8518-867

ΟΙ δε γε διθνραμβοποιοί και τους τρόπους μετέβαλλον, δωρίους τε και


φρυγίους και λύδιους εν τω αύτω ασματι ποιοϋντες, και τάς μελωδίας
10 εξήλλαττον, τότε μεν εναρμονίους ποιοϋντες, τότε δε χρωματικός, τότε δέ
διατόνους, και τοις ρυθμοϊς κατά πολλήν αδειαν ενεξουσιάζοντες διετέλουν, ο?
γε κατά Φιλόξενον και Τιμόθεον και Τελεστήν, έπεί παρά γε τοις άρχαίοις
τεταγμένος ήν ό διθύραμβος.

1 πάσα om. Ε | ανάγκη +καΙ FE | ή — πλεκομένας om. Ε 3 της om. FE


4 γίνονται om. Ε 5 τήν om. FE 6 διάθεσιν +είς F
(15) PFE
10 εναρμονίους : άρμονίους F 11-13 και τοις — διθύραμβος om. Ε 12 γε +
δή F 13 τεταγμένος : -μένον F | ήν + και F

La comparaison des deux textes est révélatrice : Psellos s'est souvent contenté
de juxtaposer sans y rien changer des phrases entières empruntées à Denys ;
pour certaines il modifie seulement très légèrement la construction; parfois il
remanie plus profondément le libellé; dans le développement sur les lettres,
il emprunte un membre de phrase ici, un autre là. Au total, sur les 92 lignes
que comporte la lettre de Psellos dans l'édition de Walz, une trentaine à peine
appartiennent en propre à l'auteur; tout le reste, soit les deux tiers, est pris à
Denys d'Halicarnasse.
Etudions de plus près ce manteau d'Arlequin.
(1) — L'introduction, qui reprend la demande du « savant ami », pose le sujet
à rebours (il s'agit de trouver les causes du manque d'agrément) et considère
uniquement l'agrément. La référence aux diverses catégories de style élargit
heureusement le débat : c'est en manière de conclusion à son traité que Denys
avait présenté les trois types de style, sévère, poli, intermédiaire. Cette classif
ication ou des classifications analogues9 avaient rencontré un vif succès chez
tous les amateurs de rhétorique.
9. Denys d'Halicarnasse lui-même, dans le début du Démosthène, présentait une clas
sification des styles assez largement différente, beaucoup moins fondée sur la sonorité
du langage.
MICHEL PSELLOS ET DENYS d'HALICARNASSE 269

(15) Και, oî γε διθυραμβοποιοι και τους τρόπους μετέβαλον, δωρίους και


φρυγίονς και λνδίους εν τω αύτω ασματι ποιοϋντες, και τας μελωδίας
εξήλλαττον, ποτέ μεν εναρμονίους ποιοϋντες, ποτέ δε χρωματικάς, ποτέ δε
διατόνους, και τοις ρνθμοΐς κατά πολλήν αδειαν ενεξονσιάζοντες διετέλουν.

5 (16) Και ημείς δε ούχ όμοια συνθέσει χρώμεθα, διαφόροις ταραττόμενοι


πάθεσι, και δει τον ακριβή ρήτορα το πρέπον εκάστη καταστάσει ψυχής
προσαρμόττειν και μήτε εκ του αύτου πάθους διαφοραν εν τοις λόγοις
ποιεΐν, μήτε εκ διαφόρων τήν αυτήν τάξιν και συνθήκην έργάζεσθαι. Τοιούτον
έστι το περί της συνθήκης της τέχνης κεφάλαιον και τοιαύτην τοΰτο δη
10 το μέρος έν τοις λόγοις έχει διαφοράν τε και δύναμιν.

(15) Les faiseurs de dithyrambes non seulement variaient de gammes, passant du dorien
au phrygien ou au lydien dans la même chanson, mais ils changeaient aussi de modes
mélodiques, utilisant tantôt l'enharmonique, tantôt la chromatique, tantôt la diatonique ;
avec les rythmes aussi ils prenaient des libertés qui tournaient à la licence.
(16) Nous non plus, nous n'usons pas du même type de composition quand nous
sommes en proie à des émotions différentes ; l'orateur consciencieux doit adopter dans
son discours ce qui convient exactement à chaque état d'âme ; il doit se garder, à partir
d'une même émotion, d'introduire des différences dans l'expression ou, inversement,
de traduire des émotions différentes par un ordre des mots et une composition identiques.
Voilà à peu près l'essentiel en ce qui concerne l'art de la composition, ainsi que les diff
érences et la valeur propre que confère aux discours cette partie de la rhétorique.

La réponse de Psellos fait déjà référence, implicitement, au traité de Denys,


mais elle en trahit à la fois le vocabulaire et l'esprit. Le terme de συνθήκη,
d'usage courant aux xe-xie siècles10, n'est nulle part utilisé par Denys dans le
Περί συνθέσεως : c'est toujours de la σύνθεσις qu'il est question, comme
l'indique le titre même du traité. Mais voici plus grave : la rhétorique, dont
Psellos dit que la pièce maîtresse en est la composition, n'est jamais nommée
non plus dans le Περί συνθέσεως, consacré aux λόγοι πολιτικοί, terme par
lequel Denys désigne non pas tant l'éloquence civile que l'expression littéraire
en général11.
(2) — Dès la phrase suivante, qui porte sur les fonctions de la composition,
commence l'emprunt, textuel pour la troisième fonction, après modification
pour les deux premières.
Pour Denys, étaient du ressort de la composition d'abord le choix des mots
en fonction de leur ajustement aux autres dans la phrase, ensuite la mise en forme

10. Le scholiaste d'Hermogène lui aussi cite à l'occasion Denys έν τώ περί συν
θήκης ονομάτων συγγράμματι (Ch. Walz, op. cit., VII, p. 964.)
11. Il est caractéristique en effet que Denys, dans son traité, donne en exemple aussi
bien des poètes que des historiens ou des orateurs.
270 GERMAINE AUJAC

de ces mots (choix des cas pour les substantifs, choix des temps et des modes
pour les verbes, etc.) en vue de produire une meilleure harmonie12, enfin certaines
opérations particulières (élision, addition, etc.) qui donnent au style du naturel.
Psellos, qui abrège le libellé en ce qui concerne les deux premières fonctions,
altère aussi le sens : « savoir ajuster les éléments du langage » n'implique pas le
choix des mots et de leur place qui est pour Denys la première mission de la
composition ; de même « le but poursuivi » qui est pour Denys « créer une
meilleure harmonie» n'est pas précisé par Psellos. Notons aussi que Psellos,
adoptant un ton nettement dogmatique, supprime délibérément les précautions
oratoires chères à Denys, toujours soucieux de nuancer sa pensée.
(3) — Le second fragment est tout à fait caractéristique de la manière de Psellos.
L'emprunt est presque littéral, mais des phrases entières sont juxtaposées qui,
chez Denys, étaient séparées par des images (comparaison avec la vue), des
incidentes (« on ne saurait les en blâmer »), des excuses verbales (« je ne dis là
rien de nouveau », « je parle en gros, sans entrer dans les détails »), etc. ; d'autres
sont disjointes par l'insertion d'une phrase prise à un autre développement (4),
ce qui oblige Psellos, pour maintenir la cohérence du texte, à modifier la construc
tion («préalablement il nous faut mettre au compte de...»); certaines sont
abrégées pour qu'elles deviennent plus directes (« frappent par leur beauté,
mais ne sont pas agréables à l'oreille»); la référence à Ctésias de Cnide13 est
omise, tandis que le jugement sur le style de Xénophon n'est présenté que comme
l'opinion de certains critiques littéraires ; en revanche, aux qualités mises par
Denys au compte de la beauté, Psellos ajoute l'ampleur et la grandeur, et omet
le dernier terme de 1 'enumeration, qui d'ailleurs fait difficulté.
Notons également que, suppléant un membre de phrase pour expliciter le
sujet, Psellos utilise spontanément le terme de συνθήκη à deux lignes de distance
de σύνθεσις, emprunté alors à Denys.
(5) — Le troisième fragment est un composé curieux. Alors que Denys, dans une
phrase célèbre, fait de la science de l'expression littéraire un don des Muses,
une «musique» qui n'aurait avec la musique vocale ou instrumentale qu'une
différence de degré, Psellos reprend l'idée à un niveau beaucoup plus bas, mettant
en parallèle la « belle mélodie » vocale ou instrumentale et les mots qui produisent
les mêmes effets. Psellos enchaîne alors sur la mélodie du langage parlé, mais
en abrégeant fortement le développement de Denys et en lui enlevant de la
précision : il n'est plus question de l'intervalle de quinte qui, par le jeu de l'accen
tuation, fait chanter la phrase, mais seulement de la variété que peut introduire
dans la diction la succession à distances diverses des accents aigus ou graves.
(6) — Suit une phrase originale sur les effets, satiété ou agrément, produits par
la qualité mélodique du langage.

12. Le traité de Denys est tout entier orienté vers la recherche de la qualité sonore de
l'œuvre littéraire.
13. La raison de cette omission est obscure. Ctésias, que lisait Photius (cod. 72). était-
il inconnu de Psellos, ou celui-ci le jugeait-il un auteur négligeable ?
MICHEL PSELLOS ET DENYS D'hALICARNASSE 271

(7) — La phrase citée à la suite par Psellos s'insère chez Denys dans le grand
développement sur la variété productrice d'agrément. Désirant, suivant son
habitude, nuancer son exposé et éviter le ton trop dogmatique, Denys dit en
effet : « N'allez pas croire que j'énonce là, une fois pour toutes, les recettes
susceptibles dans tous les cas de produire de l'agrément ou, à l'inverse, du
déplaisir. Je n'ai pas à ce point perdu le sens ! Je sais fort bien que l'agrément
naît, souvent, de sources opposées, tantôt du contraste, tantôt du parallélisme.
Par-dessus tout, me semble-t-il, c'est donc l'à-propos qu'il faut considérer».
(8) — Le cinquième emprunt est tiré des réflexions de Denys sur les éléments
producteurs de beau (il avait traité jusque-là des éléments producteurs d'agré
ment). Psellos extrait trois fragments de phrase seulement d'un développement
beaucoup plus important, ce qui l'oblige à certaines modifications : l'introduction
de δεύτερον δέ σοι., pour indiquer la place de ces réflexions dans le plan général
(Denys l'avait annoncée préalablement), la suppression, ou l'omission, de
εξ απάντων... έπιτηδεύεσθαί. qui rend insolite la construction de la relative,
l'addition de του γίνεσθαι συνθήκην καλήν ή ήδεΐαν par souci de clarté.
(9)-(12) — Le long passage qui suit est inspiré de la description des lettres14 que
fait Denys au chapitre 14. Mais tandis que Denys passe en revue de manière
exhaustive toutes les catégories de lettres et indique pour chaque lettre les méca
nismes de prononciation, Psellos, ne voulant pas empiéter sur le domaine des
grammairiens, déclare (9) se contenter de donner quelques indications très
générales. Il fait pourtant des emprunts directs à Denys, d'abord en (10), où il
décrit sans le dire la prononciation de la voyelle η, puis celle de ω ; ensuite en
(12) où, toujours sans le dire, il décrit la prononciation des labiales, des dentales
et des gutturales. Entre deux (11), Psellos insère un appel à l'expérience per
sonnelle du lecteur à qui un peu d'attention aux mécanismes de la prononciation
suffit, croit-il, pour apprendre tout ce qu'enseignent les grammairiens.
(13) — Vient ensuite une idée chère à Denys, que la valeur musicale d'une syllabe
n'est pas seulement constituée par l'addition des valeurs de chaque lettre, mais
qu'il s'y superpose une valeur commune à l'ensemble; l'emprunt est presque
littéral.
(14)-(15) — Après avoir ajouté de son cru que le même phénomène vaut pour
les syllabes qui forment des membres de phrase, et puis pour les membres de
phrases qui forment des périodes, Psellos emprunte textuellement le jugement
sur les poètes dithyrambiques qui, chez Denys, illustrait le chapitre consacré
à la variété. Denys y opposait les poètes lyriques qui obéissaient à des règles
fixes et les poètes dithyrambiques modernes qui s'octroyaient toutes les libertés
alors que les dithyrambes anciens étaient assez strictement ordonnés. Chez
Psellos, l'allusion, séparée de son contexte, paraît peu pertinente.
(16) — L'auteur insiste alors sur la nécessité d'utiliser un style particulier pour

14. C'est ce long chapitre sur la prononciation des lettres qui se trouve cité in extenso
dans les scholies d'Hermogène.
272 GERMAINE AUJAC

chaque état d'âme, ajoutant en guise de conclusion qu'il vient de dire l'essentiel
sur l'art de la composition qui donne à l'expression littéraire sa force et son
originalité.

La juxtaposition de la lettre de Psellos et des passages correspondants chez


Denys montre à l'évidence que Psellos a eu sous les yeux, à un moment quel
conque, soit dans la rédaction soit dans la préparation proche ou lointaine de
son opuscule, le texte même de Denys. Mais quel texte au juste ? Les deux
manuscrits qui servent aujourd'hui de base aux éditions de Denys, le Parisinus
graecus 1741 (P) et le Laurentianus 59, 15 (F) étaient selon toute vraisemblance
disponibles à Byzance du temps de Psellos. S'y trouvaient également les manuscrits
divers contenant les scholies d'Hermogène, peut-être aussi le manuscrit complet
qui a donné naissance à l'épitomé. Ρ et F sont assez nettement typés et présentent
des divergences suffisantes pour qu'on puisse les considérer comme les repré
sentants de deux traditions parallèles. L'épitomé, les scholies d'Hermogène
sont apparentés à F. Qu'en est-il du texte utilisé par Psellos ?

Pour plus de clarté, voici le tableau synoptique des variantes principales,


illustrant la position de Psellos par rapport aux divergences entre Ρ et F, avec
référence, le cas échéant, à E, R ou Syrianos.
2 κατασκευής Ρ μετασκευής FE Psellos
om. Ρ λέγω-άλλοιώσεως FE Psellos
3 τελικώτατα Ρ γενικώτατα FE Psellos
ή καλώς μέν ΡΕ om. F και αδθις έ*τεραι καλώς μέν
Psellos
ου μήν και ήδέως ΡΕ ού μήν ήδέως γε F μή ήδέως δέ Psellos
ή (Αντιφώντος) Ρ om. FE Psellos
τα κυρ. ταϋτα Ρ ταϋτα τα κυρ. FE Psellos
πρέπον το πρέπον FE Psellos
4 έπΙ Ρ εν FE Psellos
5 ώδαϊς ΡΕ Syrianos ωδη F Psellos
καίρ"υθμόν Ρ και ρ*υθμούς FE om. Psellos
8 καΐ γενναία τις ετέρα Ρ γενναία τις άρα F και γενναία Psellos
σεμνός Ρ Psellos σεμνός τις F
ονόματα Ρ Psellos ονόματα ταϋτα F
10 κάτω ΡΕ Psellos κάτω τε F
γλώσσης PR γλώττης FE Psellos
στρογγύλλεταί τε Ρ στρογγυλίζεται FER στρογγυλίζει Psellos
περιστέλλει Ρ Psellos περιστέλλεται FER
12 γλώσσης (bis) Ρ γλώττης (bis) FER Psellos
μετεωροτέρους Ρ μετεώρους FER Psellos
άπορραπιζομένης ΡΕ άποριπ- FR Psellos
κατά (τον ούρανδν ) Ρ προς FER Psellos
της (φάρυγγος) Ρ τοΰ FER Psellos
13 της (παραθέσεως) Ρ om. FE Psellos
τήν (άλλην) om. FE Psellos
15 έναρμονίους ΡΕ Psellos άρμονίους F
MICHEL PSELLOS ET DENYS D'HALICARNASSE 273

On constate à la simple lecture de ce tableau que Psellos est le plus souvent


en accord avec F (17 accords, contre 5 avec P), et sur des points de détail révé
lateurs (ordre des mots, usage de l'article, prépositions, etc.). Le texte de Psellos,
dans ses parties empruntées, se démarque de P ou de F par des omissions peu
signifiantes (encore que celle de και ρυθμον ou ρυθμούς au fragment 5 tronque
singulièrement le sens) ou par des variantes intéressantes à analyser.
Au fragment 3, empruntant assez librement un passage dont le sens n'était
pas douteux mais dont la rédaction était fort altérée dans F par l'omission du
premier membre d'un balancement (ή καλώς μεν), Psellos restitue un premier
membre analogue à Ρ, καλώς μεν et met le second membre en strict parallèle
avec l'expression immédiatement précédente, μή ήδέως δέ, s 'éloignant ainsi à
la fois de P et de F. La réfection chez Psellos και αδθις ετεραι semble exclure
un emprunt à P. La rédaction du second membre pourrait suggérer que, dans
un certain état du texte, intervenait une variante interlinéaire, un μή à substituer
à un ου jugé fautif ; conservé seul dans le texte utilisé par Psellos, ce μή aurait
été introduit, après transformation, dans la phrase, d'où le ού μήν de P et F ;
l'hypothèse est fragile à coup sûr, Psellos ayant très bien pu refaire de toutes
pièces ce membre, parallèle en tous points à l'expression précédente.
Au fragment 8, Psellos propose des leçons assez voisines de P, supprimant
le peu compréhensible τις άρα de F (il ne devait donc pas avoir à sa disposition le
τις ετέρα de P) et certaines additions de F (τις, ταύτα).
Au fragment 10, le texte de Psellos ne présente pas le τε ajouté par F après
κάτω ; il porte seul στρογγυλίζει qui pourrait être le souvenir d'une leçon
ancienne qu'une addition supralinéaire de τε (présent dans P) aurait transformé
en στρογγυλίζεται. Mais le changement de structure de la phrase peut fort bien
expliquer le passage du passif à l'actif, opéré, pour les deux premiers verbes de
cette série, par Psellos (qui, pour le second, se rencontre avec P).
C'est le fragment 15 qui livre l'indice le plus probant. Tandis que F porte
seul άρμονίους Psellos écrit avec P et Ε έναρμονίους qu'il trouve certainement
dans le texte qu'il utilise.
Il ressort de cette analyse que ce n'était ni P ni F que Psellos avait sous les
yeux, ni non plus l'épitomé. Il utilisait un manuscrit complet de Denys, apparenté,
comme Ε et R, à la famille de F, mais moins altéré que le manuscrit de Florence ;
c'était peut-être l'ancêtre de F, ou plus vraisemblablement une copie issue du
même modèle que F ou d'un modèle assez voisin.
Ainsi une première conclusion s'impose, concernant le texte du Περί συν
θέσεως. Des deux familles de manuscrits représentés par P et par F, l'une est
restée stérile, celle de P, l'autre a proliféré et s'était divisée en nombreux rameaux
dès les xe-xie siècles. Tout se passe en effet comme si le manuscrit de Paris,
constitué d'une collection assez disparate d'écrits rhétoriques, avait enterré
pour plusieurs siècles les textes qu'il contenait ; son modèle ne semble pas avoir
eu de descendance importante, et lui-même ne fut utilisé comme modèle que
vers le xve siècle. En revanche, l'autre famille, celle de F, a de nombreuses rami-
274 GERMAINE AUJAC

fications ; le commun ancêtre, ou les exemplaires proches de l'ancêtre, ont été


souvent utilisés, annotés, copiés ; des notes de lecture, des gloses marginales
se sont glissées dans le texte, introduisant des variantes qu'il est parfois difficile
de distinguer de la version authentique, sauf à considérer Ρ comme le représentant
le plus fidèle (parce qu'en apparence le moins manipulé) du texte de Denys, ce
qui est probable, non prouvé. Des divergences qui, déjà au xie siècle, sont profon
dément enracinées dans le texte du Περί συνθέσεως, même au sein d'une même
famille, les trois manuscrits majeurs F, E, R et l'exemplaire de Psellos, nous
donnent une assez bonne idée. Ils témoignent en tout cas de la faveur dont
jouissait à cette époque le traité de Denys, et de sa vitalité. On l'étudiait, on
l'annotait, on le recopiait, et c'est le succès même de cette œuvre, son influence
durable qui expliquent la difficulté que nous avons aujourd'hui à démêler, entre
les diverses leçons, la glose du texte authentique.
Et pourtant, il semble bien que Psellos lui-même n'ait eu du traité de Denys
qu'une connaissance superficielle qui ne lui a pas permis d'en pénétrer vérit
ablement la pensée ni même d'en maîtriser pleinement la lettre; et c'est là une
seconde conclusion. Le vocabulaire flotte (par exemple συνθήκη, σύνθεσις) ;
la rigueur des analyses n'est pas restituée (par exemple la distinction n'est pas
faite entre agrément et beauté, des affirmations brutales remplacent les démonst
rations circonstanciées de Denys) ; les développements sont incomplets (des
quatre facteurs sur lesquels porte la composition, mélodie, rythme, variété et
convenance, certains, comme le rythme et la convenance, sont escamotés, les
autres à peine effleurés). Comment expliquer une copie si servile, alliée à une
si profonde méconnaissance de l'œuvre?
Deux hypothèses sont possibles, me semble-t-il. Ou bien, et c'est la première
hypothèse, Psellos, à un moment de son existence, s'est mis à lire le Περί συν
θέσεως, prenant en note, hâtivement, ce qui lui paraissait digne d'intérêt, sans
avoir pour autant l'intention de se procurer ainsi un résumé de l'œuvre; peut-
être s'est-il assez vite fatigué de la lecture d'un traité qui portait sans doute sur
un sujet fort important, mais le présentait avec beaucoup de méandres et de
détours qui devaient impatienter ce lecteur pressé. Un jour, bien plus tard,
recevant la lettre de son savant ami, il sut tout de suite que la solution du problème
posé se trouvait dans le traité de Denys. Reprenant alors non pas ce traité, mais
les quelques notes rapides prises jadis en cours de lecture, il les a mises bout à
bout, remaniant des détails, déplaçant certaines phrases, en écourtant d'autres,
sans trop se soucier de leur donner de l'unité. Une introduction, une conclusion,
et voilà une lettre lestement troussée, prête à être envoyée à son destinataire.
La seconde hypothèse, tout de même moins vraisemblable, est que Psellos,
dont l'érudition était inépuisable, eut tout de suite en mémoire, dès réception
de la requête de son correspondant, la référence bibliographique utile. Mettant
la main sur un exemplaire du Περί συνθέσεως, il aurait emprunté sur-le-champ
des phrases entières, pour étoffer suffisamment sa réponse. Mais on s'expliquerait
mal dans ce cas les retours en arrière comme en (4), le manque de cohésion
MICHEL PSELLOS ET DENYS D'HALICARNASSE 275

des emprunts (le plan suivi par Denys est tout de même fort apparent), l'insertion
de phrases qui, séparées de leur contexte, perdent tout leur sens (sur l 'à-propos,
par exemple, ou sur les poètes dithyrambiques). De telles incohérences rendent
peu probable que Psellos ait eu à sa disposition, au moment même de la rédaction
de sa lettre, le texte complet de Denys.
Dans un cas comme dans l'autre, pourtant, Psellos a péché par une trop grande
hâte dans le travail, par une connaissance toute superficielle des œuvres qu'il
utilise, par un manque de réflexion personnelle qui l'a empêché de mettre à
profit sa vaste érudition pour une réponse qui ne soit pas une simple mosaïque
de débris. Chez Psellos, l'érudition semble avoir tué la réflexion.

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