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«LeMonde Argent»

Immobilier, épargne :

comment optimiser sa retraite Supplément

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UK price £ 1,50

Mercredi 12 octobre 2011 - 67 e année - N˚20753 - 1,50 ¤ - France métropolitaine - www.lemonde.fr ---

Fondateur : Hubert Beuve-Méry - Directeur: Erik Izraelewicz

Fondateur : Hubert Beuve-Méry - Directeur: Erik Izraelewicz Letonse durcit entreles deux finalistesde laprimaire PS t

Letonse durcit entreles deux finalistesde laprimaire PS

t Hollande prêt à riposter aux attaques d’Aubry t Urbains, ruraux, populaires, aisés: qui vote pour quel socialiste? Notre radiographie électorale

L es résultats encore partiels du scru- tin du dimanche 9 octobre permet- tent d’analyser la base électorale des

candidats socialistes. Où l’on découvre qu’à Paris l’Est a voté pour Martine Aubry

et l’Ouest pour François Hollande, lequel recueille aussi la préférence des villes moyennes, alors que les grands centres

urbainsont favorisésa concurrente.L’élec- torat d’Arnaud Montebourg, aujourd’hui très convoité, a été important dans les ter- ritoires désindustrialisés et les banlieues. Pendant ce temps, les deux finalistes ne se font plus de cadeaux et préparent le débat décisif France 2 – Le Monde, mercredi

12octobre. p Lire pages 10-11 et 22

JeanDujardin,muet etultracontemporain

t « The Artist », de Michel Hazanavicius, sort mercredi 12 octobre Page 24

Jean Dujardin et Bérénice Bejo dans «The Artist ». PETER LOVINO
Jean Dujardin et
Bérénice Bejo dans
«The Artist ». PETER LOVINO

Ladrôledeguerredes soldats françaisenAfghanistan

Défense La crainte de subir des pertes avant l’élection présidentielle a fait évoluer la stratégie française : une pause dans les opérations a été décidée. Reportage. P. 21

Onzecoptesécraséspar les blindésde l’arméeégyptienne

Religion Les témoignages et les autopsies révèlent l’extrême brutalité de la répression, dimanche, d’une manifestation de la minorité chrétienne. P.3 et 4

Bonne nouvelle:leDanemark rouvrela porte

P ar les temps qui courent, lors- qu’un Etat européen modifie sa politique d’immigration,

c’est en général pour aller dans le sens de restrictions accrues. La déci-

sion, au Danemark, du nouveau gouvernement de rouvrir ses fron- tières et d’assouplir le régime d’ac- cueil des étrangers est une initiati- ve suffisamment rare et courageu- se, dans un pays qui compte 9,8 % d’immigrés et de citoyens d’origi- ne étrangère, pour être saluée. Formé le 3octobre par la premiè- re ministre sociale-démocrate Hel- le Thorning-Schmidt, dont le bloc de gauche a remporté les élections du 15septembre, le nouveau gou- vernement danois rassemble plu- sieurs partis. C’est sous la pression de deux de ces partis, une forma- tion d’extrême gauche et un parti centriste, que M me Thorning-Sch- midt a été amenée à changer de cap sur l’immigration.

Parmi les mesures annoncées, la plus spectaculaire est la levée des contrôles aux frontières, dont le rétablissement, au mépris des règles de Schengen, avait été annoncé au printemps. Le minis- tère de l’immigration est pure- ment et simplement supprimé et ses services répartis entre ceux de la justice et des affaires sociales. Le système de permis à points pour le regroupement familial est abrogé. Les procédures de deman- de de permis de séjour, de natura-

Editorial

lisation et de regroupement fami- lial vont être simplifiées. Par ailleurs, dans un geste qui n’est pas directement lié à la poli- tique d’immigration mais dont la valeur symbolique n’a échappé à personne, l’équipe de Helle Thor-

ning-Schmidt compte, pour la première fois au Danemark, un ministre issu de l’immigra- tion, Manu Sareen, d’origine indienne, titulaire du porte- feuille de l’égalité, des cultes et des affaires nordiques. Toutes les restrictions ne sont pas levées. Ainsi, l’interdiction d’épouser un étranger de moins de 24 ans, visant à empêcher les mariages forcés, est maintenue. Mais le revirement général modi- fie fondamentalement les termes du débat sur l’immigration. Il faut dire que le Danemark, depuis dix ans, était allé très loin dans le sens du durcissement. Sous l’influence de l’extrême droi- te, ce pays, pourtant connu pour sa tradition de tolérance et d’ouverture, était même devenu le régime le plus fermé d’Europe aux étrangers, regardé avec envie par certains gouvernements de

Leregard de Plantu

avec envie par certains gouvernements de Leregard de Plantu droite qui n’arrivaient pas à en fai-

droite qui n’arrivaient pas à en fai- re autant chez eux, mais dénoncé par les organisations de défense des droits de l’homme. La Suède voisine s’était inquiétée de la dété- rioration des conditions d’accueil des étrangers et du ton général du débat sur l’immigration au Danemark. Cet ostracisme était devenu de plus en plus difficile à vivre pour les Danois qui ne s’identifiaient pas à l’image donnée par l’extrê- me droite. Grand traumatisme dans le subconscient national, l’af- faire des caricatures de Mahomet, publiées en 2005 par un quoti- dien danois, s’était aussi inscrite dans un contexte général de dégradation des relations des Danois avec les étrangers. Ce nouveau départ est une bonne nouvelle pour les Danois – et pour le reste de l’Europe. p

Lire page6

A nos lecteurs

D eux jours de suite, Le Mon- de n’est pas paru. Une par- tie des personnels de l’im-

primerie du journal, à Ivry-sur-Sei- ne, a empêché la publication de votre quotidien. C’est la première fois dans l’histoire du Monde que le journal n’est pas en état de faire le compte rendu et de proposer ses analyses à l’occasion d’un scru- tin national qui est aussi un moment important de la vie démocratique du pays. Ces personnels s’opposent au plan de modernisation de l’impression engagée par l’entreprise pour mieux servir ses lecteurs. Nous présentonsnos excusesànos ache- teurs en kiosque, abonnés, diffu- seurs et annonceurs pour les désa- gréments occasionnés par ce mou- vement social. Les éditions non parues sont disponibles, gratuite- ment, sur notre site Lemonde.fr p

ARomainville, lespoubelles volentparpneumatique

Environnement Cette ville de banlieue parisienne inaugure un système inédit en France : la collecte souterraine, par aspiration, des déchets. A 70 km/h. P.8

Shiatsuetacupuncture font leurentréeà l’hôpital

P.8 Shiatsuetacupuncture font leurentréeà l’hôpital Santé Une vingtaine de services des hôpitaux parisiens

Santé Une vingtaine de services des hôpitaux parisiens utilisent désormais les techniques de la médecine chinoise ancestrale. Cette discipline, qui fait la part belle à l’acupuncture, aux massages thérapeutiques et aux pratiques psychocorporelles, est utilisée en complément de traitements au long cours. Pour un meilleur confort des patients. P. 27

au long cours. Pour un meilleur confort des patients. P. 27 ArnAud MOnTEBOurG Ce x q
ArnAud MOnTEBOurG Ce x q i s’i té esse t à sa voix ev aie
ArnAud
MOnTEBOurG
Ce x q i s’i té esse t à sa voix
ev aie t ’abo s’i té esse à ses i ées.
Flammarion
Photo Philippe Matsas © Flammarion

Algérie 150 DA, Allemagne 2,00 ¤, Antilles-Guyane 2,00 ¤, Autriche 2,40 ¤, Belgique 1,50 ¤, Cameroun 1 500 F CFA, Canada 4,25 $, Côte d’Ivoire 1 500 F CFA, Croatie 18,50 Kn, Danemark 25 KRD, Espagne 2,00 ¤, Finlande 2,50 ¤, Gabon 1 500 F CFA, Grande-Bretagne 1,50 £, Grèce 2,20 ¤, Hongrie 700 HUF, Irlande 2,00 ¤, Italie 2,20 ¤, Luxembourg 1,50 ¤, Malte 2,50 ¤, Maroc 10 DH, Norvège 25 KRN, Pays-Bas 2,00 ¤, Portugal cont. 2,00 ¤, Réunion 1,90 ¤, Sénégal 1 500 F CFA, Slovénie 2,20 ¤, Suède 30 KRS, Suisse 3,00 CHF, Tunisie 2,00 DT, Turquie 6,00 TL, USA 3,95 $, Afrique CFA autres 1 500 F CFA,

page deux

page deux Le«pèreperdu» deSteve Jobs I l n’était pas invité à l’enterre- ment, le 7octobre, qui

Le«pèreperdu» deSteve Jobs

I l n’était pas invité à l’enterre-

ment, le 7octobre, qui s’est

déroulé dans l’intimité fami-

liale. Mais il dit que, dans la pério- de récente, il avait envoyé des messages à son fils. «Bon anniver- saire », « J’espère que ta santé s’améliore »… Abdulfattah (dit « John ») Jandali était le géniteur de Steve Jobs. Mais, lundi 10 octo- bre, il faisait avec sa progéniture la «une » du Wall Street Journal, qui l’a retrouvé. L’homme vit à Reno (Nevada) et, à 80 ans, il reste toujours actif, dirigeant plu- sieurs hôtels-casinos et les 450salariés qui y travaillent. Oui, il est bien l’homme qui, en 1954, a conçu avec une étudiante nommée Joanne Schieble un enfant né l’année suivante. Syrien, né dans la ville d’Homs, il suivait des cours de relations inter- nationales à l’université deMadi- son, dans leWisconsin (sa thèse portera sur les efforts des Nations unies pour imposer des normes d’indépendance nationale). Elle étudiait l’orthophonie. Mais son père n’accepta ni sa liaison ni la venue de ce bébé, celui qu’elle – et son amant, de fait – allaient abandonner au cou- ple Clara et Paul Jobs. La maman souhaitait pour son enfant une famille dotée des moyens immé- diats de l’élever. Lorsqu’il évo- quait cet abandon, Steve Jobs, publiquement, expliquait tou- jours que sa mère biologique, qui n’était pas mariée, n’avait pas eu beaucoup d’autres choix. Ce n’est qu’en 2005 que M. Jan- dali a appris qu’il était son géni- teur. Le quotidien de la finance ne nous dit pas comment, en par- ticulier si cela fut le résultat d’une recherche en paternité de sa célèbre progéniture. Depuis, il ne l’a jamais rencontré – il n’a

d’ailleurs pas entretenu plus de relations avec Mona Simpson, la sœur de Steve, que le couple avait conçu lors d’un séjour en Syrie avant leur séparation définitive. Mais, dit-il au reporter qui l’inter- roge dans l’un des restaurants des complexes qu’il dirige, Steve lui avait quelquefois répondu ces derniers temps. Un mot seule- ment: «Merci.» Il ne sait plus pourquoi il a envoyé, un jour, un premier cour- riel. «Sans doute parce que, lors- que j’ai su sa maladie, ça m’a tou- ché. (…) Mais nous n’avions aucun contact. Si j’avais dû lui parler, je n’aurais pas su quoi lui dire. »

Ressemblance

Devenue écrivain, Mona, la sœur de Steve Jobs, a intitulé l’un de ses romans, publié en 1993:

The Lost Father (« le père perdu»). Le fondateur d’Apple, lui, n’a jamais fait publiquement référen- ce à lui, pas même sous forme d’allégorie. Sur les photos de jeu- nesse, Steve Jobs ressemble cepen- dant énormément à l’homme qui l’a engendré. Personne, dans la famille, n’a prévenu M. Jandali de sa dispari- tion. Il l’a appris incidemment, mercredi 5 octobre, lorsqu’un de ses employés est entré dans son bureau et l’en a informé. Ce ne fut «pas un choc », tant il s’y était pré- paré.Mais il dit avoir tenté, excep- tionnellement, de joindre sa fille, Mona Simpson, qui n’a pas rappe- lé. « C’est son droit », admet-il. Abdulfattah Jandali utilise un iPhone 4. Il dit avoir commencé de ne jurer que par Apple très longtemps avant de savoir qu’il était le père du « génie » qui l’a inventé. p

Sylvain Cypel (New York, correspondant)

l’a inventé. p Sylvain Cypel (New York, correspondant) Les indégivrables Xavier Gorce Société éditrice du «

Les indégivrables Xavier Gorce

(New York, correspondant) Les indégivrables Xavier Gorce Société éditrice du « Monde » SA Président du

Société éditrice du « Monde » SA Président du directoire, directeur de la publication Louis Dreyfus Directeur du « Monde », membre du directoire, directeur des rédactions Erik Izraelewicz

Secrétaire générale du groupe Catherine Sueur Directeurs adjoints des rédactions Serge Michel, Didier Pourquery Directeurs éditoriaux Gérard Courtois, Alain Frachon, Sylvie Kauffmann Rédacteurs en chef Eric Béziat, Sandrine Blanchard, Luc Bronner, Alexis Delcambre, Jean-Baptiste Jacquin, Jérôme Fenoglio, Marie-Pierre Lannelongue («M Le magazine du Monde ») Chef d’édition Françoise Tovo Directeur artistique Aris Papathéodorou Médiateur Pascal Galinier Directeur du développement éditorial Franck Nouchi Conseil de surveillance Pierre Bergé, président. Gilles van Kote, vice-président

0123 est édité par la Société éditrice du «Monde » SA Durée de la société : 99 ans à compter du 15 décembre 2000. Capital social : 149 017 497 ¤. Actionnaire principal: Le Monde SA.

Rédaction 80,boulevardAuguste-Blanqui,75707ParisCedex13Tél.:01-57-28-20-00; télécopieur:01-57-28-21-21 Abonnements partéléphone:deFrance32-89 (0,34¤TTC/min);del’étranger: (33)1-76-26-32-89 ouparInternet:www.lemonde.fr/abojournal

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et agences de presse n° 0712 C 81975 ISSN 0395-2037 Président : Louis Dreyfus Directrice générale

Président : Louis Dreyfus Directrice générale :

Corinne Mrejen

: Louis Dreyfus Directrice générale : Corinne Mrejen PRINTED IN FRANCE 80, bd Auguste-Blanqui, 75707 PARIS

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Directrice générale : Corinne Mrejen PRINTED IN FRANCE 80, bd Auguste-Blanqui, 75707 PARIS CEDEX 13 Tél

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Imprimerie du Monde 12, rue Maurice-Gunsbourg, 94852 Ivry cedex

0123

Mercredi 12 octobre 2011

94852 Ivry cedex 0123 Mercredi 12 octobre 2011 Reportage Avec l’ouverture à la concurrence, le

Reportage Avec l’ouverture à la concurrence, le renouvellement de dix concessions hydroélectriques très rentables attire les géants de l’énergie, qui viennent à la rencontre des élus. Exemple dans la très convoitée vallée d’Ossau

Opérationdrague danslesbarrages français

vallée d’Ossau Opérationdrague danslesbarrages français La Société hydroélectrique du Midi (SHEM), filiale de GDF

La Société hydroélectrique du Midi (SHEM), filiale de GDF Suez, exploite quatre barrages dans la vallée d’Ossau, dont celui de Fabrèges. GUILLAUME BONNAUD/« SUD OUEST »

Vallée d’Ossau

Envoyé spécial

T out sourire sur le perron

ombragé de la mairie de

Laruns (Pyrénées-Atlanti-

ques), où il est entouré du mai-

re Robert Casadebaig et du

député 100 % bayrouiste Jean

Lassalle, Gérard Mestrallet pose pour la photo qui sera publiée le lendemain dans La République des Pyrénées. Ce mardi 4 octobre, le PDG de GDF Suez est en cam- pagne dans la vallée d’Ossau. Mais que vient faire le patron de ce mastodonte de l’énergie, qui pèse près de 85 milliards d’euros de chiffre d’affaires, au fin fond de cette vallée verdoyante ? Soustraire à l’ap- pétit de ses concurrents – EDF et de grands hydrauliciens européens – une petite concession appartenant depuis 1929 à une de ses filiales, la Société hydroélectri- que du Midi (SHEM). « C’est un petit bijou de technologie, de savoir-faire et d’ancrage dans le territoi- re », dit-il en sirotant une bière belge, atta- blé dans un restaurant local. Une ques- tion l’irrite depuis de longs mois : pour-

«Lesbarrageshydroélectriques, c’estunedenosseulesrichesses etellea aumoins l’avantage denepas êtredélocalisable»

Robert Casadebaig maire de Laruns (Pyrénées-Atlantiques)

quoi cette concession, qui produit 230 mégawatts (MW), est-elle « la premiè- re à être soumise à la concurrence » ? Et non pas une de celles d’EDF, qui accapare plus de 80 % de la production hydroélec- trique française ? Le petit monde de l’hydroélectricité était jusqu’à présent un long fleuve tran- quille. Lors des rares renouvellements de concessions, l’Etat accordait la priorité à l’exploitant du moment, le plus souvent EDF. Cet acteur écrasant n’a laissé qu’une portion congrue (17 %) aux seconds rôles, la Compagnie nationale du Rhône (CNR) et la SHEM, absorbées par GDF Suez. Jus- qu’àce quele gouvernement– sous la pres- sion de la Commission européenne – ne soitobligé delancer enavril 2010 leproces- sus d’ouverture à la concurrence dans dix vallées des Alpes, des Pyrénées et du Mas- sif central. Avec 5 300MW, c’est 20 % de la puissancehydrauliquequi sera ainsi remi- se sur le marché à l’horizon 2015, avant que les 20 000 MW restants ne le soient dans les années suivantes. Cesouvrages,amortis depuisbelle luret- te et fonctionnant grâce à une « houille

blanche » gratuite, sont des « machines à sous » où l’on gagne presque à tous les coups. Les centrales hydroélectriques sont lancées en période de pointe de la consommation,quand l’électricitéest chè- re, alors que le coût du kilowattheure (kWh) produit est le moins cher (avec celui de la géothermie). Il devance même le nucléaire. Gérard Mestrallet ne veut pas perdre le « petit bijou» d’Ossau.Ni les 19 barragesau filde l’eau de la CNR, qui jalonnentle cours du Rhône. Il a même l’ambition d’en pren- dre à son meilleur ennemi, Henri Proglio, le PDG d’EDF. « Nous avons aujourd’hui 3 800 MW, nous voulons accroître notre portefeuille de 1 500 à 2 000 MW à l’hori- zon 2016. L’équivalent d’un réacteur nucléaire EPR de troisième génération », annonce-t-il. Des capacités qu’il faudra bien prendre à son grand concurrent qui, lui non plus, ne veut rien lâcher ! Pour l’heure, le patron de GDF Suez déploie les grands moyens et les petites attentions. Il n’est pas homme à laisser les choses au hasard. Et le choix de Font- Romeu(Pyrénées-Orientales) pourla ving- tième édition du Raid GDF Suez, qui a réu- ni du 15 au 18 septembre les sportifs « mai- son» venus du monde entier, ne doit rien au hasard. Le groupe exploite un petit bar- rage tout proche, dans la vallée de la Têt, et GérardMestrallet voulait montrer l’ancra- ge local du groupe. Il en a même profité pour réunir les édiles politiques et les élus des chambres consulaires (agriculture, commerce…) autour d’un débat public sur l’énergie. Rienne vaut lecontact avec les maires et les conseillers généraux ou régionaux, qui pèseront à chaque fois que le gouverne- ment devra décider le maintien ou le rem- placement de l’ancien exploitant. Chaque mot est pesé. Et quand Gérard Mestrallet parle au maire de Laruns d’« ancrage terri- torial », le cœur de l’élu ne fait qu’un bond dans ce bout de France où l’on se bat jour après jour pour sauver les emplois et les services publics. « Une petite usine, un col- lège…, égraine Jean Lassalle. La vie, quoi. » Lui,qui afait unegrève dela faimmémora- ble, au printemps 2006, pour sauver l’usi- ne Toyal dans la vallée d’Aspe, le sait.

M ais les « petits maires » ne s’en laissent pas conter. Il faut les séduire, jouer la proximité, affi-

cher un bon bilan. Apporter un plus pour qu’ils puissent ensuite plaider la cause du mieux-disant. « J’ai vu passer de nom- breux candidats, raconte Robert Casade- baig, les Suisses, les Norvégiens, les Suédois… Ah, j’oubliais les Allemands ! » Le maire de Laruns se dit ouvert à de nou- veaux arrivants, avant de laisser tomber

duhaut duperron desa mairie,un brin iro- nique, cet avertissement de bon sens :

« Nous, nous savons avec qui nous sommes

mariés. On sait ce qu’on peut perdre, on ne sait pas ce qu’on peut gagner. » Ce qu’il peut perdre, ce n’est pas la tren- taine d’emplois dans les usines et barra- ges de la vallée ; leur production annuelle peut assurer la consommation d’une vil-

le comme Bordeaux et ils continueront

de produire de l’électricité. Mais qui sait

si un nouveau concessionnaire ne préfé-

rera pas sous-traiter la maintenance des usines hydroélectriques de la SHEM, aujourd’hui assurée par un atelier inté- gré de 46 salariés ? Gérard Mestrallet en a fait le tour en se voulant rassurant. Et la presse a renvoyé de sa visite un écho qui a dû sonner doucement à ses oreilles : « Un patron du CAC 40 accro à l’électricité de l’Ossau », écrivait le lendemain L’Eclair en manchette. Presque tous les candidats à la reprise des concessions des dix vallées sont « de grands hydrauliciens », comme on dit dans le milieu : l’allemand E.ON, l’italien

Enel, le suisse Alpiq, le suédois Vattenfall,

le norvégien Statkraft… « Cela se jouera sur

le partenariat, l’accompagnement, dit le mairede Laruns. Les barrages hydroélectri-

ques, c’est une de nos seules richesses et elle aau moinsl’avantage dene pasêtredéloca- lisable. » Mais qu’est-ce que le patron de GDF Suez lui a proposé ? « Oh, rien de pré- cis. On a parlé développement du territoi- re », répond-t-il. La pression des riverains, les critiques des écologistes et les exigences des élus locaux ont changé la donne. Tout est bon pour créer des activités, pourvu qu’elles soient respectueuses de l’environnement. L’Associationnationaledes élus de la mon- tagne (ANEM) affirme qu’elle sera « vigi- lante » sur l’engagement des groupes d’énergie, convaincue qu’un bon partage des usages de l’eau entre la production d’électricité, l’irrigation agricole, la pêche

et les sports aquatiques est un facteur de

développement économique durable.

L e gouvernement a décidé que les élus concernés participeront à l’éla- boration du cahier des charges qui

sera soumis aux concessionnaires. Parmi les exigences déjà formulées, on note que l’Etat imposera une augmentation de 10 %

de lapuissance produite. Ce quicontribue-

ra à permettre à la France d’atteindre l’ob-

jectif de 23 % d’énergie renouvelable en

2020.

En attendant, EDF et GDF Suez se livrent

à une concurrence aussi farouche que dis-

crète.Laguerredesdeuxgéantsacommen-

cé, début 2011, sur les bords de la Dordo- gne, où 1 650 MW exploités par EDF sont remis en jeu. Henri Proglio et Gérard Mes- trallet sont allés au-devant des élus. Sans oublierde courtiserlepremierd’entre eux, François Hollande, qui préside le conseil généralde Corrèze. C’est bilan contre bilan. GDF Suez met en avant ses succès à la CNR et à la SHEM, notamment l’intégration

sociale réussie de salariés d’EDF et son sou-

ci de développement durable.

Henri Proglio rappelle que son groupe est numéro cinq mondial du secteur et qu’il a de grandes ambitions à l’interna- tional, comme le prouve la construction

du barrage de Nam Theun, au Laos. Obnu- bilé par la culture productiviste de ses

ingénieurs, EDF a longtemps négligé les gisements d’activité et d’emplois qui exis- tent en amont et en aval de ses quelque 400 barrages. Et parfois même l’entre- tien. Le groupe a dû lancer, en 2007, un

(560 millions d’euros)

pour rénover des ouvrages vieillissants, voire dangereux. La guerre des barrages ne se livrera pas seulement entre EDF et GDF Suez. On voit mal – Gerard Mestrallet le reconnaît lui- même – comment Paris pourrait refuser l’entrée d’un grand groupe européen. Pour le gouvernement, l’enjeu politique est mince : l’Etat n’aura pas à prendre ses décisions avant 2014-2015, bien après l’élection présidentielle. p

Jean-Michel Bezat

plan SuperHydro

0123

Mercredi 12 octobre 2011

international

3

0123 Mercredi 12 octobre 2011 international 3 Lescoptesimputent à l’armée le carnage duCaire Selonles familles des

Lescoptesimputent à l’armée le carnage duCaire

Selonles familles des victimes,lesmilitaires ont délibérément réprimé dansle sanglamanifestation du 9 octobre

Reportage

LeCaire

Correspondance

A ssises sur le bord du trottoir, des femmes vêtues de noir crient leur douleur, effon-

drées sur des cercueils qui luisent au soleil devant les grilles de l’hôpi- tal copte du Caire. A même le bois

lustré,desfeuillesdepapiergrossiè-

rementscotchéesindiquentaufeu-

tre noir le nom des victimes tom- bées lors des affrontements entre coptes et forces de l’ordre qui ont fait 24morts et 329blessés, selon le ministère de la santé, dans la nuit de dimanche9 à lundi 10 octobre. Au lendemain de ces émeutes meurtrières, de petits groupes se fraient un chemin entre les voitu- res calcinées qui jonchent la rue Ramsès, jusqu’aux grilles de cet hôpital du centre-ville, sous les regards attentifs des officiers de la sécurité centrale, déployés aux alentours. Certains viennent cher- cher le corps de leurs proches, d’autres identifier un cadavre ou simplement manifester leur soli- darité aux victimes et leur angois- se.

«Tantaoui terroriste ! »

«Notre fils est mort! Notre fils est mort, pourquoi ? », hurle une mère agenouillée devant le cercueil de son fils. « Tais toi, tu nous fais hon- te, il est mort en martyr ! », la rabroue un homme. Au milieu des plaintes déchirantes, des jeunes brandissent des crucifix, décou- vrant des bras tatoués de Sainte Vierge et de croix. Ils conspuent le maréchal Mohamed Hussein Tan- taoui, le chef du Conseil supérieur des forces armées (CSFA), qui dirige le pays par intérim depuis la chute du président Hosni Moubarak, en février. « Tantaoui terroriste, Tan- taoui salafiste!» Ilestàpeine 11heures etunefou- le compacte se presse déjà au por- tail de l’hôpital, brandissant des téléphones portables et des appa- reils photo. A l’accueil, une jeune femme voilée rassure les journalis- tessurlanature destraumatismes:

rassure les journalis- tessurlanature destraumatismes: Rassemblement d’Egyptiens, lundi 10octobre, lors des

Rassemblement d’Egyptiens, lundi 10octobre, lors des funérailles des coptes tués dans les heurts avec la police, dimanche, auCaire. MAHMUD HAMS

« Essentiellement des blessures superficielles et des fractures. » Dans son dos, une infirmière arbo- rant une croix autour du cou fait la moue et hausse les sourcils : « Bles- sures à la tête, visages écrasés méconnaissables, cadavres impos- sibles à identifier, cerveaux rappor- tés dans des mouchoirs », chucho- te-t-elle en désignant du menton le local dévolu à la morgue. Sept corpsygisentsous desdrapshumi- des, dans des sacs plastique emplis de glace. Plusieurs reposent à même le sol dans des flaques de sang séché. Les visages sont tumé- fiés et pour certains complète- ment écrasés. Thérèse Qallin est venue voir le cadavre de son neveu. « Son cer- veau est sorti de sa tête, ses bras et

ses mains sont complètement cas- sés et son torse est en lambeaux. Il avait 40 ans. Il s’appelle Ayman Sabri. Notez ! Notez ! Photogra- phiez ! Les médias de ce pays nous ignorent! », dénonce-t-elle. A la demande de nombreuses familles, des autopsies sont prati- quées sur 14corps, qui aboutiront à

lafindelajournéeàunconstatacca-

blant:3mortspardesrafalesdebal- Condoléances de l’armée

les et 11 par écrasement sous des chenilles de blindés. Par-delà les lamentations, les témoignages se recoupent pour accuser l’armée égyptienne d’avoirperpétré un crime organisé contre des manifestants pacifi- ques, venus demander une protec- tion renforcée de la police et de la justice ainsi que l’instauration

d’une loi qui leur permette de construire des églises sans autori- sation présidentielle. Les vidéos qui circulent sur les réseaux sociaux montrent des blindés fon- çant sur la foule, des corps troués

de balles ou égorgés. Plusieurs per-

sonnesaffirmentavoirvudesmili-

tairesjeter descadavres dansle Nil.

«C’étaitune manifestationpaci- fique », assure Azza, qui a rejoint le cortège dimanche vers 17 heures. « Les gens ne savaient même pas renvoyer une grenade lacrymo- gène. L’armée a laissé les manifes- tants se positionner devant l’im- meuble de la télévision d’Etat, et puis les a assaillis de toutes parts. Elle a tiré dans le tas, et des chars

ont roulé sur les gens », conti- nue-t-elle, dans un sanglot.

D’aprèslestémoins,lesmanifes-

tants auraient d’abord été la cible de jets de pierres au cours de leur marche à travers le centre-ville, depuis la corniche du Nil jusqu’au siège de la télévision d’Etat (Mas- pero), devant lequel ils se sont ins- tallésvers16h30.Dépasséepar l’af- fluence, l’armée aurait attaqué le sit-in vers 18 heures, rejointe plus tard par des policiers en civil et environ 3 000 baltagiya (« hom- mes de main ») arrivés du quartier de Boulaq, situé derrière Maspero. Ces derniers se sont ensuite épar- pillés dans la ville, molestant des coptes avec, semble-t-il, la compli- cité des militaires. Hani Bushra, un copte de natio-

La minorité chrétienne la plus forte du Moyen-Orient

Le nombre de coptes en Egypte est estimé à 7millions de fidèles, soit 10% de la population égyp- tienne. Ils constituent la plus importante minorité chrétienne dans le Moyen-Orient. Près de 90% d’entre eux suivent le rite orthodoxe, sous la tutelle du pape Chenouda III. Il existe aussi une petite communauté catholi- que et une autre protestante, avec 200000 fidèles chacune.

nalité américaine, pris à partie dimanche soir par un groupe de 30 personnes prêtes à le lyncher, affirme avoir vu l’armée collaborer avec des groupes de baltagiya qui arrêtaient des coptes pour les frap- per en criant : « Chrétiens, où êtes- vous? L’islam est là!» Rompant un pesant silence, le CSFA a présenté, lundi, ses condo- léances aux familles des victimes tout en imputant la responsabilité desévénements–qui auraientcau- sé la mort de 3 militaires – à des « fauteurs de troubles non identi- fiés ». « Nous refuserons toujours de répondre à de telles provoca- tions visant à semer la discorde entre l’armée et le peuple », dit le communiqué officiel, diffusé à la télévision nationale. Le cabinet du premier ministre a également été chargédemettre surpied unecom- mission d’enquête. Les coptes du mouvement Mas-

peroréclamentaujourd’hui l’arres- tation des officiers responsables de l’attaque. Mais ils se heurtent à l’in- crédulité d’une large partie de la population, peu encline à mettre

l’arméeencause.Surlafoid’unson-

dageréalisélundidanslecentre-vil-

le, le quotidien indépendant Al-Masry Al-Youm écrivait que « l’honorable citoyen égyptien » attribue la responsabilité des vio- lences de préférence à « des caci- ques de l’ancien régime » et à « des mains étrangères ». Ou aux coptes eux-mêmes. p

Claire Talon

«Dissensions religieuses etmanipulationpolitique»

Entretien

tés politiques par les forces de l’or- dre. Des gouvernements étrangers ont aussi un intérêt à ce que le cha-

Le Caire

Correspondance

os se répande, notamment l’Arabie saoudite. Celle-ci finance à coups de millions de livres égyptiennes des groupes salafistes ouvertement hostiles aux coptes, qui ont partici- pé aux affrontements.

Lutter contre les discrimina- tions anticoptes doit-il être une priorité?

C’est urgent. Il faut les autoriser à construire des églises sans avoir besoin d’un décret présidentiel, supprimer la mention de la reli- gion sur les cartes d’identité, qui est une source de discrimination dans l’accès à l’emploi. Rétablir aus- si une réciprocité dans les conver- sions (les chrétiens peuvent se convertir à l’islam, mais l’inverse est interdit par la loi). Seule une démocratie véritable peut nous permettre d’échapper à la violence communautaire.

Quel rôle joue l’Eglise copte ?

Célèbre militant de gauche, le pédiatre Alaa Shukrallah est mem- bre de l’Initiative égyptienne contre les discriminations, ONG de défense des droits de l’homme.

Pourquoi cette recrudescence des violences communautaires dans l’Egypte post-Moubarak ?

On peut parler à la fois de violen- ces spontanées et de manipulation politique. Les dissensions entre chrétiens et musulmans existent depuis longtemps et l’angoisse des coptes augmente dans un contexte d’insécurité généralisée. Cela fait près de quarante ans que le régime égyptien attise les sentiments sec- taires, au moment où un discours islamiste fondamentaliste se répand dans la région. Mais les faits prouvent que cette violence est aus- si organisée, alors que la révolution a été un mouvement spontané.

Pourquoi les généraux au pou- voir auraient-ils intérêt à désta- biliser le pays?

Le pape Chenouda a toujours recherché la protection du régime en place. Lors de la révolution, il n’a pas pris position en faveur des révolutionnaires, et les coptes n’étaient pas présents en masse dans les manifestations, contraire- ment aux chrétiens anglicans. Mais Moubarak jouait un jeu per- vers qui consistait à se présenter comme le protecteur des coptes tout en attisant la violence sectaire quand il se sentait menacé. p

Propos recueillis par C. T.

Des forces au sein de la clique au pouvoir utilisent de tels incidents pour casser le mouvement révolu- tionnaire, qui n’est pas satisfait par le processus actuel et demande plus de réformes. Ces affronte- ments peuvent être exploités pour diviser la rue égyptienne et pousser le jeune musulman moyen à soute- nir une reprise en main des activi-

musulman moyen à soute- nir une reprise en main des activi- Morgan « Brut, factuel, intelligent
Morgan « Brut, factuel, intelligent et saisissant.» Philippe Labro, Le Figaro Sportès «Ce roman est
Morgan
« Brut, factuel, intelligent et saisissant.»
Philippe Labro, Le Figaro
Sportès
«Ce roman est vivement recommandé
aux amateurs de littérature comme
à tous les citoyens.»
Benoît Duteurtre, Marianne
« Comme pour le Titanic, on a beau
connaître la fin, on tourne les pages
de Tout, tout de suite, hypnotisé.»
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«À travers ce livre,le regard
d’Ilan Halimi a trouvé le mien,
et il m’a touché aux larmes.»
Didier Decoin, Le Monde des livres
«Morgan Sportès ne porte pas
de jugement. Mais son terrible
récit est éloquent.»
SÉLECTION:
Bernard Pivot, Le Journal du Dimanche
PRIX GONCOURT
PRIX RENAUDOT
« C’est un devoir de lire ce livre.»
PRIX INTERALLIÉ
Natacha Polony, On n’est pas couché
fayard

4

international

0123

Mercredi 12 octobre 2011

4 international 0123 Mercredi 12 octobre 2011 Attentatdusouk duCaire en 2009: l’enquêtepiétine Lajustice française

Attentatdusouk duCaire en 2009:

l’enquêtepiétine

Lajustice française s’inquiète del’impact du «printemps arabe» surlalutte antiterroriste

L e printemps arabe va-t-il contribuer àaméliorer la coo- pération antiterroriste inter-

nationale ou, au contraire, la faire reculer ? Cette interrogation trans-

paraît dans plusieurs dossiers ins- truits en France et notamment dans l’enquête sur l’attentat à la

grenade du Caire, le

2009, qui a coûté la vie à une Fran- çaise de 17 ans, en balade dans le KhanAl-Khalili, le plus touristique des souks égyptiens. Dans les jours qui suivirent, la sécuritéd’Etat arrêtaitseptperson- nes, dont une Française d’origine albanaise, Dude Hoxha. Après avoir été interrogée et torturée,

selon ses avocats, elle avait été expulsée vers la France le 10 mars 2010. La justice française, saisie de l’attentat,apoursuiviles investiga- tionsconfiéesàla Direction centra- le du renseignement intérieur (DCRI). Le 10 novembre 2010,

M me Hoxha était de nouveau pla-

cée en détention puis mise en exa- men pour « financement d’un réseau terroriste et association de malfaiteurs ». Selon les enquêteurs, elle aurait agi pour Khaled Moustapha et Ahmed Sediq, deux Egyptiens soupçonnés d’être les chefs d’un groupuscule djihadiste connu sousle nom de Jaish Al-Islam (L’Ar- mée de l’islam) opérant entre la bande de Gaza et l’Egypte. Jamais arrêtés par la police égyptienne, ils seraient toujours en Egypte. Créé en avril 2006 dans la ban- de de Gaza par Momtaz Dogh- mush et fort d’une centaine de membres, selon les archives d’In- terpol, ce groupe revendique alors son affiliation à la mouvance Al-Qaida sans pour autant en faire véritablement partie, faute d’acti- vité réelle et surtout à cause de la forte opposition sur le terrain des forces du Hamas. Le 17 juin 2008, le frère de Mom- taz est tué par l’armée israélienne et le groupe perd dans le même temps la protection et le finance-

ment du clan familial. L’Armée de l’islam se serait alors exilée au Cai-

re où elle aurait confié sa destinée

à Khaled Moustapha et Ahmed

Sediq qui vont tenter de relancer

les activités du groupe.

D’après les autorités françaises,

M me Hoxha aurait été enrôlée, par

le biais du site de discussion sur

22 février

Internet Paltalk, par Khaled Mous- tapha. Elle vivait au Caire depuis 2005 et aurait hébergé des sympa- thisants de ce mouvement dans son appartement dans la capitale égyptienne. Par ailleurs, elle aurait transmisau chef de L’armée de l’is- lamdesfondsestimés à10000dol- lars (7 400 euros). Face aux enquêteurs, elle a admis avoir reçu cette somme mais affirme l’avoir dilapidée. Par ailleurs, si elle reconnaît son adhé- sion au « djihad défensif », elle dément avoir su que cet argent aurait servi à financer un groupe terroriste et àpréparer un attentat. Enfin,elle nie avoir participé à l’ap- provisionnement en arme de cette cellule islamiste.Pour éclairer son rôle, la justice française a adressé, le 10 juillet 2009, une commission rogatoire internationale aux auto- rités égyptiennes. A ce jour, selon le parquet de Paris, cette demande,

renouvelée au printemps 2011, est toujours sans réponse.

Filières de recrutement

Les enquêteurs souhaitent, notamment, approfondir leur connaissancede filières derecrute- ment entre la France et l’Egypte. Le parcours de Dude Hoxha illustre en effet les modes d’organisation d’une certaine mouvance islamis- te radicale. Dans ses déclarations devant la justice française, elle explique avoir été convaincue, en 1998, de se rendre en Egypte et de participer à des collectes de fonds par un imam prônant le djihad. «On constatedans de nombreux dossiers, explique une source au siège d’Interpol, à Lyon, qu’il existe des liens anciens et constants entre le milieu islamiste radical au Caire et les banlieues parisienne et lyon- naise.» Le constat est identique à la DCRI où certains craignent que les révolutions arabes ne favorisent pas, comme, on aurait pu le pen- ser, la lutte contre le terrorisme. L’un des avocats de M me Hoxha, M e Pascal Garbarini, qui a déposé une demande de remise en liberté mardi 11 octobre, s’indigne de cette

situation. « Il est surprenant que

l’Egypte l’ait libérée et que la Fran- ce la maintienne en détention pour des faits non établis. Nous faisons les frais des dysfonctionnements

de la coopération judiciaire. » p

Jacques Follorou

de la coopération judiciaire. » p Jacques Follorou L’assassinatdeMechaalTamo met àl’épreuvela

L’assassinatdeMechaalTamo met àl’épreuvela retenuedesKurdesdeSyrie

Depuisle début du soulèvement, cetteminorité etle régime Assad seménagentmutuellement

L ’assassinat de Mechaal Tamo, un responsable politique kur- de très engagé dans la révolu-

tion syrienne, marque-t-il un tour-

nant dans la mobilisation contre le régime de Bachar Al-Assad, qui craint cette communauté de 3mil-

lionsdepersonnes(10%delapopu-

lation) très organisée ? L’annonce de la mort de M. Tamo, tué par des inconnus, vendredi 7 octobre à Kamechliyé (nord-est), a immédia- tement entraîné des manifesta- tions. Samedi, 50 000 personnes ont assisté à ses funérailles à Kamechliyé, au cours desquelles deux manifestants ont été tués. Dimanche, les manifestations se sont étendues à Derbassiyeh, Mali- kiyeh et Amouda, où une statue géantede Hafez Al-Assad, le père de

l’actuelchef de l'Etat, aété saccagée. Au même moment, des manifes- tants kurdes s’en prenaient aux ambassades de Syrie à Vienne, Ber- lin et Genève, hissant même le dra- peau kurde à Londres. Malgré cette flambée de violen- ce, le pouvoir syrien, qui nie toute responsabilité dans l’assassinat de M. Tamo, a fait preuve d’une rete- nue remarquable au regard de la violence déployée ailleurs. Depuis le début des troubles, le 15 mars, il ménage la communauté kurde,

qu’iladurementmatéedansunpas-

sérécent,notammenten2004,lors-

qu’un soulèvement avait été répri- mé dans le sang et l’indifférence. Cette prudence s’explique par le fait que la douzaine de partis kur- des disposent de militants discipli-

nés et de relais extérieurs, en Irak

ouenTurquie.Ainsi,l’Uniondémo-

cratique (PYD), le plus organisé et le plus important des partis kurdes syriens, est proche du Parti des tra- vailleurs du Kurdistan (PKK) turc, un mouvement armé interdit, en guerre contre Ankara. Un millier de Kurdes syriens seraient présents dans la principale base du PKK, qui compte 3000hommes dans le dje- bel Al-Qandil, au nord du Kurdis- tan irakien. Leur retour au pays mettrait en difficulté l’armée syrienne, minée par les désertions et épuisée par les protestations.

par les désertions et épuisée par les protestations. Zones de peuplement kurde TURQUIE Kamechliyé Amouda
Zones de peuplement kurde TURQUIE Kamechliyé Amouda Derbassiyeh Alep Malikiyeh SYRIE Homs LIBAN Damas IRAK
Zones de peuplement kurde
TURQUIE
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SYRIE
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Mais pour l’instant, le PYD et les autres formations kurdes ont déci- dé de ne pas entrer en conflit ouvert avec le régime. « Le PYD n’a aucune sympathie pour ce régime basé sur le nationalisme arabe, ana- lyse Ignace Leverrier, ancien diplo- mate. Mais il le sait affaibli et cher- che à en tirer le maximum avant qu’il ne tombe. » Le PYD n’a pas oublié que la Syrie a livré Abdullah Öcalan, le chef du PKK, à la Turquie en 1998, mais la méfiance à l’égard du reste de l’opposition, dominée

Quelque 50000Kurdes ont assisté, le 7octobre, à Kamechliyé, aux obsèques de Mechaal Tamo, responsable politique assassiné. REUTERS

par les islamistes et les nationalis- tes arabes, reste tenace. Dès les premières semaines de manifestations, le pouvoir, qui prend garde à ne pas tirer à balles réelles dans les villes kurdes, a annoncé qu’il accorderait la natio- nalité aux quelque 300 000 Kur-

dessyriensprivésdepapiersd’iden-

tité. Le processus est en cours pour

60000 d’entre eux. Plus étonnant,

legouvernementatolérél’ouvertu-

re par le PYD de trois centres cultu-

rels (à Alep, Kamechliyé et Mali- kiyeh)et de quatre écoles en langue kurde. Inimaginable il y a peu.

Jeu régional complexe

La moitié des 640 militants du

PYDdétenus dans les geôles syrien- nes ont été libérés. Et le chef du PYD, Salem Muslim, officiellement recherché, est réapparu au grand

jour pour participer, le 17 septem-

bre,àDamas,àuneréuniond’oppo-

sants tolérée par le régime. M.Mus-

lim est devenu vice-président du Comité national pour le change- ment démocratique, un regroupe-

ment d’opposants concurrents du Conseil national syrien (CNS), qui a la faveur des Occidentaux. Des par- tis kurdes sont membres du CNS, pas en leur nom propre mais via la déclaration de Damas, signée en 2005 par plusieurs formations d’opposition. C’était le cas de Mechaal Tamo, un franc-tireur plus populaire auprès des jeunes manifestants kurdes que sur la scè- ne politique où il ne pouvait s’ap- puyer sur un parti important. LeComité national pour le chan- gement démocratique, lui, deman- de le démantèlement de l’appareil répressif mais pas le départ du pré- sident Assad. Cette position res- te-t-elle tenable après l’assassinat de M. Tamo ? Cela dépendra de la

ruekurde,maisaussid’unjeurégio-

nal complexe auquel se mêlent l’Iran, l’Irak, dont les chefs kurdes ne veulent pas mettreen péril leurs

acquisen s’impliquantdansl’aven- ture syrienne, et la Turquie, hostile à Bachar Al-Assad mais plus encore à un réveil kurde à ses frontières. p

Christophe Ayad

Lechefdel’armée israélienne «vote» contreM.Nétanyahou

L e chef d’état-major de l’ar- mée israélienne qui appelle lesministres à voter contre le

premier d’entre eux, Benyamin Nétanyahou; Shass, le parti ultra-

orthodoxe, quimenace de provo- quer une crise gouvernementale; lamajorité des internes enmédeci- ne en instance de démissionner… Décidément, le printemps social

israélien n’a pas pris fin avec le démantèlement du camp de ten- tes du boulevard Rothschild de Tel- Aviv, le 3octobre. Stricto sensu, le premierminis- tre a remporté une victoire:

dimanche 9octobre, seuls 8minis- tres se sont prononcés contre l’adoption du rapport Trajten- berg, censé constituer la réponse politique à la révolte de la classe moyenne et des étudiants contre la vie chère, entamée à la mi-juillet. Si 21ministres ont fina- lement apporté leur soutien à M.Nétanyahou, ce succès laissera des traces. Et d’abord dans les rela- tions entre ce dernier et le général Benny Gantz, patron de l’armée. Car le rapport Trajtenberg est financé par une ponction annuel- le de 3milliards de shekels (envi- ron 600millions d’euros) sur les créditsmilitaires, un budget quasi sacro-saint en Israël. Alors diman- che, leministre de la défense, Ehoud Barak, est venu au conseil desministres flanqué du général Gantz, lequel a joué son rôle, enjoi- gnant chacun de voter contre M.Nétanyahou. En substance: vu l’accumulation demenaces au Pro- che-Orient, il serait irresponsable de baisser la garde en réduisant les créditsmilitaires. «Personne ne sait ce qui va se passer demain. Vous voulez que nous nous préparions pour le scé- nario du pire ? Où voulez-vous que nous fassions des économies? Sur IronDome ? », a lancé le général, faisant référence au système anti-

missile destiné à détruire les roquettes du Hamas et du Hezbol- lah. EtM.Barak d’enfoncer le clou:

«Rappelez-vous la guerre du Kip- pour en 1973, et la seconde guerre du Liban en 2006. Des coupes bud- gétaires drastiques avaient été opé- rées sans discernement. »M.Barak exagérait un peu: si Tsahal avait étémal préparée pour ces deux conflits, c’est surtout à cause d’une faillite du renseignement.

Un premier pas

M.Nétanyahou est resté impa- vide. Il s’était assuré le soutien des cinqministres d’Israël Beitenou, le parti ultranationaliste duminis- tre des affaires étrangères, Avi- gdor Lieberman, grâce à une poi- gnée de cadeaux politiques. Ce fai- sant, il a pris le risque de s’aliéner le soutien des quatreministres de Shass. Pour autant,même si les chefs étudiants rejettent le rap- port Trajtenberg en exigeant un « vrai budget social », ce vote est un premier pas. M.Nétanyahou agit dans l’ur- gence: lundi soir, après des ater- moiements, il a recommandé que des augmentations de salaire soient consenties aux jeunes médecins. Sans être sûr que ce soit suffisant pour éteindre cet autre foyer du printemps social: quel- que 700 internes des hôpitaux, mécontents de leur rémunéra- tion, avaient symboliquement démissionné dans la journée… p

Laurent Zecchini (Jérusalem, correspondant)

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0123

Mercredi 12 octobre 2011

international

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0123 Mercredi 12 octobre 2011 international 5 Laperestroïkabirmane se confirmepar laremise en liberté de 6300

Laperestroïkabirmane se confirmepar laremise en liberté de 6300 prisonniers

La Birmanie connaît actuellement un vent de réforme qui pourrait changerla nature du régime

tion,Aung SanSuu Kyi,se sont ren- contrés. Plus tard, le président a invité les exilés à revenir au pays. Puis il a tendu la main en propo- sant l’ouverture d’un dialogue aux chefs des mouvements de guérilla des groupes ethniques en lutte

D epuis des semaines, la rumeur courait dans Ran- goun que le gouvernement

birmanpourrait élargir les quelque 2 100 prisonniers politiques déte- nus sous l’« ancien régime », avant que la junte au pouvoir s’autodis- solve en mars pour laisser la place à ungouvernement civil dominé par d’anciens militaires. Mardi 11 octobre, la télévision d’Etat birmane a annoncé la libéra- tion, à partir de mercredi – jour du départ en Inde du président Thein Sein pour sa première visite offi- cielle à New Delhi –, de plus de 6 300 « prisonniers », sans préciser si ce chiffre visait les seuls déte- nus politiques. Le régime a déjà remis en liberté, dans le passé, des prisonniers de droit commun en fin de peine. Quelques heures auparavant, la Commission nationale pour les droits de l’homme, mise en place

en septembre par le gouverne- ment,avait réclamé,dansun quoti- dien officiel, la libération des « pri- sonniers de conscience » afin de répondre aux appels de la commu-

nautéinternationale.Lundi,desres- Fin septembre, le gouverne-

mentdeNaypyidaw,capitalepoliti-

que de la Birmanie, a par ailleurs

prisunedécisionencoreinimagina-

ble il y a quelques semaines: la sus-

pensiondelaconstructiond’unbar-

rage hydroélectrique sur le fleuve Irrawaddy par une compagnie chinoise, sous prétexte que le pro- jet était impopulaire. Officiellement, les prisonniers

Envoyé spécial

Bangkok

Unhaut responsable aévoqué un assouplissement, voiremême l’abolitionpureet simplede la censure

aux frontières. Le gouvernement a ensuite annoncé la mise en place d’une commission des droits de l’homme. La semaine dernière, un haut responsable a même évoqué un assouplissement, voire l’aboli-

tion pure et simple de la censure. Différentes mesures censées préparer le terrain à des réformes économiques plus larges, telle la récente revalorisation des retrai- tes, ont également été prises. La libération des prisonniers consti- tue un point d’orgue de cette ouverture politique.

ponsables gouvernementaux avaient indiqué à l’Agence France- Presse qu’une amnistie incluant des prisonniers politiques aurait lieu dans les jours suivants. Cette annonce semble acter la réalité d’unprocessusdelibéralisa- tion dont le rythme s’accélère. Au mois d’août, le président de la République et la chef de l’opposi-

TaipehetPékincélèbrent àpartla révolutionde1911

Cent ans après,la Chine propose une réunification, Taïwan une démocratisation

Hongkong

Correspondance

A vingt-quatre heures près,

les deux rives de la mer de

Chine ont chacune salué

officiellement les 100 ans de la révolution de 1911, qui a vu naître, sous l’impulsion de Sun Yat-sen, la République de Chine, « première démocratie d’Asie ». L’occasion pour les deux « nations » de souli- gner leur héritage commun. Mais si le président chinois, Hu

Jintao, a appelé les deux rives à tra- vailler ensemble à une « réunifica- tion pacifique», le président taïwa- nais, Ma Ying-jeou a, de son côté, appelé la Chine continentale à accepter l’existence de la Républi- que de Chine, nom officiel de Taïwan. Pékin ne doit pas oublier « les idéaux de notre père fonda- teur » et « s’engager pleinement vers la liberté, la démocratie et la juste répartition des richesses », a déclaré, lundi 10octobre, à Taïwan, le président Ma Ying-jeou. La veille, le président chinois avait déclaré à Pékin : « Réussir une réunification

pacifiqueserviraitaumieuxlesinté-

rêts fondamentaux de tous les Chinois, y compris de nos compa- triotes de Taïwan.» Taïwan a d’abord servi de refuge aux troupes de Tchang Kaï-chek à la fin de la guerre civile, en 1949. Mais si les nationalistes du Kuo- mintang ont fini par renoncer à leur grand projet de reconquérir la Chine, la Chine communiste n’a jamais renoncé à réunifier sa «pro- vince rebelle » à la patrie chinoise «par la force si nécessaire». En attendant, un rapproche- ment économique sans précédent s’est amorcé depuis le retour du Kuomintang au pouvoir à Taïwan en 2008. Après huit ans de sépara- tisme (2000-2008) promu par le

président Chen Shui-bian, le Kuo- mintang a gagné les élections pré- sidentielle et législatives avec un projet d’apaisement avec Pékin. La reprise de la croissance (plus de 10%en 2010) est attribuée àlanou- velle intégration économique :

vols directs, afflux des investisse- ments taïwanais en Chine conti- nentale, accord de libre-échange, nombre croissant d’hommes d’af- faires taïwanais s’installant en Chine…

Apaisement militarisé

Aujourd’hui,1,5milliondeconti-

nentaux visitent chaque année Taïwan. Outre les trésors du Musée

nationaldupalais,quiabritelescol-

lections impériales emportées par Tchang Kaï-chek, nombreux sont

ceux qui s’émerveillent de ce qu’ils voient à la télévision : des débats

politiquesvifs,descritiquesdugou-

vernement. Jamais, depuis 1949, les deux peuples n’ont été autant

en contact. D’ici à 2020, la Chine

pourraitabsorber60%desexporta-

tions taïwanaises.

Reste qu’en appelant la Chine à «prendre acte de l’existence factuel- le de la République de Chine », « le président Ma Ying-jou, tout Kuo- mintangqu’ilsoit,réaffirmequ’ilne cédera pas sur la question de la sou- veraineté », observe le professeur Jean-Pierre Cabestan, spécialiste de Taïwan. L’apaisement entre les

deuxrivesdemeurecependantfor-

tement militarisé, comme l’ont rappelé les deux énormes com- mandes d’armement passées aux Etats-Unis depuis 2010. Ma Ying- jeou prépare en ce sens l’élection présidentielle de janvier 2012. Il devance pour le moment Tsai Ing- wen, sa rivale, qui a choisi d’igno- rer les célébrations du centenaire de 1911. p

Florence de Changy

politiques n’existaient pas. Ce sont des journalistes, des avocats, des militants des droits de l’homme. Certains sont détenus depuis le mouvement démocratique de 1988 ou la révolte des moines, en

tion au Myanmar – nom officiel de la Birmanie – montraient les chan- gements « spectaculaires » en cours. M. Campbell, qui a récemment rencontré à Washington le nou- veau ministre birman des affaires étrangères, Wunna Maung Lwin, a estimé que la nature du dialogue entrele gouvernementetAungSan Suu Kyi était « de bonne tenue ». A propos d’une éventuelle levée des sanctions, il a dit que les Etats-Unis « répondront par des mesures appropriées en proportion des déci- sions prises » par le gouvernement birman. Nyan Win, porte-parole de la Ligue nationale pour la démocratie (NLD), la formation politique d’Aung San Suu Kyi, a estimé pour sa part, lundi, avoir bon espoir que les centaines de membres du parti encoresous lesverroussoientbien- tôt libres. p

récentsdéveloppementsdelasitua- Antoine Clapik

ricain chargé de l’Asie orientale et des pays du Pacifique, Kurt Camp- bell, a déclaré lundi à Bangkok au cours d’une conférence que les

ciaires d’une mesure devant logi- quement intervenir par étapes. Le secrétaire d’Etat adjoint amé-

nerquiseraientlespremiersbénéfi-

de ce grand pardon. Et de détermi-

ment afin d’expliquer les raisons

devraitêtretrouvéparlegouverne-

de à Rangoon qu’un «mécanisme»

teurexpliquaitrécemmentauMon-

levée des sanctions économiques imposées par les Etats-Unis et l’Union européenne. Un observa-

clencher un processus menant à la

2007.

Leurlibérationpermettraitd’en-

menant à la 2007. Leurlibérationpermettraitd’en- Royaume-Uni Le gouvernementenquête

Royaume-Uni

Le gouvernementenquête surleministredeladéfense

LONDRES. La pression s’est accrue sur le ministre de la défense du gou- vernement de David Cameron, lundi 10 octobre. Liam Fox est accusé par la presse d’avoir laissé s’immiscer dans les affaires de l’Etat un ami proche. Adam Werritty, qui fut le colocataire de M. Fox et son témoin de mariage, aurait profité de ses liens avec le ministre de la défense pour se faire passer pour son conseiller, carte de visite à l’appui. Devant la Chambre des communes, M. Fox a reconnu que, depuis mai 2010, son ami de longue date avait été présent «en marge » de 18 voyages à l’étran- ger et qu’il l’avait reçu 22 fois dans ses bureaux du ministère de la défen- se. M. Fox a présenté des excuses aux députés mais il leur a assuré qu’Adam Werritty n’aurait tiré aucun profit matériel de ces nombreux déplacements. C’est ce que doit déterminer un rapport diligenté par le plus haut fonctionnaire britannique et secrétaire général permanent du 10 Downing Street, Sir Gus O’Donnell. – (Corresp.) p

France-Palestine Mahmoud Abbas bientôt à Paris

BOGOTA. Le ministre palestinien des affaires étrangères, Ryad Al-Mali- ki, a annoncé, lundi 10 octobre, à Bogota, une réunion entre le président palestinien Mahmoud Abbas et son homologue français Nicolas Sarko- zy sur la demande d’adhésion d’un Etat de Palestine à l’ONU dans les prochains jours. Il a indiqué que la rencontre aurait lieu « le 13 ou le 14 » octobre. M. Abbas effectue une tournée internationale pour l’adhésion de l’Etat palestinien aux Nations unies. – (AFP.)

Afghanistan Un rapport confirme la torture des prisonniers

KABOUL. Les services de renseignement afghans torturent systémati- quement leurs prisonniers dans certaines de leurs prisons, s’est alar- mée, lundi 10 octobre, l’ONU dans un rapport. La mission de l’ONU en Afghanistan indique avoir des « preuves » que les détenus y sont pen- dus par les poignets aux murs, frappés avec des câbles électriques ou des bâtons pour obtenir des confessions et informations. – (AFP.)

aux murs, frappés avec des câbles électriques ou des bâtons pour obtenir des confessions et informations.
aux murs, frappés avec des câbles électriques ou des bâtons pour obtenir des confessions et informations.

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international & europe

6 international & europe Ala têteduLiberia, M m e Johnson-Sirleaf brigueun deuxièmemandat Auréolée du prix

Ala têteduLiberia, M me Johnson-Sirleaf brigueun deuxièmemandat

Auréolée du prix Nobel,la présidente est contestée dans un pays ravagé parla pauvreté

S ’il est une qualité que même

sesquinzeadversairesàl’élec-

tion présidentielle de mardi

11 octobre attribuent unanime- ment à la présidente sortante, Ellen Johnson-Sirleaf, c’est son pragmatisme. Elle vient de le confirmer au dernier jour d’une campagne électorale qualifiée d’« animée mais globalement paci- fique » par l’organisation de défen- se des droits de l’homme américai- ne The Carter Center. Auréolée par le prestige du prix Nobel de la paix qui lui a été attri- bué le 7 octobre, aux côtés de deux autres femmes, M me Johnson-Sir- leaf s’est bien gardée d’évoquer une seule fois cet honneur durant sesmeetings de campagne. La peti- te-fille d’un puissant chef coutu- mier connaît la vacuité de l’argu- ment sur ses terres natales. Cette diplômée de l’université américai- nedeHarvard, âgée de72ans, prési- de un pays où « la moitié des élec- teurs sont illettrés, un tiers de la population ne peut pas se nourrir et vit dans une pauvreté abjecte », rappelle Charles Brumskine, l’un des seize candidats à l’élection pré- sidentielle. « Rien ne les intéresse moins qu’un prix Nobel dont ils ne savent même pas ce que c’est », résume-t-il. Pour lui, ce prix mon- tre surtout « l’énorme décalage » entre la façon dont la présidente

Lesobservateurs annoncentunrésultat serré.Maispersonne nes’avanceàdire que laprésidente sortante court àla défaite

est perçue à l’étranger et celle dont elle l’est dans son propre pays. Ce ne sont pas les propos de campagne d’un candidat battu par avance mais bien l’expression d’un sentiment général. La course présidentielle (organisée le même jour que les scrutins législatifs et sénatoriaux) se joue sur un autre terrain, à des années-lumière de l’enceinte confinée et policée du comité Nobel de Stockholm. Un terrain sur lequel la nouvelle nobélisée pourrait bien retrouver face à elle, au second tour prévu pour le 8 novembre, Winston Tub- man (70 ans), un ancien et austère fonctionnaire international. Egalement diplômé de Har- vard, neveu du 19 e président libé- rien William Tubman (1895-1971), membredel’élite ditedesAmérica- no-Libériensconstituéeparles des- cendants des esclaves affranchis aux Etats-Unis qui fondèrent le Liberia en 1847, M. Tubman peut compter sur la popularité de son colistier, George Weah. L’ex-star mondiale du football, conscient

que son statut d’autodidacte en politique le handicapait, s’est mise un peu en retrait après son échec au second tour de la présidentielle de 2005. Six ans plus tard, le ticket Tubman-Weah promet de battre Ellen Johnson-Sirleaf, ironisant sur l’utilité électorale de son prix Nobel : « un lot de consolation » pour sa future défaite. Les observateurs annoncent un résultatserré. Pour autant, person- ne ne s’avance à dire que la prési- dente sortante court à la défaite. Certes, ses adversaires peuvent piocher à loisir dans le trou sans fond des espoirs déçus des Libé- riens. Mais en 2005, Ellen Johnson- Sirleaf, première femme jamais élue présidente sur le continent noir, a hérité d’un pays pulvérisé par quatorze annéesde guerre civi- le (1989-2003) : 250 000 person- nes tuées par les conflits (sur une populationtotale de quelque 3mil- lions d’habitants), des dizaines de milliers de handicapés, des hordes d’enfants soldats à resociabiliser, des infrastructures ravagées, une économie à genoux… « Je n’ai pas debaguette magique », s’estdéfen- due la « dame de fer » du Liberia durant la campagne en appelant les électeurs à la patience. Et malgré cela, son bilan est loin d’être négatif. Grâce à sa réputa- tion de sérieux et de probité tirée de ses années passées dans le cir- cuit de grandes banques ou d’insti- tutions internationales et à la tête du ministère libérien des finances, le pays a attiré 16 milliards de dol- lars (environ 12 milliards d’euros) d’investissements étrangers au cours des cinq dernières années, notamment dans les secteurs des mines et du pétrole. Elle a obtenu l’effacement de 5autres milliards de dollars de det- te; lancé les chantiers de construc- tion de routes, d’écoles, d’hôpi- taux ; enregistrera une croissance de 6,9 % du PIB en 2011 (supérieu- re à la moyenne des 5,2 % prévus pour les pays d’Afrique subsaha- rienne). Et surtout, le pays connaît la paix depuis mainte- nant huit années, même si les experts s’inquiètent de l’insécuri- té dans l’Est, frontalier de la Côte d’Ivoire. Tant de choses accom- plies, donc, mais pas assez pour que la vie des Libériens en ait été radicalement changée. Pour preuve, le pays n’a gagné, depuis 2005, que deux places dans l’indice des Nations unies pour le développement humain et végète toujours dans les tréfonds de ce classement (162 e sur 169). « Nous sommes maintenant capables de créer 20 000 emplois par an », a promis Ellen Johnson-Sirleaf, alors que seuls 15 % de la popula- tion disposent formellement d’un emploi. p

Christophe Châtelot

LIBERIA

Chef Ellen GUINÉE de l'Etat Johnson-Sirleaf SIERRA LEONE Superficie Voinjama 111 000 km 2 Population
Chef
Ellen
GUINÉE
de l'Etat
Johnson-Sirleaf
SIERRA
LEONE
Superficie
Voinjama
111 000 km 2
Population
CÔTE
3,7 millions
(hab.)
D'IVOIRE
Gbarnga Sanniquellie
Croissance
5,1%
Monrovia
IDH
0,3
Buchanan
Zwedru
(162 e rang)
Greenville
Harper
OCÉAN ATLANTIQUE
Ressources Production agricole
(77 % du PIB)
Minerai de fer
Minerai d’or
Bois hévéa
Diamant
Pétrole
Cuivre
150 km
SOURCE : CIA - The World Factbook

0123

Mercredi 12 octobre 2011

: CIA - The World Factbook 0123 Mercredi 12 octobre 2011 Lenouveaugouvernement danois assouplitla

Lenouveaugouvernement danois assouplitla politiqued’immigration

Après dix ans de durcissement delalégislation surles étrangers,la nouvellemajorité de gauche supprimele permis à points pourle regroupement familial etleministère del’immigration

Stockholm

Correspondance

L e nouveau gouvernement

danois, dirigé par la sociale-

démocrate Helle Thorning-

Schmidt et issu, lundi 3 octobre, de la victoire de la gauche aux élec-

tions législatives du 15 septembre, commence à prendre des premiè-

res décisions qui vont dans le

mêmesens: celuid’un assouplisse-

ment de la politique d’immigra- tion. Il s’agit d’un changement radical, car pendant dix années

d’exercice du pouvoir par la droi-

te, soutenue par l’extrême droite

etparfois parles sociaux-démocra-

tes, le Danemark a adopté les règles les plus strictes de l’Union européenne. « Auparavant, les étrangers étaient vus comme une menace et les fonctionnaires étaient entraî- nés à refuser les demandes de per- mis de séjour, explique au Monde

Liv

Holm Andersen, porte-parole

sur

l’intégration du Parti radical,

l’un des deux petits partis de la nouvelle majorité de gauche qui a imposé cette nouvelle orienta-

tion. Il nes’agit pasd’ouvrir lesfron- tières en grand, mais désormais, tout va changer. L’époque où l’ex- trême droite imposait le ton du débat dans ce pays est révolue. » Parmilesmesuresprisesces der- niers jours, certaines ont valeur de symbole. C’est le cas de la suppres- sion du ministère de l’immigra- tion, dont les fonctionnaires seront répartis entre ceux de la jus- tice et des affaires sociales, de la simplification et de la transparen- ce des critères pour la demande de permis de séjour, de citoyenneté et

de regroupement familial, de

l’abandon du rétablissement des contrôles aux frontières, tel qu’il avait été imposé ce printemps par l’extrême droite. Le système de permis à points pour le regroupement familial, qui excluait les gens sans formation supérieure et, de facto, de nom- breux étrangers de pays ciblés, est supprimé. C’est ce texte qui avait commencé à faire basculer l’opi- nion et le Parti social-démocrate

l’an dernier. Autres décisions à for-

te valeur symbolique, l’abrogation

du terme de « ghettos », lancé offi-

ciellement pour traiter en priorité

certains quartiers difficiles, et la nomination au poste de ministre

de

l’égalité, des cultes et des affai-

res

nordiques d’un ministre radi-

cal d’origine indienne.

te d’origine turque qui, lorsqu’elle

lorsque les édiles de cette sensibili-

automne,étaitl’unedesraresàcriti- tépolitiquedesbanlieuesdeCopen-

hagueréclamaientdesréactionsau fur et à mesure que l’immigration grossissait et que l’extrême droite ponctionnait leurs électeurs. Cette frange du parti l’a empor- té à partir des années 2000. « Depuis quelques jours, c’est à nouveau plus facile d’être social- démocrate au Danemark », avoue, soulagé, un proche du nouveau gouvernement. p

Olivier Truc

progressionsauxélectionslégislati-

pouvoir durant les années 1990,

était au Parlement jusqu’à cet

« Le monopole de DF [le Parti du

peuple danois, extrême droite] est terminé, se félicite Bashy Qurais-

quer les décisions de son parti. Il

hy, un vétéran de la lutte antiracis- te au Danemark. C’est un grand jour pour les étrangers et pour les Danois progressistes, car DF a tenu le gouvernement en otage pendant

dix ans. Même les deux partis de

l’ancien gouvernement, les libé- raux et les conservateurs, prennent désormais leurs distances vis-à-vis

ves et dont le soutien est indispen- sable pour former une majorité de gauche. « Nous allons revenir à un traitement raisonnable de ces ques-

tions,noteJacobBjerregaard,porte-

parole des sociaux-démocrates sur

lesquestionsd’immigrationetd’in-

tégration. La politique sera plus juste et équilibrée mais nous main-

tiendrons la règle des 24 ans [le mariage avec un étranger est impossible si l’un des conjoints a

de l’extrême droite. C’est très posi- tif. » Seul l’ancien ministre libéral de l’immigration, Soren Pind, s’est fendu d’un commentaire cinglant, déclarant que la nouvelle politi- quesignifiait «l’ouverture des fron- tières et des caisses ».

« Nous avions vraiment besoin

de changement. Nous ne pouvions plus continuer dans cette rhétori-

que allant toujours vers plus de res-

trictions, estime Yildiz Akdogan,

anciennedéputéesociale-démocra- le Parti social-démocrate alors au

par peur d’être jugés mous par l’électorat. Bon nombre des lois sur l’immigration ont ainsi été votées par les sociaux-démocrates. C’est la conséquence du débat qui a divisé

beaucoup de mariages forcés.» Le Parti social-démocrate, suivi plus tard par le Parti socialiste populaire, avait cédé à cette suren- chère stigmatisant les étrangers

moins de 24 ans] qui a empêché

était parfois très dur pour moi de défendre cette politique que je trou- vais souvent stupide.» Ce changement de politique ne s’est effectué que sous la pression desdeux petits alliés, l’un au centre et l’autre à l’extrême gauche, qui onttousdeuxaffichélesplusfortes

Cechangement de politiquene s’est effectuéque sousla pressiondes deux petitsalliés, au centre etàl’extrême gauche

L’alternance au Danemark

La majorité Le bloc de gauche a remporté les élections du 15 sep- tembre avec 50,3% des voix. Le Parti social-démocrate, (24,9%, plus mauvais score depuis 1905), est allié au gouvernement avec le Parti socialiste populaire (9,2%) et le Parti radical (9,5%). L’unité (extrême gauche) a fait une per- cée avec 6,7% des voix.

L’extrême droite En 2001, les libéraux et les conservateurs n’avaient pu former un gouverne- ment, sous la direction d’Anders Fogh Rasmussen, qu’avec le sou- tien parlementaire de l’extrême droite, au prix d’un durcissement des lois concernant les étrangers.

prix d’un durcissement des lois concernant les étrangers. La première ministre danoise sociale-démocrate Helle

La première ministre danoise sociale-démocrate Helle Thorning-Schmidt, à Copenhague, le 4 octobre,

lors de son premier discours au Parlement. THOMAS LEKFELDT/AP PHOTO/POLPHOTO

L’Unicefreproche auRoyaume-Unid’avoir emprisonné massivementdesmineursaprès lesémeutesd’août

Les peines prononcées ont fait bondir de 8%le nombre demoins de 18 ans en détention

Londres

Correspondant

Royaume-Uni détient le

taux de détention le plus éle-

de mineurs des pays d’Eu-

rope occidentale. Les émeutes ont encoreaggravé le traitementréser-

vé par les tribunaux aux enfants et

aux adolescents.

D’après des chiffres provisoires publiés par le ministère de la jus- tice lundi 10 octobre, parmi les mineurs accusés d’avoir participé

aux émeutes, un quart a été main-

tenu en détention en attendant la tenue d’un procès. Plus inquiétant encore selon l’Unicef (le Fonds des

Nations unies pour l’enfance), par-

mi les adolescents privés de liberté

à la suite des émeutes, 45 %

n’avaient jamais eu maille à partir avec la justice avant les quatre

jours de chaos du mois d’août, ni avertissement, ni condamnation. L’Unicef estime que ces place- ments en détention provisoire

L

e

vont à l’encontre de la Convention pour les droits de l’enfant signée par le Royaume-Uni en 1991.

D’après l’article 37, « les enfants ne devraient être incarcérés qu’en der- nier recours », a rappelé hier l’Unicef. « Les gens qui ont été atta- qués, volés et dont les biens ont été détruits ont eu peur (…), a reconnu labranche britanniquede l’organi- sation. Pour autant, en réponse à cesévénements,notre systèmejudi- ciaire ne doit pas violer les droits

des enfants. »

Le rappel à l’ordre de l’Unicef au gouvernement de David Came- ron a été salué par les organisa- tions qui font campagne pour une réforme du système pénal britan-

nique. Le directeur de la Howard

League, Andrew Neil, estime que le taux élevé d’incarcération des mineurs impliqués dans les émeu- tes est le résultat direct d’une jus- tice expéditive. « Les tribunaux

ont fait défiler les suspects à toute

vitesse, en oubliant de prendre en

compte la spécificité des moins de 18 ans et en mettant de côté le prin- cipe de proportionnalité des pei- nes », résume-t-il.

Sévérité des peines

La sévérité des peines infligées par les juges aux mineurs est jugée d’autant plus déplorable qu’elle met à mal une évolution positive aux yeux des défenseurs des droits des mineurs : la baisse pro- gressive du nombre de détenus de moins de 18 ans observée depuis 2008. En avril, l’Angleterre et le Pays de Galles comptaient 1 890 mineurs incarcérés, soit un tiers de moins qu’il y a trois ans. La bais- se observée était telle que l’agence chargée de la justice des mineurs, Youth Justice Board, avait prévu de fermer 700 places de prison réservées aux moins de 18 ans et de les convertir en cellules pour adultes. A la tête de la campagne « Out of trouble », lancée en 2007 pour

réduire le nombre de mineurs emprisonnés au Royaume-Uni, Penelope Gibbs espère que les émeutes ne sont qu’un « couac temporaire » qui ne remettra pas en cause la forte baisse constatée depuis 2008. Deux mois après les émeutes, la sévérité des peines infligées contre les émeutiers a déjà entraîné une augmentation de 8 % de la population carcérale des mineurs par rapport au mois de juin. Mais les organisations de défense des mineurs comptent sur plus de clémence de la part des juges lors des audiences en appel. Jeudi 6 octobre, à Manches- ter, Joshua Penney, 17 ans, a vu sa peine divisée par deux. En premiè- re instance, le jeune homme au casier judiciaire vierge avait été condamné à huit mois de prison ferme pour avoir volé une bou- teille d’alcool dans un supermar- ché au plus fort des émeutes. – (Intérim.) p

8

planète

0123

Mercredi 12 octobre 2011

8 planète 0123 Mercredi 12 octobre 2011 Ledéfide l’accèsuniversel à l’énergie Alors que 1,3milliard d’humains

Ledéfide l’accèsuniversel à l’énergie

Alors que 1,3milliard d’humains ne reçoivent pasl’électricité, une conférence internationale s’est tenue à Oslo

Oslo

Envoyé spécial

P lus de 1,3 milliard de person-

nes – près de 20 % de la

population mondiale – ne

bénéficient pas, aujourd’hui, d’un accès à l’électricité. Ce chif- fre a été présenté par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) à l’occasion de la conférence « Ener- gie pour tous », qu’elle organisait, lundi 10 et mardi 11 octobre, à Oslo, avec la Norvège. Et cette situation a des consé- quences économiques, sociales et sanitaires. L’une d’elles est que 2,7 milliards d’habitants de la pla- nète ne disposent pas de moyens modernes et « propres » de cuisi- ner. L’utilisation de bois et de char- bon de bois entraîne ainsi une pol-

lutiondeshabitations etdelanour- riture,qui provoqueprès de1,5mil- lion de morts par an, tout en accen- tuant la déforestation et les dérè- glements climatiques. Face à ces problèmes, le déficit d’accès àl’énergie devientun chan- tier mondial, qui sera notamment au cœur des discussions de Rio + 20, la conférence sur le dévelop- pement durable prévue en juin 2012 au Brésil. L’accès univer- sel à une énergie propre est la clé pour répondre à « tous les défis glo- baux », a lancé, lundi à Oslo, le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon. La pauvreté, le changement climatique, la rare- té de l’eau, la santé, la crise alimen- taire ou encore l’égalité des chan- ces pour les femmes dans la socié- té : tous ces problèmes ont un lien

Le sommet Rio+20 devra prendre des engagements

La conférence des Nations unies sur le développement durable Rio+20, prévue en juin 2012 au Brésil, sera l’occasion pour la communauté internationale de prendre des engagements en faveur d’un « accès universel à l'énergie» , selon son coordina- teur, Brice Lalonde. Organisé vingt ans après le Sommet de la Terre, qui s’était déjà tenu à Rio

de Janeiro, le sommet doit abou- tir à une « vision d'ensemble» sur le développement, d’ici à 2030, selon l’ancien ministre de l’envi- ronnement français. Pour le secrétaire général de l’ONU, BanKi-moon, Rio+20 sera aussi «l’occasion de mobiliser autour de l’initiative pour le développe- ment d'une énergie propre» lan- cée par son organisation.

fort avec l’absence d’accès à l’éner- gie,selon le diplomate,qui aracon- té, au passage, avoir personnelle- ment vécu cette pénurie dans sa jeunesse en Corée, où il étudiait « à la lumière de la bougie ». L’accès à l’énergie n’est pas ins- crit dans les objectifs du Millénai- re pour le développement définis dans le cadre des Nations unies en 2000. L’ONU a cependant désigné

2012

une énergie durable pour tous ». L’accès universel à l’énergie n’auraitpasdeconséquences néga- tives importantes sur le climat. Il n’accroîtrait les émissions de CO 2 que de 0,7 %, selon l’AIE. L’équipement des populations privées d’énergie est en marche, mais pas à un rythme suffisant, selon les intervenants à la confé- rence d’Oslo. L’AIE estime qu’en 2009 près de 9,1 milliards de dol- lars (6,7 milliards d’euros) ont été investis dans le monde pour déve- lopper l’accès à une « énergie moderne». Cela a permis à 20 mil- lions de personnes d’accéder à l’électricité et à 7 millions d’être dotées d’équipements de cuisine « sains », à base de biomasse. L’Agence a évalué les politiques d’aide à l’accès à l’énergie en cours ou annoncées. Les investisse- ments attendus sont de l’ordre de

« Année internationale pour

296 milliards de dollars entre 2010 et 2030,soit une moyenne annuel- le de 14 milliards de dollars. Cela ne suffirapas pourassurer l’accès uni- versel à l’énergie en 2030, d’après l’AIE, étant donné, notamment, l’augmentation de la population mondiale. « Il faudrait, pour y arriver, mul- tiplier pratiquement par cinq le montant investi en 2009, et arriver

à des investissements de l’ordre de

Quelque2,7 milliards d’habitantsde la planètenedisposent pasdemoyens modernes et «propres» de cuisiner

48 milliards de dollars (35milliards d’euros) par an », affirme Fatih Birol, économiste en chef de l’AIE, qui ajoute qu’une telle somme « ne représenterait que 3 % des investissements mondiaux prévus dans l’énergie ». Reste à mobiliser des fonds puis à trouver, sur le terrain, le meilleur dispositif.Quelles formes de finan- cementadopterpour dirigereffica- cement les milliards nécessaires au développement de l’accès uni-

versel à l’énergie ? Les participants à la conférence d’Oslo avaient des avis variables sur la question. Sur les montants investis en faveur de l’accès à l’énergie en 2009, 34 % provenaient des institutions mul- tilatérales, 30 % des pays concer- nés, 22 % d’acteurs privés et 14 % de l’aide bilatérale. Jens Stoltenberg, le premier ministre norvégien, a présenté une nouvelle plate-formede parte- nariatinternational baptisée Ener- gy +. Déjà très présente dans les initiatives internationales pour lutter contre la déforestation et ses effets négatifs sur le climat à travers le mécanisme REDD (Redu- cing Emissions from Deforesta- tion and Degradation), la Norvège veut essayer de reproduire l’ap- proche de ce dernier, c’est-à-dire un soutien financier dépendant du suivi et du contrôle des résul- tats obtenus par les pays aidés. Mais les difficultés de mise en pla- ce de REDD montrent qu’il faudra, pour Energy +, essayer de trouver des mécanismes simples et approuvés par tous. Uneautrepropositionqui émer- geait à Oslo était l’association des financements publics et privés, l’idée étant d’attirer les fonds pri- vés avec le levier de l’argent public. Cela dit, pour attirer les acteurs pri-

vés, « il faut surtout des projets ren- tables commercialement, avec un modèle économique solide », souli- gnait Carlos Pascual, du départe- ment d’Etat américain. L’austérité qui pèse actuellement sur les finances publiques ne facilite pas les choses. Maisl’aide bilatéraleou multila- térale n’est qu’un des éléments qui permettent de faire prendre la greffe. Le jeune entrepreneur indienHarish Hande, dontlasocié- té « à vocation sociale » Selco équi- pe en systèmes d’énergie solaire foyers et entreprises en Inde, est critique envers ceux qui pensent qu’une augmentation des aides est une réponse suffisante. « Si l’In- deest arrivée aujourd’hui à de bons résultatsdans sa campagne pour le développement de l’accès à l’éner- gie, c’est que, depuis plusieurs décennies, un tissu de banques rurales qui prêtent sur le long ter- me a été mis en place. Ce réseau n’existe malheureusement pas dans de nombreux pays d’Afri- que», remarque-t-il. Près de 85 % des personnes pri- vées d’accès à l’énergie dans le monde habitent dans des zones rurales, et plus de 95 % soit en Afri- que soit dans les régions d’Asie en développement. p

Bertrand d’Armagnac

d’Asie en développement. p Bertrand d’Armagnac
d’Asie en développement. p Bertrand d’Armagnac

Romainvilleinaugureunsystèmeautomatisédecollectepneumatiquedesdéchets

L’installation, qui concerne 2600logements et 5800 habitants de cette commune de Seine-Saint-Denis, constitue une première en France

de Seine-Saint-Denis, constitue une première en France P lus de locaux à ordures, plus de pollution
de Seine-Saint-Denis, constitue une première en France P lus de locaux à ordures, plus de pollution

P lus de locaux à ordures, plus de pollution visuelle et olfac- tive,plus de camions poubel-

les obstruant les rues, mais une aspiration souterraine et invisible. Samedi 15 octobre, Romainville

seralapremièrecommunefrançai-

seàinaugurerunsystèmeautoma-

tisé de collecte pneumatique des déchets : 2 600 logements et 5 800 habitants de deux quartiers de cette commune de Seine-Saint- Denis, en pleine rénovation urbai- ne, sont concernés. Au pied de leurs immeubles et

sur la voirie, 106 bornes de collecte ont été installées, pour recueillir

séparémentlesemballagesrecycla-

bles et les déchets ménagers. Sous terre, quatre kilomètres de tuyaux achemineront les déchets vers un terminal. Le procédé est entièrement clos : les déchets triés et déposés par les habitants dans les bornes, fermées par des trappes, seront momentanément stockés dans des cuves. Lorsqu’un poids mini-

mal sera atteint, les sacs seront aspirés, à une vitesse de 70 km/h, par la création d’un courant d’air dans le réseau, jusqu’au terminal. Les sacs y seront séparés de l’air «porteur » et les poubelles tombe- ront dans des compacteurs qui les compresseront à l’intérieur de

conteneurs hermétiquement clos. L’air porteur sera filtré avant d’être relâché dans l’atmosphère. De là, une fois par jour, la collec- te sera acheminée par camion vers un incinérateur ou un centre de recyclage, mais le nombre de kilo- mètres parcourus par les camions devraitêtredivisépar troispar rap- port à un système classique. La commune de Romainville a confié le marché à Veolia Propreté, parte- naire du suédois Envac, concep- teur de la collecte pneumatique.

La Suède pionnière

L’opération est d’autant plus emblématique qu’elle concerne deux cités, Cachin et Gagarine, construites dans les années 1950, qui cumulaient tous les handicaps des banlieues sinistrées. Située près du cœur de ville, Cachin, avec ses grandes barres HLM, était tota- lement enclavée. Avec le soutien de l’Agence nationale de rénova- tion urbaine (ANRU), la voirie a été repensée, des barres d’immeubles détruites, des établissements publics réinstallés, pour tenter d’en faire un quartier « classique». La France vient tardivement à ce système de collecte écologique. La première installation a vu le jour il y a cinquante ans, en Suède. La plupart des grandes villes sué-

Un réseau souterrain de collecte des ordures ménagères

Rejet d’air TERMINAL DE COLLECTE Déchets Déchets ménagers recyclables Salle de filtration Cyclone Vanne
Rejet d’air
TERMINAL DE COLLECTE
Déchets
Déchets
ménagers
recyclables
Salle de
filtration
Cyclone
Vanne
d’entrée
d’air
BORNES DE COLLECTE
SITUÉES DANS LA RUE OU
DANS LES IMMEUBLES
Evacuation
des déchets
Turbo-
par camion
extracteur
Composteur
Conteneur
Les déchets sont aspirés à 70 km/h par un réseau
de conduits jusqu’au terminal de collecte
Vannes de stockage

doises en sont équipées. Ce fut, ensuite, au tour de l’Europe du sud: en 1992, à l’occasion des Jeux olympiques, Barcelone s’est dotée du système, imitée par Bilbao, Valence, Séville, Carthagène. Envac totalise 600 installations dans le monde. En pratique, ce sys- tème de collecte peut accueillir jusqu’à quatre flux de tri. Seuls le verre et les déchets encombrants en sont exclus, pour éviter d’en- dommager les canalisations.

En France, les communes ont hésité face au coût d’investisse- ment. Narbonne avait envisagé de recourir à l’innovation suédoise avant de se désengager. A Romain- ville, l’investissement est de 8,3 millions d’euros. Mais la ville ne prendra en charge que 2,5 mil- lions, le reste étant financé par l’ag- glomération et des subventions, notamment de l’Agence de l’envi- ronnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe).

SOURCE : VEOLIA

Pour les usagers, la note devrait diminuer,grâceà l’économieeffec- tuée sur les sorties de poubelles et l’entretien des bacs roulants, assu- rés par des gardiens ou des socié- tés spécialisées. La mairie estime que la collecte pneumatique pour- rait générer pour les copropriétés riveraines une économie de char- ges allant jusqu’à 120 euros par an. « Du point de vue de l’impact sur l’environnement et de la qualité de l’habitat, les gains ne sont pas dis-

A Romainville, deux des 106 bornes de collecte des déchets, et, à droite, les tuyaux qui acheminent les sacs

au terminal. NICOLAS KRIEF POUR « LE MONDE »

cutables, estime le maire (DVG) de Romainville, Corinne Valls. Deux tiers de flux de camions en moins, moins de gaz à effet de serre, la sup- pression pour les immeubles de locaux de poubelles, lieux de désa- gréments, la suppression pour les ouvriers, derrière les camions ben- nes, de tâches pénibles, ingrates et accidentogènes, et un meilleur tri sélectif par une disponibilité duser- vice vingt-quatre heures sur vingt- quatre, 365 jours par an. » L’édile espère étendre le nom- brede logements concernés. Leter- minal peut accueillir les déchets générés par 6 000 logements. Dès 2013, la commune voisine des Lilas devrait se relier au dispositif. D’autres chantiers débutent ou sont en cours d’achèvement en Ile- de-France : l’écoquartier du fort d’Issy-les-Moulineaux (Hauts-de- Seine) ou celui des Batignolles, à Paris. A Vitry-sur-Seine (Val-de- Marne), c’est une filiale de Suez Environnement, Sita, qui devrait réaliser son premier chantier de ce type. Seul impératif : un sous-sol pas trop encombré. p

Sophie Landrin

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Mercredi 12 octobre 2011

0123 Mercredi 12 octobre 2011 Avecleprojet Futurol,la Francemisesur lesbiocarburants de secondegénération Une unité

Avecleprojet Futurol,la Francemisesur lesbiocarburants de secondegénération

Une unité pilote de bioéthanol extrait de résidus végétaux et de cultures non alimentaires, inaugurée danslaMarne, doit déboucher sur une production industrielle àl’horizon 2016

Pomacle-Bazancourt (Marne) Envoyé spécial

D ans de vastes hangars sont stockés des bottes de paille, des tiges de miscanthus

(sorte de roseau parfois appelé « herbe à éléphant »), des rondins de saule et de peuplier. D’autres bâtiments sont réservés aux copeaux et résidus de bois, aux déchets agricoles tels que la pulpe de betterave et la bagasse de canne à sucre, ou au switchgrass (une grande herbacée sauvage). Il y a là toute la palette de la biomasse lig- nocellulosique susceptible d’être transformée en carburant «vert ». C’est cette transformation que va expérimenter l’usine pilote Futurol, inaugurée mardi 11 octo- bre, sur la zone d’activité des com- munes de Pomacle et Bazancourt, dans la Marne. Fédérant une dizai- ne de partenaires publics et privés,

dont l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), le projet, d’un coût de 76,4 millions d’euros (financés à 40 % par Oseo, établissement public de soutien à l’innovation), marque l’entrée de la France dans le champ émergent des biocarburants de deuxième génération, extraits de cultures non alimentaires. Il s’agit, à ce stade, d’un démons- trateurde5000 m 2 ,capable depro- duire 180 000 litres de bioéthanol par an. Vingt fois moins que le pro- totype industriel qui doit lui succé- der en 2015, sur l’un des sites du groupe sucrier français Tereos, à Lillebonne (Seine-Maritime) ou à Origny-Sainte-Benoîte (Aisne). Et 1 000 fois moins que les unités de taille commerciale qui pourraient voir le jour à partir de 2016. D’ici là, la centaine de cher- cheurs associés au programme vont tester en grandeur réelle, en

Plusieurs « démonstrateurs» en préparation en France

Futurol n’est pas le tout premier démonstrateur français de pro- duction de biocarburants de 2 e génération. Il existe déjà, sur le site de Pomacle-Bazancourt, un pilote de la société CIMV intégré au programme européen Bioco- re,mais il est consacré à la valori- sation de la biomasse végétale non seulement en carburants, mais aussi en pâte à papier, plas- tiques, colles ou additifs alimen- taires. Plusieurs autres projets,

BioTfuel, Gaya et Syndiese, visant à produire du biodiesel ou du biométhane à partir de bio- masse lignocellulosique, devraient se concrétiser en 2013. La France se replace ainsi dans une course scientifique et indus- trielle encore très ouverte. Plus de 150 démonstrateurs sont déjà en exploitation ou en projet dans le monde, notamment aux Etats- Unis,mais aucun n’a atteint le sta- de de la production industrielle.

les optimisant, chacune des éta- pes du processus de production mis au point en laboratoire. Cela pour les différents types de végé- taux utilisés. La matière première, décrit Benoît Trémeaux, secrétaire géné- ral de Futurol, est d’abord broyée, pour être rendue homogène. Elle

Ils’agit,à cestade, d’undémonstrateur de5 000 m 2 , capable deproduire 180000 litres debioéthanolparan

circule ensuite de cuve en cuve, où elle subit un prétraitement thermique ou chimique, puis une hydrolyse en présence d’enzymes qui cassent les chaînes complexes de la cellulose et de l’hémicellulo- seen molécules simples. Le mélan- ge est alors mis à fermenter avec des levures qui le convertissent en alcool. L’éthanol est enfin obte- nu après un passage en colonne de distillation. « L’originalité de notre appro- che est sa polyvalence, explique M. Trémeaux. L’utilisation de matières premières diversifiées (résidus agricoles, coproduits fores- tiers, taillis à rotation courte, plan- tes dédiées) permettra aux futurs sites de production de s’approvi- sionner localement, en toute sai-

son. C’est un gage de viabilité éco- nomique et de limitation de l’im- pact sur l’environnement. » L’un des obstacles auxquels se heurtent les biocarburants de deuxième génération est en effet celui de la disponibilité de la res- sourcevégétale: quandil s’agituni- quement de paille, par exemple, cette ressource peut être compro- mise par une sécheresse. D’où l’im- portance d’une diversification. Mais la filière doit aussi démon- trer sa rentabilité. Car les investis- sements sont lourds et les prix de revient très supérieurs à ceux des agrocarburants de première géné- ration, dont le coût avoisine aujourd’hui, pour le bioéthanol, 50 centimes le litre. « La moitié du chemin est faite, assure Domini- que Dutartre, président de Futu- rol. Depuis le démarrage du projet, le coût de revient a été divisé par deux. Il faut encore le réduire de moitié, en gagnant sur tous les pos- tes de la chaîne de production, pour devenir compétitif. » Reste à établir le bilan environ- nemental des carburants verts de deuxième génération. Bien que ceux-ci aient l’avantage, par rap- port aux agrocarburants de pre- mière génération, de ne pas met- tre en concurrence cultures éner- gétiques et cultures alimentaires, ils ne s’imposeront que s’ils font la démonstration qu’ils sont aussi, en terme d’émissions de gaz à effet de serre, plus vertueux. p

Pierre Le Hir

planète

9

effet de serre, plus vertueux. p Pierre Le Hir planète 9 Marée noire Une «catastropheécologique» encours

Marée noire

Une «catastropheécologique» encours surlacôtenéo-zélandaise

encours surlacôtenéo-zélandaise Entre 130 tonnes et 350 tonnes de fioul lourd se sont déjà

Entre 130 tonnes et 350 tonnes de fioul lourd se sont déjà échappées du Rena, le porte-conteneurs battant pavillon libérien qui s’est échoué, le 5octobre, sur le récif Astrolabe, à une vingtaine de kilomètres du port de Tauranga, et des nappes de pétrole ont atteint, lundi 10 octobre, la côte néo-zélandaise. Des boulettes de pétrole ont été retrouvées sur la plage de Mount Maunganui (photo), un site touristique de la baie de Plenty abritant baleines, dauphins et oiseaux marins. Les autorités redoutent que la coque du bâtiment, qui contient 1 700 tonnes de fioul, réparties dans quatre cuves principales dont l’une fuit, se brise. Les opérations de pompage engagées en fin de semaine dernière ont été contrariées par l’arrivée d’une tempête, avec des vagues de 5 mètres de haut et des vents violents qui ont obligé à éva- cuer les trente-six spécialistes intervenant sur le Rena. « Il s’agit de la catastrophe écologique maritime la plus grave qu’ait connue la Nouvelle-Zélande », a déclaré, mardi, le ministre de l’environ- nement néo-zélandais, Nick Smith. – (AFP.) p JASON EGNEW/AFP

Climat L’Union européenne reste ouverte à la prolongation du protocole de Kyoto

Les ministres de l’environnement, réunis en conseil à Luxembourg, lun- di 10 octobre, pour arrêter la position officielle de l’Union européenne (UE) lors de la conférence des Nations unies sur le climat prévue fin novembre à Durban (Afrique du Sud), ont confirmé que l’UE restait ouverte à la prolongation du protocole de Kyoto au-delà de 2012. Les Vingt-Sept posent toutefois une condition de taille : que l’ensemble des pays signataires de la convention climat des Nations unies s’engagent, à terme, dans un traité contraignant. Ils souhaitent également que la seconde période de Kyoto ne se prolonge pas au-delà de 2020.

un traité contraignant. Ils souhaitent également que la seconde période de Kyoto ne se prolonge pas
un traité contraignant. Ils souhaitent également que la seconde période de Kyoto ne se prolonge pas

10

france

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Mercredi 12 octobre 2011

La primaire du PS et du PRG

La primaire du PS et du PRG

Radiographieélectorale d’unscrutininédit

Dimanche9octobre,MartineAubry a séduitunélectorat plusurbain etplus à gauche que celui de FrançoisHollande

M ardi11octobreendébutde

matinée,deuxjoursaprès le premier tour de la pri-

maire socialiste, la haute autorité,

chargéed’encontrôlerlebondérou-

lement, n’avait validé les résultats que de 8 992 bureaux de vote, sur un total de 9502 (soit 2560364 bul- letins). A défaut d’une photogra- phie complète, il est néanmoins possible de dresser une carte assez précise des forces et des faiblesses de chacun des six candidats.

Hollande,levote desvilles moyennes

Ausoirdupremiertourdela pri- maire, François Hollande a dépas- sé la majorité absolue dans six départements : la Corse-du-Sud, l’Aude,leCantal etlestrois départe- ments de la région Limousin, par- milesquelsla Corrèze, dontilprési- de le conseil général et où il a obte- nu 86 % des voix. La France de M. Hollande est avant tout celle des villes petites et moyennes situées à l’ouest d’une diagonale Le Havre-Marseille et dans le quart nord-est du pays.

UneFrancede vieux bastionssocia- listes, mais aussi d’anciennes ter- res de mission où le PS s’est solide- ment implanté depuis le dernier tiersdu XX e siècle, dans l’ouest et le centre en particulier. A l’échelle départementale, le vote en faveur du député de la Cor- rèze est plus souvent celui des vil- les de second rang que celui des métropoles. Dans le Rhône, par exemple, M. Hollande est devancé par M me Aubry à Lyon, malgré le soutien du maire, Gérard Collomb.

Il est en revanche en tête à Ville-

franche-sur-Saône et à Tarare. A Metz, M me Aubry le devance de 3points, maisà Briey,Toul et Luné- ville, les trois sous-préfectures de Meurthe-et-Moselle, M. Hollande est largement en tête, d’au moins

15points.

Très bien implanté dans les vil- les moyennes, le député de la Cor- rèzel’est aussidans les beaux quar- tiers des grandes métropoles. C’est vrai à Paris ou à Lyon. Mais aussi à Marseille où, dans les 7 e , 8 e et 9 e arrondissements, il creuse l’écart avec la maire de Lille. Cela ne veut pas dire, pour autant, qu’il n’est que le candidat d’un électorat aisé. Par exemple, dans des communes populaires de Seine-et-Marne, comme Lognes, Noisiel ou Savigny-le-Temple, François Hollande totalise autant de voix que Martine Aubry et Arnaud Montebourg réunis.

Aubryforte dans lesgrandes villes

Si François Hollande a l’avanta- ge dans les villes moyennes, Marti- ne Aubry est, sans conteste, la can-

didate des grandes métropoles. Dans sa ville de Lille, elle a avoisi- né,dimanche, les 70%. A Paris,Gre- noble et Rouen, villes dont les mai- reslasoutiennent, elle arrivelarge- ment en tête, tout comme à Stras- bourgetLyon, municipalités socia- listes dont les maires sont parti- sans de François Hollande. Au soir du premier tour,

M me Aubry n’a dépassé la majorité

absolue que dans un seul départe- ment, le Nord, où elle a obtenu 55 % des suffrages (contre 26 % à M. Hollande). A la différence de son rival, ses zones de force sont concentréesdans lavallée de la Sei- ne, la région lyonnaise ainsi qu’en Ile-de-France. Dans ces régions urbanisées et industrialisées, les

deux candidats sont souvent au coude-à-coude. C’est généralement dans les ter- ritoires les plus à gauche – et aussi

là où le vote écologiste est le plus

fort – que M me Aubry creuse l’écart

avec M. Hollande. Dans le Finistè- re, par exemple, le « Trégor rouge» lui est en grande partie acquis. A Morlaix, représenté à l’Assemblée nationale par son amie Marylise

François Hollande séduit l’ouest, Martine Aubry le nord

RÉSULTATS DES DEUX CANDIDATS ARRIVÉS EN TETE AU PREMIER TOUR DE LA PRIMAIRE PAR DÉPARTEMENT, en % (sur 94 % des bureaux de vote)

moins de 20 de 20 à 29 de 30 à 39 de 40 à 49
moins de 20
de 20 à 29
de 30 à 39
de 40 à 49
plus de 50
* pas de données
François Hollande
Martine Aubry
Pas-de-Calais
Pas-de-Calais
Nord
Nord
Somme
Somme
Seine-
Seine-
Aisne
Ardennes
Maritime
Ardennes
Maritime
Aisne
Oise
Oise
Moselle
Manche
Calvados
Val-d'Oise
Moselle
Meuse
Manche
Calvados
Val-d'Oise
Eure
Eure
Meuse
Marne
Marne
Yvelines
Meurthe-
Meurthe-
Yvelines
Orne
Essonne Seine-et-
Bas-Rhin
Orne
Bas-Rhin
Finistère
et-Moselle
Finistère
Essonne Seine-et-
et-Moselle
Côtes-d’Armor
Marne
Côtes-d’Armor
Marne
Eure-et-
Eure-et-
Aube
Aube
Ille-et-
Haute-
Vosges
Mayenne
Vosges
Ille-et-
Mayenne
Loir
Haute-
Loir
Vilaine
Sarthe
Marne
Vilaine
Sarthe
Marne
Haut-Rhin
Morbihan
Loiret
Morbihan
Loiret
Haut-Rhin
Yonne
Haute-
Yonne
Haute-
Loir-et-
Saône
Loir-et-
Saône
Maine-et-
Maine-et-
Cher
Loire-
Côte-d'Or
Loire-
Indre-
Indre-
Cher
Côte-d'Or
Loire
Loire
Territoire
Territoire
Atlantique
Atlantique
Doubs
et-Loire
Nièvre
Doubs
et-Loire
de Belfort
Cher
de Belfort
Cher
Nièvre
Jura
Indre
Indre
Deux-
Saône-et-
Jura
Vendée
Deux-
Saône-et-
Vendée
Vienne
Vienne
Sèvres
Loire
Sèvres
Loire
Allier
Allier
Haute-
Haute-
Ain
Ain
Seine-Saint-Denis
Creuse
Savoie
Creuse
Savoie
Charente-
Haute-
Seine-Saint-Denis
Charente-
Haute-
Puy-de-
Maritime
Puy-de-
Loire
Rhône
Maritime
Loire
Rhône
Vienne
Vienne
Charente
Charente
Dôme
Dôme
Savoie
Savoie
Paris
Corrèze
Isère
Corrèze
Isère
Haute-
Paris
Haute-
Cantal
Dordogne
Cantal
Dordogne
Loire
Loire
Hautes-
Hautes-
Gironde
Ardèche
Gironde
Ardèche
Drôme
Drôme
Lot
Lot
Alpes
Alpes
Hauts-de-Seine
Lozère
Val-de-Marne
Lozère
Lot-et-
Hauts-de-Seine
Lot-et-
Val-de-Marne
Aveyron
Aveyron
Garonne
Garonne
Alpes-
Alpes-
Tarn-et-
Alpes-de-Haute-
Tarn-et-
Alpes-de-Haute-
Gard
Gard
Vaucluse
Maritimes
Landes
Vaucluse
Maritimes
Garonne
Provence
Landes
Garonne
Provence
Tarn
Tarn
Gers
Gers
Haute-
Bouches-
Haute-
Bouches-
Hérault
Hérault
Var
Var
Garonne
du-Rhône
Garonne
du-Rhône
Pyrénées-
Pyrénées-
Haute-
Haute-
Atlantiques
Atlantiques
Aude
Hautes-
Aude
Corse
Hautes-
Corse
Ariège
Pyrénées
Ariège
Pyrénées
Pyrénées-
Corse-
Corse-
Pyrénées-Orientales
Orientales
du-Sud
du-Sud
Guadeloupe
Mayotte
La Réunion
Polynésie française
Français de l’étranger
Guadeloupe
La Réunion
Mayotte
Polynésie française
Français de l’étranger
*
*
*
*
Guyane
Nouvelle-Calédonie
Martinique
Saint-Pierre-et-Miquelon
Guyane
Martinique
Nouvelle-Calédonie
Saint-Pierre-et-Miquelon
*
*
SOURCE : PARTI SOCIALISTE
INFOGRAPHIE LE MONDE

Lebranchu, la maire de Lille devan- ce ainsi François Hollande de 11points. A quelques kilomètres au

nord, dans le Léon, politiquement plus conservateur, la situation est différente: dansle cantonde Saint- Pol-de-Léon, dont le conseiller général est divers gauche,

M me Aubry a 10 points de retard sur

M.Hollande. Un peu plus à l’ouest,

à Plouzévédé, canton tenu par la

droite depuis toujours, l’avance de M.Hollande est de 20 points.

Montebourgface àla Francedu«non»

Plébiscité en Saône-et-Loire, dont il préside le conseil général depuis 2008 et où il a recueilli 65 % des voix au premier tour, Arnaud Montebourg a réalisé ses meilleu- res percées dans l’est et le sud-est de la France. Crédité de 17 % à l’échelle nationale, il dépasse les 20% dans une quinzaine de dépar- tements, situés principalement en Bourgogne, dans la région Rhône- Alpes et en Provence - Alpes-Côte- d’Azur. Le chantrede la « démondialisa- tion» a séduit, dimanche, un élec- torat très hétérogène. Dans un

département comme le Vaucluse, oùilest 5%au-dessus desa moyen- ne nationale, il fait ainsi ses meilleurs scores dans des bourgs où le Front national atteint ses niveaux parmi les plus élevés, comme Camaret-sur-Aigues, Che- val-Blanc ou Robion. A Orange, vil-

le gouvernée par l’extrême droite depuis 1995, il arrive en deuxième

position, derrière M. Hollande. Dans les Hautes-Alpes, le vote en faveur d’Arnaud Montebourg est de nature différente. Dans ce département où l’UMP est majori- taire, le député de Saône-et-Loire dépasse les 30 % dans plusieurs cantons ruraux très enclavés et tenus par la droite. A Briançon, où la mairie est socialiste, il est en revanche nettement distancé par M.Hollande et M me Aubry. Seul candidat à avoir voté « non » au référendum européen de 2005, M. Montebourg a, d’une façon générale, réalisé des scores trèsélevésdans desterritoiresfrap- pés par la désindustrialisation ou menacés de désertification. Bien qu’ayant peu fait campa- gne dans les banlieues des gran- des agglomérations, il y a obtenu, dimanche, des scores assez impor-

tants. En revanche, contrairement

à ce que l’on aurait pu imaginer, il

n’a pas réalisé de percée significati- ve dans des bastions communis- tes. Dans les deux départements présidéspar le PCF, l’Allier et le Val- de-Marne, ses résultats sont à pei- ne supérieurs à sa moyenne natio- nale.

Royalneséduit pasles quartierspopulaires

Pour Ségolène Royal, le résultat

estsévère:en2006,les110000suf-

frages qu’elle avait obtenus auprès

desadhérentsduPSluiavaientper-

mis d’être investie dès le premier

tour avec 60 % des voix. Cette fois, les 160 000 électeurs qui ont voté pour elle représentent moins de

7 % des sympathisants de gauche

ayant participé au premier tour de la primaire. C’est en Poitou-Charentes, dont elle préside le conseil régional depuis 2004, que Ségolène Royal enregistre ses meilleurs résultats. Même là, cependant, l’ex-finaliste de la présidentielle 2007 ne triom- phe pas : avec 15 % des voix, elle est largement devancée par François Hollande, légèrement distancée

par Martine Aubry, et fait presque

jeu égal avec Arnaud Montebourg. Se présentant comme la «porte- parole du peuple qui souffre »,

M me Royal a misé, plus que tous les

autres candidats, sur la mobilisa- tion des quartiers populaires, espé- rant y réaliser d’aussi bons scores qu’en 2007. Le pari est manqué, même là où elle a fait campagne et malgré l’accueil souvent très cha- leureux qui lui a été réservé. Par exemple à Vaulx-en-Velin (Rhône), où elle était arrivée en têtedu premiertour delaprésiden- tielle avec 40 % des voix, et où elle s’est rendue le 13 septembre, seule- ment 9 % des sympathisants de gauche ont souhaité qu’elle les représente de nouveau en 2012. Dans cette municipalité commu-

niste de la banlieue lyonnaise, M.Hollandeet M me Aubry sont arri- vés en tête, avec des scores compa- rables à leur moyenne nationale.

Vallsen pointedans lesquartiersaisés

Sans surprise, Manuel Valls a

fait un très bon score dans son fief.

A Evry, ville dont il est maire

depuis 2001, il arrive ainsi large-

AParis, l’Est voteAubry, l’OuestpréfèreHollande

PARIS n’est pas la France. Diman- che 9octobre, la capitale a voté plus massivement (13,4 % de parti-

cipation, soit 8 points de plus que

la moyenne nationale), mais diffé-

remment du reste du pays. Avec 37,5 % des voix, Martine

Aubry y arrive en tête – six points de plus que sa moyenne nationa- le. Avec 31,7 % des voix, François Hollande est deuxième – 7 points de moins qu’ailleurs. Troisième avec 16,2% des voix, Arnaud Montebourg obtient un résultat très proche de celui qu’il fait dans l’ensemble du pays. En revanche, l’ordre d’arrivée entre Manuel Valls et Ségolène Royal est inversé. A Paris, le député de l’Es- sonne a près de trois points de plus que la présidente du conseil régio-

nal de Poitou-Charentes (8,4% des voix contre 5,7 %): à l’échelle natio- nale, elle le devance d’un point (7% contre 6%). Dans la capitale, Jean- Michel Baylet obtient un score deux fois inférieur à sa moyenne nationale: 0,5% des voix.

Ces chiffres masquent toute- fois de fortes disparités. Diman- che, deux Paris se sont clairement opposés : c’est dans les arrondisse-

ments les plus à gauche que Marti- ne Aubry et Arnaud Montebourg ont réalisé leurs meilleurs scores,

Lesarrondissements lesplus àgauche ontenregistré une forteparticipation àla primaire

du9octobre

et dans les arrondissements les plus à droite que François Hollan- de et Manuel Valls ont obtenu leurs meilleurs résultats. Martine Aubry, ainsi, enregis- tre ses meilleures performances dans les 10 e , 11 e , 18 e , 19 e et 20 e arron- dissements. Dans ces bastions de gauche, la maire de Lille obtient des scores compris entre 39,3%

(dans le 18 e ) et 41,8% des voix (dans le 20 e ). Ces arrondisse- ments, où se mêlent classes moyennes et classes populaires, sont également ceux où Arnaud Montebourg est le mieux placé. Comme Martine Aubry, c’est dans le 20 e arrondissement que le dépu- té de Saône-et-Loire fait son

meilleur résultat (18,7 % des voix). Ces arrondissements de gauche sont aussi ceux où la participation

a été la plus élevée: elle y a dépas-

sé 15 % du corps électoral, le maxi-

mum ayant été atteint dans le 10 e arrondissement, où 18,5% des électeurs ont voté. François Hollande, de son côté, obtient ses meilleurs scores dans les arrondissements huppés de l’ouest parisien. Le député de la Corrèze frôle ainsi les 40% dans le

8 e , dépasse légèrement les 39 %

dans le 16 e et avoisine les 38 % dans les 6 e et 7 e arrondissements. Dans ces mêmes arrondisse- ments, Manuel Valls a d’excel- lents résultats: dans le 16 e , le mai-

re d’Evry totalise 18,2 % des voix,

dans le 7 e et le 8 e , il frôle les 17 %. Si les Parisiens ont voté dans le même sens que leur maire et sa première adjointe, Bertrand Delanoë et Anne Hidalgo, tous deux soutiens de Martine Aubry,

ils n’ont pas, en revanche, voté sys-

tématiquement comme le maire

de leur arrondissement. Dans le

18 e arrondissement, Daniel Vaillant a ainsi appelé à voter pour

François Hollande: le député de la Corrèze y est devancé de 10 points par la maire de Lille. Il devait d’ailleurs s’y rendre, mardi 11octo- bre, pour mobiliser les électeurs en

sa faveur en vue du second tour.

Dans le 4 e arrondissement, la maire, Dominique Bertinotti, était

la directrice de campagne de Ségo-

lène Royal: avec 5,8% des voix, la

présidente du conseil régional de Poitou-Charentes a obtenu dans cet arrondissement, dimanche, un

score exactement identique à sa moyenne parisienne. p

T.W.

ment en tête, avec 39,6 % des voix, devant François Hollande (22,8 %) et Martine Aubry (18,5 %). Dans la première circonscription de l’Es-

sonne, dont il est député depuis 2002, il estégalement en pole posi- tion,même s’ilcreuse moinsnette- ment l’écart avec ses concurrents. Elu dans une banlieue difficile, M.Valls n’apas du tout étéplébisci- té dans les quartiers populaires. Au contraire : c’est dans les quar- tiers huppés des grandes villes, où la gauche est mal implantée, qu’il fait quelques-uns de ses meilleurs scores. A Paris, il dépasse ainsi les 15 % des voix dans les 7 e , 8 e et 16 e arrondissements ; et à Neuilly-sur- Seine (Hauts-de-Seine), ses 23 % le hissent en deuxièmeposition, der- rière François Hollande. S’iltire profit, auprès descatégo- ries socioprofessionnelles supé- rieures, d’un discours « social-libé- ral » valorisant la liberté d’entre- prendre, fustigeant l’assistanat et célébrant un certain pragmatis- me, M. Valls est en revanche, des cinq candidats du PS, celui qui a le moins séduit la France des petites villes et des campagnes. C’est dans

le Cantal, la Corrèze, la Creuse et la Dordogne qu’il est à la peine.

Bayletrencontre unfaible écho

Si la métropole avait voté com-

me Saint-Pierre-et-Miquelon, Jean- Michel Baylet serait qualifié pour le second tour. Le président du Par- ti radical de gauche (PRG) y réalise son meilleur score : 39 % des voix, devant M. Hollande et M me Aubry. Mais cela ne représente que

106voix.

Au total, seuls 15 000 électeurs ont voté, dimanche, pour M. Bay- let. L’honneur est sauf : c’est dans le Tarn-et-Garonne, département dont il est sénateur et président du conseil général, qu’il enregistre son meilleur résultat en métropo- le (15 %). Ailleurs, ses scores sont modestes: à l’exception de la Hau-

te-Corse, où il totalise 14 % des voix, les départements où le PRG est bien implanté ont peu voté

pour lui. Même dans les terres de tradition radicale du sud-ouest, il ne dépasse pas 2 % des voix. p

Thomas Wieder

n Sur Lemonde.fr

Les cartes détaillées des résultats du premier tour de la primaire

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Mercredi 12 octobre 2011

Politique

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La primaire du PS et du PRG

La primaire du PS et du PRG

AubryetHollandecajolent

leséliminésdupremiertour,

maisnesefontplusdecadeaux

Très courtisé,ArnaudMontebourg faitmonterles enchères entre les deux finalistes. Ségolène Royal entend encore peser surla campagne

Ségolène Royal entend encore peser surla campagne Arnaud Montebourg, ici dimanche soir, après le vote,

Arnaud Montebourg, ici dimanche soir, après le vote, travaille à une lettre ouverte aux deux finalistes,

qu’ilavaitchangéd’avissurl’éduca-

tion nationale, il a changé d’avis sur

[l’abrogationdelaloisurletéléchar-

gement illégal] Hadopi, sur la règle d’or(…).Jecontinueraià luiposerces questions », a insisté la maire de Lille sur TF1. « Le problème n’est pas d’être coriace ou pas coriace, a répli-

qué François Hollande. C’est d’être crédible ou pas crédible.»

M.Hollandesemblerésoluàcroi-

ser le fer. « Jusqu’ici, on avait évité de répondre aux attaques, précise Stéphane Le Foll. Maintenant, plus question de laisser les procès conti- nuer à se répandre. » Démonstra-

tion du sénateur de l’Isère André Vallini : « Martine a un vrai défaut de crédibilité pour la présidentielle, et une personnalité agressive qui ne peut pas rassembler. » Le débat entre les deux finalistes, mercredi sur France2, s’annonce cordial. p

David Revault d’Allonnes

R éunions à la chaîne, discus-

sions en série entre finalistes

gepossible»,a-t-ilsoulignésurFran-

ce3.Sonéquipeprésentedéjàl’addi-

tion: « En reportant de façon arith- métique la moitié des voix de Royal et un tiers de celles de Montebourg, on va finir à 53% contre 47 %», veut croire André Vallini, proche de M. Hollande. Calcul contesté par l’équipe de M me Aubry : « La science électorale, ce n’est pas la même cho- se que la science mathématique », dément Christophe Borgel.

M me Royal à « équidistance»

Le suspense demeure.

M me Royal, qui a rencontré M.Mon-

tebourg et M me Aubry, et qui s’est

entretenue avec M. Hollande, se

situe toujours à « équidistance »

entrel’ancienetlanouvellepremiè-

re secrétaire, indique son équipe.

Elledevraitdélivrerdansles48heu-

res « des consignes claires». Avec le souci de ne pas disparaître. Mais c’est surtout M. Montebourg qui semble en mesure de déverrouiller un scrutin serré. Le député de Saô- ne-et-Loire le sait, qui a l’intention de faire fructifier son capital. Le héraut de la démondialisa- tion, pour qui les deux « impé- trants » représentent « les deux faces de la même pièce», travaille à la rédaction d’une lettre ouverte leur demandant de prendre posi- tionsurdespointsde sonprogram- me. «Nous publierons les échanges de correspondance, a-t-il précisé. Je préfère des engagements clairs et écrits.» Le cœur de M.Montebourg, qui pourrait ne pas prendre posi- tion, balance, comme celui de ses équipes. Aquilino Morelle, son directeur de campagne, résume :

« Un tiers des troupes sont pour ne pas prendre position, un autre esti- me qu’il faut voter Aubry car elle est plus proche de nous et un dernier

tiers se prononce pour Hollande car il peut rassembler la gauche.» Ce dernier a multiplié les signes

àl’égarddudéputédeSaône-et-Loi-

re. « Moi, j’entends les préoccupa-

tions des électeurs d’Arnaud Monte-

et éliminés, appels du pied

des premiers aux seconds… Les grandes manœuvres ont pris un tour intense, lundi 10 octobre, au lendemain du premier tour de la primaire.Après Manuel Valls, rallié dès dimanche soir à François Hol- lande avec ses 6 % des voix, Jean- Michel Baylet (moins de 1 %), patron des radicaux de gauche, a

lui aussi pris parti pour le député de Corrèze. Le président du PRG a fait «le choix de la proximité politi- que», indique son équipe. Même si les échanges auraient surtout por-

té sur « des propositions de circons-

criptions pour le PRG » aux législati- ves, souligne Stéphane Le Foll, lieu- tenant de M.Hollande. Maisl’essentiel estailleurs.Dans

lespartsdumarchéélectoraldésor-

mais détenues par Ségolène Royal (7 %) et surtout Arnaud Monte-

bourg(environ 17 %).Fort de sa pôle position, avec 39,2% des suffrages,

contre30,7%àMartineAubry,Fran-

çoisHollandepense êtreenmesure d’aimanter ces électeurs. « Avec

près de 40 %, je suis largement en tête, j’ai neuf points d’écart et la capacité de pouvoir rassembler

pourgagnersurlaplusgrandemar-

bourgsurlamondialisation,lesdéri-

ves de la finance, a dit M. Hollande, qui s’est entretenu lundi avec M.Montebourg. On ne va pas met- tre toutes les banques sous tutelle,

maiscellesquidemandentlapartici- leur demandant de prendre position sur des points de son programme. CHRISTOPHE MORIN/IP3 POUR « LE MONDE »

pation de l’Etat doivent être sous contrôle partiel de l’Etat. » La tension monte entre les deux

finalistes. Martine Aubry, qui effec- tuait, mardi, un raid éclair dans la Creuse, où se rend le chef de l’Etat, Nicolas Sarkozy, continue d’insis- ter sur le flou supposé des posi- tions de son adversaire : « J’ai dit

supposé des posi- tions de son adversaire : « J’ai dit l E fi t e
l E fi t e c s i r v o a t r p
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Débat en direct, mercredi, sur France2 et Lemonde.fr

Les deux candidats finalistes pour la primaire, Martine Aubry et François Hollande, participe- ront, mercredi 12 octobre à 20h 35, à un débat sur France 2, en partenariat avec LeMonde. Ce débat sera diffusé et com- menté en direct sur Lemonde.fr, avec les analyses et commentai- res de la rédaction.

Lesécologistess’invitent dansle secondtour

A L’OCCASION des premières jour-

nées parlementaires d’Europe Eco- logie-LesVerts, qui se déroulaient lundi 10octobre à Rambouillet (Yvelines), les Verts ont montré qu’ils avaient lu Gramsci et en avaient saisi les conclusions. «Nous avons la majorité culturel-

le», a assuré Cécile Duflot, secrétai-

re nationale du parti, avant d’évo-

quer « le chemin de croix» qu’est toujours, pour les écologistes, l’ac- cès à l’Assemblée nationale. Pour passer de la «majorité culturelle» au pouvoir tout court, face à une «social-démocratie qui a trouvé ses limites», il faut frapper fort. Frapper fort : c’est la leçon que l’état-major d’EE-LV a tiré de la pri- maire socialiste. L’écart moins net que prévu entre les deux princi- paux candidats leur permet de fai- re monter les enchères, et ils ne s’en privent pas. Le ton avait été donné un peu plus tôt par Eva Joly, qui avait ironisé sur les « vieilles formations », avant de lancer un très applaudi « le vrai

changement, c’est nous ! ». Avis à la social-démocratie ago- nisante : EE-LV leur prépare une addition salée. Martine Aubry a

eu, si l’on en croit les dirigeants verts, la préférence de leurs mili- tants qui sont allés voter mais, quel que soit le candidat investi, les Verts n’ont pas d’état d’âme. Harlem Désir, premier secrétai- re par intérim du PS, venu assister

à une table ronde sur le rassemble-

ment à gauche pour 2012, n’a pas tardé à s’en apercevoir. La primai- re est certes un succès, mais la per- sonnalisation qu’elle induit n’en- thousiasme pas leurs partenaires

potentiels. Harlem Désir choisit d’éviter ce terrain pour recentrer

le débat : « Quel que soit le résultat

du deuxième tour, a-t-il affirmé, le candidat sera bien au rendez-vous avec les écologistes. » Cécile Duflot, tout sourire, a déroulé les exigences écologistes. En premier lieu, plus de «caporalis-

me» entre partenaires. M.Désir, qui a du métier, a applaudi molle- ment, les yeux dans le vague. «Et

c’est la dernière fois, je dis bien la dernière, que nous demandons un partage des circonscriptions. L’in- troduction de la proportionnelle, c’est la meilleure solution !», a dit

M me Duflot. Harlem Désir, souriant,

a dodeliné de la tête.

Stratégie de l’édredon

« La sortie du nucléaire, ce n’est pas de notre part un caprice ni une posture identitaire, c’est une évi- dence. Si vous ne l’acceptez pas, il n’y aura pas de participation au gouvernement. Ma main droite ne signera pas un accord avec toi

sans un calendrier de sortie», a lan-

cé la secrétaire nationale d’EE-LV,

avant d’ajouter, d’une voix dou- ce: « J’espère vraiment qu’un socia- liste ne prendra pas le risque d’une défaite en 2012…» Harlem Désir, lui, a continué dans sa stratégie de l’édredon :

sourires, regard dans le vide, applaudissements. Il a répondu qu’il n’y avait entre partenaires,

concernant la sortie du nucléaire, que des « différences de rythme », avant d’oser un « ensemble, nous allons faire franchir un pas à la France ». Mollement applaudi. p

Anne-Sophie Mercier

12

Politique

12 Politique Al’Assemblée nationale,unfourre-tout législatifdontles lobbies fontleur miel La proposition deloi dite de

Al’Assemblée nationale,unfourre-tout législatifdontles lobbies fontleur miel

La proposition deloi dite de «simplification»modifiele droit du travail et dela Sécurité sociale

A ttention ! Le texte dont la

discussion commence mar-

di 11 octobre à l’Assemblée

nationale est une sorte d’« objet législatif non identifié ». Sous le doux euphémisme de « proposi- tion de loi relative à la simplifica- tion du droit et à l’allégement des démarches administratives », il comporte en réalité de multiples dispositions qui touchent à la fois au droit du travail, aux codes des collectivités territoriales, de la construction et de l’habitat, aux régimessociaux etfiscaux.Ilmodi- fie les conditions d’exercice dans le secteur agricole, le tourisme, le transport, l’expertise comptable, la presse et les médias… Un véritable fourre-tout, qui compte pas moins de 90 articles au départ, et pourrait, à l’arrivée, en comporter beaucoup plus. Les lobbies de toutes sortes s’activent en coulisses pour profiter de cette « voiture-balai législative », selon l’expression d’Alain Vidalies (PS), pour y glisser, le plus discrète- ment possible, les amendements ou propositions qu’ils n’ont pas réussi à faire passer pendant la législature. A l’origine, un rapport du prési- dent de la commission des lois, Jean-Luc Warsmann (UMP), remis le 6 juillet au président de la Répu- blique. Objectif : « Desserrer les contraintes excessives qui pèsent sur les entreprises, mais aussi sur les artisans, les agriculteurs et les professions libérales. » Le rapport préconisait quelque 280 mesures. Bon nombre d’entre elles ont été transcrites dans cette proposition de loi déposée le 28 juillet et inscri- te par le gouvernement à l’ordre du jour prioritaire dès la reprise des travaux parlementaires. « Desserrer les contraintes » pas- sait donc, dans la proposition de loi de M. Warsmann, par une « har- monisation » des seuils d’effectifs des entreprises pris en compte pour certaines réductions de coti-

pris en compte pour certaines réductions de coti- Jean-Luc Warsmann, président de la commission des lois

Jean-Luc Warsmann, président de la commission des lois de l’Assemblée. CHRISTOPHE MORIN/IP3 PRESS/MAXPPP

sations sociales, en modifiant, ni plus ni moins, le droit de la Sécuri- té sociale. Lacommission des affai- res sociales, saisie pour avis, s’en est alarmée, jugeant un peu déli- cat de toucher ainsi aux règles sociales au détour d’une proposi- tion dite de « simplification ». « Il est incontestable que notre droit appelle une simplification. Cela étant, prenons garde de ne pas verser dans le simplisme », a préve- nu Dominique Dord (UMP), rap- porteur pour avis, relevant que ces dispositions priveraient la Sécuri- té sociale de plusieurs dizaines de millions d’euros de ressources. « La nécessité de protéger les recet- tes de la Sécurité sociale l’emporte à nos yeux sur l’impératif d’harmo- nisation des textes », a insisté M.Dord, plaidant pour la suppres- sion de ces articles. « La commission des affaires

sociales a réglé une partie des diffi- cultés, note M. Vidalies, mais il en reste encore en pagaille et d’autres vont probablement surgir sous for- me d’amendements “venus de nul- le part”. » Il n’en manque pas, en

Beaucouptentent deglisser des amendementsqu’ils n’ontpasréussià faire passerpendant lalégislature

effet. Pioché dans le tas, par exem- ple,autitre des « dispositions diver- ses », le relèvement à 15 000 euros du seuil à compter duquel les mar- chés publics doivent être soumis à appel d’offres et mise en concur- rence. Le texte permet aussi d’aug-

menter le temps de travail sur une période donnée sans modifier le contrat de travail. Certaines propositions de loi recaléesrefontleurapparitionsous forme d’amendement : comme la

propositiondel’ex-députéJean-Fré-

déricPoisson en 2010,alors écartée, visant à augmenter le quota d’heu- res complémentaires non majo- rées dans le cadre du temps partiel, ou celle de Frédéric Lefebvre visant à faciliter le télétravail en cas de maladie ou de grossesse. D’autres amendements, plus inattendus, ont été déposés par des députés de l’UMP soudain ins- pirés par la revente et la récupéra- tion de métaux ferreux et non fer- reux. « Heureusement, cette fois, le Sénat pourra jeter un regard averti sur ce texte et le corriger », se rassu- re M. Vidalies. p

Patrick Roger

En2012,lepatronatdel’industrieveutpesersurl’élection

L’UIMM prépare un arsenal demesures concrètes et tente de rendrele secteur « plus attractif »

L ’Union des industries et

métiers de la métallurgie

(UIMM)veutreprendresapla-

ce sur la scène patronale. Et elle entend participer au débat public de 2012 en présentant, sans doute

février, « des propositions chif-

frées, concrètes et d’application

immédiate»pourrenforcerlacom-

pétitivité sociale des entreprises industrielles. Désireuse de redorer son blason après l’affaire des retraits d’espèces destinés, selon son ancien diri- geant, Denis Gautier-Sauvagnac, «à fluidifier les relations sociales», l’UIMM veut à la fois défendre la place de l’industrie dans l’écono- mie française – « Nous sommes dans une certaine urgence», dit son président, Frédéric Saint-Geours – et ne pas laisser le monopole des propositions au Medef, dont la pré- sidente, Laurence Parisot, a été élue

en

pour la première fois en 2005 avec le soutien des services. Quatre groupes de travail ont

étémisenplacedepuisunan.L’éco-

nomiste Pierre Cahuc anime celui

surlemarchédutravailetlaflexicu-

rité ; Jacques Bichot, professeur à

l’universitéLyon-III,traitedufinan-

cement de la protection sociale ; Philippe Vivien, directeur des res- sources humaines d’Areva, plan- che sur l’enjeu des compétences; le sociologue Jean-François Amadieu réfléchit aux moyens d’améliorer le dialogue social.

Orientation des jeunes

« Nous aurons des choses à dire sur la complexité des organisa- tions patronales et sur les diffé- rents niveaux de la négociation sociale, comme sur la reconstruc- tion d’un paritarisme de gestion », assure M. Saint-Geours.

Des économistes comme Gil- bert Cette ou Stéphane Carcillo, des hauts fonctionnaires comme Jean-Denis Combrexelle, directeur généraldu travail, etBertrand Mar- tinot, délégué général à l’emploi, des consultants comme Pierre Fer- racci, président du groupe Alpha, des responsables d’entreprises et des syndicalistes participent à ces travaux. Après moult auditions, ils doivent déboucher sur un rap- port permettant d’établir un dia- gnostic assez largement partagé. A charge pour les industriels d’y pui- ser les mesures qu’ils souhaite- ront défendre et voir appliquer. « Depuis trente ans, l’ensemble de la société a peu à peu tourné le dos à nos métiers. Le courant à remonter est fort. Nous n’avons pas utilisé tous les canaux d’ac- tion et de conviction », déplore M. Saint-Geours. L’UIMM, qui tra-

vaille depuis plus de dix ans sur l’orientation des jeunes et le déve- loppement de l’alternance, peine toujours à « réenchanter » les métiers industriels. Consciente de ces difficultés récurrentes, elle enverra à la mi-octobre trois auto- bus sillonner les routes de France pour aller, avec le ministère de l’éducation nationale, à la rencon- tre des collégiens, des lycéens et de leurs parents. Des campagnes grand public sont aussi à l’étude pour rendre l’industrie « plus attractive ». Parallèlement, le patronat de la métallurgie est – avec Louis Gal- lois, président exécutif d’EADS, le Cercle de l’industrie et le Groupe des fédérations industrielles –, l’un des fondateurs de La Fabrique de l’industrie, un think tank lancé officiellement lundi 10 octobre. p

Claire Guélaud

0123

Mercredi 12 octobre 2011

10 octobre. p Claire Guélaud 0123 Mercredi 12 octobre 2011 Lajournéed’action dessyndicats s’annonceaminima La CGT

Lajournéed’action

dessyndicats

s’annonceaminima

La CGT souhaitait des appels àla grève mardi 11 octobre,maisla CFDT n’a pas suivi

S i l’on en croit un sondage Louis Harris, réalisé pour la CGT et publié le 5 octobre,

69 % des salariés soutiennent la

journée de mobilisation nationale

décentralisée organisée par cinq syndicats – CGT, CFDT, UNSA, FSU, Solidaires – mardi 11octobre, pour dire «non à l’austérité» et réclamer

« un meilleur partage des riches-

ses». Pourtant, à six mois de l’élec- tion présidentielle, cette journée

nationale d’action, la première depuis novembre 2010, a peu de chances de rester dans les annales.

C’estàl’initiativedeBernardThi-

bault, qui voulait donner des gages aux « durs » de sa centrale après l’échec de la mobilisation contre la réforme des retraites, que cette journée a été organisée, à quelques jours des élections, le 20 octobre, dans la fonction publique d’Etat et dans la fonction publique hospita- lière.Maislesecrétairegénéraldela

CGT, qui voulait des appels à la grè- ve, s’est heurté à un refus catégori- que de son homologue de la CFDT, François Chérèque. Pour M.Chérèque, le méconten- tement et l’inquiétude des salariés sont indéniables, notamment sur le pouvoir d’achat et l’emploi, mais une période préélectorale est rare- ment propice à la mobilisation. Le secrétaire général de la CFDT veut

« être à l’écoute » des salariés et

juge, comme il l’a dit sur Canal+ le

10 octobre, qu’« il est particulière-

ment injuste de faire payer d’abord aux salariés le plan de rigueur ». «L’objectif, a-t-il ajouté, est de sensi- biliser l’opinion au cas où il faudrait aller plus loin.» M. Thibault reconnaissait, dans La Nouvelle Vie ouvrière du 9 sep- tembre, que « la résignation et le sentiment d’impuissance peuvent en effet gagner les esprits ». Mais,

affirmait-il, «si on ne bouge pas, les choses ne s’amélioreront pas, elles s’aggraveront». «Sans nier l’impor- tance des élections, a répété M. Thi- bault dans son tour de France des

régions,laterren’arrêtepasdetour-

ner en attendant. » L’intersyndicale ne se remet pas de son échec sur la réforme des

retraites (même si les syndicats ont amélioré leur image dans l’opi- nion) et ne masque plus ses divi- sions. La CFTC et la CFE-CGC l’ont quittée.FO, qui aorganisé le 20sep- tembre une journée d’information passée inaperçue, joue cavalier seul. « Les salariés sont mécontents, a assuré Jean-Claude Mailly, le secrétaire général de FO, mardi 11octobresuri-Télé, maisils veulent un mouvement avec des chances de gagner quelque chose.»

« Flashmob» côté CFDT

Près de 200 défilés sont organi- sés mardi 11 octobre à travers la

France,dont134unitaires.M.Chérè-

que ne participera pas à la manifes- tation parisienne, mais à une «flas-

hmob » (mobilisation éclair). M.Thibault défilera à Marseille. Les grèves devraient affecter essentiel-

lement, de façon limitée, la SNCF et les transports urbains. Dans l’édu- cationnationale,où une journée de mobilisationadéjàeulieule27 sep-

tembre, le ministère n’attend que 2,45% de grévistes dans le premier

degré. Dans plusieurs secteurs, comme l’énergie, les arrêts de tra- vail lancés par la CGT et Solidaires

ontpourbutdepermettreauxsala-

riés de manifester. En d’autres ter- mes, cette journée de mobilisation, soutenue par le Parti socialiste et le Front de gauche, risque surtout de mettre en lumière l’état de faibles- se des syndicats. p

Michel Noblecourt

Présidentielle

M.FillonrecommandeàM.Morin

de«nepasseprécipiter»

Devant une vingtaine de parlementaires du centre – sur les quelque 55 que celui-ci regroupe en théorie – réunis lundi 10octobre à Issy-les-Mou- lineaux (Hauts-de-Seine), François Fillon a mis en garde ceux qui mili- tent pour une candidature d’Hervé Morin à l’élection présidentielle de 2012. « On ne m’ôtera pas de l’idée que, plus la majorité s’éparpille, plus

l’électorat s’éparpille », a souligné le premier ministre. Tout en estimant

« légitime » qu’une formation souhaite avoir son candidat à l’élection

présidentielle, il a recommandé à ses interlocuteurs de « ne pas se préci- piter». « Les circonstances ne se prêtent pas à des aventures personnelles qui peuvent avoir des conséquences importantes pour la majorité », a conclu M.Fillon. Les parlementaires du Nouveau Centre – qui seront reçus mercredi 19octobre à l’Elysée – ont décidé de repousser à fin jan- vier-début février la tenue d’un congrès qui décidera de soutenir, ou non, la candidature d’Hervé Morin, afin de « lui laisser le temps de convaincre ». Ou de s’effacer. p P. Rr.

Parlement Christian Jacob estime que l’on prête à la Droite populaire «beaucoup plus qu’elle n’en fait»

Dans un chat sur Lemonde.fr, lundi 10octobre, Christian Jacob, président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, a relativisé l’action du collectif Droite populaire au Parlement. «On lui en prête beaucoup plus qu’elle n’en fait en réalité», assure ce proche de Jean-François Copé. Quant au sta- tut des bi-nationaux, thème sur lequel le député Lionnel Luca a obtenu l’organisation d’une convention par l’UMP, Christian Jacob juge le «systè- me équilibré » et «ne voit pas l’intérêt de le remettre en cause».

et «ne voit pas l’intérêt de le remettre en cause» . LE DÉBAT DES PRIMAIRES présenté
LE DÉBAT DES PRIMAIRES présenté par David Pujadas MERCREDI 12 OCTOBRE À 20H35 en partenariat
LE DÉBAT
DES PRIMAIRES
présenté par David Pujadas
MERCREDI 12 OCTOBRE À 20H35
en partenariat avec
france2.fr

0123

Mercredi 12 octobre 2011

Société

13

0123 Mercredi 12 octobre 2011 Société 13 Avecledispositif «Eclair», lescollèges etlycées difficiles

Avecledispositif «Eclair», lescollèges etlycées difficiles testentl’autonomie

Prèsde300établissementsexpérimententledernier avatardel’éducation prioritaire.Nouveauté:lapossibilitédechoisirlesenseignants

prioritaire.Nouveauté:lapossibilitédechoisirlesenseignants Yves Gouyen, proviseur du lycée professionnel de Graulhet

Yves Gouyen, proviseur du lycée professionnel de Graulhet (Tarn), le 7 octobre. P. GROLLIER/TEMPS MACHINE POUR « LE MONDE »

se réjouit d’avoir pu « présenter aux candidats la réalité de l’établis- sement, ses difficultés, sa dynami- que. Quand on arrive dans un lycée comme le mien, mieux vaut être préparé ». Le métier s’en trouve valorisé : « Nos tâches se complexi- fient, nos responsabilités s’accrois- sent. Tout cela est passionnant », renchérit M me Klépal. Reste à convaincre les ensei- gnants, très réfractaires à ces nou- velles règles de ressources humai- nes. Car postuler dans un établisse- ment Eclair, cela signifie « sortir »

du mouvement national d’affecta- tion, fondé sur un barème qui fait

la part belle à l’ancienneté. Une atteinte à leur statut, perçoivent- ils. Les inquiétudes sont aussi poli- tiques : les enseignants craignent

qu’enadhérantàuneexpérimenta-

tion qui ne concerne pour l’instant qu’un établissement sur près de 35, ils mettent le doigt dans un engre- nage qui les conduirait vers une école « libérale », dénuée de tout cadrage national. Résultat: la gestion des ressour- ces humaines s’est vite transfor-

mée en communication de crise… «Partout où Eclair est passé, il y a eu comme un coup de tonnerre! », iro- nise Isabelle Klépal. Yves Gouyen évoque des «mots durs»,des « rela- tions tendues » : « Je me suis senti bienseul…Mais quevoulez-vous, on touche là au fonctionnement d’un établissement tel qu’il existe depuis des décennies ! » Il a donc fallu ras- surer, expliquer, convaincre. M. Gouyen avait, pour cela, un argument de taille : « Eclair nous permet de maintenir nos moyens, qui ont été divisés par deux en cinqans. » Eclair dépassera-t-il un jour les frontières de l’éducation prioritai- re ? L’idée d’une autonomie octroyée aux chefs d’établisse- ment fait son chemin, sur le ter- rain, dans les textes, dans les dis- cours politiques. La droite en a fait l’un des axes de son projet pour l’école en 2012. A gauche, on préfè- re parler d’autonomie « pédagogi- que » accordée aux enseignants afin qu’ils s’adaptent mieux aux élèves. Quelle que soit l’issue du scrutin de la présidentielle, une chose est certaine : l’autonomie des établissements a de beaux jours devant elle. p

Aurélie Collas

C ’est un établissement scolai- re de 340 âmes, dans une vil- le qui en compte 12 000. Un

lycéeprofessionnelréputé«diffici-

le », au cœur d’un territoire indus- triel en crise. A Clément-de- Pémille, à Graulhet dans le Tarn, la moitié des élèves sont issus de milieuxdéfavorisés. « On est classé dernierlycée professionnel de l’aca- démie », rapporte son proviseur, Yves Gouyen. Avec tous les maux que connaît l’éducation prioritai- re : échec scolaire, absentéisme, décrochage… Pas étonnant que le recteur de l’académie de Toulouse l’ait choisi pour expérimenter, à la rentrée, le programme Eclair (Eco- les, collèges et lycées pour l’ambi- tion, l’innovation et la réussite). Eclair, c’est la nouvelle étiquette accolée à l’éducation prioritaire, après «Clair» en 2010-2011 (sans le « e » de « écoles »), après les « réseaux ambition réussite » (RAR), les «réseaux de réussite sco- laire» (RRS), les « réseaux d’éduca- tion prioritaire » (REP)… Les minis- tres de l’éducation nationale aiment à laisser leur marque sur la carte de l’éducation prioritaire. L’acronyme choisi par l’actuel ministre Luc Chatel est sans doute plus accrocheur ; il n’en reste pas moins que les principes sont à peu près les mêmes – innovation péda- gogique, partenariats locaux, réseaux d’écoles primaires et de collèges… Une nouveauté tout de même, et pas des moindres : dans les 297collèges etles28 lycées Eclair,le chef d’établissement choisit tous ses personnels. Il « participe à [leur] affectation » en émettant un « avis » sur les candidatures à l’is- sue d’un « entretien de recrute- ment» etétablit des« lettresdemis- sion » pour trois ans, indique le «Vademecum Eclair » publié par le ministère de l’éducation nationale en juin. En matière de ressources humaines, Eclair est un laboratoire d’expérimentations. Ces nouvelles fonctions, les chefs d’établissement s’en empa- rent, peu à peu. A la rentrée, Yves Gouyen a recruté six personnes. «Les fiches de postes, les entretiens, j’ai découvert ça cette année », raconte cet ancien professeur d’éducation physique et sportive,

parailleurssecrétairedépartemen-

talduSNPDEN-UNSA,premier syn-

dicat des chefs d’établissement. Pour les recrutements, il a établi ses propres critères: « Je suis atten- tif au regard que portent les candi- dats sur les élèves en perdition. Ce que je veux, c’est des personnes qui y croient. »

A Graulhet, tous les postes

vacantsontétépourvus.Maisnom-

brede chefsd’établissement témoi-

gnentd’unvéritablecasse-tête,fau-

te de candidats. Le problème n’est

«Recruterdes volontairespermet d’avoirune équipe soudéeautour d’un projetcommun »

Alain Ouvrard principal du collège Youri-Gagarine, à Trappes

pas nouveau. « En vingt ans de boî-

te, j’ai connu une dizaine d’établis- sements difficiles. Et c’est une constante: les gens sont réticents à venir y travailler », rapporte Lau- rent Sabatier, principal du collège Edmond-Rostand, à Marseille.

Le recrutement par les chefs

d’établissement changera-t-il la donne? Bernard Toulemonde, ins-

pecteurgénéralhonorairedel’édu-

cation nationale, avait tenté de donner l’impulsion en 1992, lors- qu’il était conseiller du ministre Jack Lang, en créant les «établisse- mentssensibles».«Onalaissé tom-

ber deux ans plus tard, pour la sim- pleetbonneraison quepersonnene voulait y aller ! », se souvient-il. Vingt ans après, il déplore toujours que « en gros, la moitié des jeunes enseignants [soient] expédiés dans deux académies – Créteil et Ver- sailles–,surles posteslesplus diffici- les, désertés par les anciens ».

Dans les établissements Eclair, à

la rentrée, 65 % des postes « profi- lés» ont été pourvus par des ensei- gnants titulaires, selon les chiffres officiels. Pour les 35 % restants, il a fallu faire appel à des remplaçants (20 %), voire à des contractuels (10 %). Par ailleurs, les chefs d’éta- blissement sont nombreux à témoigner que les motivations des

candidatssontplusd’ordreperson-

nel (rapprochement de domicile par exemple) que professionnel. Quant à l’incitation financière, elle équivaut à peu près à l’ancienne prime « ZEP », soit 96 euros par mois, à laquelle se rajoute une «part variable » déterminée par le chef d’établissement. « Il faudrait payer beaucoup plus », considère M.Toulemonde. Leproblèmese posemoins pour le recrutement des chefs d’établis- sement. Sans doute parce que la professionest globalementfavora-

ble à son « autonomie ». « Recruter des volontaires permet d’avoir une équipe soudée autour d’un projet commun », soutient Alain Ouvrard, principal du collège You- ri-Gagarine, à Trappes (Yvelines) et membre du SNPDEN. Au lycée André-Malraux de Montataire (Oise), Isabelle Klépal

Unsimplechangementd’étiquette?

OFFICIELLEMENT, depuis la ren- trée, les réseaux ambition réussite (RAR) n’existent plus. Les 250collè- ges et 1 720écoles qui les compo- saient ont été intégrés dans le nou- veau dispositif d’éducation priori- taire baptisé Eclair (Ecoles, collèges et lycées pour l’ambition, l’innova- tion et la réussite). Officiellement seulement. Car selon la première enquête de ter- rain sur Eclair, publiée par l’Obser- vatoire des zones prioritaires (OZP) début octobre, les RAR sont

toujours bien là… sous la nouvelle appellation. Les projets pédagogi- ques et les partenariats locaux, mis en place à partir de 2006, per- durent; les écoles et le collège d’un réseau continuent à travailler de concert. Bien qu’ils ne figurent pas dans le programme Eclair, les per- sonnels spécifiques aux RAR – les «coordonnateurs» d’un réseau et les «professeurs référents », char- gés d’impulser les projets – pour- suivent leurs missions. «Deux nou- veaux contrats ambition réussite

pour la période 2011-2014 ont été signés à la rentrée, ce qui montre que certains recteurs font de la résis- tance», signale Marc Douaire, le président de l’OZP. Mais alors, quel- le est la réalité du dispositif Eclair, né des Etats généraux de la sécuri- té à l’école en avril2010? L’OZP, après avoir récolté les témoigna- ges d’une centaine de coordonna- teurs et d’enseignants référents de RAR dans douze académies, dresse un constat sévère. «Deux strates se superposent: celle de la communi-

cation – on veut montrer, à l’appro- che de l’élection présidentielle, que l’école prend un virage libéral – et celle du terrain, où rien ne change vraiment», observe M.Douaire. Une analyse que partage le syn- dicat majoritaire des chefs d’éta- blissement, le SNPDEN-UNSA, sous la voix de son secrétaire géné- ral, Philippe Tournier: « Une fois de plus, on donne l’illusion du mou- vement en changeant d’étiquette, mais en utilisant l’existant.» p

Au. C.

Santé:l’UMPlancedespistes pour l’après-2012

Le parti présidentiel défendlesmédecins et concentreles efforts surlamaîtrise des dépenses

D éremboursement de médi-

caments, incitation des

médecins à s’installer dans

les déserts médicaux, poursuite de la maîtrise des dépenses. A la veille de la convention santé de l’UMP, qui devait se tenir mardi 11 octobre, son secrétaire général, Jean-Fran- çoisCopé, aprésenté, lundi,lespro- positions du parti en vue d’alimen- ter le programme de son futur can- didat à l’élection présidentielle. Une occasion de tacler le PS, au lendemain du premier tour de sa primaire. « Nous voulons nous ins- crire en fauxcontrelavisionapoca- lyptique du système de santé véhi-

culée par les socialistes », a déclaré

M. Copé.

Depuis 2007, « la qualité

des soins ne s’est pas dégradée, l’hô-

pital n’est absolument pas menacé, le nombre des médecins n’a pas diminué», a-t-il ajouté. Ce que martèle l’UMP, au contraire, c’est que le système de santé français se classe parmi les meilleurs, que la couverture par l’assurance-maladie est parmi les plus élevées, et que du bilan de Nicolas Sarkozy, il faut retenir la réduction des déficits des hôpi-

taux et la maîtrise de l’évolution des dépenses de soins. Insistant sur la volonté du PS de contraindre des médecins à exercer dans les zones où il en manque – sujet qui

divise les socialistes eux-mêmes –, M. Copé n’a pas hésité à forcer le trait : « Non, les médecins ne sont pas des gens cupides, obsédés par les dépassements d’honoraires », qui choisiraient tous « la Côte d’Azur». L’UMP n’a pas l’intention de déplaire aux professionnels.

Ellecontinueradedéfendrelaliber-

té d’installation, et propose de leur redonner du « temps médical » en

les déchargeant de certaines tâches. Pouren finir avec leurmauvaise répartition sur le territoire, elle compteinciter lesmédecinsàs’ins- taller dans les zones sous-dotées, notamment en développant les maisons de santé, qui passeraient de250 en2012 à 1 000 en 2017, et en triplant l’offre de bourses pour les étudiants.Desoutilsqui, pourl’ins- tant, n’ont pas permis d’améliorer la situation. Beaucoup des 45 propositions développées par Philippe Juvin,

députéeuropéenetchefdesurgen-

ces de l’hôpital Beaujon de Clichy (Hauts-de-Seine), sont le prolonge- ment de ce qui a déjà été amorcé. L’UMP veut ainsi poursuivre le développement du dossier médi- cal personnel et régler la question des dépassements d’honoraires, ce que le gouvernement n’a pas réus-

«Les médecinsne sont pascupides, obsédés parles dépassements d’honoraires»

Jean-François Copé secrétaire général de l’UMP

siàfairedepuiscinqans.Ellepropo-

seaussiunerévisiondelaloidesan-

té publique de 2004. Ce qui était

prévu pour 2009.

Surtout,lepartideNicolasSarko-

zy n’appelle pas à une réforme du

systèmedesanté,maisàlapoursui-

te de la maîtrise des dépenses, sans soulever la question des recettes pourfinancerl’assurance-maladie. Il propose notamment de revoir ce qui doit être pris en charge par la

solidarité dans le cadre d’états généraux des dépenses de santé. S’inscrivant dans la réflexion

généralequisuitl’affaireduMedia-

tor, l’UMP insiste sur la nécessité de réduire la consommation de médicaments, et de baisser leurs prix, notamment pour les généri- ques, comme le préconise l’assu- rance-maladie. Elle prône aussi la poursuite du déremboursement des médicaments au service médi- cal rendu insuffisant, déjà bien avancé, mais se montre prête à aller plus loin, estimant qu’il faut concentrer la prise en charge « sur les remboursements vraiment effi- caces » . Soit une remise en cause de la vignette orange. Enfin, l’UMP propose « d’opti- miser » les dépenses d’affections de longue durée, avec des mises à jour annuelles des entrées et sor- ties du dispositif, compte tenu des progrès de la médecine. Cette prise en charge à 100 % coûte de plus en plus cher à la «Sécu» mais concer- ne près de 10 millions de person- nes.Le sujetest doncdélicat,àquel- ques mois de la présidentielle. p

Laetitia Clavreul

Justice

«Fadettes»du «Monde»:lenuméro deuxdu renseignemententendu

Le numéro deux de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), Frédéric Veaux, a été interrogé en qualité de témoin assisté, lundi 10 octobre, par la juge Sylvia Zimmermann dans l’affaire de l’espionnage téléphonique du Monde. Les services du contre-espionnage, sur ordre de l’Elysée, s’étaient, en juillet 2010, procuré les fadettes (facturations télé- phoniques détaillées) de notre collaborateur Gérard Davet, pour décou- vrir ses sources dans l’affaire Woerth-Bettencourt. Le 3 octobre, le com- missaire divisionnaire Stéphane Tijardovic, qui avait adressé au nom de la DCRI la réquisition à Orange, avait été entendu, lui aussi comme témoin assisté, par la juge Zimmermann. M. Tijardovic a expliqué à la magistrate avoir agi sur instruction de M. Veaux. Sont également convo- qués d’ici à la fin octobre Bernard Squarcini, patron de la DCRI, et Frédé- ric Péchenard, directeur général de la police nationale. p

Sondagesdel’Elysée:décision

delacourd’appelle7novembre

La cour d’appel de Paris dira, lundi 7novembre, si un juge d’instruction peut enquêter sur le contrat conclu en 2007, sans mise en concurrence, entre l’Elysée et une société de conseil pour la réalisation de sondages, diri- gé par Patrick Buisson. Le parquet de Paris avait classé sans suite une pre- mière plainte en 2010 au motif que l’immunité dont bénéficie le chef de l’Etat durant son mandat devait « s’étendre aux actes effectués au nom de la présidence de la République par ses collaborateurs». Saisi d’une nouvel- le plainte pour favoritisme déposée par l’association Anticor, le juge Ser- ge Tournaire a estimé, a contrario, que l’immunité présidentielle devait être «interprétée strictement et ne saurait bénéficier de manière automati- que aux tiers, collaborateurs ou non du chef de l’Etat». Dans ses réquisi- tions écrites, le parquet général a soutenu que l’immunité devait «pren- dre en compte l’intervention possible de collaborateurs du cabinet pour l’accomplissement des tâches de la fonction présidentielle ». – (AFP.) p

A GAGNER
A GAGNER
A GAGNER
A GAGNER
A GAGNER

0123

Mercredi 12 octobre 2011

économie

15

0123 Mercredi 12 octobre 2011 économie 15 Enhausse M6 – La chaîne privée a enregistré, en

Enhausse

M6 – La chaîne privée a enregistré, en septembre,

sa meilleure audience de l’année, à 11,3% contre

10,9% un an plus tôt, a indiqué Médiamétrie, lun-

di 10octobre. TF1 a cumulé 24,1% d’audience

(13,5% un an plus tôt), contre 13,5% pour France2 (15,2% il y a un an) et 9,4 % pour France 3 (10,2%).

France2 (15,2% il y a un an) et 9,4 % pour France 3 (10,2%). Enbaisse japon

Enbaisse

japon – L’excédent des comptes courants du Japon a chuté de 64,3 % en août sur un an, à 3,88milliards d’euros, a indiqué le gouverne- ment, mardi 11 octobre. Cette baisse est due à un alourdissement de la facture énergétique, lié à l’arrêt de la plupart des réacteurs nucléaires.

Lescoursdu jour ( 11/10/11 ,09h47 )

Euro

1euro

1,3593 dollar (achat)

Or

Onced’or

1661,00 dollars

Pétrole

Lightsweet crude

85,13 dollars

Tauxd’intérêt

France

2,787 (àdix ans)

Tauxd’intérêt

Etats-Unis

2,085 (àdix ans)

Tauxd’intérêt Etats-Unis 2,085 (àdix ans) Le «tripleA» delaFrance survivra-t-ilà lacrise?

Le «tripleA» delaFrance survivra-t-ilà lacrise?

L’approche del’élection présidentielle constitue, pourles agences de notation, un risque de dérapage

L a solidarité affichée entre le président Nicolas Sarkozy et la chancelière allemande

Angela Merkel pour renflouer les banques mises à mal par la crise des dettes souveraines pourrait- elle coûter à la France son «AAA » ? L’Elysée peut s’en inquiéter : cette note équivalente à un 20/20 accor- dée à un crédit souverain par les agencesde notation Moody’s,Stan- dard & Poor’s (S & P) et Fitch, est le sésame pour qu’un Etat puisse emprunter à bon compte sur les marchés.

Paris estdéjàendetté àhauteurde 86% du PIBen 2011selon FMI. Unratioplus faible quela Grècemais plus élevéque l’Espagne

Une nécessité pour la France qui doit émettre 8,6 milliards d’euros d’obligations d’ici à décembre et

179milliardsen2012pourrenouve-

ler son stock de dette. D’autant que,

à quelques mois de l’élection prési- dentielle, M. Sarkozy ne veut sans doute pas être « le » président qui aura fait perdre à la France son tri- ple A et l’aura installée en position d’infériorité vis-à-vis de l’Allema- gne. Dans l’immédiat, Paris n’a aucu- ne inquiétude à se faire. Lundi 10 octobre, les agences ont toutes confirmé leur notation, assurant que les sommes évoquées pour le sauvetage de Dexia (36,5 % des 90 milliards d’euros de garanties de financement à la banque) ne changeaient pas la donne. Moody’s n’y voit qu’un « impact limité ». Et Fitch rappelle que l’effort reste, au maximum, limité à 1,6 % du pro- duit intérieur brut (PIB) français. Mais qu’en sera-t-il si Paris devait débourser entre 15 et 30mil- liardsd’eurospourrecapitaliserses

Au cœur de la notation d’un pays CRITÈRES D’OBTENTION DE LA NOTE AAA D’UN PAYS
Au cœur de la notation d’un pays
CRITÈRES D’OBTENTION
DE LA NOTE AAA D’UN PAYS
CLASSEMENT AAA DES PAYS SELON L’ORGANISME
Les indicateurs français
Médiane des pays notés AAA
MOODY’S
STANDARD & POOR’S
DÉFICIT
RATIO DETTE/PIB
CROISSANCE DU PIB
en % du PIB
en %
en %
a
Facteur 1
Allemagne
Australie
7,7
2,4
Solidité économique du pays
Autriche
1,7
85,8
1,6
Canada
82,8
a
Facteur 2
Danemark
6,2
Solidité institutionnelle du pays
Etats-Unis
Finlande
a
Facteur1+Facteur 2
France
2010
2011*
Guernesey
Résilience économique
du pays
52,5
Hongkong
Ile de Man
Liechtenstein
a
Facteur 3
Luxembourg
PART DE LA DETTE
FRANÇAISE
DÉTENUE PAR
LES ÉTRANGERS, en %
Solidité financière
2,2
Norvège
du gouvernement
Nouvelle-Zélande
66,2%
Pays-Bas
a
Facteur 4
Royaume-Uni
Vulnérabilité du pays au risque
événementiel et à une crise
brutale du crédit
Singapour
Suède
Suisse
2010
2011*
2010
2011*
SOURCE : MOODY’S
SOURCES : MOODY’S, STANDARD & POOR’S
SOURCE : STANDARD & POOR’S, *FÉVIER 2011
SOURCE : AFP
banques?Auxyeuxdecertainséco- gne, autre
« maillon
faible » de la
recoursauFondseuropéendestabi-
nomistes,la Franceest déjàsur lefil
du rasoir. Depuis cet été, « elle est
zone euro. La France est aussi l’un
lité financière (FESF) pour ren-
Injecter de l’argent représente cer-
tes une dépense exceptionnelle
pour l’Etat, mais, en contrepartie,
celui-ci récupère un nouvel actif
qu’il pourra un jour valoriser.
Et en cas de dérapage des finan-
ces publiques, la France dispose
d’un système politique à même de
pouvoir réagir vite, souligne
M.Moëc, contrairement à l’Italie et
aux Etats-Unis, dont l’action des
gouvernements est paralysée par
l’opposition. Finalement, le AAA
français serait donc davantage
menacé par le laxisme budgétaire
dont pourrait faire preuve l’Etat à
l’approche du scrutin présidentiel.
Dans son dernier rapport, S & P
pointe ce « risque » politique qui
pousserait le gouvernement à
renonceràune rigueuraccruepour
éviter la grogne sociale. p
Le sommet de la zone euro
repoussé de cinq jours
desraresmembresduclubdes«tri- flouer les banques ?
Dotée de
danslaseringue»desagences,assu-
440 milliards d’euros, la force de
Le sommet des chefs d’Etat et de
re même un économiste, visiteur
du soir de l’Elysée.
Depuis la dégradation des Etats-
Unis par S &P en août, la note fran-
çaise semble imméritée : dans son
rapport sur les Etats-Unis, l’agence
soulignait d’ailleurs qu’en 2015 la
France serait plus endettée que la
première économie mondiale avec
une créance publique de 83 % de
son produit intérieur brut (PIB)
contre 79% pour les Etats-Unis.
Paris, qui n’a pas présenté un
ple A » à souffrir d’un déficit de sa
balance commerciale.
Surtout, le déficit public, qui
contribue à faire grossir la dette
année après année, estimé à 5,7 %
du PIB par l’Etat (5,9 % par le FMI)
est parmi les plus élevés de la zone
euro. Et le plan d’économies
(12 milliards de niches fiscales et
sociales supprimées) pour faire
passer ce ratio à 4,5 % en 2012, est
assis sur une perspective de crois-
sance de 1,75 %. A ce jour, aucun
économiste n’est aussi optimiste.
Autrement dit, les recettes de
l’Etat seront certainement moins
importantes que prévu. S’il faut,
en plus, débourser plusieurs dizai-
frappe de ce fonds créé pour venir
au secours des Etats fragiles pour-
rait être démultipliée si les Etats
membres arrivent à se mettre d’ac-
cord. L’effort serait alors partagé.
Mais il n’est pas sûr que tous les
pays de la zone euro, notamment
l’Allemagne, y soient prêts. En
outre, ce serait une « fausse écono-
mie», jugeGilles Moëc,économiste
chez Deutsche Bank. A ses yeux,
détourner un outil qui peine déjà à
atteindre son objectif premier ris-
querait d’entamer la confiance des
marchés.
D’autant que, pour M. Moëc, le
AAA de la France ne serait pas
menacé par une recapitalisation
même importante de ses banques.
gouvernement de la zone euro,
prévu le 18octobre, a été reporté
au 23. La décision a été prise, lun-
di 10octobre, par Herman Van
budget a l’équilibre depuis 1975, est
déjà endetté à hauteur de 86 % du
PIB cette année selon le Fonds
monétaire international (FMI). Un
ratioplusfaiblequelaGrèceenqua- nes de milliards d’euros…
si-faillitemaisplusélevéquel’Espa- La solution serait-elle d’avoir
Claire Gatinois
Rompuy, président du Conseil
européen, au lendemain del’entre-
tieninfructueux entrele prési-
dent Nicolas Sarkozy etla chance-
lière allemande Angela Merkel.
Les avis divergent sur les modali-
tés de recapitalisation des ban-
ques et l’ampleur de la restructu-
ration de la dette grecque. Ber-
lin plaide pour une décote supé-
rieure aux 21% fixés en juillet.
«Nous discutons sur plus» , a
dit, lundi, Jean-Claude Juncker,
président de l’Eurogroupe, évo-
quant 50% à 60%.

EnAllemagne, évoquerlasortie d’Athènes dela zoneeuronefait plusrecette

Les dirigeants du Partilibéral (FDP) et dela CSU, alliés dela CDU d’AngelaMerkel, ont, pourl’heure,misleur euroscepticisme en berne

Berlin

Correspondant

Q uelques heures après avoir reçu Nicolas Sarkozy à Ber- lin, dimanche 9 octobre, Angela Merkel est partie

avec une délégation de patrons allemands renforcer les échanges commerciaux avec le Vietnam et la Mongolie. En ces temps de crise en Europe, la chancelière alleman- de mise plus que jamais sur le savoir-faire de l’industrie alleman- de à l’exportation. Si le sommet avec le président de la République française n’a pas apporté de solution concrète aux problèmesde la zone euro, lachan- celière a eu au moins une satisfac- tion avant son départ : sur le front politique intérieur, les tensions autour du sauvetage de la Grèce ont perdu en intensité. Les dirigeants du Parti libéral (FDP) et de la CSU bavaroise, alliés de la CDU d’Angela Merkel au sein de la coalition, ont renoncé à évo- quer publiquement une faillite de la Grèce et sa sortie de la zone euro. Philipp Rösler, président du Parti

libéral, vice-chancelier et ministre de l’économie, qui avait mis le feu

aux poudres en évoquant mi-sep- tembre une « faillite ordonnée » de la Grèce, s’est même rendu à Athè- nesles6et 7octobrepourvoir com- ment les chefs d’entreprise alle- mands pouvaient participer à la relance de la croissance grecque.

Cinglante défaite

Peu aimé – c’est un euphémis- me – en Grèce,le ministre s’est bien gardé de toute déclaration intem-

pestive.Celan’apasempêchélepré-

sident d’IG Metall, Berthold Huber, de comparer le ministre, lundi 10octobre, à un « homme qui véri- fie avec une allumette s’il y a encore de l’essence dans le réservoir de la voiture». La cinglante défaite de son parti aux élections locales de Berlin le 18septembre a pourtant appris au ministre à ne plus jouer avec le feu. Tenir un discours eurosceptique n’a pas été payant. Pour M me Merkel, un autre feu couvait, au sein de la CSU. Un des principaux opposants allemands à l’euro, Peter Gauweiler, figure his- torique du parti chrétien bavarois, était candidat pour être vice-prési- dent du parti. Réunis en congrès, les membres

de la CSU ne lui ont pas donné cette tribune et ont élu, samedi 8 octo- bre, l’autre candidat, Peter Ram- sauer, ministre des transports de M me Merkel.HorstSeehofer,leprési-

dent de la CSU, a, lui, été réélu avec près de 90% des voix. L’accalmie politique pourrait n’être que de courte durée. Le site internet du Spiegel a révélé diman- che 9 octobre que la direction de la CDU préparait une motion visant à

renforcerlesinstitutionseuropéen-

nes, notamment en créant un «commissaire àl’épargne »,chargé

de vérifier l’orthodoxie des dépen- ses publiques dans la zone euro. La CSU ne l’entend pas de cette oreille. «On a besoin de davantage

destabilitéetdedisciplinebudgétai-

re, pas de nouvelles instances ni de nouveaux commissaires », a rétor- quéAlexander Dobrindt,secrétaire général de la CSU.

Au sein du FDP aussi, les discus-

sions s’annoncent vives. Les euros- ceptiques tentent d’ores et déjà de

s’opposeràl’étapesuivante:lacréa-

tion d’un mécanisme permanent de stabilité (MES) qui doit prendre le relais du Fonds européen de sta- bilité financière. p

Frédéric Lemaître

ErsteBank affectéepar lacrise de ladette etpardesdépréciations d’actifs

La banque autrichienne a prévenu qu’elle sera déficitaire cette année de 700millions à 800millions d’euros

liardd’eurosofferte parl’Etat autri- chien lors de la crise financière de 2008, Erste a dû en différer d’au moins un an le remboursement. Elle va proposer à ses actionnai- res de renoncer à tout dividende en 2011, alors qu’elle avait doublé, en mai, les émoluments versés à son conseil d’administration pour l’année précédente. Son directeur, AndreasTreichl,ajustifié lesmesu- res drastiques décidées au cours du week-end par la nécessité de se préparer à des « temps très durs».

maintenant dans le vif. La plus dynamique des banques autri- chiennes cotées en Bourse, la Erste

– qui est aussi la plus engagée en Europe de l’Est –, a créé un choc en annonçant, lundi 10 octobre, que ses pertes annuelles devraient être de l’ordre de 700 millions à

800 millions d’euros en 2011, en

raison de dépréciations sur son portefeuille d’obligations en pro- venance de pays européens en cri-

Si Erste s’est déjà délestée d’une bonne part de son exposition en Irlande et en Europe du Sud (Grèce,

Italie, Portugal, Espagne), elle doit revoir à la baisse ses avoirs en Rou- manie et, surtout, en Hongrie où

elle déplore « les interventions poli-

850 millions d’euros de bénéfices

netsd’iciàlafindel’année.Sousl’ef- tiques(…)croissantes»dugouverne-

ment de Viktor Orban. Celui-ci avait imposé, en 2010, un impôt exceptionnel aux ban- ques et aux multinationales de l’énergie, des télécommunica- tions et de la grande distribution. Il a ensuite nationalisé les fonds de pension privés (un pactole de 11 milliards d’euros).

entraîné dans sa chute le titre de

fet de la surprise, son action a per- du 17% à la Bourse de Vienne, avant de se stabiliser à – 13,6 %. Elle a

se,surdes filialesen Europede l’Est et sur des garanties sur crédits. Il y a quelques jours, la banque espérait encore engranger près de

Vienne

Correspondante

P our affronter les turbulences

qui menacent la zone euro,

mieux vaut trancher dès

Impôt exceptionnel

l’autre banque autrichienne d’en- vergure internationale, la Raiffei- sen. Premier établissement bancai- re à profiter de l’aide de 1,22 mil-

Fin septembre, dans le souci de protéger les 800 000 ménages hongrois endettés en devises, le Parlement de Budapest a voté une loi qui permet de rembourser ces emprunts àun tauxde changepré- férentiel, les banques épongeant la différence avec le prix du mar- ché (supérieure à 20 % pour le franc suisse). Les pertes du secteur bancaire en Hongrie à la suite de cette conversion de la dette des particu- liers pourraient aller jusqu’à 1 mil- liard d’euros. Ersteaainsi dûdépréciersa filia- le hongroise à hauteur de 312 mil- lions d’euros et inscrire 415 mil- lions de provisions dans ses comp- tes afin de couvrir le « risque politi- que » que représente la Hongrie, soulignait-elle lundi. Signe de la perte de confiance des investisseurs, le forint hon- grois a baissé de 9 % en un mois. Et le secteur de la grande distribution et des services redoute les effets pervers d’une hausse imminente de la TVA (de 25 % à 27 %), qui vise à renflouer les caisses de l’Etat hon- grois, mais risque de décourager les consommateurs. p

Joëlle Stolz

16 0123 décryptages L’ŒIL DU MONDE Mercredi 12 octobre 2011
16
0123
décryptages L’ŒIL DU MONDE
Mercredi 12 octobre 2011

780 Montant du fonds d’aide européen FESF (fonds européen de stabilité financière)

70 FESF d’origine (mai 2010)

158 dont engagement de la France

301 Valeur nette des dix premières fortunes mondia

31 dont Bernard Arnault,

première fortune française

54 dont Bill Gates