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D’abord la poisse

Un bourlingueur chevronné doit invariablement s’éprouver aux


encombres de temps en temps pour glaner assez des expériences
vues et pour raconter quand arrive le moment de prendre
l’inventaire des mémoires, cependant inexactes. L’an dernier je
me suis affolé de me trouver enlisé à Milan lorsque la ligne
aérienne Italia avait résilié un vol, ainsi nous piégeant, ma
femme, ma fille et moi, dans l’aérogare et ainsi me convaincant
comme la caricature de l’incompétence latine qui aurait été
marrante si cela n’était pas si triste. Il faut taxer la crédulité que
d’antan les Romains eurent régentés le monde et légués une
architecture éblouissante et inimitable. Cette fois cependant ce
qui m’affligeait était infiniment plus nuisible et néfaste. Des
cambrioleurs rôdent le paysage pour les victimes plus
vulnérables, c’est-à-dire les touristes asiatiques censément nantis
et niais. Ils ont cassé la serrure de ma voiture et m’ont dévalisé
de, bien, ce bilan of denrées : Une camera vidéo de haute
définition chez Sanyo ; un appareil photographique d’Olympus E-
500, un filtre anti-éclat de Hoya ; quatre cartes flashs ; un cabas
de vêtements branchés (achetés à Seattle) appartenues à ma
gosse ; une musette et deux bouteilles de shampooing. Ce butin
saisi au parking de l’arcade nommée « Seattle’s Premium Outlets »
(les premiers débouchés de Seattle) dans un banlieue d’une
réservation autochtone mitoyenne au casino (sans aucun doute
un vivier de péchés et pécheurs) a bousillé nos vacances en me
démunissant de toutes des photos captées durant l’expédition en
travers des Cascades avec leurs cimes encore profondément
enneigées et voire leurs basins grevés des névés et des embâcles,
de la cocagne des vallées au Washington où l’on apercevait
onduler ces houles de blés à la fin de l’horizon distant verdoyant,
l’état, les montagnes rocheuses de l’Ouest, du couloir dans
l’Idaho aux forets dans le Montana et le Wyoming – une contrée
assez vaste d’inclure la superficie de l’Europe occidentale. Un ami
à Vancouver, dans une façon de consolation, m’a déclaré
comment, malgré ma poisse, j’avais aussi la veine ne pas avoir
achoppé sur les voleurs pendant le délit car cela m’aurait risqué
un coup de flingue dans une société inclinée à la violence d’où
tout le monde est armée aux dents. « Les racines criminelles se
tracent à l’épidémique de narcotique. Les flics ne s’en acquittent
plus avec assez de l’alacrité jusqu’au point de pression publique,
d’un peuple assez outragé d’exiger de remède et l’arrêt d’une
incurie de leur devoir, » constate-t-il. Ce scénario m’a évoqué
d’une scène tournée chez « Godfather » à laquelle Michael Coreone
(Al Pacino) et son comparse esbroufent comme les gardes au guet
afin d’effaroucher un gang d’assassins envoyé de trucider le caïd
Victor Coreone (Marlon Brando). Penaud maintenant en
rétrospection, je pensais qu’il soit sauf de couvrir et donc cacher
mes objets sous un tas de buanderie puisque la chiotte Jeep de
tout terrain manque-elle un vrai coffre. Ce truc flanchait de duper
ceux bénis d’une cervelle criminelle dont l’attention s’était
sûrement tirée au truc qui faisait la pétarade. La perte de la plus
cruelle pour ma gamine choyée et protégée est le sens de la
certitude routière qui lui jetait un ombre, son univers insulaire

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bouleversé. C’est dans un mot l’hécatombe. Apres la récupération
de l’ébranle immédiate, cette fille luronne, pourtant caponne, a
chialé, disant en désespoir et reproche « pourquoi ces vauriens ne
cherchent pas du boulot propre.» Cela des voyous peut-être en
dette aux racketteurs de drogue avec mains sur les ficelles de
crime enfreignent la loi ne constitue aucune nouvelle, pire
vraiment est le sens d’avoir été violé. J’étais résolu ne pas
permettre aux gouapes d’abîmer mes journées passées avec ma
fille dont l’hantise est des atours, en l’emmenant à la nature
sauvage sous un clair ciel d’expansif, et ces moments partagés ne
sont pas bouillés à moins dans ma mémoire de laquelle je vas
puiser pour écrire ce récit. Il vaut de croire qu’en lieu des objectifs
on doit avoir foi dans les yeux qui fut la voie jadis; qu’on ne
passe pas un épisode totalement bredouille et que le recel mental
des expériences perdure s’il y a la volonté ferme, jamais transigée.

Allant au Washington
En jeunesse, après d’avoir obtenu le permis de conduire et
donc de liberté, je me dirigeais en bagnole périodiquement à l’état
avoisiné, le Washington, pour esquiver la pression chez nous, les
harcèlements parentaux et l’ennui, joignant l’exode vers le sud et
la promesse des soldes plus réduites et m’ajoutant au bouchon
affreux frontalier. (Plus ultérieurement sur cet épisode formatif.)
Pire était durant le week-end quand foules des Canadiens
affleuraient, non, envahissaient l’aire de la bourgade de Blaine
dont la seule raison d’être ne semblait que servir ces étrangers
folâtres dans leur quête insatiable pour les aubaines. Dans
l’époque des années 1970 cet endroit tout grouillant avait
développé une industrie de sexe grâce aux cinémas qui arboraient
ces panneaux et enseignes en néon criant pour promouvoir la
salacité au style américain. Rien de ceci n’apparaissait si risqué
lorsqu’au Canada ces plaisirs ludiques et lubriques existaient
déjà. Vancouver s’etait vanté une fois d’être la demeure de la
danse érotique dans laquelle les tentatrices ne cachaient pas
voire leurs toisons pubiennes. Or tout cela disponible localement
aux tavernes d’où les bougres se ressemblaient pour s’acoquiner,
griser et regarder l’émission du hockey dans une façon
canadienne n’empêchait guère ceux dont la luxure et la libido
étaient plus avivées et avides loin de leurs résidences qui
agissaient comme un frein à leur fringale. J’avais déjà l’impulsion
forte de vaguer, m’éprenais de la route et ne prenais pas
contraindre le besoin de frayer ma voie dans le monde. Quoique
parfois dépaysé et égaré, en donc dénichant, j’étais
insatiablement curieux de l’horizon inconnu et pourtant trop
timoré de briser un tel tabou. Errer sans aucune boussole est
toujours une avenue disponible aux âmes rétives sur ce
continent. J’allais d’ici touts azimut, différent du reste avec cartes
d’entre leurs mains, et ironiquement je ne partais jamais des
mœurs conventionnelles qui me domptaient. Quant au shopping,
à la braderie proclamée, cela ne faisait pas du sens puisqu’on
économise et épargne aux magasins sud des bornes ne
compensait jamais les dépens du temps gaspillé et de l’essence

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usée. Pourquoi pas rester et vivoter mais alors n’étions-nous au
cœur gitans, chacun et quiconque ?
Sur ceci samedi matin frais et gris, nous, ma gamine Yo-yo et
moi, nous trouvons dans l’embrouillage et l’embouteillage de la
frontière marquée par un arc de l’amitié avec une attente
anticipée d’une heure. Certains des passagers échappent du piège
d’auto et rôdent au magasin Duty Free pour profiter au manque
de l’impôt douanier. Je joue encore le disque des meilleures
rengaines de Niel Diamond et chantonne à la mélodie
mélancolique de Brooklyn Road qui parle nostalgiquement de son
enfance. Ma gosse a déjà eu son Ipod saisi à Hongkong par sa
mère et ne peut pas ainsi éluder ces vieilles chansons beaucoup
plus évocatrices que le bruit qui passe comme la musique pop
moderne. Nous raillons au penchant américain atavique et
chauvin à dresser ces voyants drapeaux géants sur hauts mâts et
je lui remarque comment nos voisins eurent arrachés un grand
andain du terroir canadien qui maintenant constitue les états du
Washington et de l’Oregon ensemble avec la bande de terre qui
est le sud côtier de l’Alaska. Yo-yo minaude, grimace et proteste à
l’hargne américaine, elle, une patriote dont le grief est bien
justifié, mépris aussi mais n’est-ce pas la nature de la bête
impériale d’exiger et d’avaler ce qui appartient a l’autre seulement
de se déclarer prêt pour la paix quand sa faim est
momentanément étanchée ? C’est une coutume peu ou prou
polie, un comportement assez poli, d’évader un sujet sensible
lorsque l’on est un invité mais alors nous ne souhaitons pas de
nous engager à la dérobade car nous sommes en voiture, voiture
enregistrée en Colombie Britannique et ainsi elle est bénie de la
souveraineté canadienne et nous sommes affranchis du décorum.
Le garde au point de contrôle d’immigration est trapu ,
cheveux bouclés et rude mais il apporte un pistolet à ceinture. Je
me crispe, boudant, atterré à l’attente et froissé par l’attitude
truculente qui fait face à moi. On ne respecte pas l’homme mais
on s’acquiesce à son arme de feu, lui, l’hériter du second
amendement à la Constitution stipulant le droit sacré et insensé
de la « milice » et ceux qui s’aguerrissent dans le nom de
l’autodéfense de posséder et brandir cet instrument de mort.
Nous rigolons quand enfin nous passons le mirador, le greffe et
les drapeaux, animés d’être routiers, moi notant à Yo-yo de
comment Oscar Wilde eut rétorqué à l’agent qu’il n’eut rien de lui
déclarer sauf sa génie, sûrement une litote à laquelle l’autre n’eut
pas de compréhension. Mais je me souviens également d’un avis
qu’à la frontière quiconque fonctionnaire lui fournit le pouvoir
d’un tyran, une sorte étanche à l’humour mais susceptible-lui à
l’orgueil. Le troubadour Neil s’élance aux paroles de « Solitary
Man » dans une vive performance dédiée aux bidasses américains
en garnison « outre-mer et au Canada ». Quel type s’impose sur
sol étranger sans conscience de la dignité d’autres ?
Accepteraient ces Américains la présence en Floride d’une base
militaire de l’autre pays, propose-t-il Président Rafael Corréa
après il a bafoué la demande pour la continuelle usurpation de sa
sainteté territoriale équatorienne. Quel toupet de lui, ce hombre
qui s’appelle Corréa, mais quoi courage d’aborder le cancre et
« leader of the Free World » (meneur et menteur du monde libre)
George W. Bush quand sur son continent des escouades

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meurtrières prennent sinon la commande, puis le pognon, des
Etats-Unis et ses alliés, même régimes clients, enrichissent une
minorité et appauvrir le reste. Je régale ma bambine avec ces
contes et elle se gondole à la vérité qui ne réalise pas l’Américain
moyen voire lorsqu’elle le morde sur sa fesse (even when it bites
him in the ass). C’est anti-Américain à glousser et gloser sur cet
aspect belligérant de l’hôte ? Pardonnez-moi puis de vous
intéresser dans le livre d’un patriote et héros de la seconde
Guerre mondiale Professeur Howard Zinn, «L’histoire populaire
aux Etats-Unis », et également ceux des commentaires du
linguiste, Professeur Noam Chomsky qui, les deux, crèvent sans
ambages le mythe d’une nation paisible, progressive et bénigne,
soit chez elle, soit dehors. On ne voudrait pas mettre au pilori ce
pays sinon pour le cagot d’une population dont la majorité ne
semble pas comprendre la profondeur des contradictions, de
l’écart, entre ce qu’il prêche et ce qu’il pratique, qu’il épouse et
qu’il exerce, une exception étant la lueur de grandeur durant la
reconstruction de l’Europe après la libération de l’emprise
hitlérienne. Autrefois je me dépêtrais des affaires d’autres et or
cette fois je n’hésite pas critiquer le pays auquel je rends
l’hommage puisque son gouvernement n’arrête jamais son
ingérence ici, là et partout.
Les Etats-Unis consistent en un chapelet de villages,
véritables bleds, qui s’enfile sur la longueur des routes
interminables. Nous nous dirigeons envers les alentours du
patelin de Mont Vernon d’où nous devons virer du sud à l’est
pour parvenir celui de Sedro Woolley sur le rivage du fleuve
Skagit. Ma mouflette semble intriguée avec ces Américains si
similaires aux Canadiens, pourtant différents. « Pourquoi sont ces
Américains tels stupides en élisant George W. Bush deux fois
d’être leur président ? Voici sans aucun doute qu’ils sont
stupides, » pipe-t-elle avec la pleine certitude seulement
permissible à quelqu’une mignonne et innocente. « Lui, ou plutôt,
ses laquais aient truqés les scrutins afin d’introniser leur pitre et
pantin et donc tricher les gens et piller les trésors publics. Ceci, le
complot, l’aboutissement au grief global, est achevé avec la
collusion des medias qui abêtissent et effrayent leurs audiences
déjà bien paranoïaques car une population éduquée et informée
fait les vrais citoyens, pas des consommateurs dopes, » explique
son dada auquel elle hoche sa jolie tête, sourcils renfrognés, mais
encore pas totalement convaincue, froissée en ayant eu son Ipod
saisi et eu donc endurer plus de la musique vieillotte sur disque.
La fille bouffe la tablette de miel, pépites au chocolat et flocons
d’avoine lui laissée grâce à la générosité de son tonton, Charlie,
l’économe de Montréal et croit au cœur que l’Amérique est
peuplée des opportunistes, jocrisses et tartarins sauf pour les
villes comme San Francisco, Seattle, Los Angeles et New York,
une conviction ou perception partagée avec sa mère. Les deux ne
cessent pas de s’étonner au degré que la majorité américaine
semble hébétée. Cette caricature des Etats-Unis se grave dans la
conscience d’elle et celle-ci de ses contemporaines sans autant
connaissance de l’histoire complexe d’un pays qui défie la
compréhension à cause du tissage de ses faits et fables ensemble
avec la broderie médiatique, littéraire, propagandiste et
cinématique. Dauber l’Amérique ignorante est devenu

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globalement un sport parmi les intellectuels gauchistes zélés qui
cependant n’apprécient pas assez les attraits de cette plus diverse
et inspiratrice des nations.
Une section de la route ne se pave que de graviers et galets,
donc démentant la revendication comment l’Amérique est
ceinturée d’un système routier sans rival. On peut entendre
bondir et frapper contre le métal de l’essieu et les pneus des
cailloux et aussi les choques des ornières pilonnées avant
soudainement le goudron se reprend. La civilisation fane de la
vue sur ce réseau des voies et venelles qui pénètrent ces aires
boisées. Une friche ici, un champ de mais là, une fruiterie et une
verger aussi, chacun bordé un ruisselet et bientôt voire ces traces
sont gommées car on s’est déjà entré le Parc des Cascades d’où
dominent les forets de sapins et surplombent des crêtes
majestueuses et enneigées, surtout d’ubac. La route devient plus
serpentine, raide, labile ; ses franges sont jonchées des éboulis,
scories, tas de silex et ardoises, gouilles et poches de glace
léguées des congères affreux de l’hiver récent dur après une
décennie de chaleur. Sur piste affouillée de la fonte est un groupe
de randonneurs avec piolets, pioches, cordes et tels attirails prêts
pour leur escalade risquée. Cette zone se ressemble à celle-là au
Sichuan récemment basculée au séisme comme se prouve des
décombres charriés des secousses de terre et avalanches mais n’y
est épargnée d’aucun sinistre dévastant à cause de son
éloignement du centre peuplé. La sensation d’être au merci des
forces géologiques accable des citadins, eux, comme nous, abrités
de l’ire de Dieu, de nature, non, Nature. On flaire dans l’air un
effluve mielleux mélangé des chèvrefeuilles, pâquerettes et lupins
qui fleurent et fleurissent en surabondance sur près et pistes. On
peut facilement se griser du bouquet et de la splendeur
verdoyante sur le côté occidental de ces montagnes dont rigueur
sauvage rate de rival en Europe. D’ici l’empreinte humaine
demeure vague, fugace, oubliable, dehors des voies. Yo-yo hurle
en espérant une biche débouler d’une forêt domaniale, sprinter
en travers la chaussée pour atteindre l’autre et m’astreindre de
virer et dévier abruptement – un mouvement aléatoire en Jeep
dont le centre de gravite est élevé et dont chances d’avarie à la
motrice sont connues. (Le dernier est un majeur souci car je ne
suis pas mécanicien, pas voire bricoleur, sans expérience en ne
changeant aucun pneu, et ne peux pas ravauder chaque chose
plus sophistiquée qu’un vélo.) Le verdict sportif est cela le réflexe
et ne pas la puissance serait le premier de faillir d’un vieux qui
dans cette instance ne semble que faux.
Le linceul de nuées s’épaissit aux versants et puis il se brise;
bientôt vient la bruine, obscurcissant les pics majestueux à
moins comment je m’en souviens d’un voyage dans ces alentours
il y a trois décennies. Nous avons achevés la haute passe des
Cascades, à l’élévation d’autour 2 000 de mètres d’où chaque
crachin peut facilement se tourner de la pluie au grésil, voire à la
neige, la moindre moiteur au givre peu importe quelle saison
actuelle. Ces nuées persistantes ne semblent qu’araser toutes des
crêtes et aplatir l’horizon bien embruiné. Je m’emmitoufle d’un
sweater sous mon blouson qui m’engonce, faisant m’oublier qu’il
est déjà juillet, au comble d’été. Les vitres brument de la vapeur
de nos haleines pour il fait froid et me grelotter. Le climat des

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montagnes à cette latitude de 48 degrés n’est que capricieux car,
juste après la rapide descente, le soleil biaisé éclaire le ciel et
notre humeur et encore le seul disque joue Neil chantant tribut à
« Sweet (douce) Caroline », la fille du président assassiné John F.
Kennedy, un chapitre tragique duquel j’essaie d’expliquer à ma
fille qui bâille puisque « l’antiquité » ne pique guère son intérêt.
C’est décuvant et chiant que beaucoup des jeunots et jeunottes
ratent de curiosité intellectuelle ; et ma plainte se révèle d’être
l’amertume d’un boudeur parent ne pas prêt d’en accepter
comment les priorités mondiales et des générations sont
changeantes, oui, comme la météo montagneuse.
En traversant ces Cascades truffées des glaciers, on
s’engourdit éventuellement à la beauté sauvage d’une contrée
encore dehors le royaume de l’apprivoisement humain.
L’exception est une chaîne des empreintes civilisées, des patelins
arborent tels noms comme Diablo (diable), qui est site des gorges
et barrages, et Newhalem d’où commence « le sentier des cèdres »
idéal pour les randonnées et leurs traqueurs de rigoureux. C’est
un soulagement quand enfin nous y avons parcourus et entamée
la descente sur route 20 aux valons car soudainement le ciel
s’éclaire dans les ombres de pluie et l’air se réchauffe en nous
assurant de l’été actuel. Le paysage glisse des bois et neiges à
celui des arbustes et sauges pour le manque d’eau dans cette
zone soudainement aride abritée par la rangée de Stuart ; à
Mazama et Winthrop le thème du jour est « country et western »
en architecture, aura et aspiration. Yo-yo s’amuse en mirant ces
« saloons », magasins du ravitaillement et épiceries qui ne sont
que répliques de celles vues dans les films de John Wayne, une
idole et symbole de la masculinité fausse américaine. L’ambiance
est campagnarde et cagnarde évidente dans les paroles lentes et
voix traînantes des habitants qui raffolent de leurs bottes et
prisent leur tabac à chiquer. Je pompe du pétrole à la station
dont la tenancière septuagénaire me remercie tout le plus car je
préfère lui donner la vraie monnaie plutôt qu’une carte bancaire.
Rares ces jours sommes-nous qui adorons l’échange en espèces
plutôt qu’en crédit de plastique. Dans cette voie je suis plus
traditionnel que ceux qui prônent sans pratiquer les anciennes
vertus méprisantes de l’emprunt dans quelconque forme. En
route, scandant les signaux radio pour trouver une station d’une
aire écartée, j’espère subitement un cerf de wapiti s’élancer en
travers la chaussée qui je viens d’éviter avec une manœuvre digne
de Michael Schumacher moins à l’esbroufe mais au reflex. Ma
fille rigole, enfin réveillée, l’ennui d’elle escamoté
momentanément.
Enfin ceci la région des Okanagan (qui s’épelle aussi
Okanogan) qui dans le nord s’appartient à la Colombie
Britannique dont les villes de Penticton et Kelowna sont centres
du tourisme et de l’agriculture, surtout des fruits comme
pommes, abricots, poires et brugnons (nectarines), la mention
desquels provoque la salive. De l’eau débordante drainée des
montagnes, ce désert mue aux grands vergers continentaux. La
version américaine chez Washington dans un bassin adossé
contre les montagnes semble moins prospère et ses bourgades ne
comptent que villages qui surgissent de la terre pratiquement
inculte. Quel démon me saisit au moment est une mémoire vague

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jamais fouillée de la profondeur de conscience mais qui
néanmoins se dresse de l’oubli. J’étais ici ou quelque part dans le
voisinage nord de Wenatchee d’où quelqu’une, peut-être une
tante d’une ancienne amie, m’avait trouvé dans la façon d’une
hospitalité rendue circa 1978. Quérir un étranger paumé, sinon
aussi dépaysé et certainement vanné, et le loger, l’alimenter et
l’égayer n’est qu’un devoir duquel ces gens prennent à leurs
cœurs en contraste à la froideur des citadins moyens. Je crois
qu’elle, une veuve quarantenaire désinvolte et prématurément
grise mais qui se targuait de ses lignes roulées bien exposées en
chemise fine étriquée et échancrée, s’appelait Susan, sa peau
fleurait de lavande. Elle n’avait jamais offerte sa main d’amitié à
quelqu’un étrange. Il m’amusait également d’être son invité
exotique lorsque j’avais dégusté ses délectables tartes de pêche
aoûtée assis, moi, dans un fauteuil sur porche en commande
d’un vista à l’étang dans lequel avaient plongés des enfants
essayant d’échapper la chaleur caniculaire intolérable. En
dégainant un sens de l’infériorité subie ces gens ruraux, Susan
m’avait expliqué, avec un ton apologétique, l’ennui de son milieu
et comment tout était bien récompensé par la paix, le respect et le
soin que ses copains et copines avaient en abondance pour les
autres. J’avais hoché la tête en entente avant j’avais dit quoi que
j’avais dit sans bâiller afin d’être poli. Ceci est comment la
dérobade se tourne à l’art social et épargne tout le monde de
l’embarras. On ne pense heurter l’autre mais parfois le vrai
sentiment est difficile de se dissimuler aux moments les plus
détendus, n’est-ce pas? Où vit-elle maintenant et est-elle
vivante ? Ce qui devient de son écurie sur sa propriété flanquée
d’un bocage de saules et de son aubère qui avait brait et s’était
ébrouée a mon approche ? Je ne m’y attarde pour la chercher car
mon but n’est que me ruer à toute allure en travers de l’étendue
qui me sépare de ma cible, ma destination, des Rocheuses
américaines avec peu des escales.
Nous conduisons notre Jeep sur l’endiguement du fleuve qui
nous mène vers Coulée Dam, un énorme barrage d’hydro en
surplomb du paysage. Arrière du dit projet situe le lac Franklin
D. Roosevelt, le président des années 1930 responsable en
endossant une gamme des programmes de l’ingénierie qui visa
d’élever l’esprit du pays dans les affres de la Dépression et les
gens du chômage chronique. C’est vrai que l’idée de tapoter l’eau
du Columbia eut son origine dans la première décade du 20ieme
siècle mais le propos n’acheva rien jusqu’à l’intendance de
Roosevelt dont l’action fut prompte et décisive, quoique la
construction ne soit pas complète jusqu’à la veille de la Seconde
Guerre Mondiale pour les Etats Unis. La mire du dam est
inspiratrice pour voici est une structure rétentrice d’une source
d’eau dans le milieu sec et plat. J’arpente et surveille le
monument de l’Electric City – une bourgade riche avec rues
flanquées des ombres soigneusement effanés, haies élaguées et
pelouses aux maisons tondues à la perfection – moi admirant en
mesure égale l’édifice et l’ambition qui le put. Ma gosse rate
d’intérêt sauf un sac de cerises, bien, griottes dont le jus éteint
ses joues. Le contraste entre cette oasis de prime et le reste dans
une condition sèche et piteuse est informatif dans la
compréhension des Etats-Unis sans assez de l’égalité pour une

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démocratie prétendue. Yo-yo n’est qu’être ennuyée car son forte
est loin de la réflexion et râler au retard puisqu’il était sa cible de
croiser l’entérite de l’état avant le coucher et finir une conduite de
600 de kilomètres dans une pleine journée routière. Ce qui lui
compte n’est pas la qualité de l’expérience mais la distance
enjambée dans cette ruée aux parcs nationaux au Wyoming. Je
regrette qu’elle n’apprécie guère l’histoire parfois sanglante et
toujours dramatique dans l’expansion des Etats et comment il fut
cet énervement constant qui dirigea envers la gloire créative et la
tragédie impériale. Donc à qui peux-je narrer mes pensées d’une
nation qui ne cesse pas m’intriguer quand ma gamine glousse et
se gausse à mes songeries aux lesquelles elle n’a pas d’affinité ?
« Spokane est beaucoup plus imposant que j’y avais imaginé, »
ébruite-t-elle enjouée d’une ville qui semble s’étendre en longueur
des minutes après nous avons passé son centre. Elle s’est déjà
habituée aux hameaux en route puisque notre entrée au
Washington et est ainsi étonnante de voir surgir un lieu de
substance vantant une population de 250 000 et une taille plus
substantielle que toutes des villes sur cette route d’ici jusqu’à
Minneapolis d’autours 3500 de kilomètres à l’est, à la berge des
Grands Lacs. « Il y a voire une équipe du hockey, les Chefs, de la
Ligue occidentale (Western Hockey League pour les juniors), »
exclame-t-elle en sidération considérable. Sans aucun doute que
cet endroit apparaît émettre un air plus raffiné que ses alentours
rustiques. Certes aussi les banlieues presque de la bordure entre
Washington et Idaho auxquelles nous cherchons au logement
pour la nuit sont spacieuses et verdoyantes des haies et ormes.
On ne se ressentit borné ni foulé ni opprimé à Spokane au cœur
de cocagne. La prospérité y allége le sens de machisme
endémique dans une région de rigueur rude d’où fleurit le culte
des fusils, religions protestantes et mœurs conservatrices. En
ayant des théâtres, musées et galeries, Spokane affecte
l’ambiance plutôt mièvre afin de prouver sa confiance de soi et
démontrer comment la fécondité est de l’agriculture et de la
culture. Manifester sa position comme le grenier de l’état
n’assouvit pas cette demande pour le respect. Ceci sens d’avoir
une ortie dans la patte s’averre une force dans la cherche pour
fierté civique. Nous espérons du carrefour l’hôtel Hilton de la
Valée de Spokane qui nous promet une nuit de bon sommeil
digne du haut standard demandée de la fille d’Esther, ma femme
absente, mais alors le palace est comblé. Quel soulagement
qu’enfin nous avons échappés des harcèlements et ressassements
d’une virago qui s’amoche en désespoir avec nous, fille et papa
têtus. Heureusement le concierge en bonté nous instruit à passer
la nuit à l’auberge Pheasant Hill de luxe également cher avec un
vernis génial au western chic, un décor au lambris épais de noix
et tapis brun sombre. Le voyage est sans encombres, frappant le
bois, sauf qu’un gamin vient de vomir le contenu de son dîner
dans la piscine, donc abîmant ou donnant l’excuse à ma
mouflette de ne pas nager. Très gênant, oui, mais pas de surprise
puisque c’est le rôle d’un enfant de salir et celui de ses parents de
l’excuser. Nous avons notre repas dans le Restaurant Applebee,
les deux de nous en ordonnant le même plat, le blanc de poulet
rôti, et salade, en résistant à la tentation de manger de la hampe
de boeuf ou magret d’oie afin de nous maigrir après ces rondes de

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ripaille à Vancouver avec mes proches qui ne ratent pas de
chance à bâfrer. La chaleur intense du jour s’évapore rapidement
au crépuscule à l’intérieur sans l’influence marine qui modère la
température. J’achète à la superette un carton de lait pour ma
fille encore en besoin de cela chaque soir pour compléter son
régime bébête et elle babille sans honte car, avec moi, elle n’a
jamais eu l’intérêt d’agir comme une adolescente.
Laissons abandonner des leurres et ne nous tromper que ces
fermes géantes vues comprennent lopins binés par des familles de
francs tenanciers avec racines plantées profondément dans le sol.
Cette vision romantique de l’Amérique rustique est caduque car
tout qui évoque l’Eden surabondant dépeinte sur nombreuses
couvertures de magazines est un mythe. Les sociétés ont déjà
saisi contrôle de la production des vivres dans la même façon
qu’elles maîtrisent celle des autres denrées. Il y a maintenant un
mouvement irrévocable qui s’appelle la corporisation toujours
foulant et augmentant, une force sans merci et aidée par la
demande publique au standard, à la médiocrité saine et
acceptable. Beaucoup des fermes indépendantes s’étaient closes
durant la crise financière des années 1980, leurs atouts saisis
par les banques qui étaient et sont toujours plus sympathiques
aux grandes entreprises convoiteuses du terrain fertile. Des
semailles aux moissons, de la préparation à l’emballage, la
marche industrielle est irrésistible et parfois voire cruelle dans
son indifférence. Au Montana, ici, les emplois traditionnels axent
sur le dressage du cheptel, le maquignonnage, l’agriculture et
l’exploitation minière. Ce sont en éclipse ou sont accaparés par
les sociétés avec la puissance et le pognon d’acheter et vendre en
vrac, ainsi capables de serrer et usurper les affaires modestes de
ceux issus des fermes privées. Ceux qui rechignent et se rebellent
contre le système financé aux bourses mondiales dans le nom de
l’anti-globalisation sont flétris les luddites modernes d’être broyés
sous les roues de « progrès ». Ces cageots et caisses qui
s’entassent aux quais des supermarchés ne sont que testaments
à la puissance du merchandising et à l’argent parié sur les futurs.
Le procès qui alimente le monde ne signifie rien sauf dans les
profits à ceux qui boursicotent et agiotent d’une longue distance.
Ceci alors est mon sentiment lorsque je lis ces pages de finance
d’un journal gratuit livré au seuil de ma chambre quand le jour
point et mon corps ne parle que de la faim en besoin d’être
étanchée avec les œufs pondus au Texas, les pamplemousses
recueillies en Californie et les jambons fumés peut-être au
Washington, Wisconsin, Illinois, Oklahoma quelque part. C’est
effarant comment une poignée des géants parmi les entreprises
nous a estampillé de ses marques et fait uniforme la mode
moyenne de vie, de goût et de pensée.

Aux Rocheuses
L’Idaho s’adresse l’Etat de fleuron mais son renom est fondé
sur ses pommes de terre et son visage d’unique est sa forme,
celle-ci de la poêle dont le nord se ressemble à l’anse et côtoie la
frontière canadienne. Nous quittons Spokane à 9.00 tapante et
dans 20 minutes nous parvenons les bornes démarcatives et

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nous apprêtons y entrer, à la bouche d’une bourgade dotée d’une
aguichante appellation française, le Cœur d’Alène dont une face
salue la rue et dont l’autre longue un lac. D’ici les contreforts des
montagnes, qui servants les épines du continent, entament leur
ascension. Les places habitées sont peu et ce sont éparpillés
comme émiettes. Les Cascades à l’ouest sont une rangée plus
ancienne avec falaises calcaires et rochers escarpés plus érodés et
arrondis que ceux si dentelés, éraillés, menaçants et féeriques, les
Rocheuses, qui ne faillent pas d’inspirer les peintures et
photographes. On ne souhaite pas attarder au lieu avec peu des
attraits sauf être un couloir au Montana et un havre pour des
groupuscules militaires armées et radicales, lasses de la société
conventionnelle, méprisantes des autorités, cavalières,
apocalyptiques et xénophobes. Ceci est ce qui est écrit de l’endroit
dehors des sites et pamphlets de tourisme. Je rate de motivation
d’en éprouver ni explorer. Yo-yo rigole à l’étroitesse de la queue
d’Idaho qui cale le Washington et le Montana et qui nous croisons
dans 45 minutes et 30 secondes, ne pas comptant l’interlude à la
station de pétrole d’où nous obtenons l’essence et une carte, un
objet de collection pour elle qui aime fouiller des faits insolites
regardants la place : l’hauteur des cimes, la superficie de l’état
(216 362kmcarrés), la population (1.4 million) et la capitale (Boise
au sud). Etant exotiques dans ce milieu, nous acceptons que les
natifs nous toisent moins avec hostilité et plus avec curiosité
puisque peu des asiatiques y arrivent, nous, citadins invétérés en
crainte des aires éloignées et des habitants « barbares » ; pire
cependant est que nous ne parlions pas d’un accent étrange et
ton brusque trahissant une origine lointaine plutôt d’un
remarquablement similaire pourtant pas pareil. L’Idaho n’est
qu’un boutoir et nous sommes soulagés d’y passer.
Le Montana est un état relativement jeune, ayant été accordé
ce statut intégral à l’union en 1889, juste plus que huit décennies
après sa « découverte » grâce à l’expédition menée par Meriwether
Lewis et William Clark qui pénétra le territoire appartenant aux
fauves et aux tribus autochtones Assiniboine, Gros Ventre,
Kootenai, Sioux, Crow, Pied Noir et d’autres, longtemps boutés de
leurs domaines et acculés aux réservations à pourrir et oubliés,
se démenant-elles à survivre, le rêve américain d’autrui étant leur
cauchemar. (Vous avez tort Monsieur Obama en déclarant que le
péché original et la honte éternelle des Etats-Unis est la servitude
des Noirs quand en vérité ce fut la population aborigène qui
souffrit le génocide et la saisie du terrain ancestral et dont le
descendant est démuni, méprisé, vilipendé, assujetti et contraint-
lui à demeurer dans une masure, celle-ci une véritable bauge, sur
un andain désolé avec une espérance d’une tierce moins que la
moyenne, victime de biais, alcool, misère, délinquance et toutefois
une période dans la taule à cause du taux carcéral élevé et
récidivisme.) Malgré son énormité de presque 400 000 de km
carrés, le quatrième plus grand aux Etats-Unis, il est peuplé de
908 000 de habitants éparpillés dans les vallons du réseau
riverain canalisant en méandre la fonte envers les fleuves
Missouri et Flathead (la tête plate) qui coulent à l’est et à l’ouest
en se vidant dans le Mississippi et le Columbia respectivement. Je
n’y ai pas visité malgré ayant frôlé ses frontières au côté d’Alberta
sud de Calgary mais je suis toujours conscient d’une injustice

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rendue à son nom Montana qui en espagnol signifie la montagne,
un mot toujours dans la forme féminine mais est pourtant
adoubé dans celle masculine au décret tout arbitraire des érudits
de l’Académie française. Le Montana se déclare un bastion rural,
conservateur et donc républicain qui me suggère que les hommes
moyens soient benêts, bruts et belligérants, une caricature un
peu percée lorsqu’ils, ceux au sein du Parti démocrate, ont votés
par une majorité accablante pour Barack Obama contre Hillary
Clinton. Ce scrutin ne convainc guère des sceptiques d’autant
inclinés à blaguer comment ces goujats subissent plus de la
misogynie que le racisme et comment leurs vraies couleurs se
manifesteront en novembre quand John McCain raflera ces
ballots des rustres et captera la Maison blanche. On doit
cependant maintenir de foi dans la décence et du bon sens des
électeurs, à moins cela demeure l’espoir d’un politicien dont le
thème se base sur l’espoir pour une population éternellement
optimiste, naïve, niaise, enfantine mais alors pas daltonienne. On
doit aussi se ployer à la volonté quasi-démocratique ou démotique
dans une nation qui ne cache plus sa tendance à la soumission à
la présidence impériale. Karl Rove – le gourou du droit,
magouilleur machiavélien surdoué et conseil à la dynastie Bush –
a avoué dans un moment de candeur comment un électorat
éduqué ne se plie ni servit les buts de son parti Républicain. Le
même peut être dit de l’opposition pour l’intelligence populaire est
redoutée et étouffée, pas encouragée ni cultivée afin d’égarer la
majorité, la persuader à voter contre son insert collectif et
désemparer une curiosité dans la conduite des affaires
gouvernementales enrichissantes les riches et appauvrissantes
les pauvres. Ces buts sont atteints maintenant dans une
démocratie nominale subvertie, soudoyée et corrompue au degré
jamais voire les cyniques n’auraient envisagées. A tout de ceci les
hommes libres du Montana sont censément l’antidote pour leur
l’indépendance mâtinée de l’orgueil régional en cavale des
pressions urbaines, leur individualisme dur, indomptable, jaloux
et leur méfiance de quelconque pouvoir. Le Montana se proclame
« l’Etat du grand ciel » et la référence est les deux, géographique et
mentale, mais est-il vrai ou est-il un mythe dans un pays truffés
de bravade et bobards, un pays incessant dans l’affabulation et la
justification de son être. Vous, les gens du Montana, vous vous
clouez à la croix de vos leurres et n’est-ce pas chaque chose d’un
reflex tel américaine moyen ?
Nous roulons sur route 90 à Missoula, la première escale au
Montana, pour remplir la cuve et demander aux locaux d’une voie
plus vite afin d’achever le Yellowstone, un parc à la bordure du
Wyoming. On voit peu routards dans cette contrée qui adore les
trois modes de transport, le cheval, la moto et la voiture,
spécifiquement le véhicule de tout terrain et le camion connu
comme le « pick-up » qui est un vrai béhémoth. Ceux qui vaguent
partout avec sacs à dos et hirsutes savent que l’accueil ne leur
étend pas et dans chaque cas il y a un manque des auberges
mais il y a un surplus des motels ensemble. Les troquets sont
discrètes même les gargotes d’une sorte présentée dans le film
« l’Arrêt d’autobus » fait fameux par Marilyn Monroe et celui des
« Géants » par James Dean, Elizabeth Taylor et Rock Hudson. Ces
jours, plus que la moitie d’un siècle après ces tournages, ce qui

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domine les chemins est l’Amérique des chaînes tels que
Mcdonald’s, Kentucky Fried Chicken (bons aux doigts léchées),
Wendy et Taco Bell, testament en somme de l’homogénéisation
bien avancée et bien gérée. Les logements sont également les
domaines des grandes entreprises comme Marriott, Holiday Inn,
Best Western et Sheraton. Longs disparus sont les pensions de
famille desquelles on peut se réjouir aux charmes rustiques
d’unique voire quand les lits ne sont que des grabats et les repas
ne sont que des jarrets, tartines de beurre et confiture, légumes
de la parterre et fruits gaulés des pommiers dans l’arrière-cour.
Chaque sens de l’identité régionale est essuyé et enseveli dans
cette ruée à la conformité et la standardisation, sûrement
l’achèvement de couronne des sociétés.
Le chemin est long et semble interminable, horripilant et
parfois poussier. Je pense de la description composée en 1940
par le rebelle troubadour fougueusement socialiste Woody
Guthrie, l’une qui eût dû prise d’être l’anthem plutôt que les
chansons bancales comme la « Banderole pailletées des étoiles »
et Dieu bénissez l’Amérique !», les jingles vides, gênants, anodins
et ringards. Dans « cette Terre est votre terre » Guthrie chante de
comment « lorsque je marchais sur ces rubans de grandes routes,
je me suis vu par-dessus une voie de ciel interminable et je me
suis vu dessous une vallée d’or.» Ceci est exactement ce qui
déferle avant mes yeux, la magnificence d’un paysage en fusante
partout et m’avalante dans sa splendeur et grandeur. Guthrie,
lui, il est mon compère d’âme, lui, qui s’insurgea contre ces
injustices quotidiennes et en fronda ses paroles poignantes,
parfois fâchées et ironiques. Yo-yo arrière de moi roupille ou
rêvasse car ces distances traversées ne signifient qu’une barrière
à la destination d’ultime. Profite-toi, ma gamine, de ton
insouciance et innocence pour sûrement le monde cruel duquel
Guthrie déplora aura la puissance d’envahir ton cocon tissé de la
soie de mon amour parental et déchirer tes illusions, sinon aussi
ton cœur. Important qu’elle émule des fonceuses et se corse avec
un dosage du réalisme, idéalisme et du lyrisme chez Guthrie dont
la musique souligne et fête les efforts des gens communs à rêver,
œuvrer et franchir les entraves jonchées dans leurs pistes. « J’ai
vagué et vadrouillé et j’ai tracé mes pas aux sables de vos déserts
de diamant quand tout m’autour une voix retentit en disant que
cette terre était faite pour toi et moi ! » Mais parfois on ne s’aide
que penser comment cette vision noble des Etats-Unis est
démodée, s’étant périmée après ces décades du cynisme politique
et l’avidité acharnée qui rage avec l’encouragement de ceux
adeptes à la philosophie épousée par Ayn Rand et Milton
Friedman, incarnée par ces sangsues de capital.
Juste le sud du Montana frôle la marge du Yellowstone, la
plupart duquel appartient au Wyoming, mais d’y aller on doit
croiser un vaste territoire. Dans ma jeunesse, je jouissais le
conduit à quelque part, ivre de la liberté de la route à laquelle un
entier genre de littérature et de musique est écrit, une extase
intrinsèque à l’entrain américain et canadien dont les horizons
apparaissent illimités. Il sied encore que l’on rende tribut aux
sources d’inspiration de temps en temps pour renouer la
communion avec le passé qui servit toujours comme le socle, le
point de référence, parfois déférence. Mais le passage des années

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m’a dérobé de l’ardeur routière. Mes jours du vagabondage sont
clairement arrières de moi comme cette vue des épicéas,
bouleaux, autres arbustes, rivières, ruisseaux, montagnes,
collines et champs verdoyants et luisants en reflet du soleil dans
la mire du rétroviseur. Je me souviens encore du périple
américain avec mon petite amie Aurore et comment nos
chamailles constantes, en rétrospection juste des bisbilles
d’amants, ne constituaient qu’une sorte de l’énergie crue
engendrée dans une cherche partagée en 1977 pour une sorte de
nirvana. Nous nous acoquinions malgré nos traits incompatibles
qui n’étaient pas apparents au début. L’affaire avec elle s’était
terminée après ce voyage séminal mais encore je chéris autant les
expériences au volant, écoutant à la musique douce de Neil
Young, les Eagles (Aigles), Fleetwood Mac et celle plus rauque de
Bruce Springsteen et Aretha Franklin qui nous serinaient. La
rengaine qui nous hantait était celle de « l’hôtel California » qui se
répète dans ma tête lorsque la radio joue actuellement des
chansons de country. Quant à l’amour jadis, je ne regrette jamais
ce gadin de la grâce de quelqu’une dont la mère était une
mijaurée et dont le père était un balourd, un comédien manque
féru d’attiger et faire des mauvaises boutades et canulars. On va
sans remords d’une farce et des simagrées, et telles quelles,
content qu’une plaie est meilleure pansée, puis oubliée afin
qu’elle guérisse, laissant donc pas de cicatrice.
A la bourgade assoupie de Bozeman nous virons enfin au
sud de la route 90. La voie se rétrécit et tourne défoncée en
réduisant la vitesse. Voici est le cœur des Rocheuses dont les
diadèmes invisibles, masqués sous les brumes. En surplomb
sombres sont les plus hautes crêtes de l’état qui attrapent les
nuages lourds et menaçants des trombes et foudres, la plus
grande d’elles dans la rangée des Beartooths (les crocs d’ours)
étant le Pic de granit à presque 4 000 de mètres. La vista nous
épate, nous étourdit, nous accable et encore pas de mot peut
exprimer la sensation de quelqu’un rendu nain avant la majesté
de nature. Je dirigeais la Jeep au bord du chemin, dégaine
l’Olympus et m’apprête de claquer farouchement dans mon espoir
vain que d’un tas je peux pourtant trier des images sidérantes et
faites de justice aux dieux des montagnes. Pour la première fois
voire Yo-yo est béante d’émerveillement à la vue des versants
enneigés et arrogants dans la face des orages en train de se
percuter comme deux bisons en rut bientôt de cosser. Ces
escarpes s’élèvent soudainement du plateau et les cumulus
doivent monter en force pour les surmonter et, en défaite,
déclencher la moiteur comme le péage. Voici est la lutte des
titans, la motion contre les objets durs, impitoyables et
immeubles. Réaliser que toutes des images sont perdues, volées,
me peine mais rien ne peut effacer ce qui est retenu dans le
cerveau capable, lui, des trucs attribués au logiciel chez
Photoshop. Le vent souffle à une force formidable dans l’éclaircie
au pré qui secoue la voiture et assourdit les abois des clabauds
relâchés des hardes pour courir à la marge d’une vaste tourbière.
Nous pesons au sud d’une route de 80 de kilomètres dans l’après-
midi, résolus, nous, d’entrer le parc avant le coucher et dresser
notre tente pour commencer le camping duquel je n’avais pas fait
depuis le temps d’Aurore plus qu’il y a trois décades. Yo-yo est

13
déterminée de dormir cette nuit sous les étoiles, mois beaucoup
moins attisé. Ceci pour elle sera l’autre aventure et pour moi un
tantinet de nostalgie, moi qui revois encore les dernières braises
du dernier feu figuratif et littéral au côté d’une amante de mon
séjour universitaire, quelqu’une qui me tançait et qui me
calottait. Marrant maintenant que ces pensées d’elle m’évoquent
ces sensations d’être assené à nouveau et d’écouter encore ses
piaules persistantes et perçantes.
La vertu du trafic loin des centres urbains est l’absence
des bretelles et rocades qui se forment comme bretzels qui
trébuchent voire le système de navigation duquel la Jeep ne
s’équipe et qui effarent et épuisent des chauffeurs chez Californie,
New York et Illinois. Butées sommes-nous après plus que 750 de
kilomètres sur route depuis la partance matinale de Spokane, Yo-
yo et mois fonçons la frontière de Montana, motivées nous par ces
panneaux qui aiguillonnent les gens vannés en avertissant la
proximité du parc, notre cible. A l’orée du Yellowstone, qui est le
joyau des parcs nationaux, je pause encore pour attraper plus
des images qui surgissent dans chaque direction et lis des
plaques qui citent en bref l’histoire de la place. Nous radinons
enfin à l’entrée qui est encore dans une fente frontalière de
Montana qui touche le parc, le premier d’être tel adopté aux
Etats-Unis en 1872 par l’acte du Congrès ahuri par les
photographes et peintures qui réaffirmeraient ces contes
gribouillés des aventuriers et publiés dans les journaux
populaires. Mais encore il y à ce butoir à notre Mecque dans une
forme d’un village dont la seule visée est à nous fournir avec un
choix des restaurants, stations d’essence, un casino, en fait un
tripot, et aussi un supermarché avec jolies midinettes russes de
traits au mélange oriental et occidental comme celui de ma
gamine. Elle, ma gosse parfois étourdie et toujours égoïste,
m’horripile avec ses râles constantes dues à ma propension de
prendre des photos qui nous retarde l’arrivée. Je lui cède la
demande à dîner plutôt que faire flâner du patelin Gardiner dont
le seul endroit d’intérêt pour elle n’est qu’un restaurant chinois
construit des bûches auquel monte une enseigne, le Wok de
panda, l’animal emblématique de l’empire célestiel. Elle s’esclaffe
à l’autre panneau sur l’embrasure à l’entrée qui dépeint cet ours
brandissant une paire de baguettes. Sa sensibilité est orientée à
l’ouest, ma fille fière de sa nationalité canadienne, oublieuse à
celle-là de ses aïeux et pourtant nous ne sommes que des
« métèques » dans les yeux des racistes qui sont censées nous
haïr à cause de nos différences de l’apparence et l’attitude.
J’étends encore les gazouillis des oiseaux dans le feuillage des
trembles frangés la seule rue et également les friselis de ces
arbres qui reflètent les rayons en graduelle diminution. Nous
prenons notre repas à l’autre restaurant–taverne typiquement
américain western (poutres et piliers des lourds bois équarris) en
face du panda, elle optante pour le plat du hamburger à la viande
de buffle (comme bœuf mais plus dure, délicieuse et gibier en
goût) et une salade ; moi celui du saumon, une vraie délicatesse
dans une région si loin de l’océan. La rôtisserie est déjà bondée
des clients qui semblent vouloir manger avant ils commencent à
s’abreuver et les serveurs et serveuses sont des stagiaires et
vétérans. Peu évidence d’une récession qui sévit due bien sûr à la

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flambée du prix d’essence et l’éboulement, sinon effondrement, de
la confiance boursière à cause de la crise en crédit. C’est toujours
ainsi qu’une certaine classe ne prête aucune attention à
l’économie actuelle, abritée-elle des vicissitudes grâce aux
tripotages de finance. On ne flanche jamais quand on comprend
comment voire la faillite d’un peut apporter de profit à l’autre
comme mon beau-frère Franklin se vante en explication du
monde des requins. Ce qui croule est le dos qui s’affale dans un
fauteuil de cuir marron avec accotoirs de noix berçants le corps.
Je suis déjà dans l’humeur à laisser la barmaid encaisser un
grand pourboire car il est le moment de célébrer en extravagance
la fin du trajet de Vancouver à Yellowstone, enfin la destination
aboutie sans encombres et en bonne allure. Assouvis et assoupis,
nous ne marchons que des pas à une épicerie pour nos cônes de
glace. Je notifie que voire dans une zone touristique comment il
n’existe un marché en coulisse, pas de colporteurs, comme en
Europe et en Asie pour la pénurie ou la carence de l’esprit
d’entreprise, peut-être ? Il convient l’image des Etats-Unis
modernes (dehors des grandes villes peuplées des ethniques) que
la débrouillardise est effacée, encore a cause de la
standardisation et l’ubiquité parfois nuisible des chaînes de solde,
mais aux dépens de l’esprit d’entrepreneur. Ce manque signifie
que les foules n’y grouillent pas et les gens, eux, s’égaillent dans
la nuit, sapant l’ambiance festive et éteignant la lumière. Avec
chacune raison de retarder lumière escamotée, nous ne
musardons plus et nous acheminons à nouveau. Ainsi la visite à
Yellowstone advient dans un après-midi au parc qui semble
pourtant familier grâce aux pages y consacrées chez National
Georgraphic et Life sur lesquelles j’avais d’abord exploré ce
monde. Je sirote un peu d’eau ne pas d’étancher la soif mais de
me rafraîchir et éclaircir la tête déglinguée d’un long temps sous
le soleil en voiture.

Nature de Yellowstone
En croisant le seuil à l’entrée septentrionale au parc, on
passe l’arc dédié au Président Théodore Roosevelt qui eut mis la
borne en avril 1903 et lancé un laïus pour la protection de la
nature sauvage. Tel honneur accordé à Teddy est ironique en
rétrospection pour il fut un matamore, bravache, chauvin et
cuistre issu des nababs, lui, en fuite de son état natif de New
York pour guérir l’asthme duquel il souffrit depuis ses jours
potaches, eut séjourné dans l’Ouest et abattu sa faune duquel il
n’eut fait aucune excuse. Nous payons 25$ au garde forestier au
guichet comme guette pour le privilège de voir avec mes yeux nus
de ce qui m’intrigua des magazines exubérants en éloges de ces
émerveillements. Ce Yellowstone est vaste, se vantant d’une
superficie de 8983 kilomètres carrés – la taille de Hongkong au
décuple et plus grand que la Corse. Les arbres, principalement et
épicéas d’assorti, sont nains qui démentent l’antiquité des forêts
domaniales et les troncs des vieux sont écorcés et écuissés,
évidences des feus en 1988 qui avaient rasé 80 pourcent du parc
et incendié presque tout, un sinistre facilement vu de l’espace
avec ses fumées occultantes les littoraux californien. Encore avec

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l’environnement en récupération, le milieu est sylvestre et serein.
Nous nous dirigeons au premier site de camping, le Mammoth
(mammouth), qui se situe à huit kilomètres de l’entrée, face-à-
face au massif de la teinte jaune au campêche dans la faible
lumière des vêpres. A l’élévation de 2 500 mètres, avec le
crépuscule imminent, l’air tourne frisquet rapidement et une
brise fait bruire les rameaux, brisante le silence. Nous dressons,
bien, non, une marmaille de jeunes campeurs hispaniques
voisins dresse notre petite tente, eux heureux, criants,
chahuteurs aux pulsations de hip hop et salsa qui trompettent de
leurs boites de vacarme chez camions à quatre roues motrices.
Moi, bien, je nous remercie en mon espagnol cru auquel ils
gloussent et gesticulent de plaisir. Yo-yo est amusée, aimante
leur niveau d’énergie et d’enthousiasme. Moi, bien, je nous
remercie en mon espagnol cru auquel ils gloussent et gesticulent
de plaisir. J’ai toujours eu cette affinité envers les Mexicains et
me suis souvenu des semaines en séjour à Los Angeles en 1977
lorsqu’une cousine d’Aurore m’avait introduit à ses copines
hispaniques et m’avait initié à la cuisine mexicaine, tamale, taco,
burrito, fèves bourrées et fayots sur riz, savourant la nourriture
délectable et la bonté des gens en train sensiblement de repeupler
la Californie et d’autres états saisis de leurs ancêtres bafoués et
foutre les boulots essentiels à l’économie nationale pour lequel ils
n’ont pas obtenu la gratitude.
Ma gosse parfois culottée se plainte à la tente étant trop aigue
et au plancher étant trop dur, me demandant aussi de calfeutrer
l’entrée contre le vent. Ceci m’astreint de lui céder mon sac de
couchage comme le bas de sa literie et m’accule à passer la nuit
en me grelottant dans la froideur en voiture et m’emballant de
deux paires de pantelons, un blouson et une serviette dans la
place d’une écharpe. Mais avant je me couche cependant et
laissant seule ma gamine d’écouter les sons feutrés de nature, je
me rejoins au groupe convoqué d’assister dans l’amphithéâtre
sous les étoiles, réchauffé devant un tas de bûches brûlantes,
d’où la biologiste et gardienne du camp Nancy, une jeune
rouquine apportant un sens d’autorité et un chapeau mou gris
comme cela qui couronne Smokey the Bear (l’ours), mascotte des
parcs, nous narre avec l’aide audio-visuelle des traits et histoire
de Yellowstone. L’audience applaudit et apprécie la performance
bravo de Nancy, notre vedette, à qui l’on doit exprimer
l’encouragement car elle nous enfonce le message de conservation
et de conscience écologique. Tant pis que ma Yo-yo s’opte à
choisir un jouet de torche et ombres dans la tente qu’une lecture
stimulante et émouvante. Je me lui engoue, cette Nancy trapue
qui enseigne sans chapitrer, c’est vrai car je suis toujours fou
pour personne de conviction et d’intelligence dans un monde
souvent ratant de ces qualités. Nous tâtonnons en retour à nos
sites en partage d’une croyance à la puissance et le devoir de
chacun de soigner la planète puisque ne sommes-nous pas ses
enfants, parfois gâtés et toujours pétulants ? Pour moi, Nancy
incarne-elle doucement l’esprit des magazines de ma jeunesse qui
m’invitaient d’immerger les émerveilles mondiales et de conduire
ces quêtes de fouille infatigable.
Les astres qui m’accompagnent ne semblent guère
chatoyer car ils brillent avec une intensité constante dans un air

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si limpide. Ce qui étincelle est un feu de camp bientôt d’être fait
éteint à 22 00 comme requis par l’injonction du parc. Je n’en ai
jamais vu tels radiants, oui, ces diamants du ciel depuis une nuit
sur les écueils d’or dehors Johannesburg en 1991. On ne peut
pas s’arrêter le regard car il est l’instinct primitif d’en réfléchir.
Un zoologiste a observé comment un chimpanzé alpha mâle filer
de sa troupe pour parvenir la falaise afin de contempler la chute
Victoria baignée dans les lumières des étoiles et de la lune. Je
m’en suis hypnotisé jusqu’à l’arrivée d’un banc de nuées qui tout
obscurcit et y serre une giboulée. Nancy nous a dite de
l’instabilité de la météo montagneuse et de la neige voire dans le
comble d’été, la plus récente étant rapportée en juin. Si la
dégringolade du soleil était soudaine, la montée serait lente. Je ne
roupille qu’un coup d’œil en attente de l’aube qui se point un peu
après 5 00 et qui enfin déferle sa pleine gloire après une heure en
illuminant la visage de l’escarpe dans son rôle de sentinelle pour
notre camp. Les corneilles sont les premières de nous saluer et
ces oiseaux sont à l’ubiquité. J’essaie de réveiller ma gamine
après 6.30 seulement d’avoir étendre ses grognes et
gémissements pour son sommeil était doux dans la niche
douillette sous la housse de plastique. Elle crawle de sa couette et
louche, étonnée, au matin quand déjà les autres sont en train de
s’apprêter pour la partance, ployer leurs tentes et se dégourdir. Je
l’implore de s’empresser et de se laver la frimousse pour accueillir
pourtant plus des aventures aussitôt de s’entamer. Elle va se
démener mais avec une réticence profonde. On a besoin d’hâter
pour éviter une queue qui se forme aux latrines. J’ai souhaité
revoir Nancy mais elle apparaît d’avoir évaporée comme la rosée
sous le soleil. L’arome de café étant percolé infiltre le site et celui-
ci même du jambon étant frit qui n’atténue la faim. Je n’en ai
acheté rien, ayant seulement une barre de la nourriture
énergisante comprennent de miel, des flocons d’avoine et du
chocolat qui je grignote. Saluant le matin en poindrant est la face
de la falaise ocrée empreinte des stries, un pattern de l’hachure.
Nous allons sur une route étroite et serpentine en arrière
d une ligne de véhicules dans la direction du centre d’intendance
du parc où là demeure un pâté de bâtiments en briques, granits
et moellons, parmi ceux, un large restaurant, un hôtel, un
bureau de poste et centre de tourisme et des gazons en train
d’être tondus par plusieurs paires de biches. On doit lui résister
la tentation de les approcher pour peur de les apprivoiser et de
les effaroucher puisque cette aversion au contact humain trop
direct est critique à leur survie. La distance sauve de maintenir
est de 40 mètres mais les photographes rampent plus proches
pour happer des images plus vivides et Yo-yo veut les peloter car
ce ne sont que de « Bambi », protagoniste de dessin animé chez
Disney. Un garde forestier nous signale de rétrécir pour ces
animaux sauvages ont le droit de voie et nous ne sommes pas des
invités dans leur domaine. Une vieille rechigne à la requête parce
qu’elle est habituée aux animaux dans son jardin chez elle
seulement d’être avertie de la loi actuelle au Yellowstone. Mais
quant aux écureuils qui y pullulent, l’en approche ne provoque
pas de châtiment. C’est cependant le restaurant qui nous tire qui
est vraiment un grand réfectoire dont le petit déjeuner est basique
mais néanmoins assez assouvirant. Les serveurs et serveuses

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sont un mélange des étudiants américains et étrangers. Je
m’exprime à Cindy, jeunotte de Nebraska, de mon envie, non pas
d’elle, de sa veine de travailler dans un milieu si magnifique. Elle
rétorque, en nous apportant du jus d’orange, que chacun puisse
appliquer pour obtenir d’emploi et que j’aie d’avantage, non pas
pour mon âge, mais pour étant polyglotte. Cocasse la situation et
drôle elle de suggérer qu’une chance soit disponible pour moi à
cette étape de ma vie lorsque je ne pense que d’une retraite
tranquille.
Dirigeants nous envers la première serie des geysers juste
au sud du bourg, l’odeur âcre de sulfure déjà chatouillante nos
narines, bientôt de parquer la Jeep et grimper les pas envers ces
trous entartrés de résidus cristallins irisés crissant aux pieds
comme une croûte de vieille neige, Yo-yo s’exclame à la réalisation
qu’elle a perdu ses lunettes de soleil, panique, crise, mais rien de
nouveau, elle est abrutie dans son incurie des objets. Je me
réconcilie à la disparition de ceci et de cela, quelconque, et ainsi
durant la cherche futile je contemple ces fentes de vapeur qui
ressemblent au brie, lait caillé ou badigeon fané, sachant
comment ce sont des eaux souterraines de la nappe phréatique
qui coulent à la profondeur au bas et faites bouillir par ces veines
de lave. Dans la sortie en jaillissement, elles se transforment aux
geysers, simplement les rots de la terre. La compréhension
géologique de ce paysage infernal ne réduit guerre l’émerveille que
ce phénomène évoque ni mitige la force brute harnachée et
déclenchée aux intervalles régulières. Il n’y a cependant aucune
fixité aux geysers qui peuvent se trouver bloqués et ses sources
canalisées à l’autre bouche. On s’autour voit des trous éteints et
des creux neufs au champ de vapeur ; également on s’autour sent
vibrer le terrain. Nancy m’a dit que presque deux des trois fentes
thermales dans le monde sont concentrées au parc,
géologiquement une zone la plus volatile de cette instable planète.
Grâce aux exutoires qui y abondent pour relâcher la pressure de
croûte que le Yellowstone n’a pas eue une éruption volcanique de
taille depuis l’antiquité, il y a 640 000 ans d’être précis. Les
cicatrices de la rhyolite qui vitra le sol féconda le terre demeurent,
un cadeau d’enfer. Voire plus étonnant sont le tapis d’algue et la
grappe de bactérie à la frange des fentes censément trop chaudes
et alcalines, une boue de cendre et poison, pour soutenir
l’organisme. Ceci donne aux biologistes et astrophysiciens l’espoir
que le miracle de la vie puisse défier les conditions plus sévères et
exister à l’extraterrestre. Ceci est leur poursuite depuis un
conclave en 1961 quand ils eurent crée l’Ordre des dauphins,
donc adoubé en honneur des delphinidés, une espèce très futée.
On étend remarquer un savant qu’il y ait une bonne chance de
faire contacter avec des formes de l’intelligence dans l’autre
système solaire auquel l’autre sage badine comment, monsieur, il
n’est pourtant pas certain qu’elles habitent ici. La vie s’éprouve
robuste et résiliente mais d’aboutir à la mesure cérébrale est
vraiment à l’autre niveau de magnitude.
Apres ce bref interlude en vaine à la cherche, nous nous
reprenons le trimard mais à une vitesse réduite, grimpants à
l’hauteur de presque 2 500 de mètres d’où nous voyons les sapins
rapetisser et le vallon au bassin. Notre destination prochaine est
le village de Norris 21 kilomètres exacts sud du camp

18
Mammouth. En ébullition sont ces chaudrons thermaux, chacun
de taille nous annonce sa présence à une bonne distance
visuellement avec jets de vapeur et olfactivement avec le relent
des œufs pourris. Ce qui nous intéresse est la grande faune du
parc tels les wapitis, élans, castors, ours, noirs et grizzlis, pumas
et loups, les derniers étaient chassés à l’extinction mais sont y
restaurés dans un programme de conservation avec une bande
canadienne. Espérer ces animaux sauvages et libres est sans
aucun doute le plaisir absolu dans ce voyage de fouille pour l’âme
de l’Ouest, l’une cassée durant la conquête des frontières. Je ne
peux pas secouer de mon imagination aiguisée de la lecture des
magazines d’antan qui exultaient et exaltaient la magnificence
des bois et des montagnes. Il brise le cœur de reconnaître
comment le mythe n’imbrique pas de la réalité de comment et
combien les empreintes humaines ont spoliées, tachées,
corrompues ces dernières poches d’Eden. Dans ma lamentation
silencieuse, je réalise que Nancy avait droit à décrire cette fuite à
la nature est une voie pour nous de regagner une paix de
cerveau, d’esprit ; or je ne sens pas de vraie paix mais de honte et
d’inquiétude voire dans le Yellowstone qui émet l’air d’un parc
d’amusement dont le thème central. Yo-yo m’exclame qu’à l’orée
des arbustes émerge un buffle d’une crinière bouclée et
broussailleuse apparaissant insouciant aux touristes
s’agglutinants et brandissant leurs caméras et appareils
photographiques, une bête évidemment apprivoisée sinon presque
domestiquée, un herbivore dont l’exhale du remugle pestilentiel
avertit sa présence. C’est dit que personne ne doive pas
approcher ni alimenter ce géant d’un tempérament farouche qui
en colère avertit en renâclant, piaffant et ébranlant sa tête en
avance d’une charge à l’allure d’un étalon et la force d’un train.
On ne doit pas disturber le roi des herbivores américains quand il
broute et ainsi nous n’arrêtons pas comme cette cohue en étalant
notre respect au symbole du parc. C’est difficile de concevoir
qu’une fois le grand troupeau nombra de dizaines de millions
dont les corps tapissaient les prairies seulement d’avoir été
décimé, laissant juste dizaines, un massacre commis pour
exterminer ou assujettir les aborigènes afin de confisquer leur
terrain dans le nom des Etats-Unis, simplement une méthode
innovatrice de génocide.
Nous voyons d’une distance effleurir et se vaporiser un
andain sur lequel une pente de planches s’étend qui nous donne
l’impression fausse que l’endroit est le légendaire Old Faithful
(vieux fidele) qui censément rôtit une fois sur l’heure, chaque
heure. Ceci, l’effet, me rappelle des temps quand j’avais
submergée un tube de pneu du vélo pour découvrir la fuite et le
rapetasser avec une rustine et colle dans les jours de
conservation et rafistolage. Mais nous nous trompons car l’objet
de renom reste d’autours 20 de kilomètres au sud. En route dès
Norris néanmoins nous avons déjà parcouru un vaste pré, une
portion duquel se constitue de marais, pratiquement dénué des
arbres, donc faisant exposée une plus claire perspective sous un
ciel d’azur et plusieurs des crêtes enneigées qui se montent à plus
que 3 000 de mètres dans la forme d’un entonnoir d’inverse
suggérant leur héritage volcanique. Les intestines de ces
montagnes sont, je crois, les sources de l’énergie qui font bouillir

19
l’eau et font ébranler la terre sous nos pieds. Je refuse de nous
arrêter jusqu’au Vieux fidele, ignorant le plaidoyer de ma gosse
qui veut rejoindre la foule, et d’autours 15 minutes après, eurêka,
notre primaire raison pour l’hommage, suivant-nous les
panneaux et flèches – et le cours du trafic. Voici est la Mecque
pour cette ouaille de pèlerins y affleurant et y attirante par ces
contes et images d’un geyser qui maintient le temps. La cohue est
effarante et effrayante, ses chiottes et camions remplirent la
moitie du parking plutôt énorme à 11.30, une heure avant la
vraie ruée. Pour accéder à l’attraction, on doit se frayer un
passage en travers ces boutiques, un restaurant et le foyer d’un
grand hôtel sombre en décor western contre dont larges vitres les
gens louchent aux gradins face-à-face au Vieux, maintenant
dormant sauf pour l’arrosage et le brouillard. Adjacent est
pourtant l’autre hôtel aussi grand. Là-bas visible et odorant est
un champ blanchâtre, jaunâtre, grisonnant, suppurant, la
couleur et la texture de choux de plus que 1 500 d’acres. On
comprend dès de la vue et l’odeur pourquoi les exploreurs y
conférèrent cet adjectif de vieux car la place ressemble-elle au
birbe rotant avec toute l’indifférence aux bonnes manières. Nous
étanchons notre soif avec lampées d’eau à la fontaine, cela étant
la seule chose gratuite dans l’arnaque du tourisme estival. Les
deux hôtels sont réservés totalement mais le concierge du second
est agréable assez de nous arranger un logement dans une
auberge dans un hameau à la berge du lac Yellowstone pour une
rançon de 180$ qui nous n’offrit aucun service ni aménité – pas
de phone, pas d’Internet, pas de frigo, pas de blanchissage, rien –
hormis deux restaurants couteux.
La performance se déroule dix minutes exactes après midi.
Ces amateurs de vidéo et photo ont déjà gagnées leurs positions
avantageuses. Nous n’avons pas d’option que braquer nos
appareils d’un angle sans occulter nos prises. On entend parler
l’anglais avec un mélange d’accents, l’allemand, l’espagnol,
l’italien, le français, le mandarin, le japonais et le cantonais. Ces
envoyés de l’entérite du monde semblent s’y réunir captivés par la
baderne quoiqu’elle ne soit qu’une à la multitude et elle soit loin
d’être la plus extrême de taille, de puissance ou de forme, ni
déformée, ni gnomique, ni gargouille, ni belle, ni
géométriquement exacte. Sans aucun doute, ce geyser est adoré
dans les yeux publics – et il nous éclabousse, son eau
étrangement douce et fraiche, pas échaudant ni âcre. Le
jaillissement ne dure que dix minutes et demie et alors le Vieux
crachote et tousse, se retournant au sommeil pour le reste de
l’heure. Les fans se dispersent aux boutiques et restaurants. Yo-
yo et moi, nous nous dirigeons au marché et au café ; elle
s’attable et je me faufile à une longue queue pour lui ordonner un
sandwiche de côtelette et moi une boule de ragoût au flageolet et
bœuf légèrement pimenté mais trop salé pour mon palais. Enfin
repus, nous discutons et exprimons notre déception avec le
Vieux ; nous ricanons en voyant un bougre chauve qui tente de
tacher sa calvitie avec une postiche mauvaisement fabriquée. Elle
lèche contentement sa glace sur cône de gaufre et je me dégourdir
les jambes pour notre promenade du milieu des geysers, de la
tellure et de la boue sous un soleil sans merci et une température
qui risque de faire fonte nos corps depuis ces cristaux et écumes

20
reflètent et estompent les rayons comme un miroir déformé et
intensifient la chaleur. Nous nous enduirons de lotion à bloquer
l’ultra-violet et de baume aux lèvres déjà gercées de la sécheresse
terrible à l’intérieur du continent avant notre trek sur ces
planches qui planent la surface infernale ressemblante aux
tableaux sombres du Flamand Hieronymus Bosch. Souligner
comment ceci est une zone de mort durant ce trek débilitant est
notre rencontre d’une carcasse de buffle telle écorchée que le
reste ne se constitue mais un peu de pelage et une paire de
cornes, le détritus d’un repas pour les coyotes, corbeaux et
corneilles. Yo-yo recule en frayeur et dégoût; pourtant elle ne peut
pas l’avertir son regard. Une heure et demie est la durée de la
promenade. Nous sommes bronzés et épuisés, également sont nos
bouteilles d’eau. Yo-yo se patiente dans une queue à la crémerie
pour son second cône de glace molle qui bien sûr adoucit ses
babines et tout rafraîchit.
Déçu suis-je d’avoir échoué en aboutissant à une
réservation à l’hôtel pour observer ces geysers dans la nuit dont
reflets illuminés par la lune et les projecteurs seraient comme
ceux-là des chalumeaux en pleine flamme. Notre destination
prochaine est le Village grand bien caché dans les forets qui
côtoient le lac Yellowstone est facilement manqué sinon pour une
soigneuse lecture des panneaux ; et voire puis on se paume en
méandre des ruelles étroites et occultées qui constituent un
dédale. A l’orée des bois dans une éclaircie trépigne un élan en
effanant des arbustes et broutant des herbes. Je ne pause pas de
l’énerver avec mon appareil photographique et caméra vidéo pour
je suis vanné, sapé, et désorienté des heures sous le soleil à la
haute altitude d’où ses rayons sont plus intenses et nuisibles.
L’air raréfié, l’ultraviolet fort et la sécheresse peuvent esquinter
quiconque pas habitué à la zone montagneuse. Pire encore est
moi qui subis d’une pression de sang montante ensemble avec
l’élévation et la température touchante de 28 degré Celsius,
d’autours 20 de plus de l’aube. Je me suis leurré que tôt je sois
prêt d’escalader les plateaux tibétains et m’éprouve de la
prouesse à l’ingénie chinoise en construction d’un rail traversant
« le toit du monde » jusqu’à Lhassa. S’amocher et s’escrimer pour
atteindre ce comble demeure une ambition et une songerie –
maintenant plus de la seconde plutôt que de la première. Au foyer
de cet hôtel, non, actuellement plus d’un dortoir coté comme
celui-là du Hilton à Paris en nous saluant est une concierge
blonde cinquantaine, visage ridé, dont accent traînant méridional
américain est tel épais que je me démène afin de comprendre ses
paroles. Frustrée à mon regard de l’inconnaissance, elle ralentit,
répète ses mots avec délibération dédiée aux abrutis et étrangers
(et les deux groupes lui semblent interchangeables), me baille une
carte crue et en ébauche avec crayon un raccourci. Il y à deux
restaurants, elle dit en m’informant comme son affidée de
Yellowstone, avec le premier plus formel dans le village requièrent
une réservation et l’autre moins, au palier d’une jetée dont la
spécialité est le buffet italien. Yo-yo salive à la mention des pâtes,
pizzas, fromages et salades, chacune évocatrice des repas
délectables à Milan. Voire doté d’une boussole, je m’égarerais.
Nous demandons au pompiste en vain et aussi deux pompiers
volontaires. Enfin au bureau de tourisme, un commis esquisse

21
une carte plus précise qui nous emmener au bloc F fin de la
route, arrière d’une poste et un bocage de jeunes cèdres, une
houssaie et un parterre de marguerites et œillets. C’est bon de
voir ces plantes qui éclosent et brisent la monotonie des sapins.
Pas de connexion téléphonique, ni d’internet, ni médiatique,
on sent totalement isolé, reculé et bourrelé de tracas. Voici la
politique du jour est de rompre ces liens au dehors pour
contraindre les visiteurs de s’éprouver la pleine richesse de la
nature. D’où, donc privés des services auxquels on tire son sens
de maîtrise du monde, cependant faux est ce leurre, je m’affole et
trahis mon complexe à la dépendance sur bidules et gadgets.
C’est dit qu’on puisse s’avérer capable de s’adapter à quelconque
situation qui surgit avec plus de doigté, d’entreprise et
d’ingéniosité quand on se laisse à ses biais, qualités flétries dans
une civilisation qui affranchir l’humanité de la sauvagerie et
pourtant en troc l’affaiblir de ses instincts à la survie. On n’en
doute pas mais la reconnaissance de la sainteté de cette rupture
efforcée ne mitige jamais le grief qu’ici l’on manque de choix. Je
suis déprimé et agacé au manque de choix qui me pose le noyau
du problème cela étant ceux dédiés à une bonne cause, ceux
évangéliques dans leur zèle, une outrance de zèle qui frôle le
fanatisme. On y vient pour esquiver des cafards et nuisances
quotidiennes mais cette fuite n’est pas totale, plutôt sélective. Ces
jours routiers hectiques ne me divorcent pas du besoin de
m’informer des affaires toujours en évolution. Certains m’ont
auparavant demandé pourquoi je déteste d’écrire de fiction qui
aurait coulée facilement d’une cervelle dotée des imaginations
vives. Je leur ai avoué comment pour moi les actualités ne
cessent pas de m’imposer la réalité qui sûrement émousse une
narration requérante une suspension de la faculté de logique et
des faits et chiffres.
Lac Léman se vante d’une superficie une tierce plus grande
(583 km carré versus 360 km carré) que lac Yellowstone mais le
premier est cerné des manoirs et bâtiments et l’autre est
pratiquement dépeuplé. En scannant le second assis sur la même
latitude de la Suisse romande, je m’ahuris à la tranquillité
absolue qui règne. Entre les deux, l’un ici est plus beau, ne pas
pour l’absence de l’habitation évidente mais à cause de la
fraîcheur atmosphérique et la proximité des montagnes en
surplombe avec l’eau si lisse suggérant un miroir qui chatoie aux
légères rides engendrées du sillage lorsqu’une chaloupe y passe
en atteignant et atterrant au quai presque adjacent au
restaurant. Meilleur encore est que lac Yellowstone ne souhaite
pas d’esbroufer quiconque si doucement différent du Léman dont
la berge est bondée des édifices à l’architecture de néoclassique et
romanesque. Après un dîneur faux italien mais encore délectable,
sauf une pizza sous une couche lourde de fromage et une croûte
trop épaisse, nous flânons à la rive, moi braquant mon Olympus
à ceci et cela quand dans chaque direction la vue est magnifique.
Yo-yo vient de jeter des cailloux pour les faire ricocher sans
aucun succès comme ce qui elle avait sur le basin de marée au
port Sorell en Tasmanie, mars 2007. Elle rate de coordination et
de technique pour décocher le projectile à l’angle et avec assez de
spin, de force, mais encore elle rigole en bousillant un essaie
après l’autre d’affilée et à l’arraché. Yo-yo hérite ces gènes de

22
balourd de sa mère malgré sa taille et sa robustesse. Etais-je père
d’un garçon, serait-il preste comme moi ? Nous ne nous attardons
pour, en découvrant un tas de neige dans les arbustes, nous
devons fuir d’une atteinte acharnée des essaims – moustiques et
moucherons en patrouille et embuscade du sang humain
ambulant. Je lui remarque, ma gosse, comment la forme vivante
en domination du parc n’est pas aucune grande bête, comme
l’ours, ni nous, mais ces insectes farouches qui pullulent en
nombres accablants et nous asticotent sans merci. Nous
pantelons après la soudaine sortie sous la poursuite en arrivant
au parking dehors notre dortoir sous un réverbère et, quoique
indemne est-elle, je compte de cinq piqûres accompagnant des
enflures qui me causent la démangeaison terrible. La conquête
humaine censée du monde n’est qu’une piètre illusion car il
demeure que les arthropodes maîtrisent la planète depuis il y a
environs 350 millions d’années dans l’ère paléozoïque tardive. Le
biais pour la domination des insectes est simple : procréer et
procréer, persister et persister, pousser et pousser.
Dehors notre chambre est le salon, ou vivoir, d’où résonne le
bruit d’une marmaille qui joue et rit voire après le coucher et
celui également des parents en babillage et persiflage. Tout ceci
advient dans l’absence des moyens modernes d’amusement dont
but est d’effectuer une dérive des pensées qui la paix est
censément visée d’inciter. La réalité cependant s’avère plutôt
différente qu’en fasse le plan. L’ennui décrété et enfoncé effectue
une tournure à l’inverse avec des gens ainsi piégés agitants plus
animés, suscités et si seulement de remplir le vacuum de stérile
qui s’y ensuit. Quant à moi, je passe le soir en scannant le recueil
de photos duquel je ne suis pas content car ces images des
geysers ne captent guère les vues de ces fentes thermales
fusantes et bouillantes. On ne veut pas aventurer dans la nuit
pour observer et contempler les étoiles malgré la tentation pour
frousse des insectes en survol. J’ai dans le coffre de ma Jeep un
aérosol de les repousser mais je n’aime jamais m’enduire les
chimiques lorsque ma peau est assez susceptible à la rougeur, à
la dermatose, dont l’inflammation s’aggrave sous le soleil estival.
Yo-yo barbote dans des jeux chez ordinateur et bientôt perd son
intérêt, piaulante à l’absence des diversions. Elle recule, s’affale
contre le dossier et sur son sac de couchage (dont elle apporte
partout, une couette de sécurité) et feuillete ces journaux et tracts
recueillis de chacune des escales en route. Ma gosse bouge mais
lentement elle se berce sans besoin de parents qui jadis lui
narraient des contes effrayants jusqu’elle se pelote et donc
pionce. Dans cet égard, elle est une copie exacte de sa mère,
championne chacune du sommeil profond au point de l’escarre.
On se réveille à la montée du soleil et à l’aubade des oiseaux
sur branches, rebords du toit et quelconque perchoirs. J’adore la
senteur du matin lorsque les rosées s’agrippent encore aux
folioles et la fraîcheur est totale. Yo-yo ne se remue aucun muscle
et doit être alarmée, tancée et fouettée figurativement pour saluer
un jour de nouveau. Je m’esquive de la chambre, espérant que
les punaises soient aussi paresseuses, pour parvenir le lac et
happer des photos de l’eau chatoyante, des montagnes sous une
lumière molle. M’hélant dans le calme matinal est un banc de
fretins, la conséquence du programme d’aleviner le lac et établir

23
un vivier qui plait aux pêcheurs sportifs. Je les remercie, ces
petites truites avec leur appétit insatiable, pour elles sont les
prédateurs farouches des larves avec la puissance de contenir
aux abois ces sangsues volantes. Plusieurs gens m’ont déjà
précédé au palier pour se réjouir du matin et nous nous saluons
car il y a un sens de fraternité parmi les voyageurs néanmoins
manquant dehors du parc. Sur l’eau telle lisse vogue un seul
esquif, sa voile avachie pour l’absence de vent. Je me souviens
d’une journée la semaine dernière dans le détroit Howe, un fjord
proche de Vancouver du nord, naviguant un voilier avec mon
frère Charlie et sa femme Carmen, zigzaguant d’attraper une brise
sans succès, regardant dans la distance un défilé des bateaux qui
ont maniés de tapoter le moins des courants. Charlie, qui se
targue d’être un bon marin, m’a dit en consolation que ceux là-
bas étaient les membres de l’équipe olympique canadienne de
voile. Je me déchaussure, plante mes pieds dans l’eau froide, la
sentirant clapoter sur les galets sous mes orteils, et réalise
comment, quand l’aquilon souffle, ce lac gèle en se tournant à
patinoire. Le paysage sera tout changé ensemble avec les saisons
et cela est la magie de la zone montagneuse.
En attendant ma gamine qui a peine de se réveiller et
s’apprêter pour l’autre jour, je mis les bagages dans le foyer du
dortoir et entends avec oreilles dressées une voix mélodieuse
parlante un français dont accent tinté de familiarité douce et
lénifiante. C’est le son de la Wallonie qui contraint courir mon
cœur. Je pivote et vois une femme, mince, élégante, aguichante,
cinquante, rouquine (cheveux teints au henné?) à l’autre fin du
canapé. Elle sourit, une paire de fossettes définissante sa binette,
me causant de l’engager dans un papotage, moi plutôt
audacieusement oublieux à son homme trapu et solennel à son
flanc. Cette madame est provenue des alentours de Liège, une
ville qui servit comme le bastion de la francophonie en Belgique.
Lorsqu’un tel accent duquel les Français aiment moquer, une
lueur d’onirique s’éclate de mes yeux qui sont les fenêtres à l’âme.
Nous parlons des sujets anodins comme l’état des failles
linguistiques, culturelles, ethniques et politiques dans sa patrie
maintenant dans le procès de se scinder. Elle trouve surprenant
qu’un étranger connaisse la Belgique et comprend ces nuances de
la situation actuelle et qui lui professe son affinité apparente et
abondante. Je dis comment j’y avais rendu visite en décembre
2005 et ne cesse pas de survoler des gloses publiées au Soir, un
journal publié à Bruxelles, dans l’épicentre du séisme national du
pays, pour en apprendre afin de formuler mon opinion fondée sur
les faits. Il y a une certain air de poignant qui touche tout
émanant de ce coin exigu en Europe. En lui disant, « adieu »,
malgré les grimaces jalouses de son mari renfrogné au baratin
d’un « dragueur », je m’imagine comment j’aurais savouré une
chance de vivre en Wallonie si j’étais plus jeune et célibataire.
Mais tout de cela ne qu’une rêverie.
Après le petit-déjeuner (œuf, tartine, confiture, flocons
d’avoine et une bribe de saucisses), Yo-yo et moi, nous nous
acheminons en hâte au sud sur belle route 191 envers le lac
moraine Lewis avec les crêtes de Mont Sheridan dans notre mire.
Pausant ici et là pour happer des images, je rétrécis chaque fois
sous l’assaut des moustiques maintenant aussi réveillés et

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affamés. La route continue pour d’environs 18 de kilomètres
avant nous parvenons la sortie du parc de Yellowstone et l’entrée
à celui mitoyen de Grand Téton. La superficie du second (1200 de
kilomètres carrés) n’est que 20 pour-cent du premier et pourtant,
déclaré comme parc national en 1926, il apparaît plus
majestueux avec une serie de montagnes qui atteinte la hauteur
de 4200 de mètres et dont forme granite, abrupte, nette, crénelée
et plus qu’égale à celle-là des « Crocs de scie » chez Idaho,
parfaites sont-elles pour des varappeurs les plus intrépides. Pas
moins magnifique coule la Rivière de serpent (Snake River) dont
long, lent méandre draine les Rocheuses et plonge dans le Fleuve
de Colombie dont l’embouchure est à Portland et à Vancouver,
Vancouver, Washington. Le cours ressemble à cela sur lequel
flotta le radeau de Huckleberry Finn, évoquant la tranquillité
riveraine de l’autre ère. Le paysage ébahit, épate, éblouit les
visiteurs et pas d’un verbe ni d’un adjectif peut seul dépeindre la
splendeur féerique d’une combinaison exquise de ciel, monolithes
en surplombe, eau, forêt sans trace humaine de la ruiner. Ceci
est la plus proche place au paradis sur Terre ensemble avec la
Tasmanie et l’aire chez Banff, chacune formant un tableau d’une
palette des couleurs s’enchevêtrées et complémentaires. La Jeep
va sans cahoter pour la voie est telle pavée du Grand Téton et
commence la descente au graben de Jackson, passante-elle en
route un vaste plateau de sauge en travers duquel est toujours
visible et audible le serpent toujours en cherche de la baisse dans
la façon de la plupart des politiciens et tels cagots.

Le trou de Jackson

Quand la Jeep atteint-elle la première bourgade de taille


depuis Yellowstone, son pare-brise est si taché des dépouilles
d’insectes (moustiques, guêpes, abeilles, bourdons, teignes et
cigales) qu’il ressemble au plumage de pintade et qu’il se macule
aux ébranlements de l’essuie-glace. Une fois une planque
hivernale pour les skieurs amateurs qui s’apparentait à Whistler
avant le boum, Jackson est proche de la frontière entre le
Wyoming et l’Idaho qui l’on voit d’une distance à cause des pentes
de ski en surplombe. Ses bâtiments du décor western riche de
planches ne sont pas distincts de ceux dans ces alentours et le
milieu porte un air forain à l’instar d’un carnaval. Mais dès
l’acteur Robert Redford y avait emménagé de Hollywood et établi à
Sundance, Utah, un festival de cinéma alternatif, ses étincelles et
paillettes du showbiz ont mis l’endroit sur la carte auquel une
ouaille de pèlerins rend l’hommage. Je n’y arrive pas pour
tamponner Robert, un comédien beau, blond, pas narcissique. Il
est conscient des responsabilités sociales, politiques et artistiques
et cela était l’esprit qui lui avait convaincu le besoin d’aider ceux
de l’industrie à conjecturer les illusions et rêves de prôner
certaines causes nobles à l’instar de la défense de
l’environnement, des libertés créatives et expressives et du
soutien pour la poursuite de justice et de paix. Je lui raconte, Yo-
yo, cette pièce de l’histoire mais elle ne connaît personne une fois
si renommé car sa connaissance n’étend pas, n’embrasse pas une

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période qui précédait son existence. « Qui est ceci Robert Redford
et ce qui est qu’il a fait ? » s’enquiert elle, sonnant d’en avoir
marre de mes références obscures. « Il est précèdent-lui à Brad
Pitt, » est ma réponse. « Est sa femme, Madame Redford,
l’équivalente d’Angelina Jolie ? » rétorque-t-elle. « Non ! Je n’ai pas
d’idée qui est la mariée de Redford et il n’importe qui serait la
conjointe de quiconque dans ce contexte, » martèle un père un
peu vexé à la superficialité. « Sans une femme assez belle, un
acteur n’achève pas de statut de superstar chez tabloïds. Ces
jours on a besoin d’une paire, comme Tom Cruise et Katie
Holmes, pour apaiser les commères ! » « Tu viens de suggère
comment qu’était le cas de Richard Burton et Elizabeth Taylor, de
Humphrey Bogart et Lauren Bacall, de Katharine Hepburn et
Spencer Tracy ! » « Qui? »
Jackson projette l’air d’un piège touristique de ses boutiques
vendant les babioles au cinéma dont la marquée traditionnelle de
néons pour capitaliser sur la célébrité de Redford. Ses rues sont
mises dans une telle façon qu’elles trompent et égarent leurs
visiteurs avec la visée de les empêcher d’une rapide sortie et de
leur tapoter l’argent. La Jeep tisse d’une venelle à l’autre, d’une
rocade à l’autre, du labyrinthe. Je l’arrête en retour au centre de
la bourgade et demande au vendeur d’une bimbeloterie sur la
route exacte d’y dégager pour acheminer à l’état voisin de l’Idaho
à sa base étendue. Voire avec l’aide, il n’est pas facile de naviguer
ces rues et discerner la direction faite obscure par des panneaux
et flèches qui me paument. La route 26, par exemple, s’appelle
aussi 191, 189, 89; celle nommée Wilson mue à la bretelle 22 qui
devient l’artère 33 sans rime ni raison apparente. Il faut résoudre
la devinette routière avec une bonne boussole mentale et la
compréhension de la nature arbitraire de la voirie qui agit comme
l’Académie françaises vis-à-vis aux assignements capricieux des
genres. Enfin la Jeep y achevons, l’échappe de l’emprise Jackson,
mais arrière d’un camion qui tire une remorque colossale et de
l’autre à benne en bloquant la vue. Voici est un des centres de
halage. Je n’ai pas de choix que conduire pratiquement aveugle
sur chaussée étroite, tortueuse, escarpée et grimpante jusqu’à la
hauteur de 3000 de mètres et la ligne alpine de neige ; du
sommet au lof de la montagne vient la descente également
abrupte et dangereuse voire dans une condition parfaitement
sèche. Un signe lit, « une station pour l’installation des chaînes
(aux pneus) » ; l’autre, aussi menaçant, « à la droit une rampe
d’urgence pour freiner les véhicules perdues du contrôle. » Une
longue queue de voitures traîne, impatiente de foncer et passer
mais le béhémoth ne veut pas ralentir au bas-côté pour
l’accommoder. Ces routiers sont les rois de la rue qui se
réjouissent au jeu de pleine intimidation ou « chicken » (poule)
dans l’argot américain.
Au village poussier de Victor, je glisse à l’autre route 31 qui se
transforme à celle de 26 (encore) pour parvenir Swan Valley (la
vallée de cygne), une région rustique, sereine et dénue des gens et
des voitures sauf ma Jeep et une Accord. Pour alléger l’ennui et
bannir les cafards, les deux font courir avant la Honda prend la
route vers le hameau Rigby et la Chrysler vire de celui de Ririe
sur Northgate Mile afin d’entrer la cité d’Idaho Falls, le cœur de la
section orientale de l’état et de la contrée de patate dont champs

26
sont verdoyants grâce à l’irrigation chez Snake River. La cocagne
semble défier un climat infernal dans l’été et arctique dans l’hiver.
Pausant pour remplir la soute au mail, j’observe encore
l’uniformité atone commerciale : Walter, Jusqu et Safeway et
comprends pourquoi certains commentateurs la déplorent et la
railler en ayant effacée chaque tenue d’unique aux Etats-Unis
hormis les exceptions urbaines telles New York, San Francisco et
Chicago. Le caissier dans l’échoppe de la station pétrolière est un
vieux gris d’un comportement gentil et souriant. Il émerge de son
cocon climatisé et sauf du brigandage d’aider une vieille pomper
l’essence et de papoter. Un article glané du Courier International
parisien dépeint comment les birbes sont en train de gagner la
lutte pour l’emploi des jeunes car un nombre des magasins
préfèrent les embaucher après leur retraite nominale parce qu’ils
ont plus d’expérience, plus de discipline et plus de fidélité. On
doit minauder à la supposition sociologique fausse que l’Amérique
mette toujours les jeunes sur le socle aux dépens des âgés et des
sages. Le pouvoir des vieillards ne cessent pas de s’accroître
précisément parce qu’ils sont toujours plus inclinés de voter et
moins susceptibles d’avoir laissés voler leurs scrutins par un
régime méchant qui essaie de supprimer le taux de participation
des jeunes et disqualifier celle-là des minorités raciales et
ethniques afin de pérenniser le statut quo en faveur des
républicains.

Friche et fécondité chez Idaho

Idaho Falls (population de 54 000, techniquement une ville)


n’a rien de distinction sinon pour sa location sur la route qui
travers l’état où la contrée empiète et se déclare le maître. On voit
une rangée des fermes vastes et vertes en nette juxtaposition aux
friches jaunâtres. La planéité estoque l’entrain sinon pour ces
tapis de fécondité et ces silos qui brisent la monotonie étendue.
Ce sont vraiment les bad-lands. On prie de repérer des arroyos,
ravines et buttes car un semi désert exerce la puissance de
foutre fou de quiconque. Nous arrêtons au bled Pocatello pour
notre déjeuner quand la horloge nous dit qu’il touche 14.30,
mangeant encore des tacos dont texture croquante convient nos
goûts. Abondants partout sont les tributs à la patate: enseignes,
affiches et placards. Evidente aussi est l’obésité des gens. Les
péquenauds du teint vermeil laissent pencher leurs bedaines
dans denims scabreux et les pèquenaudes aussi joufflues et
ventrues leurs poitrines en chemises d’échancrure décolletée.
C’est dit que les Américains sont les plus charnus, d’accord, gros
et l’Idaho est testament à l’excès d’une société prodigue et du
gavage qui d’ici ne provoque pas de dédain. J’ai lu dans un
journal comment un Américain typique consomme 50 pour-cent
plus qu’un Français moyen. Beaucoup de cela n’est que le
gaspillage. En y emménageant, ma femme Esther grassouillette
pourrait se trouver mince en contraste et stopper son régime à
maigrir. Nous n’ordonnons qu’un verre de boisson gazeuse pour
siroter mais soit servi un broc pour bâfrer. Je m’étonne de
comment certains gloutons peuvent dévorer le lard, la graisse,
sans le moins souci à leur tenue, leur santé, leur humanité. C’est

27
la caricature rabelaisienne que les Américains en général font
tout a l’outrance car la plupart d’eux rate d’un sens de
modération et contrôle de soi dans un milieu qui prône la plus de
chaque chose et pratique la grotesquerie. Comment apte, on ose
dire. Mais, d’être plus précis, ce phénomène est plus champêtre
qu’urbain dans l’ouest des Etats-Unis car les citadins de San
Francisco, Los Angeles, Portland et Seattle ne sont trop dodus –
pour raisons de diète, sophistication, classe et vanité ?
Boise (prononcé Boisé) est la plus grande ville en Idaho peuplé
de 550 000, une tierce de la totale population de l’état. C’est à
l’entrée de la cité que la Jeep rencontre son premier
embouteillage depuis le bouchon au contrôle frontalier. Yo-yo
repère-elle plusieurs BMW et Mercedes auxquelles elle clapit avec
délice et surprise car dans ce périple de 3 000 de kilomètres ceux
d’auto qui abondent sont les camions, fourgons, hayons et
berlines portantes les marques souillées de Ford, Chevrolet et
Chrysler, chacune sans aucune notion d’appel ni d’esthétiques en
design. Ces bolides allemands lui suggèrent de classe qui elle ne
croyait exister dans la contrée de « Redneck » (littéralement « cou
rouge » dénotant le plouc) où fleurissent les bannières et plaques
exprimant l’appui de John McCain, un synonyme pour « la
stupidité » et une risée aux yeux de ma gosse. Je n’ai pas étendu
du mot, Boise, parlé que dans une ou deux chansons ringardes
naturellement car, j’en suppose, il rime bien avec certains termes
trop usés. On doit se demander pourquoi ces rengaines n’adresse
guère des questions que celles-là de trahison, abandonnement,
abjection et douleur. Encore je trouve Boise accueillant si
seulement parce qu’il est un centre urbain avec des buildings
plus hauts que deux étages voire quand je suis coincé entre deux
remorques et les locomotives qui les tiraillent les tailles de
brontosaures. Ceci déjà tardif dans l’après-midi et dehors de
l’habitacle climatisé l’air est chaud comme le souffle d’un
fourneau et le soleil est sans merci. Nous buvons ce qui reste du
milk-shake longtemps fondu. Yo-yo lorgne le trafic et, moi, je
scanne aux panneaux de voir quand ou soit je dois virer à la
bretelle pour quitter la grande route et accéder un logis puisque
la chaleur sentie à la moelle de mes dos et la distance déjà croisée
me sapent. Yo-yo est moins vannée mais elle a eu le luxe de
somnoler comme un paresseux à son gré et voire de ronfler,
assouvie de la collation et douillette dans sa couette dans la
forme du sac de couchage.
Difficile est-il de glisser parmi ces files de véhicules.
L’habitude routière est agressive avec les motoristes sont pressés
et sans le moins d’envie à céder la voie vers Boise. Cinq sorties
manquées et la Jeep s’y surpasse et se dirige vers la banlieue,
une bourgade nommée Nampa proche à la frontière d’Oregon.
L’endroit est serein, ses boulevards étendus et pratiquement
dénués de trafic. Une station radio émet que la température
touche 94 degré Fahrenheit ou 36 Celsius. L’humidité est si basse
que les lèvres se gercent. Nous obtenons une suite à l’hôtel plutôt
de luxe et bon marché considérant que nous n’avons pas de
réservation. La jeune, jolie concierge blonde nous accueille avec
des mots d’hospitalité mais ses yeux sont rivetés au téléviseur et
au feuilleton du jour. Je lui dis que ces programmes sont trop
additifs et elle, accro, ne que hoche sa tête. Dans une place d’un

28
tel total ennui, ce qu’est quelqu’une à faire pour passer du temps.
Elle nous informe des aménités disponibles et, quoique sa voix
soit douce, elle sonne comme un enregistrement. Lorsque je
finisse la procédure au comptoir, ma gosse, elle, s’immerge
également dans le feuilleton, le regardant du hall équipé d’un âtre
pour effectuer l’aura plus confortable mais dont la trémie est si
propre en prouvant comment la pièce n’est guère utilisée. Pas de
doute, Yo-yo peut s’ajuster bien à l’existence banale et atone.
Après l’ablution et un peu plus de télévision mais des actualités
présentées chez CNN, nous marchons dans ces finales heures de
lumière en travers le parking afin de manger encore des tacos au
restaurant propre, oublieux aux rapports de l’infection bactériale
des tomates et boire de l’eau en bouteille, insouciants aux
commentaires déplorant un tel acte nuisible à l’environnement.
Ces Mexicains œuvrent dans leur poursuite du rêve américain,
un effort de s’évertuer ne pas assez apprécié dans leur société
adopté, surtout maintenant dans le climat de peur et préjudice
engendré par certains politiciens et groupes implicitement
racistes durant ce cycle des élections et celui de la récession.
Ceci, leur restaurant, ne clôt pas jusqu’au minuit quand
sûrement il n’y aurait peu clients. C’est honte que je n’aie pas
d’une haute commande de leur langue pour leur exprimer ma
gratitude et mon admiration.

Euréka, l’Oregon

En nous réveillant dès l’aube car nous avons-nous un but


d’ambitieux qui est de traverser l’Oregon et pénétrer le
Washington du sud pour parvenir à la frange de Seattle dans
l’après-midi, un périple épique d’ahan à 750 de kilomètres. (Chez
Oregon on est contraint de céder aux pompistes des stations de
pétrole afin de conserver des emploies à ceux susceptibles au
chômage qui sévit dans une économie en pleine chute, problème
induit ou aggravée par la gourance du génie politique, George W.
Bush, dont sourire idiot nargue les pauvres.) La nuit dernière j’ai
étudié la carte et tracé une voie, en allant sur d’abord route 84
vers le nord pour achever et caboter le fleuve Columbia
démarquant les deux états mais restant sur berge méridionale. La
région demeure fraîche dans mes mémoires. Je me souviens du
voyage en 1978 sillonnant un paysage sec et désossé avec le
cours d’eau qui exposait maintes couches de la terre et révélait
ces évidences géologiques et paléontologiques. C’était elle, Aurore,
qui m’y avait introduit parce de ses liens familiaux à ce coin des
Etats-Unis. Mais malgré une aire lunaire en tenue, le bassin du
fleuve n’était pas totalement désolé et ôté de la culture
sophistiquée parce que les habitants s’enorgueillissaient de leurs
sensibilités qui certains d’eux aimaient arborer. Aurore m’avait
emmené au musée incongrûment situé dans « no man’s land
» (terre inculte) où l’on rencontrait et s’était époustouflé à la
collection de sculptures qui attestait à la maîtrise d’Auguste
Rodin. Les figures humaines du Français étaient ahurissantes
dans leurs détails mais ce qui épatait plus était celle d’un taureau
en train d’être écartelé. Ceci détour était une façon de mon

29
amante de prouver que ses proches rustres ne ratèrent pas de
goût et que son grand-père maternel, un bricoleur et inventeur,
fut formidablement docte dans la carence d’une haute éducation
formelle. J’avais eu à lui concéder et à ce quidam défunt
comment sous un extérieur rustre coriace pourrait battre un
cœur romantique ; et comment on avait tort de s’arroger le droit à
ruer au jugement duquel j’étais, suis fautif. Dans cette quête de
convaincre ceux qui étaient sceptiques, elle et sa mère avaient
assemblé et publié un recueil de prose et poésie des mains des
aïeules habitants de cet Etat, de Washington et de la Colombie
Britannique avec la visée de châtier ceux, comme moi,
manquants de respect pour la ruralité et ses fleurons crus
cachés. Ils furent des fermiers, tisserands, bûcherons, mineurs,
enseignants ruraux, pompiers volontaires, soldats aux fronts
durant les guerres mondiales mais ils furent aussi des âmes
artistiques orgueilleuses, idéalistes et libres.
Tout est morne sous le soleil brûlant. Pas de nuée
d’assombrir et adoucir la contrée dans laquelle la terre ne semble
que blanchir d’une lessive très corrosive. Enfin aux Dalles,
d’autours à 200 de kilomètres du littoral, après un déjeuner
plutôt retardé, le cône dormant volcanique de Mont Hood
(presque 3 800 de mètres) surgit, la moitié visible à cause de la
neige mais le bas ne pas, lui donnant donc une apparence de
spectral; meilleur encore les sauges deviennent plus clairsemées-
elles, replacées des genévriers et suggérées du retour de moiteur
et du courrant océanique. Je m’éprouve de la radio et, voilà, une
station qui désempare le genre country et joue des mélodies plus
tolérables mes oreilles, un peu de jazz, de Charlie Parker, Miles
Davis, Duke Ellington et John Coltrane. Plus hantant est le duo
de Billy Holiday et Louis Armstrong en rendrant la chanson de
signature de la môme, Edith Piaf, « la Vie en rose ». Juste comme
la musique, la zone climatique se mue à l’une qui convient mes
nez, mes poumons. Je tapote le tableau de bord au rythme de la
rengaine la plus mélodique, « Begin the béguin » (entamer le
béguin), le dernier est un mot wallon, signifiant ne pas seulement
un bonnet mais aussi l’engouement. Rien de cela n’impressionne
pas ma fille et quel manque vraiment qu’elle ignore ces sons
d’une ère quand la musique ne fut aucune avenue pour
promouvoir des beaux et belles perdues du talent, quand les
studios furent comblés des maestros. Ma gamine pense que je la
barbe et m’accuse des harangues. Dans cet étage de sa vie, elle
s’insurge en s’attirant aux styles pour m’atterrer et donc
manifeste son indépendance. Mais encore j’ai la pleine foi que le
temps me justifiera et qu’elle embrassera l’ensemble du jazz, voire
du jazz frelaté, popularisé, abâtardi. Cet épisode est gravé dans
ma conscience grâce aux musiciens authentiques qui donnent la
sérénade à la mer dont les vagues chatoyantes vont m’aviver. Le
déclin musical moderne pourrait être blâmé carrément encore sur
la culture pop lubrique et l’éducation foutue publique qui,
ensemble avec les médias vides, dope, détraque et engourdit les
jeunes, la même force responsable et coupable pour l’investiture
de Bush, en les faisant se replier au narcissisme et
consumérisme. Bien après un lacet de route tout apparaît
soudainement vert. La fatigue des interminables courbes, tertres,
glacis et cassis du trajet est oubliée car, lénifiés, contents, nous

30
sommes dans le giron de la côte, le large pacifique qui attrape les
orages provenus de l’Extrême Orient.
Yo-yo ricane en voyant encore plus des banderoles et
autocollants en soutien du candidat McCain, lui-meme un pitre,
pleutre et poseur politique dont le renom reste dans sa captivité
par les Vietnamiens après d’avoir perdu son cinquième avion de
chasse, un homme qui eut abandonné ses filles et sa première
femme à la déche quand elle eut souffert un accident pour se
marier à l’autre plus riche afin d’avancer sa carrière, qui moralise
aujourd’hui comme sur les vertus publiques. Ce qui est
surprenant cependant est qu’on est arrivé dans l’état parmi le
plus libéral aux États-unis, sûrement un bastion d’Obama. Mais
alors on doit comprendre comment le Washington, même
l’Oregon, est fendu dans deux zones, celle qui est urbaine et qui
se rallie aux Démocrates et celle qui est rurale plus disposée
d’appuyer les Républicains. C’est ironique comment une partie
d’un état serait cosmopolite (la métropole de Seattle et les
bourgades limitrophes), dont l’ancien gouverneur Gary Locke est
ethnique chinois, et pourtant l’autre xénophobe en dirigeant ces
jours sa haine contre les immigrants latinos, légaux et illégaux,
voulant ne pas fermer les portes mais les sceller, ignorants de la
réalité que la vitalité d’un pays existe dans la richesse des
expériences et des talents. L’unité de mon pays, le Canada, d’où
les polémiques sont plus décontractées et civiles, se pousse de la
diversité qui perdure voire malgré l’houle et l’emoi crée d’un
mouvement souhaitant freiner le procès dans le nom de la
préservation du caractère fondamental (blanc, anglo-saxon) au
royaume. L’idée de taper les plus faibles membres d’une société
est innée et intégrale à la stratégie politique républicaine de
paranoïa et de bigoterie encastrée dans la rhétorique de liberté,
liberté fausse. Initialement McCain avait désavoué l’imposition
des règles qui discriminent mais maintenant, ayant saisi la
candidature, il l’approuve afin d’apaiser les partisans aguerris et
chauvins blancs suprématistes du parti toujours prêt à servir et
attiser la nature la plus base, de peur, de ressentiment, de rage
pour gains électoraux. La marée anti-immigrante monte avec la
baisse d’économique dans laquelle ces Etats-Unis sont chus due
vraiment à l’avidité insatiable de l’élite, des guerres et leurs
profiteurs, de la réduction des impôts sur les nababs et des dettes
qui grèvent la classe moyenne et creusent le budget national. Ce
racisme coulant nuit à l’aspiration de Monsieur Obama cendrillon
qui, sinon en affligeant, aurait autant avantages d’âge, de mœurs,
d’éloquence à la tribune, d’intelligence rapière, de sensibilité, de
tact, de nuance, d’appel charismatique, de naïveté versus le
cynisme né du troc de faveurs pour d’argent à Washington, le
dernier duquel McCain est l’expert. L’écart entre les deux est
étendu et s’accroît ; or rien de cela n’amenuise les chances d’une
baderne montante déjà des signes de sénilité grâce partiellement
à la partialité de la presse corporative (Pravda américaine) avec
un intérêt en pérennisant le legs de Bush auquel McCain est
héritier apparent. Il leur faut, les commentateurs, d’éreinter et
dénigrer (sans l’usage du mot « nigger ») Obama et de prôner et
protéger McCain dans un essaie de satisfaire des racistes et de se
présenter comme égaux, judicieux, quand ce qui joue serait le
lynchage médiatique sans vergogne. Il leur faut feindre la

31
neutralité et transcender la chamaille partisane qui secoue
censément les salons à Washington quand en réalité ces nègres
de presse sont en pourvoyeurs. Quels efforts et traits s’aboutiront
à la présidence, ceux d’Obama ou ceux de McCain ? Pas certain
sauf pour la certitude que la majorité planétaire préfère ce Noir
élégant, souvent humble (vrai, feint ?), en souhaite de
raccommoder l’image de son pays au monde, au Blanc farfelu,
parfois belligérant, en prônant une manière truculente des
relations étrangères. On n’a pas tort de penser que cette brimade
contre la candidature d’Obama est aussi une attaque sur l’espoir
et la foi des jeunes de mouler la nation ils sont en train d’hériter.
Ce qui est désiré au moins serait un changement du ton et de la
direction. Mais de cette jonction, une multitude du peuple de
l’Empire américain semble déjà manquer le coche en exaltant un
passé idyllique qui les gens se trompent pour un Eden qu’en
vérité il ne fut jamais et en sévirant avec ces menaces colériques
et voire violentes, toujours trop férue d’amorcer ses armes, y
compris celles d’annihilation, plutôt qu’amadouer une crise et
brandir la puissance de logique, de persuasion, de compromis –
ça la diplomatie dans un mot. A qui ces électeurs décerneront le
laurier, non, entonneront pourrait affecter la destinée du monde
est est-il juste donc à confier tout aux Américains qui tâtonner
dans la caverne sans torche ni boussole ni écheveau de Jason?
Balayer l’administration démente et mafieuse de Bush est un cas
de bon débarras sans doute mais il est également vital de la
replacer avec l’autre consciente des intérêts publics et globaux
plutôt que juste ceux des copains opportunistes, du patriciat, de
la ploutocratie qui a déjà subvertie la démocratie. Les enjeux
d’ultime ne sont pas plus graves que comment l’humanité se
dirige vers la guerre ou la paix, la restauration ou la spoliation de
l’environnement, la révision des règles d’économique en faveur
des pauvres plutôt qu’encore des richards. Est-il, Obama, un
leader magnifique comme Jules César en traversant la rivière
Rubicon sauf pour ses paroles de galvaniser les troupes
politiques? Sûrement pas quand il s’entoure avec bellicistes mais
la contestation chez politiques nationales américaines ne semble
qu’une lutte entre des diables, de qui l’on prie gagner le moindre.
Ne pausant nulle part, soit à Portland, soit à Vancouver,
Washington, nous nous ruons au nord sur grande route
interétatique 5, l’orgueil du système routier dans l’Ouest et
prouesse de construction connectant le Mexique aux Etats-Unis
et au Canada. Ces alentours s’apparentent à ceux-là dans la
province de Colombie Britannique qui est assurant. Je conduis
avec plus de plus de confiance car j’ai eue une mémoire fraîche
du milieu, chacun des bourgs et chacune des fermes sont
toujours encastrées dans ma tête sans aucune référence aux
cartes. Le trafic, une fois rapide, ralentit au pas d’orvet aux
banlieues de Seattle, entamant à l’approche à la capitale de l’état,
Olympia, dont les boulevards sont si flanqués des feuillages
(orme, cerisier, chêne, érable, tilleul, marronnier, peuplier, saule)
que les gens l’appellent « la cité des arbres ». En route, avec les
vues distantes des volcans Rainier et St. Helen, le dernier explosé
le 18 mai 1980 (dont boum j’avais entendu de ma maison, à 250
de kilomètres du cône), on trouve ses yeux enchantés par la
verdure des champs, des futaies de sapin et des jardins. Presque

32
19 00, déjà en volant plus que dix heures et aux vêpres, je suis
totalement fourbu. Nous virons à la bordure d’Olympia et de
Lacey pour réserver la grande suite des murs tapissés et les
planches moquettées au style américain colonial (rien d’ailleurs
est disponible) de l’Ameritel, un hôtel à l’acabit de Hilton
fièrement offrant aux clients des papiers de lettres sigillées.
Depuis le mariage, je n’épargne pas de dépens en logeant ma
femme (et maintenant ma gosse) dans les bras de luxe. L’endroit
vient avec une cuisine mais nous ne voulons pas manger aucun
repas dans la chambre. Yo-yo et moi marchons de deux et demi
kilomètres sur la voie de Martin pour découvrir le restaurant de
chaîne Taco Time face-à-face a celui chinois faux de la sorte nous
redoutons, nous étant les connaisseurs de notre cuisine native.
La flânerie post-dîneur fait un bon exercice qui nous maigrit et
même allége la honte de la gloutonnerie. On doit s’avise de la
langueur du soir dans la capitale qui relâche. Le pécule en impôt
des sociétés chez Microsoft, Starbucks et Boeing produit la
largesse publique qui paie pour ces avenues propres, étendues et
ombragées sous la tonnelle du soleil sombrant. Sinon Dieu, Billy
Gates et magnats confrères bénissent le Washington et ils s’y
emboîtent parce qu’il, un lieu de cinq millions de habitants bien
éduqués et malins demeure le vivier de technologie et le berceau
d’idées sans rival dans le pays. La province canadienne
mitoyenne Colombie Britannique, envieuse de l’expérience si
proche, s’aspire au savoir entrepreneur ou souhaite se faire un
simulacre de son voisin mais ses programmes d’attirer et
d’accroître le commerce innovateur ne deviennent qu’un plâtrage
pitoyable. Je me demande pourquoi et encore je n’atteins pas
d’une explication convaincante. Peut-être le miracle qui miroite
dans le Washington ne fout que reflète l’entrain d’un peuple prêt
à prendre des risques dans une société admiratrice de l’entreprise
individuelle. Celui qui est absent au nord se tracerait au domaine
instruit-il d’éviter les aléas et aux gens conditionnés de compter
sur le gouvernement de leur fournir la bonne sécurité sociale et
de mariner dans le jus de médiocrité sauve et aisée dans « la terre
de nénuphar », terme péjoratif pour moquer l’insouciance
collective.

La rade et le rêve

De Seattle j’y connais bien depuis mon enfance, voyant cette


ville la plus grande dans la proximité de Vancouver, une distance
en trajet routier de 200 de kilomètres. Il n’est aucune exagération
de l’identifier comme la cité jumelle car Seattle est dans la même
zone climatique dont large est clapoté des vagues pacifiques et
dont le ciel est frappée des nuages formés dans les courants des
mers en Asie. Les deux dames très belles partagent ainsi une
tradition maritime et chacune s’enorgueillit de sa rade essuyée
des épaves. Elles recueillent même les primes de l’eau, soit la
pêcherie soit l’amarrage des navires soit la batelerie soit
l’entrepôt, lui apportent une fortune assurée et une vie plus aisée
que cela dans l’intérieur parfois dans l’agrippe des frimas
arctiques. On accourt en entendant des concerts qui sont plus

33
communs à Seattle dont population est presque double et dont
scène de musique et d’art est toujours plus vibrante. Mais ce
pèlerinage n’était pour moi purement inspiré des performances
qui advirent. Cette ville était avoisinée et se présentait comme la
place plus facilement accessible à quelqu’un rétif, moi, souvent
affligé de la bougeotte et convoitant une échappée si seulement
pour une courte durée, loin assez d’être insulaire aux
harcèlements de ma mère et proche assez de revenir chez nous
sans creuser la poche pour loger la nuit. Fâché était un état
constant puisque je n’avais pas d’octroi et avais seulement
l’emploie périodique jusqu’à l’été quand j’étais étudiant, expert
dans le mégottage, motoriste du déjà dit tacot Pontiac avec jantes
un peu rouillées et carrosserie cabossée. Les autres de ma
génération et classe regardaient au sud, aux États-unis, ne pas
au Canada pour les occasions et inspirations puisque notre pays
voisin semblait beaucoup plus dynamique, complexe et puissant,
le monde entier à ses pieds. Jamais bien sûr on ne s’agenouillait
pas à l’autel impérial, plutôt on était intriqué avec certaine
ambivalence des fautes, crimes, richesse, résilience, énergie et
possibilités d’un pays croisant parfois naïvement dans ses
mythes, rêves et propagandes, une nation dans l’emprise
profonde de solipsisme.
J’essaie de lui expliquer et de lui raconter, ma gamine, mes
expériences d’antan à Seattle mais rien de cela ne fait aucune
impression d’un jeune cerveau pas occupé de mes contes ni de
l’histoire. La Jeep tourne de la route 5 congestionnée du trafic
matinal pour la mener à la rocade qui devient la rampe vers rue
Seneca plongeante, elle, à l’embarcadère et aux quais, voilà,
l’endroit plus ancien de la cité. Nous garons la voiture dans un
building de parking de six étages dans le milieu hissant des
buildings commerciaux au centre-ville d’où surgit l’équivalent de
la Tour Eiffel, l’Aguille d’espace, érigée en 1962 pour coïncider
avec l’exposition mondiale et fanfaronner la prouesse scientifique
du pays en train de surpasser les rivaux soviétiques aux
frontières de cosmos. Ces édifices ne semblent que déborder du
coeur municipal en testament au miracle économique qui est
Seattle. La corniche qui s’épand pour plusieurs kilomètres est
actuellement la Voie d’Alaska sur laquelle situent un rang de
restaurants, bistros, étals de bimbeloterie, musées au thème
maritime, gabares et le débarcadère du ferry Seattle-Île
Bainbridge et les jetées pour les voiliers offrant des croisières
touristiques. On ne flanche jamais de blairer les arômes de
navicules, sels et bernacles; de voir ces vols de mouettes qui
régentent le ciel quand ne pas embrumé et crottent les trottoirs;
d’écouter grailler ces oiseaux, bruire la mer et souffler le vent –
tout ensemble rendrant le tableau, la cacophonie et la célébration
de senteurs du rivage pacifique septentrional. (Mais ce paysage
idyllique est juste du court été car les jours du reste du temps
sont trop souvent ternes, gris et mouilles.) Je m’en tire et c’est
exactement comment je ressens en marchant au marché à la
place Pike sur Baie Elliott, un coin historique qui a fêté le 17 août
l’an dernier son centenaire. Cet endroit vibrant de neuf acres est
vraiment une foire dédiée à l’honneur de la pêcherie qui
longtemps soutient l’économie locale et verse autant de produits à
la cuisine régionale avec emphase sur simplicité, santé et

34
fraîcheur. Quand la ville fut encore jeune, il attira une légion de
travailleurs, y compris certains de mes proches. Mon grand-père
m’avait raconté de Seattle qui fut la base des paquebots voguant
d’ici à Juneau et Anchorage, Alaska, rappelant-lui des péniches,
chaloupes et chalutiers équipés puis de leurs dragues et seines.
Le boum amorça vraiment une décade en avance, en 1897,
durant la ruée vers l’or à Klondike, un phénomène en avidité qui
bouleversa l’ordre du continent, précipita un afflux, une invasion
des hordes, et gonfla la population, cependant transitoire au
temps. Ce port fut le portail proverbial au nord et au pactole, ou
plutôt son illusion. Ce fut chez Seattle que mon arrière-grand-
père de Californie eut faite l’escale en 1898 avant son éventuel
départ pour Nanaimo d’où le voyageur eut opté de bosser à
l’emploie d’un bougnat et donc abandonner sa quête au Yukon.
La vérité en rétrospection est cela la vraie fortune ne fut pas une
mise ou une fouille dans le Yukon mais une vie à Seattle qui des
prospecteurs manqués et désabusées eurent enfin découverte en
suite de la mort de leurs rêves.
Nous flânons la longueur de la promenade en face à la Baie
en étale dont vagues chatoient sous le soleil qui lentement bannit
les embruns et éclairer la vue. Les touristes y affluent et pullulent
surtout aux fameux « minques » de Pike où les poissonniers
jonglent des saumons, cabillauds, raies et flétans pour égarer
leurs clients qui ne leur demandent pas juste les filets mais aussi
une performance. Il y a un dédale de boutiques dans l’arcade
bondée de visiteurs, une cacophonie des langues étrangères en
clameur et une ambiance festive comme celle-là qui fuse dans le
wharf de San Francisco et l’île Grandville à Vancouver. L’air est
plein des cris aussi des travailleurs et livreurs en compétition
avec la musique des bandes et artistes itinérants – et bien des
gueux au parc adjacent au marché. Yo-yo est bientôt barbée du
grouillement, des frasques, et lasse du relent de poisson qui
pénètre tout, tournant son attention au site d’intérêt historique
dépeint, non, exalté dans les brochures touristiques : la genèse de
l’empire Starbucks dont le premier café, plutôt petit et vieillot,
était fondé en 1971, qui dérivait son nom du tribut à l’industrie
de la chasse de baleine dans le roman, Moby Dick, par Herman
Melville dans le 19ieme siècle. Apparentement d’autres partagent
son enthousiasme. L’ouaille internationale se bouscule pour
entrer le café qui arbore encore son logotype original maintenant
mué au symbole global. Ma gamine rejoint la queue qui radine et
badine. Tout ceci ressemble aux animaux à l’auge. Ma fille gagne
enfin son godet duquel elle veut retenir à la façon d’un souvenir.
On peut y trouver une gamme de bibelots exploitante l’image qui
assortit déjà celles de Coca-Cola et Microsoft comme une marque
mondiale et preuve de la prouesse du marketing américain. Nous
dînons sous un parasol après au restaurant dont la terrasse est
perchée sur pilotis au-dessus de l’eau et renflouée aussi sur
bouées, partageants une bruire de thé glacé, un pot de mouilles
et quatre filets de morue et frites, voilà ces mannes de marine,
des dernières nous rognons pour réduire le gras à notre diète, nos
estomacs repus des produits surabondante et nos narines les
senteurs marines, notre appétit aiguisé de la folâtrerie. Ceci est la
plus proche expérience au paradis plus voire qu’un repas
automnal à la « plaça » de Macao dans un restaurant portugais

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sur « aléia de azulejo ». Différent aussi à Hongkong, le large est
vraiment au naturel plutôt que d’avoir été « récupéré » de la mer,
polder dans l’autre mot au risque de s’affouille au ressac et à
l’houle incessante.
Sans le flatter, Seattle est sous une gestion habile grâce à la
mairie qui combine le respect de l’environnement et l’envie
d’accroître l’économie locale, un équilibre jamais facile de
s’achever. Certes les deux buts ne semblent que contradictoires et
posent un crible à chacune des intendances municipales dans
l’ère quand l’échevinage doit être davantage plus responsif et
responsable au corps civique et aux forces opposantes, celles–ci
convaincues du développement et celles-là commises à la
conservation. C’est ainsi prudence qui en commande l’astreinte
de raison si critique au futur de la ville. Encore, dans l’enceinte
de tourisme, c’est bien évident qu’il existe un consensus et un
plan urbain forgés et enfoncés d’attirer des investissements et de
promouvoir du caractère original de l’endroit moderne et pourtant
traditionnel, dynamique et pourtant délassant, du yin au yang,
esquivant toujours la tendance d’être trop ambitieux et avide,
complaisant et inflexible, aboutissant ainsi au pragmatisme. Voici
est la pensée lorsque la promenade durant laquelle je vois des
sites intéressants sont plutôt épars. L’écart veut on a besoin
d’aller de distance pour y parvenir mais chaque pas est digne de
l’exercice jamais en vain. Est-il cause pour la bonne forme des
habitants relative à la grosseur ailleurs aux Etats-Unis ? Nous
nous épuisons en suite dans notre promenade à pied, lorgnant
avec d’envie aux gens en bus dans la forme d’un bateau mais
installé de rouage pour traverser le terrain et croiser l’eau. Ceci le
wagon s’appelle « le malard » qui roule, plutôt se dandine, aux
sons de musique carnavalesque comme ceux retentissants chez
cercle d’antan. La joie est contagieuse de laquelle on n’évite que
tirer l’impression de comment les visiteurs se ravissent avec une
liesse spontanée, ivre chacun de l’énergie et l’hospitalité que
Seattle exsude, la sorte de l’expérience côtière vue et vécue
exclusivement aux wharfs, de Boston à San Francisco, de
Vancouver à Durban, de Georgetown, Penang, à Phuket. C’est
certain que l’aiguillon de l’accueil si touchant soit motivé par les
revenus générés, cela est à dire la raison mercenaire, et c’est
aussi sûr que les citadins bénis des places telles splendides
aiment partager leurs milieux, leur surabondance, entrain, veine,
bonheur, culture et fierté ; aiment également alléger les griefs et
problèmes agriffant la ville, chaque ville, large et complexe si
seulement pour la durée de la visite. N’y a-t-il pas donc une rime
à la vie sur la berge de laquelle on se ravit sans souhaiter
dorénavant disséquer et examiner pour peur de ternir la magie ?
Si et c’est que qui grave les images de Seattle dans la bille de
quiconque visiteur novice et qui sans aucun doute en approfondir
dans celle de ses admirateurs vétérans.
D’ici, à la coulisse, voire le service d’autobus est gratuit si la
destination est dans cette zone touristique. Nous optons d’acheter
nos billets pour atteindre l’Aiguille d’espace qui monte à la
hauteur de 184 mètres. Voici est la jonction de Broad Street (rue
étendue littéralement) et John Street (rue John) d’où nous
débarquons à l’arrêt d’autobus, arrivant-nous au palier de
l’édifice le plus imposant qui accable le milieu. J’ai vu bien sûr

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cette précise image du symbole architectural de Seattle en
maquettes, estampes et cartes postales et, malgré le passage de
ces décades, la place retient son appel atavique. Mais il n’y a rien
plus mémorable et traumatique qui advenait ici que la fronde
contre la globalisation durant le conclave en décembre 1999 visée
à l’Organisation mondiale du commerce auquel la police avait
supprimée avec brutalité des bandes d’anarchistes, pilleurs et
partisans pour la justice globale. Voici est aussi la ruche de
culture, la fierté d’une ville qui se targue de son raffinage. S’y
concentrent sont le Musée d’enfants, le Projet de musique
expérimentale, le Centre pacifique de science, le Stade de
mémorial, plusieurs théâtres et acres de parc. Ma priorité
cependant est à vider mes vessies gonflées de ces lampées d’eau
minérale gazeuse. Cette conglomération de bâtiments excite ma
gosse qui ressemble-elle a l’euglossine en vol vrombissant,
butinant des fleurs mellifères et planant sur sèves et tiges, dans
la cherche pour le mieux mélange de senteurs. C’est une telle
tendance qui nous avait inspiré de lui surnommer le sobriquet,
« Yo-yo », et également nous lui auraient adoubé, « Bourdon » ou
« colibri ». Ma fille veut monter l’Aiguille dans la même façon
qu’elle avait grimpée au top du Building d’Empire à Manhattan,
elle, une dupe aux arnaques de tourisme. Mais je refuse cette fois
puisque nous avons vu déjà le paysage urbain de Seattle d’un vol.
Elle fait la moue et boude pour étaler sa pique, m’accusant en
train d’être pingre puisque ceci reste un phare et un symbole de
la ville. Mais je ne bouge plus aux plaidoyers et grognes qui
cessent lorsque son attention est encore divertie, inévitablement
et bientôt. En troc pour le manque d’y escalader, elle se règle au
compromis – un cône de glace, le lâchant en contentement.
Facilement soudoyée, ma gamine fringante s’averre encore un
enfant au cœur.

Au revoir, l’Amérique

Nous nous dirigeons au nord de Seattle sur route 5 et


passons la dernière nuit du périple américain circa 2008 dans
une banlieue de Maryville, d’autours 50 de kilomètres dehors la
grande ville. L’initial plan était de nous loger à Everett, une
bourgade plus substantielle, mais l’embouteillage bloque notre
accès et nous divertit au patelin mitoyen à la réservation de
Tulalip, une place falote de frange sinon pour deux attraits – un
casino et une arcade de débouchés de solde. Yo-yo a déjà fait de
cherche en ligne d’une semaine ou plus avant le voyage, notant
sur carnet l’adresse exacte et étudiant une carte. Ceci est
censément la raison pour son pèlerinage, oui, de magasiner
plutôt qu’apprendre plus d’un pays voisin. Je souhaite parfois
qu’elle chiade également aux examens. Mais ces jours la plupart
des jeunots et jeunottes s’occupent des emplettes en conformité
aux normes imposées par la pression sociale et décrétées par le
marketing dont le sortilège est pratiquement complet et inlassable
contre lequel la précaution parentale est juste un effort en vain.
Je n’ai rien de foutre dans la tiédeur du crépuscule clair et
étouffant sauf d’observer les lumières diffuses d’un réverbère en

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bravant le ciel déjà ténébreux. Dans ce milieu de silence parfait
pour la réflexion, on ne peut pas résister la tendance de méditer
sur la signification du voyage encore aux Etats-Unis. Qu’est la
force qui m’induit, oui, me contraint, d’aller sur ces quêtes
américaines dont la patrie j’abhorre, dont les actions je déplore,
dont faces, les bonnes et les mauvaises, dont paradoxes ne
cessent pas de me fasciner, dont histoires, des contes aux fables,
des légendes aux mensonges, des leurres aux éloges, du
journalisme a la littérature, résonnent dans ma tête ? Un an
avant cette excursion un tome de l’écrivain parigot Bernard-Henri
Levy, « American Vertigo », a attrapée mes yeux. Le livre sur ses
aventures pittoresques en parcours du pays ne cache pas son
ambition de refaire l’exploration du même terrain par Alexis de
Tocqueville en 1831-1832 quand la république fut encore en
ébullition de jeunesse dont le chaudron eut des ingrédients pour
un brassage inconnu. Le verdict de Levy reste confondu et
convoluté en contraste à celui de Tocqueville, clair, incisif et
généralement positif, discernant-lui des éclats qui furent en train
d’illuminer le monde dans paillettes et étincelles juste comme
l’anthem. De quoi est fait de la grandeur et de la laideur
coexistant aujourd’hui en grotesquerie aux Etats-Unis ? Ma
réponse est simple et, j’espère, ne pas simpliste. Cette nation
forgée dans les sacrifices de ses martyres de la Révolution pour
l’indépendance à la guerre civile fut, était et est déchirée et
amalgamée de ses contradictions inhérentes : une société qui
aime prôner son individualisme et est pourtant hostile à la vraie
liberté, donc la lutte interminable entre ceux en souhaite d’un
grand gouvernement et ceux en peur du même ; qui tire ensemble
gens de chaque part dans le nom de l’unité patriotique (ou d’être
franc, idiote) et progrès collectif et qui est tiraillée et quadrillée de
la diversité et la friction ; qui profite des cultures mixtes
résultantes en fusion créative de musique, art, cuisine et qui
mandate la prééminence de la poursuite de bonheur et pourtant
qui inflige trop de peine sur ses citoyens et, pire, sur ces êtres
humains dans quatre coins du monde. Abraham Lincoln et ses
apôtres guerriers oeuvrèrent de coller un pays fragmenté afin de
l’emboîter à une cause commune et une destinée partagée,
enfreignant dans le procès un principe cardinal de la Constitution
qui stipule comment l’union est volontaire. Oubliées dans ces
émois en jingoïsme et en isolationnisme du cerveau, de l’esprit,
sont les idéales encadrées par la charte, la boussole de la nation.
L’expriment américain est parvenu-il au point de défaillance
sinon faillite malgré certains achèvements incontestables. Le
spectre de sa désintégration ne hante personne de raison et
d’espoir. Un jour sa mort ne provoquera pas de regret. L’Empire
romain fleurit et périt et pourtant personne ne doute pas de la
valeur du legs encore en existence. Quiconque sage voit ces
monuments de marbre érigés dans les styles romanesques et
néoclassiques pour ébahir la multitude et évoquer l’antiquité sur
les avenues et pelouses à Washington. Il ne peut pas éviter la
conclusion qu’en temps tout sera rendu poussier dans le vent de
changement. Bon débarras.

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