Vous êtes sur la page 1sur 692
Christian, P Histoire de la magie, du monde surnaturel et de la fatalité à travers

Christian, P

Histoire de la magie, du monde surnaturel et de la fatalité à travers les temps et les peuples. s.d

et de la fatalité à travers les temps et les peuples. s.d 1/ Les contenus accessibles

1/ Les contenus accessibles sur le site Gallica sont pour la plupart des reproductions numériques d'oeuvres tombées dans le domaine public provenant des collections de la BnF.Leur réutilisation s'inscrit dans le cadre de la loi n°78-753 du 17 juillet 1978 :

*La réutilisation non commerciale de ces contenus est libre et gratuite dans le respect de la législation en vigueur et notamment du maintien de la mention de source. *La réutilisation commerciale de ces contenus est payante et fait l'objet d'une licence. Est entendue par réutilisation commerciale la revente de contenus sous forme de produits élaborés ou de fourniture de service.

2/ Les contenus de Gallica sont la propriété de la BnF au sens de l'article L.2112-1 du code général de la propriété des personnes publiques.

3/ Quelques contenus sont soumis à un régime de réutilisation particulier. Il s'agit :

*des reproductions de documents protégés par un droit d'auteur appartenant à un tiers. Ces documents ne peuvent être réutilisés, sauf dans le cadre de la copie privée, sans l'autorisation préalable du titulaire des droits.

*des reproductions de documents conservés dans les bibliothèques ou autres institutions partenaires. Ceux-ci sont signalés par la mention Source gallica.BnF.fr / Bibliothèque

municipale de

(ou autre partenaire). L'utilisateur est invité à s'informer auprès de ces bibliothèques de leurs conditions de réutilisation.

4/ Gallica constitue une base de données, dont la BnF est le producteur, protégée au sens des articles L341-1 et suivants du code de la propriété intellectuelle.

5/ Les présentes conditions d'utilisation des contenus de Gallica sont régies par la loi française. En cas de réutilisation prévue dans un autre pays, il appartient à chaque utilisateur de vérifier la conformité de son projet avec le droit de ce pays.

6/ L'utilisateur s'engage à respecter les présentes conditions d'utilisation ainsi que la législation en vigueur, notamment en matière de propriété intellectuelle. En cas de non respect de ces dispositions, il est notamment passible d'une amende prévue par la loi du 17 juillet 1978.

7/ Pour obtenir un document de Gallica en haute définition, contacter reutilisation@bnf.fr.

II 18 TOIR E

LA

t~T

 

MAGIE

DU

MONDE

DE

LA

DE

SURNATUREL

FATALtTR

A TRAVERS.LES TEMPS ET LES PEUPLES

PAR

P. CHRiSDAN

t\C)f;\nt)().tOT))HCA!nH.H!Mt\)STmtHnHt.')SST[ttJCT)«Sf)tHHO);H)'tt)HS<:m.Tf:<.

PUHNE,

PARIS

JOUVRT

HTC'

HDtT~t!HS

·

S

0,RI!ESA;tiT-AKB))Ë-DF.S-AKTS,<5.

T')ns<!r')itst-<servcs.

LA

HISTOIRE

DIl.

MAGIE

'M'ry),t~<-r.f)Hf:Kt:TKFN.

` PRÉAMBULE

La Magie, ou'plutôt le Magisme.'si l'on daigne remonter a ses sources antiques, ne peut plusse confondre avec les super-

stitions qui calomnient sa mémoire. C'est la première'doctrine religieuse, morale et politique de l'humanité.

Son nom

vulgaire vient

du grec MAI OY (Mage) et MAlEtA (Ma-

gie), altération des termes ~y, ~/cy/<,~/ayA, qui, cn'pehivi et en

zend, langues du vieil Orient, signifient y~e~'e, ~ye, excellent, d'ou dérive le mot chaldéen Ay~y/<f/7!, équivalent de /M?<<e

sayeMe ou phiiosopbie sacrée (1). La simple étymologie révèle donc que la Magie était l'ensemble des connaissances possédées

autrefois par ces Mages ou.phitosophes de l'Inde, de la Perse, de la Chaidée, de l'Egypte, qui furent les prêtres de la nature, les pères de toute science, et les créateurs de ch'Disations gigan- tesques dont les ruines portent encore, sans fléchira le poids de. soixante sicctes.

Considérée sous ce point de vue, la Magie est la préface de l'Histoire universelle Comme tout ce qui touche aux origines des sociétés, elle présente un côté mervci)leux, dont l'étude avait passionné les plus nobles esprits d'Athènes et de Rome, avant d'être défigurée

et flétrie par la .corruption des temps césariens. Ses Mystères, devant lesquels s'inclinent Platon, Plutarque, Cicéron, Virgile, Tacite, et dont les derniers hiérophantes apportèrent au berceau de Jésus trois hommages symboliques, ne peuvent nous être indifférents. Leur côté doctrinal est un reflet de Dieu même sur la pensée humaine. Leur côté merveiUeux embrasse l'in-

(~) Porphyr., De ~~< IV, )f!.

30.

(Paris,t8GU.)

Duperron,le Ze/!f/tt)M<a.,H, p. 5j5.

/oyie, ch. n, p.

jEtian., V~r. /~o; ![, )7.

Anquetil-

A)f. Maury, de l'Institut,~a~!<; et .4~<o-

a

yi

PXEAMBULE.

fini, contemplé des hauteurs de l'âme, dans l'aurore du génie des nations. C'est une intuition des splendeurs u)tramondaines vers lesquelles nous attire sans cesse, comme un aimant divin, malgré nos défaiUances et nos chutes, l'immortelle conscience d'un éternel avenir. Une telle étude ouvre, çà et là, d'immenses profondeurs 'ou la raison se perd dans les éb)ouisscmcnts de l'extase.' Nous n'irons point tenter le vol d'Icare au-dessus de ces abîmes. L'a

Magie active et pratique va nous livrer, sans quitter la terre,

les

secrets de la puissance qu'elle a si longtemps exercée parmi

les hommes, surtout par le prestige des arts divinatoires, des 'oracles, et de la presque infaillible Astrologie. Ce'livre est le fruit des recherches qui m'ont souvent charmé,

et j'espère qu'il-obtiendra du public la bienveillance qui s'atta- che,. depuis trente.ans, à tout ce que j'écris. Quelques esprits distingués élèvent en ce moment, par l'union de la fortune, de

l'intelligence et des arts; un monument triomphal aux inven- tions modernes (1). Je viens bâtir dans son ombre une humble cabane, avec quelques pierres du passé. L'admiration ira tout droit an monument; mais, au retour, elle ne méprisera point la cabane. H y a, en effet, dans toute vie, certaines heures où l'âme se recueiHe, hors des bruits de la terre, pour se demander d'où elle vient et ou elle va. L'attrait des choses cachées, qui sourit

.à tons les âges l'espérance, la crainte, l'ambition, l'amour, le regret, la douleur, spectres voiiés du Destin, qui se dressent, tour à tour, au seuil de chaque journée en un mot, tout ce qui effleure ou fait vibrer l'imagination et le coeur, évoque au- tour de nous les mirages d'un monde surnaturel où nous. cher-

chons instinctivement lumière, assistance ou refuge

ligions le décrivent sous des formes différentes, et l'emplissent

de merveilles, se!on )e caractère des pays, des époques et des races mais sa réalité absotue nous échappe, comme l'essence

de Dieu même, derrière l'ombre-épaisse .dont se revêtent les dogmes. Cette patrie inconnue, d'où descendent et où rcmon-

Les re-

Les jV?)'fe)7/Mf/c la

())

science,descriptionpopulaire desdécouvertesmodernes

par Louis Figuier, 4 vol. in-<.(Paris,)8(!G-)8:U,Furne, Jouvetet C" éditeurs.

PREAMBULE.

VII

tent nos rêves, a-t-elle une existence? Il.suffit, ce. me.semble,

d'ouvrir les yeux, pour n'oser le nier. L'astronomie, sublime voyageuse qui, de jour en jour, s'avance plus loin dans les cieux, constate sans cesse que l'immensité de l'espace, peuplée d innombrables merveilles, ne contient rien d'invisible que

proportionnellement à nos moyens de. vision. Centuplons, tôt .ou tard, les puissances de l'optique, et nous commencerons a lire l'histoire de Dieu, Bible vivante dont chaque étoile est une

lettre, chaque constellation une phrase, chaque-phénomène une page, chaque cycle solaire un volume. Nous verrons la vie se mouvoir dans ces orbes étincelants qui fleuronnent le dia- dème de l'Eternité, et nous trouverons peut-être un .secret pour

communiquer avec eux.

'Mais ces astres sont-ils trônes ou foyers d'intelligences sulié-

rieures à notre nature?.

Existe-t-il, entre ces créations et

nous, certains liens providentiels?.

En d'autres termes, les

êtres qui tes habitent, ou quelques-uns de ces êtres, peuvent-ils exercer sur le présent et l'avenir de l'homme une influence

quelconque, tutélaire ou dangereuse, et attestée par l'expé-

rience?.

affirmation, leur témoignage repose-t-il sur de suffisantes autoritésautorités?.?.

Et, si les faits surabondent

au profit d'une, telle.

Ce problème

n'est pas sans gravité, ni sans grandeur. De

quelque manière qu'il se résolve, la majesté du Tout-Puissant n'en sera point amoindrie. Je n'aperçois rien de contraire à la

plus saine logique dans la supposition que les lois de l'ordre universel sont appliquées, autour de nous et en nous, comme le croyaient les Mages, par des ministres plus ou moins nom- breux et diversement actifs, de la Sagesse absolue. Il serait, sans doute, intéressant pour l'Humanité de porter enfin, avec certitude, un jugement définitif sur la valeur des traditions

transmises, a cet égard, par les croyances de la plus haute antiquité.

Je n'ai pas craint de m'aventurer

dans ce labyrinthe ou il

est si facile de s'égarer dès les premiers pas. Nous avancerons avec prudence. Je citerai soigneusement les sources lointaines où j'ai puisé, tous les débris, confondus aujourd'hui, de l'an-

Vm ¡:

PRËÀMBULM:;

tiquité' savante et du moyen âge'érudit.'Jé raco.nte 'sans parti pris, laissant pleine carrière à la libre .appréciation des lec~ tëurs. Les uns verront ici. une science dont ils voudront peut-

être agrandir la perspective je leur indique la route. D'autres ne chercheront qu'un amusement, et. jè n'ai pas la prétention de leur offrir davantage.' Toutefois, aux'graves penseurs qui creusent le fond de toutes, choses, comme aux'esprits moins:

sérieux qui s'arrêtent aux surfaces, je démande.une attention

quelque peu soutenue, pour qu'itsne laissent point échapper le lil d'Ariane à travers les méandres de l'Astrobgië et les sen- tiers entre-croisés sur lesquels se joue la Fortune, dans le mou-

vement perpétuel de t'Horoscope. Ressusciter l'antique Horoscope, aux approches du ving- tieme siècle moderne, c'est peut-être une grande témérité; mais elle trouve sa justification" dans. la doctrine même des, Mages. « Heureux,)) disait Hermes-Thoth, « heureux qui sait tire les signes'des temps: celui-là peut éviter beaucoup d'in- fortune, ou du moins se préparer à en amortir le choc. » L'art mystérieux des prêtres d'Isis n'admettait point une aveugle fa- talité, mais, en face des épreuves si diverses dont se compose toutc.vie, il armait l'homme d'une efficace volonté .pour com-

'battre et vaincre, ou d'une' sage résignation pour souffrir. L'histoire de tous les temps est pleine d'incontestables prédic- tions. Si cê n'est point assez pour commander la foi, c'est trop

pour nous permettre un orgueilleux dédain. Quelles que soient d'ailieursies protestations des esprits forts, la vraie, la haute Magie; devant laquelle s'inclinèrent tous les trônes de l'ancien monde, ne cessera de posséder, au-dessus des révolutions hu-

maines, le plus vaste et le'seul impérissable empire, celui de la curiosité.

w

P. CHRISTIAN.

HISTOIRE

DE LA MAGIE

MVREPREMIER

LES PORTES DU MONDE SURNATUREL

Ï

J'achevais, en 1839, avec Chartes Nodier/de l'Académie française, un livre consacré aux souvenirs du vieux Paris (1), ce trône de tant de grands hommes et d'une si haute histoire,

qui s'émiette aujourd'hui, pierre à pierre, sous le marteau dés démolisseurs, et dont il ne restera bientôt qu'une légende.

Profond penseur, merveilleux antiquaire, Chartes Nodier n'avait pas seulement l'amour des livres, il en élevait le respect

à la hauteur d'une religion. Le mot n'est point risque. Si l'é- glise est la maison de Dieu, la librairie est le tempte de l'esprit humain, le tabernacle du Verbe écrit.'C'est le reliquaire des penseurs qui, de siècle en siècle, ont agrandi le monde c'est l'armoriai d'une noblesse qui ~) t'infini pour ancêtre et pour

postérité.

()) Paris /iM<o)'M,

3 vol. gr. in-8, avec 202 phnches sur papier de Chine (Paris,

1839, F.-G. Lovrault, imprimeur dn roi). Cet nuvrage, depuis tongtemps épuise, se trouve :< la Bibliothèque de t'Arsena)~ dont Nodier était couservateur.

C)

HtSTOlKEDELAMAGiE.

Que) que soit le rang de l'homme dans toute société, il ne

la sert, ou ne lui p)aît, et, n'y

qualités dont l'imprègnent les livres. Les livres sont ses pre- miers maîtres, et souvent ses derniers amis. Le sacerdoce, ta

maintient sa place que par les

justice, l'armée, l'histoire, la diplomatie, les sciences, les arts, l'industrie, les métiers ont, leurs bibliothèques. L'ouvrier qui

au niveau du plus

sait lire peut s'élever, par l'intelligence,

grand citoyen. Le riche inoccupe illustre ses loisirs en cou- vrant d'or tes éditions monumentales, et les souverains eux- mêmes sont tributaires du livre qui va mesurer leur mémoire. .Ah me disait Nodier, qui avait vu tant d'orages, gardons bien ce culte de l'esprit a travers cette vie dont chaque len- demain se lève sur des ruines! Aimons les anciens livres, ces

immortels gardiens des époques de grande foi, de science pro- fonde et de passions fières aimons-les, pour nous fortifier au seuil des temps nouveaux.

Un soir, dans la maison de Sully, qu'habitait Nodier, nous

de cette fauve Italienne qui, bien que

causions, a huis clos,

nièce d'un pape, fut le démon de la France. Et nous lisions ce

qui suit dans les Mémoires du temps « Le 24 août ~5~2,

seigneurs et archers ensemble, toute sorte de gens et peuple, mêtés parmi eux et sous leur ombre, saccageaient les maisonsS et tuaient les personnes. Paris semblait une ville conquise. Les corps détranchés tombaient des fenêtres, les portes étaient bou-

chées de tas d'agonisants, les rues pleines de cadavres qu'on traînait à la Seine. La colère, le sang et la mort couraient en telle horreur, que Leurs Majestés, qui en étaient les auteurs, ne

se pouvaient garder de-peur dans le Louvre. » Cette date, c'est la Saint-Barthélémy. Ces lugubres majestés se nommaient Catherine de Médicis, veuve de Henri Il, et Chartes IX, son fils. L'auteur des Mémoires que je viens de citer, c'est Gaspard

de Saulx-Tavannes, maréchal de France, un courtisan, un complice.

« Eh, <yM'e~<~!< /nM'e~ë~MM;r M~e pauvre femme ayant, a

LIVRE PREMÏËFt.

;{

la mort de son mari, cinq enfants sur les bras, et devant elle deux familles, les Bourbons et les Gnises. qui pensaient en-

vahir la couronne ?. Fallait-il point qu'elle jouât d'étranges personnages pour tromper les uns et les autres, et garder, comme elle a fait, ses enfants, qui ont successivement régné par la sage conduite d'une femme si avisée ?. » Voilà Cathe- rine jugée par Henri IV, si j'en crois les '~7e/MOM'Mde Claude Groulard, président au Parlement de Normandie, grand ma-

gistrat qui refusa, par vertu, la dignité de garde des sceaux. Ce roi de France et de Navarre, dont Voltaire, le roi du para- doxe, a dit qu'il fut de ses sujets le vainqueur et le père, pou- vait-il juger si benoîtement la sanglante reine du xvf" siècle?

Pourquoi point ?. Sous la paternité d'Henri IV, les prisons regorgeaient de pauvres gens incarcérés pour l'impôt du sel. « Ils y pourrissaient tellement, qu'on en avait tiré jusqu'à cent vingt cadavres pour une seule fois. Sa Majesté, « disent les

suppliée d'avoir pitié

de son peuple. Mais, sachant qu'il venait grand trésor de cette

taxe, le roi voulut qu'elle fut maintenue en sa rigueur, et

tourna le reste en risée.

Registres du F~/eme/~c~~oMeM,)) fut

o

Au surplus, de quoi se plaignait-on au meilleur des rois?

= « Mes conseillers,

disait Henri, « et mes officiers-en font

bien d'autres!

naïveté, lisez le ~Mn<a/ de Pierre de l'Estoile, bourgeois de Paris c'est la médaille populaire du dernier Valois et du pre- mier Bourbon.

Quoi qu'il en soit, après les Matines parisiennes, quand l'i- vresse du meurtre fut dissipée, Catherine, cette pauvre /e)M?Me si sage.et si avisée, demandait vainement à l'enfer comme an ciel un peu d'oubli de son forfait. Poursuivie, dans l'ombre solitaire des Tuileries, par les mânes de ses victimes, elle s'en- tourait de sorciers et se couvrait de talismans, sans pouvoir conjurer l'horreur qui s'exhalait de toutes choses devant sa face homicide.

Un célèbre astrologue italien, Luc Gauric, évoque de Civita-

)) L'aveu est plaisant. Si vous doutiez'de cette

HISTOIRE

t

DE LA MAGIE.

Ducale, consulté dé loin sur ces royales terreurs, répondit à Catherine par cette énigme M&~H~-GerMMM!vous verra mou- rir. )) L'obscurité même de l'oracle y ajoutait du prestige. <( Aussitôt, )) dit Mézeray, « l'on vit Catherine fuir tous les lieux, toutes les églises qui portaient ce nom suspect. Elle n'alla

plus a Saint-Germain en Laye~ et même, parce que son palais des Tuileries se trouvait sur la paroisse de Saint-Germain l'Au- xerrois, elle se retira daris un hôtel qu'elle possédait près de Saint-Eustache. )) C'est là qu'elle fit construire, en colonne do-

rique, un petit observatoire où, pendant les nuits claires, elle allait épier le mouvement des ciéux, pour y quêter des présages. Cômc Ruggiéri, son intime confident, et Auger Fërrier, son mé- decin, lui tenaient compagnie :et-gouvernaient ses remords.

Ce- Ruggiéri était un .prêtre florentin fort expert et .renommé dans l'art de composer'les philtres qui excitent l'amour, et dans celui d'eMMO!<<er,'fairedépérir en: plus ou moins-de temps, par d'invisibles moyens, l'ennemi dont on'voulait se venger sans

péril Catherine'

l'avait fait venir de sà patrie comme un passe-

temps pour sa cour et. une utilité poubelle-même. Afin de se l'attacher, elle lui avait donné la riche abbaye de Saint-Mahé,

en Bretagne.' Ruggiéri dînait dé l'autel, et voulut souper du complot. Fourvoyé, en 1S74, dans l'afFaire de La Môle et de

Coconas, .il n'échappa' au supplice que grâce, a la maîtresse qu'il trahissait; Condamné aux galères perpétuelles, il y em-

portait ses secrets

les besoins de la reine mère lui valurent

des lettres d'abolition. Plus tard, ilfut accusé auprès d'Henri IV d'avoir fait de ce roi une statuette en cire dans laquelle il plan-

tait,.chaque jour, treize aiguilles, en prononçant des paroles magiques auxquelles on attribuait le pouvoir d'e?K)0!~er. Rug- giéri déclara au président, de Thou, chargé de l'interroger, qu'il avait sauvé le Béarnais de la Saint-Barthélémy en jurant à'Catherine, sur la foi de son art, qu'elle n'avait rien à redouter

de ce prince. « Comment donc,)) s'écria-t-i), «pourrais-je mal vouloir à l'homme qui me doit son salut? » Henri parut s'en

souvenir'; il fit relâcher Ruggiéri, et le dota d'une pension

LIVRE

PREMIER.

3

avec le titre d'historiographe.

par le couteau

de Ravaillac

Auger Ferrier,

comme

tous

L'eMuo~~e~,

faux

ou vrai,

l'avait-il

Ruggiéri

les médecins

prévu?.

de l'antiquité

moyen

âge, croyait

aux influences

astrales

sur

la destinée.

finit

et du

Il

Auger

Ferrier.

savait

crise fatale

calculer,

une

et tantôt la convalescence.

sur

table

des

phases

lunaires,

L'effet suivait

tantôt

la

si souvent

les pronostics lait

plus

profondir

sur de

du docteur,

ses remèdes.

que sa réputation

Cette vogue

de sorcier

mis en goût

lui va-

d'ap-

si

que

l'avait

que la théorie

de l'horoscope.

11 s'y montra

si vaillant,

et surtout

si bien

servi par l'événement,

lui-même,

Toulouse,

Emmené

sa ville

à Rome

natale,

parle

devint

cardinal

pour

lui une

Bertrand,

scène

trop étroite.

il étonna

Pie

IV,

fi

'HISTOmE

DE LA .MAGIE.

ut) Médicis, et, a son retour en France, les lettres de::ce: pape lui procurèrent l'accueil de Catherine, qui en ht son médecin

devant le vulgaire, et son-prophete.dans l'intimité. Fidèle a sa.bienfaitrice, il ne la quitta que pour mourir, en 1589, quel- ques mois avant elle. Lorsque Catherine eut disparu dans le crépuscule des Va- lois, d'ou allait bondir le dominicain Jacques Clément, l'hôtel de la ~gx'Me, comme on l'appelait, fut acquis par Charles de Bourbon, comte de Soissons, et garda ce nouveau titre jusqu'en 1763, époque ou il'fut jeté bas pour faire place a la Halle au blé. La colonne augurale de Catherine est seule restée debout,

muet témoin, trois fois séculaire, des épouvantements de cette méchante femme.

n I

mais, me disait Nodier, ce que

peu d'écouteurs accueilleraient aujourd'hui, sans hausser les

épaules, c'est l'accomplissement de la prédiction faite à Cathe- rine par maître Luc Gauric. Il paraît cependant que le prêtre qui assista la vieille reine dans les affres de l'agonie se nommait Nicolas de &Ge?'?/!aMï, évêque de Nazareth. Catherine, en l'entendant nommer, crut voir la Mort se dresser derrière lui,

Voilà de l'histoire avérée

et cette suprême terreur l'étouNa. Venant de vous, répondis-je à mon aimable causeur, l'a- necdote a son prix; mais ne serait-ce pas un de ces petits contes

faits, après coup, comme les mots prêtés a tant d'hommes fameux, C'est possible, et je vous abandonne volontiers mon Saint-

Germain pour ce qu'il vaut. Mais puisque nous sommes sur le chapitre des choses singulières, tenez, en voici une qui semble porter avec elle son cachet de certitude. Et, à ces mots, l'excellent Nodier tirait discrètement d'une vi- trine consacrée aux raretés de sa bibliothèque un petit volume in-24, d'environ cent feuiHets sur peau de vélin, reliés en ivoire

LIVR.E PREMIEH.

'7

.bruni, avec coins et fermail, d'or sur. lesquels étaient iincment ciselés le chiffre de Catherine et celui d'Henri H, ûn.C.et un H entrelacés sous la couronne royale. Je parierais, poursuivit-il, que je tiens le bréviaire dont

se servait, sur sa colonne, la grande Médicis. Il a du passer par beaucoup de mains pour arriver jusqu'à moi; c'est une épave des révolutions. Les chiffres gravés sur la reliure ne laissent point douter que cet exemplaire n'ait appartenu a Catherine, » J'avoue que je ne pus toucher sans frémir cette relique d'une femme qui avait été si fatale. M me semblait que le spectrede Catherine allait sortir de terre pour me l'arracher. Hien n'est faible comme un esprit fort, sous les vibrations de l'imprévu. Il y a telle idée dont l'éclair peut exalter au sommet des mondes,

la plus chétivc nature; j'en sais'telle autre qui peut foudroyer le plus solide cerveau. La présence d'un milieu doux et bien- veillant me servit sans doute de paratonnerre. Cachant de mon

mieux cette rapide émotion, j'ouvris le petit livre de Catherine, dont Nodier, avec l'accent passionné de l'heureux bibliophile, me signalait la date, 15G3, et l'éditeur, Jean de Tournes, lyon-

nais, le célèbre imprimeur du roi.

Le titre était

/M<ye??!e?!<s<M~o?!OM!'yMM ~M?'les Nativités,

par. ~4MoerFerrier, ~e~ec!H ~e

7!oyne. Au-dessous du titre

figuraient les armes de Jean de Tournes, un écusson entouré

.d'un serpent se mordant la queue, avec cette devise « ()«o~

<6! fieri non vis, a/ï

ne feceris (Ne fais a autrui ce que tu ne

voudrais qui te fut fait.) )) L'auteur s'adressait a très-illustre et t'e~/MeM~e yj~?iceMP,

madame Catherine, jRoy~e~e ~a?ïce. « Sçachant, )) lui disait- il, « le plaisir que prenez à lire toutes œuvres qui appartiennent aux hautes congnoissances des Astres, le me suis enhardi d'es- crire et vous dédier le présent 7/'aK'<e des !Mye?Me?~ <M<~o?M-

yK~MM, pour congnoistre les biens et les maux qui des astres, côme ca:MMMa~M~e//es,proviennent aux Humains. Lequel vous prie recevoir pour aggréable, ayant esgard a la bonne vo-

lonté de la personne qui toutes ses méditations,

cstudcs et

8

HISTOIRE DU LA MAGIE.

labeurs, humblement destine au service de Vostre Ma-

jesté~).))' Ainsi, de par cette lettre publique, la reine mère était une adepte, une protectrice déclarée des sciences occultes, passion de tous les siècles. Elle avait donc un manuel officiel de divi- nation, rédigé pour elle-même par un homme a son service et, sans nul doute, fort. versé en ces étranges matières. Mais pourquoi l'oeuvre de Ferrier se trouvait-elle imprimée ? Pour- quoi le Louvre et la Vilie étaient ils admis à scruter les secrètes pratiques d'une reine si fameuse par sa dissimulation ?

Quant à cela, dit Nodier, les précautions étaient prises, et elles étaient fort simples.: Le grimoire de Ferrier demeurait indé- chiffrable sans certaine clef que l'auteur ne livrait point au

public. Il suffisait, en ce temps-là, d'être mystérieux pour im-

poser, même à de grands esprits, une sorte

de respect doublé de

superstition. Catherine le savait. Réputée magicienne, ou peu s'en faut, par le témoignage de Ferrier, elle ne refusait pas ce moyen de faire reculer la haine en lui opposant, comme une tête de Méduse, la menace de prévisions surnaturelles.

Le Traité ~e~My~eM~ a~o~o~~M~ renouvelait l'énigme du Sphinx, et les OEdipes étaient rares. Gentilshommes ou grandes dames, gens de robe, d'épée ou de finance, alléchés par l'in- connu, venaient sans doute consulter le médecin favori sur la fièvre de leurs amours, ou sur les plaies de leur ambition. Maître Ferrier devait parler assez pour se montrer habile, et

se taire à propos pour garder son prestige il devait, je le sup-

pose, exceller dans l'art de fuir devant

mieux attirer. Catherine se servait de lui comme d'un hame- çon, pour pêcher ses ennemis dans. !'eau trouble des dange- reuses confidences. C'était peut-être là toute sa magie ceci soit dit sans dénigrer les vraies sciences occultes.

les secrets pour les

(1) La'Bib)iothèque'imperia)e'de

Paris possède un exemptaire de ce petit livre

extrêmement rare. Moins luxueux que n'était ce)ui de Ch. Nodier, il est retie entre

deux simples ptanchettes de chêne, et inscrit au catalogue sous les lettres et chin'res

LIVRE PREMIER.

H

–Vous y croycx donc? m'écriai-je. –Je crois, poursuivit Nodier, qu'i) ne tant pas plus nier

qu'affirme)' ce qui échappe aux petites règles de nos petits rai- sonnements. Les sciences occultes datent de trop loin, elles ont trop passionne l'Humanité pour être vides de sens. Je ne m'en suis occupé qu'au point de vue des éditions rares, des manuscrits enluminés et des curieuses gravures sur bois qui nous en gardent la mémoire. Mais c'est peut-être un monde a retrouver, dont le Christophe Colomb se lèvera tôt ou tard. Nous vivons à une époque d'aspirations multiformes qui veut faire en tout la lumière ses hardis pionniers cherchent partout du travail voilà une route à défricher sous les décombres du

temps. La folie-est au bout, peut-être, ou la suprême sagesse

la chance est périlleuse, mais le triomphe

aurait son prix.

Pour moi, dans mon droit de libre penseur, et sans vouloir

choquer des incrédulités respectables, j'Imagine que, si l'homme peut rappeler dans le miroir du souvenir les fugitives images du passé, il peut aussi, soit par un progrès de son être, soit par la résurrection d'une science éclipsée, créer ou, ressaisir quoi- que moyen d'éclairer l'aueM!?', seconde face du Janus éternel. Qu'en dites-vous ?. Nodier souriait cil metendant la main

La réponse ne pouvait s'improviser.

Ht

Un cette même année 1839, M. le comte de Salvandy, mi- nistre de l'instruction pubtique, faisait réunir, a Paris, des mil-

tiers d'anciens livres qui, depuis 1790, date de la suppression des monastères, existaient en double emploi dans presque

toutes les bibliothèques departementa)es, ou les avait amoncetés ia Hévolution française. Charge de mettre en ordre ces richesses littéraires, que la haute pensée du bienveiltant ministre desti- nait a devenir le fondement de nouveUes bibliothèques, je m'at-

40

HISTOIRE

DE

LA MAGIE.

tachai

à ce travail

avec

une ferveur

justifiée

par

les intéres-

santes découvertes

La première,

dont chaque

et, sans

contredit,

jour gratinait

ma jeune

la plus précieuse,

activité.

fut

r~o-

/e/6'~a~Me

de Ptolémée

de Péluse,

commentée

et développée

Junctin

de Florence.

par Jnnctin

de Florence,

François

de Valois,

dernier

docteur

frère

en théologie,

de Henri

111.

et aumônier

de

Ptolémée,

contemporain

du berceau

de l'ère chrétienne,

fut

un des

derniers

écrite

docteurs

de la célèbre

École d'Alexandrie.

parties,

Son

en grec,

de la haute

et divisée

en quatre

expose toute

œuvre,

la doctrine

(rHermès

les traditions

Magie égyptienne,

si fameux

d'après de Thèbes

et des sanctuaires

et de Mem-

phis,

dont l'origine

se perd

dans

la nuit

des temps.

LIVRE PREM1E]).'

IL

Junctin/'son commentateur, y annexe, page a page, avec une prodigieuse érudition, toutes lés concordances doctrinales qu'il a pu glaner dans ses recherches sur l'~4~0HMMC!echal-

daïque, sur )a Ti~M~/e des Hébreux, et sur les 77M«~e~ arabes, grecs ou )atins. H fait plus il met en action l'engrenage si complique de cette encyclopédie des sciences fatidiques et, pour démontrer la puissance de ses étranges théorèmes, il mul- tiplie les exemples d'horoscope.: Ll en prend les sujets partout, parmi les empereurs, les papes,:les. rois, les cardinaux, les évoques, les guerriers en renom, les notables citoyens des prin- cipales villes de France, d'Allemagne, et.'d'Itatie. Les règles antiques sont posées d'un côte, les applications modernes s'é- chelonnent de l'autre. Suivez, d'exemple:en exemple, ce prêtre du dogme chrétien, ce maître en sainte et orthodoxe théologie

(6ac?'CB</Mf/o</MS<~fc/o?'),.qui se transfigure tout a coup en hiérophante d'Isis, pour nous parler la langue d'un monde en- foui sous cinquante siéctes, et si vous résistez~aux preuves d'un

savoir plus qu'humain,'vous serez écrasé par/la nécessité d'en confesser lès merveilles.(1). L'exemplaire que j'avais sous les yeux, en deux volumes in'- folio, datés de 1581, 'avait appartenu a Moria de Villefranche, professcurroyal de-mathématiques au Collège de France, et astrologue, en,'titre auprès d'Anne d'Autriche,- épouse de Louis X)ll, car il. fut mandé', dit Voltaire, aux.couches de cette reine, pour dresser, à l'heure précise de la nativité, l'ho-

roscope de l'enfant qui devait remplir un siècle sous le nom de Louis XIV. H en existe un autre exemplaire, à la bibliothèque Sainte-Geneviève de Paris, provenant d'un legs de 16,000 vo- lumes, fait aux chanoines génovéfains par le cardinal Maurice

Letellier, archevêque de Reims, qui mourut en 1710. Ce prélat fort instruit, et grand amateur de raretés, vénérait sans doute

()) X).~uS!oU i)To).E)iKio'J iit)).OU<HOU, TM'< 'AsTpo).6YM~JTpMTOU.(J.Kf~jJUÏ'CtX~ t]

TtOTE).E(T~TtXf);TETp~gM).

Scientiam, in certas classes digHStam, compiectots

sacru: Ttteoiog!~ dnctnn;. vol. in-foL /f/"M; G(;i)evieve,'V, t43).

S~ecM/Mn!.~<)'o/o;/M;, universam mathcmatican).

)58) (P:)n,J!ib)!oth(;quH

auctore Francisco ./M;!c</Mn

dcSaintf;-

~2

HISTOIRE DE IjA MAGIE.

les .vieux mages comme tes précurseurs des Apôtres, et ses amis les.Génovéfains devaient communier avec lui dans le

cult& secret

scie'nce occulté qu'il leur:'légua sont, eu 'maint' endroit, souli-

gnés'et:annotés,'soit':paTlui, soit par eux. ,)Lféditi6n de Junctin est dédiée a Marghard; évoque de'Spirc et'conseiller du Saint-Empire romain: Elle fut imprimée avec

privilège de Rodolphe H,: empereur d'Allemagne. Doublé pr'euve.dé la grande estime dont jouissait l'auteur, de.son.émi~ nehee:. comme savant, et de l'admiration qui .accueillit~ son

o&u.vre dans. lès'régions.du trône et ,du pontificat. 11 fut,.sans doute, aussi recherché~par.~l'avide attention de la reine'Cathe-

religion -primitive, puisque tes.livres de

de''la.

cinë ;;peut-être dut-il à sa faveur

tier de la couronne, de ce François dé.Valois,.comte d'Alençon, puis; duc d'Anjou, .qui mourut de'debauchc à trente ans: Mais

le:

titré d'aumônier.de: r'héri-

ni-'la grave histoire ni la.chroniquc.scandaleuse~du

le montrent mêlé. aux .corruptions de cette .cour. ~Uvécu't.ct mô.urut solitaire, .dans Lunique amour d'un amendé a.par.t,

peuplé des chastes visions qui caressent le génie.entre: terre et ciel;

~.Ma.:deuxiéme découverte fut le: ?~a!<e'~e.a<AeM!a<!yMe~ cp/e~M.campose~par/J.uliusFn')hicusMaternus,. prêtre; sicilien, qui' uorissait.au. quatrième siècle de :notre ère, vers :le.temps dé ~empereur Julien.Cet ouvragé,.divisé .et].huit.livrés, est:un

véritable manuel-pratique~ de: 'l'A'strolpgLe, .rédigé, diaprés .'la dhotrine de Ptolémée .de 'Péluse; .et .mainte ~bis récom)i)andé,

temps~nc

da )is les~ Co??!?Me?<<aM'M'd e J u

nctin, .com meu ne. autorité~ de .pre-~

mier;~rdM :en.matière d'occultisme.,L'éditiôn'dë~ ce. manuscrit do~uxe~foisséculaire avait été faite. à-Bale, en .Suisse, par les

soins-d'ùn'certain Nicolas Prucknér,. de, Strasbourg, et dédiée a:J~douardVt, roi d'Angleterre~). Je mis la main plus tard, avec un égal bonheur, sur un pauvre petit in-12 vêtu de parchemin fort délabré depuis 1632. C'es~.

JniiiFirmici Maternijunioris~Siculi, vn'ichri, ad MavortimnLoHia~um~7n-

<e6'C(M/<))-!t'

(!)

) yot.

in-fo).\B<7f«',t55t (Bib)ioHte(tueimpëriatc,V, )8'i).

LK<:U~~<N\(.1!

!l~nLt\<t r

LIVRE PREMIER.

43

tout. ce qui restait, des CM?'MA'!<MM:o:/i!'e~.!M?'/'s?'< <6!/MW<!M~Me ~M Pe?'~a;!S, l'/t~o/o~M ~e~ Pa~!<!7'e/!C~, et te ~M/CM de .e

~M l'alphabet

étoiles les n~o/?~M?M<~ Z~T'e.

Comme

il ne faut juger de rien sur l'apparence, n'allez pas croire que je fusse mal tombé. L'auteur en valait bien cent autres, car ce n'était rien de moins que Jacques Gaffarel, une de ces fortes têtes qu'on'dirait sculptées en bronze de Corinthe, éclaire d'unn

reflet du soleil hellénique. Voyageur ,infatigable, à Venise, a Home, en Grèce, en Asie, partout ardente abeille, il avait épuise le miel de la science. Docteur en droit canon, prieur de

Saint-Gilles, abbé de Sigonce, protonotaire apostolique, il était devenu, par surcroît, bibliothécaire du cardinal de Hichelieu, ce rude prélat dont le ministère fut un règne, et qui disait tout

« Quand j'ai pris une résolution, je vais a mon but, je

haut

« fauche tout, et ensuite je couvre tout de ma' robe rouge. » Cet homme d'acier savait choisir ses serviteurs. Ce qui l'avait incliné vers Ganarel et vers le monde occulte, c'était la con-

science de sa propre force et le besoin d'en étendre incessam-

ment les rayons. Nul, mieux que l'interprète des Mystères de la </<t.Me ~Ma/e, rapportés d'Orient (')), n'eût pu satisfaire ce

grand instinct du pouvoir absolu qui, parmi des entreprises colossales et des ennemis acharnés, soutint Richelieu sur les hauteurs toujours sereines d'une infrangible volonté. Je me trompe. ]t y avait, dans le conseil privé du despote ministre; un autre homme, moins solide peut-être,.en théorie que n'était Ganarel, mais plus audacieux en pratique j'ai déjà cité Morin de Villefranche. Ce n'était, au début, qu'un méde- cin sans malades, mais non sans intrigua. Rêvant de mines d'or cachées en je ne sais quel coin de la Hongrie, il les cher-

chait depuis trop longtemps aux frais de Claude Dormi, évêque de Boulogne, et Dormi, découragé, fermait sa bourse, lorsque, dans une.auberge allemande, apparut à Morin un certain Da- vidson, Écossais, qui cherchait fortune d'autre façon, avec aussi

())~)M~« f/!MM<Bh~f~&o/<e ~?/~<e?'<7, contra sophistarum togomachiam defensa,

2 vol. in-)?, ~MM<e/of/nn! )C7C (Paris,

auctot'c Jac. Go~tt'e~Juriscanonicidoctore. .'Bib)iotht;quedeSainte-Genevi<iYe,V.G?f!).

i4

HISTOIRE

DE

LA MAGIE.

peu de réussite.

Ces deux

leur point

de contact

esprits

« Troquons

en détresse

s'électrisèrent

nos mauvaises

chances,

proposa F Ecossais;

donnerai,

en échange,

« enseignez-moi

fart

]a clef des prophètes.

de guérir,

» Cette

et je vous

clef,

c'était

à

»

MorindeViUefranchc.

l'Astrologie.

accepté,

Revenu

Le marché,

tout bizarre