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Bulletin de la Société des Sciences et des Arts de l'Île de la Réunion, 1862

Bulletin de la Société des Sciences et des Arts de l'Île de la Réunion, 1862

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SCIENCES

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DE LI! K DE LA HKIM01 1862.

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SOCIÉTÉ DES SCIENCESET ARTS Membre fondateur. M. Henri IIubert-Deusi.e, sénateur. (0$*) Membre protecteur. M. le Baron Darricau (C ^), Gouverneur de la Réunion. Président honoraire. M. (rAUDisileLagrange, ($j) Directeur de l'Intérieur. Membres honoraires. MM. Ïmhais (0
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SOCIÉTÉ DES SCIENCESET ARTS Membre fondateur. M. Henri IIubert-Deusi.e, sénateur. (0$*) Membre protecteur. M. le Baron Darricau (C ^), Gouverneur de la Réunion. Président honoraire. M. (rAUDisileLagrange, ($j) Directeur de l'Intérieur. Membres honoraires. MM. Ïmhais (0

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DE LI! K DE LA HKIM01 1862.

SAICT-DKNIS, (RÉUNION. ) KT TYl'Or.RAPHIQUK A. ttOVStfl.V. DE 1MP.MTFIOGRAPHIQUK Rueîle l'Eglise, 0. 5

4 862.

SOCIÉTÉ DES SCIENCESET ARTS Membre fondateur. M. Henri IIubert-Deusi.e, sénateur. (0$*) Membre protecteur. M. le Baron Darricau (C ^), Gouverneur de la Réunion. Président honoraire. M. (rAUDisileLagrange, ($j) Directeur de l'Intérieur. Membres honoraires. MM. Ïmhais (0 <$~)Directeur de la librairie. G. Couturier, Directeur de l'Intérieur à la Martinique. (!n. Desbassayns, (0 ^) président delà chambre d'agriculture' et du Conseil général. Gibert des Molières, (<$j)maire de St-Benis. Membres titulaires. MM. Le Si>er, président. Bridet, vice-président. ($?) Voiart ($$) trésorier. De Monforand, secrétaire. Azéma (Mazaé), administrateur. MM. MM. Arnaud (*$). Naturel. Azéma (Georges). Pajot. Bailly (^) RaffRay. Berg (^ )'. Ricfiard ( $j ). Crivelli. Roussrx. Dejean de la Bâtie . Ste-Colombe . Dostor. DeSouville. d'esménard. tliononv

lu» uni . GoYI'IKR('HrolILM'. lltltl.V.M». I.ECI.ERC. 1.i:ji:im:. Ih: i.v Skiivi•.. Mmu:u . .Il ils Moiui..

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Membre* vonrsjiondaiils. MM. MM. Ai dieu, I»Si-Paul. II. Lacaze a St-Pierre. .1.11.lÎAHonssKM, St-Pierre. A. ni; i.a Serve, St-André. lÎKiuxiii-j.i», a Maurice. I.avou.ée ft&é) a Paris. lÎKi.rvKiii:sde BniHAS,a Paris. I.ecome de 1,'isi.e, il Paris. L. lîoiTdx, a Maurice. M. Feperv.vxciieJi S'°-Su/anne. G'1'de Gastei.xai , au CIn|>. I.épi ré, il Gap. A. Comie, a Nantes. Maillard, (;«f) a Paris. S. Gréma/.v, il Ste-Su/amie. Michel, à St-Benoit. in. Desiiayes, à St-Pierre. Martixs, a Montpellier. Despre/ (•:&) a Ste-Su/.anne. Ma/.é, a Brest. Kv. Dipo.vr, ii Maurice. Naitrel, a St-Benoit. GlL' Foicun,(•*$?) à Gayenne. Pue de UusE.Mo.vr il Saintde ({o-}) A. Frappier, ii St-Pierro. Benoit. Gh. Froppier, a St-Pierre. Pkrichox de S1'' Marie, ($:•) a G. Frappier, il Maurice. Saint-Denis. J. Gérard, à Ste-Marie. A. Beilhac, àSt-Joseph. P. de Giioxé, à Paris. Saxdwith, à Londres. Grv. de Ferrières ({&) àSaint-S.u'GER [<°})à St-l)enis. Tardv dr Mo.xtravel (()i<?5j Joseph. G. deToi:rris, à Ste Suzanne. Herschexroder, il Maurice. Huioi'r.ix, ({^) il Paris. Gn. Viéiié, ii Maurice. Jacob de Gordemoy, St-Benoil. Wislez, St-Paul. A. Lacalssade, à Paris. Ytier, à Paris.

Séance du 10 Janvier

1802.

PRÉSIDENCE

DE M. LE SLNER.

M de Foueaud a écrit pour annoncer son départ et demander le titre de membre correspondant, qui lui est donné à l'unanimité. M. Volsy Focard lit un fragment historique: Les troubles de saint Louis en 1818. M. Yoïart communique à la Société une note biographique sur les frères Faucher. M. de Monforand lit ensuite une élégie traduite d'Uhland, le Départ. La Société invitée par le Président à choisir un sujet de concours pour 1802, décide que le sujet restera indéterminé et que le prix sera donné à l'auteur du meilleur mémoire sur une partie quelconque de l'histoire de la Colonie. La séance est bvée à 10 heures 1/2. Le Secrétaire; P. DKMONFOHAM». Le Président. Le Sinfr.

TROUBLES DR

SAINT-LOUIS

EN

1848

.... Mais l'avenir de l'Agriculture coloniale commençait adonner des inquiétudes: l'administration elle-même s'en préoccupait beaucoup. Le décret d'émancipation annoncé pouvait, en effet, nous arriver d'un jour à l'autre et apporter avec lui, danslacolome, en môme temps que la libération des noirs, l'abolition du travail. Il fallait donc approprier aux circonstances exceptionnelles qui allaient se produire, des mesures propres à empêcher l'éminente désorganisation des ateliers, les noirs, disait-on. n'attendant que le premier coup de cloche de la liberté pour abandonner les habitations. Dans cette grave conjoncture, l'arrêté local du 17 Juin 1846, intervenu après la promulgation des lois du 18 juillet 1845 sur le régime des esclaves et réglant les engagements des gens de travail libres, parut une législation toute faite.un

palan de retenue tout trouvé pour conserver à nos champs les bras qui les cultivaient. Cet appelé déjà promulgué depuis ikxux années oftïait le grand avantage de n'avoir pas été rédige poup le cas papticulier dans lequel on allait su trouver plaeé, et de pouvoir, par eela même, être exécuté à l'heure venue, comme une loi générale, applicable à tous les gens de travail soumis au droit commun. 11fut donc décidé que-l'on étendrait lesefîéts de cet acte jusqu'aux nouveaux citoyens, ainsi qu'on les a qualifiés plus lard, aussitôt la promulgation du décret, d'émancipation. C'était sortir avec bonheur pensait-on, d'une véritable impasse administrative, cpéée pap les circonstances mêmes desquelles allait surgir 'a liberté individuelle qui ne manquerait pas de faire valoir ses droits à rencontre de l'engagement obligatoire. VIII Ainsi le moyen qui se présentait au gouvernement local répondait aux exigences de la situation. Il ne s'agissait que de l'employer,c'est-à-dire,faire exécuter rigoureusement, dès cet instant, l'arrêté :1e I8ÏG qui n'avait été appliqué jusque-là qu'ave; des tolérances municipales et des préférences policières. Seulement,il fallait opérer avec beaucoup de tact et de circonspection, deux qualités qui manquaient essentiellement aux agents inférieurs de l'autorité. Us le firent bien voir en généralisant tellement cette mesure qu'elle atteignit les anciens affranchis, (ou noirs libères avant la loi sur le rachat forcé,) dispensés d'engagement sur certaines justifications. Jusques aux petits créoles, eux-mêmes, cette partie de la population blanche, tout à tait en dehors des gens de travail, en étaient menacés. Il faut convenir quec'étail-là, procéder avec autant d'ignorance que d'arbitaire. En eflet, qui aurait jamais pensé que l'arrêté rendu depuis plus do deux ans, pour les noirs libérés en vertu des lois de 184-5 sur ie patronage et les affranchissements, put-être appliqué aux libres de naissance, pour

— \) nous servir d'une désignation coloniale, gens qui se suffisaient à eux-mêmes et dont la iierté aussi bien que l'origine ne soutiraient aueune assimilation. .Nouscomprenons qu'il était important d'exécuter à la lettre, et avant Vémancipation, l'arrêté dont nous venons de parler, mais c'était-là surtout qu'il fallait se hâter lentement. Les esclaves devenant tout-à-coup des hommes libres, il était prudent de ne pas les laisser, aux premiers moments d'un enivrement bien naturel d'ailleurs, se jeter dans les bras de l'Oisiveté, cette mère des vices qu'ils caressaient déjà en imagination. 11importait assurément de forger un frein pour les instincts de brutalité et de paresse qui allaient se déchaîner chez les cultivateurs de toutes castes, le jour où la discipline rurale ne les tiemlrr il plus en laisse. Mais,nous le répétons, jusqu'à ce moment fatal il fallait procéder avec beaucoup de ménagement, autrement vous agissiez contrôles individus pour lesquels l'arrêté du 17 Juin n'avait pas été fait et qui n'étaient soumis qu'aux obligations imposées par les lois générales à tous les citoyens libres, vivant d'un travail volontaire. Or, cette classe de la population n'ayant jamais donné la moindre inquiétude, c'était donc exclusivement aux affranchis à venir, c'est-à-dire ceux pourqui la liberté, on s'en souvient, devait être le rien faire et le long dormir, qu'il y avait lieu de demander des garanties à t'égard an travail et de Tordre public, et afin d'arriver jusqu'à eux, le jour de l'émancipation, il fallait commencer par les noirs îécemment libérés en vertu des lois sur les affranchissements; nous voulons dire qu'on devait exécuter à la lettre l'arrêté de 1810. Les choses allaient, pourtant, se passer tout différemment dans quelques quartiers éloignés, si un fait qui aurait pu avoir des conséquences déplorables, nous voulons parler des troubles de St-Louis, n'était venu en temps utile heureusement, faire ouvrir les yeux à l'autorité supérieure et l'instruire do la manière dont ses agents entendaient l'exécution des règlements sur rengagement de travail. Voici ce qui s'était passé à St-Louis :

IX Le jour delà Proclamation de la Uépubliipie dans, celte commune, des cris partis du bataillon dos milices s'élevèrent contre lu docteur Larré qui assistait à la llevue. un sa qualité de chirurgien-major du Bataillon. La cause de celte manifestation personnellement hostile, à M. Larré était, dit-on, la récente proposition qu'il avait formulée au sein du conseil municipal dont il était membre, afin de faire supprimer les échoppes établies au lieu dit l'EtangSalé, sur le prétexte (pie ces échoppes étaient tenues par des receleurs. Si cette proposition suffisait à elle seule pour attirer à son auteur les récriminations des échoppiers de l'Etang-Salé, combien le motif sur lequel elle avait été appuyée ne devait-il pas les irriter encore: aussi le jour dont nous parlons, crièrent-ils: /l bas Larré! et voulurent-ils, après la revue, prendre à partie le conseiller municipal chirurgien-major. \ • A tort ou à raison, on pensa (pie cette démonstration demandait une répression quelconque et on procéda, en conséquence, à une enquête judiciaire. L'un des premiers témoins, qui devait y être entendu,peutêtre môme le premier, fut le tambour-maître de la milice, le sieur Jean Marie Fradelisy, demeurant à l'Etang-Salé. Il arriva au bureau de Police, un peu exalté et répondit grossièrement aux questions qui lui étaient adressées sur les faits à constater. L'officier de police, M. Rivière, le fit arrêter et eut la malencontreuse idée de lui reprocher de ne pas avoir de livret d'engagement, celui-là même que l'arrêté du 17 Juin 1846, ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer, ne rendait obligatoire qu'à une certaine catégorie de travailleurs dans laquelle ne se trouvait pas Jean-Marie. Cette arrestation, qui n'avait rien que de légal, quant aux grossièretés du témoin exclusivement, se rattachant ainsi à

un prétendu délit de vagabondage, celte arrestation, disons-nous, produisit une émotion générale riiez les habitants de l'Ktang-Salé, placés tous dans les mômes conditions que le tambour-maître, c'est-à-dire n'ayant pas et ne voulant pas avoir de livret. De là un attroupement considérable se porte au bureau de Police et demande la mise en liberté du détenu. « Il n'a pas fait plus que nous, disaient les meneurs de cette. « démonstration, nous n'avons pas fait moins que lui. Mettez-le >' hors de prison, ou enfermez-nous avec lui. Nous voulons <<notre camarade. » Le Commissaire de Police ne pouvait répondre à des réclamations formulées de la sorte que par des refus énergiques et, tout aussi conséquemment, do pareils refus ne devaient qu'irriter d'avantage les impérieux solliciteurs. Us le prouvèrent par leurs cris sédicieux, par leurs vociférations injurieuses. Puis ils allèrent se recruter d'autres mécontents, se nommèrent un chef et vinrent renouveler leur réclamation; mais, cette fois, menaçants, avec la sommation à la bouche et le fusil à la main. On prétend même que l'un de ces hommes égarés coucha en joue le commissaire de Police que ce mouvement ne put pourtant intimider. Cet officier ne cédant pas, la foule se précipita vers le lieu où était détenu Jean Marie, enfonça la porte de la prison et le lit ainsi évader au milieu même des agents de la force publique. Il disparut dans les bois avec ses violents libérateurs. XI La nouvelle de cet acte de rébellion, parvenue rapidement. àSt-Denis y causa une vive impression: l'imagination des nouvellistes voyait déjà les habitants de St-Louis divisés en deux camps, armés et prêts à faire feu les uns sur les autres. Dans une situation aussi critique pour l'autorité locale compromise d'une façon si éclatante, le Gouverneur devait nécessairement prendre l'initiative. En conséquence il envoya à St-Louis un officier supérieur accompagné de soixante

...

t2 —

hommes d'infanterie, pour défendre, le cas échéant, l'ordre public ainsi menacé. Mais K*schoses ne s'arrangeaient pas à St-Louis. Lcin de là. L'exaspération y était arrivée à son comble par suite d'un nouveau bruit qui y circulait à propos des derniers faits accomplis, lesquels, assurait-on, entraînaient la peine des Galères. Les premières investigations que le parquet de St-Paul commençait à diriger contre les fauteurs de ces mômes faits, donnaient, aux yeux des délinquants, un semblant de vérité à cette absurde assertion. Ainsi la cause de ce déplorable état de choses était devenue multiple, puisque les rebelles se croyaient triplement menacés et d'un engagement de travail et d'une repression pour la manifestation exercé contre le docteur Larré et enfin de la peine des galèrespour l'étrange délivrance de Jean-Marie. De pareilles menaces devaient nécessairement exciter leurs craintes, il n'était donc pas étonnant qu'ils restassent armés. La lancke avait jeté le cri d'alarme répété de case en case parles échos de l'Etang-Salé. Les balles étaient moulées. Les fusils s'amorçaient. XII En présence d'une telle effervescence que les correspondances de l'arrondissement sous-lc-vcnl exagéraient encore, M. Graëb comprit qu'une collision était devenue imminente cl que nul autre que lui ne pouvait l'empêcher d'éclater. Il expédia en conséquence, un courrier « express » annoncer sa venue aux autorités du lieu, en leur recommandant de laisser les choses en l'état ; et il partit en toute hâte doStDenis, accompagné seulement d'un aide-de-camp. En même temps il fit donner l'ordre à la compagnie d'infanterie en marche sur St-Louis de faire halte à St-Paul. De son côté le conseil municipal de St-Louis s'était réuni en une séance extraordinaire à laquelle avaient été appelés le Commissaire de la République et le Juge d'Instruction qui se prouvaient sur les lieux, pour délibérer avec ces deux magis-

- ts — trats, sur le plus ou moins d'opportunité qu'il y avaitàconlinuer l'enquête commencée contre les délinquants. Le Commissaire delà République et le Juge d'Instruction, tous les deux peu rassurés d'ailleurs, furent d'avis, avec le Conseil, de s'en remettre à cet égard à la sagesse de M. le Gouverneur. Il est évident qu'il n'y avait rien de plus sage à faircXIII Juste h ce moment même, la nomination de M-Sarda-Garrigaau gouvernement de l'Ile Bourbon, avec le titre de Commissaire Général de la République, est annoncée dans la Colonie. Il devait, écrivait-on de Paris, arriver très-prochainement à Bourbon et y proi'lam:;r immédiatement l'émancipation des esclaves. De l'indemnité coloniale, il n'en était pas question. A peine cette nouvelle est-elle connue des rebelles, qu'elle leur suggère la pensée audacieuse et peut-être ingénieuse, de (aire tourner ;ui profil de la cause coîonhde, et ainsi de la légitimer, leur inquiétante et coupable namlestalion. Ils se souviennenl'de l'exemple donne jadis par nos pères qui avaient empêché de débarquera l'Ile Bourbon et l'ait rembarquer à l'Ile de France, les Commissaires de l'ancienne République, porteurs, eux aussi, d'un décret abolissant l'esclavage dans nos colonies. lisse souviennent de cet exemple et veulent, également à leur tour, repousser le Commissaire Général de la nouvelle République. Ils étaient armés et en assez grand nombre pour former un noyau au soulèvement général sur lequel ils croyaient pouvoir compter, ils pensèrent avoir trouvé une issue pour sortir de la situation embarassante qu'ils s'étaient créée. Ils expédient, en conséquence, quelques uns de leurs aflidés à Si-Benoit et à St-Pierre demander le concours des Milices de ces deux communes pour l'exécution de leur projet. A Si-Benoit et à St-Pierre on accueille, on peut le dire avec

empressement, la proposition do St-Louis. Ici et là, les milieiens sont prêts à marcher an premier signal. On se prépare donc à empêcher le débarquement de M. Sarda Garriga. L'émancipation des esclaves n'aura pas lieu. Dès lors plus d'engagement de travail, plus de livret. Les créoles n'auront plus rien à redouter ni pour leur indépendance ni pour la vie nomade qu'ils mènent. Voilà dans quelle situation d'esprit étaient les créoles de rotang-Salé, à l'heure où le Gouverneur se décidait à quitter St-I)enis. L'annonce de l'arrivé du chef de la Colonie à St-Louis, eut pour effet immédiat de rassurer ceux des propriétaires les plus inquiets de cette localité, mais elle ne modifia en rien l'altitude prise par les rebelles. Il importait cependant démettre le Gouverneur à même, soit en montrant de la sévérité, soit en accordant un pardon, de faire rentrer dans l'ordre ces hommes si étrangement fourvoyés dans les sentiers île l'insurrection, c'est-à-dire de les réunir et de les préparer à accepter sa décision suprême. Ce n'était pas chose facile, à ce moment surtout où ils parlaient de se retirer dans les montagnes, afin sans doute, de résister avec plus d'avantage aux soldats qu'ils savaient avoir été envoyés deSt-Denis. Il n'y avait donc pas de temps à perdre. Quatre honorables citoyens qui jouissaient à St-Louis d'une grande popularité. se chargèrent de cette délicate mission, MM. Théodore Dcshaves, commandant des milices, Fémy, maire de la commune, Sénac, conseiller municipal, et Dominique Ozoux, Juge le Paix; ils s'entendirent pour aile trouver les révoltés au lieu même du rassemblement et tirent, en conséquence, connaître leur intention au sieur Montfleury Ferrèro homme dévoué, ardent, énergique, qui en raison de ces qualités, avait acquis une influence illimitée sur ses compagnons : Montlleury attendit en un endroit désigné MM. Deshayes, Féiny, Sénac et Ozoux. Ceux-ci s'en allèrent donc, expédition pacifique, à la conquête delà tranquillité. Us espéraient tenir ainsi le moyen cherché vainement jusque là, de faire réunir les mécontents, de connaître le vérilablc sujet fie leur conduite coupable el

Oc les ramener dans la bonne voie. Mais ils no rencontrèrent iiu rendez-vous, que le sieur Monfleury. Ils durent dès lors démontrera ce dernier combien il était important pour le résultat de leur démarche, qu'ils communiquassent avec les intéresses eux-mêmes. XV A peine Monfleury eùt-il accueilli cette demande, qu'il lit entendre un coup de Lanckc. et aussitôt descendirent des arbres environnants, sortirent des taillis voisins, cinq ou six cents créoles, le fusil à la main, accoutrés des costumes les [dus bizarres, dans lesquels se montraient ça et là quelques pièces de Tuniforme ou de la butïleterie de la milice. Ils apcomme parurent, nous disait-on, simultanément,tout-à-coup, apparaissent en scène ces acteurs (pie des trappes cachées laissent monter sur le théàtrc,au moment où le spectateur s'y attend le moins. C'était la nuit,au fond d'un ravin ereux,écarlé.oùla Lune, très pâle ce soir-là, projetait une clarté douteuse et triste. Le lieu, l'heure, ces hommes armés au milieu d'un calme profond, le silence qu'ils gardaient, leurs costumes et encore! leurs physionomies, tout se réunissait pour jeter sur celle entrevue un je ne sais quoi de souverainement solennel. Kl M. Deshayes devina sans doute tout le parti qu'un orateur pouvait tirer de ces eilets de la nature car il profila de cet instant même pour monter sur une énorme pierre, qui se trouvait là, on aurait dit tout exprès, et, debout sur cette tribune improvisée, drapé dans son manteau à la façon classique, il harangua les rebelles. Il fut très heureux nous a-l-on dit.dans sa parole et dans son geste. Il expliqua tlaits quel but l'arrêté sur les gens de travail avait été rédigé en 1810, après la promulgation des lois de 18iî) sur le rachat, cl prouva, qu'en dehors des rares immigrants de celte époque, les affranchis seuls y étaient assujettis. 11s'attacha particulièrement à démontrer à ces hommes, faussement prévenus, (pie cet arrêté, pas plus que ceux à venir, ne pourrait enlever quelque chose de lludépendan-

_... lli _.. ce. des petits créoles partie intégrante de la population Manche ; et, tout en ne leur ménageant pas les reproches à l'égard du déplorable exemple d insubordination qu'ils donnaient à la Colonie,clans un moment aussi critique pour elle,M. Deshayes lit toutefois ressortir combien il était absurde dépenser qu'on put cepfiHiiit't punir celte insubordination de la peine des Galères. Après avoir ainsi alarmé que l'obligation faite aux travailHeurs nouvellement allruneliis et à ceux qui allaient être libérés, de prendre un livret d'engagement, ne pouvait concerner les créoles, l'oiateur (it comprend/e à son auditoire qu'il conviendrait, quant aux faits déplorables relatifs à M. l.arré et au tambour Fradélisy, il conviendrait d'en témoigner des regrets à M. le Gouverneur dans la bonté du quel il fallait espérer. M. Deshayes est un homme de taille avantageuse, à la pose étudiée, à la parole laeile et assouplie par les luttes du barreau, il devait, suivant ure expression vulgaire, produire de l'ciVct, il en produisit ; il devait persuader ses auditeurs , il les persuada,et de telle sorte,que sur le champ même, et au milieu des applaudissements, on convint qu'une revue de la milice aurait lieu le lendemain, en présence du Gouverneur, et que là. sous les armes, on entendrait et accepterait, qu'elle qu'elle fut, la décision du chef de la Colonie. MM. FémySénae et Ozoux curent peu de choses à ajouter après un tel succès. Toutefois, les créoles en les reconduisant, se recommandaient à leur sollicitude connue: l'honorable il excellent M. O/.oux, particulièrement,était celui qu'ils interpellaient le plus fréquemment : « Vous et'in créole, lui disaient-ils, n'abandonne pas u nous! » Le lendemain, pas un milicien de l'fctang-Salé ne manqua à l'appel, et le regrettable M. Graëb, avec cet esprit d'intelligente fermeté qu'il nous avait déjà montré, sût tout ménager, tout concilier. 11 se lira de la position délicate qu'il s'était faite lui-même en prenant l'initiative dans une alVairc que la Justice régulière avait abandonné à son autorité suprême; il s'en tira avec un

... 17 -.. grand bonheur, ayant trouvé le merveilleux, moyen de céder sans faiblesse et de sévir sans rigueur: c est- adiré qu'il commença, en blâmant sévèrement les délinquants, par leur faire supposer qu'il voulait livrer à la justice les plus coupables d'entre-eux; mais en définitive il leur lit grûcc en raison de leur soumission et du repentir qu'ils lui témoignaient. Quelques heures après la revue, le paisible quartier de StLouis. un moment si troublé, avait repris son très-tranquille aspect. XVI Nous devions nous appesantir sur ces faits et en rappeler les détails ignorés sans doute, delà plupart de nos compatriotes, pour montrer combien ils avaient eu un caractère bien autrement alarmant (pie celui qu'on leur attribuait alors. On peut juger aujourd'hui, dans quelle situation se fut trouvée la colonie, si une partiede la population avait manifesté à main-armée, la volonté de s'opposer au débarquement du Commissaire Général, n'aurait-ellc pas entraîné les autres habitants dont le plus grand nombre ne croyaient pas à l'indemnité? Dans quels embarras dès lors, un pareil mouvement n'eut-il pas jeté l'administration locale? Voit-on M. Sarda-Gariga repoussé de nos bords comme en furent repoussés jadis Iîaco cl Burnel? L'émancipation des esclaves était ajournée peut être pour longtemps ainsi qu'elle fut ajournée sous l'ancienne République. Et il ne faut pas croire qu'on eût eu à redouter la moindre, résistance de la part des plus intéressés, non certes. Le noirest essentiellement conservateur, dans toute la nouvelle acception donnée à ce mot, il comprend ou plutôt, il comprenait, et en cela il était plus judicieux (pie cei tains négropbiles de la commission Schoeu her, il comprenait que son maître devait demander le iemwôiu sèment du prix de son acquisition, cela entrait dans sa manière de voir. Il trouvait cela très juste, surtout depuis (pie les lois de I8i» sur le rachat étaient venues confirmer la logique de leur gros bon sens.

.... |8 — Ainsi ce qui s'était passé dans notre <olonie en iTOli aurait pu se renouveler eu 181-8: ainsi un l'ait identique, s'aceomplissant dans les mêmes circonstances, aurait pu se reproduire à plus de cinquante années d'intervalle. tët dites que ce n'est pas une roue que l'histoire humaine! Tels eurent été certainement les résultats, nous pouvons dire considérables,qu'eussent produits les malentendus qu'on a appelles les troubles de St-Louis, tant la vieille sagesse des nations à raison de dire qu'il suffît d'une étincelle pour incendier un monde. Et c'est M. Graebqui, deux fois en quelques mois, dans l'affaire Monct et dans celle (pie nous venons de rapporter, en prônant l'init'ative sous sa responsabilité personnelle, avait arrêté des collisions toutes prêtes à surgir. XVII L'autorité locale était donc avertie. Après une si éclatante, expérience, elle devait se délier de ses agents pour la mise en vigueur des règlements sur les engagements de travail. Aussi arrèla-t-elle leur zèle inintelligent qui n'aurait pas manqué, d'un moment à l'autre, quelque part dans la colonie, de faire naître des contestations et de provoquer des résistances. On laissa dès lors dormir dans le bulletin officiel l'arrêté de 1810 et le Pays attendit, s'en remettant aux promesses de l'administration centrale, pour avoir des mesures propres à maintenir le travail et a prévenir le vagabondage. Vois y Fïmiahi». F.\traitd'unehistoireinédite.

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Quel bruit de pas, quels bruits troublent la ville entière? Fillettes, soulevez vos rideaux un instant: Ce sont des compagnons qui vont a la frontière Et que l'on conduit en chantant. Mais quand tous à l'envi prennent part à la tète, Lorsque tous les chapeaux se couronnent de fleurs, Un d'eux reste à l'écait et, s'il levait la tète. Dans ses yeux on verrait des pleurs. Le vin coule a longs flots et s'épanche a plein verre: — Ami, bois avec nous pour noyer la douleur — — Loin de moi, loin de moi cette liqueur amère; Ce vin me brûlerait le coeur. — Dans la vieille maison, tout là-bas, la dernière. Une modeste enfant regarde le chemin: Elle est triste et voudrait cacher ses pleurs derrière Les rosiers blancs et le jasmin. Il soulève en passant les yeux vers la fenêtre. Puis les baisse et sa main*se porte sur son coeur ; C'est qu'il a vu soudain la vierge disparaître Sans un signe consolateur. — Pourquoi seul sans bouquet'.' vois ces roses nouvelles Qui se penchent vers nous du haut de leur balcon : Allons, la jeune fille, allons, perle des belles. Une lleui pour le compagnon ! — — Et que ferais-je, amis, de ces branches fleuries? Personne ici pour moi n'aura même un regret : Bientôt par le soleil elles seraient flétries. Ou le vent les emporterait. — Il passe, il ne voit pas une main tout émue Lui jeter une fleur derrière le rideau, Et la rose est tombée au milieu de la rue Et dans la lange du ruisseau....

Dans les échos lointains de la poudreuse routé Dcjh se sont éteints lès chansons et les pas. I^iigtcmps eriçor pourtant la pauvre fille écoute, Puis>rendre en murmurant tout bas : — Hélas ! il n'a pas sudevinor ma tendresse; 11n'a pas.vii la ilcùr qui tombait de; ma main: Et je reste à présent seuleavec ma tristesse, Mcsrosicrs blancs et mon jasmin. v P. dcMpNFORANbV

Séance du M !Hars «862.

PRÉSIDENCE

DE AI. LE SLNEH.

M. Ilambosson, en s'excusant de n'avoir pu adressa* ses adieux à la Société, par suite de son départ précipité, demande le titre de membre correspondant qui lui est conféré. M. Rridet ayant insisté de nouveau pour se démettre des fonctions de Vice-Président , la Société accepte su démission. M. Richard, directeur du Jardin botanique, ayant renoncé à son titre de membre titulaire, pour des motifs de santé, est nommé, à l'unanimité, membre honoraire. Sur la proposition de M. Crivilli, appuyée par le bureau, la société décide qu'elle prendra G exemplaires des Sensitives publiées par M. Cotteret. M. Voïart lit une Comédie-Vaudeville: L'Enfant de nos ou la Prise de Jéricho. enfants, Les Elections sont fixées au mois de Juin. Le Secrétaire.^ P. IH-: oNFORAND. M Le Président, Le Siner.

L'ENFANT DE NOS ENFANTS. ou LA PRISE DE JERICHO.

!.'•Théâtrereprésente salon.— Porteau fond.— Porteà gaucho un — donnant hez Brabançon. Porteà droitedonnant hezJourdanet. c c —L'uctablesur le devant,à gauche. SCÈNE PREMIÈRE. BRABANÇON, seul. entrant BRABANÇON par le fond;il porte uncartonde chapeaude femmeet un autre carton longet plat, et les pose sur la tableainsi que soi! chapeau. Onze fiches à 20 francs, total 220 francs. Cet argent nie brûlait la poche, et je me suis dépêché de le dépenser pour notre chère enfant : un mantelet à la dernière mode et un chapeau de Victorine, le tout choisi avec le goût naturel à un ancien chef de bureau à la Direction des beaux-arts. L'enfant sera contente, (il s'approche la porde te de gauche.) Floi'C ! Floi'C ! SCÈNE II. BRABANÇON, FLORE, puis M™ BRABANÇON. FLOUE. Vous m'appelez, Monsieur? BRADANT 'v ' Ma chère Flore.

— 22 — Mmo BRABANÇON entrant. Ma chère Flore ! Monsieur Brabançon . vous m'expliquerez ce que cela veut dire. BRABANÇON. Ah! Baucis, douter de votre Philémon! Eh bien! cela me flatte. Mais, ma chère Ilermionc, votre jalousie se fourvoie. Si j'ai appelé Flore, si j'ai dit: Ma chère Flore, un instant de patience vous eût démontré l'innocence de votre époux. Airnu Vaudeville Somnanbule. dela Moi qui sans cesse à la foi conjugale Payai ma dette avec fidélité, Aurais-je donc besoin de martingale Contre l'élan de ma vivacité. Sacrifiant à la paix du ménage, Je t'ai toujours donné ce qui t'est dû; Peux-tu donc craindre, en songeant à mon âge, Que j'aille ici placer a fonds perdu? Ecoute et juge. ( a Flore.) Ma chère Flore , allez tout de suite porter ces cartons à Mllc Jenny, de la part de son grand-père Etienne. FLORE. Monsieur, (niicsort.) Oui, SCÈNE III. BRABANÇON, Mmo BRABANÇON. M"10BRABANÇON Encore des folies pour celle enfant? BRABANÇON. Et quand cela serait? Mais non, il n'y a pas de folies; hier, à la soirée de mon ancien ministre, j'ai été pris à une table de whist, où j'ai gagné 220 francs; ce matin, je suis sorti de bonne heure pour les employer à faire une surprise à notre Jenny. Etes-vous satisfaite, Madame Brabançon ?

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Mmo BRABANÇON. A la bonne heure, je n'ai rien à dire; d'autant moin» que cela lui vaudra nécessairement un autre cadeau de son grand-père Jourdanet. BRABANÇON. ai bien compté. J'y SCÈNE IV. Les Mêmes, JOURDANET, Bonjour, amis. M. ET Mmc BRABANÇON. Bonjour, chers. JOURDANET. Comment va notre enfant, ce matin? Mmc BRABANÇON. Nous ne l'avons pas encore vue. Mmo JOURDANET. Comment! à huit heures et demie? BRABANÇON. Ma foi, nous ne tyrannisons pas Jenny ; elle se lève à l'heure qui lui plaît. JOURDANET. Est-ce que vous pensez qu'elle eût été tyrannisée avec nous ? BRABANÇON. sans doute, Jourdanet; Non, mais, vous vous le rapil y a quinze ans, ce funeste choléra nous pelez, lorsque, enleva , à vous une charmante fille, à nous notre pauvre Charles , ils laissèrent Jenny à peine âgée de deux ans. Vous et nous, nous disputions le droit de la recueillir; le hasard, pris pour juge, nous a favorisés. Seulement; nous Mmo JOURDANET.

M. ET Mmc JOURDANET, entrant par la droite.

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rivons décidé que nous habiterions cet appartement un commun, pour que l'enfant de nos enfants put partager ses caresses entre tous. VA\bien! nous la gâtons, comme vou> l'auriez gâtée , comme vous la gâtez tous les jours, jaloux i Mmo BRABANÇON. C'est quelle est si bonne! Mmo JOURDANEr. Si gentille! JOURDANET. Si caressante! VAsi espiègle! C'est un ange! JOURDANET. Ainde Turenne. Mais aujourd'hui la voila grande, Ne faut-il pas la marier? Mmo Brabançon. Qui presse, je vous le demande? JOURDANET. Il ne faudra pas la prier. Mmo JOURDANET. mais craignons de la contrarier. Non, BRABANÇON. A dix-sept ans, le coeur de la fillette Ne peut-il donc avoir déjà parlé? JOURDANET. Tant mieux, ma foi, car tout bien calculé, Notre besogne sera faite. Et mon jeune ami Fortin pourrait bien avoir touché ce •' petit coeur. BRABANÇON. TOUS.

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2.v; —

BRABANÇON. IVuli ! il y ii, de par le monde, un jeunu artiste tics distingué, Emile Bornai, qui a toute mon estime et qui mérite qu'on le remarque. JOL'RDANRT avecdé<lam. (n peintre! BRABANÇON. Cela vaut bien un courtier marron. JOLRDANET. Parce que vous avez été chef de bureau à la Direction des beaux-arts, le premier rapin venu vous séduit. BRABANÇON. Parce que vous avez été négociant, vous ne trouvez du mérite qu'à ceux qui s'occupent d'un commerce.... quelconque. Mino Brabançon. Taisez-vous tous les deux, voici Jcnny. SCÈNE V. Les Mêmes, JENNY. JENNV entre en coûtantet va présenterson front à Brabançon. Bonjour, grand'père Etienne, et merci. JOLRDANET.

(Test cela! grandpèrc Etienne d'abord; grand'pèrePolydore ne vient qu'après. JENNY faisantla révérence allantaussi lui présenterson front' lui et Pardon, grand'père PolydorCj, mais grand'père Etienne m'a envoyé ce matin un chapeau si coquet et un mantelet si charmant que j'ai dû commencer par lui. JOURDAN'ET. Je te donnerai demain deux chapeaux et deux mantelets

— 26 JFNSV frappantdansses main*. A.merveille! Eh bien! Embrassez-moi encore, mais vous me donnerez autre chose. Bonjour, mes chères grand'mères ( Elleles embrasse.) M,no Brabançon. va! Bijou, Mmo JoURDANEr. (Hier amour! JOURDANET. avancez ici à l'ordre. tlenny, JE.NNY l portant militairementa main h son front Présent! c'est-à-dire, présente! JOURDANETdonnantune petitetape sur la jour. lui Mademoiselle Jenny veut-elle se marier > JENNY. Pourquoi pas, si le mari me convient. M"10 Brabançon. Mais, Monsieur Jourdanet, est-ce qu'on lait de ces questions-là aux jeunes filles? BRABANÇON. Ma chère amie, vous savez bien qu'il n'est pas possisible de les adresser aux grand'mères. Mme Jourdanet. Encore,, f?llait-il y mettre des ménagements. JOURDANET. air: J'onsuncurépatriote. Pourquoi donc tant de mystère Quand on parle de maris? Bon pour la prude Angleterre, Mais nous sommes à Paris. Puisqu'il faut que cela soit, Je montre le but du doigt ;•

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Aller droit, Cest mon droit, Moi, je marche au but tout droit, Le plus adroit Va toujours droit. .le n'aime pas à tourner autour du pot. D'ailleurs, vou* voyez que la petite a répondu catégoriquement. Mmc Brabançon basà Jourdanct. .N'allez pas plus loin, ne nomme?, personne; vous savez bien que je penche pour votre protégé; laissez-moi taire. JOURDANET enlui répondant. riant Nous faisons alliance contre les beaux-arts! Bravo! (haut.) Eh bien! Jenny, si le mari qui te conviendra nous convient aussi,cela ne sera pas long; a'est-ce pas, Brabançon? BRABANÇON. D'accord, si le mari nous convient. Mmc JûURDANET. Vous oubliez, Monsieur Jourdanet, que nous devons être à dix heures à la gare du chemin de fer d'Orléans, pour faire nos adieux à notre cousin le chanoine. JOURDANET. C'est vrai; allons, chère amie. Mmo JOURDANET à Brabançon sortant. en bas Soyez sans inquiétude, je me charge de mener à bien les affaires du jeune peintre. BRABANÇON'. Bah! Mmc Jourdanet ,icmCrae. Chut! (haut) Allons, adieu, à bientôt. JOURDANET. Oui, à bientôt. Brabançon, Au revoir donc.

— 28 — SCÈNE VI. M'»e BRABANÇON, JENNY, BRABANÇON. M'"° BRABANÇON. Et moi (|ui oublie à mon tour que mes conlitures tir groseilles ne sont pas encore clarifiées! ce serait dommage de les manquer, car ce cher petit bec-rose les aime bien. J'y cours. JENNY. Allez, grand'mère , et surtout ayez soin île les nicttiv dans de grands vases , car c'est bien ennuyeux de voie tout do suite le fond de celui qu'on tient. •M,ac Brabançon en sortant. Oui, gourmande. SCÈNE VII. JEiNiNY, BRABANÇON. BRABANÇON. Ainsi donc, Jenny, un mari no t'etVraierait pas? JENNY. C'est selon. BRABANÇON. Comment cela, s'il vousplait! JENNY. air : C'estcequi vieconsole. Qu'une jeune fille ait souri Lorsqu'on lui parlait d'un mari, C'est reflet ordinaire. Mais pour qu'un lien soit formé, Que le prétendant soit aimé, Voilà le nécessaire. Ainsi donc , grand'père , qu'on me présente un mari •• '•"' "-* nu*, aimable, je serai bonne- princeî™^:~ ,i~ sépare

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fjçr -.

l'iuti. KRABANÇON C'est bien comme cela que je l'entends, tranquille, j'ai ce qu'il te finit. SCÈNE VIII. Lks Mêmes, ft.MIEE EMILE. Est-on visible chez M. Brabançon? allantau-devantde lui. BRABANÇON Toujours pour vous, mon cher Emile. Jeniry. M. Emile Bornai; tu sais, un peintre distingué et mon jeune ami. JENNV souriant. Mais j'ai déjà le plaisir de connaître M. Bonvul, EMILEaluant. s Oui, cher Monsieur Brabançon, j'ai eu le bonheur de rencontrer plusieurs fois Mademoiselle. BRABANÇON. Eh bien ! jHUsque ta connaissance est faite, parlons de choses sérieuses. EMILE. l>e choses sérieuses^ donc, croire?.... Mais., grand'père.... BRABANÇON. Du calme, jeunes gens. Tout vient à point, qui sait attendre. Quand je parle de choses sérieuses, mon cher Emile, vous savez bien ce que je veux dire : je pense au grand tableau dont je vous ai donné l'idée. EMILE part et se grattant l'oreille. a Ah! Diable! la prise de Jiricho! et devant JENNV. Mademoiselle t Puis-je m;i bénie. Soir*

— 50 — JKNNYpart. à Ce bon grand'père, il m'a causé une émotion... que je n'aurais pas été fâchée de voir se continuer. BHABANÇON. Emile , je suis sûr (pie ce sujet vou> Allons, voyons, ;i souri. KMII.K aplombavec S'il m'a souri? Le tableau est fait. BH ABANDON'. Comment! depuis trois jours! KMII.K louchant!c front. se Je veux dire qu'il est là; c'est là même chose, sauf 1rs détails d'exécution. BRABANÇON. Voyons cela, je vous prie. KMIl-H. Volontiers. Vous permettez, Mademoiselle'.' JKNNY. Je vous écoute. KMH.Epart. à mon ami, marchons droit, et du chic, (haut., Je Emile, place la scène au moment où les Jébuséens, au milieu desquels se distingue, à sa couronne, le farouche Adônisédec, sont saisis d'épouvante,9 en voyant leurs murailles tituber avant de se livrer à une polka cclievcléc. Les Israélites, soufflant dans la trompe, ont les joues gonflées par la confiance et l'enthousiasme. L'Arche sainte, portée par les lévites, brille au premier rang, et, près d'elle, Josué levant majestueusement la tète, semble jeter un regard de déli au soleil, comme pour l'avertir qu'il lui réserve un plat do son métier. Qu'en dites-vous? BRABANÇON. Bien! très bien! seulement, j'aimerais mieux voir les murailles s'écroulant tout-à-fait.

51 ~KMII.K. Kien de plus larde; alors, les Israélites auront dégoutte leurs joues et mis leurs trompes au repos. WIABANÇ.ON. Ohl ce seia uu eheï-d'couvre, si vous mette/, ee projet ;'<. exécution. km» m;. N'en doute/, pas. un: Du châteaude mononcl<'. F/aissez l'inspiration Guider l'exécution, Et sous peu ce tableau Surgira de mon pinceau: (le magnifique sujet Va s'élancer tout d'un jet, Palpitant, Saisissant, Vers un succès éclatant. D'abord, sur la toile, Le ciel qui se voile, Pour ces Hébreux Heliiqueux, Semble adoucir tous ses leuxr Kl. l'année, entière, De Ilots de poussière Se coîim'o, en se déroulant Comme un immense serpent. Sous les murs de Jéricho, L'Arche et l'armée, ex oeqno, Maîtrisant leur élan, Occupent le second plan; Devant, de zèle enflammés, Kt de leurs trompes armés, Vous apercevez les choeurs Kutonnant leurs airs vainqueurs. Voyez ici la muraille. Se détachant en grisaille. Sous cette rauque mitraille, Prèle à s'écrouler; Les Jébusécns derrière, Soutenant, par la prière,.

-- r^2 Leur bannière Sur la pierre, Qui semble rouler. Joàiié, dans son manteau' Du plus beau Rouge poneeau, Attend pour lui du ciel L'appui providentiel; Au premier plan arrêté, Le regard en haut jeté, ïl invoque Jéhova: Le Dieu des Hébreux est la!' Puis, chaque lévite Que ce geste excite Mn l'honneur Du Seigneur Entre en danse avec ardeur Kh bien! que vous semble De tout cet ensemble? vie sujet, par vous choisi. Ne l'ai-je pas bien saisi! Oui, si l'inspiration Soutient l'exécutionf Avant peu le tableau Surgira de mon pinceau. Ce magnifique sujef Va s'élancer tout d'un jet, Palpitant, Saisissant, Vers un succès éclatant. BRABANÇON. Mon dur. ce sera un triomphe. JENNY. Sans doute, que si M. Bonval manie le pinceau aussi bien

n'est-ce pas, Mademoiselle? que Que fa plaisanterie, voulez-vous? 011se souvient toujours un peu de l'atelier.

— oft — JENNY. Pour se moquer d'un vieil ami? Ali! Monsieur Kmilo! brarançon. Tais-toi, Jennv; je lui pardonne ses folies, s'il veut jue promettre de prendre mon idée au sérieux. KM1I.E, Je vous le jure. e (MocBrabançon araîtà la porte do gauclie. t s'arrête pour écouter, on p voyantEmile. ) BRABANÇON Emileet Jennysouslebras. prenant Alors, chère petite, si lu le veux, nous pourrions parler de ces choses sérieuses qu'avait imaginées tout-à-l'heure notre jeune ami. Mni° BRABANÇON à part. H était temps; avisons. (Eiiesort.) JENNY. Grand'père, je n'aime pas les choses sérieuses. EMILE. Mais, Mademoiselle, le bonheur de notre vie n'est-il pas aine chose très-sérieuse? JENNY émue. Le bonheur de notre vie! vous ai-je autorisé à dire notre! BRABANÇON. Allons, chère mignonne, un bon et brave jeune homme 1 que j'aime beaucoup ; est-ce que tu ne pourrais pas l'aime* un peu, quand cela ne serait que pour moi? JBN1W balbutiant. sGrand'père

.... 3i

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SCÈNE IX. Lks Mkmks, FLORE o H.ORK, utrant|>arla ,qauehr. Mademoiselle, M" 1 Brabançon vous prie il»*venir tout de Miite; elle vous attend pour donner le glacis ;'i la gelée de groseilles et tailler les couvertures. JKNN'V embrassantsont-ranti'jiOiv. Chères eonlitures! voyez connue elles sont utiles, a!i;ut V pour me tirer d'embarras. ( a KmUe.) oilà, Monsieur, ce que r'est «pie d'être artiste. mu: DeJulie. Vous êtes habile en peinture, Je vous en fais mon compliment, Moi, Monsieur, pour la confiture Je crois avoir quelque talent. Ces travaux d'art où l'on m'invite, Attendent l'exécution, Et sentant l'inspiration, Pour en profiter je vous quitte. Viens, Flore. ,'Ellesalueet sort avecMore.) SCÈNE X. BRABANÇON, EMILE. KMILE. J'avais dès ma plus tendre enfance, une profonde horreur pour les confitures ; c'était un pressentiment. BRABANÇON. Ce n'est que partie remise; ne vous découragez pas. air: Contentons-nous simple d'une bouteille. J'ai pris à coeur d'arranger cette affaire, Ayez du calme et nous réussissons. L'instant viendra, mon cher, laissez-moi faire; J'ai de vieux airs pour ces vieilles chansons.

-- 5.S — EMILE. Je nie confie il tout ce que vous faites. Mais il me faut lutter contre un rival. BRABANÇON. Je le sais bien; mais, croyez-moi, vous êtes Premier en date, et c'est le principal. SCÈNE XI. Les Mêmes, JOURDANET, FORTIN. JOURDANET introduisantl-'orlin ladroite. par Venez, venez, je vais vous présenter. hEmile. BRABANÇON le rival; mais rappelez-vous que je Tenez, justement, suis là. (à ion in.) Certainement, Monsieur, il y aura présentation. Et d'abord, je vous présente mou jeune ami, M. Emile itonval, homme d'un beau talent et peintre d'histoire. JOURDANET à Fortin. Peintre d'histoire, c'est un conte. FORTIN vers s'avançant Emile. Monsieur, j'ai bien .l'honneur de vous saluer. EMILEaluant s Je suis le vôtre, Monsieur. JOURDANET. Mon cher Brabançon, à -la main de Jenny. vous savez que M. Fortin aspire

BRABANÇON. Mon cher Jourdanet, vous savez que M. Emile Bonval doit épouser notre enfant. JOURDANET. Nous verrons cela, (ii s'avanceauprèsd'Emile.) Monsieur, ,( Emilesalue.)vous ignorez sans doute que M"e Jenny Brabançon a hérité de ses parents d'une somme de 120,000 francs

-- ."»»» — fi que cette somme, avantageusement placée par innï depuis quinze ans, représente aujourd'hui un capital de plus d<.ilHLOOOfranes. KMII.K. Je l'ignorais, Monsieur, mais je vous jun; <|iio«'çla ne ino dilie en rien mon admiration pour M11''Jennv. JOlKllANKl. Vous ignorez sans doute (juemoi, PoivdoivJourdanel, son aïeul maternel, je lui donnerai de plus en dol dix lionnes mille livres de renies, sans compter (pu? je lui en laisserai eneoiv au moins autant plus tard, le plus tard possible. km île. ne conteste nullement vos droits à cet égard. Monsieur, je JOIT.DAMU. Kl qu'enfin M. Brabançon, son aïeul paternel, lui donnera, de son côté, 100,000 francs ! KM U.K. Tout cela. Monsieur, ne peut empêcher Mllt' votre pctite-lille d'êtte une adorable personne. souiiaiit BRABANÇON .Non, non, cela ne gâte rien. FORTINpart. à Peste! voilà bien ce qui rend pour moi si atlravante cette jeune personne que j'ai à peine vue. JOIRDANET. M. Bornai comprendra, je le suppose, qu'imparti aussi brillant doit amener des exigences. KM ILE. ua : Pour unsoldatquin'ena pas l'usage. La fortune est une puissance, Je n'en méconnais pas le prix; Mais cette barrière, je pense, N'existe pas pour des coeurs bien épris.

— 57 -fous les plaisirs qu'on tloil a la richesse Sullisent-ils à duinter le bonheur'.' Eu se liant ii leur vaine promesse, On perd souvent les richesses du eoMir. IORTJX. .le partage entièrement l'opinion de M. Bornai. Toutefois, je ferai observer <pie lorsqu'il s'agit de disposer dune grande fortune, il est à désirer de la voir tomber entre des mains quisachent la faire valoir. i:mii.i:. Ou la laisser valoir. im.VHANÇON. Moi, mon cher Jourdamiet, je ne doute nullement du mérite de M. Fortin, ni de son aptitude à faire un bon mari. jot un.iNF.r. In homme qui gagne, bon an mal an. de t.'ià IN,000 lianes ! IIKVIIANÇOX. (l'est beau; mais dans le commerce, on peut aussi bien perdre (pie gagner. l'OIUÏX. Il n'y a (pie les maladroits qui perdent. BH.Ui.VXÇOX. Je le veux bien; mais il ne s'agit pas ici d'une allàire commerciale. Il s'agit de l'avenir de notre Jemry, et avant tout, nous voulons la voir heureuse; n'est-ce pas Jourdanel? JOUKDAXEÏ. Parbleu î IJKAIUXÇOX. Eh bien ! mon ami, proposez-lui M. Fortin, comme je lui ai proposé Emile, et laissons la choisir. IORTIX. Unie semble. Messieurs, que MmCâ Brabançon et Jourdanel.

— 58 — ne doivent pas être oubliées dans cette circonstance. ( à part Le bonhomme Jourdanet m'a prévenu que nous avions des intelligences dans le camp ennemi; il ne nuit pas les négliger. EMILE. Oui, cher Monsieur lirabançon, que M,lcJenny entende les conseils de tous les appuis qui l'entourent; mais, malgré votre bienveillante partialité pour moi, je n'accepterai le bonheur auquel j aspire que si Mell° Jeimy elle-même me donne le droit d'y prétendro. ' Il salueet se retire. , courantaprèslui. BRABANÇON Ne vous éloignez pas, enfant, et revenez bientôt. SCÈNE XIÏ. Les Mêmes, moins EMILE «RADANÇON. vais loyalement chercher Jenny, et j'amènerai Jourdanet, je ma femme. Allez, vous-môme prévenir M"10 Jourdanet. à part. ) Mon alliée me viendra en aide. JOURDANET. Très bien, j'y vais. Moucher Fortin, lience. FORTIN. un moment de pu-

Comment donc! quand vous travaillez, pour moi : allez, je vous en prie. et ( ltrobançon Jourdanetrentrent chezeu\. SCÈNE XIII.

FOKT1N seul. FORTIN. ïl a du bon cet artiste, mais il est jeune.

— 59" — .un: Du (u'fHii'r. Sans doute il faut, pour entrer en ménage. Chercher a plaire a l'objet de ses voeux; Mais à l'amour qui fait un mariage On doit souvent des jours bien malheureux. A qui s'y plait je laisse la tendresse, J'ai pende goût pour les doux sentiments; Et c'est assez pour moi, je le confesse, Si je puis être aimé..... des grands parents. SCfcNK XIV. rWH.W M. ct M'»c BRABANÇON, JKNNY. M. kt M»" JOURDANKT.

JKNN'V. ihabançoii ui lui tient la main. à q Mais grand père Mienne, je n'avais pas lini. BRABANÇON. Allons, viens; c'est ton grand père PoI\dore qui veiH'te présenter un jeune homme, M. Fortin, ([lie lu as déjà vu. M" 11'JOURUINKT. s'est approchée. qui Oui, une l'ois, à l'opéra-comique, où il nous a beaucoup parlé de la faillite Brillât frères ct de la hausse dés Orléans, ce qui nous a fait grand plaisir. il M" BRABANÇON, Juimlarid. Taisez-vous, notre enfant. taisez-vous, Connnère. Jourdanel, j'amène

JOliRDAN'Kr prenantFortin par la main. .lenny. voici un charmant jeune homme qui avoir trouvé à la-bourse le moyen détenir le bonheurprétend toujours en hausse dans son ménage. JKNNV. saluant. Monsieur est marié''

— iO — l'ORllN. Pas encore, Mademoiselle. Mon digue ami M. Jotirdauel a parlé seulement de l'avenir. Je serais tout prêt à lui prouver, avec votre permission, que j'entends assez bien ce ireuiv d'affaires. JOlRI>ANET sj'inaiil. M. Fortin est courtier. M"H'JoiRDANEltir* \ito. Marron. 10KlIN. Peu importe, (juaud on opère loyalement. Mademoiselle. M. Jourdanel m'a laissé espérer un bonheur qui ne dépend ipiede vous. M""' BraHANÇON iij.c'trt. lie maladroit, il se presse trop. JEX.NV i'oilin. à Monsieur connaît ma dot? EOilTIN. Oh ! mademoiselle! JEXNV trcs-froiilciuciit. C'est une simple question. y répondre? Monsieur; voulez-vous bien :

ioutin. Je sais sans doute, Mademoiselle., que vous êtes l'oit riche. M"10 BllAllANCON ],ns. Mais, Jenny, à quoi penses-tu donc'

.._ il — l>ns. JF.NNV A moi. , i-auià Foriin.) Ainsi, Monsieur, un dot: niais moi. me connaissez-vous? ioi;iu)Am;t. La connaissance se fera, Petite. h:\nv. Alors grand père Polvdorc, nous attendrons qu'elle soit l'aile avant de nous occuper du genre d'affaires pour lequel Monsieur nous a fait connaître ses dispositions. M"K Jounn.vNKï ;, iait. C'est qu'elle ( st channante, notre lillette ! IHîUIANT.OX |)as;1.(rntiv. ICsl-eo (pie c'est un congé? JKNNV ri'pondaiif. lui Je n'aime pas les gens d'affaires. de mémr. BRABANÇON Kt les artistes? JKNNVoniômft. d Vilain euiieux. (1i.uk.) Grand père Polydore, je vous renier ciede m'avoir présenlé M. I^oitin. J'ai le projet, quand je serai mariée, de faire quelques petites spéculations et j'aurai le plaisir d'employer Monsieur. FORTIN à part. On ne peut être éconduit avec une plus aimable impertinence. iOURDANKr avecvivacité. Jemry, vous ne rcllccliis.se/ pas que c'est moi, le père de votre mère, qui vous ai présenté M. Kortin, vous connaisse/

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42 — JICNNV.

Mais,si, eher.grand père, j'ai parfaitement compris, vou> de voyez bien, que vous m'aviez amené un courtier d'aftaires. Kst-ce que vous pensiez à autre chose? lui l (.fourdanct tournele dosonhochanta tetr. Mmo BRABANÇON. Tais-toi, démon. FOKTIX. Mademoiselle, il me sera permis de vous revoir, je l'espère, et je serai peut-être assez heureux pour vous prouver (jue la bourse et le commerce n'occupent chez moi que l'esprit. Agréez l'hommage de mon respect. i'11aineet sort par lefond. s sckxk xv.

Li:s Mêmes, moinsFOKTIN. joritDAMn. Ah ! Mademoiselle Jcnnv,voilà les tours que vous me jouez! JKXNY aveccalinoric. Mon bon grand père Polvdore, est-ce pour vous ou pour moi «pie vous voulez (pu; je me marie? M"11'JOIHDANKT. Kl puis, mon ami, vous jetez, à brùle-pourpoint, à la tète de cette enfant, un prétendu qui débute par vouloir emporter d'assaut le coîur de la place! Vous reconnaîtrez, puleuse neutralité. BRABANÇON. Jourdanet. que j'ai gardé la plus scruJoniDANKI'furieux. C'est bon ! venez maintenant me parler de voire Honval : .m peintre, jamais!

— 45 JENNY jeliint uncri. Ah ! grand père Polydore, mon père était peintre, et vous lui aviez donné ma mère ! é ( Jourdanetprofondément mu,se couvreles yeux d'unemamet appui© l'autre sur l'épaulede Jenny.) SCÈNE XVI et dernière. Les Mêmes, EMILE paraissant à la porte du fond. JOURDANET dansses mainsla têtede Jenny et l'embrassé front. au prend Pardon, mon enfant bien aimée. (Ense relevant.il aperçoitEmile près dola porte, et vale prendrepar la main. ) Ah ! Emile, venez ici, venez tout de suite. Ce n'est pas Brabrancon qui vous donne Jenny; c'est moi ! (Il met la ruainde Jenny dans celled'Emile et tendlui-mêmela mainà Brabançon. ) 'u' BRABANÇON.serrantlamain. Oh ! je ne suis pas jaloux, moi. EMILE. Tant de bonheur, mes dignes amis ! Et vous, Jenny, vous vous taisez. JENNV. Oui, puisqu'on a si bien parlé pour moi. ( Emilelui baiselamain. } de (Elles'approche Jourdanet,et lui présentesonfrontenlui j allant bas.) Grand père Polydore, c'est vous qui m'aimez le mieux, car vous sacrifiez vos projets au bonheur de votre Jenny. m ( Allantà Brabançon, émojeu. ) Grand père Etienne, je vous dois mon bonheur, c'est vous que j'aime le plus. Mmc Brabançon et Mmo Jourdanet. Et il n'y a rien pour nous? JENNV s'approchede ses giand'mèieset leur passeà chacuneun biàs autour du cou enlesembrassant. GAtoz-mni toujours, je ne veux rien perdre.

— tt — JOl'RDANET. . Brabançon, lo mari nous convient, cela ne sera pas long ! BRABANÇON. nous vous ferons installer ici un bel atelier, et vous Emile, v commencerez notre grand tableau. EMILE. Vous pouvez y compter, mon bon père, et si je l'expose an Salon, le livret portera: La Prise de Jéricho, sujet donne par M. Etienne Brabançon, ancien chef de bureau ù la direction des beaux arts. Brabançon et Joirdanet savan<,;mt. aiu: de Lan(ara. JOIRDANET. Depuis quinze ans, notre seul rêve Fut notre petite Jcnny. brabançon. Mais vient un mari qui l'enlève, Notre rôle est bientôt Uni. ENSEMBLE. Oui, notre rôle est a peu près lini. JOIRDANET. Four son bonheur unissant nos prières, Nous lui cherchons îles amis bienveillants. BRABANÇON. Il nous faudrait trouver beaucoup de pères, Pour cette enfant de nos enfants. ENSEMBLE. Il nous faillirait trouver beaucoup de pères, Pour cette enfant de nos enfants. IIN.

Séance du H Avril 1862..

PRESIDENCE

DE M. LE SINER.

En l'absence de M. de Monforand, M. le Président prie M. Azéma(Mazaé) de remplir les fondions de secrétaire. M. le Président annonce à la Société qu'il a écrit à M. Maillard au sujet de la médaille d'or et à M. Collcret pour souscrire à six exemplaires de ses Sensitivcs. Divers envois ont été fait à la^IVihliolhequc de la Société : Ahnanach religieux, Annuaire de la Réunion, Revue du Monde Colonial. Les rapports des commissions ne peuvent être lus et sont renvoyés à la prochaine séance. M. Edouard Railly donne lecture d'un travail intitulé Pensées. M. Berg, lit une Elude sur les Réformateurs modernes. La séance est levée à 10 heures. Pour le Secrétaire empêché; M. A/.KM A. Le Président. I.iKSlNKR..

ÉTUDE St'R I.F.S RÉFORMATEURS MODERNES.

9,'x K*nu,osopiiiK

positive. M. Ato.

-- ÎLe positivisme. Coiite.

Toutes L»s imaginations vives s'enthousiasment pour un livre, pour un système. Gela se conçoit d'autant plus que souvent I» seule manière de lire et de comprendre est de s'identifier avec l'auteur. La digestion de l'esprit s'opère après, on revient sur le sujet avec un esprit critique, on sépare l'ivraie du bon grain et l'on se forme soi-même de nouvelles idées. Le. danger sérieux se trouve dans le choix absolu que chacun fait d'un auteur favori sur l'autel duquel il brûle do l'encens en proclamant l'infaillibilité du système. On a pu voir naguères la lutte acharnée des Réformateurs modernes: chaque demiDieu prétendait redresser d'un seul couples torts du genre humain et refaire en un jour la société, oeuvre des siècles et élaboration de l'esprit humain. Il y a de par le monde beaucoup d'hommes ù principes, mais dont les idées, quoique bien Arrêtées,nous paraissent profondément troubles. C'est en cherchant à élucider ces idées, à leur donner la coordination qui l.'ur manque, c'est en voulant combler les lacunes dans un but naturel de satisfaction de l'esprit, que l'on revient fatalement, naturellement aux principes de la philosophie scholaslique. Pour arriver à ce résultat, la première condition est de f.iire une étude consciencieuse et particulière de toutes les Kcoles. Cette étude est nécessaire, indispensable. Il n'appartient qu'aux intelligents épaisses de la dédaigner. Ly philoso-

— .m — phie est la menée de l'être en général, île ses causes et de ses lois: quoiqu'on puisse faire, elle est le fondement de toutes les seiences particulières. Les êtres ne sont pas indépendants les uns des autres, toutes les omises s'enchaînent; on ne peut connaître un être sans les connaître tous, ef, degré ou de force on impose à tous les autres, le système .qu'on a forgé pour l'un deux: loi inexorable de notre nature sous laquelle tout plie et dont aucun travailleur ne peut s'affranchir. L'esprit humain a sa logique naturelle à laquelle il se soumet constamment. Le philosophe dont l'influence-a. été la plus incontestable, dans le siècle ou nous sommes est M. Auguste Comte. L'idée fondamentale de sa doctrine esl celle-ci, (pie Proud-. bon a exprimée d'une manière remarquable dans sou Oiyunisationdc l Ordre: « la nUure sî présent; à nous sous trois « faces: substance, cause, relation. De ces ;î faces, la dernière. « seule est compréhensible pour nous. » Smlenee par laquelle il nous indique que la recherche des substances et des causes nous est interdite, et comment lîespril humain ne peut agir que dans le cercle de la recherche des lois, ce qui esl précisément le système (l'A. Comte. L'ouvrage capital a pour titre* Philosophie posit-ve. Le premier volume est destiné à la maîhématiqu \ le seconda I astronomie, le '}%et I.; ï" traitent d »la Pysiqu i et de.l »cbi • mie. Là est son point d ' départ, et l'élude du i'' volume est capitale. La mathématique esl traitée avec une hauteurde vue que. nous n'avons pu que soupçonner. Le volume de 1!Astronomie, est wn des plus importants et il est facile de comprendre pourquoi,c'est la réfutation delà fameuse parole: cjtvli.eiïfinwU gloriam Dei. L'auteur cherche à annihiler complètement les preuves de l'existence de Dieu tirées de Tordre céleste,qui sont précisément celles qui influent le plus sur le vulgaire. « J'ai dû, « dit en terminant M. Comte, mattaçher soigneusement à <: indiquer, sous les diveis rapports principaux, l'influence " Fondamentale propre à la science céleste, pour contribuer à '«. affranchir irrévocablement la raison humaine de toute

— iv — <( tutelle idéologique ou mélhaphysique, en montrant les c phénomènes lus plus généraux comme assujettis à des lois « invariables et ne dépendant d'aucune volonté, en représeii« tant l'ordre du ciel comme nécessaire et spontané. » . Lu somme, le résultat des cinq volumes est ce (pic M. Proudhon a exprimé dans ses Contradictions Economi« (juesrh certitude est l'accord ,de la raison et de rexpérien< ce » c est-à-dire qu'il n'y a de, certitude (pie lorsque nos raisonnements sont continues par l'observation. Ce qu'avait dit du l'esté déjà lîacon. Or, comme les idées religieuses cl métaphysiques'ne peuvent avoir'l'observation pour point du 'départ, elles deviennent dé droit radicalement nulles. Tout velà est fort'logique. Le resté de l'ouvrage de M. Comte est intitulé: Physique 'sociale. 11présente d'abord sa théorie des 3 Etals: religieux, 'métaphysique, positif. 11divise la phase religieuse en trois: fétichisme, polythéisme, monothéisme.— La même idée se trouve dans Proudhon qui la puisée dans Cousin. —Les analyses du Félichisïne et du Polythéisme sont d'une profondeur qu'on ne se lasse .d'admirer, c'est une analyse à la fois de l'histoire et de l'homme, ennuie il n'en a jamais été fait. Le monothéisme est tout aussi brillamment traité dans les principales parties, son étude sur le 'catholicisme est pleine de finesse. Mais quand on le Voit "renverser d'un trait de plume méprisant toutes les doctrines économiques et instituer son clergé comme régulateur du mouvement industriel, on se permet de prolester. Les Conclusions sont toutes renfermées di\\\s\a Catéchisme positiviste. A la première page, Klogede l'empereur Nicolas, le noble tzar, qui est le seul homme qui comprenne son époque .... (avec 31. Comte bien entendu). A la seconde page, la France se partage enloou 10 petites Puis, quatre pages d'invocation mystique à son républiques. ange gardien. On se demande: qu'est-ce que c'est que çà? Il nous apprend que cet ange est une femme (pi'il a aimée et avec intellectuel. Puis, vient laquelle il a eu un mariage un beau temple où il y a une belle femme de 30 ans qui tient un enfant sur les bras et qui représente [humanité. C'est là que se pratique le culte et que les prêtres l'ont fumer l'eiueus',

puis, ailloli»' e.-.l un beau cimetière où l'un cnleire les humains ainsi que les animaux utiles ( probablement aussi lis lièvres qui tirent le pistolet et les chiens qui jouent aux dominos ). — sur les tombes sont écrits les laits et gestes de chacun. — Il y a des reformes très utiles à l'humanité: les mois ne s'appellent plus janvier, février, mais. . . mais Moïse, Homère, Orphée. . . . Les saints du calendrier soi.t changés. Les jours de la semaine ne s'appellent plus: lundi, mardi, mais patridi, matridi, tilidi.... Quelle plate imitation du catholicisme ! organisation du Clergé, organisation du culte, tout y est impitoyablement volé. Saints, anges, cérémonies, tout y est tidèljmei.t calqué dans celte incroyable singerie qui est le catholicisme, moins Jésus. — Il n'y a que le pays où Founer a trouvé des adhérents déplus de vingt ans pour produire de parodies folies. Il y a là une profanation, un mépris de la dignité humaine, de vouloir organiser le coeur, organiser les sentiments et les respects dus aux parents. — Qu'est-ce que M. Comte en somme? C'est Joseph de Maistre devenu athée, qui supprime Dieu et garde b pape. Il signe: Fondateur de la religion il.* l'humanité, et tranche du chef rtlgieux: se targuant déjà <!.? son pouvoir de pape, M. Comte a l'aplomb, au dix-nenv'îm.; siècle, de donner sa bénédiction à certains ouvragée, s. n excommunication à d'autres, il me lixe mes lectures et bi«n plus m'en interdit. Il tonne contre la libellé de la presse et f il teut deuceltemer.t entendre qu'elle doit être a la discielLn du clergé positiviste. — N'oublions pas en outre qu'il est encore un imitateur de Mahomet, ci.r il nous conseille de ne pas l'aire usage du vin. — En politique il iétablit lis castes, décrète le droit de primogénilure, soutien de toutes les aristocraties. 11livre mon corps à une aristocratie industrielle et mon àme au clergé positiviste. Servile imitateur en tout du moyen-âge, il donne à ce clergé le droit d'excommunication, comme au temps d'Innocent 111. On ne peut croire tout ce qu'il y a d'hypocrisie dans ce sa vaut athéisme. Ptoudhon dans ses contraiiiL'tions àonoiniiiiics dit : la dit-

•il

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féreuce entre la philosophie ancunnj et la philosophie moderne peut s'exprimer par deux mots : dehors et dedans. La question est la môme sur le terrain religieux politique et même physiologique. Il s'agit de savoir si toutes choses sont gouvernées par une force antérieure et supérieure ou par des lois spontanées et immanentes. 11s'agit en un mot de i avoir si le monde est gouverné par une force antérieure qui est Dieu ou par des lois inhérentes à la matière ; si la secieté est guidée par la Providence ou par ses lois et sa virtualité propres ; si la société doit être gouvernée par une autorité cxtèrieurenommée Roi, Dictateur, Assemblée.... ou si l'ordre doit résulter du libre jeu des diverses forces économiques et sociales ; si enfin le corps est mu par une force particulière et pour ainsi dire extérieure nommée vie, ou si au contraire, la vie n'est pas le résultat du jeu spontané et de l'accord parfait des diverses parties de l'organisme. Proudhon et Frédéric Baslial nient quel homme doive être gouverné, ils bornent le rôle du gouvernement à la justice et a la défense extérieure, voulut.l la libelle dans la presse, dans renseignement, ilt-ns l'industrie, dims ta travail, dans tout. Comte, après avoir allumé la doctrine de la libellé en philosophie cl physiologie, l.i nie dans la politique. Que de contradictions dai.s tous ces Réformateurs! Tous sont d^s hommes à /j/Mi/po', a idées arrêtées mais c'est à vous dj choisir entre tas mille et un systèmes. Oh! coites, cjux qui se font tas champions du positivisme dans tass'.ienees naturelles ne l'ont pas étudie à coup sûr, car ils reviendraient bien vite d'un enthousiasme irrelluchi.— Cepen anl. M. Comte fait école. Le positivisme a sa bannière. Les plus importantes questions d'histoire naturelle, les problèmes d ardhropolegie et de zoologie les plus élevés, Lssoluticns doctrinales les plus déterminantes s'y pressent à l'envi.— La génération spontanée esl un produit de ta philosophie positive. Mais des faits, rien (pie des faits, voila tout ce qu'elle oppose aux données du spiritualisme, on y cherche en vain un souille doctrinal cl ces conceptions logiques dont tas sciences iv.iturcltas ne peuvent se pars-r. C'eM toujours ta

:>:> ïiiJiii • I mî.lmi", s mis prétexte (I anal»m1, à vouloir faire sor'tir les principes dos t'aits. On proclame que l'observation est la seule méthode et en môme temps on nous lance nue pluie de théories, et ces théories, au bout du compte, ne sont mie des hypothèses. Et puis, un despotisme sans pareil dans les principes, un arbitraire dont on ne se lait pas une idée— Suive/ mon System. 1 ou l'Humanité est perdue! Oui, e'esl dans '•lesiècle delà liberté intellectuelle que parlent ainsi les Réformateurs du genre humain, les grands redresseurs des toits 'célestes et terrestres. Mais ce qui est grave, e'esl l'inconséquence, de'leur méthode. La sciencea perdu'sa fixité, son assurance, sa dignité. Il n'y a plus examen et raisonneinent, laits cl principes-, mais Ai's laits seulement, branchement, on éprouve quelque satisfaction de se dire Eclectique. Non pas éclectique à la la'çoudes syucrétislcs qui, sous prétexte de choisir, ont pris partout et ont tout confondu, mais éclectique qui, empruntant à tous les moyens da connaissance, les classe, dans l'appréciation de leurs données danrès leur rang hiérarchique: expérience, raisonnement, tradition. Autrement, il nous reste en compte tiua'l dans'la science des opinions et pas de principes, c'est à dire la poussièicde la science. Je comprends la philosophie positivé des mathématiciens, mais en vérité je ne puis m'empêcher de sourire quand je vois dansla médecine les adeptes d'une doctrine qui a pour fondements 1a mathématique et l'astronomie. Le maître dft à la tin : « j'éprouve le besoin de me retremper moi-même .< dans les éludes mathématiques. •» €es Yalro-malhématfcieïis de notre siècle, ne font rienauïre chose (pic consacrer rhu'muManle formule (pie la médecine attend le mouveinenl et ta vie des progrès de la physique et de la chimie. En résumé, les positivistes ne veulent pas de la liberté. Uevenant en théologie à tous les mythes qu'enfantait l'imagination poétique et jeune de l'humanité, ils ont une morale dé

eontraintect n • reconnaissent pas que Ii I lie:lé spiriluclli . est la tonne de l'ordre. Ils ni»conçoivent la morale que comme, étroitement unie à une autorité di. posant eu son nom d.'s peines et des récompenses. Puis socialistes, ils no tiennent aucun rompt..? de cel.ie pauvre Libelle.— IVoudhon et Auguste Comte ont plus d'un i apport entre eux -Lise/. I nvyani&u-. //o/nKi l'ordre du premjor Itoformateur, et vous verre/. I >. inèiiK! système •.guerre aux religions et guerre à la métaphysique.— Ce qui manque avan|;lout à la dorLrine de la, philosophie, positive, n:>!isl avons déjà dit,ici nvm,1et dans une. autre ocra sion, <:est le caractère d.; la vérité. Les mêmes principes dirigent I esprit humain dans tojis ses. mpuyement.s, rt une v.eritc une. fois émis; ne peut p'us périr. Lu comparant le mouvement de.s idées de nas réformateurs modernes avec la marche du véritahle progrès, 051 apprécie!.; cachet de la vérjté. A epropos, il y a un ouvrage qui ma toujours vivement ému — qu'on nie p"rmetle celte digression —je. veux parler de Cohden et de sa liinie. Sept, individus obscurs se réunissent un jour à Manchesteret se forment en association .pour abattre le monopil.; (h? l'Aristocratie anglaise et retondre dp fond cm comhle I industrie anglaise. r»irri)lôl, quelques nuinidacturiers s'y joignent, entr'autres un certain marchand de papier peint qui avait gardé les cochons comme SixlCrQuinl,('t qui îj'ayait depuis guère ([iiitté son comptoir. Cj marchand (le.papiers ou d'étoiles imprimés se trouve être un des premiers, oratem s du monde cl un grand homme d'état. Partout, les hommes éminents se réunissent autour de ce petit noyau, et voici une pléiade d:oraleurs sans égaux. Au'bout de trois ans, la modeste association a ses professeurs, dans chaque Comté sou imprimerie, ses colporteurs ; un. ministère, établissement magnifique où des chefs de Bureau, des secrétaires, entretiennent une immense correspondance, livres, pamphlets : affiches gratuites sont répandus à profusion, les chemins de fer roulent perpétuellement d'un bout à l'autre de l'empire des émissaires et des orateurs, on achète des terres pour donner

M lu!droit do voter à i.vi\ qui mï rallient à la ligiii-— sept hommes obscurs ont mis tout cela on branl\ l'aristocratie est nl>l;gco de capituler, et uns Angleterre nouvelle, l';intipodtY de l'Angleterre que nous haïssons, a surgi ! Voilà hi véritable réforma. Cobden l'a opérée sans que jamais une parole de fiel tombât de ses lèvres, sans secousse, sans grands mots, sans grandes phrases. Cobden est un ré formateur, pouvons-nous le comparer aux autres? Mais en revenant sur le terrain scientifique nous verrons de. nos jours une réaction véritable, énergique. Ici, c'est M. Flourensqui, dans son Ontologie naturelle, fait une profes ion de foi monogéniste. Là, c'est M. deQuatrefages qui, Tan dernier, dans un ouvrage remarquable ayant pour titre : De l'unité de l'espèce humaine, reprend le débat compliqué parles théologiens d'un côté et L>sphilosophes de l'autre et pose ces principes : « L'homme est soumis aux forces physico-chimiqu?s comme les corps bruts. Il est organisé comme les végétaux et les animaux. Comme eux il se meut volontairement et il sent. Dans son être matériel il n'est pas autre chose qu'unanime perfectionné à certains égards, moins parfait sous d'autres rapports que beaucoup d'espèces animales. Son intelligence, quoique incomparablement plus développée, ne suffirait pas à l'élever tout à fait au dessus des animaux, si deux facultés d'un ordre tout nouveau ne se manifestaient en lui. Ces deux prérogatives sont la notion du bien et du mal connue sous le nom Se Mor(ilitè,ei celle de l'idée de Dieu, habituellement désignée sous le nom de Religiosité. » La philosophie envisagée à ce point de vue général est véritablement la base de toutes les sciences. Elle fait justice de toutes ces doctrines adverses où la science n'apparaît que comme une boutique de faits disparates et d'opinions plus ou moins étranges. Il nous faut une doctrine générale, qui résume le tout, qui interprète les lois générales, qui anime les théories particulières, qui plonge enfin dans les faits pour tout animer et tout vérifier. Kt aussi, n'est-elle pas une

rho3ti vaine mais une connaissance féconda : féconde pour \c savant parce qu'elle embrasse tout ce qui constitue la science, lui i esume tout C3 qui est fait et lui ouvre les voies de tout ce qui est à faire; féconde pour l'homme pratique, trouvant en elle le résumé de tous les principes qu'il doit prendre pour guide; féconde enfin pour celui qui apprend, parce qu'elle lui découvre, comme d'un point culminant, tout l'empire dont il doit prendre possession, et qu'elle lui apporte comme flambeau les principes qui le guideront dans la conception de tous les détails. C'est dans cette voie que nous devons chercher nos principes et non dans les doctrines systématiques de notre époque.

i' La suit»prochainement. )

PLiYSLLS.

Ou a eu tort ilediiv que l'avérité frappe l'esprit comme un trait de lumière, ol (pion la reconnaît la première fois qu'elle nous esl annoncée. La vérité, malheureusement, ne se révèle par aucun signe certain: l'erreur et le mensonge ont, avec elle, un air de liunillequï ne me permet pas toujouts de les distinguer.

La vie est un capital dont b's plus avares se montrent ordinairement prodigues: on n'en connaît bien le prix que lorsqu'on l'a dépensé presque en entier. Pour comprendre ta maijieur et pour y compatir, il faut soi-même l'avoir connu, et Virgile a raison. Mais quand le malheur s'est, longtemps appesanti sur nous, il produit un eltet contraire :. il tue la pitié, il dessèche, il durcit notre coeur; et quand quelqu'un vient, en pleurs, se plaindre devant nous de ses maux, nous le regardons d'un oeil-sec, presque avec dédain,, et nous disons :. qu'est-ce que cela !'On met, irailleurs, de l'amour propr.o à avoir été bien malheureux; on veut l'avoir été plus, (pic personne: c'est une supériorité ^'omme une autre.

Le bonheur est un fruit qui se gâte presque toujours avant d'être mùr.

Il n'est pas de savant qu'un enfant ne puisse embarrasser deses pourquoi?..

-* .Y/ . On en vent iiioîlis quelquefois à teïui de qui l on u reçu une oll'cnso qu'à celui qu'on a offensé. On n'en veut guère plus h eelui qiu vous fuit une injustice quu ivlui <in faveur île qui celle injustice vous est faite. i/hampTorl disait i|tt'it y a tics soïtisèsïuen liahrllécs'eoiu nie il y a des sots hieu vêtus: \\ aurait pu ajouter que celles-là-, comme ceux ci en imposent .presque toujours à la foule et :Jont souvent fortune.

1/esp •nuice est un usurier qui rM'mupleWs plaisirs et né "nous prête qu'à gros intérêts. Il y a bien peu d'hommes et enviés. qui ne soient à la Vois envieux

In jaloux ne s'exagère pas moins tout bas les qualités et les avantages d'un rival qu'il n'exagère tout haut ses défauts ou ses ridicules.

Quel est l'homme, quelle est surtout, la femme qui oseraient toujours penser tout haut? Chacun est jaloux du sort de son .voisin ; et cependant on ne trouverait peut-être pas une personne, une seule, qui voulût faire, avec une autre, échange complet de position en même temps que d'âge, dégoûts, de caractère, de figure, do famille, d'aiï'ections. On envie à l'un son esprit, mais on né voudrait pas de sa réputation; à un autre, sa tounuue élégante, mais c'est un sot ; à celui-ci, sa place, mais il s'y fail haïr; à celui-là, son influence et sa fortune, mais sa femme

;>n est une mégère; à cet autre, sa gloire bien mérité?, mais il .i la goutte et quatre-vingts ans. Enfin partout des mais, «les si ; et K choix fût il possible , chacun finirait par carder .*on !(!.

Le plus modéré et U plus modeste restent toujours en deçà de leurs désirs et de leurs espérances.

Si les femmes avaient un secret, tous les hommes le sauraient depuis longtemps.

Quel était le plus sage d'Heraclite ou de Démocritc? Je ne sais; mais il me semble, en voyant comment va le inonde, que tous deux avaient d'excellentes raison?, l'un de rire, l'autre de pleurer.

Chacune de nos actions est comme la graine que nous jetons insoucieusement au vent, que la terre recouvre, nue nous oublions; et qui, croissant lentement, en silence, devient à nos yeux étonnes ou l'arbre chargé de Heurs et de fruits à l'ombre duquel nous trouvons un abri, ou la ronce aride dont les épines nous déchirent.

Probablement par la même raison <ue l'enfant qu'un père préfère, est celui qui a donne le plus c e mal à élever, tel fait bon marché du talent réel qu'il possède et tient fort peu aux éloges mérités que ce talent lui attire, qui attache au contraire une valeur exagérée à des essais médiocres dans un genre où il ue réussira jamais, et mendie pour eux un compliment banni qu'il savoure avec délices.

— ?iO 'Lumitié. est un pou commis ces plantes qui su plaisent mieux et deviennent plus belles «laits une terre pauvre que nians un sol hop rielie.

Le chemin le plus long est parfois le plus court.

Une disposition d'esprit, malheureusement trop commune. ,<istcelle de se croire bien supérieur à la position ou à l'cnvploi qu'on occupe; il en résulte qu'un ne fait aucun ci tort, .par conséquent, aucun progrès; et qu'on reste au dessous de f"o qu'on pourrait, de ce qu'on devrait être.

'Ksl-ecune jeunesse triste et froide, ou une jeunesse beu •mise ut sans privations, qui rend les vieillards moroses cf chagrins? Quoique on en dise, il est probable que c'est moins le regret des plaisirs qu'ils ont goûtes que le regret de n'en avoir jamais eu, qui assombrit leurs derniers jours et en fait des censeurs jaloux. On doit céder sans peine sa place au banquet où l'on s'est assis ; voir sans envie les jeunes gens s'enivrer des jouissances dont on a eu longtemps sa part: i! y a une grande consolation à se dire : « Kt moi je fus aussi berger dans l'Arcadie! »

La douleur présente est toujours celle qui nous paraitfe (plus cruelle; le plaisir passé, .celui qui nous semble le plus ,doux.

L'amour propre nous préserve de presque autant de sot itises qu'il nous en fait faire.

• oo ... Pou d'hommes saventuu peuvent choisir lu carrière et lï femme qui leur conviennent; delà presque tous les mécomptes (|iie l'on rencontre dans son ménag-.1et dans sa profession.

Nous sommes beaucoup moins fiers des avantages que' nous avons acquis par nous mûmes que de ceux que nous tenous seulement du hasard, comme la fortune, la naissance, la beauté,* la force corporelle. Cepi ndant nous ne devrions p s plus nous enorgueillir de ceux- ci. que nous ne devrions tirer vanité d'avoir gagne on terne à la loterie.

L'envie est un sentiment si triste, si bas. qui fait tant souf frir et rapporte si peu, qu'on doit réellement s'étonner qu'il y ait des envieux.

Les qualités et les avantages que nous vantons le moins et que parfois nous dénigrons, sont d'ordinaire ceux qu'en secret nous envions le plus.

Que d'hommes ressemblent à ces étotVes brillantes mais, mauvais teint, qui ne résistent pas plus à un rayon de soleil qu'à une goutte de pluie, et qui ne peuvent conserver leur éclat trompeur qu'à la condition de n'être point employées !

La honte n'engraisse pas, sans doute; mais on engraisse malgré la honte, parce qu'on s'y habitue comme à tout. C'est la faute do notre société qui n'admet pas de prescription pour une faute; et qui, en se disant chrétienne, ne croit pas au repentir, et le rend presque toujours impossible en le rendant inutile.

- - Ôi hcins l'cipinion d'une foule de gens', la poésie est exclusive ruent l'art du faire des vois; nsne la reconnaissant qu'à la' rime; tout au plus ladmoltent-ils encore dans l'idée et l'expression d'uni* statue, ou d'un tableau; et on les étonnerait beaucoup si on leur disait : véritable Prolée, la poésie prend toutes les Tonnes; elle est partout, dans tout; elle prèle à tout l'éclat et le charme de son prisme: c'est le rayon de soleil qui donne à la goutte de rosée les feux du diamant; qui revêt d'argent, d'or et de pourpre les lhnés sans couleur du nuage; c'est le eh mt de l'oiseau, lu boulon prêt d'éclore; c'est le regard de la jeune tille, c'est sa voix, son sourire ou ses larmes; <v sont les cheveux blancs du vieillard; on la retrouve dans la statue qui pense et dans l'humble croix du calvaire breton; dans les soupirs et les gémissements de l'orgue, comme dans le murmure du ruisseau; sous les sombres voûtes delà' cathédrale gothique, comme sous a coupole lumineuse de. St-Pienv, comme sous" le pauvre toit du foyer paternel. La poésie! mais c'est la'jeunesse, l'amour, l'imagination, la gloi1 re; c'est tout ce qu'il y a en nous de plus délicat, de plus pur/ de plus tendre et de plus noble ! Qu'on ne tire pas avantage contre la religion chrétienne, et qu'on ne tasse pas trop honneur à je ne sais quelles doctrines philosophiques, des vertus qui distinguent entre toutes nombre de personnes vivant en dehors de l'Eglise: ces vertus sont précisément le meilleur litre du christianisme à notre vénération et à notre gratitude; car elles lui appartiennent en propre; nées de sa morale, elles viennent de lui comme le fruit vient de la semence; et son éternelle gloire sera de les" avoir introduites dont les lois et dans les moeurs; de les avoir rendues obligatoires à tous. . . à ceux là même qui se sont sépaiés de lui, et lui so. t devenus étrangers, semblables à' l'homme que, dès son plus jeune Age, les circonstances auraient arraché des bras de sa nière, et qui, plus tard, passerait auprès d'elle indifférent, sans la reconnaître, sans se douter de ce qu'il lui doit de respect iln reconnaissance et d:amour.

I,e temps m> console pas seulement; il t'ait oublier. . . ci comme s'il ne faisait pas oublier assez vite, nous lui vc nous m aide de. tout nuire, pouvoir: nous évitons, c( chacun do ceu,\ qui nous entourent, évite l'allusion la plus indirecte à la perte récente d'une personne aimé»'. Il semble qu'elle n'ait pas vécu, ou qu'elle ait mal vécu, tant l'on s'entend bien pour ne plus en parler; tant l'on craint même de prononcer son nom avant que les années ne l'aient rendu a peu près indifférent. Kt pourquoi cette conspiration du silence qui se t'ait autour de nous, et dont, nous sommes les complices? Dans les premiers moments, rien n'ajouterait, à notre douleur; plus tard, quand nous commençons à la porter plus légèrement, nous trouverions non pas un chagrin nouveau, mais une consolation réelle et un salutaire enseignement à nous entretenir de la chère victime que la moi 1a l'aile, à parler do ses vertus, de son affection, de ses titres à notre amour et à nos regrets; à songer à ses conseils, pour les suivre: aux torts que nous pouvons avoir eus envers elle, pour ne pas nous en rendre-coupables à l'égard d'un autre. Au lieu de chasser son soi enir comme une pensée importune, il faudrait le rappeler souvent; lu rappeler à la mémoire de l'enfant oublieux; le rappeler dans nos joies et dans nos alfections; le rappeler à chaque réunion de famille, comme celui de?l'absent que nous espérons revoir un joui, et dont la pensée reste sans cesse présente dans notre coeur. Ei». Baili.y.

LA "— ' FRANCE ET SON ME

La guerre est l'acte par lequelun pouplerésiste à l'injustice prix dosonsang.Partoutoù il y a au i injustice, l y a causede guerrejusqu'àsatisfaction. La guerre "estdonc,après la religion,le premier desofficeshumains:l'uneenseigneledroit,l'autre le défend;l'uneest la parolede Dieu, l'autre son bras. I.ACOBDAIRE.

I Lorsque tes flancs s'ouvraient sous le fouet qui dévore; Lorsque du Golgotha les clous saignaient encore ; Lorsque de tes bourreaux la hideuse fureur, Te crachait au visage, insultait ta douleur, Et couronnait ton front de sanglantes épines, Vengeance! oh! non, ce mot, de tes lèvres divines, Jamais il ne sortit, ô Christ, et dans les cieux, Ton sang, en s'élévant, intercédait pour eux. Tu ne maudissais pas, et l'écho du Calvaire N'a jamais répété qu'une ardente prière.

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fil -

Chrétiens! if oublions pas ce sublime passé, Monument éternel qu'un Dion nous a laissé! Sachons oser! la gloire est an plus téméraire : tic que le Christ a fait, essayons de le faire! Inflexible vengeance, abjurons ta fureur! Non, le Dieu «lesChrétiens n'est point un Dieu vtrj'.eur! Mais quand la Liberté, sa fille bien-aimée, En face d'un tyran se trouve désarmée; Quand des crimes sans nom, d'infâmes attentats, Viennent troubler le monde et frapper des Etats; Quant à côté de nous se lève quelque borde, S'échappant du limon dont la fange déborde; Quand un peuple gémit sous un joug détesté, La justice est du ciel ainsi que la bonté. La guerre est d'aussi haut, quand par la délivrance Elle vient consacrer son droit et sa puissance: La parole de Dieu, chaque pôle l'entend, La justice la suit, la guerre la défend. Il France! lu Tas compris, quand naguère en Crimée, De tes fils valeureux tu guidais une armée; Ton aigle s'enlevait avec la liberté ! Et lorsqu'il s'abattit sur l'altièrc cité, L'oppression, l'orgueil fuyaient de son enceinte. France! tu délivrais! ton épéc était sainte. Tu le compris encor, quand l'Autriche plus lard Sous les murs de Turin plantait son étendard ; Quand tu lanças soudain ton cheval de bataille Toujours prêt sous ta main à braver la mitraille, Quand il franchit les monts, plus rapide que l'air, De son sabot brûlant faisant jaillir l'éclair; Quand aux feux du combat sa prunelle allumée Brillait de tout l'éclat de la foudre enflammée.

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Go -

Crand! terrible duel! les soldats d'autrefois, (1rs nobles vétérans, ces ahallours de rois. Lu* qui virent tomber cent villes assiégées, Lux si souvent vainqueurs en batailles rangées, Du baul de tant de gloire, ils s'étonnaient encor Ces héros de Wagram, d'Aréole, du Tbabor! Lt lorsque le destin couronna ta vaillance, Ils admiraient surtout le calme, la clémence, La grandeur du monarque habile cl valeureux. Commandant a sa gloire,cl restant généreux. Aux bords du Mincio te guidait ion génie, 'lu combattais encor contre la tyrannie ! C'est ainsi que du ciel les desseins consommés Confondent l'oppresseur, sauvent les opprimés: C'est ainsi que Cyrus aux murs de lîabvlone Surprenait Baltba/ar et renversait son trône.

III Mais déjà, jusqu'à nous, de lugubres clameurs Arrivent du Liban et glacent tous les coeurs! Indicible démence! aveuglement impie! Souvenir d'un passé que le présent expie, C'est, au nom du prophète, un long rugissement ! Du côté de la croix, un long gémissement ! D'un peuple de Chrétiens, c'est le glas qui résonne! C'est la hache qui tombe cl le tocsin qui sonne! C'est un bagne en débauche au milieu des autels, Spectacle épouvantable inconnu des mortels! Des forfaits les plus noirs le hideux assemblage ! Une scène de feu, de 1er et de carnage, Des crimes inouïs dont l'horreur nous confond; Un abîme de sang! des cadavres au fond!

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m IV

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Contre ces attentats tu ne t'es pas levée, Et ton âme, Albion, n'en fut point soulevée! Kl que l'importe à toi! qu'importe à tes grandeurs ('es festins dégoûtants de vils gladiateurs! Que le démon du mal les abreuve à pleins verres Comme autrefois Bacchus enivrait ses panthères, Qu'importe! ton orgueil n'est-il pas satisfait? Et du nord au midi n'as-lu pas assez fait? Eh ! quoi? ne viens-tu pas d'affranchir l'Italie? Li gloire, au grand Hedan, qui donc l'a recueillie? Qui jamais, tant que toi, lit pour l'humanité, Pour l'intérêt du monde et pour la liberté? Ne l'as-tu pas portée aux confins tic l'Asie? El quand l'Inde pour loi, d'un saint amour saisie.... Quand l'Irlande a tes pieds.... Assez ! —de ton grand coeur Il est temps d'arrêter la dévorante ardeur. Ce que tu n'a* pas fait, un autre, un infidèl", Chrétien par les vertus que son âme révèle, Abd-cl-Kader enfin, ce noble Musulman, Au mépris de ses jours l'a tenté hardiment. — L'Europe a bien souvent admiré ton courage, Et la France, trente ans debout sur ton rivage, L'a souvent éprouvé, noble fils du désert ! Honneur! honneur a loi ! c'est le ciel qui te sert ! Tu viens, par ton grand coeur, d'ajouter a ta gloire Des litres immortels au respect de l'histoire? Y Eh quoi! l'impunité va rester au Croissant! Le ci'inu doit-il donc demeurer triomphant! Non! répond une voix, la voix de la patrie:

— 67 « Achevons noire ouvrage et sauvons la Syrie ! » De ce cri généreux, le monde retentit: C'est la voix de l'honneur! c'est la France ! elle dit, Et bientôt, sur les mers, une Hotte nouvelle Conduit les bataillons que l'infortune appelle. — Elle est encor debout, celte race de preux, Héroïques guerriers, dont le bras valeureux A si longlcmp.vprès d'elle enchaîné la victoire, Dont les siècles toujours ont gardé la mémoire i Contre elle vainement tout le globe lutta. C'est elle qui luttait encore à Magenta ; C'est elle qui répond au signal des alarmes, Qui s'exile aujourd'hui pour reprendre les armes ! L'Europe vous contemple et vous laisse partir, Ah ! puissc-t-ellc un jour ne pas se repentir! Puisse-t-elle, plus tard, ne pas pleurer la gloire Qu'elle vous abandonne au prix de son histoire ! Frères! parlez,donc seuls! qu'on sache en Orient Qu'il existe toujours un peuple a l'Occident, Dont un bras généreux relève les victimes, Et dont l'autre est toujours levé contre les crimes ! Un peuple qui protège et punit a la fois, Dont les plus orgueilleux ont respecté les lois ! Partez! de la patrie intrépide avant-garde, Portez haut ses couleurs! la France vous regarde ! M Et toi! toujours mêlée a de sanglants débats, Toi que l'humanité reconduit aux combats, Mère ! bénis tes fils ! que ton astre les suive, Et bienrùt leur phalange abordant sur ta rive, France! tu livras des mains de tes enfants, Bien mieux (pie des huniers, des drapeaux triomphants, 10

— 08 • Los i.o'iiâlietio.io d'une famille ci.lu iv, La famille du Christ que couvre la bannière. Malheur! malheur à ceux de qui l'enivrement Croirait te rencontrer un jour impunément ! Ils le croyaient, ceux-là, quand pleins de leur délire, Ils osaient provoquer ton redoutable empire! Les Alpes et la mer leur servaient de renions, Dans leur quadrilatère ils se croyaient bien fovK Ils avaient contre loi soulevé la tempête, Et l'orage bientôt a crevé sur leur tète! Ainsi de l'insensé, résistant au torrent, Qui s'élance, s'élève et triomphe en courant ; Ainsi de ces rivaux, jaloux de ton génie, Qu'un éternel soupçon condamne à l'insomnie ; Ainsi, dans l'Orient, de tous tes ennemis. Oui ! le destin du monde h ton sceptre est remis! Lorsque tu mets la main au pommeau de l'cpcc, L'univers attentif, attend une épopée!

C. de la Serve.

vt uASôancc

du 8 Mai l^,rv

v ;

PRÉSIDENCE

DE .'M, LE SL\ER.

M. le Président communique une lettre de M. E. Cotteret» par laquelle il remercié ta Société d'avoir bien voulu souscrire pour si* exemplaires de son volume de poésie: les Scnstttics. M. Crivelli fait hommage à la Société) au nom de l'auteur d'un discours de M. Hubert-Delisle, sénateur, sur une question qui intéresse l'avenir de ta Colonie. M. Crivelli annonce que» outre les exemplaires destinés à la bibliothèque, il en tient un à la disposiflbH do chacun des membres de la Société. Par une résolution prise à l'unanimité, la Société charge M. le Président d'écrire à M. IL Delisle pour le remercier du concours actif qu'il veut bien continuer à une institution dont il est le fondateur.

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70 — en deux actes:

M. Voïart lit une comédie-vaudeville Le Bisaïeul La séance est levée à 10 heures.

Le Secrétaire, P. DR Mo^TORAND.

Le Président, Lu Siner.

LE

BISAÏEUL,

Comédie-Vaudeville en dent actes,

PAR

ut.

tioiiu-t.

98 ans. M . de.M\KSl(iNY, ancien négociant son petit lils, négociant. . i8 ans. M. îMAUJ'ÎYlLLK, 21 ans. l ... KAOUL, ,. ,. „ ... cnlanls ilo 31. Malloville . . . ._ ans. ,,.,,,,,,,,., 19 MAllllLI)h,j médecin 28 ans. FlïrJXDAKIAY, éleveur de bestiaux 38 ans. LUZ\(jUKT,

La scène se passe à Paris, chez M. Malleville.

LE

MISAIKlJJ,

Comi:mi:-Yai;iu:vii.li: un in-:i'x .u:n:s.

I.c Théâtreiopicvsento unsalun.l'oile au fun<l. les latéiales.Aganpot 1fi'p clie,unelablr «Mil «l'un'a is a oc i-pqu il fui! | o>irécrire. In avant de la table, un giatul laulcnilà dossier('Itné. SCÈNE K M. de MAHSIC.NY. UATIIILDE. M.uiui.m:. Comment! bon papa, vous ne prenez, pas muii hras pour •appui? M. de Mausic.ny. Non, Mademoiselle, je n'ai pas besoin de voire bras; ma canne me siiflit, et même, je ne la porto (pie comme contenance. Mais pensez-vous donc., jeune fille, que si le mois prochain doit voir s'accomplir ma quatre-vingt-dix-huitième année, je sois pour cela un vieillard ! Erreur, ma chère ; et. prends garde qu'au premier bal, je n'aille te demander une polka ! (Il fredonne un air de polka, et, en s appuyant sur sa canne, il marque la mesure avec les talons. ) Vois-lu cela ? Prends garde, te dis-je. Mathilue. Mais, bon papa, je serais bien heureuse el bien fière si vous me faisiez celle galanterie. entrant par la droite.

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71 -

M. de Marsigny. •fou suis moralement convaincu, surtout si je nn trouvais alors en concurrence avec, M. Félix Dai'lay. Mmiiii.dk. M. Félix? M. de Marsigny. Je connais ça. Antoine Dai lav, son grand père, chirurgienmajor il un régiment suisse, a été tué, à certain 10 août, en faisant bravement son métier, sous lu feu. Prosper Darlay, le père de M. Félix, chirurgien-major aux grenadiers de h garde impériale, a eu un pied gelé en Russie. Il ne danserait pas la polka, lui. Je connais ça, te dis-jc. Et M. Félix Darlay lui-même, qui a fait, en amateur, la campagne d'Italie, comme chirurgien auxiliaire, et y a attrapé deux balles... et la décoration. .. Eh bien ! Est-ce (pie je ne connais pas ça? Matiiildë. Tant mieux, cher bon papa, car M. de Marsigny. Car ma chère petite fdle Mathilde, -qui donnerait la préférence à son bisaïeul sur M. Félix pour une polka, donnerait la préférence à M.Félix sur tutti quanti... pour en faire son mari. Mathilde très vite. Mon père connaît les intentions de M. Darlay et ne les désapprouve pas. Mais M. Félix, qui doit être attaché au service du Val-de-Grâce, attend cette nomination pour faire sa demande. M. de Marsigny. C'est 1res bien: AIR:T'en souviens-tu. Lorsque Ton veut songer au mariage Il faut sans doute obéir h l'amour ; Mais ce follet, dans son esprit volage, Chez,nous souvent abroge son séjour.

--- /«> — A\ec l'amour, une simple chaumière. Semble sullire au bonheur des époux ; Mais il s'enfuit quand il craint la misère; Dorez sou nid, il restera chez \ous. Or donc, Félix attend sa nomination qui, sans doute, ne tardera pas ? Matiiii.dh. Ilelas ! M. Félix a un concurrent redoutable, protégé par le Directeur qui doit l'aire la proposition au Ministre. M. de Maiisk.xv. Kt quel est ce Directeur? tu dois le savoir. Matiiii.iif.. M. de Bussy. M. de Maiisignv. M. de Hiissy ! je connais ça. Attends. (Il s approche de la table, mel des limettes pince-nez, s'asseoit et écrit. ) « M. le Directeur, » » » » » » » » » Kn mil-sept -cent-quatre vingt-treize, M. le Comte dit Bussy, votre père, grand propriétaire en Champagne, allait )asser devant le tribunal révolutionnaire ; le président du t istrict d'Epcrnay, M. de Marsigny, est parvenu à sauver a vie et la fortune du Comte. M. de Marsigny s'interesse vivement au jeune Fclix Darlayqui sollicite un emploi au Val-de-Gràce. C'est à prendre en considération , n'est-ce pas, surtout quand la recommandation viciât d'un presque-centenaire? » Votre serviteur, » de Marsigny. »

(Il plie sa lettre, met l'adresse et sonne. Un domestique paraît.) Celle lettre à son adresse. ( Il ùle ses lunettes et se lève. ) Vois-tu cela, petite? Il faut que tu saches aussi que le Comte de Dussy, plus lard, avait demandé la main de ta défunte tt

— a> — m'iiîiit nti'i'f*, ikut pauvre tille ; mais la pl;nv était prise. I.aissidone aller les choses, nous verrons iv que cria (II* viendra. M.viïm.ih:. Oh ! vous êtes liti'ii mon bon papa ! .M. de Mahsionv. Bah ! il faut bien tpit' jt' m amuse à quelque chose;. SCfcNK II. Les mêmes, HAOLJL en petite tenue de lieutenant de chasseuis: il entre en donnant des s'ujnes d'humeur et jette, son keppy sur un fauteuil. M. <leMahsuîny .st retournant. Lieutenant .Malleville.nous ne sommes pas ici à la caserne. Hvoi i.. Pardon, lion papa, c'est que je suis furieux. .Matiiii.iu-:. as-tu donc, mon frère? Qu Kaoli.. J'ai envie de chercher querelle à Unit le momie, M. de Mahsicny. Même à moi? Kaou. souriant. IVul être bien. M.vnni.nK. Mais enfui, quelle est la cause de cette fureur? Alll: Vous redoutez l'esclavage. i|ui Lorsf|iio, sur un champ de bataille. I'ji obéissant a l'honneur. Tu frappes d'estoc et de taille, IVnnis à loi d'être eu fureur.

— ti — M'ait--ous le toit (If lOllC pt'l<» î Où lu ne \ois que di'S tiiuis, Mon (lut K;ioul, point de colère, <i;<i\le-l:t | o:ii' les oimcitiis. Kaoi'i.. Vtiilà jiislrmeiit |ioui*t]ti(.iie suis furieux; c'est qu'on ne j veut pas me Isiissm* aller voir l'ennemi. l"n île mos camarades, lieutenant «li* spabis, que la morl de sou père rappelle d'Algérie, m'oiVrede permuter, et morbleul nton eolouel ne veut pns y eousentir ! M. m: Maiisionv. Kl tu as coi.suite ton pèie? Iîaoii.. Mun père qui m'a permis d embrasser la carrière des armcs, ne m'a pas condamne à la vie de garnison. Il connaît mon désir. Matiiii.kk. Tu as donc bien envie .l'aller te faire tuer? Uaoii.. Non, non, petit*' s cur, mais d'aller gagner mes épauletles dj capitaine. M. w. Maksu;xv. Valu es sur de les obtenir? Kaol'l. Avant six mois, vous aurez a me les envoyer. Matiiildk. Présomptueux. M. dk MAnsicNv. H n'y pas de mal. Mais dis-moi, comment s'appelle ton colonel ? Haoll. BiTlhelol.

— 78 — M. hF Marsigny. lU'Hlit'lol... dcllrenoble? Kauii.. Il y est ne. unis il a clé élevé à Paris. M. i»hMahsigny. Je connais <;a. Kcoute: Vax 1815, M,,,e lîerthelot, veuve d'un négociant de Grenoble, qui s'était brillé la cervelle, en se voyant ruiné parla Instauration, se réfugia à Paris, dénuée de ressources, avec un tils âgé do 11 on l'l ans. Les parents sur lesquels elle comptait, reconduisirent poliment; mais un correspondant de M. tieïtlielot, qui avait connu la probité et les maibeurs de cet lionune estimable, vint en aide à la pauvre femme au moment oii la douleur la réunissait à son époux. Il lui avait promis de se charger de l'enfant qui s'appelait Joseph Gratien; il lui lit donner de l'éducation et le plaça ensui'.eà l'école militaire. Joseph Gralien Berthelot est aujourd'hui colonel ; il n'a pas oublié le correspondant (Seson père, (l'était moi. Viens, petit, conduis-moi chez ton colonel, et tu pourras. je pjns. 1, ailjr W,l'aire luur, si cela te convient. Kaom.. Toujours bon. M. dk Marsigny. Laisse-moi donc tranquille, il faut bien que je m'amuse à quelque chose. Viens-tu? Haoll allant vers le fond. Je vous accompagne ; je vais seulement demander voiture. M. dk Marsigny l'arrêtant Non pas, s'il vousplait, jambes, on s'en seit. Monsieur des Spahis; la

on a des

— 7i> — SCÈNE ni. Lks Mêmes, M. MALLEVILLE. M. MALLEviLLEc/o/inarit main àM. de Marsigny. la Eh bien! Mon père, toujours avec les enfants? M. de Marsigny. Hé ! lié ! c'est de mon âge. AIR:Pourunsoldaiqui n'ena pasl'usage. Plus on est près du terme du voyage, Plus on voudrait revenir sur ses pas; Les souvenirs des rêves du bel âge, Dans nos vieux jours sont toujours pleins d'appas. Mais on a beau les rappeler sans cesse, Leurs horizons lointains sont trop changeants; On les retrouve auprès de la jeunesse, Voilà pourquoi j'aime les jeunes gens. (A Raoul.) Venez-vous, Monsieur l'officier? Raoul. Je vous attends, bon papa. M. de Mahsigsv à M. Malleville. Nous allons, Raoul et moi, (aire une partie do garçons; soyez tranquille, nous serons sages. M. Mai.lkvu.i.e. Oh ! du moment que Raoul est là, je ne crains rien. M. de Marsigny à Mathihlc, en prenant sa canne ni son chapeau qu'il a posés pour écrire. Adieu, petite. Maiiui.de l'embrassant. Au revoir, iiiuii bien-aimé bon papa. [M. de Marsigny et Iiooul sortent par le fond.,

— 80 — SCHXFIV. MATHILDF, M. MALLKVILLK. M. Mam.kvim.k. (-hère enfant, je t'annonce une visite. Mamuni:. Mon Dieu, mon père, quel ail*solennel ! M. Mam.kvim.k. Oh! rassure-loi, il s'agit d'un original, d'un M. Bi/.aguel, (jui possède d'immenses pâturages en Normandie et qui élève; il est plusieurs l'ois millionnaire. Il l'a vue aux Tuileries, il désire l'être présenté, et il est venu assez rondement s'adresser à moi dans ce but. Ce n'est plus un jeune homme. ' mais il n quarante ans tout au plus. Au reste, tu le verras. Matiiimm:. Mais à quoi bon, mon père, je te le demande? M. Mam.kvim.k. Ma toi. ma chère amie, un mari qui a trois ou quatre millions, n'est pas à dédaigner. Matiiii.de vivement. Un mari!... il me semblait, mon père, que M. Félix Darlay M. Maj.lkvim.k. Il me semble, ma tille, que M. Félix Darlay ne se presse; guèreset ne se décide pas souvent. Je l'aime beaucoup, mais tu as dix-neuf ans, et tu sais que j'ai pris vis-à-vis de moi rengagement de le marier avant tes vingt ans. Matiiimik. Sans doute ; mais Félix attendait,ne telai-je pas dit? qu'il se lût l'ail une position, et j'ai lieu de croire... (pic... avant peu... il l'aura obtenue.

— 81 — M. MALLE ILLE. V Soit ; je ne demande pas mieux. En attendant, tu recevras M. Bizaguct; cela ne t'engage à rien. AIR:Dans unvicuv château de l'Andalousie. Vois-tu, chère enfant, il faut, dans la vie, Savoir faire accueil aux indifférents; Je le conçois bien, tu n'es pas ravie, Mais savons-nous donc ce que peut le temps? Sans doute, aujourd'hui, que ton coeur espère. Tu.dois te bercer de rêves d'amour; Mais, qui sait? demain, le millionnaire, Après son rival, peut avoir son tour. Mathilde. Oh ! pour cela, nion père, janrais !

SCÈNE Y. MATHILDE, M. MALLEYILLE, BIZAGUET (Un domestique entre et annonce.) M. Bizaguel! (sortie.) Bizaglet donnant un coup de coude au domestique. De quoi ! de quoi ! est-ce qu'on m'annonce, moi? M. Mai.lemlle allant au devant de lui. Pardon, nion cher Monsieur, j'avais dit à mes gens de nié prévenir quand vous nie feriez l'honneur de vous présenter ici. BlZAGUET. Sufïicit. Eh bien! nie voila. Je ne suis pas long, hein? lirais cossu. Tiens ! la belle enfant est là? (Il la salue en lui faisant un signe de télé. Mathilde lui fait une révérence. ) "St. M.ULEV1LLE. D'après le désir que vous m'aviez exprimé et qui nous dalle, ma lilleel moi, je l'avais priée de rester au salon:

-~ «Si> — Biza<;ii:t. C'est gentil de votre part, parce que, voyez-vous, moi, j'aime que les choses aillent tout de go. (// passe entre M. Malleville et Matliilde.) Ma belle demoiselle, je vous ai vue hier dans le jardin du Gouvernement, où, par parenthèse, on pourrait faire un bien beau patinage, ma foi; et je me suis dit : Cristi ! voilà une bruuelte qui me revient! Si je pouvais lui revenir aussi, ça me chausserait! Mais pour lui revenir, que j'ai ajouté, il faut bien quelle me voie. Alors, je suis venu trouver le papa et je lui ai conté la chose. 11 a mordu: reste à savoir si vous voulez mordre? M.vrwi.nK. Monsieur, je.... lhzA<;n:r l'interrompant. Attendez donc,je n'ai pas fini. Vous saurez,primo d'abord, que j'en ai des mille cl des cents, que ça fait trembler, et que j'en donnerai à ma femme plus qu'elle n'en pourra porter dans son tablier. Kl des herbages! des pâturages,si longs, si longs, que lorsqu'on est à un bout, il faut un berlingot pour aller à l'autre sans se fatiguer. Secundo, je suis une bonne pâte d'homme, pas grognon, pas embêtant, et enfin, je m'appelle Isidore de mon petit nom, Isidore Bizaguet ; ce qui fait que ma femme pourra m'appeler Dodor, et c'est bien gentil. Maïiiii.dk avec impatience. Monsieur, avant d'énumérer les avantages.... lîiz.vui-KT l'interrompant. De quoi ! de quoi ! je ne vous ai parlé que du moral ; quant au physique, (il tourne sur lui-même.) le voilà; trente-huit ans; joue suis pas unBarbaroux {Parlant à M. Malleville). Je dis un Barbaroux, parce que défunt mon père m'a conté que c'était, dans son temps, tout ce qu'il y avait de plus Vénus mâle, (à Matliilde). Je ne suis pas un Barbaroux, ils sont rares; mais la beauté chez l'homme est un avantage ineohé-

— 85 mit. Kl puis, un colfre! (Use frappe la poitrine.) Bâti à chaux et à sable! C'est pas moi qui ferai porter mon deuil à ma femme, allez. Pauvre petite femme, pour lui rougir les yeux? plus souvent ! Ça vous va-t-il ? Matihluë se retirant en arrière et partant à demi-voix. Mais, mon père, c'est intolérable! M. Mai.levm.m-: quia souri ù toutes les na'icetès de Hizaguct, fait un siyne à sa fille. Monsieur lïizaguel, vous prouvez d'une manière victorieuse la vérité de ce proverbe, la foi lune donne de l'esprit. Vous avez parlé d'or ; mais, bien (pic, comme vous, j'aime à voiries choses aller tout de i/o, je dois vous l'aire observer un senqu'une jeune personne bien née, avant d'éprouver timent d'affection, a besoin d'un certain temps pour connaître et étudier celui à qui on lui demande de s'unir pour la vie. lîiz.viui:r. Ali! il faut du temps! Khbien! Kludiez. D'abord, je ne suis pas pochard, je ne suis pas ladre ; je ne vous demande pas d'argent, je n'en veux pas, j'en ai ; et même, le beau-père aurait besoin de quibus, cent mille, deux cent mille, un million? je lui dirais: tope! voilà. Ali ! il faut du temps ! ça pourrait pourtant se bâcler si vite! A1Kde l'iV'utlr»t Tnconnel. : e Je vais rondo quand je lais mie affaire; Pourquoi tourner longtemps autour du pot? Ilmcsulfit d'un peu de savoir-faire, Kl Dieu merci ! je ne suis pas manchot, Non, Dieu merci! je ne suis pas un sot! Vous prétende/, que pour le mariage Il faut toujours accorder un délai, .le le veux bien; mais alors, si c'est vrai, L'hymen est donc un lneufde labourage, Qu'on doit d'abord ne prendre qu'a l'essai. Voyons, belle enfant, combien de temps vous faut-il? n

— 84 — Matuii.dk. On me donnerait dix ans, Monsieur, que je ne.. . M. Mai.levii.lk l'interrompant en passant auprès d'elle. Mon cher Monsieur Bizaguet, on ne peut,, en pareille circonstance, fixer un délai, comme pour le paiement d'un billet à ordre. Ma maison vous est ouverte; venez quand il vous conviendra ; je ne vous fais aucune promesse; mais si vous parvenez à plaire à ma fille, nous ne serons pas éloignés de nous entendre. ( Mathilde fait un mouvement de joie.) Biza.glet qui a vu ce mouvement. De quoi! de quoi! C'cst-il parce que je viendrai vous faire, un doigt de cour, que vous êtes contente? ça me ganterait, et ça ne serait pas malheureux, car je ne peux jamais réussir à mettre mes gants qui s'usent dans mes poches. Eh bien ! e'estdit ; vous allez être mon pâturage, et vous verrez que je sais ruminer. Allons, maintenant je coupe ma longe; au revoir, belle enfant. ( Mathilde lui fait une révérence.) Oh ! je n'aime pas ça ? une bonne poignée de main, ça vaut mieux. ( // lui prend la main malgré elle et la lui secoue ; elle jette un petit cri. ) Tiens! est-ce que je vous ai fait mal ? c'est qu'il faut vous dire que j'ai louché beaucoup plus de boeufs que de demoiselles ; soyez tranquille ; à présent, j'irai aussi doucement que si j'avais affaire à un agneau qui vient de naître. Je m'en vas donc. Au revoir, papa Mal(cvillc ; ce qui est dit est dit, quand je serai votre gendre, mesquibus seront là, ^ivotre disposition. M. Mallkmllk le reconduisant. Merci, Monsieur; j'espère que, dans ce cas, ma position; personnelle me permettra de n'avoir pas besoin de recourir a vous. Je ne vous en suis pas moins reconnaissant. Au revoir, mon cher Monsieur. ( // lui donne la main. ) ( En se retournant, liizaquct heurte rudement Félix qui çnfrait fort rite. )

— 8.) .Nizagif/i à Fi'li.r. Pardon, excuse, Monsieur ; mais je n'ai pas d'yeux à l'omoplate . ( Félix lui fait un loyer salut. liizaguct sort.)

SCftXK VI. MATIIILDE, FÉLIX, M. MÀLLKV1LLK.

Fkf.ix. Cher Monsieur Malleville, Mademoiselle, soyez les premiers à connaître mon bonheur : je suis atlaelié au service du Valde-Grâce. Mauiii.uk. .le m'en doutais. M. Mam.kvii.i.k. Knclianlé, mon cher Félix. Vous savez tout le bien que je vous veux ; mais n'aviez-vous pas un concurrent dont, le crédit vous effrayait ? Félix. VA n'était pas sans raison. .l'étais allé ce matin chez le ce Directeur, pour chercher à le (lécliir ; mais il m'avais enlevé tout espoir et me congédiait, lorsqu'on lui remit une lettre. Je n'avais pas fait vingt pas ,qu'un garçon de bureau courant après moi, me pria de revenir chez le Directeur. Monsieur, me dit ce dernier,en me montrant sa lettre, « avec » des amis comme ceux que vous avez, vous devez remporter. » Voyez, voici mon mémoire de proposition ou jo viens » d'inscrire votre nom. Allez, mon cher Monsieur, et dites » à votre protecteur que je serai toujours heureux de lui » être agréable. »

— 86 Matiiii.dk. Vous êtes-vous acquitté de cette commission ? Félix. Non, car il me faudrait connaître ce cher protecteur. M. Mallemlle regardant Mathilde. Je parierais qu'il y a ici du M. de Marsignv. Mathilde. Et lu gagnerais, car c'est bon papa qui a écrit cette précieuse lettre. FïLIX. Quoi ! ce bon M. de Marsignv ? M. Malleyu.lk. Oui, oui, il en est très-capable. Mathilde. Et c'est devant moi qu'il a écrit. Félix. Oh ! que d'actions de grâces à lui rendre ! car maintenant, Monsieur, j'ose espérer que vous m'accueillerez comme un tils. M. M\iiY,\iLi&passant entr'eux. Ma chère Mathilde, il me semble, d'après la mine, que M. Bizaguet pourrait bien en revenir à ses moutons. Oui, mes enfants, votre union nie paraît convenable ; mais, laissez-moi deux jours avant de la fixer irrévocablement. J'ai demain une fin de mois très-lourde, et les affaires me réclament. Je vais chez mes banquiers, MM. Hanssmannet C'°, pour retirer une somme de 700,000 francs que je leur ai confiée et qui m'est indispensable. Demain, je ferai honneur à ma signature de place, et après demain, je m'occuperai de faire

— 87 aussi honneur au demi-engagement que je prends vis-à-vis devons. Embrasse-moi, ma fille ; adieu, Docteur. ( Mathilde ïembrasse. Félix lui serre la main. ) Vous n'êtes pas encore de la maison, Félix, mais, faites comme chez vous. Félix. Ah! Monsieur, quedejoie vous me donnez ! Mathu.de. Mon père me permet donc de faire aussi accueil à d'autres qu'à des imliflérents? M. Mam.kvili.i-: n sortant. e Accueil modéré verrons. pendant deux jours ; après cela, nous

SCÈNK VU. MATHILDE, FELIX. Félix prenant les mains de Mathilde. Chère Mathilde ! Mathilde. Mon Félix ! Félix. Qu'il me larde de voir M. de Marsignv ! Mathilde. Vous le verrez bientôt, mon ami. Mais savez-yous que j'avais fait une conquête? un ultra-millionnaire qui répond au nom d'Isidore Bizaguet. Félix . Qu'importe? ne sais-jc pas que vous devez charmer tous les yeux ?

— 88 — A1K. eslez. estez,troupejolie. H r Que chacun vous trouve jolie, Fn vérité, je n'y puis rien ; Ft je n'ai pas de jalousie, Puisque cet avis est le mien, (l'est un tribut qu'à son passage Recueille partout la beauté; Fsl-on donc jaloux de l'hommage Offert a la divinité? Mathu.di:. (l'est bien l'aile, ce que vous dites là ; niais je vous le passe en raison du peu d'habitude. Et maintenant, remarquez, je vous prie, que ce Monsieur Dodor, comme il désire èlrc appelé par sa femme, s'est présenté carrément comme prétendant à la main de votre très-humble servante, et mon père semblait l'encourager, disant que vm.s ne paraissiez pas (rèssdécidé à vous décider Félix. Qu'importe, encore une fois? puisque mon bonheur est maintenant une chose assurée. Matiiiuie. Comment, marbre que vous êtes, l'ombre d'un rival ne vous émeut pas ? Fki.ix. Je suis impassible. Matiulde. C'est bien; mais que M. Bizaguel revienne, et je verrai comment s'en tirera votre impassibilité ( Ecoutant du bruit dehors. )'Vme/., justement, je l'entends. Félix souriant. Qu'il vienne! nous avons déjà, je crois, échangé des noVitesses.

— 811 SCK.XKVHI. ïesmêmks, WZAGIJKT. Iîi/aci kt repoussant un domestique. (les gredins là voulaient encore m'aunoneer ! je n'aime paa ça. ( A Mathilde. ) Me voilà, belle enfant ; j'ai été jusque chez moi, de l'autre côté de la rue. Je n'y tenais pas ; j'étais connue un boeuf piqué par un taon. Kl puisque le papa Malleville m'a dit (pie la maison m'était ouverte, je viens, comme c'est convenu, vous faire un petit doigt de cour. Matiuldi? lui faisant une révérence. J'ai l'honneur de vous présenter M. Félix Darlay, docteur-^ médecin. ( Fçlix salue. ) liiz.yr.uKT faisant un petit salut de tête. Je préférerais qu'il lut vétérinaire! ; ça nie coifferait mieux, à. cause des hrmifs. Mais c'est égal. Bonjour, comment ça va? (Félix salue.) Vous êtes le médecin delà, maison ? Fkux. Pas encore, Monsieur, mais cela ne tardera pas, je l'espère, Biz.v(iiii:T, C'est lion ; moi aussi t je veux en être, de la maison ; ( ili ) \%it. ha ! ha ! ha ! ha ! Mais je vous préviens qu'avec moi, ça fait brossa : jamahi malade ; le pont-neuf en chair cl en os. N'importe! dans un bon ménage, un médecin doit servir au inoins une fois par an . ( Jl rit. ) Matii.ii.iu:. Monsieur IVizaguel! UlZACUKl, ÏU'lle entant !

— <)0 — Mahul.dk. Il me semble qu'avant de parler de ce c|ui est nécessaire à un bon ménage, il faudrait qu'il y eût d'abord un ménage. BlZAUUET. Kh bien donc ! ça viendra, puisque je suis là et que vous éludiez. Félix. Pardon, Monsieur, je dois vous avertir (pie j'ai des prétentions à la main de MlleMalleville. BlZAGLKT. Bon ça ! au plus fort la poigne. Avez-vous des éeus? Félix souriant. Hélas ! non, Monsieur. Matiiii.dk. M. Darlay sait.que j'ai la plus profonde indifférence pour les cens. Bizagukt frappant dans ses mains. Oh ! bab! vous, vous n'avez pas d'écus, et vous, vous ne les aimez pas ! Fxcuscz ! moi, j'en ai, et je les aime. AIU:l.a inùrc Hontcnips. Soyez convaincus Que, sur cette cliienne de terre, Avec les écus On t'ait bien voguer sa galère. Qu'un sot animal Dise: vil métal! C'est qu'il n'en a pas dans sa poche; Mais au doux son de celte cloche. Vous verrez Crésus Epouser Vénus. (Il se tourne avec un air aimable vers Mathilde.) Je suis Crésus et....

-. <)| -M.vtiiildk très-vile. .1cik; suis pas Vénus. lllZAGUKT. Do quoi ! do ([iioi ! SCÈNE IX. Lksmrmes, M. de MAUSIGÎSY, HAOUL Kaoil //ah/ /(,* ^y;s <7e </cMai'siynyJ/. AIU Hataillc!'alaillc! : l Victoire ! Victoire, J'arriverai, bon gré, malgré ; Victoire! Victoire! •le partirai. Honneur a notre bon grand père, domine il sait conduire une aflairo! Mon colonel par lui capté, A vile été Maté. Victoire ! Victoire, clc, etc. ( Félix et Raoul, se donnent la main.) Matimi.dk. Tu permutes, Il permute. à lui et lui prenant la main. Ah . Monsieur, je suis heureux de pouvoir vous exprimer tua rccounaissiiMce. Félix allant Kaoul? M. de Mahsigny souriant.

— i)2 -rM. do Maksk.nv. Ail'aire d'occasion. Voyez-vous, mon cher Félix, loccasioil est la plus facile des maîtresses, ( lui parlant bas. ) mais il ne faut pas la.... manquer. (Il se retourne, regarde altcrnativenleut Matltildc et Bizagact. et reste les ijeuûùfixés sur ce dernier. ) Bizagl'kt à part. Qu'est-ce qu'il a donc, le vieux, à me regarder comme si j'étais le boeuf gros? Matiiiluk. Bon papa, j'ai l'honneur de vous présenter M. Isidore hizaguet,qui partage avec laboukwgère un bonheur bien rare; Bizagum riant et chantant. La boulangère a des écus... Ha! ha! ha! ha! M. de Mahsiuny se frottant le front. Bizaguet oii diable ai-je connu ça ? Haoulù son grand père.

(le brave Monsieur a l'air d'une devanture de bijoutier. Félix à M. de Marsigny. M. Bizaguet, qui a des veux, n'a pu résister aux charmes ilu MlleMalhildc. BlfcAGMiï. Et le papa Malloville, qui a des oreilles, n'a pu résister aux charmes de mes écus. (Il rit. ) M. de Marsignv à Félix. Mais la porte du Yal-de-Cràee est ouverte) ce me semble ?

~ m .Maium.ih:bas à son nrand père. A tut ballant seulement: mon père ouvrira l'autre dans <Iciixjours. M. de Mausu;nv. Bien, lu*en! mais alors ce Monsieur iVi/.aguet !... ' à part/. oii diable ai-je eonnu ça? .M.uiuiDi- haussant les épaules. Mon père a autorisé ses visites. M. de Mauskînv. Ah! ah! Haoii,. Cher bon papa, j'ai retardé votre déjeuner, il est onze heures, et mon père a dit de ne pas l'allendrc. Appuyez-vous sur le spahi, et allons voir si les huîtres sont ouvertes. M. de Mahsh;nv. Marche/, lieutenant, j'emhoiterai. H voir. Félix, donnez le bras à ma soeur. Monsieur Bizaguetje regrette que l'absence de mon père ne me permette pas de vous ofl'rir de partager notre pauvre déjeuner de famille. Félix prenajit le bras île Malhikle. Monsieur Bizaguet, je ne suis pas encore delà maison. M.uïili.di:. Monsieur Bizaguet, le déjeuner d'un homme comme vous, vaudra beaucoup mieux que le nôtre. M. de Marsignv s arrêtant près de la porte de (jauvlte et se retournant. Monsieur Bizaguet, je vous présente mes civilités. Ils sortent par la porte de <jauehe. )

M. (1(5MvKSKiNY. All'airod'occasion. Yove/.-vous, mon cher Félix, l'orcasioii est la plus facile «les maîtresses, ( lui parlant bas. ) mais il do faut pas la.... manquer. (Il se retourne, regarde alternat ir.eUïeut Mathlhle et Bizaguct. et reste les tjeux fixés sur ce dernier. ) Wwmwv.tà part. • Qu'est-ce qu'il a donc, lo vieux, à me regarder comme si jetais le boeuf gros? Matiiii.uk. Bon papa, j'ai l'Iionneur de vous présenter M. Isidore Bizaguet,qui partage avec laboulangère un bonheur bien rare: Iîizaglki riant et chantant. La boulangère a des écus... Ha! ha! ha! ha! M. de Marsiunv se frottant le front. Bi/.aguet où diable ai-je connu ça ?

Raoul ri son grand père. (le bravo Moiieioùra l'air d'une devanture de bijoutier. Félix à M. de Marsigny. M. Rizaguct, qui a des veux, n'a pu résister aux charmes de M»cMathilde. BlfcAUUET. Ktiepapa Mallcvillu, qui a des oreilles, n'a pu résister aui charmes de mes écus. ( // rit. ) M. de Maksigny à Félix. Mais la porte du Yal-dc-Gràce est ouvirlc. ce nie semble i

--.-•i»r>~ M\nui.m. bas à son grand pire. \ un haltanl seulement; mon père ouvrira l'aulie deux jours. M. (11!M.UlSIUXY. l'it'ii, bien ! niais alors ce Monsieur IViy.ngucl !... ou diahleai-je connu ça? Matiiu.uk haussant les épaules. Mon père a autorisé ses visites, M. de M.viïskînv. Àli ! »li ! Haoi I.. (Hier lion [lapa, j'ai retardé votre déjeuner, il est onze heures, et mon père a dit de ne pas l'attendre. Appu\ez-\ ous sur le spahi, et allons voir si les huîtres sont ouvertes. M. de Mahsu.nv. Marelle/., lieutenant, j emboîterai. Haoii.. Félix, donne/, le liras à ma soeur. Monsieurlîizaguetje rel'absence de mon père ne me permette pas de vous grette que oflïir de partager notre pauvre déjeuner de famille. Feux prenajit le bras deMathilde. je ne suis pas encore delà maison. Mumi.bi:. Monsieur Bizagucl, le déjeuner d'un homme comme vous; vaudra beaucoup mieux que le nôtre. M. de Marsignv s arrêtant près de la porte de gauehe et se retournant. Monsieurliizaguel, xMonsieurliizaguet, je vous présente mes civilités. ( Ils sortent par la porte de gauche^ )

d;iu*

à pari.

SOENFK. WAGVKTseul. Bi/.awii:t qui les a regardes à mesure qu'ils lui parlaient. Goujats! est-ce qu'ils croient par hazard que je no sais pas ce que c'est que des huîtres ? il n'y (pie six lieues de Cancaleàmcs pâturages d'Arouville, (il met son chapeau avec humeur. ) AIR: Honjour, monami Vincent. Doit-on ainsi procéder Quand on va manger des luiilrcs '! Ils pouvaient bien m'inviter; Ce sont de laineux bélîtres. Mais le papa n'était pas la ; A quoi bon crier comme un angora ? Je ne veux pas casser les vitres, Car j'en tiens pour la belle.... et voila. Oui, calmons-nous Et filons doux, Faut savoir hurler avec les loups. ( Il s approche de la porte de gauche et se fait un portevoix de ses mains.) Adieu, malhonnêtes! il y a des huîtres rue Monlorgueif. ( Il sort d'un pas majestueux. )

Fin du 1er acte,

ftCTE

II.

Mémo décoration qu an 1eracte.

SCÈNE Ire M. de MARSIGNY, MATIULDK. ( Au lever du rideau. M, de Marsigny est étendu dans le.grand fautcuil^sur le devant du thèutre/i gauche. Mathildc brode, assise auprès de la table. ) Mathii.de posant son ouvrage sur ses genoux et regardant M. de Marsigny avec affection. Cher bon papa, comme il dort profondément ! Moi, je mus à mon poste. AIR:an bal,je l'ai revu. 0 vous qui, dans le cours d'une longue carrière, De tant de malheureux vous êtes vu bénir, Pendant que le sommeil ferme votre paupière, Ne puis-jc rappeler ce touchant souvenir ? Qu'un songe bienfaisant berçant votre pensée, Charme ce doux repos qui vous pïail parmi nous ; Moi, votre enfant chérie, heureuse fiancée, Je suis la, mon bon père, et je veille sur vous. ( M. de Marsigny tousse. ) Oh ! Mon Dieu ! l'aurais-jc réveillé? (Elle s approche de lui sur la pointe du pied et le regarde.) Non, heureusement. (Peudont quelle se tourne pour reprendre sa place, M. de Marsigny ouvre les yeux et lui envoie un baiser. Il referme aussitôt les yeux. )

— 96 SCfiNF H. la-s mêmes, FFLIX. Félix. Je vous trouve, chère Mathilde. .Mathu.dese levant et portant le doigt à ses lèvres. Chut ! bon papa repose. Félix l attirant vers la droite du devant de la scène. Venez par ici, nous ne troublerons pas son sommeil. ( Mathilde le suit après avoir jeté encore un coup-d'oe l sur M. de Marsigny. M. de Marsigny rouvre les yeuxens appuyant sur le bras du fauteuil et les regarde avec bienveillance. ) M. de Marsigny à demi-voix. Chers enfants ! Félix. Haoul voulait nie montrer le nouvel équipement dont il s'était déjà muni ; je lui ai demandé un moment, j'avais besoin de vous voir, Mathilde, de vous parier de mon bonheur. Mathilde. Comment? L'amabilité bovine de M. Bizaguet ne vous donne pas d'inquiétudes? Félix. Je terme les yeux sur ses mérites, et j'espère. Mathilde. Noble confiance ! En attendant, cher Félix, vous ne devez pas être ici. Ce quasi tête-à-tête n'est pas encore à l'ordre du jour.

-

07 Félix .

Mais au contraire, el je l'ai prémédité. AlU dola villeet ilu village. : En attendant que le destin Accomplisse notre hyménée, Par vous je veux, dès ce matin v Compter une heure fortunée. Vous ne sauriez me refuser Une délicieuse aumône; Je ne demande qu'un baiser, Puis-je espérer qu'on me le donne ? Matwlde. Nrômcir, a Oui, bientôt nous serons époux, Et c'est ma plus chère espérance ; Alors je serai tout a vous, Pourquoi vouloir prendre l'avance? D'ici là je dois refuser Jusqu'à la plus légère aumône.... Monsieur, prenez-le, ce baiser, N'espérez pas que je le donne. (.1m moment où Félix s'approche de Mathilde, M. de Marsigny tousse en se renfonçant dans son fauteuil et en fermant les yeux. Us jeunes gens se retournent avec vivacité. ) Mathildk souriant. Vous le voyez, môme en dormant, mon bien aimé grand père est toujours mon bon ange. Félix avec tin peu d'humeur. Un bon ange doit seulement empocher de mal faire, et ce (pie je vous demandais est bien permis au point où nous en sommes. Matiiilde. (lest ce que nous déciderons Une aiitçe fois.

-

08 -Félix .

A mon tour à vous dire: marbre que vous êtes ! Mathii.mï lui donnant sa mainà baiser.

"Tenez, voilà tout ce que j'ai de monnaie. (On entend dans la coulisse la voix de M. Malleville disant : Qu'on ne laisse entrer personne ! ) Mon père, qui ne veut voir personne ! Allez vite retrouver llaoul ; passez par la salle-à-manger. Félix sortant par la gauche. arrête près de M. de MaiAu revoir, chère Mathilde. ( Il s1 et dit à demi-voix : ) Oh ! si je ne vous devais pas tant signy de reconnaissance, comme je vous en voudrais ! ( Il sort en disant adieu de la main à Mathilde.)

SCÈNE III

i

M. de MARSIGNY, MATHILDE, puis M. MALLEVILLE. Mathilde regardant sortir Félix. Allez, mon Félix, mon coeur vous suit. ( Elle se retourne vivement en entendant entrer son père, et lui montreM.de Marsigny dans son fauteuil. ) M. Malleville. Il est très-pâle et très-agité. Ah ! oui, le bon père fait sa sieste ! les yeux et parlant à demi-voix. C'est-à-dire que je suis à mon observatoire. • Mathilde remarquant la pâleur de M. Malleville. Mon Dieu! qu'as-tu, mon père? M. de Marsigny entr'ouvrant

uo l/t» M. Malleyime avec amertume. (le que j'ai, mon entant ? presque rien : MM. Ilanssmaun oui suspendu ci! matin leurs paiements ; ce n'est point uni.' simple faillite, c'est une odieuse banqueroute, et je perds les 700,000 francs sur lesquels je comptais pour faire demain honneur à ma signature!.... (Il fait un mouvement de désespoir. M. de. Marsignij s'agite sur son fauteuil. ) Matiulde. 0 Ciel ! M. de Mausigny à demi-voix. Je m'en étais toujours doute ; une maison d'Autriche, quelle confiance cela peut-il inspirer"? M Mau.kyii.le. i AlII: ilolaSentinelle. Pendant vingt ans d'austère probité, Dans un passé qu'avec fierté j'embrasse. Avec honneur mon nom partout cité Au premier rang marquait ma place. Hélas! au souftte du malheur, Je vois ternir ma vie entière. Demain, o poignante douleur! Demain, j'aurai perdu l'honneur... Demain, tu n'auras plus de père, Pleure ton père. *( On voit que M. de Marsigny a peine à contenir son émotion. ) Matiulde se jetant à ses pieds. Mon père, mon père ! et tes enfants ! M. Maixevilled'une voix concentrée, en la relevant. L'honneur, Mathilde, l'honneur avant tout! Matiulde sféloignant de son père et portant ses deux mains à son front. Oui, l'honneur, l'honneur de mon père avant tout ! (Elle appuie une main sur son coeur.) Mon coeur, tais-toi! (Elle

— 100 se retourne du côté de M. Malleville. ) Mon père, ce M. Bizaguet que lu m'as présenté ce matin, t'a dit que lorsqu'il serait ton gendre, s'il te fallait un million, il te le donnerait! Feris-lui que je consens à l'épouser. M. Malleville tremblant d'émotion. Mais Félix à qui j'ai presque fait une promesse ! Matiiildk. Félix m'approuvera et le rendra ta parole. M. Malleville. Non, non, mon enfant, je n'accepterai pas le sacrifice (filon bonheur. Matiiildk. Et moi, j'accepterais mon bonheur sur le corps sanglant de mon père ! AIR:Ce que j'éprouveen vousvoyant. Dans ce premier et pur amour, J'avais placé mon espérance ; De l'hymen avec confiance Je voyais approcher le jour. Fol espoir! un destin contraire Brisant mes rêves de bonheur, J'impose silence h mon coeur, Car je suis de ton sang, mon père, Et je dis : Avant tout, l'honneur. (Elle prend la main de son père. ; Viens, viens, viens écrire. M. Malleville Ma fille! V'embrassant en sanglotantde ses bras et Ventraînant vers la porte de droite.

Mathilde s arrachant

Viens, viens, mon père! ( M. Malleville la stiit avec accablement.}

-

101 -

SCÈNE IV. M.doMARSIGNYseuf. M. de Mahsiuny. f II a suivi la fin de la dernière scène avec agitation. Il se lève avec toute la vivacité que comporte son âge, et marche les bras tendus vers la porte de droite. ) Ange du ciel, ma douce Mathilde, c'est beau ee que tu lais là! Came rajeunit de trente ans.... Voyons ce que cela deviendra. (Pose.) En attendant, je vais emmener maître Raoul;il ne faut pas qu'il puisse se mêler de tout ceci. (Il sonne ; un domestiqua paraît. ) Priez M. Raoul de descendre, j'ai besoin de lui. Demandez aussi la voiture. ( Le domestique salue et se retire. ) AUt:I.anccen arrêt, casque baissé'. Matliildc, chère et noble enfant, Oui, ton sacrifice est sublime; Ah ! ce courageux dévoùmcnt Te plongerait dans un abime. Le sentiment qui t'inspira, Te soutiendrait dans ce fatal échange; Mais tu m'avais appelé ton bon ange, Et ton bon ange veillera. sourit et pleure en même temps,puis prend son mou(Il choir et s essuie les yeux. ) Il ne faut pas que M. le spahi voie mon émotion. Je l'entends, je crois.

SCÈNE V. M. de MARSIGNY, RAOUL, FÉLIX. M. de Marsignv.. (Test vous, lieutenant Malleville? Félix. Oui, Monsieur, et ce n'est pas sans peine que je l'ai arraché à la contemplation de son nouvel uniforme.

-

102 lUoCL.

(Hier bon papa, rien qu'à voir mon burnous, je suis sûr ((lie vous auriez envie de vous engager dans mon régiment. M. de Mausigny. lie! lié! pourquoi pas? si l'on voulait y prendre un conscrit delà classe de 1872, j'irais, ne fut-ce que pour être témoin de tes prouesses. Mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit. Raoil, J'attends la consigne. M. de Maksignv. Ce matin, nous avons fait ensemble une petite promenade dans ton intérêt. Maintenant, j'ai besoin de sortir pour une aftairc personnelle et je désire que tu m'accompagnes ; ce sera de la réciprocité. Haoll allant chercher le chapeau et la canne de M. de Marsigny. Mes jambes sont prêtes. M. de Mausigny. Je les ménagerai; j'ai demandé la voiture et nous n'en avons pas pour un quart-d'heure. Félix.: Vous ne voulez pas prendre un second aide-de-camp ? M. de M'usigny le regarde et se frappe le front. Non, non, Félix. Je mettrai autrement à profit vos bonnes dispositions. M. Mallcville est en ce moment, fort occupé.... Matbilde estyprèsde lun 11 peut venir des étrangers; restez ici; vous êtes presque de la famille-, vous les recevrez. (A port. ) Voyons ce que cela deviendra. Feux. A.vos ordres, Monsieur; heureux de vous voir me traiter ainsi.

— tor» ~. IUoui.. Félix, vous n'avez pas eu le temps du voir mes «armes? Dovisme m'a servi eu prince ; vous verrez et vous admirerez, Félix souriant. Je verrai et j'admirerai. lUotiL. A votre tour à marcher pour que j'emboitelepas, le marquis de Marsigny. M. de Marsicnv. Monsieur

Veux-tu bien te taire, Raoul! Ne sais-tu pas que depuis l'année 1789, où je me suis fait négociant, j'ai dit: Saute, Marquis ! Viens, viens; nous perdons un temps précieux. Au revoir, Félix, courage ! (Il sort avec Raoul par le fond. )

SCENE VI. FÉLIX seul. Je n'ai pas besoin d'un courage hors ligne pour remplir la mission qui m'est donnée. Et peut-être qu'au lieu de recevoir des étrangers, je pourrai voir ici Mathilde. AIR Hassurez-vous, mie» : ma Que lentement le jour passe Lorsque je ne puis la voir ! Puis vient le soir qui me chasse..,. Mais maintenant, doux espoir ! Un bonheur que rien ne trouble Ne m'est-il donc pas promis ? Les jours compteront double, Quand nous serons unis. M. Malleville a renvoyé à deux jours son dernier mot; mais ses manières vis-à-vis de moi et les douces paroles qu'il

----- 105 — a l'ait entendre, ne peuvent me laisse!' aiuuii doute. iiKiiultMiantf .'NïfithiUîi' à moi. csl Oh ! nui,

SCfc.NK Vil. IKLIX, mZ.UULT.

Hi/Ar.L'Kr entrant fret-rite: il lient une lettre à la main et a ïair triomphant. Les gredins, ils no m'ont pas vu. celle fois-ci. 7/ parait stupéfait en aperceeant Félix. ) De quoi ! île quoi ! l'homme aux prétentions, vous êtes encore ici ? Vkux souriant. Oui, Monsieur Hi/.aguet, et même avec quelque cliose de plus que des prétentions. lV/vi;u.i. Corne de boeuf! c'est drôle ça ! cl qu'est-ce que. c'est donc que votre quelque chose ? Félix mw: un pende hauteur. Je ne sais, .Monsieur, de quel droit vous m'interrogez. Se radoucissant.) Mais je suis si heureux, que je peux bien ( vous faire connaître mon bonheur: M. Mallcville approuve mes prétentions. ]>!Z.V(Hf;i. Ah ! bah ! et quand cela les a-t-il approuvées? Félix. Mais, ce matin. BlZVlilKl. Ce matin? Eh bien! Monsieur le docteur, c'est du vieux. Vous avez une approbation verbaïe, mettez quelque chose dessus. Moi, j'ai une lettre, et toute fraîche, et, comme disait le curé d'AroiivilIe: Herbe à veaux, (ente.

lu:, l'j.i.t.varec la plu* rive emolinn. Monsieur, «est impossible! niz\<;ti:r élevant su lettre. Possible, très-possible, plus que»possible. AIH:Iloul.ila. Mou urgent, Mon argent Ksi.un fameux intrigant, Oui vraiment, Mon argent l)e moi l'ait un conquérant. Il semblait tantôt, ma foi, Qu'on ne voulait pas de moi ; La grimace allait son train, Je rengainais mon refrain. (Parle.) Mais, Mon argent, ele, etc. Fi-ux. .

Monsieur, je ne puis Nixauixt continuant

On m'a demande du temps, Moi, le roi des bons enfants, Je n'ai pas fait le Ihutus, Le vent tourne pour Crésus. Mon argent, clc, etc. Fkux. Mais, je le répète, c'est impossible. lîlZAdl'liT. Ab ! Saint/riionias, va ! Tenez, mon bonhomme, vous savez lire ? Kh bien'.lisez. (Il lui donne la lettre, met ses mains clans ses poches, se campe sur la hanche, et bat du bout du pied la mesure de son dernier refrain.)

-

10(3 '—' convulsif.

Félix prenant la lettre avec un tremblement «Monsieur

Bizac.uet ïinterrompant. L'adresse d'abord, s'il vous plait; c'est plus catégorique et ça fixe mieux les idées. (Il retourne la lettre dans les mains de Félix. ) Voyez-vous ça? Monsieur Isidore IHzaguet, propriétaire, rue du Ilelder, N° 8; là, en lace. Allez, maintenant. Félix lisant avec une agitation croissante. « Monsieur, « Vous m'avez exprime le désir d'épouser Mlle Malleville. « Ma lille, après avoir mûrement réfléchi, me charge de vous « faire connaître qu'elle accepte votre recherche. » (^interrompant.) Mathilclc ! Non, cela ne se peut ! Rizaguet appuyant sur chaque syllabe. Cela y est. Continuez. Félix essuie son front. « Si vos intentions sont toujours les mêmes, venez après « avoir lu cette lettre ; c'est mon gendre que je recevrai. Je suis Biz\GUi:r. C'est mon gendre que je recevrai! Kh bien ! Saint-Thomas, avez-vous mis le doigt dedans ? Félix en froissant la lettre. J'ai lu, et je ne crois pas. Bizaguet lui retire la lettre des mainsJa redresse sur son genou avec sa manche, et la met dans sa poche. Ah ! ça, dites donc, docteur, croyez, ne croyez pas, ça m'est bien égal; mais ne sophistiquez pas mon brevet. Félix marchant très-vite. Oh ! mais ! ce serait horrible!

— 107 SCÈNE VIII. Les mêmes; M. MALLEVILLE entrant par la droite; il est dans un état de prostration extrême. Félix allant à lui. N'est-ce pasj Monsieur, que je fois un rêve affreux ? M. Mallevilm; lui posant la main sur tépaule. Félix, mon ami, entrez chez moi; vous y trouverez une personne(jui vous attend. (Félix le regarde avec stupéfaction. M. Malleville le pousse doucement.) Allez, mon cher Félix. (Félix sort en chancelant. )

SCÈNE IX. MZAGUET, M. MALLEVILLE. RlZAGUKT. Papa Malleville, j'ai bien l'honneur M. Mai.levu.uî le saluant. Asseyons-nous, je vous prie, Monsieur. (Il tire un fauteuil sur le devant de la scène adroite.) Bizagukt allant prendre une chaise. Comme vous voudrez.Est-ce que nous en avons pour longtemps à rester en tête à tête ? ( Il met sa chaise en biais et s'asseoit de côté, le coude appuyé sur le dossier.) M. Mallevillb. Peut-être, Monsieur ; mais j'aime à penser que vous ne regretterez pas le tGmps que vous aurez passé avec moi. RizAcuKT,mettant une jambe sur Vautre. Allez, fauchez, le foin est mur.

~

10S —

M. MaLLEVILLE. Vous ave/, reçu ma lettre ? |jiz.u;i:[-r. Parbleu ! puisque nie voilà ; seulement le temps de traverser la rue. Tenez, regarde/, comme le médecin l'a traitée, votre lettre! M. M.u.i.Kvii.1.1-: virement. Vous là lui ave/, montrée '/ Pii/.iGn.r. Dame ! il ne voulait pas me croire, M. Mm.i.i-:vu.m-:part. à Fatale circonstance! Mathildeaura un chagrin de plus. ( haut. ) Monsieur Bizaguel, je désire savoir d'abord si la demande que vous m'avez fait riioimeur de m'adrosser est due simplement à la rencontre fortuite que vous avez (aile de ma fille, ou si vous connaissiez déjà mon nom et ma position? Biy.A(iii:r. Je vous répondrai à la bonne franquette. Kn rencontrant la belle enfant, aux Tuileries, j'ai reçu comme un coup de soleil; jo l'ai suivie, et envoyant que nous étions logés porte à poi le, je me suis dit qu'il y avait là un coup du ciel. Vous comprenez qu'alors j'ai été aux informations, et quand je suis venu vous voir, je savais déjà que vous étiez un des vieux braves du haut commerce, et que votre signature était de l'or en barre sur la place et ailleurs, bref, que vous étiez un homme cossu, et je me suis dit : ça me chemiserait ! M. Mai.lkvili.b. Il est vrai, Monsieur; depuis vingt ans, que je me suis livi'é aux spéculations commerciales, la prudence et la loyauté ayant toujours été mes guides, j'ai su me concilier partout estime et confiance. Oui, aujourd'hui, toutes les caisses, tous les portefeuilles me sont ouverts ; mais demain !....

Wukwva entre ses dents. Tiens! tiens! est-ce qu'il v a quelque chose (jui florin» ? M. Mam.kvu.i.k.

Demain, Monsieur, je puis voir anéantir celle honorable position!.... Pm/.aw i:r. Ma loi, si vous avez l'ait des pas de clerc... ça s'est vu. M. Mam.kvm.lb vivement. .Non, Monsieur,non, jeu'ai à me reprocher aucune imprudence ; un malheur imprévu me frappe: la banqueroute lïaussmanncl Ci(' m'enlève 700,000 francs qui m'étaient nécessaires pour l'aire face à mes engagements rie la tin riu mois, cl c'est aujourd'hui le 29! Iïi/.Af;ti:r se levant et repoussant sa chaise. De quoi ! rie quoi ! 700,000 balles d'une suée! Crisli ! M. Mavii.i.kvim.hfaisant im signe pour s'excuser de ne pas se lever. C'est un coup de foudre. Ma fille, en apprenant ce malheur, s'est rappelé les offres généreuses que vous me faisiez ce matin, et m'a dit : Mon père, un homme qui a de si nobles sentiments, ne peut rendre ta lille malheureuse. Kcris-lui. Di/.Ac,n-;ià part en sirotant. Ah ! voici le dessous des caries.

SOENKX. LiïssiiiMiîs; M. de MAItSIGNY paraissant à la porte de droite et repoussant Raoul qui veut le suivre. Il reste près de la porte, appuyé sur un fauteuil. M. Mai.i.uvu.i.i: e levant avec peine. s Mb bien! Monsieur lîi/.aguet. vous ave/, reçu ma lettre;

— 110 -vous venez de me dire que vos intentions n'étaient pas changées. Soyez mon gendre, et sauvez-moi la vie et l'honneur. M. de Marsigny à part. Voyons ce que cela deviendra ? Bizaguet gui a pirouetté sur les talons, va jusqu'au bout de lavant-scène à gauche, les mains clans ses poches, revient et s arrête devant M. Malleville. Ah! ça ! papa Malleville, savez-vous que vous êtes bien jeune pour votre âge ! AIR: Kh!ma mère,est-c' quej'sais ça? Oui, vous êtes bien novice, Croire ceux qui vous ont dit : Je mets h votre service Et ma bourse et mon crédit. A l'homme que l'on désire Voir se tirer d'embarras, Tout cela peut bien se dire, Mais cela ne se fait pas. M. de Marsigny à part. Ah! bouvier que lues! M Mallkville très-èmu.

Ne vous méprenez pas, Monsieur ; j'ai pu demander à l'homme dans lequel je voyais un fils de me venir en aide pour prévenir une funeste catastrophe; mais c'était un emprunt seulement que j'entendais faire. IilZAGUET. Oui, j'aurais fait un beau placement, à fonds perdus. M. Mallevu.uî de plus en plus ému. Ah! Monsieur, vous ne comprenez donc pas que celte perle énorme étant déjà connue, si j avais pu, demain, faire face à mes engagements, mon crédit, doublé sur In place, meper-

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mettait, en pou d'années d'acquitter une dette d'autant plus sacrée, qu'elle eut été contractée envers l'époux de ma tille! BlZAGlET. C'est possible, mais je n'aime p?s les jeux de hasard. M. Malleville accablé. 0 Mathilde, ma lillc! Ton sacrifice aura donc été inutile! BlZAGL'ET. Dites donc, papa Malleville, c'était de m épouser, le sacrifice ? Eh bien ! Merci ! Il y a la fille d'un duc que j'ai refusée à Êpernay. M. de Mahsigny s'avançant en se frappant le front. Bizaguet... d'Kpernay !... Je connais ça. ( // se retourne et appelle Raoul du geste.)

SCÈNE XI. Les mêmes; HAOUL. M. de Mahsigny se plaçant entre M. Malleville et liizaguet. Monsieur Isidore Bizaguet, je vous présente de nouveau mes civilités. BizAGiEi- part. à Qu'est-ce qu'il a donc, le vieux, avec son air miton-milaine? M. de Mahsigny. Votre père ne s'appelait-d pas Mathurin? Bizaguet. Oui, Monsieur, Christophe-Mathurin Bizaguet. M. de Mahsigny. C'est cela même. Or, Gaspard Bizaguet, votre grand père, était, en 1783. garçon d'écurie chez...

Iltl — Hizvmt.t. Oh ! cette farce!... .M. (!(' MAliS!<iN\ . (ïarçon «1écurie eln'Z in )i ; on m'appelait alors le titiii'ijnîsd(i Marsii>ny. ( Hiz-nijucl baisse la tè(e-). Noire père, Cristophe-Malhurin lïî/.oi<iiot, chaudronnier à tëpeniay, s'êtint assoclo à la haude noire, i>Tàre à laquelle il est devenu deux on Mois Ibis millionnaire. -I ai en l'honneur do le marier, en ISI'J, lorsque j'étais maire d'Kscrnay. Aviez-vous fait connaître celte ^éiiéalo^'ie au due dont vous ave/, refusé la fille? Ilantil relaie de rire. ) [\\y.\vava à Haniil. Ksl-ce (pie c'est drôle ! d'ê'.iv le tils de son père. ? Raoul ril pi a* fort. M. de Mausuîxv en montrant des yeux M. Mallerille. Raoul,ohservez-vous, je vous prie, Continuons. ChristopheMalhurin Rizaguct, en mourant, vous a laissé toute sa fortune, car une siviu* (pie vous aviez et qui aurait pu se dire aussi la soeur d'Ksope, était entrée au couvent, sur ma recommandation; est-ce hien cela! ]»i/\(iui:r. Quand je dirais non! r"est éi>al, pour un vieux, vous avez une crâne mémoire. M. de Mahsicnv. Nous nous connaissons (!onc„el vous admettrez hien que sois Irès-elmrmé, mais très-peu surpris cjuc M. Malleville je n'ait pas rencontré eu vous les nohles sentiments (pt'il vous supposait. Au reste, je m'en serais toujours mêlé un peu à temps. RlZ.UitKl'. C'est à dire.... «pie je n'y comprends plus rien: le papa

,

Malleville est quasi ruiné, et vous avez l'air de inreoiultiirc. quand c'est de moi-même que je m'en vas ! llAOlf.. Hou papa, laisse/ donc ce mérite à Monsieur. Hiz.vccKi'regardant Je l'ai dil. je m'en vas. Itaoul, une foin ou deux.

( Il fait quelques pas. ) M. de Maiisicinv. Restez un moment, Monsieur Bizagucl; vous pourrez entendre des choses (jui i-ervirontà votre instruction; restez, restez. Hi/.Afii-KT revenant. Il ne m'en coûtera rien, je veux l»ien rester. M. de Maksigxv lui tournant lant avec sentiment. le dos et par-

Malleville, vous aviez dos chagrins, le malheur vous menaçait, et vous n'en disiez rien au vieux père? M. M.u.i.kvh.i.k.s'o/ïhhJ desa rêverie. Kh bien ! mon père, vous savez tout M. de >hiisiciXY////' prenant Demain la main.

Demain'.... il y encore quelques heures cl'ici-là. KeMitczmoi .(Itaoul lui donne un fauteuil ; il sourit à Itaoul et s'asseoit. M. Malleville reprend son fauteuil, lîizaguet cherche des yeux une chaise; Raoul lui fait signe de rester debout comme lui cl va s'appuyer sur le dossier du fauteuil de son père. ) Votre père, .Malleville,députe (\u centre, sous Charles X, vit avec désespoir la révolution de I S.'Hhqui lui enlevait les faveurs de la cour et les bonnes relations ministérielles. Moi, né marquis, j'ai toujours été peuple parle coeur, par la raison, par le bon sens. 1830 déployait la glorieuse auréole

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qui brillait dans les airs à la proclamation des droits de l'homJ'étais enthousiaste!... Nous eûmes, votre me, j'espérais et moi, des diseussions interminables, et les choses en père vinrent au point qu'il m'oflénsa gravement. Cédant au premier moment de vivacité, je voulus l'en punir en plaçant en viager tout ce que je m'étais réservé de ma fortune, 300,000 francs environ. M. Maijj-:vii.lk. Mon père m'avait fait connaître cette circonstance. M. de Mahsignv. Un spéculateur, alléché par mes soixante-dix ans, vint m'ofHé'.hé! frirquinzopourcenletdebonnesgaranties;j'acceptais. hé! hé! la bonne allai rc pour le spéculaient ! depuis 28 ans (pie cela durej'ai touchéprès dequalre lois leeapital. Mevoilùduiu 1 avec quarante-cinq mille livres de rentes. Or, j'ai toujours eu les goûts assez modestes et je ne pouvais dépenser tout cela, .l'ai donc placé annuellement mes économies. Or, mon bon qui savez coque c'est que des intérêts capitalisés, vous ne v Malle-ville, ous qui savez ce que c'est que des intérêts capitalisés,vous ne serez pas étonné si je vous dis que j'ai aujourd'hui quelque chose comme deux millions. Mon testament vous en réservait la surprise. Hizagukt à part. Corne de boeuf ! le vieux a du bon. Si j'avais su cela ! M. Mai.i.hvili.k. Je suis heureux d'apprendre votre brillante position, mon père. M. de Marsigny avec clan. VAne comprenez-vous pas, mon fils, que, moi, je ferai ce que vous demandiez à M. Bizaguet, et sans vouloir épourer Mathilde, encore ! M. Mallbvillk se levant et lui pressant les mains. Oh! mon père, vous serez donc toujours le bienfaiteur et le sauveur des malheureux !

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M. de Marsignv se levant. que je m'amuse à quelque ehose. Raoul qui est revenu à gauche, serre fortement le bras de Bizaguet. Si vous avez un coeur, sous votre carapace de millionnaire, vous devez le sentir batire, Monsieur Bizaguet. Bizaguet se frottant le bras. D'abord, vous n'aviez pas besoin de dans un étau. Ensuite, je vous dirai que dans tout cela, c'est que je ne comprends îles millions, on les laisse moisir. ( Raoul nie prendre le bras ce que j'ai compris pas que, quand on a hausse les épaules.) Bah ! il iaulbien

M. de Marsigny. Mon cher Raoul, va maintenant appeler ta soeur et Félix ; je lésai déjà rassurés à moitié. Que Mathildc n'oublie pas ce que je lui ai remis. R\on,. Bien, mon adorable bon papa, j'y cours.

SCfciNKXll. BIZAGUKT, M. de MARSIGNV, M. MALLEYILLK. M. de Marsigny mettant les mains sur le dos et se tournant vers Bizaguet. Monsieur Bizaguet, que concluez-vous de tout ceci? Bizaguet. J'en conclus que vous êtes un malin. M. de Marsigny le saluant. C'est très-bien potirce qui est de moi. Mais n'avez-vous pas aussi maintenant une conclusion à tirer, en ce qui vous concerne personnellement, Monsieur Isidore Bizaguet ? 16

Biz.\Gii;i. Si, si. AIR: le port.Million pih. (\>t Il faut que je m'en aille. Ici, Ceci Tourne la médaille : Vieux, vous rompez la paille. Mais je n'eu mourrai pas, Je m'en vas. ( 1er. ) Est-on embarrassé, Quand on csl bien foncé '.' Non, pour le mariage, On peut toujours, comme au pâturage, Compléter l'attelage; On n'a qu'à se baisser, Amorcer, Ramasser Ou laisser. Eh bien! je laisse moi;cai' si j'avaisété sensible à la proposition éboui'iflanle du papa Malleville, c'était chose faite. M. M.VI.I.KYIM.K. Oh! Monsieur, le ciel est miséricordieux; il a permis que, grâces à votre refus, je n'aie pas à consommer le malheur de ma lille. M. de Mausigny. Oui, le ciel est miséricordieux, puisqu'il permet qu'une lampe qui brûle depuis si longtemps, puisse jeter encore de doux rayons de lumière. AIH: it Dieudos liomtrsjjoiis. d Depuis (pie Dieu m'a mis sur cette terre, .l'ai déjà vu près d'un siècle écoulé; C'est vivre,trop ; mais du ciel, je l'espère, .le ne suis pas a jamais exilé. D'un peu de bien j'ai grossi mon bagage Sur le chemin nue Dieu me mesura ;

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Peul-l'Ire bien qu'a la lin du voyage, I! me j'e(opii;»îtra. lïi/.Actr.i. (les vieilles gens.ça parie toujours deTaiili-emotide. Haut. Allons, niions, papa Malleville. sans rancune. Moi, je pais •' .1 pour Mperuav; j'irai prendre la 'iill - du due. part. Adieu donc. Il tarante malgré son Ih-ede lièviv. (Haut. pour donner la main à M.Mallerille qui se recule et le aulne froidement. Ml'est bon, vous laites le lier'? Adieu, Monsieur le Marquis. M. de Maiisiuny le saluant en mettant les mains sur le dos. Monsieur Bizagurl. je vous présenledereebef et voussoulnileun heiuvu\ voyage. \)\/.\e,\\A en s en allant. De quoi ! de quoi! c'est \m coup de soleil tombé dans l'eau. (Au moment ou il sort par le fond,Montrent rc par la droite avec Mathilde et Vclix. ] mes civilités

SCÈNK XIII et DliKNIÈKK. 1UOUL, M.doMAKSIGNY, MATlllLDK, VILLK, FÉLIX. Félix à Mathilde. Vous le voyez, M .Bizaguelse relire. N\TMi.\n; arec émotion. Ab ! je puis respirer ! Kvoii.. Bon papa, votre ambassadeur plus grand succès. a rempli sa mission avec le M. MALLK-

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IIS -

M. Mai.i.kyh.lk tendant les bras à sa fille. Malhildc, tu no ton som niera s pas cet aflVeux sacrifiée ! Mathilde souriant et regardant M. deMarsigny. Mon bon ange me l'a dit. M. de Mausigsy. Alors, on embrasse le bon ange. (Il lui prend la tête à deux mains et l'embrasse au front.) Et maintenant, ma douce enfant,ne t'ai-jepas confie un dépôt? (Mathilde tire une lettre de son sein. ^ Il y a une adresse. Mathilde lisant. C'est pour mon père. M.deMAusujNY montrant M. Mallcville. Alors. .. déchirant l'enveloppe. Un bon à vue de douze cent mille francs!... M. de Marsigny. sur mon agent de change à qui j'ai été donner l'ordre Oui, de vendre des rentes et des actions de chemins de fer, et de tenir celte somme à voire disposition. M. Malleville. Mais douze cent mille francs, quand il ne m'en faut M. de Mahsigny. Que sept cent mille? tili bien! c'est une difl'érence de iiOO,000 francs; il me semble que j'ai bien le droit de doter Mathilde à moins que Félix ne s'y oppose. Veux ému. Oh! Monsieur. Mahiildk. Le bonheur nous vient toujours de vous, M. Mallkyille

— H9 — M. yiw.ivMu.E faisant passer Mathikle auprès de Félix. Oh mon pore! C'est avec joie que j'unis ces enfants. Raoul se jetant au cou de M. de Marsigny. Quand je vous disais que j'avais un amour de grand père! M. de M.uîsigny. Veux-tu l)ienme laisser, boa conslrielor! est-ce qu'on éloufte les amours? Ecoute-moi. J'ai réservé ta part, et quand tu auras gagné ces épauletles de capitaine que tu ambitionnes, lu reviendras bien vite la chereber ; jeté préviens toutefois qu'il faudra la gagner, car je le prendrai pour mon bâton de vieillesse. H.voir,. Xon, cher bon papa, malgré tous les attraits du burnous; je donnerai ma démission, pour exercer tout de suite mes nouvelles fonctions. Mais vous garderez ma part jusqu'à ce «pieje me marie. ( Il s'approche de son oreille et lui dit.) Kl vous saurez que nous mènerons longtemps ensemble la vie de garçon. M. de Maksionv. ' Pas de folies,Raoul. Mais tu as raison de vouloir prendre ton poste sans relard; tu n'auras peut-être [ris longtemps à le remplir. Matiiildk. Paix ! hou papa. AU!: du Mnlelol, e MineDuchnmligr. d Derrière vous, voyez ce doux sillage Que vos bienfaits ont laissé sur vos pas; Ah! vous serezencor, malgré votre âge, Jeune longtemps, le coeur ne vieillit pas. De vos enfants les soins et la tendresse; Seconderont cette faveur du sort, El quand viendra l'heure de la promisse. En souriant vous entrerez au port.

M. do Marsiqny secouant la tête, Diou fera le mieux.Ku attendant, jeunes goi)s,&oiitoz-moï. (Il appelle du geste Mathildc et Félix, leur prend le bras et les amènesur là devantde la scène,) Je veux ôtro lo parraiit Jô votre promier-né; dépôe)ie7,-vous.

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Séance du 8 «ai J86Î.

PKKSIDLXOE 1)L M. LL SINKR.

Le Président rend compte d'une lettre de M. Maillard qui .annonce l'envoi de la médaille d'or demandée par la Société. Le Secrétaire dépose entre les mains de la commission la 2° partie du discours de M. Magny (ils : influence de la littérature sur la Société. M. Azéma, en qualité de rapporteur, donne lecture du travail fait par lui et MM. Aug. Vinson et Herland sur la brochure du docteur Sénèque (de Maurice) relativement à la maladie connue dans le pays sous le nom de tambave. Adoptant à l'unanimité les conclusions du rapport, la Société nomme le Dr Sénèque membre correspondant. M. de Souville lit l'introduction d'une élude philosophique, <>ù recherche qu'elles sont les vraies destinées de l'homme. il

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122 -

M. Aug, Vinson fait ensuite la Biographiodu savant créole Uslet Geoffroy, M. de Monforand lit une pièce de vers qu'il- intitule» Nocturne. La séance est levée à 10 heures. Le Secrétaire, P. de Monforand. Le Président, LeSinkr.

RAPPORT SIR LNKUIIOCHL'KK M. LK DOCTRl'UKNKQUI'.. DR S (dol'Ile Maurice)

Inlitiiléc: QUELQUES m$\ ZM CONSIDÉRATIONS MOT TA99K.IYI4,

Par M. MAZAÉ AZKMA.

Messieurs, Vous ave/ chargé une Commission composée de MM. Aug. Yinson, Heiiand et moi, devons rendre compte d'une brochure intitulée: Quelques considérations sur le mot tambave, (jue le Dr Sénoque (de Port-Louis, Maurice) a adressée à la Socikti':. Dans cet opuscule, railleur soulève une question de pratique coloniale grosse de préjugés, que se sont plu à perpétuer l'ignorance chez les uns, l'artifice chez les autres. Il semblait donc d'un intérêt capital de la dégager des obscurités qui l'environnent. C'est ce qu'à tenté le Dr Sénèquo dans ce travail, auquel nous vous proposons d'accorder tout l'éloge qu'il mérite. Conçue dans un excellent esprit scientifique, écrite dans lebut louable d'assurer contre l'erreur le triomphe delà vérité, basée sur une observation sévère et sur la conscience d'un devoir professionnel, cette brochure passe en revue à peu près tout ce qui a trait à cette question de tambave. On peut la résumer dans celle de savoir si au point de vue 17

— 121 scientifique ce que le vulgaire appelle tambave se justifie comme entité morbide, s'il existe comme individualité pathologique, ou mieux si ce nom ne sciait pas plutôt appliqué à différentes maladies parfaitement connues et dénommée* dans la science. C'est ce qu'il importe d'examiner en suivant l auteur dans les divers chapitres qu'il a consacrés à l'examen de cette question. Apres avoir, sans commentaires, exposé les opinions manifestées à cet égard par plusieurs médecins pratiquant sur le même théâtre (pie lui, le l)r Séuèque entre en matière en cherchant à préciser la signification du mot tambave, et il ne se llatte pas de pouvoir y arriver. Peu importerait à la rigueur (pièce mot dérivât de la langue malgache ou de tout autre, s'il laissait dans l'esprit l'idée d'un état pathologique spécial, avec une physionomie propre et des caractères bien accusés. Mais il n'en est rien. A Maurice, suivant le I) 1 Séuèque, et nous pouvons étendre celle remarque à notre colonie, le mot tambacc s'applique à une foule de maladies qui ne présentent entre elles aucune connexilé. D'une manière générale, il désigne toute maladie de l'enfance à marche lente, quelque en soit la cause et la nature, qui s'accompagne de troubles dans quelques-unes ou dans toutes les fonctions organiques, dans la nutrition, l'assimilation etlcs sécrétions, et qui se caractérise par de l'amaigrissement ou de la bouflisure, ou bien encore par des éruptions variées et îles excrétions morbides. Un esprit sérieux, dégagé de préoeupations étrangères à la'science,}' reconnaîtra bientôt soit, l'entéro-colile chronique, soit la diarrhée rebelle, conséquence d'ulcérations intestinales ou d'une alimentation vicieuse, soit le carreau, soit la syphilis neo-natorum, ou d'autres encore dont la caractéristique est un état .de.marasme ou de cachexie. En un mot, h; médecin appelé à voir des enfants (moles parents disent atteints detainbavè observe des maladies fort différentes les unes desj autres.,Mais il est à noter que de tous les états pathologiques qualifiés de ce nom il ne s'en trouve pas un seul à l'état aigu: la pensée du tambave ne surgit que lorsque l'étal chronique lui a succédé.

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Inutile, on I.' comprend, de remettiv chacune de ces maladies à la pince nosologique qu'elle doit occupur, et de s'ingénier à prouver que le mot tambave appliqué à l'une d'elles comme expression d'une maladie spéciale aux colonies ne se. justitie en aucune façon. Existerait-il cependant un état qui, devenant une sorte d'endémie non décrite, mériterait cette appellation vulgaire? tleUe endémie aurait-elle sa nature, son étiologie, sa symptomatologie et sa thérapeutique propres? Le Dr Sénèque ne le pense pas, et en cela il nous semble dans le vrai. Avant de justifier son opinion par la réfutation des vagues assertions qui servent de hase à l'opinion contraire, il recherche les causes qui ont pu entretenir la croyance populaire d'une maladie spéciale, locah», appelée tambave. Il les retrouve dans la emutaseendanee de quelques hommes de l'art qui ne veulent pas sur un point si généralement accepté contrarier les parents qui Ici'consultent. Mais surtout dans la profession qu'exercent quelques personnes habiles à saisir tout moyen de lucre et à qui il ne répugne pas de spéculer sur le sentiment maternel, si développe chez la femme créole. N'attendez pas de ces guérisseurs, si vous les interrogez, une exhibition de caractères spéciaux qui fassent reconnaître et distinguer des autres cette pseudo-entité morbide. Le seul argument qu'ils murmurent est que les médecins ne veulent pas croire au tambave; mais qu'il existe, puisqu'ils ont une tisanequi en procure la guérison. Ils se font, sans s'en douter, un appui singulier de l'axiome hippocralique : Natufam morborum curalioncs ostendunt. Et si par aventure un médecin instruit a la chance de les suivre, sans prévention j'entends,dans l'application de leur merveilleuse panacée, il a voit indistinctement adressée aux divers états qui sont réunis sous le nom générique de tambave, aussi bien à l'entéro-colite chronique qu'à la syphilis congénitale. Ils feront mieux : ils diront aussi atteints de tambave les parents de tout enfant malade et leur feront suivre le même traitement, tant pour guérir l'enfant allaité que pour prévenir la production congéniale de la maladie sur un autre enfant. Chose remarquable, fait à ce sujet observer le Dr Sénèque,

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i-'vA que les parents no sont pasreconnusalleints de tambave, Vils n'ont pas perdu i!js enfants sur lesquels un puisse* cousUtiv cettemaladie. Us en sont atteints dès que celte circonstance arrive, sans qu'il ne se manifeste chez eux aucun signe extérieur (jui indique une maladie ou un principe morbide quelconque, comme il en est de ceux qui sonl atteints des affections scrofuleuses, dartreuses, etc. Ainsi, c'est la maladie de l'enfant qui diagnostique la maladie des parente, tandis (pie pour toutes les autres à principe spécifique et qui peuvent se communiquer par hérédité,-c'est létal des parents, déterminé à l'avance, qui pronostique une maladie semblable dans sa progéniture, dette circonstance est donc tout À lait en contradiction avec les observations de la science et ne peut qu'être défavorable à l'opinion de l'hérédité d'un vice spécial. Il ne faut donc pas espérer (pie ce puisse être de ce côté (pie jaillira la lumière: voyons avec le D1 Sénèque ce qu'en pensent les médecins. Les plus sages n'admettent pas le tambave comme entité morbide. Ils n'ignorent pas que plusieurs maladies de nos régions parvenues à une certaine période, à celle de cachexie ou de marasme, ne puissent revêtir un cachet particulier, qu'uniformisent sans doute les intluenecs climatériques; mais sous ce manteau commun ils savent retrouver des maladies Uès-diiierentes par leur début et eonseï vaut toujours leur nature première. Ils ne se méprennent pas au point défaire i!e ce marasme, provoqué par la longueur et par l'intensité de maladies primitives parfaitement classées, une individualité innonmicedansla science, un état nouveau qui justifierait une appellation nouvelle. Cette remarque- n'a pas échappé au I) 1Sénèque et il l'expose avec sagacité. D'autres, sans admettre l'existance propre du tambave, ne nient pis la possibilité que certaines maladies locales, arrivées à une certaine péiiode,ne revêtent un caractère spécial qui ne fait que donnera la maladie primitive une physionomie nouvelle et particulière, à laquelle ils veulent bien accorder le nom de tambave. Mais lorsqu'ils cherchent à localiser l'état pathologique qui synonimisedans ce cas cette appellation

— 127 vulgaire, ils se divisent en deux camps: les uns le pincent dans certaines maladies du tube digestif; les autres dans quelques manifestations delà syphilis. Une telle divergence d'opinion démontre l'impossibilité où ils seraient de faire entrer dans la science le mol tambave comme expression d'une maladie spéciale, accompagnée de caractères particuliers. . Enfin quelques-uns pensent avec le vulgaire et admettent le tambave comme une entité morbide, les uns l'attribuant à une diathèseehezle sujet qui en est atteint, les autres à uu vice spécial chez les parents. Comme le fait observer avec justesse le Dr Sénèque, qu'ils l'attribuent à une diathèse, à une susceptibilité individuelle, ou à un vice spécial héréditaire, qui ne serait aucun des vices connus, les preuves qui servent de base à leur opinion sont loin d'être assez concluantes pour établir un fait scientifique de cette valeur. Ils prennent, nous ne craignons pas de le leur dire avec le Dr Sénèque, pour une maladie particulière, différentes maladies bien connues et arrivées à une période ultime, celle de marasme, trompés qu'ils sont par une uniformité de physionomie que revêtent ces maladies parvenues à cette période.Les symptômes qu'ils disent n'avoirreneontrés dans aucune autre maladie que dans le tambave. tels (pie la sécheresse et la nuance lisse de la peau, sa coloration jaunâtre, la nature particulière des déjections etc., ils ne les ont pas rencontrés pareequ'ils ne les ont pas recherchés. Le Dr Sénèque nous semble avoir bien réfuté l'opinion de ces médecins. Cherchant lui-même en dernière analyse à préciser, non ce (pie la science entend par tambave, mot vide de sens pour elle; mais ce que le vulgaire comprend sous ce nom, leDr Sénèque en écarte les manifestations syphilitiques, pour réserver ce mot, sans que cela lui paraisse encore bien nécessaire, à cet état de marasme ou de cachexie auquel aboutissent plusieurs maladies de l'enfance ayant principalement le tube digestif pour siège, solution, il faut le dire, assez commune dans les régions tropicales, 11serait cependant inexact de ne pas reconnaître que parmi ces maladies c'est au carreau ou phthysie mésentérique*

— 128 — que le vulgaiic semble plus particulièrement attribuer le nom (le tambave. Si cette synonimie était toujours maintenue dans des limites aussi bien déterminées, la science n'aurait nulle raison de ne pas l'accepter, comme elle a déjà pris au langage vulgaire des dénominations qu'elle s'est appropriées. .Mais s'il en était ainsi, nous nous bâterions de faire remarquer (pie le carreau n'étant pas une maladie aussi commune qu'on le pense et n'atteignant jamais ou presque jamais les enfants audessus de trois ans, cette concession n'aurait pour résultat que de perpétuer la confusion en autorisant encore l'application du mol tambave à plusieurs autres maladies de la première enfance fort différentes du carreau. On ne peut, en elfcl, attribuer qu'à une confusion de cette nature cette singulière assertion qu'on trouve consignée dans un ouvrage sérieux (l)ict. deMcd. en 30 vol., VIII, page 138J: à savoir qu'à Bourbon et à l'Ile de France, le carreau, synonimisant sans nul doute le tambave même dans les méprises que ce mot traîne à sa suite, fait de tels ravages parmi les enfants, qu'on ne peut les arracher à la mort certaine qui les attend qu'en les éloignant du pays dès leur naissance.. Le Docteur Sénèque termine enfin sa brochure en se demandant si le tambave réclame un traitement particulier. La réponse ne leur paraît pas douteuse en présence de la diversité des éléments primitifs qui constituent l'état vulgairement appelé tambave. Il ne peut y avoir de traitement uniforme: là où il se rencontre des maladies différentes, il faut évidemment des traitements différents. Mais celui qui deviendra un utile adjuvant, celui qui pourra même dans quelques cjs être le seul efficace, c'est le traitement hygiénique. A.ce sujet, le I)r Sénèque trace d'excellents préceptes d'hygiène,, qui scrupuleusement observés, constitueraient le traitement prophylactique le plus sage. Telles sont les réflexions que nous a suggérées la lecture du travail soumis à notre appréciation. On ne saurait trop féliciter l'auteur de l'initiative qu'il a prise en cherchant à élucider le point de pratique médicale qui fait le sujet de sa brochure. Aussi votre commission n'hésite-t-elle pas à vous proposer

— 129 — Messieurs, de remercier le Docteur Sénèquo de son intéressante communication et de le nommer membre correspondant de la Société. M. AzKMA.

dola commission acceptée l'unanimité. est à Cetteproposition

DES

DESTINÉES

DE

L'HOMME.

Soûl, dotons les êtres qui peuplent l'espace et la durée, riioinme à la conscience rie la lin pour laquelle il a été crée. Les plantes et les animaux concourent, comme lui, à l'accomplissement rie l'ordre universel ; mais les premières sont entraînées vers leur riestinee passivement et fatalement, sans aucune intelligence rie la loi qu'elles subissent ; les autres ne /s'intéresssent que par le plaisir et la soutï'ranee au but qu'ils doivent atteindre, ci ricïî iïu leur indique que le monde survit à leur existence d'un jour. L'homme, au contraire, oeuvre de prédilection de Dieu, possède, à l'exclusion du reste des créatures, le magnifique et sublime privilège de connaître sa fin, et d'en poursuivre, par une action personnelle et libre, la réalisation. À la terre qui le léclame au nom de la matière, il oppose le ciel dont il entrevoit les splendeurs, et qui lui offre l'immortalité. Le secret de cette incontestable supériorité réside tout entier dans la triple faculté dont est douée l'âme humaine rie sentir, rie comprendre et rie vouloir. Par l'intelligence, elle perçoit l'infini dans le majestueux éclat de ses incomparables et éternelles perfections qui sont le beau, le vrai et le bien dans leur plénitude absolue ; par la sensibilité, elle s'y attache avec amour ; et par l'activité, elle multiplie ses efforts pour se rapprocher de plus en plus de ce type divin d'où elle émane, et à l'image duquel elle a été faite. C'est cette aspiration rie l'àme vers l'infini, c'est-à-dire, vers Dieu, qui constitue la véritable destinée humaine. Grande et belle destinée dont la philosophie païenne ellemême avait conçu l'idée, mais d'une manière vague, confuse et incomplète, et qu'il appartenait au christianisme seul uV

— 17)1 fixer avec la lumineuse certitude et l'inflexible autorité qui lui sont propres ! Les sages delà Grèce et de Rome avaient, en elVet, posé ce grave et redoutable problème de la lin de l'homme et de la destinée générale des êtres. Mais quelle solution pouvaientils en donner, qui (Vitentièrement satisfaisante ? Ils sentaient en eux quelque chose d'immatériel et d'impérissable qui déliait la destruction, et dont les aspirations ne pouvaient être satisfaites dans les limites de. l'univers créé: ils reconnaissaient qu'ils étaient, aussi bien que tout ce qui les entourait, des elVets supposant une cause première, et impliquant la nécessité d'un principe supérieur et préexistant. L'imposante notion de l'existence d'un Dieu unique commençait donc à se révéler à eux,en même temps que celle de l'immortalité de l'âme se dégageait des erreurs grossières qui en étaient inséparables dans l'esprit du vulgaire. Mais l'e rapport qui unit le-fini à l'infini, la créature au créateur, restait livré à l'incertitude et au discussions des écoles. L'àmc était immortelle, mais de quelle immortalité devait-elle jouir? Comment retournait-elle vers son auteur pour réaliser sa destinée? Telles étaient les importantes questions qui agitaient ces philosophes impuissants à les résoudre, puisque le principe de la véritéleur était inconnu. Et l'on peut dire avecBal/.ac : « Comment eussent« ils pu trouver la vérité qu'ils cherchaient, puisqu'elle « n'était pas encore née: il fallait que la vérité se fit chair, « afin de se rendre sensible et de devenir familière aux « hommes, afin île se faire voir et toucher. » Àristote, en définissant Dieu « le centre de l'aspiration universelle », a sans doute élevé sa doctrine au dessus de toutes les autres. Socrate, en prenant pour base de son enseignement philosophique cette célèbre maxime de la sagesse antique qui brillait, inscrite au parois du temple de Delphes « Connais-toi, toi-même », a pu sonder les mystères de l'organisation intellectuelle de l'homme étudier avec succès sa nature et ses tendances, et éclairer d'une puissante lumière cette partie si vaste et si considérable de la science humaine. Mais leurs conceptions devaient rester incomplètes, car ils n'étaient guidés, dans ces immenses recherches, que par 18

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Icslueurs incertaines do la i\iison livrée a ses propres forces. Aussi, n'ont-ils fait qu'entrevoir la vérité, sans pouvoir la saisir tout entière. C'est qu'il est des hauteurs inaccessibles où l'infini se cache avec ses impénétrables secrets et la raison du philosophe, si elle n'est aidée par la foi du chrétien, ne saurait y atteindre. Dieu ne répond pas toujours aux orgueilleuses questions que l'homme lui adresse, et il a fallu que, dans sa bonté providentielle, i| vînt, par une communication directe, s'affirmer lui-môme deux fois à travers les âges, pour que le dernier mot de l'humanité et du monde fut révélé. Ce dernier mot, la religion seule le contient et peut l'expliquer. Elle est le bien nui unit la créature au créateur, et elle définit les rapports de la nature avec son auteur. C'est donc à ello qu'il faut demander le secret de l'ordre éternel et de l'harmonie universelle, en s'mspirant de ces pages inimitables pu Possuet, suivant l'éloquente expression de Chateaubriand, <c çjève ses lamentations prophétiques à travers « h poudre elles débris du genre humain. »

LES

FLEURS

DE NUIT

(NOCTURNE)

Je.vous Je vous Dont le Pondant

aime, fleurs de la nuit, préfère à vos compagnes boulon s'épanouit, le jour, clans nos campagnes.

Quand !c soleil à l'orizon Descend parmi l'or des nuages, Que les ombres sur le gazon Dessinent de vagues images ; Alors des nuits s'ouvre la fleur, Et la lueur tremblante et molleDo l'étoile au regard rêveur Vient se poser sur sa corolle. Les étoiles, ces fleurs des cieux, Des fleurs sont les soeurs immortelles: Dans leurs baisers mystérieux Sous l'oeil des nuits que disent-elles?

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lof- —

Mlles content l'ennui du jour. Et, réunissant leur murmure, Mêlent lo chant de leur amour Au «rand concert de la nature. Parfois un Sylphe en ses ébats Vient troubler ce doux tête a-tête ; Mais la fleur ne l'écoute pas : I.a fleur des nuits n'est pas coquette Elle n'aime que le malheur : Son parfum, souverain dyetame, Pénètre jusqu'au fond du ca-ur, Vx calme les douleurs de l'âme.

Elle écoute l'amant craintif, Les doux rêves de la lillette, Kt le chant sublime et naïf Que vers Dieu lance le poule. A notre premier rendez-vous Elle apportait une espérance, Et semblait répandre sur nous Comme un long voile d'innocence 1/insectc n'ose s'arrêter Sur cette fleur, et le Phalène, Qui près d'elle vient bourdonner, De son aîlc l'effleure a peine.

— 135 Qui fuit un insolent lutin, Kt se cache tout effrayée Parfois seulement dans son sein* Vient se réfugier quelque fée. Kntendez-\ous ce léger bruit Au moment où le soir commence ?. Du fond d'une belle-de-nuit C'est Titania qui s'élance. Pendant que frissonnent les bois, Que l'eau murmure, et qu'en cachette Les amoureux mêlent leurs voix; lorsque, seul, rêve le poëte ; Quand des accords mystérieux, Des soupirs qu'on entend a peine S'élèvent de la terre aux cieux, La fleur des nuits s'ouvre sereine.

frissons, soupirs, échos lointains, Nobles chants, ou plainte étouftec, Tout se mêle et sur nos jardins Redescend avec la rosée. Prenant sa part de ce trésor, \m fleur des nuits dans son calice Forme une perle humide encor, Qui jusqu'au fond tombe et se glisse:

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Elle tremblé eVpoùi* 1.1briser Il suffit d'un soufflé qui' passe ' Héïas !.;. ycrtt val sfélêvbr le L'autre déjà biàncbit t'espace. Alors des nuits. la douce fleur Ferme sa corolle embaumée Pour conserver avec bonheur La perle dans son sein fermée. Tel le poète au fond du coeur Garde, plein de sollicitude, Le trésor d'amour que, rêveur, Il puisa dans la solitude. Voila pourquoi, fleurs de la nuit, Je vous préfère'h vos compagnes, I)ont le bouton s'épanouùv Pendant le jour, dans nos campagnes

Pi tifeMôWOftAND.

Séance du H Juillet 1861

PHfiSIDENCK I)K M. LK SIMM.

M. Le Président a reçu île M. Maillard pour ùtrts communiqué à la Société tout ce (jui a paru de ses Notes sur la Réunion: L'auteur demande à ses aurions confrères de vouloir bien patroner son oeuvre dans la Colonie. M. Maillard a expédié également la médaille d'or qui lui avait été demandée. M. le nésident remet à M. G. Azéma' celle médaille qui lui a été décernée pour un travail sur les Poéli's Créoles. M. le l) 1 Lcelorc lit une étude sur le Climat du lirûlè de St-lk'iùs.vl sur son influence au point de vue de l'hygiène. M. Yoïnrl donne ensuite lecture d'une Comédie-Vaudeville «n un acte. Créole et Marin. La séance est levée à 10 heures V4 Le Secrétaire, |.\ DKMoNFORAND. Le Président, LeSinkr.

IIU

CLIMAT

DU BRULE.

En gravissant l'aride montagne qui s'élève, au Sud de la Ville, entre la Ravine du Butor et la Rivière Sl-Denis, le Voyageur est agréablement surpris, après un parcours de dix kilomètres, de rencontrer une oasis délicieuse, et de se sentir tout à coup transporté dans un autre climat. La route qui conduit au Brûle est carrossable. Due à la munificence d'un honorable négociant de cette Ville, M. de Ronlaunay, elle est assez bien entretenue par des cantonniers •constamment occupés à réparer les dégâts des fortes pluies. La route Rontaunay est fréquentée par un grand nombre de cultivateurs, et par beaucoup <le personnes de la Ville ou d'habitants du Brûlé. Elle est chaque jour sillonnée par des chariots, portant au quartier les produits de la localité et se chargeant au retour de denrées alimentaires ou de marchandises; on y voit encore circuler bon nombre de voitures conduisant des malades convalescents, des voyageurs de passage à la Réunion, ou ies familles de S'-Denis que la saison des chaleurs retient habituellement à la campagne. C'est une route communale dont l'entretien ne saurait trop éveiller la vigilance de la Municipalité. On arrive à cheval ou en voiture à ce séjour enchanteur, si improprement appelé le Brûlé. Vous partez de S'-Denis par une chaleur torride, et cinq quarts d*heure après, lorsque vous avez quitté la butte des CambareSj vous vous trouvez au milieu d'une atmosphère rafraichie par une végétation luxuriante et par la rosée bienfaisante des fraîches nuits. La vue se repose alors agréablement sur de charmantes villas, ombragées par de verdoyants acacias, et sur les plates-bandes des jardins, ornées de fleurs odoriférantes d'Europe aux couleurs les plus variées. La zone dans laquelle vous venez d'entrer est toute printanière; l'air que vous respirez est imprégné de l'odeur balsamique des plantes sauvages; et des sites grandio19

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MO —

.ses, ornés do ta plus riante verdure, se nmUiplicnl devant vous à mesure que vous avance/., Bien n'est plus curieux à observer que celle quantité de Citadins qui, dès l'aube, par une belio journée(Vclo- ou môme d'hiver, s'empressent <lemetlre à profil les loisirs du dimanche pour aller respirer l'air pur et irais du Bi nié. A peine outils mis pied à terre, vous les voyez doués d'une :<elivilé surprenante, d'une ardeur incroyable; la fraîcheur de l'air, sa vivacité agissent instantanément, comme un stimulant efficace, sur la constitution de ces Voyageurs étiolés, allanguis par le climat brûlant de Ta Ville. Alertes, ingambes, ils se répandent dans toutes les directions; vous les voyez,gravissant sans {'alignes les-baiiUnus, lesescarpemens. On dirait qu'ils ont toutà-coup changé de teinpcrammenl et que leur vigueur a double. A l'étal de langueur des diverses fonctions a succédé rapidement chez eux une surexcitation dont le premier effet est d'éveiller l'appétit. Quoi de plus séduisant que les sites grandioses et pittoresques des environs du Brûlé! Quoi de plus admirable que le panorama de la Ville et di^. campagnes environnantes vu des villas Cazeaux,. Deschamps, Carrère, Foulon, Prébay, etc, etc!! Pour nous,.qui connaissons parfaitement les localités et dont les souvenirs sont encore si présents, nous (liions qu'une promenade dans les sentiers qui escaladent les crêtes culminantes charmera toujours le Voyageur le plus blasé. On ne peut se lasser en ellet d'admirer ces divers paysages si poétiquement harmonisés par le Créateur; respirant la paix, invitant à la méditation, et remplissant l'âme d'un bonheur indicible, ils ont sur la santé du convalescent une influence incontestable. Même durant l'hiver, le Brûlé peut offrir au valétudinaire une nouveautéet une variété d'excursions, impossibles à rencontrer à la Ville. Le Village du Brûlé, situé sur un vaste plateau, est trèssain. Son air,pur, la douceur de son climat, la fraîcheur de .ses nuits, l'abondance de ses eaux, et son beau ciel pendant une grande partie de l'année, tout concourt à en faire un séjour non moins agréable que salubre. L'atmosphère est constamment saturée d'une abondante humidité dont la présence

— 1*1 — et surtout la précipitation sous forme de rosée, devient chaque nuit la source d'une grande fraîcheur. Quoique le souffle des vents s'y fasse rarement sentir, on ne cesse d'éprouver au Village un état de iraielieur et de bien être qui en rapproche la température de celle du midi de la France. Les forêts que la culture a généralement épargnées, et les ruisseaux qui sillonnent les emplacements concourent encore, surtout pendant l'été, à l'entretien de cette fraîcheur. Pendant cette saison, 1énorme dilatation (pie la chaleur fait subira l'air appelle sur le Village l'air des /.unes les plus élevées, plus froid, plus condensé, plus pesant et qui, par cela même, tend à s'y précipiter. Dans les mois les plus chauds de l'année le thermomètre s'élève rarement au dessus de 20° Réaumur : la chaleur n'y a du reste jamais paru aussi accablante que celle que Toi) éprouve à la Ville. La dilïérence entre la saison des chaleurs et celle du froid est bien marquée au Brûlé. Les mois de Mai, Juin, Juillet et Août sont pour celle localité de véritables mois d'hiver. Dans cette saison le soleil ne s'y montre guère que pendant la première moitié du jour ; le temps se couvre l'après-midi, et le froid se fait sentir avant la nuit. Dans les parties plus «levées, dans les habitations situées au dessus du Village, le froid est encore plus humide et plus vif; on y est même oblige d'allumer du feu le matin et le soir. Il n'est point rare, même en été, de voir les brumes envelopper vers le milieu du jour le Village de leurs nébulosités. La composition des montagnes du brûlé, si elle était examinée avec soin, ne permettrait point de douter qu'elles ne contiennent une certaine quantité de pyrites ferrugineuses. Nous croyons que les eaux qui s'écoulent parle canal Boyer contiennent, outre du fer, une certaine proportion de magnésie qui les rend légèrement purgatives. Il est facile de comprendre tous les avantages que l'on peut retirer, pour la guenon de 'plusieurs maladies, clc cette constitution des eaux, de cette disposition de localité, et de la différence d'air et de température que l'on y observe. L'expérience des siècles a démontré que dans les pays secs et élevés, les

Rommes^sont très-sujets à toutes les affections aigùes ; et! que les affections chroniques, au contraire, régnent dans les pays bas et humides. On peut facilement vérifier celte influence de l'élévation du sol dans certaines villes disposées en parties haute et basse: dans la partie élevée les maladiessont rares et ont une marche Irès-aigiïe ; dans la partie basse, au contraire, les maladies sont fréquentes et ont le plus souvent une marche chronique. On sait encore que l'air sec et froid prédispose aux phlegmasies profondes, aux hémorrhagies actives, et imprime à la plupart des affections aiguës le caractère inflammatoire; tandis que les catarrhes, le scorbut, Terhumatisme naissent sousl'influence de l'air humide et froid. L'air delà Ville de St-Denis donne lieu, lorsqu'il est sec et chaud, au développement des phlegmasies superficielles, de I érysipèle, des exanthèmes, etimpnme souvent aux maladies aiguës la forme bilieuse ; lorsqu'il est, au contraire, humide et chaud, il engendre les affections muqueuses et adynami(pics. tl faut donc admettre qu'il y aura toujours lieu de préférer pour la convalescence ou le traitement de ces maladiesestivales le climat des montagnes où l'abaissement de la température est toujours bien marqué. De ce que les maladies revêtent assez généralement au Brûlé le caraetèreinflammaloire, tandis qu'à la Ville les mêmesaffections se montrent à l'état sub-aigù, il faut établir en principe que les affections aiguës, loin de se modifier dans ce climat, ne peuvent que s'y aggraver. Au contraire, l'observation démontre que les malades atteints d'affections chroniques,-ou parvenus à la convalescence, ne tardent pas à éprouver des elfets salutaires d'un séjour au Brûle. On doit conseiller aux rhumatisants, aux asthmatiques, et auxpersonnes atteintes de maladies des bronches ou des poumons de fuir pendant!'hiver le froid généralement humide des montagnes; mais nous pensons que la douceui de la températurequel'on y éprouve pendantl'été ne peut-être nuisible à ces sortes de maladies. Le climat du Brûlé pourra être profitable aux malades toutes les fois qu'il faudra recourir à une médication qui recons -

— 145 — tiluele sang devenu anhémique, qui ramène l'activité flans les fondions digestives et la circulation abdominale, qui accomplisse la résolution des organes engorgés; en d'autres ternies, toutes les fois qu'une médication reconstituante, stimulante et résolutive sera reconnue nécessaire. Les malades aîïaissés par l'épuisement, ou émaeiés par le marasme, y trouveront toujours une guérison rapide, surtout dans la cacliexie paludéenne des lièvres de Madagascar, de la côte d'Afrique,.pourvu (ln '' n ,v ait Pas d'altérations anatomiques trop profondes. Le séjour du Brûlé devra être conseillé aux malades à la lin des diarrliéeset desdyssenlcries, ainsi que dans les phlegtnasios chroniques du colon, dans l'hépatite chronique, dans les hypertrophies du l'oie et delà raleell hypérémic passive de ces viscères, dans les engorgements du mésentère. Il conviendra surtout dans'les dysscnïeries chroniques des personnes à tempérament mixte, bilieux, mais peu irritable, et surtout à tempérament lymphatique; dans les entérorrhées anciennes à l'omit! bilieuse ousiereuse: dans certaines formes d'entéraigie ; dans les entére-colites chroniques, lorsque les évacuations sanguines (-lie tenesme ayant disparu, il ne reste ni chaleur abdominale ni point fixe douloureux, ni filtre signe de nl.lcgînasio a'gue. Lu dvssenterie, comme l'hépatite, est une maladie endémi(jueà l'Ile de la Héunion. A ces divers étals morbides succède quelquefois un étal cachectique caractérisé par uii.i physionomie extérieure saisissante: parla chloro-anhémie, la torpeur des for.cl:ons digestives et la tendance a l'engorgenu ut de certains viscères abdominaux. Eh bien! quelque soit 1îdégre de l'altération anhémique du sang, qu'il existe ou non des engorgements matérii Is des viscères abdominaux, qu'il vienne s'y aouterla largueur de la circulation abdominale, de l'en.bai ras gastrique, un état hemorrhoidaire, de la constipation,de i'iniqmeleuciM'lde la dysménorrhée,nous n'en sommes pas moins pot le à penser que vis-à-vis cet et'it coinploxeriudieal:on thérapeutique la plus foinielle sera de conseiller ::ii\ malades Ifso'nurdu Biùle. Lafrai-iit'ui-d s ; --i;: llmx-maliot et leurs propriété.;

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reconstituantes exerceront toujours une action fbvoraljle clans ies gastralgies et les chloroses. Elles ont encore pour effet d'exciter I appétit chez les convalescents, et de dissiper les débilités d'estomac. Les névroses, contractées à la Ville, srt guérissent assez souvent, ou du moins se modifient en peu de temps, lorsqu'à une médication rationnelle vient s'ajouter l'inliucnce d'adjuvants aussi précieux «pie la fraîcheur de la température, la tranquillité de l'Ame, la paix de la solitude, et la contemplation des magnifiques oeuvres de la Création. liicn n'est plus propre, en efl'el, à soustraire le corps aux diverses excitalions des sens que l'habitude des moeurs douces de nos campagnes. Ajoutez à cela l'influence tonique du climat des montagnes, et l'on comprendra sans peine comment le séjour du lîrùlé est si propice aux diverses névroses des femmes, à tempérament lymphatique. Nos avons observé que les enfants, tourmentés à la Ville par les phénomènes d'une dentition laborieuse, ne tardaient pas à être soulagés, si on les conduisait clans nos montagnes. 1-etravail de la dentition s'y fait sans secousses et presque sans fièvre ; j'ajouterai même qu'il marche avec plus de régularité et que la sortie des dents est plus rapide et moins douloureuse. Les affections delà peau;'principalement celles endémiques chez nous, telles que les diverses espèces d'éléphautiasis, ne peuvent que s'amender, ou du moins avoir une marche plus lente clans une localité montagneuse à climat tempéré, : ••omnie le lîrùlé. Pour en finir avecc-îlle énuméralion, nous dirons que le séjour du lîrùlé est généralement favorable aux convalescents et aux individus atteints cle maladies chroniques! Si l'on veut obtenirdes eifets convenables de l'influence efunatérique, il ne faut pas attendre que le mal ait pris des -proportions trop grandes, cl qu'il y ait un énorme affaiblissement de la constitution. Le médecin est seul apte à juger de l'opportunité de h saison, du degré, delà maladie compatible avec le changement de climat, etdes principaux moyens hygiéniques auxquels Il faut parfois avoir recours. Dans les affections nerveu-

— liS sus en particulier, et surtout dans celles qui sont dues à des causes morales; dansées troubles variés et fréquens des organes d'gi'f.lifs, si communs à la Réunion; dans ces états do la convalescence où l'embonpoint el les forces ne reviennent à leur degré primitif qu'après un certain nombre de mois, oii les fonctions digestives ne reprennent également que par degrés leur exercice régulier, où par les causes les plus légères surviennent des palpitations qui n'ont rien do grave, où les malades sont devenus sensibles à l'impression du froid extérieur, l'emploi méthodique des moyens que-l'hygiène meta la disposition du médecin a, en efl'et, une action infiniment supérieure à celle des médira mens proprement dits. (les diverses considérations paraissent avoir été comprises du docteur Henri Sainte-Colombe qui, dans un but éminemment louable, se propose de transformer sa campagne du Brûlé en maison de convalescence. Les malades seront surs d'y trouver le confortable uni à des soins intelligents. Des sites pittoresques, un salon de réunion, une bibliothèque choi * sie, des salles de bains, et de charmantes promenades ménagées à dessein auront le privilège do captiver leurs loisirs. Les convalescents y rencontreront, sans risques à courir, sann fatigues à braver, l'agrément ol l'intérêt, des distractions en un mot qui égayeront sans excitation, et qui seront accessibles à tous les goûts comme à toutes les intelligences. Ce qui manque au Brûle se réalisera peut-être un jour. A l'instar des maisons thermales d'Europe, la Villa SainteColombo aura sans doute [dus lard sa salle de bals et de cou certs. Cette création ne pourra qu'être accueillie favorablement par les Dames, les convalescents et tous nos amateur;* de plaisirs. J.LkClkrc. 1). M. I».

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CRÉOLE

ET

MARIN, en un acte.

Comédie-Vaudeville PAR

M.

ti<rïrtrt.

40

i»i:bisov\

%«.::*.

M. DELVINCOURT, riche habitant. Mmo MONVAL-DELVINCOURT, sa bellc-soeur,eiiropéeime. NOKMA.filledeDelvincourl. ERNEST de RELEEGARDE, capitaine de frégate. OSCAR de RELLEGARDE, son frère,lieutenant do vaisseau. LA ROUSSOLE, vieux matelot. HUMAIS, économe de l'habitation Delvineourl, ancien maître d'école en France. Deux négresses, personnages muets. MARIEA, noir de bande.

La scène se passe à la Réunion, M. Delvincourt.

sur

l'habitation

de

CHÉOLE

ET

MARIN.

I nthéâtre leprcscnte l'intérieurd'unehabitation;à gauchesur ledo\ant, une wiangucattenanth lamaison; desbancsriisti'juesca et là. l'ond de cucolieis,[.almisles, bananiers,usine,sucrerie,etc. l'a;,sage, SCfiXK I™. KKNKST, OSCAR; LAHOUSSOLU j/mmste/bwrf. EllNKST. (le doit-être ici; d'après les dernières indications qu'on nous a données,nous no pouvions nous tromper: « Le premier v chemin horde de cocotiers que vous trouverez sur votre ii droite, vous conduira à lîellesourcc, habitation de M. «« Delvincomt. » Oscar. Certainement; impossible que nous ayons l'ail lausseroute: et, pour nous en assurer, entrons ; voici.... (Il fait quelques pas.) Ernest l'arrêtant. Mon cher Oscar, attends un peu ; ne vaudrait-il pas mieux nous l'aire annoncer d'abord ? Oscar. Soit ! Ernest appelant. La lîoussole ! La Boussole. Présent, Commandant.

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i;;o -

KuNKSI. Va l'aire prévenir M. Delviucburt de noire arrivée ; lu diras (jue MM. de ttcllegardc demandent à lui rendre leurs devoirs. La Mousson:. J'y vais, Commandant, je dirai (jiie vous ave/, mis eu panne pour attendre la communication. ( Il passe ilcrrièi e la maison,)

SCfcNK U. KHXKSÏ, OSCA1L . OSC AU. N'msi donc, mon cher frère, c'est un parti pris! dix-huif ans cl de beaux yeux (des yeux bourbonnais, c'est tout dire. ) et do plus, iiO^OOO piastres, tout cela to trouve insensible!... Tu refuses, lu ne veux même pas voir Mlle Dclviueeurt ! Choisir expies pour faire (a première visite à son père, le moment où tu la sais absente; cl cela, à cause de je ne sais Morbleu! j'enrage!... de ta quels souvenirs de Paris! lidélitcchez.un officier de marine?.... Tu nous peidras deréputation, Ernest. Allt:doTurcimo. Par état et par caractère, Nous devons, en i»aisvoyageurs, D'un bout à l'autre delà terre, Porter et nos bras et nos coeurs. Que le plaisir ou l'amour nous appelle, C'est une fleur oflerte au papillon; Mais ce n'est qu'à son pavillon Qu'un marin doit être (idèle. EltNEn\ Ton tour viendra, mon ami ; laisse agir le temps et alors .. Cependant, je l'avoue, parfois aussi je suis tente de me I'ùcIkt

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151 quand je

contre moi-même, quand la raison prend le dessus, réfléchis à la fragilité du mes espérances ! Oscar.

Mais enfin, cette divinité que lu adores, qui esl-ellu '/ Où l'as-lu vue? Tu no m'en avais jamais parlé avant ce jour ; cependant, au moment de risquer une folie en son honneur, tu devrais au moins me taire connaître les ci)constances atténuantes. Les folies, tu le sais, Ernest, sont tout-à-fait de ma compétence. Parle donc, parle à coeur ouvert ; peut-être alors t'approuverai-je. Mais je ne suis pas comme les Anciens qui élevaient des autels aux Dieux inconnus, Dits iynotis. Ernest. lu le V(!tix,sois donc satisfait. Tu sais qu'après l'expédition delà Dallique où je fus grièvement blessé, je revins en France. A peine convalescent, je courus à Paris. Mon oncle, notre tuteur, me reçut comme un fils. Plusieurs mois s'écoulèrent au milieu des plaines .... mais la mer, la mer me manquait, et je sollicitai mon embarquement. Un jour, je sortais du ministère oii je venais de recevoir l'assurance que mes voeux allaient être exaucés, lorsqu'un équipage s'arrête, el il en descend... Oscar. Pour le moins une Vénus ! Ernest. Non, mais une dame d'un âge déjà raisonnable. Je la voyais seule, mon premier mouvement fut de lui offrir mon bras. A sa prière, je devins son guide dans ce labyrinthe de bureaux et de commis, et la ramenai ensuite à sa voiture. Là, mon ami, l'attendait la plus charmante personne du monde, que mon empressement pour sa compagne m'avait empêché de remarquer.... Oh! je ne te ferai pas son portrait, car je te vois déjà sourire.... qu'il te suffise de savoir que je fus tellement ébloui que j'entendis à peine les remerciements de ma protégée ; et silo suisse du ministère ne m'eût tiré par

— Kii! mon habit, j'allais, je (M'ois,être renversé parla voilure. Oscvu. Oh ! te voilà bien; c'est comme au l'eu, tu ne vois jamais L danger. Mais continue, je te prie. Eunksv. Je rentrai chez mon oncle, encore tout einu, et, laut-il le dire, pivsque tache de mon prochain départ: a Kruest, me « dit Emile, notre cousin, as-tu donc oublie le hal du Comte « deSolberg? Toi, triste un jour de hal ! À la bonne heure « si, comme moi, tu ne pouvais y assister. Allons, allons., u songe qu'il faut (pie tu y sois pour moi et pour loi. » Osc.au. Alors, lu vas au bal, et tu y retrouves Ion inconnue. EîiNKST. Précisément. Oscar. Tu la lais danser, valser, polker ; lu lui dis que tul'adores. Kilo commence par se lâcher ; alors lu deviens cloquent ; elle rougit, balbutie et.... EllNKST. Point du tout. Elle était tellement entourée que je ne pus d'abord percer la foule... J'avais au moins le bonheur de la voir. Un seul moment, je parviens à m'approeber d'elle; elle me reconnaît, me remercie de nouveau au nom de sa tante.... je l'écoutais, je lui parlais, j'étais heureux... l'orchestre vint me l'enlever, Oscar; je no pus la rejoindre delà soirée,et,dans mon trouble, je ne cherchai pas même à savoir son nom. Le lendemain, je reçus l'ordre d'aller prendre sans délai le commandement de îa corvette l'Embuscade où,dans mon chagrin, un frère dont j'avais au moins la consolation d'èlroréunià lui serre la main. ) Tu j'étais sépare depuis longtemps. (Il cuis tout maintenant.

O.iC.AU. Oui, jetais tout: mon oncle nous dit alors, on nous quittant à Bio t, qu'au retour cli*notre expédition lointaine, ,\ notre passage à la Réunion, nous y trouverions son fils marié... hélas ! ce cher Kmile ! (Il porte* ta main à ses yeux. ) sa passion pour les chevaux lui a été funeste. Lu l'annonçant ici cette tiiste nouvelle, mon oncle t'écrit que sa seule consolation est de pouvoir faire pour loi ce qu'il avait projeté pour son (ils avec son vieil ami Dolvincourl, resserrer les liens de l'amitié pari\^ lions de famille.... El c'est pour une vision d'un moment., pour quelques mots échangés avec une inconnue, que tu refuses de souscrire aux voeux <'onotre second père!— LllNEST. Ne me condamne pas sans m'entendre, cher frère;, quand lu connaîtras mes projets svMk in.

Les mêmes, LA BOUSSOLE, et un peu après HUMAIS. L.i Boussole. Commandant, après avoir couru plusieurs hordées sans rien voir, j'ai jeté le grappin sur un vieux lougre que je vous amène a la remorqué, le voici; je non ai rien pu tirer. (Au moment oh Dumais entre en scène, un noir court après lui, une pioche à la main.) Le hoir.' M'sié, M'siéDimaïs, monpiocen'apasbon. Dumaïs se retournant. Mais, triple brute, no pouvais-tu dire: ma pioche n'est pas bonne? Va-t-cn, tu n'en auras pas d'autre.

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loi -

l-i-: noir. Guetta in pè, M'sic, n'a pas bon, ça. Dl'maïs le poussant pur les épaules. Va-t-en, n'a pas bon; va-t-en, Marîla, et je le retrouverai. Le noir sort; Damais s avance.) Croiriez-vous, Messieurs, ( que moi, qui ai eu l'honneur d'être instituteur primaire à Pithiviers, depuis quinze ans que je suis sur cette habitation, je n'ai pu obtenir d'aucune de ces laces de charbon d'observer lapins simple règle do grammaire, l'accord de l'adjectif avec fa substantif?... Mais, pardon, Messieurs; qu'y a-t-il pour votre service? Vous demandez M. I)clvincourt?Ccs Messieurs arrivent de France, peut-être? .le ne vous demanderai pas ce qu'il y a de nouveau, car, grâces au courrier de Suez, c'est moi qui puis vous donner des nouvelles. Sun Excellence Tak'en bout chichi mat souké houmo dsoukino kami, premier ambassadeur du Taïkoun du Japon, a passé trois heures devant la loge de l'ours blanc, au jardin des plantes, et lui a offert un éventail. S. M. Néerlandaise Sophio-FrédéricqueMathilde, ayant entendu parler, à Paris, du retour de la mode au fourreau de l'Empire, a demandé le maintien dumalakofl'. la gracieuse reine craignant que celte révolution n'amenât du trouble dans les Pays-Bas. Les esclavagistes Oscar à part. Au Diable le bavard! (haut.) M. Dclvincoui'l.... Dlmaïs. Sans doute, sans aucun doute, je le puis ; mais peut-être Écriez-vous mieux, de m'expliquer ce que vous désirez , parce que, au fait, c'est moi qui suis chargé de tout ici. Oscar s'avançant sur Dumais. Kles-vous chargé de nous faire damner ? Si vous pouviez avertir

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l.vi —

KiiM-sr l'arrêtant. (h-w ! Dlmais. Laissez, laisse/.. Commandant ; je ne vous en dirai pas plus, puisque vous no comprenez pas que c'est moi qui suis le factotum de la maison. Cependant si... (Oscar fait un il>!ste (l'impatience. ) Là, là, mon officier... ( à part. ) S'il avait passé par mes mains, celui-là, pendant que j'exerçais, j'ose dire qu'il ne serait pas aussi vif. (haut.) Vous demandez doue M. Delvincourl ; il est allé Hure sa promenade du matin... Vous voyez là-bas ces deux palmistes? c'est là que commencent nos nouveaux défrichements ; il est certainement par là , car Monsieur est comme ses voisins , il veut tout voir par lui-même... et cependant, je suis là, moi, et sans me vanter... ( Nouveau geste d'impatience d'Oscar.) Je vais vous conduire près de lui ; venez , Messieurs , venez. Ernest. Merci, mon ami ; vos renseignements nous suffiront. Viens ,Oscar , je vais, en chemin, t'apprendre tous mes projets. ( Ils sortent par le fond à gauche. ) SCÈNE IV. DUMAIS, LA BOUSSOLE. Dumaïs les suivant au fond. Pas par là ! c'est le chemin de la ravine ; là , vous y êtes ; toujours tout droit, jusqu'après le champ de cannes, et ensuite La Boussole. (Pendant les dernières paroles de Dumaïs, il la regardé lès bras croisés ; en ce moment, il lui met pesamment la main sur Vépaule. ) Dites donc, l'ami, avez-vous bientôt vidé vos soutes ?

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Dumaïs avec humeur. Plaît-il ? La Borssoi.K Jiî vous demamle si vous allez former les sabords do votre batterie ? * Dumaïs. Vous autres loups de mer, vous croyez avoir tout dit, quand vous avez expectoré quelques termes do votre métier, c'est déplorable, c'est... La Boisson:. Doucement, vieux ponton, diminuez de voiles, ou je vous coule bas. Dumaïs., Est-ce ma faute si je ne comprends pas votre galimatias ? L\ Boussomî. Par la Sainte-Barbe ! Dl'MAÏS. Allons, de mieux en mieux... laissez en repos, je vous prie, les saints et les saintes. La Boussolk. Ah I AI» ! votre hamac est encore pendu là ! Eh bien! écoutez-moi. AIR:Ifcureuxliabitanlsdesbeauxvallonsdo l'Holvùtia. Cette sainte-la plus d'une fois fut invoquée , Et jamais marin A l'aide ne t'appelle en vain ; Mais de sa puissance, hélas ! ceux qui l'ont évoquée.

— 157 — Haremcnt après, Viennent raconter les effet f. Quand un brave;, nn jour, par l'ennemi se vit surprendre. ( Hasard fort commun, Les Anglais étaient trois contre un. ) Voulant le sauver, ils lui demandent de se rendre: « Sainte-Barbe est là, Dit-il, « elle nous sauvera ! » Celte sainte-là, etc. mwuïs. Voilà donc pourquoi tous les marins ont de la dévotion pour sa chapelle : ils n'en parlent jamais qu'avec enthousiasme... C'est pourtant un triste métier que le vôtre! être toute sa vie sur des planches ou sur des cordes, entre le ciel et l'eau ! J'en ai encore le frisson, rien que de penser à ma traversée... 11faut être un diable incarné pour être marin. La Boussole. Non, il faut être homme. AIIl: Voilà,voilàtout le secret. Affronter, dès l'enfance , La mer et les autans ; Avec insouciance. Voir la fureur des vents ; Point d'humeur inquiète, Point de sombre chagrin ; Au travail faisant fête Avec un gai refrain ; Au fort de la tempête, Le front toujours serein ; Voila, voila le vrai marin. Au cri de la patrie Répondant promptement, El, s'il lui faut sa vie, Sans regrets la donnant ;

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Au sein «lela victoire, litre toujours humain; Et se couvrir de gloire, Sans en être plus vain ; Puis, d'un nom dans l'histoire Couronner sou destin, Voilà, voila le vrai marin. DlMAlS. Sans doute, sans aucun doute, j'aurais été moi-même bon marin, s'il n'avais pas fallu quitter la terre ; aussi, je m'y suis iitfaehé, et me voilà. La Bolssoli:. El comment gouvernez-vous votre barque, dans ces parages-ei? Quelles gens sont ces habitants? Tenez, voyez-vous, mon brave matelot manque, depuis dix-huit mois que nous avons quitté Brest, nous avons été aux quatre coins du monde. Eh bien ! hier encore, je ne m'étais pas éloigné de dix brasses du gaillard d'avant delà corvette mais puisque me voici sur le plein, je ne serais pas fâché «le savoir sous quel pavillon on peut y naviguer. DlMAlS. C'est très bien ; l'eoutez-moi donc à votre tour, puisque vous voulez connaître les habitants. AMI: 'étaitllenauri ie Moutauban. C r A l'industrie, à de nobles travaux, Consacrant une utile vie, Mais cultivant, aux heures de repos, Les arts et la philosophie. De tous les plus doux sentiments Subissant la sainte influence, Et dévoués à notre belle France, Voilà, mon cher, les habitants. Quant à leur hospitalité, s'il vous reste quelques incertitudes, j'espère qu'un Verre de bon vin achèvera de vous convaincre.

159 La H'iissoi.K. Allons, niions ! je vois que le mouillage va être si bon queje pourrai bien y jeter l'ancre. Pare à virer, l'ancien. ( II le 'prend par le buts. ) A Dieu val ! (Il le fait tourner.) Orientons maintenant, le cap sur la cambuse. DuM AÏS. Sans doute, sans aucun doute; par ici. . (Us passent derrière la maison. ) SCÈNE Y .Mme MONVAL, NOÉMA, deux négresses portant les châles et les ombrelles de ces dames. ( Des noirs portant des malles et des cartons à chapeau, les suivent et entrent dans la maison. ) NoKMi ôtant son chapeau et le donnant à une négresse qui rentre aussitôt dans la maison avec l'autre. ) Tiens, Elina. (ùMmeMonval.) Ne vous l'avais-je pas dit, chère tante, que notre voyage à St-Pierre pourrait bien ne pas s'achever cette fois,grâces aux pluiesde ces derniers jours? 'Vous qui, naguères encore, aviez si peu quitté Paris et les bords de la Seine, vous avez souri de pitié en voyant nos petites rivières, quand je vous parlais des dangers qu'elles oil'rent dans cette saison; Eh bien ! ma tante, que dites-vuusde la rivière St-Etienne? M"ie Monval. J'en suis encore toute émue, mon enfant ; une rivière'? c'est unallreux torrent. AIR:C'està bon droitque la peinture. Comme il s'élance et tourbillonne, Ce flot qui gressit en roulant! Dans son cours au loin il sillonne Le sol, d'écume blanchissant; Je n'y pense qu'en frémissant.

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Longtemps encore ma mémoire En gardera le souvenir; Je ne refuse plus d'y croire, Trop heureuse d'en*revenir. La Saine déborde aussi quelquefois, ponts sont toujours là pour la passer. NoÉMA. mais au moins les

Ri ces ponts, chère tante, n'ont pas été construits en un jour. Attendez un peu, et pour nous aussi tous les obstacles seront vaincus. Mes ehers compatriotes ne reculent devant aucun sacrifice,quand il s'agit de servir l»s intérêts de la colonie. Maisaujourd'hui,nous voici forcément de retoui à Belle-source, et les distractions que vous allie/, chercher vous échappent. El» bien ! ma tante, si notre beau ciel, si notre doux climat ne vous font pas oublier la bruineuse atmosphère de ce Paris que vous avez quitte à cause de votre Noéma; si l'éiégance de nos palmistes, si la riche végétation de nos campagnes vous laissent des regrets pour les majestueux ombrages des Tuileries, nous parlerons de ces lieux que vous aimez ; n'avons-nous pas nos souvenirs? (Elle soupire.) Mmo Monval avec intention. Nos souvenirs ? Ah ! Noéma, je voudrais que les vôtres ne fussent pas plus déraisonnables que les miens. Sans établir aucune comparaison au préjudice de la nouvelle patrie que j'ai adoptée,» cause de toi, mon enfant, je regrette notre chère France, parce que j'y suis née, parce que le prisme de l'habitude, en embellissant les lieux auxquels elle nous a attachés, i-lTacesous les regrets tout 1e charme, toute la beauté de ceux où nous sommes obligés de porter ensuite nos pas. Quand j'épousai le frère de Ion père, Noéma, jelui avais fait promeltredc ne jamais me conduire dans cette lointaine colonie qu'il aimaitlant, et il avait tenu sa promesse.-.Mais, pour toi, Noéma, j'aitout quitté; n'otais-je pas devenue .tamère? Noêma Vembrassant.* Ah ! vous aie l'avez bien prouvé.

— 101 — Mmo Monval. Mais laissons mes souvenirs et parlons des tiens. Dois-je donc me reprocher de les avoir follement entretenus? Que t'importe, dis-moi, un jeune homme que tu ne reverras plus? Noêma. Ne plus le revoir! et pourquoi donc, chère tonte? il est marin, ne peut-il venir ici ? oh ! moi, je l'espère bien. MmpMonVAL. Enfant, cette folie peut causer bien des chagrins à ton excellent père qui, lu le sais, a des projets de mariage pour toi. J'en conviens, il était charmant, ce bon jeune homme; il était fort aimable; il m'avait moi-même séduite, ctpeul-ôlre, je ne te désapprouverais pas de garder encore son souvenir, si, alors, il avait réellement songé à te plaire.... Mais deux mois se sont passés depuis notre dernière rencontre, sans qu'il ait cherché à te levoir; et quand, à celte époque, les lettres plus pressantes de mon frère nous ont décidées à partir, ton bel officier, mon enfant, ne se souvenait sans doute plus de toi. Noéma. Qui sait, ma tante ? mais je veux vous arrêter sur ce triste chapitre. Et puis, si vous mettiez mon mérite en jeu, voua me rendriez tout-à-fait intraitable. AIR:Ah!si ma datneme voyait! Dans un bal où tant de rivaux A la beauté rendent hommage, On peut échanger au passage. Un sourire, un regard, quelques mots,. Nous levons toujours ces impôts. Ces tributs de galanterie, On nous les paie, et tout est dil ; Mais jamais il ne les publie, Celui dont le coeur ies offrit. MmoMonval. Eh bien donc ! je laisserai au temps le soin de te désabuser. Mais en attendant, et pour nous distraire, toi, de tes souve-

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nirs, moi de mon épouvante, reprenons nos occu, Viens faire un peu de musique ; je t'écouterai tout en i.. dant. ( Elle fait quelques pas vers la maison. ) N'okm.v l'arrêtant et avec une gravité comique. C'esteela, aux grands maux, les grands remèdes.... Je ferai de la musique, puisque vous le désirez; mais tenez, restons ici; mon piano est horriblement diseord; je vais vous dire ma chansonnette favorite,la dernière que j'ai reçue de Paris. M,,ltfMonval. Tout ce que tu voudras, pourvu que nous repoussions l'ennemi. Noksia la menaçant du doigt. Repousser l'ennemi ?... n'en parlez donc plus. ( Elle s approche de la varangue et appelle.) Elina ! ( La négresse parait ; iXoèma lui parle bas et vient ensuite s asseoir sur un banc rustique, près de la varangue; Mme Monval se place jn'ès d'elle. Elina apporte un cahier de musique et la boîte à ouvrage, de Mme Monval, et rentre dans la maison. ) iNoÉMA. Ecoulez, ma Imite* Allt: Voyez qu'elle est heureuse, Misy la belle enfant, Quand, viveet gracieuse, Elle court en chantant. Chacun prête l'oreille, Sur le bord du chemin, Et l'écho se réveille,' Emu de ce refrain : Tra, la, la, la, &•.

— 163 Elle chante sans cesse, Misy la belle enfant, Et foule sa richesse Est un coeur innocent. Aussi, sous la coudrette, Aux propos des garçons: Demain, dit la fillette, Mais aujourd'hui, chantons. Tra, la, la, la, .&. Jouis de ton bel âge, Misy la belle enfant, DoiUon craindre l'orage Quand le ciel est riant. Et lorsque la tempête Assombrira les cicux, Pour l'oublier, répète de chant des jours heureux: Tra, la, la, la, &. Mmc Monval. Très-bien, mon enfant. ( Noèma parcourt son cahier de musique. ) SCÈNE VI. Les mêmes, OSCAR. Oscar entrant fort vite par la (fauche, sans apercevoir tes dames. Quel bonheur ! ces daines sont revenues, me dit-on ; c'est charmant ! Ernest m'a renvoyé ; il a besoin do causer de ses projetsavec M.Delvincourt... ma foi, puisqu'il le veut absolument,je me sacrifie, je tenterai l'aventure dès que... ( Il aperçoit Noèma; les dames se lèveniet viennent sur le devant delà scène.) Ah ! le sacrifice ne sera pas pénible ; que n'est-il déjà fait ! Ernest aurait-il eu raison de me dire que mon tour viendrait? (Il s'approche en saluant. ) Mesdames, vous pardonnerez à un mai in de se présenter si brusquement à vous ; niais, dans notre état, on apprend bien, vite à connaître le

— 164 prix du temps,et quand nous apercevons le port,nous tâchons de profiler d'un vent favorable pour l'atteindre. Mn,0MoNVAL. Rien de mieux, Monsieur; mais* veuillez nous dire à qui nous avons l'honneur de parler et quel est ce port où vous êtes si pressé d'arriver. Oscar. Sur le premier point, Madame, vous serez bientôt satisfaite: Oscar de Bellegarde, vingt-quatre ans, les épaulettes de lieutenant de vaisseau, voilà mes noms, âge et qualité; mais cela appartient déjà au passé. Quant à l'avenir,les étoiles de contre-amiral, si un brave boulet ennemi ne m'arrête en chemin. M"ie Monval. Oh! pourquoi de pareilles idées, Monsieur? Mais vous n'avez répondu qu'à l'una de mes questions, et..... Oscar. Je m'empresse de répondre à l'autre. AIR:J'entendsau loinl'archetde lafolie. Sur l'océan qu'on appelle la vie, Battu longtemps et des vents et des flots, Le nautonier, quand sa barque dévie, Songe trop tard à prendre du repos. Il ne faut plus s'exposcrau naufrage Quand la beauté rappelle le nocher; Ah! le bonheur est près d'elle air rivage, C'est là le poil, et je viens le chercher, Voilà le port que je venais chercher. NoÉsiA à part. Aimable jeune homme !.... je ne sais quelles hl'ées confuses sa présence et sa voix ont réveillées dans mon. «oeur. MmcMonval. M.de Bellegarde?... mais attendez donc.. .quoi, Monsieur, c'est vous? (4 JSoèma.) Chère Noéma, voilà ce neveu de

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san vieil ami, dont ton père attendait si impatiemment l'arrivée. Tu comprends maintenant; et le voyageur, mon enfant, touehera-t-il le port? Noéma. Que me dites-vous, ma tante V vous m'avez bouleversée. ( A part. ) Il me paraissait aimable lout-à-l'heure ; mais à présent, (Elle le regarde. ) je crois que je me suis trompée. Oscar passant entre Mme Monoal et Noéina. Eh bien ! Mademoiselle, puisque le hasard m'a été assez favorable pour me rapprocher de vous, pourquoi tardera'13-je -à vous dire tout ce qu'il y a d'émotion dans mon coeur depuis que je vous vois?... Noéma. Monsieur Oscar. Oh ! ne vous offensez pas de ma vivacité ; un marin a si peu de temps à donner au bonheur qu'il doit chercher aie sai sir dès qu'il croit l'entrevoir. AIR: Il fait si froid quo dans la rue. Je le sens au fond de mon âme, Je dois bénir ces doux moments; Croyez à l'ardeur qui m'enflamme, Oui, croyez en bien mes serments. Noéma. Vos serments, j'y croirais peut-être, S'ils n'étaient pas venus si tôt ; Avant de s'engager, il faut Prendre le temps de se connaître. ( Elle le salue et rentre dans la maison. )

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SCÈNE VII. M'"« MONVAL, OSCAR. Oscvn. Il salue Xoèma d'un air décontenancé, la regarde aller un moment, et revient rapidement sur le devant de la scène. Vent de bout à imi première sortie !... ce n'est pas encourageant. 0 MJn Moav.u. à part. Pauvre garçon ! il est tout abasourdi. (Haut.) Eb bien ! Monsieur Oscar,il ne faut pas vous décourager parce que vous n'avez pas enlevé un coeur déjeune iille, connue vous prendriez un navire ennemi, à l'abordage. Rassurez-vous, je dois m'intéressera vos succès; mon frère m'avait confié depuis longtemps ses espérances et ses bonnes dispositions en votre faveur. Oscar. Eu ma faveur! bêlas, non! ce n'était pas à moi qu'était' réservé ecï)ohbeur,.jenele vois (pic trop. Ce matin encore, mon frère avait seul ledroit'd'y prétendre; mais des souvenirs de coeur ont été pour lui plus puissants que les voeux de deux familles, et c'est de concert avec M. Delvincourt, qu'en bon frère, il a voulu (pie je prisse sa place. M,,ieMokvai,. Si telles sont les intentions de M. Delvincourt, je dois les seconder. Noéma aime trop son père pour vouloir l'aHliger par un refus opiniâtre; et, si ce n'était aussi quelques vagues souvenirs.... " Oscar. Encore des souvenirs ! ils me poursuivent.... ce matin, dm moins, ils m'ont été favorables; auraî-je maintenant à m'ein plaindre?

— 107 — Mn,uMON VAL. Venez, Monsieur; peut-être nos efforts réunis seront-ils •plus heureux. Oscau lui offrant le bras. Je m'abandonne à vous, Madame; miis. je l'avoue, mon assurance a éprouvé un furieux échec. ( Ils entrent dans la maison.) SCÈNE VIII. M. DELVINCOUKT, ERNEST. est

(Ils arrivent par le fond, à gauche, M. Delvincourt appuyé sur le bras d'Ernest. ) M. Delvincourt.

' Votre résolution m'afflige, mon cher Ernest ; elle renverse une seconde ibis les projets que votre oncle et moi avions pris plaisir à former. Votre frère, sans doute, a plus d'un titre pour justifier la substitution que vous m'avez demandée ; mais il est bien jeune encore; votre âge cadrait mieux avec les plans que je formais pour le bonheur de ma fille. Eiinest. Croyez, Monsieur, qu'il m'en coûte beaucoup de tromper ainsi vos espérances et celles de mon second père. Mais, me confier le bonheur de votre lille, serait-ce donc l'assurer ? Elle doit prétendre à tout l'amour de son époux, et mon coeur n'est plus libre d'acquitter celte dette. M. Delviincourt. Il ne faut donc plus y songer. Mais, je le répète, je crains que ht trop glande jeunesse d'Oscar ne fasse évanouir tous mes rôves.

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Ernest. L'amour est un maître qui saura lu plier à vos voeux. AI. Dki.vint.ourt. Luifera-t-ilaimcrautant que je lu désire cette île perdue au sein des mers, comptée pour si peu de cho.se dans la balance des puissants de ce monde, mais si fertile, si belle aux veux de ses enfants, si chère à tous ! AIR:Pointdocliagiinquinosoit oublié.( de la Vieille ) Oui, le saint nom de la pairie A des autels dans notre coeur ; Chaque lils de la colonie Nail pour être son défenseur; Il doit lui dévouer sa vie Kl concourir à son bonheur. Fier de garder les couleurs de la France, Kn elle il met toute son espérance Il met en elle espoir et confiance ; Kl son amour pour elle est seul égal A son amour du sol natal.

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Ce rocher isolé, si peu intéressant à vos yeux, mon jeune ami, (pie d'émotions il éveille en moi, comme dans l'âme de tous les colons ! Vous ne savez pas combien cette vie coloniale, la vie de l'habitant, offre de charme et de jouissances ! Et cependant, vous étiez fait pour le comprendre... Mais revenons au désir que vous m'avez exprimé. S'il m'est pénible de vous voir persister dans ce dessein, je ne veux ni ne puis vous en blâmer; votre franchise m'a plu, tout en m'alïligeant. Ah! puisse votre frère posséder toutes les qualités que j'ai dislinguées en vous ! Vos conseils le guideront du moins, car je ne pense pas (pie vous l'abandonniez ainsi. Ernest. Que ne puis-je vous satisfaire au moins à cet égard ! mais mes regrets, déjà si vifs, ne pourraient qu'augmenter si je connaissais toute l'étendue de mon sacrifice : je dois vous, quitter sans voir AIl,cDelvincourt.

— 169 — AMI l'aut l'oublier. : Il faut partir, je crains encore D'accroître mes secrets ennuis ; Devant ce danger si je fuis, Que votre fille au moins l'ignore. Peut-être un tardif repentir Déchirerait mon âme émue ; Pour mon repos je dois la fuir. Si, malgré moi, je l'avais vue, Dirais-jc encore : Il faut partir ! Un mot à mon fidèle marin, et je reviens, mon digne ami, vous foire mes adieux. (Il sort par la gauche.) scène ix. M. DELVINCOUHT seul; puis NOÊMA. M. Delvincoliit le regardant. Don jeune homme ! Pourquoi faut-il qu'un obstacle imprévu vienne me priver d'un tel appui pour ma vieillesse?... JVoéma entre en chantant. Liberté chérie, Seul bien de la vie, Liberté chérie Ah ! mon père, je vous cherchais. ( Elle Vembrasse. ) Vous savez déjà que la rivière St-Etiennc a mis son veto, comme vom nous l'aviez prédit, sur les projets d'excursion que nous avions formés, ma tante et moi? ( Delvincourl fait un signe affirmatif.) Eh bien! voyez-vous, j'en étais d'abord ravie, parce (jueje revenais plus tôt près de ce pauvre père.... Mais le méchant! àpeinesuis-je arrivée, qu'il m'affuble d'un prétendu... tombe du ciel sans doute? Qui le savait ici, ce beau Monsieur? On ne serait pas .revenue, assurément. M. Dklvincouut souriant. Peut-èlre; ou du moins nous aurions été te chercher.

— 170 NoKMA. Oh !*Mais ! vous ne parlez pas sérieusement?' M. Delvincouiu. Très sérieusement, ma chère-tille. si terrible, ce jeune homme?' Nokm.v Mais qu'a-t-ildonc d;r

Rien, mon père, si ce n'est que c'est...un M. Delviscourt;

prétendu.

Oui, mon enfant, et un prétendu qui vient réaliser mon voeu le plus cher, l'union de ma famille avec celle de mon meilleur ami. ÎSoêmad'un Ion câlin. Certainement, pauvre père, je serais bien aise, à cause de vous, d'accomplir ce voeu. AïH: doTdnicrs. Oui, chaque jour, empressée h vous plaire, Vuus obéir,est ma première loi; tin seul désir; un mot de vous, mon père,Vous le savez, c'est un ordre pour moi. Votre bonheur est ma seule pensée; Entendez-vous, je dis votre bonheur; Mais quand je suis partie intéressée, Permettez-moi d'obéir à mon coeur. M. Delvincoumv Nocma, la tante ne m'a pas laissé ignorer l'état dé tou: coeur; je ne t'ai cependant jamais parlé de cette rencontre à' Paris, dont tu gardes encore le souvenir. ( Noèma soupire. ) Je t'ai seulement confié mes plans et mes espérances: c'était lo rêve de ma vie, ma fille; et quand, après bien des traverses, je le vois au moment de s'accomplir, est-ce bien toi, mon enfant, qui tromperais mon espoir?

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.Noéma vivement émue. Oh! mon Dieu! si vous saviez combien je voudrais pouvoir vous (lire: vous le voulez, mon père? je le veux..., Mais, fermer ainsi brusquement son coeur à tel sentiment, pour l'ouvrir à tel autre, est-ce donc possible? M. Oscar est aimable sans doute: encore mi faut-il le tamps de m'en convaincre; ne peut-il attendre un peu? M. Delvintourt. Oui, Noéma, il pourrait attendre, lui; mais moi? AIR:Peauxjours de la clievalorlo. Eh quoi! tu nié parles d'attendre! Ne \ois-tù pas mes cheveux blancs? Ma fille, pnis-je encor prétendre A veiller sur loi bien longtemps? Près de terminer ma carrière, Je dois fixer ton avenir; Prends un époux, h ma prière, Qu'en mourant, j'aie a te bénir.. Noéma très émue.. Mon père! mon bon père!.... SCÈNE X, Les mêmes, M™ MONVÂL, OSCAR. M"10 MoNVAL.à: ïcar qui est entrelacée elle pendant O tes deu$ dernien ven du couplet. Lcmoment'cstfâvorablej.à vous, Monsieur Oscar, àyfrapper le dernier.coup» Altl:Neraillez pas la garde,citoyenne. Son coeur ému vous la livre d'avance, De cet instant sachez donc profiter. Suivez l'avis de mon expérience, Elle ne peut longtemps vous résister. 33.

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172 — Oscar.

En la voyant, j'ai besoin de vous croire, Quand votre voix me promet le bonheur; Mais dérober ainsi celle victoire, Est-ce trouver le chemin de son coeur? I£nsi-:mui.e. Oscaii. Oui, malgré moi, je tremble ici d'avance Ht du sucées je dois encor douter. Mon coeur palpite, ah! lorsqu'elle balance, De cel instant saurai-jc profiter? M. Dëlvincourt. Ma chère enfant, sur ton obéissance, Kn ce moment, ne dois-je pas compter? Ouand je te prie, en vain Ion coeur balance, Tu ne saurais longtemps me résister. Nokma. Sans doute, hélas! sur mon obéissance Un si bon père a le droit de compter; Pour son bonheur, cachons-lui ma souffrance, Mon triste coeur ne doit plus hésiter. .M",0Monval. Son coeurému vous la livre d'avance, De cet instant sachez donc profiter; Suivez l'avis démon expérience, Klle ne peut longtemps vous résister. M,m' Monval. Allons! ilu courage! Oscar Rapprochant de Xoêma. Vous me trouverez peu généreux, Mademoiselle, de mettre à profil contre vous le bienveillant appui qu'on me prêt"

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Iio —

ici: vous avoir vue, voilà mou excuse. La vie s'écoule si rapide pour nous qui l'éparpillons sur tant de rivages, que nos sensations en deviennent plus vives, les besoins de notre coeur plus'uiipéiieux, notre soif du bonheur plus ardente. Laissezvous aimer, liez-vous à moi. Je suis jeune, bien jeune sans doute, bien étourdi peut-être: mais l'amour, dans ce monde, a tant de fois vaincu la raison, qu'il peut bien faire aujourd'hui allinnce avec elle,lorsqu'il s'agit de vous rendre heureuse, (àpart, en m/ardant Nocma. ) (le que c'est (pie d'être amoureux! Ainoureu*? moi!.... Mb bien! oui, amoureux. Ma parole d'honneur, Ernest ne pourrait soutenir la comparaison. 0 M1" Monval à Nocma. Si tu ne pimx encore l'aimer, chère enfant, il n'est pas impossible que cela vienne. ;\oèma. Ali! matante, et lui? M"10 Montai.. Lui! qui, lui?... lui que tu ne reverras plus!'Les absents ont tort, toujours toit. Kl à cela je n'ajouterai qu'un mot: llegarde ton père,'i\oéma. M. Dki.vint.ouut. Ta réponse, nia (ille? Oscau à part. l)ois-je espérer? NoKMA. Alll-Du tnalelol(do Mmc' Dudiambfc'c). Ne craignez plus ma vaine résistance, De moi vos voeuxdoivent tout obtenir. Ali! j'oubliais une trop longue absence, Quand j'écoutais un bien cher souvenir.

— 174 — Près de l'époux qu'ici l'on me désigne, Si mes rcgrels ne sont pas tous bannis, De votre amour au moins je serai digne... Bénissez-moi, mon père, j'obéis. M,ne Mo.NVAL. Enfin! M. Dki.vincoukt embrassant Noêma. Mon enfant!., (à Oscar en lui prenant la main. ) Oscar, vous me répondez de.son bonheur. Oscak. Je m'en charge.... (à part.) Qui diable se serait douté de cela ce matin? (haut.) Mais où donc est Ernest? M. Delyincouht. Venez, mon ami, venez unir vos efforts aux miens pour le retenir près de nous. Il veut partira l'instant même... et, tenez, le voilà qui vient sans doute m'annoncer son départ. ( // va au devant d'Ernest. ) SCÈNE XI. Les Mêmes, ERNEST. Ernest. // s'avance jusqu'auprès de M. Delvincourt sans voir les autres personnages. Je vais vous quitter, Monsieur; croyez que mes regrets... ( apercevant Noèma. ) ô ciel! Noêma se cachant la figure dans ses mains. Lui, ma tante ! ah ! trop lard ! trop tard !

- 175 — Ernest à M. Delvincourt. Quoi ! ce serait Mademoiselle voire fille? M. Delvincourt. Elle-même. Ernest à part. Elle , mon Dieu ! Qu'ai-je fait ! Mme Monval s'approchant vincourt. de M. Del-

Hélas, mon frère , nevoilà-l-il pas maintenant notre jeune homme de Paris ! M. Delvincourt. Tout est fini ma soeur ; qu'y puis-jc encore ? Oscar. Il a suivi avec intérêt toute cette scène qui doit être très-rapide ; il prend alors le milieu du théâtre. Eh bien! qu'y a-t-il donc? vous voilà tous avec de sombres visages! Il iuô semble cependant qu'un jour de mariage, on ne doit songer qu'à la joie. Un jour de mariage, entends-tu, Ernest? (Prenant là main de Noèma. ) Et voici la mariée; comment la trouves-tu, frère? Ernest. Adieu, Oscar, adieu, adieu, je pars... Oscar. As-tu perdu la tète? tu pars! lu pars, c'est aisé a dire; mais, est-ce cju on peut se passer de loi iei?Tu resteras; je te forcerai, parbLm! à rester, te dis-je. Ernest. Non, non; tu ne sais pas que....

— 176 OSCAR. Je sais que tu es indispensable ici pour signer..... KiiNKsrl'interrompant. Ton contrat de mariage'? Oscar. Eh! non!.... le lien, frère. (A part en regardant .Xoèma.) Ouf! il est heureux d'être arrivé à temps, car enfin, je tenais, et, ma foi.... (haut.) Ali! Ernest, si tu n'avais pas été au bal du Comte de Solberg, je ni*le dirais pas maintenant: (mettant la main de Noèma dans celle d'iïrnest.) A moi ta corvette, à toi ma femme!.... à toi ma femme, c'est-à-dire, si le beaupère.... M. Di'iAïNT-oiarsouriant. Ci*était votre bien, mon jeune ami; vous seul pouviez, ni disposer. Mais un pareil trait vous portera bonheur. Mn'° Monval. Certainement, et je veux lui trouver une autre Moêiua. A coup sur, il no manque pas d'aimables jeunes personnes dans la colonie. Oscar. .l'accepterai plus lard vos bons ollices, Madame; quant à présent, c'est ma corvette qui aura mes amours, et pour cause... (à Moèma.) Eh bien! Mademoiselle, si vous n'aviez, pas pour moi une alîeetion bien prononcée ce malin, je parie, vanité à part, que vous m'aimez, beaucoup.... depuis cinq minutes. Nukma lui tendant la main. Ah! comme une soiiir.

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Oscar à pari en lui baisant la main. Comme une soeur, e'est quelque .chose, mais.... tout ce qu'il me faut maintenant. SCÈNE XII et dernière.

mais, c'est

Les Mêmes, IA HOUSSOLE, DUM.VIS. La Boussolk. Commandant, quand vous voudrez appareiller, tout est parc. C'est pourtant dommage de prendre le large «ilôt, je n'aurais pas été fâché de faire mon quart ici quelque temps; il y a du rcnahle à la cambuse. Et puis, j'aurais bien pu y gagner double ration, puisque le capitaine se marie. Oscar. Console-toi , mon vieux ; nous resterons ici quelques jours avec cette différence pourtant : au commandant le mariage, à moi la mer, et bientôt la France. La Boussolk. Il paraît alors que vous avez changé lof pour lof. (à Dumaïs. ) En ce cas, tiens bon, l'ancien ; faut dégréer les quadrupèdes. Humais. Sans doute , sans aucun doute, j'en donnerai bon coeur. M. Dklvincourt à Ernest. Mon cher Ernest, la Providence a comblé nos voeux, vous épousez celle que votre coeur aimait ; je trouve le fils que j'attendais. Vous vous fixerez auprès de moi, sous notre beau eiel, et si vous êtes heureux ici, tenez en compte à cette patrie adoptive dont l'avenir repose avant tout sur le dévouement et l'union de ses enfants. l'ordre de

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178 ~

Noèma au public. Air . Je revenaisde monvillage. Notre auteur, tremblant, inquiet, En vous livrant ce faible ouvrage, Pour un tableau trop incomplet, N'ose espérer votre suffrage. Mais sur vous s'il avait compté, N'allez pas vous montrer sévères; Excusez sa témérité, H se croyait parmi des frères.

FIN.

ôoïïété

îrcs

dricnced

et

2lrte*

Séance du 12 Septembre 1862.

PRÉSIDENCE

DE M. LE SINER.

Sur la proposition du Président, la société décide qu'il sera demande pour la bibliothc(|ue.deux exemplaires des Notes "* sur la Réunion , publiées par M. Maillard. Les membres de la société, seront en outre invités à faire connaître le nombre d'exemplaires qu'ils voudraient demander en leur nom personnel, afin de réunir toutes les souscriptions. M. Raflraylitun travail constatant qu'Un fils naturel de Déranger, a vécu à Saint-Paul, et y est mort. A cette notice sont jointes plusieurs lettres fort curieuses du grand chansonnier. 14

— ISO vM. de Moiiforaml (lomio lecture d'une lïtude oeuvres de M. Azèmn. La séance ^st levée à; 10 Iii»ijre8t sur les

Le Secrétaire, P. DR MONIORAND.

Le Président, - Lfe-SlNBti.'

UN FILS

NATUREL

DE

BÉRJINGER.

Il y a dans la commune J«j Saint-Paul mie localité qu'on appelle le bout de l'iïtang ou le Banc «les Uoches. C'est la partie de cette vaste plaine qui enveloppe les deux rives du grand Ktang. un peu au-dessus de l'endroit oùil se jette à la mer. C'est là qu'était autrefois l'emplacement delà première ville de Saint-Paul: aujourd'hui ce n'est plus qu'un «espacedésert, triste, maussade, pauvre surtout. De distance en distance, on y aperçoit quelques cabanes en chaume ou en planches vermoulues, isolées comme des blockhaus au milieu d'enclos de pignons dinde ou de haies d'acacias; de loin en loin, comme pour reposer le regard par un peu de verdure, des touffes de Tamariniers semblent avec, complaisance oflrir leurs frais abris à ceux qui fuient pendant le jour les brûlantes ardeurs du soleil des Tropiques. Le vert sombre de ces boules de feuillages tranche agréablement sur le ton jaune et cru de e»îtle plaine aride ; et cà et là au dessus des lignes uniformes de «;epaysage Iran • quille quelques dattiers solitaires élèvent au haut des airs leurs liges flexibles d'où s'échappent avec profusion des palmes gracieuses que la brise tourmente au gré de ses caprices. Tel est l'aspect qu'olhe toute cette plaine qui se présente à votre droite lorsque vous traverse/ les trois ponts de l'Étang pour vous rendre à Saint-Paul et que la voilure vous emporte à travers cette longue Chaus-sée impériale, bordée de lilaos élevés dont l'aspect funèbre et le murmure mélancolique vous portent à la tristesse cl. vous Ont supposer que vous cheminez au milieu de l'Avenue d'un cimetière. Ces pauvres cabanes qu'on aperçoit de la routo, ne semblent habitées que

— 182 — par l'oisiveté ou la misère; cette impression pénible vous poursuit longtemps. Dans une de ces misérables demeures, le 20 Janvier 1841, un homme venait de mourir; aux premières lueurs du jour, le malheureux s'était endormi de son dernier sommeil n'ayant auprès de lui que la servante négresse qui, en qualité de garde malade, n'avait pas quitté son chevet et avait assisté à toute l'agonie du pauvre exile. La case dont nous nous occupons en ce moment (pour employer la locution indigène) était toute en feuilles de lalaniers, toiture, horde et cloisons; elle était basse, enfumée, malsaine. La terre humide et grasse y servait de plancher. On y voyait pour lout meuble un lit de corde, un escabeau, une malle contenant quelques guenilles; et au fond de celte malle, deux ou trois livres, des lignes de pèche, des hameçons, quelques lettres de la famille absente ou d'amis disparus. our le lit de corde, on voyait un cadavre recouvert d'un drap blanc; sur 1escabeau brûlaient deux bougies et sur la malle une femme était assise, celle-là dont nous venons de parler; elle entourait de ses bras trois jeunes cillants qu'elle avait eus de ce blanc. Llle pleurait silencieusement, la pauvre femme, celui que dans son Orgueil de mère et damante elle appelait avec tiei té: « Un blanc de France! » Après quelques instants accordes aux larmes, les enfants ainsi que leur mère se levèrent pour sortir. Celle-ci les conduisit embrasser une dernière fois les mains du mort leur père; les petits êtres s'acquittèrent de ce devoir avec cette distraction qui caractérise d'ordinaire toutes.les douleurs de l'enfance et l'on lit place à l'officier public, le Juge de paix de la ville, qui arrivait pour son ministère. L officier de paix dressa l'acte suivant que nous avons extrait des minutes du greffe du Tribunal de Saint-Paul. « L'an 18*1, et le mercredi 20 Janvier à midi, informé « par M. le Maire delà ville de Si-Paul que le sieur Lucien « Paron natif de Paris, département de la Seine, était décédé « en cette dite ville de Saint-Paul, au lieu dit le Banc des Ro« ehes, dans une petite case appartenant au sieur K/bel, où

— 185 « demeurait le défunt cl oh il enseignait à lire et à écrire aux « enfants de ce lieu. « Nous Joseph Elio HicqucbourgXhevulicrde Saint-Louis, « juge de Paix du canton Si-Paul, île Bourbon, assiste do « M0 Alexandre de Sanglier, notre greffier, nous sommes « transporté à l'endroit sus désigné ou étant rendu y avons « trouve le sieur Félix Mailing charpentier, voisin du défunt, « nui nous a introduit dans la case où est décédé le dit sieur « Paron et nous a montré son corps exposé sur lin cadre « cordé recouvert d'un drap blanc et nous a dit que le défunt « sieur Lucien Paron était décédé dans le plus grand denu« ment et nous a l'ait voir quelques mauvais linges qu'il nous « a dit être tout ce que possédait le dit défunt. « Attendu que ces objets sont de nulle valeur et ne s'étant « trouvé dans la dite case aucun meuble susceptible de rece« voir 1apposition de nos scellés, nous nous sommes retirés« après avoir dressé lé présent procès-verbal les dits jour, « mois et an et l'avons signé avec notre greffier après lecture, <( le sieur Félix Martin ayant déclaré ne le savoir faire, de ce «c interpellé. Signé. Elio Ricquebourg. A. Sanglier. » La visite faite, le procès-verbal terminé, lés -voisins du défunt liront à eux seuls les frai» des funérailles. Les amis de Paron, tous pauvres pêcheurs de la côte, voulurent éviter à ce malheureux l'ignominie de la bière commune. Ils s'occupèrent des préparatifs de son modeste convoi. A cette époque,l'esclavage existait encore dans les colonies et les bons maîtres évitaient même à leurs esclaves cette humiliation de là bière municipale. . Um heure ou deux après, le corps du malheureux Lucien escorté de quelques pécheurs,et porté par des esclave.*,fut déposé au cimetière de Saint-Paul. Puis tout fut dit! La mort le rayait du nombre des vivants, l'oubli allait achever l'oeuvre en ellaeant son nom du souvenir de ses semblables! qui se souvient aujourd'hui de lui?.... C'est un homme de moins et voilà tout!.. La mort du pauvre ne laisse pas plus de trace sur Ui surface delà société que cette ride rapide produite par la pierre qui disparaît au sein de l'onde. A quelques mois de là seulement, un bâtiment partait de

— 184 — l'Ile Bourbon; il emportait une lettre annonçant la nouvelle de la mort tic Paron et lorsque cette missive arriva à son adresse, à Passy près Paris, il y eut le soir un vieillard qui versa bim des larmes. Ce vieillard était Béranger!.. Ce Lucien Paron, mort à Saint-Paul, était son fils!.. Si je révèle aujourd'hui ce fait de l'existence et de la mort du fils qu'a eu Béranger, ce n'est point pour satisfaire une vaine curiosité de biographe ou pour livrer en pâture aux plumes amies du scandale les détails intimes de la vie de notre chansonnier. Loin de moi une pareille pensée, et d'ailleurs la mémoire du vieil ami de notre jeunesse n'aura pas A souffrir de ce que je vais raconter ici. Lucien Paron donc, nous.le disons, était ile fils de Béranger; il est mort à Saint-Paul, comme on .vient de le voir, en 1811. À cjlte époque, ce pouvait être un homme d'une quarantaine d'années. C'était le portrait vivant de son père. Ici mes souvenirs personnels, quoique étant des souvenirs d'enfance, sont encore bien présents. Lucien avait comme Béranger la tête chauve çt penchée;, comme lui, ?le môme air méditatif et doux; tout, en un mot, rappelait d'une manière saisissante ce type du chansonnier, gravé dans la mémoire do toute la jeunesse française comme le type de.Napoléon est resté gravé dans le souvenir de nos soldats. Mais faut-il le dire, mon Dieu, ce fils n'avait de son père que l'enveloppe matérielle. L'oisiveté cl lia débauche avaient dégradé son intelligence. Aussi est-il mort misérable, abandonné, relégué dans cette petite cabane en chaume où nous l'avons vu expirer ; c'est là qu'il a fini ses jours n'ayant auprès de lui «pie celte pauvre femme dont il a eu trois enfants qui vivent encore. Pour ce fils, Béranger s'est imposé les privations les plus dures. Vers 182o, il lui donna quinze ou dix-huit mille francs pour se rendre en Amérique et aux Antilles françaises, afin qu'il pùl s'y établir et y travailler ; mais Lucien, au lieu d'aller aux États-unis, où son père désirait l'envoyer, préféra Bourbon. Ici, les mauvaises liaisons et 1inconduite aidant, cette somme fut bien vile épuisée et lorsqu'il fut sans ressources, il eut encore recours à son père qui lui envoya alors une

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pension annuelle do mille; francs jusqu'à sa mort. Cotte pension lui fut régulièrement payée par M. de Rontaunay, correspondant de Dérangera Rourbon. Pendant les premiers mois de son séjour dans cette Colonie, Paron travailla comme commis à fr. 2,000 par an dans la maison de commerce de M. Avanzini négociant à St-Dcnis. Quelque temps avant révènemenl tragique qui fit disparaître cette maison de commerce (I ), Paron avait quitté la place qu'il y occupait et était allé s'employer sur les propriétés de quelques colons de la partie sous le vent de l'Ile en qualité de Régisseur. C'est ainsi qu'il vécut pendant deux ou trois ans chez SIM. Riche et Roussan. Chez ces derniers, il remplissait les fonctions honnoiahles mais ennuyeuses de maître d'Ecole des enfants du Propriétaire... Là, de même que chez M. Avanzini, on fut obligé de le remercier à cause de son ineonduil'î. L'ivrognerie, celte passion fatale cui s'enracine avec l'âge, devenait chez lui un vice incurable. Il prit et quitta successivement plusieurs emplois en raison ( e celte passion qui lui ferma la porte de toutes les carrières et qui, en se développant de plus en plus chez lui,finit par dégrader et anéantir toutes ses facultés. Les organisations les mieux trempées n'échappent pas à celte loi tatale. Aussi chez le pauvre Lucien, tout disparut : Amour du travail, énergie physique, énergie morale, rêves de la patrie absente, souvenirs de la famille, tout fut oublié, tout s'eflaça de son âme et lorsqu'il eût descendu lès derniers échelons de la misère, il se retira où nous l'avons vu mourir, au bout de l'Etang, n'ayant pour seule ressource que la pension que lui continuait son père, vivant au jour lé jour au milieu de ces pêcheurs dont il partageait les travaux, les privations et les vices. Tous ces faits (pie je relate sont pour la plupart inconnus des divers biographes qui ont écrit des notices sur Réranger, et cependant dans l'ouvrage qu'il a publié quelque temps avant sa mort, dans Ma biographie, Déranger semble sortir de cette chaste réserve qui lui est habituelle et qu'il a su toujours garder au sujet des difterents épisodes de son existence. Cependant la vérité semble s'échapper comme malgré lui et se (I) M.Axanzini suicidaen se coupantla gorgeavecun rasoir.

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douloureusement de son âme. Remarquez ce passage de la page 118. Ktlit. in 8° de 1857. « A peine assuré de cet emploi, une nouvelle charge me fut « imposée par la Providence. Je l'acceptai comme toutes cel« les qu'elle m'envoya. Je pouvais voir dans celle-ci des con« solations pour ma vieillesse; mais il n'en fut pas ainsi et je « la supporte encore sans compensation; mais sans murmu« re. Il est bizarre que moi qui, de bonne heure, me pressen« tant une carrière incertaine, évitai tous les engagements « qui eussent alourdi le bagage du pauvre pèlerin, je «ne « sois toujours vu chargé d'assez pesants fardeaux. Ma eon« fiance en Dieu m'a soutenu et ce n'est pas ma faute si ceux « au sort desquels je me suis intéressé n'ont pas su mettre à « profit les privations (pie je me suis imposées pour leur évite ter les ornières du chemin que j'ai parcouru. J'en gémis « souvent ; mais quel coeur n'a sa plaie? Au vieux soldat res« te toujours quelque blessure qui menace de se rouvrir. « Pour tout bonheur, et cela est bien vrai, j'ai souhaité le « bonheur des autres, au moins autour de moi. Mes prières « sont loin d'avoir été exaucées. « En dépit de quelques folies de jeunesse et des épines que « la misère laisse toujours aux jambes de ceux qui l'ont tra« versée, etc. » Le coeur de père qui a éprouvé ces pénibles déceptions, la main tremblante du vieillard qui a écrit ces tristes lignes pleines de demi aveux si douloureux, tout cela résume pour moi un côté inexploré jusqu'ici de cette âme et de cette physionomie de Béranger. Cet ouvrage (Ma biographie) a attiré à Béranger certaines sévérités d'appréciation de la part d'un écrivain de la Revue des Deux Mondes. (I ) Et nous venons de voir cependant avec quelle décence il glisse sur les détails de sa vie de jeune homme, et chose étrange! c'est justement cette réserve de Béranger dans ses appréciations sur les hommes qu'il a coudoyés, cette chasteté qu'il garde au sujet de détails qui lui sont tout personnels qui soulèvent l'indignation du Critique de la Revue. ' ~~ *(I)M. EmileMontégut.

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Lut-il préféré à cette discrétion les cyniques aveux des confessions Je Jean Jacques?... Qu'aurait gagné la France à ces brutales révélations? Nous sommes heureux au contraire que Béranger ait senti que dès le moment qu'il se mettait à écrire sa biographie, il devait, devant cette jeunesse française dont il était l'idole, dont il est et restera toujours le culte et l'admiration, il lui devait l'exemple de ce respect de soi-même qui sied si bien à la viellesse, quand celte vieillesse surtout porte autour du front la double auréole de la gloire et des cheveux blancs. On sent aux hésitations du chansonnier qu'il était bien l'ami de ce Chateaubriand qui, blâmant un jour les indiscrétions de Jean-Jacques sur sa liaison avec Mine de Warens, s'écriait à ce sujet: «Ah! que la voix de l'amitié trahie ne s'élève jamais sur mon tombeau!» Béranger lorsqu'il publia ses premières oeuvres, les dédia, tout le monde le sait, à son bienfaiteur Lucien Bonaparte. Ce nom de Lucien était devenu pour lui sacré et lorsqu'il eut un lils il l'appela de ce nom. Oui la reconnaissance est bien la mémoire du coeur!... Béranger écrivait quelquefois à cet enfant. Ces lettres, Lucien les avait pieusement conservées dans un petit havresac contenant également ses lignes, plombs, hameçons et autres ustensiles de pèche. Le médecin qui le traita pendant sa dernière maladie s'en empara après sa mort, et je les tiens de ce médecin. Une seule était intacloles autres n'existaient qu'à l'état de lambeaux impossibles à réunir. Longtemps avant la mort de Béranger, elles se trouvèrent en ma possession; mais un sentiment môle d'embarras et de crainte respectueuse <piechacun comprendra,m'a toujours empêché d'en donner connaissance à Béranger lui-même. Je craignais de raviver par là la plaie la plus douloureuse de son coeur de père, et ensuite le seul aveu de l'existence de ces lettres entre mes mains m'imposait le devoir de les rendre à leur Auteur. - Voici donc cette lettre qui en dira plus long que tous les commentaires. « Passy, 20 Juin 1835. « A M. Lucien Paron, à St-Paul, île de Bourbon. « Tu prétends n'avoir pas reçu de lettre de moi depuis

— 188 « bien longions. J'avais pourtant chargé M. Dufuur, Ion « ami, dote faira passer la réponse à celle qu'il m'avait ap« portée de toi ou tu me demandais de l'argent. Je l'y disais « qu'après le mauvais usage (pie tu avais fait du produit de la « pacotille, qui, selon M. Cousin, t'avait rapporté de 15 à « 18,000 fr. et la perte d'une.plaec de 2.000 fr. que je l'avais « procurée auprès de M. Avanzini, je n'avais plus cru devoir « entretenir de relations avec toi, -puisque lu continuais de te « mal conduire. J'ajoutais qu'ayant appris l'état de misère oii « lu étais tombé par ta faute, j'avais cependant prié M. de « Ftontaunay, dès 1829, cinq ans à peine après ton départ de « Paris, de te faire une avance do 1,000 francs par an. C'est « lorsque j'avais entre les mains tes rcçus'de 4 ans et lés lel« très de change acquittées que tu m'écrivais pour te peindre « dans un état de détresse extrême. Je fis voir lés reçus et les c traites à M. Dufour, qui a pu juger de l'emploi que tu lai« sais de l'argent qu'on te remettait ou des fournitures qui « t'étaient faites. Ainsi lorsque je m:épuise pour subvenir à v tes besoins, la seule marque de souvemV-que tu me donnes « est la peinture affreuse d'une situation qui est ton ouvrage. « A ton âge, ne te suflit-H pas d'avoir à rougir, non-seule« ment de mes secours, mais de l'oisiveté ou tu vis ? avec le « désir d'en trouver on a toujours du travail, surtout quand « on a déjà du pain assuré. Puis, quand on se rend capable, « le travail vient vous trouver de lùi-mème. Si tu as à souf« frir de la situation actuelle de la Colonie, à qui t'-cn prendre « encore? En 1824, je voulaispoilr te retenir a Paris et t'y « établir, te faire apprendre l'épicerie; tu t'y es refuse. « J'avais des amis aux États-unis ; je te proposai de te reeom« mander à eux : tu as préféré Bourbon, dont le climat et les « vices avaient déjà dégradé ta santé. D'après les soins (pion « avait pris de ton éducation, si tu avais voulu seulement apte prendre un peu d'orthographe et do calcul, i'ai été à même, « depuis plus de \ 5 ans de te placer convenablement et, cer« tes, à la révolution de Juillet, j'aurais pu faire beaucoup « pour.toi, moi, qui ai tant fait pour d'autres. Mais tu sais « trop combien tu as peu profité de ce que les maîtres et moi« même avons tenté de t'enseigner. Ne te plains donc pas de

— 189 — « ton sort ; tu l'as fait ce qu'il est. Si j'avais écouté tes parens « de Përonnc, je ne t'aurais envoyé aucun secours. Hélas ! je a serai pjut-être bientôt forcé de suivre enfin leur conseil ; « car si tu lis les journaux français, tu as dû voir que j'ai fait « des pertes. Kilos réduisent mon petit-revenu de moitié. « Pour vivre, il me faut quiller^Paris, et je vais nVinstalIcr à « Fontainebleau, avec ma tante .Merlot et Judith qui, tu le .« -saisine peuvent se passer de mon secours. Je compte pou« voir là, à force diéconouiie, suffire à notre existence com« mime. Faut-il que pour assurer :<la tienne, nous trois qui « sommes vieux et dont les besoins augmentent avec l'âge, •« nous soyons obligés de nous imposer de nouvelles priva « lions ! Kt toi, àîJti ans, lu n'as pas assez do coeur pour te « mettre au travail et cesser de m'être à charge. 11faudra « bien pourtant mic*tu finisses par pourvoir toi-même à ton •« existence, car dans peu de temps sans doute, je serai obli« gé de diminuer d'abord la pension que jeté fais ; puis de la « supprimer peut-être tout-à-fait. Je t'en préviens d'avance, « pour (pie.tu prennes tes précautions. -Ali l s'il en est temps « encore, corrige ta vie. Les renseignements que M. de « Rontaunay me donne sur ton compte meilaissent peu d'es« poir .à cet égard. Comme jc<ne te<crois pas méchant, l'idée .« d'être à charge à des gens qui ont*i peu, te fera peut-être « réfléchir et.pourra toucher ton coeur. Tu penseras, je me « plais encore à le supposer, qu'il est temps que tu te monte très homme et te crées une existence honorable, et indé.« pendante. Situ ne peux réparer les années perdues, au « moins peux-tu encore reconquérir d'estime des honnêtes « gens et l'amitié de ceux qui' n'ont cessé de s'intéressera u toi. Hougisdela vie passée et si l'on m'a exagéré tes failli tes, prouve le par une conduite qui ne donne plus le moinK dre motif aux plaintes des autres et aux miennes. « Judith est toujours ^souffrante; ma tante Merlot s'aflais« sebeaucoup, et moi, je suis assez souvent indisposé. « Adieu : porte toi bien ; travaille et donne moi de tes nou« velles. Elles seront bien reçues, si elles m'apprennent que « tu te réformes. « Ilérnngcr.

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« bien longlems. .lavais pourtant chargé M. Diifour, ton « ami, du tefaii\î passer la réponse à celle qu'il m'avait apw portée de toi ou tu ino demandais de l'argent. Je t'y disais « qu'après le mauvais usage que tu avais tait du produit de ta « pacotille, qui, selon M. Cousin, l'avait rapporte de l«>à « 18,000 IV.et la perte d'une place de 2.000 fr. que je l'avais <: procurée auprès de M. Avanzini, je n'avais plus cru devoir « entretenir de relations avectoi, .puisque lu continuais de te « mal conduire. J'ajoutais qu'avant appris l'état de misère où « lu étais tombé par ta faute, j'avais cependant prié M. de « Rontaunay, dès 1829, cinq ans à peine après ton départ de « Paris, de te faire une avance de 1,000 francs par an. C'est « lorsque j'avais entre les mains tes reeus'dc 4 ans et lés let« très de change acquittées que lu m'écrivais pour te peindre « dans un état de détresse extrême. Je fis voir lés reçus et les « traites à M. Dufour-, quia pu juger de l'emploi que tu faite sais de l'argent qu'on te remettait ou des fournitures qui « t'étaient faites. Ainsi lorsque je m:épuise pour subvenir à « tes besoins, la seule marque de souvenir-que tu me donnes « est la peinture aflVeuse d'une situation qui est ton ouvrage. « A ton âge, ne te suffit-il pas d'avoir à-rougir, non-seule« ment de mes secours, mais de l'oisiveté ou tu vis ? avec le « désir d'en trouver on a toujours du travail, surtout quand « on a déjà du pain assuré. Puis, quand on se rend capable, « le travail vient vous trouver de lui-même. Si tuasàsouf« frir de la situation actuelle de la Colonie, à qui t'-cn prendre « encore? En 1824, je voulais pour te retenir à Paris et t'y « établir, te faire apprendre l'épicerie; tu t'y es refusé. « J'avais des amis aux États-unis ; je te proposai de le recom« mander à eux: tu as préféré Bourbon, dont le climat et les « vices avaient déjà dégradé ta santé. D'après les soins qu'on « avait pris de ton éducation, si tu avais voulu seulement ap« prendre un peu d'orthographe et de calcul, j'ai été à même, « depuis plus de 15 ans de te placer convenablement et, cer( tes, à la révolution de Juillet, j'aurais pu faire beaucoup « peur.toi, moi, qui ai tant fait pour d'autres. Mais tu sais « trop combien tu as peu profité de ce que les maîtres et moi« même avons tente de t'enseigner. Ne te plains donc pas de

— 189 — « ton sort ; tu l'as fait ce qu'il est. Si j'avais écouté tes païens « de Peronne, je ne t'aurais envoyé aucun secours. Hélas î je « serai pjut-ôlre bientôt forcé de suivre entin leur conseil; « car si tu lis les journaux français, lu as dû voir que j'ai fait « des perles. Kilos réduisent mon petit revenu de moitié. « Pour vivre, il me faut quittei^Paris, et je vais m'installer à ><Fontainebleau, avec ma tante Merlot et Judith qui, tu le « saisine peuvent se passer de mon secours. Je compte ponte voir là, à force d':économie, suffire à notre existence eom« mune. Faut-il que pour assurer ;la tienne, nous trois qui « sommes vieux et dont les besoins augmentent avec l'âge, « nous soyons obligés de nous imposer de nouvelles privait lions ! El toi, à 30 ans,.'tu n'as pas assez de coeur pour te « mettre au travail et cesser de m'être à charge. 11faudra « bien pourtant que-tu finisses par pourvoir toi-même à ton « existence, car dans peu de temps sans doute, je serai obli« gé de diminuer d'abord la pension que jeté fais; puis de la h supprimer peut-être tout-à-fait. Je t'en préviens d'avance, « pour (pie.tu prennes tes précautions. Ali! s'il en est temps « encore, corrige la vie. Les renseignements que M. de .« Rontaunay me donne sur ton compte meUaisserit peu d'es« poir à cet.égard. Comme je<-no tc<crois pas méchant, l'idée « d'être à charge à des gens qui ontsi peu, te fera peut-être « réfléchir et pourra toucher ton coeur. Tu penseras, je me « plais encore à le supposer, qu'il est temps que tu te mon« ;tres homme et te crées une existence honorable, et indexe pendante. Situ ne peux réparer les années perdues, au « moins peux-tu encore reconquérir d'estime des honnêtes « gens et l'amitié de ceux qui n'ont cessé de s'intéressera ft toi. Rougis de ta vie passée et si l'on m'a exagéré tes failli tes, prouve le par une conduite qui ne donne plus le moin« dre motif aux plaintes des autres et aux miennes. « Judith est toujours :souffrante; ma tante Merlot s'aflais« sebeaucoup, et moi, je suis assez souvent indisposé. « Adieu : porte toi bien ; travaille et donne moi de tes nou« velles. Elles seront bien reçues, si elles m'apprennent que « tu te réformes. « Hérauger.

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« M. de Uontaunay vient de m'emover ton reçu de deux cents piastres, pour l'année l H',\i, et je viens de payer mille francs sur truite, à M. Yves et O correspondant de M. de Dontaunay, pour l'année de ta pension à courir en I S;{0. Tu vois que je suis en avance, pour qu'on ne soit pas en retard avec loi. » „ Cette lettre est la meilleure réponse à faire aux détracteurs de celle gloire si pure et si saine de notre vieux Déranger. — Le grand poète, le vrai démocrate, le bon citoyen, le philosophe, le coeur même de père n'ont rien à perdre à ces révélations tardives. Il est une chose qui frappe tout d'abord à cette lecture. Jamais Déranger ne prononce ce,mot : mon fils. La terminaison si naturelle de toute lettre de cette nature « Ton père et ami » ne se trouve pas à la fin de celle-ci. Et cependai.t qu'il est facile de reconnaître le père à la tendresse sévère qui règne dans toute cette lettre ! Qu'on a bien sous les yeux la de l'ami, rien qu'à cette sollicitude à veiller aux (H'évoyance )esoins de l'être aimé, alors môme qu'il se montre si peu digne de l'intérêt qu'on lui témoigne !..Que cette correspondance révèle de pénibles souffrances !.. .Et surtout les plus tristes de toutes, celles qu'on ne peut avouer devant les hommes, dont on rougit comme (Kune mauvaise action devant celui-là même qui est l'objet de notre affection, et que par pudeur on n'ose pas nommer « son fils ! » Qu'il y a loin du coeur de ce Déranger s'imposant les privations les plus pénibles, jusqu'à la plus extrême vieillesse, pour subvenir aux besoins d'un fils, résultat des erreurs et îles oublis de sa jeunnesse, qu'il y a loin du coeur de cet homme f impie, bon, affectueux et dévoué à celui du philosophe de Genève mettant froidement et par système ses fils aux enfants trouvés!... Que de fois n'avons-nous pas entendu émettre devant nous et par des hommes graves, épris cependant d'admiration pour le poète, l'opinion suivante que, pour ma part, j'ai toujours trouvée trop sévère et par conséquent injuste. Il est malheureux, disent-ils, que Déranger, malgré tout son génie, n!ait jamais dans ses vers chanté les joies intimes du foyer,

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ni les douceurs de la famille. Les affections de père, les tendresses dj fils, ees sentiments qui sont eomme le prélude in dispensable de l'éducation eiviquede celui qui doit être plus tard dans la vie l'homme de la cité, le fils de la patrie, le frère de tous ses semblables, tout cela semble étranger à Déranger, C'est un malheur, ajoule-t-on, et la cause en est dans ce seul mot: il était célibataire. Il n'a jamais pu connaître les saintes joies delà famille, ni remplir les austères devoirs du père. Voilà cj que j'ai maintes fois mtendu soutenir; je laisse décote maintenant les plates attaques dont il est et sera toujours le point de mire delà part de cette opinion dite religieuse qui dei nièreement encore a fait contre notre poète national celle levée de boucliers qui a soulevé d'indignation le coeur de la France entière. Cette secte avait jeté déjà l'insulte et la boue à la statue de Molière ; Déranger ne devait pas être épargné. La voix des insulteurs publics n'a jamais manqué aux triomphes des Victorieux! — La meilleure réponseà faire aux détracteurs de Béranger serait de les renvoyer à la lecture de cette lettre où sont consignées les privations de sa vieillesse et les charges de son foyer si modeste et pourtant si digne aux jours de l'infortune. Il me reste maintenant à dire quelle était la mère de cet enftmt ? Paron était-il le fils de Mllc Judith, la bonne vieille du chansonnier, celle dont Lamartine parle avec tant d'éloges, dans un des chapitres de ses Entretiens familiers ? Voici comment je me renseignai à cet égard. Lorsque l'Éditeur Perrotin, l'exécuteur testamentaire de Déranger annonça la publication de la correspondance inédite du Poète, il fit appel par la voie des journaux de Paris à tous les porteurs d'autographes de Déranger. Je m'empressai alors de lui envoyer copie de la lettre en ma possession, et je transmis en môme temps à l'éditeur quelques détails sur l'existence et la mort à Saint-Paul de ce fils de Béranger. M. Perrotin me répondit une lettre des plus gracieuses pour me remercier de ma communication, et me transmit à son tour d'autres détails sur cet enfant. Voici un passage (pie j'extrais de sa correspondance. Il est relatif à Lucien.

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u L'épisode de la vie <k' Lucien Paron n'osl plus inconnu « depuis que ma biographie, comme vous le dites, a commence « à soulever lu \oile. Il va être mis eu lumière par la publication « de la corresjiondance. « Aucune des parties de la..vie de Hérangcr n'est plus honore rable et tout ce que vous en dites est excellemment pensé et « dit Vos renseignements nous ont tait un grand.plaisir « et nous ne pouvons (pie vous demander, puisque \ous êtes si u aimable de vouloir bien leur donner plus d'extension. J'ai « trouvé le brouillon de cette lettre dans les papiers conservés « par Hérangcr ; il y avail aussi quelques autres brouillons de <( diverses dates et jusqu'il des devoirs de grammaire en caco« graphie rédigés pour Lucien enfant. Tout cela est bien c<curieux, « Lucien était lils d'une nommée Adélaïde Paron morte à « la (in de 1812 et très-vilaine femme; Hérangcr n'était même « pas bien sûr que l'enfant fut de lui; mais ce que vous dites « de la ressemblance montre qu'il se trompait. « Parmi les fragments, je trouve un papier qui a pour ente tète: « Autorisation donnée par moi à M. de Rontawiay ha« bitant de l'Ile de Bourbon. » et qui est daté du 5 novembre « 1828. « Vous pouvez nous aidera éclairer, a enrichir et a annoter « cette partie de la correspondance. Je compte même sur vous, « puisque vous nous en donnez le droit. Je serai heureux do « dire à qui je dois ces renseignements et de consacrer ainsi « votre nom dans cette publication si importante... » M. de ilontaunay ne put, après avoir fait consulter les papiers et archives de sa maison, trouver trace de la pièce dont parle iM. Perrotin. Cependant il fil appel à ses souvenirs personnels et ce que je vais raconter, je le tiens de lui : En 1828, M. de Rontaunay, déjà riche et à la tète d'une belle fortune, se trouvait en France à faire un voyage d'agrément. Béranger était alors sous les verroux de la Restauration. La jeunesse française tout entière était attentive à cette lutte de la famille des Bourbons contre les idées de la France moderne, représentées pour le moment parle Poète national dont elle répétait avec enthousiasme les refrains immortels; elle venait pleine d'élans généreux comme elle en a toujours

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se suspendra aux barreaux île la Prison pour porter nu poêle de nos malheurs les bravos delà Franceel les remerciements de la Patrie. M. de Ronlaunay suivit comme la jeune et ardente génération d'alors le courant qui portait vers Réranger, devenu l'hommede la situation. 11sollicita l'honneur d'être présenté à l'illustre captif. Héranger le reçut dans sa prison et des relations s'établirent entre eux à partir dece moment, M. de Rontaunay fit à liéranger des offres de service ( Réi anger le consigne dans sa correspondance) et c'est alors que le Chansonnier apprennantque M. deRontaunay, négociant à l'Ile Hourbon, allait bientôt revenir dans cette colonie son pays d'adoption, songea à lui donner l'autorisation de payer à son fils Lucien Paron la pension de mille francs dont nous avons parlé [dus haut. Dès 182e.),Lucien loucha cette somme qui lui fut annuellement versée jusqu'à sa mort. (yest sans doute à ce détail que fait allusion cet Kn-tète, mis au haut d'une feuille de papier, et retrouvé par M. Perrotin dans les liasses de la correspondance de Réranger : « Autorisation donnée par moi à M. de Rontaunay habitant de llle Bourbon et au dessous, la date du 3 novembre 1828. Celte autorisation verbale ou écrite avait trait à la pension de Paron. M. de Rontaunay m'a fait savoir en outre qu'il avait entretenu une longue correspondance avec Réranger au sujet de ce fils. Aussi après d'assez longues recherches qu il fit faire dans les dossiers de sescorrespondances diverses , je fus assez heureux pour mettre la main sur deux autres autographes de Réranger. Je vais donc les reproduire ici in-extenso. Je profile de cette circonstance pour remercier M. deRontaunay de l'obligeant et gracieux empressement qu'il a mis à ordonner ces recherches et à seconder mes désirs. Ces deux lettres de Réranger sont certainement dépourvues d'intérêt au point de vue politique et littéraire; mais elles auront toujours l'attrait qui s'attache à tout ce qui est sorti d'une plume comme celle de Réranger, écrivant sous la dictée d'un coeur comme celui du Chansonnier, alors que ce

— IÏU coeur déborde île reconnaissance pour les attentions les plus simples, ou les services rendus de quelque minime importance qu'ils puissent être. On verra à cette lecture combien il csl llnUoiu*pour M. de Hontaunay d'avoir inspiré à Déranger des sentiments comme ceux qui respuenl dans celte correspondance, sentiments dont lerpression chaleureuse doit être pour lui un sujet de légitime orgueil, Voici celte lettre qui trouvera sa place dan? la correspondance inédite en voie de publication: on y verra avec, quelle tendresse de père, Béranger veille aux moindres détails concernant l'existence de l'infortuné Lucien. A Monsieur de Hontaunay, négociant, à l'Ile de Bourbon. Ier Mars 1840. Monsieur, « J'ai a vous remcrcier/lepuis longtemps des détails que vous avez bien voulu me donner sur votre situation actuelle. Vous devez être lier d'avoir réussi à vaincre tant d'obstacles h force de courage, de raison et de peine. D'après le narré (pie vous me faites, je ne m'étonne pas de la considération dont vous jouissez. Trop heureux le pays qui compterait beaucoup de citoyens pareils! puissiez-vous achever paisiblement l'édifice de votre restauration commerciale. Je vous dirai que sur les menaces de guerre qui nous ont été faites, j'ai sur le champ pensé h vous, Monsieur, & me suis demande s'il n'y avait pas là pour vous de grandes craintes à concevoir, ainsi que pour tout le commerce de Bourbon. L'humeur guerroyante s'est calmée: espérons que lapais durera assez pour consolider les avantages de vos sages entreprises, digne récompense de votre noble conduite. « M. Barbaroux (!) ayant eu la honte de m'écrirc au triste sujet que vous ne connaissez que trop, je lui réponds et le prie de vous remettre cette lettre. J'ai a le remercier des renseignemeus qu'il a fait prendre sur Paron, tout affligeans qu'ils sont. Je le prie, en même lems, de voir avec vous, Monsieur, dont la complaisance pour moi csl si grande et si durable, s'il ne serait pas nécessaire dans certains cas, d'ajouter de deux à trois cents francs par an aux mille francs que je fais déjà à Paron. Il n'en faudrait pas faire une règle, mais se servir de celle ressource pour les circonstances pénibles où l'horrible vice de Paron pour. et (!) AlorsProcureurGénéralà l'Ile-Bourbon aujourd'huiSénateur.

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r.iil lo faire tomber. Il serait bon alors de le lui donner comme avance non autorisée cl d'en tenir un reçu en votre nom, pour qu'il crût à une délie contractée envers vous. Je sais, en vous demandant tout cela, que j'abuse de votre extrême obligeance, mais, Monsieur, c'est par charité pour un pauvre insensé cl votre ciiMirdoit,être accessible a de pareils sentiments. « Je vous ai dit nie j'avais assuré par mon testament une existence à Paroi», el qu'en même temps, j'ai constaté votre droit à des réclamations, si je venais a mourir avant l'échéance d'une de vos traites sur moi. Je dois ajouter que l'un de mes exécuteurs testamentaires est M. lîéjoï, celui de mes amis qui est en rapport avec M. Yves pour le paiement de ces traites. Pour les sommes dont les circonstances grave.-;dont je viens déparier pourraient motiver l'avance, je joins ici une nouvelle obligation, qui, si vous la jugiez insuflisante, pourrail-être refaite a votre gré. Pour les petites traites qu'elle ferait l'aire, je vous prierais seulement de remettre à 15 jours de vue, pour me donner le tems d'y pourvoir. « Au reste, Monsieur, vous causerez de cela avec votre digue ami M. Barbaronx, el si quelque chose faisait obstacle, il pourra vous éviter de m'en écrire, en se chargeant lui-même de m'éclairersur la marche a suivre, ainsi que j'ose l'espérer de sa bonté. Mais c'csl vous, Monsieur, que je charge de mes remercicmens pour M. Salèles (!) qui veut bien continuer ses soins au malheureux Paron. « Combien ne vous do:s-je pas d'excuses de Ions les embarras que je vous cause, cl du tems que je vole ainsi à vos occupations multipliées; unis vous m'avez appris a compter sur voire obligeance, cl si j'en use trop largement, ne vous en prenez qu'au ton affectueux de vos lettres et peut-être aussi à l'idée que j'ai que vous croyez a toute ma reconnaissance. a Hecevez en les nouveaux témoignages, Monsieur, et l'assurance de l'estime la plus profonde. Votre dévoué, « Kéranger. » La lettre qu'on va lire maintenant est la réponse à celle que lui adressait M. de Rontaunay en lui apprenant la tin malheureuse du pauvre Pavon. A côté de la douleur contenue du élans de père., on y remarquera cette effusion du coeur et ces — * — ., était a cette époquei!aiie de la \il!ede St-l'aul. (1) M.Salèles 20

— 190 reconnaissance qu'il éprouve pour tous ceux dont il se ".lige encore l'obligé. A Monsieur <le Uontaunay, négociant, à l'Ile de lïourbou. Passy, près Paris, rue Vineuse N° !•'>, 20 Août 18il. Monsieur, « La triste nouvelle que vous m'apprenez. m'auTige.pjusqu'elle ne nie surprenuM'existcnec que menait ce malheureux Paron, ne pouvait qu'amener une fin prématuré*?, l'aut-il que sa vie ait été telle qu'elle diminue do be mcoup les regrets qi;e sa mort si misérable doit me causer. C'est lorsque je vous écrivais, Monsieur, pour vous témoigner ma reconnaissance de toutes vos bontés, et pour augmenter la pension de Paron, dont l'âge ne permettait plus d'e>pérer l'amendement, qu'il terminait sa courte et inutile carrière. Peu det:ms, sans doute, après le départ de votre lettre,vous et M. Uarbaroux, aurez reçu les deux miennes, en réponse aux renseignements que votre excellent magistrat; m'avait lait parvenir. Arrivées plus tùt, ces lettres n'auraient pas remédié au mal, et peut-être un peu d'argent de plus eût-il été une source de nouveaux excès. J'en gémissais en vous écrivant, et ne pouvais m empêcher de penser a toutes les chances heureuses que ce malheureux homme avait eues, sans avoir jamais voulu proiiter d'aucune. Mais, Monsieur, c'est trop vous entretenir d'un si douloureux sujet pour moi; il cou vient mieux de vous remercier de toute l'obligeance dont vous faites preuve a mon égard depuis longtemps. Voilà plus de douze ans, Monsieur, que vous êtes venu me trouver dans ma prison pour m'ofirir vos services, et depuis lors cette obligeance ne s'est jamais ralentie, malgré tous les embarras que je vous ai causés, vous avez même perdu avec moi, car je reconnais que le calcul des intérêts de l'argent avancé par vous était en ma faveur, et j'aurais été bienheureux, si j'avais pu trouver un moyen de vous en témoigner ma gratitude. M. lïéjot, mon ami, qui pour notre affaire, s'est mis en relations avec M. Poulet, (car je suis en Normandie dans ce moment,) m'écrit qu'il a vainement sollicite ce Monsieur de lui indiquer quelque chose à faire qui pût vous être agréable, et qu'il a reçu pour réponse que vous

— Ii)7 n'accepteriez aucune coiiipoiisation ;iu\ sacrifices que vous aviez pu taire. A peine voulait-ii recevoir le prix des poils de vos dernières dépêches qui cependant s'élevaient à 11 francs. Je reste votre obligé, Monsieur, nuis vous êtes de.ces nobles caractères envers qui cela ne coûte pas. On est fier d'avoir inspiré île la bienveillance à des homme:* tels que vous. Votre lettre suffirait pour me le prouver. Vous m'avez mis assez an courant de vos affaires, pour que j'admire tant de courage uni à tant de probité, (iràce au Ciel, Monsieur, vous voila rentré au port, dont vous avaient écarté momentanément des malheurs qui n'étaient pas votre ouvrage. Puisse le sort vous être désormais constamment favorable! Vous méritez bien de jouir en paix du fruit de tant de travaux; et ii est nécessaire qu'un si bel exemple encourage ceux qui, dans la carrière que vous suivez, se laissent trop souvent séduire par les exemples contraires, si communs dans les temp-i où nous vivons. J'espère, Monsieur, que de temps à autre vous voudrez bien vous rappeler qu'il existe en France un homme a qui la reconnaissance rendra chères les nouvelles que vous lui donnerez de votre santé & des succès de vos entreprises. /> « Ayez la bonté de faire nies remerciements a M. Salèles pour les peines qu'il n'a cessé de prendre no.» plus, a votre recommandation, il est vrai, mais qui ne m'en tiennent pas moins obligé a son égard. Assurez-le, je vous prie, Monsieur, que je sens tout ce dont je lui suis redevable. » « J'ai déjà remercié M. Barbaroux pour la peine qu'il avait bien voulu prendre. Réitérez-lui mes remerciements et rappelezmoi ii son bon souvenir. » « Je ne puis trop me louer en finissant des faciles relations que MM. Poulet & Yves avaient bien voulu établir avec moi et avec l'ami qui se charge de mes affaires. Vous voyez, Monsieur, que tout ce qui tenait a vous s'est plu a m'obliger; c'est vous dire à qui j'en reporte le mérite. » « Croyez, à ta sincérité des sentiments que je viens de vous exprimer, comme aux voeux que je fais pour votre bonheur; si vous revenez en France et que ma vie se prolonge jusque la, il me sera bien doux de vous assurer de la considération particulière et affectueuse, avec laquelle j'ai l'honneur d'être, Monsieur, » Votre tout dévoué, Ucrnnger.

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Ce dernier voeu de lîéranger n'a pas été accompli. « Si « vous revenez en France , et que ma vie se prolonge jusque « /(/ // nie sera bien doux de vous assurer etc. La vieux poète est mort avant d'avoir eu ce plaisir et M. do Rontaunay, pour le bonheur duquel il faisait dH l'année 18 VI de* voeuxsi ardents, achève son honorable carrière au milieu de nous, au sein d'occupations multiples que lui crée le vaste courant d'atlaires de sa maison de commerce, qu'il dirige avec I énergie et l activité d un autre âge. II peut en relisant ces paroles flatteuses que lui a adressées notre vieux Chansonnier se contenter delà part heureuse que la Destinée lui a laiîe ici bas î.. « Vous m'avez misasse/, au courant de vos alVaires pour « (pie j'admire tant de courage uni à tant de probité ! Grâce « au ciel , Monsieur, vous voila rentré au port dont vous « avaient écarté momentanément des malheurs qui n'étaient « pas votre ouvrage. « Puisse le sort vous être désormais constamment favora« ble ! Vous méritez bien de jouir en paix.du fruit de tant de « travaux ; et il est nécessaire qu'un si bel exemple encou« rage ceux qui dans la carrière que vous suivez, se laissent « trop souvent séduire par les exemples contraires, si com« niuns dans les temps où nous vivons !... » Tels sont les faits que nous avons recueillis ici concernant le tils naturel de Béranger et nous ajouterons pour conclure ce quenousdisions en commençant : que la mémoire deBéranger n'aura rien à perdre à ces révélations de certains laits ignorés de sa vie intime. Ensuite pour qu'on ne se méprenne point sur le but qui m'a conduit à raconter les souffrances de sa vieillesse et ses chagrins de père , je dois déclarer que personne ne professe une vénération plus profonde pour ce nom, personne plus que moi n'entoure cette mémoire d'un respect plus filial. Et faut-il s'étonner de la grande popularité qui a entouré cet homme pendant le cours de sa vie , popularité immense qui n'a jamais faibli un seul jour, qui l'a suivi au contraire imposante et fidèle jusqu'au seuil de ce tombeau où l'ont déposé un jour les bras d'un peuple entier accouru les

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yeux pleins de larmes, le coeur gonlîé de sanglots a as hipcrbns funérailles du Père de la Patrie !... Fa Popularité a accompagné jusqu'au bord de sa tornb*-' le Poète de la France et l'immortalité se chargera de perpétue'' son souvenir chez toutes les générations de l'avenir !... Kl en effet, sanspailer de l'admiration qu'inspire le poète, n'y a-t-il pas chez nous une sympathie profonde pour le Citoyen et le patriote nui, n'eùt-il pas été le Déranger de l'ode et de la Chanson,le Tyrlée inspiré des gloires et des malheurs de la France, serait encore le démocrate le plus sincère le républicain le plus pur que nous puissions citer avec orgueil, nous les enfartsdela France actuelle. Voila notre maître à tous . notre père et notre modèle à la fois. Béranger a dit dans un endroit île « Ma li'KHjruphk1, •• qu'il était heureux de mourir au milieu de cette France moderne, parce qu'il sentait tpie la jeune génération qui allait en • sevelir sa dépouille vénérée était meilleure que celle qui l'avait précédée. Si ce coirpliment pour la génération actuelle n'est pas une illusion de sa vieillesse ou une tendresse trop aveugle d'un coeur de père trop bienveillant, l'exemple de sa vie si digne n'aura pas été et ne sera pas pour peu dans l'éducation inorale et politique de la jeune Démocratie française. Son exemple sera pour nous, les fils et petits (ils de ses idées, celui qu'il faudra sans cesse s'cftbrcer d'imiter. Ft si dans nos jours (le tristes déchéances morales, au scinde notre société ci vile et politique si profondément bouleversée, il nous a été donné de voir avec douleur des hommes qu'avait appris à respecter notre jeunesse, renier les dogmes qu'ils avaient inculqués à notre enfance, aller porter au pied d'idoles élrangcrcs leur hommage et leur encens, il est sain d'avoir à mettre sous les yeux de la jeune génération qui s'( lève l'exemple d'une vie pareille. Comme poète,Déranger vivra autant que la France, et tant que la France sera une nation,elle chantera les vers qu'il a burinés en célébrant nos malheurs. Le soldat redira partout la gloire de son drapeau et Déranger, comme le Tasse .aura disparu depuis longtemps que sa poésie sera redite par toute la Vrance:comme les gondolieis de Venise répètent le soir aux

— 200 — échos des lagunes les vers du poêle dont ils ne connaissent mémo plus le nom. Comme homme politique, il a droit à I estime de toutes les opinions et il y a droit parce que par nos temps de bassesse et de servilismc il a eu le rare mérite d'être un caractère. Béranger a su résister à toutes les séductions, à toutes les caresses du pouvoir , il a su par là garder pures en son âme ces deux vierges immaculées île la conscience humaine, la Probité et l'Indépendance. Toute sa vie peut se résumer en quelques mots: comme poète il a doté son pays de chefs-d'oeuvre., comme citoyen et comme homme politique il n'a demandé à Dieu et n'a réclamé des hommes que deux choses : pour sa boutonnière une simple fleur, et pour la France, la Liberté! J. H. Il AU HAÏ.

FABLES

ET

POÉSIES

LÉGÈRES

de M. ETIENNE AZÉMA. I. La Musj Grcota a les droits les plus légitimes à nos déférences comme à nos respects. Autrefois, en ce bon temps de sincérité, les poètes étaient les mieux aimés entre les hommes. Aux banquets d'Homëre, ils avaient les premières places, la plus belle coupe, les prémices des agneaux. Comment n'eut-on-point vénéré ces temples vivants qui portaient un Dieu dans leur sein? Ils sanctifiaient le seuil que leur sandale avait touché. Lorsqu'ils allaient s'asseoir à quelque foyer, on brûlait le cèdre et l'aloèspour parfumer la llammequi les réchauffait. La jeune fille venait verser l'eau sur leurs pieds et les essuyer avec le lin. On les écoutait comme les prêtres, et lorsqu'ils se levaient on les accompagnai! respectueusement, comme des hôtes qui avaient laissé la bénédiction des Dieux dans la maison. Nous sommes un peu des temps antiques dans notre admiration pour les poètes. Ils ont la première place à notre foyer, et nous les accompagnons le plus loin qu'il nous est possible de les suivre. Aussi bien, la Muse Créole ne doit peint demeurer ensevelie dans les livres, sous ces pages tumulaires, que feuillette le doigt distrait, et rester voilée comme la statue d'Isis. Le poète dont je m'occupe aujourd'hui s'était, il est vrai, de lui-même, et par tempérament, réfugié dans la solitude; il avait toujours été pieux pour la poésie, il avait travaillé sérieusement, consciencieusement, loin des petits bruits, des petites querelles, des petites coteries. Celui-là, à coup sûr, ne pouvait être né pour cette poésie audacieuse qui re-

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traej les grandes actions d.j la vie humaine, mais il avait quelques- droits à cette poésie plus douce, plus tempérée, qui peint les passions tendres et mystérieuses du coeur. Consacrons quelques instants à l'examen des oeuvres qu'il nous a laissées, et nous reconnaîtrons sans peine qu'il a en eHet conquis sa place parmi les écrivains qui méritent d'être lus, et qu'on relit avec plaisir: 11 Comme ses prédécesseurs, et souvent ses modèles Paruy et lîertin, M. François-Paul-Etienne Azéma naquit à l'Ile Bourbon le 15 Janvier 1778,. Il était fils de bonne maison ; mais sa mère avait cru devoir l'élever, comme le voulaient les moeurs d'alors, durement, pauvrement, dans la poussière cl .sous les soleils ardents du climat des Tropiques. El l'enfant allait ainsi a travers nos habitations, aspirant par tous les pores cette atmosphère vigoureuse et purifiée des colonies, où tlottent les âmes des végétaux,où passent sans cesse les rayons dune lumière féconde. Il suçait le second; lait de vie sur le sein de la nature, cette mère commune dont le chaste et austère sourire fait passer une autre àmedans nos âmes. Ce sera (a profondeur chez les philosophes ; ce sera la rêverie chez les poètes. Seul, au milieu des champs de girofliers et de caféiers, (les lilaos, n'existaient pas alors dans la colonie) le candide enfant respirait,dans les brises du soir,les vagues senteurs de nos habitations parfumées. Il se sentait déjà pris de défaillances inconnues, d'inquiétudes sans cause, de pensées étranges que l'inexpérience de son coeur ne savait comment exprimer et qu'il regardait comme des 'souHtanccs. C'étaient des émotions qui devaient être un jour des poésies; ce n'étaient pas encore des hymnes, ce n'étaient que des rêves. M.Etienne Àzéma reçut une éducation Joute religieuse. Il apprit la piété en même temps que la tendresse, au foyer domestique, et alla doucement à Dieu, conduit parla main de sa mère. La Religion apparut ainsi à sa jeune intelligence à traversée sourire d'inépuisable amour. Il reçut l'insufflation religieuse des lèvres d'une mère, Jes plus aiinantes, les plus

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parfumées d'onction chrétienne. Cette jeune âme pure et affectueuse croyait par le coeur comme les plus doux et les plus angéliques anachorètes des premiers âges. Cela lui suffisait; plus tard cela ne lui suffira plus. Knvoyéen France, jeune encore, il fut placé dans la florissante école de Sorrèze, célèbre abbaye des Bénédictins, bâtie sur le bord du ruisseau dont elle a pris le nom. Là, il puisa <es principes arrêtés de morale, qui lui furent si profitables dans le cours de sa longue carrière. Il quitta les bancs, nourri de la littérature des deux antiquités, dont il devait plus tard imiter et la grâce et le naturel. . De retour dans sa famille, dans sa ville natale, à l'âge de 21 ans, le premier idéal du jeune homme furent le Christianisme, la famille et la nature. Ses croyances étaient traditionnelles, pleines d'affection, de respect envers le passé. Il se contenta de demandera ses solitudes, aux champs aimés de .son enfance, des formes, des émotions, des images inconnues. Il retrempa la poésie à sa véritable source. C était un jeune lévite élevé à l'ombre du temple, sous la robe de lin. Ses mains bénies n'avaient encore touché que le pain, le vin et le sel des sacrifices; Tousses hymnes étaient comme imprégnés des douces évaporations de l'encens. Il adorait et priait ; et si quelquefois le doute bouillonnait dans ce coeur trop ardent et s'extravasait sur les dalles du parvis en plaintes trop vives, ces révoltes fréquentes, mais bientôt comprimées, ne semblaient éclore que pour donner plus de gloire à la soumission. III Les oeuvres de M; Etienne Àzéma se composent de pièces qui différent et de forme et do sujets. Un recueil de fables , une traduction des Eglogues de Yirmlc, quelques imitations de Tibulle, de charmantes poésies légères : voilà le bagage littéraire que M. Àzéma livra au vent de la publicité en 1832. On s'est plu trop souvent, à faire de l'apologue un instrument à l'usage de nos petites passions, de nos petites rancunes politiques. Sous le nom de fables, on nous adonné des épigrarnmes, des satires plus ou moins heureuses , 27

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plus ou moins spirituelles de telle sorte que la fable a dévié de sa mission naturelle, qui est d'orner et d'embellir les grandes leçons d'une morale immuable et éternelle. La fable est cependant une fille de l'Orient, où il est dangereux de donner des leçons aux grands. Rien ne futdonc plus ingénieux que l'idée de renfermer des principes de morale et une Une critique des hommes et des gouvernements dans de petits drames, dont les animaux devenaient les acteurs et qui, sous une enveloppe frivole'ou apparence., cachaient d'utiles vérités et persuadaient mieux que des dogmes sérieux. Mahomet qui devait faire servir à sa religion tout ce qui pouvait la rendre respectable aux hommes, accueillit, comme avaient fait ses devanciers, les apologues de Lokman, dont il fit môme l'éloge dans le Coran. Les fables ?<erouvaient de la sorte mêlées aux croyances de l'Asie. t Esope chez-les Grecs s'empara dés poèmes de Lokman, et rendit populaires les enseignements que l'on ne puisait que dans les écoles savantes de la Grèce. Socrate sut apprécier la morale qui y était renfermée , et Platon trouvait les fables si utiles au commerce de la vie , qu'il voulait que les enfants les apprissent sur le rein mémo , .' . de leurs nourrices. Esope fut le seul poète qu'il admit dans sa république, (yest assurément rendre à l'apologue des honneurs qui nous semblent incroyables aujourd'hui. Ce genre de poésie passa des Grecs chez les Romains, leurs imitateurs : Phèdre en fut le plus élégant interprète. En France, il se personnifia pour ainsi parler dans Lafontaine et ne perdit pas de son importance morale. Il n'y a qu'à parcourir la série de fables admirables de ce grand poète pour voir avec quelle force de génie , quelle supériorité d'esprit et de raison, et surtout avec quelle maligne bonhomie il attaquait les vices et les ridicules de la cour de Louis XIV. Le grand mérite de M. Azéma, c'est de r. mener la fable à son véritable but et de lui rendre son style propre qui n'est ni celui de l'épigramme, ni celui de la satyre, et qui consiste dans un agréable mélange de bon sens et de naïveté, de bonhomie et de malice, de noblesse et de familiarité. Dans les

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fables de M. Azéma tout nous parait, être de bon goût, de bon style ; la poésie en est brillante et soignée , la narration bien tissue ; nous n'y voyons rien de recherché, •tout y est naturel. L'auteur semble avoir pris Florian pour modèle : il en approche souvent et l'égale quelquefois. Dans ses apologues, dont le but est toujours moral, on remarque cette teinte de douce philosophie et de sensibilité qui faisait le fond de l'aimable caractère du chantre de Sceaux, et qui donne à tous ses ouvrages un charme si attachant. Voici quelques fables de M. Azéma qui permettront d'apprécier le talent du fabuliste créole.

FABLE XXXIV. LA CANNE ET LA SARCELLE.

A MBSENFANTS Une jeune Sarcelle établit ses pénates Sur le bord d'un étang. Des restes d'un vieux nid Elle fit son palais ; et son bec et ses pattes Lui donnèrent bientôt et la chambre et le lit : Mais a moins que l'oiseau ne ponde, Que faire dans un nid ? le nôtre, dieu merci, N'y manqua pas, et mit au monde Douze oeufs dont il faisait sou plus tendre souci. La Sarcelle a l'essor, il avinl que l'orage Enfla Tonde ; et l'étang grossi Emporta le logis et le ménage aussi. Une Canne vit le naufrage. Elle saisit du bec l'arche flottant sur l'eau ; Et l'ayant traîné au rivage, Elle couva les oeufs trouvés dans un berceau.

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Les petits étrangers sortent de la coquille Et notre Canne dès l'abord Va promener dans l'eau la nombreuse famille. Lorsqu'on nageant tout près du bord Elle vit la pauvre Sarcelle Qui gémissait tout bas. Que pleurez-vous ? dit-elle Vous aurait-on fait du souci? — Je pleure, hélas! mes oeufs, douce et tendre espérant Que l'orage a, je crois, noyés dans mon absence. Sans lui je serais mère aussi. — Vos oeufs? et depuis quand, ma mie, Les avcz-voiis perdus? — Un mois passé déjà. — Pouvez-vous témoigner en quel lieu, vous 1 je prit. , Arriva ce malheur ? dans les joncs que voila. — Vous voyez vos petits .;je leur suis étrangère; Je les ai sauvés Et couvés — Pour les rendre un jour a leur mère. Prenez-les donc ; c'est voire bien, Je n'ai fait que leur donner l'être, Les perdant, j'en mourrai peut-être ; Mais je fais mon devoir. Adieu. Soignez-les bien, Kt la Canne, à ces mots, prend dans, l'air sa volée : Jetant par-ci par-là dés regards attendris Sur la famille désolée Qui appellail de loin avec des petits cris. Mes chers enfants, prenez ma Canne pour modèle. Le plaisir d'un bon coeur est de faire le bien. Propice aux malheureux, à la vertu fidèle, Il fait celui d'autrui même au dépens du sien.

— 207 FABLE XII. L'ES TOIL3S D'ARAIGNÉES.

J'ai lu, je ne sais où, que jadis dans la Grèce Des sages entre eux devisaient. Ils discouraient des lois; et leurs avis disaient Sur leur autorité, leur forces, leur" sagesse, Et leurs défauts, je pense, aussi. Anacharsis écoutait, sans rien dire. Quand'vint son tour, il se mil à sourire ; Puis il conta la fable que voici : Dans un champ, certaine araignée Avait tendu des fils si forts, si bien ourdis, Qu'elles auraient défié les gens les plus hardis D'y venir troubler sa lignée, Dans ces fils tombe un moucheron : Pour ses petits bonne pâture ; La fourmi vient, même aventure; Autant en fait le papillon. Comme ma toile est bien lissuc ! Disait notre filcusc ; elle est, je crois, d'airain; Sans mentir, quand d'Hercule on aurait la massue On l'entamerait bien en vain La dame eût mieux fait de se taire; Car aux portes de son logis Arrive une chauve-souris Qui vous enlève et la commère, Et les enfants et les tissus, Et le papillon par-dessus. Ces toiles sont vos lois : les fourbes les méprisent, Les faibles y sont pris, et les puissants les brisent,

— 208 — LES DEUX ENFANTS ET LA MONTRE-

Un enfant joli comme un coeur, Mais léger, étourdi, jouant avec sa soeur, Aperçut par hasard au logis de son père Une montre qui cheminait Et sonnait. Curieux il la considère ; Bientôt il entend : un, deux, trois. Ce bruit l'étonné ; il veut en savoir le mystère. - Voila qu'avec ses petits doigts Il la prend doucement, la porte a son oreille: Puis dit : Ma soeur, viens vite ; oh Sle charmant oiseau Qu'on a mis là-dedans; c'est qu'il chante a merveille. Qu'il doit-ètre gentil et beau ! La soeur vient, examine. Oh ! que nenni, mon frère, C'est bien une souris qui cause ce bruit-là. Prends-donc garde, elle te mordra. — Une souris ? Voyez!je gage le contraire. Cela dit, le marmot s'efforce de l'ouvrir. L'esprit tout plein de sa chimère, Il la tourne, retourne, et n'y peut réussir. Il faudra bien que l'oiseau sorte, Dit-il; et là-dessus, il s'en va, puis rapporte Un caillou qu'il choisit bien gros, bien arrondi ; Sur le parquet la Montre est mise; Le bras levé, voilà que mon jeune étourdi Lance aussitôt la pierre ; et la Montre se brise. Adieu roue et ressort ; tout n'est plus que débris. Nos bambins regardaient avec grande surprise ; Mais point d'oiseau ni de souris. Ces enfants curieux n'oflVent-ils pas l'image

— 209 — De nos esprits soi-disant forts, Qui du corps et de l'âme, inconcevable ouvrage, Veulent deviner les ressorts? Leur orgueil insensé va creusant les mystères Qu'ils ne peuvent pas concevoir. Le doute les accable ; et ces fous téméraires, Souvent dupes de leur savoir, Détruisent dans leurs coeurs, a force de chimères, Jusqu'au Dieu qui les fait mouvoir.

LES DEUX TAUREAUX ET L'ESCARGOT. Dans l'arène on faisait combattre Deux superbes Taureaux. Maint et maint spectateur Placé sur un amphithéâtre, Admirait les hauts faits de ce couple en fureur; Vous l'eussiez vu bondir de terre. L'oeil en feu, les naseaux fumants. L'un et l'autre croisaient leur corne meurtrière, Et s'entre-déchiraient les flancs. Pendant ce beau combat, dans un coin de l'arène, Un Escargot, s'émancipant, Sort de sa coquille, se traîne, Et droit h nos lutteurs se présente en rampant. » On cria: Place, place au héros de la fête! Contre ces fiers Taureaux il vient combattre ici. — Eh! pourquoi pas? répondit l'impertinente bêle, N'ai-jc pas des cornes aussi?

— 210 — À coup sûi', le style de M. Àzéma dans s:s fables est clair, précis, naturel; son vers aie ton élégant et harmonieux; sa phrase poétique est habilement cadencée. Il y a bien là de quoi nous dispenser des chicanes de détail. Venons maintenant à sa traduction des pastorales de Virgile. Suivant nous, lo premier devoir d'un traducteur, après celui d'être exact, c'est de respecter le génie de la langue dans laquelle il écrit. Reproduire exactement le caractère de l'auteur qu'on traduit, c'est une qualité qui demande une vocation toute spéciale. Voulez-vous que l'auteur dont vous entreprenez la traduction se ranime à votre voix, reprenne vie sous votre plume, se fcolore- sous votre pinceau de tout l'éclat de celle impérissable jeunesse qui brille au front des grands écrivains de l'antiquité? En appliquant votre intelligence à cette reproduction exacte d'un génie mort, d'un idiome éteint, voulez-vous garder la physionomie de votre langue nationale, préserver son originalité, ménager sa susceptibilité la plus délicate, imiter un modèle et rester vous môme, copier un portrait et créer une oeuvre de maître ? Tâchez de ressembler par l'esprit à votre modèle; du moins, parmi ces grands génies que l'antiquité nous a laissés, n'abordez que ceux pour «lesquels vous vous sentez quelque sympathie personnelle, ceux qui vous attirent, qui vous provoquent, qui vous passionnent, ceux en qui vous reconnaissez quelques-uns des traits de votre intelligente; ceux enfin avec l'âme desquels votre âme aquelquu parenté. M. Azéma aime certainement son auteur; mais je n'aperçois pas assez, dans sa traduction, celte vive union des coeurs, cette sympathie puissante, cet accord prédestiné qui me semble être la condition indispensable d'une bonne traduction. Il est vrai que, pour traduire un poète ancien, on est exposé à bien des déceptions et des mécomptes: on accepte volontairement un combat de tout point inégal. Le vers français, tout chargé d'entraves, n'est pas de force à soutenir la lutte avec le vers ancien, d'allure si dégagée et si libre. Le rythme lui manque, l'hémisticele gène, la rime l'appesantit. D'un .autre côté, notre idiome poétique n'a pas les ressources

— 211 — infinies elles inépuisables richesses de la poésie ancienne; en sorte que cette infériorité de la langue vient se joindre, dans la traduction en vers français, à l'impuissance de la prosodie. Essayer de traduire les anciens en Yers français, c'est donc tenter de couvrir l'héroïque harmonie du grand hexamètre avec le triste murmure de nos rimes monotones. Ce que nous disons ici de la traduction des Eglogues de Virgile par M. Azéma s'applique aussi bien à sa traduction des Elégies de ïibulle. Jo reconnais toutefois que M. Azéma a traduit ces deux inimitables poètes avec exactitude et scrupule. Traduire en vers est toujours une entreprise très hasardeuse: y réussir, c'est plus que du talent, c'est du bonheur. M. Azéma a été habile et heureux. IV M. Azéma fait mieux que d'expliquer et de justifier la poésie mythologique: il l'emploie avec beaucoup de talent dans Acis et Galathèe, délicieux tableaux que lui ont inspirés les tableaux de Parny. C'est un sentiment exquis encadré dans un charmant paysage, oii la vierge n'apparaît que cachée sous le plus pudique des voiles. Ces soupirs d'amant sur le lac, au bruit harmonieux des avirons, ces longues scènes d'enivrement passent comme la brise légère, mais laissent dans l'Ame du lecteur de douces et palpitantes émotions.

ACIS. L'Aurore de ses traits naissants, Blanchissait la mer de Sicile. Acis, sur la rive tranquille, Au doux sommeil livrait ses sens. Un songe descend dans son âme, Et sur la surface des eaux Lui fait voir une jeune femme Qui jouait au milieu dc&flots.

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La perle à son cou s'entrelace, Et sur son sein tombe avec grâce. Elle tient dans sa blanche main Une conque retentissante. Dans l'or de ses cheveux serpente Quelque feuille de jonc marin. Et l'éclat de sa tresse humide, Son teint rosé, ses yeux d'azur, Son visage riant et pur, Tout annonce une Néréide. D'Acis elle approche en secret, Murmure un mot à son oreille. Le songe fuit. Acis s'éveille, Et maudit le jour qui parait. L'esprit frappé de cet image, Il quitte son humble réduit, Et va s'asseoir sur le rivage Où ce vague objet le poursuit.

<;%rvn:i: Acis, que son rêve tourmente, Regarde en soupirant la mer. Une nymphe du flot amer Folâtrait dans l'onde écumanlc. Il contemple ses doux attraits. Dans Veau son oeils'égare et plonge De la beauté qu'il vit en songe Son coeur a reconnu les traits. La jeune et blanche Galatéc L'aperçoit, sourit doucement;

— 213 S'enfuit sous la vague agitée, Reparait, nage mollement; Puis, debout sur le flot bleuâtre, Aux regards curieux d'Acis De son corps de rose et d'albâtre Fait voir les contours arrondis. De la mer qui bruyait encore D'un signe elle apaise les flots; El d'une voix douce et sonore, Les yeux baissés, ebante ces mots: « Pourquoi rester sur le rivage Quand le ciel est calme et serein? De loi j'écarterai l'orage S'il grondait sur le flot marin. « Je serai la brillante étoile Qui dirigera ton bateau; L'Eurus qui gonflera la voile Sur l'abîme immense de l'eau. « Livre donc ta barque au zépbyre; Et, quand tu seras de retour, Je ne demande qu'un sourire Pour lous ces soins de mon amour. » Elle se tait. Et sur la rive, Acis, les sens encore émus, Prêtait une oreille attentive, Quand la nymphe ne chantait plus.

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L'JULCYOX* 'La mer n'était plus agitée. A peine ridé par le vent, Sur la plage le flot mouvant Dépose une écume argentée. D'une coupe elle a la rondeur, Et la neige a moins de blancheur. Au milieu mollement repose Un alcyon jeune et brillant, Aux doigts d'ébcne, au bec de rose, D'or et d'azur étincelant. Sur sa gorge, où l'aigue-marine Se mêle aux couleurs de l'iris, Prend un anneau de perle fine Où ces mots charmants sont écrits: « Je suis l'oiseau deGalatéc. Soit que le ciel brille serein, Ou que la mer gronde irritée,. Je dors tranquille.sur son sein. v Jeune habitant ;de ce rivage,. Veux-tu tendrement la chérir? Prends-moi, caresse mon plumage, El me laisse partir. » Flatté de ce joli message, Acis en riant prend l'oiseau, Avec transport baise sa plume; Le remet dans sa blanche écume, Et l'alcyon vogue sur l'eau. &. &,

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Voilà des vers qui me semblent excellents, qui me plaisent et qui me touchent. J'y trouve ce juste mélange d'idées, de sentiments et d'images qui font la vraie poésie. Ces image? sont toutes consacrées à embellir la pensée, à exprimer le sentiment d'une manière vive et iorte. Elles charment le lecteur, loin de le déconcerter et de l'éblouir, parce que l'imagination, au lieu de travailler sur elle-même et de broder dans le vide, travaille sur un fonds solide, parce que les sentiments sont vifs, touchants, et qu'ils dominent les images. Je ne crains pas dans la poésie les figures, les métaphores, les emblèmes, les allégories: je ne crains que les sentiments indécis, les idées vogues, ce qui n'a pas de corps enfin et ce qui ne peut pas être vêtu. V. Je ne puis mieux terminer l'examen des oeuvres de M. Azéma qu'en reproduisant quelques fragments des stances pleines do verve et de sentiment que l'auteur « composa à « Stc-Hélène môme, la tète nue, les mains appuyées sur la « grille qui entoure un auguste tombeau, » pour me servir des expressions mômes de la préface de l'ouvrage. Ces stances donnent l'idée du bon et du beau: or, c'est là le suprême mérite de la poésie. Quand elle plaît, il faut qu'elle ravisse. Un poète n'est pas tenu de toujours plaire et d'être toujours bon: il peut avoir ses faiblesses et ses langueurs; mais il faut qu'à certains moments il transporte les âmes. La poésie n'est pas, comme la vertu, obligée à persévérer dans le bien; mais elle est obligée à y exceller.

^IE TOWBEAUDE SAINTE-rHÉLÊHE.

Iw Juillet"1851. .J'ai dit; J'irai m'asscoir au roc,4c Sainterïlélène; Parmi les noirs sapins de sa cime africaine: De nobles souvenirs me suivront dans ces lieux. Je verrai sous l'abri de leur feuillage sombre, Debout sur un tombeau, la Gloire comme une ombre, Apparaître à nies yeux.

Je disais; et déjà, franchissant le rivage, J'étais agenouillé sur la rbcliè sauvage Ou celte ombre pleurait, le front couvert dé demi. 0 trouble inattendu! la terreur m^envïrohhè; Mes membres ont frémi,Tjc pâlis,'je frisonne; Et ce n'est qu'un cercueil!

Mais devant ce cercueil quel mortel ne s'enflamme? Qui ne sent palpiter et tressaillir"sort âme, :Kn voyant ce tombeau placé dans lés déserts? «Qu'il est simple et touchant! des saules sans verdure, &Jnc pierre sans nom, un ruisseau sans murmure; Et le bruit sourd des vers!

— 217 — Quoi calme autour de moi! des hauteurs de ces cimes f/oeil plonge avec effroi dans de vastes abîmes Dont les bords déchirés sont minés lentement. On n'entend que le bruit de la blanche colombe, Qui d'un vol cadencé vient poser sur la tombe, Et ronger son ciment.

Approchons-nous sans crainte, et mesurons la pierre Où s'est brisé l'éclat des pompes de la terre." 0 néant des grandeurs que la mort vient finir! Je couvre de mon pied ce colosse superbe Que l'Univers entier qu'il foulait commeTherbe Ne pouvait contenir.

Parcourons ces sommets battus par la tempête: Saluons le vieux chêne où reposa sa tète. Montons sur le rocher où son coeur plein d'ennui Allait rêver la France au bruit de la tourmente; Et contemplait recueil où la vague écumante Se brisait comme lui.

Voila donc la demeure oîr le maître du monde, Enseveli vivant dans une ombre profonde, À vu de son bonheur le songe évanoui! 0 coup affreux du sort! comme un torrent qui passe,Trdne, sceptre, grandeur, en un jour tout s'efface, . Toutcroule, tout a fui!

— 218 — Où sont-ils les amis que dans ses jours de gloire La forlune attachait a son char do victoire? Eux qui de ses splendeurs ont partagé le sort, Et qui couraient en foule inonder sa demeure? Il n'a pour compagnon que cet arbre qui pleure, Le silence et la mort.

Indigne cl lâche oubli des mîmes qu'on ravale! La vachcoci mugit, les pieds de la cavale Foulent impunément l'asile du héros. L'enclume retentit sous celte voûte sombre Dont les brillants récits de nos gloires sans nombre Réveillaient les échos,

Dans ces réduits secrets qu'embellit le sourire, Où de jeunes beautés préludaient sur la lyre, El conduisaient l'aiguille ou tressaient leurs cheveux, Le pâtre insolemment pose un pied téméraire; Et de ces lieux sacrés profanant le mystère, Désenchante mes yeux

0 quel poids accablant à son âme oppressée, Quand ce géant a vu sa force terrassée, Son aigle foudroyé, ses bataillons épars; El sur l'obscur rocher où le destin l'isole, Le soleil d'Austerlitz, de Wagram et d'Arcole Mourir dans ces brouillards!

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Le géant est tombé. Témoins de ses injures, Vous le savez, rochers! par-combien de tortures N'a-t-il pas expié son coupable bonheur? Là, veillaient ses bourreaux, là, nouveau Prométhée, Vi\ vautour s'attachant à sa chair tourmentée Lui dévorait le coeur.

Eh! que lui t'ont les dons d'une pitié barbare; Ce palais qu'à grand frais l'étranger lui prépare? Ah! donnez-lui son char, sa lance, ses chevaux, Seul luxe qui plaisait à son âme guerrière; Ou quelque humble gazon, quelque abri funéraire Où reposer ses os.

Tandis que ma pensée, errante ou recueillie, Prolonge sur ces monts sa longue rêverie, L'astre incliné du jour se plonge au sein des mers. L'ombre des nuits s'avance, et l'étoile nocturne Promène lentement son globe taciturne Dans le vague des airs.

Adieu, pics imposants, adieu, vallée obscure ! Abîmes ténébreux, rochers, âpre nature, Déserts qu'a consacrés l'ombre d'un demi-dieu; Vous tous, objets muets, qu'embrasse la pensée; Tombeau, dernier débris d'une grandeur passée; Néant, poussière, adieu!

-220 — J'ai vu de l'Océan la vague menaçante Sur mon vaisseau brisé promener l'épouvante; La foudre en traits de feu serpenter dans les flots, Atix cris des nautonniers la bruyatffe\tcinpète Mêler ses sifflements; et la mort sur ma tète Lever déjà sa faulx.

Si, dans ce jour d'cflïoï, j'avais'roulé dans l'onde, {Je vous l'atteste, ô cendre en souvenirs féconde! )• Que j'aurais regretté de n'av.oir pu m'asscoir Dans ce champ de la mort, sur ce roc solitaire; Et rêver sous le saule, h la pâle lumière r : De l'étoile du soir! ;';

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Sciences

et

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Séance du '10

Ocloke

1862.

PRESIDENCE

DE M. LE

SÎNER.

"M. le Président annonce à la société l'envoi du 2e frag•ment de l'ouvrage que publie M. Maillard, et des nos dek .Revue Coloniale. M. Focard lit un travail sur 7'introduction du Vanillier à Bourbon et sur la fécondation artificielle de cette liane. M. Voïart donne lecture d'me comédie intitulée: M. Desoursons.

Les élections sont fixées à la séance de novembre. La séance est levée à 10 heures,-

Le Secrétaire,

'•

U Président, Le Sinkr.

P.ÎDB MONFORAND,

NTRODUCTION ET FÉCONDATION A L'iLE BOURBON.

DU VANILLIER.

I. C'est en 1818 que la culture du vanillier a commencé à prendre, dans la colonie, cette extension qu'elle y a acquise depuis, et qu'elle y acquiert encore chaque jour au grand avantage de nos petits propriétaires. Mais à quelle époque celte liane précieuse a-t-elle été introduite à l'île Bourbon ? Plusieurs personnes indiquent l'année 1819, quelques unes l'année 4818 et enfin d'autres Tannée 1817. Ces contradictions nous ont porté à rechercher le nom de l'introducteur de cet admirable Epidendre comme l'a appelé Linnée, dont les produits sont devenus une richesse pour le pays. Il n'était pas d'ailleurs aussi facile qu'on pourrait le croire d'arriver à connaître la vérité sur cet intéressant objet. EnelTet, d'après M. Thomas, l'un de nos anciens Ordonnateurs, ce serait M. Pcrrottetqui nous aurait apporté le Vanillier; suivant M. David de Floris un dé nos compatriotes, ce serait M. Marchant; tandis que, Auguste Billard, dans son Voyage aux colonies orienta les et Abel Hugo, dans un article inséré au tome IIIe d'une revue estimée, la France Pittoresque , nomment toits les deux M. Philibert. Oh a cité aussi le nom de M. Leschenaud naturaliste voyageur.

— 224Voici ce que M. Thomas a écrit dans son Essai de statistique de l'Ile Bourbon , ouvrage couronne par l'Académie des Sciences en 1828. « M. Pcrrottet, botaniste voyageur, embarqué sur la division aux ordresdu capitaine de vaisseau Philibert,apporta le vanillier. Cet officier supérieur, créole de Bourbon, distribua à ses amis les plants dont M. Peuoltel avait pris soin. Le Jardin du Roi en obtint quelques uns; j'en ai vu chez M. Joseph Hubert, au Bras-Mussard, et tout annonçait un succès futur. » Billard, de son côté, après avoir parlé du Jardin du Roi deSt-Denis et des plantes qui s'y trouvaient, ajoute dans * une lettre datée de 1818 : , « On y voit même quelques espèces que ne possède point les Pamplemousses, tellest entre autres.le Vanillier que le ministre de la Marine Portai, vient de faire apporter , de Cayenne à Bourbon, par le capitaine de vaisseau Philibert » Abel Hugo, dit à son tour, dans lu rOvue citée plus haut « que le Vanillier a été apporté, de Caycnnc h Bourbon, en * -^ 4819, par le capitaine Philibert. » Kt enfin, M'. David de Flo'Hs, dans une ibrbclmre publiée en 1857, s'exprime ainsi : :', « Le Vanillier a été introduit ici, en 1817, par M. Marchant ancien ordonnateur de la Colonie; je commandais alors le navire sur lequel il prit passage de Maurice pour Bourbon, à sou arrivée de France, et j'avais à mon bord les deux grandes caisses vitrées où étaient renfermés différents plants que ^.Marchant portait pour le pays. « C est donc a M. Marchant que nous sommes redevables de cette plante si recherchée et sj productive, et c'csl-à M. Fréon que nous devons sa propagation. » Ainsi, nous étions en présence de quatre noms ceux de Marchant, Perrottet, Philibert et Portai; et avec trois dates 4817, 1848etl8l9. Il est vrai que M. Perrottet, actuellement botaniste du Gouvernement, à Pondichéry, a publié en 1860, pour réfuter l'assertion de M. de Floris, une brochure dans laquelle on lit le passage suivant :

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22o —

« En 1811), époque de mon arrivée pour la première fois à Bourbon , le vanillier n'y existait pas et ne se trouvait sur aucun point de Pile : il y fut introduit par moi, le 27 juin 1819. « En effet, je débarquais ce jour là-mème de la gabarre de l'Etat le Rbônc, sur laquelle j'étais embarqué en qualité de botaniste agriculteur du Gouvernement, plusieurs caisses de végétaux divers, entre autres des bouturés de vanillier, la plupart déjà enracinées, que je me procurai à Caycnnc où l'expédition relâcba etséjpurna plusieurs jours.(1) Mais à cette affirmation de M. Pérrôtlet M. de Fions dans une lettre qu'il nous a adressée, oppose cette autre affirmation: ; i; « Je me rappelle fort bien avoir entendu dire par M. Bréon, que c'était M. Pcrrpltet qui avait introduit a Bourbon la grosse espèce de vanille, dont les premiers plants étaient au Jardin de l'Etat, mon père en eût l'espèce un des premiers, mais déjà il cultivait \%petite vanille qu'il tpnait de M. Fréon. » Certes, voilà une objection qui aurait pu avoir quelque va Philibert,né à la Réunion, ù o (1)« MPcrrottetajoute: le Commandant il avait toute,sa famille,prenantun grand intérêt à la prospéritéde son ne jugeapasprùdentV c'était également on opinion,de déposer et m pays, dans un seulendroitet entreles mainsd'uneseule personne,le précieux i trésordont nousétionsporteur, il pensa.au coi ra ire, avec beaucoup de raison,nue, distribuésur plusieurspoints de l'Ile, aux habitants les plus chance. pour sa conservation on arriverait accrédités,pnaurait plus.de et ainsiplus sûrementà le répandre' dans la Colonie.l m'engagea I donc de chezses parents,où il demeurait,' plus grande' partie des la faire porter; caissesdeivanilliers j'avais pris .un soin tout particulierpendant la dont traversée.etde fairerçmçltro,tas autres.au jardin botaniquede St-penis aveccellescontenant'les v végétaux 'également ivantsqui lui étaient destinés » . « Des.que cescaissesfurentrenduesà terre MPhilibertfit faire larépartitiondes plants de-Vanilliers; onfit porter quatre chezMmeFréon, de il des Ste-Marie^àla Uivtère pluies,et quatrechezM.Hubertde Montflcurie a St-Hcnoit autant chezd'autres personneségalementrecommandables et dontles nomsne me reviennentpointen ce momentà lamémoire.» e M. Bréon,ardinierbotanistedu Gouvernement j àSt-l)enis,fut mécontent dès dispositions ue prit le chefde l'expédition; s'en plaignit a il q M.l'ordonnateur, M.jTJiomas celui-ci, accueillit la plainte.- qu'il alors ; crut fondée et s'empressad'en informer M.le Gouverneur: 'était M.le c BaronMilius,qui,depuislongtemps déjà,je nesais pour quel motif,étant en délicatesse brouilléavec M. Philibert,lit de cela, une affaireoffiou Onretroucielle; il en écrivit au Ministrede laMarineet des Colonies. veraitje pense,au secrétariatdu Gouvernement à celui del'Ordonou et nateurj cette correspondance probablementla dépêche ministérielle qui approuvait,sans réstriction,les mesuresprises par M.Philibert et moi. » ( Brochurede 1860.)

— 226 — leur,si M.Perrotet n'y avait répondu d'avance par un paragraphe que nous extrayons également de sa brochure de 18(>0: « Voici un fait, dit M. Pcrrotlet, qui prouve sans réplique, que l'introduction a la Réunion , des deux espèces de vanilliers qui s'y trouvent et y sont oultivées aujourd'hui avec succès, a ce qu'il parait, m'appartient incontestablement. » (f Pendant le séjour que l'expédition Philibert fit à Manille, séjour qui fut de quatre mois, je rencontrai dans mes excursions scientifiques, au milieu «lesforêts vierges qui couvrent les montagnes cl les collines de cet admirable pays et en face do la Cucva de San-Mathéo, h environ 50 milles de Manille, une autre espèce de Vanillier qui me parut nouvelle; elle grimpait sur des touffes de grands bambous, sur les arbres les plus élevés et formait de l'un h l'autre, de vastes guirlandes qui retombaient en festons. Celte découverte fut le Comble de mon bonheur. J'étais accompagné d'un grand nombre de pôrleurs, d'hommes de peine et de deux guides. Je lis une ample moisson de ces longues tiges charnues que je détachais des arbres auxquels » elles tenaient singulièrement « Le Commandant Philibert, qui demeurait chez le Gouverneur aumipl je rendis compte de ma trouvaille^ fut dans la joie, il en lit immédiatement part au Gouverneur. Celui-ci me pria de vouloir bien retourner sur les lieux pour faire connaître à la personne de confiance dont il me ferait accompagner, l'endroit où se trouvait celle plante précieuse et lui en rapporter des boutures qu'il ferait piauler dans son jardin. Je me rendis donc de nouveau dans les forêts de San Mathéo et profitai de ce second voyage pour augmenter ma collection de boutures... » « J'espérais les conserver intactes, la traversée de Manille a Bourbon ne devant être que d'un mois cl demi à deux mois au plus. En effet, l'expédition fut de retour à la Réunion le GMai 1820. » Comme on lo<voit, si nous n'avions ea que les dires contradictoires de MM. Pcrroltet et de. Floris, nous, serions* resté dans une grande incertitude; car si c'est M. Marchant qui a doté la Colonie du Vanillier, en 1517, comment se faitil que Billard et Thomas qui ont écrit sur les lieux, fort peu de temps après cette époque, n'aient pas eu connaissance d'un fait aussi intéressant ?

__ 227 — dominent encore, notre compatriote Jo.*eph Hubert, avec lequel l'un cl l'autre de ces auteurs étaient en relations suivies, qui l;ur a fourni à l'un et à l'autredes renseignements précieux pour leurs ouvrages, comment Joseph Hubert, qui leur avait, en outre, montré ses plants de vanille, leur aurait-il laissé ignorer l'inestimable présent de M. Marchant? D'autre part,si c'est eu 1819 que !a vanille a été introduite à Bourbon, comment se fait-il que Billard ( I ) ait pu parler de cette introduction dans une lettre datée de 1818 ? Et encore, si c'était M. Perrottet qui nous avait apporté cette plante, ne serait-ce pas sur les ordres de M. Philibert commandant l'expédition; et si c'était M. Philibert, serait-ce bien d'après les instructions du ministre Portai ? On ne trouverait aucune réponse à faire à ces questions, tant il est vrai que partout, et toujours, la vérité est la chose du monde la plus difficile à connaître, môme quand il s'agit de laits contemporains et publics , même lorsqu'on a affaire à des témoins honorables et dignes de foi. Mais, heureusement que nos recherches et celles d'un de nos amis, nous ont fait découvrir des documents historiques où la vérité sur la date de la première indroduction du vanillier à l'île Bourbon, et sur le nom de son introducteur, nous parait parfaitement établie. Voici d'abord un n° du journal la Feuille Hebdomadaire de Vîle Bourbon , du li juin 18.20, qui donne les renseignements suivants : « Nous venons de recueillir de nouvelles instructions sur la culture de la vanille, et nous nous empressons de les faire connaître. a C'est M. Perrottet, jardinier botaniste de l'expédition com^ mandée par M. Philibert qui nous les a transmises, et nous ne laisserons pas échapper l'occasion de rendre h ce jeune naturaliste, le juste tribut d'éloges qu'il mérite pour ses connaiss^pces dans une partie si intéressante; son zèle et ;lçs soins mijil,np cessé de donner à toutes les plantes que le Commandant Philibert nous a apportées . . . . » de Hillat-t éïi-itesdo l'Ilefburb >n'en 'l'Sl'7,ISIS, lîÙSJ et (l) Loslettres n'ont été publiées qu'en 1822(1 vol. in-S,(Parisohoz l.advooat ) 1S-20. n Danscet intcvallo.elle}ont nécessaire ontété rc,»nos,corrigées auget mentées.Il n'estpas douteux,dès b:s, que le paragraphe delà lettre pc ISIS,rotatifau vanillier,n'yait été introduitaprès 1SL9. 30

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2*28 —

Après la description de.la méthode transmise par M. Perrottet pour la culture de la vanille, l'article continue ainsi: « Si M. le Commandant Philibert approuve une vive satisfaction, en apprenant, à son retour, qu'il y a au Jardin du Roi et dans plusieurs habitations des boutures de vanille qui ont donne des tiges de 5 à 6 pieds, espérons qu'il en éprouvera une bien plus grande encore lôrsqu il apprendra qu'à 1 aide de celte nouvelle méthode, et de notre propre expérience, cette plante sera généralement cultivée et deviendra , un objet de spéculation. « Nous devons encore, à ce marin distingué, deux femelles de buffles et un mâle, . . . ,. . . . . . . . « Enfin, pour ne rien négliger de ce qui peut nous être utile, il a introduit des oeufs de vcrs-à-sôic de chine, evle mûrier. » Il n'y a pas d'ambiguïté danscet article de la feuille Hebdomadaire. La naît accordée àM. Perrottet est distincte de celle faite à M. Philibert: au premier, des remerciements et des éloges pour nous avoir appris la manière de culti*.-via vanille et pour les soins qu'il a donnés à cette plante pendant le trajet de Manille à Bourbon; au second, un véritable témoignage de reconnaissance pour nous avoir! apporté, à son premier voyage— 27 juin 1819— ces boutures de vanillier dont la pousse lui a fait éprouver,à son retour dans la colonie, — 6 mai 1820— une vive satisfaction. Rien qu'avec cette feuille de journal^ avec ce seul document, on pourrait affirmer que les plants de vanille provenant de Cayenne en 1819 et de .Manille en 1820, ont été apportés, à Bourbon, par le capitaine Philibert.. .,!. ., N'est-ce pas, en effet.,M, Philibert, qui. a distribué ces plants dans la Colonie ? Et cela de son autorite privée, sans s'arrêter aux réclamations du jardinier botaniste M. Bréon, sans tenir compte des observations de l'ordonnateur, M. Thomas, pas plus que du mécontentement du Gouverneur, M. Miliusqui, au dire de M. Perrottet, en avait pourtant appelé à la décision du Ministre. El de quel droit M.Philibert aurait-il agi ainsi, s'il n'avait eu la libre disposition des boutures qu'il a distribuées et si ces boutures ne lui appartenaient point ?

— 229 — Si ce n'était pas lui qui les avait apportées à Bourbon, si c'était M. Perrottet, aurait-il accepté silencieusement les remerciements que le journal de la (Colonie lui adressait à cette occasion? M. Perrottet. de son côté, n'aurait-il pas réclamé, si ces remerciements devaient lui revenir? L'un et l'autre étaient sur les lieux, l'un et l'autre ont jii l'article de la feuille, Hebdomadaire du Ii juin 1820,et M. Philibert et M. Pcrrottetont accepté, sans réclamation, la pari que le journal local ; faisait à chacun d'eux; besoin d'argumenter sur le plus ou Mais qu'avons-nous moins de fidélité des souvenirs de M. Perrottet, ou de ceux de M. de Floris ou même de cçiix do MM. Thomas et Billard, nous avons un témoignage que ne réfutera aucune des parties en cause. Ce témoignage émane du capitaine Philibert lui-même. Nous copionste^tuéllemcht, dans la correspondance échangée les 26 juin et 3 juillet 18t9, entre lui et M. Miliiis administrateur et commandant pour loHoi à l'Ile Bourbon.

? lettre de M; Philibert à M. Milius. '/ En rade de St-Denis, le2G Juin 1819 Monsieur le Commandant, « En partant de France j'avais Un grand nombre de plants d'arbres t'riiiticrs, de vignes, ainsi, que beaucoup de graines; le tout destiné pour Gaycnné. Faisant mes efforts pour en réserver une partie polir l'île dé Bourbon ; j'y ai même joint des plants et dés graines de Gayenne qui seront très utiles ici. La Guyanne étant pc* cultivée, je n'ai pu m'en procurer autant que je l'aurais désiré, mais dans ce petit nombre, il y en a de précieux. Je crois, par exemple, que vous regarderez comme un bienfait, l'introduction du vanillier dans cette colonie qui peut lui offrir une source de prospérité. La France en enlèveraitl notamment plus que Bourbon n'en pourrait récolter. Peutêtre aussi ce végétal pourrait devenir un objet d'échange avec l'Asie. Ainsi les colons ne peuvent que gagner à le cultiver. »

— 230 — Lettre de M. Milius à M. Philibert. St-Denis, le3 JuilK 1«I9. Monsieur le Commandant, « Les tributs de végétaux exotiques que j'ai déposés au Jardin du Roi, au retour de ma campagne des îles du Vent, en 1814, me mettent à même, plus que personne, d'apprécier le cadeau que vous venez de faire à notre établissement, de quelques boutures de vanille. Nous désirions depuis longtemps faire 1 acquisition de celle plante précieuse. Aussi la Colonie h'ou-» blira-t-cllc pas que c'est a un doses enfants qu'elle le doit. À mon particulier, je vous en témoigne toute ma reconnaissance, en regrettant cependant, que vous n'ayez pu ajouter a ce don, les trois caisses de la même piaule que*vous avez fait mettre à terre, et auxquelles vous avez jugé convenable de donner une autre destination. Il est fâcheux que vous ne les ayez pas en-r voyées au JarJin du Roi où l'on cultive avec succès les plantes du nouveau A:de l'ancien monde. Il est h craindre que les liabU tants, à qui vous les donnerez, n'en aient pas les mêmes soins que nous, et, alors la culture de la vanille sera retardée de plus de six ans, ce qui nous laissera ainsi qu'à vous, des regrets bien amers. >> Réponse de"M. Philibert à M. Milius. St-Denis, le 3 Juillet 1819. Monsieur le Commandant, « J'ai eu l'honneur de vous dire que je n'étais nullement chargé de porter ici les végétaux que j'ai introduits dans cette colonie. Le Gouvernement aurait pris une voie plus courte, et à Cayenne on ignorait absolument ec qui pouvait lui-être utile. C'est par intérêt que je porte a Bourbon, [c'est par zèle à faire ce que je crois utile à notre patrie que je sollicitai de M. le Commandant et administrateur pour le Roi,h Cayenne,de me donner 990 plants et graines que je crois utiles a cette colonie. Le Géné^ rai les lit ramasser sur plusieurs habitations royales. J'obtins aussi des pieds de vanillier de plusieurs habitants afin d'en avoir qui fussent venus sur des terrains dillërents. Dans la

— 231 — caisse que j'ai fait remettre pour le Jardin du Roi, il y en a nonseulement de ceux qui furent fournis par M. le Général Carra: St-Cyr, mais encore de ceux qui m'avaient été donnés par les habitants. J'ai fait tons mes efforts, j'ai pris toutes les précautions pour les conserver ; et si vous faites attention que ces plants sont embarqués depuis le mois de février, que nousavons été exposés deux fois h dés températures bien différentes, vous jugerez qu'il a fallu des soins particuliers pour conserver ceux que j'ai déposés au Jardin Royal, de celte Colonie, & ceux*:> j que j'ai envoyés au Sénégal. / « Cependant, Monsieur !ë Commandant, par votre lettre de ce jour ( N° 1525) vous me témoignez des regrets de ce que je n'ai pas remis au jardin du rôitotis les plants de vanille que* j'avais apportés de Cayenne. « En voici la raison: . « Comme ces diverses espèces ont clé ramassées sur des ler-^ rains différents et éloignés, je suis convaincu que pour assurer la réussite de ce végétal il est prudent de le répandre sur différents points de l'ilc, exposés à des températures différentes: car s'il ne réussit pas dans un endroit, il est à supposer que dans un autre il trouvera des circonstances plus favorables. Et enfin s'il croit bien dans un seul, le succès est assuré. Ainsi la mesure qite j'ai prise d'en donner a plusieurs habitants me parait la plus convenable pour naturaliser' cette plante précieuse. Vk\outre, Monsieur le Commandant, je n'en ai destiné que pour dés habitants dont les talents agricoles sont reconnus, notamment M; Hubert, vous voyez que c'est Une précaution de plus que j'ai- prise. . . /• . . . » Ainsi, ce n'est pas d'après lés ordres du ministre Portai, comme l'a écrit Billard, que le vanillier a été introduit à l'Ile Bourbon: nous devons cette plante au patriotisme de notre compatriote Philibert. Ce n'est pas non phisM/Perroltet qui s!est procuré, comme il l'a dit, les' plants de vanille apportés de Cayenne à Bourbon : c'est M. Philibert lui-même qui les a demandés et reçus du Gouverneur Carra Sl-Cyr et de plusieurs habitants de Cayenne. M. Philibert n'a pas introduit à Bourbon seulement la grosse espèce de vanillé, comme le croitM.de Floris, mais plusieurs espèces provenant de différentes localités de Cayenne. Enfin les premiers plants.de

— 252 — Vanille no sont arrivés dans;la colonie ni en'l,8tftni en 1Si 8, , >.,-i. < maison 181 Oi/e^ôjWm.'fl,; ><-•; Que nos cultivateurs do'vdnillelo sachent donc, c'est au Capitaine deNvaisseau iPhilibert, .créole do Bourbon, aussi bravo marin qu'excellent patriotique le pays doit l'iritro'duclion de cette plante .dont les produits ont antené l'aisance dans l :\ plus, d'une defpéure dit la gène frappait cîéjh. ( 1 ) . . > , • >s i ''i«fj»M|l *{(i»....*it'*<>j-'« .' f t •.." ou ,t't-."'»" * '.s!-if^ *•>, ; •;,. /••-*?»!.fv,j/u.t ., Mais,si yle vanilliçr éUalt ;dans la Colonie depuis l'année 1.810) il n'y a réellement été 'cultivé qt^'a partir, de J'année - - .iv 'J ••(••') n"-.! kï'-'- '»»'.<}'• .v -!h«'1848. D'ailleurs jusqu'en 1841, il avait été planté seulement dans les jardins de qu elqu es amateurs ;de plan tes raros, oiiil promettait plus par ses ' fleiirs^qu'il ne donnait par Ses fruits. * . ,' ...^— it ,t t , il\{-['' t / ...-;y>,'; ' V „; l (t) Ilnbfaut pas oublier cèncWarit,es/.soins''donnés,par*M. PcrVottet au^ plantsdo\nrttl(oiôpriôrtéi dans WColOhte: On'doit'également delà à reconnaissance H.famllIoHj^onpourJa tlipértlUéavfeolaquelle rplje a distribuéàuf propriétaires d6- Varrondlssoment .Vent/les, premières M w.fi».tfl<--i »t»inô/Jim-* n*m«\ï » >/»• bouturesdôcôltoplliiiôi .5 aUrJbufo M.Marchant* M«David,dp,Florls, quant> l'introduction, par, voicitfn^i'crslofi<|utV^H^dAit't'di^tif'tfi %btr& honorable compatriote. Us bouturesde.vehllfo P priseseaf.M.< bllibdrt h'Coycnno'en MO et à Manille cnlSiOjConQécsauxsoinsintclllgçnlsdo.M.. Porrpttetet distribuées M' M'idhts'ncTaMesdo:1d Cotonlc.notamment par* Philiberta M» h Mme Krédn a plusieurs uuherlt n'avaient!paSs <Joseph pi. également éussi; 6u r plutôt,lo,vanl)IIorapportede cayenno,et,.appelé.flwifc.Wnfffturésiste fas1* ^b^WM WpWWeEà-dlre parfaitement JalransManïftUb'ri; à i celui provenantdoManllo, laïutUt vanillé, mourutpresqueaussitôt après ' sa mlsben terroi , ! *,.,,,., , t,' Celuiduts'était si 'fecllentèM''l$6clltMt4 s'ÔIM'o! fo^dcrfieht,rhàli II no lteurlssait<pas ous'il flcurisselUljtèjirodulsalUnue >,dès,goussesfort ràréi : lo'prbcddé la fécondation" do hrUflcicllé, /n'élônt^ encorevenu pas aiderlânaluto a moitié InipUMtthle^wn ,T nhfl ,tf'W{ -(vm"*». . C'esta celte époque,vers 182lquo>t.JUarçhantfitun voyage France' en il obtlnt'duJardin dos* anies é forfs'querqWbodtuîes de .vanllllor.do M d la emblable celle deltlo Mahlltô,et' vlritj 6 petite espèce,probablementses à sonretour dans ta Colonie, planterchez Mme, Fréon, sa belle-mère. l Cesboutures.Iflnsdouto/parcequ'elles avalent'déjà subi lei épreuves d'unepremièreacclimatation Paris/prirent racineCigrimpèrentlà*toéme, & à cété.decellesde la Collection Philibertqui avalent réussi. ' Onvoltôrtcoro la propriété Ilollô-Ëau, aujourd'hui a MM.Aubry 6 ( Pruchoet Noguos. ta lianemèrede la grossovanilledohnéd M,Phtll) par berltenl$IMt la caissedanslaïuèlleTurent pportée Partsà Ste>Marie, de a '••« en itH, par M. Marchant,les plantsde la petite votilllo. Noustenonsces détailsde M.Slcrode, FonlbfUrté/ eveu de M.7\ n Mar» chant et jâl/t nisde Mme Fréon,propriétairede Bellè*E^^^ y a &» » «./..*... ..•„***:.•. éhéoro ,.-.,. quelquemois.

— 233 — C'est à cette époque, en 1841, qu'un jeune noir, un enfant, le nommé Edmond , appelé Edmond Albius depuis l'émancipation, esclave d'un honorable habitant de Ste-Suzanne découvrit l'ingénieux moyen de féconder les'fleurs du vanillier. Elevé dans la maison de M. Féréol Beaumont Bollier, vivant à côté de cet homme instruit, et témoin assidu de ses études dirigées vers les sciences naturelles, Edmond s'éprit de la botanique, et ses facultés bien qu'elles ne pussent acquérir, en raison d'une absence complote d'instruction, le développement qu'elles méritaient, ne tardèrent pas cependant à attirer l'attention de M. Bellier. Il prit en affection ce petit négrillon qui avait des goûts si semblables aux siens, et l'initia aux secrets de la vie des plantes. I/esclave s'intéressa tellement aux leçons de celui qui devenait ainsi doublement son maître, qu'il avait douze ans à peine, que déjà il était presque un naturaliste; et pour ajouter encore à ce phénomène, M. Bellier apprit à Edmond les noms scientifiques des arbres et des Heurs qu'il possédait à son habitation Bellevae. De sorte que le botaniste africain qui ne parlait que le patois créole, qui ne connaissait même pas la valeur des lettres de notre alphabet, ne désignait les plantes que dans la langue savante des Linnée et des Jussieu. Certes, ce n'était pas le côté le moins original et le moins surprenant de l'aptitude de ce singulier disciple de Flore. Edmond avait vu son maître pratiquer des rapprochements entre certaines fleurs; ses observations constantes et sagaces le porteront à tenter les mêmes opérations sur la vanille. Ses essais furent couronnés d'un plein succès; et quand il les lit constater par M. Bellier, celui-ci tout heureux d'une découverte si importante s'empressa do l'annoncer par la voie de la presse locale. ( 1 ) (1) Nousavonsvu plusieurspersonnesse refuserà croire qu'un petit nègreignoiantait pu faireladécouvertedont nous parlons.Elles prétendent que lessavantsvontrire de notre naïveté. Nousno croyonspas les savantsaussigaisqu'ellesveulentbien le duc; et par celamômequ'ils sont savants, ils savent que lo hasard est un grandinventeur. Durestevoici unextrait d'unelettrodenotrenaturaliste Mezièrcs.éperl vanclio convaincraes incrédules. t qui « Jonai pas la prétentiondédire que la féconjation la vanillefut inde

— 234 — La fécondation artificielle des fleurs du vanillier était trouvée. La colonie était dotée d'une nouvelle industrie agricole. Une foule de petits terrains qui ne pouvaient plus nourrir leurs propriétaires, allaient donner des produits qu'on peut dire fabuleux. Edmond, le petit noir de M. Fércol Bcjlier, avait donc bien mérité du Pays. Mais le pays ne lui en témoigna aucune reconnaissance; et nous sommes persuadé, qu'à l'heure où nous écrivons ces lignes, il n'y a pas vingt personnes, y compris les membres de la Chambre cl Agriculture, de/a Commission, du Musée et de Ja Société des Sciences et Arts,([\i\ se souviennent do quelle façon a été découverte, à Bourbon, la fécondation artificielle des Heurs du vanillier. Un de nos confrères (l) un naturaliste estimable, que la mort nous a enlevé l'année dernière, M. Mézières Lépervan. che, alors qu'il était juge de piix de Ste-Suzanne, présenta .une requête à M. le Commissaire Général Sarda-Garriga afin de fairi! accorder à Edmond une récompense publique. Il demandait qu'elle lui fut décernée le jour de la )ête du travail; mais le départ dcM.Sarda pour la France arrêta la suite favorable promise à cette requête. En récompensant Edmond Albius pour son ingénieuse et utile découverte, par une «marque de distinction quelconque, pouvant flatter son amour-propre et lui donner quelque dignité de lui-même; en l'élevant ainsi aux yeux de ses semblables et à ses propres yeux, leùt-on retenu dans une vie honnête? Nous le croyons ! Quoiqu'il en soit, il vit ses camarades connuedansle mondeavant Kdmond;on l'avait pratiquée déjà di\ ans auparavantdansune orangerie5 Bruxelleset au Muséumd'histoirenaturelle à l'ari».maiscette découverten'avaiteu d'écho que dansle monde savantet le procédéemployé était lioaucoup moinssimpleque celui d'Edmond.» « M.Jannet.jardinierbotaniste, vait également ubliévers cette époque a p un procédéqui.expérimenté MM. Iticliardet Derniertous deux botaavait complètement par c'est doncréellement Kdmondqu'est nistes, échoué, a duc la découverte a doté l'Ilode la tléunionde cette nouvellebranche qui d'orticulturoqui en raisondu poude fraisd'exploitationqu'elle exigeest, » sanscontredit,l'unedes plus lucrativesconnues. était à Stc-SuzonnemembreCorrespon(1) M. MézièrcsKépcrvanchc dantde la Société Scienceset Arts. des

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25o —

déserter le travail dos habitations pour l'oisiveté du chef-lieu, il fit comme ses camarades. Il quitta Bellevue, et, ingrat comme un noir qu'il est, il oublia les soins que son maître avait pris de son enfance, rattachement dont il était l'objet de sa part, et il vint à la ville, courant après la réalisation, nous ne savons de quel rêve plus ou moins doré. ' A St-Dcnis, Edmond fit de mauvaises connaissances, il contracta de dangeureuses habitudes; bref un beau matin y il se réveilla en prison. Ainsi l'Emancipation lui avait fait perdre le bien-être d'une vie aisée, exempte de préoccupations; elle lui avait fait quitter la case où il était né, les plantes qu'il aimait; elle lui avait cnJevé plus encore, la liberté. En frappant si rigoureusement Edmond Àlbius, le sort voulut-il le ranger au nombre des inventeurs malheureux ? Toutefois, la leçon lui avait profité. On raconte qu'en recouvrant sa liberté ce pauvre jeune noir, un instant dévoyé, .se hâta de retourner chez M. Bellier, où il est encore et où il a retrouve, avec ses premières occupations, son bien-être et ses moeurs honnêtes. Exception rare parmi les affranchis qui sortent de prison. Et puisque Edmond a su faire oublier les égarements de sa jeunesse, puisque aujourd'hui on ne se souvient plus que de son ingénieuse découverte, conseillons à nos cultivateurs de vanille un acte méritoire: demandons-leur une récompense pour celui qui contribue chaque jour à les enrichir. Puisse cet appel, fait pour ainsi dire à la reconnaissance publique, franchir l'enceinte de nos séances et être enten.du sur les propriétés vanillicres de la Colonie. Volsy Focaïid.

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M.

DESOURSONS,

Vaudeville

en un acte.

PAR

Jtt,

to<rï<rçt.

PERSONNAGES.

DESOURSON&, amsien fourreur. SOLFAMIlSI, musicien. HIPPOLYTE, ouvrier-mécanicien. 1 CIGALE, jeunehomme à la mode. MII,e FA130ULET, soeur île Desoursons. corsets. FANÉLIE, sa fille. OLIVETTE, °Uvne,eS CRYSOLINK, Ouvrières.

labricante

do

Ià scène se passe à Paris, dans l'atelier de Mme Faboulel.

M. DESOURSONS. I.c théâtre représentel'atelierde Miner'aboulct. Au fond une cioison vitréedonnantsur la boulipie A gauche,sur le premierplan,une grande tablecomertcd'ouvrages ommencést entourée de chaises.L'ne pendule c e est au-dessus, au suspendue panneau,l'orlcau fond,donnantsur la bouli-' l'ne porte au dernier plan,à gauche, une autre au pieuucr plan, (pieà droite. SCfiXH irc Sou'amim. // entre par la droite, le chapeau enfoncé sur les yeux, son violon sons le bras gauche et tenant son archet de la main droite qui est dans sa poche. Il s'arrête à la porte cl regarde la pendule. Six heures, treize minutes, vingt-deux secondes, personne encore à l'atelier! (Il ra regarder à la porte du fond.) la dame de comptoir toulj seule à la boutique !... l/anélie, mon amour, vous vous négligez. Maman Faboulet, il y a du relâchement dans votre administration. Va moi. qui accourais tout ému (Il marche rapidement jusqu'au trou du soufun pied sur le dôme et s'appuie le coude sur son fleur, pose genou, le menton dans la main qui tient t archet.) Imagine/.vous que je viens delà rue du Grand Huilent où je donne, depuis trois mois, des leçons de chant à .M"'' Crsule Kevécliou, une charmante personne d'un âge indécis, aux cheveux dores, aux yeux tendres, .le m'étais aperçu ce malin que mou eeoiièro avait quelque chose dans le regard. Je n'y attachai d'abord qu'une attention superficielle, et nous commençâmes nos gammes, Ursula .avait le do tremblant, aussi la mis-jeau ré; le ré glisse; le mi dit. le fa bien accentué, le soi manque ... je m'arrête, elle s'arrête au si, elle, et finir par m'écorcher eneor.' le do. ( Il se lève, remet sa main dans sa poche el marche très-vite.) Gétait à n'y pas tenir, vu que loregard d Tisuie faisait, lui, pendant ce temps là, un moulinet atroce. : // s'arrête tout près de la rampe et aie son citapeau.) Je ne sais ce qui m'est alors venu à l'idée, mais je mu

— 2-iO suis rappciélcs malheurs de Joseph avec .ïï"° (hitiphar. et j'ai eu peur... J'ai lui, abandonnant l'étui de mon violon. AMI: peineou sortir tle l'enfance. A Des mains d'une femme impudique Quand Joseph voulut s'arracher, il abandonna sa tunique Qu'il ne put lui l'aire lâcher. Dans un accident identique, Moi, j'ai plus de chance que lui: .l'ai su conserver ma tunique, Je n'ai perdu que mon étui. (Ils approcha de ht-fable. ) Iù! nu; voici, comme Jouas sortant du ventre de la haleine; je reviens dans ce séjour paisible où là baleine ( Pas celle de Jouas, à inoins (pie ce ne soit en détail ) , on là haleine,, dis--je. prend l'es former les plus capricieuses, où!e basin se prèle aux ambitions les démesurées- et jette u\\ voile opaque el moelleux sur les plus hsmis.... ( lise retourne. )Kt les absentes ? ; // relu pendule.) Six heures, vingt-six minutes, trentegarde neuf secondes,' et1 Fauche, qui est-toujours-In première, n'est pas encore arrivée! SCfcNK II'. SOUW.MIM, Ouvrières. FAMÎLIK, OUVKTTIO, CUYSOUMv

Fanclic entre par la (jauclte. les autres jeunes filles par le fond. Ciiotini. Alll:du l'elil hlanc( deI'anscrun.,Allons vite, à l'ouvrage, Réparons le temps perdu ; Travaillons davantage, Allons, c'est entendu.

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F.iNÉriE. Venez, Mesdemoiselles, Nous sommes eu retard. Sof.f-WMIM. Mais oui, mes tourterelles. (km: m:. Nous resterons plus tard. Toutes. \oiis resterons plus tard. Fam:LIE. Heureusement ma mère N'est pas encore là. Ckysw.ixe. C'est le bon de l'aflairo. Olive ru;. Tais-toi donc, la voila! Hkitïisi-: un ciiokui. Allons vite, èva. vSCfcNKIII. LliS iMÈMKS, M',!CFAUOULFT. M"10 Faiuillei. Qu'est-ce que c'est ? Qu'est-ce que n'est? Le chant se tolère (|iuui(l on travaille; mais il me semble qu'on n'en a pas encore l'ail lourd, ce matin. (îrysolinu, vos goussets grima-

— 242 — cent. Olivette, il faut des baleines plus fortes pour le corset de M. Cigale. Eh bien ! Fanélie, tu n'as pas fini les oeillets? .Solfawixi (fui a posé son violon, lui prend .la taille. Ah! maman Fahoûlet, comment vos pensées vont-elles aux (juillets, quand vous êtes au milieu des roses? Mmc.F.VBOULKl. Kl»! C'est <:e mauvais sujet de Solfamiui ; je ne m'étonne plus si le travail languit. Est-ce que vous ne pourriez pas nous priver un peu plus souvent des agréments de .votre société? .SoLFAMINl. Madame Faboulet, celle plaisanterie est médiocre. Fanélie a mon amour, elle y correspond. Fankmh «.part. Comptez là-dessus. SoUAMlM. Vous, mère sensible, vous y souscrive/., et.... Oliveitk. Marne Faboulet, dites-y donc (pie son violon va s'enrhumer, .sans son étui. Fankmiî. (Test vrai ; oh donc est-il, votre étui ? .Soi.fa.mim. Fanélie, mu topaze, ceci touche à une aventure renouvelée do l'hisloire sainte, et ma moralité se met en travers de mon désir de vous la faire connaître. Mino Kaboixet. C'est donc garniilleux?

— Uo — Soi.FAMINl. Mère Faboulet. je verserai ce secret dans votre sein éminemment vertueux..et busqué ; mais dans une autre occasion. Ckysoline. (yest ça, on ne peut savoir rien de rien. Fanélie. Dame ! s'il y a du décousu, je ne m'en soucie pas. Cuvette montrant son ouvrage. Tiens, tiens, tiens, tiens! en voila du décousu pour les baleines de M. Cigale. Mme 'Fauoulet. Allons, assez jaboler ; il doit y avoir du monde à la boutique, il faut que j'y aille. Et vous, bel oiseau, dénichez. Solfamini . Minute, vous avez-là votre dame de comptoir, vous pouvez bien rester ici. Quant à moi, je m'y cloue. Alil: Je viensrevoirnia Noimniulic, Je viens revoir ma Fanélie, I,'unique objet de mon amour. Elle doit embellir ma vie, Chez vous, c'est à l'ordre du jour. Kn ces lieux laissez-moi, de grâce, Vous avez accueilli mes voeux, Et je m'incruste h celte place, Jusqu'au moment qui doit me rendre heureux. Fanélie à part. il risque bien d'y rester longtemps. M,nc Fauoulet. Ah ça ! à propos de place, entendons-nous. Je vous ai dit 3s!

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qu«je consentirais â votre mariage avec Ksiiiêliequand vous en amioz une à l'oivliestrc d'un théâtre, cl voilà six mois que vous me promené/. île la Porte-St-Mai tin aux Variétés el de la (îailôau Cirque. C'est assez me lanterner, il me semble. Souasiim. Madame Eaboulet, vous avez une mémoire colossale elune vivacité de locomotive. Je possède sept instruments, y compris le trombroneet loplijçlcïdo ; un homme militent me protège ; j'aurai bien du guignon , si je ne trouve pas à me caser. (H reprend son violon.) 0 M™ Fahoilet. Eh bien! casez-vous, et nous verrons. En attendant, allez-vous en chercher votre étui. SoLFAMINI. Oh! femme estimable, mais inconsidérée, vous ne savez pas ce que vous dites. Les jeunes filles. Comme il est poli! Mmo'Fabol'let

le poussant par les épaules. Suffît, mais débarrassez le plancher. Solfamim. Je sors pat*la force de vos poignets, mais je rentrerai par celle du sentiment. (Dans le geste qui accompagne ces paroles, il fait tomber avec son archet le.chapeau tle M. ' qui entre au même moment. Cigale ) M. Cigale. Monsieur, prenez donc garde à ce que vous faites !

S H.I-AM'M. 1met à h Muii.-ii'ur, on in. porte, il finit bien que joorte. (Ilsort. scknk M. CIC.AU;. iv. ouykttk. )

M»'" fadouckt, faxkcïk, CKYSOUNK, ouvrières.

.M. Ch.w.K brossant son chapeau avec sa manche. Ce butor'. Ciusoi.ine à Olivette, Dis (loue, Olivette, voili ton adornleur. OuvrniK. Oui, il va encore nrennuver comme à l'ordinaire; je sors don prendre. Mmp R\ifon.i;T: On vous lient, Monsieur Cigale, et avec cela, vous- pounv/. vous viuiter -d'être bien ficelé. M. Ciuai.k. lîien; nia chère dame. AIR: Hrs!o.:, reste*,'Iroupcolie j Quand d'une taille avantageuse On a reçu le don flatteur* C'est une làelic sérieuseDe seconder le Créateur. • Kl je m'en lais un point d'honneur. Je suis cité pour ma tournure, On me trouve bien pris, bien l'ail, Kt j'en rends grâce a la nature...

— 2i0 — Oi.ivKTn:. Sans compter l'aide du corset. I.KS JF.l'Mv.7II.I.KS. 1 Il on rond grâce h la nature, Sans compter l'aide du corset. M. ClfiALK. .le vous dirai, ma chère Dame, qu'il m'est venu un doute à l'esprit. Vous m'avez pris mesure, et je rends justice à votre expérience et à votre habileté; mais il peut y avoir quelque chose à reprendre, et je voudrais essayer avant livraison. Knvoyez-moi donc à cet eiVel, une de ces demoiselles. Mlk" Olivette, par exemple. OuvKin:. Pausre chérubin, va ! ('omme c'est adroit! (luYSOI.lXK. Vas-y donc, Olivette, tu emmèneras deux hommes de peine. MmoF.\»on.KT. -Monsieur, depuis vingt-sept ans que je fabrique le corset, ma maison est connue par la précision, dos contours, la solidité du basin et la moralité du personnel. Si vous voulez essayer, j'irai moi-même, car je me suis réservé exclusivement le service des pratiques du sexe masculin. Faxkue. Allons, voilà maman sur ses grands chevaux. M. Ciii.iLt-:. Mais, ma chère déranger. dame, je n' aurais pas voulu vous

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Olivette. Mais, mon cher Monsieur Cigale, je n'aurais pas voulu me déranger. M. Cigale s approchant d'elle.

Charmante Olivette, il y ace soir une fête superbe au Château des Fleurs. Olivette. Voyez-vous celte nouvelle ! J'ai promis à mon cousin Jules d'y aller avec lui et Crysoline. M. Cigale pique. Ah ! vous ne savez pasco que vous dédaignez. Crysoline. Si tait, si, elle connaît l'étendue de son sacrifice, puisqu'elle place votre dernière baleine. (Les jeunes fdks rient.) M. Cigale. Vous êtes des.... démons ! MmcFABOULET. À quelle heure taudra-t-il me présenter chez M. Cigale?' M. Cigale. C'est inutile, ma chère dame, je m'en rapporte à ce que nous m'avez dit. J'enverrai tantôt mon groom. SCfcNE Y. Les Mêmes, DESOURSONS. Desoursons, Il entre par le fond sur la pointe des pieds et vient se placer doucement derrière Crysoline. Hou... hou ! (Il rit.) Ha ! ha ! ha ! ha ! voilà une peur.

— 218 — Crysolink. Dieu ! que c'est bote, les vieux ! Fan kme. Konjour, mon oncle. Desolrsons. Ponjour, mon enfant. Ma soeur, je vous liaise les mains, lionjoui'à vous toutes, mes petites martres zibelines.— Monsieur, à votre service. (M. Cigale le toise. ) Hein ! Desoursons, Monsieur. Ancien fourreur, Monsieur. Marguillier de ma paroisse, Monsieur. Prêt à mettre un manteau fourré sur les épaules de quiconque ... Mais avant tout, soutien île la gaiu* française. AIR: lai, gai, mariez-vous. ( Gai, gai, rions toujours, Le rire Ksi mon point de mire, Et nos jours Sont trop courts 'Pour qu'on les prenne a rebours. Oui, j'évite du plus loin I/cnnui, quand je le rencontre, Et si le chagrin se montre, Je le fourre dans un coin. Gai, gai, &a. De mon commerce content, Je me connais en fourrure; Regardez bien ma figure, J'ai le poil d'un bon vivant. Gai, gai, &a. Si je suis encor garçon, C'est qu'on rit jaune en ménage; Je n'aime pas ce pelage, Voilà pourquoi je tiens bon. Gai, gai, &a.

(Il rit.) Ha! ha! ha! ha!

249 Une, deux! ( Il se fend en appel et porte une botte à Mm-Faboulet. )

M"10Faboilet. Aie! vois n'en laites jamais d'autres, mou frère.

M. Cigale à part. (!e Monsieur a une gaîté ébouriffante. (Haut. ) Madame Faboulet, je compte sur vous pour tantôt. ( lias ù Olivette. ), Kh bien! la rigueur tient-elle? Olivette. Klle tient. M. Cigale. Vous vous raviserez, n'est-ce pas? Crysoline chantant. Mi, mi, fa, ré, mi, chante/., mon petit1. M. Cigale. C'est un parti pris? Olivette. Oui, mon chéri. M. Cigale soupirant. Adieu donc! Toutes les jeunes filles soupirant. Adieu donc! Desoursoxs qui ta examiné. Haï ha! ha! ha! M. Cigale avec humeur. Ëh! Monsieur!

— 230 — Desoursons sérieusement. Monsieur^ j'avais, dans mon magasin de la rue aux Ours, une peau de renard sans queue; elle était superbe, quand elle avait été brossée comme cela. M. Cigale. Sortons, pour ne pas sortir de mon caractère. (Il salue les dames et se dirige vers la porte. ) Desoursons ïarrêtant. J'en ai fait un manchon, Monsieur; je l'ai encore. Monsieur; à votre service pour l'hiver prochain, Monsieur. (M. Cigale sort furieux. ) lia! ha! ha! ha! SCÈNE VI. Les Mêmes, moins M. CIGALE. Mmo Faboulet. A\ec tout cela, mon frère, vous allez me faire perdre une pratique. M. Desoursons. Rali! bah! c'est en dehors de votre compétence. MmeFadoulet. Du tout. AIR:de l'Artiste. Ce siècle qui progresse, A tout bouleversé, Et c'est, je le confesse, Le monde renversé. Tout chez nous le dénote*, El l'on voit en effet Aux femmes la culotte, Aux hommes le corset. Desoursons. Ha! ha! ha! ha! C'est très bien; ce qui n'empêche, ma

-- 231 nos chère saMir, que nous n'alliâmes déjeuner.... car c'est im peu pour cela que je suis venu. Fanèlie se levant. a raison, maman; il est temps d'y songer. Mon oncle Mmo Faboilet regardant la pendule.

Et oui vraiment. Voyons, Mesdemoiselles, allez cldépê«•liez-vous. ( Les jeunes filles se lèvent et rangent leur ouvrage.) Toi, Fanélie, reste un instant avec ton oncle; j'irai taire mettre un couvert pour lui. ( Elle sort par la porte de gauche. ) Les jeunes filles sortant avec elle. AIR:Dutic tac, de Mario. Puisque notre temps est compté, Allons, déjeunons vite; Que chacune profite De cet instant de liberté. SCftNK VIL DESOURSONS, FANÉLIE. Fanèlie mettant les deux mains sur l'épaule de Desoursons. Lavez-vous vu? Desoursons. O.u.i. Fanèlie. Eh bien! mon oncle, Hippolyte ? Desoursons. Eh bien! ma nièce. Hippolyte. 33

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232 Faneur.

AIR:En viîrjti je vousle dis. 4, Ne savez-vous pas que sans lui Je ne serai jamais heureuse? El voire amitié chaleureuse Doit me prêter tout son appui. Tachez de décider ma mère, Vous seul pouvez y parvenir. Déboursons, J'y vais. Toi, reste-la, ma chère, Tîi n'as pas faim?,., il va venir. (Il l'embrasse au front et sort par la gauche. ) scène viii,

FANÉLIE seule. Fanélie. Ma mère est coiftec de son Solfamini, quoique elle ait l'air de réconduire, et je serais bien à plaindre si je n'avais là mon oncle. Parce que Hippolyte n'est que contre-maître mécanicien, maman dit que ce serait une mésalliance... Allons, courage; mon oncle lui veut du bien; c'est le fds de son meilleur ami, et quelque chose me dit là qu'il nous mariera... SCÈNE IX. FANÉLIE, HIPPQLYTË. Fanélie. Ah! vous voilà, Hippolyte. Hippolyte. Oui, me voilà, ma petite Fanélie. AIR:Non,mademoiselle. Jamais h l'ouvrage Je n'ai de courage,

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Si je n'entrevois Votre doux minois. Mnvotre présence, Je prends confiance, .l'espère, je crois. Mais je me désole, Car le temps s'envole, Rien ne vient pour nous. A vous est ma vie, Dites, Fanclie, Quand la prendrez-vous ? Fanklie. Mêmeair. Ami, si ma mère Se montre contraire Aux voeuxde mon coeur, Je suis sans frayeur. Nous avons près d'elle, Tout nous le révèle, Un Lon protecteur. Il faut, lorsqu'on aime, Qu'on s'aide soi-même ; Agissez pour nous. L'amour vous engage, Monsieur, ce courage, Quand le prendrez-vous? IIlPPOLYTE. Et comment voulez-vous, que j'aie du courage, quand je .sais que votre mère soutient les prétentions de M. Solfamini ? (Solfamini passe eh ce moment la tête à la porte de droite.) Fanelie. Que vous importe ce nigaud, puisque je vous aime? Solfamini à part. Bon ! voici un duo pour lequel je me sens peu disposé » faire un accompagnement.

— 23! Fankjje. Il tant parlera ma mère. Solfamini à part. Oui, oui, oui, je lui parlerai. IIippoi.ytk. .le n'oserai jamais, et si je n'avais l'appui de votre oncle.... Solfamini à part. Pourquoi allaires? cet ex-fourreur iburrc-l-il le nez dans mes

SCÈNE X. Les mêmes, DKSOURSONS, puis SOLFAMIM. Fanélie. Vous ave/, bien raison, et c'est sur lui que nous devons compter. Solfamim à part. C'est ça ; Kh bien! je le verrai venir. ( Ence moment, Desoursons qui a, en entrant, aperçu la tête de Solfamini, et s est glissé le long du mur, arrive près de la porte, y appuie la main gauche de manière à serrer le cou.de Solfamini, et le prend de la main droite par l'oreille. ) Desoursons. Pris ! ha ! ha ! ha! ha ! Donnez-vous donc la peine d'entrer. (Il l'amène par l'oreille sur le devant de la scène.) Solfamini . Ho ! aie !... Monsieur Desoursons, ménagez mon ouic !

r.VMUlE. Qu'y a-t-il donc? Dksouusoxs. Rien, moins que rien. C'est l'illustre maestro qui, pur modestie, restait à la porte, et je lui ai fait une politesse. Soijamini. Une politesse!... Monsieur, ces politesses-là ne doivent s'adresser qu'aux animaux avec lesquels vous étiez en relations, après leur décès. Desoursons. Quand je ne pouvais les prendre vivants. IIippolytb. Venir écouter à la porte !... Si je ne me retenais... Desoursons. Uetiens-toi, Hippolytc, et viens avec moi. L«i déjeuner refroidira, mais l'appétit n'y perdra rien. Hifpolyte. Vous suivre, et laisser là ce godelureau? Desoursons. Ha! ha! ha! ha! (Mettant la main sur la tête de Solfamini et la faisant tourner. ) Ça? ça te fait peur? J'ai toujours eu horreur des serins, et ma nièce tient de moi. Fanélie. Bien certainement. Solfamini à part et tambourinant sur son chapeau. On me croira si l'on veut, mais j'aimerais mieux être l'âne savant pendant trois jours, que d'entendre ces quolibets épais pendant'trois minutes.

— 2,%>f> — DiîSorusoNS. AIR:Dis-moi donc,monp'lit llippolytcAllons, viens, mon cher Hippolvlc, Cède la place h,ce pingouin. Ne redoute pas son mérite, Car il n'en a que de fort loin, De près très peu, beaucoup de loin. IIlPPOLYTE. Mais s'il reste avec Fanclie? Desoursons. Les peintres, tu dois le savoir, Près de la fleur la plus jolie, Placent toujours un repoussoir. Haï ha! ha! ha!... Allons, viens. Fan eue. Mais, mon oncle... Desoursons. Ma nièce, tenez compagnie à ce Monsieur qui, pour le quart-d'heure, a l'air d'un mouton d'Astracan qu'on va tondre Dis-lui de te chanter quelque chose, un canard dans la prairie, par exemple. Monsieur, je vous demande bien pardon de la liberté grande.... ha ! ha ! ha ! ha ! ( // sort en emmenant llippolytc ) SCÈNE XI. FANÉLIE, SOLFAMINI. Solfamini (Il se met à cheval sur une chaise, les pieds sur les bâtons les plus élevés, les coudes sur le dossier, et se prend les cheveux. ) Je voudrais voir feu le duc de Buckingham à ma place !... Il serait applali comme moi par cette grosse artillerie de la rue aux Ours {Il se lève et vient auprès de Fanêlie.)

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Mademoiselle, laissant de côté le mouton d'Astraean de M. votre oncle, vous ne pourrie/, pas me dire à quoi je ressemble en ce moment? Fanéme. Dame, ça n'est pas facile. SoLFAMINI. Ah ! ça n'est pas facile ! Eh bien ! je vous le dirai, moi : je ressemble à un cerf-volant auquel on a coupé la queue, je m'égare dans les espaces imaginaires. AIR:Dupas de Zéphyre. Je suis un nigaud, Vous l'avez dit tantôt ; Non, d'honneur, Pour mon coeur Ce mot n'est pas flatteur. Si je m'endormais, Tout haut j'en rêverais, Et comme Ralthazar, J'aurais le cauchemar. Moi, simple et naïf, Que l'on me pique au vif ; Qu'un Monsieur Dcsoursons Me nourrisse d'affronts! Malgré ma douceur, Cet ancien fourreur Aurait bien pu, sans vous, Éprouver mon courroux. Je suis un nigaud, J'y consens, s'il le faut ; Mais, d'honneur, J'ai du coeur El je suis en fureur. Si je m'endormais, Tout haut j'en rêverais, Et comme Ballhazar J'aurais le cauchemar.

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Mais, voyez-vous, Mademoiselle, la pureté de mes intentions el de mes sentiments, d'un côté, et, de l'autre, la puissance maternelle de Mmo Faboulet, me soutiennent dans cette occurrence; et, malgré tout, Fanélie, vous êtes la clef delà qui sait me remettre au diapason. Fanélie avec volubilité. Vous devriez, il me semble, savoir depuis longtemps l'accueil que je dois faire à vos sentiments. J'aimerais mieux être soeur grise que do vous épouser. Hippolyte m'aime, je l'aime aussi ; mon oncle veut nous marier, et quand mon oncle se met quelque chose dans la tète, il en vient toujours à bout. On vous a laissé seul avec moi, c'est la première l'ois que cela arrive, et j'en profile pour vous signifier que, ni vous, ni votre violon, ni votre trombone, ni votre opbicléide, vous n'avez le don do me plaire. Solfamini se bouchant les oreilles. Oh! quelle gamme! c'est égal, voici une lettre (// la tire de sa poche.) qui m'ouvre la porte du ciel.— Je ne l'ai pas encore ouverte, mais c'est la réponse que j'attendais, et j'en réserve les prémices à Mmc Faboulel. SCÈNE XII.-Les mêmes, M'»c FAHOULET. 0 M,M Faboulet. Mon frère, quand vous voudrez.... donc à présent? Fanélie. Ne vous impatientez pas, maman, il va revenir tout suite. Mmo FABouLur. Comme c'est gai ! mon marengo ne vaudra plus rien. de Eh bien! où est-il

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Solfamini hù présentant ta lettre. Madame Faboulet, je dépose entre vos mains.... MmcFaboulet faisant sauter la lettre. Je suis bien d'humeur à m'occuper de vous.... de deux francs vingt-cinq! Soi.iA.MiM ramassant le papier. Ce n'est pas une raison pour repousser celui-ci. Mmo Faboulet. Vous m'ennuyez. Soliumim lui présentant encore la lettre. J'en ai le droit. M"10 FABouLKrlui tournant le dos. J)ieudeDicu! est-il possible!... Et ces demoiselles qui s'oublient; Faneîie, va donc les appeler. Fanklik Rapprochant de la porte de gauche. Mesdemoiselles, maman vous prie de venir prendre l'ouvrage. SoLFAMINUÏJUirf. On me rebute, mais je ne me rebute pas. SCÈNE XIII. Les mêmes, OLIVETTE, CUYSOLINE, ouvrières. et Ckvsoline polkant. Tra la la. tra la la, tra la, tra la, tra la, tra la Mmc Faboulet. Qu'est-ce que c'est que ce genre d'exercice? Olivette, pour ce Olivette un poulet

Madame Faboulet. nous nous mettions entrain .soir, au Château des Fleurs.

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Mmo Faboulet. Suffit. A vos places, et qu'on travaille. Solfamini. Ça se mêle de polker, et ça outrage scandaleusement la mesure. MmoFaboulet. Mais M. Desoursons ne rentre pas! Fanélie. AIR:Dufleuvede la vie. Ayez un peu de patience, Quelqu'un a pu le retenir; Comme vous, j'attends sa présence Et voudrais le voir revenir. Il n'en lait jamais qu'a sa guise, Et, je le parirais vraiment, Il nous ménage en ce moment Quelque douce surprise. (Elle va se remettre à son ouvrage. ) Solfamini à part et se frappant le front. C'est un trait de lumière !... je n'y serai pas pris. Prenons nous-môme les devants. {Haut.) Derechef qt en réitérant, Madame Faboulet, je remets entre vos mains potelées l'oracle de ma destinée. Mmc Faboulet prenantla lettre. Qu'est-ce que vous me chantez là ? Solfamini . Respectable mère de ma Fanélie, je vous déclare que je n'ai pas la moindre envie de chanter. Olivette. C'est dommage, on vous aurait donné le ton. CltYSOLINE. Oui, car vous ne me faites pas l'eflet d'être en voix.

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SOLFAMIM. Mesdemoiselles, vous appartenez à un sexe auquel il est jcaucoup pardonné. Faites-moi le plaisir de ne pas me troubler. (7/ prend Mme Faboulet par la main. l'cmm'm à droite et tousse deux ou trois fois. ) Madame rdionM, lorsque je vous ouvris mon coeur, il y a six mois... SCÈNE XÏV et dernière. Les mêmes, HIPPOLYTE, DESOURSONS, M. CIGALE.

Desoursons. Il a le bras de M. Cigale sous le sien et lui tient la main. Ha ! ha ! ha ! ha !.... vous faites des façons? avec moi, c'est superflu, vous avez tort. Entrez, je vous prie, mon cher Monsieur. Ma soeur, ce matin, quand Monsieur nous a quittés, vous avez témoigné la crainte de h perdre. En revenant tout-à-l'hcure, je l'ai trouve qui comptait les vitres de votre devanture, et je vous le ramène pour vous épargner les frais d'une réclame dans le journal* Je ne demande pas de ha ! ha 1ha ! ha ! récompense M. Cigale» Monsieur, vous abusez étrangement de ma longanimité. Desoursons. AIR:Pu Roi tlTvclot. Vous avez grandement raison » Ne prenez pas la mouche; Il ne faut pas, comme un ourson» Avoir l'humeur farouche. Montrez plutôt, tout comme moi, Une gaîle de bon aloi» Ma foi. Ho! ho! ho! ho! liât ha! ha! ha! ( Riant. ) On se trouve mieux de cela, Ha! ha! C'est convenu, n'est-ce pas? allons, soyez aimable.

— 262 — M. Cigale, roulant s'en aller. si ce n'était par égard pour ces dames, je nous Monsieur, montrerais qu'on ne se joue pas impunément de moi. J'aime mieux nie retirer. Desoursons. Non, non; ne vous en allez pas ; tout-à-l'heure nous nous expliquerons. Seulement, pour la minute, obligez-moi d'aller causer haleines et nankin avec ces demoiselles. J'ai à régler une affaire de famille. . ( Il le conduit près de la table et le fait asseoir.) M. Cigale se levant arec explosion. Monsieur, jamais chose pareille Desoursons le forçant à se rasseoir. Là moment. mon bon Mes petites chattes, amusez-le un Olivette. Le beau plaisir ! Déboursons. Et dimanche, la Porto Saint-Martin pour tout le inonde, comme on me la demandé depuis longtemps. Les jeunes filles. Bien ! bien ! (Elles entourent J/. Cigale qui perd peu à peu son humeur. Fanclie se lève. ) M. Cigale à Desoursons. Avec de telles auxiliaires, vous étiez sur do me désarmer. Mais, Mesdemoiselles, gare à ma vengeance ! Olivette. Vous êtes donc bien terrible? cependant. vous n'en ave/, pas l'air

— 265 — Chysoline. C'est qu'il cache son jeu. Hii'polyte s approchant Quel bon oncle vous avez là! Fané me. Est-ce que?.... Solfamini qui est venu se placer entre eux. Oui, est-ce que?.... Hippolytk faisant un signe d'intelligence à Fanèlie. Chut ! Mme Fadoulet. Vous me direz peut-être, mon frère, ce que tout cela veut dire? Desoursons. Oui, ma soeur. AIR:de Turcnne. Vous le savez, une gatté falottc Kst un présent que m'a fait le destin; Mais en marchant, armé de ma marotte, D'un peu de bien je marque mon chemin, Je fais du bien, mais je ris en chemin. (montrant Mppolyte.) Ce jeune ami que je viens vous conduire, Vous l'aviez repoussé, ma soeur; Moi, je veux faire son bonheur, ( montrant M. Cigale. ) Ce qui n'empêche pas de rire, Vous pouvez bien me laisser rire.

deFanèlie.

— 26-i — Mm(? Faboulet. Mais.... Desoursons. Mais, Madame Faboulet, nous n'avons échangé que quatre paroles, ce matin. Je vous ai demandé de marier ces entants; vous m'avez répondu: Ilippolyte n'a rien.— C'est juste, me suis-jedit. Et si je vous ai quittée sans plus d'explications, c'est que j*avais mon projet, (tirant tm papier de sa poche. ) Vous voyez bien ceci ? C'est un acte en bonne forme qui assure à Ilippolyte soixante mille francs que j'avais placés dans la maison où il est employé.— Parez celte hotte, ma soeur. lia! ha! ha! ha! Fanélie. Cher oncle ! HlPPOLYTE. L'excellent homme! Mmc Fakoulet. Ma foi, vous m'en direz tant.... Solfamim s avançant d'un air solennel. Un instant, s'il vous plaît, j'ai des droits antérieurs. Madame Faboulet, une honnête femme n'a que sa parole. M,no Fauoulet. Oui, c'est vrai, je vous avais promis la main de Fanélie. mais si vous obteniez une place dans un orchestre. Solfamim. La place demandée est dans votre main. MnieFauoulet. Quoi! cette lettre?

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265 -

Solfamini se posant. Celte lettre. Fanklie. Oh! mon Dieu! quel malheur! (M. Cigale et les jeunes filles s'approchent- ) Desoursons prenant la lettre. Voyons, ma soeur. Diable! vous ne m'aviez pas dit cela. ( Ouvrant la lettre après avoir lu l'adresse. ) « A Monsieur « Solfamini, musicien exécutant. » Monsieur, je vous présente mes civilités.— « Monsieur, j'ai le plaisir do vous <( informer que, sur la recommandation toute particulière de « M. le Baron de Pianischka, et en raison des talents variés « que vous possédez, vous avez obtenu de faire partie de l'or« chestre du théâtre de l'Ambigu.... » Solfamini s'éventant avec son mouchoir. Mb bien! Madame Faboulct, vous doutiez de mon succès! Desouhson-s qui a lu la fin de la lettre. Vous aviez tort, ma soeur; le mérite finit toujours par faire du bruit dans le monde. Continuons. Heu heu heu. « do « l'orchestre du théâtre de l'Ambigu, où vous êtes appelé à « l'emploi de grosse caisse, aux appointements de trente-six « francs par mois. Je suis, etc. »....Boum boum, boum boum boum, ha! ha! ha! ha!.... Monsieur Solfamini, je vous présente mes félicitations bien sincères. (Tout le monde rit.) Solfamini se croisant les bras et les jambes. Grosso caisse! ! AIR:Commel m'aimait. i Je suis joué, Je suis tloué, J

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2G6 -

Klait-ce donc la leur promesse ? Moi, de tant de talents doué, Devais-je être ainsi baflbué? M'employcr comme grosse caisse, (î est abuser de ma jeunesse; Je suis joué, Je suis iloué. Olivkttb s approchant de lui et faisant le geste. Dites donc, ça ne fatigue pas la poitrine. (Solfamini lui tourne le dos et se trow\ nez-ù-nez avec Crysoline. ) CllYSOLINK. \i[ vous pourrez faire de la musique à tour de bras. Soi.famim lui fait une grimace et va s appuyer le dos à la muraille. El moi, qui parlais ce matin de l'Ane savant, me voir réduit n la peau d'âne! M. Cigalk .riant'. lia! lia! fort plaisant! Solfamini se redressant. Monsieur, prenez garde que je n'entre dans l'exercice de mes fonctions. DëSUI'IISONS. Ah ça! ma soeur, il me semble que la caisse d'Hippolvte vaut mieux que celle de Monsieur; ainsi donc.... M"10 Fa BOL'MÎT. Ainsi donc, llippolyte épousera Fanélie. Faneur . Merci, ma bonne mère. immédiatement

— 207 HU'l'OLÏSlï. Kt vous aurez un bon (ils. Solfamim Rapprochant de la rampe. Tiens! une iuVv!.... j'irai chercher mon étui DkSOUISOXS. \A nous aurons une noce un peu bien folichonne, (à M. Ciijale. ) Kit bien! Monsieur, qu'est-ce que vous dites de tout cela? N'est-ce pas que le vieux farceur est, sui demeurant, assez, bon diable? Allons,,faisons la paix, .le vous invite à la noce; vous danserez avec cas demoiselles et vous chanterez avec moi : AIU: n'iin. iiinri. r D (lai, gai, rions toujours, Le chagrin abrège nos jours, Pour nous, en vérité, Hien ne vaut la gailé. Au public. Oui, j'en conviens, j'aime beaucoup h rire, Mais c'est, dit-on, la marque d'un bon coeur; Si ma gai té parvient à vous séduire, Dites, Messieurs, comme le vieux fburrecr: ('ai, gai, rions toujours, l.c chagrin abrège nos jours. Pour nous, en vérité, 'N ''' Hien ne vaut la gaité.

tant pis!

FIN.

j'i

Séance .du 12

Décembre

(802.

PRÉSIDENCE

DE M. LE SINER.

La séance est ouverte à 8 h. '/, Le procès-verbal est lu ut adopté avec une légère modification. M. Le Président rend compte de la correspondance. 1° M. Noirot a continué à expédier à la Société des Sciences et Arts les numéros de la Revue du Monde Colonial. 2° Les EE. des écoles chrétiennes ont adressés leur aimanach accompagné d'un calendrier. 3° M. Couturier membre honoraire et Directeur de l'Intérieur &la Martinique a envoyé trois brochures.-- L'une rela-

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269 —

live à l'Usine Lareinty— la 2e aux produits exposés à Londres par la Martinique, eniin la 3e est un rapport sur le jardin botanique de St-Picrre ( Martinique. ) M. le Trésorier donne lecture de son eompte-rendu sur la position de la Caisse sociale fin do 1802; ce compte-rendu accuse une somme de 350 l'r. I5 c. restant en caisse. La Société procède aux élections. M. Le Siner obtient 10 voix sur 17 c'est-à-dire l'unanimité moins sa voix. M. Mazaé Àzéma après deux tours de scrutins obtient la majorité voulue et est nomme Vice-Président. M. Voïart est maintenu dans ses fonctions par acclamation unanime. M. de Monforand conserve ses fonctions de secrétaire. M. Charles de La Serve est nommé administrateur. Les Commissions sont composées comme suit: MM. LettresRaflray. Focard. • Souvilte. (de) Dridct. Vivien. MM. ArtsMoreau. Roussin. M, Moreau dépose un poëme oriental de M. LconI)lc,*x intitulé Sourè-ha. M. Voïart déclare avoir vu une lettre dans laquelle M. Slc-Beuvc fait l'éloge de cette oeuvre. Lacaze.

UM. SciencesDostor.

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270 -

Le poème est. renvoyé à la Commission des l«llres qui devra présenter son rapport à la prochaine séance!. Le Bureau est invite à s'occuper dune séance publique et à Caireun choix dans les travaux de l'année à cet elîel. La séance est levée à 10 heures \:i

Le Secrétaire, P. dis MoxronANp.

te Président, J,K SlM-jt.

— 271 — SOCIETE DES SCIENCES ET ARTS

MEMBRES ITULAIRES. T MM. Lk Siner (Louis), Adjoint du maire, médecin du Lycée Impérial, Président. Azkma(Mazaé), Dr médecin, vice-président. Voïart (Marcel) (<^), Commissaire-adjoint en retraite, conservateur des Archives coloniales, trésorier. Monforand (Paul de), Professeur au Lycée Impérial, secrétaire. La Serve (Ch. de), administrateur. Arnaud (F. D.) (>$), Chirurgien Principal delà marine Azkma, (Georges). Iîailly (Edouard) ($), Commissaire-adjoint de la marine de lrc classe. Iîerg (Achille), Dr médecin. Iîridet (IL) ($î), Cap. de Frégate, Capitaine de Port àSt-Dcnis. Crémazy (Pascal), avocat. Crivei.li ($j), Inspecteur de l'instruction publique. Dostor (Georges), Docteur ex-sciences, professeur au Lycée Impérial. Esménari) (A. cl1), Chef do bureau de 1ro classe à la Direction cV l'Intérieur. Focard (Volsy), Secrétaire du Procureur Général. Merlan», Dr médecin. Lacaze (Honoré), Dr médecin. Le Clerc (,L), Dr médecin.

— 272 Lejeune, Dr médecin. Loiseau (Léon). Moreau (Jules). Avocat, Président de la Commission du Morkl(L), Muséum. Naturel, avocat. Pajot (Elie). Raffray (J. M.), Secrétaire delà flanque. Houssin (L. À.), Peintre, professeur de dessin au Lycée Impérial. Sle Colombe, Médecin dé l'hôpital colonial. Souyille. (Chalvetde) Tiiunon, professeur de musique au Lycée Impérial. Vinson (Emile), Pharmacien de lrc classe. Vinson (Eugène), Drmédecin. Vivien (P.), Professeur de Chimie et de Physique au Lycée Impérial. /.;>°

TABLE

DES

MATIERES.

Page*. Listes des Membres honoraires, titulaires et correspondants. 5 Séance du 2 janvier 1862 o Troubles de St-Louis en 18-18. ( Volsy Focard ) ... 7 Le Départ. ( P. de Monforand ). .' 19 Séance du li Mars 1862 21 l/Knfant de nos Enfants ou la Prise de Jéricho ComédieVaudeville en un acte. ( M. Voïart ) 25 Séance du 11 Avril 1862. . . tô lîtudc sur les réformateurs modernes. ( Dr A. lîcrg ). . 47 Pensées. (Ed. liailly ) 06 La France et son Epéc. ( C. de La Serve ) 65 Séance du 8 Mai 1862 69 Le lMsaieul, Comédie-Vaudeville en deux actes (M. Voïart). 71 Séance du 15Juin 1862 121 sur une brochure de M . le l)r Sénèque (de l'Ile Rapport Maurice ) Intitulée : Quelques considérations sur le mot tomate. (Mazaé-A/.éma ) 125 Souville ) 150 Desdeslinéesdel'homme.(de Les tleursdc nuit, Nocturne.( P de Monforand ) . . . 155 Séance du 11 juillet 1862 157 Du climat du Hriilc.(Dr J. Le Clerc) 159 Créole et Marin. Comédie-Vaudeville en un acle. 147 (M.Voiarl)

— 27-1 — Séance du 12 Septembre 1862 ... lin fils naturel de Déranger (J. M. Raflray). Fables et Poésies légères de M. Etienne Azcma (de Monforantl) Introduction et fécondation du Vanillier a l'Ile liourbon (Yolsy Focard) M. Desoursons, Vaudeville en un acte ( M. Yoïart ). . Séance du 12 Décembre 1862 Election du Hurcau et des Commissions . Nouvelle liste des membres titulaires 179 181 201 2lo 25." 268 269 271

' ' / '; I, / Fin de la Table. ' ;i'f

GJlItVlV

'age 121, lro ligne, lisez: Séance du 13 Juin.

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