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COMMENT ON LUI DONNA SES DEUX SURNOMS

Mérithia cligna plusieurs fois des yeux avant de vraiment


percevoir quelque chose. Une légère odeur de souffre et de brûlé
venaient indiquer à ses narines que ce n'était pas un réveil banal.
D'ailleurs elle n'avait pas l'impression de sortir de la torpeur habituelle
qui caractérisait ses levers. Un frisson dans le bas du dos lui fit
remarquer que l'air était frais, on pouvait donc raisonnablement penser,
être le matin. Mais sa vision en gagnant de la netteté, lui disait le
contraire. Puis comme si on lui avait ôté le son et qu'on le lui redonnait
progressivement, un petit gazouillis accompagné d'un léger sifflement
dans ses oreilles se transforma bientôt en espèce de clameur
reconnaissable, c'était les bruits d'une grande agitation, des éclats de
voix, des bruits de course sur le plancher….
Justement que faisait t-elle allongée sur le plancher ? Quant à
l'énorme brèche créant un grand carré de ciel bleu dans la pièce
autrefois sombre, et qui prenait place là où avant, il y avait un mur et
une partie du toit, cela la rendait perplexe, mais comme elle avait du
mal à mettre ses idées en place, elle classa la brèche dans les choses qui
pouvaient attendre avant de donner une explication à leur existence.

Les voix lui étaient familières, mais inintelligibles. Quelques


bribes parvinrent à sa compréhension.

"…tête de mule…"

"… idiote … dangereuse…"

Elle comprenait lentement que quelque chose de grave et


apparemment d'idiot était arrivé, et que son état d'abrutissement actuel
en découlait. L'espace d'un moment elle souhaita mettre la main sur le
responsable, mais préféra se concentrer sur elle et déceler si elle était
blessée. Si son cerveau reprenait doucement la barre de commande de sa
lucidité et malgré le fait qu'elle voulait se lever et bouger ; son corps lui
resta allongé sans un seul mouvement possible, alors une rapide montée
d'angoisse la pris à la gorge. L'impression d'être un tas d'os et de chairs
inertes, posé là au milieu de la pièce, l'énerva encore un peu plus. Elle
aurait voulu pleurer, mais ne pouvait même pas, c'était décourageant.
Elle reprit son calme rapidement et tenta de crier. Cela eu pour tout
résultat un faible gémissement entre le miaulement de chaton et le
bêlement lointain du mouton. De ce coté là aussi ce n'était pas très
convaincant.

"…un trou … le mur de la tour Est…"

"… Mérithia … se faire virer de la guilde…"


A ces derniers mots, son cœur se mit à battre comme un forcené.
Les voix et les pas s'étaient tous arrêtés au niveau de la porte de la salle.
Ses doutes se confirmaient, c'était bien d'elle dont il s'agissait. Peste de
cette journée et de cette position qui faisait qu'elle était dos à la porte et
ne pouvait voir ses camarades qui ricanaient grassement. Son esprit
prévoyait déjà une liste d'insultes, quand derrière elle un silence tout
relatif accompagna des bruits de pas rapides. Ceux-ci s'arrêtèrent dans
son dos. Et comme si elle était un sac, quelqu'un aux gestes empressés
et maladroits la retournait. La voix était furieuse et en colère, mais un
léger tremblement indiqué aussi que la personne était inquiète. Cela
réconforta Mérithia un peu.

"…petite écervelée vous voulez donc mourir ! Heureusement que cette


pièce à un sort de protection contre les sottes comme vous... je ne sais
pas si je dois vous libérer… qu'allez vous encore détruire aujourd'hui
?"

Mérithia reconnu le visage empourpré de colère et d'anxiété de


Molgius, le Maître assistant. Alors elle eu honte. Au fur et à mesure que
Molgius incantait l'enchantement de libération du "sort de protection
contre les sottes comme elle" elle sentait sa vigueur revenir et se
rappelait clairement tout ce qui c'était passé, il y avait maintenant à
peine quelques minutes auparavant.

Mais Molgius tout en la relevant ne lui laissa pas le temps


d'ouvrir la bouche pour dire quoi que ce soit. Il était déjà parti dans son
sermon. Mais quelque chose clochait ; Pas le fait qu'il fasse un sermon,
ça c'était habituel et même rassurant, et l'inverse aurait choqué tout
étudiant de la guilde. Mais là, elle sentait les regards des ses camarades
sur elle, et les ricanement et la fraîcheur, de tout à l'heure l'intriguaient
encore. C'est Molgius qui en marchant tout en déclamant son sermon lui
donna la réponse, interrompant son monologue en s'étouffant presque.
"…Mais que… allez vous rester longtemps comme ça … à exciter vos
camarades … en vous … en vous exhibant de la sorte…"

Cette fois le visage rouge de colère de Molgius n'exprimait plus


aucune inquiétude, mais son regard exprimait de la déception face à
cette élève si douée qu'il chérissait tant habituellement. Ce fut ce regard
qui fit le plus de mal à Mérithia. Cela avant qu'elle en réalise la raison.
Et que à son tour le rouge explose à son visage. Mais pas pour la même
raison que son maître.

***

Certains sorts ne sont pas directement enseigné aux novices pour


ne pas qu'ils blessent quelqu'un ou qu'ils ne se blessent eux mêmes.
Bien sûr, Mérithia n'avait pas retenu ce conseil pour elle et avait
"emprunter" un parchemin de Cercle de feu dans la bibliothèque des
maîtres. Et elle s'était ensuite enfermée dans une salle de pratique de la
tour Est, la plus calme à cette heure, pour essayer d'apprendre le contenu
du parchemin, exploit de sa dérobade un peu plus tôt dans la journée. Ce
n'était pas la première fois qu'elle prenait un peu d'avance sur l'ensemble
de la classe pour apprendre des sorts qu'elle ne verrait pas avant de
fastidieux cours théoriques et surtout, avant de nombreux mois
d'exercices basiques et barbants, sans aucun intérêt à ses yeux.

***

Les garçons de la guilde souffraient de ne pas voir leurs


camarades féminines autrement qu'avec l'austère robe marron
d'apprenti, qui à leur goût masquait trop les formes de leurs jeunes
collègues. Mérithia était une jeune femme svelte et bien pourvu par la
nature, et elle avait facilement les faveurs des jeunes apprentis mages de
la guilde, mais au plus grand damne de ceux-ci, seules la maîtrise du feu
et l'aventure semblaient l'intéresser.
Beaucoup de ses condisciples n'auraient même pas réussi à
déchiffrer et encore moins à comprendre et prononcer la formule du
sort, tout en se concentrant sur l'effet désiré, mais, peut être grâce à ses
"emprunts" répétés à la bibliothèque des professeurs, ou peut être grâce
à l'étonnante maîtrise du feu qu'elle avait pour une simple disciple et
qu'on voulait bien lui admettre qu'à demi-mot, ou - mais ça peu de
personnes le savaient - peut être aussi grâce à cette mystérieuse tâche
de naissance en bas du dos qui ressemblait très étrangement à un
phénix, elle réussi à incanter parfaitement le sort.

En fait jusque là tout se passait bien, mais Mérithia ignorait


quelque chose, qu'elle aurait appris au fur et à mesure lors de longues
séances d'entraînement sur des exercices basiques et barbants. C'est la
parfaite maîtrise de la quantité de puissance qu'il faut procurer à ce sort,
dans tous les sens en même temps. Ainsi qu'un autre petit détail
concernant la taille de l'endroit où l'on peut l'invoquer sans avoir de
risques qu'il se retourne contre le mage.

Ces deux informations manquèrent cruellement à Mérithia, qui


choisit une salle trop petite, et qui donna au sort trop de puissance au
mauvais moment. Ce qui résulta d'une formidable explosion entendue
dans toute la ville. Et aussi qu'un pan de mur et de toit fut projeté dans
les chambres - heureusement vides à cette heure de la journée - de
l'auberge en face. La protection contre les sorts lancée dans chaque salle
de pratique dédiée aux apprentis fonctionna aussitôt et protégea le corps
de Mérithia du retour du sortilège depuis les murs trop proche d'elle.

Mais à cause de la mauvaise répartition de la puissance tout ce


qui se trouvait derrière elle fut consumé ou soufflé par l'explosion : des
parchemins d'entraînement, de précieux ouvrages de magie, des tables,
des chaises, des pupitres et bien sûr, le mur et la toiture, mais aussi et à
la plus grande gêne de Mérithia tout le dos de sa tenue. L'arrière de sa
robe d'apprentie et ses sous-vêtements furent eux aussi complètement
consumés.
Si Molgius n'avait pas remarqué ce détail, tout empressé qu'il
était de voir si son étudiante vivait encore, ces camarades eux n'avaient
pas raté un seul moment de l'exhibition des charmes de Mérithia. Et
celle-ci dos à la porte offrait à leur vue une très jolie paire de fesses
pommelées, blanches, légèrement recouvertes de la cendre qui était
retombée après l'explosion. Pas uns, occupés qu'ils étaient à reluquer ou
à faire de gras commentaires ne remarquèrent que la tache du phénix,
elle aussi recouverte de cendres, était devenue plus rouge qu'à
l'accoutumée et qu'elle revenait tout doucement vers la couleur ambrée
qu'elle avait habituellement.

Si la réaction de Mérithia fut rapide comme un coups de fouet


cinglant et qu'elle chercha à se cacher le plus vite possible une fois
qu'elle eu réalisé son état vestimentaire, elle ne fit pas forcement le bon
choix en se retournant et en s'éloignant le plus possible de l'entrée de la
pièce et de ses compagnons de classe, en tournant cette fois son dos vers
le mur béant.

L'explosion avait attiré la foule qui contemplait et commentait


une fois encore "les excentricités et le danger que représentait cette
guilde de magiciens et de sorciers en plein dans la ville". Mais une fois
la surprise du spectacle offert, ils accueillirent la paire de fesses
blanches de Mérithia à travers le trou dans la tour, avec des sifflets et
des expressions gaillardes qui firent finalement vaciller la volonté de
Mérithia. A ce moment précis elle maudissait complètement cette
journée qui avait pourtant si bien commencé.

Molgius le visage grave lui tendit sa cape, qu'elle saisit et mis


aussitôt. Puis elle se terra rouge de honte dans un coin de la salle
pendant que celui-ci intimait avec fortes représailles et évocations de
corvées à ses camarades, de retourner sur le champ à leurs activités
estudiantines.
Il se tourna vers elle, et réellement peiné lui dit :

" Ta soif d'apprendre et ta gaucherie vont te jouer de mauvais tours ma


fille. Changes-toi et rejoins-moi dans le laboratoire du grand maître,
j'ai bien peur qu'il va falloir qu'on discute de ton départ de cette
guilde…"

Il fit une pause, regarda la jeune femme qui avait les larmes au
bord des yeux, et rajouta avec un ton qui se voulait plus rassurant :

"… et aussi parler de ton envoi dans une des tours d'entraînement
militaire de province. Ils ont des murs plus solides."

***

C'est depuis ce jour, qu'ont débuté les nombreuses et périlleuses


aventures de Mérithia, jeune mage du feu, surnommée Mérithia du
phénix par les mages… mais aussi connue sous le sobriquet de
Blanches-fesses par les villageois.

Comment on lui donna deux prénoms :


Mérithia du phénix dite blanches-fesses

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