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Notre Librairie

Revue des littératures du Sud
“Chez moi, je me détourne un peu plus souvent à ma librairie… Elle est au troisième étage d'une tour… Les livres ont beaucoup de qualités agréables à ceux qui les savent bien choisir ; mais aucun bien sans peine.” Michel de Montaigne, Les Essais

40 ans de littératures du Sud
Conseil scientifique de Notre Librairie
• Tahar BEKRI Université de Paris X - Nanterre • Jacques CHEVRIER Université de Paris IV - Sorbonne • Denise COUSSY Université du Mans • Daniel DELAS Université de Cergy-Pontoise • Jean-Pierre GUINGANÉ Université de Ouagadougou • Jean-Louis JOUBERT Université de Paris XIII - Villetaneuse • Ambroise KOM Université de Yaoundé • Bernard MOURALIS Université de Cergy-Pontoise • Liliane RAMAROSOA Université de Tananarive

Éditorial

L’embellie…

I

l n’est pas si loin le temps où – à quelques notables et illustres exceptions près – les écrits venus d’Afrique, des Caraïbes ou de l’océan Indien, quand ils ne rencontraient pas une totale indifférence, suscitaient, sous certaines latitudes, plus une curiosité d’amateurs d’exotisme qu’une réelle prise en considération. Trop rares étaient alors les chercheurs, universitaires, libraires et éditeurs attentifs à la création littéraire dans le Sud francophone. Et puis les temps ont changé. Les cercles se sont élargis et les publics aussi. Depuis un bon quart de siècle, la plupart des maisons d’édition ont rejoint les rangs des « précurseurs » et offrent dans leurs catalogues des titres, voire des collections entières, provenant d’auteurs du Sud. Aujourd’hui, les plus grands salons du livre, les principaux festivals, les grandes émissions et revues littéraires sollicitent, jusqu’à l’excès parfois, des écrivains qui, à la revue Notre Librairie, nous sont familiers. Après les temps difficiles s’annonce donc l’embellie.

Plus encore. Surprendre dans le métro parisien une conversation sur le dernier Dongala et la situation dans certains pays d’Afrique ; recevoir un appel téléphonique pour en savoir plus sur une rumeur de réédition de l’œuvre de Marie Chauvet : voilà qui ne trompe pas sur l’audience croissante de ces littératures. Certes, beaucoup reste encore à faire, notamment dans la rencontre des auteurs avec leurs propres publics nationaux. La revue Notre Librairie, trimestre après trimestre, s’y emploie depuis maintenant 150 livraisons, avec un tirage de 8 000 exemplaires en 144 pages couleur, diffusés principalement via le réseau culturel français à l’étranger et aussi avec plus de 14 000 téléchargements mensuels répertoriés sur le site Internet de l’ADPF. Un cédérom est offert avec ce numéro 150. L’index général de la revue et le site Internet y figurent de même que de nombreuses archives sonores et visuelles. Ces documents, comme les contenus du numéro lui-même, permettront aux universitaires, ainsi qu’à l’ensemble des lecteurs de la revue Notre Librairie, de mesurer le chemin parcouru et de voir que l’embellie annoncée est faite pour durer.
FRANÇOIS NEUVILLE
Directeur de publication

© Notre Librairie. Revue des littératures du Sud. N° 150. 40 ans de littératures du Sud. avril - juin 2003

Sommaire
À PROPOS... 5
• Hors-série Jean-Baptiste TATI-LOUTARD 5

1

LITTÉRATURES DU SUD ET CRITIQUE 1963-2003 7

Quarante ans de littérature africaine : de William Ponty à Barbès Jacques CHEVRIER 9 Le regard de la critique Jean-Louis JOUBERT 15 Les littératures du Sud comme objet d’enseignement et de recherche à l’université de Dakar Bassirou DIENG 20 Les littératures du Sud dans les pays du Nord : état des études et de la recherche Romuald FONKOUA 30 Entretien avec Marie-Clotilde Jacquey, ancienne rédactrice en chef de Notre Librairie Propos recueillis par Romuald FONKOUA 38

• •

2

PATRIMOINE LITTÉRAIRE 43
• • • •

Malcolm de Chazal, l’insulaire définitif Jean-Louis JOUBERT 45 Mongo Beti, écrivain atypique Ambroise KOM 50 Mohammed Dib : littérature et morale Tahar BEKRI 56 Émile Ollivier : le grand théâtre du monde Joubert SATYRE 62

© Notre Librairie. Revue des littératures du Sud. N° 150. 40 ans de littératures du Sud. avril - juin 2003

Revue des littératures du Sud.3 D’HIER ET DE DEMAIN : AUTEURS À (RE)DÉCOUVRIR 69 • • Écrire en Algérie .. avril . sept années de création Christiane CHAULET-ACHOUR 71 Naturelles correspondances entre l’univers haïtien et le « moi » universel chez Marie Chauvet Anne MARTY 76 Écrire l’Afrique aujourd’hui : les auteurs gabonais Papa Samba DIOP 81 David Jaomanoro. N° 150. un écrivain malgache francophone original Dominique RANAIVOSON 87 Patrice Nganang : des dignités dévaluées à la honte sublime Xavier GARNIER 93 René Philoctète ou le spiralisme discret Philippe BERNARD 97 L’œuvre méconnue de Fily Dabo Sissoko Jacques CHEVRIER 102 • • • • • 4 INÉDITS 106 • • • Tahiry Désiré RAZAFINJATO 107 Lyrique Théo ANANISSOH 109 Lumière de femme Aleth FELIX-TCHICAYA 111 ET AUSSI.juin 2003 .Maïssa Bey.. 113 • • • • INDEX DES NOTES DE LECTURE 113 NOTES DE LECTURE 114 VIENT DE PARAITRE 136 BREVES 148 © Notre Librairie. 40 ans de littératures du Sud.

© Notre Librairie. le cinquantenaire de sa littérature d'expression française. s'inscrit dans la maturité de la revue et la performance mérite d'être saluée ici. non seulement son rayon d'action.À propos Hors-série Jean-Baptiste Tati-Loutard* Les revues culturelles ont généralement une existence plutôt éphémère (Légitime défense. après une trentaine d'années de présence. avril . Aussi devrait-on se féliciter que Notre Librairie soit une belle exception… Sans doute grâce à une remarquable aptitude de mue. pour nous. cette année. mais aussi le cercle de ses amis. politique et sociale monolithique. Cette 150e livraison de Notre Librairie arrive. cette revue aura réussi à élargir. le rôle joué par les revues reste primordial dans la diffusion et la réception des œuvres. Il n'est que d'observer la constante mise à jour des bilans. pudique. Revue des littératures du Sud. quelquefois. avec Cœur * Poète et homme politique congolais. nous devons à la vérité de dire qu'elles lui sont redevables dans une large mesure. nouvelle. L'Étudiant noir…). à point nommé puisque le Congo fête. Le secret de cette réussite est sans doute lié à la démarche constative de la revue et cette manière de militantisme discret. gagé sur l'approche scientifique (la critique littéraire ayant été élargie aux sciences humaines ou relayée. Jean-Baptiste Tati-Loutard est. de longue date. pour se convaincre du dynamisme intellectuel qui anime cette revue et qu'elle suscite en retour chez ses lecteurs. C'est. par elles). il est loisible de constater les efforts des successifs comités à montrer la diversité des expressions littéraires de ce Sud trop souvent perçu comme une entité géographique. Cette 150e livraison. poésie). Le rôle joué par les revues reste primordial dans la diffusion et la réception des œuvres. N° 150. S'il est difficile d'évaluer la part de la revue dans la reconnaissance mondiale des littératures du Sud. À propos de ce rôle. l'intégration courageuse de la paralittérature (bande dessinée). ami et lecteur attentif de la revue. Car. d'année en année. en effet. la prise en compte toujours pertinente d'une actualité littéraire en perpétuel mouvement.juin 2003 . ainsi qu'une louable ouverture à d'autres expressions artistiques (cinéma). l'élargissement aux genres les moins prisés par les éditeurs (théâtre. l'effort d'analyse quant aux apports des différentes générations ou à l'investissement significatif des femmes dans le paysage littéraire. 40 ans de littératures du Sud. si la part du talent de chaque écrivain est déterminante dans sa forme littéraire.

ce fait indéniable qu'il y avait. un Panorama critique de la littérature congolaise. N° 150. elle aura aussi permis à la Babel africaine de ne se point sentir malheureuse de sa diversité. c'est un refus du paternalisme. au plan national. Et quand la revue aurait eu. roman de Jean Malonga paru dans les colonnes de la revue Présence Africaine en 1953. la première Anthologie de la littérature congolaise d'expression française1. en même temps. Pour prolifique qu'elle soit. Entre ces deux ouvrages consacrant de façon implicite l'idée de littératures nationales. Au risque de donner dans l'anecdotique.juin 2003 . © Notre Librairie. la manière constative de la revue venait confirmer. En repoussant toujours plus loin les apparentes barrières linguistiques. tous les éléments constitutifs d'une littérature nationale (le cas est alors patent avec le Sénégal ou le Cameroun).lecteurs) comme à l'esprit même de partenariat. paradoxalement. au Congo. la littérature congolaise n'en est pas moins. c'est d'avoir constitué. des velléités proches de l'humanitarisme culturel (accompagner le développement de réseaux de bibliothèques francophones dans les pays ACP). la plus importante source bibliographique consacrée à nos littératures. Par l’auteur. chez Présence Africaine. de nombreuses vocations. à ses débuts. En favorisant ces connexions entre pays du Sud. mais efficace. malgré l'usage du français ou. du fait même de cet usage ! La plus importante source bibliographique consacrée à nos littératures. que naît cette littérature. pour la recherche universitaire. Jean-Baptiste TATI-LOUTARD 1. Ces deux hors-série sur le Congo servirent d'élément catalyseur à l'éclosion d'une identité littéraire qui devint le ferment d'une fierté nationale génératrice. il faut bien admettre que l'idée a fait du chemin et le second numéro consacré par Notre Librairie aux écrivains congolais (1998) eut d'autant plus de succès. ce qui était magnifié. Revue des littératures du Sud. que sa sortie coïncida malheureusement avec la mort de l'immense poète Tchicaya U Tam'si. qu'il nous soit permis de livrer ici un témoignage susceptible de rendre compte du rôle souterrain. du fait même de cet usage ! Depuis. c'est moins les langues exogènes en elles-mêmes que les imaginaires qu'elles véhiculent à travers la manière de chaque écrivain. Et c'est sans doute sur la loi de ce refus que s'est constituée l'entreprise la plus exemplaire mais aussi la plus redevable à la synergie de ses animateurs (chercheurs écrivains . il convient de signaler un événement majeur : le hors-série que Notre Librairie consacra à la littérature… congolaise en 1977. Malgré l’usage du français ou. signait. Trois années plus tard. avril . exemplaire d'un dynamisme culturel partout présent au Sud. aux éditions CLE (Yaoundé). un couple d'universitaires français en poste à Brazzaville. simplement. En 1976 paraissait. paradoxalement. de façon implicite. Et s'il en est un mérite qu'on ne peut ni ne doit s'empêcher de reconnaître à la revue. ce qui fut constant. malgré les controverses. On le voit. Arlette et Roger Chemain. 40 ans de littératures du Sud. joué par la revue au Congo.d'Aryenne. au fil des ans.

ancienne rédactrice en chef de Notre Librairie Propos recueillis par Romuald FONKOUA 3 9 14 24 32 © Notre Librairie.juin 2003 . Revue des littératures du Sud. avril . 40 ans de littératures du Sud.1 Littératures du Sud et critique 1963-2003 Quarante ans de littérature africaine : de William Ponty à Barbès Jacques CHEVRIER Le regard de la critique Jean-Louis JOUBERT Les littératures du Sud comme objet d’enseignement et de recherche à l’université de Dakar Bassirou DIENG Les littératures du Sud dans les pays du Nord : état des études et de la recherche Romuald FONKOUA Entretien avec Marie-Clotilde Jacquey. N° 150.

juin 2003 .A vec le propos d’ouverture du poète Jean-Baptiste Tati-Loutard dans les pages précédentes. les quatre articles et l’entretien qui suivent constituent un panorama sur l’objet et le travail de Notre Librairie. Ils devraient permettre au lecteur de ce numéro 150 de mieux percevoir le long cheminement de la revue dans un horizon dont les points cardinaux vont du Sud au Nord et de l’œuvre littéraire à son examen critique. avril . Revue des littératures du Sud. Les bilans dressés par Bassirou Dieng et Romuald Fonkoua sont aussi pour nous l’occasion de saluer ceux qui – sur le continent africain et sur les autres – travaillent méthodiquement à une meilleure connaissance de ces littératures du Sud. © Notre Librairie. N° 150. 40 ans de littératures du Sud.

tels Aimé Césaire. indépendamment de Présence Africaine. Richard Wright. aujourd'hui.c'est ainsi que se désignent les intellectuels nègres . le continent africain s'éveille à la liberté et accède enfin à l'indépendance. Pendant près de vingt ans.juin 2003 . Quelques années auparavant. il s'agit. 40 ans de littératures du Sud. dont la plupart s'accordent pour revendiquer une « bonne décolonisation ». d'Amérique et des Caraïbes. dès 1934. avril . fondée en Un incontestable rôle de locomotive culturelle pour une bonne partie du continent. aussi bien sur le plan culturel que politique. N° 150. Prégnance de la poésie. C'était l'époque où. Léopold Senghor.Quarante ans de littérature africaine : de William Ponty à Barbès Jacques Chevrier En 1960. Pour des écrivains comme Césaire. mais bien avant cette date-balise. avant toute chose. Franz Fanon. de vilipender la négritude. Paris devait demeurer l'un des pôles dominants de la production littéraire africaine. Jacques Rabemananjara. © Notre Librairie. il faut toutefois bien voir qu'elle a exercé pendant plusieurs décennies un véritable monopole littéraire et joué un incontestable rôle de locomotive culturelle pour une bonne partie du continent. Revue des littératures du Sud. dont l'aboutissement politique est désormais très proche. à la Sorbonne.la place qui leur revient légitimement dans le processus de décolonisation. Georges Lamming. le fait littéraire y est déjà largement présent. l'un des pionniers de la Négritude avec Senghor et Léon-Gontran Damas. en 1956. sous l’égide de la négritude On est donc déjà loin de la prise de conscience nègre qui. le gratin de l'intelligentsia du monde noir. S'il est de bon ton.. d'accorder aux « hommes de culture » . le Premier Congrès international des écrivains et artistes du monde noir a en effet rassemblé à Paris. etc. avait conduit les animateurs de L'Étudiant noir à s'opposer à toute politique d'assimilation et à proclamer haut et fort les valeurs de civilisation du monde noir. au terme de près d'un siècle de domination coloniale. JacquesStephen Alexis. À cette prestigieuse tribune se sont alors succédé des délégués venus d’Afrique.

1957 . Mission terminée. 1956). Il s'honore. N° 150. Revue des littératures du Sud. publié en guise de préface à l'excellente Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache de langue française. 1955 . dans Hosties noires : « Je déchirerai les rires Banania sur tous les murs de France ». 1956). À l'origine de ce sursaut poétique. 1957). 1958). les poètes cèdent progressivement le pas aux prosateurs. Éthiopiques. les fondateurs de la revue Black Orpheus choisirent un titre qui faisait directement référence au célèbre « Orphée noir » de Jean-Paul Sartre. On ne s'étonne donc pas de l'importance prise dans ces textes du thème du retour aux sources. une date dans laquelle il faut voir avant tout un repère chronologique commode et non un tournant décisif de l'histoire des idées et des sensibilités. le petit panthéon des lettres africaines et caraïbes (pour l'instant on ne les distingue pas encore) manifeste déjà une incontestable richesse. Julliard. le célèbre roman 1. C’est la raison pour laquelle notre propos n’aborde pas le domaine de la production théâtrale. 1959). ceux-ci n'ont pas attendu l'indépendance pour prendre la plume. au Nigeria. alors que les anciennes colonies d'AOF et d'AEF accèdent à la souveraineté nationale. Feu de brousse. Une série d’œuvres poétiques majeures. 1937 . Ferrements. avril . 1956) et de Tchicaya U Tam'Si (Le Mauvais sang.1947. en effet. 1947 . Le Roi miraculé. Années 1950-1960 : naissance des futurs « classiques » de la littérature africaine Toutefois. 1945 . Renouer symboliquement avec un passé qu’on leur avait appris à dédaigner. qui mérite une étude à part. N'y relève-t-on pas les titres d'ouvrages qui font aujourd'hui figure de « classiques » : la tétralogie de Mongo Beti (Ville cruelle. de Rabemananjara (Antsa. et la chronologie fait apparaître que la décennie qui va de 1950 à 1960 a été particulièrement féconde dans le domaine de l'écriture romanesque. Le Seuil ne dédaignaient pas d'ouvrir leurs portes aux jeunes écrivains du monde noir. il faut imaginer le commun désir de tous ces créateurs d'échapper à la suprématie affichée de la culture occidentale et de renouer symboliquement avec un passé qu'on leur avait appris à dédaigner. Black Label.juin 2003 . de Césaire (Cahier d'un retour au pays natal. 1956 . À vrai dire. 1956). qui ne vont pas tarder à envahir le champ littéraire africain1. les savoureux récits de Ferdinand Oyono (Une Vie de boy et Le Vieux Nègre et la médaille. et du sentiment de révolte qui parcourt d'un long frémissement toute la poésie de la Négritude. Hosties noires. 1954 . de Senghor (Chants d'ombre. © Notre Librairie. que Senghor résume parfaitement lorsqu'il s'écrie. les grandes maisons d'édition parisiennes Plon. Le Pauvre Christ de Bomba. d'une série d'œuvres poétiques majeures qu'illustrent les recueils désormais emblématiques de Damas (Pigments. 1948 . procurée par Senghor en 1948. Et ce n’est sans doute pas un hasard si. 40 ans de littératures du Sud. En cette année 1960. en écho à la célébration du centenaire de l'abolition de l'esclavage.

N° 150. surtout. Jean-Marie Adiaffi (D'éclairs et de foudre. en 1972. C’est à une véritable explosion de la production littéraire africaine que l’on a assisté. c'est à une véritable explosion de la production littéraire africaine que l'on a assisté. la production poétique continue à se maintenir à un bon niveau avec la publication des textes majeurs de Tchicaya (Épitomé. de Cheikh Anta Diop. 1976). à leurs yeux. © Notre Librairie. comme l'expriment bien les premiers romans de Sembène Ousmane. paraissent en effet deux œuvres révolutionnaires à plus d'un titre Le Devoir de violence du Malien Yambo Ouologuem. O Pays. La Philosophie bantoue du Père Tempels. bientôt. « La littérature colonisée de langue européenne semble condamnée à mourir jeune ». La même année 1968. constitue un témoignage de première main sur la génération des anciens de la célèbre École Normale William Ponty. que se manifeste le plus clairement la bonne santé de la littérature africaine. en 1967. en 1977. et Les Soleils des indépendances 2.juin 2003 . évoquent le spectre d'un tarissement de la littérature africaine. de Paulin Hountondji. Revue des littératures du Sud. nous l'avons déjà dit. C'est dans le domaine de la prose romanesque [. Sa bonne santé et aussi son désir de rupture par rapport à l'esthétique néoréaliste qui prévalait jusqu'alors. en 1965. de Bernard Dadié. Paul Dakeyo (J'appartiens au grand jour. 1962 . de Franz Fanon. etc. postcolonial.. distingué par le Prix Renaudot. 1980).] que se manifeste le plus clairement la bonne santé de la littérature africaine. d'Amadou Hampaté Bâ. postcolonial. plus tard. 40 ans de littératures du Sud. indépendamment de l'avalanche d'essais qui manifestent la vitalité de la pensée et de la philosophie africaines Les Damnés de la terre. Antériorité des civilisations nègres. qu'il soit colonial ou. À mi-chemin du roman ethnographique et du récit de vie. déclarait Albert Memmi dans son Portrait du colonisé. Pacere Titinga (Refrains sous le Sahel. Véronique Tadjo (Latérite. Arc musical. plusieurs de ces textes s'inscrivent également dans la veine de la satire politique. Aspects de la civilisation africaine. Il n'en reste pas moins qu'en cette période de passage d'un monde à un autre. 1970 . dont L'Aventure ambiguë de Cheikh Hamidou Kane (1961) peut être considéré comme le paradigme. au-delà de l'autobiographie. de l'émancipation du continent noir2. On sait que l'avenir a fait justice des prévisions pessimistes de ces Cassandre et qu'en lieu et place de l'essoufflement annoncé.. avril .de Camara Laye (L'Enfant noir. La Veste d'intérieur. Fustigeant une société moribonde. Sur la philosophie africaine. Vers « l’âge d’or » de la création romanesque africaine Mais c'est dans le domaine de la prose romanesque. 1984)… L’engagement de leurs auteurs dans la dénonciation du pouvoir. ils préfigurent l'engagement de leurs auteurs dans la dénonciation du pouvoir. de Maryse Condé. celles d'Albert Memmi ou. En effet. sans oublier Climbié (1956). 1979). des voix discordantes. qu’il soit colonial ou bientôt. Les Bouts de bois de Dieu (1960). en 1961. conséquence probable.. tandis que se font jour de nouveaux talents. mon beau peuple (1957) et. dans lesquels se donne à lire une vision marxiste de la société sénégalaise. qui. en 1957. 1977). 1953).

discréditant du même coup toute une thématique du retour aux sources en perte de vitesse. Une véritable déconstruction du récit de facture classique. au Jeune Homme de sable (1979). Déconstruction que traduisent à la fois la disqualification du héros. Mutations et ruptures Cette analyse. en 1979. le lecteur assiste en effet à une véritable déconstruction du récit de facture classique. 1997). Revue des littératures du Sud. l'auteur des Soleils des indépendances s'attaque en effet au sacro-saint tabou de la langue française. observe en effet Jean-Claude Blachère. de Waberi (Cahier nomade. La Fabrique de cérémonies. Blachère in Négritures. J.juin 2003 . du premier roman du Congolais Sony Labou Tansi. 2001). d'Alioum Fantouré.d'Ahmadou Kourouma. parfois relayé par le brouillage onomastique et 3. 1998 . etc. et les mots pour le dire ne sont plus ceux des inventaires habituels »3. En introduisant l'oralité feinte dans son texte. la rupture du principe de la continuité narrative et le brouillage des instances discursives. « On ne reconnaît plus l'Afrique dans les romans de Sony Labou Tansi. Kourouma ouvre donc la voie à d'autres hardiesses d'écriture qui vont culminer avec la parution. Alors que Ouologuem fait voler en éclats le mythe de la grande fraternité nègre et dépeint une Afrique précoloniale en proie à la barbarie et aux pratiques esclavagistes. Les Soleils des indépendances inaugure la veine des romans du désenchantement. 40 ans de littératures du Sud. V. outre la production polymorphe de l'écrivain congolais. N° 150. Que ce soit dans les œuvres de Boubacar Boris Diop (Le Cavalier et son ombre. Ahmadou Kourouma y dénonce le règne du tyran sur fond de misère. En rompant délibérément avec la « littérature d'instituteurs » de la génération précédente (la formule est de Senghor). la publication du premier roman de Kourouma a surtout constitué un tournant décisif dans l'écriture romanesque africaine. La Vie et demie..-C. va nourrir toute une production romanesque qui s'échelonne du Cercle des Tropiques (1972). en passant par Les Crapauds-brousse (1979). Paris. le plus souvent incarné par un despote à la fois sanguinaire et dérisoire. avril . 1996). l’Harmattan. de Williams Sassine. vaut également pour toute une série de représentants de la nouvelle génération – « les enfants de la postcolonie » dit Waberi – et elle exprime bien la radicalisation du discours romanesque (et en partie dramaturgique) qui s'est opérée dans le sillage de l'auteur de La Parenthèse de sang. de Kossi Efoui (La Polka. et apporte la preuve éclatante qu'un écrivain africain peut se couler dans le moule d'une pratique langagière autre. d'Henri Lopes. outre son contenu explosif. car les lieux ne coïncident plus avec ce que l'on croyait savoir. de Tierno Monénembo. Ce procès d'un pouvoir totalitaire. 1993. L'un des premiers. © Notre Librairie. ou Le Pleurer-Rire (1982). Cependant. sans pour autant franchir le seuil de lisibilité. Un tournant décisif dans l’écriture romanesque africaine. de corruption et d'atteintes répétées aux droits de l'homme.

1982 (Monde noir poche) . Le Serpent à Plumes.. décrivent le scandale des enfants-soldats engagés dans des guerres civiles. Aminata Sow Fall (La Grève des Battù. une pléiade d'écrivains s’est rendue en 1998 au Rwanda. : Paris. elle apparaît de plus en plus comme l'une des composantes majeures d'une production romanesque qui est en train d'ériger l'obscène en catégorie littéraire. sur les lieux des massacres qu'évoquent tour à tour Boubacar Boris Diop dans Murambi. © Notre Librairie. qu'accompagne généralement une mise en scène carnavalesque.patronymique. 1979). Et les femmes ne sont pas en reste qui. et Emmanuel Dongala. en propulsant au premier rang de l'actualité ces deux amazones des lettres africaines que sont Werewere Liking (Elle sera de jaspe et de corail. 1979). 1987 . que renforcent encore les parti pris langagiers souvent paroxystiques des romanciers. réed. Tierno Monénembo dans L'Aîné des orphelins (2000). On doit l’expression à Emmanuel Dongala. dans Johnny Chien méchant (2002). 1983) et Calixthe Beyala (C'est le soleil qui m'a brûlée. L'obscène. etc. la remise en question du statut maternel et le choix d'une écriture de la transgression et de la violence. « Écrire par devoir de mémoire ». Les femmes [. ce n'est pas seulement la mise à nu du corps réduit à ses fonctions physiologiques. C'est encore une autre forme de violence. 1976). semble donc aujourd'hui inséparable de la représentation de ce « goulag tropical »4 que dessine progressivement le continent africain. Écritures de la violence Cette violence scripturaire n'est toutefois pas l'apanage des seules femmes écrivains. Une production romanesque qui est en train d'ériger l'obscène en catégorie littéraire. Hatier. initialement brisé par les Sénégalaises Mariama Bâ (Une si longue lettre. Le tout conduisant à multiplier les points de vue et à introduire à l'intérieur du récit une véritable belligérance du texte. etc.juin 2003 . 1996 (coll. Véronique Tadjo dans L'Ombre d'Imana (2000). Motifs). N° 150. Un certain délire verbal. Ken Bugul (Le Baobab fou. avril . tel qu'il s'affiche dans le texte africain contemporain.. Paris. dans Allah n'est pas obligé (2000). qui hante l'univers des cités et des banlieues 4. Répondant à l'invitation de l’association organisatrice du « Fest’Africa » de Lille. après un long silence. Revue des littératures du Sud. dans Jazz et vin de palme. 40 ans de littératures du Sud. moins spectaculaire mais tout aussi pernicieuse. Les Honneurs perdus. qui s'exprime à la fois par la dépréciation systématique de la société patriarcale. Tandis que Ahmadou Kourouma. dans la mesure où elles ne craignent pas d'engager une véritable guérilla féministe (tempérée il est vrai dans des œuvres plus récentes).] font une entrée en scène fracassante dans le paysage littéraire contemporain. font une entrée en scène fracassante dans le paysage littéraire contemporain. 1996). le livre des ossements (2000). mais c'est aussi le spectacle d'un monde désaccordé dans lequel le langage trébuche à dire l'insoutenable et l'horreur que convoquent des récits voués à l'évocation du génocide ou des guerres tribales. Abdourahman Waberi dans Moisson de crânes (2000). Deux auteurs d'œuvres dérangeantes.

Jacques CHEVRIER CIEF . Des textes où s'expriment la misère et la marginalisation des immigrés relégués entre ZUP.qui servent de cadre aux mésaventures de personnages fascinés par le mirage parisien. ou d’Agonies (1998) – les titres sont éloquents) – de Daniel Biyaoula. ont entrepris à travers leur expérience du roman policier. © Notre Librairie. ou Moussa Konaté (L'Honneur des Kéita. que ce soit à Bamako… ou à Barbès. 1998). de Place des fêtes (2001). tels Mongo Beti (Trop de soleil tue l'amour.juin 2003 . qu'il s'agisse de L'Impasse (1996). et même si elle fonctionne sur le mode ludique. Achille Ngoye (Sorcellerie à bout portant. avril . Revue des littératures du Sud. 1999). les zones d'urbanisation prioritaires. de déchiffrer la réalité des liens complexes et pas toujours pacifiés qui se tissent entre membres de la communauté africaine. N° 150. le cas échéant.Sorbonne Déchiffrer la réalité des liens complexes et pas toujours pacifiés qui se tissent entre membres de la communauté africaine. de Sami Tchak ou encore de Bleu-blanc-rouge (1998). d'Alain Mabanckou. et non des moindres qui. les zones d'attente pour personnes en instance (de rapatriement). etc.Université de Paris IV . enfin. 2001).. les zones d'éducation prioritaires et. ZAPI5… Enfin. un genre jusque-là peu représenté. Dans la nomenclature de l'administration française. 40 ans de littératures du Sud. la violence constitue encore le fonds de commerce d'un certain nombre d'écrivains. Bolya (Les Cocus posthumes. 2001). ces abréviations désignent respectivement. 5. ZEP et.

négro-africaine.Le regard de la critique Jean-Louis Joubert Il n’y a pas de littérature (au sens d’ensemble d’œuvres littéraires propre à une langue. évalue. Au tome III de l’ouvrage (« Littératures françaises. ce qui ne manque pas d’être significatif de la difficulté d’appréhension de l’objet littéraire africain. © Notre Librairie. etc. trie et donc légitime. N° 150. en prise directe avec la mémoire poétique orale. orientales et orales ». Revue des littératures du Sud. africaine. 40 ans de littératures du Sud. publiée sous la direction de Raymond Queneau. dans la section « Continents retrouvés ». Or cette réflexion se développe en deux endroits différents de l’œuvre. Une des premières réflexions sur ce sujet se rencontre dans l’« Histoire des littératures » de l’Encyclopédie de la Pléiade. avril . connexes et marginales ». Le cadre initial C’est dans la deuxième moitié du XXe siècle que se forme l’idée qu’il existe une (ou des) littérature(s) africaine(s) moderne(s) écrite(s). c’est qu’elle s’est imposée par un travail critique : les querelles terminologiques (faut-il parler de littérature noire. qui peut le mieux afficher la fierté de la négritude. et c’est la poésie. francophone. Auguste Viatte rédige le chapitre consacré aux « littératures d’expression française dans la France d’outre-mer et De la difficulté d’appréhension de l’objet littéraire africain.juin 2003 .) sans qu’elle ait été reconnue et constituée par un regard critique : c’est-à-dire un regard qui inventorie. nègre. un pays. ?) sont la preuve a contrario de l’efficacité de la critique – qui n’a d’ailleurs pas vocation à juger en dernier recours. dans lequel il brosse un panorama de l’oralité et de ses problèmes. Si la notion de « littérature africaine » est aujourd’hui acceptée (elle fournit une entrée à nombre de dictionnaires ou encyclopédies). Georges Balandier consacre un chapitre très informé aux « littératures de l’Afrique et des Amériques noires ». une communauté. et qui s’achève par quelques pages sur « l’œuvre écrite des Noirs africains et américains » : il présente cette « littérature noire » comme témoignant d’abord du « courage de s’affirmer nègre ». dans la section « Littératures connexes ». néo-coloniale. etc. 1955). postcoloniale. Au tome I d’abord (« Littératures anciennes. 1958). mais simplement à proposer des itinéraires d’exploration.

Édition originale : Düsseldorf/Köln. L’ouvrage a été corrigé et refondu dans Lilyan Kesteloot.] c’est le style. Jahn relève comme caractéristiques de l’africanité littéraire des éléments 1. Resma. car elle fut pendant longtemps la référence obligée des chercheurs3 . Ce travail. 1965. qui d’un côté s’enracine dans les millénaires de culture orale et doit être comprise dans le multilinguisme panafricain . à partir des années 1960.. qui a été le premier à rassembler une bibliographie générale de ce qu’il appelle la « littérature néo-africaine ». Colin. qui avait soutenu en Sorbonne et publié en 1925 une thèse sur L’Afrique occidentale dans la littérature française (Paris. Les Univers. Ce qui fonde l’unité littéraire africaine si ardemment postulée. la « francophonie littéraire ». critique original. autodidacte en un sens. puis dans son Manuel de littérature néo-africaine du XVIe siècle à nos jours. militante et véritablement fondatrice. enthousiaste. 2001. 7. Traduction française : Paris. Muntu. Il y est question aussi bien de la littérature des colons (André Demaison) que de celle des « natifs ». Un sort particulier est fait à Léopold Senghor. de l’Afrique à l’Amérique7. participe de l’élan du panafricanisme au moment où la plupart des colonies africaines retrouvent leur indépendance. emblématique de l’époque. c’est-à-dire la littérature écrite par des auteurs africains ou d’origine africaine5. Littérature nègre4. 5. déterminé par des schèmes de pensée et d’expression (les topoi selon la formule d’Ernst-Robert Curtius).à l’étranger ». comme dans les terres de diaspora nègre). Die neoafrikanische Literatur. L’homme africain et la culture néo-africaine6. 1969. qui « commence à lever ». Paris. Les écrivains noirs de langue française : naissance d’une littérature2. ce ne sont pas des critères géographiques ni linguistiques ni raciaux (la couleur de la peau ne s’imprime pas dans les textes). Larose). Histoire de la littérature négro-africaine. 1965. L’influence des prises de position de la négritude se marque sur les premières synthèses : la thèse de Lilyan Kesteloot.juin 2003 . Karthala-AUF. 1961. 2. U Prisme. Université Libre de Bruxelles. Il est aussi l’auteur en 1931 d’une Histoire de la littérature coloniale en France (Paris. Gesamtbibliographie von des Anfängen bis zur Gegenwart. Larose). 40 ans de littératures du Sud. déterminé par des schèmes de pensée et d’expression. N° 150. 6. Son projet est de définir ce qui caractérise l’appartenance africaine du vaste corpus qu’il a rassemblé sous le nom un peu étrange de « littérature asygimbienne » (Ptolémée désignait par Asygimbie l’ensemble des pays africains situés de l’autre côté des grands déserts). dans lequel trois pages traitent de l’Afrique noire. et un sort particulier est fait à Léopold Senghor. avril . Düsseldorf/Köln. © Notre Librairie. L’un des premiers critiques à s’intéresser à la littérature africaine moderne est Roland Lebel. 1974. Seuil. c’est le style. Ce qui fonde l’unité littéraire africaine [. coll. indépendant.. Eugen Diederichs Verlag. dont les nombreuses rééditions ont gardé le titre-fétiche. 4. Eugen Diederichs Verlag. Jahn a explicité sa conception dans un essai d’inspiration plutôt anthropologique. Revue des littératures du Sud. sous-tendu par la thèse de l’unité profonde de la culture africaine (en Afrique même. coll. le manuel de Jacques Chevrier. mais qui de l’autre côté prolonge la « littérature coloniale »1 et participe de ce que l’on va appeler. 3. 1963. Une place particulière doit être accordée à l’œuvre de Janheinz Jahn. Première édition : A. Traduction française : Paris. Bruxelles. Institut de Sociologie. La dualité des points de vue de Balandier et de Viatte pointe bien la réalité problématique de la littérature africaine moderne.

© Notre Librairie. Silex-Nouvelles du Sud. voire de régenter cette littérature9. nourri de panafricanisme militant et de marxisme. N° 150. Il faut « apprécier les œuvres africaines selon les normes propres au continent et selon les impératifs de la lutte de libération et de l’unité [et] encourager les créateurs africains dans leur mission de refléter les préoccupations du peuple ». On a retenu surtout l’importance donnée au rythme. D’où l’orientation socio-historique à la fois de l’écriture et de la réception des œuvres africaines. 2 vol. La critique universitaire s’engouffre dans cette voie et les thèses soutenues. pour avoir publié un roman. roman provocateur 8.juin 2003 . Paris.comme l’image magiquement évocatoire. L’orientation socio-historique à la fois de l’écriture et de la réception des oeuvres africaines. comparant les projets et les pratiques des poètes8. où il n’y avait pas de dénonciation de l’oppression coloniale. Utilisant des instruments critiques plus solides que ceux de Jahn et maîtrisant parfaitement la poétique triomphante des années 60 et 70. Michel Hausser. Cet horizon d’attente ne pouvait que refuser Le Devoir de violence. qui souligne sa liaison organique avec la parole traditionnelle de l’oralité. Pour une poétique de la négritude. Le texte et le contexte Cependant la production littéraire africaine.. souvent idéalisée. Le « Manifeste du Festival panafricain » d’Alger (1969) édicte la charte de la littérature politiquement correcte. privilégient les œuvres qui renvoient à une réalité africaine. et c’est devenu le pont aux ânes de la critique littéraire africaine que de faire admirer les grondements du tam-tam qui doivent nécessairement s’entendre dans tout texte d’auteur africain. et les revues. Car ce discours critique est essentiellement idéologique. parfois jusqu’à aujourd’hui. avec au premier rang Présence africaine. s’accompagne d’un important et incessant discours critique dont Bernard Mouralis a montré qu’il avait pour fonction d’orienter. Essai sur le statut. la prédominance des structures rythmiques (souvent polyrythmiques). Bernard Mouralis. qui se développe à partir de la parution de la célèbre Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache de langue française (1948) de Léopold Senghor. Michel Hausser analyse les composantes de la poésie de la négritude. Littérature et développement. Bingo ou La Vie africaine. Les magazines comme Jeune Afrique. 9. Il montre qu’il existe bien une rhétorique de la négritude. la fonction et la représentation de la littérature négro-africaine d’expression française. explicitée notamment par Senghor. Un important et incessant discours critique. 1988-1992. Il existe bien une rhétorique de la négritude. avril . Revue des littératures du Sud. L’Enfant noir (1953). multiplient les sujets du genre « La révolte » ou « Tradition et modernisme » ou « L’image de la femme dans la littérature négro-africaine de langue française ». 40 ans de littératures du Sud. Il ne fait pas bon s’écarter de cette orthodoxie. Paris. dans une note critique publiée dans Présence africaine par le futur Mongo Beti. l’énonciation impérative (c’est une littérature qui interpelle ses destinataires). et l’on sait que Camara Laye s’est fait vertement tancer. 1984. ACCT-Silex.

juillet-septembre 1986 . 11. Paris. des mythologies. 1982. © Notre Librairie. La Littérature africaine et sa critique. avec M. janvier-mars 2002. de la parole traditionnelle qui supposent des déchiffrements originaux. narratologiques. Questions de méthode Mais l’évolution majeure est venue de la multiplication de travaux universitaires appliquant aux textes africains les méthodes de la critique moderne qui s’est imposée dans la seconde moitié du XXe siècle. 1997-2001. il montrait. a. Y. Par ailleurs. couronné par le prix Renaudot en 1968. la dernière en date. où l’inventaire des ouvrages critiques occupe les pages 130 à 153. 3. Revue des littératures du Sud. La revue Notre Librairie. N° 150. n° 85.juin 2003 . a publié en 1986 trois numéros10 qui s’interrogent sur la portée de la notion. avril-juin 1986 . ACCT/Karthala. Pour avoir une bonne idée de cette richesse. Ngal. Mais c’est V. avril . pour la ramener à une appréciation plus directement littéraire. 10. M. Mais en même temps elle a réveillé un soupçon ancien : estce que des méthodes de lecture élaborées pour des textes européens (ou américains) peuvent valablement s’adapter à la spécificité des textes africains. 1986. L’Odeur du père. Paris.de Yambo Ouologuem. Y. on pourra se référer aux contributions bibliographiques régulièrement publiées par Notre Librairie. Ainsi. mais vilipendé par une grande partie de la critique africaine qui lui reprochait de démolir la belle image construite par la négritude d’une Afrique ancestrale idéale. Mode ou problématique. Les systèmes d’enseignement africains ont eu tendance à mettre à leurs programmes l’étude des auteurs nationaux. 40 ans de littératures du Sud. Langues et frontières. Histoire et identité. 1 500 nouveaux titres de littérature d’Afrique noire. Le postulat de l’unité littéraire africaine s’est trouvé contesté vers le milieu des années 1980. auteur de la première grande synthèse sur la critique de la littérature africaine12 : sans revendiquer comme certains une « coupure épistémologique » avec la pensée occidentale. D’où la floraison des analyses thématiques. Essai sur les limites de la science et de la vie en Afrique noire. Présence africaine. quand s’est développé un long débat autour de la question des « littératures nationales ». Locha Mateso. Mudimbe. n° 83. combien le texte africain écrit peut être tissé d’éléments venant des contes. 13. L’idée de littérature nationale ne pouvait que s’accorder à la volonté politique de consolider le sentiment de l’identité nationale dans des États aux frontières parfois artificielles. n° 84. 2. Mudimbe qui a poussé le plus loin la réflexion sur la possibilité d’une « autochtonie » de la littérature et de la pensée africaines13. Littératures nationales : 1. Sortir l’étude des littératures africaines de l’ornière du sociologisme. même si de nombreuses mises en garde se sont fait entendre pour dénoncer le danger de chauvinisme et de balkanisation de la littérature africaine.V. le postulat de l’unité littéraire africaine s’est trouvé contesté vers le milieu des années 1980. Le problème était déjà posé par Locha Mateso. etc. sémiotiques. 12.11 Le premier mérite de cette nouvelle inflexion critique a été de sortir l’étude des littératures africaines de l’ornière du sociologisme. n° 147. octobre-décembre 1986. qui avait contribué à l’inventaire des littératures nationales par ses numéros consacrés à la littérature dans les différents pays africains.

Villetaneuse Les tendances critiques les plus récentes semblent privilégier trois directions majeures. P. N° 150. Karthala. Un bon exemple en est donné par les travaux du colloque de l’APELA à Bruxelles. en 199715.Les tendances critiques les plus récentes semblent privilégier trois directions majeures.F. 15. c’est-à-dire dans le monde culturel anglo-américain. 2001.U. Littératures francophones et théorie postcoloniale. Une approche plus scientifique permettra d’analyser plus sereinement la question des liens entre littérature africaine et littérature française et de construire une périodisation spécifique de la littérature africaine..juin 2003 . Enfin. Paris. Jean-Marc Moura les a présentées au public de langue française dans un ouvrage dont le titre14 invite à confronter la nouvelle théorie aux outrances de certains chantres de la francophonie. il est médiateur entre langue et langage et dans la relation qu’ouvre toute œuvre littéraire : « Je te parle dans ta langue. p. Les champs littéraires africains. dit Édouard Glissant16. la discussion sur les littératures nationales. Le Discours antillais. dans les pays du Sud. le travail de la critique. textes réunis par Romuald Fonkoua et Pierre Halen. « Écritures francophones ». avril . Deuxième voie : les études littéraires « postcoloniales ». 322. 16. coll. et c’est dans mon langage que je te comprends ». sur des bases plus solides. Seuil. 14. qui ont connu une grande diffusion là où elles sont nées. Jean-Marc Moura. 1981. s’inquiètent de la place centrale donnée à la colonisation. 1999. une autre tendance s’inspire de la sociologie de Pierre Bourdieu et analyse la constitution de champ(s) littéraire(s) africain(s). © Notre Librairie. Édouard Glissant. Mais. Il participe à la constitution même du phénomène littéraire. surtout. Le travail de la critique participe à la constitution même du phénomène littéraire. Paris. renouvelant par là même. 40 ans de littératures du Sud. D’abord un retour à une histoire littéraire plus soucieuse d’établir rigoureusement les textes et les faits. Revue des littératures du Sud. Jean-Louis JOUBERT Université de Paris XIII . Indispensable. Paris. La disparition de quelques-uns des écrivains majeurs invite à mettre en chantier des éditions critiques puisant dans les éventuels fonds d’archives. au détriment de facteurs plus endogènes. Véritable innovation critique ou simple effet de mode ? Certains.

on retiendra que c’est en 1918 qu’a été créé le premier établissement d’enseignement supérieur en Afrique de l’Ouest française : l’École de Médecine. © Notre Librairie. qui aboutit à la fondation de l’Université de Dakar en 1957.juin 2003 . la particularité de l’université sénégalaise réside dans l’importance de Dakar dans le système colonial français. Cependant. la chimie et la biologie. les domaines d’enseignement et de recherche s’élargissent à la physique. N° 150.Les littératures du Sud comme objet d’enseignement et de recherche à l’Université de Dakar Bassirou Dieng La place des littératures du Sud dans l’enseignement et la recherche à l’Université de Dakar découle de multiples facteurs historiques. Il s’agit essentiellement de la constitution d’un savoir sur l’Afrique élaboré par trois générations : . La création d’un enseignement spécifique des littératures africaines dans le prolongement des préoccupations coloniales. Mais elle est fondamentalement associée à l’émergence de l’université africaine dont les rudiments sont inscrits dans les institutions de l’université française. . En 1940. est fondé l’Institut des Hautes Études. aujourd’hui Institut Fondamental d’Afrique Noire (IFAN).les administrateurs des colonies. Les premiers enseignements des littératures du Sud. sont initiés par Roger Mercier. auteurs des premiers récits et observations sur l’Afrique . En 1950.les missionnaires et les explorateurs. rattachée à l’académie de Bordeaux. Revue des littératures du Sud. avril . . Ils aboutiront à la création d’un enseignement spécifique des littératures africaines dans le prolongement des préoccupations coloniales. qui ont créé l’IFAN et ses centres pour gérer sur place les recherches sur le continent au profit de l’ordre colonial . Les institutions Pour ce qui concerne l’histoire. est fondé en 1938. réduits à « l’image de l’Afrique dans la littérature française ». dont l’avènement coïncidera avec la production d’un savoir polémique tendant à « déconstruire » une image négative. 40 ans de littératures du Sud.les élites africaines. L’Institut Français d’Afrique Noire.

de la littérature africaine : celle qui s’est développée à Paris. 40 ans de littératures du Sud. allant de la maîtrise au doctorat d’État. avril . reste tributaire des travaux scientifiques de haut niveau. par ailleurs. concerné par la littérature. littéraire et critique. etc. N° 150. des origines à nos jours. on aboutit en 1998 (date de départ du dernier coopérant français) à un équilibre paritaire voulu. Malgré plusieurs propositions de création d’un département de littératures et langues africaines.L’Université de Dakar connaîtra de profondes mutations avec la crise de mai 1968. le département de français a développé concomitamment des programmes sur les littératures africaines d’expression française et les littératures orales. tolérée par un enseignement consacré exclusivement à la littérature française. poésie. programmes et personnels de l’Université sénégalaise. L’Université de Dakar connaîtra de profondes mutations avec la crise de mai 1968. Papa Guèye Ndiaye et Lilyan Kesteloot. C’est ainsi que le département de français. peuvent être appréhendés dans le cadre des genres majeurs : roman. L’ampleur de la contestation des syndicats d’enseignants et d’étudiants poussera le gouvernement à adopter de profondes réformes dites d’« africanisation » des missions. Madior Diouf. structures. L’enseignement portant sur les littératures du Sud. le département de français a vu la conjonction du mouvement parisien. Ces travaux. D’une heure de cours annuelle. Par ailleurs. Revue des littératures du Sud. qui donne une dimension universelle à la question nègre. accueille un personnel africain et européen. Les programmes sur les littératures du Sud ont connu un essor rapide au rythme de l’« africanisation ». comme dans toutes les universités du monde. étudiant de manière égale la littérature française et les littératures du Sud. reste tributaire des travaux scientifiques de haut niveau qui l’informent. et celle issue des institutions françaises installées en Afrique.juin 2003 . Chaque groupe compte aujourd’hui environ huit enseignants. comme dans toutes les universités du monde. Mais on peut en circonscrire les lignes de forces à travers les thèses d’État soutenues par les principaux responsables de la discipline. Comme indiqué plus haut. a été maintenu. dont le profil permet dès le départ la rencontre de deux traditions. le choix d’un département de français. L’enseignement et la recherche L’enseignement portant sur les littératures du Sud. © Notre Librairie. théâtre. et à la tradition africaine développée par l’histoire coloniale. Le département a formé au même rythme des enseignants sénégalais dans les deux disciplines. ne peuvent être listés dans ce cadre restreint. avec la question nègre. autour des années 1970. littérature orale. On peut citer quatre personnalités dont les travaux orienteront durablement l’enseignement et la recherche dans cette discipline : Mohamadou Kane. Le nombre important de travaux et les programmes qui les déclinent.

dominée par la séduction de l’Occident et l’emprunt de ses modèles. Kane refuse le débat idéologique pour privilégier une « tradition littéraire » faite de continuité et de rupture. 9. d’autorité sans partage déterminé par ce colonisateur ». 1991. in Actes du colloque sur la littérature africaine d’expression française. Faculté des Lettres. Il récuse la lecture de la littérature africaine qui s’amorce où l’on classe auteurs et œuvres selon deux axes. séparant les défenseurs de la tradition et les partisans de la modernisation de l’Afrique. la première. qui est au départ culturaliste et idéologique. La thèse de doctorat de Mohamadou Kane. 3. « La littérature d’expression française en Afrique Noire. est le fait de quelques individualités. dans certaines œuvres. avril . l’autre chronologique. Mais le regard de l’Afrique sur le monde occidental incitera les Africains à accepter le progrès et la civilisation technologique pour le développement de l’Afrique. mais un mouvement de conciliation tendant à une synthèse nouvelle. il y eut une prise de conscience conduisant à l’affirmation des valeurs propres à l’Afrique et. 1881) dont l’univers est déterminé par l’atmosphère « fin de siècle » et le pessimisme naturel de l’auteur. NEA.juin 2003 . C’est après les désastres de la guerre de 1870 et de la Commune que la question coloniale fut posée en France et que la littérature coloniale fit ses débuts. 40 ans de littératures du Sud. le roman africain a ses sources dans l’entre-deux-guerres « caractérisé. Dakar. Mercier donne le ton du débat. l’un idéologique. Pour lui les œuvres africaines prennent le relais de la littérature coloniale. dirigée par Mercier. selon Mercier. p. n’est pas très éloignée de ces points. l’opinion était ignorante de la réalité outre-mer. Revue des littératures du Sud. Les travaux sur le roman dominent le mouvement critique qui s’est développé en Afrique. Selon lui. préliminaire d’une analyse ». Dakar. 2. L’image négative de l’Afrique. Mercier. 26-29 mars 1963. par l’esprit d’empire fait de domination sans tolérance. R. Roger Mercier rejette l’image d’une France (Europe) dominée par la mentalité coloniale dans les deux premiers tiers du XIXe siècle. Sous son impulsion a lieu le premier colloque sur la question1 en 1963 à Dakar. 1. où la critique et l’apologie de la tradition coexistent et s’interpénètrent pour produire non un modernisme intégral et un traditionalisme irréductible s’opposant l’un à l’autre. par conséquent. Dakar. de connaissance insuffisante du Noir par le colonisateur et de préjugés pour le Noir. © Notre Librairie.Le roman Les travaux sur le roman dominent le mouvement critique qui s’est développé en Afrique. L’opinion était ignorante de la réalité outre-mer. de résistance. N° 150. le long duquel se succèdent plusieurs époques. à la défense de la tradition. Faculté des Lettres. Roger Mercier est à l’origine d’une réflexion organisée sur le statut et les orientations de la nouvelle littérature. Après une première période. Université de Dakar. La thèse de doctorat d’État de Madior Diouf sur Les formes du roman négro-africain de langue française (1920-1976) 3 conforte l’approche idéologique. p. 1965. 25-43. sur Roman africain et tradition 2. 1982. en ce qui concerne la situation coloniale. Il cite l’exemple de Pierre Loti (Roman d’un spahi. Pour ce chercheur.

• la deuxième. © Notre Librairie. 4. Deux grandes périodes dans le développement du roman africain. 1991. antillais et africains. qui appartient à la deuxième génération des enseignants. Bruxelles. • la naissance de la négritude avec la revue L’Étudiant noir. du groupe africain et du groupe de la Renaissance nègre américain. Les travaux d’Amadou Ly6. • les indépendances africaines. 2001. qui démarre entre 1954 et1960. pendant et après la guerre . 1963. le roman de mœurs modernes ou de la vie africaine et le roman de l’aventure européenne. 40 ans de littératures du Sud. Surviennent ensuite le désenchantement (1969-1985) et l’angoisse de l’avenir. Karthala/AUF.juin 2003 . • l’avènement de la négritude militante. L’étude de la poésie est plus spécifiquement liée aux travaux de Lilyan Kesteloot et d’Amadou Ly. La poésie L’étude de la poésie est plus spécifiquement liée aux travaux de Lilyan Kesteloot4 et d’Amadou Ly. La poésie sénégalaise d’expression française : déterminations d’écriture. dominée par quatre courants littéraires : le roman de mœurs modernes. et de la diaspora en général. thèse de doctorat d’État. 5. fortement influencés par le surréalisme et le communisme .Ainsi. N° 150. Bien évidemment. Lilyan Kesteloot a étudié la rencontre des mouvements américains. s’attachent essentiellement à analyser la poésie comme écriture. autour du groupe de la négritude. Césaire et Damas . Dakar. Lilyan Kesteloot a enrichi régulièrement son texte dont la dernière version a pour titre : Histoire de la littérature négro-africaine5. avril . le roman historique et le roman autobiographique . voit également quatre courants dont certains prolongent la 1re période : le roman anticolonialiste. la totalité des genres sont étudiés dans leur convergence. marquées au départ par l’euphorie (1960-1969). Lilian Kesteloot propose la périodisation suivante : • à l’origine. Les écrivains noirs de langue française : naissance d’une littérature. Faculté des Lettres. jusqu’aux questions actuelles sur les littératures nationales. Il situe de manière plus précise la part de l’oralité littéraire africaine dans cette production. Institut Solvay. dans son travail. 386 p. Madior Diouf distingue deux grandes périodes dans le développement du roman africain : • la première couvre les années 1920-1954. Paris. animée par Senghor. 6. l’aventure européenne. Revue des littératures du Sud. c’est la jonction du groupe antillais.

in Actes du colloque sur la littérature africaine d’expression française. « à la fois ce qui s’enseigne (ce qui se reproduit) et ce qui permet de produire d’autres discours interminablement »11. Mohamadou Kane8 a répondu à ces critiques en soulignant le poids de l’oralité dans la production africaine. « Pour une théorie de la littérature africaine écrite ». la trilogie de Kouta). comme l’indiquent Roland Barthes et Algirdas Julien Greimas.Oralité/écriture La deuxième génération a étudié de manière plus approfondie la relation de l’oralité et de l’écriture dans ces littératures. Selaf. in Annales de la faculté des Lettres et Sciences humaines de Dakar. Cette relation est saisie sous l’angle du langage et de la pratique de différentes littératures considérées comme classes de textes. in Présence Africaine. n°191-192. qui raconte toujours une quête du pouvoir. « Sur les “formes traditionnelles du roman africain ». quant à elle. mais le modèle de communication des civilisations de l’oralité. Les drames se nouent et dénouent autour d’interactions verbales qui traduisent la parole commune (cf. L’auteur africain est dépositaire d’une mémoire habitée au départ par le corpus de la littérature française et celui de littérature orale. 1974. 7. 1988. Cités par Philippe Hamon in Collectif : Les sciences du langage en France au XXe siècle. pp. 40 ans de littératures du Sud. « La quête chimérique. pasteurs et pêcheurs. cit. N° 150. in Revue de Littérature Comparée. 1985. La littérature est ici. Ces recherches permettent d’entrevoir de manière plus précise quelques formes de transposition de modèles narratifs oraux. 11. épopée et romans) ». Ces recherches permettent d’entrevoir de manière plus précise quelques formes de transposition de modèles narratifs oraux. 67-79. Les Soleils des Indépendances et Monné. 99-121. 8. Ainsi. 308. op. Les travaux d’Alioune Tine9 et moi-même10 ont systématisé cette analyse. un exemple d’intertextualité ». in Annales de la faculté des Lettres et Sciences humaines de Dakar. avec des personnages sans épaisseur psychologique et une narration perturbée sans cesse par des intrusions d’auteur. 9. 10. l’oralité littéraire. 77-93. © Notre Librairie. p. 1980. 1991. L’œuvre de Massa Makan Diabaté ne réactualise pas. p. L’univers féroce de la lutte contre les fauves traduit bien celui des dictateurs sanguinaires de l’Afrique actuelle. « Les formes du roman ». Ahmadou Kourouma s’appuie sur l’épopée africaine et ses différentes formules. Alors que En attendant le vote des bêtes sauvages reprend la forme narrative de l’épopée corporative des chasseurs. La question de l’oralité et de l’écriture est posée depuis le colloque de 1963 où Victor Bol7 relevait que le roman africain s’appuyait sur un récit linéaire. pp. outrages et défis réécrivent le schéma narratif de l’épopée dynastique ouestafricaine. Pothier.juin 2003 . 536-568. pp. Revue des littératures du Sud. L’écriture peut aussi mettre scène l’énonciation d’une parole rituelle et cérémonielle comme dans Une Piqûre de Guêpe ou L’Assemblée des Djinns. Son écriture est le produit de pratiques discursives qui expliquent son rapport au monde. 133-138.. « Les genres narratifs et les phénomènes intertextuels dans l’espace soudanais (mythes. avril . p.

avec l’édification du Théâtre national Daniel Sorano. prit place à côté d’une farce de Molière. Le théâtre connaîtra un développement inégal suivant les pays. C’est le premier exemple connu du théâtre africain francophone. vont manifester à Paris la vitalité de ce théâtre. une pièce composée par les élèves dahoméens. comme le Guinéen Fodéba Keita. © Notre Librairie. étaient constitués de pagnes. avril . Il faudra attendre la création de l’École Normale des Instituteurs à SaintLouis en 1903 et l’arrivée de Georges Hardy en 1913 pour voir une initiation théâtrale véritable. qu’on appelait « théâtre indigène ». à l’École Normale William Ponty (Sénégal). qui étaient généralement des internes. Le théâtre africain est né du développement de l’enseignement colonial. dans les cours des écoles. À partir des années 58 et 60. après lui. instituteur sorti de Ponty. malgré leur hostilité à l’égard des cérémonies « païennes ». Revue des littératures du Sud. vont dénoncer la politique coloniale. une autre orientation va se dessiner. ont organisé des représentations lors des fêtes de Noël ou de Pâques. jouaient des saynètes pour agrémenter les fêtes de fin d’année. comme professeur. roi des Sanvi et ceux de Guinée-Conakry. N° 150. Les élèves ivoiriens présentent Assemien. le tout-Dakar (1 000 spectateurs) est présent à la Chambre de commerce pour assister à L’Élection du Roi (des Dahoméens). donne deux représentations au théâtre des Champs-Élysées. Ces premières représentations s’inspirent du théâtre européen. Mais c’est à partir des années 30 qu’apparaît un théâtre dit « africain ». Les chants et les danses ouvraient et fermaient la pièce. Lors des représentations. le théâtre va connaître un grand essor. directeur de l’enseignement et. 40 ans de littératures du Sud. Les professeurs incitaient les élèves à se tourner vers leur propre culture traditionnelle pour y puiser des sujets susceptibles de donner naissance à des pièces de théâtre. À la fin de l’année scolaire 1932-1933. de vestes boubous. Ce théâtre rencontre la censure de l’autorité coloniale. Le Sénégal est un pays hautement privilégié. Georges Hardy. Se tourner vers leur propre culture traditionnelle pour y puiser des sujets.juin 2003 .Le théâtre Le théâtre africain est né du développement de l’enseignement colonial. Les élèves. puis Albert Charton avaient compris la valeur éducative du théâtre et encouragèrent la créativité. Jean-Louis Monod. Même les missionnaires. pour des études supérieures. Avec l’arrivée de Béart à Ponty en 1935. date de la fin du théâtre de Ponty. Mais les Africains qui vont se retrouver en France. En 1935. Ce théâtre de Ponty atteint son apogée dans les années 36-37. les costumes. À partir de 1949. La troupe de Ponty. Le Sénégal est un pays hautement privilégié avec l’édification du Théâtre national Daniel Sorano. tirés des mallettes personnelles. Il faut également citer l’activité similaire de Charles Béart à l’école primaire supérieure de Bingerville en Côte-d’Ivoire. De nouveaux animateurs. invitée à l’Exposition internationale de Paris (1937). Le Capitaine Peroz et Samory à Bissandougou. la plupart des États accèdent à l’indépendance. dans les cours des écoles. « Bayol et Behanzin ».

1962). Ce sont des réactualisations des grandes figures de l’histoire africaine. Il existe ainsi une initiation aux études théâtrales dès la 1re année et un certificat de spécialisation en 3e année. L’accent sur l’étude des moyens d’expression scénique. a été créée. d’origine haïtienne : Lucien et Jacqueline Lemoine. 40 ans de littératures du Sud. Revue des littératures du Sud. La puissance de Um. © Notre Librairie. de même l’œuvre de Wole Soyinka qui exploite le rituel yoruba).. Monsieur Thogo Gnini de Bernard Dadié (Présence Africaine. N° 150. 1970.Les textes Schématiquement. Une revue annuelle. Un groupe dénommé « Atelier de recherche et de pratiques théâtrales » a été formé. expérience du groupe de la Camerounaise Wererwere Liking13 et de la Française Marie-José Hourantier en Côte-d’Ivoire . est le premier moyen d’expression artistique. CEDA. L’Exil d’Albouri de Cheik Aliou Ndao (Oswald. Les expressions scéniques de la culture africaine ont une place importante dans l’enseignement et la recherche : les rituels. DEA). la danse qui. pour les réhabiliter à travers des mythes modernes. 1972). en 1993. c’est le cas du Président de Maxime Ndebeka. Abidjan. Parmi les expériences de plusieurs spécialistes du théâtre en Afrique qui ont été étudiées. • Le Koteba (grand escargot) du Mali. Le récit se réduit au profit du jeu physique. avec le titulaire actuel Ousmane Diakhaté12.juin 2003 . depuis 1987. Ousmane Diakhaté a soutenu. on peut citer : • La Compagnie Didiga (issue du Groupe de recherches des traditions orales) de Bernard Zadi Zaourou à Abidjan . L’enseignement et la recherche sur le théâtre. dans la société africaine. avril . Pour devenir un jeu dramatisé dans un espace.. des régimes politiques. intitulée : Théories du jeu de l’acteur en Europe au XXe siècle : une lecture africaine. une thèse d’État à la faculté des Lettres et Sciences humaines de Dakar. on peut diviser les grandes pièces du répertoire originel en trois catégories : • les pièces historiques sont de loin les plus importantes.A. Entracte. On peut citer La Mort de Chaka de Seydou Badian (P. avec le soutien de deux comédiens du Théâtre national Daniel Sorano. sous la forme de satire. • il y a enfin les pièces de mœurs sociales comme Trois prétendants. 12. Pour devenir un jeu dramatisé dans un espace. Le département associe recherche et pratique. il est transposé en fable à jouer. Le conte fait l’objet d’une large exploitation. un mari de Guillaume Oyono Mbia (Clé.. • la deuxième catégorie concerne les pièces qui font une critique sévère du présent. mettent l’accent sur l’étude des moyens d’expression scénique. 1964). ainsi qu’un séminaire en études théâtrales dans le cadre des diplômes d’études approfondies (1re année du 3e cycle. 1965). 13. comme cérémonies réglées de paroles et de gestes (cf. il est transposé en fable à jouer.

Paris. L’avènement des États africains indépendants est marqué par le souci de coordonner la collecte et l’analyse des sources relatives à l’histoire des nationalités souvent identiques de part et d’autre des frontières des nouveaux États. N° 150. histoire. doivent être considérées en relation avec les autres secteurs de la même culture : la technique et l’économie. l’ethnologie. tout particulièrement la nécessité du travail interdisciplinaire impliquant la linguistique. La nécessité du travail interdisciplinaire impliquant la linguistique. Les enseignements et les recherches prennent en charge systématiquement l’ensemble des genres oraux : mythe. l’ethnologie. Toute action de recherche se fonde sur une collecte et l’établissement d’un texte avant toute analyse. institutions politiques. © Notre Librairie. La geste d’El Hadj Oumar et l’islamisation de l’épopée peule traditionnelle. pour être pleinement comprises.juin 2003 . Dakar. Karthala/Unesco.La littérature orale L’enseignement et la recherche sur les littératures orales restent également liés aux études africanistes.). épopée et poésie orale. à l’origine. B. ethnologie. à Dakar. avril . L’épopée du Kajoor. Samba Dieng. se compose de quatre enseignements d’une heure : littérature orale. Mais dès les premières thèses des spécialistes qui sont aujourd’hui les titulaires dans cette discipline14 il y a un parti pris qui met l’accent sur le fait littéraire et les sciences du langage. associations. Faculté des lettres. 40 ans de littératures du Sud. B. Ces disciplines ont privilégié dans leur approche les concepts de société et de culture. 1989. L’ethnologie a élargi les perspectives sociologiques en montrant que les organisations sociales proprement dites (système de parenté. 625 p. établi en 1969 à Niamey. Dieng. De différentes rencontres sur ces questions découle une méthodologie qui détermine très largement la création des enseignements de littératures orales en Afrique. Elles ont permis une connaissance scientifique des phénomènes sociaux. conte. 1997. Les épopées d’Afrique noire. 1997. par l’impact considérable de l’anthropologie et de l’ethnologie. linguistique. Revue des littératures du Sud. etc. 14. Paris/Dakar. thèse de doctorat d’État. C’est ainsi que le Certificat de civilisations africaines en 3e année. ACCT/CAEG. Les travaux de recherche et les enseignements sont sous-tendus. C’est ainsi que dans la zone soudanosahélienne on a créé le Centre régional de documentation pour la Tradition orale (CRDTO). l’histoire et la musicologie. Cette décision prolonge celle de la quatorzième session de la Conférence générale de l’Unesco d’inclure dans son programme prioritaire le Projet d’histoire générale de l’Afrique. le rituel et les conceptions philosophiques. l’histoire et la musicologie. les arts et les croyances. Dieng et L. Kesteloot.

Bérenger Féraud. Leroux. Enda/Ifan. • une analyse poussée des techniques de narration orale. Paris. considérées comme lieux de réinterprétation critique des éléments des mythes fondateurs et des épopées (récits historiques. deux facteurs ont déterminé l’importance accordée. Contes soudanais. suivis de quelques traditions religieuses musulmanes chez les Soudanais. aux recherches épiques. • une interprétation littéraire des significations du conte. Leroux. Les travaux sur le conte s’appuient sur une longue tradition qui se systématise avec les Contes du Sénégal et du Niger15 de Francis de Zeltner.A.juin 2003 . N° 150. 40 ans de littératures du Sud. Paris. Idem. 15. Paris. si les travaux sur le conte ont été très développés par les africanistes. 1905. 3 vol. Les quelques 150 étudiants inscrits au Certificat de civilisations africaines et à celui de littératures d’Afrique. 1885.. Charles Monteil16 et François Victor Ecquilbec17. ce sont ceux portant sur l’épopée qui constituent les contributions majeures de l’Université de Dakar. qui prolongeront ces éditions de textes en proposant les premières classifications et interprétations de ces récits. sont tenus de procéder à une collecte. Enda/Ifan. 16. Leroux. Le premier découle des études africanistes qui. L’épopée Comme indiqué plus haut. L’examen fait l’objet d’un dossier sur une œuvre orale établie et interprétée. jusqu’en 1960. 1913.Le conte Même.. L’autre facteur découle paradoxalement de l’ampleur des corpus épiques dans l’Ouest sahélien et de leur importance dans la culture des groupes concernés. 1903. Essai sur la littérature merveilleuse des Noirs suivi de Contes indigènes de l’Ouest africain français. © Notre Librairie. contes et mythes wolof II. 1992. Paris. p. P. sous le titre : Contes populaires d’Afrique occidentale. Recueil de contes populaires de la Sénégambie. Les contes populaires d’Afrique. Guilmoto. B. Paris. rééd. L’ampleur des corpus épiques dans l’Ouest sahélien et leur importance dans la culture des groupes concernés. chaque année. 18. Contes seereer. Du Tieddo au Talibé. avril . J. Leroux. Revue des littératures du Sud. Contes et mythes du Sénégal. cf. La cassette de la collecte est déposée. 2001. Basset. L’enseignement et la recherche sur le conte privilégient les axes suivants18 : • une analyse systématique de la syntaxe narrative . 17. Cette sauvegarde de la littérature orale alimente d’importants travaux de mémoires et de thèses. dans le cadre des thèses d’État. et comme expression des institutions sociales et politiques dans l’histoire. a considéré que ce genre était inexistant en Afrique. Les contributions majeures de l’Université de Dakar. R. dits de la diachronie). 1913-1916. des stratégies énonciatives du conteur et de ses procédés stylistiques .2002. Paris. 1972 . Bassirou Dieng et Lilyan Kesteloot. aussi : L. Dakar. Amade Faye et Raphaël Ndiaye. Paris. Cette sauvegarde de la littérature orale alimente d’importants travaux de mémoires et de thèses. I et II.

l’épopée est essentiellement un discours idéologique où la masse des récits peut s’organiser en constellations signifiantes de divers champs historiques. avec le départ à la retraite de la génération qui les a fondés. de l’Afrique aux Amériques. mais celui d’un « je » exprimant son être – au monde. La nouvelle génération privilégie moins les questions culturalistes et idéologiques.C’est D. Faculté des Lettres et Sciences humaines. qui sous-tend le récit. Les écrivains ne sont plus perçus sous l’angle d’un « nous » racial et messianique. Les schémas qui informent les systèmes sociaux et politiques. Les épopées ouest-africaines. par le simple intitulé d’un texte établi en 1960 (Soundjata ou l’épopée mandingue19). La déstabilisation et. inaugure au plan mondial des recherches d’une ampleur considérable.juin 2003 . ensuite. © Notre Librairie. largement étudiées à Dakar. la famille et le sacré. les rituels d’intronisation et les procédures de légitimation dynastique. en passant par les mythes de l’immigration soninké. L’analyse synchronique de toutes les versions recueillies révèle que le griot use d’un schéma narratif invariant pour chanter la geste du héros-roi. dont le premier modèle connu est celui du Soundjata (XIIIe s. département de français 19. Au plan diachronique. Au fil de l’histoire. les rituels d’intronisation et les procédures de légitimation dynastique jusqu’à la mise en place de l’administration coloniale. De la cosmogonie dogon à l’épopée de Soundjata. le commerce atlantique favorise les facteurs endogènes qui conduisent à la féodalisation des royaumes et à la centralisation du pouvoir.). institutionnelle et politique. Revue des littératures du Sud. Conclusion L’enseignement et la recherche sur les littératures du Sud à Dakar. Niane qui. avril . est toujours centré sur une quête du pouvoir. mettent en scène un système politique et social fondé primitivement sur une organisation patriarcale tournée vers la terre. Présence Africaine. semblent s’être élaborés les schémas qui informent les systèmes sociaux et politiques. Son action vise à réguler une crise sociale. T. 1960. 40 ans de littératures du Sud. entrent dans une nouvelle phase. la disparition de ces royaumes proviendront du développement des foyers islamiques et de la conquête coloniale. Paris. est distribuée ici en épisodes multiples prenant en charge sept siècles d’histoire en fixant les faits politiques majeurs. L’étude des séries littéraires met l’accent sur les pratiques langagières et les techniques d’écriture. N° 150. De ce point de vue les récits épiques retracent la trajectoire des sociétés africaines. Plus remarquable est la manière dont l’évocation historique se réfère à chaque époque aux mythes constitutifs de la culture soudanaise. L’épopée. L’itinéraire de ce personnage. Bassirou DIENG Université Cheikh Anta Diop de Dakar. La traite négrière accentuera ce type de régime politique.

dans les Universités de Tübingen.juin 2003 . Dans la dernière. à travers la Society for Caribbean Research (Berlin. Dans les deux premières. Vienna). Par commodité. Dans l’ancienne Allemagne de l’Est. Si on laisse de côté la recherche consacrée à l’histoire et à la politique (Hambourg ou Berlin). les rapports entre ces mêmes pays et des groupes qui. 40 ans de littératures du Sud. pour des raisons liées aux relations très anciennes de l’Allemagne avec ce pays depuis son indépendance en 1804. nous vous proposons un voyage dans la galaxie des centres d’études et de recherches sur ces littératures. © Notre Librairie. aussi bien à Saarbrücken qu’à Mainz. en Les études des littératures des pays du Sud se sont principalement développées dans l’ancienne Allemagne de l’Ouest. en suivant un itinéraire qui nous mènera de l’Europe à l’Asie. Timidement d’abord au cours des années 60. qui constituaient l’objet essentiel des recherches. Ici. Le foyer germanique Le foyer germanique constitue un premier foyer d’études des littératures d’Afrique et des Antilles. aux autres îles des Caraïbes. au début des années 80. les études consacrées aux littératures d’Afrique ont conduit à une spécialisation (à partir des langues romanes et des langues africaines) dont on peut suivre aujourd’hui encore la fortune. Les études consacrées aux Antilles et aux Caraïbes ont été plutôt menées à la Freie Universität de Berlin. N° 150. les études consacrées aux littératures africaines et antillaises se sont développées en même temps que les études de littérature française du XXe siècle.Les littératures du Sud dans les pays du Nord : état des études et de la recherche Romuald Fonkoua Les études sur les littératures des pays du Sud sont apparues dans les pays du Nord au cours de la seconde moitié du XXe siècle. en passant par les Amériques. les relations entre les pays de l’ex-bloc communiste et les États se réclamant du socialisme d’une part. les études sur les littératures de l’Amérique latine. Bamberg et Bayreuth. avril . Revue des littératures du Sud. ont été étendues à Haïti d’abord à la fin des années 70. puis. on constatera que les études des littératures des pays du Sud se sont principalement développées dans l’ancienne Allemagne de l’Ouest. elles se sont imposées comme une des dimensions importantes de la recherche intellectuelle occidentale au tournant des années 80 et 90.

Le foyer anglo-saxon Les pays anglo-saxons constituent un second foyer d’études de ces littératures. on remarquera l’intérêt croissant de certaines Universités polonaises (Cracovie en particulier) pour les littératures d’Afrique qui se développe en même temps que s’y découvrent les littératures francophones de Belgique ou du Québéc. En Irlande. de nombreux chercheurs intéressés ont créé en 1990 une association d’études (ASCALF) qui consacre à ces sujets chaque année un colloque ou une journée d’études. le SOAS (School of Oriental and African Studies) propose des études des pays de l’Afrique noire anglophone avec la collaboration d’autres centres de recherche européens. Dans le sillage des travaux consacrés à la géographie coloniale et à l’anthropologie culturelle. La chute du mur de Berlin a révélé par exemple le grand intérêt de l’Université de Leipzig pour les études africaines et antillaises. À Cambridge. il faudrait également noter tout ce qui se fait en particulier en Autriche qui s’est ouverte depuis peu aux littératures d’Afrique noire.juin 2003 .Afrique ou en Amérique latine. N° 150. dans tous les genres. En Écosse. les études consacrées aux littératures d’Afrique noire. En Angleterre. tout comme l’intérêt de la célèbre Université de Humboldt pour ces mêmes sujets. se sont développées à l’université de Bristol aussi bien au département de français (pour les littératures et la musique d’Afrique noire francophone et de l’océan Indien) qu’au département des arts du spectacle (pour le cinéma d’Afrique du sud). les études des littératures des pays du Sud ont été établies généralement dans le sillage des travaux consacrés à la géographie coloniale et à l’anthropologie culturelle. et pour permettre de mener à bien des études littéraires à part entière. Plus près de l’Allemagne. des Antilles et de l’océan Indien. En outre. on relèvera le travail accompli au Trinity College de Dublin pour faire connaître aussi bien les littératures coloniales de langue française que les littératures des Antilles. pour sensibiliser l’institution universitaire et les établissements secondaires aux littératures des pays du Sud. sous l’égide du Groupe d’études interdisciplinaires Afrique-Europe (AESIS). Au Royaume-Uni. Dans ce foyer germanique (sans aucune connotation autre que géographique). et publie régulièrement leurs travaux dans un bulletin. Revue des littératures du Sud. 40 ans de littératures du Sud. avril . le département de français du Trinity College a entamé et poursuit actuellement une série d’études et de traductions consacrées aux poètes (Césaire et Senghor) et aux penseurs (Glissant et Fanon) de la francophonie. À Londres. on notera les travaux sur les Antilles entrepris en particulier à Aberdeen. L’intérêt croissant de certaines Universités polonaises (Cracovie en particulier) pour les littératures d’Afrique. © Notre Librairie. ont été persécutés en raison de leur socialisme ont favorisé la recherche sur les littératures d’Afrique.

Le foyer belge, néerlandais et scandinave
Un troisième foyer est constitué par les pays de l’Europe du Nord : belge, néerlandais et scandinave. En Belgique, à Louvain-La-Neuve puis à Liège, notamment, se sont développés à la fin des années 60, puis au cours des années 70, des centres de recherche consacrés d’abord aux littératures d’Afrique noire (le Congo et le RwandaBurundi) autour de l’africaniste Albert Gérard. Les travaux de l’Université de Liège sont de plus en plus orientés vers les études de communication littéraire, de paralittérature en Afrique et de sociocritique appliquée au champ africain. Parallèlement, se sont développées ces dernières années à Anvers des études consacrées aux littératures des Caraïbes. Les Pays-Bas ne sont pas en reste. Ouverts sur le monde grâce à ses ports (Rotterdam, Amsterdam), abritant l’une des plus fortes communautés américaines d’Europe (originaires du Surinam) et l’une des plus hautes juridictions internationales (le Tribunal de La Haye), les Pays-Bas ne pouvaient faire moins que d’accorder une place essentielle à l’histoire et à la politique de l’Afrique d’abord, à l’anthropologie et à la sociologie ensuite qui constituent les bases de l’avènement des études littéraires actuelles. Il s’est développé à Leiden depuis la fin des années 70 un centre de recherche en sociologie de l’Afrique noire qui édite aussi un Journal of African languages and Linguistics. Parallèlement, se sont créées des études interculturelles sur le monde noir dans le cadre général des études comparatistes néerlandaises. Ces études viennent compléter celles que l’Université d’Utrecht nourrit depuis longtemps pour les études des littératures de plusieurs pays d’Amérique (Guyane et Surinam) et des Caraïbes produites aussi bien en langues européennes que dans les langues locales (le papiamientu ou les créoles). Au Danemark et en Suède, l’accroissement des programmes d’aide aux pays africains au cours des années 70 et 80 a entraîné la mise en place de centres d’études dont l’une des missions est l’orientation et le suivi de ces programmes. Tel est l’exemple du Centre d’études africaines de Copenhague (SOAS). Les études sur les langues (le swahili et le portugais) et les littératures d’Afrique ne constituent qu’une partie d’un ensemble plus vaste qui comprend la politique, la sociologie, l’agronomie et le droit. Les études portent essentiellement sur les pays de l’Afrique de l’Est (Ouganda, Tanzanie) où l’Institut danois a noué des contacts fructueux avec des centres de recherche locaux comme le MISR (Institut de Recherche de Makerere) ou le département de sciences politiques de Dar es Salaam. Même si la recherche africaniste semble limitée ici par un intérêt économique et politique plus évident, elle ne situe pas moins les véritables enjeux d’une démarche critique dont on peut mesurer l’intérêt à travers les politiques de coopération de recherche qui ont été mises en place dans le domaine de la littérature.

Les Pays-Bas ne pouvaient faire moins que d’accorder une place essentielle à l’histoire et à la politique de l’Afrique d’abord, à l’anthropologie et à la sociologie ensuite.

Au Danemark et en Suède, l’accroissement des programmes d’aide aux pays africains au cours des années 70 et 80 a entraîné la mise en place de centres d’études.

© Notre Librairie. Revue des littératures du Sud. N° 150. 40 ans de littératures du Sud. avril - juin 2003

Le foyer francophone
Un quatrième foyer d’études littéraires des pays du Sud peut être situé autour de la France. Ce pays se caractérise d’abord par une diversité géographique, entre l’Europe et l’outre-mer. Certains centres d’études se situent ainsi sur les lieux mêmes de la recherche, comme c’est le cas dans les départements français qui forment l’UAG (Université des Antilles Guyane) ou en Polynésie française. Le GEREC (Groupe d’études et de recherches créoles) ou le GERAG (Groupe d’études et de recherches des Antilles Guyane) contribuent au développement des études sur les littératures de ces régions. En France, les études sur les littératures des pays du Sud se sont généralisées dans le même temps que les lieux de recherche se sont spécialisés. On relèvera ainsi le travail pionnier du CEAN (Centre d’études d’Afrique noire) de Bordeaux. Ici, ont été regroupées des équipes dont l’objet portait effectivement sur les littératures d’Afrique noire, et d’autres dont l’objet portait sur les Antilles. Depuis, le centre s’est également orienté vers la linguistique africaine. L’Université de Villetaneuse, pour sa part, a créé au début des années 80 un pôle d’études consacré aux littératures maghrébines, auquel sont venues s’ajouter les études sur les littératures d’Afrique noire et de l’océan Indien. Depuis de nombreuses années, à Créteil (Université Paris-XII), le CERCLEF (Centre d’études et de recherches de civilisations et littératures d’expression française) a orienté ses travaux vers les littératures d’Afrique noire francophone. Un travail de recherche identique se poursuit au CIEF (Centre international d’études francophones) de La Sorbonne ainsi qu’au sein du CERC (Centre d’études et de recherches comparatistes) de la Sorbonne nouvelle. Les études littéraires des pays de langue anglaise sont entreprises dans les unités qui se consacrent aux littératures du Commonwealth (Institut Charles V). La création du CRTH (Centre de recherche Texte/Histoire) au début des années 90 à l’université de Cergy-Pontoise a permis de développer des recherches dans les domaines des littératures d’Afrique noire, des Antilles et du Maghreb ainsi qu’une UMR (Unité mixte de recherche) consacrée à la dictionnairique dont une part des travaux est axée sur les dictionnaires francophones et créoles. Hors de la région parisienne, il se maintient à Lille III au sein de l’équipe d’accueil ALITHILA (Analyses littéraires et histoire de la langue) tout comme à Rennes II au sein de l’ERELLIF (Équipe de recherche sur la diversité linguistique et littéraire du monde francophone) un groupe de recherches en littératures francophones. Cette dernière université (Rennes II) abrite l’un des seuls centres français de recherche sur les littératures de la lusophonie qui est aussi à l’origine de l’ADEPB puis de l’ADEPBA (Association pour le développement des études portugaises et brésiliennes de l’Afrique et de l’Asie lusophones). À Nantes, il a été établi pendant plusieurs années, au sein des études comparatistes, un groupe de recherches

En France, les études sur les littératures des pays du Sud se sont généralisées dans le même temps que les lieux de recherche se sont spécialisés.

Rennes II abrite l’un des seuls centres français de recherche sur les littératures de la lusophonie.

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sur les domaines caraïbes et antillais. À travers les études de littérature anglaise, comparatistes et francophones, l’Université de Montpellier a fondé des axes de recherche sur les littératures coloniales (au sein de la SIELEC) d’Afrique noire, du Maghreb et des Antilles, tandis qu’à Nice (Université Sophia-Antipolis) une unité de recherche des littératures d’Afrique francophone s’est constituée en même temps qu’une autre sur les littératures du Commonwealth, tout comme au Mans, à Montpellier, à Perpignan ou à Toulouse. À Metz, il est en train de s’établir peu à peu un centre d’études des littératures des colonies et d’Afrique au sein d’un centre d’études comparatistes. À Aix-en-Provence, qui conserve les archives coloniales de la France, les études littéraires antillaises se sont développées à partir d’une perspective de linguistique créole. La plupart des chercheurs de ces domaines littéraires se sont regroupés au sein de l’APELA (Association pour l’étude des littératures d’Afrique) depuis 1984 et, depuis moins de trois ans, autour de la SOFRELIF (Société française d’études littéraires francophones). On le voit, les études littéraires des pays du Sud sont entrées dans les mœurs et les usages universitaires français et se banalisent d’autant plus que figurent depuis 1984 au programme de l’enseignement secondaire et des concours de recrutement d’enseignants (en anglais, en français et désormais en créole) des auteurs des pays du Sud (Kateb Yacine, Birago Diop, Léopold Sédar Senghor ou Aimé Césaire).

Les études littéraires des pays du Sud sont entrées dans les mœurs et les usages universitaires français et se banalisent.

Le foyer latin
Le foyer latin regroupe les pays du sud de l’Europe. La proximité de la Méditerranée (comme c’est le cas de l’Italie), les liens coloniaux anciens et récents (l’Italie pour l’Éthiopie, l’Érythrée et le Maghreb, l’Espagne pour les Antilles et les Caraïbes, le Portugal pour l’Afrique noire) expliquent cet intérêt. En Italie, les Universités de Bari, Bologne, Lecce, Milan, Parme, Rome, Trieste et Turin ont ouvert depuis longtemps des enseignements et recherches sur les littératures d’Afrique et des Antilles en langues européennes et africaines. Ces études sont intégrées soit à des centres d’études linguistiques (Trieste), soit à des centres d’études de littératures francophones (Milan, Bari, Bologne, Parme), soit à des centres d’études africaines (Rome). On relèvera, en particulier, la profusion de revues consacrées à ces littératures, qui paraissent de façon sporadique comme la revue Pagine ou de façon plus régulière comme les récentes revues Ponti (Ponts) à Milan ou Interculturel Francophonies à Lecce, qui a pris le relais de la revue Argo. Après les traditionnelles études sur les littératures d’Amérique latine, L’Espagne connaît ces dernières années un développement sensible des études littéraires d’Afrique. Celles-ci sont en train de s’imposer à Madrid (à la Computensa et à la Autónoma). Des études

L’Espagne connaît ces dernières années un développement sensible des études littéraires d’Afrique.

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África Hoje ou África Confidencial. en particulier à London (University of Western Ontario) et à Calgary. Malgré une histoire politique récente marquée par la dictature. Au Québec. Sont ainsi apparues dès le début des années 70. Cantabria et à Cadiz. Grâce à leur étendue. M. N° 150. puis les autres îles des Antilles). Sao Tomé e Principe) et. avril . aux politiques de concurrence qui stimulent le développement des universités.sur les littératures du Maghreb et d’Afrique noire sont entreprises à Granada. Parallèlement au développement des études sur les littératures francophones se sont mis en place des groupes de recherche sur les littératures d’Afrique noire à l’UQAM (Université de Québec à Montréal). les Universités de Coïmbra et de Lisbonne ont créé des programmes consacrés aux auteurs des anciennes colonies portugaises d’Afrique (Angola. des enseignements de littérature francophone. « Chronique scientifique. 113-117. la politique d’immigration des populations ainsi que la défense de la langue française ont favorisé l’intérêt pour les littératures des pays du Sud de langue française. . © Notre Librairie. in Politique africaine. comme dans des centres de recherches en italien. la politique d’immigration des populations ainsi que la défense de la langue française ont favorisé l’intérêt pour les littératures des pays du Sud de langue française. p. consacre ses lignes aux études littéraires de l’Afrique lusophone ainsi qu’une bibliographie aidant à comprendre les œuvres de ces pays1. n° 27. Dans la foulée des travaux consacrés aux littératures du Brésil. Une chaire d’études africaines a été érigée à l’Université Laval. Ici. le Portugal est un autre lieu d’études des littératures des pays du Sud. Cahen. Francofonia. on accordera un intérêt particulier à la Revista Internacional de Estudos Africanos qui consacre ses lignes au domaine des sciences sociales (et parfois à la littérature) et surtout à África. à la nécessité de maintenir des départements de littérature française et à l’immigration des spécialistes européens et africains de qualité. Si on excepte les revues telles que África (anciennement África Jornal) consacrée à l’information culturelle des pays du « pré-carré lusophone africain ». malgré une parution irrégulière. depuis quelques années. Valencia. Mozambique. une revue. en même temps que des lieux de publication spécialisés (les éditions Naaman). le Portugal est un autre lieu d’études des littératures des pays du Sud. Arte e Cultura qui. Le foyer outre-atlantique Le foyer outre-atlantique est constitué de centres d’études situés au Canada et aux États-Unis. Cf.juin 2003 Au Québec. éditée par l’université de Cadiz s’est imposée depuis de longues années comme la vitrine la plus remarquable des travaux consacrés aux littératures du Sud. des études sur les îles des Caraïbes (Haïti d’abord. C’est dans le domaine de la presse qu’on peut noter l’état réel des études luso-africanistes. Notes sur la nouvelle presse africaniste portugaise ». Cap-Vert. les États-Unis sont devenus le premier grand foyer d’étude des littératures des pays d’Afrique noire et des Antilles. Aujourd’hui. Malgré une histoire politique récente marquée par la dictature. Literatura. Revue des littératures du Sud. d’autres lieux de recherches se développent dans tout le Canada. 40 ans de littératures du Sud. On ne citera ici que quelques-uns des 1.

de la section des études africaines de l’Institut A. Les foyers « marginaux » russe. La variété des productions littéraires africaines ou antillaises se mesure à la diversité des axes de recherche. l’étude des littératures des pays du Sud emprunte soit le créneau des études francophones au sein des départements de français et d’italien. avril . UCLA) et New York (New York University) pour les littératures des Caraïbes et le cinéma . australien et japonais Plusieurs pays du Nord développent de façon marginale des travaux sur les littératures du Sud. l’Université de l’État de Pennsylvanie (University of Penn State) pour les littératures d’Afrique et des Antilles francophones . soit le créneau des études du Commonwealth au sein des départements d’anglais. Toutefois. Gorki de littérature mondiale (IMLI). Madison (University of Wisconsin) pour les littératures d’Afrique et du Maghreb en langues européennes et en arabe . Durham (University of North Carolina) pour les littératures des Caraïbes de langue française . de l’Autriche.juin 2003 . C’est le cas. ont été créés des départements d’études africaines (African studies) qui consacrent leurs recherches aux langues africaines et aux littératures produites dans celles-ci. de nombreux centres de recherches consacrés aux littératures d’Afrique noire ont vu le jour grâce aux relations idéologiques établies par l’ancienne URSS avec de nombreux pays africains. aux États-Unis comme au Canada. En Russie. C’est le cas aussi bien à Madison (University of Madison) qu’à New York (New York University) par exemple. au MIT (Massachussets Institute of Technology) de Boston sont étudiées les littératures d’Afrique noire. Bâton Rouge (Louisiana State University) pour les littératures françaises et francophones . Parallèlement à ces centres d’études.] ont vu le jour grâce aux relations idéologiques établies par l’ancienne URSS avec de nombreux pays africains. À l’Institut des études orientales de l’Académie des Sciences de Russie s’effectue la recherche portant sur les littératures nord-africaines en langues arabe et française.nombreux centres universitaires : Irvine (University of California. dès 1970. de Research of African Literature liée quant à elle à l’Ohio State University. © Notre Librairie. Cette situation nouvelle contraste avec la situation antérieure où les études des littératures des pays du Sud étaient exclusivement liées à celles des minorités ou des gender studies. D’une façon générale. Depuis quelques années. les Universités du Michigan. et. Massachussets). 40 ans de littératures du Sud. de nombreux centres de recherches [. L’étude de ces littératures passe ainsi par celle des langues endogènes de ces pays. C’est le cas de Présence francophone liée désormais au College of the Holy Cross (Worcester. La variété des productions littéraires africaines ou antillaises se mesure à la diversité des axes de recherche qui s’établissent dans le paysage intellectuel américain contemporain. du Centre d’études des littératures africaines créé à l’Académie des Sciences de l’URSS. sont apparues des revues spécialisées. de l’Australie et du Japon. plus tard.. de Georgetown (Washington). Dans les En Russie. Revue des littératures du Sud. M. C’est le cas de la Russie. depuis quelques années.. ont été créés des départements d’études africaines (African studies) qui consacrent leurs recherches aux langues africaines et aux littératures produites dans celles-ci. N° 150.

le site Internet de Jean-Marie Volet : http://www. Senghor). 1997. Jouanny. Une autre réflexion qu’il conviendra de mener sur les axes de recherche et sur les discours qui se développent dans ces différents lieux. tantôt à la situation de la francophonie en Europe3. Vienna). Les poèmes de L. Irène Nikiforova. En Autriche. . Romuald FONKOUA Université de Cergy-Pontoise 2. De nombreux chercheurs de ces instituts ont publié des travaux consacrés tantôt à la monographie d’une littérature du continent noir.uwa. sont étudiées les littératures africaines en langues africaines (l’arabe. L’étude des littératures du Sud est tout aussi marginale au Japon. les œuvres littéraires de Glissant ont suscité un intérêt à l’Université de Tokyo (Hitotsubashi University of Tokyo) où des recherches sur les littéraires francophones se sont établies dans le sillage des études comparatistes et interculturelles. Nous remercions Irina Nikiforova d’avoir permis. S.juin 2003 Le développement d’une recherche qui use de tous les moyens techniques de communication moderne. Paris. Paul Valéry ou Victor Segalen) et de l’étude des auteurs japonais qui ont été en contact avec l’Europe (Soseki. les recherches sur les littératures d’Afrique et des Antilles restent l’œuvre de quelques amoureux éperdus. de compléter nos propres renseignements. Senghor.html © Notre Librairie. France et États-Unis) a permis paradoxalement le développement d’une recherche qui use de tous les moyens techniques de communication moderne4. l’Australie constitue un pôle important d’études des littératures des pays du Sud. l’amharique. C’est ici qu’est née la seule revue électronique (Mots pluriels) entièrement consacrée aux littératures d’Afrique noire et des Antilles françaises.arts. S. Celle-ci fournit des informations remarquables sur les auteurs et sur les œuvres et consacre désormais un numéro entier à un thème d’études choisi. Mishima ou Oe Kenzaburo). Ce panorama – bien incomplet – des études des littératures des pays du Sud dans les pays du Nord laisse apparaître leur implantation dans le domaine scientifique comme le montrent les nombreux centres de recherches et les diverses revues. avril . Elle y bénéficie néanmoins de l’intérêt pour les auteurs européens qui ont voyagé en Extrême-Orient (Lafcadio Hearn. 4. Svetlana Projoghina. Regards russes sur les littératures francophones. V. par ses informations données à Notre Librairie. tantôt à la monographie d’un auteur (L. L’Harmattan. le haoussa. Malgré la présence de la Society for Caribbean Research (Berlin. On ne sera donc pas surpris de l’importance qu’y prennent les études consacrées aux minorités (les regards des femmes africaines en littérature) et des sujets portant sur les idéologies. le swahili. 40 ans de littératures du Sud. Cf.au/AFLIT/FEMEChome. N° 150. Bien que géographiquement marginalisée. R.Universités de Saint-Petersbourg et Moscou et à l’Institut des relations internationales (Moscou). Paul Claudel. Il augure d’une autre réflexion qu’il conviendra de mener sur les axes de recherche et sur les discours qui se développent dans ces différents lieux. 3. la recherche sur les littératures d’Afrique est encore marginale.edu. Revue des littératures du Sud. le fula (pular ou peul) et en langues européennes2. L’éloignement des centres traditionnels de la recherche consacrée à ces aires géographiques (Angleterre.

Je crois d’ailleurs qu’à partir du moment où une revue existe sous un certain nom. Revue des littératures du Sud. bien sûr. J’avais constaté d’après les études et les statistiques qu’un des principaux sujets d’intérêt des lecteurs africains était les littératures africaines. Il fallait d’abord faire quelque chose qui ne soit pas ennuyeux. Dès le début de ces études. je suis entrée en 1964 au ministère de la Coopération. Et puis. en 1969. mais vers les sciences politiques. Voilà comment s’est lancé ce qui au départ n’était qu’un cahier ronéoté et qui est devenu. c’était un organisme de vente de livres par correspondance en Afrique et qui éditait en plus un petit bulletin. N° 150.juin 2003 .. au Bureau du livre. Mais celui-ci n’était pas orienté vers la littérature africaine. Romuald FONKOUA : Pourquoi avoir choisi « Notre Librairie » comme nom pour la revue ? Marie-Clotilde JACQUEY : Je n’en suis absolument pas responsable. ancienne rédactrice en chef de Notre Librairie Propos recueillis par Romuald Fonkoua Romuald FONKOUA : Comment est née la revue Notre Librairie que vous avez dirigée pendant une trentaine d’années ? Marie-Clotilde JACQUEY : Il faut remonter très loin. C’était. La question de savoir si c’était ou non une bonne idée est une véritable bouteille à encre. une petite revue destinée à l’origine aux bibliothécaires. J’avais suivi les cours de Georges Balandier à Sciences-Po et un séminaire sur l’Afrique. Par ailleurs j’étais chargée d’un bulletin dans une entreprise. 40 ans de littératures du Sud. Au départ. Romuald FONKOUA : … D’où la relation entre cette revue et le « Club des Lecteurs d’expression française » (CLEF). Et puis finalement. Montaigne est un auteur universel et ce n’est pas si mal… Romuald FONKOUA : Quelle était votre ligne éditoriale et a-t-elle varié durant votre aventure à la revue ? Marie-Clotilde JACQUEY : Je crois – c’est peut-être un défaut – que je n’ai pas un esprit enclin à la théorie et au système.. La démarche a été à la fois pragmatique et éthique. J’ai eu envie d’en faire quelque chose de plus adapté aux attentes des lecteurs africains. Il fallait faire quelque chose qui réponde aux attentes du public africain et une de celles-ci était la littérature africaine. Il fallait offrir la © Notre Librairie. Marie-Clotilde JACQUEY : … Le CLEF a été une plate-forme qui a permis à la revue de se créer. L’Afrique était déjà dans mon champ de mire. On en a dit à la fois beaucoup de bien et beaucoup de mal et on ne recommencera pas le débat aujourd’hui. avril . Mon parcours d’études ne s’est pas orienté vers la littérature. Et d’ailleurs les quelques petits boulots que j’ai faits au début de mon activité professionnelle étaient déjà orientés vers l’Afrique : un enseignement à des femmes africaines et un travail de documentation lié à l’Afrique.Entretien avec Marie-Clotilde Jacquey. une allusion à Montaigne. j’ai été intéressée par les problèmes du Nord et du Sud et par les problèmes du développement. C’est une idée qui a germé dans le cerveau d’un de ceux qui nous gouvernaient alors. il ne faut surtout pas le changer.

linguistique. on le sentait d’après les informations échangées avec les conseillers culturels qui étaient nos correspondants. Cela m’a beaucoup étonnée : je n’avais jamais pensé que Notre Librairie pouvait avoir une telle importance (rires). Comment l’idée vous est-elle venue et qu’est-ce que vous en avez tiré ? Marie-Clotilde JACQUEY : Il se trouve que deux universitaires qui avaient séjourné en Afrique et qui avaient travaillé sur la littérature congolaise sont venus me proposer un numéro « clés en mains » sur la littérature congolaise. d’ailleurs. Nous n’avions que de très petits moyens et j’étais seule.qualité : qualité de respect pour les livres dont on parlait. et qualité formelle dans la présentation de la revue. Comment avez-vous procédé ? Marie-Clotilde JACQUEY : On alternait les numéros thématiques et les numéros nationaux au gré des propositions qui nous étaient faites. Le premier article que j’ai demandé à quelqu’un d’extérieur à la revue était celui de Jacques Chevrier sur le roman africain. à partir de là. N° 150. Romuald FONKOUA : Vous avez donc fait appel à de bons spécialistes en somme. Nous avons donc eu naturellement envie de dresser petit à petit l’inventaire du patrimoine littéraire de l’Afrique francophone. D’ailleurs. 40 ans de littératures du Sud. Nous avons alors fait appel à un maquettiste de talent. nous avons voulu avoir une maquette originale qui fasse sortir la revue du lot de papiers imprimés sur l’Afrique qui déferlaient déjà sur le monde. qui a sonné lorsque la cassette est arrivée en fin de piste. en grande partie grâce à l’arrivée d’un nouveau président. que le numéro soit prêt à se faire. littérature) afin de réfléchir à la question de savoir ce qui fait une identité nationale. pays après pays. Et cela. Marie-Clotilde JACQUEY : De bons spécialistes mais capables de s’exprimer simplement. il y a eu un article du général Rondot – qui dirigeait alors le CHEAM (Centre des hautes études sur l’Afrique et l’Asie moderne) – sur Histoire de ma vie de Fadhma Amrouche. qualité de sérieux. ont été.. de façon à être reçus par un large public : clarté dans la construction des articles et dans leur présentation au niveau de la maquette. car nous n’avions pas alors de crédits pour les payer. C’étaient des personnes de qualité qui acceptaient de travailler pour nous sans rémunération. Pour un numéro national. l’un suit l’autre puisqu’un article bien construit se met en pages sans problème. Romuald FONKOUA : Une exigence de qualité dans la forme qui s’est aussi traduite dans le contenu… Marie-Clotilde JACQUEY : Oui. réalisés par les nationaux. Revue des littératures du Sud. Romuald FONKOUA : Cette notoriété née des littératures nationales ne vous a pas détournée des numéros thématiques. Balandier a ri et cela a détendu l’atmosphère. initiés par des expatriés. certains ont été consacrés aux littératures nationales. La première interview que j’ai faite était celle de Georges Balandier : j’étais si intimidée et par la dimension du personnage et par le maniement du magnétophone que j’avais mis un réveil au fond de mon sac. Les premiers auteurs auxquels nous nous sommes adressés rendent compte de cette exigence de qualité. Très vite. avec clarté. qui est pour beaucoup dans le succès initial de la revue. qui a considérablement aidé le CLEF à se développer. Ils ont fait. Cela a bien marché. L’équipe n’a commencé à s’étoffer qu’à partir de 1981. avril . Romuald FONKOUA : De tous les numéros que vous avez construits.juin 2003 . Et puis. il fallait attendre que le terreau soit propice. couler beaucoup d’encre : on nous a même accusés de vouloir « balkaniser » l’Afrique.. après ces cahiers ronéotés. nous avons décidé d’aborder de front la problématique des littératures nationales sur trois numéros thématiques (histoire. Par la suite. Ces numéros nationaux. Il fallait que ce soit une demande du pays. Henri de Montrond. on décidait que le fruit était mûr et qu’on n’avait qu’à © Notre Librairie. qu’elle transite par l’ambassade et. avec une demie-secrétaire que je partageais avec le Bureau du livre. Joseph Rovan. de simplicité et de clarté dans le traitement des sujets. ensuite.

C’était une réalité qu’il fallait prendre en compte. et c’est petit à petit que nous avons trouvé des compétences africaines. les étudiants. malheureusement. Comme je vous l’ai déjà dit. la revue est devenue une revue de niveau universitaire. Malheureusement il faut dire qu’il y a encore quelques rares pays qui ne font pas partie de cet inventaire. J’ai par ailleurs été très bien guidée par certains conseillers culturels. il n’y avait pas d’Internet et tout était plus lent. Romuald FONKOUA : Dans les numéros thématiques.juin 2003 . de bonne volonté disons. il s’agissait de toucher les bibliothécaires qui étaient les principaux relais entre le livre et le lecteur. Romuald FONKOUA : Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées ? Marie-Clotilde JACQUEY : L’une des premières difficultés dans les années 1970 était le temps. Cela s’est fait progressivement. Il fallait programmer les numéros deux ans à l’avance. Romuald FONKOUA : Et d’autres difficultés… Marie-Clotilde JACQUEY : D’autres difficultés sont venues du fait que j’étais à la fois administratrice du CLEF (puisque j’étais la secrétaire générale de l’association) qui sous-tendait la revue et © Notre Librairie. antillaises. Je me souviens d’articles qui se sont perdus ou qui ont été retournés à leurs auteurs par voie maritime. On partait dans le pays pour coordonner. on était l’objet d’une prise d’otages de la part d’une petite collectivité qui prétendait être représentative du pays. La plus grande difficulté concernant la conception même de la revue a tenu au fait que trop souvent. et les professeurs d’université. C’était un peu plus difficile. Revue des littératures du Sud. d’une façon aussi ouverte que possible. Alors il fallait jouer les imbéciles et faire semblant de ne pas comprendre. Ça me semble constitutif de ce dialogue que nous avons recherché. Marie-Clotilde JACQUEY : Ça me semble très important. Nous avons étudié la presque totalité de ces pays. soit parce que la situation politique était trop difficile. vous avez accordé un grand intérêt à la question du regard et surtout aux regards croisés : au regard de l’Europe sur l’Afrique et de l’Afrique sur l’Europe. océano-indiennes qui nous manquaient. en particulier à l’île Maurice. Il a donné lieu à des numéros consacrés aux « images du Noir dans les littératures occidentales » et aux « images du Blanc dans les littératures africaines ». 40 ans de littératures du Sud. N° 150. mais également au dialogue entre le Maghreb et l’Afrique noire. les universitaires. Du coup. La revue a été au départ réalisée par des Français. il se trouve que le service de l’enseignement du ministère de la Coopération nous a proposé d’élargir notre public aux professeurs de français et nous a proposé en même temps les crédits correspondants. tantôt un parti politique – surtout lorsqu’il y avait un parti unique de fait ou de droit… – qui voulait s’attribuer le numéro. tantôt un département d’université quand ce n’était pas un professeur. tout en essayant d’élargir le champ des collaborateurs. par-dessus les frontières disciplinaires ou ethniques. les journalistes du pays. Mais ce n’était pas le public visé à l’origine. mettre en place. Romuald FONKOUA : Quels sont les publics que vous vouliez toucher par cette revue ? Marie-Clotilde JACQUEY : Au départ notre objectif était modeste. en étant à l’écoute de ceux qui étaient dans l’opposition . avril . un numéro qui serait réalisé à la fois par les auteurs. quand nous arrivions dans un pays pour essayer de coordonner un numéro national. soit parce que le patrimoine littéraire était trop mince. s’adressant au grand public cultivé. Effectivement ce mouvement de regards croisés me semble très fructueux.y aller. C’est à partir de ce moment-là que nous avons réalisé que nous pouvions intéresser les professeurs de français du secondaire. À l’époque où la revue a commencé. lors de ma première mission. il fallait tenter de passer par-dessus les petites rivalités de personnes. de façon à ce que tous les collaborateurs de la revue aient le temps matériel de concevoir et d’envoyer leurs articles. C’était tantôt une association d’écrivains. Et puis.

pas du tout ! Romuald FONKOUA : Quelle est malgré toutes ces difficultés votre sujet de satisfaction ? Marie-Clotilde JACQUEY : La principale satisfaction. Les Américains nous en ont quelquefois accusés. bien sûr d’une importance vitale ou d’une urgence première. un temps que j’aurais aimé employer à « creuser » les littératures africaines . etc. Il fallait sans cesse naviguer entre cette exigence de liberté et les exigences de l’administration. Il y a eu aussi des difficultés liées aux jalousies. des polémiques stériles ou des analyses à courte vue. en tant que rédactrice en chef. vraiment. Toujours est-il que nous avons été absolument libres dans le choix des sujets et dans le contenu des articles. Après avoir dit un peu de mal de nos ministères de tutelle ou plutôt de la rigueur parfois excessive dont fait preuve l’administration française dans son ensemble. Romuald FONKOUA : Durant toutes ces années avez-vous toujours eu la maîtrise et la liberté du contenu éditorial de la revue ? Marie-Clotilde JACQUEY : Tout à fait. pour assurer la survie de la revue. le directeur éditorial. je le répète. Revue des littératures du Sud. avril . il fallait le faire de telle façon qu’on puisse lire entre les lignes. Il y avait par ailleurs une autre difficulté : quand il y a la faim ou le sida dans le monde. le ministère de la Coopération. Romuald FONKOUA : Une sorte de déontologie… Marie-Clotilde JACQUEY : … Qui était à mes yeux indispensable à la survie de Notre Librairie.rédactrice en chef de Notre Librairie. Et Jean-Louis Joubert. Mais il n’était pas le seul. c’est-à-dire jusqu’en 1999. elle n’a pas du tout été la revue officielle du ministère de la Coopération. N° 150. aux appétits et aux désirs suscités par cette revue. c’est certain. Faire une revue. Romuald FONKOUA : Vous avez tenu bon parce que vous n’aviez pas qu’un seul bailleur de fonds. à gérer la vie de l’Association. Marie-Clotilde JACQUEY : Certes. qui soutiennent et conseillent le rédacteur en chef lorsque les difficultés se présentent. quand on avait à contester le régime politique en place. D’autres revues ont essayé de nous absorber ou de nous faire disparaître. à veiller à leur bonne gestion. Il est arrivé assez souvent qu’on diminue nos crédits au bénéfice de ces grandes causes ou d’autres projets. Certains organismes jugeant la revue belle ont fait des tentatives pour nous attirer hors de notre orbite-mère.. Mais moyennant cela. ils ont pensé que c’était la voix officielle du ministère de la Coopération. compétents et dévoués. Ce sont ces quelques difficultés contre lesquelles il a fallu se battre plus que celles liées à la réalisation de la revue elle-même. Et puis. d’y veiller – de prendre un certain nombre de précautions. Il fallait se garder des attaques personnelles. a toujours été d’excellent conseil. en ce qui me concerne. Notre principal bailleur de fonds était le ministère dela Coopération ou des Affaires étrangères. Notre Librairie n’apparaît pas. à courir après les subventions. Se limitant à une étude institutionnelle. en faisant confiance à l’intelligence des lecteurs. Cela m’amenait.juin 2003 . toutes sortes d’activités qui occupaient beaucoup de mon temps. c’est d’avoir noué des amitiés © Notre Librairie. Je n’ai jamais eu affaire à un quelconque comité de censure ni à quelque autorité qui nous aurait imposé tel sujet ou tel collaborateur. Et là. il faut que je leur rende hommage pour le fait que nous avons toujours été libres d’écrire ce que nous pensions. Ceci a duré jusqu’à la fin de ma vie professionnelle. 40 ans de littératures du Sud. Je ne sais d’ailleurs pas si Notre Librairie avait beaucoup de lecteurs au ministère – elle est beaucoup plus lue en Afrique qu’en France. Nous avons joui d’une parfaite liberté à condition évidemment – et là c’était à moi. ce n’est pas très difficile : il suffit de s’appuyer sur le réseau des collaborateurs. d’autant plus que les procédures financières étaient assez strictes : certaines affaires avaient conduit le ministère de tutelle à mettre en place des contraintes et des contrôles difficilement compatibles avec la liberté dont doit jouir une revue.

Propos recueillis par Romuald FONKOUA © Notre Librairie.dans de nombreux pays. c’était la satisfaction du produit fini : un numéro qui sort. Je souhaiterais que cela se fasse un jour ou l’autre. Je suis très heureuse que ce soit fait.juin 2003 . J’aurais voulu par exemple traiter de la maladie et de la mort dans les littératures africaines.. Et puis. Revue des littératures du Sud. C’était très amusant ! Romuald FONKOUA : … Et des regrets ? Marie-Clotilde JACQUEY : Il y a des numéros qui sont restés à l’état de projets. c’est très bien parce qu’il s’agit du livre et de la réalisation d’un vieux projet. Aujourd’hui.. Le Guide pratique de l’illustrateur est également une bonne idée. je suis à la fois contente et peutêtre un peu inquiète qu’elle s’ouvre à de nouveaux champs de la connaissance. Et puis. Voilà. D’une façon générale. c’est qu’il ne faut ni viser trop haut ni se couper de la base. c’est un peu un bébé qui naît… C’est une satisfaction à la fois pour ceux qui ont contribué à cette réussite et pour les lecteurs sur place. Je me souviens par exemple du lancement du numéro sur la littérature malienne et de la foule rassemblée pour ce lancement alors qu’on était en pleine campagne présidentielle aux États-Unis. Vis-à-vis du cinéma. autour d’une réalisation collective. Notre Librairie détrônait à Bamako les élections américaines. je serais prudente pour ce qui est d’ouvrir trop largement le champ de la connaissance. Et si je pouvais exprimer un souhait personnel alors que j’ai quitté la revue. Je crois qu’aujourd’hui le ministère des Affaires étrangères l’a reconnue ou adoptée. chaque fois que sortait un numéro. N° 150. Non seulement elle survit. il y a 12 000 lecteurs sur Internet. Romuald FONKOUA : Au fond. ce sont les deux grands sujets de la vie et de la mort… Maintenant que vous vous êtes retirée de cette entreprise qui vous a mobilisée pendant trente ans. on ne peut pas dire le contraire. qu’est-ce que vous pensez de son évolution actuelle ? Marie-Clotilde JACQUEY : D’abord. avril . 40 ans de littératures du Sud. qu’est-ce qui nous fait rire ? Il faudrait aussi multiplier les regards croisés entre les littératures occidentales et africaines au sens large. Nous avions réalisé plusieurs éditions du guide du bibliothécaire. ou à nourrir les rats dans les hangars et que personne ne la lisait. garder à la revue sa spécificité qui est le livre. « Qui trop embrasse mal étreint » et il faut. On nous a dit trop souvent que Notre Librairie était tout juste bonne à caler les pieds de chaise des conseillers culturels.Il y a surtout la mise en ligne sur Internet qui me semble très bénéfique et qui est un signe précis du succès de cette revue : la réception de Notre Librairie a toujours été difficile à évaluer et nos autorités de tutelle la contestaient souvent. C’est un premier point qui n’était pas forcément acquis lorsque j’ai quitté le CLEF en 1999. Tous les numéros nationaux ont très bien été accueillis dans les pays et constituaient presque toujours un événement. Qu’est-ce qui nous fait pleurer. Et puis on reste bien dans le domaine du livre et dans cette dimension pratique qui concerne tous les usagers du livre et non plus seulement les lecteurs. mais elle se développe et elle se développe bien : le passage à la couleur marque le passage à la modernité. Le Guide pratique du libraire était un vieux projet que nous n’avions pas réalisé. La bande dessinée. me semble-t-il. Romuald FONKOUA : Et les différents guides… Marie-Clotilde JACQUEY : C’est très très bien. je suis plus réservée. et c’est très bien. je suis très heureuse qu’elle survive. C’est un fait patent. Et aussi de l’humour qui est un sujet tout à fait sérieux. bien que ce soit un sujet fort intéressant – on ne peut pas dire que je n’aime pas le cinéma –.

Revue des littératures du Sud. N° 150.2 Patrimoine littéraire Malcolm de Chazal.juin 2003 . avril . écrivain atypique Ambroise KOM 50 Note de lecture : Le Pauvre Christ de Bomba 55 Mohammed Dib : littérature et morale Tahar BEKRI 56 Note de lecture : Simorgh 61 Émile Ollivier : le grand théâtre du monde Joubert SATYRE 62 Note de lecture : Les Urnes scellées 68 © Notre Librairie. l’insulaire définitif Jean-Louis JOUBERT 45 Note de lecture : Petrusmok 49 Mongo Beti. 40 ans de littératures du Sud.

du Maghreb. légitimement. qu’une commémoration ou – pour la plupart d’entre eux – une disparition récente. N° 150. C Il s’agira donc dans ce court dossier. de l’océan Indien et des Caraïbes. Revue des littératures du Sud.haque aire géographique que la revue étudie dispose d’un patrimoine littéraire qui a fait l’objet de plusieurs numéros nationaux et bibliographiques. appellent dans nos colonnes. s’y trouver. Bien d’autres auraient pu. après Senghor dans un précédent numéro.juin 2003 . Nous y reviendrons nécessairement… © Notre Librairie. de mettre l’accent sur un des grands noms des littératures d’Afrique noire. 40 ans de littératures du Sud. avril .

» « Le rire est un diminutif de la danse.Malcolm de Chazal. sans compter sa prise de position en faveur de l’indépendance de Maurice ainsi que quelques virulents papiers dans la presse locale. Revue des littératures du Sud. il s’immunisa contre les critiques. dont le titre se transforme significativement et devient Pensées et Sens-plastique. il s’est décidé à entrer en littérature par la publication à Maurice. symbole d’un certain refus du conformisme. Le ton lui-même change : en privilégiant les phrases en forme de définitions sûres © Notre Librairie. avec l’aide de l’imprimeur-mécène Tomi Esclapon. convaincu de la valeur magique de son œuvre. En 1940. pour ses pensées et aphorismes publiés à la fin des années quarante. Correspondances « plastiques » Pourtant. l’inimitié d’une femme vous trouve où que vous soyez. » Chazal va jusqu’au bout de ces intuitions dans son septième recueil (1945). sur son île natale qu’il n’a presque jamais quittée. De retour dans son île. exalté à travers le monde par une poignée de happy few qui ont eu la chance d’être confrontés à la force de sa parole. le rose roucoule . il préfèrera abandonner ses fonctions d’ingénieur pour un poste de petit fonctionnaire du service téléphonique de Port-Louis. où il prolonge moins l’esprit perçant et exigeant des maximes de La Rochefoucauld que la tradition des « mots d’auteur » et des saillies misogynes : « Mieux vaut perdre l’amitié de dix hommes que se faire l’ennemi d’une seule femme. c’est le soleil vu dans ses différentes humeurs. le sens de correspondances oubliées. comme une œuvre avant tout symbolique. la suggestion d’une relation intime entre l’homme et le cosmos : « Ah est le père universel de tous les sons. Souvent perçu de son vivant comme un auteur marginal et hermétique. N° 150. L’amitié de l’homme se retrouve . Malcolm de Chazal reste à bien des égards un écrivain singulièrement mauricien. le marron caquette . le violet hulule . au sein d’une famille aristocrate franco-mauricienne établie dans l’île depuis 1760. le vermillon miaule . le bleu siffle . à première vue « naïve ». sera conforté par son ralliement au parti travailliste. dans le sillage de son écriture. quelques aphorismes débordent cette psychologie trop usée et ces jeux de mots trop faciles : on y pressent l’approche d’une révélation. de plusieurs recueils de Pensées. le vert brame . Ce choix. l’insulaire définitif Jean-Louis Joubert Découvert et intronisé par André Breton (et une partie du groupe surréaliste). » « La couleur. et il faut considérer sa peinture. Il est également l’auteur de nombreux tableaux. Il est décédé en 1981 à Curepipe.juin 2003 . » « Il y aurait moins de femmes tombées s’il n’y avait pas tant de femmes tombeuses. et le jaune aboie »). Malcolm de Chazal est remarqué et reconnu en France par les surréalistes. Les formules dessinent en couleurs d’étranges systèmes de correspondances (« Le rouge beugle . Il officia un moment à Cuba et voyagea en France en 1935. » « La pluie tombe plus drue au pied de l’arc-en-ciel. Malcolm de Chazal fut d’abord ingénieur sucrier formé à l’Université de Bâton-Rouge. » MALCOLM DE CHAZAL Né le 12 septembre 1902 à Vacoas (île Maurice). avril . 40 ans de littératures du Sud.

créée à Maurice en 1960). pour l’auteur de Sensplastique. Le fini est le tubercule de l’infini. N° 150. Toulouse. Le temps qu’il fait. Comme l’essence de la matière dont l’âme intime est vibration. Sur Malcolm de Chazal. 1983 La Vie derrière les choses.juin 2003 . Il le définit comme un paradoxal « occultiste sans tradition ». Chazal des antipodes. Lettre à Alexandrian. rentre dans l’Utérus de l’Universelle Nature. Car étant d’essence spirituelle. Cognac. Il semble que ce soit Jean Dubuffet. la science des analogies que transmettaient les vieilles initiations ésotériques. 40 ans de littératures du Sud. Certains de ses développements paraissent bien s’apparenter aux révélations de la Gnose : « La Vie est le rhizome de l’Éternité. André Breton croyait retrouver dans l’exaltation chazalienne de la volupté certaines postulations du Second manifeste du surréalisme. on retiendra : Petrusmok. L’Imaginaire. 1999 On ne peut signaler que de trop rares études : Camille de Rauville. attirant l’attention de Francis Ponge et surtout d’André Breton et de Jean Paulhan sur cet étrange météore poétique tombé du ciel austral. sous la direction d’Issa Asgarally. © Notre Librairie. l’espace est une manière d’être plus subtile que l’abstrait. L’Ether Vague. l’espace est Motion dans son principe. la revue mauricienne Italiques. 1979 Ma Révolution. republié en collection de poche (Paris. n° 149). Paris. 2001. dans sa solitude insulaire. décide d’envoyer par la poste aux personnalités les plus éminentes de la vie intellectuelle et artistique française. ce trou de serrure du regard de Dieu ». Parmi les rééditions récentes. La Différence. suivi de L’Unisme. avant-propos d’Éric Meunié. en 1947. à ce ton que Jean Paulhan jugeait « décisif ». la volupté est un moyen de connaissance suprême et de dépassement des limites humaines : « Par la volupté. avril . L’Éther Vague. La Différence. Exils Éditeur. La poésie pour comprendre… Jean Paulhan imaginait que Chazal avait su retrouver par lui-même. Radioscopie d’un roman mythique. L’espace. 1995 Collectif. C’est la mort à l’envers et la naissance à rebours. de Paul Claudel à André Gide ou André Breton. de Malcolm de Chazal. qui abandonne la référence au genre des Pensées et ne garde pour titre que le néologisme Sens-plastique (tome II). comme mère à fille dans l’enfantement »). Toulouse. désespérant de faire reconnaître son génie par ses compatriotes. Malcolm de Chazal. qui ait réagi le premier. 1985 [anthologie des textes publiés à Maurice] Correspondance avec Jean Paulhan. de même il n’est nulle part d’espace immobile. 1985. Nouvelles Éditions Africaines. Ce qui nous fait nous demander si la volupté ne serait pas par hasard le premier échelon de l’au-delà et le substratum du monde spirituel ». coll. préface d’Olivier Poivre d’Arvor. Gallimard. Paris. Mythe. la phrase chazalienne acquiert une autorité irréfutable (« Le verbe est le cordon ombilical de la phrase – reliant la sensation à l’idée. Un huitième volume suit. Toulouse. Malcolm de Chazal. l’homme des genèses et Petrusmok. En effet. l’homme se décrée. Paris. L’Harmattan. deux volumes. ainsi qu’une préface de Léopold Sédar Senghor] Bernard Violet. Éditions de la Table Ovale. lui a consacré un excellent ensemble (comprenant notamment le texte de la pièce Judas. L’Éther Vague. dans le vent. Malcolm de Chazal. 1996 Christophe Chabbert. La volupté est une involution vers l’Infini. 1974 [contient une bonne anthologie et une solide bibliographie. impalpable par les yeux de l’esprit et perceptible seulement par l’âme. 1994 Pensées. Toulouse. Vizavi. À l’occasion de la commémoration du centenaire de la naissance de l’écrivain. Tout ce qui bouge fait se velouter l’espace. L’Éther Vague/Port-Louis (île Maurice). où temps et espace sont abolis. théoricien et thuriféraire de l’« art brut ». préface de Jean Paulhan. Dakar. Paris. 1994 Laurent Beaufils. Gaston Gallimard se laisse alors convaincre de procurer une édition française de Sens-plastique (1948). L’Ombre d’une île. La fascination exercée sur les premiers lecteurs français par les aphorismes chazaliens (qui sont tous brefs : d’une ligne à une page) tient à l’efficacité de leur parole d’autorité. par « une expérience à l’état brut ». Port-Louis (île Maurice). Œuvres : Le seul texte de Chazal facilement accessible reste Sens-plastique. est un éternel saut périlleux.d’elles-mêmes. C’est ce gros livre (il fait six cents pages) que Chazal. 1986 La Clef du Cosmos. Revue des littératures du Sud.

En réalité, Chazal avait d’abord « oublié » d’indiquer que sa famille avait introduit à l’île Maurice la religion swedenborgienne et que luimême l’avait pratiquée dans son enfance, avant de s’en éloigner. Cependant, il a toujours tenu à souligner l’originalité et la cohérence de sa pensée. Il y a au point de départ le constat désolé que « l’harmonie est inexistante » par la faute de la séparation dualiste entre l’homme et le monde. Seule peut y remédier une « science unique d’ordre poétique » qui rétablit la communication perdue en révélant le jeu infini des correspondances, et donc l’unité profonde du monde : « Toute ma philosophie [dans Sens-plastique] part de ce principe qu’il n’y a pas de solution de continuité entre la nature et l’homme, et que toutes les formes du corps humain, toutes les expressions du visage de l’homme, et jusqu’à ses sentiments sont inscrits dans les plantes, les fleurs et les fruits, et avec encore plus de force chez cet autre nous-même qu’est l’animal ». Le « sens plastique » est comme l’union intime, synesthésique, des cinq sens habituels qui forment « un faisceau lumineux, pour forer les ténèbres de l’inconnu ». Chazal pousse ainsi jusqu’à la limite le principe poétique des correspondances qui a été l’un des axes majeurs de la poésie moderne. Dans Sens unique (1974), il passe en revue quelques-unes des expériences majeures qui lui ont ouvert les portes de l’infini. C’est la révélation du Jardin botanique de Curepipe, où la découverte du « regard en retour » dépasse l’habituel dualisme du sujet et de l’objet : « Un jour, par un après-midi très pur, je marchais quand, face à un bosquet d’azalées, je vis pour la première fois une fleur d’azalée me regarder. C’était la fée. » Au bord de la mer, Chazal reçoit des poèmes cosmiques dictés par les étoiles (dont il dit avoir brûlé plus tard une grande partie). En se promenant sur les chemins de l’île, il découvre que les montagnes sont sculptées et qu’on peut y déchiffrer les figures d’étranges personnages.

Il y a au point de départ le constat désolé que « l’harmonie est inexistante ».

Le génie excentrique et incompris
Tant que Chazal s’inscrivait dans une mouvance surréalisante, il ne pouvait que séduire par l’intensité, la liberté de ton ou l’incongruité de ses formules. Mais quand il cède à son goût pour l’exposé des grands principes philosophiques commandant sa pensée, il lasse un certain nombre de ses lecteurs (Jean Paulhan parmi les premiers), surtout ceux qui n’entrent pas dans sa curieuse mystique ou qui restent sceptiques devant ses étranges révélations. C’est déjà sensible en 1949, quand Gallimard publie La Vie filtrée, qui n’est pas comme Sens-plastique une belle collection d’illuminations sensuelles, mais un traité exposant les arcanes d’un « panthéisme-déisme », au fil de longs chapitres sur « l’intra-lumière », la « géométrie transcendantale » ou « la corpomancie et la néo-physiognomonie », etc. Le livre a été reçu par un silence glacial de la part de la critique française.

Ceux qui n’entrent pas dans sa curieuse mystique ou qui restent sceptiques devant ses étranges révélations.

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Dès lors Chazal ne publie plus qu’à l’île Maurice, à l’exception d’un recueil de Poèmes chez Pauvert en 1968 et d’un essai sur L’Homme et la Connaissance (Pauvert, 1974) qui séduisit Raymond Abellio. Dans ses textes mauriciens, au long de milliers de pages, il développe, de façon parfois contradictoire, sa conception « uniste » du cosmos. Ce qui unifie tous ces textes, qui ne sont alors pratiquement pas connus hors de Maurice et très peu lus dans l’île elle-même, c’est le projet d’imposer une sorte de religion de l’île (« J’ai fait de la carte de mon île, la Géographie Universelle de l’Esprit »), qui trouve son expression dans Petrusmok, étrange « roman mythique » démontrant que Maurice est le vestige subsistant d’un continent primordial englouti, la Lémurie, dont le peuple de géants sculptait les montagnes. Peu à peu Chazal devient un personnage déroutant et fascinant de la vie mauricienne. L’un des rares parmi les Franco-Mauriciens, il a pris position en faveur de l’indépendance (il est même candidat à la députation). Ses interventions dans la presse locale, où il joue le personnage du génie excentrique, sont souvent tonitruantes (on annonce qu’elles seront bientôt rassemblées sur un cédérom). Il se tourne vers la peinture en inventant un style savamment naïf, qui devait séduire Léopold Sédar Senghor lors d’un passage à Maurice à l’occasion d’une conférence internationale. Il est mort en 1981, dans une grande solitude ; mais la publication de La Vie derrière les choses (Paris, La Différence, 1980) a inauguré un retour à Chazal, soutenu dans les années 80 et 90 par quelques passionnés (dont l’éditeur toulousain Patrice Thierry). On a commencé à découvrir la profonde unité de son œuvre (qu’il avait toujours proclamée). Son système de l’analogie universelle sous-tend sa construction mythologique. Pour lui, l’île Maurice est le monde des fées, lieu magique absolu, nombril du monde… Délire peut-être, mais rien n’est plus signifiant qu’un délire. En renversant le jeu des dépendances coloniales, Chazal fait de son île du bout du monde un lieu matriciel. En inventant des ancêtres lémuriens, il invite ses compatriotes « créoles » (tous venus d’ailleurs et arrachés aux pays d’avant) à construire leur féconde autochtonie. Le qualificatif de « Mythe » accolé à son Petrusmok en souligne bien la valeur fondatrice d’identité. Jean-Louis JOUBERT Université de Paris XIII – Villetaneuse

L’un des rares parmi les Francomauriciens, il a pris position en faveur de l’indépendance.

Délire peut-être, mais rien n’est plus signifiant qu’un délire.

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Note de lecture
Malcolm de CHAZAL Petrusmok Port-Louis (île Maurice), Éditions de la table ovale, 1979
Petrusmok est un objet littéraire curieux tant son contenu est foisonnant, parfois inextricable. L’ouvrage procède en effet d’une alchimie complexe. Il marque tout d’abord une rupture avec les œuvres qui le précèdent. À partir de 1950, avec la rédaction de son « roman-mythique » à la saveur si étrange, Malcolm de Chazal tourne le dos au surréalisme qui l’avait accueilli triomphalement pourtant en 1945. Il se replie sur son île d’une manière très franche : il ne publiera pratiquement plus à Paris, proposant à son lectorat de petits essais théologiques aux accents ésotériques. C’est à cette date également qu’il s’intéresse de près au folklore mauricien comme pour s’ancrer davantage au cœur de cette terre insulaire qui l’a vu naître. Et, il n’aura de cesse d’utiliser le matériau culturel fourni par son île comme d’un support au service d’une connaissance. C’est dans Petrusmok que Malcolm pose les premiers jalons théoriques de sa gnose théologique et philosophique à laquelle il donnera le nom d’Unisme. Grâce à sa rupture avec le surréalisme, le livre aborde librement les thèmes qui charpenteront son œuvre à venir. En cela, Malcolm prend les chemins de l’initiation. Son support principal sera désormais le mythe de la Lémurie, tel que Jules Hermann et RobertEdward Hart le lui ont transmis : il existait autrefois, dans les temps très anciens, un continent aujourd’hui perdu, la Lémurie, qui s’étendait au sud de la planète, du Dekkan à la Patagonie. Cette terre engloutie était, dit-on, habitée par de merveilleux géants, qui sculptaient les montagnes avec poésie. Chazal, dans Petrusmok, raconte sa quête des vestiges de cette civilisation protohistorique. Il fait le récit de son exploration méthodique de Maurice qui dura quelque cinq mois, de juillet à décembre 1950. Le résultat de cette prospection se présente sous la forme d’un journal, daté, aux localisations géographiques précises. Petrusmok est la chronique d’une révélation merveilleuse et surnaturelle. C’est en transe que Malcolm voit la Lémurie telle qu’elle se présentait jadis. Et la même méthode d’investigation se répète page après page : il se trouve dans une localité précise. Tout à coup un fait inhabituel attire son attention. Une transe soudain le terrasse. Il se transporte alors « en esprit » vers d’autres localités mauriciennes. Là, il contemple en spectateur privilégié la vie quotidienne du peuple lémurien. Et, lorsqu’il revient à la réalité, il interprète ce qu’il a vu grâce à la technique swedenborgienne des « correspondances ». Mais, si Petrusmok est l’œuvre d’un inspiré, elle est également celle d’un original historiographe : l’œuvre est une geste, la geste du peuple mauricien dont les membres sont d’origines très diverses. La nouveauté du message de Chazal réside sans doute dans sa volonté de proposer à son peuple une bannière identitaire commune dans laquelle tous pourraient se reconnaître. « L’île Maurice est née, déclare-t-il sans ambages, il y a une dizaine d’années avec un livre que j’ai créé et qui s’appelle Petrusmok ». Cette Lémurie chazalienne donne donc aux Mauriciens leur acte de naissance symbolique : ils ne sont plus les ancêtres de ces pirates, de ces esclaves ou de ces coolies évoqués par les livres d’histoire ou les récits des navigateurs. Ils deviennent, par la magie du verbe petrusmokien, les descendants divins des géants merveilleux qui autrefois sculptaient les montagnes de la Lémurie, les yeux tournés vers le large. Christophe CHABBERT

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Mongo Beti. écrivain atypique Ambroise Kom Dans le paysage littéraire de l’Afrique francophone. En 1953. Main Basse sur le Cameroun… est interdit à sa parution par un arrêté ministériel. Trois ans plus tard. il retourne s’installer définitivement dans son pays natal. de manière définitive. son village natal. éditorialiste.juin 2003 . commune de Mbalmayo située à 60 km de Yaoundé. après l’obtention de son baccalauréat en philosophie-lettres. MONGO BETI Mongo Beti.il avait passé plus de quarante ans (1951-1994) de sa vie en France – Mongo Beti revendiquait farouchement son africanité. Le deuxième moment de l’œuvre de Mongo Beti survient après un silence de quatorze ans qu’il attribue à des impératifs professionnels © Notre Librairie. l’auteur et son éditeur obtiennent l’annulation du décret d’interdiction de l’ouvrage. En 1994. il deviendra professeur au Lycée Corneille. Par-dessus tout. Revue des littératures du Sud. Mongo Beti fut un professionnel de la plume. Le Pauvre Christ de Bomba (1956) célèbre l’animisme africain et montre dans un ton satirique la collusion entre le missionnaire et l’administrateur des colonies tandis que Le Roi miraculé (1958) relate le conflit entre la civilisation judéo-chrétienne et les mœurs africaines qu’incarne l’agonisant chef. sous ce même pseudonyme. est né en 1932 à Akométam (Cameroun). L’année suivante voit la parution de son premier roman. Divers mais point ondoyant. la même année. admis à l’agrégation de Lettres classiques. à Rouen. Mongo Beti présente un visage d’une étonnante singularité. Le Pauvre Christ de Bomba. il repose à Akométam. Agrégé de lettres classiques et très imprégné de la culture française et occidentale . En 1958. il enseignera à Lamballe jusqu’en 1966. Son œuvre couvre les grands moments de la littérature africaine contemporaine depuis la période coloniale jusqu’à l’après-guerre froide survenue avec la chute du mur de Berlin en 1989. Décédé en octobre 2001 à l’hôpital général de Douala. Ville cruelle. avril . où. de son vrai nom Alexandre Biyidi-Awala. il fut à la fois romancier. à la faculté de lettres d’Aix-enProvence. il publie pour la première fois une nouvelle. En 1972. sous le pseudonyme d’Eza Boto. libraire et militant politique. dans le numéro 14 de la revue Présence Africaine. le véritable dénominateur commun de ses multiples visages. 40 ans de littératures du Sud. Essomba Mendouga. Admis au CAPES l’année suivante. En 1991. En 1951. il refusa avec véhémence de se ranger et consacra une bonne partie de sa vie à lutter pour l’avènement d’une Afrique véritablement indépendante et respectueuse des droits et libertés de la personne. « Sans haine et sans amour ». il est nommé professeur-adjoint à Rambouillet. après une longue carrière dans l’enseignement et avec déjà de nombreux ouvrages à son actif. Ce n’est qu’à partir de 1956. Genèse d’une œuvre militante Ses quatre premiers récits transposent des aspects de la vie en période coloniale et mettent en jeu une typologie qui traduit l’aspiration du peuple africain à l’indépendance. essayiste. il part pour la France et s’inscrit. après une longue procédure judiciaire. Mongo Beti retourne au Cameroun. alors retraité de la fonction publique française. qu’apparaîtra. la signature de Mongo Beti. Bien que nombre de diplômés de sa génération aient succombé aux délices du pouvoir néocolonial. après 32 ans d’exil ininterrompu. Banda. date à laquelle paraît son second roman. Jean-Marie Medza dans Mission terminée (1957) traduit l’écartèlement d’une jeunesse prise dans le piège des savoirs africain et européen. N° 150. le jeune vendeur de cacao dans Ville cruelle (1954) symbolise la duperie dont est victime le paysan qui cherche à faire affaire dans la ville coloniale. éditeur.

Motifs) Les deux mères de Guillaume Ismaël Dzewatama. Ses éditoriaux. autant sur une certaine presse parisienne prétendument progressiste que sur une classe politique dite de gauche qui ne défendent que les droits de l’homme blanc. entretien avec Mongo Beti réalisé et édité par Ambroise Kom. Se réfugier dans le romanesque sans jamais s’éloigner des réalités historiques de l’Afrique et de son pays lui permet aussi de narguer les censeurs qui avaient mis Main basse… à l’index et l’avaient obligé à recourir à des manœuvres souterraines pour commercialiser son ouvrage2. de La Ruine presque cocasse d’un polichinelle (1979) et même dans une certaine mesure des Deux mères de Guillaume Ismaël Dzewatama. cit. 60). D’où la création de Peuples-Noirs Peuples Africains (PNPA)3. 1986 (essai) Dictionnaire de la négritude. Maspero. Mongo Beti parle. À l’instar de Main basse…. La Découverte. 1956 (roman) Mission terminée. futur camionneur. 1972 (essai) (réédition en 1973 au Canada par Léandre Bergeron) Perpétue et l’habitude du malheur. la très scandaleuse parodie de procès Ouandié-Ndongmo de 1970 à Yaoundé. en collaboration avec Odile Tobner. qu’il s’agisse de Perpétue et l’habitude du malheur (1974). ou de La Revanche de Guillaume Ismaël Dzewatama (1984). alors ministre de l’Intérieur. Sur cette question. Paris. s’inspirent directement du matériau accumulé dans Main basse… Mongo Beti procède en quelque sorte à une mise en fiction de Main basse sur le Cameroun pour poursuivre la mise en question du régime néocolonial qui étouffe le peuple africain dans la plus grande indifférence de ce qu’on appelle désormais la communauté internationale. Les récits qui suivent. autopsie d’une décolonisation. Robert Laffont. Éditions des Peuples noirs La ruine presque cocasse d’un polichinelle. 1994 (roman) Trop de soleil tue l’amour. Paris. 1954 (roman) Le Pauvre Christ de Bomba. 1984 (roman) Lettre ouverte aux Camerounais ou la deuxième mort de Ruben Um Nyobè. Paris. 59-60. Voici quelle en sera l’adresse : http:/www. 1983 (roman) La revanche de Guillaume Ismaël Dzewatama. Julliard. 1974 (roman) Remember Ruben. explique-t-il. mais européen » (Mongo Beti parle. 3. 1957 (roman) Le Roi miraculé. autant sur la sinistre dictature d’Ahidjo que sur les autorités françaises qui la parrainent . est le fruit de l’indignation1. Paris. Chronique des Essazam. v. Bayreuth African Studies Series. 2. tous plus tonitruants et plus incendiaires les uns que les autres. sont autant 1. de Remember Ruben (1974). N° 150.edu. Il s’agit d’un pamphlet dans lequel l’auteur tire pratiquement dans le tas. Bayreuth (Allemagne). n° 54 © Notre Librairie. BuchetChastel. Toujours est-il que les solidarités nées autour de l’affaire Main basse… lui font « croire qu’il y avait un public militant anticolonialiste non seulement africain. Jean-Marie Volet. C’est d’ailleurs un imprévisible événement historique. Julliard. V. Comme une réponse du berger à la bergère.uwa. présentée comme la « tribune de langue française des radicaux noirs ». Paris. 57. 1979 (roman). qui met fin à ce silence. comme Ernest Ouandié.. 2002. Revue des littératures du Sud. 10/18. C’est un travail de longue haleine mais dès le mois d’avril 2003 s’ouvrira un site où l’on pourra lire les premiers numéros de PNPA.et familiaux. Buchet-Chastel. Buchet-Chastel. le gouvernement camerounais.juin 2003 .arts. 1999 (roman) Branle-bas en noir et blanc. Présence Africaine. 1974 (roman) Peuples Noirs-Peuples Africains. pour interdire l’ouvrage.au/Mongobeti/ Œuvres : Ville Cruelle. Éditions des Peuples noirs. Paris. revue bimestrielle (de 1978 à 1991). Paris. Julliard. chaque numéro de PNPA est une miniautopsie de la condition postcoloniale en Afrique. 1958 (roman) Main basse sur le Cameroun. p. à la peine capitale sous le régime qui gouvernait alors le Cameroun. Mongo Beti parle. 1989 La France contre l’Afrique. 40 ans de littératures du Sud. Réédition : Paris. chercheur à l’Université de Western Australia est en train de mettre l’ensemble de cette revue sur le Web. Paris. Paris. par la voix de Ferdinand Oyono. saisit Raymond Marcellin. Paris. Paris. Le Serpent à Plumes. 2000 (roman) Mongo Beti parle. futur camionneur (1983). Bayreuth African Studies Series n° 54. revue bimestrielle qui fonctionne de 1979 à 1991 et publie près de soixante-dix numéros d’environ 160 pages chacun. Buchet-Chastel. Paris. avril . L’Harmattan. Main basse sur le Cameroun. p. alors ambassadeur du Cameroun à Paris. Paris. Buchet-Chastel. pp. interview réalisée et éditée par Ambroise Kom. 2003 (coll. Et Mongo Beti échappe de justesse à l’expulsion qui aurait pu l’envoyer. op. autopsie d’une décolonisation (1972). Ce n’est qu’au terme d’une longue procédure judiciaire que le livre est mis en vente. Paris. Éditions des Peuples noirs. 1993 (essai) L’Histoire du fou.

in Remember Mongo Beti. Ainsi. 6. malgré ses voyages de plus en plus nombreux un peu partout dans le monde pour diverses conférences. Même la Librairie des peuples noirs qu’il crée à Yaoundé est moins une entreprise commerciale qu’un espace où il se plaît à organiser la résistance politique et culturelle en mettant à la portée du public des ouvrages militants et en accueillant les dissidents de tout bord pour réfléchir aux stratégies de luttes. qui marque justement son retour au pays natal après 32 ans d’exil ininterrompu. il a tout de même réussi à poursuivre sa production romanesque et à publier des textes qui l’inscrivent en bonne place parmi les conjurateurs des échecs des indépendances. économiques. présentes et à venir. lors du sommet France-Afrique de janvier 2001 à Yaoundé. donnaient perdues d’avance »5. La Librairie des peuples noirs est moins une entreprise commerciale qu’un espace où il se plaît à organiser la résistance politique et culturelle. p. 236. L’un des plus impitoyables procureurs de quiconque exploite l’Afrique et opprime les peuples noirs.de réquisitoires d’un romancier-essayiste qui passera sans doute dans l’histoire comme l’un des plus impitoyables procureurs de quiconque exploite l’Afrique et opprime les peuples noirs. article à paraître dans Research in African Literatures. Sujets dont les jalons étaient d’ailleurs posés dans La France contre l’Afrique. on le retrouve dans les colonnes des journaux locaux débattant avec la même impétuosité des sujets politiques. « Une certaine idée de l’insurrection citoyenne ». désespérante »6. avril . © Notre Librairie. Bloomington (États-Unis). Trop de soleil tue l’amour (1999) et Branle-bas en noir et blanc (2000) « sont comme des scalpels dans une société corrompue. 2003. même pour des « causes que le strict examen des rapports de forces. L’Humanité. Revue des littératures du Sud.juin 2003 . son village natal où il avait créé nombre de microentreprises agro-industrielles pour améliorer les conditions de vie de la communauté villageoise. L’Histoire du fou (1994). Voir Ambroise Kom. 4. Valentin Siméon Zinga. malgré son militantisme tous azimuts. Indiana University Press. sociaux ou culturels les plus divers4. N° 150. retour au Cameroun (1993). Bayreuth African Studies Series n°67. vermoulue. 40 ans de littératures du Sud. 11 octobre 2001. malgré ses va-et-vient à Akométam. « Mongo Beti et la responsabilité de l’intellectuel africain ». Mais au-delà de son engagement à un moment donné dans la politique active au sein du Social Democratic Front de John Fru Ndi. Mémorial réalisé par Ambroise Kom. il tente d’organiser un contre-sommet et la Librairie des peuples noirs est le théâtre d’échauffourées avec la police suite à une banderole qu’il accroche à l’entrée de son établissement et sur laquelle on pouvait lire : « Chirac = forestiers = corruption = déforestation ». La « retraite » camerounaise Lorsqu’il prend sa retraite et s’installe au Cameroun. et les enseignements suggérés par l’empirisme. 5.

Invectives et pédagogie
Du début à la fin de sa carrière, on l’aura compris, Mongo Beti est resté un écrivain farouchement protestataire, un défenseur acharné des libertés et un infatigable porte-parole des sans-voix. Aussi n’a-t-il jamais hésité, dans ses interpellations des responsables du marasme africain, à utiliser des termes à la virulence inouïe. Ainsi, l’actuel président camerounais, pour lui « otage d’une secte mystique étrangère », ne serait que le « Résident d’Elf-Aquitaine »7 alors que son homologue de Sao Tomé est, au mieux, « un hurluberlu » qui « ne mérite aucune considération »8. Par ailleurs, dans un débat qui l’oppose à ses compatriotes Hogbe Nlend et Pierre Ngidjol, tous enseignants, il les traite de « vaniteux comme des gigolos, plus m’as-tu-vu qu’une starlette à Cannes pendant le festival de cinéma, aussi mal élevés que des hooligans, bavards et irréfléchis comme des perroquets, plus tribalistes que Le Pen, mythomanes comme Tartarin de Tarascon, arrogants comme un journaliste formé par Famé Ndongo, plus imprudents qu’un poulet somnambule, et pour finir, même pas fichus d’être compétents dans leur propre domaine »9. Pareille incompétence explique, pense-t-il, que les institutions et les infrastructures mises en place dans le pays se comparent si mal à celles de l’ancienne métropole : « Le lycée camerounais est au lycée français de France ce qu’est Paul Biya à Jacques Chirac, Peter Musonge à Lionel Jospin, la Régifercam (Régie Ferroviaire du Cameroun) à la SNCF, c’est-à-dire le balbutiement du nourrisson à la parole articulée, l’ersatz au produit naturel, le simulacre à la réalité, le placebo au médicament, le fantôme à l’être de chair […] Il y a fagot et fagot »10. Dirigée par des « incapables rédhibitoires, voire des animaux franchement nuisibles », « des managers mercenaires […] et autres syndiqués de la francmaçonnerie sournoise »11, la société camerounaise, rien de surprenant à cela, respire « l’enculage permanent, l’arnaque à tous les coins de rue, la magouille à tous les étages »12. Mais en pédagogue confirmé, Mongo Beti va toujours au-delà des constats et des invectives pour suggérer des actions concrètes. Pour résister aux privatisations, il préconise des associations patriotiques, des comités populaires d’ouvriers, de paysans, d’intellectuels et de leaders d’opinion. Face à la pénurie des produits de première nécessité comme le gaz domestique et la carence des services essentiels, il invoque la manière dont certains autres peuples ont organisé la protestation : les mères de la Plaza de Mayo, les Serbes de Belgrade, les dissidents sur la Place Tiananmen et les grévistes de Séoul13. Pour Mongo Beti, la passivité des opprimés est aussi condamnable que l’incurie des « paltoquets » qui les gouvernent.
7. Mongo Beti, « Tribalisme quand tu nous tiens… », in Le Messager du 11 septembre 1998. 8. Mongo Beti, « Monsieur Biya, laissez-nous travailler », in Le Messager du 21 juin 2000. 9. Mongo Beti, in Le Messager du 11 septembre 1998, op. cit. 10. Ibid. 11. Mongo Beti, « Non aux privatisations façon Biya », in Le Messager du 21 décembre 1998. 12. Mongo Beti, in Le Messager du 21 janvier 2000, op. cit. 13. Mongo Beti, in Le Messager du 5 février 1997.

Un écrivain farouchement protestataire.

La passivité des opprimés est aussi condamnable que l’incurie des « paltoquets » qui les gouvernent.

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Sans pour autant dédouaner l’Occident de l’esclavage et des pratiques néocoloniales, il trouve que les faiblesses structurelles des sociétés africaines les condamnent à la stagnation.

L’homme, rebelle et solitaire : témoignages
Comme on le constate, Mongo Beti est une figure complexe que l’on a, souligne Maryse Condé, « trop figé dans l’attitude du rebelle, de l’écrivain engagé, avec toutes les limitations que le terme suppose »14. Comment d’ailleurs s’empêcher d’évoquer ici quelques-uns des traits de son portrait qui se dégagent du mémorial qui vient de lui être consacré. D’après Rose Nia Ngongo Tekam, Mongo Beti est un militant qui a du mal à travailler en équipe car il est avant tout un écrivain dont le propre « est la solitude dans la production »15. « Comme Hippocrate », suggère Jean Métellus par ailleurs, « il se défie des systèmes, des idéologies et ne fait confiance qu’à l’observation »16. Et Tierno Monénembo de renchérir : « Mongo Beti est un cas à part : c’est le loup solitaire, le dernier des Mohicans, le plus beau de nos factieux, la fraction saine de notre cerveau malade. Il émerge d’une autre galaxie, répond d’une autre ère géologique »17. Pour Célestin Monga, il faudra retenir du « fauve », « son extraordinaire courage, la puissance et l’authenticité de son engagement en faveur des opprimés de toute origine, la brutalité de son exigence éthique, son humanisme fondamentaliste et son intransigeance sur la qualité des sentiments qui devraient exister entre les citoyens des sociétés africaines »18. Guy Ossito Midiohouan trouve que Mongo Beti « gêne par ses convictions et ses prises de position ». Bessora, quant à elle, pense qu’il « était un corps et un cœur blessés par l’histoire, un exilé enraciné ». Disciple de Ruben Um Nyobe, l’intransigeant initiateur de la lutte pour l’indépendance du Cameroun, apôtre de la non-violence et exempt d’ambition comme Martin Luther King19, leader noir américain dont l’action modifia radicalement la condition de ses congénères, Mongo Beti accède, comme ce dernier, au rang de prophète20 et nous laisse un monumental héritage intellectuel qu’il faudra prendre le temps de décrypter pour une éloquente appropriation. Ambroise KOM College of the Holy Cross (Worcester, Massachussetts, États-Unis)
14. Maryse Condé, « Propos de la “Scarlet O’Hara’ de banlieue”, in Remember Mongo Beti, op. cit., p. 122. 15. Rose Nia Ngongo Tekam, « Ma troisième lumière », in Remember Mongo Beti, p. 179. 16. Jean Métellus, « Un imprévisible sceptique », in Remember Mongo Beti, op. cit., pp. 95-96. 17. Tierno Monénembo, « L’énigme », in Remember Mongo Beti, op. cit. p. 29. 18. Célestin Monga, « Économie d’une créance impayée », in Remember Mongo Beti, op. cit., p. 158 et p. 168. 19. Voir l’entrée « King, Martin Luther (1929-1968) », in Mongo Beti et Odile Tobner, Dictionnaire de la négritude, Paris, L’Harmattan, 1989, p. 142-143. 20. Dans Remember Mongo Beti, op.cit., Célestin Monga et Thomas Mpoyi Buatu abondent dans le même sens. Voir également, Ambroise Kom, « Mongo Beti, prophète de l’exil », in Notre Librairie n° 99, octobredécembre 1989, pp. 129-134.

Un militant qui a du mal à travailler en équipe.

Un monumental héritage intellectuel qu’il faudra prendre le temps de décrypter.

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Note de lecture
Mongo BETI Le Pauvre Christ de Bomba Paris, Robert Laffont (1956) (Réédition : Paris, Présence Africaine, 1976 ; 1993 et 2003, 352 p.) 8,90 €
La publication du Pauvre Christ de Bomba peut être perçue comme l’affirmation d’un anticléricalisme qui n’est qu’implicite dans Ville Cruelle (1953), Mission terminée (1957) et Le Roi miraculé (1958). Mais en empruntant le ton de la parodie, de l’humour et de la caricature, le romancier démystifie le clergé, dévoile ses collusions avec le pouvoir colonial et montre les limites de son zélateur, le Révérend Père Supérieur (RPS) Drumont, un homme coléreux, têtu et « sourd à toute remarque qu’on ose formuler devant lui » (p. 17). Responsable de l’évangélisation des Tala, le RPS, qui se compare volontiers à JésusChrist, se heurte à la forte résistance de ses brebis. Aussi décide-t-il de les punir « en s’abstenant pendant trois ans de mettre pied dans leur pays » (p. 14). Le roman raconte le retour de l’homme de Dieu qui pensait que les Tala, sevrés de sa bonne Parole pendant tout ce temps, allaient l’accueillir en triomphe. Le narrateur en est Denis, jeune et naïf garçon de chœur qui raconte sous forme de journal le périple du RPS. Tout se déroule comme dans un film et les yeux de Denis sont comme des espèces d’objectifs qui braquent leur gros plan sur le RPS en tournée. Le lecteur assiste alors aux péripéties du voyage et à la déconfiture du missionnaire qui finit par s’avouer vaincu : « Pendant vingt ans, je n’ai rien compris à rien » (p. 243). Il s’en retourne en France. D’un bout à l’autre, Mongo Beti montre que les rapports entre le RPS et les évangélisés sont fondés sur un irrémédiable quiproquo. Pour le RPS, le pays Tala est un « royaume de Satan », un Sodome et Gomorrhe que l’apôtre veut sauver. Mais les Tala, plutôt fiers de leurs dieux et de leur culture, attendent tout autre chose du RPS : « les premiers d’entre nous qui sont accourus à la religion, à votre religion, y sont venus comme à… une révélation […] une école où ils acquerraient […] le secret de votre force, la force de vos avions, de vos chemins de fer […]. Au lieu de cela vous vous êtes mis à leur parler de Dieu, de l’âme, de la vie éternelle, etc. Est-ce que vous vous imaginez qu’ils ne connaissaient pas tout cela avant, bien avant votre arrivée ? » (p. 46). L’image du R.P.S. se détériore d’autant plus rapidement que son comportement s’apparente à celui d’un vulgaire commerçant grec ou de tout autre colon de la place. En plus des deniers du culte qu’il extorque de la population, il a « décrété », pour faire tourner ses chantiers, « qu’au lieu de trois mois, les femmes séjourneraient désormais quatre mois à la sixa, avant que ne leur soit accordé le sacrement du mariage » (p. 27). Qui plus est, il méprise la culture locale, ne parle pas la langue du milieu et comme le docteur Schweitzer1 à Lambaréné, il ne supporte ni la musique ni les danses africaines. Certes, il n’adhère pas au cynisme de l’administrateur Vidal qui lui suggère, entre autres, d’imaginer « un christianisme à l’usage des Noirs. Un christianisme […] où la polygamie serait autorisée… » (p. 204). Toujours est-il qu’il ne dédaigne pas sa protection, qu’il se fait accueillir dans les écoles des missions par La Marseillaise et pense, comme Vidal, que les travaux forcés peuvent conduire les Tala vers Dieu : « Oui, ce qu’il faut à ces gens c’est un grand malheur, pour les ramener à la foi et leur apprendre que Dieu ne plaisante pas ! » (p. 191). Le Pauvre Christ de Bomba dénonce de manière plutôt brutale l’hypocrisie des missionnaires, simples « auxiliaires de l’asservissement des Africains »2. Mongo Beti s’interroge alors : « Et si la christianisation n’était qu’une tactique de cette immense stratégie blanche, la ruse pour ainsi dire la plus satanique d’une guerre millénaire ? » Sa réponse ressemble à un verdict : « l’évangélisation c’est notre déportation morale ».3 À sa publication, en 1956, le livre fit scandale et Monseigneur Graffin, l’évêque du lieu, mit tout en œuvre pour empêcher sa distribution au Cameroun. Par la suite Laffont4 refusa d’en poursuivre sa commercialisation. L’ouvrage fut alors l’objet d’une réimpression5 avant d’être repris par Présence Africaine. Ambroise KOM

1. Voir le film de Bassek ba Khobio, Le Grand Blanc de Lambaréné, 1995, 93 mn. 2. Mongo Beti, « Le Pauvre Christ de Bomba expliqué », in Peuples noirs-Peuples africains, n° 19, janvier-février 1981, p. 120. 3. Ibid., p. 120. 4. Voir Mongo Beti parle, interview réalisée et éditée par Ambroise Kom, Bayreuth, Bayreuth African Studies Series n°54, 2002, p. 81. 5. Kraus Reprint. V. Mongo Beti, « Le Pauvre Christ de Bomba expliqué », op. cit., p. 106.
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nouvelles. Avec d’autres écrivains. À partir de 1975. contes. survenu le 2 mai 2003. le champ de l’écriture et en explore les dimensions cachées et profondes jusqu’aux recoins les plus inattendus. 1952. © Notre Librairie. une Fondation Mohammed Dib. une écriture qui s’enrichit de ses propres aventures littéraires mais jamais aux dépens de l’essentiel : la considération de la parole et de la langue comme des privilèges de l’humain. Cet article. narration largement habitée par la poésie. La Grande maison1 (1952). Celle-là 1. Il publie son premier roman. basée à Tlemcen. Une œuvre étendue et foisonnante… L’œuvre de Dib se compose de plus de trente-cinq ouvrages où s’entremêlent roman. remuant ici la bonne terre. Depuis plus d’un demi-siècle. texte à l’intérieur du texte. pendant et après la guerre. abolition des frontières entre les formes littéraires traditionnelles. avril . mêlant les semailles et les cultures dans une fresque magnifique de thèmes et de personnages qui se croisent. En 1950. depuis janvier 2001. N° 150. qui publie une revue intitulée Rencontres et organise des concours de nouvelles. Paris. Mohammed Dib n’a cessé d’explorer la modernité littéraire. Albin Michel.juin 2003 . d’abord dans le Sud. 40 ans de littératures du Sud. Revue des littératures du Sud. silence et profusion de dialogues. le Grand prix de la Ville de Paris ainsi que le Prix de la poésie de l’Académie Mallarmé. il est expulsé d’Algérie par le pouvoir colonial en 1959. En 1974. interprète et dessinateur de maquettes. théâtre. En somme. Actuellement. entre autres. La Grande maison. donnant une œuvre des plus denses et des plus riches de la littérature contemporaine et couronnée par de nombreux prix. Voir la note de lecture dans ce même dossier. se font écho ou se parlent au-delà des espaces et des temps. 2. Tout s’y mêle : voix intérieures. puis à Saint-Cloud où il a résidé jusqu’à sa mort. poésie. a été rédigé quelques semaines avant sa disparition et est proposé sans modifications. il effectue plusieurs séjours en Finlande. Mohammed Dib a obtenu le Grand prix de la francophonie de l’Académie Française. loin des exercices de style artificiels et des modes ludiques. Il existe. l’écrivain algérien Mohammed Dib sillonne infatigablement. décomposition de la linéarité narrative. prévu de longue date. il enseigne à l’Université de Californie (Los Angeles. De 1939 à 1950. jusqu’à son dernier livre Simorgh2 (2003). instituteur. il réalise des reportages pour le journal Algerrépublicain. En 1960. aux éditions du Seuil. D’où cette gravité qui promène l’œuvre loin de la gratuité du langage.Mohammed Dib : littérature et morale Tahar Bekri C’est avec une immense tristesse que la revue a appris le décès de Mohammed Dib. Depuis son premier roman. Paris. États-Unis). comptable. légères et faciles. 2003. Il s’installe alors en France. se perdent ou se retrouvent. où les genres s’inventent continuellement et s’enchevêtrent dans une audace salutaire. réflexions littéraires. MOHAMMED DIB Né à Tlemcen (Algérie) en 1920. de nombreux titres de l’auteur sont réédités ou en cours de réédition par les Éditions La Différence (collection Minos). labourant là les terres en friche. Mohammed Dib connaît une enfance et une adolescence au sein d’une famille musulmane riche et ruinée. innovation audacieuse dans le rythme de la phrase. Dib voyage dans différents pays de l’Est. il exerce différents métiers. en 1952. ce qui lui inspirera une trilogie romanesque « nordique » : (ouvrages parus aux éditions Sindbad). avec une régularité appliquée. Le Seuil.

tel que cela apparaît dans L’Arbre à dire5. Le Métier à tisser. avec une sagesse rare. Albin Michel. (1954). des classiques de la littérature maghrébine. 1979 (poésie) Les Terrasses d’Orsol. Sindbad. ville à laquelle il consacre un livre émouvant. (1957)4. Mohammed Dib. Paris. Le Seuil. 1989 (roman) Neiges de marbre. Ahmed Séfréoui (Maroc). Aix-en-Provence. Ainsi l’appartenance à un pays. se renouvelant sans cesse. Quels que soient les regards portés sur l’Algérie colonisée ou post-coloniale. Albin Michel. 208 p. (coll. Driss Chraïbi. La Différence. Il est considéré à juste titre comme l’un des écrivains fondateurs et pères de la littérature maghrébine de langue française et appartient à la génération des années cinquante : Mouloud Feraoun. 2003. Écrivains du Sud) Au-delà des réalités de l’histoire C’est que l’écriture de Dib. Le Seuil. accompagné de ses propres photos prises en 1946. Éditions Revue Noire. . qui est né en 1920 à Tlemcen. les Algériens à se regarder dans un miroir. devenus depuis. l’exil. d’où qu’il vienne.juin 2003 Un examen critique de l’humain. Paris. la distance. Paris. 1994. Paris. dans un article. Paris. Hachemi Baccouche. Kateb Yacine. vigilant. Albin Michel. afin de se voir et voir surtout des vérités bien difficiles à admettre. 1990 (roman) L’Infante Maure. 1998. où qu’il soit. Sindbad. 1998 (poésie) Le Cœur insulaire. publié dans le journal Le Monde. 1962 (roman) Feu beau feu. Mouloud Mammeri (Algérie). Mohammed Dib. n’a jamais manqué de lucidité et de rigueur vis-à-vis de la situation post-coloniale. l’œuvre reste profondément guidée par un examen critique de l’humain. tant sur le plan de la forme que du contenu. 2000 (poésie) Simorgh. Malek Haddad. Albert Memmi (Tunisie). un récit avec des fragments autobiographiques. un questionnement profond de ses valeurs. 361 p. Revue des littératures du Sud. Paris. Gallimard. publications de l’Université de Montpellier III. Mais très vite le temps de la désillusion s’installe et la critique des siens fera partie de cette exigence morale qui traverse toute l’œuvre de l’écrivain. 2002. Dib appellera. La Grande maison (1952). toutes ces violences meurtrières et tragiques qui durent depuis des années dans leur pays. Paris. avril . là des lieux réels ou imaginaires. L’Incendie. dans une quête permanente. 1995 (roman) L’Enfant-jazz. Sindbad. affranchie des sentiers battus. vit en France depuis 1959. 1952 (roman) Ombre Gardienne. Œuvres (bibliographie sélective) : La Grande maison. 2003 (roman) Ouvrages critiques (parutions récentes) : Mohammed Dib. Paris. bousculant ici des idéologies bien établies. Paris. Paris. Dès sa trilogie sur la guerre en Algérie. si elle a dénoncé avec vigueur la réalité coloniale. au pays de l’enfance idéalisée en dépit de la réalité coloniale. la paupérisation des individus et la confiscation de leur identité. 1985 (roman) Le Sommeil d’Ève. Actes de colloque sous la direction de Naget Khadda.qui est avant tout une exigence d’écriture. Le Seuil. dénonçant la misère coloniale. 4. Albin Michel. Naget Khadda. cette intempestive voix recluse. Paris. Paris. cinquante ans d’écriture. L’éloignement. 40 ans de littératures du Sud. la vie ailleurs. le regard de l’écrivain est alerte. un questionnement profond de ses valeurs. au-delà des frontières et des convenances littéraires. Tlemcen ou les lieux de l’écriture3 (1994). Ces trois ouvrages sont édités au Seuil. car on ne peut toujours reprocher à la colonisation et à l’Histoire ses propres malheurs. Édisud. Ces ouvrages. revisitant la haute mémoire du passé. restent comme un chant vibrant à l’amour de l’Algérie. sans haine ni violence. où qu’il soit. Paris. en Europe ou même aux États-Unis. 5. © Notre Librairie. non sans nostalgie. La Différence. 1994 (roman) La Nuit sauvage. d’où qu’il vienne. L’œuvre s’écrit dans une liberté remarquable. N° 150. sont mis au profit d’un regard sur l’Autre afin de mieux cerner celui 3. à une mémoire ou à une histoire n’exclut en rien l’intransigeance avec laquelle l’auteur demande des comptes aux siens. Paris. 1961 (poésie) Qui se souvient de la mer.

Elle doute plus qu’elle n’affirme. nécessaires en définitive. En cela l’œuvre échappe à la simplification exagérée de l’univers social ou politique que développent certains romans maghrébins. où le Nord et le Sud. l’Autre. de quête de la lumière. N° 150. bête et ange à la fois. Nature. Croyance. complémentaires. Histoire. Guerre. Les antagonismes qui sous-tendent le propos ne sont jamais gratuits et ne font pas du cri une valeur littéraire mais créent une intensité où la langue s’écoute comme une musique profonde. soufie est invoquée pour tenter de dissiper l’obscurité régnante. Homme fait loup pour l’homme. trop sûrs d’eux-mêmes. L’œuvre est avant tout un lieu du questionnement. Amour. amoureuses. de son amour comme de sa haine. Ce doute est salutaire car il est une mise en question profonde de certitudes combien erronées et négatives. les préjudices irréparables. La lumière intérieure. Interroger le monde Appartenance religieuse. Mohammed Dib fait le constat du paradoxe humain. Terre. Mohammed Dib s’est gardé très tôt de tomber dans cette attitude. Oubli. de dénonciation des fanatismes. © Notre Librairie. le vrai voyage qui compte.juin 2003 . Ainsi l’œuvre est-elle au centre d’un paradoxe peu banal : rarement une œuvre affiche une telle sérénité. La démarche de Dib est une vraie quête des vérités. 40 ans de littératures du Sud. Utopie. de l’interrogation. utilisant pour cela la dérision et l’autodérision contre tant de discours autosatisfaits. La ponctuation est couramment inattendue. de l’interrogation. vérités de toute sorte : historiques. de la petitesse de l’homme comme de sa grandeur. Illusion. Langue. Parole. L’œuvre est avant tout un lieu du questionnement. les erreurs sont souvent fatales.porté sur soi. Mémoire. Revue des littératures du Sud. mystique. L’auteur semble nous prévenir. rapprochant la création littéraire du discours. tant des questions graves sont posées régulièrement avec courage dans une écriture habitée par un grand souci de tolérance. politiques. Et si certains écrits au Maghreb pèchent par un discours surpolitisé ou un engagement idéologique facile. les conflits intérieurs de l’être. Elle donne aux phrases des rythmes nouveaux. avril . l’Est et l’Ouest sont des lieux de liberté individuelle. parfois provenant même des intellectuels les plus avertis. Idéologie. une beauté apaisante tandis qu’elle écrit les conflits extérieurs du monde. Destinée de l’homme. cette lumière recherchée comme une paix intérieure. Elle doute plus qu’elle n’affirme. C’est que le risque – dans l’absence de reconnaissance de ses propres errements – est grand. à son poids. Exil. de son amour comme de sa haine. au voyage intérieur. Foi. Le silence – combien parlant – est souvent là pour redonner toute sa place au mot. où chaque mot est comme une note nécessaire au reste de la partition. la cécité menaçante de tout bord. Tout l’art de Dib réside dans ce va-et-vient incessant. crée une syntaxe Le constat du paradoxe humain. Identité. dans ce voyage inlassable. de la petitesse de l’homme comme de sa grandeur. Dieu. métaphysiques. dans un rapport au monde où la dimension métaphysique est importante et très présente. un havre dans la tempête permanente.

amoureuse. rappelle. où l’écrivain a effectué quelques longs séjours. Paris. à la beauté de l’être pour déjouer ce qui l’humilie. Revue des littératures du Sud. D’une nouvelle à l’autre. Mais Mohammed Dib ne fait pas de la modernité littéraire une fin en elle-même.surprenante. Cette trilogie nordique située souvent en Finlande. où O vive9 (1985) cache tous ses mystères et ses beautés. L’enfance. 7. guerre. colonisation. comme un baume contre la souffrance humaine. l’écrivain interpellé par la réalité de son pays d’origine. toujours aux aguets de l’insupportable. Ces trois ouvrages sont parus aux éditions Sindbad. Neiges de marbre (1990)8. de ce blues tenace. 40 ans de littératures du Sud. dit la douleur d’un amour-loup. tel ce retour au pays d’origine développé dans le livre cité plus haut où l’écrivain s’élève avec responsabilité contre la violence.juin 2003 . Et c’est le chant de l’enfance comme chant du monde qui couvre une douleur amoureuse marquant des œuvres comme Les Terrasses d’Orsol (1985). Œuvre de langage. Il ne disjoint pas. exigeant du lecteur des efforts afin d’apprécier tout le travail fait sur la langue. totalitarisme. comme un baume contre la souffrance humaine. L’écriture peut porter en elle alors ses propres défis contre toutes les chaînes qui asservissent l’humain. l’inacceptable. une poésie et un acte de liberté. etc. se souvient. L’écriture est celle-là qui nous libère – quand le salut est possible – de la douleur. 1998. Sindbad. D’où cette vigilance. l’insoutenable. ce qui empêche sa dignité : esclavage. comme il l’écrit en postface de La Nuit sauvage6 (1995). L’aventure de l’exil est comme une découverte merveilleuse et douloureuse de l’espace de l’Autre. Éditions La Différence. décrit. la tragédie algérienne et la permanence de la guerre. 8. un amour contrarié et émerveillé à la fois par l’espace des neiges et des bouleaux. l’écriture (romanesque) et la responsabilité (morale). comme un défi. même si l’un des derniers recueils de poésie de l’auteur s’intitule L’Enfant-jazz7 (1998) ? L’enfance de tout être serait-elle le vrai salut ? L’enfance. 9. avril . N° 150. compare. l’amour et le poids du monde Mais la littérature peut-elle se libérer de ce vague à l’âme. met la littérature au service de la morale. Paris. historique. certes. questionne. témoigne. Le Sommeil d’Ève (1989). Albin Michel. mais la musique – très présente dans l’œuvre de Dib – serait le cœur des hommes comme un rempart contre la laideur du monde. métaphysique. De la douleur des esclaves noirs sont nés le jazz et le blues à la fois. Comme un rempart contre la laideur du monde. nous dit le poète dans sa note liminaire au recueil. 1995. l’œuvre qui s’écrit est à la mesure de l’élaboration littéraire. © Notre Librairie. Paris. sous-développement. 1985. Elle s’attache à l’enfance du monde. l’interpelle à son tour. L’aventure de l’exil est comme une découverte merveilleuse et douloureuse de l’espace de l’Autre mais cet espace ne devient-il pas nôtre dès que s’y trouve l’être aimé ? Il en va de même de la langue française (au-delà des débats hâtifs sur la francophonie) : langue de 6. tente de comprendre.

Il en est aussi de l’exilé qui paye une forte dîme : Orsol.Nanterre La tragédie humaine naît de l’absence de réponse. La tragédie humaine naît de l’absence de réponse. mais écrit comme une petite île intérieure dans le vaste océan.l’autre. elle devient nôtre par amour et finit par devenir langue autre. 10. Paris. la mort. mais tous ces pays ne forment en réalité qu'un seul paysage au centre duquel l’homme se cherche ontologiquement. partout. 11. en grand sage. L’amour rend peut-être l’espace de l’exilé plus supportable. © Notre Librairie. op. l’or sur le sol quitté. non-dit. attaché à son carré intérieur. le souvenir. naît de ce sentiment fort que la littérature. Éditions La Différence. Revue des littératures du Sud. il reste ce Cœur insulaire10. l’oubli. Ainsi. Tahar BEKRI Université de Paris X . dans tous les pays. Mais il devient nécessairement autre. L’aventure humaine réside dans cet apprentissage stoïque de l’expérience du vécu. N° 150.juin 2003 . reste pourtant tragiquement impuissante – mais en cela réside son humanité – comme : « La Parole qui n’a / peut-être rien dit »11.. si elle doit être parole des hommes. p. plus humain. Le Cœur insulaire. au bout du compte. la nostalgie. 40 ans de littératures du Sud. 96. avril . Et le poids du monde ? Ce sont ces questions fondamentales posées à l’homme éternellement : la vie. si le cœur est vaste pour recevoir le monde. l’amour. cit. 2000. tout le long de son œuvre. le départ. secret. Comment la littérature peut-elle prétendre avec orgueil apporter des réponses ? La crainte de Dib qu’il n’a cessé de développer.

mais tangente. qui pose des questions plus qu’elle n’en résout et qui insiste sur le fait que « l’homme n’est qu’une combinaison d’aléatoires qui ne saurait arbitrer un débat. l’œuvre écrit en réalité pour cacher. 250 p. instruire un procès » (p. et symbolisant ici le voyage intérieur auquel aspire l’écrivain. l’œuvre de Dib est profondément à visage humain. où il est question d’un hommebouc. En cela. c’est-à-dire une œuvre qui est loin du discours facile et mécaniste. cet oiseau mythique dont il est question dans l’œuvre du grand mystique soufi. guidé comme toujours par cette sagesse philosophique qui le caractérise et qui fait de lui un des grands humanistes des temps contemporains. bouscule avec énergie et ironie des préjugés bien tenaces. Farid Eddine Attar. Mohammed Dib interroge l’Orient et l’Occident. Certes. des thèmes comme la musique. Là n’est pas la moindre de ses difficultés. 16). la littérature. Et si toute création littéraire s’inscrivant pleinement dans la modernité a des dimensions subjectives. N° 150. 224). Albin Michel. Tahar BEKRI © Notre Librairie. Il mêle avec liberté. de « morceaux de vie ». l’Infini sont abordés avec gravité. voiler. 40 ans de littératures du Sud. accentuer le nondit. Œdipe à Colone. la nationalité. intitulée Le Langage des oiseaux. « Sa Suprématie le Simorgh » avec. autobiographiques. l’exil. infinis. en quête des vérités essentielles : la destinée humaine. l’Antiquité et l’époque moderne. De la métaphore du Simorgh.Note de lecture Mohammed DIB Simorgh Paris. l’étranger. aphorismes et réflexions. œuvre avant tout de langue et de langage. Or combien de procès a-t-on fait à la littérature au nom de l’idéologique. ils n’en attendent pas moins la mort. la permanence des sentiments humains. visite aussi bien les lieux de la mémoire que le présent le plus récent. nouvelles. l’art. 2003. sauf sa vraie vie » (p.juin 2003 . au-delà de l’Histoire. s’élève contre le fanatisme et l’étroitesse de l’esprit. la langue. Dès lors. allant au plus profond des choses. Mohammed Dib poursuit sa traversée profonde et exigeante du réel et de l’imaginaire. notamment au Maghreb ? Il y a chez Dib une conviction qu’il ne cesse de développer d’un texte à l’autre – et cela apparaît d’une manière évidente dans cet ouvrage – que le doute est nécessaire à la littérature. Le tout arpentant avec grande culture. à la tragédie de Sophocle. 79). 17 € Dans ce dernier ouvrage. mêlant aveux et voiles. citations lues et commentaires savants. Cela n’empêche. Et même s’ils tentent d’échapper aux « brumes métaphysiques » (p. pour lettres de créance : « Les espaces tragiques. « Mouna ». souvenirs et carnets de voyage. 23). individuelles. jamais avec désinvolture. un islamiste qui vient de tuer une famille et une fillette survivante qui le supplie de ne pas la laisser seule après le massacre – mais la quête soutient une écriture soucieuse de rester œuvre littéraire d’abord. l’esprit humain et son appartenance universelle. journal et lectures. Revue des littératures du Sud. se fait passeur de cultures et de civilisations. du politique et du social. la vieillesse. de la modernité. compare. contes. parcourus de là où nous venons à ici où nous sommes » (p. l’identité. avec des réponses relatives. la réalité algérienne est là et habite largement l’œuvre marquée par la violence – il faut lire cette nouvelle terrible. Et comme à son habitude – au moins dans ses dernières œuvres – Dib s’interroge. pensées théoriques et commentaires. Simorgh est un livre ponctué d’innombrables anecdotes personnelles. rejetant pour cela de se plier à un seul genre littéraire. de fragments de journal. Et Dib de citer Max Frisch : « On peut tout raconter. nécessaire à l’expression humaine. avril . pour maintenir ses secrets. l’émigration.

avril . des absences lancinantes. ma ville aux mille visages ». Paysage de l’aveugle. 1998. 1994 Les Urnes scellées. une esthétisation du monde. Paris. Pierre Tisseyre. 1995 « Port-au-Prince. Il a pris sa retraite en 2000 pour se consacrer entièrement à l’écriture et c’est en pleine possession de ses moyens qu’il meurt subitement en novembre 2003. Émile Ollivier a émigré au Canada en 1965 après un séjour à Paris et des études de lettres et de psychologie à la Sorbonne. Émile Ollivier a pourtant inscrit sa démarche dans une certaine tradition littéraire haïtienne. pp. Dans un monde qui se dégrade et qui défait constamment. Quels sont les principaux traits de ce qu’on peut définir comme une poétique du roman d’Ollivier ? Le baroque semble. 1991 . 45-56 © Notre Librairie. Albin Michel. N° 150.Émile Ollivier : le grand théâtre du monde Joubert Satyre « Je retrace des ombres resucées. L’impératif éthique de la mémoire s’explique autant par le côté baroque de l’univers décrit par le romancier que par l’exil de ce dernier. L’univers d’Émile Ollivier est travaillé par la nostalgie du paradis perdu. il obtient un doctorat en sociologie de l’éducation à l’Université de Montréal où il devient professeur d’andragogie. 15. des présences labiles. Ces mots qu’Émile Ollivier met dans la bouche du narrateur autodiégétique de Mille Eaux définissent en partie l’art poétique du romancier dont l’œuvre est un long exercice mémoriel. Montréal. 40 ans de littératures du Sud. Paris. toujours coupés de l’origine – la terre. ces formes médiatrices de l’idéal –. la mère. Balcon sur l’Atlantique. dépasse le simple constat du réel : elle est. ce qui reste aux personnages. 1. Revue des littératures du Sud. la langue. leurs traces médiatisées par les mots. comme toute grande œuvre romanesque. à notre avis. Paris. 1977 Mère-Solitude. lesquels font du romancier un écrivain à part dans l’histoire littéraire haïtienne. l’œuvre d’Émile d’Ollivier. 1986 Passages. 1983 La Discorde aux cent voix. p. En 1977. Le Temps qu’il fait. l’Hexagone.juin 2003 . ce ne sont pas les choses elles-mêmes. ÉMILE OLLIVIER Né à Port-au-Prince en 1940. Rochefort. fournir la clé qui permet de lire cette œuvre avec le moins de risques possibles car il nous a permis d’en saisir la cohérence à tous les niveaux2. Albin Michel. Je traque les échappées de ma mémoire et je rapporte les émotions des moments flottants…1». Œuvres : Romans et nouvelles L’art de théâtraliser les êtres et les choses La première chose qui frappe le lecteur d’Émile Ollivier est la nouveauté du langage et l’art de la construction romanesque. in À peine plus qu’un cyclone aux Antilles. mais leurs souvenirs. avant tout. Montréal. frayer dans les voies du réalisme et du baroque afin d’améliorer la lisibilité du monde ? Cependant. recueil de nouvelles sous la direction de Bernard Magnier. Le Serpent à Plumes. Paris. Albin Michel. N’a-t-il pas déclaré dans une entrevue avec Jean Jonassaint qu’il voulait prolonger Jacques Stephen Alexis et Jacques Roumain dans leur quête de sens. Mille Eaux.

Ce fut le règne du persan. telle la pendaison de Noémie Morelli. 1999 Regarde. Paris. avril . 164. regarde les lions. Montréal. Les personnages d’Ollivier. 1981 Penser l’éducation des adultes. CIDIHCA. (en collaboration avec Charles Manigat et Claude Moïse). 1992 La théâtralisation est à la fois collective et individuelle. pp. Collectif Paroles. diamants irradièrent les fêtes du couronnement. Paris. Le colonel Max Masquini. Collectif Paroles. La théâtralisation est à la fois collective et individuelle et ce sont les militaires qui l’emportent dans la mise en scène du paraître individuel. 152. N° 150. l’Amérique. terre de métissages. aime étaler ses fastes pour éblouir. revient dans tous les romans d’Ollivier. 223-253. écrit-il. in Maryse Condé et Madeleine Cottenet-Hage éds. 6. Cette déclaration rappelle les théories d’Alejo Carpentier sur le baroque latino-américain. en particulier les riches et les puissants. Revue des littératures du Sud. toujours dictatorial. Montréal. p. 8. Mille Eaux. Penser la créolité. il s’inscrit dans la réalité même de nos vies. Claude-Gilbert Dubois a rappelé l’alliance du spectaculaire et du politique dans le monde baroque : la mise en scène du pouvoir s’apparente à « une technique d’action psychologique » dont le but est « d’agir sur les consciences par le moteur de l’admiration ou de la terreur »6. soutenue en janvier 2003. Le baroque : profondeurs de l’apparence. 1978 Analphabétisation et alphabétisation. 3. Tout est mis en scène. CIDIHCA.juin 2003 . commandant de la ville des Cailles dans La Discorde aux cent voix. p. saphirs. ou fondements philosophiques de l’éducation des adultes. 5. 4. Montréal. 1976 Haïti : quel développement ?. du velours. 1995. 2002 Essais 1946/1976 : Trente ans de pouvoir en Haïti. à sa manière. Paris. Montréal. «Améliorer la lisibilité du monde». (en collaboration avec Adèle Chené). Voyez la demeure baroque des Morelli dans Mère-Solitude. Mère-Solitude. © Notre Librairie. Gallimard. lui aussi. théâtralisé. p. n’est pas seulement un regard sur la réalité ou la manière de la dire. ducs et duchesses »5. La Discorde aux cent voix. les fêtes publiques du pouvoir sont souvent des mises en scène funèbres. Parmi les nombreux traits de l’esthétique baroque présents dans l’œuvre d’Émile Ollivier. Montréal. du rouge grenat rehaussant l’éclat des pages vêtus en abeilles dorées. En effet. Le baroque éclate de partout en Haïti »3. Le pouvoir. de Calderón à Shakespeare. qui attire un nombre impressionnant de personnes venues contempler un gibet et « une sorcière qu’on allait pendre haut et court »7. Le narrateur de Mère-Solitude décrit longuement les pompes du couronnement de l’empereur Faustin 1er : « Or. Librairie de l’Université de Montréal. qui affiche la volonté de cette famille « d’éblouir » par la « recherche de l’effet spectaculaire »4. rubis. Montréal. Guérin. (en collaboration avec Maurice Chalom et Louis Toupin). traité par tous les dramaturges baroques. Albin Michel. Voir notre thèse intitulée Le baroque dans l’œuvre romanesque d’Émile Ollivier. des parures de chevaliers. p.. « débauche d’extravagance ». 40 ans de littératures du Sud. nous n’en retiendrons qu’un seul ici : la théâtralisation des êtres et des choses. « portait invariablement un pantalon kaki et une chemise de même teinte sur laquelle étaient épinglées épaulettes et médailles »8. 175. Mère-Solitude. « Le baroque. (en collaboration avec Cary Hector et Claude Moïse). Pour l’auteur cubain.Émile Ollivier a lui-même exprimé sa fascination pour l’esthétique baroque. Karthala. 169. est le continent baroque par excellence. Ibid. 1991 Repenser Haïti : grandeur et misère d’un mouvement démocratique. En ce sens. quadrille le sol et le sous-sol de notre quotidienneté. de barons. du cramoisi. Cette véritable image d’Épinal rappelle deux autres colonels tortionnaires qui sévissent dans l’univers romanesque d’Ollivier : dans Les Urnes 2. de contes. Leméac. (en collaboration avec Claude Moïse). semblent obsédés par cette recherche du spectaculaire. 2001 Repérages. 1983 La marginalité silencieuse. 7. 32. p. le topos baroque de la vie considérée comme une scène de théâtre.

pour retrouver la motivation. De ce fait. Revue des littératures du Sud. La collecte des signes et leur interprétation. Les romans d’Émile Ollivier contiennent tous en filigrane un questionnement d’ordre épistémologique : que puis-je savoir ? La découverte du sens est une entreprise herméneutique interminable. 10. il y a une éthique de la feinte chez les personnages d’Ollivier. puisque l’être est constamment occulté par le paraître. aiment se faire remarquer à l’occasion des funérailles. Simuler ou périr. Des stratégies de survie dans un monde féroce. épaulettes et médailles… »9. N° 150.juin 2003 . Il faut aller vraiment au-delà »10. qui est l’un des thèmes fondamentaux de l’œuvre d’Ollivier. 40 ans de littératures du Sud. le point où se terre le secret des lentes germinations. recommande de dépasser les apparences afin de lever le voile qui obscurcit le sens des choses et nous empêche de voir l’essentiel : « Il faut aller plus loin. © Notre Librairie.scellées. un dolman garni de galons gagnés on ne sait sur quel champ de bataille. elles rappellent le marronnage des esclaves des plantations. pénétrer par effraction codes et tabous. jusqu’à trouver la couche enfouie. Comme on peut le constater. explique la présence de métiers qu’on peut qualifier de sémiologiques. une empreinte de pied imprimée sur le sol »11 permettent 9. Tous ces éléments ne font qu’opacifier le sens du monde présenté par Ollivier. avril . Ainsi. vêtu d’un « pantalon de coutil bleu rayé. tandis que le colonel Tony Brizo dont l’ombre sinistre plane sur l’univers cauchemardesque de Mère-Solitude assiste aux funérailles de Sylvain. Donner du sens. Ainsi. voir l’essentiel La mise en scène du monde chez Ollivier brouille les frontières entre la vérité et le mensonge. comme l’archéologie et la paléontologie. p. Mère-Solitude. le narrateur de Passages. sabre au côté. Il faut traverser l’obscurité des mots usés pour en atteindre la racine . porte. p. Les Urnes scellées. Passages. Il y a une éthique de la feinte chez les personnages d’Ollivier. un peu à la manière des tortures physiques ou psychologiques qu’ils font subir à tout opposant. Pour l’archéologue Adrien Gorfoux des Urnes scellées. à l’occasion des funérailles de Sam. Alors l’apparence verdoyante du monde s’explique. La quête incessante de la vérité. « le bol à moitié rempli de pierreries […]. creuser plus profondément. reconstituée grâce à quelques ossements. 102. chevalière et bracelets d’or […] chemise de soie ornée de ses initiales. 11. p. Les pratiques de détour qu’on trouve dans le langage très allusif et imprégné de sémantique créole ou dans les pirouettes des personnages sont des stratégies de survie dans un monde féroce . telle pourrait être leur devise. dont le nom à lui seul est tout un programme narratif de terreur. basés sur la collecte des signes et leur interprétation. Jean-Phénol Morland. ces personnages dont la mort est le métier. 48. un « miroir réfracteur » du peuple de Trou-Bordet. 30. Edmond Bernissart de Mère-Solitude croit trouver dans la vie des iguanodons. On dirait que ce sont de tels événements qui leur permettent de se réaliser. commentant Kierkegaard.

La description de la demeure des Morelli dans Mère-Solitude s’étend sur plusieurs pages. 13. 51. la quête mémorielle chez Ollivier prend son origine dans les silences et les mensonges de la mémoire haïtienne ainsi que dans sa falsification par la dictature. 40 ans de littératures du Sud. que ce soit au niveau des descriptions proprement dites ou des portraits. d’où ces quêtes qui débouchent sur la désillusion ou le renoncement. En effet. En ce sens. avril . »12. La vérité s’avance masquée et elle le reste toujours. Ces signes qui aident à reconstituer le passé sont comme des « photos [qui] libèrent leurs fantômes. 74. Le narrateur de Mille Eaux revient souvent sur les difficultés de son entreprise d’anamnèse. N° 150. regarde les lions. p. © Notre Librairie. Dans cette œuvre. qui n’est rien d’autre qu’une entreprise de découverte de la vérité : « Comment capter la lumière réfractée par le prisme irisé des souvenirs d’une époque révolue ? Comment dire le flou des couleurs. L’omniprésence du descriptif qui met l’accent sur le paraître doit être considérée comme un élément de l’esthétique de la théâtralisation chez Ollivier. faites que je garde la Mémoire »14. La dimension spatiale semble vouloir faire concurrence à la dimension temporelle. elle s’évanouirait. le déferlement des sensations d’antan ? »13. Cette demeure fonctionne comme un habit d’apparat pour les Morelli. Dans Les Urnes scellées. Mille Eaux. mais même quand ils croiraient saisir la vérité.de résoudre un problème jusque-là insoluble et aident à briser les scellés du passé. le demi-jour des images qui s’effacent. on pourrait même parler d’une exacerbation de l’image et du visuel chez le romancier. d’artefacts que les narrateurs décrivent avec beaucoup de détails. très tôt. 12. 14. Si pour Véronique Bonnet. la dimension spatiale semble vouloir faire concurrence à la dimension temporelle. Une appréhension originale de l’exil L’activité de décryptage sémiologique liée à la paléontologie et à l’archéologie renvoie au thème de la mémoire. Le monde dans lequel évoluent les personnages d’Ollivier reste un monde secret et labyrinthique. la maison de Georgette Semedun n’est pas en reste avec l’étalement de son luxe scandaleux. Celui-ci est déjà présent dans le premier roman d’Ollivier. Nombreux sont les masques de la vérité et peut-être il faudrait l’éternité aux personnages pour arriver à les faire tomber. p. 15. Les portraits physiques abondent également dans les romans d’Ollivier. on peut également lier la hantise du passé chez l’écrivain à l’exil qui. Ces deux maisons sont remplies de toutes sortes d’objets. Paysage de l’aveugle. p.juin 2003 . Cependant. dans une incessante mise en scène. la vérité s’avance masquée et elle le reste toujours. Paysage de l’aveugle. insaisissable dans ses différentes métamorphoses et sous ses nombreux masques. La théâtralisation de la vie explique l’importance du descriptif dans l’œuvre d’Émile Ollivier. une figure de leur différence. le narrateur de la première partie de ce livre lance à la fin de son récit le cri suivant : « Ô Pays. Revue des littératures du Sud. Regarde.

»16 L’écriture devient ainsi une sorte d’anamnèse qui rend vivant le passé. développe longuement l’idée de l’exil comme base de la condition humaine.l’a arraché à son pays natal. 44. N’est-ce pas là une autre métaphore du caractère insaisissable du sens des choses ? Ainsi. © Notre Librairie. qui est un ensemble de réflexions sur sa condition de migrant. le romancier développe une véritable poétique de l’errance. XIV. Ce refus du figement et de la fixité dans un lieu précis est une ouverture au divers et à l’altérité. celui d’avant l’exil. vol. p. là où le lieu et le temps de la mémoire se rencontrent. L’écriture n’est pas seulement une mise au monde de soi-même. avec la fin des territoires et l’émergence des identités labiles dans le contexte de la mondialisation. citée en épigraphe à Passages. mais le temps ». Il est impossible de revivre le passé. reprenant Deleuze. ces retours au pays natal se soldent par l’échec. Repérages. comme d’autres chez Ollivier. Émile Ollivier déclare qu’il préfère le rhizome à la racine. c’est la fluidité et la plasticité de l’espace qui emportent le suffrage du nomade »15. qu’il soit collectif ou individuel. celui d’un homme du grand dehors. en migration infinie. le romancier a choisi d’en voir les bons côtés : il l’a transformé en art de vivre. 1. 16. Émile Ollivier déclare qu’il préfère le rhizome à la racine. dont les figures emblématiques sont Denys Anselme dans le roman susmentionné et Normand Malavy dans Passages. elle peut permettre à l’écrivain d’éviter des pièges. il a fini par refuser l’enracinement dans un lieu. N° 150. d’un « retour au pays natal ». Elle fait partie de mon “espace des possibles”. Une phrase de Montaigne. Cette remontée dans le temps est le plus souvent doublée d’un trajet spatial. Malgré la nostalgie qui imprègne son premier roman. entre autres. À partir de La Discorde aux cent voix. Repérages. 40 ans de littératures du Sud. « L’exil est sans doute l’arme “majeure” de l’écrivain qui entend conserver sa totale autonomie. Son essai.juin 2003 . De ce point de vue. tout en éclairant le présent. Ces deux personnages. p. Émile Ollivier n’est pas de ces écrivains exilés qui transforment leur pays natal en terre mythique. Comme le fait remarquer Véronique Bonnet : « Face à l’irréversibilité du temps. « Je ne peins pas l’être. 15. nous visitons non des lieux. donne la mesure de cette poétique : « Passagers clandestins dans le ventre d’un navire. Études Francophones. Revue des littératures du Sud. Pour Ollivier. sont des « passants appliqués à passer ». Ainsi. Cependant. ma condition de migrant m’est une force. celui de la culpabilité à la mode ces jours-ci dans les places fortes de l’Occident. loin de transformer l’exil en source de ressentiment et de nostalgie. déclare le narrateur. je peins le passage ». comme dans le cas d’Adrien. avril . Lieu de déploiement de la lucidité et de l’indépendance d’esprit. 76. ou encore celui de la posture du repli “nationaliste” ou “identitaire” puissante dans les pays à culture de résistance. Reprenant Deleuze. En ce sens. L’écriture devient ainsi une sorte d’anamnèse qui rend vivant le passé. de même qu’il est impossible de retrouver le pays de son enfance ou de sa jeunesse. qu’il soit collectif ou individuel.

40 ans de littératures du Sud. la gonfler de toutes les ressources oniriques. 18. son entrée à l’Académie des Lettres du Québec sont la preuve éclatante de son appartenance à au moins deux traditions littéraires. 17.. mais combien obsédante est la présence de cette terre dans l’œuvre. il a su changer la langue. Ibid. à défaut de changer le monde. à cause de sa portée universelle. il s’est situé autrement dans l’histoire de la littérature haïtienne . ésotériques dont je pouvais disposer ou que la littérature mondiale mettait à ma disposition. On comprend pourquoi il n’a pas eu « l’impression d’être lu comme un expatrié » en terre québécoise. Les nombreux prix et distinctions qu’il a reçus de l’institution littéraire québécoise.juin 2003 . Il fallait la reterritorialiser. Il a écrit dans Repérages : « J’ai pris conscience que je travaillais avec et dans une langue deterritorialisée (le français en Haïti et au Québec) et qu’il me fallait prendre la langue française telle que je l’ai trouvée. quitte à inventer ma propre langue. Département d’études Françaises Avoir su nommer les choses autrement. Ibid. Revue des littératures du Sud. Il appartient désormais à la littérature universelle. Son attachement à la terre natale reste abstrait. résiste à tous les dispositifs de récupération nationalistes et identitaires. Émile Ollivier a toujours revendiqué sa double identité et cherché « à se situer dans la littérature québécoise en général »18. L’écrivain aime parler de sa place dans « La République mondiale des lettres ». »17 Il faut noter que l’œuvre d’Émile Ollivier. mais Émile Ollivier dépasse ces deux traditions : il appartient désormais à la littérature universelle. p. Université de Montréal. © Notre Librairie. il y voit plutôt une source d’enrichissement. p. c’est d’avoir su nommer les choses autrement. pour reprendre un titre de Pascale Casanova. baroques. C’est pourquoi il refuse de faire de l’exil une expérience traumatisante . Joubert SATYRE Chargé de cours.Écritures migrantes L’un des mérites d’Émile Ollivier. N° 150. 57. dans sa pauvreté même.55. avril . En ce sens..

Les Urnes scellées combinent les différents registres du fantastique. Obsédé par cette mort. Bien qu’ils soient orchestrés comme une réponse aux questions d’Adrien. se convertir en cartographe. Adrien interroge trois amis du mort. Vaste orchestration des thèmes et des motifs qu’affectionne Ollivier. La malédiction est intemporelle. tout pousse l’archéologue à dire adieu « au pays de ses racines » et à retourner au Canada. comme des variantes d’un seul et même événement. Ce roman marque une rupture avec la vision messianique de l’exilé – omniprésente dans les littératures du Sud au cours de la seconde moitié du XXe siècle – qui revient au pays natal pour lui apporter ses lumières. 294 p. il est lui-même maltraité. La question que se pose alors le lecteur partageant ainsi le point de vue d’Adrien Gorfoux est si l’archéologue parviendra à résoudre cette énigme. la descente dans l’enfer des mémoires maudites et une double impossibilité. des bras sevrés de leur tronc. il va tenter d’en résoudre l’énigme. Ces narrateurs rapportent des récits invraisemblables sur les sœurs Mosanto. était l’épouse de Sam. de l’autre. Quelques jours plus tard. Après les funérailles de Sam.Note de lecture Émile OLLIVIER Les Urnes scellées Paris. les événements se précipitent. dont on ne peut s’échapper.juin 2003 . après vingt-cinq ans d’exil au Québec. Zeth. Albin Michel. Ce massacre. 40 ans de littératures du Sud. Une véritable vision d’horreur : « Un front s’appuie sur un sein . en répétant l’identique. la difficile acclimatation et l’échec d’Adrien à résoudre l’énigme de la mort de Sam. des pieds coincés entre des madriers. Alors qu’Adrien Gorfoux prend la défense d’un macoute qu’une foule s’apprête à lyncher. « Ici. qui fait que la polyphonie ne se transforme pas en cacophonie. Leur prolifération renvoie à une régression généalogique infinie dans laquelle le temps perd sa consistance. d’une part. les jeux d’échos entre les événements appartenant à ses strates historiques et à des niveaux diégétiques différents. un dos écrase des cuisses […] . Pour atteindre son but. « l’extrême-nord de la migrance ». de « briser les scellés » de tout ce qui masque la vérité. Ces derniers thèmes donnent au roman sa tonalité à la fois ironique et tragique en montrant. retourne dans son pays en pleine campagne électorale. Zag. 18. l’exilé doit faire son deuil de la terre natale et d’archéologue. Il est le témoin de l’assassinat en plein jour de Sam. ces récits. ne font qu’ouvrir un abîme de plus en plus profond devant lui. » (p. 284). dit avec raison Zag. Léopold Seurat. Sa patrie s’appelle désormais l’errance. le poète désenchanté. c’est le massacre des électeurs dont les cadavres gisent dans les rues. de l’étrange et du réalisme dans une parfaite cohérence. des corps orphelins de tête. dont l’une. la propriétaire de la pension où il loge . laquelle traverse le roman à la manière d’un leitmotiv. laissant derrière lui sa compagne Estelle qui a trouvé des raisons de rester au pays natal. N° 150. le même jeu se joue éternellement ». N’espérant aucun retour. Il ressort de ces histoires qu’une malédiction frappe les hommes qui approchent ces filles : ils meurent tous de mort violente et un cheval ou quelque chose qui rappelle cet animal y est toujours associé. un notable de la ville où il séjourne. Joubert SATYRE © Notre Librairie. reprend la plupart des motifs et des thèmes chers à l’écrivain : la rencontre de l’Histoire et des histoires particulières. un illo tempore. 1995.30 € Les Urnes scellées. Revue des littératures du Sud. un abdomen déchiqueté. le désenchantement de l’exilé retournant à la terre natale. On retiendra la parfaite maîtrise de la conduite des différents récits. Mona. L’archéologue Adrien Gorfoux. que toute entreprise herméneutique qui permettrait d’ordonner le chaos du monde est vouée à l’échec et. C’est là une vision circulaire du temps : les tragédies individuelles et collectives procèdent d’un temps presque mythique. celle du retour au pays natal et celle de la découverte de la vérité. le coiffeur – Sam est assassiné en sortant de son studio – . Tel est l’argument du roman dont la structure progressive-régressive rappelle celle d’un polar. avril . roman d’Émile Ollivier publié en 1995. Nous y retrouvons un principe compositionnel d’ordre musical qui rappelle la Neuvième Symphonie de Mahler.

un écrivain malgache francophone original Dominique RANAIVOSON 87 Patrice Nganang : des dignités dévaluées à la honte sublime Xavier GARNIER 93 René Philoctète ou le spiralisme discret Philippe BERNARD 97 Note de lecture : Poèmes des îles qui marchent 101 L’œuvre méconnue de Fily Dabo Sissoko Jacques CHEVRIER 102 © Notre Librairie. avril .3 D’hier et de demain : auteurs à (re)découvrir Écrire en Algérie . N° 150. 40 ans de littératures du Sud. sept années de création Christiane CHAULET-ACHOUR 71 Naturelles correspondances entre l’univers haïtien et le « moi » universel chez Marie Chauvet Anne MARTY 76 Écrire l’Afrique aujourd’hui : les auteurs gabonais Papa Samba DIOP 81 David Jaomanoro.juin 2003 .Maïssa Bey. Revue des littératures du Sud.

font que beaucoup d’auteurs attendent – parfois depuis longtemps – d’hypothétiques éditions et/ou rééditions… À la « pépinière » gabonaise que nous révèle l’article de Papa Samba Diop. 40 ans de littératures du Sud. À l’instar de celui sur Marie Chauvet dont l’œuvre majeure Amour.juin 2003 . répondent.L es conditions dans lesquelles la création littéraire des pays du Sud est générée ainsi que les difficultés de tous ordres. les articles consacrés à quelques auteurs encore insuffisamment connus ou édités. colère et folie. avril . Puisse ce dossier se révéler utile en faisant taire un peu moins… © Notre Librairie. N° 150. en écho. est tout aussi actuelle qu’introuvable. Revue des littératures du Sud.

2003 (coll. Grasset.2 En 1999. Cette fille-là.Maïssa Bey. une femme choisissant la voie de sa liberté dans « Quand il n’est pas là elle danse ». MAISSA BEY Née en 1950 à Ksar-el-Boukhari. 2003 © Notre Librairie. entretien et textes inédits. Paroles d’aube. Réed. En 2001. un entretien suivi de quelques inédits. « Parole et écriture ». elle faisait paraître Nouvelles d’Algérie. éd. l’écrivaine publiait un roman de parole et de désespérance. la marieuse proposant au vieux une « jeune gazelle » en un double discours de déférence et de dérision brocardant avec humour les rapports de sexes . 1999 Cette fille-là. revue de femmes en Méditerranée. Revue des littératures du Sud. En 1998. Paris. avril . 1998 (Grand prix de la nouvelle de la Société des Gens de Lettres) (nouvelles) À contre-silence. de la nouvelle au roman.Écrire en Algérie . Grigny. Barzakh et de l’aube. N° 150. Valérie Marin la Meslée. Le Figaro Littéraire. À contre-silence. Malika y raconte son 1. 2001 (coll. de l’aube et Littera 05. Plusieurs rééditions dont une de poche à Alger. La narratrice traque les non-dits. marquait une pause dans la publication de fictions. éditions de l’aube. Paris. Marsa éditions. était évoqué à travers une galerie diversifiée de personnages : un jeune islamiste en train d’égorger une jeune fille – on ne peut oublier ce texte tant sa concision et sa pureté de style décuplent les effets de l’horreur – . Regards croisés) (Prix Marguerite Audoux) Entendez-vous dans les montagnes…. Le pays. Elle participe à la revue Étoiles d’encre. 40 ans de littératures du Sud. de même que le roman. Le Point… 2. cette fois. Paris. Œuvres : Au commencement était la mer. L’aube poche) (roman) Nouvelles d’Algérie. elle danse ». par Catherine Simon. 1996. Empruntant les voies diverses de la narration. Maïssa Bey vit et travaille dans l’ouest algérien où elle a été professeur de français avant sa nomination comme conseillère pédagogique. avec Au commencement était la mer. pour dire l’attrait de la mer. éd. Ses romans ont été remarqués. Maïssa Bey faisait son entrée dans la littérature algérienne francophone. Télérama. éditions de l’aube. Cette fille-là. ont été adaptés au théâtre par Jocelyne Carmichael (Ateliers Théâtr’elles à Montpellier) en 2000 et 2003. Des cris du quotidien à la mémoire sublimée En 1996. sept années de création Christiane Chaulet-Achour Maïssa Bey est une des romancières les plus attachantes de cette nouvelle génération d’écrivaines des années 90 en Algérie1. Patrick Besson. dans la presse française. « Quand il n’est pas là. La nouvelle. après des études de lettres françaises à l’Université d’Alger. court roman mêlant le tragique du destin avorté d’une jeune fille et des accents camusiens. Michèle Gazier. Le Monde. les contraintes et les hypocrisies pour faire entendre le cri de présences au monde.juin 2003 . Elle est cofondatrice et présidente d’une association de femmes en Algérie. Paris. Algérie 40 ans après. 2002 (récit) « Faut-il aller chercher les rêves ailleurs que dans la nuit ? » dans Journal intime et politique. elle se singularise par une écriture offrant des silhouettes et esquisses multiples de l’Algérie actuelle et un style où la pudeur provocatrice se marie à la recherche du mot juste pour exprimer des situations où l’être accepte d’aller au plus périlleux de lui-même.

suggère cette double mémoire française et algérienne en superposant La Marseillaise et un des chants les plus célèbres des combattants algériens. est nécessaire au démarrage de l’échange entre les deux protagonistes. Il fallait une situation de rencontre simple et dépouillée pour transmettre ce qui lui tenait à cœur. par Cécile Oumahni. 40 ans après. se complètent. où elle signe un texte dense. traduits en texte par un jeu typographique intéressant et par des télescopages de sons et de regards très subtilement dosés. instituteur. Maïssa Bey vient d’éditer un récit particulièrement attachant et bouleversant. N° 150. Les deux mémoires s’affrontent. de la bâtardise ou de la répudiation. l’écriture.juin 2003 . vont confronter leurs mémoires d’abord dans le silence des mots non-échangés puis difficilement exprimés sous la pulsion de signes extérieurs : une jeune fille de vingt ans qui s’intéresse à la tension qu’elle sent entre les deux adultes car elle a déjà une imprégnation du silence algérien étant petite-fille d’un pied-noir qui n’a jamais voulu raconter « sa » guerre . une femme anonyme. de la recherche ciselée du mot le plus juste. réunies dans un lieu-rebut où elles achèvent une vie vécue sous le signe du rejet. 40 ans de littératures du Sud. l’interrogation sur son père. Algérie. cette lente remontée vers le souvenir le plus abject. révèle une écriture de la sobriété et de l’intime. © Notre Librairie. de l’antériorité et du lu. de l’opprobre. La revue Encres Vagabondes. le puzzle de la disparition du père se reconstitue. Cette œuvre. Dans un compartiment d’un train qui se dirige vers Marseille. Le titre. la percée étonnante (1996-2003) d’une nouvelle romancière dans le double champ algérien et français. en cours d’élaboration. tout éphémère. une femme et un homme. mort sous la torture pendant la guerre de libération nationale. « la chambre noire » de la guerre : la torture. avril . sans conteste. à lui seul. de la recherche ciselée du mot le plus juste pour transmettre les facettes attendues mais surtout insolites de l’Algérie et les vécus de ses Une écriture de la sobriété et de l’intime. à l’expression raciste banale mais dont la présence. Revue des littératures du Sud. En septembre 2002. part secrète de l’être ». 3. Nouveaux champs Ce parcours éditorial aussi précis que possible montre. Cette lente attaque de la mémoire est rendue subtilement par une technique de décrochages et de superpositions de l’imaginé et du vécu. Cette année 2003 est aussi celle de la publication de textes dans des recueils collectifs. On retiendra la participation de Maïssa Bey au Journal intime et politique. Min Djibalina (« De nos montagnes »). La banalité de la situation laisse place à l’essentiel. lui a consacré un bel entretien. à Rueil-Malmaison. Une technique de décrochages et de superpositions de l’imaginé et du vécu. dans son n° 26 de l’Automne 2002 : « Maïssa Bey. deux personnages. Entendez-vous dans les montagnes… Il fallait une situation de rencontre simple et dépouillée pour transmettre ce qui lui tenait à cœur.histoire et celles des autres femmes.

un ensemble de contradictions qui sont en fait les contradictions inhérentes à toute activité créatrice. me semble-t-il.juin 2003 . constitue une mise en danger de son être. en prenant le risque d’affronter le regard et le jugement des autres. Prendre les chemins de l’écriture. dans l’acte d’écriture. Elle révèle aussi la force d’une écriture de femme. accepter de naître au verbe. Maïssa Bey déclarait. » Christiane CHAULET-ACHOUR Université de Cergy-Pontoise Cet équilibre précaire entre le désir de dire et la tentation du silence. 40 ans de littératures du Sud. plongée dans les contradictions de son pays et qui y crée3. avril . le mettre en lumière. la nécessité de puiser dans ce que l’on a de plus intime. © Notre Librairie. aller à contre-silence. de plus profond pour l’exposer. Revue des littératures du Sud. de plus secret. Déjà.habitants. Mais c’est dans cet équilibre précaire entre le désir de dire et la tentation du silence que je peux me sentir exister. En dehors des autres menaces liées à la situation que traverse le pays. N° 150. c’est accepter la souffrance et le bonheur qui accompagnent toute naissance au monde. en mai 2001 : « Il y a.

en raison de son Irréversibilité Évidente. Ce qu’il n’est même pas nécessaire de démontrer. Un paquet que l’on a déposé subrepticement. c’est-à-dire la seule histoire vraie. Reconnaître et accepter Ça. avril . faute de moyens ou de courage. Une des insultes les plus graves qui puisse être proférée. Répétez après moi : tout déguisement est révolte inutile. Ce mot trop souvent entendu. Une chose vaguement vagissante qu’on a abandonnée sous un porche. Une preuve concrète et surtout vivante qu’on n’a pas pu supprimer. sans se retourner. la nuit venue ou au petit matin. Un tel début dans la vie ne se choisit pas. la Preuve Matérielle du Délit de Fornication. très vite. Impardonnable puisqu’elle met en cause l’honneur d’une femme. Faire mienne enfin cette question : à quoi bon vouloir travestir la vérité ? Oui.Extrait Cette fille-là Je suis une enfant trouvée Une bâtarde et donc une fille du péché. cela va sans dire. parce qu’on a dû avoir peur qu’il explose. Pire encore. © Notre Librairie. Il faut dire qu’en cette période trouble de ma naissance encore pudiquement appelée période des événements d’Algérie. L’honneur d’une mère. Jamais plus je ne raconterai des histoires. 40 ans de littératures du Sud. je suis une bâtarde. N° 150. il était certainement plus fréquent de trouver des pains de plastic au seuil des maisons que des enfants abandonnés. Ce mot souvent lancé comme un crachat. Cela je ne l’ai pas inventé. Revue des littératures du Sud. Même inconnue. Dont on s’est éloigné vite. Un paquet que l’on a dû longuement hésiter avant de ramasser. L’accepter. Farkha. Je suis la fille qu’on montrait du doigt en chuchotant. Je suis l’Incarnation de la Faute et jusqu’à preuve du contraire.juin 2003 .

Pas d’autre mot chez nous pour désigner les enfants conçus hors mariage. rejaillit. les humiliations. Cette-fille-là. non naturels. 2001 (coll. des avantages certains. la bâtarde. Maïssa Bey. Bonheurs refusés à tous ceux que le sort a dotés de parents connus. comme moi…etc. Imaginer en toute impunité les innombrables bonheurs auxquels ma condition me donne droit. Et surtout pas le déshonneur. N° 150. Revue des littératures du Sud. de génération en génération. Ou Farkh. avril . Farkha. Il se transmet. Sans jamais s’enfoncer dans l’oubli. pp. Paris. 40 ans de littératures du Sud. Fait partie de l’héritage. Regards croisés).Rien ne se pardonne chez nous. aussi visible qu’une tare congénitale. il rejaillit par ricochets.juin 2003 . les enfants dits légitimes. Du seul héritage que peuvent recevoir tous ceux qui. au masculin. éditions de l’aube. Aucun de ces euphémismes que l’on peut trouver dans d’autres langues. 44-45 © Notre Librairie. Ah ! – soupir de satisfaction – Naître loin des tumultes de la mère. Se résigner alors ? Accepter en silence les affronts. ou pire encore les regards apitoyés ? Ou essayer de se convaincre que… Oui… que j’ai sur les autres.

avril . la publication par Gallimard de son œuvre maîtresse. elle obtient. À seize ans. ont trouvé un sens à leur vie. Cette audace de langue qui enfreint les normes de toute société bien-pensante s’exerce aussi bien dans l’analyse psychologique que dans le traitement de thématiques proprement haïtiennes. pose à la famille des problèmes de sécurité. un peu avant la guerre d’indépendance de Saint-Domingue pour La Danse sur le volcan (1957). Le roman d’apprentissage au féminin Qu’ils soient écrits à la première ou à la troisième personne. MARIE CHAUVET Marie Chauvet (née Vieux) est née en 1916 à Port-au-Prince d’une mère antillaise originaire des Îles Vierges et d’un père haïtien. à New York. meurt au service de l’indépendance haïtienne. après s’être épanouie dans son métier de © Notre Librairie. elle connaîtra plusieurs maternités. mènent de front quête d’identité et quête du bonheur. des suites d’un cancer. N° 150. toujours liées à l’universel. la mulâtresse Lotus Degrave fonde la « crêche de Bolosse » au service des petits orphelins . 40 ans de littératures du Sud. Au cours de ses deux mariages. paternelles en quelque sorte. 1961). les romans d’apprentissage mettent en scène des personnages féminins adolescents. qui. Colère et Folie. de JeanBaptiste Lapointe (La Danse sur le volcan) ou de Facius (Fondsdes-Nègres.Naturelles correspondances entre l’univers haïtien et le « moi » universel chez Marie Chauvet Anne Marty L’œuvre romanesque de Marie Chauvet innove par sa capacité à dévoiler la profondeur humaine grâce à un usage impudique du langage qui joue habilement du « je » et du « nous ». affectés par la mort ou le départ de parents (la mère de préférence). et Marie Chauvet meurt. Revue des littératures du Sud. très influent dans le monde politique de son époque.juin 2003 . c’est l’exil. Après des études à l’annexe de l’École Normale d’Institutrices. Ninette. Sur fond d’antagonisme de races. Dans Fille d’Haïti. ces amoureux structurent la personnalité des héroïnes. sous la dictature duvaliériste. Amour. En 1968. Dès cette période. Qu’il s’agisse de Georges Caprou (Fille d’Haïti). elle affirme ne vouloir se destiner qu’au métier d’écrivain. Elles surmonteront les épreuves de la vie grâce à l’amour qui s’incarne dans des hommes militants d’une cause humaniste. en 1973. de La Danse sur le volcan. son Brevet élémentaire. Figures idéales. en 1933. autour des années 1946 pour Fille d’Haïti (1954). les héroïnes. ceux-ci les aident à prendre conscience des forces sociales en œuvre dans leur propre pays. en fin de récit. blessées.

1947 (théâtre) Samba (pièce historique). 2. qui prennent la forme de jeux de rôle. oct. pp. « Formation sociale. la romancière parvient à une exploration du féminin qui apparaît comme le puissant révélateur d’une humanité approfondie . leader révolutionnaire . n° 1. janv. 1961 (roman) (Prix France-Antilles) Amour. qui. Port-au-Prince. « Amour. « vieille fille » de trente-neuf ans. « Problématique de l’espace dans l’œuvre de Marie Chauvet » in Notre Librairie. 1987. p. dont l’action se déroule en 1939. Paris. avril . Colère et Folie de Marie Chauvet ou la ronde des signes » in Conjonction. tout en conservant une relative confiance dans une figure masculine idéale. Port-au-Prince (Haïti). Paris. Paris. pourtant libre et lucide jusqu’à la mort. tant les contingences extérieures (la dictature) à l’homme annihilent sa capacité d’action et le succès de ses entreprises. 1954 (roman) (Prix de l’Alliance française) La Danse sur le volcan (traduit en anglais et en hollandais). Maisonneuve et Larose / La Flèche du temps. pp. Les romans d’apprentissage témoignent donc d’une interrogation originale sur le personnage féminin en Haïti.-avr. et Marie-Ange Louisius. « Trois études sur “Folie” de Marie Chauvet » in Grelca. n° 172. l’héroïne de Fondsdes-Nègres. Fasquelle. N° 150. La narratrice-héroïne fait preuve d’une telle ingéniosité verbale et d’un sens si aigu de la dérision qu’elle finit par aboutir à l’heureux dénouement recherché : une émancipation individuelle doublée d’une libération collective. Quant à « Colère » et « Folie ». Cette œuvre éclaire la réflexion sur la duplicité humaine dans un contexte dictatorial qui ne peut sécréter que lâcheté. Revue des littératures du Sud. 1er tri. « Offerte » par son père aux « macoutes » pour récupérer l’objet du désir. après une infâme négociation. sont l’occasion d’une véhémente révolte contre l’ordre établi. 2. Œuvres : La Légende des fleurs (plume Colibri). n° 132. « Entre je et nous.« Le personnage féminin rénové par la parole intimiste de quelques romancières haïtiennes » in Haïti en littérature. sera la victime consentante mais faussement propitiatoire de cette vaine transaction. pp. Colère et Folie. 40 ans de littératures du Sud. Le premier récit évoque le processus de dégradation matérielle et morale de la famille Normil. l’œuvre de Marie Chauvet est fécondée par la conscience du tragique » in Pour Haïti.« Faulkner-Chauvet : un cas d’intertextualité (“Colère”) » in Chemin Critique.comédienne et avoir découvert quelques faiblesses à son amoureux.juin 2003 . 1997. celle-ci se nourrissant d’un habile va-et-vient entre l’individu et le collectif. Port-au-Prince (Haïti). le paysan instruit. 87-91 Yanick Lahens.-déc. n° 24. Québec. Deschamps. 142-151 © Notre Librairie. qui s’oppose un jour à l’occupation arbitraire de leur terrain par les « hommes noirs » (les tontons macoutes). perversion. apparente du moins. 107-127. par son action sociale menée conjointement avec le vertueux houngan Beauville. Les relations avec les membres de sa famille. Les rapports du « politique » et de l’individu ont été merveilleusement explorés dans cette œuvre dont la publication a été conçue sous forme de triptyque. Paris. n° 133 . Deschamps. Deschamps. propriétaire terrienne depuis plusieurs générations. 1947 (théâtre) Fille d’Haïti. 1995. 17. 23-27 . Rose Normil. Paris. 1991. la romancière laisse entendre que la seule espérance dans la vie ne dépend que de la lucidité de la conscience ou de l’aptitude à rêver. 104 . pp.« L’apport de quatre romancières au roman moderne haïtien » in Notre Librairie. prisonnière de l’univers domestique auquel la confine la répression politique et sociale. Amour. 1984 Anne Marty. Port-au-Prince (Haïti). 1957 (roman) Fonds-des-Nègres. sept. déformation personnelle : l’éducation de Claire dans “Amour” de Marie Chauvet » in Études créoles. 1998. avril 1997. violence et spirale de mort. vol. apte à s’opposer à l’ordre social existant. Paris. qui expose sans pudeur ses fantasmes sexuels : ainsi. pp. 189-207 . Études sur Marie Chauvet : Léon-François Hoffman. L’esprit de générosité a triomphé de la haine. pp. épouse Facius. 26-36 Maximilien Laroche. « Amour ». 2000 Marie-Denise Shelton. 1986 (roman) L’œuvre majeure Dans son œuvre maîtresse. 1968 (roman) (Prix Deschamps 1986) Les Rapaces. Colère et Folie (1968). elle se réfugie dans la seule liberté qu’il lui reste. contribuera à la renaissance du village. Plon. Gallimard. Port-au-Prince. présente Claire Clamont.

Des camarades viennent le retrouver et lui posent la question du mode de résistance. Intervention militaire qui crie au complot : enquête. il espère également que sa mort serve à perpétuer le souvenir des ces « curieux » résistants qu’ils ont été. René meurt en se remémorant les images de la crucifixion de Jésus-Christ .juin 2003 . modeste propriétaire terrien réduit à la mendicité. les héros de Marie Chauvet incarnent avec originalité et justesse l’humaine condition. « Folie ». © Notre Librairie. les héros de Marie Chauvet incarnent avec originalité et justesse l’humaine condition. perquisition. c’est la mort qui n’a pu être évitée avec. L’histoire s’ouvre sur les obsèques du « despote sanguinaire » (François Duvalier) et nous livre un pan de la gouvernance de son fils. René est-il fou réellement ou joue-t-il à être fou ? Condamné au poteau d’exécution. alcoolique. Entre dérision et tragique. Marie Vieux nous introduit dans un récit à mi-chemin entre la fable et la nouvelle à visée idéologique. Disparus. emprisonnement. le monde impitoyable du pouvoir duvaliériste (vampirique. Une œuvre inclassable dans le parcours de l’auteur Ce roman témoigne d’un style étrangement différent de celui auquel nous avait habitué Marie Chauvet. sa charge de pessimisme absolu. ici. ce souffle narrateur et cette cinglante ironie qui décryptaient si singulièrement les profondeurs de l’âme humaine ! Faut-il en voir la cause dans un changement de genre ? Avec Les Rapaces. s’enferme dans le délire d’attaquer « les diables » pour libérer la ville : il lance dans la rue une bouteille de rhum. Revue des littératures du Sud. avril . La rencontre entre des classes sociales opposées est rendue possible grâce aux marqueurs symboliques du « chat » (symbole de luxe pour les dirigeants et de nourriture pour les pauvres) et du « sang » qui structurent l’œuvre sur le plan spatio-temporel : le cheminement d’Alcindor pourra s’identifier à celui des intellectuels révolutionnaires. le poète René se barricade dans sa mansarde empoisonnée par l’odeur de cadavre. après avoir été spolié par les miliciens. N° 150. torture. 40 ans de littératures du Sud. interrogatoire. Seulement. Il s’agit avant tout de la prise de conscience d’Alcindor (chargé de ses quatre enfants).La perte des repères spatio-temporels engendrée par la terreur atteint son paroxysme dans le deuxième récit. notamment le Français Simon qui a fait la guerre de 40. Face à eux. Pour s’abriter des balles de fusil envoyées par les « diables ». René. au bout de la conscientisation. Entre dérision et tragique. puisqu’il se nourrit du sang des pauvres). Michel et Anne.

40 ans de littératures du Sud. avril . les liens étroits entre ce type de sentiments et la société qui les génèrent. quelle que soit sa société d’origine. d’une manière étonnamment originale. En cela et grâce à l’audacieuse interrogation du « je » féminin. c’est-à-dire une société prisonnière du chaos ou de la dictature. d’une manière étonnamment originale. l’œuvre de Marie Chauvet s’inscrit résolument dans la modernité. de violence et d’idéal déçu ou espéré fonderaient le projet romanesque de tout écrivain. de dépossession de soi. Revue des littératures du Sud. N° 150. © Notre Librairie. le mérite de l’œuvre de Marie Chauvet est d’avoir montré. les liens étroits entre ce type de sentiments et la société qui les génèrent.Val de Marne Le mérite de l’œuvre de Marie Chauvet est d’avoir montré.Modernité Quand bien même les sentiments de bâtardise.juin 2003 . Anne MARTY Université de Paris XII .

Extrait Amour. Je sentais les notes m'entrer dans la chair. mon garçon. René. Mais il avait soixante-dix ans et il mourut un peu avant ma mère.. Je me cramponne comme un morpion à l'héritage colonial.. Colère et Folie. Gallimard. en hurlant : . Il m'avait en effet poussé. Il m'a dit : .Tu es très intelligent. N° 150. brûlez cailles ! Ses discours sur l'Indépendance. Baudelaire et Rimbaud. pensant plus souvent en créole qu'en français. un jour. Et j'ai pleuré parce que j'ai l'âme tendre et que tous les poètes ont l'âme tendre et sensible. une méringué à la mode. Le premier joue un concerto de Mozart. Pourquoi pas ? Dessalines a-t-il cru le déraciner. me disait-il. était mon frère par-delà le sang. Extrait d’Amour. Et je ne compris que plus tard que j'avais fait connaissance. je te pousserai dans tes études. non des faux qui composent des vers par mode. Qui m'a appris à aimer Mozart ? Un jour. par-delà les siècles et les distances. Toussaint et Pétion. malgré les belles phrases françaises que je lisais. de Marie Chauvet. René. moitié créole. J’ai écrit en français des vers sur Christophe. sérieux et attentif. immobile. avec quelque chose d'universel sorti des entrailles profondes du monde des hommes . avril . malgré les beaux vers français que j'apprenais et mon premier poème écrit en français fut dédié au Frère Justinien. Trait d'union entre les races comme l'étaient Villon. pp. pour se faire valoir. Et je l'ai regardé sans comprendre. se mêler à mon sang. Je parle des vrais.Ça.juin 2003 . 372-373) (Texte reproduit avec l’aimable autorisation de Marilyse et Régine Charlier et Pierre Chauvet. est-ce en créole que son secrétaire Boisrond-Tonnerre les avait rédigés ? Et Toussaint ? En quelle langue avait-il appris à lire pour rivaliser d'intelligence avec Bonaparte ? . 1968 (in « Folie ».) © Notre Librairie. je m'étais retrouvé seul. 40 ans de littératures du Sud. en m'offrant une cigarette. l'écoutant. quelque chose qui m'appartenait aussi en propre parce que les liens entre cette chose-là et moi avaient été créés. Mozart seul est un séraphin parmi les génies. Paris. ce jour-là. Mozart. colère et folie . Seul avec mes auteurs français.Coupez têtes. Je vois danser les maisons de la ville. Elles défilent toutes et j'entends tour à tour le piano du bon docteur Chanel et la radio de Mme Fanfreluche. parlant moitié français. Revue des littératures du Sud.Tu veux une sèche ? m'a dit dernièrement Simon. Elles forment une ronde autour de ma mansarde. j'avais ouvert sans frapper la porte du salon du docteur Chanel et il me surprit. Il continuait à me répéter : . c'est de la musique. la deuxième. l'Allemand. je te pousserai dans tes études. Dessalines.Tu es intelligent. seul au milieu du peuple. La biographie de Mozart que me fit lire le docteur Chanel me rendit ambitieux. notre copain français. puis. les bras croisés. Mozart chasse en moi l'envoûtement du tambour.

Laurent Owondo (La Fille du gouverneur. Paul Vincent Pounah. ou encore Ferdinand Allogho-Oké (Vitriol bantu. avec. avec des techniques narratives expérimentales et sous des formes rassurantes d’une part. Revue des littératures du Sud. la fontaine publique. avec Le Crépuscule des silences. Parmi ses voix les plus représentatives (Dnouda Depenaud. tout. d’autre part sans les commentaires et les constructions annexes dont sont communément entourées ses homologues d’autres régions. 1981). Dire le quotidien Ce premier recueil de poésie est suivi en 1987 d’Ainsi parlaient les anciens. N° 150. . Jean-Baptiste Abessolo ou Georges Rawiri). 2001) au côté desquels seraient encore à citer de multiples créateurs à qui © Notre Librairie. 1997). jusqu’aux dimensions réduites des poèmes fait songer à un miniaturiste discret. révélant quelque chose de rustique et une évidente prédilection pour l’école du village. celle du Gabon traite de la condition de l’homme « en situation ». Eric Joël Békalé (Le Chant de ma mère en 1993. Dès lors. avec un regard qui capte au ralenti la succession de simples gestes. chant d’ombre 1995). il est illustré entre autres par Vincent Paul Nyonda (La Mort de Guykafi. Si l’on envisage le théâtre. Quentin Ben Mougaryas (Voyage au cœur de la plèbe en 1986).Écrire l’Afrique aujourd’hui : les auteurs gabonais Papa Samba Diop D’année en année. chez Jean Divassa Nyama par exemple. la littérature gabonaise continue d’occuper au sein du corpus des œuvres africaines subsahariennes une place de plus en plus significative. Poésie généralement de la contingence. qu’elle soit par ailleurs le fait de Diata Duma ou de Joseph Bill Mamboungou. le maïs qui germe ou les ustensiles de cuisine. On est sensible dans ces deux volumes à une influence diffuse de la poésie de la négritude. fait entendre dans les premières décennies des indépendances le timbre particulier de son pays. Arthur Benga Ndjeme (Abécédaire.juin 2003 La condition de l’homme « en situation ». 2001). laquelle demeure vivace dans d’autres poèmes gabonais comme ceux écrits par Okoumba Nkoghé (Rhône-Ogooué en 1980). retentit dès 1975 celle de PierreEdgar Mounjégou qui. une imagerie saisie au cœur du réel le plus familier. 1990) et Ludovic Obiang (Péronnelle. Dyatelm Nding (Le Poème de la vallée : interlude. avril . 40 ans de littératures du Sud. Cris et passions en 1996).

Les Matitis d’Hubert Freddy Ndong-Mbeng. thématise des pratiques superstitieuses et la sorcellerie. son époux : « Il y avait même dans la manière dont elle nouait maintenant son foulard. G’amèrikano. Revue des littératures du Sud. elle partage avec le théâtre un dynamisme incontestable. Fureurs et cris de femmes. Quant à la nouvelle. préjudiciable à l’équilibre social local. Parole de vivant. La parabole ne présente plus aucun mystère dans le Le Bourbier de Nguimbi Bissiélou (en 1993) qui par l’image de cette camionnette enlisée dans la fange d’une route mal entretenue. entêté et cupide. 2001).l’édition ou les réseaux de promotion de ce genre littéraire n’ont pas encore permis de se révéler au grand public. Avec l’Histoire d’Awu (2000). Ferdinand Allogho-Oké publiait Biboubouah. brocarde les responsables politiques aux discours si enthousiastes quant à la modernité du pays en question. émigrait en ville au grand dam de Kota. 1989) qui. ce qui en rend l’étude globale plus exigeante. l’aïeul symbolisant l’ordre patriarcal. ce texte étant un roman à clé où est à peine grimé le visage du mari de la romancière : l’homme qui a bâti une université. et pour les mêmes raisons liées aux moyens de diffusion. avril . Puis vient le roman qui. 1999) et Eric Joël Békalé (Au pays de Mbandong. une fille instruite. publié en 1992 et où il faut apprendre à « regarder le ciel » pour sauver le « Pays-des-deux-fleuves ». 1983 . L’Histoire d’un enfant retrouvé (59 pages). © Notre Librairie. de bas-fonds où La nouvelle […] partage avec le théâtre un dynamisme incontestable. photographiant les plaies des bidonvilles. qui après la mort de Rèdiwa. proposait un portrait de femme rebelle : Nindia. où. En fait. Tout aussi allégorique sera le texte de Moussirou Mouyama. outre le statut de la femme. à donner le change en plaçant son roman dans un décor épique où s’opposent l’Empire d’Occident au pays mythique d’Azanie. Et Okoumba Nkoghé d’opposer (dans La Mouche et la glu en 1994) Nyota. Déjà en 1985. mot du vocabulaire populaire servant de titre à ces chroniques équatoriales grâce auxquelles l’auteur promène son lecteur à travers le pays fang. a connu un développement vigoureux chez des auteurs aussi distincts que Ntyugwetondo Rawiri (Elonga. ou Séraphin Ndaot (Le Procès d’un prix Nobel. C’est à la même inspiration du roman social qu’appartient Un seul tournant Makôsu de Justine Mintsa. elle aussi principalement représentée par Ludovic Obiang (L’Enfant des masques. paru en 1994. Laurent Owondo.juin 2003 . à son père N’Gombi. La même année. l’auteur s’engage dans l’écriture de la condition féminine. 40 ans de littératures du Sud. 1980 . distribuée qu’elle est dans de nombreuses revues africaines ou européennes. N° 150. le roman confortera son élan picaresque avec le carnet de route d’un lycéen. déterminé à la marier à un homme riche qu’elle n’aime pas. une extravagance que plus d’une personne trouva indigne d’une femme faite épouse ». 1983) dont l’inspiration première vise à la démystification des icônes inhérentes à l’histoire coloniale. Otembé Junior cherchera en 1990. le narrateur alerte les autorités politiques de l’existence. à partir du court récit de Robert Zotoumba en 1971. avec Au bout du silence. dans la décennie 1992-2002. connaît une existence éparse. avec La Fin d’un mythe.

sait aussi entremêler chants. 1999). La mise en scène d’un « je » procédant à une introspection sans ménagement. 2000). des origines à nos jours. Le Bruit de l’héritage. 2002). Revue des littératures du Sud. politique ou religieuse n’est jamais éloignée des thématiques majeures. 1999 . premier roman de l’auteur. Citons encore de cette période Georges Bouchard (Le Jeune officier. si elle est parfois « mâtinée de miel et de fiel ». loin de la chronique sociale attristée comme peut être défini Bourrasque sur Mitzic de Ferdinand Allogho-Oké (1985). dans Le Bourbier (1993). pour témoigner de tentatives esthétiques et philosophiques correspondant à l’émergence d’une littérature qui. Les Taches d’encre. La préoccupation sociale. Toutefois. Janis Otsiémi (Tous les chemins mènent à l’Autre. politique ou religieuse n’est jamais éloignée des thématiques majeures de ce corpus. avril . Seul contre rien » écrit Janis Otsiémi dans Tous les chemins mènent à l’Autre. Janis Otsiémi (Tous les chemins mènent à l’Autre. Georges Bouchard (Le Jeune officier. cabossés par la vie. La préoccupation sociale. responsables selon l’auteur de l’« enlisement » dans la crise des valeurs culturelles. un travail analytique traitant du roman comme d’un prisme par lequel les auteurs s’attèlent à « la mise en discours littéraire de l’histoire sociopolitique du Gabon ». 2002) ou Bessora (Les Taches d’encre. 2002). poésie et narration. 2002) ou Bessora (53 cm. d’inquiétants laissés-pour-compte du modernisme. Jean Diwassa Nyama (La Vocation de Dignité. 2002) une tendance de l’écriture à s’émanciper de sa tonalité picaresque ou strictement sociologique (à la manière de G’amèrikano où Ntyugwetondo Rawiri dépeint le monde interlope d’Igewa et fait dire à son héroïne Toula : « Je suis plus malheureuse que lorsque je ne possédais et ne connaissais rien »). 1997 . au-delà de la veine dénonciatrice et du réalisme satirique attentif au côté baroque de la vie saisie au quotidien. 2000 . 40 ans de littératures du Sud.grouillent. on assiste à la mise en scène d’un « je » procédant à une introspection sans ménagement. Joseph Bill Mamboungou (Le Destin d’un guerrier. 1999). les conduites xénophobes. 1992). 2001). Deux bébés et l’addition. Jean-Mathieu Angoué-Ondo (Résidence Karabonella. l’arrivisme matérialiste et l’incurie sociale. Il suffit à cet effet d’écouter s’exprimer les héros d’Armel Nguimbi Bissiélou lorsqu’ils stigmatisent. Chantal Magalie Mbazoo-Kassa (Sidonie. L’idéal et le réel… Cette imbrication du romanesque dans le social a autorisé le chercheur Didier Taba Odounga à intituler sa thèse soutenue en Sorbonne en 2003 : La représentation des conflits sociaux dans le roman gabonais. N° 150. Ici. 2000).juin 2003 . il convient de remarquer chez des auteurs comme Moussirou Mouyama (Parole de vivant. © Notre Librairie. afin de dire la solitude de l’être : « Je suis seul… Seul contre tous.

Revue des littératures du Sud. N° 150. Dans ce contexte. père de Nyota. pour soupeser dans leurs mains toutes les entraves à l’avènement du pays rêvé : les mille formes de l’oppression et du mensonge social. un univers qu’elle traduit par la fiction à l’aide d’un certain nombre de prototypes inoubliables : M’poyo de La Mouche et la glu (Okoumba Nkoghé). matérialiste forcené. ce ne sont pas les comparses. Si on oublie les doctrines formelles ou nationales et qu’on se met en face des œuvres elles-mêmes : elles exercent sur nous la même action puissante que les textes classiques de littérature francophone subsaharienne (Une si longue lettre de Mariama Bâ. © Notre Librairie. à facture parfois autobiographique (Un seul tournant Makôsu de Justine Mintsa).juin 2003 . Dans le même texte. pour toucher le pays réel. vénal et sans scrupules. avril . lesquels expriment l’insatisfaction devant le monde et renvoient à l’espoir ou au pressentiment d’une autre vie. prennent place parmi celles du refus des croyances rétrogrades : chez Ntyugwetondo Rawiri comme dans les textes d’Émilie Koumba ou ceux de Justine Mintsa. et leurs œuvres. ambitieux et fourbe. N’gombi. Leur littérature est un regard avant d’être une sensibilité. 1999). Et Amando. Elles-mêmes auraient pu être peintres ou sculptrices. simples supports de messages qui les dépassent et les assemblent. Tu t’appelleras Tanga de Calixthe Beyala par exemple). Un univers à révéler Ce qui est captivant dans ces textes. y compris vis-à-vis de son neveu Igowo. Ce qui constitue l’attrait de cette littérature c’est qu’elle a un univers à révéler. ce n’est pas non plus le style. 40 ans de littératures du Sud. Igowo qui incarne la silhouette du métis obstiné à entretenir avec l’Afrique un rapport d’adoration. Leur littérature est un regard avant d’être une sensibilité. parfois de passion et de révolte.On peut encore noter que la plupart des textes qui viennent d’être cités gravitent autour d’images féminines dégradées au sein d’une société minée par des croyances et pratiques ancestrales. ce ne sont pas – dans le roman en particulier – des intrigues époustouflantes. généralement neutre jusqu’à l’effacement. les femmes écrivains du Gabon livrent des messages dictés par une profonde expérience humaine. précédés dans leur aspiration à des lendemains meilleurs par la poésie réaliste de Josette Lima ou le théâtre didactique de Joséphine Kama Bongo. qui pourtant ne lui veut que du bien. Elles sont faites pour voir. presque indiscernables les uns des autres. espèce particulière de bourgeois se complaisant dans la manipulation et l’intimidation des moins nantis que lui. Anka d’Au bout du silence (Laurent Un certain nombre de prototypes inoubliables. qui remplit idéalement la fonction du bouc émissaire. Chantal Magalie Mbazoo a consacré à ce courant littéraire une étude de quatre cents pages intitulée La Femme et ses images dans le roman gabonais (Université de Cergy-Pontoise. Mboumba dans Elonga (Rawiri).

© Notre Librairie. 40 ans de littératures du Sud. relations familiales. Ma-Kaandu. elle lui Jamais indifférente au sort culturel. N° 150. personnage violent. l’épouse inespérée qui vient le rejoindre. n’est par ailleurs jamais indifférente au sort culturel. Ailleurs. en passant par Les Matitis (Hubert Freddy Ndong-Mbeng). Revue des littératures du Sud. lorsque les traditions la contraignent au rituel du veuvage par exemple. sensible aux noces de la nature et à la volupté de la flore. de Bessora en étant une variation non dépourvue d’humour). Mulélé dans Adia (Okoumba Nkoghé). coloniale et postindépendante.juin 2003 . et Ytsia-Moon. c’est qu’elle garde la matière privilégiée de la littérature africaine francophone : à savoir l’existence et la coexistence d’hommes et de femmes lâchés dans un espace triplement marqué de leurs estampilles par les histoires traditionnelle. Oncle Mâ. En porte-à-faux avec l’ensemble de son environnement social. à la clôture du texte. dont les difficultés sont contées aussi par Justine Mintsa (Histoire d’Awu). Otiembé). cette écriture émergente. L’Enfant des masques (Ludovic Obiang). et Ombre. et de l’Histoire d’Awu (Justine Mintsa) à La Fin d’un mythe (Junior H. surtout vis-à-vis de sa femme Saïlé. illustre l’entente conjugale sans que la fable n’occulte les vicissitudes de l’existence matrimoniale. « personne ne sait plus ce qui a été ». Une place de plus en plus marquante Ce qui assure à la production gabonaise montante sa fécondité. du Bruit de l’héritage (Jean Divassa Nyama) à Fureurs et cris de femmes (Ntyugwetondo Rawiri). en porte-à-faux avec l’ensemble de son environnement social qui par ailleurs n’a que mépris pour lui car il a tout raté dans sa vie : examens. amitiés. avril . que Jean Divassa Nyama – attaché dès son premier roman en 1991. De manière à la fois lucide et sentimentale. exprime la souffrance de la femme en milieu fang. Awu. carrière. revêtu de tous les atours seyant à un gardien des traditions. le couple que forment Oyono et Ndong dans Un seul tournant Makôsu de Justine Mintsa. doivent faire le constat amer que dans le pays où la première cherche à monter la garde sur l’essence de la tradition. Le Bourbier (Armel Nguimbi Bissiélou) ou encore Tous les chemins mènent à l’Autre (Janis Otsiémi). à dresser une chronique du Sud du Gabon. Il y a aussi l’image rétive de Dignité. le petit-fils distrait qu’Auguste Moussirou-Mouyama installe dans Parole de vivant comme au seuil d’un monde qui s’effondre. en particulier celle du peuple Punu – a su fixer (La Vocation de Dignité) comme l’une des rares figures féminines à s’être émancipées de la tradition rurale si peu favorable à l’indépendance de la femme. en bord de mer. politique et spirituel du pays qui lui sert de contexte immédiat. quels qu’en soient le genre et la variété des styles (53 cm. est un marxiste superficiel. D’Au bout du silence (Laurent Owondo) au Procès d’un prix Nobel (Séraphin Ndaot). politique et spirituel du pays qui lui sert de contexte immédiat. la grand-mère détentrice de la parole ancienne et vigilante à sa sauvegarde.Owondo).

1993 [Roman] Bouchard. Dakar. Paris. Eric Joël. Raponda Walker. Vitriol bantu : poésie. Servédit. Paris. Les Affinités affectives. Georges. L'Harmattan/Éd. Dyatelm. Éditions Udégiennes. Justine. 2000 [Roman] Mintsa. Paris. Armel Nguimbi. 1980 [Récit] Ngowet. Éd. Gallimard. 2000 [Roman] Bissiélou. Abécédaire. Tous les chemins mènent à l'Autre : roman. H. [Roman] Divassa Nyama. Libreville. Paris. une place de plus en plus marquante dans le corpus des œuvres africaines. Libreville. Agence de coopération culturelle et technique. Le Serpent à Plumes. Le Mythe olendé : sources. Eric Joël. Le Bruit de l'héritage. Paris. Bajag-Meri. Adia. La Vocation de Dignité. 1997 [Jeunesse : Poésie] Ndong-Mbeng. La Pensée Universelle. Jean. [Roman + nouvelle] Allogho-Oké. Raponda Walker. Justine. Alpha-Omega. Jean. pionnier dans les écrits relatifs à l’histoire humaine et littéraire du Gabon. du Silence.] Mbazoo-Kassa. Les Affolettes. récits. Le Poème de la vallée : interlude. Éd. 40 ans de littératures du Sud. Joseph. Éd. [Paris]. Éditions Udégiennes. Histoire d'Awu. Premières lectures Lomé. Ndzé. 1990 [Roman] Otsiemi. des Écrivains. Janis.n. 2001 [Essai] Obiang. Éd. Résidence Karabonella : roman. Libreville. Paris/Libreville. 1999 [Essai] Nding. Akpagnon. avril . de décennie en décennie. Paris. E. 1985 [Récit] Okoumba-Nkoghé. Éd. Éd. Paris. La Fin d’un mythe. Paris. Libreville. Paris. Péronnelle : comédie dramatique en trois actes. Jouy-le-Moutier [95282]. Ferdinand. 2002 [ Roman] Bessora. Les Taches d'encre. Cette parole littéraire contribue efficacement à faire connaître une partie de l’Afrique dont. [Poésie] Andjembe.. 2001. Paris. Libreville. Sidonie : roman. Auguste. Raponda Walker. 2002 [Roman] Divassa Nyama. Sépia. Le Destin d'un guerrier. Jean-Mathieu. [Littérature trad. Junior H. Paris. 1986 [Roman] Mintsa. Ndzé. Papa Samba DIOP Université Paris XII – Val de Marne Bibliographie Allogho-Oké. 1980 [Roman] Okoumba-Nkoghé. 2001 [Théâtre] Okoumba-Nkoghé. Le Chemin de la mémoire : roman. Saint-Joseph. France. Libreville.. s. L'Harmattan. Paris. [2000]. Ndzé. Haho 1997 [Jeunesse : Récit] Moussirou-Mouyama.. 1992 Mamboungou. 2001 [Nouvelles] Békalé. 2001 [Littérature trad. Ndzé. Arthur Benga. rendait encore compte en usant de Mille lieues dans l’inconnu comme titre d’un de ses ouvrages. Chantal Magalie. 1999 [Nouvelles] Obiang. 2000 [Roman] © Notre Librairie. Éd. Paris. Le Bourbier. Le Jeune Officier. Paris. Beignon. Ludovic Emane..] Otembé. Nzebi : une épopée d'Afrique centrale. Ferdinand. F. Éd. [Roman] Mbou Yembi L. N° 150. Debresse. Veillée au village. Libreville. Wanda. Au Pays de Mbandong : nouvelles. 1999 [Roman] Bessora. [Libreville]. 1993 [Roman] Okoumba-Nkoghé. Ndzé/Éd. Éd. L'Harmattan. Éd. 1999 [Littérature trad. Léonard.aménage. 1985. Paris. Éd. 2000 [Roman] Békalé. Biboubouah : Chroniques équatoriales. Afrique et parfait silence : essai sur les enjeux africains de la francophonie. Ndzé/Éd. Paris/Libreville.juin 2003 . essai de lecture philosophique. Deux bébés et l'addition. 1997 [Roman] Koumba. 1995 [Poésie] Ndjeme. suivi de Bourrasque sur Mitzic. le Père Trilles (1902). : Sally de mes rêves. Raponda Walker. Libreville. La Courbe du soleil. Silex. Paris. Revue des littératures du Sud. Siana. Le Serpent à Plumes. Le Serpent à Plumes. L'Enfant des masques : nouvelles. 2001. 2002 [Roman] Mbadinga-Moundounga. Africa Éditions. Petites misères et grand silence : culture et élites au Gabon. Impr. Arcam. 1996 [Poésie] Bessora. L’Harmattan. Ludovic Emane. chant d'ombre. Luc. Les Matitis. 53 cm : roman. Éd. Éd. Libreville. : étude] Angoué-Ondo. il n’y a pas si longtemps. Joseph Bill. Cris et passions. Libreville. [1999]. Éd. 1999 [Roman] Okoumba-Nkoghé.

David Jaomanoro. Après que ses premiers poèmes. les villages traditionnels du Nord. traduite et montée sur différents continents (République démocratique du Congo. la forêt. fut adaptée au théâtre à Tananarive en 2000. Mayotte. les bourgades dotées de centres de soins. à l’extrême pointe nord de Madagascar. publié à Tananarive en 1995 . plusieurs furent primées : « Le Petit Os ». « Nous autres. hélas sans pouvoir constituer un recueil cohérent. Il vit actuellement à Mayotte. « Labeka koezy ou le mariage de la princesse Ingoria ». Brésil. « J’ai marché dessus ». Il obtient son diplôme de professeur de français à Tananarive en 1988. tout en enseignant le français et en animant des ateliers de théâtre dans sa région de Diego. Il grandit à la campagne. il ne cesse d’écrire une œuvre variée en français. paysans ». Il peut prendre pour cadre Tananarive la grande ville avec ses mendiants. avril . 40 ans de littératures du Sud. tout en poursuivant ses études par correspondance. Revue des littératures du Sud. qui obtint ce Grand Prix en 1993. Parmi ses nombreuses nouvelles. bien que restée inédite. et fut adaptée pour le théâtre à Tananarive la même année. « Jamaïque » ouvre le recueil collectif Nouvelles. publié chez Acoria en 2000. Ces déplacements lui permettent de donner. « L’Appel de la nuit ». « Jaombilo ». lue à Limoges en 1988. Rentré à Madagascar. « Docteur Parvenu ». finaliste au concours des inédits de RFI en 1991. éditée en Belgique en 1990. qui reçut la médaille d’or des IIIèmes Jeux de la Francophonie en 1997. donna son titre au recueil collectif publié en 1994 aux éditions Sépia. N° 150. « Tanguena ». il bénéficie d’une résidence d’écriture à Limoges en 1988. « Les Funérailles d’un cochon ».juin 2003 . figure en tête du recueil Nouvelles francophones. « Je descends à Vohidala »… DAVID JAOMANORO David Jaomanoro est né en 1953. par le Printemps culturel du Valenciennois. dans une mise en scène moderne d’Henri Randrianierenana. puis son DEA en France. Bien d’autres nouvelles circulent. et « Le Dernier Caïman » sont encore inédites. « L’esprit du lagon ». Irlande). Citons « Peau de banane ». un écrivain malgache francophone original Dominique Ranaivoson David Jaomanoro est l’auteur de plusieurs pièces de théâtre : La Retraite est écrite à Tananarive en 1987. Des textes qui circulent dans le temps et dans l’espace Une des originalités de Jaomanoro est de ne pas être attaché à un lieu particulier. © Notre Librairie. fut éditée la même année dans un recueil collectif intitulé Nouvelles francophones. « Nenitou ». « Quatr’ams’j’aime ça » aient reçu le Grand prix Jean-Joseph Rabearivelo en 1987 à Tananarive. avant de suivre ses parents à la ville de Diego Suarez. Il est d’abord instituteur pendant dix ans. « Le rêve d’Assiata ». ses bourgeois et ses enfants errants.

inflexibles. Paris. in Nouvelles francophones. le devin malin poussé à la supercherie par les demandes insensées des villageois. 1990 (théâtre) « Le Petit Os ». ou malhonnêtes. Le Torii éditions. 1991 (nouvelle) « Funérailles d’un cochon » in collectif. le jeune homme ridiculisé parce qu’il n’est pas circoncis. cherchent à s’approprier l’argent par tous les 1. Revue des littératures du Sud. les médecins. Une dénonciation de traditions sclérosantes qui ne prennent plus en compte les individus. le frère endeuillé qui ne comprend plus les conventions de la tradition malgache. in Nouvelles (sous la direction de D. Toutes ces allusions. Paris. 2003. Les devins et vieillards. évolution. adaptée au théâtre en 2000 à Tananarive. le jeune Malgache s’enfuit vers « une île où la moitié de la population serait des descendants de marrons ou d’esclaves »2. votre “chef”.juin 2003 . la femme stérile mise à l’écart du village.discrètement. Acoria. les citadins. sont des témoins disposés habilement pour faire affleurer un passé enfoui sous les silences des dominants : les Tananariviens corrects quoique pauvres font le portrait du voleur (dahalo) paré des attributs des descendants d’esclaves : « Un grand noir aux yeux de braise. quoique brèves et insérées dans des textes qui se déroulent dans la société contemporaine. de ceux que l’on préfère ne pas voir pour ne pas se rappeler du passé qu’ils représentent. Ce qui permet aussi de faire allusion à la période coloniale où « c’était le dos labouré par le fouet. le devin. Oeuvres : La Retraite. sans que cela soit dit. © Notre Librairie. Anthologie de la littérature malgache d’expression française des années 80. 1994. la sorcière. « Tanguena ». l’Indien propriétaire de toutes les terres. les passeurs. La littérature malgache d’expression française : origines. servent une dénonciation de traditions sclérosantes qui ne prennent plus en compte les individus. » (La Retraite). la jeune fille contrainte d’épouser un inconnu. sont dans tous les textes inhumains. […] Toutes les terres environnantes ont été gagnées sur la forêt à la sueur des Marofelana ». à paraître. Tananarive (Madagascar). des indications sur la vie dans ces endroits et d’y placer des personnages appartenant à des classes sociales très différentes : la bourgeoise de la capitale. L’Harmattan. Karthala. Funérailles d’un cochon et 13 autres nouvelles. réception. l’ex-instituteur des hauts plateaux ruiné. 1991 (nouvelle) « Docteur Parvenu ». avril . La confrontation entre le riche Indien et les villageois est l’occasion de rappeler l’origine du clan de la forêt : « Ces terres avaient appartenu à nos pères jadis. 1995 (nouvelle) « Jaombilo ». Centre Culturel Albert Camus. 2. les fonctionnaires. les passeurs. le bandit fascinant. in Les Carnets de l’exotisme. 40 ans de littératures du Sud. nouvelle inédite. traditionnellement gardiens de la sagesse ancestrale. la « parenté à plaisanterie ». L’auteur ne se fait pas pour autant l’avocat d’une modernité digne de confiance : les instituteurs. 1994 (nouvelle) « Jamaïque ». Jaomanoro). toujours a priori respectables car authentiques et ancestrales. éditions Lanzman. Dominique Ranaivoson. Carnières-Morlanwelz (Belgique). Valenciennes. Dans le même texte. rendant ces textes assez insolents. 2000 (nouvelles) Ouvrages critiques : Liliane Ramarosoa. de Mayotte qui accueillit des esclaves malgaches. Des textes qui dérangent Ne croyons pas qu’il s’agisse d’une littérature ethnologique : Jaomanoro ne cherche jamais à expliquer à un lecteur étranger le fonctionnement d’une société. in collectif. Paris. Sépia. peuvent se révéler être des sources de souffrance et d’enfermement : la mère obligée de jeter son bébé mort aux chiens. sont autant de clins d’oeil adressés à une population dominante qui cherche parfois à se présenter comme homogène. Nouvelles francophones. Il montre comment les traditions. Jaomanoro se place délibérément du côté des oubliés. c’était nos femmes et nos filles violées »1. Aux lèvres aussi épaisses que les liasses de billets qui gonflent ses poches […] Il doit ressembler à un masque nègre. où il s’agit. Poitiers. « Tanguena ». nos 7-8. N° 150. SaintMaur. les femmes.

40 ans de littératures du Sud. mais bouscule et la structure et le langage. © Notre Librairie. la fille étouffe le père qui a abusé d’elle. Le lecteur pourrait en déduire que ces textes sont des dénonciations terribles et sombres d’une société en perdition : ils sont en fait novateurs et jubilatoires à plusieurs titres. Il s’ensuit des basculements. En particulier l’honneur. le travail sont bafoués par les personnages principaux. refuse de faire parler un narrateur omniscient qui suivrait une simple chronologie. les « excréments de l’écrevisse » en ouverture de « Nenitou ». avec l’étron dans le puits de « Tanguena ». du rêve de la petite campagnarde qui tourne court à la ville. sang.juin 2003 . La parole jaillit en flots au gré. des retours en arrière. « Le Rêve d’Assiata ». quitte à faire de la société un lieu où les mots n’ont plus de sens et les valeurs3 plus de solidité. le père cherche à vendre sa fille à un étranger. 4. La violence devient le principal lien entre ceux mêmes que la vie aurait dû rendre proches et solidaires : les époux se battent. Les excréments donnent lieu à des variations que d’aucuns ont vues comme provocatrices. Ainsi sont construites les nouvelles « Funérailles d’un cochon ». le médecin laisse mourir l’enfant. Cette violence qui imprègne les relations est concrétisée par des éléments aussi choquants que récurrents : injures. des ruptures introduites par les changements de points de vue sur des scènes concomitantes. de peau du crâne qui se décolle… (« L’Esprit du lagon ». de la nuit de noces qui s’apparente à une mise en prison. « Nenitou ». les compagnons de cellule s’humilient. tantôt celui de la violence des coups donnés avec des détails de cervelle éclatée. les « énormes crottes de cochon » des « Funérailles ». Bien des nouvelles donnent la parole à un personnage qui n’est ni décrit ni mis en situation : les mots présentent son point de vue de manière univoque puisque personne ne lui répond. alors que « Tanguena » le fait sur le mode tragique. non d’un fil conducteur logique. « Le Rêve d’Assiata » et « Les Funérailles d’un cochon »). N° 150. les femmes se moquent les unes des autres. « Le Petit os » et « Je descends à Vohidala » : cinq femmes bafouées en tant que mères. « Nenitou »). non d’un fil conducteur logique. amante ou bonne et qui parlent du fils chéri devenu fou manipulé par des bandes armées. « Tanguena ». Revue des littératures du Sud. de l’horreur de la mère à laquelle on arrache son bébé mort. le fils donne l’ordre de violer sa mère. « la pieuvre a fait caca » et le « marché de crottes » qui représentent le monde dans « J’ai marché dessus ». La parole jaillit en flots au gré. vomi et excréments reviennent sous de multiples variantes4. des 3. épouse.moyens. les villageois renient celui qui s’est livré pour eux. mais des émotions. les devins profitent de leurs consultations pour abuser sexuellement les gens. la « purée innommable » sous le mourant de « Jaombilo ». Le « fouille-poubelle » de La Retraite exploite ce thème sur le mode jubilatoire. et énigmatique pour le lecteur. qui est invité petit à petit à porter le même regard déformant que le narrateur sur la scène. de la vengeance de l’amante devant le cadavre décomposé de son ancienne rivale. les passeurs vendent leurs compatriotes et coreligionnaires. les enfants bourgeois dédaignent la cousine venue de la campagne. au bénéfice de la roublardise et de la violence. Des textes jubilatoires Jaomanoro n’est pas un moraliste : il ne présente aucun discours. avril . La violence devient le principal lien entre ceux mêmes que la vie aurait dû rendre proches et solidaires. « Les Funérailles d’un cochon ». la bouse de vache sur le poteau sacré du Dernier Caïman ». mais des émotions. Le sang est tantôt celui des femmes (v.

ni son référent. désigné de manière détournée par « loza ». dans « Jaombilo ». paysans »). de 5. 10. Revue des littératures du Sud. signifiant « malheur. in La Retraite. il avoue « penser en Antakarana »5. mais avec la forte connotation ironique de celui qui n’a pas réussi à acquérir le statut de mari. Il faut que le texte soit suivi d’un bref glossaire pour comprendre pourquoi le mourant. cit. la « voitiri ». pourquoi les jeunes fumeurs de « dzamala » s’en vont au pays « Dzamaïky » et meurent dans l’incendie qu’ils ont provoqué. « Jaombilo » désigne « l’amant ». Ainsi s’ouvre « Tanguena » : « Un Maromena dans la forêt / c’est comme une anguille dans le torrent ». Interview réalisée par Gilles Costaz. « la femme à la poitrine brûlante ». qui ne maîtrise alors ni le mot. 40 ans de littératures du Sud.juin 2003 . 7. qui ne maîtrise alors ni le mot. « Les Maisons-Froides ».10 Le texte se trouve ainsi émaillé de formules toutes faites qui résonnent comme des sentences inconnues. N° 150. étrangères qui font de ses textes un champ d’expérimentation tout à fait fascinant. ou la « tili ». qui n’est pas plus haut que mon genou. Malgré les situations tragiques dans lesquelles ils vivent. Il en parsème donc ses textes. si beau soit-il. ils réagissent avec un tonus et un sens du défi qui force l’admiration. Par dérivation. Et c’est en français qu’il travaille à « ressusciter les tournures archaïques des proverbes et des poèmes brefs appelés « hainteny »6. 6. p. 8. il ne se relève jamais plus » . 9. Surtout dans « Le Rêve d’Assiata » et « L’Esprit du lagon ». « Qui veut lutter contre le sanglier doit affronter ses défenses » . humilié par son surnom « Jaombilo ». Comme les cornes du bélier qui. La pièce « Labeka koezy » commence par un dialogue où un père déclare à sa fille : « Tu es comme un rameau de calebasse. archaïques. (« Nous autres. malédiction ». avril . se détournent du chemin à suivre ». le lecteur est bousculé dans une réalité éclatée en fragments discontinus et entraîné dans une écriture rapide. Article paru à Tananarive dans le quotidien Midi-Madagascar du 18 février 1994. ni son référent. de lieux qui ne sont pas signalés comme tels . qui explique la fuite du personnage.57. ce qui donne un ton archaïque au texte avec des expressions telles que « le fils-tien ». « la mort du chien castré ».changements de personnages. Malgache du Nord. « Le pagne ne quitte pas la hanche aussi facilement ». il transcrit des expressions directement traduites du malgache. © Notre Librairie. ce qui équivaut à un aveu au moment de son agonie. « l’enfant à l’œil unique ». les mettant en épigraphe7 ou dans la bouche des personnages. « Dzamala » signifie « cannabis ». Le langage de Jaomanoro semble être un jaillissement de mots et d’expressions osées. De nombreux emprunts au malgache et au mahorais8 provoquent une déstabilisation du lecteur occidental. l’auteur crée la fiction d’un pays imaginaire où se rendent les enfants qui fument. qui décrit le sort réservé aux immigrés malgaches qui débarquent clandestinement sur l’île de Mayotte et sont la proie facile des petits malfrats. Les Antakarana sont les populations du Nord de Madagascar. mais écrit dès le premier jet en français.. Donnant la parole aux personnages de condition modeste. en poussant. « ma situation de zébu châtré ». mais qui se tord déjà. Le texte se trouve ainsi émaillé de formules toutes faites qui résonnent comme des sentences inconnues du lecteur mais qui le charment par les images : « Quand un pied de riz tombe. neuves. continuent de se quereller. et provoque ainsi l’inceste. alors qu’il est le père d’une jeune fille qu’il confond un instant avec sa maîtresse. op. Une déstabilisation du lecteur occidental. Le tragique réside dans la distance entre cet imaginaire et ses effets immédiats : le feu et la mort. Jaomanoro comique ou désespéré ? Les personnages de théâtre de Jaomanoro font rire par leur duplicité dont est complice le spectateur. avoue le crime de l’inceste en criant « Loza »9.

duper leurs proches. la lutte pour le pouvoir dément. après avoir montré la condition des mendiants. Par le langage.juin 2003 . le respect de l’identité. et ne fait le procès d’aucune structure ni d’aucun pouvoir. que le mal. le tabou de l’immobilité et le tabou du silence. tout cela pour surmonter le cauchemar que leur fait vivre la société devenue incohérente. Dominique RANAIVOSON Son regard posé sur le monde et sur l’homme est sans espérance. de se déguiser. Mais son regard posé sur le monde et sur l’homme est sans espérance. s’achève sur les sentences prononcées par les femmes de la pièce et qui résonnent comme le diagnostic de l’auteur : « les uns s’amusent pendant que les autres pleurent. s’adresse à elle dans le tombeau en disant : « J’ai franchi le tabou du froid. » Dans les nouvelles. de sa victoire contre les ravages de la mort. jaillissent quelques remarques nous mettant sur une autre piste. et nous trouvons des textes plus durs. la haine. plus violents. La locutrice du « Petit os ». Ainsi. c’est l’Homme lui-même. la narration à la première personne ôte la distance qu’introduisait le comique du théâtre. Revue des littératures du Sud. marqué par l’abandon définitif d’un humanisme que toute relation marquée par la rouerie. le rôle de l’argent. il ose défier les limites . de la femme. N° 150. devant la dépouille de sa rivale. © Notre Librairie. » Jaomanoro franchit de multiples façons les tabous du silence sur les traditions malgaches. Mais au sein de cette dérision rabelaisienne. C’est ça la vie. Il n’y a pas d’homme heureux dans l’œuvre de Jaomanoro. avril . Sauf le lecteur. il évite le moralisme. jouissant. le récit. dans La Retraite. 40 ans de littératures du Sud. moi. par la multitude de points de vues et le comique. et parfois même ravageurs. c’est ça l’homme… […] Je pense surtout. la justice.

A. : Nous ne voulions pas parler de ça. Tu m’écoutes. et sa fille. : Tu es comme un rameau de calebasse. C’est ta bouche qui est de travers. « Labeka koezy ou le mariage de la princesse Iangoria ». Une ère nouvelle commencera pour notre peuple. : Ne t’ai-je pas donné Bekamisy ? Ne l’ai-je propulsé vers la richesse. L’âme de la femme est indomptable comme l’océan. construire des routes. : Non. je ne veux pas le voir. : Dis-moi si mon ventre est de Bekamisy ou de toi. Ada. je ne l’écrirai pas. V. : Allah-hou ! I. Comme les cornes du bélier. Plutôt enfouir mes yeux sous la pierre froide du tombeau.juin 2003 . V. en poussant. Mais de la lettre. qui. Plutôt m’amputer de mes deux mains. avril .A. © Notre Librairie.A.A. V. : C’est toi le plus à plaindre.Extrait « Labeka koezy. I. Le pays changera de visage. qui n’est pas plus haut que mon genou. I. Ton Belge.A. Tu feras bâtir des hôpitaux. : Si.A. Ce n’est pas tout de faire des enfants. il faut les respecter. pupille ? La lettre. À quel pieu veux-tu encore empaler mon ventre ? La pintade sauvage à la belle robe ne me fera pas rejeter la poule que j’ai domestiquée. 40 ans de littératures du Sud. Revue des littératures du Sud. N° 150. Iangoria. V. Tu laveras mon nom de l’opprobre. mais qui se tord déjà. V. : Ta mère m’a aimé malgré ma bouche. Dialogue entre le père. V. Vincent Ahmed. L’éclat d’un pagne acheté ailleurs ne me fera pas négliger celui que mes mains ont tissé. dans une maison en construction. ta bouche dit à gauche. meilleure. Tu seras la mère d’une race nouvelle. Réponds. pas ma mère. David Jaomanoro. Tu épouseras le Belge. ou le mariage de la princesse Iangoria » Scène d’ouverture. : Oui ! Ne me parle pas non plus des textes sacrés. I. : Si tu veux parler de la lettre. Les textes disent à droite. l’ingrat ? I. Je serai Monsieur– le-père-de-Madame. Le père est d’autant plus exigeant qu’il ne donne rien. se détournent du chemin à suivre. tableau I (pièce inédite).

des consciences à la fois infra-humaines et extra-lucides : il choisira un puceau dans La Promesse des fleurs et un chien dans Temps de chien. Paris. fût-ce quelques minutes simplement.Patrice Nganang : des dignités dévaluées à la honte sublime Xavier Garnier Dans les villes de Patrice Nganang. Paris. Paris. C’est en même temps de très haut et de très bas que la vie des sous-quartiers est racontée : Soumi est un adolescent dont l’obsession de devenir écrivain inhibe le développement sexuel et qui voit la vie de son quartier au moyen d’un corps en révolution. 1995 (poésie) La Promesse des fleurs. Après avoir passé plusieurs années à Berlin. Le chien Mboujak. Alors on parle. Tel personnage qui a annoncé publiquement qu’il partait pour l’Europe. est condamné à changer de quartier pour ne plus reparaître et boire la honte d’être toujours là. Temps de chien. Revue des littératures du Sud. même fugitive. on se donne de l’importance : tout est bon pourvu qu’on lise l’admiration. Nganang a besoin de narrateurs très particuliers. peuplé de laissés-pour-compte qui rêvent de dignité. un « sous-quartier » est un appendice dépourvu d’existence administrative. alors le récit prendra la mesure de ces sous-quartiers sordides et magnifiques. L’Harmattan. Encres noires) (roman) Temps de chien. réédition en 2003 dans la collection Motifs (chez le même éditeur) (roman) © Notre Librairie. son dernier roman. dans les yeux de son interlocuteur. où il a effectué des études supérieures de littérature. La perspective narrative adoptée par Nganang est duelle : il faut que l’aspiration à l’idéal et à la pureté soit solidaire d’un corps impur aux impulsions mal contrôlées .juin 2003 . mais il a connu la gloire de déclarer : « Je pars demain pour l’Europe ! ». avril . a reçu le prix Marguerite Yourcenar 2001 et le Grand Prix de l’Afrique noire 2003. Le Serpent à plumes. vit dans la poussière soulevée par les allées et venues des hommes qui l’environnent. on fait de grandes déclarations. Pour dire la vérité de ce quotidien qui englue ses personnages. au yeux de leurs voisins. habité de poussées obscures. en 1970. Les personnages sont à proprement parler des « moins que rien ». doté de raison et d’un surprenant sens de l’honneur. Une narration à double foyer L’art de Nganang est un art de perspective. C’est le bas qui s’étale en priorité au long des pages des romans de Nganang. N° 150. Il se retrouve un peu plus bas qu’avant. Éditions Saint-Germaindes-Prés. Œuvres : Elobi. 2001 (coll. des minables dont l’unique espoir est de briller. il s’est installé en 2000 aux États-Unis où il enseigne la littérature française et allemande. 1997 (coll. PATRICE NGANANG Patrice Nganang est né à Yaoundé au Cameroun. Fiction française) . 40 ans de littératures du Sud.

Revue des littératures du Sud. elle déréalise le monde. 40 ans de littératures du Sud. elle crée du vide sur son passage. La parole prend de ce fait une dimension dévastatrice. a mis chacun face à sa propre lâcheté. On se donne de l’importance en racontant les malheurs des autres. p. à parvenir à la « distinction ». 2. p. Chacun pense qu’il n’est pas ici à sa place et que c’est ailleurs que la vraie vie l’attend. un « homme habillé en noir-noir ». et note dans son calepin : « Les sous-quartiers sont la forge inventive de l’homme. Que Massa Yo. est le levier qui va permettre à l’écriture romanesque d’ouvrir des brèches créatives.juin 2003 . de se regarder de haut dans les sous-quartiers. Patrice Nganang. 121. Voilà pourquoi on parle tant. On ne cesse de se jauger. en alimentant sans fin le flux de paroles dépréciatrices qui emporte tout le monde sur son passage. Elle cache la réalité profonde de l’inconnu qu’il faut découvrir : la vérité de l’Histoire se faisant ». La « forge inventive de l’homme » Ce fond de lâcheté. Chacun pense qu’il n’est pas ici à sa place et que c’est ailleurs que la vraie vie l’attend. le mythe du million disparu entre les cuisses échauffées d’une associée alla grossir les rivières de la parole de tous les sous-quartiers de Yaoundé. Fiction française). 1. mais sa colère laissera des traces. C’est sur fond de mépris de soi que les rumeurs circulent. Un écrivain peu bavard. 2001 (coll.1» La logique sociale des sous-quartiers de Nganang veut que chacun cherche individuellement à sortir du lot. vite écourté en Au Mil : « Le mythe du million couché dans le lit de la misère. qui est le substrat des récits de Nganang. le propriétaire du bar Le client est roi se fasse voler un million par une prostituée et son bar est aussitôt rebaptisé Au millionnaire. On se donne de l’importance en racontant les malheurs des autres. Paris. Le spectre noir-noir. à se propulser dans un autre monde rêvé. qui ne parlait pas mais qui notait tout. N° 150. Chacun pense que son interlocuteur n’est pas à sa hauteur. un monde où la dignité est donnée d’emblée. elles servent à s’anéantir soimême. avril . 258. Ibid. Le levier qui va permettre à l’écriture romanesque d’ouvrir des brèches créatives. on n’est pas là. se met à fréquenter le bar Le client est roi. elle enfonce les sous-quartiers dans une vie fantomatique. Le Serpent à plumes. La misère de leur environnement n’est qu’illusion. Temps de chien. et les gens se fréquentent faute de mieux. Les paroles sont toujours de dénégation.2 Le Corbeau sera victime de la lâcheté de ses compagnons qui ne lèveront pas le petit doigt lors de son arrestation. Il nous montre les ressorts trop humains du colportage des rumeurs.Une parole dévastatrice Nganang va très loin dans l’exploration du fonctionnement microscopique des rumeurs. Pour expliquer que malgré les apparences. cette silhouette qui avait choisi de venir vivre là. Il y avait sans doute besoin de ce trou obstiné de silence pour donner une direction nouvelle à la parole dévastatrice de tous. © Notre Librairie. vite baptisé le Corbeau.

avril . 40 ans de littératures du Sud. 3. 35. Aucune écriture ne pourra prendre la mesure de la puissance d’invention de l’histoire humaine si elle se refuse à voir le terreau de honte sur lequel elle se développe. La parole dévastatrice a laminé le fragile échafaudage de dignités dans lesquelles ils se drapaient. À la différence des instances de contrôle social qui utilisent la honte à des fins d’humiliation et de culpabilisation. Nganang est très proche de Sony Labou Tansi par la façon dont il réfère l’humanité à la honte. Ce que Nganang raconte dans ses romans ne sont pas des histoires de sous-hommes. mais des histoires honteuses d’hommes à part entière qui savent qu’il n’y a pas d’autre issue à leur humanité que de tenir compte du réseau serré de petites hontes qui tissent le fil de leur vie. Éditions Saint-Germain-des-Prés. L’écrivain infra-humain voit cette honte à nu. Paris. Elobi. la littérature de Nganang cherche les voies d’un véritable dire de l’humain. Les plus minables sont les plus glorieux car ils existent toute honte bue. Elle est sa part la plus animale et la plus vitale. Patrice Nganang. mais cette bavure policière serait passée inaperçue si le Corbeau n’avait permis à chacun de regarder en face son fond d’indignité. p. 1995. Tous les personnages de Nganang sont en ce sens appelés à devenir des héros. Ce ravalement de l’homme est la condition de son éveil spirituel. il sait qu’elle est viscéralement attachée à l’homme. pardelà tous les mensonges : « l’aval de la ville/avale la ville par le bas/et la larve s’étale – s’étale/comme la ville/sur la ville/et l’esprit des égouts fleurit/D’AVAL EN AMONT »3. N° 150. Xavier Garnier Université de Paris XIII – Villetaneuse Les plus minables sont les plus glorieux car ils existent toute honte bue.L’émeute qui clôt Temps de chien est provoquée par le meurtre d’un enfant perdu des sous-quartiers. © Notre Librairie. Revue des littératures du Sud.juin 2003 .

Tous les autres hommes sont aveugles. qu’en prenant le taxi. qui regarde attentivement la feuille qui comme toujours tombe. Revue des littératures du Sud. Personne n’entend les oiseaux pleurer et les herbes crier sous les pas. pour sentir la présence du lion fou. Je redeviens écrivain. soudain se cogner dans un chaos indescriptible. personne de ces hommes ne voit ces sentiers se rencontrer. sans pour autant déchiffrer dans mes mots. la pluie qui tombe en gouttes de sang.Extrait La promesse des fleurs Le narrateur se promène dans la forêt qui été plantée à la place du « sous-quartier » de son enfance : naissance d’un écrivain. chasseur qui hume la route comme toujours couverte de cailloux. l’histoire de ma vie. pp. Je marche dans cette forêt comme tous ceux-là qui viennent ici se ressourcer. je ne puis pas faire autrement. marcher avec eux ou encore se croiser en de nombreux X. 1997. Alain Patrice NGANANG La Promesse des fleurs. et moi seul vois derrière la perfection de cette forêt. et que chaque taximan avait toujours compris où j’allais.juin 2003 . avril . coll. pour voir la trace du boa dangereux. Je redeviens chasseur qui scrute le sentier commun de cette forêt dans la capitale. L’Harmattan. ne voient pas le soleil qui soudain se referme. Encres noires. les scènes de violence qui ont hanté les abords de ce marigot silencieux. et je me rends compte que la forêt vit soudain. pour entendre le signe. mais je sais que certainement. Pourtant. elle n’a pas été dénommée d’après notre quartier. N° 150. Personne de ces promeneurs ne voient les arbres de la forêt qui abritent leur repos. ces arbres si droits vers le soleil. 40 ans de littératures du Sud. comme ces jeunes amoureux qui viennent ici rêver d’un autre monde. Tous ces autres hommes marchent imperturbables. comme je suis le chasseur bamiléké que mon grand-père était et que mon père voulait redevenir pour nous sauver de la misère. Paris. Je redeviens soudain écrivain pour dire cette violence muette. sans pour autant voir mon destin en point de suspension qui se lisait pourtant dans mon regard. comme tous ces travailleurs qui viennent ici reprendre un peu d’air frais après une journée folle dans les rues et dans les bureaux de Yaoundé. Dans la beauté de ses arbres précautionneusement et chèrement entretenus toutes les semaines. Je ne connais pas le nom de cette forêt. le vent à arracher des racines dans un bruit de colère. Je me suis rendu compte que notre quartier n’avait jamais eu de nom. et préparer son arme. j’avais toujours dit « derrière l’École de police ». qui écoute avec attention le vent qui siffle pourtant dans toutes les oreilles. les feuilles à tomber en contorsions malheureuses. Les arbres se mettent soudain à pleurer de leurs pores. Personne d’autre n’a ma vision. Je marche doucement et j’essaie de ne penser à rien. 216-217 © Notre Librairie. comme je suis chasseur pour abattre l’animal qui se plante et guette. derrière la beauté de ces arbres plantés là. toutes les brutalités qui ont fait naître et mourir notre sous-quartier aux abords de ce même marigot imperturbable en son milieu. cette forêt a oublié certainement trop vite toutes les joies et les peines qui ont marqué nos vies.

le merveilleux haïtien joue à plein : la tête coupée d’Adèle s’enfuit et continue à témoigner. deux romans retiendront notre attention. ainsi que deux romans. N° 150. c’est dans le domaine de la poésie que René Philoctète donne toute sa force. 40 ans de littératures du Sud. il a enseigné la littérature dans un lycée de Port-au-Prince. Adèle l’Haïtienne aime Pedro le Dominicain en plein carnage. du Mouvement Spiraliste. tremblé dans les mêmes cases quand soufflent dehors les vents mauvais… ». « Spiraliser » l’histoire Avant d’en venir à la démarche poétique. Contraint à l’exil. Il n’a ni la violence de Frankétienne. il est le père de quatre enfants. 40). est sorti aux éditions Deschamps. à vivre au milieu des travailleurs haïtiens miraculés et des Dominicains exténués. dont certaines ont été représentées à Port-auPrince. avec le rêve de créer le peuple des terres © Notre Librairie. Marié en 1961. d’ici à l’autre bord. René Philoctère est décédé à Port-au-Prince le 16 juillet 1995. en 1989. le théâtre.juin 2003 . à rire de toute cette horreur. à blaguer. « ceux qui ont espéré ensemble la bonne récolte. équivalent dominicain du tap-tap haïtien : cette voiture-personnage transporte gaiement le petit peuple et voit fort clair en politique. le plus secret du trio fondateur du Spiralisme en Haïti. et pour ce faire. beaucoup trop noirs… René Philoctète « spiralise » la relation de cette horreur en donnant la parole de témoin à la guagua (surnommée « Chica »). Rentré au pays. plus précisément entre le 2 et le 4 octobre. le roman. avril . Fondateur. ni la virulence de Jean-Claude Fignolé. d’exterminer les travailleurs haïtiens. Auteur d’une vaste œuvre poétique. à Port-au-Prince. « L’opération Cabezas Haitianas a commencé depuis plus d’une heure – La scène est à la frontière haïtiano-dominicaine – personnages : les deux peuples […] » (p. Le premier. Ce dictateur sanguinaire – qui n’a aucunement gêné la bonne conscience démocratique du grand voisin états-unien à l’époque… – vient de décider que son peuple était celui des « blancos de la tierra » et qu’il devenait d’un coup urgent de « blanchir la race ». eux qui « sont venus coupler leur vie. rien ne peut les séparer. Mais. à la nier. RENÉ PHILOCTETE René Philoctète est né à Jérémie en novembre 1932. au bout des doigts de Philoctète. Le cadre historique de ce récit se situe en 1937. il compte également plusieurs pièces de théâtre à son actif. Ce sont les terribles « Vêpres dominicaines » initiées par Trujillo.René Philoctète ou le spiralisme discret Philippe Bernard René Philoctète est le plus discret. S’il est vrai qu’il s’est essayé à tous les genres littéraires. Le Peuple des Terres Mêlées. avec Jean-Claude Fignolé et Frankétienne. il est parti au Canada en 1965 mais n’y est resté que quelques mois. Revue des littératures du Sud.

Price-Mars press. Il a publié plus d’une dizaine de recueils dont Saison des Hommes (1960). Deschamps . 1967. Réed. baume souverain contre l’horreur du quotidien. Imprimerie des Antilles. Jean-Claude Fignolé. Port-auPrince (Haïti). J. 1993 (roman) Il faut des fois que les dieux meurent. tout comme René l’écrivain. René Philoctète a également écrit quelques œuvres dramatiques qui ont été représentées à Portau-Prince : Monsieur de Vastey. À l’éclatement des bourgeons. est édité par la revue Conjonction (Institut français d’Haïti) en 1993. Port-au-Prince (Haïti). le brasseur d’idées. Le second roman. Spirale). 1982 (coll. est parti dormir et les innocents ont piétiné les rêves. Port-au-Prince (Haïti). 1992 (poésie) Le Huitième jour. © Notre Librairie. Port-au-Prince (Haïti). Margha (1961). Port-au-Prince (Haïti). Réed. 1969 (coll. Mais je me suis retrouvé sur un chemin de lassitude. Philoctète le poète badigeonne tout au long de ce récit qui aurait pu être désespéré. 1987 (poésie) Le Peuple des terres mêlées. Éditions Mémoire. Revue des littératures du Sud. Régis est dans l’attente d’un mandat qui doit lui arriver de Manhattan. dont les initiales évoquent René Philoctète lui-même. Port-au-Prince (Haïti). Actes Sud. Clédor. Marie Chauvet… Usé par l’attente et les démarches vaines (il n’existe nulle part de « peuple acheteur de poésie »). Nouvelle Haïti littéraire) (poésie) Ping-pong politique. et on ne sait pas vraiment à qui attribuer cette remarque désabusée : « J’avais misé sur le rêve gigantesque des peuples. Port-auPrince (Haïti). 1975 (roman) Monsieur de Vastey. Je croyais à la vie. Art Graphique Press. Ces îles qui marchent (1966). Les Escargots (1965)… 1. 1982 (coll. 1963 (poésie) Et caetera…. C’est là son espace de prédilection. D’être tristes. c’est vraiment dans la poésie que Philoctète atteint la plénitude de son talent. 1962 (poésie) Promesse. : Éditions Mémoire. 1960 (coll.juin 2003 . Au refus des rues d’être seules. une pluie magique. dépliant. confiance inaltérable en des jours meilleurs à venir. Au soleil de l’amour. Philoctète en a écrit quatre en réalité. 192). pratiquement en même temps que le monumental Oiseau Schizophone de son ami Frankétienne. : Fardin. C’est vraiment dans la poésie que Philoctète atteint la plénitude de son talent. la musique douce d’une brassée joyeuse d’oiseaux verts et surtout l’espoir secret d’une « pluie fine. 1990 (roman) Une saison de cigales. cherche à vendre à Régis son recueil poétique récemment édité (effectivement paru en 1966 dans la collection Spirale…) : Ces îles qui marchent. Je croyais à la course des matins. Tambours du Soleil (1962). 40 ans de littératures du Sud. Caraïbe (1982). 1974 (poésie) Ces îles qui marchent Port-auPrince (Haïti). C’est un roman spiraliste. 1976 . Anthony Phelps. Boukman ou l’Échappé des Enfers. Rose Morte (1964). Fardin. 1961 (poésie) Les Tambours du soleil. 1995 Herbes folles. » Philoctète suggère finalement aux lecteurs de terminer euxmêmes son livre ! (p. Et caetera (1967). Nouvelle Haïti littéraire) (poésie). Fardin. Régis le personnage est fatigué. N° 150. 1993 (nouvelles) Poèmes des îles qui marchent (anthologie). Sur la force motrice de la poésie. Port-auPrince (Haïti). Arles. Imprimeur II. Éditions de l’an 2000. Promesse (1963). Port-au-Prince (Haïti). demeuré inédit : « Entre les saints des saints… ». Herbes Folles (1982)… mais beaucoup de textes n’ont pas encore été rassemblés. opérant par mise en abyme. Bibliographie : Saison des hommes. avril . bleue à force d’être fine ».mêlées ». 1975 (théâtre) Caraïbe. Port-au-Prince (Haïti). Port-au-Prince (Haïti). Une saison de Cigales. Conjonction. les deux autres sont Le huitième jour (honoré du Prix de l’an 2000) paru en 1973 et un autre. rééd. 2003 (poésie) Un poète prodigieux et prolifique S’il est l’homme de deux romans seulement1. qui s’épanouit en suivant la difficile genèse d’une symphonie écrite par le personnage principal : Régis Pierretin. Apparaissent également Franck Étienne (alias Frankétienne). Duvalier est au pouvoir en Haïti et Philoctète. Samba) (roman) Margha. Port-au-Prince (Haïti). sans rien comprendre. Portau-Prince (Haïti).

nov. Debout face à ce Soleil ô. Il est pourtant de ceux qui resteront au panthéon des poètes et dans la mémoire des hommes. d’autres bouches à se prendre et qu’au bout du compte votre chaleur se multiplie 3». éditions Mémoire. Anthony Phelps et surtout le Mouvement Spiraliste avec ses deux amis. avec Roland Morisseau. être mille et savoir qu’au bord de la lampe où vous vous consumez. Jean-Claude Fignolé et Frankétienne. 2.Pour être exhaustif.juin 2003 . prêt à vous rendre le témoignage de sa présence. parues dans le recueil intitulé Il faut des fois que les dieux meurent2…. il y a d’autres têtes à se regarder. Philoctète s’est montré extrêmement actif au sein des divers groupes artistiques auxquels il a appartenu et qu’il a contribué à fonder. 3. d’un feu multiple. Auguste Thénor. « Les Alouettes du miroir ». René Philoctète n’aura connu qu’une maigre reconnaissance internationale en allant recevoir un prix en Argentine peu de temps avant sa mort. 40 ans de littératures du Sud. 1995. N° 150. Philippe BERNARD Philoctète s’est montré extrêmement actif au sein des divers groupes artistiques auxquels il a appartenu et qu’il a contribué à fonder. Revue des littératures du Sud. « Le Président et les ballons stupides ». citons Haïti-Littéraire. © Notre Librairie. Œuvre dédiée à Jean Métellus. le peintre et poète Davertige. citons aussi des nouvelles : « Les Fiancés du maquis de Château ». Il a su s’approprier l’héritage de son pays pour le mettre en valeur. Écrire pour être deux. « Fleurs de quénépiers et mariage d’enfants ». In Caraïbe. en 1992. Il a su montrer – et les générations montantes de poètes haïtiens s’en souviennent ! – qu’il fallait « écrire comme si tout s’animait autour de soi d’un vaste chant. comme si chaque objet se déplaçait. Serge Legagneur. Port-au-Prince (Haïti). avril . « La Petite Sœur aux cheveux corbeau ».

Arles. Revue des littératures du Sud. avril . in « Les Tambours du soleil » (1962). Poèmes des îles qui marchent (anthologie). 19-20 © Notre Librairie.Extrait Soleil ô Soleil ô soleil ô de quel côté tu es trois fois nous avons frappé à ta porte de quel côté tu es soleil ô les enfants sont malades soleil ô de quel côté tu es Adieu mes amis pleurez donc dans l'étang Grand-Feuille le soleil est allé c'est là qu'il est allé dans l'étang Grand-Feuille il est allé faire l'amour son chapeau est resté dans l'Artibonite lan l'Artibonite oh son chapeau est tombé maîtresse ô ô belle femme couleuvre madeleine lan fleurs-koudè voyez les anges sur les nattes nous mourrons tous la terre est aveugle la terre bat les pattes comme un vieux coq-gaguère la terre est tombée en enfance lan l'Artibonite oh le chapeau du soleil est tombé la terre ne dit pas bonjour maîtresse ô la terre ne dit pas bonjour la terre est tombée en enfance mes amis hélez les saints mes amis hélez les voisinages la terre a perdu la parole maîtresse ô nous mourrons tous si la terre meurt il est allé chez sa maîtresse c'est là qu'il est couché ô mes amis levons les bras vers le Grand Doko soleil ô ô soleil de quel côté tu es René PHILOCTÈTE. pp. N° 150. 2003. 40 ans de littératures du Sud.juin 2003 . Actes Sud.

lui-même romancier et poète haïtien. très marqué par ses lectures d’Éluard et d’Aragon. qui montre des pages sagement dactylographiées avec une ornementation de dessins-collages. C’est Lyonel Trouillot. même si elle ne représente qu’une activité mineure du monde de l’édition. ou l’étincelle fulgurante d’un Davertige dans les années soixante. Et pourtant. de son côté salue l’« éblouissant charivari de mots » et la jubilation de son écriture. 104 p. « J’aurais pu vous parler des splendeurs des matins/arraisonner le ciel mettre l’aube en bouteille/agencer à ma guise un nuage en château fort/créer un temps de fête où flamboient des baisers […]/Si j’appelle mes mots à vous rouer de vertiges/Ils viendront par brassées…» (p. qui s’est glissé dans la peau du chef d’orchestre pour cette interprétation de l’œuvre de Philoctète.comme le disait Chateaubriand . […] le chant intérieur ». mais aussi les éclats puissants d’un Magloire SaintAude.« le plus beau et le plus intense des actes de la pensée.Notes de lecture René PHILOCTÈTE Poèmes des îles qui marchent Anthologie préfacée par Lyonel Trouillot Arles. on a connu les épopées d’un patriotisme cocardier. avril . ainsi celle du long poème en quatre chants (paru en 1966). Mais il est vrai que ce long poème forme un ensemble très structuré et n’est pas représentatif de l’univers imaginaire de Philoctète. se veut surtout celle d’une extrême sensibilité : « Porter les yeux sur les malheurs du monde et crier qu’on arrête le concert de la mort… savoir que dans un chant général votre voix roule son registre et qu’en vous gronde l’humaine colère d’apprendre qu’entre les hommes il y a une tache de sang. Revue des littératures du Sud. demeure . 2003. René Philoctète achève un cycle poétique tant du point de vue de l’esthétique que de celui de la réalité historique. Sa marque. Il reconnaît que les choix n’ont pas été faciles.juin 2003 . recueil posthume paru aux éditions Mémoire. Philoctète. René Philoctète n’a guère connu de reconnaissance pour son œuvre poétique : il s’agit là d’une véritable création solitaire. Le critique Rodney Saint-Éloi discerne pourtant en lui une fraternité avec Saint-John Perse et Aimé Césaire « dans l’amplitude et la modulation de cette parole caraïbe ». N° 150. 17 € Réunir en une anthologie les textes poétiques écrits par René Philoctète est une excellente initiative. Actes Sud. Écouter la voix du poète. D’aucuns regretteront en effet de ne pas trouver d’extrait de Caraïbe. L’artisanat se perçoit jusque dans l’édition des textes de Philoctète. même si son lectorat semble infime. La poésie. En fait. Philippe BERNARD © Notre Librairie. 78) Ouvrir ce livre et lire à cœur ouvert l’âme d’Haïti. a voulu être le metteur en scène des « lendemains qui chantent ». » (extrait de « Poésie urgente »). poète de l’ellipse. Ces îles qui marchent. à Port-auPrince en 1995. si elle est d’abord celle d’une poésie engagée. À l’image du poète : d’une lumineuse simplicité. Avant lui. Max Dominique. Les éditions Actes Sud font une fois encore un travail remarquable dans un domaine pourtant très malmené. 40 ans de littératures du Sud.

Dans la lignée d’Amadou Hampaté Bâ… Nés l'un comme l'autre à l'aube du XXe siècle. avril .L’œuvre méconnue de Fily Dabo Sissoko Jacques Chevrier Comme l'admet lui-même Fily Dabo Sissoko. N° 150. Bamako (Mali). Cercle de Bafoulabé. laissant derrière lui une œuvre importante et variée. après des études primaires à Bafoulabé. qui a fait de lui l'un des maîtres de la tradition orale. il ne l'en a pas moins quittée par la petite porte après son échec à l'examen de sortie. titre de son dernier recueil poétique1. Hampaté Bâ fut. cependant restée dans l’ombre du fait de la censure qui en a interdit la diffusion. demeure inconnu. dans l’esprit de son père. Les actes de cette rencontre ont été publiés aux éditions Jamana. Les Jeux du destin. l’histoire et la politique. Cette distinction allait être la première d’une longue carrière politique s’appuyant. Paris. Après quelques années consacrées à l’enseignement. si je rapproche ces deux grandes figures soudanaises. Or. D’autre part. Empêché par sa mère de rejoindre Gorée. 40 ans de littératures du Sud. c'est qu'à bien des égards leurs parcours respectifs présentent de singulières convergences. c'est une bibliothèque qui brûle ». devenir marabout. dans le cercle de Bafoulabé (Mali). en qualité d’« écrivain auxiliaire temporaire ». perçu alors comme étant le plus grand rival du président de la toute jeune République du Mali. alors chef de canton de Niambia. à la place du disparu. tandis que si Fily Dabo a bien intégré la célèbre École normale. 2001. mais également musulmans pratiquants. Revue des littératures du Sud. 1970. à partir de février 1946 sur le Parti progressiste soudanais (PSP) dont il fut le fondateur. le jeune Fily Dabo Sissoko devait. il fut inscrit à l’École Normale d’Instituteurs de Gorée. Alors que tout le monde a entendu parler d'Amadou Hampaté Bâ. puisque ces deux hommes de foi. Les Jeux du destin. Sur la scène politique. il sera condamné à mort et déporté au bagne de Kidal. En 1999. le ministère de la Culture du Mali a consacré un colloque international en hommage à Fily Dabo Sissoko. rendu célèbre par sa célèbre formule « En Afrique chaque vieillard qui meurt. une thèse de doctorat intitulée À la découverte de l’œuvre littéraire de Fily Dabo Sissoko : thématique et poétique. dans ce qui s’appelait alors « Territoires de la Sénégambie et du Niger ». quelques initiés mis à part2. © Notre Librairie. le second à Horokoto. Hormis une dizaine de publications. Modibo Kéita. sous la direction du professeur Daniel Delas. à titre disciplinaire. suite à une action révolutionnaire commise contre le régime en place. dans le temps même où elle les engageait dans la voie de la modernité. sont parfois cruels. ce qui lui valut le statut peu enviable (et peu rémunéré) de moniteur stagiaire… affecté à l'École régionale de Ouagadougou ! La comparaison ne s'arrête pas là. Il sera fusillé le 5 juillet 1964. Éditions Jean Grassin. Ainsi. muté d'office à Ouagadougou. Université de Cergy-Pontoise. tous les deux ont fréquenté « l'école des otages » qui en a fait des commis de l'administration coloniale. dans l’actuel Sénégal. Mais l'un comme l'autre ont eu à pâtir des rigueurs d'un système qui n'admettait pas les écarts de conduite.juin 2003 . 1. les 13 et 14 mai 2000. Madame Singaré Salamatou Maïga a présenté. FILY DABO SISSOKO Né au début du XXe siècle à Horokoto. le premier à Bandiagara. il retourna dans sa région natale pour remplacer son père à la tête du canton. Fily Dabo Sissoko. 2. foncièrement animistes. Fily Dabo Sissoko a collaboré à de nombreuses revues spécialisées dans l’enseignement. Le décès précoce de son frère aîné allait en décider autrement et il se retrouva donc à l’école française. avant de prendre le nom de Soudan français. le nom de Fily Dabo Sissoko.

un engagement qui. Harmakhis. Fily Dabo Sissoko est un véritable animal politique. cité par Salamatou Singaré. membre du Grand Conseil de l'AOF. Écarté du pouvoir qui vient de se mettre en place à Bamako. Œuvres : Les Noirs et la culture : introduction aux problèmes de l’évolution des peuples noirs. demeurée quasiment inconnue du fait de la censure qui en a interdit la diffusion. Rassemblement démocratique africain. 40 ans de littératures du Sud. Éditions Debresse. Éditions la Tour du Guet. le nouveau député du Soudan a pris ses distances avec le RDA3. 4.juin 2003 . mais son étoile a déjà commencé à pâlir. Après qu'il ait succédé à son père dans les fonctions de chef de canton. Paris. Il faut dire qu'à la différence d'Hampaté Bâ qui. Enfin. Paris. Éditions La Tour du Guet. n’aurait été l’intervention de Théodore Monod. Les Presses universelles. 1970 (poésie) Au-dessus des nuages. le Parti Progressiste soudanais. Paris. avril . op. en 1945. 1955 (roman) Coups de sagaie. 1957 (essai) La Savane rouge. a placé Amadou Hampaté Bâ à deux doigts de la déportation. Éditions Jean Grassin. par l'un de ses anciens élèves… Des écrits aussi prolifiques que censurés Reste l'écrivain dont l'œuvre polymorphe. Fleurs et chardons. 1962 (inclassable) Poèmes de l’Afrique noire : Feux de brousse. C'est là que. New York. de Madagascar au Kenya. l'un comme l'autre peuvent se prévaloir d'une œuvre littéraire conséquente. 1963 (collection poésie) (poésie) Les Jeux du destin. Un homme de culture passionnément attaché à sa terre […] un humaniste éclairé et un véritable penseur politique. il n'hésite pas à fomenter un soulèvement en s'appuyant sur les dioulas et les anciens combattants. Mulhouse. ses administrés le désignent pour siéger au Palais-Bourbon. 1953 (collection poétique) (poésie) Sagesse noire. Éditions Jean Grassin. N° 150. il devient même président du conseil général du Soudan. bien sûr. et créé sa propre formation. hormis un bref passage par la diplomatie. Paris. puis déporté au bagne de Kidal. prenant prétexte de la décision de Modibo Kéita de sortir de la zone franc. 1970 (poésie) L’écrivain et le politique Mais. Imprimerie Union. voire introuvables en raison du véritable lynchage politique dont a été victime l'auteur de La Savane rouge suite à ses divergences avec Modibo Kéita tout juste élu Président de la très jeune République du Mali. Paris. ironie du sort. trop proche à ses yeux du Parti communiste français. © Notre Librairie. sur ordre de Modibo Kéita. poèmes du terroir africain. Entre-temps. a consacré sa vie à la recherche. Éditions La Tour du Guet. révèle à la fois un homme de culture passionnément attaché à sa terre 3. en 1933. alors qu'en 1974. Avignon / Paris. Amadou Hampaté Bâ recevait le Grand Prix d'Afrique noire pour L'Étrange destin de Wangrin. au sein de la première Assemblée nationale constituante. Paris. Revue des littératures du Sud. La manifestation échoue. Fily Dabo Sissoko est condamné à mort. 1950 (essai) Crayons et portraits. et valut quelques soucis à son compatriote du Cercle de Bafoulabé. Arrêté et traduit devant un tribunal populaire en juillet 1962. 1955 (poésie et transcriptions de tradition orale) La Passion de Djimè. lui qui estimait qu'il était « né pour gouverner »4 ne l'entend pas de cette oreille et. exécuté par un peloton commandé. En 1953. la plupart des textes de son malheureux compatriote sont demeurés confidentiels. Éditions La Tour du Guet.se réclament de la doctrine tidjani du marabout Chérif Hamallah. il sera fusillé le 5 juillet 1964. controverse sur l’union française. Sentences et poèmes malinkés. Il y sera constamment réélu jusqu'en 1956. L’Essor du 4 octobre 1962. Paris. 1953 (poésie)) Harmakhis. cit.

6. Quel rôle joua exactement Fily Dabo dans cette évolution du sociologue français ? Enfin. 40 ans de littératures du Sud. N° 150. Birago Diop ne s'y est pas trompé qui. Coups de sagaie. La plupart des œuvres de Fily Dabo Sissoko font actuellement l’objet d’un projet de réédition. finit par nuancer sa pensée dans les Cahiers qu'il rédigea à la fin de sa vie. jeune vétérinaire affecté au Soudan. initié du Komo. La Passion de Djimé6. le Manding ésotérique. La Savane rouge. proche en cela de Senghor (qui ne l'a ni lu ni même fréquenté. dans la mesure où elle risquait d'entraîner la dislocation des grands ensembles. De cette familiarité avec le terroir rendent compte les recueils de poèmes et de proverbes de Fily Dabo. et en même temps parfaitement anachronique puisque près d'un demi-siècle sépare les événements rapportés par leur auteur de la publication de l'ouvrage (1962). Birago Diop. après avoir affirmé l'existence d'une mentalité prélogique chez les peuples « primitifs ». Et mes Souffles devaient lui devoir beaucoup ». Cependant. c'est tout le système colonial qui vacille. économiques et culturelles viables à ses yeux. un texte inclassable à mi-chemin de l'autobiographie et de la chronique coloniale. controverses sur l'Union française (1957) et Une page est tournée (1959). c'est-à-dire à un moment où le vent de l'Histoire ayant brusquement tourné. Très logiquement. Toutefois ce fils de la terre soudanaise. préférant sans doute les salons parisiens à ce broussard qui n'hésite pas à siéger au Parlement en boubou traditionnel). contrairement à beaucoup de ses contemporains. seules entités politiques. Paris / Dakar. pour un temps indéterminé. Revue des littératures du Sud. Il enseignait comme ses Anciens que “La Mort ne finit pas l'Âme”. © Notre Librairie. Présence Africaine / NEA.– comme le furent Hampaté Bâ et Senghor –. le penseur politique s'est exprimé dans plusieurs essais. sa promulgation. dans lesquels se lit la volonté de leur auteur de rejeter l'assimilation et de sauvegarder les valeurs culturelles du monde noir. La Plume raboutée. AOF et AEF. Jacques CHEVRIER CIEF – Université de Paris IV – Sorbonne 5. au seuil des années 60. fut aussi un grand lecteur et un étudiant assidu du professeur Marcel Jousse à la Sorbonne. C'est pour une bonne part la leçon qui se dégage de l'ouvrage le plus achevé de Fily Dabo Sissoko. avril . Il lisait son peuple et son terroir. le maintien de relations étroites avec la métropole. 1978. confesse dans ses Mémoires5 la dette qu'il a contractée auprès de celui qu'il appelle « le Sage de Niamba » : « Fily Dabo ouvrait le Soudan sacralisé. Sagesse noire. Fily Dabo Sissoko estimait que si l'indépendance était inéluctable. était prématurée. dans le temps même où il entretenait une correspondance suivie avec Lévy-Bruhl qui.juin 2003 . l'ex-député à l'Assemblée constituante prônait donc. un humaniste éclairé et un véritable penseur politique. mais également son unique roman. Harmakis.

plus de beurre ! Les vierges à la peau ferme comme une citrouille. les étalons seraient encore là. . La Savane rouge.Sous les tentes. jour et nuit. elles ne risqueraient point de faire les délices des couards qui les harcèlent de leurs avances. et la joie rayonnerait sur leurs visages. . Ce fragment évoque sous une forme poétique la détresse de la tribu de Karamadji. Revue des littératures du Sud. . .Sous les tentes. perdront leurs charmes . le « khol » ne pourra rester à leurs cils inondés. Une cavale ne se prête pas au jeu d'un hongre. l’un des chefs Touareg. Les Presses Universelles. avril . plus de beurre ! Les éphèbes n'auront plus d'amantes. leurs veaux beuglant derrière. 1962 © Notre Librairie. .Sous les tentes. Fily Dabo SISSOKO. dans l'autre monde. faire la joie des macchabées de gloire. Car. les vierges n'auront plus de choix à faire. . il n'y a plus de lait. molle comme une outre de miel. des portraits à la manière de La Bruyère ou des récits de batailles qu’interrompent aussi bien des poèmes que des réflexions à caractère politique. pour. plus de beurre ! Les vierges perdront leurs charmes . Car. elles n'auraient point d'inquiétude. Avignon/Paris.Si Karamadji était là. à briser le tympan. mort au combat. une femme ne se donne pas à une autre femme. il n'y a plus de lait. les vaches laitières seraient là .Extrait Karamadji Recueil composite.Si Karamadji était là. entre les lions roux et les lapins. et les éphèbes n'auront plus d'amantes.Si Karamadji était là. . N° 150. plus de beurre ! Les éphèbes n'auront plus d'amantes. à chasser autruches et bubales. de pleurs nés du désespoir. entre les civettes et les lycaons. s'armer de continence. il n'y a plus de lait. La Savane rouge rassemble des séquences autobiographiques. il n'y a plus de lait.Si Karamadji était là.Sous les tentes. mors aux dents.juin 2003 . car plus jamais. . 40 ans de littératures du Sud. Mieux vaut alors.

Revue des littératures du Sud.juin 2003 .4 Inédits Tahiry Désiré RAZAFINJATO Lyrique Théo ANANISSOH Lumière de femme Aleth FELIX-TCHICAYA 107 109 111 © Notre Librairie. avril . N° 150. 40 ans de littératures du Sud.

appelé à faire son service militaire dans une zone de combat en Algérie. Mais il se souvient encore !… La nuit du Nouvel An.Extrait Tahiry « Tahiry » est l’histoire d’un jeune Malgache. des images. se répète-t-il. « Il ne s’agit pas. Toute la littérature obscène dont il a savamment irrité les termes comme autant de tentacules vivants au cours de ses interminables veilles en face des barbelés lui revient en mémoire. de tout gâcher par une gloutonnerie aveugle et destructrice qui laisserait ensuite une impression de dégoût et de tristesse ! »… Le Caporal-Chef Petit est un fin gourmet et les milliards de cellules de son corps se refusent à sortir brusquement de cette eau de désir dans laquelle ils avaient trempé trop longtemps… En promenant son regard sur cet ensemble de courbes et de lignes. et il pense : ce serait trop bête et trop simple de s’y jeter comme ça !… Le plaisir qui l’attend. il veut le cuisiner comme un plat auquel on tient beaucoup et dont on a été privé depuis trop longtemps. avec pour seules femmes les visions nées de l’alcool ! Ses yeux se concentrent de plus en plus sur la petite tâche sombre et touffue qui semble respirer. Revue des littératures du Sud. Il en était devenu presque fou !… Aujourd’hui par contre… Lentement il se penche. N° 150. mais il s’oblige encore à discipliner ses sens afin de donner à son désir tout le potentiel de râles et de voluptés cumulés par les longues nuits de garde et les nombreux appels restés sans réponse. étreintes… Des mots qui dansaient dans sa tête comme des coups de lampe sur la frontière. « citoyen français de par la naturalisation de son père ». étreintes éperdues. en rehaussant de couleurs vives de magazines les formes aguichantes qu’il a devant lui et pour lui. tout seul au Chouf… Des mots. et les titillations qu’il ressent sur sa chair deviennent intolérables. des expressions avaient hanté sa nuit : baisersenivrants. Exactement dix-sept mois. râles de plaisir. Baisers. La victoire sera totale ! Dix-sept mois de lézards. de corbeaux. avril . quelques mois avant le referendum de septembre 1958 qui devait décider du sort des « possessions françaises » d’outre-mer… Non ! dit le Caporal-Chef Petit avec un gloussement lubrique dans la voix. Soit un an et cinq mois ! Soit cinq cent dix jours et cinq cent dix nuits !… À travers ses paupières mi-closes il détaille lentement cette nudité qui étale pour lui ses charmes affriolants. de rochers. 40 ans de littératures du Sud. La sueur coule le long de son dos.juin 2003 . L’arsenal de sensations enchaînées s’apprête à faire feu sur l’obsession vaincue. Sa main se tend et rencontre une forme pleine et chaude et moite sur laquelle ses doigts reposent délicieusement. râles. Il ferme les © Notre Librairie. il sent une flammèche qui part de son dos et qui rampe doucement sur son épiderme angoissé.

juin 2003 . reprend Petit. la détente pressée. aphrodisiaque et cruel. . dit Vinel qui observe ces lointaines évolutions. . Tous deux se relèvent et marchent un instant autour de l’Observatoire 18 pour chasser l’engourdissement et les mouches. N° 150.yeux pour ne plus être qu’une sensation survoltée. c’est nous qu’on va se faire bouffer par les charognards à force de coucher ici : ils nous prendraient pour des cadavres… Ah. Quelque chose de frais. Ça aussi c’est pas normal ! On est tout ce qu’on veut ici. .Pour sûr. À l’horizon.Un de ces jours. Les mouches effrayées volent dans tous les sens. et je serais malheureux le jour où je n’aurais plus à le faire… C’est pas pour rigoler. Revue des littératures du Sud. et sa main se ferme sauvagement sur… la poignée du pistolet-mitrailleur dont la sécurité se trouve libérée. y a de quoi raconter plus tard. Les balles giclent autour de la petite touffe de genévrier inondée de soleil. figure-toi.Rien ! dit-il. je croyais voir une femme à poil devant moi. mais il y a des choses que je ne saurais plus faire… Tiens par exemple ! Quand j’ai appris la mort de Tahiry et de son équipe. Le mouvement brusque de son corps en avant et la rafale de son arme réveillent complètement le Caporal-chef Petit qui ne voit devant lui que le paysage affreusement nu avec ses vallonnements. Le soleil brille de tout son éclat. . déclare Petit avec amertume. .Ici. 40 ans de littératures du Sud. avril .La QUILLE hô !… hurle le Caporal-chef Petit aussitôt qu’il a réalisé sa mésaventure. C’est une fois dans le civil que tout sera anormal… Je me demande par exemple l’effet que ça me ferait de me trouver brusquement au milieu d’une foule compacte… Je crois que je deviendrais fou et si j’ai mon PM je tirerais dans le tas. Je t’assure qu’on devient maboul ici… Tout à l’heure. renchérit Vinel. de léger se met à lécher son cou. réveillé lui aussi en sursaut. Alors il n’y tient plus… Tout son corps s’abat avec le poids et la violence du désir exacerbé. Toute ma vie en ce moment se ramène à ça.Surtout y a de quoi se flinguer. ironise Petit. tout est normal. le regard mauvais. hargneux. « On était chiens de garde à la villa et notre boulot était de faire peur aux vagabonds et leur courir après quand ils passaient la haie »… . . ma parole ! je m’en souviendrai de ce sacré pays. .Qu’est-ce qui t’arrive ? demande Vinel.Il doit compter les cadavres. ça m’a fait presque rien… Et pourtant c’étaient de bons copains.Moi je m’foutrais dans un égout pour les surveiller. mais plus des hommes… Désiré RAZAFINJATO (Madagascar) © Notre Librairie. ses buissons squelettiques et les éternels barbelés. et pourtant je ne dormais pas… Crois-tu que c’est normal ça ? . un avion de patrouille jongle avec les crêtes en ronflant irrégulièrement. S’il ne se dépêche pas les charognards et les chacals vont fausser ses calculs.

depuis longtemps était réduite en un tas de briques et de cailloux recouvert — pardon — de déjections humaines. les yeux fixés sur les plantes aux feuilles larges et vertes de la lisière. par ses herbes. assis à même la poussière. la végétation. arrivai à mon but en un quart d’heure. la végétation qui avait pris possession de l'ancienne zone administrative. il y avait eu une certaine avancée. Je fis des pas à gauche. Je restai un long moment à méditer ainsi à la lisière de la végétation. Je m'assis là à même le sol pour réfléchir. Tout ce qui ressemblait de près ou de loin à la modernité avait été dévoré par le mois et demi de pluie puis par cette végétation qui en était résultée. observai. semblait déborder de celle-ci. Que fallait-il faire ? Courir à travers la ville pour répandre la nouvelle ? Et que feraient les gens que je ne pouvais déjà prévoir ? Mais. Le lendemain. l’esprit à ce que j’allais écrire au retour à la maison. Ce ne fut pas facile. Au lieu de rentrer comme j'en avais l'intention. à droite. Oui. dans un coin. tout à fait perplexe. une petite tige avec l'intention de revenir le lendemain muni d'un instrument de mesure. ses feuilles et ses multiples petites branches. du rond-point. Et voilà qu’après un répit trompeur. avril . Je fus d’abord sans sentiment précis. Je me penchai. la végétation jusqu'alors limitée à l’ancienne zone administrative. celle-ci partait à la conquête du peu qui restait.juin 2003 . Je m’arrêtai. Revue des littératures du Sud. Il était visible que sur toute la « ligne ». par le sentier qui traverse le terrain vague de M…. pour reprendre le sentier par lequel j’étais arrivé. 40 ans de littératures du Sud. la plupart en direction du marché. La grande construction blanche. N° 150. ma tige avait disparu sous les herbes ! J'eus même assez de mal à retrouver l’endroit où je l’avais plantée. Je fis ce trajet afin de vérifier si l’étonnante avancée des plantes était isolée ou générale. Je le vis au moment précis où je me relevai. empiétait sur la zone nord de plusieurs centimètres. quand il me sembla que quelque chose n’était pas comme la veille. je décidai de longer toute la lisière. à quelques centimètres de la nouvelle limite. progressait.Extrait Lyrique « Car la liberté est esprit. au niveau de l'ancien bâtiment des PTT. c’était cela . rébellion contre la nature. je vis passer T… le fou. Je fis ma promenade. Je quittai la maison à pied et. Je dus passer par les décombres de l'ancienne Banque de développement. Et lorsque je décidai de m'en aller. » Thomas Mann Je sortis tôt le matin pour une promenade le long de la lisière. Des gens circulaient déjà. jusqu'en haut de la colline. Je revenais sur mes pas. Je plantai. Chaque pas confirma mes craintes. après les quarante-trois jours de pluie ininterrompue. pressé comme à son © Notre Librairie. Ainsi. qui avait été conçue pour symboliser notre mouvement vers la modernité. Oui. surtout : quelle solution ? Cette même végétation avait déjà envahi et éliminé tout moyen de résistance.

— Tu seras donc arrivé à O… en milieu d’après-midi. Il ne comprenait pas mon refus de faire de même. Par la fenêtre. » Il confirma de la tête. « Tu sais. Je le suivis des yeux. « Toujours décidé à rester ? » fit-il à peine assis. « Comment ? s'exclama-t-il. ayant sans doute passé la journée à préparer son départ. « Tu pars à quelle heure ? lui demandai-je. « Je dois voir ça avant de partir. » La nouvelle l'excita comme je m’y attendais. il m'avait appris qu'à son tour il s’en allait. Je resterais donc seul. fit-il. — Ce n’est pas une invention pour te faire revenir sur ta décision. tu crois ? — Possible.habitude. Je décidai de l’informer de ce que j’avais découvert. Je ne fis aucune réponse. Il y eut un moment de silence. Il venait de je ne savais où et se dirigeait du pas ferme d’un homme qu’on croirait sensé vers le marché. Et vérifié ce matin.juin 2003 . — Mais comment expliques-tu cela ? » Il se souvint aussitôt après que nous avions épuisé toutes les possibilités d'explication. Il n'allait pas vraiment me manquer . N° 150. il n'y aura pas des colonnes de journalistes ici ? » Je secouai de nouveau la tête. avril . « Tu penses que si demain je rapporte ce phénomène hors des frontières. J'étais plongé depuis des heures dans toutes sortes d’ouvrages sans savoir exactement ce que je recherchais quand j’entendis le bruit familier d’un véhicule. C’était Charles. « La végétation avance sur le reste de la ville. mais son départ me causait dans l’immédiat unecertaine tristesse. » Il ne comprit pas. — Demain à neuf heures. 40 ans de littératures du Sud. Il ajouta : « C'est une nouvelle à faire revenir des journalistes. Revue des littératures du Sud. Nous restâmes encore un moment sans rien dire. Trois jours auparavant. je le vis descendre de la voiture. La ligne a été franchie. Je ne dis rien. Il n'était pas rasé. — Je l'ai constaté hier. ça ! » Je secouai la tête. « Sans blague! s’écria-t-il. tentaije de plaisanter. comme je ne disais rien : Tu es le seul à t'en être aperçu. en fin de semaine. — Que comptes-tu faire de la nouvelle ? » C'était ce à quoi je ne cessais de réfléchir depuis la veille : que faire ? Théo ANANISSOH1 (Togo) © Notre Librairie. » Il se redressa dans son siège comme si quelque chose l’y avait piqué. Il en doutait lui-même. Je posai sur la table sans le refermer le livre que j’avais en main et me levai pour aller à sa rencontre. puis. je suis au-delà de la frontière. Il me regardait. la lisière a bougé. Cela me soulageait de parler avec quelqu'un.

Mais je ne mens pas… . Nour. Quand il me parlait.C'est si terrible de ne pas être crue ! Je savais bien.Qu'est-ce que tu racontes ? Arrête de mentir ! . C'était son mari. on ne sait pas bien se défendre. résidant à Paris. . on ne connaît pas les bons mots.Cela suffit ! .Je comprends que pour la tante la situation était difficile à gérer. Je lui désobéissais.Anormal. . 40 ans de littératures du Sud. Au lieu de me défendre. je tournais la tête dans une autre direction. .Que s'est-il passé ensuite ? . Revue des littératures du Sud. que je disais vrai et que l'oncle ne pouvait pas me faire ce qu'il faisait. .Tante. il m'embête. lorsque cet oncle me réclamait de l'aide. . afin d’y poursuivre ses études. Ils m'ont seulement fait remarquer que c'était anormal.juin 2003 . l’héroïne de « Lumière de femme »1. Adulte encore. Elle l'aimait. comme pour me faire pardonner. moi. Son épouse m'a ordonné le contraire.Je ne mens pas. je me sentais coupable. Je lui en ai voulu. N° 150.Nour comprend toujours. je n'osais pas la lui refuser. sans plus. tonton vient dans mon lit. j'étais coupable ! Ce sentiment m'a habitée longtemps.La tante m'a demandé de ne parler à personne de ce qui s'était passé. Je voulais être protégée ? Non. Mais j'étouffais.L'ambiance est devenue bizarre à la maison.Extrait Lumière de femme À l’âge de douze ans. comme si tout était de ma faute… De victime.Rien de mal… . Mais les incursions nocturnes de l’oncle dans son lit troublent l’adolescente qui décide de se confier à sa tante : . avril . Je rageais contre l'oncle et je me révoltais. est confiée par sa mère à la famille de son oncle Val. elle s'en prenait à moi.La tante a fini par en parler à l'oncle et elle a su que je ne mentais pas. sous ce secret… J'en ai quand même parlé à l'oncle Jordan et à grand-oncle Jean. Mais quand on est si petite.Et tu as recommencé à respirer ? . Elle ne se rendait pas compte du tort qu'elle me causait. Elle voulait sans doute continuer à l'aimer. . © Notre Librairie. Mais pardonner quoi ? Je n'avais rien fait de mal. moi ! . très longtemps. c'est vrai ! . la nuit quand tout le monde dort.

mes carnets de notes me condamnaient. Cela m'a rendu la joie. C'est pour cela que je dis que mon intuition m'a sauvée. Tout ce qui comptait désormais. pour m'expliquer… pour me rassurer.juin 2003 . J'ai décidé de ne pas lui raconter mon histoire.Indestructible. J'avais envie de lui en vouloir très fort. Et il fallait qu'elle le fasse. . j'étais étourdie. Eux sont venus. Aleth FELIX-TCHICAYA (Congo-Brazzaville) Extrait du roman intitulé « Lumière de femme ». Personne. me blottir dans ses bras. mais je ne le pouvais pas vraiment parce que nous sommes drainés par le même sang. aux éditions Hatier International © Notre Librairie.Je crois que si je n'avais pas écouté mon intuition. Je ne supportais plus de vivre là. malgré toute l'importance qu'elles revêtaient pour maman. deux fois. aussi indestructible que la nature… . l'entendre m'apaiser… J'avais tellement besoin d'être protégée ! Alors j'ai appelé mes amis du ciel. d'autant que je ne séjournais chez oncle Val et tante Nysette qu'un week-end tous les deux mois. Puis.Trop loin… . J'ai commencé à négliger mes études. c'est que j'avais l'impression d'être devenue un poids dans cette maison. c'est qu'à l'internat. Un an plus tard. 40 ans de littératures du Sud. avec ses mains folles… et à plus forte raison parce qu'il s'agissait d'un parent. C'était tellement pénible de trouver cet homme une fois. Revue des littératures du Sud. À nouveau. L'oncle aurait sans doute abusé de moi. avril .Je n'ai plus jamais été la même.Ce dont je me souviens. d'autant qu'elle avait choisi pour moi un internat. alors que je passais des vacances heureuses à Brisville – mon premier retour en Afrique depuis mon arrivée à Paris – oncle Val a envoyé une lettre à ma mère pour lui dire qu'il ne souhaitait plus me voir chez lui. Est-ce parce qu'on m'avait demandé de me taire ? Est-ce pour ne pas la faire souffrir ? Est-ce pour ne pas gâcher nos retrouvailles ? Est-ce parce que je ne voulais pas éroder les liens qui unissaient ma mère à son frère ? Je ne sais pas. N° 150. tant de fois allongé près de moi. C'est un sentiment très fort. à paraître dans la collection « Monde noir ». Je rêvais. j'étais heureuse. pour des raisons que j'ignore. Je l'ai enfouie. Sans explication. J'aurais tant voulu… Je voulais ma grand-mère… Je voulais ma mère… Je la voulais près de moi. Personne ne m'a parlé. inscrit au plus profond de moi. je n'avais pas ma place. l'irréparable serait arrivé.. maman est venue me voir. Je voulais partir. la nature ? .

Index des notes de lecture José Eduardo Agualusa Kangni Alem Nathacha Appanah-Mouriquand Mongo Beti Daniel Biyaoula Ken Bugul Thomas C. Waberi Louis-Philippe Dalembert Jean-Jacques S. Dabla Tirthankar Chanda Ambroise Kom Bernard Mouralis Guy Ossito Midiohouan Nathalie Schon Christophe Chabbert Cécile Dolisane-Ebossé Tahar Bekri Yves Chemla Frédéric Giguet Frédéric Giguet 114 115 133 55 116 117 135 49 118 61 119 120 121 Édouard Glissant Yasmina Khadra Gabriel Kuitche Fonkou Fouad Laroui Malika Mokeddem Sous la direction de Kumari Issur et Vinesh Y.juin 2003 133 . N° 150. Waberi 68 127 101 132 123 124 Évelyne Trouillot Abdourahman A. Dabla 128 125 © Notre Librairie. 40 ans de littératures du Sud. avril . mémoire de sang Simorgh Johnny chien méchant Le Destin volé Le roman ouest-africain de langue française. Propaganda. Étude de langue et de style Ormerod Les Hirondelles de Kaboul Moi taximan La Fin tragique de Philomène Tralala La Transe des insoumis L’océan Indien dans les littératures francophones Les Urnes scellées Le Corps absent de Prosper Ventura Poèmes des îles qui marchent Je ne parle pas la langue de mon père Hermina Nation-Building. and Literature in Francophone Africa Rosalie l’infâme Transit Elisabeth Monteiro Rodrigues Jean-Jacques S. Revue des littératures du Sud. Spear Malcolm de Chazal Aïda Mady Diallo Mohammed Dib Emmanuel Dongala Jean-Roger Essomba Albert Gandonou La Saison des fous Cola-cola jazz Les Rochers de poudre d’or Le Pauvre Christ de Bomba La Source de joies De l’autre côté du regard La culture française vue d’ici et d’ailleurs Petrusmok Kouty. Hookoomsing Émile Ollivier Xavier Orville René Philoctète Leïla Sebbar Sami Tchak Dominic Thomas Priska Degras Abdelmajid Kaouah Robert Fotsing Mangoua Khalid Zekri Najib Redouane Vicram Ramharai 126 129 122 130 131 134 Joubert Satyre Liliane Fardin Philippe Bernard Hédi Dhoukar Daniel Delas Abdourahman A.

Mário de Andrade publie la première anthologie de poésie africaine d’expression portugaise 3 à laquelle Lídia ne participe pas car elle refuse la dénomination de poésie noire.juin 2003 . voix originale dans le contexte de la négritude et de la lutte pour l’indépendance. Lídia est issue de plusieurs générations incestueuses où les femmes sont les seules survivantes. Gallimard. En 1961. 4. Qu’au moins le feu arrive et nous nettoie jusqu’aux os. une arme largement utilisée par Mário de Andrade à qui est d’ailleurs dédié le roman. 2003. l’Allemagne et le Brésil auquel fait écho l’espace de son engagement politique qui la conduit en Guinée puis de nouveau à Luanda. transcende une approche qui serait purement documentaire. António de Oliveira Salazar fut à la tête de l’Estado novo de 1928 à 1968. Éd. L’Esprit des eaux. © Notre Librairie. Les différents mouvements soutenus tour à tour par les Américains. Mangés par la lèpre. La trajectoire de Lídia décline en effet un paysage intime avec sa géographie personnelle : Lisbonne. Afriques). avril . les fondateurs du MPLA2. Yaka. comme ces maisons. »5 Elisabeth MONTEIRO RODRIGUES 1. 40 ans de littératures du Sud. elle côtoie ceux qui seront les acteurs historiques de la lutte pour la libération. le Portugal s’obstine dans une guerre atroce. Qu’advient-il de l’individu dès lors qu’il est confronté à l’Histoire ? Engagé au profit d’une cause si juste soit-elle ne perd-il pas sa conscience individuelle ? La littérature doit-elle devenir alors une littérature de combat du monde noir ? Autant d’interrogations dont le personnage de Lídia semble être l’allégorie. La position de Lídia. Agostinho Neto. Pour d’autres. ce sont des cadavres. Les Éperonniers/Unesco 1992 .Notes de lecture Afrique José Eduardo AGUALUSA La Saison des fous Traduit du portugais (Angola) par Michel Laban Paris. Pour certains. La fin de la Seconde Guerre mondiale et la défaite du nazisme coïncident avec le durcissement de la dictature salazariste1. Jusqu’à l’âme. Dans la mouvance de la revue Présence Africaine. même pas ça : ils attendent. Arles. L’auteur interroge les processus identitaires et politiques propres à la constitution d’une nation. Paris.50 € La Saison des fous est une tentative de reconstruction de l’histoire de l’Angola dans le chaos de la guerre de décolonisation et des guerres civiles. Ils sont tous morts. José Eduardo Agualusa. (Continents noirs) 18. À l’indépendance proclamée en novembre 1975 succède la guerre civile qui ravage le pays pendant des décennies. une immense fatigue. Et il rit. Actes Sud. Revue des littératures du Sud. permet d’aborder ici l’émergence de l’angolanité. la lutte armée éclate : c’est le début de la guerre pour l’indépendance qui durera quatorze ans. Mouvement populaire pour la libération de l’Angola. 1969. 5. 3. Les différentes intériorités ainsi révélées participent de la forme hybride du récit et de l’écriture de l’Histoire. Lídia ainsi que le narrateur seront emprisonnés à Luanda. N° 150. la vase. L’un deux passe devant moi. p. fragment d’un texte inédit de Lídia do Carmo Ferreira. ce que je vois. L’originalité du roman réside dans la multiplicité des voix qui se juxtaposent à celle du narrateur luimême partie prenante dans les événements. Bruxelles/Paris. témoignages et poèmes qui forment autant de matériaux composites. Un journaliste-narrateur entreprend de percer le mystère qui entoure la disparition de la poétesse et historienne Lídia Ferreira do Carmo dont la vie est intimement liée aux événements tragiques de l’Angola contemporain. c’est la haine qui les soutient. Histoire et fiction constituent la thématique centrale de ce roman dont le personnage emblématique de Lídia incarne les deux versants. 2002 (coll. 264 p. « Nous sommes en ruine. Élevée par son grand-père à Luanda. les Cubains et les Russes ne trouvent pas d’accord. Il a la peau sur les os. Viriato da Cruz. Je parle de ce que nous sommes à l’intérieur : sur les genoux. 2. Je marche le long de ces rues et. la poésie devient alors la première arme de résistance. Le récit fait alterner interviews. La poésie africaine d’expression portugaise. Je lui dis : “Tu es mort”. tout en s’inscrivant dans la lignée d’écrivains qui tel Pepetela4 réinvestissent l’histoire de leur pays. Pierre-Jean Oswald. La Saison des fous. 253.

monologues intérieurs. voyageur infatigable. homos et bisexuels… Il reste que ce premier roman qui se déploie comme une partition de jazz manifeste un intéressant travail de composition qui mérite l’attention. intertextualité. De l’aéroport à la maison familiale. une terre qui agonise de misère. Héloïse découvrira donc une véritable « terre en délire ». au dynamisme de son petit commerce nocturne et à la débrouille généralisée comme mode de survie majoritaire (même si une minorité vit dans les villas cossues de Mac Carthy Hill). sa demi-sœur la « Cola rouge » qui sera son véritable mentor dans ces retrouvailles avec le père. en particulier Parisette.Notes de lecture Afrique Kangni ALEM Cola-Cola Jazz Paris. séducteur impénitent. jeune étudiante métisse vivant en France et entretenant des rapports conflictuels avec sa mère française. Après maintes péripéties rocambolesques souvent dramatiques. par ailleurs suicidaire. hétéros. à la fois par sa thématique comme par sa structure. V. 204 p. on saisit mal la redondance du lexique argotique et celle de la thématique sexuelle qui accumule pervers. avril . Éditions Dapper. que « certains retours sont impossibles ». L’histoire donnée pour véridique ainsi que le précise dans l’épilogue un « narrateur sans qualités » (sic) apparaît surtout comme celle de la quête identitaire d’Héloïse. © Notre Librairie. avant de repartir pour la France sans grand regret. Cependant si l’on comprend qu’Héloïse s’exprime comme une Française de son âge et de son temps. 13 € Dramaturge puis nouvelliste1. N° 150. elle y débarque en effet un de ces soirs tropicaux « sous ce climat de cul non réfrigéré du diable ». elle finit par retrouver ce père. Notre Librairie n° 146. 40 ans de littératures du Sud. Héloïse reçoit de son père sa version de l’histoire familiale et découvre. Jean-Jacques S. Héloïse la « Cola blanche » rencontre aussi sa nombreuse famille paternelle aux figures pittoresques et. Et l’histoire se déroule à partir du double point de vue interne de Parisette et Héloïse. après quelques jours de grâce passés avec lui. décembre 2001. Et cette jeune fille tient à retrouver son père africain retourné dans son pays TiBrava . DABLA Université de Rennes II 1. le narrateur n’intervenant que trois fois dans cette diphonie installée par alternance et se développant régulièrement sur le mode du collage : retours en arrière. récits secondaires. à la fois proche des personnalités du pays et démocrate complotant dans l’ombre pour la chute de Yamatoké.juin 2003 . Revue des littératures du Sud. tableaux fantastiques notamment abondent et s’expriment dans un registre qui ne dédaigne ni la fantaisie ni l’humour noir ni la verdeur. Kangni Alem aborde le genre romanesque avec ce récit au titre énigmatique qui ne manque ni d’originalité ni d’ambition. 2002. de maladies et de démocratisation inopérante tout en refusant de mourir à force de s’accrocher à la vitalité de ses bars. un pays asphyxié par le dictateur Yamatoké .

Et. 18 € Troisième roman de Daniel Biyaoula. sont entrés dans l’appareil d’État et vivent fastueusement avec leurs épouses respectives. l’enfant de Basile et d’Angélique : « Et l’image de son pistolet grandissait en lui. 207). est devenue boueuse. Basile devient ainsi intolérable à Raphaël. Laurent est resté instituteur. Quand Basile lui dit qu’il est complice de ceux qui ont arrêté et assassiné Constant.) ou du Fleuve (p. 40 ans de littératures du Sud. Daniel Biyaoula joue également avec l’ordre des mots : « Abasourdi. dans les sous-sols de la Sécurité. habitant avec Angélique et leurs deux enfants dans une banlieue du nord de Paris. c’est de nous faire entrer toujours un peu plus avant dans le cheminement tortueux et banal de la conscience. justement. 246). 2003. insoutenable. leurs villas au luxe tapageur. retrace les destinées différentes d’anciens amis d’enfance dont les relations sont devenues aujourd’hui intermittentes : Basile. leur mépris cynique d’une population misérable. Deux forces agissent dans La Source de joies. Raphaël et Sébastien. après avoir été de modestes fonctionnaires. ces « bébé-squelette-femme » (pp. 33). en faisant la connaissance de Miassoba. Bernard MOURALIS Université de Cergy-Pontoise © Notre Librairie. Il les retrouve. » (p. il ne lui reste qu’une alternative : se détruire ou abolir la voix et le regard de Basile. il était venu la mettre en brèche sa bonne conscience où il était si bien. qui a pour cadre un pays d’Afrique centrale. il a mené une vie très difficile en France. en même temps. Quant à Basile. 155-156). Laurent. 154). argotique ou soutenu. Miassoba aussi… » (p. comme celle de Sébastien. 131) de mauvais goût. Présence Africaine. Voilà comment il est. » (p. Dès lors. un an plus tard. Il a beau tenir ce discours cynique destiné à justifier sa position sociale. Raphaël et Sébastien. Ou : « Et Denise. Mais cette richesse et cette variété de l’expression ne tournent jamais au procédé. lors de l’épisode final où les deux anciens amis retournent voir la « source » limpide qui avait enchanté leur enfance et qui. Le récit commence avec l’arrivée de Basile qui revient de France passer quelques semaines au pays pour un congé. avec un maigre salaire. le rôle de l’alcool. Laurent et Basile. Il est la voix de sa conscience : « Et lui Basile. Mais ce dernier n’a pas pour autant fait disparaître cette voix et ce regard qui lui étaient intolérables. à l’image de l’âme de Raphaël. En revanche. notamment chez Raphaël : la conscience et la mauvaise conscience. Ou. Revue des littératures du Sud. Au-delà de cet aspect. 178) : véritable descente aux enfers. Ce retour est l’occasion pour ces six personnages de se retrouver et le narrateur va retracer ce que chacun est devenu. » (p. hallucinante. Le romancier trace un tableau sévère de la situation sociale et politique du pays. car. aujourd’hui. dans sa presque fange d’avant. Constant et Serge sont dans les « affaires » et ils semblent avoir bien réussi. 246 p.juin 2003 . l’alternance constante entre le présent et le passé des protagonistes vient créer un effet de vertige qui confère au roman toute sa profondeur. il sait que son ancien ami a raison. au plus profond de lui-même. complètement soumis au « dieu-monnaie » (p. Constant. encore. Raphaël choisit le meurtre. chargé d’étonnements… » (p. découverte par Raphaël. elle était comme tout le monde. de retomber dans les difficultés. Les descriptions vont au-delà de la surface des choses ou des êtres : spectacle de la ville dans la nuit (p. Outre l’emploi d’un vocabulaire tour à tour familier. Parallèlement. La Source de joies. il doit convenir que sa personnalité est désormais scindée. avril . On le voit en particulier à travers le désir de destruction qui anime Raphaël et l’image récurrente de son « pistolet ». versé en outre bien irrégulièrement. Il montre l’arrogance de ceux qui ont réussi. […]. C’est seulement qu’elle avait eu peur de se faire virer. on ne manquera pas d’être frappé par l’écriture très originale de La Source de joies. 112). 73 sqq. la grande affaire de Daniel Biyaoula. « le regard fixe. pareil à un bélier qui cognerait régulièrement sur les murailles de sa bonne conscience. les fillettes qu’ils contraignent à la prostitution.Notes de lecture Afrique Daniel BIYAOULA La Source de joies Paris. Serge. du corps de Constant. y a fait cinq ans de prison et vit maintenant d’un travail régulier comme menuisier. véritable « macédoine » (p. 188). Denise et Maryse. C’est que Raphaël n’a pu supporter le retour de Basile. N° 150.

qui est instruite. 282 p. On pensait que depuis La Folie et la Mort. l’aîné. Ainsi la mère lui raconte les différentes étapes de son voyage « de l’autre côté du regard ». 2003. L’harmonie est donc rétablie. la réconciliation de soi avec soi. Samanar. Elle en était jalouse mais à aucun moment elle n’avait voulu sa mort. le sentiment de jalousie la reprend. quand la narratrice apprend la mort de sa nièce Samanar. 40 ans de littératures du Sud. elle a réalisé que sa mère l’avait toujours aimée car elle sait désormais qu’une mère ne peut pas ne pas aimer un enfant désiré. sa voie dans sa marche tourmentée vers l’apaisement. depuis leur enfance. son père (« le Saint Homme »). elle s’en retrouve bouleversée. (coll. sorti de ses entrailles.juin 2003 . Cotonou (Bénin). qui a eu très tôt sa fille comme toutes ses autres sœurs d’ailleurs. Puis subitement. C’est cette situation de nièce et tante à peu près du même âge que la narratrice a vécue comme un abandon de la part de sa mère qui n’avait de place et d’yeux que pour Samanar. Sa sœur Assy. mort en « Codiwoire » et dont on n’a jamais retrouvé le corps. elle s’explique. Dès cet instant. Elle veut comprendre pourquoi sa mère lui a toujours préféré Samanar alors qu’elle est sa benjamine. un dialogue mystérieux. le dernier roman de Ken Bugul est une œuvre cathartique dont le style. Et les souvenirs ressurgissent : sa naissance à Hodar. la fille d’Assy. c’est alors une malédiction. a la chaleur de la voix humaine. N° 150. d’une lettre de son frère Bacar Ndaw resté au pays. La romancière semble avoir désormais trouvé son rythme. Ken Bugul avait abandonné l’autobiographie pour s’engager dans la critique sociopolitique. sœur de la narratrice. au carrefour de l’écrit et de l’oral. sa quête émouvante d’identité.Notes de lecture Afrique Ken BUGUL De l’autre côté du regard Paris : Le Serpent à plumes. d’équilibre et d’harmonie. ses sœurs qui n’ont jamais été à l’école et qui ont été toutes mises enceintes par des étrangers. et donc sa nièce. Fiction française) 16 € Le temps fort de cette saga familiale est la réception par la narratrice. la mère considérait la narratrice comme une enfant perdue. Et elle. C’est pourquoi. La narratrice semble à présent regretter d’être partie . Échec total : en Afrique une femme de plus de 30 ans sans mari est un drame . Revue des littératures du Sud. totale » (p. ni été mère jusqu’à la mort de sa mère. son rêve avorté de devenir océanographe. Elle y revient avec De l’autre côté du regard. et si. surtout par temps de pluie. qui vit depuis assez longtemps déjà à l’étranger. Ce sentiment de conquête et de possession est d’autant plus fort chez la narratrice que la mère lui a confié n’avoir pas encore rencontré sa petite-fille Samanar. sa maison familiale. Mais la nouvelle la plus importante de la lettre de Bacar Ndaw est la mort de Samanar. ses échecs conjugaux. Toute la famille aussi. Elle évoque tout d’abord la vie de Bacar Ndaw. se justifie et en arrive à demander pardon aux siens. n’a n’a jamais été mariée. Comme Riwan ou le chemin de sable. de surcroît. a fait de sa mère une grand-mère. La raison en est simple. après la disparition de la mère. Ce n’est que deux ans après le « départ » de sa mère que la narratrice connaît le merveilleux événement de la naissance de sa fille : « La sensation qui m’envahit fut de la jouissance pure. Guy Ossito MIDIOHOUAN Université d’Abomey-Calavi. affligée. l’a encore emporté sur elle. ce que traduit la berceuse par laquelle s’ouvre et se ferme ce roman. celle qui lui « a pris » sa mère. jusqu’à sa mort. © Notre Librairie. C’est en quelque sorte le début de la réconciliation avec sa mère qui n’est plus. la quête de l’âme de son fils N’Diaré. mais avec qui s’établit. 228). elle se retrouve sans enfant. morte avant elle. Pourtant. avril .

mais autour de ce noyau central. De la sorte. si calme. des points de suspension et d’exclamation. l’auteur nous relate l’histoire d’une petite fille de dix ans. de l’amitié et de l’amour (p. de par sa dimension cathartique. n’atténue nullement son penchant pour la morbidesse : « Cette jeune fille. on n’avait pas les mêmes références » (p. devient profondément salvatrice. qui aurait pris une petite fille au sérieux ? L'ombre de sa mère. Assadeck. Cet état de guerre s’illustre par une syntaxe perturbée perceptible par l’accumulation des phrases très courtes et parfois sans verbe.juin 2003 . Mais cette apparente apocalypse romanesque est une mise en garde contre cet état de choses en ce sens qu’elle exorcise ses malheurs dans ce rituel de purification. Dans ce récit écrit à la troisième personne et ponctué de dialogues. les préjugés de couleur et la difficile intégration des races. 2002. la détermination de la fillette présentée comme une figure de proue de la justice sociale sans manipulation idéologique ni motivation extérieure semble être l'originalité de ce polar. Cécile DOLISANE-EBOSSÈ Université de Toulouse-Le-Mirail © Notre Librairie. « les somatra » et les « au revoir la France » (p. mémoire de sang Paris. en l’occurrence. a certes pour toile de fond la vengeance d’une orpheline meurtrie qui agit en justicière. 15). viennent se greffer d’autres réalités : un tableau noir des inégalités socio-économiques. cette œuvre de « monstration ». 19). de manière intangible et visible. la narratrice affiche les déséquilibres de sa société. piétinée (qui) n’était plus qu’un puzzle détruit. Ayant grandi sans jamais perdre le film de cette horrible tragédie. 80). Finalement. La trame narrative. dans ce conflit interethnique entre Touaregs et les autres peuples. la quête de changement de cette jeunesse sacrifiée mais indocile est latente. « c’est drôle dit Kalhed vous arrivez presque à le rendre aimable. Kouty. (Série noire n° 2641) 7.Notes de lecture Afrique Aïda Mady DIALLO Kouty. d’injustices et de haines parfois séculaires. Ousmane Tall. Mieux encore. 10). permet d’atténuer cette situation qui est loin d’être une farce. la narratrice emporte le narrataire dans l’obscur et lui livre. attisés par la colonisation et perpétués par les écarts criards entre le Nord et le Sud (p. Elle exprime. les individus ne pouvant guère s’épanouir dans ce climat de violence. et le suicide de sa mère Fathy. le vide qui habite l’héroïne et transpose la souffrance de l’orpheline dans celle de la nation tout entière. un univers en tension où les symboles mortifères abondent. le cadavérique et le putride d’« une tête décapitée » (p. Cet humour des bas-fonds. en fond de tableau. Abandonnée à elle-même. dans de menus détails. 42). puisqu’elle prône l’éducation des plus faibles et l’équité. Revue des littératures du Sud. la petite Kouty est réduite à la mendicité comme de milliers d’autres enfants de la rue qui assaillent les tas d’immondices dans des villes-poubelles qu’une Afrique postcoloniale en décrépitude. décida de venger ses parents en enclenchant une série de meurtres (p. ses frustrations et sa révolte personnelle se confondant alors avec la recherche obsessionnelle de la révolution sociopolitique d’une « Afrique bafouée.75 € En vingt-et-un petits chapitres minutieusement élaborés. si sereine seraitelle un monstre ? ». doublure d'une doublure ? On pourrait cependant regretter que l’élan de générosité de cette héroïne clairvoyante. sans passé ni avenir. bien que trahissant le malaise social. désemparée et corrompue est incapable de juguler (p. ce diable » (p. 19). par ce sempiternel recours à la violence. l’auteur arbore les maux internes qui minent l’Afrique : les conflits interethniques et les stratifications sociales entre les castes… « Regarde qui tu as épousé ? Une sale garce ! Toi et tous les Nègres. 164 p. Gallimard. N° 150. D’entrée de jeu. Car dans cette société fortement androcentrée. des conflits interraciaux et interethniques pour en arriver à la quête de la tolérance. C’était soit la haine soit l’amour » (p. 59). éprise d’une folie meurtrière. la joie de vivre qu’il dégage à travers les chants et les danses. Ces qualités profondément humaines prouvent que ces hommes vulnérables gardent tout de même l’espoir. un bébé de deux ans. Elle chantait : « les yeux revolver et Lucifer ». 42). elle décrit un peuple qui lutte désespérément pour sa survie et contre la fatalité par la débrouillardise. 129). 13). Partant de là. de son frère. Kouty. une terre morcelée. une Targui (Touareg). des émeutes socio-politiques de mars 1991 à Bamako. Aussi rencontre-t-on les voitures de fortune surnommées « les requins ». qui assista impuissante à la disparition de sa famille : l’assassinat de son père. avril . s’interroge Eddy (p. « les durani ». caractérisée de bout en bout par les assassinats non élucidés dans une mobilité spatiale impressionnante. 80). mi-cocasse mi-aigre. Ensuite. À cela s’ajoutent les vices exogènes. 40 ans de littératures du Sud. vous ramassez les garces de chez nous pour les épouser ! » (p. Sur un ton incisif. la mémoire de sang. Aussi l’amour se trouve dans une impasse. Ce qui justifie qu’on est dans une écriture tragique. doublée de la chaleur humaine qu’il étale par la qualité de l’accueil ne laissent guère indifférent : « Ici tout prenait une saveur particulière .

sa famille. 18 € Comment dire littérairement l’inhumain sans tomber soi-même dans les pièges que nous tendent les pouvoirs de l’horreur ? Emmanuel Dongala nous l’écrit : il faut lever le regard vers la nuit étoilée. 2002 (coll. Revue des littératures du Sud. et de protéger. Tout oppose ces deux personnages. et une fille. Fiction française). à égalité avec les fétiches dont le personnage s’affuble pour provoquer l’effroi. Car c’est seulement par l’école. Poussée à la fuite. ce roman si beau et si douloureux. la réponse n’aura été donnée aussi radicalement que dans Johnny chien méchant. on marche guidé par l’ordre de son destin. il y a l’absence de nom. enfin. Dans cet enfer. La veulerie devient une forme de courage. l’humiliation une marque de fierté. désormais. et immédiatement la première d’entre elles. Il faut relever. L’oubli d’un seul de ces gestes entraîne toutes les catastrophes. Laokolé.juin 2003 . elle va jusqu’au bout de la nature qui est en elle. les valeurs se dégradent. parfois reprennent les mêmes phrases. Seule la pluralité des voix peut matérialiser le désastre. L’horreur s’y dit et s’y déconstruit à la fois par un contrepoint incessant. Désorientée par la violence des hommes et celle des éléments. qui tente de sauver ce(ux) qu’elle peut. De cette cacophonie bruyante et ténébreuse. qui met en texte les paroles de deux personnages âgés de seize ans : un garçon. le viol une apparence de respect. le personnage manifeste sa propre déchéance de l’humanité. tandis que les pieds bien posés sur la terre. Enfin. qui est l’effondrement de l’humanité. Rarement sans doute. Laokolé reconstruit l’ordre du monde. En confrontant ces deux paroles qui parfois se répondent sans le savoir. En se proclamant Johnny Chien Méchant. Dongala montre qu’une vision monophonique de l’histoire est insuffisante. autant par son action que par l’obscénité de son regard. et dans sa volonté de construire en maîtrisant son destin. qu’Emmanuel Dongala a su saisir avec une acuité salutaire combien les guerres actuelles en Afrique dépassent les cadres locaux et combien l’Occident y est impliqué. dans une troublante stéréophonie. au cœur des ténèbres de l’origine. elle s’enfonce dans la nuit forestière. il faut savoir entendre que c’est aussi par là que commencent la naturalisation du viol et la négation de la culture. parce que sans doute trop abstraite. et qu’elle assure ellemême le lien avec l’héritage parental. de cette plongée à la fois si proche et si opposée dans l’horreur. Si Laokolé a reçu son prénom et donne le sien à l’enfant qu’elle adopte. Lui se définit comme un « intellectuel » car il a atteint le niveau scolaire du CM1. émerge peu à peu le souffle puissant d’un roman de formation pour les temps incertains. Mais son langage est embourbé dans la fange. ceux qui obligent à détruire le peu qui est là. Il nous en revient une rare émotion. Il choisit dans Johnny chien méchant de faire entendre à la fois et successivement et l’une et l’autre. la culture est assimilée à une parure. deux visions antithétiques de la guerre sont confrontées. Mais Dongala montre en même temps que cet avilissement est généralisé : les racines du mal s’enfoncent dans le terreau des désastres sociaux. en ouvrant une école dans un camp de réfugiés. indifférent à sa propre férocité. que se (re)fondent les sociétés. N° 150. Lui est un assassin sans père ni mère et un violeur. avril . Elle. Au contraire de Chien Méchant. 40 ans de littératures du Sud. 361 p. tout en reconnaissant la part d’héritage qui nous a été transmise. C’est à partir de ce moment que Laokolé relève la culture de l’enfer. jusqu’au bout de ce chemin qui mènera à une terre promise. contrairement aux autres supplétifs du commando. et dans l’appropriation d’une pseudoréflexion sur le tribalisme : les phrases se suivent et se contredisent. Le Serpent à Plumes. Elle renaît à la source dans une eau lustrale qui lui révèle sa féminité et la rend disponible à la rencontre. tant qu’elle peut. milicien de son état. lui en revanche s’accorde des noms successifs qui valent pour titres. et peut-être au point de départ de ce désastre. une jeune femme obstinée dans sa reconnaissance de l’autre. Dans la succession des textes de chacun de ces deux personnages. Yves CHEMLA © Notre Librairie. Elle voudrait devenir ingénieur.Notes de lecture Afrique Emmanuel DONGALA Johnny chien méchant Paris. dont la fonction est d’obéir aux ordres.

le tableau d’un « continent qui n’existe pas » pour s’être enfoncé dans une corruption généralisée et institutionnalisée. et d’un destin tragiquement ironique qui associera les deux figures symboliques de son vertueux ami Richard et de la démoniaque prostituée Mado pour le faire chuter : « Je croyais creuser mon fameux tunnel vers le bonheur. cause la ruine de sa famille et répand la mort autour de lui. Entre les intérêts de quelques ministres français. dont une personne mal intentionnée a fait un livre. ne cessent d’accélérer. et fils de la plus grande famille noble du pays. qui vient s’ajouter à la longue liste des romans de la désespérance face à une Afrique devenue. avril . leur descente aux enfers. 18 € Dans un commissariat français. le jeune Jeff Effala vient demander une protection policière. N° 150. jeune étudiant dans une république africaine. Fidèle à un récit structuré par des rebondissements successifs. 2003. on ne construit pas une route. Une Blanche dans le Noir). où le fantastique et la folie viennent dangereusement s’immiscer dans le quotidien (voir déjà son précédent roman. à l’image de Jeff Effala. trop immoral pour résister à un pacte diabolique. selon l’expression de Bolya. c’est un tableau sombre de l’Afrique que dresse Essomba. tout s’achète. Jeff découvre qu’il n’a cessé d’être l’objet impuissant des manipulations des hommes. Ce livre retrace le destin tragique de Jeff Effala. 219). c’est le bakchich ! » (p. broyé par des forces diaboliques. lui explique Ongola avant son ultime et fatal départ pour la France. C’est l’objet du récit central du roman d’Essomba qui. Frédéric GIGUET © Notre Librairie. » (p. des secrets d’État. Revue des littératures du Sud. et devient le jouet de forces et d’intérêts qui le dépassent avant de l’anéantir. présente le récit du Destin volé comme la structure encadrante rapportant le récit d’un premier livre fictif. selon un procédé classique de mise en abyme. Mais les temps ont bien changé depuis le Fama Doumbouya des Soleils des indépendances : loin de s’opposer aux « bâtardises » des nouveaux cadres corrompus du pouvoir et de s’accrocher aux vestiges du passé. Il explique au commissaire que sous l’emprise de l’alcool. Dans le pays d’Ongola. 254 p. Saistu seulement à quoi tu jouais ? » (p. autant responsable que victime de sa perdition. il a révélé. 243). que ne tarderont pas à exécuter tous ceux qui veulent se venger de son indiscrétion. qui vient de paraître et qui fait de Jeff un condamné à mort.juin 2003 . 57). « dans ce pays. Jeff. Jeff perd son âme. il y a quelque temps. l’argent du pétrole et le trafic de drogue.Notes de lecture Afrique Jean-Roger ESSOMBA Le Destin volé Paris. la terre que je jetais derrière moi était celle de ma propre tombe. mais non. depuis les diplômes universitaires jusqu’aux cellules de prison décentes. une école ou un hôpital parce qu’on pense au bien-être de la population . selon le terme qu’utilise son grand-père pour désigner les hommes du pouvoir qui se nourrissent de la sueur du peuple. « le maillon faible ». en passant par le silence des témoins de crimes mafieux . 40 ans de littératures du Sud. avant de périr lui-même. et tout le continent avec lui. Intrigué. Jeff se lie à la famille la plus puissante du pays. le pays. À travers le récit de ce jeune homme. Présence Africaine. il ne cherche pas à savoir pourquoi le si puissant Wenceslas Ongola a jeté son dévolu sur lui pour en faire le futur mari de sa fille unique Carole. À la fois naïf et aveuglé par son envie de richesse. aujourd’hui déchue. on le fait parce qu’on pense d’abord aux substantielles commissions occultes après sa réalisation ! La qualité de la construction importe peu ! Ce qui compte. le commissaire décide de lire ce fameux livre. parce que tu croyais pouvoir gagner alors même que tu ignorais les règles du jeu. Essomba propose un roman d’une lecture facile et somme toute agréable. De révélations en révélations. « Nous en sommes là. mais trop moral pour aller jusqu’au bout des compromissions les plus abjectes. Pitoyable Faust africain des temps modernes qui n’avait pas la carrure pour assumer les responsabilités d’un « cannibale ». où l’argent seul fait foi. les Ongola. que Jeff a oublié sur le bureau.

« celle du nouveau roman africain. même si. inaugurée par Les Soleils des indépendances en 1968. et que dans la voie ainsi ouverte Kourouma reste un peu seul.Notes de lecture Afrique Albert GANDONOU Le roman ouest-africain de langue française. appliqué aux termes de leur langue maternelle que les écrivains africains utilisent dans leurs romans… © Notre Librairie. À partir d’une analyse lexicale et stylistique de romans sur l’Afrique écrits par des auteurs français (Loti. » (p. le roman africain des années 1960 s’inscrit dans un champ littéraire totalement différent de celui des années 1930. Tout le travail lexical et syntaxique qu’aborde l’auteur dans le détail chez ces différents romanciers permettrait justement de mettre en évidence le champ d’écriture problématique que constitue le roman africain francophone. Hazoumé. du moment qu’on écrit en français. à de nombreux égards. Frédéric GIGUET 1. 17). on peut affirmer qu’il n’est de roman africain que colonial voire colonialiste. les romans africains. on fait de la littérature française » (p. Gandonou a choisi une autre position radicale qui semble méconnaître la complexité du statut et du fonctionnement littéraires du roman africain francophone. académique » (p. au point que dans les années 1920 et 1930. pendant laquelle. De là à considérer que les frontières sont inexistantes et que. 227). notamment lexicaux. qu’ils soient écrits par des Blancs ou par des Noirs. » (p. l’auteur désigne dans cette citation la période 1926-1968. Une analyse stylistique en est donnée dans la troisième partie de l’ouvrage. (coll. 357 p. Pour avoir voulu dénoncer (et il faut en effet le dénoncer) une définition idéologique et simpliste de la littérature africaine qui serait une littérature de Noirs anticoloniale (p. chez un auteur français comme Genevoix et chez un auteur africain comme Sembène. il n’y a qu’un (grand) pas. si les écrivains ont la même « langue ». Sembène ou Monénembo recourent tous à un certain nombre de termes et de procédés littéraires communs que « l’entreprise est la même » (p. Sembène…). Karthala. et né de langue maternelle lebou à Ziguinchor. de même. et de romans d’écrivains africains (Hazoumé. Ce n’est donc pas parce que Genevoix. ont adopté le lexique et les topoi exotiques. 11). recensés et classés principalement dans la première partie. Car Gandonou considère une seconde période dans la production romanesque africaine. ni de la littérature africaine au sens où on parlerait d’une littérature orale africaine dépourvue d’éléments exogènes. Genevoix…). la neutralisation géographique et chronologique à laquelle elle est soumise est en revanche contestable. même si la date choisie est légitime : le roman de Kourouma est en effet. Lettres du Sud) 25 € C’est un fait désormais bien connu que le roman africain francophone n’est pas né ex nihilo.juin 2003 . N° 150. par extension chronologique. un tournant dans l’histoire du roman africain francophone. Revue des littératures du Sud. que franchit sans hésitation Albert Gandonou : « On a beau dire. l’auteur entend démontrer que ce sont les mêmes procédés qui sont à l’œuvre. « sans exception. qui n’est ni de la littérature française. dans le champ romanesque ici étudié. défini à la page 25 comme « un élément linguistique emprunté à une langue étrangère ». Étude de langue et de style Paris. assez largement. lorsqu’on écrit un roman en français qui se passe au Sénégal . est d’une utilité certaine. De ce point de vue. 40 ans de littératures du Sud. la littérature africaine n’est rien d’autre que de la littérature française. Kane ? Il n’est pas indifférent d’être né de langue maternelle française dans la Nièvre. l’écriture classique continue et même prévaut. et que. 15). Pour reprendre une célèbre distinction de Barthes dans Le Degré zéro de l’écriture. mais s’inscrit dans l’étroite continuité de la littérature coloniale. ils n’ont pas la même « écriture ». 328). les frontières sont souvent très ténues entre le roman colonial et le roman africain. C’est cette double non-appartenance qui fait sa spécificité. les contextes d’écriture et les stratégies littéraires peuvent-ils être considérés comme équivalents. Si la masse d’éléments. 2002. avril . Étrange « période » qui se réduit à une ouverture. Derrière la liste de « xénismes1 » et d’emprunts qui nous est présentée.H. selon lui. le roman africain « fait partie intégrante du roman colonial et est caractérisé par un strict respect du “ français correct ”. ou chez deux auteurs africains comme Socé et C. Il est étonnant de voir ce terme de « xénisme ». 108) Plus précisément.

80 € Le premier roman de Kuitche Fonkou. Le mariage de Jo. jeune homme qui. au nombre d’imparfaits du subjonctif qui émaillent le texte. à l’image d’un taxi. Robert FOTSING MANGOUA Université de Dschang (Cameroun) © Notre Librairie. Mais malgré cette tendance à l’appropriation ouvertement affichée. l’acquisition de son premier véhicule donnent lieu. l’auteur semble à chaque fois soucieux de retrouver une langue prudente et propre. les véhicules. 40 ans de littératures du Sud. 1994) . (Trop de soleil tue l’amour. secoué parfois par l’assassinat des taximen par les policiers. 1996) où l’écriture est plus détendue. conduit le lecteur à travers les péripéties de la vie de Jo. Justine. raconte l’histoire simple et sympathique de Jo. les paysages culturels de l’Ouest Cameroun. Encres noires) 16.Notes de lecture Afrique Gabriel KUITCHE FONKOU Moi taximan Paris. l’argent. La tradition. contrairement à ce qu’on observe par exemple dans les derniers Mongo Beti (Histoire du fou. par moments philosophe. plus relâchée. c’est la ville. 192 p. accouchement. 1999) ou Calixte Beyala (Les Honneurs perdus. Revue des littératures du Sud. L’écriture elle-même n’échappe pas à ce double clivage. L’Harmattan. Dans ce décor défavorable. aux tontines. 192). La modernité. au village. le luxe. c’est l’attachement indéfectible aux réunions tribales. le narrateur. tire cet enseignement plein de lucidité : « Décidément. il doit survivre en bravant l’adversité. les contrats de travail entre chauffeurs et patrons. la célébration sans faute des rites relatifs à tous les grands événements de la vie : mariage. la langue débridée. proverbes. il jette sur son pays le regard du Camerounais moyen qui comprend qu’abandonné à lui-même. Yaoundé. s’engage dans la vie active pour soutenir celles de sa petite sœur. Chauffeur de taxi et narrateur. il réussira grâce à plusieurs rencontres : Alhadji Baba Ibrahima.juin 2003 . chants en langue africaine dont les traductions sont données en note ou dans le texte. le directeur de Toyota qui lui propose un véhicule neuf à payer par traites. gangrenée par le tribalisme et une corruption rampante et omniprésente incarnée ici par les agents de police appelés « mange-mille » à cause de leur goût immodéré pour la réclamation de 1 000 Francs CFA afin de couvrir les conducteurs des infractions. abandonnant ses études. N° 150. Un des policiers qui dit lui-même s’appeler « Mveng Bomba dit Sangsue ». ni surévaluer les victoires » (p. il ne nous [reste] plus qu’à accepter la vie comme une lutte permanente dans laquelle il ne [faut] pas sous-estimer le moindre petit pas franchi. à un ensemble de festivités et de rites en vue de lui assurer abondante progéniture et prospérité éternelle. (coll. il promène ses clients et le lecteur à travers le vaste tableau qu’il dresse de la société camerounaise d’aujourd’hui. son épouse et conseillère. Classique. Moi Taximan. avril . la société postcoloniale à l’indépendance mal assumée. Le roman montre la société camerounaise actuelle prise entre modernité et tradition. Il devient lui aussi propriétaire de véhicules et emploie trois chauffeurs dont deux femmes. résume tout le corps. Moi taximan se lit d’une traite d’autant que le récit. acquisition d’un bien. Au bout de son itinéraire. On sent aussi pourtant une volonté de s’approprier la langue française par l’introduction de mots. un riche et prodigue homme d’affaires qu’il conduit et qui le paye grassement. elle l’est par le souci constant d’une extrême correction et la recherche du mot juste. Plusieurs années d’enseignement (l’auteur est un universitaire enseignant de lettres) auront sans doute conditionné l’auteur qui garde un réflexe normatif très élevé. Bien que Jo se réclame d’une courte scolarité qu’il regrette. À travers sa petite entreprise il tente même d’exorciser le tribalisme en recrutant des personnes d’origines tribales distinctes. 2002.

40 ans de littératures du Sud. Les personnages ne sont pas caractérisés par une appartenance nationale précise. le roman de Sami Tchak est une sorte d’éducation sentimentale et un hommage à la sensualité envoûtante des femmes de Cuba… Le héros a sans doute beaucoup à voir avec l’auteur. Nous ne pouvons plus vous accuser. vous nous avez déjà plaints. qui l’installe chez elle en Europe avant de le jeter à la rue. Heberto trouve finalement refuge chez Mira Garcia. Ce roman de Sami Tchak illustre ainsi avec talent l’élargissement auquel on assiste aujourd’hui d’une littérature d’origine afro-française dont la thématique devient résolument mondiale. Le roman se clôt brusquement sur la mort violente de la jeune femme rattrapée par son passé tumultueux.50 € Pas moins de 60 chapitres intitulés par le seul prénom d’un des personnages découpent ce roman polyphonique. 340 p. D’ailleurs le héros confond parfois leurs prénoms (p. tu vas en moi. Hermina. puis celui des trois femmes qui catalysent ses rêves érotiques. vous n’avez pas le droit de nous voler ainsi la parole : nous ne pouvons plus nous plaindre. Cheikh Hamidou Kane. D’abord celui du personnage central Heberto.juin 2003 . je te le garantis. ayant jeté négligemment « slip rouge et soutien-gorge au bord dentelé » sur quelque meuble. une petite femme journaliste très portée sur le sexe à tout va. laisse cette Blanche. un enfant de la civilisation de l’écriture. (Continents noirs) 19. Les Blanches. Daniel DELAS Université de Cergy-Pontoise © Notre Librairie. Kateb Yacine. de surcroît. Mais. quelque temps professeur de philosophie. est un rêveur. Sont-ils blancs ? Sont-ils métis ? Sont-ils noirs ? Cela n’est pas précisé. mais qui se met à rêver de « faire une fin » avec lui. Heberto est interpellé en ces termes par une prostituée noire : « Mon frère. Gallimard. dit-elle en s’adressant à Heberto. «Vous n’avez pas le monopole de la barbarie mais. Mira et Heberto assistent à une conférence où un orateur appelé Albert Paris (on pense à Albert Londres évidemment !) évoque les zoos humains qui ont existé en Europe de la fin du XIXe siècle jusque dans les années 1930 et montre que l’animalisation qu’ils mettaient en pratique sous couvert d’un exotisme scientifique servait en fait à légitimer l’action coloniale de l’Occident. Cubains ou Haïtiens peu importe d’ailleurs. Ramon Gomez de la Serna. de ce récit très chaud. Et d’ajouter que des Camerounais ont récemment organisé en Belgique des spectacles avec des Pygmées ! Très provocateur. André Brink. par sa composition et son écriture.Notes de lecture Afrique Sami TCHAK Hermina Paris. un timide sexuel qui ne réussit ni à séduire ni à écrire le roman qu’il remet sans cesse en chantier et nourrit des fantasmes permanents qu’engendre la plantureuse lycéenne. D’autant plus chaud peutêtre qu’Heberto Prada. Alexandre Pouchkine. Heberto prend la parole à la fin de la séance pour dénoncer l’arrogance de ce discours autocritique. Cubaines sensuelles et libres. Revue des littératures du Sud. avec rien dessous. Witold Gombrowicz. Irma et Mira. vous ne faites que ça : vous accuser en notre faveur ». il se laisse emporter comme un objet par une grosse femme blanche. Il se proclame citoyen de la culture du monde et cite constamment à l’appui de son récit les grands écrivains du monde entier : Restif de la Bretonne. est un poème baroque qui nous entraîne dans le tourbillon de la diaspora. Günter Grass. » Mais la couleur n’est jamais mise en avant. dit-il. 174) et ces femmes des Tropiques. ce sont surtout des insulaires et des exilés. comme si ce n’était pas essentiel. Jesus Diaz et bien d’autres encore. je suis un enfant de l’agora et du lycée. Ernest Hemingway. ce qui compte c’est la culture des exilés et des opprimés et leur relation particulière au monde. tu es dans ton pays. Hermina. qui sont les avatars d’une femme unique comme le laisse deviner le reflet de leurs prénoms en anagramme (Irma/Mira) ou en paronomase (Hermina). On imagine Ingrid Himmler comme une grosse Allemande blanche mais elle se révélera finalement d’origine maghrébine. N° 150. Ingrid Himmler (sic !). avril . Ananda Devi. ça ne vaut rien. De ce point de vue de lecture. Dans un grand morceau de bravoure qui se situe au centre du volume. plus que cela. en particulier une petite robe noire. 2003. Redevenu un misérable immigré comme les autres. portent les mêmes vêtements. dont le mot dit puise sa force dans l’humus du mot écrit » (p. si tu veux baiser. De quoi faire tourner les têtes… et le reste. gommant d’un clin d’œil Mira qui était de trop. Moi. Incapable de conquérir Hermina. La prostitution à Cuba. « Hermina dans tous mes rêves » aurait pu être le titre à la manière de René Depestre. mon frère. 194). Non seulement. On imagine Heberto noir et Mira blanche puisqu’à la page 198. Heberto / Tchak refuse qu’on le rattache exclusivement à la prétendue civilisation orale de l’Afrique : « Je déteste qu’on me parle de la palabre. lequel connaît la grande île à laquelle il a consacré en 1999 un essai d’inspiration sociologique.

il a excavé un pan entier de la civilisation Kongo. Le jeune enseignant d’UCLA se fait archiviste et exhume des pans de cette histoire. Le projet d’autofiction d’Henri Lopes. l’imaginaire scatologique. On en saura gré à Dominic Thomas d’avoir su multiplier les angles d’attaque. Dominic Thomas les repositionne sur l’échiquier national. ces faire-valoir se voulant révolutionnaires sont confondus avec la ligne du parti sous les différents régimes de© Notre Librairie. en un mot le carnaval opéré par l’auteur de L’État honteux est la seule scénographie à même de rivaliser avec la farce hénaurme qu’est la scène politique congolaise des années 70. le temps d’une réflexion. un univers. le Congo-Brazzaville ici. mais la langue en tant que pâte à partir de laquelle le créateur modèle une réalité. (Ouvrage en anglais) Si beaucoup d’observateurs des littératures du Sud se sont intéressés très tôt au rapport entre les écrivains et le pouvoir. un imaginaire. Il a réussi à forger une œuvre dont la force d’évocation est digne du fleuve Congo. il a su jeter des ponts entre le petit Congo de ses pères et la diaspora noire des Amériques. L’apport le plus neuf de l’ouvrage reste le chapitre sur les écrivains officiels (chap. revisitant comme sujet de fiction sa propre figure (ou ses masques) en dit long sur le caractère proprement carnavalesque du champ littéraire en postcolonie africaine.2). peu d’essayistes sont parvenus à tisser la toile complète en s’appuyant sur un exemple précis.WABERI . voilà un essai éclairant et tonique sur un champ littéraire encore en gestation mais déjà plus palpable que d’autres sur la carte littéraire africaine. l’extravagance verbale. Emmanuel Dongala s’est toujours efforcé de faire advenir une voix singulière. Indiana University Press. avril . Leurs discours convoquent encore et toujours la nation décrétée par le Parti. Propaganda and Literature in Francophone Africa Bloomington (Indiana. notamment la distinction entre écrivains et écrivants. Henri Lopes et Emmanuel Dongala. Le détour par le Roland Barthes des Essais critiques est bienvenu. mieux un récit alternatif à l’histoire officielle. instruire). de scribes dans le sillage du prince ? L’émergence d’une conscience nationale est-elle une préoccupation majeure pour un écrivain ? Et la confection de la propagande étatique entre-t-elle dans ses attributions officielles ou officieuses ? Quel est le rôle de ce dernier dans les conférences nationales synonymes d’ouverture politique ? L’ouvrage de Dominic Thomas aborde frontalement ces questions. Tandis que l’écrivant s’assigne un but (prouver. En six chapitres et une préface. 40 ans de littératures du Sud. N° 150. L’écrivain s’interdit deux types de langues : celle de la doctrine et celle de l’évidence. non pas l’outil linguistique à la disposition de l’écrivain (faut-il écrire dans la langue du père ou celle léguée par le colon ?). 2002. bref une création sui generis. Henri Lopes est passé maître dans la confession à double ou triple tiroir.juin 2003 puis 1963. Sony Labou Tansi a surgi de cette nuit congolaise. Le délire torrentiel. Qu’est-ce qui caractérise le nœud gordien entre le champ littéraire et la construction d’une nation ? Y a-t-il une volonté appuyée de donner corps à une classe d’écrivains officiels. Ces écrivains à la plume fortement teintée d’idéologie (Claude-Emmanuel Eta-Onka. Revue des littératures du Sud. élevé au rang de paradigme. Enfin. Plus significativement.expliquer. et la langue n’est pour lui qu’un instrument de communication. notamment avec le sixième chapitre qui tient lieu de conclusion. l’ouvrage balaie le contexte congolais et élargit son spectre à toute une partie du continent. Au final. Comprendre intimement la production de Sony Labou Tansi nécessite qu’on s’attarde sur son contexte culturel et politique. Dans Le Feu des origines. Abdourahman A. de Xavier Okotaka-Ebale ou de Jean-François Obembe). Avec Jazz et vin de palme. il s’appuie sur la production de trois grands congolais : Sony Labou Tansi.Notes de lecture Afrique Dominic THOMAS Nation-Building. La question essentielle du livre est celle de la langue. États-Unis). 270 p.

Notes de lecture Afrique Abdourahman A. (Continents noirs) 13. les jeunes mobilisés maintenant libérés réclament « leur largent » pour survivre désormais sans armes. Jean-Jacques S. Leur manifestation est sauvagement réprimée sans souci bien sûr.juin 2003 . au milieu de la misère. ces mouvements rebelles successifs (« Scud 1. Ils seront également soutenus par leurs espoirs de bonheur pour Djibouti. Bachir (autosurnommé Ben Laden) qui nous raconte les avatars tragicomiques de la guerre civile et de la vie militaire vues de l’intérieur dans sa langue savoureuse à souhait . en d’autres temps. DABLA Université de Rennes II © Notre Librairie. décident de s’installer à Djibouti après leurs études . voici Transit. pour défendre le régime corrompu. Revue des littératures du Sud. WABERI Transit Paris. Ils seront aidés dans cette voie par Awaleh. à ses racines (« tout le monde il veut fuir ce pays de merde-là » . avril . 155 p. ils s’efforcent – en particulier Alice l’étrangère. » Hélas ! Comme ailleurs. de bonheur et de… sens. patriarche de la famille qui a connu par ailleurs les temps coloniaux et qui enseigne volontiers les fondements culturels et historiques de leur patrie. pour leur fils Abdo-Julien. Enfin si l’on a signalé l’intéressant travail accompli sur la langue truculente de Bachir. les grands aéroports internationaux comme Roissy d’abord. puis les administrations s’occupant des réfugiés et apatrides).50 € Après Balbala paru en 1997. La guerre finie. presque des soldats-enfants sans foi ni loi. pour les dégâts collatéraux et les victimes innocentes. le second roman de Waberi qui constitue sa neuvième publication et se construit essentiellement autour des membres d’une famille franco-djiboutienne et du thème de la « migrance » comme il aime à le souligner. des jeunes désoeuvrés. C’est l’un d’eux. et. dans leur situation de couple mixte plus ou moins accepté selon les milieux. un gigantesque tableau de ces contrées du monde encore en quête de liberté. métis « nourri au lait de l’amour et à la lecture. avec ses « grands mots bien français dans (son) parler propre ». « jeune femme touchante et têtue » – de comprendre le pays et de s’y intégrer le mieux possible. pour eux. 40 ans de littératures du Sud. L’alternance et la polyphonie des voix de ces personnages structurent ce récit qui se donne par ailleurs comme une fresque étirée sur trois générations. beau-père d’Alice. dit Bachir) et à ses premières étapes (les consulats. une crise grave secoue le pays avec notamment ces soubresauts de la démocratisation. Harbi perd femme et enfant dans cette tourmente et rencontre Bachir avec lequel il prend le chemin de l’exil. il faut également noter celle plus lyrique des autres personnages lorsqu’ils disent la poésie de cette nature particulière d’oasis et de désert et celle plus dramatique de cet « avenir qui meurt en remâchant son passé ». Gallimard 2003. 3… ») s’opposant à l’armée régulière qui a recruté. Cette œuvre nous propose aussi un des premiers discours narratifs sur l’exil saisi au vif. 2. Harbi le Djiboutien et Alice la Bretonne qui se sont connus à la faculté. N° 150.

p. ainsi qu’il nous est dit à l’ouverture d’Ormerod : « Ce souffle haletant donne mesure à la cadence du conteur. Gallimard. de raviver les mémoires individuelles. viennent affirmer. Cet archipel. à la parole qu’il profère entre deux respirations. d’un chapitre ou même d’une phrase. la vision archipélique du monde disent l’avènement de la poésie contre la stérilité des certitudes. de l’errance de ses nombreux personnages. constante. comme dans les précédents romans de Glissant. infini et. de toute façon. La vastitude de cet espace tient à l’absolue liberté de ce qui apparaît comme un double récit : celui. 22. le dernier roman d’Édouard Glissant. du Tout-Monde et de tant de ses passés obscurs. d’un paragraphe. l’extraordinaire aventure de Flore Gaillard. affranchi de toute convention narrative. Les documents ne ravivent pas la connaissance.Notes de lecture Caraïbes Édouard GLISSANT Ormerod Paris. Je ne vois pas comment un livre qui a pour titre Tout-Monde pourrait être linéaire et conventionnel comme les romans du début de ce siècle. indéfini. 362 p. le coup d’État de Grenade en 1983. Glissant déclarait à propos de son roman Tout-Monde : « Ce qui est passionnant dans le roman d’aujourd’hui c’est qu’il peut partir dans toutes les directions : il parcourt le monde. et ainsi d’un souffle à l’autre poussés haut il exhale sa divagation. 2003. de mondes dont la diversité expose l’infinie splendeur du Tout-Monde. Dans Introduction à une Poétique du Divers. avril . Gallimard. est en fait un récit multiple. Ormerod recueille en lui le récit démultiplié. dilaté comme la matière du monde. le temps d’un fragment. des temps.qu’il est celui d’un archipel tout entier qui peine à se souvenir d’un passé ignoré. et qui pourtant suit de si près nos chemins tourmentés ». ce peuple des Batoutos qui forme une « nation. tant il agrège divers éléments qui eux-mêmes se diffractent et ouvrent d’autres espaces dans lesquels la digression. Il est ce qui rassemble et expose. Sartorius. © Notre Librairie. dans son nom. non pas seulement comme une réalité fixe et évidente de la géographie mais comme la configuration. Il faut réallumer ce flambeau qui brûle dans des souterrains et le dresser haut dans la nuit de nos mémoires »4. peut-être bien au contraire. 1996. à l’évidence. sur le point de finir. comme entre les battements d’un tambour des Mornes mis en tourmente par la vieille lune. un colibri.50 € C’est de l’entremêlement des lieux. investissent l’espace romanesque. dans le roman mêle. s’y posent légèrement puis disparaissent à nouveau comme ce peuple héros de l’avant-dernier roman. Paris. Pensée d’un espace et d’un temps singuliers. un manicou. une fois de plus. 40 ans de littératures du Sud. l’impossibilité du souvenir et le raturage de la mémoire collective s’opposent aux archives peut-être mensongères et. quand même il serait saccadé. Gallimard. p. Ormerod est. du destin collectif. 130. ici. à la fois rêvée et réelle. la réflexion théorique. Contre cette douleur des passés obscurs et innommables . Qu’y a-t-il de commun entre le souffle. guerrière valeureuse. et un taureau exaspéré ? C’est l’archipel des Caraïbes. un vonvon. nombreux sont ceux qui tentent de remonter vers la source cachée de la mémoire. 1997. dans un tourbillon maîtrisé de personnages et de lieux. p. c’est un roman qui est appliqué à la matière du monde. N° 150. comme dans les précédents romans. Ainsi que le déclare Apocal à l’historien : « Comment comprendre. depuis toujours récusée par Glissant. 2.ce jeune Martiniquais qui. Dans Ormerod. Traité du Tout-Monde. Non. est l’indéracinable constante de l’œuvre de Glissant . et les bêtes et le vent. criant le cri du monde. tout cela est oublié. Introduction à une Poétique du Divers.douleur commune à toute la Caraïbe . d’une rébellion d’esclaves à Sainte-Lucie. De la même façon que le peuple des Batoutos était un peuple rêvé plutôt que connu. de ces passants qui. nous savons qu’ils sont là. il nous manque et nous lui manquons »2. d’une part. Oublié partout. celui de la Caraïbe. de la nonprésomption. Priska DEGRAS Université Aix-Marseille III 1. Ce récit double. le drame antique d’Oreste et la réalité présente de l’île . de réveiller une mémoire collective. est aussi bien le rêve d’Orestile . là-bas. des voix et des langues que se crée l’espace romanesque d’Ormerod. que la notion de genre littéraire. nous laissons faire. est ici résolument obsolète. Mais ici. qui s’offre là et se dérobe. par nature. C’est ce tremblement constant qui fait d’Ormerod un roman véritablement archipélique.juin 2003 . nécessairement incomplètes. et la tragédie de Grenade en l’an 1983.1 » « Dilaté comme la matière du monde ». un roman « archipélique » dans lequel l’œuvre tout entière est présente. raturé.la pensée de l’archipel. il est là. Paris. 13. 231. la pensée archipélique est « pensée du tremblement. mais aussi de l’ouverture et du partage »3. invisible en tant que nation. d’autre part. dirigée par Flore Gaillard en 1793 et. Revue des littératures du Sud. et Flore Gaillard à Sainte-Lucie en 1793. comme dans les romans précédents. le propos philosophique ou poétique. ancré non dans la certitude mais dans l’interrogation. 3.

avril . Le roman dérive ensuite vers l’intrigue policière lorsque le cadavre disparaît de la morgue. émerveillé. pianiste cubain installé depuis trente ans à la Martinique. puis enfin rangé dans un tiroir sur lequel l’on appose les scellés. tragi-comédie ou facétie ? Le romancier. il est ensuite « désencercueillé ». à l’exemple de « La Lettre Volée » des Histoires Extraordinaires d’Edgar Poe. en revanche. comme le prétend Adrien-Désiré Bonheur ? Tout l’ouvrage est alors construit sur un suspense fantastique et comique. La trame du Corps Absent de Prosper Ventura situe d’emblée cet ouvrage dans le réalisme surnaturel et le merveilleux. 144 p. Le héros. ou à la superstition du personnel de la morgue ? Peutêtre. qui avait « nuitamment ». toute l’intrigue est fondée sur la technique consistant à placer en évidence un « objet » que l’on s’obstine à chercher très loin de l’endroit où il se trouve. à l’instar des conteurs créoles ? Dans quel registre alors faut-il classer cette œuvre : comédie. Tacita rappelle d’ailleurs cette stratégie ludique du jeu du chaud et du froid qui fait dire à l’enfant « tu brûles ! » quand l’on se rapproche de l’objet convoité. c’est Tacita.juin 2003 . Revue des littératures du Sud. C’est le règne du délire. Ainsi. voulait s’assurer un retour posthume à Cuba : il avait donc réglé d’avance les frais de son enterrement à l’agence des pompes funèbres « Soutien et Assistance ». se sachant très malade lors de la rédaction de cet ouvrage ne fait-il pas ici un « pied de nez » à la mort dont il se sentait sans doute proche ? S’il affirme qu’« entrer dans la mort c’est pénétrer dans le royaume du sacré et de l’interdit » (p. 40 ans de littératures du Sud. N° 150. Ce refus de l’autocensure. cet ouvrage a peut-être été pour lui le moyen de narguer le destin par cette transgression. Où est passé Prosper ? Les hypothèses les plus farfelues fusent de partout : est-ce Prosper Ventura. En tout cas. son sujet. 135). dirigée par la peu scrupuleuse Madame Merlini. Il meurt peu après la signature de ce contrat. il semble inventer. Orville a-t-il délibérément choisi cette invraisemblance. La stylisation comique des personnages va surtout s’épanouir dans le portrait d’un professeur d’anglais original. un membre de l’équipe de la morgue. Liliane FARDIN Université Antilles-Guyane © Notre Librairie. choqué. « par astuce diabolique ». Prosper. et l’auteur fait de lui le narrateur critique mêlant le burlesque à l’humour noir : d’abord indigné de l’inconfort inesthétique du cercueil attribué. vêtu d’un blouson rouge.Notes de lecture Caraïbes Xavier ORVILLE Le Corps absent de Prosper Ventura Monaco. laissant libre cours à ce qui est refoulé ou interdit révèle bien la totale liberté d’invention surréaliste et le goût de Xavier Orville pour le baroque. contrecarrant les exigences de la logique dans le démentiel de l’imaginaire. le lecteur complice du jeu du romancier-conteur est inévitablement séduit par cette esthétique du bizarre et de la surprise. ennemi juré de la Merlini. au gré de sa fantaisie tel un conteur. le cœur et les sens. comme le dirait Aragon : libre par l’esprit. que croise le fantasque Innocent Sangaré ? A-t-il été métamorphosé en caïman. Mais n’est-ce pas outrer l’invraisemblance que de laisser passer dix-huit mois entre la disparition du corps de Prosper et sa restitution ? Ce long délai est-il à imputer à la négligence. abandonné sur le carreau de la morgue. au fur et à mesure qu’il crée un roman. pour contrer l’exactitude de la vérité scientifique ou la banale réalité quotidienne. tout en se garantissant une forme d’immortalité. Éditions du Rocher. 14 € Xavier Orville excelle dans l’art du « mentir vrai ». de l’explosion. 2003. placé le mort dans un casier voisin de celui où elle l’avait fait initialement ranger. qui se révèle un détective au flair infaillible et résout l’énigme : l’auteur de l’enlèvement.

Cette chronique des malheurs. on a presque envie de dire sereine. 40 ans de littératures du Sud. Man Augustine. Emmenant avec elle le fruit de son ventre . à nous faire pénétrer la grande Histoire sans ce côté déferlant auquel nous a habitué le roman de la tradition littéraire haïtienne. marrons ou morts –. Enfin soumises. puis sa marraine. le texte n’en fait pas moins appel à de solides sources : les supplices et tortures dont il est question sont « véridiques » aux dires de Trouillot elle-même. dans la féminité. légère. Tout est dans la nuance. même quand elles font semblant de courber la tête. la narratrice. dans sa postface. rebelles. nous l’avons vu. Insoumises donc. L’auteure en arrive ainsi à arracher l’histoire à son contexte temporel. le Nègre Zamor. Quant à la fierté. est de cette race-là. avril . De très belles figures masculines. avait décrété sa croisade contre les colons blancs. Elle en a « la grande taille et les larges fesses ». Il y aurait beaucoup à dire de ce premier roman d’Évelyne Trouillot. des bossales razziées sur les côtes africaines.Notes de lecture Caraïbes Évelyne TROUILLOT Rosalie l’infâme Paris. sa grand-mère. on le devine. une autre fille. les histoires de Man Augustine prennent le relais. de ne pas avoir voulu « écrire un roman historique ». esclaves de la colonie française de SaintDomingue (aujourd’hui Haïti). vers le milieu du XVIIIe siècle. Comme des contes tristes et beaux jetés au cœur de la nuit. 13 € Rosalie l’infâme. zigzaguant tel un ruisseau entre la mémoire du pays perdu et le rêve de liberté. 90). plus tenace quand on porte en soi « tous les mouvements de la race arada ». 137 p. se chargent de la lui inculquer. empreints de tendresse et de complicité. épouse de Baron-Cimetière. le débarquement sur une terre inconnue. D’abord. Malheureusement. c’est d’abord et avant tout une histoire de femmes. abondants.juin 2003 . Mais ce rêve est encore plus fort. la traversée dans la cale de la « Rosalie l’infâme » – dont Man Augustine porte l’étampe sur le sein droit –. éditions Dapper. le fameux empoisonneur – l’idéologie dominante ne connaissait pas encore le mot de terroriste –. Grann Charlotte. et des petites joies des esclaves remonte. Makandal. Louis-Philippe DALEMBERT © Notre Librairie. Ensuite. En fait. C’est aussi pour concrétiser le rêve de toutes ces femmes que Lisette décide de marcher sur la grand-route du marronnage. N° 150. entre la crinoline et la gifle. au moment où Makandal. homme. » (p. Mais elle. 2003. elles ont une conscience sociale à toute épreuve : « Qu’il soit esclave domestique ou esclave des champs. La jeune fille découvre ainsi la vie d’avant la liberté volée. Comme tous les esclaves. ce roman est une chronique de la vie quotidienne de Saint-Domingue vers 1750. Ou que le maître visite la couche de l’une d’entre elles. Revue des littératures du Sud. Un bien beau livre. […] Seuls nos gestes de révolte sont réellement à nous. femme ou enfant. poétique. sage-femme et guérisseuse. on ne pourra en effleurer que certains aspects. Même si elle est née créole. Tous nos gestes sont tachés de honte. le fiancé de Lisette. même si les principaux actants sont des femmes et que. La métaphore du ruisseau correspond bien à l’écriture d’Évelyne Trouillot. Sa dénonciation de l’esclavage n’en a pas non plus le caractère militant. situation enviable en un certain sens. il s’agit pour l’auteure de mettre en évidence le rôle de celles-ci dans la résistance à la barbarie esclavagiste. entre la cale et l’entrepont. elles rêvent de liberté. C’est le sort de Brigitte. dans la légèreté. Et Lisette. l’esclave est un être qui a perdu son ombre entre le moulin et la canne. l’auteure a beau se targuer. les différentes étapes menant à l’esclavage. ces Arada ? Que nenni ! D’abord. la grand-tante de Lisette . avant d’être achetées et de se retrouver au milieu d’autres zombies. Une gifle de la première lui apprend très vite à ne plus dire qu’elle est « la négresse à Mlle Sarah » : « les femmes arada n’appartiennent à personne ». s’y promènent : Vincent. est fait d’harmonie. en profitera seulement pour enlever soixante-dix nouveau-nés « à cet état honteux qu’est l’esclavage ». Michaud… Et le rapport avec les femmes. on n’est pas en face d’un texte « antihomme ». Malgré la dureté de certaines descriptions. l’humiliation de se faire palper sous toutes les coutures. les barracons. malgré la distance – ils sont aux champs. À la disparition de celle-ci. Trois générations de femmes. On ne peut s’empêcher de voir là un clin d’œil à la farouche Grann Brigitte du vaudou.

un couple issu de la bourgeoisie déchue : Mohsen. Et sa fin est rendue d’autant plus plausible qu’elle est amenée par un mécanisme littéraire brillamment monté. entraîné par un mouvement de foule haineuse. Elle est éprouvée par une maladie incurable mais elle refuse d’abdiquer sa dignité. La tragédie atteint son point d’orgue : dans une altercation. ponctué de coups de cravache distribués mécaniquement par les vigiles. 40). Et. tel un « nénuphar sur les eaux croupissantes du marais » peut y naître cette histoire. Les hirondelles de Kaboul est la preuve de cette liberté ». un homme assez frustre. 22). Les lecteurs habitués à l’écriture elliptique des précédents romans (en particulier. Yasmina Khadra nous donne à découvrir de l’intérieur un Afghanistan ployant sous la loi d’airain des Talibans avec pour centre Kaboul. Dans un récit enlevé. Attiq nourrit à son égard des sentiments contradictoires où se mêlent affection et ingratitude. Moussarat. Amas de ruines et de privations. avocate interdite de profession et ancienne militante féministe condamnée à la réclusion. Zuneira refuse d’abdiquer sa dignité et de céder à l’avilissement du tchadri. la série du commissaire Llob). avril . © Notre Librairie. 192 pages 10. Ce qui en soi. Dans une construction romanesque qui s’apparente au conte oriental. Comme Moussarat. de la complexité d’un discours idéologique au travers d’une fiction donne toute son épaisseur – quasi-documentaire – aux Hirondelles de Kaboul. Dans un monde moral suffocant. Or. 05/09/2002. L’oppression ambiante et cet épisode avoué à sa femme vont déclencher l’orage dans ce couple uni. cette fin n’a soulevé aucune réticence. Au-delà de l’intrigue et de ses rebondissements. 2. un intellectuel qui se destinait à la diplomatie et Zuneira. C’est donc dans un contexte paroxystique. parfois. se surprend à participer à une lapidation. Il faut comprendre par là que le romancier entendait traiter librement des réalités les plus diverses. Il est bien loin le temps légendaire où cette dernière rivalisait avec les splendeurs de Bagdad et de Samarkand. Mohsen le bourgeois éclairé qui ne tolérait pas « d’être l’ennemi de qui que ce soit » (p. où les gestes les plus anodins exposent au péril et à la sanction. Condamnée à mort. N° 150. les destins de deux couples – que tout oppose – vont se croiser et se confronter à leur vérité. jusqu’à là fermé à la douleur des autres. où la moindre faille semble relever de l’utopie. elle aura pour geôlier Mohsen qui s’attache à elle.Notes de lecture Maghreb Yasmina KHADRA Les hirondelles de Kaboul Paris. l’a autrefois sauvé. De l’autre. l’explication de ce « voyage afghan ». est déjà une faute dans un système totalitaire. « ce voile maudit » qui rend la femme moins qu’une ombre. L’Express. loin des stéréotypes. Khadra. Kaboul résume une dérive mortifère où il n’y a plus place à l’individualité.juin 2003 . Yasmina Khadra confirme sa subtile connaissance de l’idéologie intégriste qu’ellel avait déjà cernée dans ses précédents romans. Mohsen et Zuneira se sont aimés et choisis. Yasmina Khadra nous donne à lire une surprenante leçon de résistance et de tendresse. qui a combattu contre l’invasion soviétique. C’est un monde voué à une inexorable usure des éléments naturels comme des êtres. devenu geôlier renfrogné. En retour. » (p. Revue des littératures du Sud. l’inouï a ses droits. D’un côté Attiq. 40 ans de littératures du Sud. Cette aptitude à rendre compte. en partie. écrit Y. à ne craindre que vaguement les foudres du ciel. « une ville en état de décomposition avancée ». le doute s’insinue en lui : « s’abandonnant petit à petit au renoncement. une femme du peuple. C’est. dans une chaleur étouffante. y découvriront un poète dans la plénitude de son expression. Abdelmadjid KAOUAH 1. que se tisse par touches successives une lente montée de la conscience. Insensiblement. Yasmina Khadra affirmait qu’il se refusait à passer pour un « écrivain endémique ».60 € Dans un entretien qu’il nous a accordé1. Seule compte la soumission à une religiosité portée à un tel degré d’exacerbation qu’elle tourne par endroits au grotesque. Si personne ne croit plus aux miracles et aux lendemains cléments dans « ce monde en train de pourrir ». décembre 2002. « Je peux aller où je veux dans un texte. si l’on a pu reprocher un manque d’épaisseur psychologique des personnages2. Alfa. Zuneira tue accidentellement son mari. Julliard 2002. Le dénouement se conclura par le sacrifice de Moussarat substituée sous le tchadri maléfique à Zuneira… Coup de théâtre ? Affabulation ou liberté du conteur ? Dans ce monde dominé par l’absurde. Son épouse. il commence à douter des promesses des mollahs et se surprend.

Julliard. Non seulement elle refuse de céder au puissant critique parisien. surtout dans De Quel amour blessé qui met en abyme l’écrivain dans « son atelier ». 2003. C’est l’attitude même de l’écrivain qui ne renonce à sa liberté à aucun prix. elle affiche sa préférence pour une Biélorusse appelée Irina. elle n’est rien d’autre qu’une Négresse tout juste bonne à consommer. Il s’agit surtout du problème tel qu’il est posé dans le champ dit francophone que Fouad Laroui ne rate pas l’occasion de tourner en dérision. avril . Fouad Laroui trace la figure d’un auteur qui cherche à se positionner dans l’espace littéraire à travers une stratégie subversive qu’il a déjà commencée dans ses quatre précédents livres. En effet. Cette terreur atteint son paroxysme par l’usage fréquent du calembour qui ne donne cependant pas l’impression d’être « la fiente de l’esprit qui vole ». Son roman La Fin tragique de Philomène Tralala peut trouver sa condensation thématique dans une phrase citée par l’un de ses personnages. à un éditeur » (p. À la fois Noire africaine et Marocaine. Au Maroc. C’est aussi l’occasion de fustiger les usages malsains qu’une certaine presse fait des colportages que connaît le monde littéraire. un stylo. D’ailleurs la question de l’écrivain marocain qui écrit en français et vit à Paris est posée avec acuité. un fait somme toute anecdotique. 91) et en France. écrivant en français et vivant en France. Khalid ZEKRI Université de Paris XII Val de Marne © Notre Librairie. Ce fameux Gontran. En effet Fatima Aït Bihi dite Philomène Tralala encaisse la fatidique question : « Vous vivez à Paris et vous ne savez écrire qu’en français. 142). 92). Revue des littératures du Sud. 142 p.juin 2003 . tient dorénavant le destin éditorial de Philomène entre ses mains. voire provocatrice. 7). Plumme. 40 ans de littératures du Sud. Fatima Aït Bihi alias Philomène Tralala tient à sa liberté et ne veut pas d’une reconnaissance qui exige le passage par le canapé. L’histoire commence en effet par un acharnement amoureux sur l’écrivaine beurette Philomène Tralala. qui a démontré sa puissance. son éditeur tente de faire du marketing avec cette femme qui refuse le consensus : la tâche se complique. Elle conteste de toutes ses forces l’étiquette de femme exotique. en quoi êtes-vous donc Marocaine ? » La narratrice-romancière préfère adopter la posture d’une citoyenne du monde puisqu’elle n’est de nulle part. Il lui restera alors « du papier. l’avocat de Philomène Tralala (personnage hyponyme) cite Julien Green vers la fin du roman : « La recherche de l’érotisme conduit au meurtre et à la mort ». toute nue. Des livres » (p. Elle est condamnée pour « critiquicide » puisqu’on l’accuse d’avoir tué Gontran. À partir de l’amour impossible que revendique Gontran. en rébellion permanente. Cette citation semble constituer la matrice de ce nouveau roman de Fouad Laroui. le roman pose le problème de la lecture et de l’indépendance de l’écrivain par rapport aux institutions de consécration. Mais le sentiment n’est pas réciproque. Cependant. mais elle conteste le jeu du marché du livre. elle ne peut être que dans l’entre-deux. elle est très mal vue sans être lue. un pape de la critique littéraire. Elle fait partie de cette minorité postcoloniale qui a du mal à se faire admettre comme écrivain abstraction faite de son appartenance. Ici. Elle sera condamnée pour avoir assassiné le pape de la critique. Sa mort impliquera par conséquent la fin tragique de Philomène Tralala. La rumeur selon laquelle Philomène est une plagiaire court vite les circuits médiatiques et la fin de la romancière rebelle devient une évidence : Gontran. « l’Arabe de rab ! Gloire de la francophonie ! » (p. elle est accusée d’avoir insulté les valeurs les plus sacrées de ce pays (p. comme c’est le cas chez d’autres écrivains francophones. déjà marié. La phrase « je ne suis pas exotique » est écrite à plusieurs endroits dans le roman.Notes de lecture Maghreb Fouad LAROUI La Fin tragique de Philomène Tralala Paris. Il s’y prend en faisant subir de multiples terreurs à la langue française. comme le disait Victor Hugo. C’est le scandale qui portera un coup fatal à Gontran qui s’empale contre un couteau. 15 € Fouad Laroui a habitué ses lecteurs à une forme d’écriture incisive. L’inassouvissement semble être le destin de cette écrivaine issue de ce que Gilles Deleuze et Félix Guattari ont appelé jadis « la littérature mineure ». la redondance des calembours agace parfois le lecteur qui refuse la facilité des jeux formels. est tombé follement amoureux d’elle. Cela n’a pas empêché les mauvaises langues de dire : « il paraît qu’elle a envoyé sa photo. Au Maroc. Cela ne fera que renforcer celle-ci dans son refus d’aimer le pape de la critique. Pour couronner le tout et exacerber la haine des médisants. atypique et affichant son refus de tenir une langue de bois. N° 150. Elle incarne l’image de l’écrivain révolté. social et identitaire. C’est d’ailleurs là la source de son énergie et le moteur de son écriture : elle est en quête continue d’un positionnement dans l’espace littéraire.

elle réalise son rêve en prenant pour époux un Français. constitue le centre nerveux du roman. combattante. 1998). en dépit de la force de leur passion amoureuse. lui reviennent des images du passé dans le pays de son enfance. supporter le poids de la solitude et retrouver ses certitudes et ses points d’ancrages. et qu’elle garde à jamais au fond d’elle-même. En fait. 40 ans de littératures du Sud. 2003. le frère. Grasset. 25). 2001). l’amant. C’est que. En fait. 312 p. la mère. Pour l’écrivaine. elle donne libre cours à sa langue forte. le père. C’est dans cette ville aussi qu’elle refuse la monotonie d’une existence toute programmée et que. où elle fait le dur apprentissage de l’exil. révélant le croisement de leurs destins. l’influence de l’aïeule demeure éminente parce qu’en plus de lui avoir permis de saisir la force des mots. elle s’est plongée dans l’écriture de cette chronique qui porte en profondeur la marque d’une reconstitution de souvenirs éloignés. Et ce n’est qu’après plusieurs années d’absence que lors d’un retour au pays natal elle décide de se rendre à Béchar où elle retrouve sa famille et se réconcilie avec son père. elle a dû attendre quatorze ans avant d’annoncer à son père qu’elle vivait avec un étranger. Aux menaces de mort formulées par les intégristes sur un ton agressif : « Tu vas ccreever. Un portrait de cette vie d’ici et de là-bas marquée par l’intelligence et par le ton intimiste. un sujet de prédilection pour elle puisqu’il s’agit de son récit véridique et authentique. C’est que hantée par le départ de son compagnon qui la bouleverse et la déroute. le fils » (p. au niveau familial et social. du rejet et de la méchanceté humaine. sent sa fin proche et fait le ménage dans sa vie en bénissant sa fille. 26) incarnant « l’amour. Najib REDOUANE California State University Long Beach (État-Unis) © Notre Librairie. La Transe des insoumis. 25). sale chienne ! » (p. Celui-ci. Malika Mokeddem opte pour la mémoire. À travers les strates de son passé. Toujours est-il qu’avec cette séparation après plusieurs années de vie commune. Par sa ferveur. troublante quand la narration se fait insoutenable pour traduire le poids de l’absence dans une vie vidée de sens par la réalité de la rupture. elle remonte le fil de souvenirs de toute nature. Mokeddem demeure en effet bouleversée par de terribles événements passés là-bas. 182) s’ajoute la virulence des attaques d’un journaliste algérien qui. se dissimulant derrière des initiales. L’auteure propose également des révélations douloureuses sur sa vie à Montpellier. Jean-Louis ne supportait pas qu’elle écrive et composait difficilement avec son succès. Toutefois dans ce périple chaotique au cœur du désarroi et du rejet. elle allait la rejoindre en secret dans la nuit pour trouver auprès d’elle un grand réconfort et pour l’entendre lui raconter sa vie de nomade. elle contribua largement à forger son caractère d’insoumise et de révoltée contre l’ordre établi. l’entraînant dans un dédale mémoriel dont elle se fait la principale exploratrice. avril . Sur fond de désespoir et de déception. Force est de préciser que le départ de cet être tant aimé qui l’a laissée orpheline parce qu’il était « l’homme multiple » (p. Revue des littératures du Sud. sa sincérité et son emportement. l’écrivaine fait preuve de beaucoup de rigueur et surtout d’une grande sensibilité. Sachant que par ce geste elle a brisé le cœur de sa conformiste famille.juin 2003 . sale chienne ! Tu vas ccreever. Il prendra une ampleur imprévisible dans le subconscient de l’écrivaine. lors de ses états répétitifs d’insomnie. à peine terminée la rédaction de N’zid (Le Seuil.Notes de lecture Maghreb Malika MOKEDDEM La Transe des insoumis Paris. elle s’accroche à la figure de la grand-mère pour vaincre la peur. nue. 18 € Dans son septième roman. éparpillés dans les labyrinthes du temps. tente de la démolir après la publication de son roman La Nuit de la lézarde (Grasset. La Transe des insoumis est un roman captivant qui raconte avec un égal bonheur l’existence de rêves et de désirs et leur évanouissement. Un retour en arrière qui fait preuve d’une apparente confidence dans laquelle les insomnies marquantes de la petite fille de Kénadsa au sein de sa famille constituent la texture d’une existence humaine. en somme. durant toute son enfance. très pesante dans la vie de l’écrivaine. « une tribu à lui seul » (p. vieux et malade. le roman s’ouvre sur une affirmation émouvante. N° 150. la beauté et l’unicité de leur relation ainsi que les raisons de l’échec de leur union.

Face à une même situation. Bref. semble dire la romancière. depuis que des enfants lui sont nés corps et langues divisés. on s’était engagé dans la Résistance au nom de l’idéal communiste. telles des pierres contendantes. c’est ce qu’il pense et. sans rien renier de fondamental. imaginaire et réelle. parce que la langue arabe. dans un pays alors colonisé et considéré comme français ? Comment se situer par rapport aux jeunes – compatriotes ? – guettant derrière les talus pour lancer. de la suspicion nationale. C’était le temps. c’est la démarche de Leïla Sebbar consistant à redécouvrir son père par un cheminement mêlant mémoire et imagination – deux outils de reconquête du temps et de soi –. Distance identitaire. aux yeux des tenants d’un nationalisme d’autant plus pur et dur qu’il servait à dérober à l’esprit critique des vérités souvent aux antipodes de la légende officielle. ravagent leur pays par « une guerre pire qu’avant » démolissant au passage toutes les valeurs auxquels les uns et les autres cherchent à s’accrocher. dans cette œuvre sobre de la maturité. 15 € Dès les premières lignes. voilà un homme qui a fait des choix radicaux. Dommage qu’elle n’ait pas pu aller au fond d’un tel homme qui a fait de tels choix. de toutes les formes de déracinement de l’âme que la romancière intègre comme des éléments constitutifs et déconstructifs de sa patrie francoalgérienne. à cette époque. N° 150. qu’ils ne se tourmentent pas d’une prochaine guerre de terre. Hédi DHOUKAR © Notre Librairie. du terrorisme. en tout cas. 124 p. il en est ainsi ». de chercher à faire parler son père. préférant l’élever dans la langue de la mère française. où. disons. Distance enfin. des corps. spatiale. Mais. ayant fait des choix soi-disant justes. avril . Pèreicône. ensuite : comment percevoir un tel père. n’est pas l’intimité. Parce qu’on a été instituteur. (la domination occidentale). de sang. à la petite Leïla et à sa sœur. elle se trouvait en Algérie et lui en France. Distance linguistique. et voilà des fondamentalistes qui. en vue d’inscrire les choix de cet homme dans une constellation qui le fait briller comme l’étoile du berger au milieu des étoiles noires de l’intégrisme. maître d’école. Un Juste. et au téléphone encore ! Ce père est d’ailleurs. en jupes courtes. Quand elle avait l’âge de parler avec le père. à l’époque coloniale et.Notes de lecture Maghreb Leïla SEBBAR Je ne parle pas la langue de mon père Paris. passé et présent. de l’identité de sa fille dont il a brouillé les pistes.juin 2003 . chaque fois qu’elle pouvait le surprendre parlant avec ses compatriotes. Revue des littératures du Sud. faute d’être Père-Patrie. 2003. c’est le qualificatif qu’elle emploie pour le désigner. elle dont la mère-patrie n’est pas représentée par la mère réelle ! Père abstrait. 40 ans de littératures du Sud. et à quel prix ! Est-elle vraiment sûre qu’il s’est refusé de lui apprendre sa langue pour seulement faire sien « l’interdit de la colonie » ? Parce qu’il « voulait que ses enfants ne connaissent pas l’inquiétude. on le sent dès les premières pages. Leïla Sebbar nous installe dans une troublante ambiguïté : un rapport avec le père. Julliard. ce qui est souligné. le portrait de l’homme qu’elle finit par construire à coups de sondes dans le passé est peu banal. marié à une Française. mais la distance. des injures obscènes. et certainement dangereux. rétif à la parole : « Son silence les protège. Au lecteur de comprendre. abstrait de la patrie. qui plus est. ce n’était pas commode pour Leïla Sebbar. de tels parents. d’en chercher les raisons. le père algérien de la romancière n’avait pas cru bon devoir la lui apprendre. son jeune corps le sent – augmentent d’autant plus le trouble de la petite Leïla qu’ils soulignent – mais elle ne le comprend pas encore – qu’elle est perçue comme une étrangère par ceux qui parlent la langue de son père. on ne pouvait qu’être suspect. de langue » ? Ce qui est intéressant. Mais leur langue a des sonorités qu’elle n’a jamais entendues dans la bouche du père. sur le chemin de l’école ? Les échos de ces voix aux connotations sexuelles – cela.

S. dans une colonie de l’autre côté de « L’eau noire » . le Guyanais David Dabydeen. À travers ces pages transparaît en filigrane une vision profondément pessimiste de la rencontre des civilisations. semblent étroitement liés. et. enfin. menacés par la désintégration physique et morale. les quatre se retrouvent bientôt à bord de l’Atlas les conduisant inexorablement vers leur destin. Les références à La Tempête de Shakespeare. le Mauricien Abhimanyu Unnuth. 50 € Avec Les Rochers de poudre d’or. mais aussi de Shakespeare. renforcent le sentiment de malaise face au projet colonial où victime et bourreau. Certes. sans manichéisme aucun. pour ne pas finir sur le bûcher funéraire de son prince de mari tué dans un accident de chasse. Tirthankar CHANDA © Notre Librairie. Gallimard. Chotty Lall de Raniganj. l’un et l’autre procédant du même imaginaire. ce roman s’organise autour des expériences et des parcours très différents de quatre personnages unis toutefois par une communauté de destin. 40 ans de littératures du Sud. d’incompréhensions et de peurs. Désormais chacun de ces jeunes hommes et femmes se trouve partie prenante d’une histoire qu’il ne maîtrise plus. un premier volet qui se déroule en partie en Inde et en partie sur le bateau conduisant les immigrants à leur destination et un second volet campé dans la plantation de Poudre d’or à Maurice. celle des immigrants indiens miséreux venus travailler dans les domaines sucriers de l’île Maurice. installé au cœur du récit comme une sorte de grille de lecture mythologique. il y a quatre ans déjà. à son tour. À travers la grille d’une fiction construite avec beaucoup d’intelligence.Notes de lecture océan Indien Nathacha APPANAH-MOURIQUAND Les Rochers de poudre d’or Paris. déguisée en servante. l’histoire que raconte la jeune Mauricienne. Ganga. Nathacha Appanah-Mouriquand publie un premier roman remarquable. Vaithy Sainam qui fuit la misère et la sécheresse pour rejoindre son frère parti travailler. On n’est pas très loin ici de Conrad. Shakespeare) qui éclairent d’une manière saisissante les ténèbres des origines de la communauté indo-mauricienne dont l’auteur est elle-même issue. chère à l’auteur d’Au cœur des ténèbres. l’auteur fait entendre à la fois les voix du colonisateur et du colonisé. dans le Bihar. L’originalité du récit de Nathacha Appanah-Mouriquand réside dans sa manière dépassionnée de mettre en scène ce passé colonial. pris tous les deux dans les rets d’une Histoire faite de violences. Prospero et Caliban. pour ne citer que les plus connus) l’odyssée des travailleurs indiens partis trimer sous contrat dans les plantations de diverses régions de l’empire britannique au XIXe siècle où ils ont remplacé les esclaves noirs émancipés. avril . 2003. Revue des littératures du Sud. Nathacha Appanah-Mouriquand a imaginé. successivement le jeune Badri Sahu. D’autres avant elle ont narré avec talent (le Caribéen V. Recueillis par des recruteurs sans scrupule qui les alpaguent avec les légendes d’un Eldorado où des pièces d’or brillantes sommeillent sous les rochers.juin 2003 . N° 150. souvent poétique et riche en références intertextuelles (Conrad. Naipaul. de finesse et de maîtrise. Apparaissent ainsi. Celui-ci a pour nom l’île Maurice ou « Merich » pour les plus naïfs d’entre eux. 161 pages (Continents noirs) 13. Pétrie de Conrad. qui veut faire fortune pour pouvoir passer le reste de sa vie à jouer aux cartes avec son ami Surad . des personnages emplis d’inquiétude. atteints de la même subversion insidieuse à l’œuvre dans toutes les plantations de l’empire. La fiction est ici admirablement servie par une écriture accomplie. n’est pas très originale. la jeune veuve princière qui quitte précipitamment son palais de Bangalore. qui s’est inscrit sur la liste des Émigrants Agriculteurs de Sa Majesté la Reine Victoria pour échapper à l’esclavage auquel il est réduit à cause de la dette contractée par son père auprès du plus gros propriétaire terrien du village . Divisé en deux parties.

des Caraïbes et des Mascareignes expriment tantôt des convergences. Afrique. Aussi. Par conséquent. Sous l’influence de cette discipline. notamment en matière de peuplement des îles de l’océan Indien. Le déplacement entre les îles permet à certains auteurs de concevoir un mouvement indianocéanique et dans la deuxième moitié du XXe siècle. surtout à Madagascar où la littérature est fortement influencée par l’anthropologie (troisième partie). Pour la première fois. pour clore l’ouvrage. selon les spécialistes. la littérature de voyage a amené les Européens à découvrir des îles dès le XVIIe et le XVIII e siècles. de nouveaux concepts apparaissent dans les îles pour exprimer l’identité des îliens. Karthala/Presses de l’Université de Maurice. cette quête fait appel à l’imaginaire des poètes et à la tradition orale. ce colloque a été une occasion de rappeler les origines des littératures de l’océan Indien.juin 2003 . les éditeurs ont essayé de trouver un fil conducteur cohérent à cet ouvrage. 2001. le lecteur doit comprendre que les intervenants ont cherché à sortir les œuvres de leur insularité. En même temps. Face à ces communications. Chaque île essaie de mettre en place une identité plurielle car elles ont toutes été des colonies françaises à un moment de leur histoire. Revue des littératures du Sud. En fait. d’autres iront à la recherche d’une origine mythique commune (deuxième partie). Ce n’est qu’au XIXe siècle que leurs habitants se mettent à écrire. sa contribution réside dans le fait que des auteurs indiens ou d’origine indienne utilisent le français comme moyen de communication littéraire. Cette quête serait-elle un rêve ou une utopie ? Pour répondre à cette quête dans les îles. Sur le plan de la littérature. 706 p. Il était donc important d’établir un premier bilan en réunissant le maximum de spécialistes des littératures francophones pour confronter leur lecture des œuvres écrites en français dans cette partie du monde. Enfin. 40 ans de littératures du Sud. Asie (Inde et Chine).10 € Les éditeurs de cet ouvrage ont réuni les communications de tous ceux qui ont participé au colloque tenu à Maurice en août 1988. la huitième partie constitue une synthèse en ce sens que les littératures d’Afrique. Leur peuplement vient de divers pays – Europe. Cet espace qui foisonne de textes demande une meilleure réception dans le monde francophone et ailleurs. HOOKOOMSING (sous la direction de) L’océan Indien dans les littératures francophones Paris/Maurice. la septième partie nous rappelle que l’Inde joue un rôle important dans cette partie du monde. Les différentes communications sont regroupées en huit parties et on peut percevoir qu’à travers elles. la complexité de ce phénomène identitaire devient évidente dans les cinquième et sixième parties de cet ouvrage. des textes sont publiés sur place dès la fin du XIXe siècle. des participants des pays du Nord et du Sud se sont retrouvés à Maurice pour parler des littératures francophones non seulement dans les pays de l’océan Indien mais aussi de l’océan Indien. N° 150. D’où la première partie consacrée aux « voyages et rencontres » car. apparaissent dans les îles Mascareignes des sociétés créoles (première partie).Notes de lecture océan Indien Kumari ISSUR et Vinesh Y. Cette confrontation d’idées a donné lieu véritablement à des regards décentrés sur cet ensemble d’œuvres. Vicram RAMHARAI Mauritius Institute of Education Université de Maurice © Notre Librairie. avril . en tant qu’espace littéraire. du bilinguisme ou du multilinguisme dans la construction de cette identité (quatrième partie). 38. tantôt des divergences. en revanche. On s’interroge sur la place du monolinguisme. Si les œuvres des écrivains de cette région ont commencé à trouver une oreille favorable chez les éditeurs français à partir des années 1980.

Revue des littératures du Sud. Le message de T. Spear.) La culture française vue d’ici et d’ailleurs Paris. 40 ans de littératures du Sud. édité par Thomas C. l’Italo-Égyptienne Marlène Barsoum. 11). Le mérite de T. mais qui affirment également un lien de ces pays créé par la langue et la culture française que tous auraient à degrés divers en partage. C. L’amalgame qu’il établit avec la domination française passée dont le Code Noir porte témoignage laisse perplexe. a un intérêt indiscutable : celui de bousculer les certitudes. Lettres du Sud) 23 € « Comment expliquer que Paris n’est pas le nombril du monde pour tous les francophones ? » Cette première phrase du recueil La culture française vue d’ici et d’ailleurs. comme une condamnation sans appel de la Francophonie avec un F très majuscule. avril .C. 258 pages (coll. 201). le Camerounais André Ntonfo et le Québécois François Paré) et ceux qui interrogent l’identité française de l’immigré (Joëlle Vitiello.Notes de lecture océan Indien Thomas C. Thomas C. T. Il faut cependant reconnaître. à travers le récit de son fils. SPEAR (éd. est un aspect rejeté par bon nombre de critiques postcoloniaux qui le rangent parmi leurs pires ennemis. alors que le P. L’auteur sousestime ici la pluralité des théories francophones qui laissent souvent une grande place aux langues et cultures individuelles comme le créole. La théorie postcoloniale qu’il oppose à la francophonie souffre. Spear et la vision d’une famille francophone harmonieuse et unique. Spear la définit comme une théorie politiquement correcte. La postface de Maryse Condé relativise. la Congolaise Elisabeth MudimbeBoyi. renforcée par l’utilisation de la notion de métissage qui présuppose bel et bien une pureté originelle. Spear est d’ailleurs de mettre en lumière la négligence des aspects non-francophones d’une région par certaines théories de la francophonie institutionnelle ou non. de trois handicaps majeurs : son singulier. C. Dans cette logique. Patricia-Pia Célérier. sa confusion et son hégémonie. à la fois le constat de Thomas C. Gisèle Pineau et Malek Chebel). en effet. Spear présente l’exception culturelle française comme une arme destinée à maintenir un empire colonial de la pensée. Alec G. donne le ton iconoclaste et provoquant de l’ouvrage. qu’une analyse réfléchie des phénomènes coloniaux et postcoloniaux compléterait avec bonheur les analyses francophones. Ce recueil d’écrits à la première personne est divisé en deux parties : les auteurs qui abordent le refus de l’acculturation des francophones hors de France (la Béninoise Irène Assiba d’Almeida.juin 2003 . N° 150. Nathalie SCHON © Notre Librairie. le terme de « pollution » culturelle française revient à plusieurs reprises comme une métaphore filée renvoyant à une idéologie de la pureté. En dépit de guillemets fréquents. 54). Comment et surtout pourquoi définir une théorie postcoloniale unique alors que le terme regroupe une multitude de théories plus ou moins pertinentes ? De plus. Si l’intention est louable. Cet ouvrage. Martine A. le Guinéen Manthia Diawara. Spear et des auteurs qu’il introduit est parfois occulté par ce manichéisme transatlantique. les conclusions sont problématiques. T. Spear se donne pour objectif d’offrir au lecteur les regards d’auteurs qui « côtoient la culture française tout en vivant d’autres cultures et d’autres langues » (p. p. Loufti. p. à travers cet ouvrage notamment. de souligner la diversité des cultures francophones et de poser la question parfois problématique de l’appartenance dans et audelà des chants du passé comme du présent : « Enfants du Dahomey/De la brousse ou des villes/Nous sommes des Français » (d’Almeida. C. La suite se lit. « sentez-vous cette souffrance/Et ce désespoir à nul autre égal/D’apprivoiser avec des mots de France/Ce cœur qui m’est venu du Sénégal » (Rosello. dont l’introduction irritera sans doute. mais s’explique par l’intérêt trop exclusif des théories postcoloniales pour le colonialisme. Mireille Rosello. C. Hargreaves. 2002. métamorphosée en lune noire gravitant dans l’orbite de Paris. Karthala. en effet.

Ici. la sensibilité. six amis d’enfance se retrouvent. (th. on l’envoie travailler dans une mine de diamants où il connaît bien pire que la misère des siens. Exploité et maltraité. des joies et des espoirs de ceux de là-bas et de la diaspora… Léopold CONGO-MBEMBA (Congo-Brazzaville) Ténors-Mémoires (p. font l'objet de notes de lecture distinctes produites par les collaborateurs de la revue.) (j. 2002. les notices des rééditions ne comportent pas de résumé. L’auteur. Elle le partage avec Fatou. Certains ouvrages sélectionnés.) Abidjan (Côte-d’Ivoire) / Montréal (Canada) : CEDA / Hurtubise HMH ltée. Les abréviations inscrites entre parenthèses à côté du titre indiquent le contenu de l’ouvrage : (r. n’est donné qu’à titre indicatif. 228 p. musulman et fils de l’imam du quartier. Compte tenu de l’abondance des ouvrages reçus. Gina DICK (Côte-d’Ivoire) Un drôle de bienfaiteur (r. puis elle étend son cercle de partenaires sexuels aux amis d’Ousmane. Mongo BETI (Cameroun) Perpétue (r.) Réédition (première parution : 1974. chez le même éditeur) Paris : Buchet-Chastel.) Traduit de l’anglais (Afrique du Sud) par Valérie Morlot-Duhoux Paris : Dapper.) : conte . les enfants rivalisent d’adresse pour construire des crèches à Noël. (p. l’auteur nous offre ici son quatrième recueil de poèmes. D’autres sont devenus hommes d’affaires ou politiciens… À nouveau réunis le temps des vacances de l’un d’entre eux. son épouse. Lire au présent) ISBN : 2-86394-435-5 Chaque année au Burkina Faso. N° 150. (coll.) : roman . 272 p.50 € À travers le récit de la disparition de Lidia do Carmo Ferreira. Mamadi est loin de se douter que sa vie va basculer. (b.) Paris : Présence Africaine. Le Tombeau transparent et Le Chant de Sama N’déye. demande à son ami de l’aider à bâtir une crèche dans sa cour. (Continents noirs) ISBN : 2-07-075425-1 18. avril . signalés ici par un astérisque (*). travaille actuellement comme expert en développement rural pour le compte d’une agence sud-africaine. 2003. le jeune garçon ne songe bientôt plus qu’à recouvrer sa liberté. 128 p. (n. (c.) : théâtre . dramaturge et romancier traduit dans plusieurs langues. Le prix. 128 p.) Abidjan (Côte-d’Ivoire) / Montréal (Canada) : CEDA / Hurtubise HMH ltée. Johannesburg). la belle Leïla convole avec un autre homme et le voilà mêlé à une affaire de meurtre.juin 2003 . Afrique noire Textes littéraires José Eduardo AGUALUSA (Angola)* La Saison des fous (r. ils vont vivre deux drames qui influeront sur le cours de leur existence. 308 p. tout semble aller de travers : la maison familiale est menacée par les bulldozers. Sous prétexte d’aider sa famille d’une extrême pauvreté. ou ont été rédigés par Notre Librairie.) Paris : Albin Michel. Les résumés figurant avec les notices ont pour sources principales : Électre. ISBN : 2-283-01955-9 15 € Calixthe BEYALA (Cameroun) Femme nue femme noire (r. 2003. Parviendra-t-il à réaliser son rêve ? Pour les 10-12 ans. Lire au présent) ISBN : 2-86394-436-3 Lorsque son père reçoit la visite d’un vieil ami. est paru en 1981 en Afrique du Sud (Ravan Press. rencontre un jour Ousmane qui la recueille chez lui. 2003. « Waiting for Leila ». Après L’Impasse (1996) et Agonies (1998). 2002. ISBN : 2-226-13790-4 16 € Irène Fofo. né à Johannesburg de parents d’origine asiatique. Certains n’ont pu réussir leur vie. est signalé entre parenthèses. poète. il provoque un véritable scandale. 70 p.) (j. (coll. Revue des littératures du Sud. c’est toute la tragédie de la guerre civile pour l’indépendance de l’Angola qui est évoquée : compromis des civils et des militaires.) : biographie . Poésie) ISBN : 2-7087-0743-4 13 € Après Déjà le sol est semé. L’un d’eux. chaque fois qu’il est connu. 2003.) : jeunesse. trafics de corps. Livres-Hebdo. Le pays d’origine de l’auteur. 2003. La Source de joies referme le triptyque d’une Afrique moderne. 2003. signale les ouvrages reçus en service de presse par l’a d p f / Notre Librairie. l’éditeur lui-même. (coll. Basile.) : poésie . Mais le pourra-t-il ? Pour les 12-15 ans. ISBN : 2-7087-0750-7 18 € Après avoir pris des voies différentes. impostures des Églises. n’étant plus du même milieu.) Traduit du portuguais (Angola) par Michel Laban Paris : Gallimard. 40 ans de littératures du Sud. poétesse et historienne angolaise. la situation convenant parfaitement à sa lubricité naturelle… Daniel BIYAOULA (Congo-Brazzaville)* La Source de joies (r. (j. Entre malheurs et malentendus. lorsque ce n’est pas la France.) Préface de Daniel Biyaoula Paris : Présence Africaine. titre original de la nouvelle en anglais.Vient de paraître La rubrique bibliographique « Vient de paraître ». de drogue et d’alcool.) : nouvelle . viols des femmes vouées à la misère ou à la folie. Ce texte se caractérise notamment par sa structure éclatée et ses constructions atypiques : un langage traversé de part en part de beauté et de négritude… Mâh DAHO La Crèche du petit Mohammed (r. la maturité et la sensibilité littéraire du poète sont décuplées. 70 p. ISBN : 2-906067-86-5 12 € Dans la vie de Samad. Samad n’abandonne pas sa quête d’amour. a émigré. voleuse et nymphomane. Ceux qui sont restés au pays ne se voient plus que rarement. auxquels succèdent socialisme. Mais lorsque le petit Mohammed. © Notre Librairie. à Luanda en 1992. Achmat DANGOR (Afrique du Sud) En attendant Leïla (n. 248 p.

156 p. l’auteur. guerre de religion… Fatou KEÏTA (Côte-d’Ivoire) Le billet de 10 000 F Illustrations : Les studios Zohoré Abidjan (Côte-d’Ivoire) : NEI. 2001. (coll. Officier Général des Forces Armées Congolaises. est l’inspiratrice d’Heberto. Il pourrait s’acheter la belle balle de basket dont il rêve. les livres. ancien Administrateur-Maire de Brazzaville et récemment nommé préfet de la capitale du Congo. 24 p. 40 ans de littératures du Sud. fille d’un puissant notable du régime et manipulatrice. en ayant à l’esprit la singularité de la situation du continent noir. un nouveau vocabulaire apparaît dans les discussions de leurs parents. entre autres.) Abidjan (Côte-d’Ivoire) : CEDA. le petit malin devenu roi (j. 272 p.) Brazzaville (Congo) : Éditions Hémar. (Continents Noirs) ISBN : 2-07-071587-6 11. universitaire originaire de Dakar. ISBN : 2-7475-3470-7 30 € Poète. prénommé Jeff. et son pays. Revue des littératures du Sud. Un matin. 2003. Il va donc se rapprocher de Carole Ongola.50 € Hermina.) Avec la participation du Mouvement mondial en faveur de l’enfance Abidjan (Côte-d’Ivoire) : CEDA.Marie-Félicité EBOKÉA (Cameroun) Retour à Douala (r. 2002.) Illustrations de Dan N’guessan Abidjan (Côte-d’Ivoire) : NEI.WABERI (Djibouti)* Transit (r. nous livre ici une analyse critique minutieuse d’une société en conflit avec elle-même. 2003. 2003. auxquelles tente de répondre l’écrivain. est née dans le quartier entre leurs parents. nous livre une ode à ce continent tant chargé d’histoires. Elle part pour Douala où le corps de sa grand-mère a été dérobé parce qu’elle possédait d’importants pouvoirs magiques… À partir de 13 ans. Benoît MOUNDELE-NGOLLO (Congo-Brazzaville) Du coq-à-l’âne (r. (Continents noirs) ISBN : 2-07-076847-3 19. 2002. l’écrivain Henri Lopes. 394 p. 32 p. tant vidé de son sang et qui sait se régénérer aux sources de sa tradition. ISBN : 2-86394-428-2 Le fantasme. (Continents noirs) ISBN : 2-07-076874-0 13. C’est aussi une dénonciation des vices qui ont toujours caractérisé la problématique existentielle des civilisations. lui qui porte l’avenir en ses flancs : « Qu’on ne dise pas que le Nègre n’a rien appris. / Ou qu’il aurait tout oublié. vont transformer complètement sa vie… Pour lecteurs débutants. oral. romancier et essayiste. en se référant non pas au domaine de la philosophie ni au domaine de la politique. Adou ÉDOUKOU Attauba. 2003. sincère et forte. Waberi élabore une chronique universelle de la guerre et de l’exil. Mais cet argent ne lui appartient pas vraiment… Pour lecteurs débutants.juin 2003 . Poèmes pour la Côte-d’Ivoire (p. 28 p. interroge la culture africaine à la lumière de la mondialisation. une belle jeune fille. Aussitôt. 2003. Douala.50 € Dans son dernier roman. ISBN : 2-911315-56-1 9 € Dans ce long poème illustré avec les dessins originaux de Patrick Guallino. pour faire ses études de médecine. 2002. deux petites filles de douze ans. ISBN : 2-84487-157-7 Attauba est très petit mais très astucieux ! Ses ruses. mais à celui de la création littéraire. Abdourahman A. 2002. 128 p. Haïti. auteur de nombreux ouvrages de poésie et de sciences sociales. qui a déjà plusieurs romans à son actif. écrite avec ironie et humour. Henri LOPES (Congo-Brazzaville) Ma grand-mère bantoue et mes ancêtres les Gaulois. animistes… Cependant. Simples discours Paris : Gallimard. des mots tels que guerre civile. 2003. une jeune Camerounaise. le téléphone sonne et Charlotte apprend que celle-ci vient de mourir. Miami). la création. 64 p. le temps. Paris : L’Harmattan.) Paris : Éditions Thierry Magnier. musulmans. » Régina YAOU (Côte-d’Ivoire) L’indésirable (r. Il nous livre ici un recueil de poèmes écrits en 2002. membre de l’Académie Mondiale de Poésie.) Paris : L’Harmattan. 192 p. d’une grand-mère bantoue devient-il suranné en ces temps de « mondialisation » et de « globalisation » ? Ces questions. 2002. 2003. 2003.50 € À travers cet essai. Panorama de la poésie congolaise de langue française (Congo-Kinshasa). ISBN : 2-910608-04-2 Cet ouvrage inclassable est une analyse critique d’une société en conflit avec elle-même. ISBN : 2-7087-0744-2 18 € Un jeune étudiant appartenant à l’ancienne noblesse de son village. pleines d’imagination et d’audace. sont voisines depuis leur plus tendre enfance. qui tente de terminer la rédaction de son roman… Un roman iconoclaste à travers l’espace (Mexique. œuvre depuis des années pour la défense des droits humains auprès d’instances diverses. déjà auteur de sept romans et d’un recueil de nouvelles. Jean-Roger ESSOMBA (Cameroun)* Le Destin volé (r. Que représente aujourd’hui le mouvement de la négritude ? L’héritage culturel. les identités perdues et les fantasmes Antoine TSHITUNGU KONGOLO (RdC) Poète ton silence est crime. il est possible de sonder et jauger la solidité d’un cœur féminin face à un drame : le viol.) Paris : Présence Africaine. © Notre Librairie. / Rien de tout cela ! / Il fera tout simplement son chemin. Progressivement. Babacar SALL (Sénégal) Chants de nuit. un cauchemar la réveille. l’auteur nous donne à lire un recueil de poèmes qui sont des exemples de l’histoire de l’utilisation de la langue française dans la poésie congolaise depuis les années 30. Jeff voit son avenir lui échapper complètement. ISBN : 2-7475-3555-X 9.) Paris : Gallimard. L’auteur. a quitté sa ville. 256 p. 128 p. 200 p.) Lambersart (59 130) : Éditions l’épi de seigle. les philosophies. N° 150. ISBN : 2-86394-426-6 À travers ce récit. l’invraisemblance et le merveilleux se mêlent et se conjuguent dans ce roman où la destinée humaine prend des allures apocalyptiques. Charlotte. ISBN : 2-84487-172-0 Ahmed a ramassé un billet de dix mille Francs.50 € L’auteur. 340 p. Abdoul WAR (Mauritanie) Demain l’Afrique (p. souhaite redorer le blason de sa famille. Roman) ISBN : 2-84420-172-5 7 € Premier roman.) Paris : Gallimard. la chair.) (j. à méditer. Flore HAZOUMÉ Et si nous écoutions nos enfants ? (r. avril . et défendant les droits de l’homme. Sami TCHAK (Togo)* Hermina (r. (Changer le monde avec les enfants) ISBN : 2-86394-432-0 Sabine et Awa. Cuba. Flore HAZOUMÉ Le Crépuscule de l’Homme (r.) Abidjan (Côte-d’Ivoire) : CEDA. chrétiens. dans lequel sa grand-mère apparaît. Un chaîne de solidarité. 56 p. Paris.

qui commence en Allemagne et se termine au Rwanda. anno LVII – n°4. 2003. « Correspondances »). ISSN : 1276-2458 . qu’elles soient gérées par des Congolais ou par des Français. Les réimpressions) ISBN : 2-7132-1291-X 70 € (pour les 2 volumes) Édité pour la première fois en 1972 par la 6e section de l’École pratique des Hautes Études et paru aux éditions Mouton. les stratégies de résistance et l’apport des créateurs africains dans le refaçonnage du monde. lui. « Cahier critique ». Mallet)… Articles rédigés en français et en anglais. huit tranches de vie entre Europe et Afrique… Sénouvo Agbota ZINSOU (Togo) Le Médicament (r. 384 p. Cet ouvrage a obtenu le Prix littéraire Bernard Dadié – ASSEDI 2002. Miliani) . Ailleurs. Il n’avait jamais vu une telle rose auparavant. (dont 16 planches photos noir et blanc + une carte) (coll. (coll. ADJOVI Les instances de régulation des médias en Afrique de l’Ouest. de 128 à 240 pages. de la préhistoire à la biennale 2002 de Dakar. Elsa DESPINEY 100 mots pour l’art africain Paris : Maisonneuve et Larose. automne 2002 Revue publiée par le Conseil International d’Études Francophones Lafayette (Louisiane. Tropiques) ISBN : 2-84586-348-9 22 € Actuellement fonctionnaire international. 2003. Le cas du Bénin Paris : Karthala / Fondation Friedrich Ebert (Cotonou. 2e tirage Paris : Armand Colin. dans sa totalité et sa diversité. 17.Rivista trimestrale di studi e documentazione dell’Istituto italiano per l’Africa e l’Oriente. ISBN : 2-86394-437-1 « …une rose immaculée rayonnait là… blanche à faire pâlir la pureté. 40 ans de littératures du Sud. Études Francophones. 262 p. « Esthétique et éthique du multimédia : un jeu d’influence ». Une démarche s’appuyant sur la description. en évoquant les questions de la colonisation et de la décolonisation. par Patrick J.50 € Par-delà les tragédies personnelles ou collectives dont nos deux héroïnes. « Culture planétaire et identités frontalières. N° 150. (+ index) ISBN : 2-7132-1778-4 16. à un format et une qualité de papier supérieurs. « Un siècle de musique moderne en Éthiopie » (F. Hommes et sociétés) ISBN : 2-84586-318-7 28 € Cet ouvrage tente d’apporter des éclairages complémentaires qui puissent aider à démêler l’enchevêtrement des haines et des peurs. U) ISBN : 2-200-26440-2 Cet ouvrage.) Paris : TrialÉditions. Catherine COQUERY-VIDROVITCH Le Congo au temps des grandes compagnies concessionnaires 1898-1930. Celui qui courait après un corps (n. soit deux numéros) Au sommaire notamment : « Reconstruire dans l’exil : la nourriture créatrice chez Gisèle Pineau ».Julienne ZANGA (Cameroun) Eboni. par Valérie Loichot .50 € Le numéro 168 de cette revue trimestrielle étudie les univers sociaux de l’expérience musicale africaine. 2002. qui avait exploré ces grottes si souvent ». les crises et le sous-développement entre autres… L’auteur est professeur émérite de l’Afrique noire contemporaine à L’Université Paris I Panthéon-Sorbonne. essentiellement pour les arts plastiques.80 € Première livraison « nouvelle formule » de la revue Africultures. « Diaspos ». journaliste et juriste de formation. W. Dans une banlieue parisienne. L’Afrique et la globalisation culturelle » Revue trimestrielle Paris : L’Harmattan. cet ouvrage présente une étude des quarante sociétés issues des décrets de concessions de 1899-1900 en Afrique équatoriale française (AEF) : les principaux types d’entreprises. Avec. Revue des littératures du Sud. « World music : une question d’ethnomusicologie ? » (J. 2003. 45 $ US (prix de l’abonnement pour un an. qui est passée d’une parution mensuelle à une parution trimestrielle. ce dossier explore les rapports sud-nord. janvier-mars 2003 : « Afrique Toutmonde. par Margaret Heady… Études Emmanuel V. 2003. huit destins.) Abidjan (Côte-d’Ivoire) : CEDA. 2002. 468 p. vol. 612 p. ISSN : 0001-9747 15 € Africa . 280 p. en passant par un pays d’Afrique de l’Ouest facile à reconnaître sous le nom de Dungan. White) . resplendissante à faire ternir la beauté. Sujet du dossier pour ce numéro : l’Afrique face à la mondialisation. avril . Falceto) . les guerres. 146 p. paru pour la première fois en 1993 (chez le même éditeur). Aimée.juin 2003 . Hélène d’ALMEIDA-TOPOR L’Afrique au XXe siècle 2e édition revue et augmentée. Burundi. etc. marzo 2003 Rome (Italie) : Associata all’USPI. À propos du rap en Algérie » (H. 214 p. États-Unis) : 2002. 2003. 179 p. 2002. Logiques de violence et certitudes « ethniques » Sous la direction de Jean-Pierre Chrétien et Melchior Mukuri Postface de Bogumil Jewsiewicki Paris : Karthala. vol. 140 p. Africa . Il se propose d’analyser ici le cas du Bénin avec l’exemple de la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (HAAC). le fin connaisseur de cette montagne et de sa flore. 2002. © Notre Librairie. tranquille mère de famille se trouve mêlée à une sombre histoire de drogue… Huit nouvelles. Justine et Clara. anno LVIII – n°1.13. en retournant aux faits et aux documents. des stratégies et des séquelles qui piègent les relations entre Burundais hutu et tutsi. 100 p. ISBN : 2-9519544-0-9 9. dicembre 2002 Rome (Italie) : Associata all’USPI. Musiques du monde Paris : Éditions de l’EHESS. notamment : « Congolese Rumba and Other Cosmopolitanisms » (B. Justine et Clara en arrivent à la question : où est-on vraiment chez soi ? Georges I. Le Médicament est un voyage initiatique à travers l’actualité. (coll. 2003. 192 p. Ahmed s’interroge sur sa relation avec une partenaire plus âgée. (Monde noir) ISBN : 2-7473-0313-6 . Avec les rubriques habituelles (« Rebonds ». la fracture identitaire. tentent de guérir. l’auteur étudie le rôle des médias dans les régimes en transition démocratique à travers toute l’Afrique. l’analyse et l’interprétation des œuvres produites en Afrique noire. ISSN : 0001-9747 15 € Africultures n° 54. Bénin). 2003. aborde l’histoire du continent africain de manière chronologique et thématique. 100 mots pour le dire) ISBN : 2-7068-1672-4 7 € Ce lexique entend montrer la vitalité et l’originalité d’un art qui ne s’arrête pas aux arts premiers mais s’insère dans les courants contemporains. ZREIK (Côte-d’Ivoire) La Rose des vents (r. leur évolution et le rôle qu’elles ont joué dans l’économie du pays et sa démographie. n°2. 168.ISBN : 2-7475-4469-9 19. (coll. Au bout de ce voyage.Rivista trimestrale di studi e documentazione dell’Istituto italiano per l’Africa e l’Oriente.90 € Dans une capitale africaine. « Le merveilleux et laconscience marxiste dans Les Arbres musiciens de Jacques-Stephen Alexis ». l’histoire et l’imagination. par Stéphanie Cox . Derek est conduit au bord du meurtre par une amante insatiable. 240 p. 2003. 1 et 2 Paris : Éditions de l’EHESS. Cahiers d’études africaines. « La jumelle “ambiguë” : la crispation identitaire dans À l’autre bout de moi de Marie-Thérèse Humbert ». (coll. Placé sous le signe de la pensée d’Édouard Glissant.) Paris : Hatier International. Brunet . lui. 496 p.

2003.Interculturel. chez le même éditeur). des personnalités politiques. Hommes et sociétés) ISBN : 2-84586-336-5 28 € À l’heure où. Joseph NDINDA Révolutions et femmes en révolution dans le roman africain francophone au Sud du Sahara Préface de Rémy Sylvestre Bouelet Paris : L’Harmattan. Jean-Marie Lustiger. (coll. 2002 Lecce (Italie) : Alliance Française / Éditions Argo. étudie ici les grands thèmes et courants esthétiques du cinéma africain. l’Aube essai) ISBN : 2-87678-858-6 19. Liberia. Sociétés civiles en chantier (Abidjan. aborde de nombreuses questions d’actualité sur la situation de l’Afrique en ce début de siècle. refusant l’alternative simpliste entre communautarismes et « robinsonnades » néolibérales. Mongo Beti et Léopold Sédar Senghor . depuis la période coloniale jusqu’aux années 1990. ISBN : 2-86853-375-2 13 € Le poète et romancier originaire du Tchad rend hommage au pionnier de la littérature africaine que fut Léopold Sédar Senghor. entre autres parmi les rubriques « politique ». « Les guerres africaines du type fleuve Mano. 176 p. 2003. Le cas des “chasseurs” sierra-léonais » (M. à la fois retour sur soi. 2003. Nouvelle série bilingue. rendant ainsi aux peuples africains les images d’eux-mêmes dont ils avaient été privés pendant les colonisations. avril . ISSN : 0032-7638 Cette dernière livraison de la revue de référence fondée en 1947 par Alioune Diop. (coll. Et pourtant. 2003. Au sommaire.50 € L’historien originaire du Burkina Faso. de Max Yves Brandilly. sous le signe de l’éclectisme et de l’interdisciplinarité. 2003. L’auteur. Revue culturelle du monde noir. 240 p. par © Notre Librairie. l’auteur s’intéresse à la production artistique de peintres qui ont travaillé à Kinshasa. Elisabeth LEQUERET Le Cinéma africain : un continent à la recherche de son propre regard Paris : Cahiers du cinéma / CNDP. Hofffman)… Présence africaine. ainsi que les traits indélébiles qui ne parviennent pas à s’estomper. la Côte-d’Ivoire et le Sénégal. Abdou Diouf. 304 p. « Cheikh Anta Diop’s Reconstruction of the History of African Philosophy ». Dakar) Paris : Karthala. L’ouvrage comprend. Joseph Ki-Zerbo.juin 2003 . Bunia et Lubumbashi entre 1960 et 2002. contient des textes à la fois en anglais et en français. D. François LEIMDORFER et Alain MARIE (éds) L’Afrique des citadins. Les petits cahiers) ISBN : 2-86642-338-0 8. 402 p. 388 p. 2003. Guinée : la régionalisation de la guerre Dossier coordonné par Comfort Ero et Mariane Ferme Paris : Karthala. Il analyse la genèse de cet art. N° 150. 198 p. spécialiste du cinéma africain et collaboratrice régulière des Cahiers du cinéma. n°s 163-164. quatre rubriques : « didactique » . un peu partout et en Afrique particulièrement. Bogumil JEWSIEWICKI Mami Wata. Jean-Paul NGOUPANDÉ L’Afrique face à l’Islam Paris : Albin Michel. la permanence des guerres et guerres civiles. Sierra Leone et Guinée : une guerre sans frontières ? » (R. « anthropologie/sociologie/histoire » et « littérature » : « Le Mal et la justice à Madagascar ». Critiques littéraires) ISBN : 2-7475-3449-9 Ce travail analyse l’évolution du statut de la femme et sa place dans les processus révolutionnaires au cours de l’histoire du continent africain. il paraît bien optimiste de s’attacher à repérer l’essor d’une société civile dans deux pays d’Afrique. « culture et société » . 2003. Rivista interdisciplinare dell’Alliance Française. Marchal) . « fiches de lecture ». 2002. 2003. Léopold Sédar Senghor Textes réunis par Max Yves Brandilly Paris : Éditions du photophore / Maisonneuve et Larose. acte politique et vecteur de liens sociaux. José Augusto Seabra. Vlassenroot) . 2003. 2002. Il dénonce la déliquescence des États africains qui permet l’implantation de réseaux de terroristes islamiques jusque dans les plus hautes sphères du pouvoir. disparu en décembre 2001 : textes de Jacques Chirac. ISBN : 2-226-13773-4 20 € Ancien Premier ministre de la République centrafricaine et auteur d’un ouvrage remarqué (L’Afrique sans la France. 80 p. Il analyse les enjeux et défis auxquels elle est confrontée. comme l’incapacité à se développer économiquement de façon endogène. Jean-Louis Debré. « hommages ». Revue des littératures du Sud. Maurice Druon. Joseph KI-ZERBO À quand l’Afrique ? Entretien avec René Holenstein La Tour-d’Aigues (Vaucluse) : Éditions de l’Aube. ISBN : 2-7068-1678-3 45 € Dans cet ouvrage. interrogé par René Holenstein. le cinéma africain le restera bien après les indépendances. 96 p. Le présent numéro se signale. des conflits tenus pour « identitaires » ou « communautaires » se multiplient ou n’en finissent pas de se consumer. 192 p. religieuses et littéraires rendent hommage au poète-président. des cheminements existentiels et intellectuels des citadins d’Abidjan et de Dakar. n° 6. 1er et 2e semestres 2001 Paris : Présence Africaine. docteur en histoire et spécialiste des questions de développement. L’étude est axée sur des textes littéraires. (Le temps des images) ISBN : 2-07-073913-9 35 € Historien de la mémoire. « littératures » . Pierre Emmanuel… Avec un florilège de poèmes de Léopold Sédar Senghor accompagné de photographies. 88. par un dossier réunissant les communications présentées à l’Université de Montpellier III sur Léopold Sédar Senghor et sur l’interculturalité. à l’occasion de la deuxième journée de la Francophonie (27 avril 2002). 2003. Ferme. ISSN : 0244-7827 19 € Au sommaire notamment : « Liberia. (coll. en offrant ici une vision personnelle de l’écrivain et de son œuvre. « Combattants irréguliers et discours international des droits de l’homme dans les guerres civiles africaines. Pour une analyse sociale (P. par Ernest Njara . Amadou Lamine Sall. Associazione culturale italo-francese. l’auteur montre ici que l’islam africain se radicalise nettement sous le double effet de l’instrumentalisation politique du fait religieux à des fins de conquête et de l’infiltration de réseaux islamistes maghrébins. Richards et K. la colonisation culturelle ou la faiblesse de la démocratie. les auteurs de cet ouvrage ont effectivement rencontré les mille et un chantiers africains de la société civile au cœur des pratiques sociales quotidiennes. s’attachant au mode d’élaboration et de réception de cette peinture urbaine du Congo. Politique africaine. journaliste à Radio France International. Sierra Leone. ses liens avec le contexte politique et social des pays d’origine des films et la vision du monde qu’il reflète. entre autres. en noir et blanc.95 € Né sous le signe du politique. (coll. NIMROD Tombeau de Léopold Sédar Senghor Cognac (16 100) : Le Temps qu’il fait. La peinture urbaine au Congo Paris : Gallimard. ISBN : 88-8234-050-3 14 € Revue annuelle de l’Alliance Française – Association culturelle franco-italienne de Lecce. 40 ans de littératures du Sud. 204 p. 250 p. des stratégies au long cours.

inspecteur d’académie au Sénégal Éditions La Fontaine de Siloé (coll. 2002. vol. paysan sérère. Hubert Cochet (Ina-PG Paris) et Sébastien Bainville (Cnearc Montpellier) Paris : Éditions du GRET. mais elles doivent tenir compte de l’influence accrue des radios internationales qui diffusent maintenant en FM dans les grandes villes avec une audience amplifiée. Parti à la rencontre des Dogons du Soudan français. Les carnets du calligraphe) ISBN : 2-226-13736-X 10. 2003. peausserie. l’Afrique écoute.-B. Hommes et sociétés) ISBN : 2-84586-256-3 25 € En Afrique. (coll. il observe les rituels traditionnels et copie de nombreuses peintures rupestres aujourd’hui effacées… Divers La Charte du Mandé et autres traditions du Mali Calligraphies d’Aboubakar Fofana. juin-juillet 2002 Nicolas Ferraton (Cnearc Montpellier). 64 p. Ici. dans la rubrique « Book reviews ». par H. Ce texte à l’origine fondait les grandes lignes de la vie sociale. traduit en anglais par Eva Rogo-Levenez Paris : Maisonneuve et Larose. spring 2003 Revue trimestrielle publiée en collaboration avec l’Ohio State University Bloomington (Indiana. 292 p. arts. À l’heure actuelle. 2003. André-Jean TUDESQ L’Afrique parle. science. 40 ans de littératures du Sud. 316 p. l’auteur relate ici son voyage en Afrique occidentale française en 1952. Sony Labou Tansi ou Marcel Gotène. 2003. ce manuel pédagogique propose une méthode pour améliorer l’apprentissage des futurs formateurs en développement rural pour observer et comprendre un système agraire. (coll. actuel Mali. © Notre Librairie. texte établi à la demande du roi Sundiata Keita en 1236. facilement transposables. Voyages Zellidja) ISBN : 2-7475-2948-7 27. il en reste encore des traces dans la société soudano-sahélienne. et des Lobis du nord de la Côte-d’Ivoire.. 136 p. Il est accompagné de pictogrammes africains. 550 proverbes de la sagesse africaine Présenté par Jean-Loup Salètes. 73 800 Myans ISBN : 2-84206-177-2 13 € Le propos de ce recueil est de puiser dans une sagesse africaine millénaire pour y trouver. (coll. Jean-François WALTER Apprentissage de l’Afrique : peuples dogon et lobi en 1952 Préface de Jean-Jacques Garas Paris : L’Harmattan. Collections du musée national Sous la direction de Thierry Mesas et Célestin Kanimba Misago Ouvrage illustré et bilingue. 2002. Adlai Murdoch. 234 p. l’auteur s’est posé en observateur de la vie culturelle africaine : littérature. 2003.90 € Retranscription de la Charte du Mandé. n° 1. Place des Marronniers. Face à ce problème. un compte rendu sur La Trilogie caribéenne de Daniel Maximin. tels que Senghor. 2003. Recherches d’histoire et de sciences sociales) ISBN : 2-7132-1784-9 32 € Les connaissances rapportées par les administrateurs des colonies. 212 p. Il a été rédigé à partir de l’exemple concret d’une formation à Abengourou en Côte-d’Ivoire réalisée conjointement par le Cnearc. Regards sur le Rwanda. 2003. Riche d’une carrière littéraire et politique. plus de 550 proverbes africains sont rassemblés. 358 p. à l’achèvement de la construction de l’empire du Mali. cet ouvrage présente la vie quotidienne de la population rwandaise et les artisanats tels que vannerie. Laditan… Ainsi que des comptes rendus de lecture. Agapè) : Cabinet Teranga. et plus encore des radios privées. par O. États-Unis) : Indiana University Press. Research in African Literatures. sélectionnés dans 135 ethnies et articulés autour de 200 mots-clés des relations. Les radios en Afrique subsaharienne Paris : Karthala. des réponses ou tout au moins des réflexions et des pistes pour aujourd’hui. on retiendra. les décisions sont trop souvent prises loin des réalités de terrain. « Colonial Violence and Psychological Defenses in Ferdinand Oyono’s Une vie de boy ». « La “Prostitution” comme thème de révolte dans la littérature féminine contemporaine en Afrique noire ». Monde africain) ISBN : 2-7068-1635-X 30 € Le Musée national du Rwanda assure la protection du patrimoine culturel traditionnel afin d’en garantir la transmission aux générations futures. replacés dans leur environnement naturel et humain. par Lillian Corti . Jean-Baptiste TATI-LOUTARD (Congo-Brazzaville) Libres mélanges (Littérature et destins littéraires) Paris : Présence Africaine. etc. les radios publiques restent présentes et le contrôle gouvernemental n’a pas disparu. cinéma. Emmanuelle SIBEUD Une science impériale pour l’Afrique ? La construction des savoirs africanistes en France 1878-1930 Paris : Éditions de l’EHESS.P. L’auteur a longtemps enseigné les sciences de l’information et de l’histoire contemporaine à l’Université de Bordeaux III. l’Ina-PG et l’École supérieure d’agronomie de Yamoussoukro. avril . ISBN : 2-7087-0749-3 15 € Cet ouvrage regroupe les interventions et discours de J. les officiers ou les missionnaires ont contribué de façon décisive à l’émergence du paradigme ethnographique qui commande la recomposition de la science de l’homme dans le premier tiers du XXe siècle.juin 2003 . Revue des littératures du Sud. Sous l’arbre à palabre. Césaire. par Michael Chapman . etc. N° 150. Abondamment illustré. des inédits (rubrique « création »). Préface de Boucar Diouf. tissage. traduction de Youssouf Tata Cissé et Jean-Louis Sagot Paris : Albin Michel. technologies. A. en évoquant de grands noms.45 € De profession ingénieur agronome et diplômé d’anthropologie. (coll. Étude des systèmes de production dans deux villages de l’ancienne boucle du cacao (Côte-d’Ivoire) (juin-juillet 2002) Une publication d’Agridoc. Dossier pédagogique) ISBN : 2-86844-133-5 10 € En matière de développement rural. Ogo Ujomu . (coll. Initiation à une démarche de dialogue. TatiLoutard dans leur intégralité. African Literatures : Cultural Practice or Art Practice ? ». entre autres : « African Literature. Ces textes sont complétés par des réflexions portant sur la francophonie et l’identité culturelle africaine. (coll. de Christiane Chaulet-Achour. 144 p. Abonnement individuel : 41 US $ Parmi les nombreux articles au sommaire de cette dernière livraison. 34.

) Anthologie préfacée par Lyonel Trouillot Arles : Actes Sud.) Paris : Éditions Dapper. qui sont antillais. ISBN : 2-906067-88-1 13 Ce roman met en scène une famille d’esclaves dans les plantations de Saint-Domingue. 158 p. 1998. (coll.30 € 1804 : Saint-Domingue.) Paris : Gallimard. l’auteur. 74 p. 2003. la sœur de Napoléon… Gérard ETIENNE (Haïti) Au cœur de l’anorexie (r. Elsie SURENA (Haïti) L’Arbre qui rêvait d’amour. Ils s’articulent en trois sections : période précolombienne (archéologie et peuplement des milieux insulaires). Revue des littératures du Sud. (coll. l’espoir d’arriver à « plaire et toucher ». aujourd’hui. 2002. Leonardo PADURA FUENTES (Cuba) Le Palmier et l’Étoile (r. devenue « Haïti ». il enquête sur les causes de son expulsion de l’université. par Pauline Bonaparte. avec. le difficile chemin de la liberté. 40 ans de littératures du Sud. 2003. assumant l’histoire et l’identité créole de l’île. découvre. Fables et contes (c. jusqu’à l’époque actuelle. 2003.39 € Cet ouvrage regroupe les actes du 123e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques. écrivain. 176 p. 136 p. née en esclavage. 388 p.) Paris : Bibliophane / Daniel Radford. Dictionnaires et langues) ISBN : 2-84586-301-2 19 € Ce manuel propose une méthode d’apprentissage de la langue créole haïtienne grâce à une approche centrée sur les thèmes de la vie quotidienne accompagnée d’exercices avec le vocabulaire utilisé et l’analyse grammaticale employée. Bibliothèque hispano-américaine) ISBN : 2-86424-453-5 20 € Fernando Terry est de retour à Cuba après 18 ans d’exil. 2003. le meneur des marrons.50 € Glissant nous livre ici une chronique des Antilles. ISBN : 2-7427-4114-3 17 € L’œuvre poétique de René Philoctète prend résolument le parti de la beauté et célèbre Haïti. David DAMOISON (photographies) et Louis-Philippe DALEMBERT (textes) Vodou ! Un tambour pour les anges Préface de Laënnec Hurbon Paris : Éditions Autrement.juin 2003 . la liberté perdue. et au terme de plus de dix ans d’insurrections douloureuses. avril . choisit la © Notre Librairie. 2003. N° 150. 104 p.Université d’État d’Haïti. (Monde noir) ISBN : 2-7473-0314-1 7. proclamait son indépendance à la face du monde.parmi d’autres . un enseignement inhumain et un environnement où la communication se réduit à des gestes répulsifs ! Édouard GLISSANT (Martinique)* Ormerod (r.Caraïbes Textes littéraires Louis-Philippe DALEMBERT (Haïti) L’Île du bout des rêves (r.) Paris : Hatier International. 2003. depuis la colonisation. (coll. Tous niveaux. (Bibliothèque haïtienne) ISBN : 2-89454-145-7 Et si l’anorexie était une protestation contre un monde d’injustices et de larmes ! Et si l’anorexie était une révolte contre de fausses valeurs sociales. René PHILOCTÈTE (Haïti)* Poèmes des îles qui marchent (p. 376 p. s’ouvrait pour ce petit peuple des Caraïbes.joua un rôle éminent dans ce processus : Toussaint Louverture. Les parents de Stéphane divorcent. Antille-Guyane. Les propriétaires des plantations se sentent menacés suite aux nombreux cas d’empoisonnement et surtout par Macandal. 288 p. 2003.) Port-au-Prince (Haïti) : Presses Nationales d’Haïti. 2003. de Heredia. Évelyne TROUILLOT (Haïti)* Rosalie l’infâme (r. (coll. recueil de poèmes publié en mai 2002. Jean MÉTELLUS (Haïti) Toussaint Louverture (th. période coloniale (Antilles)… Robert DAMOISEAU et Gesner JEAN-PAUL J’apprends le créole haïtien Préface de Pierre Vernet Paris / Port-au-Prince (Haïti) : Karthala/Faculté de Linguistique appliquée . Quelques mois plus tard. à la fin du XVème siècle. Après plus de trois siècles d’esclavage. par les récits de sa grand-mère. 80 p. Études Archéologie précolombienne et coloniale des Caraïbes Sous la direction d’André Delpuech. Jean-Pierre Giraud et Albert Hesse Paris : Éditions du CTHS. Tout le monde part passer les vacances en Guadeloupe et il s’avère que c’est réussi… À partir de 9 ans. longtemps enfermé dans le carcan des stéréotypes de l’homme blanc. À Cuba. en 1750. 96 p. 2002. Blanche) ISBN : 2-07-076759-0 22. Louis-Philippe Dalembert. à travers ce second ouvrage. 2003. sur les territoires français des Antilles et de Guyane ainsi qu’en Haïti. ISBN : 99935-632-0-X Après Mélodies pour soirs de fine pluie. M. du fils franc-maçon de celui-ci et du sien. Il découvre la similitude des destins du poète. Lisette.) Montréal (Canada) : Éditions du CIDHICA. Hémisphères) ISBN : 2-86970-082-2 20 € Un roman d’aventures où le héros part à la recherche d’un trésor : un coffre rempli de pièces d’or qui aurait été enterré au large d’Haïti.) Paris : Éditions Thierry Magnier. trois vies marquées par l’exil et les trahisons. témoigne de son désir d’explorer d’autres genres littéraires. sa mère lui présente Denis et Gina sa fille. pour que les peuples de la Caraïbe retrouvent enfin une destinée commune… Gisèle PINEAU (Guadeloupe) C’est la règle (r. (coll. 368 p. Il est à la recherche d’un manuscrit du poète J. Un homme .) (j.) Traduit de l’espagnol (Cuba) par Elena Zayas Paris : Métailié. La première république noire de l’histoire était née. 160 p. études ethnographiques (Amérindiens de la Caraïbe et des Guyanes). dans une grotte de l’île de la Tortue. et nous livre les résultats récents et souvent inédits des travaux archéologiques et historiques conduits dans l’aire caraïbe. Roman) ISBN : 2-84420-165-2 7 € Ce texte aborde les thèmes de la famille recomposée et du racisme. Monde/Photographie) ISBN : 2-7467-0317-3 19 € Cet ouvrage propose trois regards complémentaires sur le vaudou. esclaves en fuite. une autobiographie à laquelle il a consacré sa thèse. 2003. ISBN : 2-7355-0496-4 . (coll.

dit le Faucon d’Espagne. 2003. (Première parution : éditions Marsa. qui a déjà plusieurs romans et essais à son actif. (coll. a su garder son âme. la boisson. (coll. et qui fonda la dynastie andalouse des Ommeyades en 756.) Réédition. d’odeurs et saveurs.) Paris : Maisonneuve et Larose.Virginie BRAC. (coll. Haïti. photographe. 2003. la mise en scène. l’auteur. Les terres contrariées (th. 128 p. Nocturnes théâtres) ISBN : 2-87282-393-X 8 € Voici les textes de deux pièces de théâtre qui seront créées cette année dans le cadre de l’année de l’Algérie. 216 p. Écritures arabes) ISBN : 2-7475-3648-3 18. La difficile normalisation démocratique en Haïti Montréal (Canada) : Éditions du CIDIHCA. Laënnec Hurbon. 472 p. Il a voyage et étudié notamment en Europe et en Amérique puis enseigné pendant vingt ans dans la région parisienne. ce Maghreb de l’éternel couchant. 230 p. la convivialité. historien et observateur privilégié de la vie politique haïtienne. avec notamment un essai de la romancière sénégalaise Aminata Sow Fall intitulé Un grain de vie et d’espérance. ses lieux et ses franges. 48 p. N° 150. Il est actuellement à San Francisco pour un an. Elle fait découvrir les équivalents algériens du Petit Poucet de Perrault et de Blanche-Neige de Grimm… Malek ALLOULA (Algérie) Les Festins de l’exil Paris : Françoise Truffaut éditions.) Paris : L’Harmattan. Le dramaturge. Ralph LUDWIG. Guyane. Rima GHAZIL et Mohamed KACIMI Alger. qui évoquent les différentes facettes d’Alger à travers ses personnages. Chawki AMARI. 2003.) Nouvelle édition (première parution : Tunis. est né au Maroc. ou encore le Conquérant.) Carnières-Morlanwelz (Belgique) : Éditions Lansman. Univers théâtral) ISBN : 2-7475-3803-6 20 € Cet ensemble d’études consacrées aux théâtres francophones et créolophones de la région caribéenne tire son originalité de la mise en évidence des composantes de la pratique théâtrale en tant que domaine distinct de la littérature.95 € Recueil de nouvelles de cinq écrivains français et d’origine algérienne. brutes et comme devant rester muettes. 2000) Paris : L’Harmattan. C’est aussi l’histoire d’une jeune femme victime d’un amour impossible et dont le destin tragique illustre l’éternel combat du vice et de la vertu. 2003.littérature pour nous dire les mots et les choses du vodou. cet ouvrage présente une réflexion traversée de questionnements sur la complexité de la normalisation démocratique en Haïti. que le poète nous invite à partager. en dépit des aléas de l’histoire et des dures réalités de la vie actuelle. de l’innocence et de la perversité. (coll. (coll.juin 2003 . Revue des littératures du Sud. Les théâtres francophones et créolophones de la Caraïbe. 2003. 2003. L’ouvrage analyse successivement : la dramaturgie. Avec un abrégé de grammaire créole et un lexique français-créole Troisième édition (première parution : Servedit/Éditions Jasor. Kebir Mustapha AMMI (Maroc) Alger la blanche.30 € Ce livre retrace le destin d’Ad al-Rahman 1er. Saveurs de la réalité) ISBN : 2-9516614-2-8 13 € Dans cette récente collection d’essais sur les traditions culinaires du monde entier. 160 p. 258 p. 2003. l’auteur appartient à la dynastie secrète et en voie de disparition des conteurs traditionnels. 2003. Rafik DARRAGI (Tunisie) Le Faucon d’Espagne (r. Sainte-Lucie Sous la direction d’Alvina Ruprecht Paris : L’Harmattan. (coll. Noir/Blanc éditions. l’art culinaire. etc. Cet ouvrage a obtenu le Prix littéraire Guerlain dans le cadre des Journées nationales du livre et du vin à Saumur. ISBN : 2-7068-1644-9 30 € Maghreb Textes littéraires Nora ACEVAL (Algérie) L’Algérie des contes et légendes. David Damoison. (coll. à la fin de l’ouvrage. se demande comment le mouvement démocratique et populaire peut espérer porter l’avenir de la société haïtienne s’il ne comprend pas comment et pourquoi il a échoué avec Aristide et quelle est sa part de responsabilité. nous convie à la force d’images. 2003. le jeu. tiraillé aujourd’hui entre tradition et modernité et qui. Claude MOÏSE La Croix et la bannière. directeur de recherches au CNRS. les souvenirs d’enfance de plats. Vincent COLONNA. simples et familiales. 310 p. 1990) Paris/Pointe-à-Pitre (Guadeloupe) : Maisonneuve et Larose/Servedit/Éditions Jasor. dans une famille algéro-marocaine établie depuis très longtemps entre Taza et Fès. apporte son savoir d’anthropologue et retrace la généalogie du vaudou. l’Aube poche) ISBN : 2-87678-840-3 8 € Halim CHAREF (Maroc) Couscous amer (Une chronique marocaine) (r. avril . ISBN : 2-89454-150-3 Dans cet essai. Guadeloupe. © Notre Librairie. Écritures arabes) ISBN : 2-7475-3422-7 24 € L’auteur nous entraîne ici dans un voyage sans complaisance à travers un Maroc méconnu. une quinzaine de recettes oranaises. Danièle MONTBRAND. Avec. voici les confidences du poète algérien Malek Alloula qui répond à une trentaine de questions portant sur les thèmes de la nourriture. 162 p. Elle collecte. Littératures / Romans d’une ville) ISBN : 2-7467-0337-8 14. 1996) La Tour-d’Aigues (84240) : Éditions de l’Aube. 160 p. 40 ans de littératures du Sud.) Paris : Éditions Autrement. inaugurée il y a environ un an. 2003. Hector POULLET et Sylviane TELCHID Dictionnaire créole-français. ISBN : 2-7068-1687-2 20 € Née en 1953 sur les hauts plateaux algériens de Tiaret. Martinique. Concentré sur la période 1994-2002. traduit et raconte des récits qui lui ont été transmis oralement. Maïssa BEY (Algérie) Au commencement était la mer (r. ville blanche sur fond noir (n. la réception critique et populaire. Hauts plateaux de Tiaret (c. en prime.

188 p. Nouvelles de guerre (n. alors professeur à la médersa d’Alger. celui de son enfance en Algérie et celui de sa vie actuelle en France. la barbarie. Ammar Mahjoubi.) Paris : Julliard. Mohammed Ben Cheneb. belle et provocante. disent les Arabes eux-mêmes. mais aussi de répondre aux questions sur Paris.) Paris : Julliard. le tome III portera sur « Les Temps modernes ».. Elle cherche à redonner vie au passé et rendre hommage à son père. Leïla SEBBAR (Algérie) Sept filles (n. avec comme constante ses problèmes d’insomnie. 47. a passé son enfance dans l’ancienne colonie avant d’arriver en France. de retour d’une tournée littéraire en France. Affronter les épreuves qu’impose le désir de liberté. Revue des littératures du Sud.) Paris : Gallimard. Khaled Belkhoja et Abdelmajid Ennabli Paris/Tunis : Maisonneuve et Larose/Sud Éditions. 202 p. paru pour la première fois en 1990.) Paris : Grasset. 160 p. Études Mohammed BEN CHENEB Proverbes de l’Algérie et du Maghreb Présentation par Hédi Bencheneb Paris : Maisonneuve et Larose. l’unité culturelle maghrébine. 100 p. (dont un cahier de 8 p. le reflet de provinces. avait fait paraître ce recueil en 1905. 2003. avril . retrouve ses amis dans un petit café d’Alger. en mêlant mémoire et imaginaire. Le droit à la mémoire. Simorgh est un ouvrage morcelé. © Notre Librairie. musiques d’Algérie : mémoire de la culture maghrébine. archéologues et historiens de l’art. 306 p. Des années 20 aux années 2000. dans lequel est utilisé le mélange des genres pour évoquer des thèmes qui sont chers à l’auteur : l’étranger. abondamment illustrée et qui comprendra au total quatre volumes. Blanche) ISBN : 2-07-076772-8 17. de plaisir. une femme mûre. Mohsen vit avec sa femme Zuneira. 2003.. 156 p. ils mêlent leurs voix et nouent un dialogue entre les deux rives. 2003. à travers les études de cinq intellectuels portant notamment sur les fondements historiques et techniques de l’art musical arabo-andalou et sur l’importance de la poésie dans la littérature du Maghreb. Les littératures contemporaines) ISBN : 2-7427-4258-1 18 € Dans un village tunisien. parus chez le même éditeur. d’amour. couleur) ISBN : 2-85816-657-9 ISSN : 0984-2616 19 € Cette revue universitaire (bisanuelle) présente. Itinéraires et contacts de cultures. L’enfermement séculaire des femmes et de leurs filles. Leur quotidien est soudain bouleversé par l’arrivée de Bayya. le racisme et le virtuel. et le tome IV s’intéressera à « L’Époque contemporaine ». 2003. autour de cette page douloureuse de notre histoire commune. Transgresser les interdits multiples. qui s’ouvre sur le mythe du Simorgh. arts plastiques Toulouse (31 000) : Presses Universitaires du Mirail – Toulouse. des flambeaux qui éclairent les discours. N° 150.) Paris : Albin Michel. Leïla SEBBAR (Algérie)* Je ne parle pas la langue de mon père (r. ISBN : 2-7068-1695-3 37 € Premier volume d’une Histoire générale de la Tunisie rédigée par les meilleurs historiens. volume 32 : Kateb Yacine. afin que chacun puisse encore croire et espérer en une vie meilleure.) Traduit de l’arabe (Tunisie) par Yves Gonzalez-Quijano Arles/Paris : Actes Sud/Sindbad. Boualem SANSAL (Algérie) Dis-moi le paradis (r. 40 ans de littératures du Sud. cet oiseau mythique venu du Proche-Orient. ISBN : 2-842058-725-2 10 € Appartenant à la génération qui fut témoin dans son enfance de cette guerre-là. la fascination du désert. née d’un père algérien et d’une mère française. Tome I : l’Antiquité Sous la direction d’Hédi Slim. Un jour que Mohsen se promène dans Kaboul. Les temps sont durs mais leur amour et leur respect mutuel les aident à surmonter cet état de fait. et se termine avec le mythe grec d’Œdipe. 464 p. les femmes. dont l’un des piliers est le chant arabo-andalou. enfermée chez elle. Habib SELMI (Tunisie) Les Amoureux de Bayya (r. Sept histoires. coll. (La bibliothèque arabe. se réunissant chaque jour à l’ombre d’un olivier millénaire.) Sous la direction de Raymond Bozier Paris : Mille et une nuits. L’Algérie des deux rives 1954-1962. 2003. (coll. dans sa dernière livraison. de la religion ou encore de la vie quotidienne. des deux côtés de la méditerranée. Boualem Sansal nous livre ici son troisième roman. Ils sont le reflet de l’histoire d’une civilisation et d’idées dont ils traduisent les transformations. 132 p. ISBN : 2-7068-1689-9 30 € Les proverbes sont. 2003. ISBN : 2-260-01615-4 15 € L’auteur. Le narrateur-écrivain. qui leur rappelle ce qu’est le désir. Horizons maghrébins. de villes. 2003. 256 p. 348 p. 2003. théâtre. 322 p. d’événements à l’origine perdue. ISBN : 2-226-13594-4 17 € Dernier ouvrage de l’écrivain récemment disparu. Histoire générale de la Tunisie. et auquel nous consacrons un dossier dans ce même numéro. C’est l’occasion pour lui de récolter de nouvelles histoires. Romans adultes) ISBN : 2-84420-218-7 13 € Sept filles. 2002. un intellectuel dans la révolution algérienne Sous la direction de Jacques Girault et Bernard Lecherbonnier Paris : L’Harmattan/Université Paris XIII. de bourgs. Le tome II concernera la période allant de l’arrivée des Arabes en 647 jusqu’à l’installation des Turcs ottomans en 1575 .) Paris : Éditions Thierry Magnier. le pouvoir du rêve. ainsi que la mondialisation. 2003. Yasmina KHADRA (Algérie)* Les Hirondelles de Kaboul (r. quatorze écrivains français et algériens ont réveillé leur imaginaire ou leur mémoire. quatre vieillards laissent leur vie s’écouler lentement. ISBN : 2-246-64331-7 18 € Après Les Hommes qui marchent. ce qui donne à son récit les couleurs d’une rêverie pleine de sensibilité. 2003. (coll. ISBN : 2-260-01596-4 16 € Dans le Kaboul des talibans. le paradis. Dans ce recueil de nouvelles. Algérie : histoire. 2003. La Transe des insoumis est un second volet où l’auteur fait s’entrecroiser deux récits. société. il se retrouve au milieu d’une foule qui veut lapider une femme coupable d’adultère… Malika MOKEDDEM (Algérie)* La Transe des insoumis (r. la vie ailleurs. ISBN : 2-7475-3097-3 ISSN : 1157-0342 15 € Ce volume reprend des contributions au colloque interdisciplinaire qui s’est tenu en 2001 à l’initiative du centre d’études littéraires francophones et comparées de l’Université de Paris XIII.Mohammed DIB (Algérie)* Simorgh (r. 200 p.50 € Après Le Serment des barbares (1999) et L’Enfant fou de l’arbre creux (2000).juin 2003 .

Essais et documents) ISBN : 2-84261-361-9 11.) Paris : Gallimard. 1916. Nicole MASSÉ-MUZI Le Sud tunisien Saint-Cyr-sur-Loire (37 540) : Éditions Alan Sutton.) Paris : Gallimard. l’arrivée dans la baie d’Alger. Benjamin STORA Algérie. 32 p. 1917… Océan Indien Textes littéraires Nathacha APPANAH-MOURIQUAND (île Maurice)* Les Rochers de poudre d’or (r. 2003. Amin ZAOUI La Culture du sang. ISBN : 2-87929-367-7 . 2003. une centaine d’Indiens embarquent sur le bateau l’Atlas. Shenaz PATEL (île Maurice) Sensitive (r. 136 p. Quand ils débarquent sur l’île Maurice en juin. a été publiée peu avant sa mort. On l’appelle le pêcheur nu. celle qui lui est faite comme celle qui frappe les autres. apporte ici une contribution majeure. revisitant les mythes et les croyances malgaches. (Continents noirs) ISBN : 2-07-076873-2 11. Luttes d’indépendance.50 € Pour son septième roman. Fatwas. enjeux de mémoire : l’auteur nous révèle des singularités. litige saharien. 128 p. le trajet en train jusqu’à Sétif. avec ses mots à elle. destins croisés Casablanca (Maroc)/Léchelle (77 171) / Paris : Tarik éditions / Emina soleil/Maisonneuve et Larose. pour tout l’été. l’homme anguille. 2002 (coll. Les images reflètent les personnes et les événements du Sud-Est. 208 p. Islam.) Paris : Éditions Thierry Magnier. 2003. dans la vie d’un monstre. Maroc.50 € Premier roman. éditées à Sfax entre 1915 et 1930. Cette monographie sur le poète et romancier algérien Mohammed Dib. des territoires militaires du Sud et les campagnes de 1915. 96 p. spécialiste reconnue de Dib. de son univers familier. le bonheur de ses parents revenus sur leur terre… À partir de 13 ans. auquel nous rendons hommage dans ce même numéro. dans son enfance. Joséphin le fou… Ananda DEVI (île Maurice) Le Long désir (p. femmes. mais également des imaginaires communs qui pourraient augurer d’un Maghreb uni et démocratique. Ananda DEVI (île Maurice) La vie de Joséphin le fou (r. des manichéismes simplificateurs ou des masques de circonstance.50 € Deux personnages quittent la ville et sa misère et partent à la découverte des traces de l’histoire récente et ancienne de Madagascar… Un voyage à la recherche de la mémoire. 40 ans de littératures du Sud. tabous et pouvoirs Paris : Le Serpent à Plumes. nationalisme arabe.49 € Le narrateur se souvient du voyage annuel en Algérie. Cette intempestive voix recluse Aix-en-Provence : Édisud. partagée entre son appétit de vivre et sa révolte devant l’injustice. la nuit sur le pont du bateau. Naget Khadda.) La-Tour-d’Aigues (Vaucluse) : Éditions de l’Aube. L’écrivaine nous entraîne dans le conflit insoluble qui déchire cette petite fille. Sacrificiel ou purificateur. On le dit légende sortie des sources volcaniques de l’île. l’écrivaine nous invite au cœur d’un mythe. 162 p. meilleure… et remplie d’or. 2001. © Notre Librairie. 2003. En avril 1892. Mémoire en images) ISBN : 2-84253-843-9 19 € Cet ouvrage évoque le sud de la Tunisie à travers une série de cartes postales commentées. avril . Divers Azouz BEGAG (textes). Zellige) ISBN (Tarik éditions) : 9954-419-02-0 ISBN (France) : 2-7068-1624-4 15 € / 80 DH À quand un couple algéro-marocain ? Fort d’une vision comparatiste des deux « faux frères » du Maghreb. auteur d’une vingtaine d’ouvrages et actuellement professeur d’histoire du Maghreb à l’INALCO. 192 p. enseigne depuis 7 ans à l’Université Paul Valéry de Montpellier. (Continents noirs) ISBN : 2-07-070334-7 9. minorités berbérophones. 158 p. ISBN : 2-84420-139-3 13.Naget KHADDA Mohammed Dib. 2003. l’écrivain algérien considère l’un des aspects représentatifs du monde arabe : la culture du sang. à destination d’une terre promise. Mais les écrit-elle vraiment ? Peu importe. Benjamin Stora. Écrivains du Sud) ISBN : 2-7449-0318-3 14 € Professeur de langue et de littérature française à l’Université d’Alger. cette jeune journaliste et romancière nous donne à lire les lettres qu’une petite Mauricienne de onze ans adresse au « Bondié ». émergence d’États forts. esprit mauvais hantant les cavernes de roche. Histoires parallèles. Catherine LOUIS (illustrations) Un train pour chez nous (j.juin 2003 . N° 150.) Paris : Gallimard. (coll.90 € Ananda Devi nous enchante avec ce recueil de poésie en prose placé sous le signe de la sensualité : histoire cruelle et obsédante d’un lieu et d’un corps. du Sud-Ouest. puisqu’elles lui permettent de parler. 2003. (coll. Michèle RAKOTOSON (Madagascar) Lalana (r.15 € Après Le Portrait chamarel.5 € Avec sa sensibilité de romancier. Revue des littératures du Sud. (Regards croisés)) ISBN : 2-87678-783-0 19. Les bagages entassés sur le port de Marseille. 144 p.) Paris : éditions de l’Olivier. il est à l’origine de diverses violences. en Inde (alors colonie britannique). (coll. les Français les attendent pour remplacer les esclaves dans les champs de cannes à sucre. 2003. loin des silences officiels. 2002. (Continents noirs) ISBN : 2-07-076724-8 13.

de la Science et de la Paix. 2003. le jardinier François. Lattès. sous un soleil de plomb. Et aussi… Textes littéraires Bankim Chandra CHATTERJI Le Monastère de la Félicité (r. il devint membre de l’Académie de médecine de Paris. 208 p. 276 p. 40 ans de littératures du Sud. 228 p. Motifs) ISBN : 2-84261-404-6 7. 2003. un enfant abandonné. basé sur des faits authentiques. s’ils ne sont pas avertis.50 € En 1880. Sur la raison d’être de ce récit. la France à la conquête de l’Afrique se heurte à la résistance des tribus locales armées par les Anglais. présente une étude sociologique et historique au cœur de l’identité malgache. le gendarme Albert. Richard DEMBO Le Pouvoir de l’illusion (r. Marie-Élisabeth CRÉPIN Les oranges sauvages. de Joseph Conrad.) Traduit du bengali par France Bhattacharya Paris : Le Serpent à Plumes. le roman montre le travail des volontaires d’ATD Quart Monde. 2003. 2003.75 € Recueil de textes inspirés par les voyages de l’auteur sur cette île de l’océan Indien. conçu par le directeur de recherches de l’IRD « UR 102. ISBN : 2-7158-1434-8 17. Par le biais de la fiction. 320 p.) Paris : L’Harmattan. © Notre Librairie. ISBN : 2-7480-0937-1 19 € L’auteur. Constantin VON BARLOEWEN Voyage à Madagascar. 2003. Il raconte l’exode pénible. et par ses habitants : le joueur de tambour Maheno. 246 p. Cet ouvrage a obtenu le prix Tropiques 2002 décerné par L’Agence française de développement (AFD). Guy Grappin s’exprime en ces termes : « quand arrivent les jours où il faut bien faire une sorte de bilan d’une carrière pendant laquelle on a été censé servir à quelque chose à travers le monde. (coll. 152 p. Le second volume de cette étude regroupe un ensemble de documents relatifs à ce personnage hors du commun : lettres de créance écrites alors qu’il était ambassadeur. Jean-Michel DEFROMONT Fati (r. » (p . le récit de son voyage à travers l’Afrique occidentale. nous livre ici. Guy GRAPPIN Le Fagot de la mémoire (r. 2) (coll. 2002. Tantély.juin 2003 . 2003. dont une Histoire de la nation malgache (1952) et les Entretiens malgaches avec Albert Rakoto Ratsimamanga (2000). Étudiant en médecine à Tananarive puis en France. (T 1) et 212 p.) Paris : Balland. mène à la rencontre de familles confrontées à la grande misère en France et à l’étranger. 2) : 2-7475-3878-8 19 € (pour chaque volume) Petit-fils du prince Ratsimamanga.) Paris : J. avril . 160 p. (coll. 208 p.C. journaliste indépendant.) Paris : Éditions des écrivains. puis au Congo. illustre de façon très pédagogique les difficultés de l’enquête en milieu rural malgache et les embûches sur lesquelles l’observateur ou l’intervenant extérieur risquent de buter. (coll. Albert Rakoto (1907-2001) fut un prince aux pieds nus. Une méthode d’enquête anthropologique appliquée à l’Ouest malgache Paris : Éditions du GRET. Grand homme de science. réflexions politiques… L’auteur a déjà à son actif de nombreux ouvrages consacrés à Madagascar. Tomes 1 et 2 Paris : L’Harmattan. ISBN : 2-84156-467-3 15 € À travers l’histoire de Fati. (coll. ISBN : 2-7475-3493-6 19 € L’auteur. (T. 2003. Un fils de la Lumière au service de l’Homme. le fagot que ramène ma mémoire ne me plaît qu’à moitié et j’ai l’impression que vont y dominer plus de bois sec que de lauriers. 172 p. son continent de naissance. il assuma de hautes fonctions diplomatiques à l’Unesco et devint ambassadeur de Madagascar.50 € Réédition d’un roman de Chatterji (1838-1894). 222 p. issue d’une île de l’océan Indien et sauvée de la pauvreté par une famille française qui lui a permis de devenir institutrice. « Heart of Darkness ». Bernard D’ATTOMA Africa bo (r. ISBN : 2-7096-2388-9 15 € Ce roman s’inspire fortement des cohortes de réfugiés hantant les lieux les plus désolés de la planète. Revue des littératures du Sud. 1) : 2-7475-3658-0 ISBN (T. les sannyasin. Études et travaux) ISBN : 2-86844-132-7 19 Cet ouvrage. La Revue des lettres modernes) ISBN : 2-256-91041-5 22 € Ce volume présente neuf études critiques données par des universitaires au moment du centenaire de Heart of darkness. 2002. une leçon de ténèbres Textes réunis et présentés par Josiane Paccaud-Huguet Paris : Lettres modernes Minard. Regards ». à travers ce premier roman. Graveurs de mémoire) ISBN (T. qui prirent les armes et attaquèrent les collecteurs d’impôts royaux en représailles contre leurs agissements abusifs.) Rodez (12 035)/Paris : Éditions du Rouergue/Éditions Quart Monde. 2003. Instants de sagesse quotidienne Traduit de l’Allemand par Olivier Mannoni Paris : Éditions des Syrtes. Raymond William RABEMANANJARA Prince Albert Rakoto Ratsimamanga. ISBN : 2-84545-068-0 16 € L’auteur de L’Anthropologie de la mondialisation (ouvrage mentionné dans cette même rubrique). 192 p. ancien médecin des troupes coloniales. d’une troupe de nomades qui est amenée à se séparer pour mieux résister à l’inévitable et peut-être à la mort.Études Emmanuel FAUROUX Comprendre une société rurale. Emile de Charlieu décide d’utiliser les tours de magie d’un prestidigitateur pour démontrer aux populations locales la supériorité des connaissances et de la science françaises. ce roman. etc. N° 150. Nouvelles de Madagascar Paris : L’Harmattan. de Dakar jusqu’au Mali. discours à l’Unesco. inspiré par la révolte de moines-soldats.7) Joseph Conrad 2. 2002. qui fut fusillé sur ordre du général Gallieni et dont la famille fut réduite à la misère. proche de l’Afrique. Écritures) ISBN : 2-7475-3893-1 13. raconte ses aventures rencontrées durant une longue carrière menée au Tchad. Marc DURIN-VALOIS Chamelle (r.

le marxisme. C’est par la voix de Mavis. ces communications sont une série de regards et d’analyses sur cet événement qui marqua à la fois la clôture de la Révolution des droits de l’homme pour les colonies et le recul durable d’une pensée majeure des Lumières sur l’unité de l’espèce humaine… © Notre Librairie. L’auteur. Le Clézio Paris : L’Harmattan. apporte une réflexion sur les idées qui ont. un père est de retour dans sa famille. (coll. 2003. 2003. l’auteur. L’utopie de J. avec la collaboration de Lyonel Trouillot Arles : Actes Sud. Contes et récits nomades.) (j. Lettres anglo-américaines) ISBN : 2-7427-4238-7 . (coll. (coll.Bernard Germain LACOMBE La Saison opaline. ayant passé sa jeunesse entre la Jamaïque et l’Angleterre. nous livre ici son second roman : celui des destins croisés de quatre femmes. Anna est pensionnaire au lycée français de Tananarive. l’influence africaine remonte à plusieurs siècles. Les traites en Afrique. Chaque week-end. 2003. 1802.G. 2003. (coll. ISBN : 2-7068-1645-7 22 € La politique musulmane en France a résonné de manière particulière tout au long du XXe siècle.) Paris : Gallimard. laminante. Lattès. Sénégal et Burkina (c. rassemble ici éléments juridiques. la recherche d’une terre. événements historiques. Avec la rencontre de Léon. ISBN : 2-7073-1798-5 9 € Après une longue absence.juin 2003 . 1956. une enclave protégée au milieu de l’île. Pascal LE PAUTREMAT La politique musulmane de la France au XXe siècle. N° 150. G. De l’Hexagone aux terres d’islam. il veut reprendre la vie qu’il a fuie il y a dix ans… Leone ROSS Le Sang est toujours rouge (r. 2003. 560 p. ISBN : 2-84545-064-8 23 € Cet essai d’un grand historien des idées. Rétablissement de l’esclavage dans les colonies françaises.) Paris : L’Harmattan.) Réédition (première parution : éditions J. J. LE CLEZIO Révolutions (r. d’origine jamaïcaine et vivant à Londres : Nicola. son histoire. 2003. Aux origines de Haïti Sous la direction d’Yves Bénot et Marcel Dorigny Paris : Maisonneuve et Larose. La réalité est celle d’un balancement entre espoirs et satisfactions. Utopies) ISBN : 2-7475-3937-7 24. ISBN : 2-7068-1692-9 35 € Présentées lors d’un colloque international organisé par l’Association pour l’étude de la colonisation européenne en juin 2002. selon lui. 592 p. désireux d’être considérés à égalité avec les citoyens français. le lieu originel que chacune devra se réapproprier pour en liquider les sortilèges et affronter enfin les démons intérieurs comme les agressions du dehors. Différents courants de pensée sont abordés. Laurens VAN DER POST Le Monde perdu du Kalahari (r. 2003. 220 p. l’île Maurice… Jean-Yves LOUDE Lisbonne dans la ville noire (r. traduit de l’anglais par Gil Delannoi et Alexis Butin Paris : Éditions des Syrtes. 302 p. Traduit de l’anglais par Denise Meunier Paris : Payot. sa place dans la tradition utopique. 320 p.-C.) Traduit de l’anglais par Pierre Furlan.. « Traite négrière. (coll. Isaiah Berlin. lenationalisme.40 € L’auteur. un étudiant malgache dont Anna tombe éperdument amoureuse. 2003. le narrateur. descriptions de tableaux et études architecturales issus de cette histoire. où le principal lui a été donné ». grande fresque retraçant le destin de Jean. 40 ans de littératures du Sud.-M. échecs Paris : Maisonneuve et Larose. font partie de ce qui m’a été donné premièrement. Catherine MISSONNIER Le Goût de la mangue (r. 2003 (coll. Aventure) ISBN : 2-7427-4253-0 23 € Dans l’histoire de Lisbonne. elle retrouve la maison cossue des Bastien.23 € Après Le Rire orange (paru en 2001 chez le même éditeur). À la fois sociale et culturelle. ISSN : 1280-4215 22 € Au sommaire notamment : « Traite et esclavage en Afrique occidentale au XIXème siècle. elle doit tenir compte des aspirations des musulmans. Petite bibliothèque Payot/Voyageurs) ISBN : 2-228-89682-9 9 € Études Isaiah BERLIN Le Sens des réalités Préface de Gil Delannoi. maître de conférences à l’université de Melbourne (Australie). de ne pas parvenir à inventer leur destin. 352 p. 2003. et évoque l’immigration actuelle. politique et militaire. étudie ici les représentations de l’utopie dans les romans de J. née en 1969 d’une mère jamaïcaine et d’un père écossais. Le Clézio : leurs rapports éventuels avec des points de la biographie et de la période de formation de l’auteur. 1993). l’engagement de l’intellectuel. Pirates noirs et marins de la traite. 156 p. qu’elles vont (re)découvrir la planète Caraïbe. pirates et corsaires dans la carrière des Indes » (Nicolas Ngou-Mvé)… Jacqueline DUTTON Le chercheur d’or et d’ailleurs.) Paris : Éditions de Minuit. Sûr de son bon droit. conflits et échecs. Revue des littératures du Sud. 2003. Écritures) ISBN : 2-7475-3955-5 13. comme le mouvement romantique. (coll. son dernier roman. 216 p. Blanche) ISBN : 2-07-076853-8 22 € « L’exil. le socialisme. Cahiers des anneaux de la mémoire (Europe – Afrique – Amériques). porte de l’Occident sur l’Afrique. L’auteur est anthropologue à l’IRD et travaille sur la jachère au Burkina Faso..) Avec la collaboration de Viviane Lièvre Arles : Actes Sud. la mère de Jeannette. l’Europe. Espoirs.) Paris : Éditions Thierry Magnier. De l’effet pervers de « l’humanitarisme » occidental » (Catherine Coquery-Vidrovitch) . Ainsi l’auteur se justifie-t-il de Révolutions. Il m’a toujours semblé […] qu’un romancier doit être porté à écrire sur les premières années de sa vie. également ethnologue. une importance déterminante dans la destinée de l’humanité.50 € Une sélection de huit histoires traditionnelles exprimant la magie des paysages africains du Sahel et des sociétés qui y vivent. et dans la manière d’éviter la prolifération des idéologies et de garder le sens des réalités. etc. 96 p. le Mexique. 400 p.86 € Madagascar. 4. 448 p. avril . nègres marrons.-M. sa famille d’accueil. réussites. les tensions latentes vont faire brusquement irruption dans le quotidien de l’adolescente… À partir de 13 ans.G. à travers la France (en particulier Nice).-M. les éléments qui apparentent ses romans à l’utopie. 2003. Marie NDIAYE Papa doit manger (th. Alexandra et Jeannette partagent le même appartement et la même angoisse secrète. la place de l’utopie dans la construction de son œuvre. « L’économie politique des échanges transahariens et des traites négrières arabes et atlantiques » (Samir Amin) . Nos mémoires Revue annuelle publiée par l’Association les Anneaux de la Mémoire de Nantes Nantes (44 000) : Les Anneaux de la mémoire. originaire de Lettonie et décédé en 1997. Roman) ISBN : 2-84420-104-0 6.

ISBN : 2-84420-171-7 23 € Aissata est une petite marchande de journaux à Dakar. Il étudie la communication sans frontières et dresse un portrait anthropologique de la mondialisation. Inaam KACHACHI Paroles d’Irakiennes.50 € Nicolas Michel est écrivain et journaliste. 2002. voit réapparaître aujourd’hui de nouveaux débats : les défis posés par l’aggravation de la pauvreté. (coll. Catherine Pierre et Catherine Bricourt. Tirthankar Chanda. un dossier sur « La guerre et la paix ». rue Bobillot. Aujourd’hui. 75 013 Paris 20 € Comité de rédaction : Jean Guiloineau. Les chroniqueurs de Mésopotamie racontaient qu’au pays de Sumer. une langue avait été inventée spécifiquement pour les femmes. (coll. 2003.) Livre accompagné d’un CD audio (40 min. sur certains problèmes politiques liés aux questions religieuses et sur des phénomènes religieux anciens ou récents. Ces carnets. Littérature et société. « Hugo vu d’ailleurs ». N° 150. la littérature afro-américaine . 416 p. un appareil et un cadre à la main. tout au long des étapes de leur pèlerinage. Emmanuel Lepage est un être à part. Ce colloque s’est tenu au Trinity college de Dublin.80 € En noir et blanc. Zellige) ISBN : 2-7068-1685-6 25. happé par son désir de voyager loin. vu à travers une manière originale de photographier. les fonds traditionnels et les pratiques nouvelles. l’instabilité financière des économies. une analyse de la complexité de la géographie religieuse. littéralement langue bien pendue. Divers Fenêtre sur La Mecque Photographies de Benyoucef Cherif. a. sont la seule trace que nous ayons de lui. le quotidien des hadjis. (coll. les pélerins de La Mecque. Thèmes des prochains numéros. 372 p. l’endettement. entre autres. C’était il y a cinq mille ans. langue de querelle et de chamaillerie.juin 2003 . Au sommaire notamment de cette nouvelle revue : un dossier sur « la littérature indienne ». qui l’utilisaient dans leurs assemblées. ni l’humeur chamailleuse… Emmanuel LEPAGE et Nicolas MICHEL Brésil. Cette langue s’appelait “lisani salti”. 2002. © Notre Librairie. 2002. la littérature hongroise… Thresholds of otherness / Autrement mêmes. Constantin VON BARLOEWEN Anthropologie de la mondialisation Traduit de l’allemand par Olivier Mannoni Paris : Éditions des Syrtes. Cet ouvrage est son premier essai à paraître en France.K. prononcées à l’occasion de la conférence organisée en l’honneur du départ à la retraite du grand professeur Roger Little. 32 p. 212 p. Elle voudrait épouser une star internationale et ne plus vendre le journal… À partir de 6 ans. Avec de nombreux extraits d’œuvres et morceaux choisis. en 4 grandes parties : un panorama géographique. 40 ans de littératures du Sud. Il a été également impliqué dans différents programmes internationaux en matière de culture et de développement. Marie-Claudette Kirpalani. (quadrichromie) ISBN : 2-203-35921-8 15. Stéphanie TREILLET L’économie du développement Paris : Nathan. Croyances. Revue des littératures du Sud. et les différentes conséquences de la mondialisation libérale. au sud de l’Irak actuel. à Princeton (États-Unis).) : Grant and Cutler LTD. 2003. Circa) ISBN : 2-09-191240-9 14 € L’économie du développement. apanage de Dieu seul… Muriel BLOCH (textes). Atlas/Monde) ISBN : 2-7467-0264-9 ISSN : 1169-4696 13 € Cet ouvrage est un synthèse sur les grandes religions du monde. Fragments d’un voyage Bruxelles (Belgique) : Casterman. 2003. originaire d’Argentine. il décrit les rapports entre la technique et la civilisation. Jérôme Vérain. qui a disparu. 64 p. Essais / documents) ISBN : 2-84261-434-8 13 € Recueil et présentation de textes. administration et service abonnements : 41. Sophie Képès.) Paris : Éditions Thierry Magnier. pratiques et territoires Avec la participation de Madeleine Rouvillois. amènent nombre d’économistes à redéfinir les multiples problématiques du développement. successivement à l’université d’Harvard. préface de Malek Chebel Paris : Maisonneuve et Larose. préface de Jean Baubérot Paris : Autrement. rue du village. ainsi que des chroniques. 2002. ISBN : 2-84545-066-4 25 € L’auteur. entre autres. puis à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales de Paris. Le drame irakien écrit par des femmes Traduit de l’arabe par Mohammed Al Saadi Paris : Le Serpent à Plumes. qui se proposait de comprendre les structures et les mécanismes d’évolution des économies du Tiers-Monde. n° 1. Identity and Alterity in French-Language Literatures Sous la direction de David Murphy et Aedin Ni Loingsigh Londres (U.Siècle 21. 2003. les nouveaux écrivains anglais . envoyés par l’auteur à sa propre adresse en France. les femmes d’Irak n’ont plus le verbe aussi acerbe. 80 p. Brigitte DUMORTIER Atlas de religions. certaines en français et d’autres en anglais. la littérature de Moscou . Première année. À l’aide d’une science culturelle comparée qui définit l’homme de manière empirique par l’observation de ses conditions de vie. (coll. 11 300 Villelongue d’Aude Rédaction. ni l’esprit querelleur. les relations entre États et religion. du 23 au 25 septembre 1999. Blaise PATRIX (images) et Guilla THIAM (Musique) La Marchande de soleils (j. enseigné et dirigé des travaux de recherche. 188 p. 72 p. Il présente ces carnets de voyage atypiques. aux illustrations pleines d'attention et de délicatesse. automne 2002 Revue semestrielle publiée par l’association Siècle 21 Siège social : 1. Les prises de vue sont en effet interdites par le Coran car elles sont assimilées à une représentation humaine. ISBN : 0-7293-0429-9 48 $ US Cet ouvrage regroupe l’ensemble des communications. entre autres : La littérature d’Afrique francophone . avril .

oct. et non pas Monsieur Papa Samba Diop. une saisie informatique malencontreuse a localisé en France deux maisons d’édition situées à Portau-Prince en Haïti. • Dans la rubrique « Vient de paraître ». poèmes. ainsi que les membres actifs de la FIPF. la réactivité quotidienne à l’actualité et l’information sur les événements peut être réservée à cet espace. ISBN : 2-7475-4469-9. Parmi elles. à la page 154. N° 150.org/ Africultures n° 54. : colloque2003@francparler. telles le cahier critique. Revue des littératures du Sud. le sigle des FAR (Forces Armées Rwandaises) a été utilisé par erreur au lieu du sigle FPR (Front Patriotique Rwandais).org Africultures : nouvelle formule Après 53 numéros mensuels publiés depuis octobre 1997.-déc.-sept. les partager » : tel est l’intitulé du colloque annuel de la Fédération Internationale des Professeurs de Français (FIPF). couverture cartonnée.org/colloquejuin2003. boulevard Raspail F-75270 Paris Cedex 06 Tél : + 33 (0) 1 42 84 90 00 Fax : + 33 (0) 1 42 84 91 00 info@alliancefr. Journées malgaches à l’Alliance Française de Paris Du 7 au 10 avril dernier. juil. contes dans l’enseignement du Français : les faire découvrir.-mars 2003 : à la page 135. change de forme*. Diffusion : éditions l’Harmattan. Ainsi.juin 2003 . mais mieux à même de livrer une réflexion de fond sur les grands thèmes de l’heure. 19. Alliance Française de Paris 101. 2002 : • à la page 44.org http://www.alliancefr. 240 p. Comité d’organisation du Colloque de la FIPF 1. le thème de la manifestation fait également intervenir des écrivains ainsi que des journalistes de différents médias. © Notre Librairie. les chroniques et correspondances des écrivains africains. à l’occasion d’une table ronde autour de la « littérature dans les médias ». qui reçoit en moyenne plus de 1 600 visites chaque jour. « la lettre des musiques et des arts africains ». Toutes nos excuses aux personnes concernées par ces« coquilles » bien involontaires. suivi des rubriques habituelles. professeurs et étudiants venant du monde entier.80 €. l’Alliance Française de Paris a accueilli une série impressionnante de manifestations culturelles venues de Madagascar.htm Mél. pays qui commémorera l’an prochain le bicentenaire de son indépendance.fipf. * Format : 16x24 cm.africultures. N° 149 : « Cinémas d’Afrique ». janv. les écrire. l’ouvrage Fictions africaines et postcolonialisme a été réalisé sous la direction de Monsieur Samba Diop. approfondit son contenu et devient une revue trimestrielle de 240 pages en noir et blanc. tenu du 25 au 27 juin 2003 dans les locaux du Centre International d’Etudes Pédagogiques de Sèvres. 40 ans de littératures du Sud.com Contact : Marian Nur Goni au +(33) (0)1 43 57 52 41 Rectificatifs N° 148 : « Penser la violence ».. avenue Léon Journault 92 318 Sèvres Cedex Tél. avril . L’Afrique et la globalisation culturelle ». : +33 (0)1 46 26 01 83 Fax.Brèves Colloque annuel de la FIPF « Textes. Le succès du site Internet de la revue a conduit à ce remaniement. une inversion de cliché issu de la même source fait apparaître Mambaye Coulibaly à la place de Sembène Ousmane qui figure cidessous. En effet. et également sur le site : www. nouvelle maquette élégante largement illustrée. comprend un dossier consacré à« l’Afrique et la globalisation culturelle ». 1er trimestre 2003. 2002 : aux pages 47 et 50 de l’article de Daniel Delas. : +33 (0)1 46 26 81 69 Site Internet : www. les aimer. « Afrique Tout-monde. notons une exposition de photographies de Pierrot Men et des lectures de textes d’auteurs malgaches par la journaliste et écrivaine Michèle Rakotoson. papier 100 g couché mat. la dernière livraison inaugure cette nouvelle formule : le numéro 54 (janvier-mars 2003). Réunissant de nombreux chercheurs. N° hors-série : « Guide pratique de l’illustrateur ». toujours largement illustrée et ancrée dans l’actualité. la revue Africultures.

les représentations du Diable à la longue queue. Jacques Pelletier. à la faculté de Jussieu. avril . Son prix public est de 19 € pour l’Europe et les Antilles et de 12. musique. Rappelons que depuis sa création en 1991.ebad. D’une présentation agréable. directeur général de l’AFD. des chercheurs et quelques décideurs représentant 16 pays. N° 150.C. a été notamment directeur de la rédaction de plusieurs magazines spécialisés dans ce domaine. sous un soleil de plomb. il a cessé ses activités rédactionnelles pour se consacrer à l’enseignement des « problèmes du monde contemporain ». Chamelle. après « Les griots de l’an 2000 ». La prochaine est annoncée pour le 3 septembre 2003. Agence Française de Développement Département communication 5. : +33 (0)1 42 39 14 77 Réservations : +33 (0)1 40 03 93 95 Une revue + un livre inédit Le groupe Jeune Afrique vient de faire paraître un périodique intitulé La revue de l’intelligent – pour l’intelligence du monde. et apportant un éclairage sur la coopération et son impact sur les populations. : +33 (0)1 40 03 93 95 © Notre Librairie. spécialisé dans les questions d’économie et de développement. contes. Archivistes et Documentalistes avec la coopération de la Bibliothèque nationale de France et de la Bibliothèque nationale du Sénégal. Après « Afrique noire et blanche » en 1997. : + 33 (0)1 53 44 31 31 Fax. le TILF nous a conviés à ce troisième rendez-vous africain placé sous le signe de la polyphonie des expressions dramatiques africaines. pour sa onzième édition.ucad. 40 ans de littératures du Sud. Les bibliographies nationales restent un sujet de préoccupation : leur parution irrégulière. Par ailleurs. ainsi qu’à l’écriture. Le premier numéro de cette publication bimestrielle tirée à 14 000 exemplaires se compose de la revue proprement dite et d’un livre-supplément inédit de Jacques Bertoin consacré à Joseph Pulitzer. Souffles. La manifestation était organisée par l’École des Bibliothécaires. je vous aime.juin 2003 . les résultats de l’enquête sur les bibliothèques nationales d’Afrique de l’Ouest devraient donner lieu à la création d’une base sur un site Internet. avenue Jean Jaurès 75 019 Paris Tél.fr Les bibliothèques nationales en Afrique francophone au XXIe siècle Tel était l’intitulé du colloque qui s’est tenu à Dakar du 5 au 7 mai 2003. Parmi cette riche programmation. Chaque nouveau livre allant enrichir une collection intitulée « La Bibliothèque de l’intelligent ». Il raconte l’exode pénible.. ancien directeur général de l’Unesco. le Théâtre International de Langue Française (TILF) a consacré cinq semaines au continent noir du 6 mai au 14 juin. Ïean-Michel Severino. dont celle d’Amadou Mahtar Mbow. Revue des littératures du Sud. Les souvenirs de la dame en noir. mais aussi lectures. Les actes seront publiés ultérieurement. Il en ira de même pour chaque parution. de la chorégraphe Irène Tassembedo.sn. et d’Ariane. l’absence de normalisation au niveau régional rendent aléatoires l’approche globale. La revue de l’intelligent 57bis.Fax.PARIS Tél. ce prix a été attribué à des auteurs de tous horizons pour des romans. rue Roland Barthes 75 598 Paris cedex 12 Tél. La suite africaine À l’initiative de Gabriel Garran.Brèves Prix Tropiques 2002 La remise du prix Tropiques 2002. et donc la valorisation de la production africaine. À noter que les griots étaient à l’honneur. du dramaturge Maxime N’Débéka. ont décerné cette année le prix à Marc Durin-Valois pour son roman Chamelle. Une journée a été consacrée exclusivement au« vivier congolais ». Lattès. Aujourd’hui. débats et expositions. s’inspire fortement des cohortes de réfugiés hantant les lieux les plus désolés de la planète. s’est déroulée le 23 avril dernier au siège de l’Agence Française de Développement. les membres du jury et leur président. analyses et portraits relevés par une iconographie de qualité. qui est son second roman. conte moderne écrit et joué par la jeune comédienne sénégalaise Maïmouna Gueye. l’AFD souhaite faire une plus grande promotion des auteurs originaires de ses zones d’intervention publiés au Sud. : +33 (0)1 40 03 93 90 . paru en 2002 aux éditions J. Théâtre International de Langue Française 211. cette nouvelle revue de haut niveau intègre dossiers.afd. avec notamment « l’arbre à palabres » du conteur burkinabé Assane Kouyaté et le concert de Baba Sissoko et son groupe Taman Kan venus du Mali. entre autres. pièce pour 11 danseurs et musiciens burkinabés. avec. récits ou essais édités en France. à l’occasion du 50e anniversaire de l’AFD. : +33 (0)1 44 87 99 39 www. rue d’Auteuil 75016 . L’auteur. accompagnées de recommandations. d’une troupe de nomades qui est amenée à se séparer pour mieux résister à l’inévitable et peut-être à la mort. on retiendra la représentation de Madame. Les enjeux du patrimoine documentaire africain ont donné lieu à des communications de haut niveau. Toutes les communications devraient être prochainement mises en ligne sur le site de l’EBAD : http://www. Elle a réuni des professionnels (essentiellement les directeurs des bibliothèques nationales de la région). adaptation à la scène de la nouvelle de Caya Makhélé intitulée « Les travaux d’Ariane ». Depuis 1996. journaliste de profession. du dramaturge burkinabé Étienne Minoungou.500 CFA pour l’Afrique (zone CFA). Au programme des festivités : théâtre.

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