L’ABBÉ JULES, ou l’évangile du cynisme

UN ROMAN NOVATEUR L’Abbé Jules est le second roman d’Octave Mirbeau (1848-1917) paru sous son nom, dix-huit mois après Le Calvaire. Il est sorti en mars 1888, chez Paul Ollendorff, qui a déjà publié tous ses romans écrits comme “nègre”1. Bien qu’il soit beaucoup moins mondialement célèbre que Le Journal d’une femme de chambre (1900) et que Le Jardin des supplices (1899), aux yeux de nombreux mirbeauphiles qui lui vouent une tendresse toute particulière, c’est l’œuvre romanesque, sinon la plus accomplie, du moins la plus originale, la plus fascinante et la plus puissante qu’il ait écrite. Mais aujourd’hui encore elle est trop souvent méconnue : il faut croire qu’elle continue d’être des plus choquantes pour les chastes yeux d’un public bien-pensant, et peut-être aussi trop contraire aux habitudes culturelles et aux codes romanesques en vigueur pour espérer être bien comprise par un lectorat misonéiste et une critique tardigrade, quand elle n’est pas carrément rétrograde. Heureusement quelques confrères avisés ont, à l’époque, sauvé l’honneur de la profession et ont manifesté au romancier leur admiration, voire leur enthousiasme, par exemple Stéphane Mallarmé, Georges Rodenbach, Guy de Maupassant, José-Maria de Heredia et Théodore de Banville. C’est pour remercier ce dernier d’une élogieuse lettre que, de Kérisper, près d’Auray (Morbihan), où il séjourne depuis près d’un an, Mirbeau adresse au funambuliste poète une missive particulièrement précieuse, pour les explications qu’il y donne sur ses « intentions » : J'ai voulu, en effet, montrer, dans L'Abbé Jules, la lutte de la bête contre l'intelligence ; donner, autant que possible, la notion humaine de ce qu'est un damné, expliquer un de ces tempéraments mystérieux et exceptionnels – bien que fréquents – dont la rencontre nous étonne, et dont on dit légèrement : « C'est un fou », sans chercher à découvrir le mécanisme de ces êtres déréglés. Je l'ai connu, l'abbé Jules, je l'ai aimé 2 – car jamais aucun être ne souffrit autant que lui – et j'ai tenté de le rendre dans toute sa vérité effrayante. On me reproche le grossissement que je donne aux choses et aux êtres. On a peut-être raison. Mais, cependant, quand on se penche au-dessus de cet abîme qu’est l’homme et qu’on en interroge la profondeur inexpliquée, n’est-on pas pris de vertiges et d’hallucinations ? Ce n’est point pour défendre mon livre – croyez-le bien –, que je sais mauvais, déhanché, mais pour vous éclairer sur mes intentions que je vous écris ces quelques lignes. À côté des passions éternelles, presque toujours pareilles, dans chaque individu il y a des particularités morales et physiologiques. Et c’est une de ces particularités que j’ai essayé de fixer. Je ne généralise pas, et il ne faudrait pas conclure, de l’abbé Jules, au mauvais prêtre, bien que j’aie vu beaucoup de prêtres campagnards, et qu’ils m’aient

Avant de publier Le Calvaire, en novembre 1886, Mirbeau a rédigé une dizaine de romans comme nègre. Cinq d’entre eux ont été publiés en annexe de mon édition de l’Œuvre romanesque de Mirbeau (Buchet/Chastel – Société Octave Mirbeau, 3 volumes, 2000-2001) et sont consultables en ligne sur le site des Éditions du Boucher (http://www.leboucher.com/vous/_accueille.html?mirbeau/romans.html~centregc). 2 Le modèle de Jules auquel Mirbeau fait ici référence est son oncle paternel prénommé Louis-Amable. Voir l’article de Max Coiffait, « L’oncle Louis-Amable dans la malle de l’abbé Jules », Cahiers Octave Mirbeau, n° 10, mars 2003, pp. 200-214.

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laissé presque toujours une impression désolante, d’indifférence religieuse et de passions grossières. [...] Je vous remercie avec émotion de votre lettre. Elle a, pour moi, un prix énorme, car je sens que tous les deux, nous sommes ravagés par le même mal, abominable et délicieux, qui est ce que j’appelle le Kyste d’art3. Cette lettre, récemment découverte, est d’une importance capitale, car elle nous éclaire sur le projet du romancier et sur ses critères esthétiques. Pour la clarté du propos, je mettrai en lumière quatre points principaux. • Mirbeau prend tout d’abord le plus grand soin de se différencier du naturalisme zolien honni et de ses prétentions, grotesques à ses yeux, à faire œuvre de science, donc à tout expliquer, et à légitimer du même coup de hâtives généralisations. Le « mauvais prêtre » est en effet un des personnages récurrents de l’humanité peinte par les écrivains naturalistes et confine au stéréotype, voire au cliché. Mais ce genre de prêtres, vulgaires, stupides et concupiscents, contre lesquels vitupère précisément l’abbé Jules, n’a, bien entendu, aucun rapport avec les raisons pour lesquelles il est lui aussi un « mauvais prêtre », en révolte contre sa propre Église, et qui résultent bien plutôt de la dualité de l’humaine nature en général et, en particulier, de « la lutte de la bête contre l'intelligence » qui affecte certaines âmes d’exception. Car Jules, loin d’être un prêtre ignorant aux appétits triviaux, est précisément doté d’une âme d'exception, assoiffée d'absolu, exaltée, en quête d'idéal, et par conséquent continuellement blessée par les grossièretés de la vie. Au lieu de vouloir banaliser son personnage au nom d’une problématique “vérité” sociologique reposant sur une pseudomoyenne, Mirbeau cherche au contraire à l’individualiser en le dotant de « particularités morales et physiologiques » – traits de caractère, manières d’être, démarche, ton de voix, tics de langage (le célèbre « T'z'imbéé... ciles », par exemple) –, qui permettent de le distinguer immédiatement de la masse de ses congénères. De surcroît, le romancier s’intéresse moins au problème social de la condition des prêtres catholiques, dont l’athée et l’anticlérical qu’il est n’a évidemment nul souci, qu’à la difficulté existentielle à laquelle, bien au-delà du cas particulier de Jules Dervelle, se heurte douloureusement tout être pensant et disposant d’un tant soit peu d’esprit critique, déchiré qu’il est en permanence entre les besoins de son corps et les exigences de la religion dont il a hérité, entre son besoin de croire en quelque chose qui donne du sens à sa vie et l’impossibilité d’y parvenir. Le qualificatif de « damné » – que Mirbeau emprunte à Maupassant et qui ne saurait manquer de faire penser aux Possédés de Dostoïevski – permet, certes, de généraliser, mais d’une manière bien différente de celle à laquelle invitent les romanciers naturalistes : non pas du cas d’un simple prêtre de base à la condition ecclésiastique en général, mais d’un individu spécifique, situé précisément dans le temps, l’espace et la hiérarchie sociale et gratifié de multiples traits qui l’individualisent, à la condition tragique infligée à l’humanité tout entière, perpétuellement écartelée, pour reprendre les termes de Baudelaire, entre le Spleen et l’Idéal. Aussi bien l’admiratif Stéphane Mallarmé est-il bien en droit de voir en Jules « un douloureux camarade », cependant que Guy de Maupassant y retrouve « un de ces tempéraments mystérieux et exceptionnels, bien que fréquents, dont la rencontre nous étonne, et dont on dit légèrement : “C’est un fou”, sans chercher à découvrir le mécanisme déréglé de ces êtres4 » – formule que Mirbeau reprend
3 Collection Pierre Michel. L’expression de « kyste d’art » est très curieuse, et c’est, à notre connaissance, la seule occurrence sous la plume de Mirbeau. Elle sous-entend que les exigences artistiques constituent une sorte d’excroissance parasite chez certaines âmes d’élite. 4 Lettre de Guy de Maupassant à Octave Mirbeau, fin mars 1888 (collection particulière). Maupassant écrit aussi , parlant de l’abbé Jules : « Il m’a donné la notion précise de ce qu’est un damné. Ce vieux mot s’est éclairé pour moi à cette lecture, et j’ai suivi, avec angoisse, tous les bonds de cette âme de possédé. Il est hallucinant, effrayant et sympathique, cet homme, dont toutes les idées, tous les sens, tous les goûts sont déchaînés. » Voir notre article « Maupassant et L’Abbé Jules », Cahiers Octave Mirbeau, n° 11, mars 2004, pp.

presque textuellement dans sa lettre à Théodore de Banville, tant il est heureux d’avoir été si bien compris. • Mirbeau évoque ensuite le « grossissement » donné « aux êtres et aux choses », et qui est si caractéristique de sa manière. Cela relève, bien sûr, de l’art d’un caricaturiste tenté de forcer les traits pour mieux faire ressortir ces « effrayantes vérités » que le lecteur timoré ne souhaite généralement pas regarder en face, histoire de préserver son confort moral, sa bonne conscience et ses paisibles digestions5. Mais on peut aussi y voir de l’expressionnisme avant la lettre et la projection de la personnalité même du romancier, qui donne à tout ce qu’il crée une « vie étrange qui est en lui et qui est lui », comme Mirbeau l’expliquera trois ans plus tard à propos de Vincent Van Gogh, dont il s’inspirera pour imaginer le peintre Lucien de Dans le ciel6 : « Il ne pouvait pas oublier sa personnalité, ni la contenir devant n'importe quel spectacle et n'importe quel rêve extérieur. Elle débordait de lui en illuminations ardentes sur tout ce qu'il voyait, tout ce qu'il, touchait, tout ce qu'il sentait. Aussi ne s'était-il pas absorbé dans la nature. Il avait absorbé la nature en lui ; il l'avait forcée à s'assouplir, à se mouler aux formes de sa pensée, à le suivre dans ses envolées, à subir même ses déformations si caractéristiques. Van Gogh a eu, à un degré rare, ce par quoi un homme se différencie d'un autre : le style. Dans une foule de tableaux, mêlés les uns aux autres, l'œil, d'un seul clin, sûrement, reconnaît ceux de Vincent Van Gogh, comme il reconnaît ceux de Corot, de Manet, de Degas, de Monet, de Monticelli, parce qu'ils ont un génie propre qui ne peut être autre, et qui est le style, c'est-à-dire l'affirmation de la personnalité. Et tout, sous le pinceau de ce créateur étrange et puissant, s'anime d'une vie étrange, indépendante de celle des choses, qu'il peint, et qui est en lui et qui est lui 7. » L’Abbé Jules, ce n’est pas seulement la peinture « effrayante » d’un être d’exception, quoique emblématique, ni la satire au vitriol d’une vie petite-bourgeoise étriquée et d’une institution ecclésiastique hypocrite et oppressive, c’est avant tout l’expression d’un style, par quoi s’affirme la personnalité non moins exceptionnelle du romancier, qui a justement donné à son personnage nombre de ses propres traits de caractère : ses tortures, ses remords, cette dualité permanente qu'attestaient ses lettres de jeunesse à Alfred Bansard8, son propre goût de la mystification, sa passion pour les livres, son amour exalté pour la nature, ses alternances de masochisme et de férocité, son éloquence passionnée, et aussi, bien sûr, sa révolte et ses idées métaphysiques et sociales 9. Et c’est ce style qui explique qu’on puisse, « d’un seul clin », reconnaître un texte d’Octave aussi bien qu’une toile de Vincent... Dès lors, vouloir appliquer à une œuvre aussi personnelle les critères d’appréciation du commun des romans d’inspiration prétendument réaliste n’a pas plus de sens que de vouloir jauger des œuvres telles que La Nuit étoilée10, L’Église d’Auvers ou le Portrait du Dr Gachet à l’aune de la ressemblance photographique des modèles qui les ont inspirées.
229-234. Sur Mirbeau caricaturiste, voir l’article de Bernard Jahier, « La Caricature dans les Contes cruels d’Octave Mirbeau », Cahiers Octave Mirbeau, n° 14, 2007, pp. 115-139. 6 Roman publié en feuilleton dans L’Écho de Paris en 1892-1893 et en volume aux Éditions de L’Échoppe, Caen, en 1989. Il est recueilli dans le tome II de l’Œuvre romanesque et consultable en ligne sur le site des Éditions du Boucher. 7 Octave Mirbeau, « Vincent Van Gogh », L’Écho de Paris, 31 mars 1891 (article recueilli dans les Combats esthétiques de Mirbeau, Séguier, 1993, tome I, pp. 442-443). 8 Publiées par mes soins en 1989, aux Éditions du Limon, et recueillies dans le tome I de la Correspondance générale de Mirbeau (L’Age d’Homme, Lausanne, 2003). 9 On pourrait même ajouter un autre point commun entre le créateur et sa créature : Jules s'est prostitué pendant une douzaine d'années pour le compte d'une Église pourrie, empoisonneuse des corps et des âmes, qu'il vilipendait in petto, tout comme Octave, pendant le même laps de temps, a prostitué sa plume dans la presse vénale et anesthésiante, empoisonneuse des esprits ; et tous deux, rongés par le remords, ont, chacun à sa façon, entrepris d'expier, après avoir fait l'expérience d'un grand et douloureux tournant. 10 La Nuit étoilée fait partie des toiles de Van Gogh que Mirbeau prête au peintre Lucien de Dans le ciel.
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• Autre précision d’importance, dans la lettre à Banville : bien qu’il ne cite pas le nom de Dostoïevski, dont il vient d’avoir la « révélation » en découvrant L’Idiot11, c’est bien à la lumière, si j’ose dire, de la psychologie des profondeurs du grand romancier russe que Mirbeau envisage son héros éponyme : « abîme », « profondeur inexpliquée », qui suscite des « vertiges » et des « hallucinations », voilà qui change singulièrement le lecteur de l’époque de la « psychologie en toc » et des rémunérateurs « adultères chrétiens » de son ex-ami Paul Bourget, armé de son dérisoire « scalpel » avec lequel il entreprend présomptueusement de décomposer la psyché humaine en éléments simples – beaucoup trop simples, aux yeux de notre romancier, pour n’être pas éminemment suspects... Non seulement Jules n’a rien de ces fantoches artificiellement manipulés par l’autoproclamé psychologue, dont Mirbeau ne cessera plus de se gausser, mais il est destiné à rester à tout jamais « une indéchiffrable énigme », que le narrateur en culottes courtes renonce donc le plus souvent à déchiffrer, au risque de décevoir l’attente des lecteurs. À défaut d’explications rationnelles, le romancier tente du moins de faire sentir, par-delà les apparences, les gestes, les propos, les comportements d'un personnage saisi de l'extérieur, son âme profonde, les balbutiements de sa personnalité, occultée par les règles sociales ou dévoyée par suite des refoulements sexuels liés à l'imprégnation religieuse. Bref, à une connaissance froide et désincarnée, il entend substituer la vie psychique dans toute sa complexité, ses fluctuations, ses contradictions, ses ténèbres. Suggérer au lieu de tout dire. Montrer en actes au lieu d'analyser en mots. À une époque où la science commence à se prétendre inconsidérément en mesure de dissiper les mystères de la vie, Mirbeau se garde farouchement de ces naïves illusions scientistes, même s’il se sent parfois obligé – nous y reviendrons – de faire quelques concessions au déterminisme classique et de fournir au lecteur désorienté un minimum d’éléments de compréhension. • Reste enfin, dans la lettre à Banville, l’intéressant aveu d’un défaut, qui mérite également d’être relevé : Mirbeau juge son roman « déhanché ». De fait, L’Abbé Jules est fort étranger aux règles traditionnelles de composition, qui exigent qu’un roman soit bien charpenté par une intrigue dotée d’un début, d’un milieu et d’une fin, qu’il y ait un nœud et un dénouement, et que tous les événements rapportés s’enchaînent logiquement, voire implacablement, comme dans toute tragédie digne de ce nom, et comme c’était le cas dans tous les romans que Mirbeau a rédigés comme “nègre” au début des années 1880 12. Or rien de tel ici : loin d’être linéaire, le récit est coupé d’un très long retour en arrière, d’une dimension tout à fait inhabituelle, lui-même entrelardé d’un deuxième flash back en abyme ; et, d’une façon bien désinvolte, le narrateur laisse dans l’ombre, sans fournir la moindre explication et sans essayer de combler la lacune, six années de la vie de son oncle, dont l’évocation revient comme un leitmotiv dans les conversations familiales. La façon dont l’auteur a été amené à travailler à son roman permet de mieux comprendre le déhanchement de son récit. Après avoir songé un temps à donner au Calvaire, son premier roman officiel, paru en novembre 1886, une suite qui se serait appelée La Rédemption et dont il eût souhaité faire « le chant de la terre », Mirbeau a reculé devant une tâche qui n’était pas vraiment dans ses cordes et s’est rabattu sur une longue nouvelle de 150 pages, qui devait s’appeler Le Testament de l'abbé. À en juger par le titre envisagé, elle devait initialement être centrée sur l'ouverture du fameux testament de l'abbé en forme de pied de nez posthume et se situer dans la tradition de contes du moyen-âge tels que ceux de Boccace. Mais, outre qu’elle n'a cessé de prendre de l'ampleur
Il y voit un « prodigieux livre » d'un « dénudeur d'âmes », en comparaison duquel tout lui semble vide et faux : « Il n'y a rien, rien que des redites, cent fois dites. Goncourt, Zola, Maupassant, tout cela est misérable au fond, tout cela est bête ; il n'y a pas un atome de vie cachée — qui est la seule vraie. Et je ne m'explique pas comment on peut les lire, après les extraordinaires révélations de cet art nouveau qui nous vient de Russie » (lettres de Mirbeau à Auguste Rodin et à Paul Hervieu, juillet 1887, Correspondance générale, t. I, pp. 684-686). 12 Voir notre article « Quand Mirbeau faisait le nègre », dans les actes du Colloque Octave Mirbeau du Prieuré Saint-Michel, Éditions du Demi-Cercle, 1994, pp. 80-112.
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au fil de la rédaction, le changement de titre, en passant de la nouvelle au roman, est révélateur d'un changement d'optique : alors que, dans la nouvelle, le clou du récit devait être la mystification posthume de Jules en guise de démonstration expérimentale, le nouvel intitulé place au centre du roman la personnalité même de ce prêtre extravagant, d'autant plus fascinant qu'il est plus mystérieux. Dès lors, la perspective du récit en est modifiée : au lieu que tous les épisodes soient agencés en vue de la scène finale, conformément à une conception classiquement finaliste de l'œuvre, où tout doit avoir un sens – à la fois une signification et une direction –, désormais l'ouverture du testament n'est plus que l'aboutissement chronologique d'événements rapportés depuis la prime enfance du personnage, sans en être la conséquence inéluctable, tant la personnalité de l'abbé est contradictoire et imprévisible. Au finalisme inhérent au roman balzacien et zolien se substitue la contingence du récit – ce que confirme par ailleurs une rédaction qui, à en croire les lettres de l’époque, avance au jour le jour, sans plan préétabli ni cadres rassurants, au hasard de la plume et de l’inspiration. Dans un univers absurde, livré au chaos et où rien ne rime à rien, il serait, selon lui, naïf et mensonger de faire comme si... et de produire un récit qui entretienne l’illusion d’un cosmos ordonné, obéissant à des lois immuables et décryptables. Mais si le romancier voit là un défaut, c’est qu’il tâtonne encore et n’est pas très sûr de lui : à la recherche de voies nouvelles, il n’a pas encore coupé tous les ponts avec les normes romanesques en vigueur, comme il le fera par la suite dans Le Jardin des supplices (1899), Les 21 jours d’un neurasthénique (1901), La 628-E8 (1907) et Dingo (1913), où la désinvolture croissante et le recours au collage, à la fable, à la caricature et à l’autofiction 13, selon des dosages variables, lui permettront de frayer des voies totalement nouvelles et de contribuer à la mise à mort du vieux roman codifié et normalisé au XIXe siècle14. En 18871888, il a beau vouloir secouer les chaînes imposées par la doxa littéraire, choquer roidement les bienséances (pensons au prêche inaugural de l’abbé Jules, ou à la scène particulièrement shocking du père Pamphile chez Lebreton), et transgresser les codes de la vraisemblance et de la crédibilité romanesque15, il n’ose pas encore assumer franchement ses propres audaces. C’est ainsi, par exemple, qu’il ne renonce pas à toute tentative d’explication des comportements de son héros (le narrateur met en lumière les facteurs héréditaires), comme s’il avait peur de l’avoir rendu par trop « indéchiffrable » aux yeux de son lectorat. C’est pourquoi, quand Alphonse Daudet, sur la base de quelques ingrédients de facture apparemment réaliste16, croit déceler « du Zola » dans un roman aussi visiblement en rupture avec la vulgate naturaliste, il ne s’en offusque pas vraiment : il est certes « désolé » de cette « appréciation », qui révèle une incompréhension foncière, mais, comme il l’écrit à son confident Paul Hervieu, il ne s’en prend qu’à lui-même : « Je croyais, c’était mon intention, mais la forme m’a trahi, donner au contraire une impression de grande tristesse, de mélancolie plutôt. J’ai raté mon effet 17. » C’est « raté », en effet, si l’on se place du point de
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Voir notre article « Octave Mirbeau et l’autofiction », Cahiers Octave Mirbeau, n° 8, 2001, pp. 121Voir notre préface à l’Œuvre romanesque de Mirbeau, Buchet/Chastel – Société Octave Mirbeau, tome

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I, 2000. La vraisemblance repose sur la conformité avec ce que l’on suppose, tacitement et par convention, être la réalité objective. La crédibilité romanesque renvoie au contrat tacite passé avec le lecteur et par lequel le romancier s’engage à faire croire à son propre récit en évitant les contradictions internes. Or, dans L’Abbé Jules, Mirbeau ne respecte pas ce contrat : ainsi, alors que Jules est en principe toujours vu de l’extérieur, à travers le regard de son neveu, le romancier n’hésite pas à nous faire pénétrer dans ses pensées et à nous faire suivre en direct les tempêtes sous un crâne qui ne cessent de l’agiter. 16 Par exemple, l’insistance marquée sur l’hérédité (mysticisme de la mère, alcoolisme et violence du père) et sur l'influence du milieu ; l’analyse critique de la petite bourgeoisie provinciale ; l’obsession de la question d'argent, qui entretient le suspense autour du testament ; la place importante accordée à la vie sexuelle et aux phantasmes érotiques du misérable abbé, etc. 17 Lettre de Mirbeau à Paul Hervieu, mi-mars 1888 (Correspondance générale, t. I, p 766).
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vue traditionnel et si l’on fait siens des critères d’appréciation qu’il jugera de plus en plus dépassés et qui n’auront plus guère cours un siècle plus tard. Mais on peut au contraire voir, dans cette ambiguïté générique et dans ces tâtonnements d’un romancier conscient des apories du genre et en quête de renouvellement, une forme de modernité et une richesse supplémentaire. UN NOUVEL ÉVANGILE ? Si Mirbeau tient tellement à se dissocier du naturalisme zolien, fût-ce avec le sentiment de n’y pas être totalement parvenu, ce n’est pas seulement pour des raisons purement littéraires : il a en effet le sentiment d’avoir à nous dire quelque chose de carrément nouveau, à nous transmettre quelque chose de fondamental à ses yeux, et la forme romanesque qu’il a adoptée, non sans quelque flottement, doit tout naturellement être adaptée à son propos, qui est éminemment subversif. Tout d’abord, au centre de son roman Mirbeau a placé un personnage de prêtre libre 18, hystérique19, exalté et perpétuellement en colère, dont on est étonné qu’il ne se soit pas plus défroqué que le fameux curé Meslier20, au XVIIIe siècle, ou que l’un de ses modèles plus proche de lui, l’abbé Verger21 – dont le nom est précisément cité au cours du récit comme une sorte de personnage diabolique. C’est cet imprécateur ensoutané, Jules Dervelle, qui sert de révélateur des turpitudes sociales lorsqu’il revient s’installer dans son village natal, Viantais, avatar de Rémalard, dans l’Orne, après une longue disparition sans donner la moindre nouvelle. Dans le droit fil des cyniques grecs22, Mirbeau met en effet en œuvre une provocatrice pédagogie de choc, dans l’espoir de susciter une réaction chez les lecteurs – ou du moins une partie d’entre eux, car il est de naturel pessimiste –, de les obliger à se poser des qurestions et de faire luire chez eux une étincelle d’esprit critique. Par le truchement de son héros, il entreprend, selon la curieuse expression des cyniques, la « falsification » – c’est-àdire la démonstration expérimentale de leur fausseté – des institutions sociales et des valeurs les plus communément respectées, qu’il nous oblige à regarder en face, dans toute leur absurdité et leur horreur méduséenne : la famille n’est qu’un étouffoir, quand ce n'est pas un lieu d'exploitation de l'enfant, comme chez les Robin, et l'argent y corrompt les liens les plus sacrés ; les prétendues honnêtes gens ne nous apparaissent plus que comme « de tristes canailles », même le Dr. Dervelle, frère de Jules, que sa faiblesse rend complice de sa femme ; ce que, par antiphrase sans doute, on persiste à nommer “la justice”, n’est en réalité qu’« une infamie », comme l’illustre l’exemple cocasse et caricatural du juge Robin ; à
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C’est-à-dire non affecté à une paroisse et dispensé de la plupart des obligations afférentes au statut de

curé. Sur l’hystérie de l’abbé Jules, voir la thèse de Céline Grenaud, L’Image de l’hystérie dans la littérature de la seconde moitié du XIXe siècle, Université de Paris IV – Sorbonne, 2004, 956 pages ; et notre article, « Les Hystériques de Mirbeau », Cahiers Octave Mirbeau, n° 9, mars 2002, pp. 17-38. 20 Jean Meslier (1664-1729) était curé à Étrépigny, dans les Ardennes. C’est Voltaire qui l’a rendu célèbre en publiant partiellement, en 1762, son testament sacrilège. Athée et matérialiste, Meslier y dénonçait l’idolâtrie des religions, pures inventions humaines, et incitait ses confrères à se défroquer, comme le fera l’abbé Jules. 21 Prêtre libre né en 1826, l’abbé Jean-Louis Verger était aussi un exalté en révolte contre sa propre Église et, en particulier, contre le dogme de l’Immaculée Conception, qui venait d’être adopté. Il a été condamné à mort, après un procès bâclé, et guillotiné en urgence le 30 janvier 1857, pour avoir assassiné, le 3 janvier précédent, au beau milieu d’une messe solennelle en l’église Saint-Étienne-du-Mont, l’archevêque de Paris, Dominique Sibour. Sur Verger, voir l’article de Claude Savart, « À propos d’une lettre inédite de l’abbé Verger, l’assassin de Mgr Sibour », dans Histoire religieuse – Mélanges offerts à Jacques Gadille, Beauchesne, 1992, pp. 497-516. 22 Il est clair qu’ici il faut entendre ici le mot “cynique” au sens philosophique du terme, par référence à Diogène, et non dans son acception courante, par référence à des affairistes sans scrupules tels que Bernard Tapie ou Silvio Berlusconi. Voir notre article « Octavio Mirbeau el cínico », dans Sophia, Revista de filosofía, Quito, n° 5, 2009, pp. 101-107.
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l’expérience, les plus nobles idéaux qui poussent les hommes à l’action se révèlent homicides ; l'école, qui est supposée éduquer l’enfant et façonner un adulte responsable, ne fait en réalité que corrompre de sains instincts et participe de la dénaturation de l’homme ; quant à l’hypocrite organisation sociale dans son ensemble, elle constitue une vaste entreprise de compression de toutes les forces de vie, auxquelles elle tend à substituer « l'artificiel fantoche, la mécanique poupée de civilisation, soufflée d'idéal... l'idéal d'où sont nés les banquiers, les prêtres, les escrocs, les débauchés, les assassins et les malheureux »... À la lumière de Jean-Jacques, et à travers le regard de ce nouveau Diogène qu'est l'abbé Jules, le romancier nous oblige à nous interroger sur nos propres valeurs et à jeter sur les choses un regard neuf, déconditionné, débarrassé de toutes ces « chiures de mouches » que sont les préjugés corrosifs dont on enduit les futurs adultes afin de transformer de potentiels citoyens libres et pensants en de dégoûtantes larves manipulables et corvéables à merci. Mirbeau nous oblige aussi à découvrir sous un jour nouveau notre tragique condition humaine, une fois détruites les anesthésiantes illusions des religions. Loin d’avoir un sens et une finalité, le jardin des supplices qu’est la vie est foncièrement absurde et injuste, puisqu’elle est soumise à ce que Mirbeau appelle « la loi du meurtre » et que tous les hommes, les innocents et les justes comme les plus criminels, sont embarqués dans la même galère et condamnés à mort dès leur naissance ; « l'immense effroi de mourir » est inséparable de « l'immense dégoût de vivre », car l’existence terrestre n’est que souffrance pour l'homme, qui est en permanence condamné à l'inassouvissement ou à la satiété, à l'agitation stérile – le divertissement pascalien – ou à l'incurable ennui, comme l’illustre éloquemment le cas de l’abbé Jules ; le mal est enraciné en nous, et la conscience et la volonté de l'individu un tant soit peu lucide sont impuissantes à l'endiguer ; l’être pensant est bien capable de concevoir un idéal, mais il est fort en peine de l'atteindre, et il est constamment déchiré entre deux « postulations » simultanées et contradictoires, comme de nouveau en témoigne paroxystiquement l’abbé Jules.. Pour préserver sa dignité, il conviendrait de regarder en face ces vérités, ô combien dérangeantes, plutôt que de s’abêtir, comme le conseillait Pascal, et de s’aveugler, comme le font la masse des larves humaines, crétinisées par les religions. Alors la mort devrait cesser d’être à craindre, puisqu'elle est le retour dans le grand sein de la nature où l'âme s'éparpille : « Elle n'est que la délivrance de l'homme, le retour du prisonnier de la vie à sa véritable patrie, au néant bienfaisant et doux23. » En attendant l'heure de cette libération, il ne devrait plus rester au sage, c'est-à-dire à celui qui n'a d'autre ambition que de diminuer l'emprise de la souffrance et d'alléger ce pensum qu'est la vie, qu'à entreprendre une difficile ascèse pour se détacher peu à peu de tout ce qui pèse, entrave, angoisse ou déçoit. Plus encore qu’à l'ataraxie prônée, non seulement par les cyniques, mais aussi par les épicuriens et les stoïciens, c'est au renoncement, au nirvana24 des bouddhistes et de Schopenhauer, qu'aspire l'abbé Jules : « Ne pas sentir ton moi, être une chose insaisissable, fondue dans la nature comme se fond dans la mer une goutte d'eau qui tombe du nuage, tel sera le but de tes efforts. » Malheureusement, Jules est beaucoup trop passionné pour se libérer du désir et parvenir, au terme de cette ascèse, à n’être « Rien ». Pas plus qu’Octave, il ne se révèle capable de mettre en œuvre cette philosophie du renoncement et de l’anéantissement du moi, à laquelle, pourtant, accède paradoxalement un personnage à la cervelle fêlée, le fameux père Pamphile...

Même idée, trois ans plus tôt, dans un article sur le suicide : « Pourquoi redouter le néant ? Pourquoi craindre ce que nous avons déjà été ? Partout la mort est là qui nous guette. N'est-ce point elle qui est la vraie liberté et la paix définitive ? » (« Le Suicide », La France, 10 août 1885). 24 Il se trouve que Mirbeau a précisément signé du pseudonyme de Nirvana ses Lettres de l'Inde parues dans Le Gaulois et Le Journal des débats en 1885 (elles ont été publiées par nos soins en 1991, aux éditions de L’Échoppe, Caen).

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Par-delà les modèles cyniques de l’antiquité, on peut même se demander, avec Yannick Lemarié25, si ce prêtre « damné » ne serait pas carrément l’inspirateur, ou le dépositaire, d’un nouvel évangile. Non pas, certes, un de ces évangiles apocryphes qui, tout en n’étant pas reconnus par l’institution ecclésiastique, n’en ont pas moins contribué, comme les synoptiques labellisés, à l’édification de ce qui était, il y a près de deux mille ans, une nouvelle religion en devenir. Mais une espèce de contre-évangile qui, au lieu d’aliéner l’homme en le soumettant à une divinité omnipotente, entreprendrait au contraire de le libérer de sa servitude. De fait, l’abbé Jules n’a-t-il pas, « tout au long de sa vie, tenté de dénouer les liens qui rattachaient l’humanité à Dieu26 », par opposition à cet autre personnage aussi fascinant qu’emblématique, le sublime mais absurde père Pamphile, qui, follement soumis à l’idée qu’il se faisait de son dieu, « prétendait libérer des prisonniers imaginaires » ? Et Yannick Lemarié de répertorier tous les traits qui tendent à faire du narrateur un évangéliste de la subversion émancipatrice : selon lui, le roman de Mirbeau, « comme n’importe quel évangile, est à la fois une annonce, un livre et le récit d’un maître27 » ; le héros éponyme de ce récit est soumis à une perpétuelle tentation, comme Jésus dans le désert ; lui aussi se permet de ressusciter à sa façon, et ce à trois reprises : lorsque ce mort-vivant réapparaît dans son Perche natal au terme d’une énigmatique disparition de six années, puis quand il resurgit bien vivant aux yeux de son neveu épouvanté après sa petite mort, et, pour finir, après l’autodafé de la mystérieuse malle et l’enterrement du prêtre en colère, lorsque le narrateur croit entendre son « ricanement » s’élever « de dessous la terre » – ce sont, comme par hasard, les derniers mots de son récit. Enfin, comme tout maître à penser qui se respecte, l’imprécateur a trouvé un disciple et un porteur de la bonne nouvelle en la personne de son neveu et « fils spirituel », dont il a fait le « gardien du vrai testament » et le « témoin irrécusable de la révélation28 » : c’est en effet le jeune Albert Dervelle qui se chargera, post mortem, de retracer son terrestre parcours et de rapporter son étrange prédication ; c’est lui aussi qui, lors de l’agonie de son oncle, reprend à son compte sa transgressive chanson paillarde, qu’il a « dans l’oreille ». Il prouve, ce faisant, que la transmission du message “évangélique” a bien eu lieu et que le « ricanement » d’outretombe de l’imprécateur continuera longtemps encore de retentir à nos oreilles. Dérisoire peutêtre, puisque Jules ne survit plus que symboliquement, à travers son testament et le récit de son évangéliste de neveu, ce rire sardonique n’en affirme pas moins la supériorité de l’esprit sur cela même qui l’écrase et, comme le note Robert Ziegler, témoigne de « l’échec de la répression29 ». UNE ŒUVRE DÉRANGEANTE Est-ce à dire pour autant que le prêtre rebelle est le porte-parole du romancier et que le contre-évangile qui nous est proposé constitue une œuvre, sinon édifiante, du moins didactique dans son propos ? Certes non ! Car Mirbeau, libertaire radical, n’a que faire des prêches, fussent-ils teintés d’un « anarchisme vague et sentimental ». Il se méfie comme de la peste de toute autorité, fût-ce la sienne, au point d’inviter bien souvent ses lecteurs à la mettre en doute30. A fortiori quand il s’agit d’un individu aussi
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Yannick Lemarié, « L’abbé Jules : la colère et le verbe », Cahiers Octave Mirbeau, n° 15, 2008, pp.

18-33. Yannick Lemarié, art. cit., p. 31. Ibid., p. 19. 28 Yannick Lemarié, « L’abbé Jules : de la révolte des fils aux zigzags de la filiation », Cahiers Octave Mirbeau, n° 16, 2009, p. 32. 29 Ziegler, Robert, « Le roman cinéraire d'Octave Mirbeau : L'Abbé Jules », in Octave Mirbeau : passions et anathèmes, Actes du colloque de Cerisy, 28 septembre-2 octobre 2005, Presses de l’Université de Caen, décembre 2007, p. 80. 30 Raison pour laquelle il recourra à l’autofiction, dans ses deux dernières œuvres narratives, La 628-E8 (1907) et Dingo (1913, et non à l’autobiographie. Voir Pierre Michel, « Octave Mirbeau et l’autobiographie »,
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peu présentable et aussi peu convaincant que Jules Dervelle... Aussi bien prend-il grand soin de se dissocier souvent, par l’ironie, de son personnage éponyme. Certes, il a prêté à son héros sa propre vision du monde et de l’homme et nombre de ses idées, en matière de religion et de société, mais il se garde bien de faire de lui son porte-voix. Non seulement Jules commet trop de vilenies et d’indélicatesses pour susciter une véritable empathie et être en mesure de servir de contre-modèle, ce qui aurait du moins l’avantage, pour le lecteur, de savoir à quoi s’en tenir, mais il se révèle incapable de cohérence et de continuité et il ne cesse de se contredire, au point de brouiller toute espèce de message. Par exemple en matière d’éducation : le pédagogue rousseauiste, adepte de L’Émile et partisan de l’éducation négative31, se double d’un prêcheur impénitent et confus, irrémédiablement inapte à se mettre à la portée de son élève – il lui fait lire Spinoza ! – et à lui enseigner quoi que ce soit. Cette ambivalence du personnage ne peut que déconcerter, voire désarçonner, le lecteur, qui aimerait bien, pour son confort personnel, dégager de l’œuvre un message net et sans bavures, fût-ce pour le contester radicalement. Mais au lieu de nous proposer un point de vue univoque, qui serait intellectuellement rassurant, quittes à inverser simplement les normes morales et sociales, Mirbeau nous met en face de nos contradictions, qui sont aussi les siennes et celles de son personnage, perpétuellement déchiré entre des exigences incompatibles. Parce que toute vie est tissée de contradictions et que la contradiction, nichée au cœur de toutes choses, est le moteur du mouvement. Il ne nous présente donc pas de véritable alternative, et la vérité espérée, décidément inaccessible, se dérobe au fur et à mesure qu’on croit naïvement pouvoir l’étreindre. Comme les cyniques, il provoque et inquiète, non pour imposer un point de vue contraire, mais pour mieux stimuler la pensée critique et contribuer à notre propre émancipation intellectuelle. Parce que, même si, en positif, son roman « ne produit rien32 », il fait du moins table rase de toutes les forces de répression et de l’idéologie qui les sous-tend et les justifie. Mais du coup cette œuvre radicalement subversive apparaît comme bien dérangeante aux yeux de nombre de lecteurs et de critiques. Car elle ne nous aide pas du tout, bien au contraire, à distinguer le bien et le mal, le juste et l’injuste, la sagesse et la folie33, le beau et le laid, le respectable et le dégoûtant, le normal et le monstrueux. Et, du même coup, elle brouille et met à mal toutes nos catégories éthiques et esthétiques et contribue à miner les valeurs sociales qui fondent les communautés humaines. Il en ira de même dans les œuvres suivantes de l’impénitent romancier, notamment dans Le Jardin des supplices, véritable monstruosité éthique et littéraire, d’où le lecteur sort rarement indemne. De là à le juger scandaleux et infréquentable, parce qu’il a osé stigmatiser le scandale permanent que constituent notre condition humaine et notre organisation sociale, il n’y a qu’un pas, souvent franchi par le passé : c’est évidemment plus pratique... * * *

L’Abbé Jules est une œuvre hybride, que l'on est certes en droit de juger inaboutie par certains aspects, si l’on exige d’un roman une rigoureuse cohérence, et dont il est certes
Revue des lettres et de traduction, université Saint-Esprit, Kaslik (Liban), n° 7, mars 2001, pp. 435-445 (http://www.scribd.com/doc/11889963/Pierre-Michel-Octave-Mirbeau-et-lautobiographie-). Voir aussi notre préface à Dingo (http://mirbeau.asso.fr/darticlesfrancais/PM-preface%20Dingo.pdf). 31 Pour Rousseau, l’enfant sent avant d’exercer son intelligence. Il convient donc de développer d’abord ses sensations et de multiplier ses expériences, avant de lui apprendre quoi que ce soit d’abstrait. C’est ce qu’il appelle l’éducation négative, qu’il souhaite prolonger jusqu’à l’âge de douze ans. 32 Robert Ziegler écrit à ce propos (art. cit.) : « Dans l’objectif de l’anarchiste d’en finir avec les tromperies et les tyrans, on trouve le rêve de l’idéaliste utopiste, dont la réalisation ne produit rien. » 33 C’est ainsi que le père Pamphile, qui est complètement fou au regard de notre raison, n’en est pas moins parvenu à un total détachement des choses de ce monde, à un renoncement et à une espèce de nirvana, ce qui, aux yeux des philosophes antiques, est le comble de la sagesse.

loisible de ne pas apprécier le caractère socialement subversif et littérairement incorrect. Mais comment ne pas être fasciné et troublé par deux personnages aussi insolites que l’abbé Jules et le père Pamphile, si semblables et si radicalement opposés, et qui suffiraient à eux seuls à justifier le récit que leur a consacré Mirbeau ? C’était déjà l’avis du « divin Mallarmé », qui écrivit aussitôt à son ami pour le féliciter d’avoir donné vie à son extraordinaire abbé : « Avoir mis debout et entier un pareil quelqu’un, en voilà assez pour un livre. [...] Vous avez créé là un douloureux camarade, que personne ne saura oublier. » Et d’ajouter, en connaisseur, un hommage à l’art de l’écrivain : « L’écriture se fait spacieuse aussi, toute en indications sûres, avec de l’art, enfin, dans ces pages, rien qui ne désigne une œuvre magistrale34. » Il est bien regrettable que nombre de critiques et d’universitaires d’hier et d’aujourd’hui, frappés de myopie et de manie classificatoire, n’aient pas fait preuve de la même clairvoyance que le poète du Tombeau d’Edgar Poe... Pierre MICHEL

BIBLIOGRAPHIE
1. ŒUVRES D'OCTAVE MIRBEAU
A) ROMANS ET CONTES • Lettres de ma chaumière, Laurent, 1885. • Le Calvaire, Ollendorff, 1886. • L'Abbé Jules, Ollendorff, 1888. • Sébastien Roch, Charpentier, 1890. • Dans le ciel , L'Échoppe, en feuilleton 1892-1893, en volume 1989. • Contes de la chaumière, Charpentier, 1894. • Mémoire pour un avocat (1894), Éditions du Boucher, 2007. • Le Jardin des supplices, Charpentier-Fasquelle, 1899. • Le Journal d'une femme de chambre, Charpentier-Fasquelle, 1900. • Les 21 jours d'un neurasthénique, Fasquelle, 1901. • Dans l'antichambre (Histoire d'une minute), Romagnol, 1905. • La 628-E8, Fasquelle, 1907. • La Mort de Balzac (1907), Éditions du Lérot, 1989. • Dingo, Fasquelle, 1913. • Un Gentilhomme, Flammarion, 1920. • Les Mémoires de mon ami, Flammarion, 1920 (L’Arbre Vengeur, 2008). • Contes cruels, 2 volumes, Librairie Séguier, 1990 (Les Belles Lettres, 2000 et 2009). [L’Œuvre romanesque, trois volumes, près de 4000 pages, Buchet/Chastel - Société Octave Mirbeau, 2000-2001, comporte l’édition critique, réalisée par Pierre Michel, de quinze romans de Mirbeau, dont cinq romans “nègres” donnés en annexe. Ces quinze romans, également préfacés par Pierre Michel, sont aussi accessibles en ligne sur le site Internet des Éditions du Boucher : http://www.leboucher.com/vous/_accueille.html?mirbeau/romans.html~centregc.] B) THÉÂTRE • Les Mauvais bergers, Fasquelle, 1898,
Lettre de Stéphane Mallarmé à Octave Mirbeau, 16 avril 1888 (Correspondance de Mallarmé, Gallimard, tome III, pp. 183-184).
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• L’Épidémie, Fasquelle, 1898. • Vieux ménages, Fasquelle, 1901, • Le Portefeuille, Fasquelle, 1902. • Les Affaires sont les affaires, Fasquelle, 1903. • Farces et moralités, Fasquelle, 1904. • Le Foyer, Fasquelle, 1909. • Théâtre complet, quatre volumes, édition critique réalisée par Pierre Michel, Eurédit, 2003. • Les Dialogues tristes, Eurédit, 2007. C) CHRONIQUES • Combats politiques, Librairie Séguier, 1990. • Combats pour l'enfant, Ivan Davy, 1990. • Lettres de l'Inde, L'Échoppe, 1991. • L'Affaire Dreyfus, Séguier, 1991. • Paris déshabillé, L'Échoppe, 1991. • Combats esthétiques, 2 volumes, Nouvelles éditions Séguier, 1993.. • Petits poèmes parisiens, Éditions À l'Écart, 1994. • L'Amour de la femme vénale, Indigo-Côté femmes, 1994. • Chroniques du Diable, Annales littéraires de l'Université de Besançon, 1995. • La Grève des électeurs – Prélude (1902), Ludd, 1995. • Premières chroniques esthétiques, Société Octave Mirbeau - Presses de l'Université d'Angers, 1996. • Chroniques ariégeoises, Éditions de l'Agasse, 1998. • Chroniques musicales, Séguier-Archimbaud, 2001. • Combats littéraires, L’Âge d’Homme, Lausanne, 2006. D) CORRESPONDANCE • Correspondance avec Auguste Rodin, Éditions du Lérot, Tusson, 1988. • Lettres à Alfred Bansard des Bois (1862-1874), Éditions du Limon, Montpellier, 1989. • Correspondance avec Claude Monet, Éditions du Lérot, Tusson, 1990. • Correspondance avec Camille Pissarro, Éditions du Lérot, Tusson, 1990. • Correspondance Jean-François Raffaëlli-Octave Mirbeau, Éditions du Lérot, Tusson, 1993. • Correspondance Octave Mirbeau-Jean Grave, Éditions du Fourneau, 1994. • Correspondance Octave Mirbeau-Jules Huret, Éditions du Lérot, Tusson, mai 2009. • Correspondance générale, à paraître en quatre volumes, plus un Supplément, aux Éditions de L’Âge d'Homme, Lausanne. Le tome I (1862-1888), 929 pages, a paru en janvier 2003 ; le tome II (1889-1894), 969 pages, en janvier 2005 ; le tome III (1895-1902), 940 pages, en juin 2009.

2. POUR EN SAVOIR PLUS SUR OCTAVE MIRBEAU
a. Ouvrages principaux : - Michel, Pierre, et Nivet, Jean-François, Octave Mirbeau, l’imprécateur au cœur fidèle, Librairie Séguier, Paris 1990, 1020 pages. - Michel, Pierre, et Cesbron, Georges (éd.), Octave Mirbeau, Actes du colloque d’Angers, Presses de l’Université d’Angers, 1992, 480 pages.

- Michel, Pierre, Les Combats d’Octave Mirbeau, Annales littéraires de l’Université de Besançon, 1995, 390 pages. - Lair, Samuel, Le Mythe de la nature dans l’œuvre d’Octave Mirbeau, Presses de l’Université de Rennes, 2004, 340 pages. - Michel, Pierre (éd.), Un moderne : Octave Mirbeau, Eurédit, Cazaubon, 2004, 286 pages. - Michel, Pierre, Octave Mirbeau et le roman, livre électronique, Éditions du Boucher-Société Octave Mirbeau, 2005, 276 pages. - Himy, Laure, et Poulouin, Gérard (éd.), Octave Mirbeau – Passions et anathèmes, Presses Universitaires de Caen, 2007, 292 pages. - Ziegler, Robert, The Nothing Machine : The Fiction of Octave Mirbeau, Rodopi, Amsterdam – New York, 2007, 250 pages. - Michel, Pierre, Bibliographie d’Octave Mirbeau, livre électronique, Société Octave Mirbeau, 2008, 529 pages. - Lair, Samuel, Octave Mirbeau, l’iconoclaste, Presses Universitaires de Rennes, 2008, 330 pages. - Reverzy, Éléonore, et Ducrey, Guy (éd.), L'Europe en automobile. Octave Mirbeau écrivain voyageur, Presses Universitaires de Strasbourg, 2009. b. Autres études : - Carr, Reginald, Anarchism in France - The Case of Octave Mirbeau, Manchester University Press, 1977, 190 pages. - Coiffait, Max, Le Perche vu par Mirbeau et réciproquement, L’Étrave, 2006, 224 pages. - Herzfeld, Claude, La Figure de Méduse dans l’œuvre d’Octave Mirbeau, Nizet, Paris, 1992, 107 pages. - Herzfeld, Claude, Le Monde imaginaire d’Octave Mirbeau, Presses de l’Université d’Angers - Société Octave Mirbeau, 2001, 105 pages. - Herzfeld, Claude, Octave Mirbeau – Aspects de la vie et de l’œuvre, L’Harmattan, 2008, 346 pages. - Lloyd, Christopher, Mirbeau’s fictions, University of Durham, 1996, 114 pages. - Michel, Pierre, Alice Regnault, épouse Mirbeau, Éditions À l’écart, Reims, 1993, 65 pages. - Michel, Pierre, Octave Mirbeau, Société Octave Mirbeau, Angers, 1998 (réédition 2000), 48 pages. - Michel, Pierre, Lucidité, désespoir et écriture, Presses de l’Université d’Angers - Société Octave Mirbeau, 2001, 89 pages. - Michel, Pierre, Albert Camus et Octave Mirbeau, livre électronique, Société Octave Mirbeau, 2005, 68 pages. - Michel, Pierre, Jean-Paul Sartre et Octave Mirbeau, livre électronique, Société Octave Mirbeau, 2005, 67 pages. - Michel, Pierre, Octave Mirbeau, Henri Barbusse et l’enfer, livre électronique, Société Octave Mirbeau, 2006, 55 pages. - Michel, Pierre, Octave Mirbeau, Les Acharnistes, 2008, 32 pages. - Tartreau-Zeller, Laurence, Octave Mirbeau, une critique du cœur, Presses du Septentrion, 1999, 759 pages. 3. Revues : - Dossier « Octave Mirbeau », Cahiers naturalistes, n° 64, 1990, 100 pages. - Numéro « Octave Mirbeau » de L’Orne littéraire, juin 1992, 105 pages. - Numéro « Octave Mirbeau » d’Europe, mars 1999, 140 pages. - Numéro « Mirbeau-Sartre écrivain » de Dix-neuf / Vingt, Eurédit, n° 10, octobre 2000, 116 pages.

- Numéro « Vallès-Mirbeau, journalisme et littérature » de Autour de Vallès, n° 31, décembre 2001, 317 pages. - Seize numéros des Cahiers Octave Mirbeau, Angers, Société Octave Mirbeau, 1994-2009, d’un total d’environ 5 700 pages. 4. Fonds et sites Octave Mirbeau • Un Fonds Octave Mirbeau, ouvert aux chercheurs, a été constitué à la Bibliothèque Universitaire d’Angers. Il comprend toutes les œuvres de Mirbeau en français, ses quelque 2 000 articles, 150 traductions en plus de vingt langues, tous les livres, toutes les études universitaires et tous les articles consacrés à Mirbeau. Le plan du Fonds est consultable sur Internet (site de la B.U. d’Angers : http://ead.univ-angers.fr/~bu/index.php? S_file=archives/fiche.php&ref_archive=5). • Plusieurs sites Internet sont consacrés à Octave Mirbeau : - http://start5g.ovh.net/~mirbeau/ - http://www.mirbeau.org/ - http://michelmirbeau.blogspot.com/ - http://fr.wikipedia.org/wiki/Cat%C3%A9gorie:Mirbeau - http://www.scribd.com/groups/view/5552-mirbeau [Pour contacter la Société Octave Mirbeau : 10 bis rue André Gautier, 49000 – ANGERS. Tél. : 02 41 66 84 64. Courriel : michel.mirbeau@free.fr]

3. SUR L’ABBÉ JULES
- Anger, Sophie, L’Homme et les puissances de l’imagination dans les trois premiers romans d’Octave Mirbeau : du ”personnage” à l’individu, mémoire de Master 1 dactylographié, Université de Brest, 2006, 79 pages. - Baffeleuf, Stéphanie, L'Hypocrisie vue des coulisses - Écriture et subversion dans les romans de Mirbeau et Darien, mémoire de maîtrise dactylographié, Université de Limoges, 1996, 119 pages. - Body, Jacques, « Critique de la séduction pure », Actes du colloque d'Opole (Pologne) L'Art de séduire dans la littérature française, Presses de l'Université d'Opole, à paraître en 2010. - Briaud, Anne, « Mirbeau et Schopenhauer », Cahiers Octave Mirbeau, n° 8, avril 2001, pp. 219-227 (site Internet http://membres.lycos.fr/michelmirbeau/darticles%20francais/BriaudOMetschopenhauer.pdf). - Brillant, Marie, Le Théâtre de l’éducation chez Octave Mirbeau : Représentation, décalage et mise à nu, mémoire de Master II dactylographié, Université de Paris III, 2007, 109 pages. - Cabanès, Jean-Louis, « Le Discours sur les normes dans les premiers romans de Mirbeau », in Actes du colloque Octave Mirbeau d'Angers, Presses de l'Université d'Angers, 1992, pp. 153-164. - Coiffait, Max, « L'oncle Louis-Amable dans la malle de l'abbé Jules », Cahiers Octave Mirbeau, n° 10, mars 2003, pp. 204-214 (http://mirbeau.asso.fr/darticlesfrancais/CoiffaitLoncle%20Amable.pdf). - Coiffait, Max, « Enquête sur deux personnages du romancier Octave Mirbeau - L’oncle Louis Amable et une dame sans crinoline dans la malle de l’abbé Jules », Cahiers percherons, n° 2, 2003, pp. 14-32. - Coiffait, Max, Le Perche vu par Octave Mirbeau [et réciproquement], Verrières, Éditions de l’Étrave, 2006, pp. 126-129 et 137-156.

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