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ÉCONOMIE CHRONIQUE

Ce qu'il faut faire


Article paru dans l'édition du 22.10.06
xcluons l'extrême gauche et l'extrême droite du raisonnement. Pour elles deux, la solution passe par la
fermeture des frontières aux biens, aux capitaux et aux personnes, or, chacun sait, sauf elles, que l'histoire
comme les études économiques ont montré que cela conduirait à une précipitation du pays dans le déclin.
Raisonnons avec la gauche et la droite dites de gouvernement.

Pour cette gauche et cette droite, le constat est commun. Le monde est entré dans une nouvelle phase sous la
poussée de trois forces puissantes et conjuguées : une accélération technologique fulgurante, une
mondialisation généralisée et l'émergence d'un nouveau capitalisme dit patrimonial qui accorde une place
première à l'actionnaire. Le changement est radical : il ne suffit plus de bouger une fois, de trouver une
invention, d'engager une réforme, mais de bouger en permanence, de créer quotidiennement, de réformer les
réformes, pour courir de plus en plus vite.

La France, celle de tonton Mitterrand et celle de papy Chirac, a loupé le coche. Qu'elle ait été accompagnée
dans son immobilisme, jusqu'aux années récentes, par l'Allemagne et l'Italie ne rassure pas, au contraire. Ne
revenons pas sur les raisons de ce retard coupable (idéologiques, politiques, culturelles), n'en mesurons plus
les dégâts effroyables (chômage, banlieues, déficits, désespoir des jeunes), mais revenons sur l'analyse du
loupé pour dessiner ce qu'il faut faire en 2007.

Philippe Aghion, professeur à Harvard, vient de publier une lumineuse petite étude sur ce sujet
(www.bruegel.org/Public). Pourquoi, demande-t-il, les Etats-Unis ont-ils depuis vingt ans une croissance du
PIB par tête nettement supérieure à la nôtre ? Plus d'épargne, donc plus d'investissement ? Nenni. Meilleure
rentabilité du capital ? Non plus (encore qu'il faudrait y regarder de plus près). La réponse est que la France
et ses amies sont restées dans la croissance d'hier, celle de l'imitation, lorsqu'il suffisait d'étendre à un
nombre croissant d'entreprises et de secteurs des méthodes et des technologies connues (importées en fait
des Etats-Unis). Cette politique, en fait celle du « défi américain » de Jean-Jacques Servan-Schreiber, mise en
place par les hauts fonctionnaires français réformateurs dans les années 1950 et 1960 a été un succès. Elle a
permis le grand rattrapage d'après la guerre. Mais ses effets se sont inversés depuis deux décennies,
l'Amérique ne cessant de reprendre de l'avance. La raison en est que le « contenu en innovations » de la
croissance est devenu sa clé, ce qui impose d'innover soi-même et non plus d'imiter. Mais, explique Philippe